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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2017-09-16, Collections de BAnQ.

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[" Guy Taillefer sur l\u2019abrogation du programme DACA par Trump Page B 4 Michel David à propos de la Commission sur le racisme Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 CHUM Les médecins de Sainte-Justine veulent retrouver leur indépendance Page B 2 DARRYL DYCK ET JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE Les quatre candidats en lice pour succéder à Thomas Mulcair, de gauche à droite : Jagmeet Singh, Guy Caron, Charlie Angus et Niki Ashton H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa C\u2019 est lundi que les 124 000 membres en règle du Nouveau Parti démocratique pourront commencer à voter pour leur prochain chef.Ils disposent de deux semaines pour sélectionner la personne qu\u2019ils verraient le mieux donner la réplique à Justin Trudeau.La question qui occupe tous les esprits est celle de savoir si un des quatre candidats en lice réussira à obtenir les 50% de voix plus une requises pour remporter la palme dès le premier tour.Selon tous les indicateurs, le député provincial ontarien Jagmeet Singh est en avance dans la course.Il se targue d\u2019être celui qui a recruté le plus de nouveaux membres (47 000) et il a aussi récolté le plus de fonds au cours des six premiers mois de l\u2019année, soit 353 944 $ contre 234 240 $ pour Charlie Angus, 135 645 $ pour Niki Ashton et 104 205 $ pour Guy Caron.Au chapitre des appuis d\u2019envergure, M.Singh semble également en tête.En date de vendredi après-midi, un total de 31 députés (actuels ou anciens, fédéraux ou provinciaux) l\u2019appuyaient, dont 8 élus à Ottawa et 19 députés provinciaux.Charlie Angus arrive second avec 28 appuis.Il a obtenu l\u2019aval de huit députés provinciaux, mais de seulement deux députés fédéraux, soit ses voisines de circonscription Christine Moore (Abitibi- Témiscamingue) et Carole Hughes (Algoma-Ma- nitoulin-Kapuskasing).L\u2019actuelle chef néodémo- crate au Yukon, Liz Hanson, l\u2019appuie, tout comme l\u2019ancien chef de l\u2019Alberta Ray Martin.Le Québécois Guy Caron a obtenu jusqu\u2019à présent 22 de ces appuis d\u2019envergure.Il peut compter sur huit de ses collègues au caucus et sur deux députés provinciaux.Il se targue aussi d\u2019avoir rallié l\u2019ancienne chef du parti fédéral, Alexa McDonough, tout comme l\u2019ancien chef du NPD ontarien, Howard Hampton.Quant à Niki Ashton, elle a recruté 11 gros noms, dont cinq députés fédéraux et deux provinciaux.Si, à la lumière de ces statistiques, il est de bon ton dans les coulisses politiques de prédire une victoire facile à Jagmeet Singh, un récent sondage jette un éclairage un peu dif férent.La firme Mainstreet Research a sondé début septembre quelque 2009 personnes qui soit ont fait un don à un des candidats dans la course, soit apparaissent sur les listes de membres des ailes provinciales du NPD (les membres provinciaux sont automatiquement membres au fédéral).Le sondage a été mené en anglais, en français et en punjabi.Le résultat est des plus serrés: M.Singh arrive en tête, avec 27%, mais il est talonné par Charlie Angus, à 25%.Niki Ashton récolte 13% des intentions de vote tandis que Guy Caron ferme la marche avec 10 % des appuis.Mais pas moins d\u2019un répondant sur quatre a dit ne pas avoir pris de décision.Avec une marge d\u2019erreur de 2 %, 19 fois sur 20, cela signifie que MM.Singh et Angus sont à égalité statistique.Un stratège dans chacun des quatre camps a accepté de partager avec Le Devoir ses prédictions quant au déroulement de la course à condition de ne pas être nommé.D\u2019entrée de jeu, personne ne prévoit une victoire au premier tour.L\u2019enjeu devient donc de prévoir qui sera éliminé en premier et à qui ses supporteurs se rallieront.Les résultats du premier tour seront dévoilés le 1er octobre prochain à Toronto.Si aucun candidat ne récolte 50% des voix, alors celui qui est arrivé dernier sera éliminé.Les militants disposeront ensuite d\u2019une semaine pour voter à nouveau.C\u2019est donc dire que même les candidats en tête peuvent perdre des appuis d\u2019un tour à l\u2019autre.Les résultats du second tour, si second tour il y a, seront rendus publics le 8 octobre, pendant le long week-end de l\u2019Action de grâce, à Montréal.Potentiel de croissance limité Dans les camps de Charlie Angus, de Guy Caron et de Niki Ashton, la prédiction est la même : si Jagmeet Singh ne gagne pas au premier tour ou n\u2019obtient pas au minimum 40 % du vote, il sera dif ficile pour lui de l\u2019emporter.« Soit les gens sont 100 % avec lui, soit ils sont contre.S\u2019il ne passe pas au premier tour, ce sera dif ficile », confie l\u2019un d\u2019eux.Les trois stratèges tiennent le même discours : leurs militants choisissent rarement M.Singh comme second choix.Son potentiel de croissance est donc limité.Le sondage de Mainstreet Research tend à confirmer cette lecture : Jagmeet Singh ne serait le second choix que de 11 % des répondants.En comparaison, M.Angus est le second choix de 25 % des militants interrogés, Niki Ashton de 23 % et Guy Caron de 20 %.Deux raisons sont évoquées pour expliquer cette tiédeur envers M.Singh.D\u2019abord, on lui reproche une certaine arrogance d\u2019« outsider » qui passe mal aux yeux de plusieurs militants CHEFFERIE DU NPD Après la course, le vote peut commencer C A R O L I N E M O N T P E T I T L\u2019histoire de la survivance des langues autochtones du Québec est à la fois héroïque et tragique.Elle place souvent les membres des nations amérindiennes devant des dilemmes cornéliens, quelque part entre travailler au maintien de leur langue et de leur culture d\u2019origine, et assurer l\u2019avenir des individus dans la société occidentale d\u2019aujourd\u2019hui.Plus les communautés autochtones sont éloignées des grands centres urbains, mieux leur langue se porte.C\u2019est le cas notamment, au Québec, des langues attikamek, innue et inuktitute.À côté de la ville de Québec, la langue wendate s\u2019est complètement éteinte avant de tenter, tout récemment d\u2019ailleurs, une renaissance.Près de Montréal, les Mohawks de Kahnawake soufflent sur les braises de leur héritage linguistique, à travers divers programmes scolaires, pour le faire vivre de nouveau.On l\u2019a vu dans la série «Kwe Kwe, les langues autochtones» du Québec, que Le Devoir vous a présentée tout l\u2019été.On ne badine pas avec l\u2019identité.Les Québécois sont bien placés pour le savoir.Ils savent aussi que la langue en est un ressort viscéral, très puissant.Et c\u2019est sans doute ce qui motive les autochtones, à l\u2019encontre souvent de tout calcul de rentabilité ou d\u2019ambition, à tout faire pour sauvegarder leur héritage linguistique fragile.Ils ne sont pas seuls.Sur la scène mondiale, la grande majorité des langues minoritaires est menacée d\u2019extinction.En 2009, l\u2019UNESCO avançait que la moitié des langues du monde risque la disparition d\u2019ici la fin du XXIe siècle.«Il va sans dire que ce sont les \u201cpetites langues\u201d qui sont le plus menacées, c\u2019est-à-dire celles qui ont de faibles effectifs de locuteurs natifs.Les chif fres sont frappants : 6% des langues sont parlées par 94% de la population mondiale, et les 6% de locuteurs restants se partagent l\u2019utilisation de 94% des langues du monde», écrit la linguiste Lynn Drapeau, spécialiste de la langue innue, dans un chapitre sur les langues du livre collectif Les Autochtones et le Québec, publié aux Presses de l\u2019Université de Montréal.Au Canada, c\u2019est au Québec que l\u2019héritage linguistique autochtone est le mieux préservé.Est-ce que ce pourrait être dû à la cohabitation de deux langues colonisatrices avoisinantes, le français et l\u2019anglais ?Dans le Nord-Ouest canadien, des langues comme l\u2019inuktitut, encore très vivante au Nunavik, sont en péril, relève Lynn Drapeau.«Dans les années 1970, il y a des chercheurs qui ont émis l\u2019hypothèse que les langues autochtones avaient été préservées à cause Langues autochtones : la survie à contre-courant Plus les communautés autochtones sont éloignées des grands centres urbains, mieux leur langue se porte Personne ne prévoit une victoire au premier tour.L\u2019enjeu devient donc de savoir qui sera éliminé en premier et à qui ses supporteurs se rallieront.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Dans les communautés inuites du Nunavik, à l\u2019extrême nord du Québec, l\u2019inuktitut est encore très vivant.VOIR PAGE B 3 : COURSE VOIR PAGE B 2 : LANGUES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 V ilipendé, encensé ou ignoré, l\u2019ouvrage écrit par Hillary Clinton a ramené la singulière année électorale 2016 à l\u2019avant-scène.Et avec elle cette étrange détestation d\u2019une femme qui marque \u2014 qu\u2019on l\u2019aime ou non \u2014 l\u2019histoire des États-Unis.Les historiens tireront sans doute des leçons du déroulé de cette défaite.Une politicienne d\u2019expérience (deux fois sénatrice, secrétaire d\u2019État) impliquée en politique et engagée.Une puissance étrangère qui tente de pirater les machines de vote, d\u2019influencer les électeurs, et qui développe des canaux de communication informels avec l\u2019un des deux candidats.Un processus dont les services de renseignement soulignent désormais publiquement la dangerosité, des frontières de la Lituanie aux élections en Europe.Et, pour finir, une star de la téléréalité, sans expérience de gouvernement.Un héritier entrepreneur, qui a présidé à un cer tain nombre de flops commerciaux, allant de la faillite des casinos d\u2019Atlantic City à celle de la compagnie aérienne Eastern Air Shuttle, de la vodka Super Premium aux Tr ump Steaks \u2014 sans parler de la Trump University.Puis, i l y a l \u2019Histoire.D\u2019abord, parce qu\u2019Hillar y Clinton cherchait à réaliser ce qui n\u2019est pas arrivé depuis 1836 : Martin Van Bu- ren est le der nier démocrate qui, bien que n\u2019ayant pas été président ou vice-président sortant, a pu succéder à deux mandats d\u2019un président démocrate (en l\u2019occurrence