Le devoir, 5 septembre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 0 0 L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Le verre, ce matériau mal aimé du recyclage au Québec.Page A 2 Sur la route \u203a Repenser les villes pour parer aux catastrophes naturelles.Page B 5 Avis légaux.B 6 Sports.B 4 Météo.A 4 Mots croisés.A 4 Petites annonces .B 2 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m La Corée du Nord toujours plus hostile Page B 1 BIRMANIE L\u2019EXODE OU LA VIOLENCE K.M.ASAD AGENCE FRANCE-PRESSE Les Rohingyas de Birmanie sont chaque jour plus nombreux à fuir au Bangladesh.Ils sont près de 87 000 à avoir pris la route de l\u2019exode après dix jours de violences qui ont isolé la Birmane Aung San Suu Kyi sur la scène internationale.Page B 1 A L E X A N D R E S H I E L D S M ême s\u2019il en a le pouvoir, le ministre de l\u2019Environnement, David Heurtel, refuse d\u2019accorder à 230 municipalités le droit d\u2019adopter des règles plus strictes que celles mises en place par le gouvernement Couillard pour protéger les sources d\u2019eau potable lors des forages pétroliers et gaziers, a appris Le Devoir.Il demande plutôt à chacune d\u2019elles de produire une analyse étoffée pour démontrer la nécessité de mesures plus sévères, ce qu\u2019elles refusent de faire.Pas moins de 230 municipalités ont envoyé en juin au ministre Heurtel un projet de règlement qui permettrait d\u2019élargir les zones de protection de l\u2019eau potable sur leur territoire.Alors PROTECTION ACCRUE DE L\u2019EAU POTABLE 230 villes essuient un refus de Québec Elle veulent des règles plus strictes pour encadrer les forages pétroliers A M É L I P I N E D A P lutôt que d\u2019interdire le cégep en anglais aux personnes qui n\u2019ont fréquenté qu\u2019un seul établissement francophone au cours de leur parcours scolaire, des militants du Parti québécois (PQ) pourraient suggérer lors de leur prochain congrès de réduire progressivement le financement des établissements anglophones.Cette proposition constituerait le compromis accepté par leur chef, Jean-François Lisée, a appris Le Devoir.Des militants péquistes et M.Lisée se seraient entendus pour que la réduction de l\u2019affluence des étudiants provenant d\u2019écoles secondaires francophones passe par un nouveau mode de financement des cégeps anglophones.Au lieu de financer un cégep en fonction du nombre d\u2019étudiants qui le fréquentent, des péquistes proposeraient qu\u2019il soit subventionné selon le poids démographique proportionnel à la communauté historique anglophone.Le PQ s\u2019engagerait ainsi à « s\u2019assurer que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone», peut-on lire dans la proposition d\u2019amendement obtenue par Le Devoir.Actuellement, près de la moitié des étudiants des cinq cégeps anglophones du Québec proviennent d\u2019écoles secondaires francophones.Des 27 965 étudiants inscrits au cégep en anglais en 2015-2016, 7632 étaient des étudiants dont la langue maternelle était le français et 9100 dont la langue maternelle était autre que l\u2019anglais et le français.La nouvelle proposition des militants pourrait donc signifier une baisse, graduelle, de la moitié du financement des cégeps anglophones.Réduire le financement des cégeps anglophones ?Des militants du PQ proposeront en congrès un amendement en ce sens qui serait accepté par Lisée VOIR PAGE A 8 : EAU VOIR PAGE A 8 : CÉGEPS Assurance-emploi Appel à une réforme du Tribunal de la sécurité sociale, miné par des retards de traitement de dossiers Page A 3 En racontant sa vie banale, le journaliste Hugo Meunier raille dans Infiltrer Hugo Meunier la vedettisation d\u2019un monde éditorial où autobiographies, témoignages de vedettes et autres récits de vie se multiplient.D O M I N I C T A R D I F L e passage compris entre les pages 61 et 82 du nouveau livre d\u2019Hugo Meunier est profondément soporifique.Nous nous permettons de l\u2019écrire parce nous vous devons la vérité, mais aussi parce qu\u2019Hugo Meunier y ridiculise à dessein la banalité de certaines parutions que mettent en marché des vedettes comme la chanteuse Ima, le comédien Patrice Coquereau ou la concurrente de la téléréalité Loft Story Elisa- betta, un genre ayant généreusement fleuri en librairies au cours de la dernière décennie.«Il y a plusieurs de ces livres qui sont profondément plates », obser ve l\u2019ex-journaliste de La Presse, aujourd\u2019hui gestionnaire au sein de l\u2019équipe numérique de Québecor, qui relatait en 2015 dans Walmart, journal d\u2019un associé ses trois mois comme employé du géant des bas prix.LIVRE Ces vedettes en vedette dans les librairies ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Hugo Meunier se prête lui-même au jeu d\u2019un récit de soi dans son essai.VOIR PAGE A 8 : VEDETTES A N N A B E L L E C A I L L O U A vec seulement 14% de recyclage du verre récupéré entre 2012 et 2015, le Québec peine à donner une seconde vie à cette matière qui finit dans des lieux d\u2019enfouissement.Tandis qu\u2019une nouvelle technologie de pointe pour produire du verre recyclé plus pur est testée dans cinq centres de tri de la province, des municipalités tentent de régler le problème en amont, encourageant les citoyens à séparer eux-mêmes le verre des autres matières recyclables.Dans son Bilan 2015 de la gestion des matières résiduelles au Québec, publié le mois dernier, RECYC-QUÉ- BEC expliquait ce résultat par « le niveau élevé de contamination du verre en centre de tri ».« Récupérer pêle-mêle dans les bacs, ce n\u2019était pas la chose à faire », déplore Karel Mé- nard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).Il y a une quinzaine d\u2019années pour tant, les Québécois faisaient le tri eux-mêmes avec les bacs à deux compartiments \u2014 un pour le verre, l\u2019autre pour le reste des matières recyclables \u2014, rappelle-t-il.Une méthode « intéressante », mais qui n\u2019encourageait toutefois pas assez le recyclage, reconnaît M.Mé- nard.«On a récupéré plus [avec le système pêle-mêle], car c\u2019était plus facile pour un citoyen lambda de tout mettre ensemble que de trier lui-même.[\u2026] Mais on récupère davantage de matière non désirée.» En mélangeant verre, papier, carton, plastique et métal, le risque de contamination croisé augmente.« Le verre se brise dans le bac ou dans le transport et contamine les autres matières.Celles-ci contaminent le verre, surtout les matières qui ne devraient pas initialement être recyclées : des capsules de bouteilles, clés, morceaux de céramique ou des jouets », explique Karel Ménard.D\u2019après lui, la tâche n\u2019en est que plus ardue une fois le tout en centre de tri, souvent réduit en petits morceaux difficiles à identifier, même par les procédés mécaniques.Il croit préférable de penser le recyclage en amont, plutôt que de rattraper le problème en aval.Les conteneurs, la solution?Une opinion que partagent des municipalités de la province, qui ont décidé d\u2019aller de l\u2019avant en offrant aux citoyens une solution pour séparer le verre du reste des matières recyclables.La ville de Saint-Denis-de- Brompton, en Estrie, a installé en juin 2015 un grand conteneur accessible à tous pour récupérer pots de confiture, bouteilles de vin, et autres contenants de verre du quotidien.Une initiative qui fait ses preuves et gagne en popularité, de l\u2019avis de la secrétaire administrative de la municipalité, Sylvie Giroux.Durant les six premiers mois du projet, 17 tonnes de verre ont été recyclées, contre 34 tonnes pour toute l \u2019année 2016 et 25 tonnes pour les huit premiers mois de 2017.Saint-Bruno-de-Montarville, dans la banlieue de Montréal, a emboîté le pas en no vem - bre dernier.«Les gens ont joué le jeu, on est rendus à 15 tonnes en moins d\u2019un an », se réjouit Isabelle Bérubé, conseillère municipale af firmant que de plus en plus de personnes utilisent cette solution.Ces conteneurs, aussi appelés des «cloches», sont utilisés depuis des années en Europe et particulièrement en France, où l\u2019on parle même «d\u2019erreur de recyclage lorsqu\u2019il est question de mélanger le verre avec les autres matières recyclables », soutient M.Ménard.Mais l\u2019initiative lui semble vouée à l\u2019échec au Québec.« L\u2019idée des cloches va se faire clouer au pilori.Ce n\u2019est pas dans la culture québécoise, le citoyen n\u2019est pas habitué de se déplacer pour jeter ses bouteilles de verre», note-t-il à regret.La municipalité de Saint- Bruno-de-Montarville n\u2019exclut justement pas d\u2019abandonner son conteneur un jour, si les nouvelles technologies appliquées dans cer tains centres de tri \u2014 pour mieux recycler le verre \u2014 font leurs preuves.« On n\u2019aura peut-être plus besoin de changer les habitudes à la source, souligne Mme Bé- rubé.C\u2019est complexe changer un système comme ça dans les habitudes des gens.» Nouvelle technologie Cinq centres de tri au Québec ont été équipés ces derniers mois de nouveaux outils de traitement permettant le tri et le nettoyage du verre.«On arrive à avoir entre 95 et 99% de pureté du verre», affirme Virginie Bussières, directrice des communications pour Éco Entreprises Québec (EEQ), rencontrée par le Devoir au centre de tri de Saint-Paul de Joliette.D\u2019après Mme Bussières, davantage de verre sera recyclé avec cette nouvelle technologie.«On était à 14% en 2015, mais actuellement, avec les cinq pro- jets-pilotes, on atteint 25% de recyclage du verre récupéré.» Ce taux pourrait grimper jusqu\u2019à 54 %, selon elle, lorsque les équipements de tri et de nettoyage du verre dans le nouveau centre de tri des matières recyclables de Montréal seront opérationnels en 2019.« Le citoyen a des habitudes, son geste il le pose déjà.Après, c\u2019est à nous de travailler de notre côté [dans les centres de tri] », estime-t-elle.Le dernier bilan de RECYC-QUEBEC montrait pourtant que le taux d\u2019acheminement des matières résiduelles aux fins de recyclage avait baissé de 5 points de pourcentage entre 2012 et 2015, passant de 59 % à 54 %.Dès septembre, les établissements sélectionnés entreront of ficiellement dans la phase de projet-pilote et seront obser vés pendant 15 mois par un comité d\u2019une douzaine de personnes, acteurs de l\u2019industrie, organismes environnementaux et experts.« Cette nouvelle technologie c\u2019est beau, mais c\u2019est une démonstration pour l\u2019instant.Il faut valider le procédé avant de dire que c\u2019est un succès », souligne Karel Ménard, membre du comité.Par ticipant pour s\u2019assurer que la «problématique du verre [puisse] se résorber avec ça », M.Ménard se questionne déjà.« Il faut voir les coûts, on a quand même au Québec plusieurs dizaines de centres de tri, est-ce qu\u2019on va installer [cette technologie] dans tous [les centres] à la fin du projet-pi- lote, ou juste les grands?Qui va financer ça après l\u2019essai?» Consigner les bouteilles de verre Pour Karel Ménard, il faudrait revoir tout le processus de recyclage, en incluant une consigne pour les contenants en verre, ce qui existe dans les autres provinces canadiennes, sauf au Québec et au Manitoba.Les décideurs politiques envisagent cette option depuis des années, sans jamais passer à l\u2019acte.En juin dernier, le gouvernement de Philippe Couil- lard a promis de moderniser le système de consigne des contenants, qui n\u2019a pas changé depuis plus de 30 ans.Un groupe de recherche doit se pencher sur la question et sur l\u2019enjeu de la collecte sélective, pour présenter des solutions concrètes dès cet automne.Le Devoir L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 M A R I E - L I S E R O U S S E A U P our mettre fin une bonne fois pour toutes à la « chasse aux sources » journalistiques qui sévit au sein des corps policiers du Québec, Québecor et Le Devoir demandent d\u2019une même voix que ces derniers procèdent à une remise en question de leur culture organisationnelle.C\u2019est l\u2019une des 19 recommandations formulées par les deux médias dans leur mémoire déposé à la Commission d\u2019enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques.Selon Québecor et Le Devoir, la « chasse aux sources » qui sévit au Québec « témoigne d\u2019une culture paranoïde et dysfonctionnelle au sein des corps policiers ».Cette culture les mènerait non seulement à entreprendre des «démarches d\u2019enquêtes aussi poussées qu\u2019inutiles» pour s\u2019assurer que les policiers n\u2019entrent pas en contact avec des journalistes, mais aussi à ef fectuer un contrôle accru des informations qui sont communiquées aux citoyens et aux médias.Les deux entreprises de presse af firment que cette culture « porte atteinte au droit du public à l\u2019information ».Elles soulignent également que le manque de transparence des corps policiers « mine autant, voire davantage, la confiance du public que les informations \u201cnégatives\u201d à leur sujet ».Rappelons que la Commission, placée sous la présidence du juge Jacques Chamberland, a été mise sur pied par le gouvernement du Québec en novembre 2016 après que des reportages ont fait état de cas où des journalistes avaient fait l\u2019objet d\u2019autorisations judiciaires, de surveillance policière et de perquisition dans le cadre d\u2019enquêtes internes au sein de différents services de police du Québec.Formations Parmi les autres recommandations énoncées dans leur mémoire, Québecor et Le Devoir suggèrent qu\u2019un organisme indépendant dont au moins la moitié des enquêteurs seraient des civils, tel que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), soit mandaté pour toute allégation relative à une infraction criminelle commise par un policier, ce qui éviterait d\u2019éventuels conflits d\u2019intérêt, soutiennent-ils.Ils réclament également que l\u2019École nationale de police et les organisations policières du Québec offrent des formations spécialisées, notamment sur les demandes d\u2019autorisation judiciaire.Les deux médias recommandent aussi de former les juges de la Cour du Québec sur le travail journalistique.Québecor et Le Devoir demandent par ailleurs à ce que la protection de la confidentialité des sources journalistiques soit encadrée législativement, à l\u2019instar de plusieurs juridictions dans le monde.