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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-09-02, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 \u2022 librairiemonet.com \u2022 monet.leslibraires.ca C\u2019est la rentrée littéraire à la Librairie Monet ! Venez découvrir vos prochains incontournables ! Bédé Page F 7 Polar Page F 4 Poésie Page F 2 Fiction du monde Page F 5 Fiction jeunesse Fiction des Amériques Page F 3 Essai étranger Page F 8 Fiction française Page F 6 Essai québécois F A B I E N D E G L I S E M ais qui est donc ce «nous», toujours sûr de lui quand il s\u2019invite sur la place publique et dans les débats sociaux pour revendiquer un passé, des valeurs, des angoisses, une mémoire\u2026?Quel est son visage, quelle est sa couleur, sa langue?Et finalement, à qui appartient-il?Ce « nous », c\u2019est bien plus du monde de la complexité que de celui des cer titudes et de l \u2019homogénéité qu\u2019 i l v iendrait , à en croire plusieurs auteurs de cette rentrée l i t téraire automnale.Une rentrée où va se dévoiler un « nous » pluriel et bigarré, riche dans l\u2019union de ses dif férences et façonnant sur tout un Québec imagi - naire \u2014 aux portes d\u2019un certain réel, forcément \u2014 qui laisse la force de ses mots déjouer les images un peu trop figées.C\u2019est qu\u2019il y a de la multiplicité dans ce «nous» nourri, entre autres, par le destin de Caroline Wu, née à Dalat en pleine guerre du Vietnam.Dans son Palawan (Pleine Lune) \u2014 c\u2019est le nom d\u2019un camp de réfugiés des Philippines qu\u2019elle a fréquenté en 1979 \u2014, la Montréa- laise, auteure d\u2019Un été à Provin- cetown, aborde pour la première fois le thème de l\u2019identité, celle d\u2019une femme, Kim, passée par l\u2019exil et la migration forcée, par Los Angeles, par le Connecticut pour se construire une nouvelle vie ici au contact de ces autres qui font désormais partie d\u2019elle.Et inversement.Des « autres » qui forment notre tout : il y en a aussi dans Manikanetish (Mémoire d\u2019encrier), de Naomi Fontaine, qui rend visible une nouvelle fois dans ce deuxième roman la composante amérindienne du Québec toujours plus éclairée par la littérature, en suivant le quotidien d\u2019une enseignante autochtone de français sur la Côte-Nord.Dans le récit, il y a des jeunes issus des Premières Nations.Il y a aussi du rejet et du désespoir, mais il va surtout y avoir des livres, du théâtre et la détermination d\u2019une femme pour amener cette jeunesse à résister au déterminisme et à l\u2019autodestruction pour prendre le chemin de l\u2019affirmation, ce chemin qui conduit à cette part du «Nous» qui est la leur.Naomi Fontaine écrit l\u2019espoir, contrairement à Pan Bouyoucas, qui préfère l\u2019ironie et le verbe cru pour exposer son désenchantement sur l\u2019intégration des « importés » de tous les horizons, sur leur difficile accession à un « nous » dont quelques composantes, se tenant parfois en meute, ne sont pas toujours très inclusives.Dans Ce matin, sur le toit de l\u2019arc-en-ciel (Les Allusifs), c\u2019est un peu la psychologie de l\u2019exclusion, dans sa violence et ses peurs ataviques, que l\u2019auteur de L\u2019homme qui voulait boire la mer (2005) et de Mauvais œil (2015) fait entrevoir par les yeux de Kim, jeune policière d\u2019origine vietnamienne qui vient d\u2019abattre son supérieur sur le toit d\u2019une maison de retraite.Actuel et cruel à la fois.Moins sombre, Brigitte Haentjens, femme de théâtre, va laisser l\u2019amour et les limites de la sexualité pénétrer le «nous» en signant un premier roman intitulé Un jour je te dirai tout (Boréal).Hasard des calendriers, un autre dramaturge, Olivier Kemeid, se dévoile également cet automne avec Tangvald (Gaïa éditions), un premier roman à la plume lumineuse qui raconte la vie du navigateur norvégien Peter Tangvald en passant par ses femmes.Parce que le « nous » peut aussi être inspiré par des destins venant de loin.Les fantômes du passé À feuilleter les romans de la rentrée, il y aurait dans le « nous » la quête d\u2019un « vrai » qui se démène sur les territoires de la narration pour trouver une façon de se définir, comme dans La poudre aux yeux (Stanké), fiction de Joseph Elfassi.Deux jeunes producteurs de contenus aux ambitions médiatiques démesurées s\u2019y promènent, dans un Québec sur le point de se prononcer dans un troisième référendum où l\u2019accès à tous les plaisirs et à tous les possibles est devenu source de désillusion.Mathieu Villeneuve, lui, a préféré convoquer les fantômes du passé dans cette recherche FICTION QUÉBÉCOISE Dans toute la complexité du « nous » Les belles feuilles de l\u2019automne RENTRÉE LITTÉRAIRE Pour se connaître et se comprendre, pour se souvenir du passé, pour repousser les obscurités du présent, pour rire et s\u2019émouvoir.d\u2019ici la fin de l\u2019année, l\u2019univers des lettres se prépare à laisser tomber des milliers de feuilles.De belles feuilles bien vivantes, des feuilles singulières débordantes de fictions d\u2019ici, de réalités d\u2019ailleurs, de réflexions, de joie, de peur, de compassion pour nous aider à arpenter ces territoires imaginaires qui mènent autant vers soi que vers les autres.Effeuillage d\u2019une rentrée littéraire qui, comme pour l\u2019humanité qui la façonne, puise forcément sa richesse dans sa grande diversité.VOIR PAGE F 2 : NOUS ILLUSTRATION TIFFET de vérité à laquelle va se prêter David Gagnon sur les terres familiales de Saint-Christophe-de- la-Traverse.Il a hérité d\u2019une maison qu\u2019il va rénover dans l\u2019espoir d\u2019y cultiver la terre autour et d\u2019y finir l\u2019écriture d\u2019un roman à l\u2019intérieur.Borealium tre- mens (La Peuplade), roman du terroir réinventé, dit-on, relate son aventure où la cocaïne, l\u2019alcool et la menace d\u2019expropriation vont faire émerger des voix du passé pour éclairer un peu ses préoccupations du présent.Les fantômes sur le territoire, mais aussi la force d\u2019une langue, la lumière d\u2019une mythologie vont habiter La bête creuse (Le Quar tanier) de Christophe Bernard, à paraître en octobre et posant , en 170 000 mots, un grand roman sur la Gaspésie et sur la transmission, celle qui forge la mémoire et donne du corps au «nous».Les spectres ne sont d\u2019ailleurs pas qu\u2019en Gaspésie ou au nord du Lac-Saint-Jean.Ils le sont aussi au Saguenay, dans On n\u2019entend plus jouer les enfants (Annika Parance), d\u2019Allen Côté, pour soutenir un homme bouleversé par sa femme qui lui dit vouloir un enfant.Ils sont à Odanak et à V i l le -Émard dans Johnny (Boréal), premier roman de Catherine Eve Groleau, avec, sous la couver ture, deux âmes perdues, Valentine la blonde et Johnny l\u2019Amérindien, se faisant passer pour un autre dans le milieu de la pègre.Ils cherchent à fuir leur passé pour se construire une nouvel le vie.On est dans l\u2019après-guerre, dans les marges et dans la volonté de se constr uire une identité plutôt que de subir celle que parfois le « nous » cherche à nous imposer.Des sombres fantômes qui, dans La Bosco (Héliotrope) de Julie Mazzieri, vont pousser le bouchon un peu loin.Ce cour t récit comique suit la fuite d\u2019un homme criblé de dettes, dans le Québec rural, pour ne pas avoir à payer les funérailles de sa femme.Oui, dans le « nous », il y a aussi une part d\u2019immaturité.D\u2019héritage et de transmission La complexité du « nous » tient dans la complexité de soi, que les morts viennent parfois chatouiller, comme dans Le rose des temps (Druide), onzième roman de Yolande Villemaire.À l\u2019intérieur, Viviane se frotte à la temporalité du monde, après la mor t d\u2019une mère, puis celle d\u2019un père.Entre Montréal au présent, Tadoussac et l\u2019Égypte du passé, elle va aussi trouver la lumière pour appréhender le silence de ceux et celles qui ne sont plus.Cette route du réconfort va être moins évidente pour l\u2019héroïne d\u2019Et nous ne parlerons plus d\u2019hier (Lemeac), de July Giguère, qui part au Mexique pour retrouver son enfance, mais surtout pour comprendre qu\u2019il n\u2019est pas toujours facile de mettre le réel au diapason de soi, particulièrement lorsque la mémoire des lieux fait ressurgir la peur de ce que l\u2019on est et de ce que l\u2019on pourrait devenir.Cette peur, dans L\u2019habitude des bêtes (Boréal) de Lise Tremblay, divise deux groupes au Saguenay sur fond de chasse au loup, comme une métaphore, qui sait, des tensions du présent.Elle habite aussi la peur de la maternité de la femme dans la quarantaine psychorigide évoluant dans L\u2019enfantement (XYZ) d\u2019Éveline Marcil-De- nault.Elle prend racine également dans les déconvenues amoureuses qui vont habiter Les désordres amoureux (Hur- tubise) de Marie Demers, et traverse Le potager (Québec Amérique) de Marilyne Fortin, qui laisse un virus troubler la bonne marche du monde, révélant du coup le vrai visage du « nous » : un « nous » bien vivant, qui se recompose sans cesse dans la diversité des gens qui le composent et dans des environnements changeants qui ne peuvent pas faire de lui un « nous » statique.Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 NOUS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 2 noms fictifs olivier sylvestre Les faux mouvements Emmanuel Bouchard Nouvelles .q c .c a w w w.récits La jeune pousse de l\u2019automne À 72 ans, il est toujours possible d\u2019être un jeune premier en devenant l\u2019auteur d\u2019un premier roman.C\u2019est que ce que fait cet automne André Hamel avec Mourir d\u2019oubli.Chroniques de la grand\u2019rue et des alentours (Leméac), un texte séduisant qui fait danser les souvenirs, les morts, le passé avec le présent, avec la Mauricie, les furies de la Batiscan, les rues de Grand\u2019Mère, «petite ville triste et décrépie» dans un tout à l\u2019écriture fine et précise qui va chercher l\u2019humanité dans la beauté de sa banalité et les aspérités de son ordinaire.Tout est en images portées par Albert Allibert qui rappelle les disparus au bon souvenir du présent, « le tireux de portrait des Anglais dans sa belle voiture», la demoiselle Lupien et sa démence, les frères Awashish et leur drave, la forge d\u2019Alphonse Kerouac\u2026 dans un assemblage de portraits et de récits sur ce «peu pays» que le « jeune romancier» rend habilement épique.Mourir d\u2019oubli fait au final l\u2019inverse de ce qu\u2019il annonce en donnant cette éternité à des personnages, extirpés de leur silence, en prenant forme dans les caractères d\u2019imprimerie posés sur du papier.D O M I N I C T A R D I F L a poésie, dernier langage permettant de dire à l\u2019autre ce que les mots usés du quotidien éludent ?C\u2019était vrai hier, c\u2019est vrai aujourd\u2019hui et ce le sera sans doute encore davantage cet automne, d\u2019abord grâce à Érika Soucy et à sa Priscilla en hologramme (L\u2019Hexagone).Après avoir beaucoup invoqué l\u2019absence du père dans L\u2019épiphanie dans le front et dans son roman Les murailles, la chantre du proverbial vrai monde dédie à sa mère ce troisième recueil d\u2019une indomptable tendresse, portrait d\u2019une femme courageuse pour qui « the show must go on», malgré tout ce que la vie lui gar- roche au visage.Un exemplaire dédicacé a sans doute déjà été mis à la poste, à l\u2019attention de Rambo Gauthier.Sur un ton plus élégiaque, le vénérable Fernand Ouel- lette s\u2019adresse, dans Où tu n\u2019es plus, je suis nulle part (Éditions du Noroît), à sa femme Lisette Cor- beil, qui lisait jadis chaque matin le texte qu\u2019il avait écrit la veille.La poésie s\u2019applique ici à nommer la paradoxale omniprésence d\u2019une personne pourtant en allée, dont le souvenir se terre au creux de chaque seconde.«Tu es maintenant morte, / Tellement morte dans l\u2019urne, / Sans parole, sans présence, / Et pourtant je ne cesse de t\u2019entendre», confie l\u2019homme de 87 ans au sujet de celle avec qui il aura partagé soixante années.Dans Maman apprivoisée (L\u2019Oie de Cravan), la regrettée Geneviève Elve- rum poursuit en novembre le récit de sa vie de jeune mère amorcé dans Maman sauvage.Sous l\u2019ombre de plus en plus oppressante de la maladie qui l\u2019emportera le 9 juillet 2016, la bédéiste connue sous le nom de Geneviève Castrée raconte dans ses plus minuscules manifestations les liens inextricables entre naissance et mort, spectaculairement incarnés par ses derniers moments parmi nous.L\u2019amour, ultime raison de continuer L\u2019amour, on ne s\u2019en sort pas, encore moins les poètes.C\u2019est le cas de François Guerette, qui refuse encore et toujours la demi-mesure dans Constellation des grands brûlés (Poètes de brousse), son cinquième recueil, ayant comme projet de « parler d\u2019amour au bord du précipice ».Les cyniques crieront à l\u2019opération kamikaze, mais ceux qui se rangent du côté de l\u2019espoir savent que le jeu en vaut la chandelle.«La poésie semble seule avoir le pouvoir de révéler la beauté cachée sous les immondices d\u2019un monde qui sprinte vers sa finitude», plaide ardemment le communiqué de presse.François Rioux paraît quant à lui avoir perdu son chemin dans le labyrinthe d\u2019un quotidien sur lequel règne l\u2019assommante répétition du même.Le lauréat du Prix des li - braires du Québec 2015, catégorie poésie, cherche avec son troisième livre des raisons de continuer, puis les trouve en invitant l\u2019autre à partager « des molécules, de l\u2019air, des mots, tout ce qui nous compose » (selon l\u2019argumentaire un brin cryptique de l\u2019éditeur).Visite de L\u2019empire familier, fin octobre, au Quartanier.Je, je, je Notre époque serait celle du « je » tout-puissant, se plaisent à répéter les sociologues à la gomme et autres chroniqueurs du dimanche.Est-ce pour cette raison que l\u2019éternel rebelle Roger Des Roches a complètement rogné la première personne du singulier de Faire crier les nuages ?La réponse en octobre, aux Herbes rouges.D\u2019autres, comme Isabelle Gaudet- Labine, tentent de protéger leur « je » des menaces de l\u2019avenir.« Comment conserver la mémoire de l\u2019être et des sensations sur le chemin de la post-humanité?» se demande- t-elle dans Nous rêvions de robots (La Peuplade), singulière conjugaison de science-fiction et de poésie.Ça en fait, beaucoup, des disparitions, de l\u2019angoisse et de l\u2019incertitude, ne trouvez- vous pas ?Pour tolérer l\u2019intolérable, dansons le Toutou tango (Éditions de l\u2019Écrou) dans les bras de Baron Marc- André Lévesque.L\u2019époque étant ce qu\u2019elle est (merveilleuse), le Baron en personne nous annonce fièrement, par le truchement de la messagerie instantanée d\u2019un hégémonique réseau social, un deuxième recueil « festif, avec des listes, du jeu, de l\u2019aventure un peu aussi, toutes sortes de choses et un poème sur Ginette Reno».Ne manquera plus que des croissants de soleil pour déjeuner afin que total soit notre contentement.Collaborateur Le Devoir POÉSIE La tendresse des mots sur les douleurs du présent Entre le « je» et l\u2019autre, plusieurs auteurs laissent leurs plumes nommer autrement le quotidien ILLUSTRATION TIFFET La jeune pousse de l\u2019automne Les végétaux auront rarement autant poussé dans l\u2019humus généreux de nos lettres que cet automne, alors que douze poètes signent, sous la direction de Bertrand Laverdure, Un herbier de Montréal, première incursion en poésie pour La Pastèque, au cœur de laquelle Natasha Kanapé Fontaine, Benoît Jutras et Élise Turcotte déploieront leurs branches, tout comme les bédéistes Michel Rabagliati, Réal Godbout et Pascal Girard.Bourgeonnement prévu en novembre.En octobre, la Nord-Côtoise Noémie Pomerleau-Cloutier fouille pour sa part son exemplaire vintage de la Flore laurentienne dans Brasser le varech (La Peuplade), premier recueil porté par la langue sylvestre de son père, avec laquelle elle aura dû se réconcilier malgré sa fuite, «parce que les arbres et les plantes ont ces silences forts qui ne sont pas donnés aux humains».Amis lecteurs, lacez vos bottes de hiking, remplissez votre sac à dos de livres et foncez vers les sentiers.Colson Albin Michel UNE HISTOIRE ESSENTIELLE POUR COMPRENDRE LES AMÉRICAINS D\u2019HIER ET D\u2019AUJOURD\u2019HUI.P H O T O A U T E U R © M A D E L I N E W H I T E H E A D HE NEW YORK TIMES '' ' ' L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 3 M A N O N D U M A I S A lors qu\u2019aux États-Unis, et plus discrètement au Canada, le débat fait rage autour des monuments historiques controversés à déboulonner ou pas, les écrivains d\u2019Amérique se tournent résolument vers le passé, récent ou lointain, réel ou fantasmé, heureux ou douloureux, afin de trouver un sens au présent.Au cœur de ce débat déchirant l\u2019Amérique trumpienne, où les suprémacistes blancs ne taisent plus leur haine de l\u2019Autre, ce sont les origines du racisme qui refont sur face.Cinq ans après la création du mouvement Black Lives Matter, Underground Railroad (Al- bin Michel), premier roman du New-Yorkais Colson Whitehead, lauréat du prix Pulitzer, arrive à point.De fait, l\u2019écrivain afro-américain y fait revivre, à travers le destin d\u2019une esclave de 16 ans, le réseau clandestin ayant mené plusieurs esclaves vers les États libres du nord.Avec Belle merveille (Zulma), son premier roman, le poète haïtien James Noël nous met devant une crise brûlante d\u2019actualité, celle des milliers de demandeurs d\u2019asile haïtiens.Survivant du tremblement de terre du 12 janvier 2010, un homme se rappelle son coup de foudre pour une bénévole napolitaine d\u2019une ONG, qui l\u2019amena en Italie afin de lui faire oublier le goudougoudou (onomatopée imitant le bruit du séisme) et la dif ficile reconstruction d\u2019Haïti.Pour sa part, l\u2019écrivaine métisse de Winnipeg Katherena Vermette nous rappelle avec son premier roman, Lignée brisée (Québec Amérique), le drame des centaines de femmes autochtones portées disparues ou assassinées alors qu\u2019elle suit l\u2019enquête d\u2019un policier chargé de retrouver les agresseurs d\u2019une jeune fille crie, qui recueille les témoignages des femmes de son entourage.Destins mouvementés Les lourdes conséquences du génocide culturel des peuples autochtones forment la trame de Cheval indien (XYZ), l\u2019un des plus célèbres romans de l\u2019écrivain ojibwé Richard Wagamese, décédé le 10 mars 2017 à 61 ans.Membre de la première équipe de hockey autochtone canadienne, Saul Indian Horse s\u2019y remémore les sévices dont il a été victime dans les pensionnats autochtones lors d\u2019un séjour dans un centre de désintoxication.Terre-Neuvien d\u2019adoption, Michael Winter retrace dans Au nord-est de tout (Sous-sol) la vie du peintre américain Rockwell Kent, qui quitta la vie mondaine new-yorkaise avec sa femme et leurs trois enfants afin de s\u2019établir à Brigus, petit village de pêcheurs de Terre- Neuve.