Le devoir, 12 septembre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 0 6 L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Un important problème environnemental.Avec 7 milliards de téléphones intelligents vendus en dix ans, cette technologie pose tout un dé?à la planète.Page A 4 Avis légaux.B 4 Décès.B 6 Météo.A 4 Mots croisés.A 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.A 5 ?w w w .l e d e v o i r .c o m O D I L E T R E M B L A Y à Toronto I l était rayonnant, Guillermo del Toro, en revenant de Venise, son Lion d\u2019or sous le bras pour son magnifique The Shape of Water.Le cinéaste mexicain de tous les monstres est entré ici en zone d\u2019amplitude, en parfait mariage de genres.Il en parle comme de son meilleur film, son préféré.Le nôtre aussi.Comme si son Labyrinthe de Pan acquérait soudain une dimension de légèreté.Le voici tout sourire, rappelant à quel point un artiste avance en tâtonnant avec ses doutes, frôlant l\u2019échec et trouvant son souffle.Les festivaliers du TIFF se sont rués sur The Shape of Water.Place au grand coup de cœur de cette édition, comme La La TIFF Del Toro éblouit Toronto CHRIS DONOVAN LA PRESSE CANADIENNE Le cinéaste Guillermo del Toro a présenté The Shape of Water au Festival international du film de Toronto.Catalogne Des centaines de milliers de personnes marchent pour l\u2019indépendance Page B 5 Corée du Nord L\u2019ONU adopte à l\u2019unanimité une nouvelle batterie de sanctions Page B 5 M A R I E V A S T E L Correspondante parlementaire à Ottawa Le gouvernement Trudeau a beau dire qu\u2019il légalise la marijuana pour étouffer le marché noir, ses forces de l\u2019ordre n\u2019y voient rien de plus qu\u2019un souhait «naïf».Au premier jour de l\u2019étude en comité du projet de loi qui viendra légaliser le cannabis récréatif, experts et partis d\u2019opposition ont soulevé les lacunes d\u2019une législation qui, esti- ment-ils, ne saura contrer le cannabis illicite.L\u2019étude du controversé projet de loi d\u2019Ottawa fera l\u2019objet d\u2019un marathon d\u2019audiences, toute la semaine.D\u2019entrée de jeu, lundi, des fonctionnaires fédéraux ont tempéré les ambitions du gouvernement libéral.« Nous sommes très conscients et réalisons, quand on évalue les chances de voir le crime organisé être éliminé du marché du cannabis, qu\u2019il serait naïf de croire que cela pourrait se produire», a tranché la commissaire adjointe des opérations criminelles de la Gendarmerie royale du Canada, Joanne Cramp- ton, devant le comité parlementaire de la santé.Les libéraux ont maintes fois martelé qu\u2019ils légaliseraient la marijuana afin de priver le marché noir de cette importante source de revenus et d\u2019éviter que les jeunes Canadiens s\u2019en procurent auprès du crime organisé.Or, l\u2019opposition doute depuis le début qu\u2019il soit réaliste que le marché fédéral détrône le marché illicite.Une haute fonctionnaire du ministère de la Sécurité publique, Kathy Thompson, s\u2019est montrée moins défaitiste que sa collègue de la GRC.Mais son pronostic n\u2019était pas moins pessimiste.« On sait qu\u2019il faudra du temps avant de remplacer un secteur qui, au fil d\u2019un siècle, a fait d\u2019importants gains dans ce domaine.Il va falloir du temps et il va falloir un régime efficace.» MARIJUANA Le marché noir survivra à la légalisation Il faut être naïf pour croire que le crime organisé abandonnera son trafic, selon la GRC VOIR PAGE A 8 : MARIJUANA VOIR PAGE A 8 : TIFF L\u2019OURAGAN IRMA RÉTROGRADÉ EN TEMPÊTE TROPICALE DEDE SMITH / THE FLORIDA TIMES-UNION / AP À Jacksonville, en Floride, un homme transporte dans ses bras une fillette de six ans pour l\u2019amener au sec.A N N A B E L L E C A I L L O U A près avoir dévasté une à une les îles des Caraïbes qui se trouvaient sur son passage, l\u2019ouragan Irma a été rétrogradé au rang de tempête tropicale lundi.Moins touchée que prévu, la Floride tentait de mesurer l\u2019ampleur des dégâts pendant que Cuba revoyait son bilan à la hausse, annonçant la mort d\u2019au moins dix personnes.En quelques jours, le plus puissant ouragan jamais vu dans l\u2019océan Atlantique aura fait au moins une quarantaine de morts, de nombreux blessés et des dégâts matériels sans précédent.En Floride, six personnes ont perdu la vie.Trois décès ont été répertoriés en Géorgie et un autre en Caroline du Sud.Maisons inondées, arbres déracinés, grues renversées et poteaux électriques fracassés : les dégâts sont désormais estimés entre 20 et 60 milliards de dollars selon plusieurs experts.Un scénario moins alarmant que ce qui était initialement prévu.Pour le gouverneur de Floride, Rick Scott, qui a survolé lundi le chapelet d\u2019îles, « la route de la reconstruction sera longue ».Les quelque six millions d\u2019évacués tentaient de regagner leur domicile lundi et environ 13 millions d\u2019habitants, soit les deux tiers de la population de l\u2019État, étaient toujours sans courant.À Cuba, le courant demeurait aussi coupé dans la majeure partie du pays et les autorités commençaient à recenser les nombreuses destructions, notamment dans les secteurs agricole et touristique.S\u2019adressant à la population, le président Raúl Castro a indiqué que des mesures étaient « prises pour qu\u2019aucune famille cubaine ne soit abandonnée à son propre sort » et que les employés de l\u2019État «devaient effacer au plus vite les séquelles de ce phénomène destructeur », qualifiant cette tâche d\u2019« immense».À Haïti, moins touché que prévu, les autorités ont annoncé la mort d\u2019un homme, alors qu\u2019un autre est toujours porté disparu à la suite des inondations engendrées par l\u2019ouragan Irma.Près de 5000 maisons ont été inondées et 8000 familles ont été déclarées sinistrées par les autorités du pays, qui précisaient que l\u2019habi- Prendre la mesure des dégâts L\u2019ouragan aurait fait une quarantaine de morts et des milliards de dollars en dommages VOIR PAGE A 8 : DÉGÂTS Lire aussi \u203a Le chaos vécu de l\u2019intérieur.Un journaliste raconte son expérience à Saint-Martin lors du passage d\u2019Irma.Page A 5 L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 DISTRICT 31 19h Fidèles au poste.UNITÉ 9 20h La parole aux détenues.MÉMOIRES VIVES 21h La dernière saison.Toutes les réponses.DES MARDIS ENLEVANTS G I U S E P P E V A L I A N T E à Sherbrooke L e procès des trois anciens employés de l\u2019entreprise ferroviaire américaine Montreal Maine and Atlantic (MMA) accusés à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic s\u2019est amorcé lundi, à Sherbrooke, par la sélection des jurés.Le tribunal s\u2019est attelé à la longue tâche de trouver 14 jurés bilingues, impar tiaux et sans liens personnels avec la tragédie ferroviaire qui avait fait 47 morts au cœur de l\u2019été 2013.De 800 à 1200 candidats potentiels seront ainsi appelés au tribunal au cours des trois prochaines semaines afin que l\u2019on détermine lesquels sont suf fisamment bi- l ingues pour être retenus jusqu\u2019à l\u2019étape de la sélection finale, le 29 septembre.Le 6 juillet 2013, un convoi de pétrole brut américain garé pour la nuit à Nantes s\u2019est mis à dévaler une pente et s\u2019est emballé avant de dérailler une douzaine de kilomètres plus loin, en plein cœur de Lac-Mé- gantic, peu après minuit, par une belle soirée d\u2019été.L\u2019explosion et le violent incendie qui ont suivi ont fait 47 morts et détruit une partie du centre-ville.Thomas Harding, Jean De- maître et Richard Labrie ont tous plaidé non coupable à l\u2019accusation de négligence criminelle ayant causé la mort ; ils étaient tous présents lundi au palais de justice de Sherbrooke.M.Harding était le conducteur du train ce jour-là \u2014 c\u2019est lui qui avait mis le convoi à l\u2019arrêt pour la nuit à Nantes.M.Demaître était le directeur des activités ferroviaires chez MMA, tandis que M.Labrie était le contrôleur responsable de la circulation des trains entre Farnham et Lac-Mégantic ce soir-là.Le procès des trois hommes doit se tenir jusqu\u2019au 21 décembre.Charles Shearson, l\u2019un des avocats de Thomas Harding, a estimé lundi que la sélection du jur y est notamment plus ardue dans cette cause parce qu\u2019il faut choisir des jurés bilingues.«Le juge va certainement poser certaines questions aux candidats pour faire une évaluation sommaire de leur niveau de bilinguisme, pour être sûr que les personnes comprennent suffisamment, dans les deux langues \u2014 ou peuvent discuter dans les deux langues \u2014, pour assurer qu\u2019ils vont comprendre la preuve ou, par la suite, quand ils se parleront entre jurés, tenir une argumentation en anglais et en français», a-t-il expliqué à l\u2019extérieur de la salle d\u2019audience.D\u2019autant que pendant les audiences, on entendra beaucoup de termes techniques liés aux chemins de fer, a rappelé Me Shearson.Se fier seulement à la preuve Le tribunal devra ensuite s\u2019assurer, bien sûr, de l\u2019impartialité des jurés pour ce procès qui ne se tient pas à Lac-Mégan- tic, mais à une centaine de kilomètres à l\u2019ouest.«C\u2019est sûr que la tragédie s\u2019est déroulée pas très loin [.], et elle a attiré beaucoup d\u2019attention médiatique, alors ce sera un enjeu de trouver un candidat qui, non pas n\u2019a jamais entendu parler de la tragédie [\u2026], mais puisse prendre une décision impartiale sur l\u2019ensemble de la preuve \u2014 mais seulement la preuve présentée au procès», a rappelé Me Shearson.La tragédie de Lac-Mégantic a entraîné des centaines de millions de dollars en coûts de reconstr uction et de nettoyage.Les résidants se battent depuis pour que la voie ferrée ne passe plus en plein cœur de la ville.La Presse canadienne TRAGÉDIE DE LAC-MÉGANTIC La sélection des jurés commence Le conducteur et deux collègues sont accusés de négligence criminelle L I A L É V E S Q U E A u premier jour de la reprise des travaux de la Commission d\u2019enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, lundi, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a soutenu que les ser vices de police ont lancé une véritable chasse aux sources pour débusquer qui parle aux reporters.« Il existe au Québec ce qui s\u2019apparente à une véritable chasse aux sorcières, dans le but de démasquer toute personne qui relaie de l\u2019information aux journalistes, même si cela signifie violer les règles les plus élémentaires », a tonné Me Mark Bantey, qui a présenté le mémoire de la FPJQ, aux côtés du président de l\u2019organisation, Stéphane Giroux.Les policiers, la magistrature et les gouvernements devront faire un examen de conscience sérieux s\u2019ils veulent continuer de prétendre que la liberté de presse, garantie dans nos chartes des droits, est respectée en ce pays, a lancé Me Ban- tey, un avocat spécialisé en droit des médias.Des recommandations La FPJQ formule plusieurs recommandations pour éviter que des cas semblables à ceux que la commission a étudiés, le printemps dernier, se reproduisent.Dans le cadre d\u2019enquêtes sur des policiers, les registres d\u2019appels téléphoniques de certains journalistes avaient été obtenus, par fois sur une période très étendue.La FPJQ suggère ainsi une formation complète pour les policiers et les juges quant à la liberté de presse et à la protection des sources journalistiques.Elle propose aussi la possibilité pour les médias de se représenter eux-mêmes lorsqu\u2019ils font l\u2019objet d\u2019une demande d\u2019autorisation judiciaire, dans les cas où ils sont des tiers innocents.Ils pourraient ainsi faire valoir leurs objections.Elle conseille aussi de modifier les codes de procédures civiles et pénales, et même d\u2019envisager la possibilité d\u2019inclure le privilège de protection des sources journalistiques dans les chartes des droits et libertés.Me Bantey a revendiqué la protection non seulement des sources confidentielles, mais également de celle du matériel qui n\u2019a pas été publié par un média.Avant la FPJQ, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait témoigné devant la commission Chamberland.Il a tenu à rappeler qu\u2019il n\u2019a jamais enquêté