« Les révélations chocs de l\u2019automne 2016 et la preuve produite devant la Commission ont démontré que l\u2019encadrement actuel de la protection de la confidentialité des sources journalistiques par des enseignements jurisprudentiels est insuf fisant », écrivent-ils.D\u2019autres recommandations réclament des directives pour les intervenants et des mesures de traçabilité et de reddition de comptes.Les deux médias précisent qu\u2019il est «possible de renforcer la protection des sources journalistiques sans devoir instaurer un titre professionnel des journalistes », titre qui serait incompatible avec la nature de la profession, arguent-ils.Commission À l\u2019hiver et au printemps dernier, la commission Chamberland a entendu des di - zaines de témoins lors d \u2019audiences publiques.Selon Québecor et Le Devoir, ces audiences ont permis une « prise de conscience collective quant aux dérives possibles susceptibles de survenir même au sein d\u2019une société démocratique soucieuse de la protection des droits et libertés ».La Commission est actuellement à l\u2019étape de recevoir les mémoires du public et des organisations, dont ceux des médias.La semaine dernière, un consor tium qui représente six groupes de médias, dont La Presse, CBC/Radio- Canada, Cogeco Média et Bell Média, a remis un mémoire contenant 29 recommandations.Ces mémoires ont pour objectif de suggérer à la Commission des mesures concrètes qui permettraient d\u2019assurer la protection et la confidentialité des sources journalistiques.Les commissaires formuleront par la suite leurs propres recommandations au gouvernement.Le Devoir COMMISSION CHAMBERLAND La police appelée à entreprendre un examen de conscience Québecor et Le Devoir soumettent 19 recommandations pour mettre fin à la culture de la chasse aux sources journalistiques GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le centre de tri de Saint-Paul de Joliette est l\u2019un des cinq établissements qui ont été équipés de nouveaux outils de traitement permettant le tri et le nettoyage du verre.Le verre, bête noire du recyclage au Québec J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U Q ue l\u2019Université de Montréal mette sur la glace son programme d\u2019études supérieures en conservation suscite de vives réactions d\u2019inquiétude.« Il n\u2019y a eu que trois demandes d\u2019admission », explique Paul Lewis, le doyen de la Faculté de l\u2019aménagement, pour justifier la suspension du programme.« Mais il y a une dif férence pour nous entre suspendre un programme pour le repenser et le fermer », insiste Manon Guité, vice-doyenne aux affaires académiques.Président d\u2019ICOMOS Canada, le comité national canadien du Conseil international des monuments et des sites, Christophe Rivet se dit très inquiet de cette tangente prise par l\u2019université.« Notre organisation et plusieurs autres sont extrêmement préoccupées par l\u2019annonce de la fermeture de ce programme de formation.Les besoins en conservation sont pour tant manifestes.» Lui-même diplômé de ce programme pointu, M.Rivet estime que l\u2019ar rêt même temporaire de cette formation pour des raisons budgétaires pose un problème d\u2019ordre national.« Il y a un besoin immédiat pour des gens qui ont une sensibilité pour la conservation.[\u2026] On a un vrai besoin national.À ma connaissance, on avait seulement deux programmes du genre au Canada, à l\u2019Université Carleton et à l\u2019Université de Montréal.Il y a des cours ailleurs, mais rien de semblable qui permettrait d\u2019étudier en conservation avancée et de nous mettre au même niveau que nos collègues européens et américains.» Il ajoute que, parmi ses «collègues d\u2019Europe, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique, plusieurs ont été formés par ce programme».Dos à dos « Il existe une approche nord-américaine du patrimoine qui est appréciée à l\u2019étranger », dit pour sa par t Jean-Claude Marsan.Professeur émérite, il a notamment été directeur de l\u2019École d\u2019architecture et doyen de faculté à l\u2019Université de Montréal.Il se dit scandalisé par le sor t fait à ce programme qui a donné des professionnels qualifiés à de nombreuses institutions.« Ce programme d\u2019études supérieures, créé en 1987, fut unique en son genre au Canada.» À son sens, son ratatinement actuel ne tient pas seulement à des raisons de compression budgétaire, comme l\u2019af firme la direction, mais à des conceptions antinomiques de l\u2019architecture qui ont fini par avoir raison de l\u2019esprit qui animait cette formation.Jean-Claude Mar- san parle tout simplement d\u2019« un programme pris en otage » entre ceux, d\u2019une part, qui s\u2019intéressent surtout à la forme dans l\u2019architecture et ceux, d\u2019autre part, qui voient dans le patrimoine un point de rencontre multidisciplinaire nécessaire, notamment entre l\u2019économie, le social et le culturel.Pour Jacques Lachapelle, directeur actuel de l\u2019École d\u2019architecture de l\u2019Université de Montréal, il est nécessaire de repenser cette formation.Il faut d\u2019abord, dit-il, « consolider une formation en architecture et quand ce sera fait, on pourra refaire ce qu\u2019on faisait.[\u2026] Est-ce que je suis capable de dire quand ?Je ne suis pas une boule de cristal.» La directrice d\u2019Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré, affirme pour sa par t avoir reçu beaucoup d\u2019appels de groupes qui se disent consternés par cette décision et qui souhaitent rencontrer l\u2019université.« Nous, on est vraiment inquiets de la suspension du programme.C\u2019est un milieu qui a besoin de relève, dans une optique transdiscipli- naire [\u2026].Avec Carleton, c\u2019était vraiment le seul endroit qui of frait un programme de maîtrise complet.» « Il y avait des gens qui ne semblaient pas accepter que ce programme multidisciplinaire existe », dit Jean-Claude Mar- san.Pour lui, les conséquences de cette mise au rancart, même temporaire, sont tout simplement catastrophiques à un moment où le patrimoine nécessite une plus grande attention.«Quand vous êtes la seule école du genre au Canada, c\u2019est dire qu\u2019on détruit tout simplement le progrès qu\u2019on avait amorcé dans ce domaine.[\u2026] Le patrimoine est devenu de plus en plus important à cause de la mondialisation.On a compris \u2014 enfin ! \u2014 que la culture se développe partout.Ce programme recevait des étudiants de Chine, d\u2019Amérique du Sud, d\u2019Angleterre, de partout.On en avait toujours douze ou quinze.» Le doyen de la faculté, Paul Lewis, pense désormais à mettre sur pied « une formation courte», plus en lien, dit-il, avec « les besoins de la clientèle».Le Devoir ÉDUCATION Comment seront formés les experts en conservation ?La suspension d\u2019un programme d\u2019études supérieures en conservation suscite de vives inquiétudes Jean-Claude Marsan L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 D ans le centre-sud de Montréal, au temps où se trouvait là l\u2019immense conserverie Raymond, aujourd\u2019hui l\u2019Usine C, les producteurs maraîchers faisaient la queue jusqu\u2019à la fin de l\u2019été pour décharger leurs fraises.Dans cet ancien faubourg populaire où les habitants étaient surnommés les Bourragans, des femmes et des enfants passaient la journée à s\u2019user les mains à équeuter ces petits fruits rouges.Les confitures de fraises ont toujours été les plus populaires.Les fraises, paraît-il, sont bonnes pour lutter contre la maladie d\u2019Alzheimer.Vous lisez cela comme moi, ici et là.Remarquez qu\u2019on dit de même à peu près pour les vertus de la rhubarbe, des mûres, des bleuets, des groseilles.Je n\u2019ai rien lu de tel cependant au sujet des coings, ce fruit rêche du cognassier négligé non sans raison: y compris en confiture, ce n\u2019est pas spécialement bon, même après avoir goûté le beau roman de Jacques Ferron gratifié de ce nom.Mais qu\u2019importe les petits fruits puisque, au fond, ce n\u2019est pas tellement parce qu\u2019ils sont appréciables pour la santé que nous les transformons en confitures au fil de l\u2019été.Comme dans toutes les sphères de la vie, nous aimons la douceur des apparences, même lorsque cela est trop sucré pour être vrai.Aussi avons-nous tous de l\u2019appétit pour divers types de confitures.Les municipalités, par exemple, se fabriquent les leurs depuis un moment, dans l\u2019attente des élections du 5 novembre prochain.Après avoir connu le goût amer de malversations diverses, bien des municipalités sont à raison tentées de souscrire à une nouvelle norme anticorruption baptisée ISO 37001.L\u2019ordre moral que laisse espérer une telle norme est sans doute for t bien, à condition qu\u2019elle ne serve pas d\u2019abord à faire oublier à quel cadre préalable on s\u2019emploie désormais à mélanger de pareilles mesures sucrées.Apparemment, l\u2019industrie de l\u2019anticorruption a son prix elle aussi.Pour faire la promotion et la vente de cette norme ISO 37001, on trouve aux avant-postes la firme d\u2019un ancien député et président général de l\u2019Action démocratique du Québec doublé d\u2019un membre des Chevaliers de Co- lomb: Christian Lévesque.Ce monsieur s\u2019est fait connaître du grand public grâce à l\u2019émission de télévision Les ex, longtemps animée par le journaliste Simon Durivage.Sympathique dans son genre, Simon Durivage contrôlait élégamment à cette enseigne télévisée les droits de parole accordés à une brochette d\u2019anciens politiciens que l\u2019on n\u2019avait en fait jamais entendus s\u2019exprimer autant et aussi régulièrement.Cependant, son émission, comme celle qui en assure la continuité aujourd\u2019hui, avait le défaut de faire croire qu\u2019on se trouvait là devant de l\u2019analyse politique alors qu\u2019on nageait le plus souvent au milieu de simples lignes partisanes.Si bien qu\u2019on avait parfois \u2014 et qu\u2019on a encore à vrai dire \u2014 le sentiment troublant que cette émission n\u2019est rien de plus qu\u2019un garrot quotidien appliqué à un flux d\u2019idées diversifiées pour maintenir dans la société la faiblesse d\u2019une pensée politique ainsi anémiée.Maintenant à la retraite, Simon Durivage est lobbyiste pour M.Lévesque, tout comme un autre ancien de son émission, l\u2019ex-député péquiste Rémy Trudel.Selon Le Journal de Montréal, l\u2019ancien animateur des Ex a rencontré à des fins de promotion de cette norme ISO 37001 diverses administrations municipales, notamment la Ville de Brossard et de Granby.Celles-ci ont accepté de verser de gré à gré, toujours selon ce quotidien, un peu moins de 25 000$ pour s\u2019engager dans cette voie.Sous ce seuil, les municipalités ne sont pas tenues de procéder par appel d\u2019offres.L\u2019adoption d\u2019une norme ISO sur la moralité, portée sur les épaules bien habillées de Simon Durivage, produit à mon sens une double illusion: d\u2019une part rétrospective, d\u2019autre part préfi- gurante.Nous nous imaginons, d\u2019une part, qu\u2019il manquait quelque chose au cadre municipal et que cela seul explique qu\u2019autant de corruption ait pu se produire ces dernières années.Nous continuons, d\u2019autre part, à espérer que tous les niveaux de gouvernement se comportent bien, qu\u2019ils ne trahissent pas la confiance qu\u2019on leur porte, qu\u2019ils tiennent leurs promesses, qu\u2019ils obéissent aux lois et à l\u2019éthique, au sens du devoir, à la vertu que celui-ci implique, bref à ce qu\u2019ils sont censés défendre.Et nous croyons en conséquence qu\u2019en ajoutant une couche de confiture morale on fera disparaître les saveurs amères.Nous pensons en somme nous libérer du laxisme moral en oubliant volontiers que notre alimentation politique demeure pauvre, même si nous la noyons ainsi dans des mesures sucrées telle cette norme ISO anticorruption.Tandis que les municipalités vont dépenser pour adopter cette nouvelle norme ISO qu\u2019elles pourront agiter comme un hochet sous le nez de leurs électeurs, la nouvelle loi 122, adoptée en vitesse, notamment sous la pression du maire de Québec, va permettre d\u2019accorder des contrats sans appel d\u2019offres, pour autant qu\u2019ils soient inférieurs à 100 000$.Pour de grandes villes, cela permettra sans doute de simplifier des procédures administratives.Mais pour les autres, très nombreuses, cela voudra dire qu\u2019on aura beaucoup moins besoin de se justifier qu\u2019auparavant\u2026 Mais bien sûr, on sera certifié ISO anticorruption! Et c\u2019est ainsi que les municipalités pourront continuer de nager jusqu\u2019au cou dans la douceur de leurs confitures, en tenant pour acquis que tout va pour le mieux désormais.jfn@ledevoir.com La confiture municipale JEAN-FRANÇOIS NADEAU G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É A lors que les délais de traitement des dossiers d\u2019assurance-emploi continuent d\u2019exploser au Tribunal de la sécurité sociale (TSS), une trentaine d\u2019organismes canadiens demandent au gouvernement de procéder à une réforme en profondeur du tribunal.Et le ministre Jean-Yves Duclos se dit prêt à apporter des changements.Selon de nouvelles données obtenues par Le Devoir auprès du TSS, le délai moyen pour un appel unique en assurance-emploi était de 219 jours en date du 30 août.Depuis la mise en place du tribunal, en avril 2013, ce délai ne cesse de s\u2019allonger : il était de 109 jours au terme de la première année, de 154 jours en 2016 et de 183 jours l\u2019an dernier.Concrètement, il y a près de 2500 dossiers d\u2019assurance-emploi en attente pour la division générale du TSS, et 600 dossiers devant la division d\u2019appel.Le TSS est la structure d\u2019appel qui permet à un chômeur de contester le refus d\u2019une demande de prestation d\u2019assurance-emploi.Le cabinet du ministre Duclos, responsable du Développement social, ne fait pas mystère du problème.