À travers ce récit, Winter met en lumière l\u2019impact de la Première Guerre mondiale sur la vie des Canadiens.La mort vous va si bien Revisitant le mythe de Caïn et Abel, la guerre du Vietnam et le flower power, Ron Rash nous transporte dans une petite ville jusque-là sans histoire au cœur des Appalaches dans Par le vent pleuré (Seuil).Alors que les ossements d\u2019une femme sont retrouvés sur les berges d\u2019une rivière, deux frères se remémorent leur rencontre avec cette jeune hippie disparue subitement en 1967.Dans Zero K (Actes Sud), roman d\u2019anticipation exploitant ce vieux fantasme de contrer la mort, celui qui se décrit comme un «gamin du Bronx», Don De- Lillo, semble faire écho à son roman Bruit de fond (1985), où un couple vieillissant se demandait qui allait mourir le premier.Cette fois, un homme d\u2019affaires milliardaire dans la soixantaine fait cryogéniser sa deuxième femme, une archéologue plus jeune que lui, qui souffre d\u2019une maladie dégénérative, dans l\u2019espoir qu\u2019on trouve un jour une cure pour elle.Si du côté de ces auteurs canadiens on ne revisite pas l\u2019histoire, la mort devient l\u2019occasion de racheter les erreurs du passé, comme dans Mémoires d\u2019un homme inutile (Éditions Perce-Neige).L\u2019écrivain de Ba- thurst Camilien Roy y pose différentes questions existentielles : peut-on se sentir plus vivant alors que ses jours sont comptés?Peut-on faire la paix avec son passé ?L\u2019écriture peut-elle être thérapeutique?Autofiction Replongeant dans l \u2019anti - quité et dans son propre passé, le romancier new-yor- kais Daniel Mendelsohn (Les disparus, prix Médicis étranger 2007) signe Une odyssée (Flammarion), où il relate la croisière thématique (Sur les traces d\u2019Ulysse) qu\u2019il fit avec son père octogénaire après que ce dernier eut suivi son séminaire sur l\u2019Odyssée d\u2019Ho- mère.S\u2019inspirant elle aussi de son vécu, Joyce Maynard (Prête à tout, adapté au cinéma en 1995 par Gus Van Sant) se remémore la plus belle histoire d\u2019amour de sa vie dans Un jour tu raconteras cette histoire (Philippe Rey).À mi-chemin entre l\u2019essai et l\u2019autobiographie, Maggie Nelson livre un hommage à ceux et celles qui l\u2019ont inspirée, par tage ses livres préférés, ses échecs et ses réussites dans Les argonautes (Triptyque).Dans Le corps des ruines (Seuil), l\u2019écrivain co- lombien Juan Gabriel Vasquez nous entraîne dans sa folle enquête aux côtés d\u2019un homme persuadé qu\u2019il existe des liens entre l\u2019assassinat du sénateur Rafael Uribe Uribe (1914), du leader libéral Jorge Eliécer Gaitan (1948) et celui du président des États-Unis John F.Kennedy (1963).Enfin, dans Confession d\u2019un vandale (XYZ), son premier roman, l\u2019Ontarien Mitchell Gauvin s\u2019amuse avec les codes de l\u2019autofiction en imaginant le manuscrit d\u2019un écrivain médiocre qui écrit sur sa vie sans intérêt dont l\u2019activité est freinée par un ami qui remet les pendules à l\u2019heure.Y trouvera- t-on en filigrane une critique de l\u2019ère Facebook?Le Devoir FICTION DES AMÉRIQUES Quand les voix littéraires des Amériques revisitent leur passé Du nord au sud, plusieurs romans convoquent leurs fantômes pour s\u2019expliquer le monde «Des corps volés qui travaillaient une terre volée.C\u2019était une locomotive qui ne s\u2019arrêtait jamais, dont la chaudière avide se nourissait de sang.Avec la chirurgie décrite par le Dr Stevens, songea-t-elle, les Blancs commençaient pour de bon à voler l\u2019avenir.Ils vous ouvraient le ventre pour vous l\u2019arracher, tout dégoulinant.Car c\u2019est précisément ce qu\u2019on fait quand on enlève au gens leurs bébés : on leur vole leur avenir.On les torture d\u2019abord tant qu\u2019on peut quand ils sont sur cette terre, puis on leur enlève tout espoir qu\u2019un jour leur peuple connaisse un sort meilleur.» Extrait de Underground Railroad de Colson Whitehead de Albin Michel Mal MAINTENANT EN LIBRAIRIE mère.Albin Michel P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/3 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 7 Vent de.Anne Robillard/Wellan 2/2 Un outrage mortel Louise Penny/Flammarion Québec 3/3 Une simple histoire d amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/17 À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 5/11 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 6/16 Je préfère qu\u2019on soit amants Sylvie G./Les Éditeurs réunis 8/2 Une promesse pour Alice Éliane Saint-Pierre/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 10/13 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 9/15 Romans étrangers Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 1/3 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 2/23 Frappe-toi le cœur Amélie Nothomb/Albin Michel \u2013/1 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 3/18 Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 4/12 Le jour où les lions mangeront de la salade.Raphaëlle Giordano/Édito 9/2 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 5/15 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 6/16 L\u2019informateur John Grisham/Lattès 7/17 Pièce montée Mary Jane Clark/Archipel \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/45 Maternité, la face cachée du sexisme Marilyse Hamelin/Leméac \u2013/1 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 2/15 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute 3/11 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 5/4 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 6/6 Le principe du cumshot.Le désir des femmes.Lili Boisvert/VLB \u2013/1 Sauvons la justice! 39 propositions pour agir Collectif/Del Busso \u2013/1 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 9/14 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 10/3 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/80 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/23 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 3/10 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 7/13 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard 8/3 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une.Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard \u2013/1 Ceci n\u2019est pas un paradis May Telmissany/Mémoire d\u2019encrier 5/2 La dette de Louis XV Christophe Tardieu/Cerf 6/6 La convergence des consciences Pierre Rabhi/Le Passeur \u2013/1 L\u2019Amérique m\u2019inquiète (Édition originale.Jean-Paul Dubois/L\u2019Olivier \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 21 au 27 août 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ILLUSTRATION TIFFET La jeune pousse de l\u2019automne Un vent de Jamaïque soufflera cet automne puisque l\u2019on pourra découvrir pas un, mais deux romans de Kei Miller, son premier, L\u2019authentique Pearline Portious, et son troisième, By the Rivers of Babylon (Zulma), où il remonte le temps afin d\u2019explorer différentes facettes de sa culture.Dans sa première œuvre romanesque, le poète, romancier, essayiste et blogueur de Kingston interroge les frontières entre la réalité et la fiction, entre la raison et la folie, en suivant l\u2019enquête d\u2019un écrivain londonien, surnommé Monsieur Gratte Papyé, s\u2019intéressant à la dernière prophétesse jamaïcaine, Adamine Bustamante, qui prétend être née dans une léproserie où sa mère, Pearline Portious, tricotait des bandages arc-en-ciel.Dans le suivant, campé à Augustown, quartier pauvre de Kingston, en 1982, un petit garçon rastafari, Kaia, subit le pire outrage qui soit : son instituteur lui a coupé ses dreadlocks.Pour le consoler, sa brave grand-mère, Ma Taffy, lui racontera alors comment elle assista autrefois à l\u2019ascension d\u2019Alexander Bedward, prédicateur à l\u2019origine de la religion rastafari. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 4 M A R I E F R A D E T T E D ans l\u2019abondante et touffue production albumique, une cueillette de quelques feuilles singulières permet de nous interroger sur le monde qui nous entoure.Nous le connaissons côté adulte, nous le découvrons côté jeunesse depuis l\u2019an passé alors qu\u2019il faisait paraître 759 lapins, François Blais récidive avec Le livre où la poule meurt à la fin (400 coups).En compagnie de Valérie Boivin aux illustrations, l\u2019auteur nous plonge dans l\u2019univers de la consommation à outrance, de ce besoin irrépressible et absurde d\u2019acheter.Sous des dehors de rigolade, il offre un reflet percutant et ironique de certaines pratiques insipides.L\u2019environnement participe aussi de ce grand tout qui a une incidence sur notre mode de vie.Marivière de Catherine Lepage, publié chez Comme des géants, explore avec poésie le mauvais traitement infligé à nos cours d\u2019eau.Le trait naïf de Lepage suggère un contraste entre la nature sans défense et le « je-m\u2019en-foutisme» général des grands pollueurs de ce monde.Du côté européen, on trouvera Changeons ! (La joie de lire), un album sans texte de Giustozzi Francesco.Le grand besoin d\u2019étaler la ville a nécessairement un impact direct sur l\u2019air que l\u2019on respire, sur notre mode de vie et sur celui des animaux.L\u2019impératif du titre trouve écho dans des illustrations sobres, des lignes pures qui mettent en relief l\u2019étendue du drame qui se joue avec l\u2019urbanisation galopante.La réflexion pourra se poursuivre avec Le citronnier d\u2019Ilia Castro, illustré par Barroux et édité par D\u2019eux, un texte qui aborde avec douceur et espérance le thème toujours actuel et per turbant de la guerre.