sur des journalistes, mais bien sur des policiers soupçonnés notamment de contrevenir à leur serment de discrétion.L\u2019avocat du SPVM, Me Giuseppe Battista, a rappelé que les enquêtes qui ont été scrutées par la commission, jusqu\u2019en juin der nier, portaient sur des policiers.La Presse canadienne COMMISSION CHAMBERLAND La FPJQ accuse la police de « chasse aux sorcières » JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les trois accusés en 2014 : Richard Labrie (à gauche), Jean Demaître (au centre) et Thomas Harding. L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 L es débats sur le cégep anglais ou l\u2019affichage commercial ont monopolisé l\u2019espace médiatique au cours du congrès péquiste de la fin de semaine dernière, mais il y a fort à parier que l\u2019environnement occupera beaucoup plus de place que la langue dans la plateforme électorale du PQ.Signe des temps, la première proposition qui a été adoptée en assemblée plénière ne portait pas sur la souveraineté ou le référendum, mais plutôt sur la lutte contre les changements climatiques, qui a été placée «au sommet des priorités de l\u2019État ».Le premier ministre lui-même se verrait confier la responsabilité du développement durable.Le premier budget d\u2019un gouvernement péquiste sera celui du « virage ver t », a promis Jean-François Lisée dans son interminable discours d\u2019ouverture.La prochaine Baie James sera dans la rénovation verte de nos logements, le passage à la géothermie dans les écoles et les hôpitaux, l\u2019électrification des transports\u2026 Il a également évoqué un banc d\u2019essai pour un monorail électrique qui relierait à terme Montréal, Québec et les autres grands centres urbains du Québec.Malgré l\u2019intérêt que peuvent présenter ces projets, ils relèvent un peu de la futurologie pour la plupart des gens, qui voient mal comment cela répond à leurs problèmes immédiats.Face à un phénomène planétaire, reprocher au gouvernement Couillard d\u2019être en retard sur son objectif de réduction d\u2019émissions de GES en 2020 risque d\u2019avoir un effet tout aussi limité sur l\u2019électorat.Dans l\u2019esprit de plusieurs, le thème de l\u2019environnement évoque plutôt la pollution ou les dommages que pour rait causer l\u2019exploitation des hydrocarbures, qui ont trouvé u n e i l l u s t r a t i o n t r è s concrète dans le dossier du pétrole de schiste de l\u2019île d\u2019Anticosti et le projet de pipeline Énergie Est.?Au PQ, on sait très bien que les actions pèsent plus que les mots ou les plate- formes électorales.Malgré une détermination sans doute sincère d\u2019empêcher toute exploitation à Anti- costi, il sera difficile de faire oublier que c\u2019est le gouvernement Marois qui avait autorisé of ficiellement les forages avec fracturation, même si c\u2019est celui de Jean Cha- rest qui, le premier, avait proposé une entente de partenariat avec les entreprises pétrolières.L\u2019ancienne ministre des Ressources naturelles, Mar tine Ouellet, peut bien battre sa coulpe et plaider qu\u2019elle ne disposait pas de toute l\u2019information nécessaire à l\u2019époque, M.Couillard peut légitimement prétendre que c\u2019est lui qui a pris la décision de protéger ce « joyau de notre patrimoine».On peut compter sur le premier ministre pour le répéter ad nauseam, comme ses prédécesseurs se sont fait un plaisir de rappeler pendant des décennies qu\u2019au lieu des grands barrages qui ont fait la fierté du Québec, le PQ aurait voulu construire un chapelet de centrales nucléaires le long du Saint-Laurent.Il est vrai que la volonté de sortir le Québec du pétrole est toute récente au PQ.Quand Pauline Marois est revenue émer veillée d\u2019un voyage en Norvège en août 2008, l\u2019or noir est devenu la clé de l\u2019indépendance du Québec.Après son départ, la question est devenue une patate chaude, Pierre Karl Péladeau y voyait encore «un atout majeur pour la souveraineté».C\u2019est seulement quand il a compris que la protection de l\u2019environnement était devenue une valeur absolue pour une part croissante de la population, particulièrement les jeunes, que le PQ a clairement tourné le dos au pétrole.?Le projet de pipeline Énergie Est offrait une belle occasion de rendre la monnaie de sa pièce à M.Couillard, qui semblait prêt à lui sacrifier les bélugas de Cacouna.Plusieurs sont convaincus qu\u2019il s\u2019est porté à la défense des chevreuils d\u2019Anticosti simplement pour mieux faire passer ce projet hautement controversé.Coincé entre ses alliés du monde des affaires, qui appuient le projet sans réserve, et ceux du monde municipal, qui lui sont largement hostiles, le premier ministre serait certainement ravi que TransCanada lui retire cette épine du pied en abandonnant son pipeline, comme le laisse croire la « suspension » annoncée la semaine dernière.Le PQ peut simplement espérer que l\u2019entreprise prendra tout son temps avant de faire connaître sa décision pour qu\u2019il puisse au moins brandir cet épouvantail jusqu\u2019à l\u2019élection du 1er octobre 2018.Par la suite, il sera toujours temps de retirer la capsule qui lui est consacrée parmi les «50 réponses +1 pour l\u2019indépendance».Les libéraux ne devraient pas trop compter sur la célérité de TransCanada.Il faudra sans doute plus d\u2019un an pour enterrer définitivement un procès de cette importance.C\u2019est plus probablement Justin Trudeau qui en profitera.À l\u2019élection fédérale de l\u2019automne 2019, il n\u2019aura plus à se soucier d\u2019avoir à choisir entre mécontenter le Québec ou l\u2019Ouest.Celui-là a vraiment une chance de bossu.mdavid@ledevoir.com Le virage vert MICHEL DAVID L I N A D I B à Ottawa Q uelques députés fédéraux sont retournés au parlement une semaine à l\u2019avance afin d\u2019accélérer l\u2019étude d\u2019un projet de loi qui protégera mieux les passagers des compagnies aériennes.Mais cette rentrée hâtive ne suffit pas aux députés de l\u2019opposition, qui estiment que les conséquences pratiques du projet de loi tarderont à se matérialiser.Le comité parlementaire des transports s\u2019est réuni lundi après-midi et prévoit être à la tâche jusqu\u2019à jeudi soir pour étudier le projet de loi C- 49.L\u2019ensemble des parlementaires rentrent à Ottawa le 18 septembre.Ce projet de loi obligera les compagnies aériennes, après trois heures d\u2019immobilité sur le tarmac, à fournir aux passagers de l\u2019eau, de la nourriture et la possibilité de débarquer de l\u2019appareil, si cela est sécuritaire.Il exigera également que les compagnies aériennes expliquent aux passagers les causes d\u2019un retard.Le 31 juillet dernier, des passagers ont été retenus pendant de longues heures dans des appareils d\u2019Air Transat à l\u2019aéropor t d\u2019Ottawa.L\u2019Office des transports du Canada enquête sur l\u2019incident.Des consultations En interrogeant les hauts fonctionnaires entendus par le comité lundi, le député néodémo- crate Robert Aubin a rappelé que la réglementation qui détaillera les conséquences pour les compagnies aériennes doit attendre l\u2019adoption de C-49, puis de nouvelles consultations.«Les règlements ne sont pas là», a lancé le député à la sous-ministre déléguée qui témoignait devant le comité.« Vous nous annonciez tantôt qu\u2019après la sanction royale, on allait partir des consultations sur ce que devrait contenir cette charte des passagers.[\u2026] Ça, ça veut dire que ça prendra encore minimalement une autre année avant que les passagers puissent savoir exactement ce sur quoi reposent leurs droits », s\u2019est offusqué le député.« Nous n\u2019avons pas présentement le pouvoir dans la Loi des transports pour que l\u2019Of fice des transports puisse définir la réglementation», lui a rappelé la sous-ministre déléguée Helena Borges.« On doit faire une consultation, mais nous sommes prêts à aller le plus vite possible pour que tout soit en place en 2018», a-t-elle promis.En plus de la charte de protection des passagers, C-49, baptisé Loi sur la modernisation des transports, revoit également les restrictions en matière de propriété internationale des transporteurs aériens canadiens.Le projet de loi touche aussi au transport ferroviaire et au transport maritime.Enregistreurs audio-vidéo dans les locomotives Une des dispositions de C-49 qui s\u2019est déjà attiré des critiques est l\u2019imposition d\u2019enregistreurs audio-vidéo dans les locomotives.« Les enregistreurs ne sont pas la solution à tout », a admis Brigitte Diogo, directrice générale de la sécurité ferroviaire au ministère fédéral des Transports.« Mais les enregistreurs visent à regarder spécifiquement ce qui se passe dans la locomotive.Il n\u2019y a rien en ce moment qui permette de voir quelles sont les interactions entre l\u2019équipage pour déterminer d\u2019abord ce qui s\u2019est passé quand il y a eu un accident, ou comment on pourrait prévenir d\u2019autres accidents », a- t-elle souligné.Le témoin suivant s\u2019est fait plus tranchant.«C\u2019est essentiel, à tel point que nous avons fait deux recommandations en ce sens et l\u2019avons intégré aux enjeux de sécurité importants de notre liste de surveillance», a plaidé Kathleen Fox, présidente du Bureau de la sécurité des transports.Mme Fox insiste pour que le projet de loi garantisse que ces enregistreurs pour que les dispositifs ne servent pas à punir des employés.« Il doit y avoir des garanties appropriées dans la loi et dans les règlements qui assureront que cette information ne sera pas utilisée pour faire de la discipline, sauf dans les circonstances les plus graves», a ajouté Mme Fox.«Transports Canada devrait aussi avoir accès à ces enregistrements pour pouvoir exercer une surveillance de la sécurité et devrait pouvoir les utiliser lors de recours contre les exploitants mais pas contre des employés isolés », a-t-elle encore conseillé.Les syndicats des employés des compagnies de chemin de fer se sont inquiétés de l\u2019arrivée de ces enregistreurs.L\u2019opposition néodémo- crate a fait écho à cette méfiance durant les audiences du comité, lundi.La Presse canadienne AVIATION Droits des passagers : le NPD s\u2019impatiente Les nouvelles règles entreront en vigueur en 2018, selon le ministère des Transports JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ottawa veut mieux définir les droits des passagers aériens et les obligations des transporteurs, mais les choses vont trop lentement au goût du NPD.M A R I E - L I S E R O U S S E A U L a Ville de Montréal accorde un délai de trois mois aux 520 propriétaires de chiens de type pitbull à qui elle avait demandé le mois dernier de se départir de leur animal, faute d\u2019avoir terminé à temps leur démarche pour obtenir un permis spécial.Les propriétaires ont désormais jusqu\u2019au 21 décembre pour produire les documents manquant à leur dossier et, ainsi, pouvoir garder leur animal de compagnie.Le comité exécutif entérinera cette décision lors de sa réunion hebdomadaire mercredi, a affirmé le maire de Montréal, Denis Coderre.«On ne peut pas se débarrasser d\u2019un chien s\u2019il y a vraiment une bonne volonté et [parce] qu\u2019il manquait des papiers.[\u2026] Il faut faire preuve d\u2019une certaine flexibilité quand il y a de la bonne foi de part et d\u2019autre », a-t-il affirmé lundi pour justifier ce revirement de situation.Ce sursis sur vient le jour même du dépôt d\u2019une requête à ce sujet en Cour supérieure par l\u2019avocate Anne-France Goldwater au nom d\u2019une centaine de propriétaires de pitbulls interpellés par la Ville.Au mois d\u2019août, les citoyens qui n\u2019avaient pas déposé leur demande de permis ont reçu une missive de l\u2019administration Coderre leur donnant quatre semaines pour se départir de leur animal, soit en le donnant à quelqu\u2019un qui réside dans une municipalité où les pitbulls sont permis, soit en le confiant à un refuge, à défaut de quoi la Ville menaçait de les poursuivre ou de saisir de leur animal.Ce permis, au coût de 150 $ par année, est obligatoire pour les propriétaires de ce type de chiens depuis l\u2019adoption du règlement municipal sur le contrôle des animaux à l\u2019automne 2016, qui interdit l\u2019arrivée de nouveaux pitbulls sur le territoire de la métropole.Les propriétaires concernés devraient recevoir dans les prochains jours une lettre de la Ville les avisant du sursis.Soulagement Après avoir reçu de nombreuses plaintes de citoyens, l\u2019ombudsman de Montréal, Johanne Savard, avait ouvert une enquête sur la menace d\u2019expulsion de ces chiens.Lundi, elle s\u2019est réjouie du délai accordé par la Ville.