«Nous avons vu les délais augmenter depuis 2013, et ce sont les Canadiens qui attendent, souligne au Devoir le directeur des communications du ministre, Mathieu Filion.Les décisions du tribunal ont un impact sur la vie des gens, l\u2019attente peut être très longue.» Il confirme ainsi qu\u2019il sera « important de revoir la structure pour rendre le tribunal plus efficace et performant, pour que les gens obtiennent les décisions dans un délai raisonnable».«M.Du- clos est prêt à apporter des changements au tribunal», précise son porte-parole.Mais jusqu\u2019à quel point ?« Nous ne commenterons pas le type de changements qu\u2019il souhaite apporter.» Le ministre attend d\u2019un jour à l\u2019autre un rapport préparé par la firme KPMG, qui a reçu en mars le mandat de «vérifier [si le TSS] remplit toujours son rôle de la manière la plus efficiente possible».Cet examen avait été recommandé au ministre par le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences et du développement social.Campagne Dans ce contexte de révision, le TSS fait l\u2019objet d\u2019une vaste campagne pancanadienne de la part de dizaines d\u2019organismes qui souhaitent une réforme majeure de la structure, voire son abolition complète.Trente-deux organismes, majoritairement hors Québec, ont signé à la fin de la semaine dernière une lettre ouverte demandant au gouvernement «une remise en question globale» du TSS.Les signataires incluent des centrales syndicales, différents organismes de services juridiques communautaires ou de soutien aux chômeurs.Ils proviennent de toutes les provinces canadiennes.Plus tôt en août, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a réclamé au gouvernement le «remplacement» du TSS, jugé «trop imparfait pour qu\u2019on puisse l\u2019améliorer».Dans le mémoire qu\u2019elle a soumis à KPMG, la centrale demande aussi le «rétablissement des anciens mécanismes d\u2019appels» abolis par la création du TSS.Dans la foulée, le Nouveau Parti démocratique a aussi invité il y a une dizaine de jours le premier ministre Trudeau à «éliminer le fiasco qu\u2019est le TSS ».« On le constate, ce tribunal ne fonctionne tout simplement pas, af firmait la porte-parole du parti en matière d\u2019emplois, Brigitte Sansoucy.Le processus est trop complexe, les délais sont trop longs [\u2026].La réalité, c\u2019est que ce sont les citoyens qui paient le prix de la mauvaise gestion de ce tribunal.» La lettre ouverte signée par les 32 organismes soutient pour sa part que les objectifs à la base de la réforme du processus d\u2019appel de l\u2019assurance- emploi (le rendre plus rapide et efficace) «n\u2019ont jamais été atteints».«Au contraire, les appelants sont pris avec un processus qui génère frustrations et délais et qui s\u2019apparente trop souvent à un déni de justice», soutient-on.On dénonce que l\u2019ancienne structure \u2014 un système en deux étapes, comprenant un conseil arbitral tripartite et un juge-arbitre \u2014 a été remplacée par un tribunal «beaucoup trop complexe [qui] exige un niveau élevé d\u2019expertise juridique».Les signataires demandent ainsi le retour d\u2019une formule où trois personnes évaluent les dossiers, dont un représentant des travailleurs (actuellement, un seul membre du TSS juge); des délais plus courts; et l\u2019abandon de certaines étapes obligatoires qui ralentissement le processus de contestation.Le TSS est né dans la foulée de la controversée réforme du régime d\u2019assurance-emploi décidée par le gouvernement Harper en 2012.Les libéraux de Justin Trudeau ont aboli de grands pans de cette réforme, mais ont laissé intacte la structure d\u2019appel mise sur pied par les conservateurs.Le Devoir ASSURANCE-EMPLOI Les appels se multiplient contre le TSS Des dizaines d\u2019organismes demandent au gouvernement de réformer le tribunal M I A R A B S O N à Ottawa L es efforts du Canada pour inclure des mesures contre les changements climatiques dans la nouvelle version de l\u2019Accord de libre- échange nord-américain (ALENA) se transforment en dispute nationale animée au moment même où le sujet est soulevé à la table de négociations officielle.L\u2019horaire des discussions, obtenu par La Presse canadienne, indique que l\u2019environnement était au programme pour un débat de sept heures, lundi à Mexico, et qu\u2019une autre période de sept heures est prévue mardi.Il pourrait s\u2019agir de l\u2019un des chapitres les plus litigieux du nouvel accord, alors qu\u2019il existe des divergences d\u2019opinions considérables entre le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau et le président des États-Unis, Donald Trump.Ces divergences de points de vue existent aussi au Canada, et la querelle s\u2019est transportée sur les médias sociaux au cours de la longue fin de semaine de la fête du Travail.La ministre de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, a publié une réponse furieuse, dimanche, à l\u2019attention du porte-parole conservateur en matière d\u2019af faires étrangères, Erin O\u2019Toole.Celui-ci avait laissé entendre que l\u2019environnement n\u2019était plus ou moins qu\u2019une simple «babiole» qu\u2019on devrait mettre de côté afin de protéger l\u2019économie canadienne.Erin O\u2019Toole avait fait ces commentaires dans une entrevue avec La Presse canadienne.Il avait qualifié les positions du gouvernement sur la protection de l\u2019environnement, les droits des autochtones et l\u2019égalité des genres de «signalements vertueux» s\u2019inscrivant dans la machine à images autour du premier ministre Trudeau.Dans un message publié sur Twitter, la ministre McKenna a déclaré qu\u2019elle en avait plus qu\u2019assez du « langage ridicule» du Parti conservateur, comme les «signalements vertueux».Elle a ajouté qu\u2019elle allait continuer de se tenir debout pour les valeurs canadiennes au pays comme à l\u2019étranger.« Les changements climatiques sont réels», a-t-elle ajouté.Elle a ensuite publié une longue réplique sur sa page Facebook, rappelant que ce sont les conservateurs, sous Brian Mulroney, qui ont été les premiers à inclure l\u2019environnement dans un accord commercial.Il s\u2019agit d\u2019un accord parallèle lié au premier pacte de l\u2019ALENA.«Nous assistons actuellement au plus grand incendie de forêt de l\u2019histoire de la Colombie-Britannique, à des températures record dans l\u2019océan Atlantique et à la deuxième inondation du siècle en 12 mois à Windsor.Et les conservateurs s\u2019obstinent encore à dire que l\u2019environnement et l\u2019économie peuvent être séparés ! Les changements climatiques sont réels et la protection de l\u2019environnement est essentielle.Il est temps que les conservateurs comprennent le message», a écrit la ministre sur sa page Facebook officielle.Une porte-parole du premier ministre Justin Trudeau a confirmé que la publication de Catherine McKenna sur Facebook était la réponse officielle du gouvernement aux propos d\u2019Erin O\u2019Toole.Désaccord À la table des négociations, le Canada et les États-Unis veulent tous deux intégrer l\u2019entente sur l\u2019environnement au texte principal de l\u2019ALENA.Ils veulent aussi inclure des clauses pour empêcher les pays signataires d\u2019assouplir leurs restrictions environnementales afin d\u2019attirer les investisseurs.Là où ils ne s\u2019entendent pas, c\u2019est au sujet des changements climatiques.Les États-Unis sont déjà en train de se retirer de l\u2019un des plus importants traités à ce sujet : l\u2019accord de Paris.Le président Donald Trump a déjà parlé des changements climatiques comme d\u2019un « canular » et a entrepris de défaire les politiques environnementales de l\u2019administration Obama, comme les restrictions sur la production d\u2019énergies fossiles qu\u2019il considère comme un frein à l\u2019économie américaine.Le Canada voudrait que le nouvel ALENA réfère spécifiquement aux changements climatiques et qu\u2019il favorise des mesures pour les combattre.La Presse canadienne ALENA McKenna réplique aux propos « ridicules » des conservateurs sur l\u2019environnement JEFF MCINTOSH LA PRESSE CANADIENNE La ministre a notamment souligné que « les changements climatiques sont réels» et que « la protection de l\u2019environnement est essentielle ». C A R O L I N E M O N T P E T I T Nicole Petiquay se souvient de l\u2019année de son déménagement à la réserve attikamek de Wemotaci, en 1972.C\u2019était la première fois que sa famille, qui quittait un état semi-nomade, avait accès à l\u2019eau courante et à l\u2019électricité.«On était tout excités.Nous, les enfants, on passait notre temps à s\u2019amuser avec les interrupteurs.» Nicole Petiquay avait cinq ans.Elle se souvient aussi du temps d\u2019avant, alors qu\u2019ils vivaient en clans de quelques familles, et qu\u2019ils déménageaient les tentes et les cabanons selon les emplois disponibles, dans la forêt ou sur la drave.Comme tous les enfants de la communauté, elle a pris ensuite le chemin de l\u2019école française de la réserve.«Au début, quand on a déménagé, on ne comprenait pas le français.L\u2019institutrice nous posait des questions comme \u201cqui est ton père?\u201d et nous, on répétait \u201cqui est ton père?\u201d», se souvient- elle en riant, dans un très bon français.Plus tard, des cours d\u2019attikamek ont été intégrés au programme des enfants du primaire de Wemotaci.En 1992, les enfants commençaient la maternelle entièrement en attikamek.Puis, on intégrait 10 % de français en première année, 20% en deuxième année, 30% en troisième année.Arrivés en sixième année, 90% des cours étaient en français et 10% en attikamek.Aujourd\u2019hui, le pourcentage d\u2019attikamek enseigné à l\u2019école a baissé.«Ce sont les parents qui demandent plus de français, ex- plique-t-elle.Parce qu\u2019ils comparent et ils disent qu\u2019en apprenant la langue attikamek, les jeunes perdent l\u2019équivalent d\u2019un an ou deux au niveau provincial.» Nicole Petiquay dit pourtant constater que les jeunes qui maîtrisent leur langue et qui connaissent leur culture ont plus d\u2019assurance et donc de meilleurs résultats.«Ce que j\u2019ai remarqué, c\u2019est que plus un enfant est riche de sa langue, de sa culture, plus son identité est renforcée et plus le transfert se fait facilement.J\u2019ai un fils qui a fait le programme bilingue et il est rendu à l\u2019université en sciences politiques», dit-elle.Parallèlement, du matériel pédagogique a été développé pour enseigner l\u2019attikamek dans les communautés.La langue attikamek compte 15 lettres et 20 sons.Et Nicole Peti- quay a composé une comptine sur l\u2019air de Je connais mon alphabet, où elle le décline en atti- kamek.L\u2019attikamek, explique-t- elle, est la seule langue autochtone qui a gardé le r.«Pour dire un homme, par exemple, on dira iriwin, tandis qu\u2019on dit innu, en innu, eeyoo en cri [\u2026].L\u2019atti- kamek fait partie de la famille des langues algonquiennes.» La communauté de Wemotaci a désormais une école secondaire, mais l\u2019attikamek n\u2019y est pas enseigné pour l\u2019instant.La communauté a aussi comme défi de trouver du personnel attika- mek compétent pour enseigner.Aujourd\u2019hui, à Wemotaci, 95% des gens parlent la langue attika- mek, poursuit Mme Petiquay.«C\u2019est encore très vivant, même chez les petits, je les entends parler en attikamek.» La langue est même considérée comme la moins menacée des langues autochtones du Canada.Pour Christian Awashish, le chef de la communauté attika- mek d\u2019Opitciwan, il faut tout de même prévenir le déclin de la langue en misant sur du matériel pédagogique de qualité.«Ça n\u2019est pas parce que tout le monde le parle, et qu\u2019on n\u2019a pas ce sentiment d\u2019être en danger, qu\u2019il ne faut pas être proactif dans la promotion de la langue», dit-il.Lorsque de nouveaux mots apparaissent dans la société, on consulte les aînés pour trouver un mot attikamek correspondant.Ce mot est relié à l\u2019apparence ou à l\u2019utilité de la chose en question, explique Mme Peti- quay.Ainsi, un ordinateur se dira : « ce qui garde la mémoire ».L\u2019attikamek est aussi une langue imagée.Pour parler d\u2019une pomme par exemple, on dit un « fruit rond», explique Christian Awas- hish.Une école sera un «édifice où on donne de l\u2019enseignement ».Les noms des mois de l\u2019année renvoient à ce que l\u2019on y trouve: février est le mois où les sif fleux sor tent, juin, le mois des fraises et octobre, le mois où la truite fraie.