Le devoir, 9 septembre 2017, Cahier F
[" Stéfanie Clermont et le passage terri?ant à l\u2019âge adulte Page F 3 Ce qu\u2019il reste des étés sans ?n de Chantal Thomas Page F 4 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 D A N I E L L E L A U R I N à Paris « I l y a des photos de moi à poil enfant qui circulent encore sur Internet », se désole Eva Ionesco.Sa mère photographe, Irène Ionesco, l\u2019a immortalisée très peu vêtue dans des poses lascives dès l\u2019âge de 4 ans.Elle en a 52 aujourd\u2019hui.«C\u2019était affreux, monstrueux.C\u2019était un crime», s\u2019insurge-t- elle, affublée d\u2019une jolie robe légère à motifs et de sandales dorées à talons plats, dans la moiteur de cette fin d\u2019été parisien.« Je ne suis pas contre l\u2019érotisme en règle générale, mais avec les enfants, non, ça c\u2019est niet », tranche Eva Ionesco, dont le premier livre, Innocence, directement inspiré de son enfance bafouée, fait partie des 581 parutions de la rentrée littéraire française.Depuis lundi, il est aussi entré, avec 15 autres fictions françaises, dans la course au prix Renaudot.Les Inrocks, Libé, l\u2019Obs\u2026 la presse accorde une place de choix à l\u2019auteure.Elle y apparaît en tenue recherchée, savamment maquillée, le plus souvent avec des airs de vamp étudiés, surjoués.Chevelure vaporeuse et regard séducteur à l\u2019appui.Paradoxale, Eva Ionesco?Dans son livre, celle qui a été si souvent déshabillée par sa mère ne cache pas son appétit pour les fringues sophistiquées.Elle raconte d\u2019ailleurs les virées frénétiques qu\u2019elle faisait avec sa mère dans les boutiques londoniennes, à la recherche de vêtements rares empreints d\u2019excentricité\u2026 Vêtements qu\u2019Irène Ionesco confisquait ensuite dans une armoire sous clé et ressortait comme appât ou récompense pour faire poser sa fille, dont les photos étaient ensuite vendues à des magazines.«Ma mère, elle est malade» L\u2019alibi d\u2019Irène Ionesco, ex- danseuse de cabaret d\u2019origine roumaine née à Paris en 1930, et issue d\u2019un inceste, nous est-il révélé dans Innocence : il s\u2019agissait d\u2019art.C\u2019était à l\u2019ère de la libéralisation des mœurs, dans les très permissives années 1970.«Il y avait beaucoup d\u2019artistes, et de femmes ar tistes à l\u2019époque à Paris, qui faisaient de l\u2019art érotique, pour faire fantasmer les hommes», indique Eva Ionesco.Mais ça n\u2019explique pas tout à ses yeux, loin de là: «Il ne RENCONTRE Mère perverse, père manquant Dans Innocence, Eva Ionesco met en mots son enfance bafouée ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « À mes yeux, ça a toujours été son rôle, à la poésie, de faire du bien, de libérer, de te permettre de mieux te connaître en mettant des mots et des images sur des douleurs qui t\u2019échappent», plaide Véronique Grenier.GUILLAUME BAPTISTE AGENCE FRANCE-PRESSE «Il ne faut pas confondre une société permissive et les gens qui ont une grande perversité.Il y a des dingues.Ma mère, elle est malade, perverse», souligne l\u2019actrice et réalisatice Eva Ionesco.VOIR PAGE F 2 : IONESCO D O M I N I C T A R D I F I l y a, par terre, des cheveux tombés en généreuses poignées, dans le lavabo, l\u2019eau savonneuse où aucune vaisselle sale ne sera plongée, faute d\u2019énergie, et là-bas dans le coin, la poubelle qui déborde avec la même constance que l\u2019épuisement total de celle qui devrait la vider.Il y a, ici, autant de raisons de vouloir déménager pour toujours, de plonger dans ce grand précipice abolissant, dit-on, toutes les souffrances.Mais il y a aussi un peu partout \u2014 faites attention où vous mettez les pieds \u2014 les jouets colorés des enfants.Il y a, dans la garde-robe, des «vêtements avec des brillants », et dans le frigo, des bulles bien froides.Il y a tous ces livres jonchant le lit, autant de raisons de cesser de maudire l\u2019oreiller avec lequel, même munie de toute la mauvaise volonté du monde, il demeurera impossible d\u2019en finir.Se lancer en bas de ce troisième étage, elle le sait, ne lui procurait qu\u2019une gigantesque prune sur la caboche.Bienvenue dans le Chenous de Véronique Grenier.«Une équipe de télé m\u2019a proposé récemment de venir tourner quelque chose à la maison et j\u2019ai été obligé de dire non, raconte-t-elle, amusée.Des images de mon appartement, il y en a déjà plein dans mon livre.Ce serait un pléonasme de les montrer pour vrai.» Après Hiroshimoi, récit d\u2019une passion vertigineuse de salvatrice beauté et de petites violences, la chroniqueuse et professeure de philosophie se réinvente poète dans ce second livre à la langue aussi chaleureusement familière que joliment joueuse, et au lyrisme profondément enraciné dans le décor d\u2019un appartement banal.Sauf que comme en matière identitaire, le genre n\u2019en dit ici que très peu sur ce qu\u2019il désigne, tant la manière de raconter tient à la fois, cer tes, d\u2019une grande tradition de poésie du quotidien, mais aussi du langage télégraphique des communications technologiques contemporaines, celui que l\u2019on emploierait par exemple pour rédiger une légende sous une photo Insta- gram (si l\u2019on savait aussi bien que Grenier nommer la fugace fulgurance de l\u2019ordinaire).«En général, j\u2019écris des textes, puis je les envoie à mon éditeur, Maxime, et je lui demande si c\u2019est un livre.C\u2019est lui qui décide.Je me dois de constater que je fais des choses hybrides, mais ce qui domine toujours, c\u2019est mon envie de dire.Je me sens solide dans ce que je fais parce que des gens dont j\u2019estime l\u2019intelligence m\u2019assurent que c\u2019est de la littérature, mais j\u2019ai eu un petit complexe, oui, par rapport au mot \u201cpoésie\u201d, parce qu\u2019on a un a priori négatif pour une poésie accessible.C\u2019est quand j\u2019ai lu Le guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu POÉSIE Voyage au bout de l\u2019appartement Avec Chenous, Véronique Grenier revisite le logement où elle a fini par choisir de ne pas en finir VOIR PAGE F 2 : VOYAGE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 LIVRES F 2 D ans son dernier livre, Civilisation : comment nous sommes devenus américains (Gallimard), le philosophe français Régis Debray constate, non sans ironie, que l\u2019Occident entier est sous l\u2019hégémonie américaine.Toutes les démocraties occidentales, écrit-il, malgré leurs variations culturelles et leurs soubresauts nationaux et nationalistes, sont des cultures locales qui crient à la survie et au respect de leurs différences face au rouleau compresseur nommé l\u2019Amérique.Sa démonstration relève du génie.Les arguments sont si solides qu\u2019il ne reste comme bouée de sauvetage que la méditation bouddhiste de pleine conscience: embrasser entièrement ce qui est.Et ce qui est, c\u2019est l\u2019incontestable transfert d\u2019hégémonie, d\u2019un paradigme de pensée et de vision du monde vers un autre : le français n\u2019est plus la langue de la diplomatie, l\u2019Halloween remplace la Toussaint, « le royaume de la rhétorique a doucement rallié l\u2019empire de la statistique », les jardins de Luxembourg et les parcs Lafontaine de ce monde ne regorgent plus d\u2019intellectuels ni d\u2019étudiants concoctant les Mai- 68 et les «Refus global», mais plutôt de joggeurs sophistiqués sur lesquels veille l\u2019image d\u2019une star de Nike qui carbure à la performance.On se mondialise aussi vite que l \u2019on se « déshistorise » parce que les youtubeurs et les millennials ont remplacé l\u2019institution par un équipement ! Dans un monde où l\u2019image et l\u2019espace ont détrôné l\u2019écrit, la mémoire et le temps, il ne suf fit plus de savoir qui on est, mais plutôt où on est dans l\u2019espace par la géo- localisation qui suit chacun de nos mouvements à une seconde près.Tragédie en cours Résultat ?Contre cette mondialisation aliénante et amnésique gronde, comme une résistance, sur toute la planète, la colère d\u2019Achille, héros d\u2019Iliade, l\u2019épopée dans laquelle il incarne l\u2019archétype du héros tragique, ardent dans sa haine de l\u2019injustice et créateur d\u2019une morale fondée sur l\u2019honneur et l\u2019orgueil, tout le contraire de la morale judéo-chrétienne.Dans ces moments-là, la figure d\u2019intellectuel prend tout son sens.Georges Leroux, notre philosophe-roi national, donne d\u2019ailleurs l\u2019heure juste sur l\u2019état des lieux de la philosophie et des idées auxquelles on peut encore s\u2019accrocher afin de mieux se retrouver dans le temps et dans l\u2019espace.Dans un livre qui vient de paraître, Georges Leroux : entretiens (Boréal), le lecteur a le privilège de comprendre le passé, l\u2019enfance, l\u2019éducation, les influences, les maîtres de pensée, les affinités électives et tout ce qui a façonné cet intellectuel indispensable qui n\u2019a pas peur de la place publique et dont la vie et l\u2019œuvre aident à mieux saisir le Québec d\u2019antan et d\u2019aujourd\u2019hui.