Le devoir, 7 octobre 2017, Cahier F
[" Richard Wagamese sur le déracinement culturel Page F 3 Dalie Giroux invite le Québec à se «désinférioriser» Page F 6 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 D O M I N I C T A R D I F «E st-ce qu\u2019on peut penser le féminisme sans penser l\u2019amour ?» demande Martine Delvaux dans les premières pages du Monde est à toi, une lettre d\u2019amour écrite à sa fille adolescente, avec au cœur ce désir de contempler «ce qu\u2019il y a de féministe dans cet amour-là».Ça fait déjà trois fois le mot «amour» \u2014 vous l\u2019aurez remarqué si vous êtes attentifs \u2014 et ce n\u2019est pas innocent.«Oui, ça peut avoir quelque chose d\u2019étonnant», reconnaît l\u2019universitaire, qui réfléchit dans ce nouveau livre à la transmission féministe, mais qui évite avec un luxe de précautions de faire pleuvoir sur la tête des mères, et des femmes en général, une énième série d\u2019injonctions.«C\u2019est étonnant de voir \u201camour\u201d et \u201cféminisme\u201d côte à côte, parce qu\u2019on pense encore que le féminisme, c\u2019est la haine des hommes \u2014 ça, c\u2019est le cliché \u2014, mais aussi parce que l\u2019on conçoit difficilement que la lutte politique ou la quête d\u2019universaux soient liées à quelque chose d\u2019aussi fondamental que l\u2019amour.» « Je voulais ramener ces mots-là ensemble parce que la parité, ce n\u2019est pas juste la parité hommes-femmes comme on l\u2019entend à l\u2019Assemblée nationale, poursuit-elle.La parité, c\u2019est un engagement éthique et l\u2019éthique, c\u2019est l\u2019amour de l\u2019autre.Je sais que ça fait fleur bleue ou chrétien, mais j\u2019y tiens.J\u2019essaie d\u2019élever ma fille en lui faisant comprendre qu\u2019on ne peut pas poser un regard méchant sur les autres.C\u2019est une manière de lui dire que l\u2019amour est au centre de tout, et c\u2019est très féministe ça pour moi.» Féminins et féminismes pluriels Plus qu\u2019une simple lettre, Le monde est à toi pourrait aussi être qualifié de journal de bord d\u2019une mère qui marche aux côtés de sa fille et l\u2019ob- ser ve avec passion, sans lui dicter la route à emprunter, bien qu\u2019en prenant soin de lui fournir de précieux outils de navigation, dont celui du doute quant aux identités figées.L\u2019écrivaine célèbre ainsi par le fait même un féminin et un féminisme pluriels, s\u2019incarnant joliment dans la liste des féministes préférées de sa fille, un arc-en-ciel où rayonnent entre autres « Beyoncé, Jo dans Les quatre filles du docteur March, Tori l\u2019amie de Tris dans Divergence et la gang de filles en secondaire 3 qui portent toujours un pantalon et un chandail.» La question de la diversité traverse d\u2019ailleurs toute cette longue missive.À l\u2019heure où plusieurs féministes dites in- tersectionnelles plaident pour une lutte se mesurant à toutes les inégalités, et que des féministes plus traditionnelles émettent des réticences par rapport à ce discours, Delvaux se fait un point d\u2019honneur de souvent rappeler à sa fille la blancheur de sa peau, ainsi que la douceur du milieu socio-économique dans lequel elle s\u2019est épanouie.« Je pense qu\u2019il y a chez certaines féministes une crainte que si on la conjugue aux questions queer ou antiracistes, la question du féminin passe à la trappe, et qu\u2019on mette en péril les gains qui ont été faits si on refuse, par exemple, de dénoncer le voile, ex- plique-t-elle.J\u2019ai pour ma part l\u2019impression d\u2019assister à une re-es- sentialisation du féminin, comme si tout d\u2019un coup on recristallise ce que c\u2019est, être une femme.» RENCONTRE La parité, c\u2019est aussi l\u2019amour de l\u2019autre Martine Delvaux réfléchit à la transmission féministe dans une longue lettre à sa fille PEDRO RUIZ LE DEVOIR «La parité, c\u2019est un engagement éthique et l\u2019éthique, c\u2019est l\u2019amour de l\u2019autre», souligne Martine Delvaux.F A B I E N D E G L I S E D epuis 25 ans, à chaque session parlementaire aux États- Unis, le représentant démocrate à la Chambre des représentants, le patriarche des lieux, John Conyers, élu depuis 1965 dans le Michigan, entre dans la même impasse en proposant au Congrès de mettre en place une « commission d\u2019étude des propositions de réparations pour les Afro-Amé- ricains».25 ans de refus systématique, d\u2019indifférence, de silences gênés, que la chambre soit sous l\u2019influence des démocrates ou des républicains, souligne Ta-Nehisi Coates dans un nouvel essai percutant intitulé Le procès de l\u2019Amérique (Éditions Autrement).Et l\u2019essayiste, auteur d\u2019Une colère noire en 2016 et de Grand combat l\u2019an dernier, ajoute : «Le fait que la proposition n\u2019ait jamais été débattue [\u2026] indique que notre réticence ne prend pas sa source dans la dif ficulté de mise en œuvre, mais dans une inquiétude plus existentielle.Car, si l\u2019on parvenait à démontrer que [\u2026] les conditions de vie de l\u2019Amérique noire ne sont pas inexplicables, mais qu\u2019elles sont la conséquence logique et inévitable de plusieurs siècles d\u2019ostracisme, cela obligerait la plus vieille démocratie du monde à une profonde remise en question.» Le dernier propriétaire d\u2019esclaves est mor t depuis très longtemps, fait remarquer Ta- Nehisi Coates, mais pas les traces de son système d\u2019exploitation, de la soumission qu\u2019il a imposée à un peuple, de sa mise en commerce des corps humains et de sa création d\u2019une richesse non partagée, d\u2019une économie fondée sur l\u2019asservissement d\u2019une bonne part de la population.Un héritage toujours délétère qui se révèle dans les tweets d\u2019un président, dans les meurtres de citoyens noirs par des policiers blancs, dans les statistiques de l\u2019incarcération, de la pauvreté, de la violence, de la sous-édu- cation et qu\u2019il est temps d\u2019affronter une bonne fois pour toutes, croit l\u2019essayiste, en posant des mots sur du papier comme d\u2019autres posent un genou à terre en introduction d\u2019une rencontre sportive.Ne plus taire l\u2019intolérable : c\u2019est ce qu\u2019a décidé de faire Colson Whitehead dans son remarquable et remarqué Underground Railroad (Albin Michel) que Barack Obama, premier président afro-américain des États-Unis, a placé en 2016 sur la liste de ses lectures d\u2019été, propulsant le jeune romancier new-yorkais sur le devant de la scène, celle où convergent de plus en plus de voix appelant à af fronter les fantômes d\u2019un passé commun, au pays de Donald Tr ump, pour rendre réellement possible l\u2019émancipation d\u2019un peuple.Dans ce roman, à la plume sensible et précise, Cora, une jeune esclave maltraitée par les Randall sur une plantation de la Géorgie, se laisse embarquer par Ceaser dans une course folle vers la liberté par l\u2019entremise d\u2019un « chemin de fer souterrain », incarnation fantaisiste dans le récit de Whitehead de ce célèbre réseau de passeurs qui, au milieu du XIXe siècle, a soustrait 100 000 esclaves du joug de leurs propriétaires blancs en les amenant au Mexique, dans les États abolitionnistes du Nord, ainsi qu\u2019au Canada.Harriet Tubman a été une figure forte de ce réseau fondé sur des chariots à double fond et des progressistes, toutes couleurs unies, plus clandestin que réellement souterrain.En montant dans ce train, Cora va tenter de se libérer de ses chaînes, en gardant en tête les images fortes de ces «hommes pendus à des arbres, abandonnés aux bises et aux corbeaux», de ces «femmes entaillées jusqu\u2019à l\u2019os par le fouet à lanières», de ces «corps vivants ou morts, mis à rôtir sur des bûchers», de ces «pieds tranchés pour empêcher la fuite», de ces «mains coupées pour mettre fin au vol».Elle va être traquée par un chasseur d\u2019esclaves insatiable et sadique, Ridgway, figure romanesque du blanc supréma- ciste en totale rupture avec son humanité et en étrange cohérence avec quelques discours du présent.Le tout donne corps à cette invitation lancée au départ par le chef de gare : « Si vous voulez voir ce qu\u2019est vraiment ce pays, comme je dis toujours, y\u2019a rien de tel qu\u2019un voyage en train.Regardez au-dehors quand vous filerez à toute allure, vous verrez le vrai visage de l\u2019Amérique», lance-t-il aux fugitifs en fermant la portière du wagon.Récit d\u2019une évasion par le rail comme métaphore d\u2019une histoire dont on remonte inlassablement le fil par la violence du détail et par ces destins humains marqués au fer rouge, voilà toute l\u2019intelligence et la force du bouquin de Colson Whitehead, qui rappelle ce temps où l\u2019on crevait les yeux d\u2019un esclave qui avait osé regarder les mots sur une pancarte pour être sûr que les