« Tout est ancré dans le territoire», dit Mme Petiquay.Le fils de Christian Awashish se nomme Waseskum, qui veut dire « ciel bleu sans nuages ».«On est en train de rédiger un lexique et on prépare notre premier dic tion naire», dit Mme Peti- quay.Certains mots évoquent des pratiques culturelles.Dans le mot cimetière, par exemple, on retrouve le mot écorce, qui évoque la façon dont les ancêtres enroulaient les corps dans l\u2019écorce pour les enterrer.Nicole Petiquay fait régulièrement des tournées dans les écoles secondaires de la région pour faire connaître la langue et la culture attikameks.Le professeur d\u2019histoire de l\u2019école secondaire de La Tuque, par exemple, a tenu à ce que ce soient des autochtones qui viennent expliquer leur langue et leur culture en classe.Les Attikameks sont regroupés en trois communautés: We- motaci, qui veut dire « la montagne d\u2019où l\u2019on observe», Opitci- wan, pour «courant du détroit», et Manawan, qui veut dire «là où l\u2019on trouve les œufs».Ils appellent leur territoire Nitaskinan, «notre terre», et ils en ont déclaré unilatéralement la souveraineté en 2014.Ils étaient quelque 7747 en 2016.Le Devoir L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 U n des hommes for ts du premier gouvernement de Robert Bourassa, Jérôme Choquette, est mort à l\u2019âge de 89 ans.Il aurait succombé vendredi à une pneumonie.Jérôme Choquette est surtout connu pour son rôle dans la crise d\u2019Octobre puisqu\u2019il était alors ministre de la Justice du Québec.Il a tenu la première conférence de presse après l\u2019enlèvement du diplomate britannique James Cross.C\u2019est lui qui a fait connaître le refus des autorités politiques de libérer les prisonniers felquistes.Et c\u2019est encore lui qui a envoyé la demande d\u2019intervention de l\u2019armée canadienne pour soulager les divers corps policiers québécois aux abois.Mais M.Choquette tente aussi de calmer le jeu en proposant au premier ministre Robert Bourassa l\u2019instauration d\u2019un ministère de la Paix sociale.Certains, comme l\u2019auteur Louis Fournier dans son FLQ: Histoire d\u2019un mouvement clandestin, l\u2019accusent d\u2019avoir été au courant des listes des 450 personnes qui seront arrêtées au cours de la crise d\u2019Octobre, ce qu\u2019il a souvent nié avec véhémence.Après l\u2019échec de ces négociations, le gouvernement fédéral proclame la Loi sur les mesures de guerre, ce qui permettra aux corps policiers d\u2019arrêter arbitrairement quelque 450 personnes.Dans une entrevue diffusée en octobre 1980 sur les ondes de Radio-Canada, M.Choquette dira être intervenu pour limiter les dégâts.« Quand j\u2019ai vu que ces arrestations étaient massives et, dans plusieurs cas, peu justifiées, j\u2019ai dit à M.[Maurice] Saint-Pierre [le chef de la Sûreté du Québec à l\u2019époque] que je ne voulais plus voir une seule arrestation sans mon autorisation personnelle.» Bien des années plus tard, en 2010, M.Choquette se dira « par faitement en paix » avec lui-même face à cette période.« J\u2019ai fait ce que j\u2019avais à faire.Si j\u2019avais agi autrement, j\u2019aurai manqué à mes devoirs.» Son rôle dans les événements d\u2019Octobre occulte le reste de sa carrière et les nombreuses réformes qu\u2019il a pilotées.On lui doit notamment la création du système de l\u2019aide juridique.On lui doit aussi la création de la Cour des petites créances.Il parraine la Loi sur la protection de la jeunesse.Il est aux premières loges lors du débat sur le projet de loi sur l\u2019indemnisation des victimes d\u2019actes criminels ou encore la création de la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé.Député d\u2019Outremont Jérôme Choquette est né à Montréal le 25 janvier 1928.Diplômé de McGill et de la Faculté de droit de l\u2019Université de Paris, il a amorcé sa carrière sur la scène politique provinciale en étant élu député libéral d\u2019Outremont en 1966.Il sera réélu sans dif fi- culté aux élections de 1970 et de 1973.En 1975, Rober t Bourassa le mute au ministère de l\u2019Éducation, un poste difficile en raison de l\u2019adoption de la loi 22 sur la langue française.Se disant en désaccord avec l\u2019application de la loi, notamment au chapitre de l\u2019enseignement, il quitte ses fonctions et le Parti libéral.Il fonde le Parti national populaire (PNP).Peu avant les élections de novembre 1976, il tente de former une coalition avec l\u2019Union nationale de Rodrigue Biron, qui durera à peine un mois.Au cours du scrutin, le PNP ne récolte que 31 043 votes (0,92 % des suffrages exprimés).L\u2019homme a relancé sa carrière politique en se faisant élire maire d\u2019Outremont en 1983, poste qu\u2019il occupera jusqu\u2019en 1991.Il tentera sa chance à la mairie de Montréal, en 1994, à la tête du Parti des Montréalais, mais il subira un retentissant échec, n\u2019obtenant que 13,06% des votes.Après cette défaite, il retourne à la pratique du droit, fondant en 1998 le cabinet Choquette Beaupré Rhéaume.Consécration suprême, il obtient, en 2008, la Médaille du Barreau de Montréal.Un legs mémorable D\u2019anciens collègues de M.Choquette se souviennent d\u2019un juriste « compétent», « intègre» et extrêmement « ferme » avec la loi qu\u2019il devait appliquer à la lettre en tant que procureur général.L\u2019ex-ministre du Travail Jean Cour- noyer a appris à ses dépens la grande fermeté de M.Choquette lorsqu\u2019il a vu que son collègue avait jeté en prison les trois chefs des centrales syndicales qui avaient défié la loi spéciale du gouvernement à l\u2019époque.« Le gouvernement était po- gné avec ça, les trois chefs syndicaux en prison ! La réputation du Québec était en danger à travers le monde, on avait l\u2019air d\u2019un pays du tiers-monde, en ce qui me concerne », a-t-il déclaré en entrevue téléphonique.«Sauf que lui, il n\u2019avait pas mis des chefs syndicaux en prison, il a mis des gens qui ont été coupables de mépris de cour.Le titre qu\u2019ils possédaient, ça n\u2019avait pas d\u2019impor tance pour lui.» M.Choquette prenait très au sérieux son rôle de ministre de la Justice, selon Jean Cour noyer, et i l avait prévenu le Conseil des ministres qu\u2019i l « ne répondait pas au gouvernement » .« Il n\u2019était pas question qu\u2019on se mêle de la justice.» L\u2019ancien premier ministre péquiste Bernard Landr y se souvient d\u2019un «bon serviteur de l\u2019État » avec qui il a toujours eu de bonnes relations.«On avait des dif férences politiques évidemment considérables, mais ça ne m\u2019a pas empêché d\u2019apprécier ce qu\u2019il a fait pour notre État national », a-t-il confié en entrevue.La crise d\u2019Octobre fut un épisode « douloureux » pour lui, a témoigné Jean-Claude Gobé, chef du par ti municipal Action Laval et ami de longue date.« Il croyait beaucoup à la liber té, il a fait la Char te des droits et liber tés, ce n\u2019est pas pour rien.Et lui, le fait de suspendre les libertés avec la Loi sur les mesures de guerre\u2026 il n\u2019était pas content », a-t-il témoigné.« Il vivait ça douloureusement.» Malgré ces controverses, Jean Cournoyer a tenu à rappeler l\u2019héritage « social » de Jérôme Choquette.« La loi des petites créances, ça a donné accès à la justice à bien du monde qui n\u2019y avait pas accès avant parce que ça coûtait trop cher.La Loi sur l\u2019indemnisation des victimes d\u2019actes criminels\u2026 Ce sont des choses qui n\u2019existaient pas avant lui », a soutenu l\u2019ancien ministre.La Presse canadienne JÉRÔME CHOQUETTE 1928-2017 Un acteur-clé de la crise d\u2019Octobre à l\u2019héritage judiciaire durable Le Québec est l\u2019hôte de onze nations autochtones reconnues par le gouvernement du Québec, chacune parlant sa propre langue.Certaines de ces langues sont encore parlées par des milliers de locuteurs.Plusieurs sont sur la voie rapide de l\u2019extinction.Cet été, Le Devoir rencontre chaque semaine un locuteur d\u2019une de ses langues.Voici Nicole Petiquay, originaire de Wemotaci, technolinguiste pour le Conseil de la nation attikamek, en Haute-Mauricie.KWE KWE ! LES LANGUES AUTOCHTONES DU QUÉBEC L\u2019attikamek, la langue autochtone la plus vivante du Canada En quelques mots Expressions en attikamek Bonjour! Kwei ! Comment ça va?Ki miro pi- matisin ia ?Ça va bien.Ni miro pimati- sin Merci! Mikwetc.Au revoir ! Matcachi.Nicole Petiquay ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Jérôme Choquette s\u2019en allant rendre hommage à Pierre Laporte, le 18 octobre 1970 Agressions dans un hôpital montréalais Un homme de 25 ans est accusé d\u2019avoir agressé sévèrement deux employées de l\u2019Hôpital général de Montréal, dans la nuit de vendredi à samedi.Le suspect avait été admis vendredi soir à l\u2019unité des soins psychiatriques et, pour une raison encore inconnue, il s\u2019en est pris à une infirmière de 34 ans pendant la nuit, a expliqué lundi un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal.L\u2019individu en serait venu aux poings et aurait tenté de l\u2019étrangler.Il se serait ensuite attaqué à une préposée aux bénéficiaires de 44 ans qui voulait apparemment protéger sa collègue.La Presse canadienne Bernard Landry se souvient d\u2019un «bon serviteur de l\u2019État» L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 SOCIETE A 5 J E A N - P I E R R E G O R K Y N I A N A vant de faire démarrer sa voiture, le chauffeur se signe.Je me prends à faire de même tellement j\u2019ai la chienne.Nous quittons Beyrouth en taxi pendant la nuit, afin d\u2019éviter les embouteillages à la frontière.Bientôt, nous longerons sur 80 km une ligne de front avec Daech.Je repasse dans ma mémoire les images de ce journaliste décapité en plein désert de Syrie.L\u2019idée qu\u2019on se serve de moi, Canadien vulnérable, pour faire un statement politique mondial, me glace le sang.À côté de moi, mon cousin Georges, 23 ans, réfugié syrien au Liban.La dernière fois que je l\u2019ai vu, c\u2019était un gosse.Il avait 12 ans.Je voyageais au Shams pour la première fois.Il engueulait sa maman à la plage pour qu\u2019elle lui achète un « maillot à la mode ».Un p\u2019tit crisse, comme plein d\u2019autres.Il vit à Beyrouth depuis trois ans.Il travaille comme vendeur ambulant avec son père.Leurs faibles profits doivent couvrir à la fois leur propre subsistance et celle de la famille demeurée en Syrie.Alors qu\u2019il s\u2019apprêtait à prendre des vacances à Alep pour revoir sa mère, son frère et sa sœur, j\u2019ai décidé de le rejoindre.Une idée, comme ça, pour mon prochain roman.C\u2019est lui qui a pour mission de m\u2019emmener en Syrie, pour retrouver la parenté que je n\u2019ai pas vue depuis plus d\u2019une décennie.La libération d\u2019Alep et le cloisonnement territorial de l\u2019opposition \u2014 des terroristes selon lui \u2014 dans la province d\u2019Idleb le rendent confiant ; il estime que le voyage peut se faire de façon sécuritaire.Gio et la guerre Au printemps 2011, Gio a 16 ans à peine quand le conflit éclate dans son pays.De famille chrétienne et bourgeoise, il prend rapidement position en faveur du régime et dénonce un complot international dirigé contre sa patrie.For tement politisé, il utilise Facebook pour louanger les mérites du clan Assad et les gains de l\u2019armée syrienne.Plusieurs de ses amis meurent au combat, mais lui parvient à s\u2019acquitter de la franchise de 8000 $US permettant d\u2019éviter le service militaire obligatoire, une vraie for tune.Peur, désengagement ou responsabilités familiales ?Le sujet est trop tabou pour creuser davantage.Mais son remords est palpable.À l\u2019été 2012, les groupes rebelles lancent une offensive pour s\u2019emparer d\u2019Alep, ancienne capitale économique et deuxième ville du pays.Les insurgés s\u2019emparent rapidement des quartiers plus pauvres à l\u2019est, mais échouent à conquérir toute la ville.Pendant ce temps, à Montréal, la grève étudiante bat son plein.Je fréquente les milieux anarchistes, fume du pot, et me réjouis secrètement que cette guerre mette en lumière mes racines syriennes qui, jusqu\u2019à présent, n\u2019avaient jamais signifié grand-chose, ni pour moi ni pour mes proches.Quand on me le demandait, je me rangeais « du côté du peuple syrien».J\u2019appuyais la révolution, évidemment, pendant que, sous mes yeux, cette partie éloignée de ma famille en payait le prix cher.Étrangement, je n\u2019avais jamais demandé l\u2019avis de Gio, principal concerné dans cette guerre où il tentait de sauver sa peau et celle de sa famille.Il y avait cer tainement la barrière de la langue, mais pour le Québécois que j\u2019étais, aucun compromis n\u2019était envisageable sur l\u2019avenir démocratique qui se dessinait à l\u2019horizon de ce pays, même si j\u2019assistais, impuissant, à la déchéance de cette famille.D\u2019ailleurs, que valait la parole de Gio contre celle de Michèle Ouimet (journaliste à La Presse) ?J\u2019avais l\u2019impression que ce voyage m\u2019aiderait à voir plus clair dans la confusion qui m\u2019habitait.Entre le Syrien et le Québécois, où est-ce que je me situe exactement ?Côtoyer la mort Depuis nos retrouvailles à Beyrouth, nous avons roulé plusieurs heures ensemble dans la montagne.Nous tentons de nous faire comprendre, tantôt en français, tantôt en arabe.Je le vois qui fume clope sur clope, comme une cheminée.Il a vu la mort devant lui plusieurs fois, m\u2019assure-t-il.