Andrew Jackson).Ensuite, parce qu\u2019elle a omis de tirer les leçons de l\u2019élection de Barack Obama en 2012 : Mitt Romney était lui aussi tombé de haut, persuadé qu\u2019il était de gagner.Et pourtant, en 2016, l\u2019équipe démocrate n\u2019a pas rédigé de discours de défaite, la maison voisine des Clinton, acquise récemment, était déjà pensée pour accommoder les services de sécurité de la présidente et Hillar y Clinton concevait les nominations ministérielles avant même de parachever sa campagne sur le terrain.Mais de cela, elle prend la pleine responsabilité.Et elle seule.Il y avait également la présomption que, malgré les distorsions dans le traitement médiatique des femmes candidates par rapport aux hommes, malgré les exigences comportementales accr ues auxquelles elles sont soumises (établies par plusieurs études universitaires, comme celles d\u2019Erica Falk, mises à jour au cours de la dernière année), les Américains étaient prêts.Prêts pour une femme présidente.Après tout, si l \u2019on en croyait les sondages de Gallup, on n\u2019avait jamais été aussi proche du changement.Mais c\u2019était sans compter sur une certaine forme d\u2019« effet Bradley », où, dans le secret de l\u2019isoloir, le sexisme implicite, internalisé (selon Caroline Heldman), par les hommes mais aussi par les femmes, refait surface au point de perturber le vote.Un témoignage crucial De manière surprenante, il est plus aisé de voir dans What Happened d\u2019Hillar y Clinton une œuvre larmoyante et amère que ce qu\u2019elle est simplement : le récit d\u2019un moment inédit de la politique américaine, écrit à la première personne, dont les 492 pages méritent (au moins) autant d\u2019attention que les 140 caractères que l\u2019actuel président jette en pâture à la twittosphère à 3 heures du matin.Un témoignage crucial dont la valeur historique supplante sans aucun doute la préser vation en l\u2019état des statues des vieux confédérés qui reflètent un temps révolu.Mais voilà, cet ouvrage représente aussi le miroir d\u2019une réalité dérangeante : si tous les électeurs de Trump ne sont pas racistes, misogynes, xénophobes et « déplorables », il reste qu\u2019ils ont jugé admissible de voter pour lui (ou de s\u2019abstenir) plutôt que pour une femme.Est-ce pour cela que 61 % des électeurs américains, selon un sondage Rasmussen, estiment qu\u2019Hillary devrait prendre sa retraite ?Le journal The Hill donnait cette semaine la parole à un membre de l\u2019establishment démocrate qui lui enjoint de « se la fermer » ; tandis que nombre de démocrates ont manifesté leur besoin de «passer à autre chose », accusant Clinton de raviver des guerres intestines.Un parti à reconstruire Il serait pourtant utile de rappeler aux démocrates qu\u2019au-delà du président actuel, le trumpisme est peut-être là pour de bon.Et les fractures internes aussi.L\u2019omniprésence de Bernie Sanders (auquel d\u2019ailleurs Hillar y Clinton ne s\u2019attaque pas hargneusement, contrairement à ce qui a été dit) rappelle que ce septuagénaire autoproclamé socialiste et indépendant trace de dangereuses lézardes dans l\u2019édifice démocrate.D\u2019autant que les performances du parti de l\u2019âne ne sont pas reluisantes puisqu\u2019il est minoritaire au niveau des États, avec 15 gouverneurs et 12 législatures alors que les républicains en détiennent respectivement 34 et 32 (6 législatures sont dites partagées), comme au niveau fédéral.Qu\u2019Hil- lar y Clinton reste en politique ou pas n\u2019y changera rien.Dans l\u2019œil de l\u2019ouragan ÉLISABETH VALLET du fait qu\u2019il y avait eu deux langues de contact», dit la linguiste.Pour d\u2019autres, c\u2019est l\u2019arrivée tardive des pensionnats dans les régions éloignées du Québec qui expliquent le phénomène.Avec ces langues, c\u2019est tout un édifice de l\u2019histoire du Québec que nous regardons, avec une indifférence effarante, s\u2019effondrer.« Deux cent cinquante langues aborigènes ont déjà disparu, et les autres ont peu de chances de survivre longtemps.Pourtant, cela ne semble inquiéter personne », écrivent Daniel Nettle et Suzanne Romaine, en préface de leur livre Ces langues, ces voix qui s\u2019ef facent, traduit en français aux éditions Autrement.Car ce sont bien les noms des lieux du Québec, d\u2019Ivujivik au lac Memphrémagog, en passant par Natashquan et Chisasibi, dont le sens s\u2019envole alors que les aînés autochtones des 11 nations du Québec rendent l\u2019âme les uns après les autres, laissant à leur suite une progéniture marquée par les politiques d\u2019assimilation canadiennes et par l\u2019occidentalisation de leur terre d\u2019origine.Lynn Drapeau, qui a écrit une grammaire de la langue innue, voit dans ces langues un « trésor».«Une langue, c\u2019est un trésor immatériel, ça n\u2019est pas comme une pyramide ou un temple, dit- elle.Mais les gens qui parlent ces langues savent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trésor.» Comme la plupart des langues autochtones, l\u2019innu est une langue polysynthétique, où le verbe est central, explique-t-elle.Les Innus accordent aussi une grande importance à l\u2019endroit d\u2019où vient l\u2019information qu\u2019ils transmettent, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils s\u2019expriment différemment selon qu\u2019ils ont obtenu l\u2019information de quelqu\u2019un d\u2019autre ou à la télévision, par exemple.Apprentissage en concurrence Depuis le milieu des années 1970, les autochtones ont repris en charge la responsabilité de leur éducation, dans la foulée d\u2019un programme d\u2019amérindianisation des écoles, lancé par le ministère des Affaires indiennes du Canada.« Il y a eu une dévolution du pouvoir dans les bandes», explique Lynn Drapeau.Ils y ont, à des degrés divers, intégré des cours de langue autochtone.Mais, on l\u2019a vu, cet apprentissage est souvent mis en concurrence avec celui des langues dominantes, le français et l\u2019anglais, qui s\u2019ouvrent, elles, sur un avenir professionnel plus certain pour les enfants autochtones.Lynn Drapeau a même vu des parents envoyer leurs enfants à l\u2019école en innu, mais leur parler en français à la maison, pour s\u2019assurer qu\u2019ils n\u2019ont pas de retard.«Les gens sont coincés.Ils veulent que leurs enfants réussissent à l\u2019école et dans la vie, en français ou en anglais, et ils veulent aussi qu\u2019ils connaissent leur langue.Mais ils voient cela comme s\u2019il fallait choisir entre l\u2019un ou l\u2019autre, alors que la plupar t des linguistes vont dire qu\u2019on peut avoir beaucoup de succès en étant bilingue », dit-elle.À divers degrés, les communautés autochtones ont produit du matériel pédagogique dans leur langue.« Il y a beaucoup de choses qui sont faites, et beaucoup de choses qui ont des résultats tangibles, dans beaucoup de communautés, avec des hauts et des bas», constate-t-elle.Mais les langues autochtones sont d\u2019abord et avant tout des langues de tradition orale.Leur transcription en langue écrite est récente, et les orthographes qui la composent sont souvent disparates.«En français, par exemple, on ne se demande pas si monsieur va s\u2019écrire avec ou sans \u201cr\u201d », mentionne Lynn Drapeau.Or, c\u2019est le genre de débat qui peut avoir lieu dans une communauté autochtone.«Chacun veut que sa propre prononciation soit reflétée dans la langue écrite », dit-elle.«Aussi, ce qui se passe quand il n\u2019y a pas de langue écrite, c\u2019est que la langue se fractionne en dialectes », dit-elle.Au-delà des programmes scolaires, certains autochtones se demandent s\u2019ils ne devraient pas légiférer pour assurer la pérennité de la langue auprès des jeunes.La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, est présentement en consultation pour élaborer un projet de loi protégeant les langues autochtones du Canada.«Mais pour légiférer, il faut une instance», relève Lynn Drapeau.Pour l\u2019instant, chaque communauté est dirigée par un conseil de bande distinct.«Et puis, on ne peut pas forcer quelqu\u2019un à parler une langue », dit-elle.Est-ce qu\u2019on peut empêcher un monde de disparaître?Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 LANGUES J E S S I C A N A D E A U L es médecins de l\u2019hôpital Sainte-Justine s\u2019insurgent contre la fusion forcée de leur établissement avec le CHUM, craignant d\u2019être « avalés par ce gros mammouth».Ils lancent un vaste mouvement pour mobiliser tous les acteurs, employés et familles de patients, dans le but de faire reculer le gouvernement.Pourtant, cela fait plus de deux ans que le regroupement est effectif et aucun impact tangible n\u2019a encore été obser vé à l\u2019hôpital pédia- trique.Pourquoi, alors, cette mobilisation ?Et pourquoi aujourd\u2019hui ?Toute cette histoire débute en 2015, avec l\u2019adoption du projet de loi no 10 qui centralisait les quelque 200 hôpitaux du Québec dans une vingtaine de nouveaux centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).Une poignée d\u2019établissements, dont Sainte-Justine, en étaient exclus en fonction de la spécificité de leur mission.Quelle ne fut donc pas la surprise des médecins de l\u2019hôpital pédiatrique lorsqu\u2019ils ont appris, quelques mois plus tard, que leur hôpital était « regroupé» avec le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM).«C\u2019est arrivé du jour au lendemain, sans aucune raison apparente, raconte la Dre Valérie La- marre, présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de Sainte-Jus- tine.On a été convoqués un matin et ils nous ont annoncé que nos conseils d\u2019administration ne feraient plus qu\u2019un et que notre p.-d.g., Fabrice Brunet, devenait également le p.-d.g.du CHUM.» «Dès lors, on a commencé à se poser des questions.Mais c\u2019est quoi, ça ?Pourquoi ?On ne voyait pas comment ça pourrait apporter des bénéfices à l\u2019hôpital.Au contraire, on ne voyait que des désavantages et des risques potentiels.» Les inquiétudes étaient si vives que le CMDP a été invité à sortir de son rôle habituel, soit de réguler la qualité des actes médicaux et de donner des sanctions en discipline, pour s\u2019intéresser au «problème de la fusion».Un comité a été formé, des sondages ont été menés et les médecins ont été rencontrés dans l\u2019espoir de transposer les craintes « instinctives» en argumentaire solide.Le fait que ce soit le p.