« Notre bureau est intervenu auprès du service responsable et du bureau du maire pour les inviter à faire preuve de souplesse : ils ont accueilli favorablement nos commentaires.» Le conseiller de Projet Montréal, Sterling Downey voit dans ce dossier le «plus gros échec de l\u2019administration Coderre en quatre ans».«Ça prouve encore que ce règlement était tellement mal conçu, mal planifié, mal exécuté», dit-il.L\u2019élu considère l\u2019adoption du sursis comme une manœuvre électorale, étant donné que le déclenchement de la campagne municipale arrive à grands pas.« Ça aurait mal paru qu\u2019il y ait des saisies de chiens pendant la campagne», avance-t-il.M.Downey affirme être particulièrement attristé par le fait que plusieurs citoyens se soient déjà départis de leur animal de compagnie, le délai prescrit par la Ville dans sa première lettre ayant été fixé au 21 septembre.De son côté, la SPCA de Montréal s\u2019est dite « extrêmement soulagée ».L\u2019organisme trouvait « scandaleux que des gens qui voulaient se conformer au règlement soient ciblés par la Ville », a déclaré au Devoir son avocate, Me Sophie Gaillard.La SPCA craignait également de faire face à une importante vague d\u2019abandon d\u2019animaux.« Mais ça ne règle pas le problème, c\u2019est pourquoi on continue notre combat » , soutient Me Gaillard.La SPCA conteste la légalité des dispositions concernant les chiens de type pit- bull dans le règlement de la Ville.Une audience préliminaire aura lieu le 15 décembre afin de déterminer les dates des prochaines procédures.Le Devoir Sursis de trois mois pour les propriétaires de pitbulls La demande de permis devra être déposée le 21 décembre au plus tard ISTOCK Plus de 500 propriétaires de chiens pitbull n\u2019ont pas encore terminé les démarches pour obtenir le droit de garder leur animal.Philippe Couillard serait certainement ravi que TransCanada annonce l\u2019abandon d\u2019Énergie Est A L E X A N D R E S H I E L D S A vec plus de sept milliards de téléphones intelligents vendus dans le monde depuis 10 ans, cette technologie est devenue un imposant problème environnemental, notamment en raison des ressources nécessaires pour fabriquer les appareils.C\u2019est ce que démontre une analyse publiée lundi par l\u2019Agence française de l\u2019environnement et France Nature Environnement (FNE).«Tout au long de son cycle de vie (de l\u2019extraction des matières premières, en passant par sa fabrication, son transpor t, son utilisation et sa fin de vie), un téléphone intelligent a des impacts sur l\u2019environnement, auxquels s\u2019ajoutent des impacts sociaux et sanitaires », rappellent les organisations, à la veille de la sortie, mardi, des nouveaux modèles de iPhone.L\u2019ampleur des ressources accaparées par ces appareils est particulièrement révélatrice.Selon les calculs de l\u2019Agence française de l\u2019environnement, pas moins de 70 kilos de matières premières sont nécessaires pour produire, utiliser et éliminer un seul téléphone intelligent, « soit 600 fois le poids d\u2019un téléphone».Les impacts environnementaux sont surtout concentrés au moment de la fabrication, en raison de l\u2019extraction des ressources et de leur transformation.Même si le « secret industriel » qui entoure leur fabrication « limite » la connaissance précise des matériaux nécessaires pour fabriquer un téléphone, l\u2019organisation écologiste FNE évalue que chaque appareil comporte environ 70 matériaux différents.Ceux-ci sont essentiellement issus de matières premières non renouvelables.« Ces matériaux sont présents en petite quantité, et leur alliage par fois complexe rend nombre d\u2019entre eux dif ficiles à recycler», précise l\u2019organisme.À titre d\u2019exemple, pas moins d\u2019une cinquantaine de métaux sont utilisés pour fabriquer un tel appareil, «soit deux fois plus que pour un téléphone portable ancienne génération».Ces métaux comptent d\u2019ailleurs pour 40 % à 60 % du poids de l\u2019appareil.Et s\u2019il s\u2019agit majoritairement de cuivre, de zinc, d\u2019aluminium, d\u2019étain et de chrome, les téléphones contiennent également des métaux plus rares.L\u2019extraction de ces minerais, notamment en Chine, entraîne des conséquences environnementales importantes, selon FNE, qui souligne la «destruction d\u2019écosystèmes» et «des pollutions diverses ».L\u2019organisation fait aussi état des impacts sociaux liés aux ressources convoitées dans certaines régions du monde, en plus des mauvaises conditions de travail qui prévalent dans plusieurs exploitations minières.France Nature Environnement site des cas en République démocratique du Congo, dans la région des grands lacs africains, mais aussi en Amérique centrale et en Birmanie (Myanmar).Obsolescence Les téléphones cellulaires sont par ailleurs des produits qui illustrent de façon particulièrement éloquente le phénomène de l\u2019obsolescence.«Nous changeons de téléphone en moyenne tous les deux ans, alors que, dans 88% des cas, il est encore en état de fonctionner.Lorsqu\u2019un téléphone rencontre un problème, seuls 14% des propriétaires essaient de le faire réparer», notent les deux organisations françaises, en se basant sur des données européennes.Selon leur analyse, « des facteurs psychologiques et sociaux » peuvent expliquer ces changements fréquents, mais aussi le fait que, « dans la plupart des cas, les téléphones intelligents ne sont pas conçus pour être robustes et réparables, ni compatibles et évolutifs dans le temps » : batteries collées ou soudées, pièces de rechange indisponibles, etc.FNE estime cependant qu\u2019il est possible de réduire l\u2019empreinte environnementale de cette technologie, notamment en optant pour un appareil qui peut être réparé et qui est plus « durable », mais aussi en prenant soin de celui-ci.Le Devoir L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 DREW ANGERER AGENCE FRANCE-PRESSE/GETTY IMAGES Une femme teste un nouveau modèle de téléphone intelligent, lors du lancement de celui-ci à New York.TÉLÉPHONES INTELLIGENTS Une technologie devenue un imposant problème environnemental Plus de sept milliards d\u2019appareils ont été vendus dans le monde depuis 10 ans A M É L I P I N E D A E n plus d\u2019un étui à couteau de chasse, un billet de consultation indiquant des troubles d\u2019anxiété et d\u2019humeur dépressive a été trouvé par des enquêteurs dans le logement de l\u2019homme accusé d\u2019avoir poignardé à mort une employée d\u2019un supermarché Maxi.Lorsque les policiers ont épinglé l\u2019homme suspecté du meurtre de Clémence Beaulieu-Patry, ils ont fouillé de fond en comble l\u2019appartement d\u2019Hochelaga où il habitait avec sa mère.Dans la chambre en désordre de Randy Tshilumba, les enquêteurs ont notamment mis la main sur des documents qui évoquent des troubles de santé mentale.Un avis de consultation clinique mentionne des problèmes d'«anxiété et des symptômes de dépression aggravés par sa situation sociale difficile».La juge Hélène Di Salvo a rapidement mis en garde les jurés qu\u2019à ce stade-ci du procès, ces éléments ne sont pas pertinents puisque le contenu n\u2019a pas été confirmé par les experts qui les auraient établis.Un flacon de Citalopram, un médicament dont l\u2019utilité n\u2019a pas été spécifiée au jury, portant le nom de l\u2019accusé, a aussi été trouvé dans une armoire de cuisine.Lors de la fouille, les policiers ont saisi l\u2019étui d\u2019un couteau de chasse dans un coffret de sécurité rangé dans le garde-robe de la chambre de Randy Tshilumba, a expliqué l\u2019enquêteuse en identité judiciaire, Chantale Cusson.L\u2019agente Cusson a également expliqué au jury avoir refait le parcours suivi par Randy Tshi- lumba après avoir visionné des images de surveillance du supermarché quelques heures après le drame.Le meur tre de Clémence Beaulieu-Patr y n\u2019a toutefois pas été capté par les bandes vidéo.L\u2019enquêteur David Desro- chers a expliqué plus tard que l\u2019endroit où s\u2019est produite l\u2019attaque était «hors champ».Impassible Vêtu de la même chemise bleue que lors de ses précédentes audiences, Randy Tshi- lumba est resté pratiquement immobile tout au long de la deuxième journée de son procès.Devant une série de photos où on aperçoit le corps de la jeune femme de 20 ans au sol, recouvert d\u2019un drap jaune, l\u2019homme de 21 ans n\u2019a levé que les yeux vers l\u2019écran qui les af fichait.Les images les plus sanglantes, où on voit entre autres les blessures de la victime, ont été retirées et n\u2019ont pas été montrées aux jurés, a expliqué la Couronne.L\u2019accusé aurait fait le tour du supermarché avant de se rendre directement vers Clémence Beaulieu-Patry et de la poignarder à 14 reprises dans une allée de vêtements pour enfants, avait indiqué la semaine dernière la Couronne dans son exposé introductif.Dans les semaines précédant le drame, l\u2019accusé aurait rôdé dans l\u2019épicerie où travaillait la victime.Il s\u2019y serait présenté trois fois «sans y faire d\u2019achat», avait-elle aussi souligné.Randy Tshilumba et Clémence Beau- lieu-Patr y ont fréquenté la même école secondaire, mais n\u2019étaient pas amis selon les premiers témoins entendus la semaine dernière.Quelques jours avant le drame, le 4 avril, l\u2019accusé aurait abordé Clémence Beaulieu-Pa- try au Maxi pour lui demander notamment son numéro de téléphone.Elle aurait refusé.Le procès se poursuit mardi au palais de justice de Montréal.Le Devoir MEURTRE AU MAXI L\u2019accusé souffrirait de troubles d\u2019anxiété et de dépression Détention : l\u2019isolement est-il constitutionnel?Toronto \u2014 La pratique de l\u2019« isolement préventif » d\u2019un détenu en cellule fait l\u2019objet d\u2019une contestation judiciaire cette semaine à Toronto.Des organismes de défense des libertés civiles contestent la constitutionnalité de cette pratique qui consiste à « envoyer au trou » un détenu récalcitrant, agressif ou menacé \u2014 ce qui équivaut selon eux à un « isolement cellulaire indéfini ».Un tribunal de l\u2019Ontario avait rejeté en juillet la requête du gouvernement fédéral, qui voulait reporter l\u2019audition de la contestation judiciaire parce que le Parlement a entre-temps proposé des changements aux lois, afin d\u2019encadrer davantage cette pratique pénitentiaire.La Presse canadienne Mexique : le bilan du séisme s\u2019élève à 96 morts Mexico \u2014 Le bilan du séisme d\u2019une magnitude de 8,2 qui a frappé jeudi soir le sud du Mexique est passé à 96 morts, après l\u2019annonce de six nouveaux décès dans l\u2019État de Oaxaca, le plus affecté du pays, a annoncé lundi la présidence.Eduardo Sanchez, le porte-parole de la présidence a confirmé à l\u2019AFP l\u2019information donnée par le gouverneur de Oaxaca, Alejandro Murat, à une télévision locale.M.Sanchez a également annoncé le déplacement du président mexicain, Enrique Peña Nieto, lundi dans cette zone, où sont prévues des distributions de vivres et de couvertures.Agence France-Presse Coderre recrute un justicier masqué L\u2019animateur de radio Marc-An- toine Audette, du duo des Justiciers masqués, sera candidat à un poste de conseiller dans l\u2019arrondissement du Sud-Ouest avec L\u2019Équipe Denis Coderre lors les élections de novembre.