autres Libérer l\u2019Amérique de ses chaînes esclavagistes Ta-Nehisi Coates et Colson Whitehead mettent des mots sur du papier comme d\u2019autres posent un genou à terre pendant un hymne national VOIR PAGE F 2 : AMOUR VOIR PAGE F 2 : AMÉRIQUE ISTOCK L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION F 2 M A R I E F R A D E T T E « J\u2019 avance tranquillement dans le corridor de l\u2019hôpital.On m\u2019annoncera au- jourd\u2019hui combien de temps il me reste à vivre [\u2026] On a diagnostiqué ma leucémie il y a cinq ans [\u2026] Je dois avouer qu\u2019à dix ans, n\u2019ayant jamais connu personne souf frant de cette maladie, je ne savais pas exactement ce que c\u2019était.» C\u2019est sur cette réalité que s\u2019amorce sans doute la plus longue journée de cette adolescente.L\u2019attente de la nouvelle est entrecoupée d\u2019anecdotes et de souvenirs qui nous font entrer dans son quotidien, mais aussi dans celui des gens qui l\u2019entourent.Ses parents, notamment son père, qui n\u2019arrête pas de faire des « jokes de mononcle» pour cacher sa douleur, dit-elle, sa nouvelle amie de chambre, Maxine, qui n\u2019aura pas la même chance qu\u2019elle et Victor, ce garçon doux et sensible qui saura la regarder « comme une fille et non comme une malade».La finale reste connue depuis le titre, mais étrangement, on se prend à l\u2019oublier en court de lecture, touchée par cette héroïne, inspirée par une adolescente rencontrée par India Desjardins à qui elle avait promis cette histoire.Nous reconnaissons bien ici son style et sa propension à mettre le réel en scène de façon concrète, simplement, tout en insistant sur des détails qui permettent de voir l\u2019adolescence de l\u2019intérieur.Évoquer la douleur Si l\u2019auteure parvient à rendre avec précision l\u2019émotion de son héroïne, sa vision du monde, les illustrations pleine page de Marianne Ferrer (Racines, Le jardin invisible) ajoutent beaucoup à l \u2019ef fet de sens.Jouant sur trois couleurs sobres \u2014 valsant entre le gris, le vert pâle et le bourgogne, signe de vie \u2014, la ligne impure évoque avec candeur cette bulle de douleur, ce moment vaporeux, insaisissable, cette période difficile pendant laquelle la vie suit son cours, mais reste tout de même coincée entre parenthèses.Marianne Ferrer métapho- rise le concret décrit dans le texte et nous propulse ainsi en état d\u2019apesanteur.Le manque de force de la jeune fille, son découragement, se voit notamment à travers ce grand corps mou, ces membres étirés, trop longs, pendus à ceux solides de sa mère qui traîne son enfant avec toute la force et l\u2019énergie de l\u2019espoir.Le silence qui émane de ces illustrations exprime avec force toute la charge émotionnelle vécue entre les personnages.Sans of frir un album graphique singulier \u2014 sur le thème, on se souviendra du très poétique et incomparable Ma meil leure amie de Gilles Tibo et Janice Nadeau \u2014, le duo par vient à dire la douleur et la rédemption délicatement sans tomber dans le piège du pathétisme ou du mélodramatique.Collaboratrice Le Devoir UNE HISTOIRE DE CANCER QUI FINIT BIEN ?1/2 India Desjardins et Marianne Ferrer La Pastèque Montréal, 2017, 88 pages RÉCIT ILLUSTRÉ Diagnostic intime sur un cancer India Desjardins et Marianne Ferrer racontent l\u2019épreuve du mal loin du mélodrame n\u2019aient pas la même idée d\u2019apprendre l\u2019alphabet.Car l\u2019esclave n\u2019était qu\u2019une marchandise privée de sa dignité et de sa famille par le sale jeu des placements et des déplacements de capitaux.Féminisme et racisme « Les États-Unis ont été bâtis sur le traitement préférentiel des Blancs, et cela a duré trois cent quatre-vingt-quinze ans, écrit Coates.Ce n\u2019est pas en soutenant vaguement une diversité de bon ton pour avoir la conscience tranquille que l\u2019on risque de rétablir la balance », une réalité qui va rattraper Nadia, 17 ans, héroïne du Cœur battant de nos mères de Brit Bennett.La jeune romancière américaine débarque dans cet automne littéraire avec une histoire de vie très contemporaine, marquée par ce passé mal digéré de l\u2019Amérique.Après un avortement, Nadia quitte le confort relatif d\u2019une communauté noire de la Californie où elle a vu le jour, pour tenter de s\u2019extirper de sa condition en devenant boursière d\u2019une université du Michigan, majoritairement blan - che.La ségrégation s\u2019y joue désormais de manière passive, faute d\u2019avoir été cette question éludée par une chambre des représentants depuis 25 ans.« Célébrer la liberté et la démocratie tout en oubliant que l\u2019Amérique prend ses origines dans l\u2019économie de l\u2019esclavage, c\u2019est du patriotisme à la carte», note Ta-Nehisi Coates dans son bouquin qui documente l\u2019asservissement des familles noires dans les banlieues de Chicago par des propriétaires d\u2019immeubles qui, après l\u2019abolition, sont devenus les nouveaux exploiteurs et qui souligne que l\u2019ascension exceptionnelle d\u2019un Barack et d\u2019une Michelle Obama ne peut pas faire oublier les stigmates de ce passé sur le reste des Afro- Américains qui restent encore et toujours « sur le carreau ».Un passé qui fait peur à ceux qui refusent d\u2019entendre la proposition du politicien John Conyers, non pas parce qu\u2019elle vient d\u2019un Noir, non pas par ce qu\u2019elle pourrait coûter en réparation, mais parce que « l\u2019idée [de réparation] menace quelque chose de beaucoup plus profond : l\u2019héritage des États- Unis, son histoire et sa place dans le monde».Un risque que sont prêts à courir Brit Bennett, Colson Whitehead ou Ta-Nehisi Co- ates, ces voix de plus en plus for tes et sur tout lucides de cette Amérique noire qui cherche à se débarrasser de ses chaînes pour permettre à tous d\u2019avancer, et ce, en refusant de laisser une réalité de ce grand pays démocratique dans la marge de son histoire.Le Devoir LE PROCÈS DE L\u2019AMÉRIQUE ?Ta-Nehisi Coates Traduit de l\u2019anglais (États- Unis) par Karine Lalechère Éditions Autrement Paris, 2017, 126 pages UNDERGROUND RAILROAD ?Colson Whitehead Traduit de l\u2019anglais (États- Unis) par Serge Chauvin Albin-Michel Paris, 2017, 430 pages LE CŒUR BATTANT DE NOS MÈRES ?Brit Bennett Traduit de l\u2019anglais (États- Unis) par Jean Esch Éditions Autrement Paris, 2017, 350 pages SUITE DE LA PAGE F 1 AMÉRIQUE « Tu dois sans cesse tenter de sortir de toi.C\u2019est pour ça que j\u2019ai tendance à penser que tu ne dois pas être fière d\u2019être une fille, une personne née avec un corps qui correspond à ce qu\u2019on dit être celui d\u2019une fille.Quelqu\u2019un qui à ce jour n\u2019a pas senti le besoin de remettre en question cette identité-là, mais qui, en même temps, je crois, ne doit pas y croire complètement », suggère la mère à sa fille, en prenant à contre- pied un des cris de ralliement dominants du féminisme, celui de la fierté.Mais pourquoi donc refuser d\u2019être fière d\u2019être femme ?« Parce que, pour moi, la fier té, c\u2019est un gonflement de l\u2019ego, mais aussi parce que le risque, c\u2019est de verser dans un essentialisme.L\u2019horizon à mes yeux se situe au-delà de ça.C\u2019est le binarisme homme- femme qui doit cesser.Tant qu\u2019on va être dans une logique binaire, il va y avoir de l\u2019oppression et on va demeurer dans la domination.» Une mère et une féministe suffisamment bonne « Je ne t\u2019ai jamais suggéré ou interdit de faire quelque chose parce que tu es une fille » , insiste Mar tine Del- vaux dans Le monde est à toi, en se remémorant avec joie les robes de princesse réclamées et un temps revêtues par sa fille.« Je me suis beaucoup fait demander lors de la parution des Filles en série [Éditions du remue-ménage, 2013] s\u2019il fallait laisser les f i l les jouer avec des Barbies .Moi, j \u2019ai eu un énorme plaisir à aller dans le sens de ce que ma fille voulait, parce que de toute façon, les choses passent.Plutôt que d\u2019interdire, j\u2019ai préféré multiplier ce avec quoi e l le pouvait jouer, pour éviter les risques de formatage », se souvient celle qui, avec la même lucidité, aura déconstruit l\u2019hété- ronor mativi té des images que l\u2019école, la télé et la société tentaient d \u2019 inst i l ler dans l\u2019esprit de sa fille, tout en refusant de faire por ter sur les épaules d\u2019une gamine tout le poids d\u2019un combat d\u2019adultes.« C\u2019est la question de la perfection qui travaille beaucoup mon livre » , note la romancière, que l \u2019on reconnaît comme telle dans plusieurs passages plus lyriques de cet essai .