«Wahyat Allah, je te jure, une fois, une balle de sniper est passée à ça de ma tête », m\u2019a-t-il dit un soir, en pinçant l\u2019air entre son pouce et son index, détournant son regard de la route pendant plusieurs secondes.Son activité préférée consiste à conduire en état d\u2019ébriété.Il ne lui en coûte presque rien pour vivre des sensations fortes : un peu d\u2019alcool dans le sang et de l\u2019essence pour la voiture, et le voilà lancé dans la nuit comme une balle de fusil sur les routes sinueuses du mont Liban.Il adore la vitesse, comment lui en vouloir ?Il est 4 heures du matin quand nous arrivons en taxi à la frontière en ayant pris la route de Tartous.Un douanier syrien somnolent, dont le vêtement s\u2019apparente plus à un pyjama qu\u2019à un uniforme militaire, demande mes papiers, et hausse les sourcils à la vue de mon passeport.\u2013 Canadyé?Je hoche la tête.Il considère mon visa que j\u2019ai réussi à obtenir en une heure et demie à peine à l\u2019ambassade syrienne de Beyrouth, grâce aux papiers de mes parents, tous deux natifs d\u2019Alep et de confession chrétienne.Il me demande où je vais.«Halab».Il m\u2019offre une cigarette que je refuse poliment.Quelques va-et-vient plus tard, un coup de téléphone et une panne de courant qui plonge le poste frontalier dans la noirceur totale, il remet mon passeport après l\u2019avoir estampillé.\u2013 Yallah, tfadall (Allez, circule).Bakchichs et carcasses brûlées Nous roulons en direction de Homs, mais nous devons contourner la ville par le sud-est et prendre la route de Raqqa, car l\u2019axe principal nord-sud reliant les gouvernorats de Hama à Alep est entrecoupé par quatre fronts qui opposent les loyalistes aux rebelles.Le détour est d\u2019environ 250 km, près de quatre heures et demie de route supplémentaires.En chemin, nous passons une vingtaine de checkpoints de l\u2019armée syrienne, constitués souvent d\u2019un soldat cuisant sous un soleil de plomb et de quelques autres touillant le café turc à l\u2019ombre d\u2019un abri de for tune.Je remarque la main subtile du chauffeur, presque invisible, donnant le bakchich à chaque point d\u2019arrêt afin d\u2019éviter les fouilles.Nombreux sont les militaires qui le reconnaissent et le saluent chaleureusement à son passage, ya ha- bibi.À aucun moment on ne demande mes papiers ni ce que je fais ici.En guise d\u2019explications, mon cousin m\u2019indique la croix suspendue sous le rétroviseur : « C\u2019est pour ça qu\u2019ils nous laissent tranquilles\u2026 » Une opération de déminage sur la voie nous oblige à nous arrêter à Sheik Hilal, ce petit village passé successivement aux mains des djihadistes et du régime.Celui qui en possède les clés contrôle le ravitaillement d\u2019Alep.Nous sommes d\u2019ailleurs parmi les premiers à ouvrir la route lorsque l\u2019armée lève le barrage.Je fais part de mon inquiétude au chauffeur.Il se met à rire.Ici, tout le monde s\u2019en remet à Dieu.Inchallah.Sur la route, nous croisons plusieurs carcasses de véhicules éventrés complètement carbonisés allant des simples pick-up aux chars d\u2019assaut, en passant par les camions-citernes complètement soufflés par leur implosion.« Tu vois ?L\u2019œuvre des terroristes ! », s\u2019exclame Gio.Il se penche sur mon calepin, s\u2019assure que j\u2019ai tout bien noté.Enfin, se dit-il, un étranger qui va écrire quelque chose de sensé sur ce foutu pays.Nous entrons dans Alep par l\u2019est en suivant la route de l\u2019aéroport international.Les bâtiments rasés, maintes fois pilonnés par l\u2019aviation loyaliste, évoquent une vision apocalyptique.Sur l\u2019autostrade impeccablement asphaltée, toutefois, des portraits géants flambant neufs de Bachar al-Assad sont accrochés à chaque lampadaire qui borde cette voie longue de 2 km.D\u2019un geste du menton, Georges m\u2019indique les énormes af fiches.« Regarde comme nous l\u2019adorons ! », s\u2019exclame-t-il alors que je demeure sidéré devant ce paysage de désolation.Face à l\u2019ennemi Alors qu\u2019elle me promettait une paire de gifles en règle si je venais la retrouver à Alep, tant elle considérait le voyage comme dangereux, ma tante Nelly me couvre de baisers et de habibi à mon arrivée.Sur son balcon, elle fait le chiffre sept avec ses doigts.« Sept ans de guerre », elle lève ses mains au ciel.«Lorsqu\u2019une bombe tombe proche de toi, tu ne sais pas si tu dois courir, rester sur place ou te mettre à l\u2019abri », m\u2019explique-t-elle dans un français irréprochable alors que toute la famille rassemblée sur la petite galerie m\u2019observe avec intérêt noircir les pages de mon cahier.«Nous avons vécu l\u2019enfer.» Depuis ma dernière visite, le visage de ma tante s\u2019est affaissé, tout en se creusant de rides.Je demande : «Qui envoyait ces bombes?» «Les insurgés ! », accuse-t-elle en désignant le quartier d\u2019Ashrafiyye, situé à moins de 300 m de son balcon.L\u2019altitude plus élevée de ce secteur lui conférait en effet un avantage militaire réel sur les quartiers loyalistes qu\u2019il surplombait, dont celui de ma tante.Pendant quatre ans, Alep demeure divisée entre sa partie ouest, tenue par le régime, et sa partie est, contrôlée par une multitude de factions rebelles, chaque camp cherchant à encercler l\u2019autre.Devant sa maison, un trou récemment remblayé.« Une bombe est tombée juste là.Merci Dieu, le détonateur n\u2019a pas explosé.» Sur l\u2019immeuble d\u2019en face, un obus artisanal a pulvérisé près de la moitié du toit.« Ça tombait de partout ! », fait-elle en agitant sa main.« À pareille date l\u2019an dernier, nous sor tions de la maison sans savoir si nous allions revenir vivants ! » Si elle déplore que son immeuble soit pratiquement privé d\u2019eau et d\u2019électricité, elle se réjouit que le calme soit enfin revenu dans sa ville.« Grâce aux Russes », fait-elle en levant le doigt vers le ciel.« Ils nous ont libérés.» Je répète : «Libérés?» Mon stylo bute contre la page flétrie, incapable de boucler cette phrase, tant la dichotomie qu\u2019elle révèle en moi est énorme.Je lève les yeux vers l\u2019horizon où se découpe la cime de bâtiments réduits à l\u2019état de décombres et me tourne vers elle \u2014 vers eux \u2014 démuni par tant d\u2019absurdités.Elle esquive mon regard, contemple l\u2019horizon, elle aussi.«C\u2019était soit eux, soit nous», laisse-t-elle tomber.Résigné, je retranscris et referme mon cahier.Collaboration spéciale Le Devoir À la mi-juillet, l\u2019écrivain montréalais Jean-Pierre Gorkynian (Rescapé, VLB, 2015) s\u2019est rendu à Alep, la ville de naissance de ses parents, où habite encore une partie de sa famille.En décembre dernier, après cinq ans de combats quotidiens, l\u2019armée de Bachar al-Assad a réussi à chasser le groupe État islamique et les autres groupes rebelles de la capitale économique.Depuis, les Alepins goûtent à une tranquillité longtemps perdue et songent à l\u2019avenir.Récit.Retour à Alep Jean-Pierre Gorkynian JEAN-PIERRE GORKYNIAN Mon cousin Gio devant la citadelle d\u2019Alep, où ont été installés des portraits géants flambant neufs du président syrien Bachar al-Assad.\u201cWahyat Allah, je te jure, une fois, une balle de sniper est passée à ça de ma tête\u201d, m\u2019a-t-il dit un soir, en pinçant l\u2019air entre son pouce et son index, détournant son regard de la route pendant plusieurs secondes.« » L\u2019alphabétisation est une priorité pour le ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx.Cet enjeu crucial pour l\u2019avenir du Québec devrait interpeller la société dans son ensemble.alphabétisation est l\u2019un des piliers de la politique sur la réussite éducative annoncée en juin dernier par le ministre Proulx.C\u2019est en soi un pas dans la bonne direction, mais le dé?cit de littératie des Québécois exige d\u2019aborder le problème en dehors de l\u2019école.En dépit des efforts du ministre Proulx, l\u2019alphabétisation ne ?gure pas parmi les priorités du gouvernement.À preuve, il est dif?cile d\u2019obtenir des données et des informations sur le phénomène, ce qui n\u2019est pas sans étonner le ministre de l\u2019Éducation.L\u2019octroi d\u2019une enveloppe récurrente de 20 millions, pour soutenir les organismes communautaires, les employeurs et les commissions scolaires qui luttent contre l\u2019analphabétisme, est intéressant.Mais à défaut d\u2019une vision cohérente et globale des interventions nécessaires pour faire reculer l\u2019analphabétisme, cette initiative gouvernementale aura l\u2019effet d\u2019une poignée de sel dans un verre d\u2019eau.?M.Proulx a mis l\u2019accent sur la littératie et la numératie des enfants dans sa politique, en quali?ant ces deux compétences de « fondations sur lesquelles une personne peut construire son avenir ».Dès lors, il préconise des interventions précoces, telle la maternelle 4 ans, a?n de stimuler l\u2019appétit des enfants pour l\u2019abc si essentiel à leur épanouissement.« L\u2019analphabétisme nous prive du potentiel d\u2019un trop grand nombre de personnes sans lesquelles le développement social, économique et culturel du Québec ne peut se réaliser pleinement», écrit-il.Personne ne doute de la pertinence de ces initiatives.Les compétences en littératie constituent un gage d\u2019autonomie dans la vie de tous les jours, à l\u2019école et au travail.Elles sont un préalable à la participation citoyenne.Dans les sociétés du savoir, il est utopique d\u2019atteindre le plein épanouissement sans savoir lire et écrire.L\u2019éveil hâtif à la lecture et à l\u2019écriture, dans les services de garde et à l\u2019école, va de soi.Il s\u2019agit cependant d\u2019une composante parmi tant d\u2019autres d\u2019une stratégie de lutte contre l\u2019analphabétisme.En d\u2019autres mots, l\u2019école est un bon point de départ pour endiguer ce mal persistant, mais ce n\u2019est certainement pas le point d\u2019arrivée.Même incomplètes, les statistiques sur l\u2019analphabétisme au Québec donnent froid dans le dos.Moins d\u2019un adulte sur deux présentait un niveau de compétence élevé en littératie, selon les données de la dernière enquête internationale, datant de 2011- 2012.Quelque 800 000 Québécois viennent gon?er les rangs des analphabètes.Le tout dans une société qui dépense des sommes colossales en éducation.?Une société ne peut atteindre son plein potentiel si une personne sur deux est exclue, constatait récemment dans nos pages Line Camerlain, vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).« Le problème de l\u2019analphabétisme au Québec dépasse largement le ministère de l\u2019Éducation», disait-elle, en appelant dans un même élan à l\u2019adoption d\u2019une stratégie nationale de lutte contre l\u2019analphabétisme.C\u2019est la voie à suivre.Malgré toute sa bonne volonté, le ministre de l\u2019Éducation ne peut porter à lui seul la lourde responsabilité de sortir le Québec de cette forme nouvelle de noirceur.Les principales causes de l\u2019analphabétisme sont connues.La Fondation pour l\u2019alphabétisation en a listé cinq : faible scolarisation des parents, absence de livres à la maison (et manque de stimulation quant à l\u2019importance de la lecture), échec et décrochage scolaire, pauvreté, troubles d\u2019apprentissage.Les systèmes scolaire et préscolaire peuvent agir sur la plupart de ces variables, mais qu\u2019en est-il de la pauvreté ?Ou encore des difficultés que les parents analphabètes rencontrent dans l\u2019accompagnement de leurs enfants à l\u2019école ?Et comment intégrer au marché du travail des citoyens qui ne sont pas capables de lire, ni même de rédiger un courriel ?La lutte contre l\u2019analphabétisme doit interpeller le ministre du Travail, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, qui s\u2019apprête justement à lancer un troisième plan de lutte contre la pauvreté cet automne.Les employeurs, les syndicats, les organismes communautaires qui viennent en aide aux clientèles à risque doivent être réunis autour d\u2019une cause commune.Faire reculer l\u2019analphabétisme, c\u2019est faire progresser l\u2019inclusion sociale.L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Québécois ?Bonjour M.Vil, J\u2019ai bien aimé votre texte («Québécois?») paru dans Le Devoir de vendredi.Vous avez raison de nous interroger comme vous le faites J\u2019aimerais ici vous apporter de petites réponses qui vous apparaîtront, j\u2019espère, aussi pertinentes que vos questions.