«Il ne sera plus masqué.Il va jouer le rôle de justicier tout court», a souligné le maire Co- derre, lundi, alors qu\u2019il dévoilait son équipe de candidats pour le Sud-Ouest, détenu par Projet Montréal.Denise Mérineau, fondatrice des Brasseurs de Montréal, affrontera Benoit Dorais à la mairie du Sud-Ouest.Le Devoir S Y L V I A R E V E L L O L a reconnaissance faciale peut-elle déceler l\u2019homosexualité ?Développée à l\u2019Université Stanford, au sud de San Francisco, dans la Silicon Valley, une intelligence artificielle (IA) relance cette théorie controversée.Après avoir analysé 35 000 visages référencés sur un site de rencontres américain, elle prétend pouvoir déceler l\u2019homosexualité d\u2019un individu à partir de sa photo.Tristement surnommé « gaydar », l\u2019outil atteindrait, selon ses créateurs, un taux d\u2019exactitude de 91%.Publiée dans The Journal of Personality and Social Psychology, l\u2019étude a ensuite été relayée par The Economist.Jugé discriminant et dangereux par les associations LGBT et bien au-delà, le nouvel outil soulève évidemment un profond questionnement éthique.Le biais physionomiste pose d\u2019emblée problème.L\u2019IA af firme notamment que les homosexuels ont des « caractéristiques » , des « expressions » et des « styles vestimentaires » plus féminins que les hétérosexuels et vice versa.L\u2019étude détecterait aussi des mâchoires plus étroites, des nez et fronts plus longs chez les gais ; ainsi que des mâchoires plus grandes et des fronts plus petits chez les femmes lesbiennes.Des traits que les chercheurs attribuent aux hormones, en particulier la testostérone.«Junk science» Face à ces conclusions lourdes de stéréotypes, The Human Rights Campaign (HRC) et GLAAD, deux des principales associations LBGT aux États- Unis, dénoncent une « junk science dangereuse et imparfaite».«Imaginez un instant les conséquences si cette recherche était utilisée pour soutenir les ef- for ts d\u2019un régime autoritaire dans l\u2019identification et la persécution des citoyens présumés gais», tance le directeur du HRC pour l\u2019éducation, Ashland Johnson.«Cet outil peut exposer publiquement des personnes homosexuelles et les placer en situation de vulnérabilité.» «Cet article est basé sur une vision absolument binaire, essentialiste et exclusive des orientations sexuelles humaines», s\u2019indigne le sociologue spécialiste des réseaux sociaux Antonio Casilli dans un billet de blogue acéré.Interrogé par The Guardian, le coauteur de l\u2019étude, Michal Kosinski, fait par t de son incompréhension.«L\u2019outil de reconnaissance faciale existait déjà, explique-t-il.Le but de l\u2019étude était précisément d\u2019exposer les potentielles utilisations dangereuses de l\u2019IA et de plaider pour une réglementation stricte qui protège la vie privée.» Face aux critiques, le chercheur a réitéré le « risque que présentent ces nouvelles technologies » et a encouragé les internautes à ne « pas rejeter des résultats par simple désaccord idéologique».Retour en arrière Il n\u2019empêche, l\u2019étude réactive la théorie sur l\u2019origine biologique de l\u2019identité sexuelle.« Quel est l\u2019objectif de cette recherche ?s\u2019insurge Florent Jouinot, agent communautaire pour l\u2019association suisse Vo- Gay.Sur quoi se base-t-elle ?» Penser que l\u2019homosexualité se lit sur les visages est, à ses yeux, une idée « totalement aberrante ».Elle repose toutefois sur toute une idéologie.« On revient en arrière, à l\u2019époque d\u2019Erving Gof fman et de sa théorie des stigmates, es- time-t-il.L\u2019homosexualité doit pouvoir se voir, se détecter, sinon elle inquiète.» En août dernier, les éditeurs du logiciel espion Fireworld, hébergé en Suisse, avaient dispensé des conseils pédagogiques aux parents pour déceler des signes d\u2019homosexualité chez leur enfant.Cible de vives critiques, la page avait finalement été supprimée.Cette polémique pose finalement une question cruciale : au ser vice de quoi doit-on convoquer la science ou la technologie ?Que ce soit pour croiser les interactions sociales entre individus ou analyser leur visage, la technologie du Big Data serait plus utile pour certaines causes\u2026 Au hasard, la lutte contre les discriminations.Le Temps Une intelligence artificielle capable d\u2019identifier l\u2019orientation sexuelle d\u2019un individu à partir de sa photo ?Un outil développé par l\u2019Université Stanford suscite la colère.SCIENCES Quand la technologie traque l\u2019homosexualité L\u2019Université Stanford subit les critiques pour avoir développé un programme qui permet de déceler l\u2019orientation sexuelle d\u2019un individu à partir de sa photo L A U R E N T C Z E R N I E J E W S K I à Pointe-à-Pitre Coupure d\u2019électricité à 5h30, nous sommes calfeutrés dans la maison d\u2019un ami sur la route de Pic Paradis (point culminant de l\u2019île).J\u2019ai avec moi mon sac à dos contenant quelques af faires de rechange et mon passeport, un ordinateur portable et mon appareil photo.Deux heures plus tard, lors du passage de l \u2019œil de l \u2019ouragan, nous avons observé le désastre par les fenêtres.Dehors, l\u2019apocalypse.Voiture détruite, arbres arrachés, le jardin est recouvert de tôles provenant des toits des voisins.Après le passage de l\u2019œil, l\u2019enfer reprend.Le sol de la maison se met à bouger.Le vent fait un bruit d\u2019enfer.Le toit est une passoire et nous tentons tous de trouver la position la moins inconfortable pour éviter l\u2019eau.Le passage de l\u2019ouragan semble interminable.Deux heures plus tard, le vent semble se calmer.Nous sortons observer les dégâts.Par chance, contrairement à des centaines de maisons à Saint-Martin, notre toit, en tuiles et pas en tôle, ne s\u2019est pas envolé.Premier réflexe : vérifier l\u2019état de la maison et la sécuriser pour le passage de José, le second ouragan, dont nous savons qu\u2019il rode dans les parages.Les premiers témoignages de voisins, qui ont perdu leur maison, font état de pillages dans les magasins de l\u2019île.Nous sommes complètement coupés du reste du monde.Pas de téléphone, pas d\u2019électricité.Impossible de se déplacer.Pour aller où d\u2019ailleurs?Nous apprenons que le centre de gestion de crise a été déplacé de la préfecture, apparemment détruite, jusqu\u2019à la gendarmerie de la Savane.Les rumeurs de pillages s\u2019amplifient, vite confirmées par un gendarme que nous croisons.Ce sont des villas isolées, paraît-il, qui sont maintenant la cible des pilleurs.Nous sécurisons la maison pour la nuit.La famille qui m\u2019héberge, un couple et leurs quatre enfants, est inquiète.Je n\u2019ai plus de téléphone.Par chance, l\u2019ami qui m\u2019héberge dispose d\u2019un téléphone satellite.Je dispose de quelques secondes pour rassurer ma femme et mon fils, rentrés en métropole quelques jours plus tôt.Le lendemain, après être allé prendre des nouvelles d\u2019un collègue, lui aussi épargné, je me rends à moto à Baie Nettlé (près de Marigot, le chef-lieu), où se trouve mon appartement, ce qui me permet d\u2019éviter les embouteillages.Le spectacle est ef frayant.Presque toutes les maisons ont été décimées.Des tas de tôles, de branches, de ferraille jonchent les côtés de la route.Au sommet de la colline d\u2019Agrément, quelques personnes, le téléphone portable levé vers le ciel, tentent de capter le réseau téléphonique.Je traverse Marigot dévasté.Près du cimetière, un catamaran de plusieurs tonnes est posé au milieu de la route.Un voilier a fracassé le mur du cimetière.Un troisième barre la route.Demi-sardine Traversée du quartier populaire de Sandy Ground.Il est ravagé.Les habitants s\u2019activent à débarrasser les débris.Les supérettes chinoises, qui font régulièrement l\u2019objet de braquages à main armée, sont pillées.La foule se réunit devant l\u2019une d\u2019elles et, passant sous le rideau métallique, vide le peu de marchandises qui restent.Je poursuis ma route.Les résidences de la Baie Nettlé ont été balayées par la violence des vagues.Mon appartement est toujours debout, mais tout autour, tout est détruit.Après avoir récupéré mes réserves d\u2019eau et de nourriture, je reprends le chemin de mon abri de Pic Paradis.Le lendemain, la nouvelle du renforcement de José en ouragan de catégorie 2 nous ravage.Comment affronter une nouvelle fois des vents aussi violents, avec les déchets qui jonchent les rues?Tant bien que mal, en nous rationnant, nous prévoyons un abri de repli, avec de la nourriture et de l\u2019eau.Un verre d\u2019eau le matin, une poignée de riz à midi, accompagné d\u2019une demi- sardine en boîte.Les enfants ont faim.Nous avons soif.Mais nous avons vite compris que les secours que nous attendons n\u2019arriveront pas avant le passage de José.L\u2019inquiétude grandit.Dans la soirée, soulagement: nous apprenons que José va passer très au nord de Saint-Mar- tin.Malheureusement, il devrait nous apporter pas mal de pluie.Or, le toit de la maison, s\u2019il est encore entier, est une passoire.Moral à zéro.Mais l\u2019espace d\u2019un instant, nous captons le réseau téléphonique.Rapide message rassurant à la famille restée en métropole.Puis perte du réseau.Nouvelle remise en état de la maison.J\u2019apprends dimanche dans la soirée que cer tains quar tiers sont vite devenus malsains.Les ren- for ts devraient arriver demain.Toute la journée, nous observons le ballet incessant des hélicoptères qui reviennent probablement de Quartier d\u2019Orléans et se dirigent vers l\u2019hôpital.Combien de victimes ?Le fait qu\u2019aucun chif fre of ficiel ne soit donné me glace le sang.Prison Je tente de prendre des nouvelles de mes amis.Tous ont sur vécu à Irma, mais nombreux sont ceux qui ont perdu leur maison et tout ce qu\u2019ils possédaient.La famille qui m\u2019héberge parvient à se faire évacuer vers la Guadeloupe.Quant à moi, j\u2019ai appris la veille que certains ont réussi à par tir en avion.Je n\u2019ai plus rien.Mon appartement a disparu, plus de téléphone, j\u2019ai une bouteille d\u2019eau avec moi et un morceau de pain.Je tente de rallier à pied l\u2019aéroport de Grand Case pour rejoindre la Guadeloupe puis la France, où ma famille m\u2019attend.Je parviens à passer les dif férents barrages, et arrive à l\u2019aéroport où des centaines de personnes attendent un avion.Pour moi, une fenêtre s\u2019ouvre et j\u2019en profite égoïstement.Lorsque les roues de l\u2019ATR quittent la piste de l\u2019aéroport de Grand Case, où je suis arrivé il y a à peine deux ans, j\u2019ai le sentiment de m\u2019évader d\u2019une prison.En prenant de la hauteur, je découvre un spectacle que probablement, en métropole, les téléspectateurs voient depuis plusieurs jours sur leur écran.Je suis maintenant à l\u2019aéroport de Pointe-à-Pitre.Saint- Martin est derrière moi.Je n\u2019émerge toujours pas du cataclysme et de l\u2019angoisse dans lesquels nous avons été plongés.Je n\u2019ai plus rien à Saint-Mar- tin.Plus de logement, plus de boulot.Mais tous mes amis sont en vie.Je ne retour nerai pas à Saint-Martin.Agence France-Presse L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 5 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 GETTY IMAGES Deux importantes associations de défense des droits LGBT aux États-Unis dénoncent une dérive pouvant mener à plus de discrimination envers les personnes gaies avec cette technologie de reconnaissance photo.