« Donald Winnicott parle d\u2019une mère suf fisam- ment bonne et j \u2019aime bien aussi l \u2019idée d\u2019une féministe suf fisamment bonne.Ce que j\u2019essaie de dire, c\u2019est qu\u2019il y a forcément une part de ratage dans le féminisme.On en échappe des bouts et il n\u2019y a pas de prototype de la bonne féministe.Je la mets en garde ma fille, je lui dis qu\u2019elle n\u2019a pas à être parfaite et, sur tout, je lui dis qu\u2019être féministe, c\u2019est être une trouble-fête.Il ne s\u2019agit pas d\u2019arriver avec ses grosses bottes idéologiques, mais de semer le trouble et de répéter sans cesse.Il faut, oui, être stratégique, il faut choisir ses batailles.Parfois, on a le goût d\u2019aller au front, d\u2019autres fois moins, et c\u2019est correct.Mais il ne faut pas lâcher.» Collaborateur Le Devoir LE MONDE EST À TOI Martine Delvaux Héliotrope Montréal, 2017, 152 pages SUITE DE LA PAGE F 1 AMOUR C A R O L I N E J A R R Y U n « ovni littéraire », dit la maison d\u2019édition Druide au sujet du plus récent roman de Yolande Villemaire : c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Comment rendre compte de ce pavé de 500 pages qui nous plonge dans des mondes ésotériques plutôt rébarbatifs, di- sons-le tout de suite, sans en perdre le fil conducteur?Le rose des temps se veut un roman ambitieux.On y suit l\u2019histoire de Viviane, qui entreprend après la mort de sa mère d\u2019écrire un livre sur le temps.Viviane est une « clairau- diente » qui voit au- delà des apparences, nous explique-t-on, et elle est à la recherche de nouvelles dimensions du temps et de la réalité.Ses recherches la mènent autant vers les sciences occultes (chamanisme, médiums et tutti quanti) que vers les mondes parallèles désormais offerts par la technologie et Internet: Second Life, les avatars, les multivers, ces espaces collectifs virtuels que partagent des inconnus aux quatre coins de la planète.Ses réflexions sur « l\u2019autre côté des choses » sont intégrées aux épisodes de sa vie quotidienne.La narratrice- auteure écrit son livre (qu\u2019on a entre les mains) sous forme de « fractales narratives », des fragments d\u2019écritures qui ont pour but de créer une forme géométrique, et convie le lecteur à suivre cette aventure d\u2019écriture, de façon un peu didactique.Malheureusement, la quête de Viviane verse dans un ésotérisme inintelligible pour le commun des mortels.Par exemple, elle fait un voyage de groupe en Égypte avec un chamane qu\u2019elle surnomme le Guide des égarés: «Devant les statues monumentales du pharaon, le Guide des égarés leur apprend que des créatures venues d\u2019autres mondes ont participé à l\u2019édification de ce temple.Lorsque Viviane entre dans le petit temple d\u2019Abou Simbel, son cœur se met à battre très vite.Elle sent leur présence, [\u2026] reconnaît les jambes indigo des êtres d\u2019une ancienne humanité.» Presque tout le roman est de cette eau \u2014 que plusieurs lecteurs trouveront imbuvable.Plus intéressante est la lecture que fait la narratrice des événements politiques récents : le Printemps arabe, le mouvement Occupy, la grève étudiante au Québec, les manifestations pour la démocratie en Turquie.C\u2019est l\u2019aspect le plus séduisant du roman.« De partout, les vieilles structures craquent, les scandales éclatent, révélant une corruption qui sévit à tous les paliers, dans toutes les sociétés.[\u2026] Dans l \u2019or rose du rêve d\u2019un monde meilleur, des milliers d\u2019individus se réveillent un peu par tout sur la planète.» La narratrice espère l\u2019émer gence d\u2019un mon de nouveau.Yolande Villemaire a pris l\u2019initiative surprenante d\u2019expliquer sa démarche dans une mini-postface.Elle explique qu\u2019elle a voulu écrire « un roman altermoderne », un courant récent qui se veut une réponse à la per te de sens de l\u2019époque postmoderne.L\u2019idée est intéressante, mais Le rose des temps est trop hermétique pour atteindre son objectif.Collaboratrice Le Devoir LE ROSE DES TEMPS ?1/2 Yolande Villemaire Éditions Druide Montréal, 2017, 496 pages FICTION QUÉBÉCOISE Les mondes ésotériques de Yolande Villemaire Le rose des temps est un roman « altermoderne » qui se perd dans son hermétisme ÉDITIONS LA PASTÈQUE Le dessin de Marianne Ferrer métaphorise le concret décrit dans le texte et nous propulse ainsi en état d\u2019apesanteur.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Avec Le rose des temps, Yolande Villemaire signe un roman qui se veut ambitieux. C H R I S T I A N D E S M E U L E S E xposant les fissures à la surface trop lisse du quotidien le temps des dix-sept nouvelles courtes qui forment Les faux mouvements, Emmanuel Bou- chard cherche à rendre visible ce qui peut échapper au regard.D\u2019une histoire à l\u2019autre, le plus souvent le narrateur y est le même.C\u2019est-à-dire qu\u2019il enseigne le français et la littérature dans un cégep de Québec \u2014 comme l\u2019auteur lui-même.Observateur, personnage sensible et un peu contemplatif, il semble glisser à la surface des choses.À Paris, auprès d\u2019un bouquiniste des quais de la Seine, l\u2019homme essaie de se débarrasser du recueil de poèmes de Leonard Cohen que lui a laissé Helena, une éphémère compagne de voyage qui vient de le quitter.Plus loin, on le retrouve en spectateur impuissant de la détresse d\u2019une de ses anciennes étudiantes qui s\u2019est immobilisée à une intersection au volant de son auto (L\u2019insulaire).À Montréal, le couple qu\u2019il forme désormais avec Helena décide de suivre un écrivain devenu «immortel» (lire : membre de l\u2019Académie française) à la sortie d\u2019une librairie pour découvrir quels livres il a achetés (Filature).D\u2019autres nouvelles prennent pour théâtre l\u2019univers collégial, terreau fertile de l\u2019absurde et de tensions \u2014 comme l\u2019est tout milieu de travail.On y croisera une série d\u2019anecdotes autour d\u2019un «ponctuateur» inventé par un collègue pour le centre d\u2019aide au français, une collègue enseignante qui s\u2019est évaporée (Mettre la mer dans un verre d\u2019eau), un prof qui se débat avec l\u2019informatique alors qu\u2019il présente en classe un schéma explicatif du Frankenstein de Mary Shelley (Intelligences multiples).Ailleurs, Emmanuel Bou- chard évoque le temps qui passe et qui finira par tout emporter.Ici, un homme \u2014 le même?\u2014 observe un enfant seul qui joue et qui lui rappelle les moments de solitude de sa propre enfance.Ici, il est remué par une boîte d\u2019objets ayant appartenu à son père décédé.Là, une crise de nostalgie à l\u2019écoute d\u2019une chanson de Pink Floyd sert de prétexte pour rencontrer un voisin.Dans une autre nouvelle, le narrateur et sa compagne emménagent dans une maison «à l\u2019écart de la ville», choisie pour le grand frêne qui l\u2019illumine, avant que l\u2019arbre, miroir de l\u2019âme du narrateur, ne se mette à dépérir (L\u2019agrile).Des personnages qui disjonctent par fois, qui évoluent en équilibre fragile avant de basculer parfois, à la faveur de petites déflagrations, dans la dépression ou la folie.Traversé du début à la fin par l\u2019histoire d\u2019amour du narrateur pour Helena, une Anglaise «yeux de volcan millénaire » rencontrée lors d\u2019un voyage en France, Les faux mouvements prend appui sur la présence aussi solide que discrète de cette femme.Né à Chicoutimi en 1973, auteur de deux romans (Depuis les cendres, La même blessure, Septentrion, 2011 et 2015) et d\u2019un premier recueil de nouvelles (Au passage, 2008), Emmanuel Bouchard compose à petites touches discrètes et sans faire d\u2019éclats un univers à la tonalité surtout méditative.Des histoires souvent minces, dont le dénouement est à l\u2019occasion prévisible, qui flir tent avec la poésie et le fantastique léger.Une forme de banalité qu\u2019une écriture au phrasé parfois maladroit ne parvient pas à illuminer complètement.Collaborateur Le Devoir LES FAUX MOUVEMENTS ?Emmanuel Bouchard Hamac Québec, 2017, 114 pages C H R I S T I A N D E S M E U L E S A vec le décès en mars dernier de l\u2019écrivain ojibwé de langue anglaise Richard Waga- mese, le Canada perdait sans contredit l\u2019une de ses voix autochtones les plus fortes.Sorti à l\u2019origine en 2012 en anglais, en plein cœur de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, Cheval Indien raconte une histoire qui ne peut laisser indif- férent.Journaliste, chroniqueur, essayiste et romancier, Wagamese s\u2019y fait le por te- voix des traumatismes vécus par son peuple.Dernier survivant de sa lignée familiale ojibwée du nord-ouest de l\u2019Ontario, Saul Cheval Indien, 33 ans, a échoué dans un centre de désintoxication après un séjour de quelques semaines à l\u2019hôpital.Ivrogne invétéré encouragé à prendre la parole pour se libérer de son passé, le roman au « je » empr untera ainsi la forme d\u2019une confession, d\u2019une descente aux enfers, d\u2019un long cauchemar partagé.D\u2019une blessure à l\u2019autre, Saul ouvre ainsi une véritable boîte de Pandore : l\u2019histoire de sa famille, la sienne, celle des pensionnats autochtones et du racisme ordinaire des années 1960 et 1970.Au début des années 1960, des Blancs font irruption pour venir arracher à la pointe du fusil sa sœur de six ans, avant de revenir chercher l\u2019année suivante un frère plus âgé, en croyant les sauver tous les deux de leur existence « sauvage ».Saul ne reverra jamais sa sœur, mais son frère parviendra à s\u2019échapper, rapportant pour seul bagage une tuberculose dont il va vite mourir.Vers le pensionnat Démolis par le chagrin, ses parents vont prendre le large.Resté seul dans la forêt avec sa grand-mère jusqu\u2019à la mor t de la vieille femme, morte de froid, le petit Saul va être recueilli in extremis avant d\u2019être envoyé dans l\u2019un de ces fameux pensionnats autochtones opérés par des religieux \u2014 qui servaient à évangéliser et à assimiler.