À la fois tendre et déchirant, le texte de Castro met en scène une petite fi l le plus grande que nature qui vient au monde pendant une fusillade.La force de son cri parvient alors à couvrir «pour un instant les bruits de guerre».Nécessaire lecture en ces temps sombres et froids.Du côté des romans Entre les Camille Bouchard, Sarah-Maude Beauchesne, Ma- rie-Renée Lavoie qui reviennent avec des suites attendues, trois auteurs bousculeront et sonderont particulièrement les adolescents par leur franchise et leur aplomb.Gwladys Constant \u2014 qui nous a donnés cette année le sombre Je suis la Terre \u2014 explore cette fois-ci le côté lumineux de l\u2019existence.MythoMamie (Alice), c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une rencontre entre une jeune fille perdue et une vieille femme au bout de sa route.C\u2019est une réflexion philosophique sur le sens de la vie, de la vérité et du mensonge ; une ode à l\u2019imagination et à la jeunesse tenue à bout de bras par cette Hor- tense de 86 ans.Un roman signifiant ne serait-ce que par la charge d\u2019amour et d\u2019affection qui en émane.Toujours à l\u2019affût de ce qui fonde l\u2019espèce humaine, Su- sin Nielsen fait pour sa par t vibrer la corde sensible de l \u2019équil ibre.Dans Les opti - mistes meurent en premier (La cour te échelle), traduit par Rachel Martinez, on rencontre Petula, adolescente pleine d\u2019obsessions, pessimiste, et méfiante.Grâce à l\u2019Homme bionique, elle apprend toutefois tranquillement à défaire les nœuds qui lui tordent le cœur et l\u2019âme.Un roman pertinent dans une actualité traversée par la haine, la peur et la méfiance.Si Nielsen et Constant explorent le côté lumineux des relations humaines, Patrick Isabel clôt avec Lui (Leméac) son sombre triptyque psychologique.Dans une langue directe, l\u2019auteur of fre un personnage intense, un humain aux mille travers, mais aussi tendre et émotif, qui ira au bout de lui-même.Sor ti de prison, Lui se retrouve face à ses parents, mais surtout face à lui-même.Une traversée entre hier et aujourd\u2019hui, entre le geste qu\u2019il a posé, ce qu\u2019il regrette et ce qu\u2019il assume, entre la haine et la volonté d\u2019aller au bout de soi.Collaboratrice Le Devoir FICTION JEUNESSE Comme le miroir d\u2019une étrange époque Collés sur l\u2019actualité, plusieurs auteurs promettent de faire rimer lire et réfléchir ILLUSTRATION TIFFET La jeune pousse de l\u2019automne Éveline Payette, qui œuvre dans l\u2019univers du théâtre jeune public notamment à l\u2019Arrière-Scène, fait une entrée pimpante dans le livre jeunesse avec Mammouth Rock (La courte échelle).C\u2019est le jour des exposés oraux et Louis a très hâte de présenter son animal de compagnie préféré.Loquace à souhait, il s\u2019enfarge allègrement, au grand plaisir de son auditoire, dans mille et un détails pour agrémenter son récit rocambolesque.À un point tel que la récréation devient secondaire pour ses camarades de classe, pendus aux lèvres du brillant orateur.Le texte drôle et savoureux, porté par une douce candeur et tenu à bout de bras par ce garçon attachant, nous retient sans effort.Le graphisme dynamique et désinvolte \u2014 illustré par le toujours très expressif Guillaume Perreault \u2014 ajoute à l\u2019intérêt et à la singularité de l\u2019ensemble.Un roman graphique qui donne envie à tous les enfants de retrouver leur cahier Hilroy et sans doute de le transformer un peu.M I C H E L B É L A I R S i vous faites l\u2019exercice de fouiller les listes de parutions automnales des éditeurs d\u2019ici comme d\u2019ailleurs, vous y trouverez, comme d\u2019habitude, plusieurs centaines de livres à venir\u2026 Pour s\u2019y retrouver au mil ieu de ces forêts de feuilles imprimées, on soulignera les incontour nables tout en laissant courir les bestsellers à la Dan Brown, à la Michel Bussi et à la Lee Child, entre autres.Mais quel que soit l\u2019angle choisi pour procéder au tri, on en reviendra toujours à mettre en relief une sorte de thématique commune au polar : celle de la violence de plus en plus multiforme qui caractérise les sociétés modernes.Cette violence, on la retrouve désormais conjuguée à toutes les sauces, on le sait puisque l\u2019actualité se fait une sorte de point d\u2019honneur de dépasser quotidiennement la fiction.Ainsi, dans L\u2019ombre des monastères de Jean-Louis Fleury (Alire), on aura l\u2019occasion en octobre de voir à quel point la montée des groupes d\u2019extrême droite au Québec n\u2019est que la manifestation locale d\u2019une tendance mondiale.Ici, une série d\u2019attentats ciblant des musulmans se produisent en Belgique, en France et au Québec ; la SQ fera appel à Aglaé Boisjoli (rencontrée dans L\u2019af faire Céline en 2015) pour élucider l\u2019affaire.Le retour de Brunetti C\u2019est la même violence froide, presque élégante mais tout aussi injustifiable, que l\u2019on voit apparaître dans Minuit sur le canal San Boldo de Donna Leon.Dans cette 25e enquête du commissaire Brunetti, il est question d\u2019accueil des immigrants et des privilèges de certaines castes vénitiennes.Ce type de violence cachée se retrouve aussi, formulé d\u2019une tout autre manière, dans La femme de l\u2019ombre, le deuxième tome de la tr i logie des ombres d\u2019Arnaldur Indridason (Métai- lié), qui raconte l\u2019impact de la guer re \u2014 et des soldats américains ! \u2014 sur l\u2019Islande, un monde alors à peine touché par le temps.À cette courte liste, on peut encore ajouter Jo Nesbö qui, dans La soif (Gallimard), met en scène un tueur en série sévissant grâce aux réseaux sociaux.David Lagercrantz aussi, qui poursuit l\u2019aventure Millénium, avec une Lisbeth Sallander encore une fois confrontée à la violence et à l\u2019injustice dans La fille qui rendait coup pour coup (Actes Sud).Pourquoi ensuite ne pas plonger dans un tout nouveau Ian Manook aux accents brésiliens (Mato Grosso chez Albin Michel), un « noir » sur fond langoureux\u2026 sans Ye- ruldelger cette fois.Avant de tout ranger, il faut enfin souligner à quel point le polar québécois continue sa percée en France.Après Mar tin Michaud et Louise Penny \u2014 qui verra deux nouvelles aventures de son inspecteur Gamache paraître chez Actes Sud \u2014, Patrick Sénécal vient tout juste de publier chez Fleuve noir (Aliss) et chez Presse Pocket (Le vide), alors que le remarquable Bondrée d\u2019Andrée A.Michaud sor tira chez Ri - vages.Dans la même foulée, Alire dif fusera aussi là-bas le tout récent Faims de Séné- cal, tout comme Où le soleil s\u2019éteint de Jacques Côté.La violence ne connaît pas de frontière\u2026 Collaborateur Le Devoir POLAR De la violence à toutes les sauces Face à la noirceur du monde, les fictions policières cherchent toujours à dépasser la réalité BERNARD ANTON \u201cLa lecture de ce brillant essai est enrichissante.Pas à pas, vous vous sentirez plus léger, plus libre, plus en santé.\u201d \u201cC\u2019est un baume sans pareil.\u201d Dre Sylvie Morin Culture Hebdo (nov.2016) La jeune pousse de l\u2019automne Julie Kurtness vit à Montréal, en regrettant souvent les grands espaces.C\u2019est qu\u2019elle a passé une bonne partie de sa vie à Mash- teuiatsh, l\u2019ancienne « réserve » de Pointe- Bleue, près de Chicou- timi \u2014 maintenant La Baie \u2014, où elle est née en 1981.Cette Montagnaise devenue Innue écrit son premier roman au je en racontant l\u2019histoire d\u2019une meurtrière qui découvre à l\u2019âge de douze ans qu\u2019elle aime les plaisirs simples, tout en détestant ses semblables au point d\u2019éliminer les pires d\u2019entre eux.Son héroïne calculatrice et froide, qu\u2019on ne connaît encore que par la quatrième de couverture de De vengeance (L\u2019instant même), risque de provoquer des sueurs froides et de faire beaucoup jaser dans les chaumières.« Je n\u2019ai pas de signature propre, pas un crime ne ressemble à un autre.Je ne trace pas mes initiales sur mes victimes, je ne pisse pas dans les coins de la pièce.Je ne laisse pas de papillons exotiques au fond de la gorge, ou des haïkus pliés dans la veine cave supérieure.La poésie de mes gestes n\u2019a de sens que pour moi.» ILLUSTRATION TIFFET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 5 F A B I E N D E G L I S E U nis dans la différence de ses points de vue.Cet automne, la fiction étrangère promet de rapprocher le monde, de réduire les espaces, d\u2019estomper les frontières en exposant des réalités singulières, venant de loin, tout en nous étant proches.Grande ligne d\u2019une rentrée riche en diversité en 11 destinations.Turquie.Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature en 2006, scrute les mutations d\u2019une ville et d\u2019une société dans Cette chose étrange en moi (Gallimard), traduit du turc par Valérie Gay- Aksoy, un portrait choral d\u2019Istanbul des années 1960 à aujourd\u2019hui.Roman fort, il suit le quotidien de Melvut, vendeur de boisson fermentée (boza), de sa famille, de ses amis, mais surtout, il met un visage sur ces préoccupations et ces enjeux quotidiens qui nourrissent aussi les aspirations changeantes d\u2019un peuple.Groenland.Les clichés habituels sur le Grand Nord ne résisteront pas au texte fort, cru, intense, mais surtout débordant de vie et de modernité de la jeune écrivaine groenlandaise Ni- viaq Korneliussen.Homo Sapienne (La Peuplade) sonde, dans cette première traduction en français, le quotidien de cinq jeunes vivant dans la « petite grande ville » de Nuuk, capitale du Groenland.Tous traversent des périodes de changements radicaux dans leurs vies.Suisse.Absurde ?C\u2019est ce qu\u2019annonce Éléphant (Christian Bourgois éditeur) de Martin Su- ter, traduit de l\u2019allemand par Olivier Mannoni.Sous la couverture: un sans-abri de Zurich fait la rencontre d\u2019un petit éléphant rose et luminescent, créature qui vient de loin et qu\u2019un Birman va lui voler pour le cacher.Conte loufoque?Oui, mais surtout fable sur le sacré et sur la bonté que l\u2019hypertechnicité du présent peut tuer.Liban.Le poids de la tradition, de ses interdits devant le libre arbitre, voilà ce qu\u2019oppose Charif Majdalani dans L\u2019empereur à pied (Seuil), récit philosophique et ouvert sur le monde qui, sur plus d\u2019un siècle, suit le destin de Khanjar Jbeili, empereur de son état, et de ses descendants, à qui il a imposé cette règle : par génération, un seul d\u2019entre eux peut se marier et avoir des enfants.Les autres doivent l\u2019aider à gérer les biens du clan.Et puis, un membre de la lignée va remettre en question l\u2019impératif.Danemark.L\u2019été infini (Notabilia) de Madame Nielsen, traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud, c\u2019est l\u2019été de tous les possibles pour un groupe de jeunes face à leur destin dans la campagne danoise.On est dans les années 1980, mais aussi dans le tumulte des attractions, dans ce temps suspendu où tout est possible, raconté par un auteur atypique, dramaturge né homme en 1963 et devenu femme en 2011.Pays-Bas.Avec érudition, Joost de Vriers pourfend l\u2019hypocrisie du monde universitaire dans L\u2019héritier (Plon), récit absurde dans lequel un spécialiste du métadiscours sur Hitler va se battre pour récupérer sa place de dauphin du grand philosophe Josip Brik, son mentor.L\u2019homme vient de mourir et un imposteur tente de s\u2019imposer comme le nouveau gardien de ce savoir spécialisé.Un récit qui démontre que les réalités alternatives peuvent aussi être l\u2019apanage de ceux et celles qui aiment les dénoncer.Norvège.Peut-on partager la douleur des autres ?C\u2019est la question que pose Eivind Hofs- tad Evjemo dans Vous n\u2019êtes pas venus au monde pour rester seuls (Grasset) en revenant sur les semaines qui ont suivi le massacre perpétré par Anders Breivik en 2011 sur l\u2019île d\u2019Utoya.69 jeunes y ont perdu la vie.Traduit par Terje Sinding, le récit entre dans la vie de Stella, qui cherche à épauler ses voisins, dont la fille a été emportée par le tueur fou.L\u2019intimité du deuil rejoint ici celle de ces sociétés forcées de composer avec la réalité des attentats.Autriche.Temps long, temps court, temps suspendu\u2026 la course des horloges est une question de perception qu\u2019explore le grand écrivain autrichien Christoph Ransmayr en se rendant dans la Chine du XVIIIe siècle, où un empereur despote invite le plus grand des horlogers de l\u2019Occident pour l\u2019aider à ralentir la course du temps.Le gars s\u2019appelle Alistair Cox.Son patronyme donne son titre au roman traduit de l\u2019allemand par Bernard Kreiss: Cox ou la course du temps (Albin Michel).Inde.C\u2019est une histoire d\u2019adolescents et de cricket que propose Araind Adiga dans La sélection (Buchet-Chastel), traduit de l\u2019anglais par Annick Le Goyat.C\u2019est aussi une histoire d\u2019ambition, de vengeance, d\u2019amitiés et de survie mettant face à face deux frères, Manju et Radha, issus des quartiers pauvres de Bombay, mais aussi un père à l\u2019ambition démesurée pour sa progéniture et qui va rendre rugueux son apprentissage de la vie.Italie.Dans une Italie du Sud gangrenée par les trafics d\u2019influence et la terreur des mafias, Nicola Lagioia met en scène un drame familial dans La féroce (Flammarion), traduit de l\u2019italien par Simonetta Greggio et Renaud Temperini.Clara Salvemini, fille d\u2019un entrepreneur influent et aux affaires douteuses, est retrouvée morte, marquant le point de départ d\u2019une autopsie en règle d\u2019une société et des dérives qui la traversent.Grande-Bretagne.Du sexe, la fuite du temps et la jalousie habitent le septième roman du Britannique Hanif Kureishi qui place l\u2019adultère au centre de L\u2019air de rien (Christian Bourgois éditeur), traduit de l\u2019anglais par Florence Cabaret.À l\u2019intérieur ?Waldo, vieux réalisateur londonien malade, soupçonne sa jeune femme, Zee, de le tromper et donne corps à un roman noir sur fond de triangle amoureux, cette forme géométrique franchement universelle.Le Devoir FICTION DU MONDE Les réalités des autres en 11 destinations D\u2019Istanbul à la Norvège, de la folie à la passion, la littérature d\u2019ailleurs rapproche la différence de ses points de vue La jeune pousse de l\u2019automne Voilà un premier roman traduit de l\u2019allemand par Pierrick Steunou qui va apparaître avec fracas dans cet automne littéraire : Les bijoux bleus (Éditions Jacqueline Chambon/Actes Sud) de la romancière vien- noise Katharina Winkler.Le titre évoque l\u2019élégance d\u2019une topaze, d\u2019un saphir ou d\u2019une aigue-marine, mais il conduit finalement dans un environnement bien plus sombre, celui de la violence conjugale et de la servitude des femmes dans des sociétés patriarcales dont les valeurs suivent parfois les migrations.Le récit s\u2019inspire d\u2019une histoire vraie, celle de Feliz, jeune Kurde mariée de force à l\u2019âge de 12 ans, qui, entre la Turquie reculée et l\u2019Autriche des jours meilleurs, va affronter la vie quotidienne dans un foyer à la cruauté banalisée, ritualisée par les cadres sociaux, au contact de Yunus, mari qui estime que la bonne tenue d\u2019une femme réside dans les bijoux bleus qu\u2019elle porte.Le bouquin fait entendre la voix d\u2019une soumission que l\u2019auteure, qui vit désormais à Berlin, estime trop souvent tue.ILLUSTRATION TIFFET www.pum.umontreal.ca Les Presses de l\u2019Université de Montréal L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 6 F A B I E N D E G L I S E R epousser les ténèbres qui cherchent à se rappeler au mauvais souvenir du présent, remonter les fils de l\u2019histoire pour en saisir les points de rupture, ceux qui donnent l\u2019impression de vouloir faire hoqueter les grandes tragédies du siècle dernier, qui menacent nos libertés en érodant les bases mêmes de notre humanité\u2026 Il y a comme une étrange convergence des regards dans les fictions françaises dévoilées en cette rentrée littéraire automnale vers ces erreurs du passé, vers ces racines du mal, vers ces silences dévastateurs, ceux qui par négligence, par oubli ou par aveuglement collectif placeraient désormais les trajectoires humaines sur des chemins conduisant forcément aux regrets.Excès de lucidité ?Il y a un peu de ça dans Notre vie dans la forêt (P.O.L.) de Marie Dar- rieussecq, dystopie sociale dans laquelle une ex-psychothérapeute qui vit recluse et cachée dans les bois raconte les causes et les conséquences du basculement qui l\u2019a conduite là, avec ses compagnons d\u2019infortune.Leur existence est en morceaux, fragmentée par une société qui a laissé l\u2019hypertechnicité ouvrir la route au totalitarisme.Le futur romancé par Marie Darrieussecq est incertain.Il puise en partie dans cette configuration sociale et politique, celle qui, à une autre époque, a laissé les fanatismes corrompre les équilibres sociaux.Olivier Guez explore ces dérives dans La disparition de Josef Mengele (Grasset).Le roman relate la cavale d\u2019un ancien médecin tortionnaire d\u2019Auschwitz qui, de 1949 à sa mort mystérieuse sur une plage du Brésil en 1979, a évité la traque, dans l\u2019angoisse et les identités factices, en passant par l\u2019Argentine complaisante de Perón, puis le Paraguay, dans une cavale où l\u2019argent, les ambitions et les complicités silencieuses donnent le ton à ces éternels recommencements.Recommencement : le thème est au cœur des Souvenirs dormants (Gallimard) du Prix Nobel de littérature Patrick Modiano, qui réapparaît cet automne avec un roman d\u2019apprentissage renouant avec cet « art de la mémoire » qu\u2019il maîtrise si bien, avec les mystères insondables du souvenir, en parlant de crime et de sentiments humains, et ce, en partant sur les traces de six femmes.Traces indélébiles Le retour des choses habite aussi La nuit des enfants qui dansent (Albin Michel) de Franck Pavloff, où une certaine jeunesse européenne marche en équilibre sur les îles du Danube dans un présent hanté autant par les migrants errants dans les gares du centre de l\u2019Europe que par les souvenirs de plusieurs de ces jeunes, assombris par l\u2019obscurité induite et portée par leurs ancêtres.Comme un appel à la raison, dans cette déferlante d\u2019émotions qui nourrit tous les populismes du présent, Pavloff rappelle que les grandes tragédies marquent la grande histoire, mais laissent aussi des traces indélébiles dans les petites, ce que Jakuta Alikavazovic met d\u2019ailleurs en lumière dans L\u2019avancée de la nuit (L\u2019Olivier), 284 pages d\u2019une histoire d\u2019amour sur un parcours de vie qui peine à composer avec ses stigmates de la guerre en Bosnie.Alice Zeniter, elle, se demande dans L\u2019art de perdre (Flammarion) comment survivre dans le temps long de l\u2019histoire aux stigmates de l\u2019immigration, à cette géopolitique qui trouble les identités, qui