- d.g.de Sainte-Justine qui se retrouve à la barre du large vaisseau et non l\u2019inverse a tout de même « rassuré » les équipes, qui avaient une grande confiance en lui.«Ça nous a un peu endormis», constate aujourd\u2019hui la Dre Lamarre.Optilab La réalité les a heur tés de plein fouet en 2016, lorsqu\u2019ils ont appris qu\u2019ils perdaient leur laboratoire au profit du CHUM, dans le cadre du projet Optilab qui centralise les laboratoires des hôpitaux québécois dans quelques établissements choisis.«Là, c\u2019était quelque chose de concret.On voyait très bien l\u2019implication pour nos patients de ne plus avoir nos propres laboratoires.Nos membres nous disaient : voyez ce que ça fait de ne pas être reconnu comme un centre hospitalier universitaire (CHU) à part entière.Tous les CHU dirigent leur laboratoire, il n\u2019y a que le CHU Sainte- Justine qui ne dirige pas le sien.» Après neuf mois de bataille, Sainte-Justine a réussi à faire ajouter un directeur médical pé- diatrique dans l\u2019équipe de direction du laboratoire.« C\u2019est fragile, ça peut être aboli demain matin, mais c\u2019est ce qu\u2019on a réussi à obtenir», se désole la Dre Lamarre.Quels impacts?Au comité des usagers de Sainte-Justine, on affirme que le regroupement des deux établissements est « un dossier que l\u2019on suit de très près » mais que, «pour l\u2019instant, il n\u2019y a pas d\u2019impacts sur les patients ».La Dre Valérie Lamarre lui donne raison.Les impacts ne se font pas encore sentir, si ce n\u2019est un certain «manque de leadership» en raison du fait que le p.-d.g.a deux fois plus de travail qu\u2019avant.«Non, il n\u2019y aura pas d\u2019impacts sur les soins cette semaine.C\u2019est plus insidieux que ça.C\u2019est à long terme que ça va se faire sentir, quand, dans 15 ans, on va être devenu le département de pédiatrie du CHUM», répond la Dre Lamarre.«Le CHUM, c\u2019est un trop gros mammouth.Ils sont trois fois plus gros que nous.Quand on sera avalé, les ressources pédiatriques vont être drainées.La priorité, ce ne sera jamais nous.Ça va être la bataille, on le sent déjà avec les laboratoires.Quand on va vouloir développer un nouveau test, on va nous demander : mais pourquoi développer un nouveau test pour diagnostiquer une maladie d\u2019enfant quand nous, on a besoin d\u2019un nouveau test pour nos populations adultes?Ça va toujours être comme ça.» Lors de l\u2019annonce officielle, en 2015, tant le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, que le p.- d.g., Fabrice Brunet, se faisaient rassurants : c\u2019était un regroupement et non une fusion.Chacun garderait son indépendance.« Je les crois lorsqu\u2019ils disent que ça n\u2019ira pas plus loin.Mais Sainte-Justine ne peut pas être protégé par des individus.Un p.-d.g., ça passe, un ministre aussi.Ça prend des structures pour défendre la mission unique de Sainte-Justine.» Michel Nadeau, de l\u2019Institut sur la gouvernance d\u2019instituts privés et publics (IGOPP), partage ses inquiétudes.« L\u2019actuel p.-d.g.va peut- être préserver l\u2019identité de Sainte-Justine, mais son successeur n\u2019aura pas les mêmes racines et va vouloir rationaliser.Et lorsque Québec va annoncer des compressions dans les hôpitaux, on va essayer de faire des économies organisationnelles, on va fusionner doucement les services.On va commencer par de petits morceaux, on va dire qu\u2019on ne change pas le mandat, mais ça va devenir un vrai méli-mélo.Ce genre de rapprochement, ça mène toujours à l\u2019intégration.» Transfert des patients Le principal \u2014 sinon le seul \u2014 argument avancé pour justifier ce regroupement est de faciliter le transfert des enfants une fois ceux-ci devenus adultes.Mais cet argument ne tient pas la route, arguent les médecins.En effet, Sainte-Justine traite des enfants qui viennent des quatre coins du Québec et ces derniers retournent généralement dans leurs régions respectives après.De plus, ceux qui souffrent de maladies graves et qui ont besoin de soins spécialisés une fois adultes sont transférés dans les hôpitaux en fonction de leurs domaines d\u2019expertise.Ainsi, un patient souffrant de malformation cardiaque sera transféré à l\u2019Institut de cardiologie, et non au CHUM, illustre la Dre Marie-Josée Clermont, qui dirige le comité sur les transitions et les transferts à Sainte-Justine.«Pour chaque spécialité, des corridors de services ont été développés pour assurer les transferts [\u2026] Mais la grande majorité des patients ont seulement besoin d\u2019un bon médecin de famille.Ça, c\u2019est plus difficile parce qu\u2019à Montréal, et dans les couronnes, on manque de généralistes.» Est-ce que le regroupement avec le CHUM pourrait alors devenir une solution?«Je ne le pense pas, répond la Dre Clermont.On se tourne plutôt vers les GMF régionaux pour développer des liens avec ceux qui aimeraient recevoir ces jeunes adultes.» Le comité de transfer t n\u2019a reçu aucune consigne pour favoriser les transferts avec le nouveau partenaire, ajoute-t-elle.« Ça n\u2019a rien facilité du tout.» Mobilisation En août, plus de 300 médecins de Sainte-Jus- tine ont signé une lettre implorant le ministre Barrette de faire marche arrière.Des lettres ouvertes ont été publiées dans les médias.Le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens rencontre des politiciens et l\u2019ensemble des groupes qui œu- vrent entre les murs de l\u2019hôpital pour les sensibiliser aux risques de dérives.On souhaite aller chercher l\u2019appui de «tous les défenseurs naturels» de Sainte-Justine.Les médecins se disent prêts à descendre dans la rue et sollicitent même des avis juridiques pour connaître leurs options.« Oui, nos inquiétudes sont sur le long terme, mais il faut agir maintenant parce que plus longtemps on va laisser ça aller, plus ça va être dif ficile de revenir en arrière », conclut la Dre Valérie Lamarre.Le Devoir Plaidoyer pour l\u2019indépendance Regroupés depuis deux ans au sein du CHUM, les médecins de Sainte-Justine lancent un mouvement pour faire reculer le gouvernement JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le principal argument avancé pour justifier le regroupement est de faciliter le transfert des enfants une fois ceux-ci devenus adultes.Il est toutefois contesté par les médecins.En 492 pages, Hillary Clinton revient sur sa défaite et tend un miroir aux États-Unis Le regroupement mènera inévitablement à une intégration totale, estime Michel Nadeau, de l\u2019IGOPP L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 S elon le premier ministre Couillard, il est nécessaire de tenir à huis clos les audiences de la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques, sans quoi les gens qui en sont victimes auraient peur de témoigner publiquement.« Ils craignent d\u2019être vus et entendus», a-t-il déclaré.L\u2019absence des médias lors des consultations qui seront tenues aux quatre coins du Québec favorisera « un climat propice à la libre expression », explique-t-on au ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion.Pour la suite des choses, « il appartiendra aux organismes d\u2019évaluer l\u2019oppor tunité d\u2019inviter les médias ».Pour tant, dans l\u2019Ontario voisin, auquel M.Couillard se plaît fréquemment à nous comparer, on a tenu dans la plus complète transparence une série d\u2019assemblées publiques dans 10 villes, auxquelles 2500 personnes ont par ticipé entre juillet et décembre 2016.Cela a mené, au printemps dernier, à l\u2019adoption d\u2019une loi et d\u2019un plan triennal qui vise à « identifier et à combattre le racisme systémique dans les politiques, les programmes et les services et à travailler ef fective- ment à promouvoir l\u2019équité raciale pour tous ».L\u2019organisation de cette consultation n\u2019avait pas été sous-traitée.C\u2019est la Direction générale de l\u2019action contre le racisme, qui relève directement du gouvernement onta- rien, qui en était le maître d\u2019œuvre.Le gouvernement Couillard en a plutôt donné le mandat à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui a elle-même confié à des organismes sans but lucratif (OSBL), encore non identifiées et à l\u2019objectivité incertaine, le soin de superviser les audiences.?En Ontario, personne ne s\u2019est plaint de la présence des médias.Toutes les audiences ont même été dif fusées en direct sur le Web.Chaque intervenant était invité à s\u2019identifier et à préciser quel organisme il représentait, si c\u2019était le cas.Le choix de ceux qui ne voulaient pas être filmés était cependant respecté.Une transcription intégrale des échanges, avec traduction en français, est également disponible sur le site de la Direction générale, mais le nom des intervenants n\u2019y apparaissait pas.À leur lecture, il est clair que la présence des médias n\u2019a empêché personne de se vider le cœur.Le climat a souvent été tendu.