« J\u2019ai grandi dans la crainte de l\u2019homme blanc.Les faits m\u2019ont donné raison», commente-t-il.L\u2019insoutenable cruauté des religieuses, la dépravation des frères, l\u2019isolement, dans Cheval Indien, Wagamese lève le voile à son tour sur l\u2019une des pires histoires d\u2019horreur du XXe siècle au Canada.Heureusement pour le garçon, la découverte du hockey va vite lui servir de soupape.Tous s\u2019entendent sur une chose : il possède un don unique.Mieux encore: «J\u2019avais le sentiment d\u2019être entré en contact avec quelque chose de plus grand que moi.» Mais en grandissant, joueur merveille muré dans le silence, d\u2019une équipe locale au club-école des Maple Leafs de Toronto, à force de se buter au racisme, à la méchanceté et à la violence, Saul se verra contraint de renoncer à son seul espace de bonheur et de liberté.Jusqu\u2019à ce qu\u2019explosent une rage trop longtemps retenue et des secrets dif ficiles à avouer.Un monstre au ventre abyssal qu\u2019il va tenter de nourrir à travers la fuite et les comportements autodestructeurs.Si les sévices et les expériences du pensionnat ont surtout été vécus, semble-t-il, par les adultes de sa famille, le parcours accidenté vers la parole qui libère est d\u2019abord et avant tout celui qu\u2019a emprunté lui-même Richard Wagamese il y a longtemps.Abandonné par ses parents, ayant grandi en famille d\u2019accueil, maltraité et coupé pendant une vingtaine d\u2019années de ses racines autochtones, Wagamese fait ici siens en bonne par tie, on s\u2019en doute, les multiples traumatismes vécus par son héros.Des éclairs poétiques, une litanie d\u2019horreurs et une absence de manichéisme font de Cheval Indien un exercice de guérison spirituelle et de partage qui devrait nous ouvrir les yeux.Collaborateur Le Devoir CHEVAL INDIEN ?1/2 Richard Wagamese Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné XYZ Montréal, 2017, 268 pages L\u2019adaptation cinématographique du roman de Richard Wagamese par Stephen S.Campanelli, Indian Horse, va être présentée les 11 et 12 octobre dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC) à Montréal.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 FICTION F 3 L I V R E S P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les enfants de Mathias Denis Monette/Logiques 1/2 Le temps de le dire \u2022 Tome 1 Une vie bien.Michel Langlois/Hurtubise \u2013/1 Au chant des marées \u2022 Tome 1 De Québec à l\u2019Île.France Lorrain/Guy Saint-Jean 2/3 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/8 Les portes du couvent \u2022 Tome 2 Amours.Marjolaine Bouchard/Les Éditeurs réunis 8/2 La chaleur des mammifères Biz/Leméac 7/2 L\u2019espoir des Bergeron \u2022 Tome 3 L\u2019héritage Michèle B.Tremblay/Les Éditeurs réunis 4/3 Les saisons de l\u2019espérance \u2022 Tome 1 L\u2019innocence Richard Gougeon/JCL 5/3 Blanche Neige L.P.Sicard/ADA \u2013/1 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 9/22 Romans étrangers Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 1/3 Millénium \u2022 Tome 5 La fille qui rendait coup.David Lagercrantz/Actes Sud 2/4 La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 3/5 Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 6/8 C\u2019est le cœur qui lâche en dernier Margaret Atwood/Robert Laffont \u2013/1 La villa rouge David Ellis | James Patterson/Archipel 4/2 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon \u2013/1 Frappe-toi le cœur Amélie Nothomb/Albin Michel \u2013/1 Pourvu que la nuit s\u2019achève Nadia Hashimi/Milady \u2013/1 Underground railroad Colson Whitehead/Albin Michel 8/5 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/50 Toutes les femmes sont d\u2019abord ménagères Camille Robert/Somme toute \u2013/1 Bienvenue au pays de la vie ordinaire Mathieu Bélisle/Leméac \u2013/1 Survivance.Histoire et mémoire du XIXe siècle.Éric Bédard/Boréal 2/3 Osons l\u2019école.Des idées créatives pour ranimer.Ugo Cavenaghi | Senécal Isabelle/Château d\u2019encre \u2013/1 La grande dérive Jean-François Cloutier/du Journal 4/2 Naître colonisé en Amérique Christian Saint-Germain/Liber \u2013/1 Dictionnaire critique du sexisme linguistique Collectif/Somme toute 3/5 De l\u2019utilité de l\u2019ennui.Textes de balle Andrew Forbes/Ta mère \u2013/1 Maternité, la face cachée du sexisme Marilyse Hamelin/Leméac 6/2 Essais étrangers Ça s\u2019est passé comme ça Hillary Rodham Clinton/Fayard 1/2 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/4 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/85 Utopies réalistes Rutger Bregman/Seuil \u2013/1 Halte à la surchauffe! David Suzuki | Ian Hanington/Boréal \u2013/1 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 5/28 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard \u2013/1 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 4/15 La dette de Louis XV Christophe Tardieu/Cerf \u2013/1 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 25 septembre au 1er octobre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.FICTION QUÉBÉCOISE Dans les fissures des quotidiens un peu trop lisses Emmanuel Bouchard dévoile son univers méditatif en 17 nouvelles D O M I N I C T A R D I F «I l n\u2019est pas question du moment où on regarde l\u2019homme qui tombe mais de ce qui subsiste dans la répétition de cette image», écrit Olivia Ta- piero dans Phototaxie, au sujet de la fascination de celui qui observe au bas d\u2019un immeuble un semblable se jeter en bas et qui, compte tenu de la nature du geste, peut en toute impunité s\u2019abandonner à son voyeurisme.Qu\u2019y aurait-il d\u2019autre à faire, de toute façon ?Impossible d\u2019intervenir afin de soustraire le suicidaire à ce funeste moment où il deviendra de la viande, pour emprunter le ter rible mais puissant euphémisme de l\u2019auteure.Cette vision, celle de l\u2019homme qui tombe, cristallise la critique brutale à laquelle procède ce troisième roman de l\u2019immobilisme satisfait dans lequel, alors que la catastrophe approche, notre époque s\u2019englue.Les phrases sont hyperboliques, échevelées, pompeuses et/ou hermétiques.La noirceur, suffocante.C\u2019est que la catastrophe, dans cette ville anonyme, ne fait pas qu\u2019approcher.Elle menace de projeter de l\u2019autre côté du point de non-retour cette société où, «aux rives, gonflées de méthane, les baleines échouées explosent sur les derniers commerces balnéaires», où «leur puanteur glorieuse s\u2019incruste sous la peau pendant des jours» et où les musées sont victimes d\u2019attentats.Dans ce monde dystopique aux contours flous, où tout le monde court à sa perte, Théo, un musicien désenchanté idéalisant la mort, répète son Brahms et visionne des snuff films.Zev, tyrannique leader d\u2019une bande d\u2019anarchistes, prône le vol à l\u2019étalage (afin de «compenser la mendicité de l\u2019achat») et prendra bientôt le maquis.Seule Narr, une jeune immigrante arrachée aux périls de la guerre, soulève, grâce à son inapaisable indignation, une rare petite brise d\u2019espoir, alors que nous contournons avec eux les décombres.Contre la phrase toute faite Après deux romans d\u2019une écriture élégante et relativement sage osant fouiller le douloureux sujet du suicide (Les murs, prix Robert-Cliche 2009, Espaces, 2012), Olivia Tapiero sert un traitement-choc au virus de la phrase toute faite et de l\u2019image exsangue qui ramollit une part effarante de notre littérature.Sa langue a parfois l\u2019exigence salutaire des stylistes agiles, mais des formules maladroitement emportées, des paragraphes tenant davantage de la prose poétique, ainsi que quelques métaphores carrément opaques transforment parfois l\u2019envoûtement en confusion.Ses envolées les plus senties évoquent les exigeants rêves d\u2019épanouissement que doivent porter les enfants d\u2019immigrants, largués dans un Occident de car ton-pâte.