« Québécois ?» demandez-vous ?Vous l\u2019êtes au moins tout autant que moi, c\u2019est certain.Quant à moi, je suis un de ces Québécois de souche qui descendent en ligne droite de ces quelque 60 000 Français qui peuplaient le Québec lors de la conquête de 1760.Plus québécois que moi, tu meurs ! J\u2019ignore si j\u2019ai du sang améridien dans les veines ou sur les mains, mais qui sait exactement d\u2019où provenaient mes ancêtres?De Normandie?De Bretagne?D\u2019Aquitaine?Mais encore?Celte, Latin, Viking, Arabe?Il y a eu de tels brassages de populations dans l\u2019histoire que personne ne peut dire qu\u2019il est de race pure.On sait bien d\u2019ailleurs qu\u2019une race pure, ça n\u2019existe que dans la tête de ceux qui veulent bien y croire.Je parle donc français ; je suis indépendantiste (plus porté sur l\u2019indépendance individuelle que collective) et ma religion était la catholique, mais je n\u2019éprouve aucune fier té à dire que je suis québécois de souche ni l\u2019envie d\u2019être identifié comme tel.Je n\u2019ose pas dire non plus que je suis de culture française parce que je sais bien les différences culturelles qu\u2019il y a entre la France et le Québec.Je connais bien des gens respectables qui peuvent dire, comme moi, L I B R E O P I N I O N A G N È S M A L T A I S Députée de Taschereau, porte-parole de l\u2019opposition officielle en matière de culture et de communications D\u2019 entrée de jeu, je tiens à dire que le Parti québécois est heureux de voir enfin poindre à l\u2019horizon une nouvelle mouture de politique culturelle.Il est plus que temps ! Le projet mérite certes des critiques pour sa lenteur à démarrer et pour être aussi plein de bonnes intentions que vide de moyens concrets (pour le moment, nous dit-on), mais il importe tellement de faire évoluer notre politique culturelle que nous saluons la consultation qui débute ce mardi.Si la nouvelle mouture est une bonne adaptation de la version de 1992, il semble qu\u2019on ait oublié de la situer de façon plus globale dans l\u2019environnement culturel d\u2019aujourd\u2019hui.En effet, une grande partie des produits culturels est désormais dématérialisée et les frontières s\u2019évanouissent.Par ailleurs, de grands joueurs contrôlent les nouveaux outils de diffusion de la culture.Contrairement à Liza Frulla, qui avait piloté la première politique culturelle du Québec, le ministre Luc Fortin évacue la notion de souveraineté culturelle.Il y a là une grave erreur qui peut encore être corrigée.Au moment même où l\u2019ALENA se renégocie et que l\u2019exception culturelle est fragilisée, le Québec doit réaffirmer le désir de souveraineté sur le soutien et le développement de sa culture.Puis, mentionnons que l\u2019Assemblée nationale est unanime, premièrement quant au besoin de réinvestir dans la création \u2014 ce qui signifie que le CALQ doit recevoir de nouveaux fonds en quantité suffisante \u2014 et, deuxièmement, quant à la nécessité de faire comprendre au CRTC que la nation québécoise doit contrôler son environnement culturel pour protéger la langue française.Cela dit, rien n\u2019empêcherait le Québec de se doter d\u2019un organisme-conseil qui pourrait fournir des avis, tant sur les positions du CRTC que sur les grands enjeux de télécommunications.Un marché foncièrement anglicisé Films, séries, produits en ligne, le monde entier est à un clic\u2026 au coût de quelques dollars.Netflix, Facebook et leurs semblables accaparent les marchés mondiaux mais, surtout, disposent de milliards de dollars pour créer, capter ou diffuser de nouveaux produits présentés, en très grande majorité, en langue anglaise.Nos créateurs ne pourront pas tirer leur épingle du jeu dans ce libre marché fortement anglicisé.La nouvelle politique culturelle doit en tenir compte.Il faut que les gouvernements se penchent sur de nouvelles manières de créer et de canaliser la richesse dans le secteur culturel.Nous devons étudier comment capter les fonds qui sortent du Québec, hors règles fiscales, une situation qui désavantage scandaleusement nos créateurs.Je connais une auteure-interprète qui songe à quitter son métier, incapable qu\u2019elle est de vivre des maigres redevances provenant du monde numérique.Nous devons également mieux cibler les dépenses de publicité afin qu\u2019elles servent les citoyens de tout notre territoire, et que leurs retombées se matérialisent chez nous.Imaginez : personne n\u2019est en mesure de préciser la proportion des dépenses gouvernementales qui aboutissent, par les agences de publicité, chez Google ou Facebook, deux sociétés qui ne paient aucun impôt au Québec.À l\u2019heure de la numérisation massive, on ne peut non plus laisser entre les seules mains d\u2019intérêts privés, très souvent étrangers, le choix des œuvres appelées à être restaurées ou numérisées.Il en va de notre capacité collective non seulement à conserver notre patrimoine, mais aussi à le faire rayonner, ici et par tout dans le monde, pour qu\u2019il continue d\u2019inspirer les créateurs.Et qu\u2019en est-il de la crise des médias, qui est la grande oubliée de cette politique ?Plusieurs affirment qu\u2019elle constitue une menace pour la santé de la démocratie québécoise.Présentement, aucun organisme n\u2019est responsable, ni même outillé, pour réaliser un portrait de la situation.Enfin, bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante.Cette pierre angulaire de notre identité demeure pourtant négligée.Le Québec a su faire naître des générations d\u2019artistes géniaux et d\u2019artisans de renommée mondiale.Tout l\u2019enjeu d\u2019une politique culturelle est de tenir compte des défis nouveaux pour s\u2019assurer que d\u2019autres générations prennent le relais.Quelle plus grande fierté pour une nation que celle d\u2019être reconnue pour offrir à l\u2019humanité son supplément d\u2019âme ?Offrons aux artistes du présent et du futur les outils et les moyens que leur talent mérite.Of frons-leur une politique ancrée dans le XXIe siècle.Une politique culturelle pour le XXIe siècle FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET qu\u2019ils sont de souche québécoise : pour la plupart, ils ne me ressemblent guère pour toutes sortes de raisons toutes aussi valables les unes que les autres.Que sont-ils?Que suis-je?Qu\u2019est-ce qu\u2019un Québécois?Je ne sais pas et, à vrai dire, je suis convaincu que cela n\u2019a pas d\u2019importance.L\u2019important n\u2019est pas ce qu\u2019on est, mais ce qu\u2019on fait avec ce qu\u2019on est et ce qu\u2019on a.Je pense même que c\u2019est perdre son temps que d\u2019accorder du temps à cette ambiguë question qu\u2019est celle de son identité nationale.Je me contente d\u2019être un être humain et c\u2019est déjà assez compliqué de même! Claude Guay Sherbrooke, le 1er septembre 2017 Les demandeurs d\u2019asile Des gens arrivent au Canada.Des enfants, des jeunes mères, des personnes souffrantes qui ont tout risqué, qui ont parfois beaucoup perdu.Ce devrait être le premier élément à considérer lorsqu\u2019il est question des demandeurs d\u2019asile.Or, même si l\u2019information est disponible, même si plusieurs acteurs tentent d\u2019élever le débat, la question demeure présentée par certains commentateurs et politiciens de façon simpliste, populiste et mensongère.Il est ainsi possible à certains de continuer à parler d\u2019immigration illégale, ou clandestine, et de considérer ces demandeurs d\u2019asile comme des profiteurs.Cette paresse intellectuelle contribue aux tensions citoyennes qui se traduisent notamment par des marches de louveteaux arborant des drapeaux de triste mémoire.Pourtant, il n\u2019existe pas d\u2019immigration illégale, comme nous le rappelle le Barreau du Québec.Les criminels ne sont pas admis comme réfugiés.Les demandeurs d\u2019asile doivent procéder de façon irrégulière, car le Canada est signataire de l\u2019Entente sur les tiers pays sûrs.C\u2019est cette entente contre laquelle tous les partis politiques québécois devraient se dresser solidairement.De toute façon, les personnes arrivant au Canada pour y faire une demande d\u2019asile feront l\u2019objet d\u2019une enquête visant à déterminer la validité de leur prétention.Ceux qui ne satisfont pas aux critères pour être réfugiés se verront refuser leur demande.En attendant, ces demandeurs reçoivent des services.Les traiter de profiteurs, de les mettre en compétition avec les aînés ou le système scolaire pour l\u2019obtention de services et de laisser entendre que la facture sera simplement refilée à Québec ne fait qu\u2019accroître le mécontentement de la population face à une situation qui n\u2019a rien de catastrophique bien qu\u2019elle puisse être très stressante et fragilisante pour ceux qui la vivent.En fait, le fédéral, respectant l\u2019Accord Canada-Québec sur l\u2019immigration, transfère cette année 380 millions au ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion.Les partis d\u2019opposition devraient demander au gouvernement ce qu\u2019il fait de cet argent, plutôt que de braquer la population contre l\u2019arrivée de gens vulnérables.Alexis Lamy-Théberge Montréal, le 1er septembre 2017 L\u2019 ALPHABÉTISATION Une stratégie nationale s\u2019impose BRIAN MYLES L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).C L A U D E M O R I N Ex-ministre des Affaires intergouvernementales du Québec a démarche politique alternative que je suggérais au Parti québécois dans mon dernier livre (Je le dis comme je le pense, 2014, p.9 à 96) me paraît toujours être celle qui serait la plus en phase avec les tendances lourdes de l\u2019opinion.À défaut d\u2019une souveraineté prochaine et tout en gardant l\u2019avenir ouvert, elle propose une façon inédite de faire avancer le Québec, fondée sur les aspirations naturelles de nos concitoyens et respectant leur cheminement historique.Elle devrait plaire à beaucoup d\u2019entre eux.Ce constat découle des perceptions observées depuis longtemps dans les sondages successifs : rejet de la rupture avec le Canada, mais aussi refus des suites délétères de la Constitution imposée au Québec en 1982 : multicultura- lisme, diminution des pouvoirs de notre Assemblée nationale, réduction de notre nation au rang de minorité ethnique parmi les autres.En fait, les Québécois ont l\u2019intuition qu\u2019une autre voie vers l\u2019avenir existe.Ils ont raison.Cependant, hormis une évolution soudaine de la conjoncture, les efforts en vue de l\u2019adoption de cette voie novatrice seraient, ces temps-ci, prématurés.Ils auraient pu et dû être amorcés lors de la « saison des idées » (dès 2003).Tout de même, il y a eu progrès.Le Parti québécois envisage maintenant de modifier sa démarche (pas de référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat), décision à l\u2019impact électoral encore inconnu, mais qui correspond aux préférences de la population.Je suis persuadé que le PQ en viendra à retenir une approche comme celle que j\u2019ai avancée, sauf que, d\u2019ici l\u2019élection de 2018, ce serait sans doute impossible.Le choix La situation actuelle presse donc le PQ de pratiquer un discours et de concevoir des actions en fonction d\u2019une réalité évidente confirmée par l\u2019histoire, dont découle son existence même comme par ti et qui colle à sa raison d\u2019être : l\u2019identité nationale québécoise.Outre que celle-ci nourrit un sentiment patriotique normal, elle concerne aussi des dossiers courants : langue, immigration, laïcité, éducation, culture, intégrité territoriale (pipeline), économie, statut constitutionnel, etc.Si, obnubilé par une rectitude politique stérilisante ou adepte de la langue de bois, le PQ renonçait à axer une portion significative (mais non exclusive) de son message sur l\u2019identité nationale, on voit mal, face à ses opposants, sur quel autre sujet aussi pertinent il pourrait faire campagne.Sans référendum proche, il serait peu logique pour lui de privilégier la souveraineté comme enjeu électoral immédiat.Les adversaires fédéralistes redoutent en conséquence que le PQ insiste sur la question identitaire.D\u2019où leur acharnement à discréditer le sentiment national québécois, à inhiber les citoyens à cet égard, à les culpabiliser de vouloir être ce qu\u2019ils peuvent devenir.Hypocritement, ils accusent le débat identitaire, sujet tabou selon eux quel qu\u2019en soit l\u2019angle, d\u2019alimenter l\u2019intolérance et d\u2019encourager le racisme.Tels sont les objectifs insidieux de l\u2019enquête annoncée sur le « racisme systémique » censé avoir contaminé le Québec.On est porté à se demander quel acte épouvantable nous aurions commis comme peuple, ou aurions le pervers dessein de commettre, qui puisse autoriser cette sorte de procès.Fi- nira-t-on par exiger notre repentir d\u2019exister, auquel se lierait, pour faire bonne mesure, notre résolution rédemptrice de nous éclipser en silence ?L\u2019offensive Contre ce genre d\u2019attaques, deux attitudes sont possibles.Une, défensive, qui consisterait à déplorer les arguments adverses en les qualifiant poliment d\u2019exagérés, à atténuer piteusement les prises de position du PQ de crainte d\u2019indisposer tel groupuscule, à alléguer que le parti n\u2019a pas le choix, les circonstances le forçant à se préoccuper de l\u2019identité nationale, etc.Attitude pusillanime peu convaincante.Ou l\u2019offensive : une fois sa portée clairement et formellement définie, et sa justification concrètement démontrée \u2014 ce qui est essentiel pour tarir les malentendus provoqués ou authentiques \u2014, assumer pleinement et avec audace le défi identitaire.Parce qu\u2019il est fondamental.Nulle nation ne peut accepter son extinction, graduelle ou rapide.Il n\u2019y a là rien d\u2019excessif ou d\u2019outrageant.Ni d\u2019extrémiste.Ainsi, chacun à sa manière et parfois avec intensité, les premiers ministres Duplessis, Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa et Lévesque, pour ne mentionner que ceux-là, ont, sur ce plan, fait preuve de fidélité envers le Québec et ses caractéristiques propres.Il ne leur serait pas venu à l\u2019esprit que devenir plus ou moins apatrides nous conférerait un statut enviable.Bref, comme n\u2019importe quelle identité nationale ailleurs et ainsi que le prescrit le sens commun, la nôtre a le droit de se manifester et de se développer.Et ceux qui la par tagent \u2014 «pure laine » ou non, nés ici ou pas \u2014 ont tout à fait raison de tenir à ce qu\u2019elle soit respectée et qu\u2019elle dispose librement des moyens de