Le devoir, 14 octobre 2017, Cahier B
[" Robert Dutrisac sur la nouvelle ministre de la Culture Page B 4 Guy Taillefer sur le Myanmar et les Rohingyas Page B 4 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 Philo Carl Schmitt jugerait que Trump veut devenir monarque de droit divin Page B 6 É R I C D E S R O S I E R S Devant les menaces répétées du président américain de sortir son pays de l\u2019ALENA, le Canada devra peut- être se résoudre à remplacer l\u2019accord commercial signé à trois par deux traités bilatéraux, l\u2019un avec les États-Unis et l\u2019autre avec le Mexique.Mais il y a fort à parier que personne n\u2019en sortirait plus avancé.Donald Trump a profité du passage, mercredi, de son homologue canadien à la Maison- Blanche pour ajouter encore un peu plus de pression sur la renégociation de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui en avait déjà beaucoup et qui entamait au même moment à Washington sa quatrième ronde.En plus de brandir de nouveau le spectre d\u2019une impasse des négociations et la menace d\u2019une sortie de son pays de l\u2019entente, le président américain a évoqué pour la première fois publiquement la possibilité de l\u2019exclusion du Mexique de la famille nord- américaine et de la conclusion plutôt d\u2019une entente bilatérale entre les États-Unis et le Canada.Stoïque, le premier ministre Justin Trudeau a attendu d\u2019être sorti du Bureau ovale pour renouveler son attachement au ménage à trois convenu il y a presque 25 ans et sa confiance dans le succès des négociations en cours pour sa modernisation.Il n\u2019a toutefois pas fermé la porte à l\u2019idée d\u2019une entente à deux plutôt qu\u2019à trois, expliquant que le Canada se devait d\u2019être prêt à toute situation.Ces menaces de Donald Trump ne devraient surprendre personne, dit Ari Van Assche, professeur à HEC Montréal.Elles sont conformes à la position qu\u2019il s\u2019est donnée dès le départ et qui consiste à forcer les deux autres à lui faire des concessions, sans quoi il cassera tout.La réaction de Justin Trudeau était prévisible aussi.D\u2019abord parce qu\u2019on savait que les Américains sont arrivés, dans les négociations, à l\u2019étape de déballer toutes leurs demandes, même les plus excessives.Mais aussi parce que, dit l\u2019économiste, contrairement à la négociation d\u2019un nouvel accord, la renégociation d\u2019une entente déjà existante force les parties en position défensive à se demander sans cesse jusqu\u2019où elles sont prêtes à reculer pour éviter de tout perdre ce qu\u2019on tenait jusque-là pour acquis.Retour dans le passé Si les États-Unis venaient à se retirer de l\u2019ALENA, le Canada pourrait normalement se prévaloir de l\u2019Accord de libre-échange canado- américain qu\u2019il avait conclu avec son voisin cinq ans avant que l\u2019entrée en vigueur de l\u2019ALENA n\u2019en suspende l\u2019application.À moins, évidemment, que Donald Trump décide de tirer aussi un trait sur cette entente- là.« Mais si plusieurs se plaignent du fait que l\u2019ALENA est un accord dépassé, imaginez l\u2019autre ! » s\u2019exclame Richard Ouellet, professeur de droit à l\u2019Université Laval.On essuierait notamment des reculs en matière de marchés publics, de protection des investisseurs et de libéralisation des services, dit- il.On n\u2019aurait évidemment rien sur des enjeux plus actuels, comme le commerce électronique, la coopération réglementaire et la défense du développement durable.De plus, poursuit l\u2019expert, « il faudrait détricoter tout ce qui s\u2019est mis en place en presque 25 ans avec l\u2019ALENA».Plusieurs seront portés à croire qu\u2019une exclusion des négociations de la bête noire mexicaine de Donald Trump, à laquelle le président américain ne cesse de reprocher son surplus commercial avec les États-Unis ou encore ses immigrants, facilitera grandement les discussions avec le Canada.Rien n\u2019est moins sûr, prévient Christian Deblock, professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).