À Toronto, un intervenant a lancé au maire, John Tory, qui assistait à la rencontre : « Votre police est raciste.» La première ministre Wynne, qui était également présente pour cette première assemblée, s\u2019est fait dire : « On voit en Ontario des femmes musulmanes attaquées dans les rues, des mosquées qui sont vandalisées, les gens sont attaqués à l\u2019école et au travail.» À Hamilton, on a dénoncé «une discrimination de couleur qui existe depuis très longtemps dans les services de pompiers ».Un inter venant de confession sikhe a lancé au ministre délégué à l\u2019Action contre le racisme, Michael Coteau: «Il y a des gens racistes dans le gouvernement même.» Pourquoi ce qui était bon pour l\u2019Ontario serait-il mauvais pour le Québec ?M.Couillard semble croire que les Québécois sont plus xénophobes que leurs voisins et qu\u2019ils vont lyncher ces ingrats qui oseront critiquer leur société d\u2019accueil.Le premier ministre donne souvent l\u2019impression de s\u2019être donné pour mission de nous protéger contre nous-mêmes, parfois même de suggérer qu\u2019il faudrait renoncer à être nous-mêmes.?Des audiences publiques peuvent sans aucun doute provoquer des réactions négatives, mais l\u2019objectif est précisément de favoriser une prise de conscience, et cela peut être douloureux.Bien entendu, si M.Couillard a d\u2019autres motivations à l\u2019aube de cette année électorale, c\u2019est une autre affaire.Depuis le début, le PQ et la CAQ présentent cette commission comme un procès de la société québécoise.Le gouvernement voudrait accréditer cette perception qu\u2019il ne procéderait pas autrement.Dans une société de droit, on ne juge cependant pas un accusé in absentia.Des voix s\u2019élèvent de toutes parts pour demander au premier ministre d\u2019annuler l\u2019opération.Même Québec solidaire, qui a appuyé l\u2019idée d\u2019une telle commission dès le départ, estime maintenant que sa crédibilité est « sérieusement entachée » et réclame plus de transparence.On a déjà vu des gouvernements faire marche arrière après s\u2019être longtemps entêtés, mais M.Couillard a la tête particulièrement dure.Pendant deux ans, il est resté sourd à tous les appels le suppliant de ralentir le rythme des compressions budgétaires, dont les effets négatifs étaient pourtant évidents.Le premier ministre est sans doute trop orgueilleux pour renoncer purement et simplement à sa commission, mais personne ne lui reprocherait d\u2019avoir le bon sens de corriger les incongruités qui risquent d\u2019en faire une triste farce.mdavid@ledevoir.com Le procès in absentia MICHEL DAVID de longue date.Son refus, par exemple, de s\u2019engager à se présenter lors de la prochaine élection fédérale même s\u2019il n\u2019est pas élu chef dérange.(L\u2019Ontario se rend aux urnes au printemps et M.Singh pourrait décider de défendre son siège à Queen\u2019s Park.) Ensuite, cer tains lui reprochent d\u2019avoir manqué de clarté sur l\u2019enjeu des pipelines.Sans surprise, les camps Caron et Ashton prédisent chacun que l\u2019autre terminera dernier et sera éliminé au premier tour.Et les deux pensent que les appuis de l\u2019autre lui reviendront, de même que certains de ceux de M.Angus, et que ce sera suf fisant pour se hisser au second rang et ainsi éviter le couperet du second tour.(Le camp Ashton confirme que ses militants cochent M.Caron comme second choix.) Le camp Angus, lui, pense que c\u2019est Guy Caron qui sera le premier éliminé et que ses votes lui reviendront en grande majorité.L\u2019équipe de M.Singh ne veut pas se prononcer.Les adversaires de Charlie Angus aiment souligner à gros traits que seulement deux députés fédéraux l\u2019appuient, ce qui est d\u2019autant plus surprenant qu\u2019il a déjà été président du caucus.Un président jouit généralement de l\u2019af fection des élus qui l\u2019ont choisi.« Ça démontre qu\u2019il interagit mal avec les autres », soutient-on.Le clan Angus rétorque que cela s\u2019explique par le contexte tumultueux pendant lequel il a assumé la présidence : juste après que Thomas Mulcair s\u2019est fait montrer la por te par les militants, au printemps 2016.Dans la foulée de cette destitution, deux clans se sont formés au caucus : ceux (des Québécois en majorité) qui acceptaient la décision de M.Mulcair de rester en poste jusqu\u2019à la sélection de son successeur, un an et demi plus tard, et ceux qui souhaitaient devancer son départ.« Charlie a essayé de garder le parti uni et de faire le pont entre les deux clans.C\u2019était un moment fâcheux pour être président du caucus.Il devait travailler beaucoup pour s\u2019assurer que tout le monde marche au pas, mais sans avoir l\u2019appui d\u2019un chef fort.» Des flétrissures en ont résulté\u2026 Des rebondissements La fin de cette longue course au leadership a été marquée par quelques rebondissements.D\u2019abord, il y a eu cette vidéo où une femme enragée prend à parti Jagmeet Singh pendant un événement public et l\u2019accuse d\u2019appuyer la sharia et les Frères musulmans.M.Singh lui répond en répétant «amour et courage».«Nous ne voulons pas que la haine bousille un événement positif», finit-il par dire, sans jamais vraiment s\u2019adresser à la dame qui vocifère à quelques centimètres de son visage.La vidéo a été vue plus de 40 millions de fois.M.Singh a expliqué par la suite qu\u2019il n\u2019avait pas voulu détromper la dame (il est sikh, et non musulman) car, pour lui, cela aurait presque légitimé l\u2019islamophobie.Plusieurs militants ont été fiers de sa réaction et pensent que cela l\u2019aidera dans la course.Il y a aussi eu la décision d\u2019Alexandre Boulerice de rester neutre dans la course.Il avait au départ appuyé Peter Julian, mais M.Julian s\u2019est retiré de la course et s\u2019est depuis rangé derrière Jagmeet Singh.Dans les coulisses, on soutient que M.Boulerice n\u2019avait plus intérêt à se mouiller.Il n\u2019appuie pas M.Singh alors que c\u2019est lui qui a le plus de chances de gagner.De plus, la base électorale du député de Rosemont- La Petite-Patrie (qu\u2019on appelle parfois la « ligne orange », du nom de la ligne de métro le long de laquelle elle se masse et qui vote Projet Montréal au municipal, Québec solidaire au provincial et NPD au fédéral) aurait un faible pour Niki Ashton.Le député Pierre Nantel a donné un coup de gueule en déclarant au Devoir que, si le prochain chef de sa formation ne respectait pas le droit de l\u2019Assemblée nationale à Québec de voter les lois de son choix, notamment en matière de laïcité, il se réserverait le droit de siéger comme indépendant.Quant à Mme Ashton, elle n\u2019a pas pu prendre part en personne au dernier débat de Vancouver car elle est enceinte de huit mois (de jumeaux, de surcroît) et qu\u2019elle ne peut plus prendre l\u2019avion.Ce dimanche, les quatre candidats disposeront de 20 minutes chacun pour débiter une dernière fois avant le vote leur boniment aux militants réunis à Hamilton.Tout est possible : discours, vidéos, musique, son et lumière.Certaines campagnes promettent déjà d\u2019en mettre «plein la vue».Le Devoir M A R C O F O R T I E R D epuis la semaine dernière, tous les élèves des écoles publiques de New York mangent gratuitement le midi.Ils avaient déjà droit au petit-déjeuner gratuit.C\u2019est le gouvernement fédéral qui paie la facture.La commission scolaire de New York s\u2019inspire d\u2019un programme mis en place au Brésil, qui fournit deux repas gratuits chaque jour aux 45 millions d\u2019élèves fréquentant une école publique.La distribution de repas gratuits aux élèves est considérée comme le programme social le plus important dans le monde.Plus de 368 millions d\u2019enfants, soit un sur cinq, reçoivent au moins un repas par jour lorsqu\u2019ils sont à l\u2019école, selon les Nations unies.La recette brésilienne de la réussite scolaire \u2014 un enfant bien nourri réussit mieux qu\u2019un enfant af famé \u2014 fait du chemin même dans des pays riches comme les États-Unis, le Japon, la France, la Suède ou la Norvège, par exemple, qui offrent des repas gratuits ou à faible coût aux écoliers.« Notre expérience peut profiter aux pays développés.Le programme brésilien offre non seulement des repas, mais surtout des repas nutritifs.Les élèves brésiliens ont de bien meilleures habitudes alimentaires et une bien meilleure santé que leurs parents », dit Daniel Balaban, qui a géré le Programme national d\u2019alimentation scolaire brésilien durant neuf ans.Le Devoir l\u2019a joint à Brasí- lia, où il dirige désormais le Centre d\u2019excellence contre la faim du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies.Cet économiste fait partie d\u2019une délégation de 300 exper ts de 50 pays qui sont attendus à Montréal toute la semaine, jusqu\u2019au 21 septembre, pour le Forum mondial sur la nutrition infantile.Ce congrès annuel vise à encourager la mise en place de programmes alimentaires nationaux dans les écoles.« Les programmes de repas scolaires existent dans presque tous les pays, et ils représentent le plus important filet de sécurité au monde», indique la documentation du Forum.« Pour de nombreux enfants vivant dans les communautés vulnérables, il s\u2019agit de leur seul repas nutritif de la journée.Il est prouvé que les repas scolaires attirent les enfants à l\u2019école, augmentent la présence des filles et fournissent l\u2019alimentation dont ils ont besoin pour se concentrer et apprendre.» Remplir les ventres et les cerveaux Le Brésil, géant économique aux prises avec des inégalités sociales choquantes, a commencé en 1954 à nourrir gratuitement les élèves de ses écoles publiques.À l\u2019époque, c\u2019était une façon de combattre la malnutrition dans les régions les plus pauvres et isolées du pays.C\u2019était aussi une façon d\u2019inciter les familles pauvres à envoyer leurs enfants à l\u2019école.Le programme s\u2019est étendu au fil des ans jusqu\u2019à devenir obligatoire pour tous les élèves de toutes les écoles publiques du Brésil, sous le gouvernement Lula en 2009.Cette initiative était le fait saillant d\u2019une offensive plus large, baptisée Faim zéro, qui comprenait entre autres l\u2019instauration d\u2019allocations familiales \u2014 un peu comme au Québec et au Canada.Le programme de repas dans les écoles vise aussi à encourager l\u2019agriculture familiale : 30% de l\u2019approvisionnement des écoles doit provenir de petites fermes locales.« La loi met en place des normes nutritives pour les repas.La mal- bouf fe est bannie des écoles ; 90 % des problèmes de santé sont liés à ce qu\u2019on mange», dit Daniel Balaban.« Le programme d\u2019alimentation scolaire ne s\u2019applique pas aux écoles privées, mais elles ont quand même emboîté le pas : elles ne servent plus de pizzas, de hamburgers, de boissons gazeuses et d\u2019autres aliments malsains», ajoute-t-il.Effet positif La distribution de repas dans les écoles des 5565 municipalités brésiliennes coûte 2,5 milliards $US au gouvernement fédéral cette année, selon M.Balaban.À l\u2019échelle canadienne, un programme comparable pourrait coûter environ 500 millions $CAN par année.Une utopie?Alain Noël, professeur spécialisé en inégalités sociales au Département de science politique de l\u2019Université de Montréal, n\u2019ose pas se prononcer.Il ne dispose pas d\u2019information solide sur l\u2019efficacité de la distribution de repas gratuits dans les écoles.