« Je ne retournerai pas à Saint-Martin» : après plusieurs jours coupé du monde, le correspondant de l\u2019AFP, Laurent Czernie- jewski, marqué par le passage d\u2019Irma et ses conséquences apocalyptiques, a décidé de quitter l\u2019île définitivement.Il raconte ses derniers jours sur place.L\u2019ouragan Irma, vécu de l\u2019intérieur Le journaliste Laurent Czerniejewski raconte le passage de l\u2019ouragan destructeur à Saint-Martin Cet outil peut exposer publiquement des personnes homosexuelles et les placer en situation de vulnérabilité Antonio Casilli, sociologue spécialiste des réseaux sociaux « » Tuberculose : Ottawa doit des explications aux Inuits, dit un expert L\u2019une des figures internationales les plus connues en matière de lutte contre le sida affirme que le Canada doit aux Inuits une explication sur ce qui s\u2019est produit lorsque leurs proches ont été éloignés de leur domicile pour soigner une tuberculose, dans les années 1950 et 1960.Stephen Lewis, codirecteur de AIDS-Free World et ancien envoyé spécial des Nations unies pour le VIH/sida, décrit la situation comme «un autre niveau du phénomène des pensionnats autochtones», et affirme qu\u2019elle continue de compliquer la façon de traiter le problème de la tuberculose aujourd\u2019hui.M.Lewis a travaillé à l\u2019étranger pendant des années à la lutte contre le VIH/sida et la tuberculose, qui sont étroitement liés.Lors d\u2019une récente conférence en Afrique du Sud, il a appris que la tuberculose était toujours un problème important dans son pays d\u2019origine.La maladie est quasi inexistante dans le sud du Canada, mais on la retrouve dans plusieurs réserves du nord.La Presse canadienne Je n\u2019émerge toujours pas du cataclysme et de l\u2019angoisse dans lesquels nous avons été plongés es déboires de la présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, Tamara Thermitus, et l\u2019intention de tenir à huis clos les consultations sur la discrimination systémique et le racisme ont achevé la crédibilité de cet exercice périlleux.Visée par trois plaintes pour abus d\u2019autorité, mauvaise gestion et manque de respect envers le personnel à peine six mois après son entrée en fonction, Mme Thermitus n\u2019a pas la crédibilité exigée pour s\u2019attaquer à ce dossier miné.N\u2019eût été la pression du gouvernement Couil- lard, la Commission n\u2019aurait sans doute pas envisagé de sonder le cœur des Québécois de tous horizons.La perméabilité de l\u2019organisme face aux calculs électoralistes du gouvernement (lui-même poussé dans le dos par une résolution des jeunes libéraux) n\u2019est pas de nature à rassurer quant à l\u2019indépendance de cette consultation.Et la transparence n\u2019y est pas.La Commission veut sous-traiter son jugement à une vingtaine d\u2019OBNL (pour le moment inconnus), qui doivent mener des consultations cet automne.Les témoignages seront recueillis à l\u2019insu du public et des médias.C\u2019est là un autre écueil.Comment le public pourra-t-il accepter les recommandations à venir s\u2019il est tenu dans l\u2019ignorance des travaux?Aussi bien mettre un terme à cette triste farce.Quoi qu\u2019il advienne, le rapport sera torpillé par la CAQ et le PQ, qui prévoient un procès en discrimination systémique des Québécois.Le premier ministre Philippe Couillard a déjà commencé celui de Jean- François Lisée, en l\u2019accusant injustement de «négationnisme».Cela dit, il ne faudrait surtout pas que le débat sur le racisme et la discrimination systémique soit frappé d\u2019un tabou au Québec.Ces questions font partie intrinsèque du mandat de la Commission.Son rapport de 2008 (La diversité : une valeur ajoutée) est d\u2019ailleurs riche de propositions qui n\u2019ont pas toutes été suivies.Tout est dans la manière.Une politique de lutte contre le racisme et la discrimination doit reposer sur des données ?ables et mesurées, et non sur des états d\u2019âme livrés derrière des portes closes.Par ailleurs, la Commission ferait mieux de se distancier des joutes politiques du moment dans la poursuite de sa mission.Il en va de sa crédibilité.Même s\u2019ils demeurent des phénomènes marginaux, le racisme et la discrimination sont bien réels au Québec, et ils freinent l\u2019élan des groupes minoritaires ou racisés qui en font les frais, entre autres dans l\u2019accès à l\u2019emploi et au logement, et dans leurs rapports avec les autorités publiques.Les solutions à ces problèmes sont connues depuis belle lurette.Il suf?t de les mettre en application.Il serait injuste de dire que le gouvernement canadien est resté les bras croisés face aux appels à l\u2019aide des Canadiens coincés sur les îles ravagées par l\u2019ouragan Irma.Il n\u2019a toutefois pas été à la hauteur des attentes de ces citoyens et doit revoir ses pratiques.ans les jours qui ont précédé l\u2019arrivée d\u2019Irma dans les Caraïbes, le ministère du Développement international, de concert avec la Croix- Rouge, a rapidement déployé des provisions de nourriture et d\u2019eau pour venir en aide aux futurs sinistrés.Depuis la catastrophe, de l\u2019aide humanitaire a été envoyée, du personnel spécialisé déployé.Bref, ce ministère a fait son travail.C\u2019est malgré tout la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, et son collègue des Transports, Marc Garneau, qu\u2019on a envoyés au front pour défendre l\u2019aspect le moins reluisant de la réponse canadienne, celui des services consulaires, qui relèvent de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.À voir la brochette de ministres, de fonctionnaires et de militaires réunis pour rencontrer la presse lundi et annoncer de nouvelles évacuations pour le jour même, on a compris que le gouvernement sentait la soupe chaude.On a rappelé que, quelques jours avant qu\u2019Irma ne déferle, le ministère avait diffusé un avertissement enjoignant aux voyageurs menacés par le monstre de quitter leur île pour se mettre en lieu sûr.Mais encore fallait-il trouver une place sur les vols qui se sont remplis à vue d\u2019œil.Il était certain que plusieurs Canadiens resteraient coincés.Environ 9000, présents dans la région touchée par Irma, étaient enregistrés auprès du ministère des Affaires étrangères.En date d\u2019hier, 368 avaient demandé explicitement de l\u2019assistance pour être rapatriés.Ces appels à l\u2019aide ont vite fait place à une frustration qui s\u2019est manifestée dans les médias et sur les réseaux sociaux : dif- ?culté d\u2019entrer en contact avec les ser vices consulaires, conseils jugés contradictoires, absence de plan clair d\u2019évacuation.Pendant ce temps, des avions militaires d\u2019autres pays évacuaient leurs ressortissants.À Ottawa, on défend le travail des services consulaires.On rappelle que les infrastructures de communications et de transport dans les îles touchées ont été gravement endommagées et que cela a rendu la situation plus complexe et chaotique.De plus, faire atterrir et décoller des avions dans un tel contexte exige l\u2019autorisation des autorités locales, ce qui explique la lenteur à faire repartir un vol d\u2019Air Canada arrivé dimanche aux îles Turks et Caicos.Les pays qui ont des territoires et des bases militaires dans la région ont aussi pu déployer des appareils à l\u2019avance, ce qui leur a facilité la tâche, de souligner Mme Bibeau en conférence de presse.Tout cela est vrai, mais certains choix du gouvernement canadien exigent des explications, en particulier celui de s\u2019appuyer entièrement sur les compagnies aériennes pour assurer le rapatriement.Ces dernières n\u2019ont pas lésiné sur leurs efforts et ont étroitement collaboré avec le gouvernement.Mais devant l\u2019ampleur de la menace qui planait sur cette région où des milliers de Canadiens se trouvaient, Ottawa aurait pu déployer à l\u2019avance un avion militaire, ne serait-ce que pour être capable d\u2019évacuer d\u2019urgence d\u2019éventuels blessés.« Il s\u2019agit d\u2019une situation sans précédent, une occasion d\u2019apprendre et d\u2019améliorer nos façons de faire», a convenu lundi Omar Al- ghabra, secrétaire parlementaire de la ministre Freeland pour les affaires consulaires.C\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, et on peut déjà lui offrir quelques pistes, comme améliorer les communications avec les voyageurs, se doter d\u2019un solide plan de contingence et réévaluer sa réticence à utiliser ses ressources militaires dans des circonstances semblables.L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Caricature de démocratie S\u2019il y avait un parti dans les limbes pour les pratiques démocratiques, c\u2019était bien Québec solidaire lors de son congrès de mai 2017.Car jamais en 40 ans de militantisme n\u2019avais-je participé à une assemblée délibérante où il n\u2019y avait pas un micro à l\u2019intention des POUR et un autre à l\u2019intention des CONTRE en plénière.Au congrès de QS, on avait plutôt droit à un micro pour les HOMMES, un autre pour les FEMMES et un troisième pour les PAS DE GENRE.Comme si les opinions sur des propositions pouvaient être déterminées par le sexe des inter venants ! De sorte que nous avons eu droit à des débats complètement déséquilibrés, sans contrôle du nombre d\u2019interventions pour ou contre les propositions soumises au débat.Je le sais, j\u2019y étais en tant que délégué.Je le répète, je participe depuis des lustres à des assemblées générales délibérantes dans des organisations démocratiques tant en économie sociale que dans le milieu communautaire.Or, nulle part ailleurs n\u2019ai-je vu une telle caricature de démocratie sembla- L I B R E O P I N I O N S E R G E G O D I N Fondateur et président exécutif de CGI L O U I S R O Y Président de Groupe Optel et chef de file industriel de la « super grappe» H É L È N E D E S M A R A I S Présidente du conseil et chef de la direction du Centre d\u2019entreprises et d\u2019innovation de Montréal (CEIM), et présidente du conseil de HEC Montréal L O U I S T Ê T U Président et chef de la direction de Coveo L\u2019 intelligence artificielle (IA) déclenche une vague sans précédent de transformations numériques.Nous sommes engagés dans une course mondiale à l\u2019innovation.La compétition entre les entreprises elles-mêmes et entre les pays est féroce pour le talent, la technologie et l\u2019accès aux marchés.Le PIB mondial devrait augmenter de 14% d\u2019ici 2030 grâce au développement accéléré et l\u2019adoption de l\u2019intelligence artificielle.Les entreprises et les pays qui seront les premiers à adopter les applications diversifiées de l\u2019IA gagneront cette course à l\u2019innovation, ce qui rend plus urgente que jamais la nécessité d\u2019accélérer la transformation numérique de notre société et de notre économie.Les chaînes d\u2019approvisionnement sont le maillon essentiel de la vitalité économique du Canada: elles représentent près d\u2019un million d\u2019emplois directs, concernent 25% de notre PIB et irriguent tous les secteurs d\u2019activité.Ainsi, 88% des entreprises ont une chaîne d\u2019approvisionnement mondiale, ce qui représente mille milliards de dollars en import-export, et des millions de tonnes transportées chaque année.Le pivot autour duquel doit s\u2019articuler cette mobilisation industrielle canadienne est la gestion «intelligente» de la chaîne d\u2019approvisionnement : l\u2019IA appliquée à sa gestion stratégique est destinée à occuper le premier plan dans le nouvel écosystème d\u2019innovation au Canada en raison de son impact décisif sur sa compétitivité et sa croissance économique durable et inclusive.Dans le cadre d\u2019une initiative fédérale, jusqu\u2019à 950 millions de dollars seront investis de 2017 à 2022 à l\u2019appui de super grappes d\u2019innovation dirigées par les entreprises présentant le plus grand potentiel de dynamiser l\u2019économie et de devenir des moteurs de croissance.Dans le contexte de cette initiative, des investissements stratégiques seront réalisés conjointement avec l\u2019industrie dans des propositions audacieuses et ambitieuses.La création projetée d\u2019une super grappe industrielle d\u2019innovation sur les «chaînes d\u2019approvisionnement propulsées par l\u2019intelligence artificielle (IA)» suscite déjà une mobilisation impressionnante.Ce consortium est appuyé par plus de 60 chefs de file industriels au Canada.Des institutions de recherche de classe mondiale sont associées à cette proposition : l\u2019Institut pour la valorisation des données IVADO avec son expertise combinée de plus de 1000 scientifiques, dont 150 chercheurs de Polytechnique Montréal, HEC Montréal, UDM et McGill auxquelles s\u2019ajoutent pour ce projet la Faculté d\u2019ingénierie de l\u2019Université de Waterloo, l\u2019Université Laval et l\u2019Université de Toronto.Il a déjà généré un potentiel de nouveaux investissements de plus de 420 millions de dollars du secteur privé.Avec son siège social à Montréal et centré sur le Québec et l\u2019Ontario, il aura un impact pancanadien.Il peut être immédiatement mis en œuvre, car il tire parti de capacités industrielles et de recherche existantes.Cette super grappe permettra d\u2019accélérer le développement et l\u2019adoption des toutes dernières technologies transformatrices, de former et