«Le gouvernement Trump est revenu à une conception du commerce du XIXe siècle où l\u2019on n\u2019en a que pour la balance commerciale sans se soucier de la question fondamentale de l\u2019amélioration des échanges.Le cas des sanctions américaines contre la CSeries de Bombardier en est un bon exemple.» Dans ce contexte, dit l\u2019économiste, le Canada est condamné à essayer de sauver les meubles et pourrait devoir se résoudre à céder du terrain sur des questions qu\u2019on estimait depuis toujours non négociables, comme la gestion de l\u2019of fre dans le secteur agricole ou le pouvoir d\u2019en appeler à un mécanisme d\u2019arbitrage spécial en cas de conflit commercial.Et le Mexique?Si le Canada savait maintenir et même développer au même moment ses relations commerciales avec le Mexique, il pourrait avoir au moins l\u2019avantage de jouer sur les deux tableaux et de faire office de trait d\u2019union entre les deux autres économies nord-américaines, dit Christian Deblock.La meilleure stratégie pour le Canada, comme pour le Mexique, reste encore de faire front commun face à Donald Trump, estime Angel de la Vega Navarro, professeur à l\u2019Université nationale autonome du Mexique.«Mais si les États-Unis décident de se retirer de l\u2019ALENA, je crois que cela ne devrait pas signifier automatiquement la mort de l\u2019entente, mais plutôt que le Mexique et le Canada devraient continuer de la faire vivre ensemble.» Pour des raisons évidentes, les deux pays sont portés à faire une fixation sur l\u2019immense voisin américain, observe l\u2019expert mexicain.Mais l\u2019intégration économique nord-américaine est un fait bien réel.Les Québécois savent-ils que le Mexique est leur deuxième partenaire commercial étranger, avant même la France ?Le pays exerce même une attraction de plus en plus grande auprès des entreprises canadiennes, notamment depuis qu\u2019il a entrepris la libéralisation de son secteur pétrolier.Ari Van Assche n\u2019ose pas imaginer le casse- tête que deviendrait le commerce entre les trois pays s\u2019il devait être gouverné non plus par un accord commun, mais par dif férentes ententes bilatérales.« C\u2019est déjà assez compliqué comme cela.» Regarder plus loin Le règne de Donald Trump pourrait être de courte durée, se risque à dire Ari Van Assche.Il suffit peut-être de tenir le coup et d\u2019attendre la fin de son mandat dans un peu plus de trois ans.Richard Ouellet préfère pour le moment rester optimiste et penser que les pressions internes d\u2019un milieu des affaires américain fortement favorable au maintien de l\u2019ALENA et la résistance du Congrès américain finiront par ramener la Maison-Blanche à la raison.Après tout, « une sortie des États-Unis de l\u2019ALENA serait une récession presque assurée.Mais ne me croyez pas sur parole.Je rate toutes mes prédictions depuis l\u2019arrivée de Donald Trump».Cela ne fait que souligner encore une fois l\u2019urgence pour le Canada, en matière commerciale, de chercher à regarder plus loin que sa relation bilatérale avec son voisin américain, estime Christian Deblock.On pense évidemment à ce nouvel accord de libre-échange avec l\u2019Union européenne, qui vient tout juste d\u2019entrer en vigueur mais qui pourrait encore rencontrer des obstacles à l\u2019étape de la ratification par chacun des pays de l\u2019UE.On pense surtout aux marchés émergents de l\u2019Asie, où le Canada pensait s\u2019être ouvert une porte avec le Partenariat transpacifique jusqu\u2019à ce que Donald Trump y raye la signature de son pays.Et puis, il devrait aussi y avoir l\u2019Amérique, et pas seulement l\u2019Amérique du Nord, mais au moins aussi l\u2019Amérique centrale.