« Je n\u2019ai pas peur de ma famille, je ne lui dois rien sauf la colère d\u2019avoir misé sur moi», écrit-elle dans un chapitre narré par Narr.«Prise en charge: intégration.Un sacrifice, disaient-ils pour me pousser à cueillir les fruits, à me réaliser malgré toutes les dents enfoncées dans la mamelle pourrissante de ce monde traversé, mille fois vidé, un énorme stationnement, un parc à oléoducs du poulet frit au bord de l\u2019autoroute.» Avec un véritable courage et une ambition démesurée, qui semble parfois dévorer le texte lui-même, l\u2019écrivaine signe ce déroutant exercice de style comme on s\u2019acquitte, avec trop de violence et pas assez de méthode, d\u2019un passage à tabac.Les coups partent dans tous les sens.Certains passent dans le beurre.D\u2019autres nous foudroient directement au plexus.Collaborateur Le Devoir PHOTOTAXIE ?1/2 Olivia Tapiero Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2017, 128 pages FICTION QUÉBÉCOISE Se jeter en bas d\u2019un édifice avec Olivia Tapiero L\u2019écrivaine vomit l\u2019immobilisme ambiant dans un roman glauque au style échevelé FICTION CANADIENNE Grandir dans la crainte de l\u2019homme blanc Cheval Indien de Richard Wagamese nomme la violence du déracinement culturel imposé aux autochtones Olivia Tapiero LINDA MCRAE Dans Cheval Indien, Wagamese lève le voile à son tour sur l\u2019une des pires histoires d\u2019horreur du XXe siècle au Canada.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Emmanuel Bouchard compose à petites touches discrètes et sans faire d\u2019éclats un univers à la tonalité surtout méditative. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES F 4 I L L U S T R A T I O N : I G O R Z H U R A V L O V © 1 2 3 F R ; C O U V E R T U R E : © S H U T T E R S T O C K / S E R G E Y N I V E N S © S H U T T E R S T O C K / C R E A T I V E I C O N S T Y L E S © C O F F E E A N D M I L K / I S T O C K / G E T T Y I M A G E S P L U S AIDEZ-MOI À RETROUVER QUI M\u2019A TUÉ.LE NOUVEAU ' ' '' L e récent discours du premier ministre Justin Trudeau devant l\u2019ONU sur la nécessité de reconnaître enfin les torts du Canada envers les Premières Nations fait surgir la question suivante : connaît-il vraiment l\u2019étymologie du mot «cohérence»?Étymologiquement, ça veut dire l\u2019union complète entre divers éléments d\u2019un corps.Dans ce cas précis, il est légitime de se demander si tous les éléments étaient harmonieusement alignés.Car par-delà son désir de parler de la question autochtone afin de « sortir des sentiers battus et de faire abstraction des limites imposées par des vieilles structures désuètes », rien dans son discours ne dénonce notre vieille et dangereuse manière d\u2019appréhender le réel et la nature avec les lunettes dualistes.Faut- i l rappeler que posséder la liberté de déterminer son propre avenir veut surtout dire mettre fin à l\u2019attitude rapace de notre rapport à la Nature ?Et qu\u2019en ce qui concerne la supériorité biologique autoproclamée de cette espèce arrogante capable d\u2019inventer une technologie pour prendre des égopor- traits, la science moderne donne de plus en plus raison aux traditions autochtones, pour qui toute entité vivante possède un esprit doté de sa propre cohérence interne.Dans Intelligence dans la nature de Jeremy Narby (Éditions Buchet Chastel), on apprend que cette dernière est non seulement intelligente, mais qu\u2019elle grouille d\u2019activités délibérées : même les pigeons sont capables de distinguer un tableau de Van Gogh d\u2019un Chagall, sans parler de la capacité proactive des fourmis à élaborer les constructions durables avec des visions à très long terme.Oléoducs ou passerelles entre les savoirs?Les passerelles entre le savoir indigène et la science moderne, sur tout par ces temps sombres où l\u2019économie valse avec le politique au détriment des intérêts de la planète, n\u2019ont jamais été aussi nécessaires.Réparer l\u2019injustice subie, ce n\u2019est pas proposer l\u2019imposition d\u2019une tarification du carbone ni appuyer les projets de pipelines, c\u2019est faire réellement tabula rasa des structures colonialistes en misant sur une autre vision du monde, à commencer par imprégner l \u2019 inconscient collectif du rapport cohérent que les peuples des Premières Nations cultivent avec la nature, en s\u2019appuyant au besoin (si la rat ional i té l \u2019exige) sur le progrès de la science.L\u2019unité dans la nature stipule depuis Darwin l\u2019origine commune de toutes les espèces vivantes.Si les humains descendent des animaux, qu\u2019y a-t-il d\u2019irrationnel à s\u2019imaginer dans la peau d\u2019un cheval afin de saisir son essence ?Dans le percutant et juste ouvrage de Richard Wagamese Cheval Indien (XYZ), ce descendant des Ojibwés du nord de l\u2019Ontario chez qui le cheval est apparu d\u2019abord comme un facteur du désordre puis comme l\u2019animal annonciateur des grands changements à venir, on comprend pourquoi l\u2019intelligence vient précisément de la faculté d\u2019adaptation.Au lieu de lutter contre l\u2019inconnu, il faut «apprendre à monter tous les chevaux du changement», même les plus difficiles, quand, dans le terrifiant pensionnant de Saint-Jérôme, l\u2019auteur fait connaissance, à coups de bâton, avec le père Céleste, cette entité jalouse et abstraite qui lui interdit de parler sa langue maternelle et qui laisse les enfants mourir de la grippe, de la pneumonie et «d\u2019un cœur brisé».Embrasser l\u2019inconnu comme signe d\u2019intelligence Comment alors retrouver dans ces écrasantes structures colonialistes dénoncées par Trudeau un brin de souvenir de la nature, seule véritable entité sacrée pour ces jeunes brimés ?Saul Cheval Indien sur vit aux pensionnats en retrouvant dans un aréna le souffle de la nature sous forme de surface immaculée capable de lui rappeler la pureté du mouvement et du sentiment de liber té, comme si « sur glace, tu entrais dans un lieu secret que tu es seul à connaître ».Il en va de même pour Wab Kinew, l\u2019auteur du tout aussi sublime La force de marcher (Éditions Mémoire d\u2019encrier), descendant lui aussi de la nation ojibwée et qui raconte avec authenticité et une certaine mélancolie créatrice la vie de Tobasonakwut, chef anichinabé tué davantage par les structures colonialistes que par le cancer, notamment parce que sa couverture médicale ne lui ser vait à rien au Manitoba, où le gouvernement provincial ne pouvait rien face au « statut d\u2019Indien » mis en place par le gouvernement fédéral.Au nom de cette incohérence bureaucratique, le patriarche s\u2019est vu refuser les soins.Par-delà ces deux histoires subjectives et intimes, le dénominateur commun saute aux yeux : l\u2019existence incommensurable d\u2019un savoir traditionnel et d\u2019un rapport à la nature qui a beaucoup de choses à nous apprendre, surtout si on ne veut pas assister à ce que Huber t Reeves appelle « le suicide collectif ».Reconnaître ses torts, c\u2019est bien.Mais intégrer la vision de l\u2019autre au point de la remplacer par la sienne propre, surtout quand elle peut nous sauver du désastre, c\u2019est changer radicalement de paradigme de pensée, en proposant une action politique concrète et cohérente, en commençant par abolir le paragraphe 91.24 de la Constitution, qui établit la compétence du Parlement sur les Amérindiens et les terres qui leur sont réservées.Cela permettrait de dépasser l\u2019attitude paternaliste et de faire preuve d\u2019intelligence devant la fin imminente d\u2019un cycle terrien en donnant la possibilité, à ceux qui ont déjà vécu la fin de leur monde, de nous enseigner leurs mécanismes de survie.Kiizhewaatiziwin, c\u2019est le terme anichi- nabé qui incarne, dans un ensemble cohérent et sans dissonance, les principes d\u2019amour, de bonté, de partage et surtout, de beaucoup d\u2019humilité envers le mystère de la vie et de la nature.