« La France, qui of fre des cantines à tous les enfants, à prix modulés en fonction du revenu des parents, constitue un autre modèle qui mériterait d\u2019être considéré», estime- t-il.Il se rappelle avec bonheur une année sabbatique en France, sans lunch à préparer pour les enfants.Chose certaine, il existe un lien « statistiquement significatif » entre l\u2019alimentation et les résultats scolaires, selon une étude publiée en 2017 dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics, au Royaume- Uni.Les élèves qui prennent un petit-déjeuner réussissent mieux que les autres, conclut ce rapport, établi en analysant les résultats de 40 recherches menées dans 18 pays, dont le Canada.Quelque 166 148 élèves âgés de 10 à 18 ans ont par ticipé à ces études.Les élèves qui ingurgitent de la malbouffe (boissons gazeuses sucrées, autres aliments peu nutritifs) une fois par jour ont plus de difficultés en lecture que leurs camarades qui se nourrissent bien.Au Québec, la distribution de dîners gratuits, préparés sur place (même financés par Ottawa), pour rait être dif ficile dans les écoles primaires : la plupart n\u2019ont pas de cafétéria.Ça n\u2019empêche pas le Club des petits-déjeuners de distribuer un repas du matin à 167 000 élèves dans 1455 écoles au Canada.Un million d\u2019autres enfants sont à risque d\u2019arriver à l\u2019école le ventre vide au pays, estime le Club.Le Devoir ARMEND NIMANI AGENCE FRANCE-PRESSE 368 millions C\u2019est le nombre d\u2019enfants dans le monde qui reçoivent au moins un repas par jour lorsqu\u2019ils sont à l\u2019école, soit un sur cinq.Source : Nations unies.Nourrir pour mieux réussir La recette brésilienne de distribuer des repas gratuits aux élèves fait du chemin SUITE DE LA PAGE B 1 COURSE M.Couillard semble croire que les Québécois sont plus xénophobes que leurs voisins a réponse offerte par le gouvernement Couillard à la crise des opioïdes est bien timide.Québec tarde à prendre conscience de l\u2019ampleur de ce drame, alors que Santé Canada vient tout juste de revoir à la hausse le nombre de décès causés par les opioïdes.Huit Canadiens sont morts chaque jour en 2016, et le bilan de l\u2019année en cours frôlera les 3000 morts.Au Québec, où les autorités sont incapables de fournir des statistiques actualisées, 140 personnes sont mortes en 2016.Depuis l\u2019an 2000, le Québec recense 2559 décès par surdose d\u2019opioïdes.Ici aussi, le fentanyl se répand.L\u2019été qui s\u2019achève n\u2019a guère été reluisant.Les cas anecdotiques de surdoses mortelles s\u2019accumulent, notamment au centre-ville de Montréal, avec 12 morts en deux semaines en août, forçant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à démanteler d\u2019urgence des réseaux de petits tra?quants de drogue.Ces interventions policières, nécessaires dans un climat d\u2019urgence, sont l\u2019équivalent d\u2019un diachylon sur une plaie sociale.L\u2019accumulation des cas de surdose démontre bien que nous avons quitté le registre du fait divers pour entrer dans celui du fait de société dans sa manifestation la plus inquiétante.L\u2019Agence de la santé publique du Canada, l\u2019Institut de recherche en santé du Canada, l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé, pour ne nommer que ces organisations, considèrent tous que nous traversons une crise nationale des opioïdes.Bien sûr, il existe de grandes disparités à l\u2019échelle du Canada.La réalité du centre-ville de Montréal n\u2019est pas celle de l\u2019est de Vancouver.Il n\u2019en demeure pas moins que le marché de la drogue ne connaît pas les frontières, et que des populations à risque (des hommes en situation de précarité pour la plupart) sont aussi présentes dans la métropole que dans les autres villes du pays.Le Québec a fait un premier pas en décidant d\u2019offrir gratuitement dans les pharmacies, et pour tous, la nalaxone (un antidote en cas de surdose).Mais ce n\u2019est pas suf?sant.Sur le front criminel, les policiers de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sûreté du Québec et du SPVM doivent unir leurs forces au sein d\u2019une escouade spéciale, comme dans la lutte contre le crime organisé, a?n de réduire le débit du robinet de l\u2019offre illicite.Sur le front de la santé, les médecins doivent faire leur examen de conscience et revoir leurs méthodes de prescription des narcotiques.Le registre de prescriptions, réclamé par le Collège des médecins, doit devenir une réalité permanente.L\u2019enquête épidémiolo- gique qui sera menée par le Collège ne suf?ra pas à instaurer le «changement de culture» souhaité par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.Sur le front politique, le gouvernement Couillard doit agir comme chef d\u2019orchestre, en se dotant d\u2019une stratégie nationale et en coordonnant les actions qui resteront autrement éparpillées.Donald Trump, tout à coup apôtre de la collaboration biparti- sane ?Plutôt l\u2019un des présidents américains les plus décousus que le pays ait jamais connus.L\u2019homme n\u2019a jamais été que dangereux depuis son arrivée à la Maison-Blanche.Voilà qu\u2019il s\u2019amende sur la question des « Dreamers » et qu\u2019il pose un geste utile en pactisant avec les démocrates, par calcul et par intérêt.Les républicains se déchirent ?On s\u2019en réjouit.a vie politique américaine repose comme nulle autre sur l\u2019art du marchandage.Et c\u2019est nécessairement sous cet angle qu\u2019il faut en partie lire la communion d\u2019esprit qui a réuni cette semaine le président Trump et les leaders du Parti démocrate autour d\u2019un projet d\u2019accord destiné à régulariser, contre renforcement d\u2019un certain nombre de mesures de sécurité frontalière, la situation des 800 000 sans-pa- piers arrivés enfants aux États-Unis.Une communion d\u2019esprit qui est le signe que M.Trump a vite regretté d\u2019avoir abrogé il y a dix jours le décret par lequel l\u2019ex- président Barack Obama avait mis ces « Dreamers » à l\u2019abri de l\u2019expulsion en leur permettant de vivre, de travailler et d\u2019étudier légalement aux États-Unis.Et qu\u2019il s\u2019est vite rendu à l\u2019évidence que la majorité républicaine au Congrès n\u2019arriverait à rien dans les six mois qu\u2019il lui avait impartis pour trouver une solution de rechange.L\u2019échec de la stratégie « d\u2019abrogation et de remplacement» de la loi sur la santé (l\u2019Obama- care) a laissé des traces.Il a montré à quel point il n\u2019y a plus seulement deux, mais trois partis au Congrès, compte tenu de l\u2019état de division dans lequel se trouvent les républicains entre modérés et ultraconservateurs.D\u2019où ce rapprochement contre nature entre la Maison-Blanche et la minorité démocrate\u2026 M.Trump prend acte, du moins ponctuellement, et se trouve donc à faire un pied de nez à son propre parti \u2014 si tant est que le Parti républicain est vraiment le sien.On ne peut pas oublier qu\u2019il en est devenu l\u2019année dernière le candidat à la présidence américaine contre la volonté absolue de l\u2019establishment du Grand Old Party.L\u2019occasion est trop belle pour lui de lui rendre aujourd\u2019hui la monnaie de sa pièce.M.Trump est son propre parti.Il est capable de tous les marchandages.La stratégie pourrait faire des petits autour d\u2019autres initiatives législatives \u2014 ou non.À partir du moment où les démocrates s\u2019entendent avec M.Trump et acceptent de l\u2019appuyer en bloc, le président n\u2019a plus besoin que d\u2019une partie des voix républicaines pour obtenir une majorité au Sénat et à la Chambre des représentants.Le débat sur les «Dreamers» va tester cette approche.Qu\u2019elle fonctionne, et d\u2019autres accords viendront.?Négociant avec l\u2019ennemi, le président s\u2019est attiré les foudres des ultras, qui l\u2019accusent d\u2019édulcorer ses positions anti-immigra- tion et de reculer sur la promesse clé de sa campagne présidentielle : la construction du mur à la frontière mexicaine.Sa base électorale s\u2019en trouve « irréparablement détruite », a prophétisé Steve King, un élu de l\u2019Iowa aux positions férocement anti-immigrantes.«Si nous n\u2019obtenons pas le mur, alors je préférerais avoir le président Pence », a réagi l\u2019imbuvable commentatrice Ann Coulter.Si, pour l\u2019heure, M.Trump a choisi de contourner ces voix hystériques qui voient en lui leur sauveur, le fait est pourtant qu\u2019il aura amplement le temps de renouer avec ses positions anti-immigration les plus virulentes.Il n\u2019a pas ?ni de nous faire peur.Ses sensibilités ultranationalistes sont épidermiques et ses penchants pour l\u2019extrême droite, indécrottables.Sa compassion pour les «Dreamers» est l\u2019exception qui con?rme la règle.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S La classe des «bolés » Je suis un « gars de Curé-Antoine-La- belle » à Sainte-Rose.En 1967, c\u2019était la plus grosse polyvalente du Québec, avec ses 6000 élèves et trois horaires distincts.À l\u2019époque, on y regroupait les élèves selon trois catégories : cours général, cours scientifique et, ô sacrilège, cours classique.D\u2019abord classé au scientifique par mon professeur de 7e année, j\u2019ai eu la chance d\u2019avoir une « mère fonceuse » qui a eu tôt fait de me faire admettre au cours classique, où j\u2019ai fréquenté les meilleurs élèves et les meilleurs professeurs.J\u2019y ai appris le latin, l\u2019espagnol, les sciences et tout le reste\u2026 Puis, au début des années 1970, le cours classique a été rayé de la carte.Je me suis donc retrouvé en 5e secondaire (CPES), mêlé, comme d\u2019autres, à toutes sor tes d\u2019hurluberlus, dont la seule idée était de perdre leur temps en classe.Je me rappelle même qu\u2019au cours L I B R E O P I N I O N R E N É D E R O U I N Artiste multidisciplinaire.Prix du Québec Paul-Émile Borduas 1999 ; chevalier de l\u2019ordre de l\u2019Aigle aztèque, Mexique 2006 ; Artiste pour la paix de l\u2019année 2017 ; compagnon des arts et des lettres du Québec, CALQ 2017.S e passe-t-il une journée au Québec sans qu\u2019on parle de racisme dans les médias ?Je me pose la question, car ma propre perception est celle d\u2019une culture québécoise métissée et généreuse, sans ghettoïsation.Sommes-nous en train de subir l\u2019influence des États-Unis, où la scène politique laisse de plus en plus d\u2019espace aux discours associés à l\u2019extrême droite ?Très tôt au cours de mes voyages à travers les Amériques, j\u2019ai été à même de constater le vrai sens du racisme.J\u2019ai connu l\u2019époque du « white only » partout aux États-Unis, celle du Québec des années 1960 où Pierre Vallières a décrit avec pertinence les Québécois comme les « nègres blancs d\u2019Amérique » et où Michèle Lalonde y est allée de son célèbre Speak White, inspiré des insultes racistes provenant du Canada anglais.