retenir les meilleurs talents, d\u2019accompagner les entreprises dont le potentiel de croissance est le plus fort et de créer des emplois bien rémunérés.Chaque entreprise, de la plus petite au Top 500 mondial, et tous les niveaux de gouvernement seront ainsi en mesure d\u2019adopter ces applications pour propulser leurs performance, efficacité, sécurité, durabilité et expérience client.Nous sommes prêts à contribuer ainsi à la conquête de notre nouvelle frontière : construire au Canada la chaîne d\u2019approvisionnement de l\u2019avenir, propulsée par l\u2019IA.Propulser le Canada aux premiers rangs de la course mondiale pour l\u2019innovation FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ble au congrès printanier de QS.Alors qu\u2019au congrès du PQ auquel je viens d\u2019assister en tant qu\u2019invité provenant du milieu coopératif, j\u2019ai vu des discussions en plénière où l\u2019équilibre du nombre d\u2019inter ventions POUR et CONTRE était scrupuleusement respecté, évidemment quand il y avait débat, le tout se déroulant de manière policée au micro désigné pour chacun des deux types d\u2019intervention comme ça se fait partout ailleurs\u2026 Sauf à QS.Pierre-Alain Cotnoir Le 10 septembre 2017 CANADIENS PRISONNIERS D\u2019IRMA Un test raté CONSULTATION SUR LE RACISME Une triste farce D L MANON CORNELLIER BRIAN MYLES Les idées de l\u2019autre Qu\u2019il est difficile d\u2019être un intellectuel au pays du Québec ! Qu\u2019il est encore plus risqué d\u2019oser parler de nos racines ! Bien sûr, il est moins périlleux de se fondre dans le grand nulle part, d\u2019où l\u2019on ressort usiné, dépossédé de particularités, transparent.L\u2019ar ticle de Michel Lapierre, « L\u2019utopie comme étincelle d\u2019espoir » (Le Devoir, 9 et 10 septembre 2017), portant sur le livre de Jacques Pelletier, est tout simplement navrant.Bien sûr, Jacques Pelletier a parfaitement le droit de défendre son point de vue dans son livre.Mais ce sont les commentaires désobligeants de Michel Lapierre à l\u2019égard de Mathieu Bock-Côté qui détonnent.Michel Lapierre se réjouit d\u2019une façon malsaine de la satire de Jacques Pelletier à l\u2019égard de Mathieu Bock-Côté, qu\u2019il qualifie de «satire efficace bien méritée».Il se réfugie derrière l\u2019auteur du livre dont il fait la critique pour lancer ses fléchettes empoisonnées, étant sans doute bien incapable de le faire à découvert.Car il faut de l\u2019esprit et de la culture pour se mesurer à Mathieu Bock-Côté.Michel Lapierre frétille aux insultes de Jacques Pelletier qui traite Mathieu Bock-Côté de « singe savant ».Il en rajoute en parlant de «portrait plus vrai que nature ».On croirait un enfant qui lance des pierres aux passants, caché sur son balcon sous l\u2019œil bienveillant de papa- maman.En se travestissant en père Fouettard de nos intellectuels, Michel Lapierre ne se grandit pas, et fait reculer le sain débat d\u2019idées, déjà fragilisé au Québec.Huguette Poitras, écrivaine Québec, le 9 septembre 2017 L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L\u2019 été 2017 aura procuré de belles occasions de réfléchir à la notion de frontière.La frontière est une ligne : elle délimite l\u2019espace dans lequel prévaut une règle plutôt qu\u2019une autre.À l\u2019intérieur de la frontière canadienne s\u2019applique la loi canadienne, tandis qu\u2019à l\u2019extérieur, les lois d\u2019un autre État prévalent.Mais la ligne est loin d\u2019être étanche.Durant plusieurs semaines, des milliers de personnes se sont présentées aux frontières, la plupart réclamant le statut de réfugié.Il n\u2019en fallait pas plus pour que certains s\u2019interrogent sur ces transgressions de la frontière.Bien sûr, la frontière marque une limite.Mais elle doit s\u2019accommoder des actions destinées à garantir l\u2019effectivité des lois et des droits des personnes.Les conventions internationales auxquelles le Canada est partie garantissent à ceux qui se présentent à la frontière le droit de faire valoir, devant une instance indépendante, les raisons qui les qualifieraient comme réfugiés.Dans un tout autre registre, fin juin, la Cour suprême rendait une décision confirmant que les tribunaux canadiens peuvent prendre des ordonnances même à l\u2019égard d\u2019activités se déroulant en dehors du territoire canadien.Il était alors question d\u2019une ordonnance enjoignant à Google de supprimer de ses résultats de recherche les liens conduisant à des sites qui ont été jugés comme contrevenant à la loi canadienne.Voilà deux situations fort différentes qui illustrent le sens et la por tée de la frontière à l\u2019époque actuelle.Dans un cas, la frontière est transgressée afin d\u2019assurer l\u2019ef fectivité des conventions protégeant les réfugiés.Dans l\u2019autre cas, l\u2019effectivité de la loi canadienne peut nécessiter qu\u2019elle s\u2019applique au-delà des frontières.L\u2019effectivité des droits La frontière n\u2019a pas le caractère absolu que certains voudraient y voir.Son existence ne fait pas disparaître les obligations de respecter les droits fondamentaux.Certes, le droit de demeurer sur le territoire d\u2019un État est conditionné par les lois de celui-ci de même que les conventions internationales.Mais dès lors que ces mêmes lois reconnaissent aux demandeurs d\u2019asile qui se présentent à la frontière le droit d\u2019être entendus, cela peut nécessiter de transgresser la frontière.Les demandeurs d\u2019asile ont le droit de faire valoir leurs arguments et d\u2019exposer leur situation devant un juge disposant de l\u2019autorité pour décider de façon indépendante si la personne est dans la situation donnant ouverture au statut de réfugié.L\u2019impératif d\u2019effectivité des lois nationales explique le caractère relatif de la frontière.Ce caractère relatif joue dans le sens d\u2019une restriction de la faculté d\u2019un État de refuser l\u2019entrée sur son territoire.Il joue également dans le sens d\u2019une extension de l\u2019autorité des lois d\u2019un État au-delà de son territoire.Un État peut en effet estimer que le risque de rendre insignifiantes les mesures tendant à garantir le respect de ses lois justifie d\u2019imposer un interdit bien au-delà de la frontière territoriale.Dans sa décision de juin dernier, la Cour suprême a reconnu qu\u2019une ordonnance visant à forcer Google à supprimer des liens hypertextes menant à des contenus contrevenant aux lois canadiennes peut avoir effet à la grandeur de la planète.En cette époque où les distances perdent leur propriété d\u2019isoler, la frontière demeure un repère signalant l\u2019espace physique dans lequel s\u2019appliquent les lois d\u2019un État.Mais les lois d\u2019un État de même que les obligations qu\u2019elles imposent peuvent impliquer des devoirs à l\u2019égard de ceux qui traversent la frontière, voire qui se trouvent hors de la ligne qu\u2019elle trace.Dans le cyberespace, ces lois peuvent se trouver en concurrence avec celles d\u2019autres pays, voire d\u2019entreprises multinationales.L\u2019effectivité des lois nationales peut nécessiter leur application en dehors du territoire.Une limite relative Pour que soit effectif un droit reconnu par les lois, il peut être nécessaire de franchir la frontière.Une fois qu\u2019une personne est sur le territoire, il incombe à l\u2019État de mettre en œuvre ce qui est nécessaire pour déterminer si elle répond aux conditions du statut qu\u2019elle revendique.De la même façon, lorsqu\u2019une entreprise contrôlée de l\u2019étranger se livre à une activité qui contrevient aux lois canadiennes, les autorités ont la possibilité d\u2019ordonner que cessent les pratiques illégales même au-delà de la frontière territoriale.Dans l\u2019une et l\u2019autre de ces situations, le repère que constitue la frontière revêt un caractère relatif.Dans un monde caractérisé par le rétrécissement des espaces physiques et l\u2019existence de l\u2019espace virtuel, le cyberespace, il n\u2019est plus possible de considérer les frontières territoriales comme des lignes absolues : celles-ci doivent s\u2019accommoder de l\u2019impératif d\u2019efficacité des lois.Frontière et effectivité des lois PIERRE TRUDEL G U Y S P R U N G Directeur artistique, Infinithéâtre e Devoir et La Presse ont publié leur «rentrée culturelle» cet automne sans aucune mention d\u2019une seule production du théâtre en anglais au Québec.Jeu, l\u2019excellente revue de théâtre québécois, dans le numéro 162 de mai dernier intitulé : «Le répertoire québécois?», ne mentionne aucun auteur ou aucune production de théâtre québécois de langue anglaise.Le théâtre en anglais au Québec n\u2019est-il pas considéré comme suffisamment «culturel»?Ne sommes- nous pas des Québécois?Quebec Drama Federation (QDF) une organisation modeste, mais indispensable à la survie du théâtre en anglais au Québec, compte 19 compagnies professionnelles bien établies et 66 sociétés semi-professionnelles indépendantes.Mais outre la grande quantité de productions, c\u2019est l\u2019originalité, la diversité et, le plus important, la qualité de notre théâtre qui surprendrait l\u2019ensemble du Québec si seulement on connaissait notre existence.Malheureusement, l\u2019isolement linguistique nous rend invisibles aux francophones du Québec et ignorés par nos collègues du théâtre dans la langue de Molière.Nous sommes nés ici, ou avons vécu ici la vaste majorité de nos vies et nous avons choisi Montréal au détriment de Toronto ou des États-Unis parce c\u2019est notre chez-nous, et nous aimons mieux la qualité de vie d\u2019ici à une carrière plus lucrative hors Québec.Oui, la majorité des travailleurs du théâtre en anglais s\u2019identifient plus à Montréal qu\u2019au Québec, mais la plupart d\u2019entre nous sont férocement fiers de contribuer à la société québécoise.La plupart d\u2019entre nous parlent français et appuient la défense de la langue française et de la loi 101 parce que nous savons combien la protection de la langue française est nécessaire pour protéger l\u2019identité unique du Québec.Aussi, pour nous, le français est un peu comme la grande muraille de Chine qui empêche les barbares qui nous entourent d\u2019entrer.Certains d\u2019entre nous, comme moi, ont même rêvé d\u2019un Québec indépendant qui, dans l\u2019esprit de René Lé- vesque, célébrait la diversité, et «les autres» et les accueillait dans le «Projet québécois», Infinithéâtre, par exemple, se démarque comme «Le Théâtre québécois in English».Nous produisons uniquement des pièces d\u2019auteurs québécois contemporains.Combien de compagnies de théâtre professionnelles en français au Québec osent en faire autant?De plus, un grand nombre de concepteurs (décors, costumes, éclairage) avec qui nous travaillons proviennent du milieu francophone.Les répétitions se déroulent souvent dans les deux langues, même notre scénographe en résidence chez Infinithéâtre est française.L\u2019argent comme métaphore C\u2019est justement une de nos plus grandes forces de profiter de la diversité des compagnies de théâtre et des artistes qui travaillent en anglais au Québec.Mais nous sommes encore pour plusieurs « les Anglos », une appellation que beaucoup d\u2019entre nous rejettent avec acharnement, qui fait référence à l\u2019ancienne classe dominante anglo-saxonne protestante de West- mount, plutôt qu\u2019à la réalité d\u2019aujourd\u2019hui.Malheureusement, l\u2019argent dans notre société est une métaphore de notre système de valeurs: le TNM, considéré par certains comme notre théâtre national, est fièrement teinté d\u2019une esthétique européenne, d\u2019un théâtre plus blanc que blanc, capable, tel qu\u2019Olivier Choinière l\u2019avait mentionné dans sa lettre publiée dans Le Devoir du 14 mai dernier, de monter une production comme La bonne âme du Se-Tchouan.de Bertolt Brecht, avec une distribution de 18 acteurs et pas un seul artiste non blanc sur scène.Par opposition, le théâtre Teesri Duniya («Tiers monde» en hindi) qui produit depuis plus de 35 ans au Québec, principalement en anglais, dirigé par un Montréalais asiatique, présente un théâtre qui reflète les gens dans les