À LA PAGE De l\u2019égoportrait, de la cohérence et de la sagesse MAYA OMBASIC JACQUES NADEAU LE DEVOIR Réparer l\u2019injustice subie, c\u2019est faire réellement tabula rasa des structures colonialistes en misant sur une autre vision du monde.Y A N N I C K M A R C O U X L\u2019 aventure humaine est le fruit de lignages qui remontent à des milliards d\u2019années, et à la responsabilité de ce legs génétique s\u2019ajoute parfois celle d\u2019honorer la volonté de nos ancêtres.C\u2019est ce que propose l\u2019écrivain libanais Charif Majdalani dans son septième roman, L\u2019empereur à pied, qui nous offre une saga familiale qui s\u2019étend sur plus de 150 ans, où les héritiers Jbeili doivent jongler avec l\u2019étrange patrimoine de leur ancêtre.Le roman, en lice pour les prix Renaudot et Femina, s\u2019ouvre sur Khanjar Jbeili, « l\u2019empereur à pied », et ses trois fils, qui marchent sur les terres d\u2019Ayn Safié, région rurale et montagneuse du Liban.Arrivé d\u2019on ne sait où, Khanjar Jbeili a de grandes ambitions : « Il avance avec une résolution impitoyable vers son rêve de posséder la terre, beaucoup de terres, des arbres, des animaux et le ciel immense par-dessus, en cadeau.» Et en effet, il obtient un domaine qui croît sans cesse, fruit d\u2019un travail acharné, mais aussi de meurtres ciblés et de négoces douteux.Le père Jbeili forge ainsi sa propre légende et impose certaines conditions à son héritage, devenu colossal.Il prononce alors le serment dit de l\u2019Arbre Sec, qui contraint sa descendance à n\u2019être assumée que par l\u2019aîné de chaque génération.Ceux-ci seront les seuls à pouvoir se marier et à engendrer une lignée, et tous les cadets qui chercheraient à se soustraire à cette règle seraient «bannis de l\u2019héritage et de leur nom».Cette injonction \u2014 malédiction ?\u2014 cherche à rendre la for tune indivise, mais elle morcelle les êtres qui forment la descendance.Le récit est alors scindé en plusieurs fables, où en parallèle avec les aînés, avides de faire prospérer leur richesse, évoluent les cadets, exclus du grand projet familial et qui, afin d\u2019assouvir leur soif d\u2019aventures, poursuivent des quêtes les menant aux quatre coins du mon de.Toutes ces histoires, évocations muettes des Mille et une nuits, nous mènent à l\u2019aube du XXIe siècle, où un cadet s\u2019apprête à rompre avec le serment dans un ultime effort pour réconcilier la famille.Mais est-ce déjà trop tard?Proposition complexe et grandiose, L\u2019empereur à pied n\u2019est peut-être pas pour tout le monde.Les rencontres y sont nombreuses et il est ardu de créer une intimité avec les personnages.Cependant, Majda- lani est un fabulateur formidable, capable de conjuguer l\u2019intime et le social, de nous révéler le secret des empires et le mystère de l\u2019amour.Ses descriptions envoûtantes sont soutenues par un style ample, généreux et ciselé, qui nous porte de fable en fable, sans jamais s\u2019essouffler.Entre cet empereur avide de conquérir la terre et ses descendants désireux de la parcourir, Majdalani place l\u2019humanité face à elle-même.Au moment où la Terre vacille sous l\u2019occupation humaine, L\u2019empereur à pied nous met en garde contre les dérives d\u2019un appétit vorace et propose de faire «durer un peu l\u2019éternité », afin que notre descendance, elle aussi, puisse se prolonger sur plus d\u2019un siècle et demi.Collaborateur Le Devoir L\u2019EMPEREUR À PIED ?1/2 Charif Majdalani Seuil Paris, 2017, 400 pages FICTION LIBANAISE Les mille et une fables d\u2019un serment fou Charif Majdalani nous plonge au cœur d\u2019une famille divisée par l\u2019héritage JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Dans L\u2019empereur à pied, Charif Majdalani place l\u2019humanité face à elle-même.Justin Trudeau parle de reconnaître les torts du Canada envers les Premières Nations.Mais est-il cohérent ? C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n février 1979, un vieux moustachu se noie après un malaise sur une plage du sud-est brésilien, alors que sa tête était mise à prix pour 3,4 millions de dollars américains.Vite enter ré sous le nom de Wolfgang Gerhard, dont i l ut i l isai t la car te d\u2019identité depuis quelques années, son cadavre sera exhumé en 1985, mettant fin à une traque internationale qui aura duré quarante ans.En s\u2019inspirant du parcours à obstacles de Josef Mengele en Amérique du Sud, Olivier Guez cède à son tour à la vogue de l\u2019exofiction (sous- genre romanesque qui s\u2019appuie sur la vie d\u2019un personnage réel tout en se permettant d\u2019inventer) pour nous donner La disparition de Josef Mengele , son deuxième roman.À la fin des années 1940, à l\u2019initiative du gouvernement Perón, Buenos Aires est devenue un nid de criminels de guer re.Échoués sur les rives du Rio de la Plata : nazis, oustachis croates, fascistes italiens, vi- chystes en goguette.Des tor t ionnaires, des assassins, des criminels.Perón prend plais ir à foui l ler les poubelles de l\u2019Histoire.En Argentine, après la Seconde Guer re mondiale, le passé n\u2019existe pas.Of ficier SS, « employé modèle des usines de la mor t », médecin et « ingénieur de la race ar yenne » , Mengele poursuivait avec passion et achar nement à Auschwitz ses recherches anthropologiques et génétiques.I l y menait avec une rare cruauté des expérimentations sur les dépor tés \u2014 avec un intérêt par ticulier pour les vrais jumeaux, les nains ou les personnes souffrant de dif formi- tés.Sélection, vivisection, dissection.En 1949, aidé par un réseau d\u2019anciens SS, le médecin nazi va dériver vers l\u2019Argentine, se cachant d\u2019abord sous de fausses identités, avant de se détendre un peu et de reprendre son nom.Discret et prudent, toujours prêt à minimiser son rôle au sein de la machine de destruction nazie, recevant de l\u2019argent de sa famille d\u2019in- dustr ie ls restée en Al le - magne, Mengele traverse la frontière pour s\u2019installer au Paraguay, où le régime Stroessner était tout aussi conciliant.Mais en 1960, en Argentine, le Mossad capture Adolf Eichmann, of f icier SS du IIIe Reich et responsable de la logistique de la « solution finale ».Mengele est le prochain sur la liste des Israé- l iens, i l le sait .Ses beaux jours en exil s\u2019assombrissent, sa vie bascule à nouveau et sa cavale le pousse cette fois vers le Brési l .Métis d\u2019Indiens, d\u2019Africains et d\u2019Européens, « peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race » , Mengele avait par ti- culièrement en horreur les Brésiliens.Grâce à la compli- c i té de quelques proches et de nostalgiques du IIIe Reich, il pourra couler des jours tranquilles dans une ferme des environs de São Paulo tenue par une famille d\u2019immigrés hongrois.Alors que Klaus Barbie est confor tablement installé en Bolivie (il sera arrêté et extradé vers la France en 1983), que des centaines d\u2019autres nazis sont passés à travers les mailles du filet, l\u2019Allemagne entreprend mollement de faire un peu de ménage dans son passé.Peu à peu lâché par ses complices, tandis que la légende de sa cavale s\u2019amplifie \u2014 à coups de fabulations du chasseur de nazis Simon Wiesenthal et d\u2019apparitions éclair dans la littérature et le cinéma \u2014, le bourreau verra son existence se transformer en une sorte d\u2019enfer climatisé.Histoire noire C\u2019est cette histoire noire et invisible que cherche à raconter La disparition de Josef Mengele, récit linéaire et un peu clinique.Considérant l\u2019ampleur des zones d\u2019ombre malgré l\u2019ampleur de ses recherches, la fiction s\u2019est vite imposée à l\u2019écrivain, qui s\u2019est notamment inspiré du journal du tor tionnaire, auquel certains biographes ont eu accès.Plongeant ses mains dans les entrailles nauséabondes du XXe siècle, Olivier Guez, journaliste et romancier français né en 1974, s\u2019intéresse au mal en s\u2019ef façant le plus possible.Il invente et fouille de manière posthume la vie d\u2019animal traqué de Mengele.Qui devient sous sa plume un rat aux abois, une vermine nazie, un personnage abject qu\u2019il ne cherche surtout pas à rendre sympathique.Collaborateur Le Devoir LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE ?1/2 Olivier Guez Grasset Paris, 2017, 240 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION F 5 Touchée ' ' grâce.Albin Michel par la Programmation, billets et information 418 641-6797 | quebecentouteslettres.qc.ca Lire Québec Lecture musicale Des textes d\u2019une vingtaine d\u2019auteurs lus par des gens que vous aimez 24 octobre | Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone Manifeste scalène + Fuites \u2013 Les pipelines se couchent à l\u2019est Programme double Avec des poètes de Québec, de l\u2019Acadie et de Wendake 25 octobre | Maison de la littérature Nuit de la poésie Avec 26 poètes de Québec et d\u2019ailleurs 26 octobre | Maison de la littérature La femme qui fuit Spectacle-lecture Avec Anaïs Barbeau-Lavalette et Catherine de Léan 27 et 28 octobre Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone Cabinet de curiosités et autres friandises Soirée festive et musicale Rendez-vous halloweenesque avec 13 auteurs 28 octobre | Maison de la littérature F A B I E N D E G L I S E P our lui, la misère et la pauvreté dans l\u2019Algérie d\u2019avant l\u2019indépendance ne peuvent s\u2019écrire autrement que comme suit : « On suçait les os, on volait les racines aux arbres.Les cheveux tombaient à cause du typhus, laissant les poux nus et égarés sur les crânes.Le monde était étroit [\u2026] et il y avait beaucoup de prénoms sans enfants, leurs por teurs étant décédés d\u2019épuisement dans leur sommeil.» Toute la fulgurance du verbe de Kamel Daoud, toute la force de son regard sur le monde et ses violences se retrouvent de nouveau ancrées dans Zabor ou Les psaumes (Actes Sud), deuxième roman du journaliste et chroniqueur algérien, récit d\u2019un orphelin habité par les Lettres, éloge aussi du livre et de l\u2019écrit, pour composer avec la complexité de la vie.