À l\u2019époque, c\u2019est nous qui étions perçus comme des gens de deuxième classe ne parlant pas la langue des Blancs.Au fil des décennies, j\u2019ai ainsi eu l\u2019occasion de connaître ce qu\u2019est la vraie ségrégation et le racisme.Ce que j\u2019observe dans la société québécoise actuelle n\u2019a rien à voir avec cette réalité et cela me rappelle qu\u2019il nous est important d\u2019exercer notre devoir de mémoire.De leur côté, les États-Unis ont élu un président qui, en six mois seulement, a mis la hache dans le rêve américain, rejetant en bloc certaines de ses idées essentiel les.I l en ressor t au- jourd\u2019hui une nouvelle société, marquée par un dangereux retour vers une Amérique fondée sur la suprématie de la race blanche.America First nous balance ce président, mais de quelle Amérique s\u2019agit-il ?Prendre position Comme artiste, je me devais de m\u2019engager et de prendre position avec mon œu- vre, à un moment de l\u2019histoire où cette résurgence du racisme pose des dangers bien réels pour le futur de l\u2019humanité, tel qu\u2019on la conçoit aujourd\u2019hui.Mon engagement s\u2019exprime dans l\u2019œu- vre que je suis en voie de réaliser, intitulée Le mur des rapaces.Je pense qu\u2019il est important de sensibiliser par l\u2019art.En tant qu\u2019artiste, il m\u2019apparaît important de faire entendre ma voix dans cette époque malsaine, afin de contribuer à contrer les fausses informations et la propagande à caractère raciste.Avec sa rhétorique hargneuse, Donald Trump se fait le porte-parole d\u2019une nouvelle incarnation de la suprématie de la race blanche.Niant la réalité pour mieux embrasser sa propre fiction, il imite en cela le cinéma américain de Hollywood qui, de tout temps, a inévitablement caractérisé le Latino ou le Mexicain comme un paresseux, un salaud ou un homme armé et dangereux.Ce président se fait le por te-parole d\u2019une population qui pense comme lui.Ce faisant, il nous révèle une vérité choquante sur cette part des États-Unis depuis longtemps cachée sous le vernis du rêve américain.Avec son slogan America First, il nous dit sans honte que nous ne faisons surtout pas partie de l\u2019Amérique.Or, à ce que je sache, les Mexicains, les Québécois (les Latins du Nord) et les Canadiens vivent aussi en Amérique, souvent depuis plus longtemps que leurs voisins de frontières.Comment peut-il prétendre vouloir négocier l\u2019ALENA en considérant uniquement les prérogatives états-uniennes ?Il faut rappeler également que les États- Unis ont annexé par la guerre les territoires de la Californie, de l\u2019Arizona, du Texas et de plusieurs autres États limitrophes au milieu du XIXe siècle.Ironiquement, environ 30 millions de Latinos vivent aujourd\u2019hui dans ces territoires où ils constituent la main-d\u2019œuvre bon marché qui contribue à faire tourner l\u2019économie de cette région qui était autrefois leur pays.Donald Trump traite les Mexicains de violeurs, de dangereux criminels et de vendeurs de drogue.Sur ce dernier sujet, il devrait plutôt se tourner vers les véritables responsables de l\u2019explosion du commerce de la drogue, soit ses propres citoyens qui génèrent une part inégalée de la demande pour ces substances.En chantre du capitalisme pur et dur, il dispose là d\u2019un excellent exemple de l \u2019ef ficacité redoutable des mécanismes du libre marché.Dans l\u2019Amérique selon Trump, il est permis de se demander qui sont les vrais rapaces et les vrais racistes.Du racisme au mur des rapaces FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET d\u2019anglais, le prof laissait les plus récalcitrants jouer aux cartes au fond du local.Voilà le tableau ! Alors, M.Jean Beaudoin (« Oser choisir le secondaire public sur le Plateau ?» , Le Devoir , 13 septembre 2017), je vais vous dire : une chance que je suis passé durant quatre ans par les classes de « bolés », comme vous dites.Je suis finalement devenu enseignant durant plus de 30 ans dans une école privée for t renommée et je suis fier d\u2019avoir contribué à élever le talent de mes élèves au lieu de le rapetisser.Luc Marchand Terrebonne, le 13 septembre 2017 Amherst\u2026 et les autres S\u2019il faut supprimer les noms de tous ceux et celles qui ont essayé de se débarrasser des Amérindiens, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, par la force, la contamination, le zèle apostolique, le «génocide culturel», « DREAMERS » Trump pactise CRISE DES OPIOÏDES Une menace sérieuse L L GUY TAILLEFER BRIAN MYLES la législation, etc., les noms de nombre de colonialistes français et britanniques, et de Canadiens, seraient jetés aux oubliettes.Faut-il rappeler que la population autochtone des Amériques a été radicalement décimée au contact des Européens?Si les chefs de nations amérindiennes apprécient le geste symbolique de M.Co- derre de « régler le cas du général Amherst », soit, et je m\u2019en réjouis.Mais ce n\u2019est pas en gommant un épisode pénible qu\u2019on change l\u2019histoire et, surtout, qu\u2019on fait face à l\u2019avenir.J\u2019ai toujours été fier de savoir que j\u2019ai deux ancêtres amérindiens.Lorsque j\u2019ai demandé à mon père pourquoi il n\u2019y en avait que deux, i l m\u2019a répondu que c\u2019étaient les seuls à avoir été baptisés.Ça, c\u2019est la réalité, le rejet de l\u2019autre dans ce cas-ci, parce qu\u2019il ne pense pas comme vous.Alain Jarry Dorval, le 14 septembre 2017 Avec son slogan «America First», Donald Trump nous dit sans honte que nous ne faisons surtout pas partie de l\u2019Amérique L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).K H A L I D A D N A N E Économiste à l\u2019École de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke n 1862, l\u2019économiste français Clément Juglar affirmait ceci : « les crises, comme les maladies, paraissent une des conditions de l\u2019existence des sociétés où le commerce et l\u2019industrie dominent [\u2026] On peut les prévoir, les adoucir, s\u2019en préserver jusqu\u2019à un certain point ; mais [jamais] les supprimer».Certes, le contexte a grandement changé depuis et cette posture peut paraître quelque peu fataliste au jourd\u2019hui .Pour tant, la ré - flexion demeure pertinente, surtout que l\u2019on souligne cette année le dixième anniversaire de la fameuse crise des crédits hypothécaires toxiques, les subprimes.Celle-ci avait débuté à l\u2019été 2007 et avait culminé par la faillite d\u2019un géant américain, la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008.Où en sommes-nous aujourd\u2019hui ?Une telle dérive est-elle encore possible malgré tout ce que les gouvernements ont déployé en matière de sauvetage financier et de régulation pour prévenir d\u2019autres crises similaires?Une réponse, à la fois sage et réaliste, se résumerait ainsi : il faut faire preuve d\u2019optimisme, mais s\u2019assurer d\u2019une grande vigilance.Optimisme En effet, il faut être optimiste quant aux avancées réalisées depuis la crise des subprimes.Il y a eu un consensus sur le fait que la révolution néo- libérale du début des années 1980 (de Ronald Reagan et Margaret Thatcher) a été un tournant dans l\u2019enchaînement des crises que nous connaissons depuis cette période.Ce reposition- nement idéologique, qui érigeait la primauté du marché «autorégulateur» comme un principe sacro-saint, s\u2019est exprimé par une vague de déréglementations, notamment dans la sphère financière.Cette vague est considérée aujourd\u2019hui comme la cause principale de la crise de 2007- 2008.Car, sans contrôle et sans balises contraignantes, sans règles ni encadrement, le marché est capable de tous les dérapages.En ce sens, la majorité des gouvernements (entre autres au sein du G20) ont mis en place de nouvelles régulations strictes du système financier, principalement du système bancaire.Résultat : l\u2019activité des banques est fortement encadrée afin de prévenir de nouveaux abus et pour limiter les risques de contagion constatés durant la dernière crise.