À partir des questions pertinentes de Christian Nadeau, professeur de philosophie politique à l\u2019Université de Montréal, on suit son éducation classique chez les dominicains, puis les jésuites, éducation qui lui a transmis la dignité et les vertus morales à partir des exemples croisés de héros grecs et romains.L\u2019humanisme, dont Leroux se veut l\u2019héritier, se revendique sur tout de la « dignité de la connaissance » et de la « grandeur de l\u2019homme ».À part l\u2019éducation classique, qui a survécu un peu au Québec grâce à la création des cégeps, la posture humaniste passe par l\u2019ouver ture aux courants de pensée autres que classiques et continentaux.Les penseurs américains et anglophones sont importants pour le philosophe : de Martha Nussbaum à Gil Andijar, de Charles Taylor à Will Kymlicka, on leur doit l\u2019idéal de convivencia, de pluralisme et d\u2019altérité par excellence.La variété de l\u2019enseignement et le souci de donner aux générations futures le sens de la continuité prennent par fois la forme, pour ce penseur original, d\u2019un voyage en Grèce sur les lieux de mémoire avec ses étudiants.Véritable dépositaire des événements qui ont façonné le Québec, le vécu du philosophe qui se dévoile sous nos yeux aide à mieux saisir toute l\u2019ampleur de la Révolution tranquille et de ce christianisme de gauche omniprésent dans les années 1960, mais dif ficile à mettre en mots, avoue le principal intéressé.Jusque-là, ça va, on a l\u2019impression que Debray est dans le champ et que notre spécificité culturelle, intellectuelle et historique nous fera résister à l\u2019hégémonie ambiante, notamment par notre pacifisme légendaire.Leroux se souvient avec tendresse de son professeur de jadis, le père André Pâquet, qui, avant même d\u2019entamer la lecture d\u2019Homère, disait d\u2019ailleurs «qu\u2019il faut que cesse la colère d\u2019Achille ! », histoire de miser sur la maîtrise de soi.Georges Leroux, à le lire, personnifie l\u2019idéal philosophique de Hannah Arendt, qui met la culture et l\u2019éducation au cœur du projet démocratique.Le philosophe demeure critique de l\u2019état des lieux de la pensée actuelle au Québec et donne raison, malgré lui, au constat de Régis Debray en disant : « Le travail s\u2019internationalise, l\u2019écriture devient partout la même\u2026 On a le sentiment de se trouver devant une scène uniforme, complètement mondialisée, où toute appartenance a été ef facée.» Transposés à l\u2019échelle locale, les mécanismes de la pensée binaire se traduisent par ce constat : pour parler du Québec d\u2019aujourd\u2019hui, la question nationale et identitaire a l\u2019hégémonie sur tout le reste.Normal, dirait Debray, « cette rétraction ou crispation, qui signale une retraite, s\u2019appelle culture».Raison de plus de considérer ces entretiens avec Georges Leroux comme un livre indispensable, même si Christian Nadeau semble avoir oublié de lui poser une toute dernière question : faut-il aujourd\u2019hui encore dire aux futures générations, capables de mettre au monde la sève sacrée du printemps des érables dans la vallée des avalés, qu\u2019il faut vraiment que cesse la colère d\u2019Achille ?À LA PAGE Faut-il vraiment que cesse la colère d\u2019Achille ?MAYA OMBASIC PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dans le livre Georges Leroux : entretiens, le lecteur a le privilège de comprendre le passé, l\u2019enfance, l\u2019éducation, les influences, bref tout ce qui a façonné cet intellectuel indispensable.Arsenault, qui met les mots \u201cBud Light\u201d, \u201cCoors Light\u201d et \u201cdouchebag\u201d dans un contexte poétique, que j\u2019ai compris que ça allait être correct si je parlais de mes cadres de fenêtre.» À l\u2019instar de la Canadienne Rupi Kaur, dont le populaire recueil Milk and Honey exorcise les oppressions de la santé mentale qui vacille et des relations qui empoisonnent l\u2019existence, la Sherbrookoise fomente dans Chenous une poésie pop, sans facilité, fière d\u2019être transformée en diachylons par les cascadeurs de l\u2019amour et de la vie qui s\u2019en remettront à ses bons soins.« À mes yeux, ça a toujours été son rôle, à la poésie, de faire du bien, de libérer, de te permettre de mieux te connaître en mettant des mots et des images sur des douleurs qui t\u2019échappent, plaide Véronique.Pour moi, la poésie a toujours eu cette propriété-là et ce serait swell que ça fasse ça à encore plus de monde.» Être là pour de bon « Ma p\u2019tite / saura jamais / qu\u2019à l\u2019autre bout du fil / un samedi soir / ses pleurs / m\u2019ont ramenée / du loin / où je pensais aller », confie Véronique Grenier dans Chenous , chronique d\u2019une grave dépression pendant laquelle l\u2019ombre de plus en plus séduisante du suicide n\u2019aura néanmoins jamais eu raison de la douceur de l\u2019étreinte entre elle et ceux qu\u2019elle appelle ses « p\u2019tits ».« Ma paume sur le tissu pelucheux du pyjama / un cœur repousse ma main / ça me rassure de savoir que / cette chose startée dans mon ventre / se lasse pas elle de continuer de se faire aller / j\u2019ai fabriqué un cœur qui a le goût de battre », s\u2019étonne-t-elle ailleurs, incrédule qu\u2019une sœur du désespoir de sa trempe ait pu donner naissance à pareille joviale frimousse.Sait-elle déjà comment elle parlera à son fils et à sa fille de cet épisode douloureux lorsqu\u2019ils seront en âge de la lire?«Je suis consciente que c\u2019est quelque chose que je vais devoir faire, un jour.Je veux qu\u2019ils soient capables d\u2019aborder mes textes et de retenir que si j\u2019ai eu des moments dif ficiles, c\u2019est parce que je suis faillible et que si je suis faillible, c\u2019est parce que je suis un être humain», répond d\u2019abord la maman, en reprenant un credo souvent entonné sur différentes tribunes (chez Urbania, entre autres).Les abonnés aux solutions faciles ne se feront jamais trop répéter que la dépression ne se soigne pas en « flattant un chat et en prenant la vie du bon côté», insiste-t-elle.« Ma condition fait que je suis appelée à vivre d\u2019autres moments semblables à celui-là, mais je sais aussi, maintenant plus que jamais, que je ne vais pas m\u2019enfoncer aussi loin à nouveau.Je sais que les p\u2019tits vont me revoir», ajoute-t-elle, en rejetant avec une fermeté presque inédite l\u2019éventualité d\u2019un départ qu\u2019elle provoquerait elle-même.Autrement dit : au moment où les p\u2019tits remettront les pieds dans ce Chenous dont ils découvriront a posteriori la noirceur, il y aura eu d\u2019autres livres, d\u2019autres câlins, d\u2019autres becs.Il y aura toute la vie pour s\u2019expliquer et s\u2019aimer, chose impossible si leur mère, plutôt que d\u2019écrire ce livre, avait choisi de mettre fin au sien.Collaborateur Le Devoir CHENOUS Véronique Grenier Éditions de Ta Mère Montréal, 2017, 57 pages SUITE DE LA PAGE F 1 VOYAGE faut pas confondre une société permissive et les gens qui ont une grande perversité.Il y a des dingues.Ma mère, elle est malade, perverse.» Innocence.Le titre de l\u2019ouvrage renvoie à ceci : «Ma mère disait très souvent de moi que j\u2019étais innocente.Mais c\u2019était à double tranchant, se remémore Eva Ionesco.C\u2019était : vous savez, elle pose comme ça, mais elle ne sait rien du sexe, des hommes, pour elle, ça ne veut pas dire grand-chose d\u2019écarter les jambes\u2026» Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019Eva Ionesco relate son enfance.Elle l\u2019a déjà fait en 2011 dans son film My Little Princess, avec Isabelle Hupper t dans le rôle de la mère vampire.Comme dans Innocence, outre les poses interminables de photos prises sous la contrainte, la cinéaste revenait sur la pauvreté crasse de ses jeunes années alors qu\u2019elle partageait un petit logement avec son arrière-grand-mère tandis que sa mère vivait seule tout à côté dans son appartement studio.À la sortie du film, d\u2019abord présenté dans le cadre de la Semaine de la critique au Festival de Canne, la cinéaste précisait que c\u2019était très en dessous de ce qu\u2019elle avait vécu.