laisse les questions sur l\u2019origine façonner les rejets sournois.Le bouquin est un cri de liberté contre les déterminismes.Marc Duguain, lui, rapproche un assassinat politique, celui de Robert Kennedy en juin 1968, de la mort brutale des parents d\u2019un prof d\u2019histoire vivant à Vancouver dans Ils vont tuer Robert Kennedy (Gallimard).Des récits qui tranchent Au cœur de tous ces drames, trois bouquins risquent de trancher en laissant l\u2019art, l\u2019amour et l\u2019espoir traverser leurs pages : La chambre des époux (Gallimard) d\u2019Éric Reinhardt, sur l\u2019amour d\u2019un homme pour sa femme atteinte d\u2019un cancer ; Dans l \u2019épaisseur de la chair (Zulma) de Jean-Marie Blas de Roblès, sur l\u2019amour d\u2019un fils pour son père dans l\u2019Algérie coloniale ; Alma (Gallimard) de Jean-Marie Le Clézio, hommage à la culture métissée de l\u2019île Maurice, loin de la mécanique de l\u2019horreur qui parfois est implacable.Cette mécanique est décryptée par Lola La- fon dans Mercy, Mary, Patty (Actes Sud), roman qui met indirectement en perspective le processus de radicalisation des jeunes filles d\u2019aujourd\u2019hui en revenant sur l\u2019enlèvement, en février 1974, de Patricia Hearst, 19 ans, petite-fille de William Hearst, magnat américain de la presse, par un groupe marxiste révolutionnaire.Elle en adoptera la cause dans un rejet flagrant du confort matériel d\u2019une réalité familiale qu\u2019elle finira par abhorrer.Patricia va être placée devant la réalité de ses choix, tout comme les personnages de Mécaniques du chaos (Grasset) de Daniel Rondeau, âmes errantes, prises en otages par les dérives du présent, la violence, l\u2019argent et cette ambition qui semblent les empêcher de composer avec la vie.Rester humain Car dans un monde qui tolère de plus en plus le pire, qui repousse continuellement les limites de l\u2019acceptable, comment ne pas rompre avec son humanité, comment éviter de sombrer ?C\u2019est ce que se demande Eva Ionesco dans Innocence (Grasset), premier roman de cet ancien mannequin devenu cinéaste, marquée par une enfance improbable dans les années 1970, où la fête, le culte de l\u2019image, la débauche d\u2019une mère et les silences ont fait de son existence une féerie cauchemardesque.Étrange coïncidence, son mari, Simon Liberati, l\u2019accompagne dans cette rentrée littéraire avec un bouquin tout aussi introspectif, Les rameaux noirs (Stock) dans lequel l\u2019auteur de l\u2019Anthologie des apparitions (Flammarion), qui l\u2019a révélé en 2003, autopsie la place qu\u2019il occupe dans le monde et sillonne surtout les chemins de sa création au contact du souvenir de son père, André Liberati, poète surréaliste.Disparaître dans les silences En couple, c\u2019est bien à la question « Comment vivre avec les fantômes ?» que tentent de répondre les Ionesco-Liberati, et c\u2019est ce que fait également, seule face au lac Léman, Monica Sabolo dans Summer (JC Lattès).C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une disparition, celle d\u2019une jeune fille de 19 ans et dont le souvenir 20 ans plus tard hante toujours Benjamin, son frère.Le mystère se nour rit des silences d\u2019une bourgeoisie suisse perdant parfois sa raison au contact trop proche des banques et d\u2019une jeunesse dorée qui se perd dans la tromperie de ses apparences.Des séquelles bien personnelles à d\u2019autres plus collectives, Martin Winckler, lui, cour t après la mémoire de la guerre d\u2019Algérie, mais aussi après les mutations induites par Mai 1968, dans Les histoires de Franz (P.O.L.), suivant les membres de la famille Farkas, leur maladie d\u2019amour, leur silence et la cause des femmes, sans doute, un peu, comme tous les autres, pour éviter que les passés troubles ne viennent à nouveau rattraper le présent.L\u2019art et la politique Les parts d\u2019ombre du présent ne vont pas être les seuls à transpercer l\u2019univers romanesque cet automne.La preuve avec La beauté des jours (Actes Sud) de Claudie Gallay, qui place plutôt au centre de son récit l\u2019ar t, cette force libératrice avec laquelle renoue son héroïne.Jeanne, c\u2019est son nom, est une femme ordinaire, mère aimante, qui va se laisser sortir du frémissement de ses habitudes par l\u2019émotion d\u2019une photo.Dessus, on y voit une ar tiste, Marina Abramovic, saisie dans l\u2019instant d\u2019une performance à Naples, Italie.Elle l\u2019avait glissée, plus jeune, dans un livre, comme un message à elle-même à retrouver plus tard, au moment où dans sa vie le poids du temps qui passe commence à devenir un peu trop lourd à porter.De l\u2019ar t et une autre Jeanne se trouvent également au cœur du roman d\u2019Olivia El- kaim, Je suis Jeanne Hébuterne (Stock), récit au « je » de cette jeune fille frappé par le destin, mais aussi par sa rencontre avec l\u2019artiste maudit Amedeo Modigliani, de qui elle va devenir la muse.L\u2019action se déroule dans la France de la Première Guerre mondiale, entre Paris et Nice, entre la misère et la survie, mais par-dessous entre l\u2019incandescence de l\u2019amour et la folie.De l\u2019art toujours, dans Les vacances (P.O.L.) de Julie Wolkenstein , i l va y avoir aussi, puisque le roman tente ici le rapprochement improbable entre le cinéaste Éric Rohmer et l\u2019univers de la comtesse de Ségur, le tout sur fond de Normandie.Paul, un jeune étudiant qui cherche à lire le scénario d\u2019un court-mé- trage que le réalisateur n\u2019a jamais tourné, va y croiser Sophie, spécialiste de l\u2019œuvre de la comtesse, mais surtout, les deux vont laisser leurs obsessions et leur érudition respective sur des corpus artistiques distincts teinter leur propre existence.Macron romanesque Philippe Besson, lui, va faire entrer la politique dans la fiction avec Un personnage de roman (Julliard), qui propose de suivre nul autre qu\u2019Emmanuel Macron sur les chemins du pouvoir.C\u2019est que le romancier par tage une amitié avec le jeune et nouveau chef de l\u2019État français, qu\u2019il a accompagné durant sa campagne et dans les jours qui ont suivi sa victoire contre Marine Le Pen et son entrée à l\u2019Élysée, par la grande porte.Son récit, sur lequel très peu a été dit, annonce une mise en fiction proche de la réalité, comme Besson l\u2019a fait avec sa jeunesse au début de l\u2019année dans Arrête avec tes mensonges (Julliard), sur ce destin en marche et sur la personnalité de ce jeune politicien que l\u2019on qualifie parfois de jupitérien.Le Devoir FICTION FRANÇAISE Des mots pour repousser l\u2019obscurité Plusieurs regards de romanciers convergent cette saison vers les oublis et les silences qui laissent l\u2019histoire se répéter ILLUSTRATION TIFFET La jeune pousse de l\u2019automne C\u2019est le bilan d\u2019un siècle fait de ses violences et de ses passions que cherche à rappeler Emmanuelle Caron dans Tous les âges me diront bienheureuse (Grasset), son premier roman, qui débute dans une maison de retraite en Bretagne où Eva va découvrir le vrai visage de sa grand- mère, sur le point de quitter le monde des vivants, qu\u2019elle croyait pourtant si bien connaître.Baba, c\u2019est son surnom, se met à parler comme si le français lui était soudainement devenu langue étrangère.Elle sent également l\u2019urgence de se confesser, pour remonter ainsi le fil d\u2019une vie marquée par la Révolution russe de 1917, par la prostitution, par un père meurtrier et par l\u2019asservissement à une mafia, et de révéler surtout au passage le mystère d\u2019une existence intimement liée à la dureté, aux violences, aux faiblesses, aux folies de son temps.Le récit entre au cœur des silences d\u2019une famille, mais surtout de cette humanité qui trouve toujours son chemin face au drame et à l\u2019adversité. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 7 F A B I E N D E G L I S E P ar manque d\u2019imagination ?Par peur de la nouveauté ?Par pur opportunisme commercial ?Pour toutes ces raisons ?D\u2019ici la fin de l\u2019année, une jolie brochette d\u2019anciens du 9e art va se rappeler au bon souvenir du présent en poursuivant l\u2019écriture d\u2019aventures et la construction d\u2019univers dont les bases ont été posées pour la plupart au siècle dernier.Petit panorama de cette quête de réconfor t dans la réminiscence du passé et dans la stabilité du prévisible\u2026 Au cœur de ce bal des grands retours, As- térix, personnage mis au monde par Uderzo et Goscinny, va sans doute occuper une place de choix avec le lancement mondial le 19 octobre prochain de la 37e de ses aventures.As- térix et la transitalique (Éditions Alber t René) \u2014 c\u2019est son titre \u2014 poursuit la collaboration entre Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin qui, en 2013, se sont fait remettre les clefs de la maison par Albert Uderzo pour faire persister dans le temps l\u2019opposition du petit Gaulois et de son ami pas gros mais enrobé avec les Romains.C\u2019est d\u2019ailleurs sur la terre de leurs ennemis, l\u2019Italie, que va se jouer ce nouveau chapitre, au- delà de Rome toutefois, où les personnages sont déjà allés, dans des régions transalpines pas toujours favorables à César, dit-on.Octobre va aussi marquer le retour de Red Ketchup, antihéros sympathique mis au monde en 1981 dans le magazine Croc avant de devenir l\u2019agent autonome de ses propres aventures en 1983 dans la revue Titanic, et qui va se dévoiler dans un délire inédit intitulé Élixir X (La