À titre d\u2019exemple, les banques ont été contraintes d\u2019obser ver plusieurs règles prudentielles et ont aussi été obligées de se livrer régulièrement aux fameux « stress tests » afin de vérifier leur vulnérabilité face à un choc financier soudain.Vigilance Ces avancées décisives ne doivent toutefois pas occulter deux éléments très inquiétants.Le premier vise cette volonté quasi obsessionnelle, notamment chez les dirigeants américains, de réviser ces normes et protocoles imposés aux banques, par souci d\u2019une plus grande flexibilité du marché.Autant le président Donald Trump que les élus républicains salivent déjà à cette idée et veulent, dans cette croisade idéologique (contre l\u2019héritage Obama au passage), renverser certaines dispositions mises en place.C\u2019est le cas de la règle Volker, un rempart important contre les agissements spéculatifs des banques avant la crise de 2007-2008.L\u2019autre élément préoccupant renvoie au fait que les principales activités ciblées par les régulations sont les activités bancaires.En parallèle, un autre secteur très imposant aujourd\u2019hui, celui que l\u2019on qualifie de finance de l\u2019ombre (shadow banking), n\u2019est pas soumis aux mêmes règles que les activités bancaires et peut donc fonctionner en presque totale liberté et dans une grande opacité.Celui-ci concerne, entre autres, les fonds spéculatifs, comme les fameux hedge funds.Si ce type de finance était relativement moindre dans les opérations de transactions financières avant 2007-2008, il a pris des proportions inédites aujourd\u2019hui : 92 000 milliards de dollars (Le Monde, 6 juillet 2017).Que retenir donc ?Que la vigilance est de mise.Cer tes, beaucoup de progrès ont été réalisés.Ils reposent, entre autres, sur les enseignements tirés des dif férentes crises « sévères » (comme en 1929 et en 2008) et rappellent que celles-ci ne sont pas une fatalité.Cependant, cela suppose une bonne coordination de notre système économique, le système capitaliste, et passe nécessairement par une régulation optimale afin d\u2019éviter les excès de ses acteurs.C\u2019est justement une des conclusions que propose le Prix Nobel d\u2019économie Paul Krugman dans son excellent ouvrage Pourquoi les crises reviennent toujours ?.Il dit à juste titre ceci : « Manifestement, ce que nous allons avoir à faire, c\u2019est réapprendre les leçons que nos grands- pères ont apprises de la Grande Dépression.Je ne vais pas essayer de décrire dans les détails un nouveau régime de régulation, mais le principe fondamental suivant devrait s\u2019imposer : tout ce qui doit être secouru pendant une crise financière, parce qu\u2019il joue un rôle essentiel dans les rouages financiers, devrait être régulé en dehors des crises [\u2026].» Comme quoi, lorsqu\u2019on scrute l\u2019évolution de notre histoire économique pour en analyser les moments de rupture, un fait demeure : les contextes changent, les problèmes et les solutions aussi.Seules les idéologies résistent, pour le meilleur et pour le pire ! Dix ans après la crise des subprimes : entre optimisme et vigilance L U C F O R T I N Ministre de la Culture et des Communications ai pris connaissance de la position du gouvernement Trudeau en ce qui a trait aux nouvelles réalités numériques, et je par tage l\u2019inquiétude de nombreux inter venants du milieu culturel québécois.D\u2019importantes mesures doivent être prises pour assurer l\u2019équité entre les dif fuseurs, et l\u2019avenir de notre industrie culturelle.Lorsque le gouvernement du Québec s\u2019est lancé dans le vaste chantier de renouvellement de la politique culturelle, j\u2019ai eu la chance d\u2019être au cœur d\u2019un processus de consultation qui allait me mener dans toutes les régions du Québec.Rapidement, nous avons dégagé des précieux témoignages certains consensus, notamment en ce qui a trait à l\u2019importance de maintenir, voire de renforcer, le rôle que jouent le Conseil des ar ts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), des organismes créés dans le but d\u2019apporter un soutien accru à nos créateurs et à nos entrepreneurs culturels.Il m\u2019est aussi apparu évident qu\u2019il fallait bâtir sur la politique culturelle de 1992 ; c\u2019est ce que nous avons proposé avec le projet de Politique québécoise de la culture que j\u2019ai rendu public au début de l\u2019été et qui sera bonifié à la suite du forum tenu à Montréal la semaine dernière.Ces consultations sont déjà un grand succès, car la politique qui en découlera permettra de faire rayonner notre culture dans toutes les régions du Québec, au plus près des citoyens ; qu\u2019elle mettra la langue française au centre de la promotion et de la diffusion de notre culture et qu\u2019elle permettra, à terme, une collaboration renforcée entre la culture et l\u2019éducation.Elle sera le projet d\u2019une génération au bénéfice des Québécoises et des Québécois, des artistes professionnels, sans oublier les travailleurs culturels.Pour une équité fiscale et réglementaire Un consensus s\u2019est aussi rapidement dégagé des consultations : l\u2019importance, pour le Québec et pour le Canada, d\u2019imposer aux grandes plateformes étrangères de dif fusion de contenu numérique la perception des taxes déjà existantes \u2014 la TPS et la TVQ \u2014, dans un souci d\u2019équité avec les services similaires de portée québécoise.J\u2019af firme aujourd\u2019hui toute la détermination du gouvernement du Québec dans ce dossier.Ce que certains ont appelé la « taxe Netflix », mais qui concerne aussi Spotify, iTunes et Amazon \u2014 pour ne nommer que ceux-là \u2014 n\u2019est pas une nouvelle taxe pour les consommateurs, et devrait être perçue comme un traitement équitable pour toutes les entreprises, qu\u2019elles soient canadiennes ou étrangères.Évidemment, ce serait le début d\u2019un long processus, qui ne se fera pas sans difficultés et qui doit passer par une concertation de tous les pays du G20.Tous les pays industrialisés font face à cet enjeu.Des associations nationales telles l\u2019Association québécoise de la production médiatique (AQPM), l\u2019Association québécoise de l\u2019industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) ou la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) ont soulevé, à maintes reprises, la nécessité d\u2019en arriver à un cheval de bataille commun avec le gouvernement fédéral, pour l\u2019équité et la justice en matière de dif fusion numérique.Cette question est intimement liée aux difficultés que le numérique entraîne dans l\u2019application de la Loi sur le droit d\u2019auteur et, notamment, aux répercussions qui en découlent sur la juste rémunération des créateurs.En ce sens, les premières orientations de la politique culturelle canadienne annoncées par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, nous paraissent inquiétantes.C\u2019est tout un secteur de l\u2019économie québécoise, celui de la culture, que je représente fièrement, qui attend de connaître l\u2019orientation choisie par le fédéral.Les premiers signes indiquent que le gouvernement canadien choisira de ne pas appliquer ces taxes.Il est important non seulement pour moi, mais aussi pour des milliers de travailleurs culturels, qu\u2019Ottawa revoie sa position.Dans le cas contraire, ce serait un bien mauvais signal à envoyer aux artisans de notre culture.POLITIQUE CULTURELLE Ottawa doit revoir sa position sur les géants du numérique M A R T I N C O I T E U X Ministre des Affaires municipales et de l\u2019Occupation du territoire, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la région de Montréal e 5 novembre prochain, ce sont plus de 8000 postes d\u2019élu municipal qui devront être pourvus, et ce, partout au Québec.Il va sans dire qu\u2019il s\u2019agira d\u2019un moment important pour la démocratie québécoise et pour l\u2019avenir de nos collectivités.Ces élections de 2017 revêtent une importance toute particulière : le 15 juin dernier, l\u2019Assemblée nationale a adopté le projet de loi 122, visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs.Cette loi, maintenant en vigueur, donne les coudées franches aux élus municipaux pour prendre certaines décisions qui produisent des résultats concrets dans la vie de leurs concitoyens.Il s\u2019agit de la plus grande décentralisation de pouvoir vers les municipalités de l\u2019histoire du Québec.Jamais les élus municipaux n\u2019auront eu un rôle aussi déterminant dans l\u2019avancement de leur collectivité.Tous les points de vue Dans un contexte où les citoyennes et citoyens du Québec réclament une modernisation de l\u2019action politique, ces élus municipaux ont maintenant les moyens des ambitions de leurs électeurs.Pour mener à bien ce grand projet, le Québec a besoin de tous les points de vue et de toutes les sensibilités qui s\u2019expriment dans la société.Pour ce faire, il est impératif qu\u2019il puisse compter sur davantage de femmes, de jeunes et de Québécois issus de la diversité.En effet, le Québec moderne présente un visage et une réalité empreints de nuances et de diversité.Les candidatures municipales et, par la suite, nos élus et élues, doivent refléter cet état de fait.Nous avons besoin de tous les points de vue, de toutes les valeurs et de toutes les visions pour que tous et toutes soient pris en compte et pour que nouveaux pouvoirs riment avec un avenir meilleur pour les citoyens et citoyennes d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Nous avons besoin des forces vives issues de tous les horizons : le Québec ne peut se pr iver d\u2019aucun talent.À tous ceux et à toutes celles qui ont à cœur leur communauté et qui souhaitent participer au façonnement de son avenir, présentez-vous.Faites partie de la prise de décision.C\u2019est l\u2019occasion d\u2019agir concrètement.Ensemble, ayons le courage de nos idées et de nos valeurs.Aussi, ne ménageons aucun ef fort pour que davantage de femmes, de jeunes et de Québécois issus de la diversité se présentent et fassent porter une nouvelle voix.À une ère où le Québec municipal est plus autonome et peut prendre davantage de décisions qui auront une incidence quotidienne, que ce soit en développement durable, en transport collectif ou dans les domaines économiques, sociaux et culturels, vous pouvez changer les choses et apporter une nouvelle vision.Le Québec a besoin de tous ses talents pour les élections municipales J\u2019 L E MATT ROURKE ASSOCIATED PRESS La crise des subprimes avait débuté à l\u2019été 2007 et avait culminé par la faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. M A T H I E U - R O B E R T S A U V É Journaliste et étudiant à la maîtrise en communication à l\u2019Université de Sherbrooke Il y a 20 ans paraissait chez Odile Jacob un ouvrage intitulé Impostures intellectuelles, relatant un spectaculaire canular d\u2019Alan Sokal, professeur de physique à l\u2019Université de New York et amateur de philosophie, qui avait secoué l\u2019année précédente des monuments de l\u2019école française.Sokal avait proposé à une revue américaine à la mode, Social Text, un texte «bourré d\u2019absurdités et d\u2019illogismes flagrants» et avait rendu publique son intention peu après, affirmant que ses propos tenaient du délire.Rien, dans «Transgresser les frontières: vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique», n\u2019avait de sens! « S\u2019il avait simplement écrit un ar ticle dénonçant l \u2019abus de termes scientifiques inadéquats chez les penseurs postmoder - nes, personne ne l\u2019aurait lu.En inventant une satire pseudo-scientifique qu\u2019il a fait publier dans une revue respectée de sciences humaines, il a vraiment démontré que le roi était nu », lance Yves Gin- gras, professeur à l\u2019UQAM.Encore hilare à l\u2019évocation de cette histoire, il estime que le temps était venu de dénoncer l\u2019abus de concepts scientifiques dans des textes prétendument savants.Lui-même physicien, il avait été consulté à l\u2019époque par Sokal pour documenter les dérapages et son nom figure dans les remerciements aux côtés de Pier re Bourdieu et Noam Chomsky, notamment.