rues et le métro de Montréal, le vrai nouveau monde du Québec, un public qui paye ses impôts aussi, mais qui ne franchira jamais le seuil de la porte du TNM.Eh bien, le CALQ vient de les informer qu\u2019ils ne recevront plus un sou en subvention de fonctionnement pour leurs productions.Le TNM, par contre, recevra 1,5 million de dollars par année pour les quatre prochaines années.Y a- t-il quelque chose qui ne va pas ici?Que faut-il faire pour être accepté comme Québécois?Dans une société où des membres d\u2019une minorité meurent tragiquement dans leur lieu de culte, n\u2019est-il pas possible que le théâtre joue un rôle d\u2019une certaine importance pour réconcilier les diverses solitudes qui forment notre société québécoise?Et pourquoi cela ne profiterait-il pas à la société québécoise dans son ensemble?Par ailleurs, la QDF, l\u2019organisation mentionnée précédemment qui favorise le théâtre de langue anglaise au Québec, vient d\u2019être informée que le CALQ lui retire son soutien financier.Pendant ce temps, l\u2019Association québécoise des marionnettistes recevra 26 250$ par année pour les quatre prochaines années.Sommes-nous moins importants que des marionnettes pour la société québécoise?Les artistes du théâtre en anglais sont-ils de vrais Québécois ?P H I L I P P E B O U D R E A U L\u2019auteur est membre du comité de rédaction de la revue À bâbord ! et enseignant en sciences politiques au Collège Ahuntsic histoire officielle a tendance à attribuer la paternité de la Charte de la langue française au seul Parti québécois.Or, elle découle en réalité d\u2019importantes mobilisations sociales qui s\u2019enracinent dans une longue trajectoire populaire de résistance à l\u2019oppression nationale.Au Canada, l\u2019économie capitaliste carbure à l\u2019oppression des peuples conquis.La bourgeoisie canadienne doit sa position privilégiée à sa capacité historique d\u2019exercer une mainmise sur le territoire, les ressources et l\u2019État central en subjuguant les nations minoritaires, qui n\u2019ont pourtant cessé de résister.En sciences sociales, plusieurs études publiées après la Seconde Guerre mondiale montrent qu\u2019au Canada, l\u2019appartenance à telle ou telle classe sociale (ou fraction de classe) coïncide dans une certaine mesure avec l\u2019identité ethnique ou nationale.Les lois et les institutions ont tendance à assurer la reproduction de cette structure sociale inégalitaire, particulièrement discriminatoire à l\u2019égard des autochtones, des francophones et des personnes issues de l\u2019immigration.Lorsque débute la Révolution tranquille, l\u2019éveil politique autour du caractère national (et social) de l\u2019oppression connaît un développement fulgurant au Québec ; c\u2019est l\u2019éclosion du néonationa- lisme québécois porteur d\u2019un projet modernisa- teur et inclusif, qui place au centre de sa raison d\u2019être l\u2019émancipation nationale, certes, mais aussi une certaine idée de la justice sociale, articulée au développement des fonctions de l\u2019État québécois.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut envisager les revendications linguistiques si l\u2019on veut en saisir la portée.Luttes syndicales et étudiantes Dans les années 1960, c\u2019est surtout par le truchement de la dimension « politiques linguistiques » de l\u2019oppression nationale que la classe ouvrière embrasse le néonationalisme québécois.Le français comme langue de travail dans l\u2019entreprise est au cœur des préoccupations.À partir de 1962, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) exige l\u2019adoption d\u2019une loi obligeant les employeurs à faire du français la langue des négociations collectives.En 1966, Louis Laberge, alors président de la FTQ, affirme «qu\u2019au Québec, comme dans tous les pays civilisés, la langue de travail doit être celle des travailleurs plutôt que celle du patronat ».En 1968, le congrès de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) prend position en faveur de la langue française comme langue de travail officielle au Québec.Plus important encore, au-delà des déclarations officielles, de dures luttes ouvrières placent la langue au cœur de l\u2019actualité sociopoli- tique jusqu\u2019au début des années 1970 ; c\u2019est le cas des conflits à la General Motors à Sainte- Thérèse en 1970 ou à la Firestone à Joliette en 1973, notamment.En parallèle, d\u2019importantes luttes citoyennes prennent forme, dont il ne faut pas oblitérer le caractère identitaire.Par exemple, l\u2019opération McGill français, en 1969, est intimement liée à l\u2019expression populaire d\u2019une volonté d\u2019avoir accès à l\u2019éducation supérieure en français, par la création d\u2019une seconde université francophone à Montréal.Aux yeux d\u2019éléments combatifs du mouvement étudiant et de divers secteurs de la gauche, « McGill doit se mettre au service de la collectivité québécoise, sor tir du giron de la haute finance, devenir français», comme le rapportait Lysiane Gagnon.Les lois linguistiques En 1969, la FTQ, opposée jusque-là à l\u2019unilin- guisme francophone officiel, entreprend un virage dans ce dossier après un congrès très polarisé où la direction de la centrale est contestée durement par sa base, mobilisée autour de revendications combatives.Ce virage en faveur de l\u2019uni- linguisme amène alors la FTQ à se joindre à la CSN et à la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ) pour dénoncer le projet de loi 63 introduit par le gouvernement de l\u2019Union nationale, qui consacre la liberté de choix des parents en matière de langue d\u2019enseignement et ouvre la porte à l\u2019anglicisation des immigrants.À cette époque, la CSN est soumise elle aussi aux pressions qui grandissent dans ses unités constituantes pour une action politique à la fois nationaliste et de gauche.En octobre 1969, la centrale se prononce pour l\u2019unilinguisme français au Québec à tous les niveaux.Il faut dire qu\u2019à cette date, l\u2019opposition à la loi 63 donne lieu à plusieurs impressionnantes manifestations, dont certaines réunissant quelques dizaines de milliers de personnes, souvent issues du mouvement étudiant, des rangs syndicaux, des organisations de gauche et des milieux nationalistes.[\u2026] En 1974, la CEQ dénonce le projet de loi 22 du gouvernement libéral, jugeant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une nouvelle forme d\u2019ouverture à l\u2019anglicisation.Le projet de loi prévoit la possibilité pour tout enfant de fréquenter l\u2019école anglaise dans la mesure où il démontre une connaissance suffisante de cette langue.Les centrales syndicales exigent alors des mesures beaucoup plus vigoureuses allant dans le sens de l\u2019unilinguisme français.[\u2026] Ainsi, si le gouvernement péquiste est en mesure d\u2019adopter la loi 101 en 1977, c\u2019est parce qu\u2019il peut s\u2019appuyer sur une longue trajectoire de résistance à l\u2019anglicisation de la société québécoise.Il impor te de se rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas la propriété du Parti québécois.Et que si son adoption a été rendue possible, ce n\u2019est pas \u2014 tant s\u2019en faut \u2014 grâce au génie ou aux remarquables efforts d\u2019une élite politico-technocratique.Des commentaires ou des suggestions pour des Idées en revues?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.La loi 101 est avant tout le fruit d\u2019une importante mobilisation populaire DES IDÉES EN REVUES Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru dans la revue À bâbord !, avril 2017, no 69.STEVE DEBENPORT GETTY IMAGES «Pour nous, le français est un peu comme la grande muraille de Chine qui empêche les barbares qui nous entourent d\u2019entrer», écrit Guy Sprung.L L\u2019 L E D E V O I R , L E M A R D I 1 2 S E P T E M B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel 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8000.D\u2019autant plus que le projet de loi fédéral n\u2019autorisera pas la consommation de produits comestibles de marijuana, qui compteraient pourtant pour 35% des habitudes de consommation des Canadiens selon le néodémocrate Don Davies.«Si l\u2019un des objectifs de ce projet de loi est d\u2019amener les produits du marché noir illicite dans un marché légal réglementé, j\u2019ai du mal à comprendre comment on y parviendra si on laisse au marché noir le tiers des produits que les Canadiens consomment présentement», s\u2019est-il demandé.Le gouvernement promet de légaliser à terme les dérivés de marijuana comestibles, puisqu\u2019il reconnaît lui-même que leur consommation est en hausse, mais il doit d\u2019abord établir les équivalences entre divers produits et leur teneur en THC, ont expliqué des fonctionnaires du ministère de la Santé.D\u2019ici là, les Canadiens pourront toujours confectionner eux- mêmes ces produits avec les quatre plants qu\u2019ils auront le droit de faire pousser chez eux.Or, les doléances de M.Davies ont trouvé écho chez une alliée de taille, l\u2019ex-ministre libérale Anne McLellan qui avait présidé le comité consultatif chargé de conseiller le gouvernement Trudeau en vue de ce projet de loi.Le groupe avait justement recommandé la légalisation de produits comestibles « On sait qu\u2019il y a une demande.Et si vous voulez passer d\u2019un marché illégal à un marché légal réglementé, alors il vous faut offrir le même choix et la même qualité que ce qu\u2019of fre le marché illicite », a expliqué à son tour Mme McLel- lan.Elle convient cependant que le gouvernement peut avoir besoin de plus de temps.Autre facteur qui sera décisif quant à la part du marché que saura accaparer l\u2019offre légale : son prix, a insisté Mme McLellan.L\u2019État de Washington a trop taxé le cannabis récréatif, au début de sa légalisation, ce qui a freiné son commerce licite.Le marché noir n\u2019a pas disparu au Colorado ou dans l\u2019État de Washington, a reconnu Mme McLellan, mais c\u2019est notamment parce que leurs États voisins n\u2019avaient pas légalisé le cannabis récréatif.La moitié des 650 organisations criminelles au Canada feraient du trafic de cannabis, selon la Sécurité publique.L\u2019industrie a de son côté réclamé de pouvoir publiciser ses produits afin de rivaliser avec l\u2019offre du marché noir.Le projet de loi C-45 interdit la publicité et exige des emballages sobres comme ceux de la cigarette.Pas de garanties à la frontière Uune fonctionnaire de l\u2019Agence des services frontaliers a indiqué que le Canada poursuit ses pourparlers avec l\u2019administration américaine afin de protéger les Canadiens qui déclareront aux agents frontaliers avoir déjà consommé du cannabis.«Il y a eu des discussions préliminaires avec nos homologues, mais [la question] n\u2019a pas été réglée», a admis Jennifer Lutfallah.À dix mois de la légalisation de la marijuana au Canada, la conservatrice Marilyn Gladu s\u2019est dite « perturbée » de voir qu\u2019Ottawa n\u2019a obtenu aucune garantie des Américains pour ses citoyens qui voudront voyager au sud de la frontière.Le néodémocrate Don Davies réclame qu\u2019Ottawa signe une entente avec Washington qui garantisse que les Canadiens ne se verront pas refuser l\u2019entrée aux États-Unis, où le cannabis demeure illégal au fédéral.Don Davies et Marilyn Gladu somment en outre les libéraux de modifier le processus de pardon afin d\u2019en faciliter l\u2019accès pour les personnes qui ont été condamnées pour possession de cannabis.Les conservateurs s\u2019opposent à la légalisation de la marijuana, préférant une décriminalisa- tion de la possession simple, assortie d\u2019un pardon pour les personnes condamnées dans un passé récent.La Saskatchewan résiste Le gouvernement de Saskatchewan s\u2019est inquiété de devoir s\u2019adapter trop rapidement, lui qui a privément réclamé qu\u2019Ottawa retarde la légalisation de la marijuana.