À la recherche du père Elle se félicite aujourd\u2019hui d\u2019être allée beaucoup plus loin dans son livre, qui nous fait découvrir mille et une facettes de sa petite enfance à Paris, à Londres, mais aussi à San Francisco et en Espagne, jusqu\u2019à sa 11e année.Surtout, elle se réjouit d\u2019avoir donné une place à son père, grand absent de son film\u2026 et de sa vie, à partir de l\u2019âge de 4 ans.On comprend que la mère faisait obstruction à la relation père-fille, pour mieux garder la petite sous son joug.Ce n\u2019est qu\u2019à 10 ans, deux ans après la mort de son père, qu\u2019Eva apprendra son décès.Elle ignorera aussi longtemps, jusqu\u2019à récemment, où il est enterré.On comprend aussi finalement dans ce livre aux allures d\u2019enquête que ce père né en Hongrie, aux accointances nazies, demeure en grande partie un mystère pour sa fille.À peine si Irène Ionesco lui a remis quelques photos où il apparaît aimant, en compagnie d\u2019une petite Eva ravie.Dans son enfance, racont2e l\u2019auteure, sa mère la menaçait quand elle se montrait rétive, disant qu\u2019elle avait dans ses gênes la méchanceté de son père nazi.« C\u2019était très troublant, se souvient la femme de 52 ans.Je me disais: quelle est la partie de moi qui est très mauvaise et qui veut tuer l\u2019autre?Ça m\u2019a profondément perturbée.» Une suite de procès Vers l \u2019âge de 12-13 ans, Eva s\u2019est vue séparée de sa mère.Irène Ionesco a perdu la garde sa fille, qui a été confiée aux ser vices sociaux et a passé plusieurs années en centre d\u2019accueil, avant d\u2019écumer les boîtes de nuit parisiennes.Mais cette partie de sa vie va figurer dans un prochain livre, confie Eva Ionesco, qui a renoué un temps avec sa mère, avant de rompre tout lien avec elle il y a une dizaine d\u2019années.«J\u2019ai cessé de la voir à partir du moment où j\u2019ai compris qu\u2019elle ne me donnerait jamais les négatifs des photos qu\u2019elle avait prises de moi», précise-t- elle.Depuis, les deux femmes se parlent par tribunaux interposés.La fille a finalement obtenu que les fameuses photos ne soient plus diffusées sans son consentement.Et la mère a finalement été condamnée pour « sexualisation malsaine » à l\u2019égard d\u2019une très jeune enfant.Ces jours-ci, Eva Ionesco peaufine un scénario en collaboration avec son mari, l\u2019écrivain Simon Liberati, qui a lui- même publié il y a deux ans sous le titre Eva (Stock) un roman sur l\u2019enfance tourmentée de sa femme.Il a d\u2019ailleurs été poursuivi en justice, en vain, par Irène Ionesco, qui voulait l\u2019obliger à censurer certains passages sur elle.Le scénario des deux auteurs s\u2019inspire encore une fois de la vie d\u2019Eva Ionesco, mais en partie seulement.«C\u2019est la fin de la première histoire d\u2019amour, et de toutes les bêtises qu\u2019on faites encore une dernière fois pour passer le cap de l\u2019âge adulte », résume la cinéaste, précisant que dans la distribution de ce film qu\u2019elle s\u2019apprête à tourner au cours des prochains mois, on retrouvera son fils de 22 ans.Et, encore une fois, Isabelle Huppert.Entre-temps, Eva Ionesco ne lâche pas le morceau.Elle veut s\u2019attaquer aux sites Internet, dont le géant Google, qui perpétuent les photos pédoporno- graphiques que sa mère a faites d\u2019elle : «Il faut absolument que je les fasse enlever.C\u2019est long, c\u2019est compliqué, c\u2019est les États-Unis\u2026 Mais je vais enclencher ! » laisse-t-elle tomber.Dans ses troublants yeux gris- vert, des éclairs de fureur.Collaboratrice Le Devoir INNOCENCE Eva Ionesco Grasset Paris, 2017, 432 pages SUITE DE LA PAGE F 1 IONESCO liberté ART & POLITIQUE | NO 317 | SEPTEMBRE 2017 | 12 $ entretien?Luce Des Aulniers?Les éclats de la mort reportage d\u2019alex noël?Les femmes invisibles?Retour sur une fermeture d\u2019usine tête-à-tête?G.Ancelovici et S.L\u2019Espérance?Sauver ce qui pourrait disparaître filles corsaires?Camille Toffoli De l\u2019autre côté de la fenêtre Le droit sans la justice Dany-Robert Dufour, Marie-Pierre Bouchard, Dominique Goy-Blanquet\u2026 SOURCE IDRA LABRIE Véronique Grenier signe une œuvre littéraire dans le cadre de l\u2019exposition Le temps file, en cours au MNBAQ. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 FICTION F 3 L I V R E S C H R I S T I A N D E S M E U L E S E ntre sa naissance et sa mor t \u2014 ou sa seconde naissance \u2014, il arrive que l\u2019on cherche longtemps quoi faire, où se poser, comment disposer de sa liberté.«Ces lieux tranquilles où vivre et mourir en paix, il n\u2019y en a presque pas.Il n\u2019y en a presque plus.Et moins il y en a, moins on se souvient de cette autre vie, celle qui commence dans le ventre et qui éclate dans la gorge, dans les yeux, dans le sexe, dans nos langues qui touchent au soleil.» Le jeu de la musique s\u2019ouvre sur le suicide d\u2019un garçon aux « yeux de husky bleu glaçon » dans un terrain vague de l\u2019est de Montréal.« Vincent était, en général, trop.Il parlait trop, il riait trop, il buvait trop, il prenait des risques stupides, il était tout en montagnes russes et en bords de précipices.» Sa mort va représenter à la fois un électrochoc et une possibilité silencieuse pour quelques jeunes femmes à la vie stagnante qui l\u2019ont connu, personnages désemparés et comme étouffés par la liberté qui évoluent dans les histoires de Stéfanie Clermont.Dans Le jeu de la musique , premier livre de cette auteure née à Ottawa en 1988, se déploie une trentaine de nouvelles qui se font écho au gré d\u2019une architecture f ine et complexe.Elles sont amies depuis toujours, voisines ou colocataires.Elles supportent depuis trop longtemps un conjoint violent, s\u2019accrochent à un amoureux absent, refusent de regarder en face l\u2019horizon d\u2019un avenir qui leur semble éteint.Elles vivent avec la dépression sans le savoir, préfèrent les facilités de l\u2019alcool et de la prostration.Il y a Céline et Julie, originaires d\u2019Ottawa.Estella, qui par tage un appar tement du quartier Hochelaga à Montréal avec Sabrina, elle aussi d\u2019Ottawa.Toujours un peu hargneuse, Sabrina fera des allers- retours en Californie pendant neuf ans pour aller rejoindre Jess, son amoureux, «un ange habité de noirceur» qui vit dans un squat.Dépendante de cette « histoire d\u2019amour cannibale » avec ce personnage transgenre \u2014 qui passe du « il » au «elle » au fil du temps et des nouvelles du recueil \u2014, Sabrina se contente d\u2019alterner les petits boulots avec des périodes de chômage ou de BS.Elles s\u2019accrochent parfois à l\u2019amour, qui est une «vengeance contre la médiocrité du travail», ou rêvent en silence de quitter la grande ville, tels des greffons qui refusent de prendre.«Points faibles de la ville: il n\u2019y a pas de vie, sauf la vie humaine.Il n\u2019y a pas de lacs, de rivières, de forêts.Il n\u2019y a pas de chevreuils, de clairières, de poissons.À peine quelques étoiles un soir sur dix.Ça pue le câlisse.L\u2019eau du robinet goûte le chlore.» Portés par les motifs récurrents de l\u2019enfermement, de l\u2019absence d\u2019issue et par l\u2019échec, les personnages de Stéfanie Clermont s\u2019enlisent dans l\u2019apathie, l\u2019aigreur précoce, l\u2019alcoolisme, victimes de la pauvreté et souvent forcés à la colocation.Comme Julie : «J\u2019habite un peu partout, en ville, dans le bois.Chez les autres.Dans des chambres que je ne prends pas le temps de décorer, dans des quartiers que je n\u2019apprends pas à connaître.Je travaille un peu par tout, n\u2019impor te comment, deux mois à la fois, cent dollars à la fois.La grande constance de ma vie, c\u2019est que je suis souvent triste.» (La bête noire) D\u2019une main crue et ferme, mais toujours avec doigté, Sté- fanie Clermont explore cet état d\u2019entre-deux qui se prolonge par fois et qui s\u2019accompagne d\u2019un terrible sentiment de défaite : le seuil de la trentaine, le passage terrifiant à l\u2019âge adulte.À la façon de Sabrina (dans L\u2019employée), qui ne se fait aucune illusion : « Je me sentais déjà vieille, je sentais déjà que j\u2019avais manqué le bateau et que je pourrissais sous mes airs de fraîcheur et de santé.» Alors qu\u2019en même temps, elle méprise le « sabotage de petite conne» qui l\u2019empêche de faire ce qu\u2019elle voudrait vraiment : c\u2019est-à-dire écrire.Malmenés par la violence sexuelle ou conjugale, contraints par la violence du travail ou celle de la pauvreté, ces des- t ins ont à leur façon aussi quelque chose d\u2019exemplaire.« Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens », a écrit le poète palestinien Mahmoud Darwich, que cite avec justesse Stéfanie Clermont.Des histoires en clair-obscur d\u2019immobilité et de renaissance auxquelles fait écho le destin singulier et réinventé de Jess, qui est bien « la preuve que la vie, ça ne tient pas en place : ça pousse et ça perd sa peau».Collaborateur Le Devoir LE JEU DE LA MUSIQUE ?1/2 Stéfanie Clermont Le Quartanier Montréal, 2017, 344 pages PREMIER ROMAN Portrait de groupe avec drame Avec trente nouvelles en clair-obscur, Stéfanie Clermont mesure l\u2019immobilité et la renaissance D O M I N I C T A R D I F Le problème avec des personnages comme Thomas, un des trois narrateurs de (Sainte- Famille), c\u2019est que leurs doléances apparaissaient d\u2019abord plutôt légitimes.Quiconque a déjà pensé ne pas mériter le sort de merde que la vie lui réservait ne peut qu\u2019avoir de l\u2019empathie pour ce concierge de la petite bibliothèque d\u2019une ville sans histoire, pestant contre sa patronne, contre sa femme et contre tous ceux qui ne le croient bon qu\u2019à gratter les gommes à mâcher collées au plancher des toilettes.Le romancier Mathieu Blais n\u2019aura même pas besoin de préciser de quelle station de radio il s\u2019agit lorsque son proverbial homme blanc en colère syntonisera une ligne ouverte.Nos oreilles sont déjà tournées vers Québec.Toute cette empathie s\u2019envole évidemment quelques pages plus tard, quand celui que l \u2019on sur nomme « Tom- tom » rentre du bar et frappe sans ménagement sa femme Maggie, avant de carrément la violer.Compatissez-vous encore avec ce fou d\u2019alcoolique qui ne sait tolérer ses propres humiliations qu\u2019en humiliant les autres ?, semble alors nous demander Mathieu Blais, très habile pour ainsi renverser les perspectives.Après avoir fait mine de simplement montrer l\u2019envers de la médaille lorsqu\u2019il of fre dans une seconde de trois parties la parole à Maggie, le prolifique auteur (neuf livres depuis 2005) répète le même petit manège.Il révèle ainsi la complexité des relations bourreau-victime, tout en testant les limites de notre affection pour la femme.De l\u2019espoir de s\u2019arracher à la misère À l\u2019aide des nombreux passages de son texte placés entre parenthèses, Mathieu Blais rappelle donc comment, malgré ce que prétendent les chantres du si-tu-le-veux-tu- le-peux, l\u2019Occident confine à la marge de vies anonymes trop de représentants de sa classe moyenne.Même l\u2019espoir, qu\u2019invoquent ceux pour qui il est toujours possible de s\u2019élever au-dessus de sa condition, se fait une denrée rare à Sainte-Famille.Maggie aimerait tant trouver les mots afin que son adolescent de fils, Justin, ne s\u2019en remette pas, comme tant d\u2019autres, à l\u2019apaisement facile et immédiat de la rage.Elle ne connaît pour tant que le silence.« Je me répète que je devrais lui parler de ses notes, de l\u2019importance de s\u2019accrocher, pour des gens comme nous [\u2026] parce que s\u2019arracher à la misère, c\u2019est aussi s\u2019arracher à tout ça \u2014 mais je suis conne, conne si conne, et je ne lui parle de rien.» Roman à la langue aussi fougueuse qu\u2019une bourrasque et au ton quelque part entre l\u2019hyperréalisme et la fable, (Sainte- Famille) transcende le moralisme très campagne de prévention qui pèse sur trop de fictions nommant la violence conjugale.C\u2019est de l\u2019irrésistible attrait de la violence pour qui a vécu la violence qu\u2019il est ici question, une grande profondeur de champ conférant parfois à cette histoire d\u2019apparence banale les allures de métaphore.Mathieu Blais aurait- il encapsulé dans son village inventé les pires travers d\u2019une société qui ne sait qu\u2019apprendre à ses démunis à rendre responsables de leurs problèmes de plus démunis?Collaborateur Le Devoir (SAINTE-FAMILLE) ?Mathieu Blais Leméac Montréal, 2017, 144 pages Aux frontières de l\u2019empathie Mathieu Blais sonde la complexité du rapport bourreau-victime C H R I S T I A N D E S M E U L E S Sous le regard de Patrice Lessard, qui y situe son cinquième roman, le centre-ville de Louiseville, en Mauricie, n\u2019est plus ce qu\u2019il était.Avec ses immeubles décatis, ses commerces convertis ou disparus, sa « clientèle » de bénéficiaires de l\u2019aide sociale et de désœuvrés, l\u2019endroit donne l\u2019impression de ne s\u2019être jamais relevé d\u2019une guerre civile.Et loin du souvenir de sa gloire d\u2019antan, l\u2019hôtel Windsor est réduit à son bar, qui se donne des airs de taverne de quartier où af fluent les amateurs de molles tablettes et de vidéopoker.Dans Cinéma Royal, Louiseville est une petite ville quasi moribonde où « le commun des mortels ne se préoccupe que de son nombril et de ses peurs immémoriales ».Barman au Windsor depuis une vingtaine d\u2019années après avoir interrompu des études de littérature à l\u2019université, Jean- François, 45 ans, est une sorte de naufragé consentant qui se satisfait de sa médiocrité.Il habite au-dessus de l\u2019ancien Cinéma Royal, transformé en petit centre commercial.Dépourvu d\u2019illusions, il sait qu\u2019il «constitue, pour les gens du cru, la représentation même de l\u2019échec».Un soir, pour tant, lorsque Luz Santander, une flamboyante Espagnole mariée à un avocat de la petite pègre locale, met les pieds dans son bar, son armure d\u2019indifférence se fissure.Le narrateur de Cinéma Royal aura le coup de foudre pour cette cliente qui «ne cadrait pas dans le décor » et va se fendre en quatre pour satisfaire toutes ses volontés \u2014 surtout alcooliques.« J\u2019aurais aimé être espagnol ou italien, j\u2019aurais aimé ne pas m\u2019appeler Jean-François.» Au fil de confidences alcoolisées, dans une sorte de sursaut existentiel, cette femme fatale viendra ainsi jeter un peu de lumière sur sa vie terne et prévisible (en plus d\u2019être un prénom féminin commun en espagnol, luz signifie « lumière»).Même s\u2019il se jette dans cette histoire avec un soupçon d\u2019incrédulité, un peu comme on assiste au cinéma à une représentation de la réalité, Jeff veut y croire.Elle représente en quelque sorte une sortie de secours \u2014 ou sa fenêtre sur cour.Sorte de retour subversif au pays natal (l\u2019auteur est né à Louiseville en 1971), flir tant sans trop de sérieux avec le thriller, Cinéma Royal incarne ainsi le vague désir de changement et les obsessions d\u2019un homme pour une femme.Et tout comme dans Le sermon aux poissons, le décor y vibre de « tous les gens, les lieux qu\u2019on aime et qui s\u2019évanouissent, et tout ce qu\u2019on déteste et qui reste dans la tête comme une cicatrice ».Au milieu d\u2019un centre-ville désormais évanoui, témoin de sa propre insuffisance, Jeff semble prêt à tout pour s\u2019en extraire.« J\u2019avais toujours détesté ces environs où on ne restait qu\u2019afin que rien n\u2019arrive, manière à mon avis rebutante de se donner l\u2019impression de vivre en paix.» Auteur d\u2019une trilogie « lis- boète » remarquée par la cri- t ique (Le sermon aux poissons, Nina, L\u2019enterrement de la sardine, Héliotrope, 2011, 2012 et 2014), Patrice Lessard ravive les fantômes du passé et livre dans Cinéma Royal un hommage plutôt habile à un certain cinéma hollywoodien.Il porte au cœur même de son intrigue la marque de Body Double ou des hitchcockiens Vertigo et Fenêtre sur cour \u2014 films nourris par l\u2019obsession et les quiproquos.Rien de suf fisant toutefois pour nous faire oublier que le récit est par moments prévisible, sans vrai souf fle, lesté d\u2019un style plus lourd qu\u2019à l\u2019habitude et d\u2019une accumulation de détails qui étourdissent.Mais derrière le miroir des apparences, Patrice Lessard l\u2019a bien compris, il y a souvent encore d\u2019autres apparences.C\u2019est un jeu auquel il aime convier ses lecteurs.Collaborateur Le Devoir CINÉMA ROYAL ?Patrice Lessard Héliotrope Montréal, 2017, 168 pages L\u2019homme qui se faisait son cinéma Patrice Lessard signe un thriller plutôt hitchcockien dans une ville en dépression P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/4 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 7 Vent de.Anne Robillard/Wellan 2/3 Une simple histoire d?amour \u2022 Tome 1 L i?ncendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/18 À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 5/12 Eva Braun \u2022 Tome 1 Un jour mon prince viendra Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Un outrage mortel Louise Penny/Flammarion Québec 3/4 Une promesse pour Alice Éliane Saint-Pierre/Les Éditeurs réunis 8/2 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 6/17 Un temps nouveau Micheline Duff/Québec Amérique \u2013/1 Je préfère qu\u2019on soit amants Sylvie G./Les Éditeurs réunis 7/3 Romans étrangers La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel \u2013/1 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 2/24 Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 1/4 Le jour où les lions mangeront de la salade.Raphaëlle Giordano/Édito 6/3 Frappe-toi le cœur Amélie Nothomb/Albin Michel 3/2 C\u2019est le cœur qui lâche en dernier Margaret Atwood/Robert Laffont \u2013/1 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 4/19 Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 5/13 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 7/16 Underground railroad Colson Whitehead/Albin Michel \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/46 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 3/16 Maternité, la face cachée du sexisme Marilyse Hamelin/Leméac 2/2 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 5/5 Dictionnaire critique du sexisme linguistique Collectif/Somme toute \u2013/1 Georges Leroux.Entretiens Christian Nadeau | Georges Leroux/Boréal \u2013/1 Anthologie Relations Jean-Claude Ravet/Lux \u2013/1 Naître colonisé en Amérique Christian Saint-Germain/Liber \u2013/1 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal \u2013/1 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 9/15 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/81 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/24 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 3/11 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard 5/4 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 4/14 La dette de Louis XV Christophe Tardieu/Cerf 8/7 Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion \u2013/1 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une.Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard 6/2 Écoutons la nature.De Lucrèce à Hubert Reeves Collectif/Novalis \u2013/1 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 28 août au 3 septembre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Patrice Lessard livre dans Cinéma Royal un hommage plutôt habile à un certain cinéma hollywoodien.PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019écrivain Mathieu Blais ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Stéfanie Clermont explore notamment l\u2019apathie et l\u2019alcoolisme dans son premier roman. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION FRANÇAISE F 4 Albin Michel MAINTENANT VOUS ALLEZ CONNAITRE L\u2019AVENIR P H O T O A U T E U R : © I L Y A M A L N I K O V ; I L L U S T R A T I O N C O U V E R T U R E : © S T U A R T D A L Y ; D E S I G N : © S U Z A N N E D E A N APRÈS LE SUCCÈS MONDIAL DE SAPIENS G E N E V I È V E T R E M B L A Y D e l\u2019enfance et de la jeunesse ne restent souvent que des souvenirs épars en séquences plus ou moins claires \u2014 des étés trop brefs, des joies et des peines, des premières fois.Cette mémoire multiple s\u2019éclaire et s\u2019affine pourtant dans Souvenirs de la marée basse en un seul et même fil, tiré sur des années : le legs d\u2019une mère à sa fille, mystérieux héritage d\u2019une femme au caractère indéchif frable et surtout nageuse inarrêtable, profondément indépendante.Qu\u2019est-ce que l\u2019allant de l\u2019eau, giron libre et puissant, peut laisser comme marque sur la vie d\u2019une jeune fille ?Voilà : ce roman, douce mémoire ramenée au temps présent.Nous sommes à Arcachon, au bord de l\u2019Atlantique, à la fin des années 1940.C\u2019est là que la petite Chantal, née à Lyon de parents qui ne se comprennent déjà plus, est ar rivée chez ses grands-parents dans une « valise-ber- ceau » qui la destine déjà aux départs.Il faudra peu de temps pour que sa mère, Jackie, la rejoigne dans ces éternelles vacances, pressée de revoir la ville de son enfance à elle, le sable de la dune et la permanence de la mer.Cette femme éparpillée ne vit en effet que pour battre les flots, indifférente au reste, n\u2019habitant sa liberté que quand elle s\u2019enveloppe dans l\u2019eau.Aucune passion ne la lie à son mari Armand, qui s\u2019est muré dans le silence depuis qu\u2019il a survécu à la guerre, la deuxième.Et ainsi passent les étés-années.La petite Chantal découvre le pouvoir de l\u2019eau froide dans le sillage de sa mère, observe l\u2019écosystème de la plage atlantique, ses coquillages, son sable, son varech qu\u2019elle cueille en grappes.Avec son amie Lucile, figure inespérée avec qui partager imaginaire et secrets, cet environnement de marées, de dunes, de ciel horizontal et de forêts opaques devient un espace de liberté perméable au reste.« Nous parlons notre langue, nageons bizarrement.Nous pensons que le monde n\u2019obéit pas à la mécanique, écrit la narratrice, mais qu\u2019il s\u2019apprivoise par la magie.» Surtout, que les idées noires de sa mère, que son ennui de plus en plus profond de femme confinée à la maison, ne contaminent pas cet espace à elle, enfant marine.Un héritage pluriel Divisé en courts chapitres resserrés, Souvenirs de la marée basse rattache passé et présent dans une écriture pareille à une onde, régulière et chantante.Avec un cer tain détachement néanmoins empreint de chaleur, le récit de la narratrice \u2014 miroir de l\u2019auteure \u2014 capture avec clairvoyance ces détails, éphémères sans l\u2019être, qui font l\u2019identité.Même soixante ans plus tard, Arcachon a encore ce goût salé, résonne de la rumeur des hordes de petits vacanciers, charrie l\u2019ombre insoumise de Jackie.Dans ces étés qui sur vivent aux hivers, Chantal grandira dans l\u2019idée que la volupté naît sur la plage, que la liberté est proportionnelle à l\u2019espace dont dispose le corps et que, sur les rivages, on ne peut que revenir.Il y aura d\u2019autres mers, d\u2019autres villes pour Chantal et aussi pour Jackie, établie plus tard sur la Côte d\u2019Azur où elle continue de nager et où lui rendra visite sa fille \u2014 c\u2019est la deuxième partie de l\u2019ouvrage, discrètement plus froide.Mais leur goût profond pour le présent, comme seul sait en faire la jeunesse, ne faiblira pas.«Ma mère est une enfant à part, écrira Chantal Thomas.Une enfant estivante, définitivement décrochée de toute perspective de retour.» Une mère comme «une étrangère très particulière», qui n\u2019aura donné à sa fille que l\u2019espace de la plage, immense et fondateur.Et cette illumination tardive : que l\u2019amour se love dans des endroits longtemps restés secrets.Le Devoir SOUVENIRS DE LA MARÉE BASSE ?Chantal Thomas Seuil Paris, 2017, 224 pages Ce qu\u2019il reste des étés sans fin Souvenirs de la marée basse raconte l\u2019héritage laissé par une mère nageuse ULF ANDERSEN Le dernier roman de Chantal Thomas rattache passé et présent dans une écriture pareille à une onde, régulière et chantante.F A B I E N D E G L I S E Ç a fait 26 ans que ça dure.Une autre rentrée littéraire, un autre roman d\u2019Amé- lie Nothomb \u2014 Frappe-toi le cœur (Albin Michel) cette année \u2014 qui apparaît pour trôner comme une évidence sur les tables des librairies.Éric- Emmanuel Schmitt, autre romancier prolifique, est juste à côté, avec La vengeance du pardon (Albin Michel), cherchant dans la masse des sorties de l\u2019automne à être plus que visible et à titiller, lui aussi, le côté grégaire du lecteur et de la lectrice en appelant avec ostentation à une rencontre sur les chemins de la confor mité et du « sui - visme ».Joli paradoxe, d\u2019ailleurs, dans le monde du livre qui promet d\u2019élever l\u2019esprit, de le rendre plus libre, avec parfois des lectures imposées.Alors, faut-il succomber à ces appels de la nouveauté prévisible, du diktat de l\u2019incontournable suivant la recette habituelle de la mise en marché, de la fin de l\u2019été au pied d\u2019un sapin de Noël ?Oui, si l\u2019on accepte l\u2019apparence des ficelles tirées par les deux romanciers familiers pour manipuler les sentiments à grand coup d\u2019enfance brisée, de trouble de l\u2019attachement, de rapport trouble à la mère, au père, de résilience\u2026 Entre autres choses.Amélie Nothomb fait passer tout ça dans la vie de Diane qui, en venant au monde, attise la jalousie d\u2019une mère qui s\u2019aime un peu trop.Plus tard, l\u2019arrivée d\u2019une sœur va creuser ce déséquilibre affectif et subtilement teinter une carrière universitaire et une destinée où se perdre dans le travail est une façon de ne pas affronter des formes plus douloureuses d\u2019engagement.