Écrit par Alan Sokal et Jean Bricmont, professeur à l\u2019Université catholique de Louvain, Impostures intellectuelles (Fashionable Non-Sense pour l\u2019édition américaine) reprend une à une les citations du pastiche du physicien new-yorkais et examine plusieurs écrits des Jacques Lacan, Bruno Latour, Jacques Derrida, Julia Kris- teva, Jean Baudrillard et Félix Guattari.Ils souhaitent «attirer l\u2019attention sur des aspects relativement peu connus, atteignant néanmoins le niveau de l\u2019imposture, à savoir l\u2019abus réitéré de concepts et de termes provenant des sciences physico-mathématiques», indiquent-ils.Des imposteurs Leur critique des mauvais usages de la science moderne, extrêmement sévère, peut se résumer ainsi : ces auteurs sont des imposteurs lorsqu\u2019ils font référence aux sciences dans leurs ouvrages ! Par exemple, dans ses livres, le sociologue des sciences Bruno Latour fait d\u2019innombrables références à la physique, discipline que Sokal et Bric- mont maîtrisent assez bien merci\u2026 Passe encore lorsqu\u2019il écrit que « la théorie de la relativité elle-même est sociale » \u2014 va pour la métaphore \u2014, mais c\u2019est plus grave lorsqu\u2019il s\u2019avance dans l\u2019espace-temps, confondant « position » et «mouvement».Latour se permet même d\u2019en montrer à Alber t Einstein avec un « troisième système de référence » que le père de la relativité n\u2019avait pas cru bon d\u2019inventer.« L\u2019analyse de Latour est fondamentalement viciée par son manque de compréhension de la théorie qu\u2019Einstein essaie d\u2019expliquer » , concluent les auteurs.Le philosophe Normand Baillargeon ne comprend pas que des penseurs sérieux puissent si mal comprendre des notions scientif iques aussi fondamentales, d\u2019autant plus qu\u2019ils en font référence dans leur œuvre.« La théorie de la relativité, c\u2019est de niveau première année de cégep » , mar tèle l \u2019auteur du Petit cours d\u2019autodéfense intellectuelle qui avait pris position pour les physiciens lors de l\u2019af faire Sokal, notamment dans Le Devoir.Il déplore que les philosophes se soient progressivement détournés des sciences après l\u2019époque des Lumières.« Il était temps qu\u2019on sonne l\u2019alarme sur cette coupure entre les humanités et les sciences.La gran - de leçon des Impostures intellectuelles, c\u2019est d\u2019a - voir souligné le mépris des sciences pures chez les intellectuels français.Comment peut-on parler de mathématiques et de physique dans des revues de sciences humaines sans en maîtriser con - venablement les concepts?» Tant que les philosophes citent Platon et Aristote, ils sont en terrain solide ; le champ est miné quand ils s\u2019aventurent chez Einstein et Newton, résume Yves Gingras.« Quand Lacan parle de topologie et de mathématiques, il ne sait pas de quoi il parle», juge-t-il.Et le message n\u2019a pas passé puisque de nouveaux hérauts de l\u2019École française \u2014 comme Alain Badiou \u2014 continuent d\u2019occuper le terrain avec les mêmes lacunes.Le 1er avril 2016, Ba- diou a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet d\u2019un canular paru dans sa propre revue, Badiou Studies.«Passion et fureur» L\u2019af faire avait fait grand br uit à l\u2019époque, car les figures de proue de l\u2019école française étaient considérées comme les maîtres de la pensée postmoderne.L\u2019onde de choc avait provoqué de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique « passion et fureur » selon Libération, qui avait largement traité du canular, tout comme Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Figaro et d\u2019autres.Impostures intellectuelles a été traduit en une douzaine de langues et s\u2019est vendu à des milliers d\u2019exemplaires.Que reste-t-il de cette bravade en 2017 ?Une polarisation semble s\u2019être produite entre la philosophie analytique et le courant continental.Pour les premiers, le coup a été esquivé (Derrida et Kristeva ont rapidement publié des répliques) et la vie a continué.Pour les seconds, l\u2019attaque a fait mal et la rigueur est de mise quand on veut associer méta-analyse et psychanalyse ; social et fractals ; relativisme et relativité.« Je ne crois pas que nous ayons donné un coup fatal aux impostures intellectuel - les », allègue au cours d\u2019un entretien téléphonique Jean Bricmont, le coauteur de l\u2019essai .Plusieurs « vict imes » continuent d\u2019être abondamment ci tées dans des ouvrages universitaires.Comme si les éclaboussures provoquées par ce pavé avaient f ini par gl isser comme l\u2019eau sur le dos d\u2019un canular.Un clic, un article Des pasticheurs australiens ont précédé Sokal avec un amusant Générateur de postmoder- nisme que j\u2019utilise à l\u2019instant.En un clic, on obtient un ar ticle postmoderne ! Celui qui apparaît est signé Martin Q.Parry, de l\u2019Université de l\u2019Illinois et James I.P.Scuglia, de l\u2019Université du Massachusetts, et s\u2019intitule «The dialectic paradigm of consensus in the works of Eco» («Le paradigme dialectique du consensus dans l\u2019œuvre d\u2019Eco»).Ce grand n\u2019impor te quoi cite abondamment Jean Bau- drillard et Jacques Derrida, et semble bien savant.Il est l\u2019un des 16,9 millions de textes conçus de façon aléatoire depuis 2000 par l\u2019outil créé par Andrew C.Bulhak.Aujourd\u2019hui, les émules de Sokal ne se privent pas.Dans Cogent Social Sciences , les Américains Peter Boghossian et James Lindsay ont produit une absurdité intitulée « Le pénis conceptuel en tant que construction sociale » (19 mai 2017).Les membres de l\u2019improbable Groupe indépendant de recherche sociale du Sud-Est affirment que le phallus, invention idéologique, est le grand responsable de la culture du viol qui sévit en Occident.L\u2019éditeur a aimé.Ce canular succède à celui de l\u2019inexistant Jean-Pierre Tremblay, professeur à « l\u2019Université de Laval », qui déboulonne la pensée d\u2019une autre tête d\u2019affiche post- moderne, Michel Maf fesoli, fondateur de la revue Sociétés.Ces démonstrations par la dérision n\u2019approfondissent- elles pas le fossé qui sépare les humanités et les autres sciences?Ne rendent-elles pas risquée la grande poussée des années 2000 vers l\u2019interdisciplinarité, voire la transdiscipli- narité qui est devenue un critère d\u2019attribution de subvention dans les grands organismes de financement de la recherche ?«Tous ces canulars sont rigolos, mais ils ne changent pas grand-chose», observe Jean Bricmont.À part quelques « like » sur les réseaux sociaux, ils n\u2019ébranlent pas l\u2019institution comme a pu le faire l\u2019af faire Sokal.Et avec la montée des revues prédatrices dirigées par des éditeurs qui font payer les auteurs pour la publication d\u2019articles qui n\u2019ont aucune légitimité, le public risque de s\u2019égarer.À son avis, les ponts entre les humanités et les sciences physico-mathématiques sont encore souhaitables, mais pour mériter le titre de philosophe ou de sociologue des sciences, il faut forcément se doter d\u2019une formation scientifique complémentaire.Une maîtrise en physique ou en biologie lui apparaît une condition minimale.Pour Normand Baillargeon, pas nécessaire d\u2019aller si loin pour enrichir notre culture scientifique.La société de l\u2019information permet à tout honnête citoyen de s\u2019initier aux sciences de façon autodidacte.«On peut compter sur de remarquables ouvrages de vulgarisation pour apprivoiser les con - cepts les plus fondamentaux de la physique ou de la biologie, donne-t-il comme exemple.Les journalistes scientifiques font un travail remarquable pour nous aider à nous y retrouver.» Le philosophe français Pascal Engel estime que la « pensée glissante et chatoyante d\u2019un Bruno Latour, l\u2019une des principales cibles de Sokal, n\u2019a rien perdu de son pouvoir de séduction » .I l se désole que les Impostures n\u2019aient pas mis f in à « l \u2019obscurantisme de toute une par tie de la production en critique littéraire, en philosophie et en sciences sociales ».«La French Theory a certes vécu, et le constructivisme en philosophie des sciences ne fait plus recette, mais des idéologues dogmatiques comme Alain Badiou et Zlavo Zizek tiennent toujours le haut du pavé, en France comme ailleurs», affirme-t-il.Il appelle à la résistance de la pensée critique en retrouvant une rigueur intellectuelle qui n\u2019aurait jamais dû quitter les universités.Malheureusement, celles-ci sont de nos jours un peu frileuses devant les véritables débats.« Il y a même des penseurs pour nous dire que la raison n\u2019aura jamais de pouvoir sur les esprits et que les faits ne nous feront jamais changer d\u2019avis », conclut le professeur à l\u2019École des hautes études en sciences sociales de Paris.?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@le- devoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/so- ciete/le-devoir-de-philo L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 6 LE DEVOIR DE PHILO Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.VINGT ANS APRÈS LE CANULAR D\u2019ALAN SOKAL Les impostures intellectuelles fleurissent toujours Des penseurs sérieux persistent à mal comprendre des notions scientifiques fondamentales ILLUSTRATION TIFFET Le spectaculaire canular d\u2019Alan Sokal, professeur de physique à l\u2019Université de New York et amateur de philosophie, avait secoué des monuments de l\u2019école française il y a de cela deux décennies.COLLECTION PERSONNELLE Mathieu-Robert Sauvé On peut compter sur de remarquables ouvrages de vulgarisation pour apprivoiser les concepts les plus fondamentaux, de la physique ou de la biologie par exemple Le philosophe Normand Baillargeon « » Le livre publié en 1997 "]
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