« Écrire est la seule ruse ef ficace pour faire face à la mort.Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l\u2019immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire», résume Is- maël, alias Zabor, narrateur et héros, en guise d\u2019ouverture de cette fable posée sur le dos d\u2019un pays vivant alors son temps colonial.Pour commencer, Zabor est enfant, orphelin de mère, rejeté par un père boucher, élevé par une tante qui ne peut être mariée.Puis il va devenir adolescent et trentenaire dans un village de l\u2019ouest de l\u2019Algérie, Aboukir, où les balises de l\u2019existence ont été tracées « par le couteau et le sang ».Mais par-dessus tout, Zabor va devenir une sor te de moine copiste de la vie, solitaire, avec en main un carnet dont les mots qu\u2019il pose à l\u2019intérieur, quand il les lit, ont ce pouvoir incroyable de repousser la Grande Faucheuse.Il y a comme des airs des Mille et une nuits dans ce texte qui laisse la fiction annexer les territoires de la condition humaine \u2014 un peu comme il y a de L\u2019étranger d\u2019Albert Camus dans Meursault, contre-enquête, son précédent roman.Zabor tisse au fil de sa narration une constellation de récits aux accents bibliques qui laissent leurs métaphores éclairer le poids des conventions, la dureté des rapports humains en territoire hostile, l\u2019angoisse de l\u2019être, mais qui font surtout de la langue le principal personnage du récit.Kamel Daoud, qui se cache à peine subtilement dans le personnage de Zabor, la maîtrise avec cette pudeur, avec cette élégance qui caractérise les grands.Sous la densité de son encre qu\u2019il pose sur le papier, le romancier la laisse faire sa politique, mais l\u2019amène surtout à parler d\u2019ouverture, d\u2019acceptation et d\u2019émancipation intellectuelle.La lan - gue, les livres, leurs mots ne sont pas seulement une façon de défier la mort, selon Ka- mel Daoud.Ils sont ces marqueurs de la résistance aux dogmes, ces armes pour combattre les obscurantismes en général et les obscurantistes religieux en particulier.Ces thèmes sont chers à l\u2019auteur.Ils habitaient déjà, sous la forme de chroniques publiées entre 2010 et 2016, Mes indépendances, recueil publié plus tôt cette année.Mais Zabor ou Les psaumes laisse le romanesque baliser autrement ce champ de sa réflexion, avec un souffle de vie qui s\u2019entrecroise avec le gémissement des mourants, comme pour rappeler que, pour survivre au présent, il est sans doute mieux d\u2019appréhender le monde d\u2019aujourd\u2019hui comme un livre à écrire et à déchiffrer, plutôt que comme un récit imposé par d\u2019autres que l\u2019on subit dans la résignation et la colère.Le Devoir ZABOR OU LES PSAUMES ?Kamel Daoud Actes Sud Arles, 2017, 330 pages FICTION ALGÉRIENNE La langue de Kamel Daoud contre l\u2019obscurantisme Zabor ou Les psaumes rappelle le pouvoir d\u2019émancipation intellectuelle du livre FICTION FRANÇAISE Vacances d\u2019un rat au Brésil Olivier Guez s\u2019inspire de la cavale sud-américaine d\u2019un médecin tortionnaire d\u2019Auschwitz En règle générale, j\u2019ai les gestes lents.Comme si je ne voulais pas faire tomber des morceaux de mon univers, des porcelaines du haut du ciel.Je suis responsable des miens, du village, de sa fin possible, de ses cycles de naissance et de mort.Je le tiens en équilibre sur mes épaules.Extrait de Zabor ou Les psaumes « » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Kamel Daoud maîtrise la langue avec cette pudeur et cette élégance qui caractérise les grands.WIKICOMMONS Josef Mengele en 1956 Les jours, les semaines, les mois défilent, ainsi stagne la vie confinée de Mengele au Brésil dans son cachot ouvert sur l\u2019infini et loin des hommes, une vie figée dans un bourdonnement incessant [.] Extrait de La disparition de Josef Mengele « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S L es Québécois forment- ils quelque chose com - me un grand peuple, selon la formule hésitante de René Lévesque, ou plutôt un peuple ben ordinaire, comme le gars de la chanson de Char- lebois ?Pour Mathieu Bélisle, professeur de littérature au collège Jean-de-Brébeuf et membre du comité de rédaction de la revue L\u2019inconvénient, la réponse s\u2019impose.« La domination de la vie ordinaire, écrit-il, constitue au Québec un fait massif, absolument déterminant, un fait dont nul ne peut faire l\u2019économie, aussi bien dans la conduite des af faires que dans l\u2019écriture d\u2019une œuvre.» Dans Bienvenue au pays de la vie ordinaire (Leméac), un essai d\u2019une rare intelligence qui brille par sa perspicacité analytique et par son style à la fois limpide et raffiné, Bélisle propose une lecture pénétrante du Québec actuel, de sa culture et de son histoire, afin de montrer que si «la domination de la vie ordinaire n\u2019est pas un phénomène obligatoirement négatif», elle entraîne cependant le risque «que la culture sombre tout entière dans l\u2019insignifiance».Le confort comme idéal Mais qu\u2019est-ce, au juste, que cette « vie ordinaire » qui obsède l\u2019essayiste ?Le concept, très for t, est empr unté à Charles Taylor.Dans Les sources du moi (Boréal, 1998), le philosophe explique que, dans la civilisation moderne, « la vie de production et de reproduction, la vie du travail et de la famille », la vie ordinaire, donc, sous les ef fets conjugués du capitalisme et de la science, a pris le dessus sur la « vie de participation » (engagement politique et social) et sur la « vie de contemplation » (l\u2019ar t, la pensée, la religion) comme conception dominante de la vie bonne.Les considérations terre à terre ou horizontales, en d\u2019autres termes, s\u2019imposent comme l\u2019idéal par excellence.La vie ordinaire, continue Bélisle, chante les valeurs de la simplicité, du naturel, de l\u2019authenticité, de la familiarité, de l\u2019utile et de la modestie, elle se rabat sur « la dimension prosaïque de l\u2019existence », dont elle fait un «horizon indépassable ».Sa domination s\u2019étend à tout l\u2019Occident, précise Bé- lisle, mais s\u2019exprime de manière par ticulièrement for te au Québec.Sa prégnance en ce presque pays s\u2019explique peut-être, avance l\u2019essayiste, par quel - ques éléments : les origines modestes de la majorité de la population, la déser tion de l\u2019élite au moment de la Conquête, notre situation de colonisés qui nous interdit un plein engagement politique et les rigueurs de la nature.Notre histoire, faut-il comprendre, nous prédisposait au règne actuel de la vie ordinaire en ne nous ayant jamais vraiment permis un accès souverain à la vie de participation et à la vie de contemplation.Pour Bélisle, le double rejet québécois de la souveraineté peut être interprété «comme le refus d\u2019un grand projet », com - me le «désir de nous maintenir dans la vie ordinaire», une vie tranquille et confortable dont les héros sont le médecin, qui se contente de veiller sur les corps, l\u2019humoriste ludique, qui procure « une anesthésie générale des facultés de jugement et de pensée », et le cuisinier, puisqu\u2019il faut bien manger pour vivre, même sans idéal.La foi culturelle On pourrait penser que l\u2019effacement du catholicisme au Québec a aussi contribué à ce repli sur la vie ordinaire.Or, Bélisle af f irme plutôt que même la religion d\u2019antan était vécue ici de manière « prosaïque », qu\u2019elle relevait plus de l\u2019habitude que de la foi véritable, qu\u2019elle par ticipait donc déjà de la logique de la vie ordinaire.Les Québécois, suggère l \u2019essayiste, n\u2019ont peut-être vraiment expérimenté la ferveur de la foi \u2014 en l\u2019indépendance ou en la justice sociale \u2014 qu\u2019en délaissant le catholicisme au moment de la Révolution tranquille, avant de retomber, ensuite, dans leur « prosaïsme atavique ».Fils de pasteur, Bélisle raconte avoir appris, en voyant ses parents lire et analyser quotidiennement la Bible, que la lecture n\u2019est pas un divertissement, mais une « activité vitale », qui bouleverse l\u2019existence.La culture québécoise, constate-t-il à regret, ne