« Il ne s\u2019agit plus seulement de questions à long terme, prévient l\u2019expert.La réalité avance vite.» Le Devoir RENÉGOCIATION DE L\u2019ALENA L\u2019Amérique du Nord unie en duos?Le Canada ne serait pas gagnant en traitant séparément avec les États-Unis et le Mexique I S A B E L L E P O R T E R à Québec B eaucoup de gens l\u2019ignorent, mais le 5 novembre prochain, les électeurs ne voteront pas seulement pour des maires et des conseillers municipaux, mais aussi pour des préfets.Un exercice qui touche seulement 16 des 104 MRC du Québec.Le Devoir a voulu savoir ce qui les dif fé- rencie des autres.Dans la MRC de Témisca- mingue, la course à la préfecture suscite autant d\u2019intérêt que les courses à la mairie.Cette année, pas moins de quatre personnes sont candidates : l\u2019ancien maire de Ville-Marie Bernard Flébus, l\u2019ex-conseiller municipal Gilles Lepage, le commissaire scolaire Rénald Baril et l\u2019ancienne présidente de Solidarité rurale Claire Bolduc.« La population a pris cons - cience du rôle régional et le poste de préfet est très convoité», observe le préfet sortant, Arnaud Warolin.Selon lui, toutes les MRC gagneraient à imiter Témiscamingue et à élire leur préfet au suf frage universel plutôt que de laisser le choix au vote des maires.Depuis 2001, le gouvernement permet en ef fet aux maires qui siègent à la MRC d\u2019introduire le suffrage universel pour l\u2019élection d\u2019un préfet.Les préfets élus de cette façon peuvent ainsi se consacrer à la MRC à temps plein, alors que les autres doivent conjuguer cette fonction avec leur travail de maire.Or, parmi les 104 MRC que compte le Québec, la majorité ont opté pour le statu quo et les maires continuent d\u2019élire leur préfet parmi eux.À Témiscamingue, on a choisi de faire le saut en 2009.Pourquoi ?«On est dans un territoire rural qui compte 20 municipalités, quatre communautés algonquines, et c\u2019était extrêmement dif ficile d\u2019aller chercher une unité à travers tout ça, explique M.Warolin.Les maires avaient beaucoup de difficulté notamment à élire le préfet parmi eux.Le dernier avait été élu après huit tours à deux voix de majorité\u2026» C\u2019est dans le Bas-Saint - Laurent et en Gaspésie qu\u2019on trouve le plus de préfets élus.Pas moins de 6 des 16 MRC où les préfets sont élus s\u2019y trouvent (Kamouraska, Haute-Gaspésie, Matapédia, Rocher-Percé, Les Basques et Témiscouata).Comment l\u2019expliquer ?Les gens de l\u2019Est seraient-ils plus démocrates ?« Le fait d\u2019avoir un préfet élu est très important dans les municipalités plus démunies sur le plan socioécono- mique et subissant de sérieuses per tes démographiques », rétorque Gaétan Ruest, maire sor tant d\u2019Amqui, qui se présente cet automne à la préfecture de la Matapédia.Les MRC du Bas-Saint-Lau- rent, dont les préfets sont élus au suffrage universel, sont en effet parmi les plus pauvres au Québec, avec un revenu médian oscillant autour de 35 000$ (la moyenne québécoise est de 47 636$).« En plus, avec l\u2019agrandissement des territoires des circonscriptions, les députés ont de moins en moins de temps à consacrer à chacune de leurs communautés, poursuit-il.Ici, le député local, Pascal Bérubé, est responsable d\u2019au moins trois MRC.» Dans une étude réalisée l\u2019an dernier, la MRC de Pontiac notait que celles qui ont fait le saut ont en commun le fait d\u2019être petites, éloignées, de ne pas avoir de ville centre dominante et d\u2019avoir un revenu disponible par personne parmi les plus faibles au Québec.L\u2019adversaire de M.Ruest à la préfecture de la Matapédia, la préfète sortante Chantal Lavoie, croit quant à elle que le Bas- Saint-Laurent est « renommé» pour son esprit de «concertation», son «travail en équipe».L\u2019autre élection, celle des préfets Les MRC de l\u2019est du Québec sont-elles plus démocrates ?SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE Le président Donald Trump a profité du passage, mercredi, du premier ministre Justin Trudeau à la Maison-Blanche pour ajouter un peu plus de pression sur la renégociation de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain, qui en avait déjà beaucoup et qui entamait à Washington sa quatrième ronde.