Éric-Emmanuel Schmitt tient à peu près le même langage en quatre nouvelles.La première révèle Les sœurs Barbarin, Lilly et Moïsette, des jumelles, en compétition dans un environnement où l\u2019amour est à géométrie variable.Dans Mademoiselle Butterfly, c\u2019est le rejet d\u2019un enfant par son père et d\u2019une mère par celui qui l\u2019a mise enceinte, qu\u2019il exploite sur fond de grave crise affectant la haute direction d\u2019une banque.Plus loin, la perte d\u2019un enfant donne le ton de La vengeance du pardon, nouvelle qui partage son titre avec l\u2019ensemble du bouquin, face à face troublant d\u2019une mère avec le tueur de sa fille, qui précède une relecture du Petit Prince intitulée Dessine-moi un avion.Douceur, légèreté : de No- thomb à Schmitt, c\u2019est encore une fois de ces deux choses qu\u2019il est question, malgré la dureté des sentiments, la violence des angoisses existentielles qui se fondent dans une écriture simple et ef ficace, dans un verbe maîtrisé qui trace les contours d\u2019images consensuelles.L\u2019une et l\u2019autre exploitent avec cette nonchalance admirable les grands mythes de l\u2019engagement, de la filiation, de la fatalité, de la convoitise, de l\u2019abnégation, sans la peur de réécrire l\u2019opéra de Puccini, de convoquer Saint-Exupéry ou de citer Alfred de Musset et son «Frappe- toi le cœur, c\u2019est là qu\u2019est le génie» pour expliquer, ici, la carrière d\u2019une cardiologue.Le Nothomb cuvée 2017 se prend sur un coin de table, comme une barre tendre juste assez sucrée pour donner un sentiment de satiété que l\u2019on risque d\u2019oublier très vite.Le Schmitt de la rentrée offre, lui, un peu plus de consistance, mais surtout ce génie qui tient, oui, dans le cœur, interpellé par les deux bouquins, mais surtout dans l\u2019art de réécrire de manière intarissable ces histoires universelles dont on connaît forcément la fin.Le Devoir LA VENGEANCE DU PARDON ?1/2 Éric-Emmanuel Schmitt Albin Michel Paris, 2017, 326 pages FRAPPE-TOI LE CŒUR ?1/2 Amélie Nothomb Albin Michel Paris, 2017, 170 pages Lire les figures imposées de la rentrée ou pas?Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt entretiennent à nouveau le diktat de l\u2019incontournable JOEL SAGET ET ERIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE Le Nothomb cuvée 2017, Frappe-toi le cœur, se prend sur un coin de table, alors que le Schmitt de la rentrée, La vengeance du pardon, of fre, lui, un peu plus de consistance. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 LIVRES F 5 C H R I S T I A N D E S M E U L E S Q uatrième tome de Mon combat, le monstre littéraire et autobiographique du norvégien Karl Ove Knausgaard (six volumes et 3500 pages écrits et publiés entre 2009 et 2011), Aux confins du monde se concentre sur les années d\u2019adolescence de l\u2019écrivain norvégien.On y trouve une fois encore l\u2019infiniment petit du quotidien et les oscillations de la conscience d\u2019un homme qui a le courage un peu fou d\u2019affronter sans filtre ses doutes, ses failles, ses contradictions.Né d\u2019une crise de foi envers la fiction, quelque part entre Les confessions de Rousseau et l\u2019entreprise proustienne de réminiscence, dans un style torrentiel et mal dégrossi, impitoyable et clinique qui semble dépourvu du moindre artifice, Mon combat nous donne à voir la vie à l\u2019état brut.Dans un magma de détails qui pourraient sembler insignifiants, flux typique de la brutale honnêteté qui a valu à l\u2019écrivain norvégien de 48 ans la célébrité littéraire (il est traduit en 22 langues) et un certain nombre d\u2019ennuis, Knausgaard nous promène souvent, il faut le dire, entre l\u2019irritation et la lassitude.Mais émerge parfois au détour d\u2019une phrase, sans aver tir, un moment d\u2019émotion et de vérité \u2014 ou à tout le moins d\u2019impression de la vérité \u2014 qui rachète tout.Au sortir du secondaire, à 18 ans, au milieu des années 1980, Knausgaard devient enseignant pendant une année dans un minuscule village de l\u2019extrême nord de la Norvège.Son plan est simple, parfaitement tracé : il veut devenir écrivain, voyager, accumuler les expériences, vivre la vie des écrivains qu\u2019il admire.Cette année « aux confins du monde » pour mettre un peu d\u2019argent de côté et y rédiger des nouvelles, il l\u2019aborde comme un moment charnière de sa vie.« Je suis enfin backstage », pense-t-il.Il va déchanter assez vite.L\u2019été de ses 16 ans De longs retours en arrière nous ramènent quelques années plus tôt, alors que, passionné de musique, il devient à 16 ans journaliste musical d\u2019un quotidien local.«À cette époque, l\u2019été de mes seize ans, je ne voulais vraiment que trois choses.La première, c\u2019était avoir une petite amie.La deuxième, de réussir à coucher avec une fille.La troisième, de me soûler.Enfin pour être honnête, il n\u2019y en avait que deux : coucher avec une fille et me soûler.» C\u2019est aussi l\u2019époque du divorce de ses parents, alors que son père, la figure sombre et tyrannique de son enfance \u2014 voir le tome III à ce sujet \u2014, ramolli et devenu presque méconnaissable, commence à se dissoudre peu à peu dans les vapeurs de l\u2019alcool.L\u2019alcool sera d\u2019ailleurs la grande découverte de son adolescence.« Pourquoi est-ce que tout le monde ne buvait pas ?L\u2019alcool rend tout grand, c\u2019est un vent qui souf fle sur la conscience, c\u2019est des vagues qui se brisent, des forêts qui se balancent et une lumière qui dore tout ce que tu vois, parant même d\u2019une cer taine beauté la personne la plus laide et la plus répugnante, c\u2019est comme si toute objection et tout jugement étaient balayés d\u2019un revers de la main, et comble de générosité, tout, je dis bien tout, était beau.Pourquoi dire non à ça ?» Tout là-haut, au nord du nord, dans une succession de nuits interminables, solitaires, alcoolisées, le jeune Karl Ove va en quelque sorte basculer du côté obscur de la force.Lui qui aime la nuit, il aura vite l\u2019impression de se vider.«Mais ici l\u2019obscurité était dif férente.Cette nuit-là ôtait toute vie.» Perdre son pucelage Sensible au charme de l\u2019une de ses étudiantes de 13 ans \u2014 source de scénarios qui ne vont jamais dépasser ses pensées \u2014, il cherche toujours aussi désespérément à perdre son pucelage.Objectif qu\u2019un mélange de malchance et de maladresse l\u2019empêche de réaliser.C\u2019était une sorte de feu qui le consumait sans repos, le jour et la nuit.Rarement, a-t-on l\u2019impression, la confusion de l\u2019adolescence a été exprimée avec autant de justesse.« J\u2019avais l\u2019impression d\u2019être en face d\u2019un puzzle dont les pièces venaient de plusieurs jeux dif férents.Rien ne correspondait, rien n\u2019allait ensemble.» Parfois, raconte-t-il, juste avant de s\u2019endormir, il lui arrivait de ne plus savoir s\u2019il était un garçon ou une fille.Aux confins du monde, en ce sens, est aussi le récit de la double obsession qui animait de façon ardente et maladroite Karl Ove Knaus- gaard à cette époque : la littérature et les femmes.La manière est la même que dans les trois premiers volumes.Des digressions à la tonne, une narration sinueuse sans direction apparente, un cœur mis à nu.Et toujours, cette volonté à la fois folle et naïve de lever le voile sur son intimité et sur celle de ses proches.Et une fois encore, il émane de ces pages une sorte de magie qui fonctionne.Mais comment?C\u2019est tout le mystère qui subsiste lorsqu\u2019on referme Aux confins du monde, en attendant la suite.Collaborateur Le Devoir AUX CONFINS DU MONDE MON COMBAT, TOME IV ?Karl Ove Knausgaard Traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet Denoël Paris, 2017, 656 pages FICTION NORVÉGIENNE Le cœur mis à nu de Karl Ove Knausgaard L\u2019autobiographie monstre de l\u2019écrivain norvégien raconte les incertitudes et le chaos de l\u2019adolescence Albin Michel Et si le pardon était la plus douce des vengeances ?C o u v e r t u r e © p l a i n p i c t u r e / N a t u r e P L / M a i t l a n d © r o y a l t y s t o c k p h o t o / i S t o c k / G e t t y I m a g e s P l u s © P e t e r U n g e r / L o n e l y P l a n e t I m a g e s / ; G e t t y I m a g e s © Z U _ 0 9 / E + / G e t t y I m a g e s ; I l l u s t r a t i o n f o n d © ?i k 4 7 / 1 2 3 r f .c o m © D m i t r y P i c h u g i n / 1 2 3 r f .c o m ; P h o t o d \u2019 a u t e u r © P a s c a l I t o '' ' ' FRANK FERVILLE Aux confins du monde est le récit de la double obsession qui animait de façon ardente et maladroite Karl Ove Knausgaard pendant son adolescence : la littérature et les femmes.M A N O N D U M A I S Q ue savons-nous de la Colombie ?Cer tes, nous avons tous entendu parler de Simon Bolivar, des FARC, du car tel de Medellín, mais au fond, nous connaissons bien peu son histoire.Or, dans Le corps des ruines, où il brouille magistralement les frontières entre la réalité et la fiction, Juan Gabriel Vasquez (Le bruit des choses qui tombent) convie le lecteur à une étourdissante leçon d\u2019histoire de la Colombie.Pas l\u2019histoire of ficielle toutefois, mais bien l\u2019histoire parallèle.C\u2019est-à-dire, telle que racontée par un pathétique personnage adepte de la théorie du complot.Ce personnage, Carlos Car- ballo, que l\u2019on se plaît à détester tandis que le romancier en dessine graduellement les contours afin de l\u2019humaniser, agace, répugne puis fascine Vasquez, narrateur et principal personnage de cette fiévreuse enquête aux accents philosophiques sur fond de filiation.