partage pas cette conviction.Elle s\u2019accommode d\u2019un scandaleux taux d\u2019analphabétisme et refuse de voir la lecture sérieuse comme « un appel à l\u2019exigence et au dépassement».La lecture, semble-t-elle croire, n\u2019est pas la vraie vie, et ceux qui la pratiquent avec ferveur et gravité sont vite qualifiés de prétentieux.Le culte de l\u2019authenticité, au pays de la vie ordinaire, se confond souvent avec le culte de l\u2019inculte.Essayiste extraordinaire par sa pensée fine alimentée par le meilleur de notre littérature, Mathieu Bélisle ne renie pas les bienfaits de la vie ordinaire, mais, pour conjurer la banalité qui guette cette dernière, il plaide avec brio pour le besoin de la transcender par la culture et par la « ligne du risque» politique.La nouvelle ligne du risque M I C H E L L A P I E R R E «P rendre la vie politique québécoise par le bout de son épaisseur culturelle », voilà l\u2019intention de la politologue Da- lie Giroux dans Le Québec brûle en enfer, livre qu\u2019elle présente comme un «pari».Elle n\u2019hésite pas à placer son recueil d\u2019essais « sous le patronage » du plus narquois de nos diables littéraires: Jacques Ferron.Pour- rait-il en être autrement ?Elle y blâme les tenants de l\u2019indépendance de ne pas repenser l\u2019anticolonialisme.Née à Lévis en 1974, Dalie Gi- roux enseigne aujourd\u2019hui la pensée politique à l\u2019Université d\u2019Ottawa, mais reste capable d\u2019élucider ce qu\u2019elle décrit comme «la croix bleue du Saint- Laurent (de Chicoutimi à Saint- Georges, de Plessisville à Ri- mouski), aussi appelée \u201cmystère de Québec\u201d».Cette géographie du conservatisme, surtout évidente aux élections fédérales, fait par tie, selon elle, du «magma» de «la matière symbolique» où se décèlerait «le mieux le jeu codé de puissances souterraines» qui hantent la politique.Le conservatisme en question, aussi présent ailleurs au Québec, se conjugue avec un nationalisme flou qui n\u2019a rien à voir avec les idées de libération nationale et de décolonisation, mais beaucoup avec ce que la politologue appelle «le complexe identitaire».L\u2019usage du «nous» obsessif caractérise celui-ci.Il se retrouve aussi bien chez les peuples sûrs d\u2019eux-mêmes et dominateurs que chez les peuples, comme les Québécois, historiquement infériorisés et mal à l\u2019aise à l\u2019échelle internationale.Si la décolonisation par rap- por t à l\u2019impérialisme britannique apparaît dépassée, c\u2019est que les péquistes ne l\u2019ont pas actualisée en l\u2019élargissant à la dimension de la planète.Il faut, explique Dalie Giroux, non seulement libérer une nation, mais, de façon plus profonde et plus globale, «décoloniser la société pour sor tir de manière concrète de la souffrance économique créée par le capitalisme mondialisé».Son analyse remarquable de l\u2019aberrante continuité occulte entre l\u2019ancien colonialisme de Londres et le nationalisme actuel d\u2019un Parti québécois dégénéré est troublante.La politologue soutient ce qui suit: «L\u2019élite a pris sur elle, de manière aveugle ou intéressée, l\u2019entreprise économique de l\u2019impérialisme britannique et a reformulé en conséquence le projet d\u2019indépendance dans la grammaire de l\u2019identité et de l\u2019État fort qui, pour d\u2019excellentes raisons, ne trouve pas écho chez les nouvelles générations.» À elle seule, cette réflexion constitue la clé d\u2019un ouvrage touf fu qui suggère plus qu\u2019il n\u2019expose.Elle permet de saisir la portée du cri du cœur lancé par un autochtone au Québec et que Dalie Giroux trouve sublime.Opposé à la marchandisa- tion de la terre ancestrale par des capitalistes, le militant veut garder cette terre pour assurer le mode de vie de la prochaine génération et s\u2019exclame: «Pas l\u2019argent.Mes enfants ! » Ce devrait être le cri des indépendantistes québécois.Collaborateur Le Devoir LE QUÉBEC BRÛLE EN ENFER ESSAIS POLITIQUES ?Dalie Giroux M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2017, 136 pages POLITIQUE Pour en finir avec le complexe de l\u2019infériorisé La politologue Dalie Giroux reproche aux indépendantistes québécois de ne pas savoir repenser l\u2019anticolonialisme D A V E N O Ë L E n 1937, l\u2019île d\u2019Anticosti est dans la mire d\u2019un groupe d\u2019investisseurs allemands en quête de bois pour alimenter l\u2019industrie forestière du IIIe Reich.L\u2019inspection de ses côtes par les « Boches » fait craindre la construction d\u2019une base de sous- marins nazie aux portes de l\u2019estuaire du Saint-Laurent.L\u2019historien Hugues Théorêt s\u2019est rendu à Berlin pour tenter d\u2019éclaircir cet épisode embrumé de «l\u2019île aux naufrages».À l\u2019aube de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019intérêt des Allemands pour Anticosti plonge le Canada dans une psychose nationale.«Une douzaine d\u2019obus tirée à dix milles nautiques depuis la mer rendraient impossible l\u2019occupation des grandes villes», prévient le chef du Parti conservateur, Richard B.Bennett, en évoquant les canons allemands qui seraient alignés sur les battures de l\u2019île.Le vol récent du zeppelin Hindenburg au-dessus du Saint-Laurent a marqué l\u2019imaginaire.«Avec le progrès inouï des moyens de transport, il peut se faire un jour que les villes de Québec et de Montréal ne soient pas totalement à l\u2019abri de bombardements aériens », écrit Jean-Charles Harvey, de l\u2019hebdomadaire Le Jour.Pour noyer le poisson, ce dernier propose déjà la création d\u2019une réserve naturelle qui engloberait les 8000km2 de l\u2019île appartenant à la Consolidated Paper : « On en ferait le plus magnifique parc national du Canada.» Comme aujourd\u2019hui, l\u2019exploitation des ressources d\u2019Anti- costi est au cœur des débats du Parlement québécois.Opposé à la vente de l\u2019île aux Allemands, le premier ministre Maurice Duplessis devient le héros du Canada anglais.Son homologue fédéral, Mackenzie King, se réfugie plutôt dans le respect des compétences provinciales dans une lettre au dauphin d\u2019Hitler, Herman Gö- ring, qu\u2019il a rencontré un peu plus tôt à Berlin.Les deux hommes ne pourront réaliser leur voyage de chasse prévu dans les forêts du dominion.Anticosti refait surface dans l\u2019actualité en 1942 avec l\u2019arrivée des premiers U-boots allemands qui sillonnent le Saint-Laurent pour torpiller les navires de la marine marchande canadienne.« Si Hitler a des bottes si pesantes, cela est dû aux capitalistes anglais et américains qui lui ont fourni de l\u2019argent pour se les acheter, lance Duplessis à par tir des banquettes de l\u2019opposition.Lorsque j\u2019étais au pouvoir, j\u2019ai empêché Hitler de s\u2019installer à Anticosti.» Le IIIe Reich a-t-il vraiment envisagé l\u2019implantation d\u2019une base de sous-marins dans l\u2019arrière-cour de l\u2019empire américain ?La question est secondaire pour Duplessis, qui ne manque pas une occasion de rappeler son refus de céder les ressources de sa « province » aux « puissances étrangères ».«C\u2019est plutôt ironique, observe Théorêt dans son petit essai dédié aux victimes de la bataille du Saint-Laurent, lorsque l\u2019on sait que ce même premier ministre cédera les mines de fer du nord du Québec à des compagnies américaines dans les années 1950!» Le Devoir L\u2019EXPÉDITION ALLEMANDE À L\u2019ÎLE D\u2019ANTICOSTI ?Hugues Théorêt Septentrion Québec, 2017, 190 pages HISTOIRE Anticosti dans la mire des « Boches » Hugues Théorêt raconte la tentative d\u2019appropriation de l\u2019île par l\u2019Allemagne nazie RON POLING LA PRESSE CANADIENNE Signature de la Constitution canadienne par la reine Élizabeth II, en présence du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, en avril 1982.L\u2019analyse par Dalie Giroux de l\u2019aberrante continuité occulte entre l\u2019ancien colonialisme de Londres et le nationalisme actuel d\u2019un Parti québécois dégénéré est troublante.Renversé.Ébloui.Au point de prendre l\u2019avion pour s\u2019entretenir avec ce Russe qui manie le français comme il l\u2019entend \u2013 le tordant, le secouant.Son écriture est une respiration de la pensée.Entrevue avec Dimitri Bortnikov par Yvon Poulin Nom .Adresse .Code postal .Tél.Courriel .Chèque à l\u2019ordre de Nuit blanche VISA MasterCard N0 de la carte .Expiration .4 numéros par année Abonnement en ligne nuitblanche.com En kiosque maintenant Magazine papier + Web (inclus) Postez à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403 Québec (Québec) G1R 1R7 ou appelez au 418 692 -1354 35% 1 an (34 $) 2 ans (56 $) taxes incluses nuitblanche.com ou Nuit blanche magazine littéraire Participez au CONCOURS 35 ANS 35 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