ÉLECTIONS MUNICIPALES Justin Trudeau a expliqué que le Canada se devait d\u2019être prêt à toute situation VOIR PAGE B 3 : PRÉFETS ISTOCK L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 L\u2019ancien ministre des Finances de Tsípras, qui a lutté bec et ongles contre l\u2019austérité et qui vient de publier un livre au vitriol, dénonce les « mensonges » de la crise grecque.Et regarde d\u2019un œil plus que sceptique la politique de Macron.M A R I A M A L A G A R D I S I l l\u2019avait promis, il a osé le faire : peu après sa démission du poste de ministre des Finances du gouvernement grec, au début du mois de juillet 2015, Yánis Va- roufákis avait révélé avoir secrètement enregistré cer taines réunions de l \u2019Euro- groupe, ce club informel des ministres des Finances de la zone euro.Il s\u2019était alors engagé à en dévoiler le con - tenu dans un livre.On peut désapprouver le procédé, ou même ne pas apprécier le style de ce fringant professeur d\u2019économie, aujourd\u2019hui âgé de 56 ans, qui a dû faire l\u2019effet d\u2019un ovni au milieu des austères costumes gris des réunions européennes.Reste que Conversations entre adultes ne se résume pas à une simple transcription des rencontres à huis clos : c\u2019est aussi un récit haletant du rapport de force, parfois d\u2019une brutalité inouïe, imposé à un ministre dont le principal tor t était d\u2019avoir été nommé au sein du premier gouvernement anti-austérité jamais élu en Europe.Durant 162 jours, de janvier 2015 jusqu\u2019à sa démission, Yánis Varoufákis va vivre en première ligne d\u2019une bataille où tous les coups sont permis.Le bras de fer se termine mal : après six mois de tensions, et à l\u2019issue d\u2019un référendum par lequel les Grecs l\u2019invitent pour tant à résister aux diktats des créanciers du pays, le premier ministre Aléxis Tsípras capitule.Il aurait en réalité préféré perdre ce référendum, af firme Varoufákis, qui, lui, démissionne dès le lendemain.Deux ans plus tard, ses révélations jettent un regard cruel sur la plupart des protagonistes impliqués.Et l\u2019Europe ne sort guère grandie de ce récit, qui fera bientôt l\u2019objet d\u2019une adaptation au cinéma sous la houlette d\u2019un autre Grec, le cinéaste Costa-Gavras, habitué des films engagés.En attendant, l\u2019outsider qui a osé briser l\u2019omertà continue de distiller ses piques, sans langue de bois.Dans votre ouvrage, vous dénoncez avec force le « mensonge » du prétendu « sauvetage de la Grèce» mis en place à partir de 2010.Vous n\u2019en avez pas marre d\u2019entendre encore et toujours la même rengaine sur les «Grecs paresseux qui ne payent pas leurs impôts»?En réalité, l\u2019opinion évolue, et de plus en plus de gens savent bien que le storytelling qu\u2019on leur a servi sur la crise grecque est un mensonge fabriqué de toutes pièces.Mais ce genre d\u2019arguments reflète avant tout un racisme profond.