« Aujourd\u2019hui, il me semble incroyable de n\u2019avoir pas compris que nos violences ne sont pas seulement celles qui nous touchent dans notre vie, mais les autres, plus anciennes.Elles sont toutes liées, même si les fils qui les unissent ne sont pas apparents, parce que le passé est contenu dans le présent, ou que le passé est un legs qu\u2019il ne nous est pas possible d\u2019inventorier, de sor te qu\u2019au bout du compte, on hérite de tout : sagesse et démesure, réussites et erreurs, innocence et crimes», soutient-il.Leur première rencontre, chez le docteur Francisco Bena- vides, dont le père fut le maître et le père de substitution de Carballo, se termine par un verre lancé à la figure de ce toqué d\u2019histoire par Vasquez.Au-delà des crimes sanglants, il y a aussi de l\u2019humour dans ce récit touffu où les protagonistes réécrivent fébrilement l\u2019histoire en se livrant à de haletantes joutes oratoires ou à de vertigineux soliloques.Après l\u2019altercation, Bena- vides rapporte à Vasquez des bribes de conversations qu\u2019il a entretenues au fil des décennies avec l\u2019opiniâtre Carballo.Ainsi, cet ami et rival du bienveillant Bena- vides est persuadé que Lee Har vey Oswald n\u2019est pas le véritable assassin de JFK, pas plus que Juan Roa Sierra ne serait le seul responsable de la mort de Jorge Eliecer Gaitan le 9 avril 1948, laquelle entraîna le début de La Violencia, période durant laquelle quelque 300 000 Co- lombiens perdirent la vie.Remonter le temps Alors que Vasquez est beaucoup plus préoccupé par la santé fragile de ses filles et sa carrière littéraire que par les théories du complot, les plus plausibles comme les plus farfelues, il ne peut résister, comme le lecteur, titillé par les photos et coupures de journaux qui appuient les faits avancés, à l\u2019envie de remonter le temps lorsque Benavides lui montre la vertèbre traversée d\u2019une balle de Gaitan.« Cette ver tèbre était bel et bien une relique.J\u2019en sentais l\u2019énergie à travers le formol : peut-être la même que celle que percevaient les chrétiens, saint Augustin, par exemple, quand il avait entre les mains les restes du corps martyrisé de saint Sébastien, pour ne citer que lui.» Des années plus tard, Vasquez retrouve Carballo, qui l\u2019entretient à propos de l\u2019assassinat de Rafael Uribe Uribe, qui, selon un dénommé An- zola, n\u2019aurait pas été tué par deux menuisiers, mais par une tierce personne obéissant à de hautes instances le 15 octobre 1914.Une fois de plus, l\u2019auteur recule dans le temps et fait revivre, avec force détails, une Colombie déchirée entre la droite et la gauche, entre le catholicisme et l\u2019athéisme.Jonglant brillamment avec le vrai et le faux, tissant des fils complexes entre le passé et le présent, jusqu\u2019à rendre le récit par fois lourd et redondant, Juan Gabriel Vasquez livre une radiographie envoûtante et originale de la société colombienne hantée par son passé.Le Devoir LE CORPS DES RUINES ?1/2 Juan Gabriel Vasquez Traduit de l\u2019espagnol (Colombie) par Isabelle Guignon Seuil Paris, 2017, 507 pages FICTION COLOMBIENNE La violence en héritage Le corps des ruines de Juan Gabriel Vasquez exploite avec brio la théorie du complot MARTIN BUREAU AGENCE FRANCE-PRESSE Juan Gabriel Vasquez jongle brillamment avec le vrai et le faux dans son dernier roman. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 S E P T E M B R E 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S L\u2019 école, c\u2019est dans sa nature, fait débat.Que doit-elle enseigner, à qui et comment ?Ces questions enflamment, à raison, les esprits éclairés, ou intéressés, depuis des siècles.Au Québec, en 1893, le poète Louis Fréchette dénonçait l\u2019inanité du cours classique et plaidait pour une modernisation de l\u2019enseignement.Ses vigoureuses Lettres à l\u2019abbé Baillargé (BQ, 2003) montrent que la querelle des anciens et des modernes, en matière d\u2019école, ne date pas d\u2019hier.Si l\u2019un des camps avait d\u2019évidence raison, le débat se tarirait et une recette s\u2019imposerait.Ne rêvons pas : l\u2019éducation, comme l\u2019écrit souvent Normand Baillargeon, fait partie des concepts « \u201cessentiellement contestés\u201d, c\u2019est-à-dire à propos desquels il existe des désaccords profonds et peut- être même irréductibles ».La clé scientifique Dans son numéro de septembre 2017, le magazine Québec Science pose la question suivante: «La science peut-elle définir l\u2019école idéale?» Le reportage de Jean-Benoît Nadeau sur l\u2019engouement pour l\u2019application des «données probantes» en éducation mentionne que cette approche est «chaudement débattue», tout en précisant, cependant, qu\u2019elle «fonctionne».Il faut donc comprendre que la science détiendrait la clé du mystère scolaire.Citée par Nadeau, Monique Brodeur, doyenne de la Faculté d\u2019éducation de l\u2019UQAM, affirme que «le retard québécois s\u2019expliquerait par une posture en éducation qui est plus romantique que scientifique », et en donne pour preuve le recours à la méthode globale en enseignement de la lecture.Faut-il rappeler, pourtant, que la brève popularité de cette méthode, dans les années 1970-1980, tenait à la prétention qu\u2019elle était plus moderne et plus scientifique que la méthode syllabique ?Le b.a.-ba, disaient certains chercheurs, était dépassé.Aujourd\u2019hui, on y revient, sans l\u2019avoir jamais vraiment abandonné, d\u2019ailleurs, toujours au nom de la science.Aussi, la prudence s\u2019impose : tenons compte de la science, évidemment, mais demeurons critiques.Ne confondons pas « données probantes » et vérité, souligne justement Frédéric Saussez, professeur de la Faculté d\u2019éducation à l\u2019Université de Sherbrooke, dans le même reportage.Il y a, en éducation, des choses qui se mesurent mal statistiquement.Que signifierait, par exemple, une «donnée probante» concernant l\u2019enseignement efficace de la poésie?Rien, évidemment.Doit-on pour autant cesser d\u2019enseigner la poésie?Bien sûr que non.La tradition humaniste Dans Succursales ou institutions ?Redonner du sens à nos écoles (Médiaspaul), Émile Robi- chaud plaide pour une école humaniste, qui met les élèves « en contact avec les choses de l\u2019esprit et les grands esprits », une approche peut-être pas scientifique, mais for te d\u2019une riche tradition.L\u2019école idéale de l\u2019expérimenté pédagogue ressemblerait, au fond, à un collège classique actualisé, accessible au plus grand nombre.Esprit conservateur au sens noble du terme, Robichaud écrit de très belles choses sur « la mystérieuse alchimie de l\u2019âme humaine » nourrie par la culture.Ses propos sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la littérature sont éloquents, même s\u2019ils flirtent par moments avec la grandiloquence.Une telle défense de la centra- lité de la grande culture au cœur de l\u2019école fait du bien à lire.L\u2019école publique québécoise ne permet toutefois pas, selon Robichaud, la réalisation d\u2019une telle école idéale.Le système actuel souffrirait d\u2019un enfermement idéologique \u2014 l\u2019éducateur en a contre l\u2019intégration à tout prix des élèves en dif ficulté dans les classes ordinaires \u2014 et d\u2019un enfermement administratif.Chaque école, selon lui, devrait être dirigée par des gens cultivés, jouir d\u2019une grande autonomie et définir son projet éducatif, avec la collaboration des parents, comme c\u2019est le cas dans le secteur privé.Partisan de la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants auquel il attribue bien des vertus hypothétiques, Robichaud semble un peu déconnecté des tendances contemporaines.Sait-il, lui qui rêve d\u2019une éducation centrée sur la culture humaniste, que les écoles d\u2019aujourd\u2019hui, quand elles sont libres de le faire, choisissent leurs « projets » dans une logique commerciale, c\u2019est-à-dire non pas pour former les élèves, mais pour attirer la clientèle ?Que pense Robichaud du spor t-études en cheerleading, d\u2019une concentration jeux vidéo et des « projets » dits internationaux qui confondent le tourisme avec l\u2019ouver ture sur le monde ?Quand l\u2019école de ton quartier se donne un tel projet insignifiant, où envoies-tu tes enfants ?La logique du magasinage, en éducation, ne fait pas monter le niveau.Pour faire vivre l\u2019école humaniste dont rêve Robichaud, qui ferait bien sûr une place importante à la science, et pour que tous les enfants du Québec en bénéficient, il faudra plutôt que l\u2019État, au nom des Québécois et avec la collaboration des syndicats enseignants, tienne le gouvernail.Le mystère scolaire LOUIS CORNELLIER Faut-il se fier à la science ou à la culture humaniste pour fonder l\u2019école idéale ?C H R I S T I A N D E S M E U L E S P arce qu\u2019elle accorde trop d\u2019importance à l\u2019émotion, qu\u2019elle se désintéresse du style et de la grammaire, la critique littéraire au Québec serait gravement malade.Détenteur d\u2019un doctorat en littérature, professeur de littérature au collégial, nouvelliste et romancier (Les cinq saisons du moine, Le cabinet des curiosités, Oh! La belle province !), David Dorais estime qu\u2019une « pensée unique accapare en ce moment la littérature au Québec ».Cette tare, c\u2019est ce qu\u2019il appelle la « critique de proximité ».