s\u2019affirmer et de s\u2019épanouir.L\u2019identité nationale : le thème qui s\u2019impose L a recrudescence du discours extrême observée depuis quelque temps tient à une pluralité de causes.Mais elle ne semble pas étrangère aux mutat ions profondes de l\u2019environnement de production et de circulation de l\u2019information induites par « l\u2019In- ternetisation » de nos sociétés.Elle est aggravée par l\u2019attitude de laisser-faire qui tient lieu de politique à l\u2019égard des transformations induites par le numérique.En 1995, en pleine époque où l\u2019émerveillement suscité par Internet régnait sans partage, le professeur de droit Eugene Volokh publiait dans la revue de droit de l\u2019Université Yale un ar ticle intitulé « Cheap Speech and What It Will Do » (Le discours « bon marché » et ce qu\u2019il va engendrer).Le texte développait la thèse selon laquelle la généralisation d\u2019Internet et des procédés de traitement de l\u2019information qui y sont associés sonnait la fin du caractère onéreux de la prise de parole dans les sociétés développées.L\u2019auteur prévoyait que le contexte généré par Internet habiliterait de plus en plus de personnes à disposer d\u2019une tribune.Les auditeurs disposeraient de choix pratiquement illimités.Volokh évoquait également le transfert vers des intermédiaires du pouvoir détenu jusque-là par les médias à l\u2019égard de ce que le public a la possibilité de voir, de lire et d\u2019entendre.Il parlait aussi de l\u2019éviction des journaux du marché des petites annonces de même que le fin ciblage des messages publicitaires rendu possible par les traitements massifs des données générées par les interactions numériques.Tout en reconnaissant les indéniables bénéfices de cette tendance lourde en faveur du « Cheap Speech », l\u2019auteur remarquait que les groupes extrémistes pourraient être parmi les bénéficiaires de cette modicité du coût d\u2019accès aux audiences que procure désormais l\u2019espace numérique.Le contrôle accru des individus sur ce qu\u2019ils reçoivent en ligne les habilite à préférer des informations de camelote à celles que proposent les médias fonctionnant selon des normes élevées de vérification.Les médias ébranlés Dans un ar ticle à paraître dans la First Amendment Law Review, sur le «Cheap Speech» et ce qu\u2019il a fait à la démocratie, Richard Hasen constate ces jours-ci que le phénomène a engendré pire que les maux redoutés par Volokh.L\u2019environnement du « Cheap Speech » a radicalement ébranlé le modèle économique des médias.La viabilité des médias traditionnels est fondée sur la constitution d\u2019auditoires de masse qui pouvaient être ensuite valorisés auprès d\u2019annonceurs.Il y a eu un déplacement massif de revenus vers les plateformes comme les médias sociaux et autres agrégateurs, qui pour la plupart ne produisent pas de contenus.Les revenus autrefois gagnés par les médias sont désormais captés par les plateformes comme Google ou Facebook qui, elles, sont en mesure de valoriser l\u2019attention que les inter- nautes portent aux contenus.Tout cela contribue à fragiliser les médias fondés sur la production de contenus validés selon des méthodes éprouvées.Cette tendance s\u2019est accompagnée d\u2019une recrudescence de sites proposant des contenus principalement destinés à capter l\u2019attention des internautes, notamment en les confor tant dans leurs croyances.Le contrôle de ce qui est effectivement vu par les individus échappe de plus en plus à ceux qui exercent un contrôle de la validité de ce qui est dif fusé.Voilà réunies les conditions propices au foisonnement sans pré- cédent de « fausses nouvelles».Aux États-Unis (et sans doute au Canada), le recul de la presse locale a af faibli la capacité des médias à se livrer à une réelle surveillance des activités des élus locaux.De même, le faible coût de la présence en ligne a rendu plus accessible la diffusion du discours extrême et haineux qui existait bien avant Internet.La disponibilité d\u2019Internet a ouvert des possibilités sans précédent de diffusion aux groupes extrémistes comme le Ku Klux Klan et autres hordes racistes.Les médias sociaux réduisent les coûts de l\u2019action collective.Cela vaut pour le meilleur mais aussi, hélas, pour le pire.Repenser les conditions du numérique Face au triomphe du «Cheap Speech», on mesure l\u2019ampleur du défi de repenser les conditions dans lesquelles se déroulent les échanges au sein de l\u2019espace public.Le contexte technologique associé à Internet a engendré des normes par défaut qui fragilisent les médias fondés sur des processus de validation.Les équilibres entre les droits et libertés s\u2019en trouvent menacés.Le risque du numérique est surtout lié à la transformation de l\u2019espace public.À voir les mutations engendrées par ce contexte de « Cheap Speech », le laisser-faire est un luxe que les démocraties ne peuvent se permettre.Une politique numérique digne de ce nom doit proposer des actions cohérentes sur ces difficiles enjeux.Le prix du « Cheap Speech » PIERRE TRUDEL M É L A N I E S T - H I L A I R E L\u2019auteure dirige l\u2019atelier de rédaction Biendit l y a 50 ans, Julien Hébert créait un logo inoubliable pour Expo 67.Une œuvre en accord avec la mission de sa vie : initier le Québec au design.Le professeur Martin Racine raconte cette histoire dans un livre éclairant.Mais qu\u2019est-ce que ce logo proposé pour Expo 67 ?À Ottawa, le chef de l\u2019opposition, John Diefenbaker, se révolte : « Je n\u2019ai jamais vu pareille monstruosité ! » Sans feuille d\u2019érable, sans le plus petit castor ?Il faudra l\u2019intervention du premier ministre, Lester B.Pearson, pour apaiser le scandale.Finalement, l\u2019œuvre honnie \u2014 représentation stylisée d\u2019une chaîne huma ine, f idè le au slogan « Ter re des hommes » \u2014 sera affichée partout à Montréal.Symbole de cet été où les Québécois découvriront la modernité\u2026 L\u2019artiste derrière ce tohu-bohu ?Bien des gens ont oublié son nom : Julien Hébert.Un créateur multidisciplinaire aux idées aussi avant-gardistes que ses œuvres.« Ce pionnier mérite sa place dans l\u2019histoire culturelle du Québec», estime Martin Racine.Le professeur à l\u2019Université Concordia a remué ciel et terre pour publier Julien Hébert.Fondateur du design moderne au Québec, en 2016.Avant cela, il avait consacré son doctorat à ce maître méconnu, dont il n\u2019avait jamais entendu parler durant ses cours en design industriel.C\u2019est une conversation avec un expert de sa discipline qui l\u2019a mis sur la trace du créateur.Patiemment, il a rassemblé les données éparses sur sa vie et son œuvre.En lisant ses carnets de création, il a été ébloui par la profondeur de sa pensée.« C\u2019est comme si les Américains ne connaissaient pas Frank Lloyd Wright, ou les Français Le Corbusier, dit-il.Impensable ! » Il a donc cherché un éditeur intéressé par son histoire.Né à Rigaud en 1917, Julien Hébert fait ses classes à l\u2019École des beaux-arts de Montréal.Pour réfléchir au rôle de l\u2019art dans la société, il étudie ensuite la philosophie à l\u2019université.En 1946, il entame un stage de deux ans auprès du sculpteur cubiste Ossip Zadkine, à Paris.De son mentor, il retient une idée importante : tout est sculpture.« Tous les objets ont une forme qui mérite d\u2019atteindre la perfection », formule-t-il.Quand l\u2019ar tiste rentre au bercail, en 1948, l\u2019année même de la publication du Refus global, il retrouve une société en métamorphose.À l\u2019ombre des tours de bureaux et des banlieues naissantes pousse un art nouveau : le design industriel, qui permet de produire en série des objets bien pensés.Un défi taillé sur mesure pour son esprit rationnel.En 1951, il s\u2019illustre au premier concours de design canadien en présentant une chaise en toile et structure d\u2019aluminium.Un industriel le recrute pour dessiner du mobilier de jardin.Deux ans après, il conçoit la chaise longue Contour, à la forme épurée et à la fonctionnalité impeccable.«Saluée par la critique au Salon du meuble de Milan, cette création signale l\u2019arrivée du design canadien sur la scène internationale», précise Martin Racine.Les meubles pliants signés Hébert, merveilles de commodité, se vendent par centaines de milliers.Sans surprise, l\u2019homme se distingue aussi en sculpture.En 1963, devant la salle Wilfrid-Pelle- tier de la Place des Arts, il réalise une murale de panneaux texturés en aluminium.Son matériau fétiche.« Julien Hébert disait que les Québécois devaient devenir les meilleurs pour créer des produits avec ce métal typique du pays », rapporte le professeur.Refusant de se cantonner à une seule discipline, ce talentueux touche-à-tout dessine le plafond du Centre national des arts à Ottawa, le pavillon du Québec à l\u2019exposition universelle d\u2019Osaka, les arrêts d\u2019autobus de Montréal\u2026 Sans oublier le mobilier Grébert, d\u2019inspiration scandinave, conçu pour garnir les bureaux contemporains.Mais c\u2019est surtout son engagement pour le développement du des ign au Québec qu i marque sa carrière.À l\u2019Institut des arts appliqués, ce pédagogue passionné forme toute une génération d\u2019étudiants.Il plaide avec ferveur pour la fondation d\u2019un Institut de design, qui ouvre à l\u2019Université de Montréal en 1969.Il contribue aussi à établir la section québécoise de l\u2019Association canadienne des designers industriels.De cette œuvre authentique, Martin Racine a tiré quelques leçons d\u2019intérêt pour les designers actuels.« D\u2019abord, le design n\u2019existe pas que pour le profit des entreprises.C\u2019est une discipline humaniste », énonce-t-il.Pour Julien Hé- bert, ce travail ne servait pas à vendre des meubles de luxe à une élite dépensière, mais à créer des objets adaptés aux besoins de la société.En 1971, il avait même élaboré un plan pour revitaliser les régions en formant au design les chômeurs québécois ! «Aux yeux de Julien Hébert, le design était un artisanat moderne qui pouvait contribuer à développer la société et à définir sa culture», ajoute le professeur.Son modèle était la Scandinavie, qui avait recyclé des techniques proches de sa tradition pour manufacturer des biens de qualité.Il admirait Artek, la compagnie de meubles du designer finnois Alvar Aalto.Il rêvait que le Québec exporte ainsi des objets à son image, faits de matériaux locaux.S\u2019il vivait aujourd\u2019hui, Julien Hébert aurait de quoi se réjouir, estime Martin Racine.À commencer par le succès de son hériter spirituel, Michel Dallaire.Son Bixi, qui roule de Londres jusqu\u2019à Washington, n\u2019est-il pas fabriqué au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean ?Cette prouesse manufacturière l\u2019aurait ravi.De même que la production de ces nombreux des- igners-ar tisans qui fabriquent des créations soignées en petite série, comme les chaises en babiche du collectif Samare.Lorsqu\u2019il devient le premier designer à rempor ter le prix Paul-Émile-Borduas, en 1979, Julien Héber t ne cache pas sa joie .« Ainsi, le design cesse d\u2019être une technique pour fond d\u2019usine pour devenir l\u2019un des beaux- arts », se réjouit-il.À peine 15 ans ont passé depuis qu\u2019il s\u2019est fait étriller pour son logo trop moderne.Mais dans l\u2019intervalle, le Québec s\u2019est assoupli.Assez pour que ce défricheur y laisse sa marque.Des commentaires ou des suggestions pour des Idées en revues?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.Julien Hébert, ce fabuleux défricheur du design DES IDÉES EN REVUES Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru dans la revue Continuité, été 2017, no 153.I L ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Si le PQ renonçait à axer une portion significative de son message sur l\u2019identité nationale, on voit mal, face à ses opposants, sur quel autre sujet aussi pertinent il pourrait faire campagne. L E D E V O I R , L E M A R D I 5 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S « Ces gens-là sont tellement habitués à parler par tout dans les magazines de la rentrée scolaire de leurs enfants, à par tager leurs bonnes adresses, à énumérer leurs trucs pour trouver l\u2019amour par fait.Peut-être qu\u2019ils finissent par se sentir investis d\u2019une mission qu\u2019on ne leur a jamais confiée quand ils se disent : \u201cTiens, je vais raconter ma bipolarité\u201d ou \u201cTiens, je vais raconter ma grossesse dif ficile\u201d [comme l\u2019animatrice Marie-Claude Barrette dans La Couveuse].» En bon journaliste d\u2019infiltration, Hugo Meunier se prête donc lui-même au jeu d\u2019un récit de soi parfois réellement bouleversant (le chapitre sur le suicide d\u2019un ami).Il consacre néanmoins l\u2019essentiel de son essai à s\u2019interroger sur, en vrac, la taille de l\u2019espace médiatique qu\u2019occupent les vedettes, la minceur anorexique du propos de certains de ces ouvrages visiblement torchés sur le coin d\u2019une table, ainsi que la mar- chandisation de l\u2019émotion sur l\u2019autel de l\u2019ego.Carrières vacillantes Défibrillateur contribuant à ressusciter des carrières vacillantes, l\u2019écrit biographique permet d\u2019abord et avant tout de venir en aide à son prochain, plaide l\u2019humoriste Maxim Martin entre les pages d\u2019Infiltrer Hugo Meunier, en brandissant les nombreux courriels émus que lui font parvenir les lecteurs d\u2019Excessif, son livre-té- moignage largement articulé autour de ses problèmes de toxicomanie.Un argument auquel seuls les cœurs de pierre pourraient demeurer insensibles.