Pastèque).L\u2019histoire, mettant en vedette la sœur du héros et une substance relevant de la fontaine de Jouvence, avait été laissée en plan par Réal Godbout et Pierre Fournier, les créateurs du personnage, il y a plus de 20 ans.Contrairement à l\u2019instabilité psychologique du héros, l\u2019interruption n\u2019aura pas été définitive.Les retours notables des personnages du 9e art pourraient tenir sur un trait sans fin cet automne.Un fil sur lequel il est possible de voir apparaître les contours du visage de Lou (Glénat), charmante héroïne de son quotidien mis au monde par Julien Neel et qui se raconte dans un tome VIII, celui de Largo Winch (Du- puis), héritier aventurier ramenant sa belle gueule et son existence tumultueuse dans un 21e album signé Éric Giacometti et Philippe Francq, celui de Corto Maltese (Casterman), qui va habiter le tome XIV de cette série imaginée par Hugo Pratt et maintenue en vie par Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero, ou encore celui de Paul, alter ego tout en lignes claires de Michel Rabagliati et qui revient dans Paul à Montréal (La Pastèque), une mise en album « augmentée » de dessins et d\u2019anecdotes, des cases qui composent le parcours urbain créé par l\u2019auteur dans les rues de Montréal à l\u2019occasion du 375e anniversaire de la métropole.Les Schtroumpf et les haricots mauves (Le Lombard), Les légendaires (Delcourt) et Titeuf (Glénat) vont également être là, comme des figures imposées dans une rentrée bédé qui n\u2019a pas peur de se perdre dans ses « déjà-vu ».Parmi toutes ces valeurs sûres, cer taines s\u2019annoncent peut-être un peu plus inspirantes que d\u2019autres.Des noms ?Blutch \u2014 Christian Hincker pour l\u2019état civil français \u2014, un véritable passionné de bandes dessinées, va en faire la démonstration dans Variations, œuvre très attendue cet automne, dans laquelle il revisite, redessine, complète ou modifie des fragments puisés dans les univers de ses héros : Franquin, Morris, Manara, Jacobs, Goosens\u2026 «La bande dessinée me laisse perplexe, écrit-il en guise d\u2019introduction.Après trente ans de travaux publiés, je n\u2019ai jamais réussi à me mettre d\u2019accord sur son compte [\u2026] et je suis bien obligé de le reconnaître, au fond, je n\u2019y comprends rien.» Jolie entrée en matière.L\u2019immense auteur japonais Jirô Taniguchi, lui, a toujours donné l\u2019impression de comprendre le support sur lequel il a posé, jusqu\u2019à sa mort en février dernier, des récits singuliers à l\u2019humanité forte.Une ultime création, La forêt millénaire (Rue de Sèvres), va une dernière fois témoigner de son énorme talent, même si ce récit simple, suivant le quotidien d\u2019un jeune Tokyoïte découvrant la beauté de l\u2019arrière- pays japonais après avoir été séparé de ses parents, restera à jamais inachevé.L\u2019aventure devait tenir en trois volumes.Le maître du roman graphique n\u2019a pu que terminer le premier chapitre.Il n\u2019y aura pas de suite, contrairement aux Nouvelles aventures de Lapinot de Lewis Trondheim, personnage que l\u2019on croyait mort depuis 13 ans et La vie comme elle vient, qui revient à la vie cet automne dans Un monde un peu meilleur (L\u2019Association).Le retour de Henri Castagnette, personnage du Whitehorse (Pow Pow) de Samuel Cantin, lui, est toujours aussi débordant de vie, et il va en faire la démonstration dans la deuxième par tie de ce récit loufoque qui cette fois conduit bel et bien le lecteur dans la ville du Yukon pour le tournage d\u2019un double documenteur par le cinéaste Sylvain Pastrami.Cet automne, il y a ce qu\u2019il faut remarquer, mais il y a aussi plusieurs créations qui pourraient être remarquables.La rencontre de François Schuiten et Benoît Sokal dans Aqua- rica (Rue de Sèvres) risque d\u2019en faire partie, comme l\u2019introspection sur l \u2019 identité et le genre par Julie Delporte dans Moi aussi je voulais l\u2019emporter (Pow Pow), comme aussi Les saisons de Montréal (La Pastèque) de la jeune illustratrice Raphaëlle Barbanègre ou encore Une histoire de cancer qui finit bien (La Pastèque) de Marianne Ferrer et India Desjardins.L\u2019album met magnifiquement en dessin la vie réelle d\u2019une jeune fille de 15 ans qui a la leucémie, avec des moments durs et, comme une promesse posée dans le titre, une histoire d\u2019amour et de l\u2019espoir à la fin.Le Devoir BANDE DESSINÉE Le grand retour des figures fortes D\u2019Astérix à Red Ketchup, de Lou à Paul, le 9e art redonne vie aux valeurs sûres de son passé Wagamese a créé une œuvre d\u2019art inoubliable « » En librairie le 28 septembre 2017 Également disponible en version numérique NATIONAL POST ILLUSTRATION TIFFET ÉDITIONS LA PASTÈQUE Voyage au centre de la Terre donnera un coup de modernité à l\u2019aventure fantastique de Jules Verne.La jeune pousse de l\u2019automne Jules Verne raconté par un bédéiste italien dont l\u2019univers graphique, dévoilé dans une première œuvre, en annonce certainement plusieurs autres.Voilà ce que propose le Voyage au centre de la Terre (La Pastèque) de Matteo Berton, qui en novembre promet de donner un grand coup de modernité à l\u2019aventure fantastique mise au monde par le romancier français en 1864.Trois ans de travail ont été nécessaires pour laisser la précision du trait et du détail suivre le naturaliste allemand Otto Lidenbrock et son neveu dans leur descente au cœur des mondes insoupçonnés qui se situent en dessous du volcan islandais éteint, le Sneffels.Dans leur rencontre aussi avec la géologie, la cryptologie et la paléontologie, ces sciences au centre de la Terre, mais aussi de ce récit. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 RENTRÉE LITTÉRAIRE F 8 F A B I E N D E G L I S E À l\u2019ère de l\u2019affirmation ostentatoire du « je », il est illusoire de se croire seul au monde, et encore plus dans une époque mouvante où les décisions individuelles, tout comme les inactions de chacun, ont des conséquences ressenties par tous.Les environnements sont en mutations, les contours se déplacent et vont être sondés cet automne par plusieurs essayistes pour saisir et comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure.Un monde dans lequel la température se réchauffe, ou pas?La question oppose populistes et humanistes, environnementalistes et climatoscep- tiques depuis des lunes.Elle se prépare aussi à être décryptée avec la rigueur d\u2019un scientifique par Gilles Brien dans Ce qu\u2019on ne vous dit pas sur les changements climatiques (Les Éditions de l\u2019Homme), en octobre.Entre le vrai et le faux, l\u2019ex-président de l\u2019Association des météorologistes du Québec et expert en biométéorolo- gie va sur tout y exposer le juste, les faits et mettre à mal les mythes et les fausses croyances qui donnent du carburant autant aux oiseaux de malheur qu\u2019à ceux et celles qui préfèrent se fermer les yeux sur les mécanismes à l\u2019œuvre dans l\u2019évolution du climat, pour rester dans le confort et l\u2019indifférence.Et pourtant\u2026 C\u2019est bien la relation trouble entretenue par l\u2019humain avec la nature qui est à la source d\u2019un dérèglement climatique que les variations anormales du mercure dans les thermomètres et la violence historique de plusieurs ouragans viennent régulièrement confirmer.Dimitri Roussopoulos, militant écologiste de longue date, aborde la chose dans L\u2019écologie politique (Écosociété), réédition revue et augmentée d\u2019un ouvrage datant de 1993, qui propose d\u2019aller au-delà de l\u2019environnementalisme en appelant à une refonte en profondeur de nos systèmes politiques et sociaux pour accompagner autrement le temps qui change.Un appel lancé aussi par Serge Mongeau, figure de proue de la gauche pensante dans L\u2019écosophie ou la sagesse de la nature (Écoso- ciété), œuvre qui cherche à rappeler que la nature ne nous est sans doute pas si extérieure que l\u2019on aime se le faire croire.Les auteures de Faire partie du monde (Remue-ménage) \u2014 Catherine Beau-Ferron, Ellen Gabriel, Anna Kruzynski, Maude Prud\u2019homme, entre autres \u2014 vont aussi le rappeler dans cet ouvrage collectif et réflexif sur l\u2019écoféminisme, présenté comme la clé pour comprendre les mutations du monde et favoriser sa préser vation, selon elles.