« Les Grecs », comme « les Allemands », « les Français », ça n\u2019existe pas.Il y a en Grèce des gens qui travaillent plus que les Allemands, qui payent plus d\u2019impôts que les Français et, alors qu\u2019ils luttent pour survivre, ils se voient accusés d\u2019avoir provoqué la crise.Mais il y a aussi, bien sûr, des Grecs qui n\u2019ont pas payé d\u2019impôts et qui, en empruntant pendant des années aux banques allemandes avec la complicité de celles-ci, ont provoqué la crise.Si la faute doit en revenir à un Grec, alors autant accabler le conteur Esope qui, dans l\u2019Antiquité, a été le premier à opposer les cigales et les fourmis.Aujourd\u2019hui, le mythe se perpétue, avec cette idée que les fourmis se trouvent au Nord et les cigales au Sud.En réalité, les unes et les autres se trouvent partout.Et ce sont les cigales du Nord et du Sud, c\u2019est-à-dire les banquiers, qui ont créé la crise et en ont transféré le prix à payer sur les fourmis du Nord et du Sud.Dès 2008, j\u2019ai dénoncé le mensonge sur la crise grecque.On n\u2019a jamais cherché à sauver la Grèce, mais à sauver les banques françaises et allemandes, soudain trop exposées lorsque le pays a fait faillite en 2009.Et du coup, on a transféré ces dettes à la charge des plus fragiles.Les dirigeants européens ont alors fait semblant de se fâcher contre le symptôme, la fragilité de la Grèce, pour mieux ignorer la cause du problème.En même temps, aujourd\u2019hui, on entend un autre discours : « La Grèce va mieux, le chômage baisse, elle sortira bientôt des politiques d\u2019austérité\u2026» Ce n\u2019est pas la première fois que ce mensonge est utilisé.En 2013-2014, les mêmes évoquaient déjà une «sortie de crise».Ils avaient d\u2019ailleurs inventé un néologisme, « Greek-covery », pour « Greek recover y » [le rétablissement de la Grèce].Pourtant, ces années-là furent tragiques pour la société grecque.En Lituanie aussi, le chômage a diminué de façon impressionnante.Mais le pays a perdu la moitié de ses habitants.De la même façon, en Grèce, les forces vives, les jeunes, continuent à s\u2019exiler.Ce qui explique en partie la baisse du chômage.Sans compter ceux qui, désespérés, sont totalement sortis du marché de l\u2019emploi ou acceptent du travail à temps partiel après avoir été licenciés.Mais en Europe, après tant d\u2019années d\u2019échec des politiques imposées, les chif fres prospèrent et les gens désespèrent.Vous êtes le premier à décrire de l\u2019intérieur le fonctionnement des institutions européennes.Et en particulier celui des Eurogroupes qui, sous votre plume, ressemblent parfois à des réunions de gangsters dominées par l\u2019Allemagne.Évitons précisément de stigmatiser « les Allemands »\u2026 Non, ce n\u2019est pas l\u2019Allemagne qui est en cause.Ce sont les élites allemandes qui dictent la marche à suivre, avec l\u2019approbation et la complicité des élites françaises, grecques et autres.Les élites européennes sont toutes solidaires pour imposer les mêmes politiques.Et dans ce contexte, Wolfgang Schäuble [l\u2019intraitable ministre allemand des Finances] a raison quand il me lance, en février 2015, que «des élections ne peuvent pas changer une politique économique».C\u2019est la réalité.Regardez ce qui s\u2019est passé en France : François Hollande avait fait campagne pour changer de politique, notamment au sein de l\u2019Union européenne.Et dès qu\u2019il a été élu président, il y a immédiatement renoncé.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : les élites européennes soutiennent toutes Wolfgang Schäuble et partagent ce refus de changer de politique économique.L\u2019arrivée d\u2019Emmanuel Macron au pouvoir, en France, peut-elle changer la donne ?Il s\u2019est rendu spécialement à Athènes pour prononcer son premier discours sur l\u2019Europe\u2026 Et qu\u2019est-ce qu\u2019il a dit ?Que la crise était finie en Grèce, annonçant même une renaissance.En Grèce, les gens l\u2019ont écouté avec ahurissement.Vous savez, je considère Emmanuel Macron comme un ami, même si je ne l\u2019ai pas revu depuis son élection.Mais en Grèce, désormais, j\u2019ai un peu de mal à m\u2019en vanter.Macron a perdu toute crédibilité avec ce discours.Dans votre livre, vous