« Je suis convaincu que Maxim Mar tin ne ment pas.Ces livres répondent, oui, à un besoin », admet Meunier, en évoquant du même souffle l\u2019exemple de la première biographie de la chanteuse Nathalie Simard, dont l\u2019effet positif s\u2019était manifesté jusque dans les CALACS (Centre d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel).Un exploit d\u2019une noblesse dont pourrait plus difficilement se revendiquer Un like à la fois, biographie précoce de la jeune vingtenaire Noémie Dufresne, célèbre pour les égoportraits dont elles mitraillent ses admirateurs sur les réseaux sociaux.« Il ne faudrait pas que les vedettes nous prennent pour des imbéciles, insiste Meunier.Ce n\u2019est pas juste par altruisme qu\u2019ils font des livres.Il y a d\u2019autres motifs qui se cachent derrière ces entreprises.» Les vedettes, des voleurs d\u2019espace?À la fin des années 1990, le comédien Hugo Dubé (Octobre, Ramdam, Série noire) s\u2019imagine conférencier.Une démarche semblable à celle amorcée par Marcel Leboeuf à la même époque et à laquelle l\u2019humoriste Jérémy De- may emboitait le pas en 2015 avec la parution de son livre à succès La liste, inspiré d\u2019un épisode dépressif.Et si la nature incertaine du travail d\u2019artiste jouait un rôle important dans le phénomène que dissèque Hugo Meunier ?« En tant que comédien, tu ne peux pas demeurer cloisonné.Il faut que tu puisses t\u2019ouvrir au plus grand nombre de possibilités.Comme le téléphone sonnait moins à un cer tain moment, je me suis mis à réfléchir à mon avenir.C\u2019était dans l\u2019ordre des choses de donner des conférences, parce que c\u2019est ce que je fais depuis plus de trente ans, communiquer », confie Dubé, qui lançait en 2016 La créativité a quatre lettres : VOUS, guide issu d\u2019une conférence parcimonieusement émaillée de quelques brefs épisodes personnels, insiste son créateur.Richard Turcotte nage dans le bonheur.Vous le savez sans doute déjà si vous avez lu Être l\u2019artiste de sa vie (auquel Hugo Meunier assène une ou deux vannes).Aux inquiétudes de ceux pour qui les vedettes qui signent des livres arrachent à d\u2019authentiques auteurs l\u2019occasion de parapher un contrat avec une grande maison d\u2019édition, l\u2019animateur de l\u2019émission Ça rentre au poste sur les ondes d\u2019Énergie rappelle que son livre n\u2019avait aucune prétention littéraire.« Si tu veux lire un roman, tu vas vers David Goudreault, pas vers moi ! » L\u2019acolyte des Grandes Gueules fait aussi valoir que c\u2019est tout le vedettariat qui embrasse des stratégies de mise en scène de soi.« Quand Marc Cassivi dit à Hugo Meunier que Véro ne ferait jamais de livre comme ça parce qu\u2019elle n\u2019a pas besoin de cette visibilité, il oublie que Véro se raconte déjà dans son magazine, qu\u2019elle monte sur scène avec son chum et qu\u2019elle parle de sa vie de femme d\u2019af faires dans Véro Inc.» Vaincre la bulle S\u2019il n\u2019est peut-être pas aussi difficile que le suggère Hugo Meunier de faire publier une œuvre littéraire au Québec, attirer l\u2019attention des médias et du public représente un considérable défi, note l\u2019auteur Éric St-Pierre, dont le roman Comment écrire Comment écrire un best-seller parodie un phénomène cousin des autobiographies de personnalités connues, celui des guides d\u2019écriture de livres à succès.L\u2019érosion de l\u2019espace médiatique dévolu à la littérature témoigne cependant de plusieurs facteurs, que l\u2019on ne pourrait réduire à l\u2019omniprésence des vedettes.« On a beaucoup relevé pendant la dernière campagne présidentielle américaine comment nos bulles par tisanes se referment de plus en plus, souligne-t-il.À mes yeux, c\u2019est un symptôme de notre désir en tant qu\u2019humain de rester près de notre famille.Comme les vedettes qu\u2019on voit le plus souvent deviennent un ersatz de famille, on va se diriger plus naturellement vers ces gens qu\u2019on connaît, vers leurs livres.C\u2019est une bonne chose de prendre conscience de cet instinct pour davantage chercher à aller vers la nouveauté, vers l\u2019autre et pour davantage se demander, comme le faisait jadis Michel Louvain, qui est la belle inconnue.» Collaborateur Le Devoir INFILTRER HUGO MEUNIER Enquête sur la vie des vedettes québécoises Hugo Meunier Lux Éditeur Montréal, 2017, 208 pages SUITE DE LA PAGE 1 VEDETTES «Le choix des cégeps anglophones par une trop grande proportion d\u2019élèves allophones représente un obstacle à leur pleine intégration à la société québécoise et à la préservation de la langue française comme langue commune », explique-t-on dans l\u2019introduction de la proposition.La proposition initiale provenait de militants de l\u2019Estrie et suggérait d\u2019obliger la fréquentation d\u2019un établissement d\u2019enseignement francophone lors des «deux premiers diplômes préuni- versitaires réalisés au Québec».Le 31 août, en clôture du caucus à Shawinigan, M.Lisée avait déclaré que son parti et ses militants tentaient de trouver « un point d\u2019équilibre ».En 2011, le PQ avait intégré à son programme le projet d\u2019étendre les dispositions de la loi 101 au collégial et d\u2019interdire aux étudiants francophones ou allophones de fréquenter le cégep en anglais.Le gouvernement de Pauline Marois avait toutefois renoncé à cet engagement une fois au pouvoir à la suite des élections de 2012.M.Lisée estime que cette proposition n\u2019a plus la cote aujourd\u2019hui.« Je sais que si on allait au vote sur la loi 101 dans les cégeps [au congrès], ce serait battu », a-t-il avancé.« On connaît déjà le score.Plutôt que de faire ça, est- ce qu\u2019on peut trouver un point d\u2019équilibre ?On essaie de le chercher.» Le chef n\u2019a pas souhaité émettre de commentaires sur la proposition des «deux blocs».Le cabinet de M.Lisée n\u2019a pas voulu confirmer l\u2019amendement proposé.«Les militants auront à débattre de tous les amendements sur la langue lors du congrès », s \u2019est limité à dire Bruno-Pier Cyr, attaché de presse de M.Lisée.Du côté des militants, l\u2019actuel président de l\u2019association péquiste de Beauharnois, Marc Laviolette, a indiqué que « le chef a appelé à quelques amendements, ce qui est positif ».«Nous sommes prêts à examiner toutes les avenues pour empêcher les transferts linguistiques entre le secondaire français et le cégep anglais », soutient-il.Selon l\u2019ancien président de la CSN et porte- parole du SPQ Libre, l\u2019objectif des militants demeure d\u2019« empêcher de prendre l\u2019argent public pour angliciser le Québec».Les propositions et amendements des militants seront soumis au vote des délégués lors du congrès du Parti québécois qui se tiendra du 8 au 10 septembre au Palais des congrès de Montréal.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 CÉGEPS que le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) mis en place par Québec prévoit une distance minimale de 500 mètres entre une source d\u2019eau et un forage, elles souhaitent porter cette distance à un minimum de deux kilomètres.Or, toutes les municipalités qui ont demandé une telle dérogation au règlement provincial ont essuyé un refus de la part du gouvernement Couil- lard.Il a été transmis par écrit, selon un libellé similaire d\u2019une lettre à l\u2019autre.Celles-ci portent l\u2019en-tête de la « Direction générale des politiques de l\u2019eau » du ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).Analyse scientifique Les lettres obtenues par Le Devoir indiquent ainsi que, pour accorder une dérogation, « le ministre doit s\u2019appuyer sur une analyse qui tient compte des conditions particulières du territoire de la municipalité ».Jugeant que le projet de règlement soumis au ministre Heurtel ne lui permet pas de démontrer la nécessité d\u2019appliquer de telles normes, le MDDELCC exige que chaque municipalité produise une analyse scientifique étoffée, sans quoi le ministère n\u2019évaluera pas la demande.«À cet ef fet, vous devez nous transmettre un document technique qui démontre que les caractéristiques de votre territoire (contexte hydrogéologique et hydrologique local, disponibilité en eau, vulnérabilité des sources d\u2019alimentation en eau face aux risques que représente l\u2019industrie visée, etc.) font en sorte que les normes du RPEP ne sont pas adéquates pour protéger les prélèvements d\u2019eau ef fectués à des fins de consommation humaine ou de transformation alimentaire qui s\u2019y retrouvent», peut-on lire dans les lettres transmises aux municipalités.« De plus, ce document doit démontrer que les normes incluses à votre règlement municipal sont précisément celles qui répondent à ces mêmes caractéristiques particulières de votre territoire.Ce n\u2019est qu\u2019à la suite de la réception d\u2019un tel document technique que le ministère sera en mesure de réaliser l\u2019analyse de votre demande d\u2019approbation», ajoute-t-on, en guise de conclusion.Affrontement en vue Le cabinet du ministre Heur- tel confirme la démarche menée au cours des dernières semaines.« Considérant que les municipalités n\u2019ont pas, jusqu\u2019à présent, fait cette démonstration technique, le ministre ne peut approuver leur règlement», précise son attachée de presse, Émilie Simard.Le « comité de pilotage des municipalités qui réclament une dérogation au RPEP » ne l\u2019entend évidemment pas ainsi.Dans une réponse transmise au ministre, il souligne que les 230 municipalités «n\u2019ont aucunement l\u2019intention de satisfaire à ladite exigence ».En s \u2019appuyant sur les dispositions de la Loi sur la qualité de l\u2019environnement, le comité affirme que la demande de dérogation n\u2019a pas à être accompagnée d\u2019une «justification locale».Tout indique donc qu\u2019un affrontement se dessine entre le gouvernement et les municipalités qui disent vouloir mieux protéger l\u2019eau potable de leurs citoyens.Elles seront d\u2019ailleurs plus de 300 à exiger une dérogation au RPEP dès le 10 septembre, puisque le comité compte effectuer un nouveau dépôt de demandes de dérogations.Les municipalités pourraient- elles aller jusqu\u2019à recourir aux tribunaux pour obtenir gain de cause contre le gouvernement du Québec?«Si le ministre dit non, nous n\u2019allons pas en rester là», laisse tomber le maire de Ristigouche Sud-Est, François Boulay, membre du comité.«S\u2019il faut aller devant le tribunal pour obtenir le droit d\u2019exercer cette compétence fondamentale, c\u2019est ce que nous allons faire», ajoute-t-il.Procès Gastem contre Ristigouche Sud-Est Fait à noter, le règlement que les 300 municipalités souhaitent pouvoir adopter imposerait des normes similaires à celles mises en place par Ristigouche Sud-Est en 2013, soit avant l\u2019élaboration du RPEP.À la suite de l\u2019adoption de ce règlement, l\u2019entreprise pétrolière Gastem a intenté une poursuite contre la petite municipalité gaspésienne de 157 habitants.Gastem réclame 1,5 million de dollars, puisque le règlement municipal a eu pour effet de bloquer un projet de forage.Ce montant équivaut à cinq fois le budget annuel de Ristigouche.Un cas sans précédent qui a suscité des craintes, selon François Boulay.«Les élus municipaux ont vraiment peur d\u2019être poursuivis s\u2019ils adoptent un tel règlement», insiste-t-il.Le gouvernement Couillard n\u2019a pas offert son appui à la petite municipalité dans ce dossier.La Fédération québécoise des municipalités a toutefois décidé d\u2019appuyer financièrement Ristigouche Sud-Est, jugeant que cette cause pourrait faire «jurisprudence» au Québec.L\u2019Union des municipalités du Québec a aussi of fert son appui.« On trouvait cela tellement heurtant, de voir une municipalité de 157 habitants être poursuivie pour 1,5 million de dollars.On trouvait qu\u2019il y avait quelque chose de heurtant dans cela, pour ne pas dire odieux », souligne son président, Bernard Sévigny.Sans aller jusqu\u2019à parler de craintes dans le monde municipal, M.Sévigny reconnaît que cer tains sont préoccupés .« Il y a une préoccupation.Si Ristigouche perdait, qu\u2019est-ce que ça signifierait pour la suite des choses, en terme de précédent ?» Pour le moment, l\u2019UMQ surveille sur tout la révision du RPEP, qui est en cours au MDDELCC.«C\u2019est à la lumière de cet exercice, donc de l\u2019évolution des connaissances scientifiques et techniques, que le gouvernement jugera de la per ti- nence d\u2019apporter ou non des modifications au RPEP», précise le cabinet de David Heurtel.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 EAU Ce n\u2019est pas juste par altruisme qu\u2019ils font des livres.Il y a d\u2019autres motifs qui se cachent derrière ces entreprises.Hugo Meunier « » Fréquentation des cégeps Nombre d\u2019étudiants francophones dans les 5 cégeps anglophones 2013-2014 7212 2014-2015 7346 2015-2016 7632 Nombre d\u2019étudiants anglophones dans les 43 cégeps francophones 2013-2014 11 641 2014-2015 11 423 2015-2016 11 233 Nombre d\u2019étudiants allophones dans les cégeps anglophones 2013-2014 8602 2014-2015 8776 2015-2016 9100 Source : Fédération des cégeps du Québec JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean-François Lisée ACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection mis en place par Québec prévoit une distance minimale de 500 mètres entre une source d\u2019eau et un forage."]
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