« Une conception inaltérable qui semble naturelle à tous, puisqu\u2019elle occupe l\u2019entièreté de l\u2019espace médiatique », qui se déploie à ses yeux selon quatre caractéristiques : le réalisme, l\u2019émotion, la thématique et l\u2019optimisme.Un état des lieux plutôt sombre qui traverse Que peut la critique littéraire ?, un court essai dans lequel, s\u2019il pose un cer tain nombre de questions pertinentes, s\u2019expriment aussi des généralisations outrancières et une conception de la critique assez déphasée : «Les œuvres qui proposent un constat pessimiste sur le monde sont reçues avec embarras par les critiques.» Ou bien : « La qualité primordiale recherchée par les critiques est la capacité pour un ouvrage d\u2019être constructif.» Voire : « Chez le critique professionnel, le primat de l\u2019émotion le dispense du devoir de justifier son opinion.» Mais rassurons-nous, l\u2019auteur a des solutions.« Je crois donc que la critique généraliste aurait avantage à s\u2019attarder à l\u2019aspect grammatical de l\u2019œuvre.Peut-être pas dans tous les cas, mais certainement dans ceux où l\u2019auteur a visiblement veillé à soigner ses phrases.» C\u2019est l\u2019« impensable de notre critique littéraire».Une situation qui tiendrait à plusieurs facteurs : les failles du système d\u2019éducation québécois, la prévalence de l\u2019émotion sur le style et « la prégnance de la grille de lecture nationaliste ».Gérant d\u2019estrades Au cœur de son analyse un peu myope, David Dorais entreprend ainsi de relever longuement \u2014 avec un cer tain ridicule et sans beaucoup d\u2019 intérêt \u2014 des exemples d\u2019œuvres récentes qui auraient dû, selon lui, être stigmatisées par la critique, s\u2019employant à nous montrer dans le détail comment il aurait fallu procéder.«Comment un apprenti écrivain n\u2019ayant jamais vu la concordance des temps, ni disséqué de vers, ni discuté en classe de la beauté (ou non) d\u2019un sonnet, ni appris la dif fé- rence entre les verbes transitif et intransitif ou entre les voix active et passive, ni vu ce qu\u2019était le ne explétif, ni reçu de rudiments d\u2019étymologie, ni même vu les règles d\u2019utilisation de la virgule, comment un novice en écriture, donc, pourrait-il espérer composer convenablement?» Comment, en effet ?Savoir lire et avoir du talent ne suffit plus, tenez-vous-le pour dit.Un discours qu\u2019on pourra par ailleurs trouver pour le moins paradoxal, David Dorais employant lui-même un style terne et scolaire du début à la fin de son livre.Sa conception de la critique, sur tout, apparaît idéaliste et déconnectée de la réalité.On ne fait pas en moins de 800 mots dans un journal la critique d\u2019un roman d\u2019Élise Turcotte ou de Robert Lalonde comme on corrigerait la copie d\u2019un étudiant de cégep.Comment, aussi, ne pas prendre en compte les conditions matérielles dans lesquelles la critique doit s\u2019exercer aujourd\u2019hui ?L\u2019étroitesse du milieu littéraire québécois, la précarité, la faible rémunération sont à la source de maux sans doute plus grands que la « proximité » dont souf frirait la « critique généraliste » sous nos latitudes : la complaisance, le manque de courage, l\u2019absence de vision, l\u2019inculture littéraire.L\u2019auteur, qui a exercé à quelques reprises dans les pages littéraires du Devoir (des articles où l\u2019on chercherait en vain la trace de ses propres préceptes), devrait pourtant le savoir.Certains de ses textes, parus en revue, avaient pourtant démontré plus de courage, de mordant et de pertinence.Sous le profil de ses insuf fisances, la réalité de la « critique généraliste » est à la fois plus simple et plus complexe.Lorsqu\u2019elle s\u2019exerce sans courage, sans vision, voire sans style, la critique tombe à plat : elle devient par faitement inof fensive.Même la critique de la critique.Collaborateur Le Devoir QUE PEUT LA CRITIQUE LITTÉRAIRE ?1/2 David Dorais L\u2019instant même Québec, 2017, 132 pages L\u2019analyse un peu myope de David Dorais Un essai alourdi par les généralités s\u2019en prend à la critique littéraire qui s\u2019exerce au Québec ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR David Dorais pose, dans son essai, un certain nombre de questions pertinentes, mais il exprime aussi des généralisations outrancières et une conception de la critique assez déphasée.M I C H E L L A P I E R R E U n intense pessimisme apparaît dans L\u2019université.Fin de partie et autres écrits à contre-courant de Jacques Pelletier.Le recueil évoque « un univers parvenu au bout de sa course, désormais engagé dans une spirale profondément régressive qui le précipite vers une fin inéluctable que seul un sursaut improbable permettrait peut-être d\u2019éviter ».Pelletier croit que, de la revue Parti pris au Printemps érable, notre utopisme permet une étincelle d\u2019espoir.Par l\u2019allusion à Fin de par tie, drame de Samuel Beckett créé en 1957 et exploitant le thème de la déchéance, le premier texte blâme la vision « marchande et utilitariste » qui, au détriment d\u2019une vie intellectuelle orientée vers le progrès social, tue aujourd\u2019hui l\u2019université à travers le monde, notamment l\u2019UQAM, où l\u2019essayiste a longtemps enseigné la littérature.Préfacé par Simon Tremblay-Pe- pin, héritier de la pensée critique de Pelletier, le livre prévoit, encore là, un « requiem » à moins d\u2019un douteux « sursaut ».En marge de la dégénérescence d\u2019un enseignement supérieur autrefois humaniste et progressiste, l\u2019auteur déplore que la « hantise identitaire » , chère à l\u2019opinion conservatrice, ait dénaturé, au Québec, le concept de libération nationale, historiquement issu des idées avancées.Par tisan de Québec solidaire, il voit comme les fossoyeurs du Par ti québécois son chef, Jean- François Lisée, et le compagnon de route de cette formation, jadis de gauche, le prédicateur très à droite Mathieu Bock-Côté.Au sujet de Bock-Côté, chroniqueur au Journal de Montréal, Pelletier s\u2019adonne à une satire ef fi- cace bien méritée.On reconnaît immédiatement le personnage visé dans ce portrait plus vrai que nature : « Intellectuel de parade, sorte de singe savant, clone québécois d\u2019un Alain Finkielkraut.» Quant à Lisée, le politicien révèle souvent, selon lui, son visage réel de stratège à quatre sous et de nationaliste identitaire, pour ne pas dire ethnique, sous le masque du soi-disant indépendantiste d\u2019une « gauche ef ficace ».N\u2019a-t-il pas, comme le rappelle Pelletier, agité « le chif fon du bur- kini » et affirmé, « sans rire, que le niqab et la burka pouvaient servir de dissimulateurs de mitraillettes » ?Son nationalisme identitaire suppose, explique si bien l\u2019essayiste, «une réduction de l\u2019autre à soi » en l\u2019intégrant vite à la culture dominante au lieu d\u2019attendre une transformation lente et complexe de cet autre dans une société qui deviendrait nouvelle pour tous.La transformation qui s\u2019annonce globalisante s\u2019inscrirait, on peut le présumer, dans « la longue chaîne des projets visant l\u2019émancipation du peuple québécois », où Pelletier place le soulèvement des patriotes en 1837-1838 et la Révolution tranquille, deux charnières riches de cassures et d\u2019inattendus.Contre la frilosité conser vatrice, une telle évolution n\u2019interdirait pas l\u2019étincelle salvatrice.Collaborateur Le Devoir L\u2019UNIVERSITÉ FIN DE PARTIE ET AUTRES ÉCRITS À CONTRE-COURANT ?Jacques Pelletier Varia Montréal, 2017, 310 pages L\u2019utopie comme étincelle d\u2019espoir Pour Jacques Pelletier, la hantise identitaire a dénaturé le concept de libération nationale ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Au sujet de Mathieu Bock-Côté, chroniqueur au Journal de Montréal et prédicateur très à droite, Jacques Pelletier s\u2019adonne à une satire ef ficace, allant jusqu\u2019à le qualifier d\u2019« intellectuel de parade»."]
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