« Il n\u2019y a pas de garanties qu\u2019on saura respecter l\u2019échéancier du fédéral », a prévenu un fonctionnaire du ministère de la Justice de la province.Au libéral Ramez Ayoub qui lui a fait remarquer que les intentions d\u2019Ottawa en ce sens étaient claires depuis deux ans, le fonctionnaire a rétorqué qu\u2019il était dif ficile de se préparer à un projet de loi qui n\u2019avait pas encore été déposé et détaillé avant avril dernier.Le Manitoba et la Nouvelle- Écosse ont aussi accusé le fédéral d\u2019aller trop vite.Le ministère de la Santé de Nouvelle- Écosse témoignera jeudi devant le comité.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MARIJUANA tat de ces personnes avait été for tement endommagé ou totalement détruit.Sur les autres îles dévastées par l\u2019ouragan, les autorités locales, appuyées par des organismes humanitaires et l\u2019aide internationale, multipliaient les opérations de secours, de nettoyage et de reconstruction pour remettre en état les infrastructures et services de base.Plusieurs semaines, voir des mois seront nécessaires pour que la situation rentre dans l\u2019ordre.Au milieu de la journée lundi, Irma se trouvait dans le sud de la Géorgie, avec des vents faiblissants à 85 km/h, et devait prendre mardi la direction de l\u2019Alabama.Rapatriement des Canadiens Environ 370 Canadiens encore coincés à Saint-Martin et aux îles Turks et Caicos devaient être rapatriés d\u2019ici la fin de la journée lundi, d\u2019après le gouvernement fédéral.Un avion d\u2019Air Canada, arrivé la veille aux îles Turks et Caicos avec à bord des ingénieurs et des électriciens venus apporter de l\u2019aide, a finalement reçu l\u2019autorisation de décoller de l\u2019aéroport de Providenciales lundi.Il est reparti en après-midi avec 90 passagers à bord.Un appareil de WestJet était aussi en route pour «acheminer des vivres et des secours d\u2019urgence» et ramener 130 personnes.Des employés des services consulaires et de l\u2019Agence des services frontaliers ont quant à eux pris la direction de Saint-Martin à bord d\u2019un avion de WestJet pour évacuer 150 Canadiens vers Toronto.D\u2019ailleurs, Geneviève Brière et Antoine Du- trisac, qui tentaient de quitter la portion néerlandaise de l\u2019île depuis plusieurs jours \u2014 et dont le Devoir a suivi le périple \u2014, se trouvaient à bord de l\u2019appareil au moment d\u2019écrire ces lignes.Au courant de la semaine, un avion C-17 des Forces armées canadiennes doit également se rendre dans la région pour livrer des approvisionnements de secours et rapatrier des Canadiens restés sur les lieux.Ceux-ci s \u2019ajouteront aux 390 Canadiens évacués de l\u2019île de Saint-Martin cette fin de semaine.Cer tains se trouvent encore sur d\u2019autres îles de la région, dont Angu i l la, Ant igua, Saint-Barthélemy, Porto Rico, les îles Vierges Britanniques et les Bahamas, a indiqué la ministre du Développement international, Ma- rie-Claude Bibeau.Des explications Le gouvernement Trudeau est critiqué depuis le passage dévastateur de l\u2019ouragan Irma.Les Canadiens af fectés et leurs familles inquiètes l\u2019accusent d\u2019avoir tardé à réagir pour organiser leur évacuation.L\u2019arrivée dimanche aux îles Turks et Caicos d\u2019un appareil d\u2019Air Canada qui n\u2019a pu repartir sur-le-champ avec des passagers n\u2019a fait que jeter de l\u2019huile sur le feu.L\u2019avion «est arrivé [\u2026] avec l\u2019intention de ramasser des passagers, mais on n\u2019a pas eu l\u2019autorisation de le faire», s\u2019est défendu le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau.Les autorités locales jugeaient les infrastructures de l\u2019aéroport non sécuritaires pour transpor ter des passagers, bien qu\u2019ils aient laissé l\u2019avion atterrir pour recevoir de l\u2019aide humanitaire.Le manque de communication de la part du gouvernement canadien a aussi été de nombreuses fois montré du doigt depuis une semaine.Pourtant, ce dernier assure avoir augmenté ses effectifs pour répondre aux appels et aux courriels des personnes en détresse.Cette fin de semaine, où la demande a été la plus forte, une centaine d\u2019employés leur prêtaient main-forte, et d\u2019autres étaient en attente, prêts à prendre du service.« Il n\u2019y a pas de raisons techniques pour lesquelles on n\u2019aurait pas pu répondre à leurs appels au centre d\u2019intervention d\u2019urgence», a soutenu Mme Bibeau.C\u2019est plutôt sur le terrain que se trouve le problème, alors que les vents violents et les inondations ont provoqué des coupures d\u2019électricité, d\u2019après M.Garneau.Voyageurs en faute?Sans accuser directement les voyageurs d\u2019avoir fait preuve d\u2019imprudence, la ministre Bi- beau a souligné que « les gens ne portent pas forcément attention aux préavis et aux informations de voyage» divulguées sur le site Internet d\u2019Affaires mondiales.«Un avertissement aux voyageurs disait d\u2019éviter les îles Turks et Caicos dès le 3 septembre.Les aver tissements sont toujours donnés bien à l\u2019avance», a renchéri M.Garneau.Aux yeux du directeur de l\u2019Observatoire canadien sur les crises et l\u2019aide humanitaire de l\u2019UQAM, François Audet, un gouvernement ne peut pas être responsable de tous les voyageurs hors de son territoire.Ces derniers doivent s\u2019informer avant de partir, selon lui.«Avec tout le respect que j\u2019ai pour ces voyageurs coincés dans des situations dif ficiles, le Canada n\u2019a pas les ressources pour envoyer des avions pour chercher chaque personne coincée quelque part.» Il estime cependant que les dirigeants ont leur par t de responsabilité, trouvant le site d\u2019Af faires mondiales « inadéquat, pas assez détaillé, pas toujours à jour et par fois pas assez alarmiste ».Selon lui, le gouvernement devrait responsabiliser les transpor teurs et les agences de voyages pour qu\u2019ils informent les Canadiens des risques plutôt que de « vendre uniquement du rêve et du paradis ».Trouvant l\u2019idée intéressante, la professeure à l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM Danielle Pilette craint que les compagnies aériennes se dédouanent de toute responsabilité et diminuent leur aide.Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 DÉGÂTS Land l\u2019an dernier, en mieux.The Shape of Water a été tourné à Toronto et les gens d\u2019ici lui déroulaient d\u2019autant plus le tapis rouge.Quel enchantement ! Les Oscar n\u2019ont qu\u2019à bien se tenir ! Au cours des années 1960, en pleine guerre froide, cette histoire d\u2019amour entre une femme de ménage muette (Sally Hawkins, à son sommet) et un beau monstre aquatique créé en laboratoire sous le secret d\u2019État (Doug Jones) est une ode à l\u2019amour et à la dif férence, doublée d\u2019un hommage aux comédies musicales qui bercent le monde de l\u2019héroïne, dans le cinéma sous son logement qu\u2019elle par tage avec un vieux solitaire.«C\u2019est un mystère, la création.Ça vous tombe dessus.L\u2019histoire à conter est plus grande que vous.Tout peut s\u2019écrouler, mais la foi vous porte.» Le dosage des tons, la fluidité de la caméra, la musique, le décor, les extraits de films musicaux et d\u2019horreur s\u2019unissent dans une pure harmonie à travers une fable qui critique aussi notre univers contemporain.« La seule façon d\u2019exprimer l\u2019amour, c\u2019est en chantant, ajoutera del Toro.L\u2019émotion peut alors émerger, comme dans un conte de fées.Je crois au pouvoir de l\u2019amour et de l\u2019art.Comme une lumière.Si elle atteint une personne, c\u2019est magnifique.» Ce film d \u2019amour et de cinéma, il précise l\u2019avoir filmé comme un «musical ».«Almodóvar, devant mon projet, s\u2019étonnait : \u201cC\u2019est comme trois films, ton histoire.\u201d Mais je savais que ça pouvait en donner un seul.» «L\u2019uniformité, c\u2019est la folie.La différence, c\u2019est la santé, scandait lundi le cinéaste à son sommet.Je m\u2019identifie aux monstres.Tout vient des racines.Quand les gens me demandent ce qu\u2019il y a de mexicain dans mon film, je réponds: \u201cc\u2019est moi\u201d.» La mémoire d\u2019un Québec en noir et blanc Il y a un monstre aussi dans le film du Québécois Simon Lavoie, à la bonne étoile qui luit ici : l\u2019an dernier, le film qu\u2019il cosignait avec Mathieu Denis, Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau, avait remporté le prix du meilleur long métrage canadien.Le voici de retour au TIFF en solo, avec une de ces œuvres aux antipodes des productions du jour, truffée de références artistiques classiques et d\u2019échos aux racines québécoises.Très maîtrisée.Ode à la différence aussi.Ceux qui avaient savouré en 1998 le merveilleux roman de Gaétan Soucy, La petite fille qui aimait trop les allumettes, le verront avec bonheur prendre vie à l\u2019écran.Et l\u2019écrivain, disparu en 2013, n\u2019aurait pas désavoué ce film-là.Grande première au TIFF lundi, et salle comble annoncée : le long métrage de Lavoie, tout juste complété, joue la note lancinante et profonde sur images en noir et blanc.Cette histoire d\u2019un frère et d\u2019une sœur élevés en autarcie par un père tyrannique dans une ferme isolée aborde les thèmes de l\u2019enferme- ment, de la religion castratrice, de l\u2019inceste, collés à la mémoire collective québécoise.Avec la jeune Marine Johnson, vraie révélation en figure de rébellion âpre, et Antoine L\u2019Écuyer, toujours à l\u2019aise dans les rôles de violence rentrée.Du roman de Soucy, Simon Lavoie a abandonné le langage inventé par les adolescents, ne retenant que la trame dramatique.«Avec le directeur photo, Nicolas Canniccioni, on a utilisé la seule caméra noir et blanc de l\u2019est de l\u2019Amérique, explique le cinéaste : une Red Epic monochrome.Ça permettait d\u2019accentuer le décalage de cet univers.» Ceux qui connaissent Simon Lavoie retrouveront dans ce film les accents du Torrent, tiré en 2015 de l\u2019œuvre d\u2019Anne Hébert ; comme si, par-delà les auteurs qu\u2019il adapte, son propre imaginaire s\u2019imposait.« Je suis né à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, une communauté longtemps coupée du monde, et des religieuses m\u2019ont fait l\u2019école, explique-t-il.Même si je suis d\u2019une génération qui n\u2019a pas connu la Grande Noirceur, celle-ci m\u2019interpelle.» Deux autres cinéastes avaient été d\u2019abord approchés par le producteur Marcel Giroux pour l\u2019adaptation.Quand Gaétan Soucy a vu Le Torrent, il a choisi Simon Lavoie par affinités naturelles, collaborant à l\u2019écriture à ses côtés.Sa mort a bouleversé les plans de coscénarisation.Le cinéaste évoque l\u2019écrivain comme un bon vivant, marqué par une blessure, hanté, comme le père dans La petite fille\u2026 En espérant que les cinéphiles québécois sauront apprécier cette œuvre d\u2019exigence formelle et de quête d\u2019essence.Elle gagnera nos écrans le 3 novembre.La belle et le robot Des rencontres étaient prévues lundi avec Kim Nguyen, autre Québécois au TIFF.Elles ont été annulées à la dernière minute, sans doute à cause de la réception tiède qui a été faite à son Eye on Juliet, à Toronto comme à Venise.Le cinéaste de Rebelle a tourné son second long métrage en anglais, après Two Lovers and a Bear, en grande partie au Maroc.Et avec une bonne idée à sa source : un jeune Américain épie de sa caméra de surveillance un désert et ses forages pétroliers en Afrique du Nord, surveillant, par robot interposé, une jeune femme que son père veut marier de force et qui prépare sa fuite.Mais là où Rebelle avait pénétré avec une vraie grâce les esprits d\u2019enfants-soldats, ici la poésie cherche son souffle.Sur un démarrage confus et un dénouement trop sirupeux, le corps du film lève quand même de terre : cette relation insolite entre un robot téléguidé et une jeune arabe trouve des moments forts, mais inaboutis.Kim Nguyen se prépare quand même à diriger Salma Hayek et Jesse Eisenberg dans The Hummingbird Project, l\u2019histoire de deux New- yorkais cherchant la fortune.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 TIFF MIC SMITH ASSOCIATED PRESS À Charleston, en Caroline du Sud, deux hommes traversent une rue complètement inondée.Odile Tremblay était à Toronto à l\u2019invitation du festival.FOX SEARCHLIGHT Scène tirée du film The Shape of Water "]
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