À l\u2019intérieur, l\u2019environnement va être opposé pas seulement à des gaz à effet de serre, mais aussi à la démocratie locale, à la décolonisation, à la résistance aux grands projets d\u2019exploitation des ressources, aux droits des animaux ainsi qu\u2019à cette financiarisation du vivant qui se nourrit d\u2019un système s\u2019approchant du point de rupture, si l\u2019on n\u2019y prend pas garde.Les yeux grands ouverts Il faut prendre conscience du monde autour de nous, vont insister encore une fois plusieurs auteurs.Le monde passé qui a fait le Québec d\u2019au- jourd\u2019hui, pour l\u2019historien Gaston Deschênes dans Les gens de Montréal à l\u2019époque de la confédération (Septentrion), un assemblage de gravures publiées dans l\u2019hebdomadaire l\u2019Opinion publique et témoignant de la vie en 1870, tout comme pour Éric Bédard dans Survivance (Boréal), incursion dans l\u2019« Histoire et la mémoire du XIXe siècle canadien-fran- çais ».Le monde des tensions passées, entre paysans et coureurs des bois, entre bâtisseurs et rêveurs, entre résistants et survivants et qui forgent toujours le destin du Québec et qui éclaire surtout les limites de son présent, estime Mathieu Bélisle dans Bienvenue au pays de la vie ordinaire (Leméac).Le monde de la violence aussi qui nourrit Une culture d\u2019agression (M éditeur), que le sociologue Richard Poulin propose de décoder en nourrissant les grands débats du moment sur les agressions sexuelles, sur les tueries de masse, sur la négation de l\u2019autre\u2026 Le monde de la foi et de la croyance, exploré par Marcel Sylvestre dans L\u2019immor telle illusion (Presses de l\u2019Université Laval).Et les mondes que l\u2019on occulte aussi\u2026 Dans Le nord invisible (Éditions de l\u2019Homme), c\u2019est le monde des Premières Nations que la journaliste indépendante Alexandra Shimo va mettre en lumière, au terme d\u2019une enquête troublante au cœur d\u2019une réserve amérindienne du nord de l\u2019Ontario, alors que Serge Bouchard \u2014 avec la complicité de Marie-Christine Lévesque \u2014 va, lui, rendre un hommage vibrant à ses « amis Innus », et surtout à leur langue, dans Le peuple rieur (Lux éditeur).Antoine Ouellet, dans Pulsions (Varia), va dresser le portait du beat, celui des musiques que l\u2019on entend partout et qui en disent long autant sur nous que sur les fondements de la musique, dont il écrit ici le troisième volet de sa série sur le sujet.Autre étrange objet, celui d\u2019Olivier Ducharme qui, dans Films de combat (Varia), sonde les frontières du monde actuel en passant par les films des frères Dardenne, Luc et Jean-Pierre de leurs prénoms, Belges de leur état et surtout réalisateurs subversifs de L\u2019enfant, du Gamin au vélo ou de La promesse.Une promesse, enfin, il y en a une dans Les révolutions inachevées (Leméac) du journaliste Michel Cormier, celle de comprendre les transformations du monde en remontant le fil de l\u2019actualité.Il y constate que les fondements de nos démocraties sont mis à mal par la montée de la droite identitaire, par le terrorisme ou le populisme qui s\u2019af fir- ment avec force dans un environnement social, politique et culturel où les lignes de l\u2019histoire contemporaine sont ébranlées par la marche du monde, et avec elle, rappellent en chœur les essayistes cet automne, un grand nombre de nos certitudes.Le Devoir ESSAI QUÉBÉCOIS La densité de l\u2019être dans des environnements en mutation Plusieurs essais poursuivent la réflexion sur le monde autour de nous M I C H E L L A P I E R R E L e 22 août, en réponse au président américain Donald Trump qui a dit qu\u2019il y avait, lors de l\u2019af frontement entre l\u2019extrême droite et les antiracistes à Charlottesville cet été, « des gens gentils des deux côtés », Bernie Sanders, l\u2019opposant de gauche d\u2019Hil- lar y Clinton aux dernières primaires démocrates, réplique : « Non, il n\u2019y a pas de nazis gentils ! » Voilà le ton du combat politique qu\u2019il résume dans son essai Notre révolution (Les liens qui libèrent).Au sein du même pays, un autre progressiste, penseur incontournable de la résistance, Noam Chomsky, af firme, à propos de l\u2019avenir des jeunes, que, pour la première fois dans l\u2019histoire des États-Unis, le rêve d\u2019une vie meilleure que celle des parents apparaît définitivement compromis.Son livre Requiem pour le rêve américain (Climats) se veut une charge contre Trump.L\u2019intellectuel de 88 ans, cette fois dans L\u2019optimisme contre le désespoir (Lux), réfléchit sur la Russie de Poutine, l\u2019Europe, la crise des migrants, le fanatisme religieux.De plus, il y attaque encore la Maison-Blanche.Née au Canada et beaucoup plus jeune, la journaliste Naomi Klein, dans Dire non, et après?Contre la stratégie du choc de Trump (Lux), voit le succès électoral relatif du président presque comme un coup d\u2019État du capitalisme traditionnel pour s\u2019opposer désespérément à l\u2019essor de la nouvelle économie, axée sur le savoir, et à la prise de conscience du péril écologique.La glaçante dimension militaire du baroud d\u2019honneur de ce conservatisme aveugle se révèle dans La machine à tuer.La guerre des drones (Lux), du journaliste américain Jeremy Scahill, avec un avant-propos de son compatriote le lanceur d\u2019aler te Edward Snowden .La récente décision de Trump de pousser les États-Unis à participer davantage à la guerre d\u2019Afghanistan accentue l\u2019actualité du livre, selon lequel les drones ne viseraient juste qu\u2019une fois sur dix, en faisant de nombreuses victimes innocentes.Malgré son anti-in- tellectualisme, Trump stimule décidément les essayistes.Son arrivée au pouvoir permet à De la tyrannie.Vingt leçons du XXe siècle (Gal- limard), de Timothy Snyder, de pousser la réflexion très loin.L\u2019historien américain tente d\u2019y persuader ses compatriotes que leurs institutions ne les mettent pas à l\u2019abri d\u2019un régime totalitaire, comme ceux que l\u2019Europe a connus sous Hitler et sous Staline.Sensibilité progressiste À la lumière du phénomène Tr ump, un autre historien, français celui-là, Emmanuel Todd, dans Où en sommes- nous?Une esquisse de l\u2019histoire humaine (Seuil), scrute notamment le paradoxe de l\u2019Homo americanus, à la fois innovateur et archaïque.Il est d\u2019ailleurs curieux de constater que l\u2019avènement du président américain, caricature de la droite nostalgique des États-Unis révolus, correspond, dans le temps, à une redéfinition aussi éclairée qu\u2019audacieuse de la sensibilité progressiste.La traduction française Contre la haine (Seuil) du livre de la journaliste allemande Carolin Emcke en témoigne.Loin du ton doctrinaire, l\u2019ancienne correspondante de guerre analyse la haine ethnique, sociale et sexiste, fondée, à ses yeux, sur l\u2019ef facement des dif fé- rences identitaires, le désir d\u2019homogénéité, le culte de la pureté.Le beau titre de l\u2019entretien entre le psychiatre Boris Cyrul- nik et le sémiologue Tzvetan Todorov, La tentation du bien est beaucoup plus dangereuse que celle du mal (L\u2019Aube/Le Monde), fait écho à cette défiance d\u2019un angélisme assimilable si souvent à un extrémisme.Les deux intellectuels discutent de la capacité des êtres humains à sombrer dans une barbarie ennoblie par leurs ambitions ou à résister à ce terrible leurre.Mais essayer de fouiller la conscience et sur tout l \u2019 inconscient risque de faire du chercheur qui se consacre à la tâche, même de façon relativiste, la proie des inquisiteurs.L\u2019anthropologue français Samuel Lézé l\u2019explique dans Freud Wars.Un siècle de scandales (PUF).Il veut montrer qu\u2019en dépit des détracteurs de Freud, dont au- jourd\u2019hui le philosophe Michel Onfray, attaquer le père de la psychanalyse, c\u2019est ironiquement magnifier en lui le chercheur qui tâtonne, conscient d\u2019un seul principe : le doute.Cet heureux scepticisme, l\u2019essayiste britannique Tom Hodgkinson (né en 1968) le pratique à sa manière.Il en livre les secrets dans un bestseller international enfin traduit en français : L\u2019ar t d\u2019être libre dans un monde absurde (Les liens qui libèrent).Il rejette la primauté de l\u2019argent et suggère à nous tous ce qui manque le p lus à T r ump : l\u2019autocritique.Collaborateur Le Devoir ESSAI ÉTRANGERS Des idées contre le mépris de l\u2019esprit Cet automne, le meilleur stimulant des intellectuels s\u2019appelle Donald Trump ILLUSTRATION TIFFET Et si le hasard était la solution à la perte de confiance et de crédibilité qui frappe nos institutions démocratiques ?Alors que le Québec se prépare à entrer en élections municipales, Hugo Bonin, étudiant en science politique à l\u2019UQAM, risque d\u2019interpeller les cyniques, les abstentionnistes et autres acteurs de la crise démocratique en cours avec La démocratie hasardeuse (XYZ), un premier essai, préfacé par Alain De- nault.Sous la couverture, le primo-essayiste revient sur le tirage au sort, un outil démocratique oublié qui, à une autre époque, a été pourtant utilisé pour attribuer les responsabilités politiques et soutenir la diversité des représentations démocratiques.Face à la caste de privilégiés perçus comme étant à la solde de la reproduction des élites et des pouvoirs économiques, bien plus qu\u2019au service des citoyens, il y affirme les vertus du hasard en rappelant que pour ne plus être source de désenchantement, la politique doit redevenir l\u2019affaire de tous, mais surtout « de n\u2019importe qui ».La jeune pousse de l\u2019automne ILLUSTRATION TIFFET La jeune pousse de l\u2019automne Historien et journaliste néerlandais de 29 ans, Rutger Bregman voit, pour la première fois, l\u2019un de ses essais traduit en français : Utopies réalistes (Seuil).Ce best-seller, traduit en plusieurs langues à ce jour, proclame sans vergogne le réalisme des revendications de la semaine de travail de 15 heures, du revenu de base universel\u2026 Le jeune auteur s\u2019appuie sur des précédents historiques presque oubliés pour montrer qu\u2019il ne s\u2019agit pas de rêves mais de mesures sociales qui ont germé dans des esprits avides de concret.Il s\u2019inspire autant des économistes français Esther Du?o et Thomas Piketty que de l\u2019anthropologue américain David Graeber, socialiste libertaire et ?gure de proue d\u2019Occupy Wall Street.D\u2019un optimisme débordant, Breg- man entend dépasser la division traditionnelle entre gauche et droite, réduire les inégalités, faire taxer les ?ux ?nanciers et, à l\u2019inverse de Trump, ouvrir les frontières.Un voltigeur à découvrir."]
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