regrettez pourtant de ne pas avoir négocié avec Macron, alors ministre de l\u2019Économie, plutôt qu\u2019avec Michel Sapin, le ministre des Finances.Hollande et Sapin ont proclamé partout que c\u2019est grâce à eux que la Grèce est finalement restée dans la zone euro.C\u2019est un mensonge éhonté.Ils n\u2019ont jamais contredit Schäuble, n\u2019ont jamais fait la moindre proposition.Ils étaient en permanence à côté de la plaque, de simples spectateurs.C\u2019est Angela Merkel, et elle seule, qui a décidé du maintien de la Grèce dans la zone euro, contre l\u2019avis de son ministre.Je sais, pour en avoir parlé avec lui, que Macron désapprouvait la stratégie de Hollande.Il savait pertinemment qu\u2019un troisième plan de renflouement de la dette grecque était voué à l\u2019échec, comme les précédents.Et pourtant, que fait aujourd\u2019hui Bruno Le Maire, son ministre des Finances ?Exactement la même chose que Sapin à l\u2019époque : il soutient ce troisième mémorandum à Bruxelles.Et quel regard portez-vous sur la politique de Macron en France?J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il essaye d\u2019imposer certaines réformes, comme les lois sur le travail et les réformes budgétaires, avec l\u2019idée de donner le change en « germanisant » la France, et avec l\u2019intention d\u2019aller voir ensuite Merkel pour la convaincre d\u2019accepter le principe d\u2019un budget fédéral.Mais il risque de perdre tout son capital de sympathie en France et de se heurter quand même à un refus de Merkel.Après, il ne lui restera plus qu\u2019un choix extrême, comme celui de la politique de la chaise vide à Bruxelles.Car s\u2019il ne résiste pas, Macron n\u2019aura alors été qu\u2019une étoile filante dans un ciel bien sombre.Mais en même temps, que reste-t-il des forces progressistes en Europe?Elles semblent avoir renoncé partout.Il y a indéniablement une fin de cycle pour la social-démocratie, qui s\u2019est sabordée en acceptant sa financiarisation, en composant avec les banques, face auxquelles elle s\u2019est finalement retrouvée pieds et poings liés.C\u2019est ce pacte faustien qui a causé la per te de la social-démocratie.Hollande s\u2019est suicidé en renonçant si vite à ses promesses.Et en Allemagne, de la même façon, les socialistes du SPD se sont sabordés en s\u2019alliant à Merkel dans un gouvernement.Mais les opinions publiques attendent autre chose : une refondation politique.C\u2019est ce que j\u2019essaye de faire avec mon mouvement DiEM25, qui présentera des listes dans tous les pays membres aux prochaines élections européennes.En ce qui concerne la France, Jean-Luc Mélen- chon peut-il être une alternance?J\u2019ai beaucoup de sympathie pour l\u2019idée d\u2019insoumission qu\u2019il revendique et pour les gens qui le suivent.Son combat contre les inégalités est justifié.Mais il a tort au sujet de l\u2019Europe.Ce n\u2019est pas parce que la Grèce \u2014 tout comme la France d\u2019ailleurs \u2014 n\u2019aurait pas dû adopter la monnaie unique qu\u2019il faut pour autant abandonner l\u2019euro ou démolir l\u2019Europe.Aujourd\u2019hui, il faut lutter de l\u2019intérieur pour réformer le système, tout en étant prêt à aller jusqu\u2019au bout du bras de fer si jamais on nous met le pistolet sur la tempe.C\u2019est ce que vous avez tenté, un temps, au sein du gouvernement d\u2019Aléxis Tsípras.Il est toujours au pouvoir à Athènes.Quels sont vos rapports et comment voyez-vous désormais, de l\u2019extérieur, vos anciens camarades?Je n\u2019ai plus aucun contact avec Aléxis Tsí- pras.Et quand j\u2019observe ce gouvernement, il me fait pitié.Ses représentants semblent apeurés, aliénés.Ils font parfois semblant de protester ou de discuter.Mais en réalité, ils ont capitulé sur tous les sujets.Libération CONVERSATIONS ENTRE ADULTES DANS LES COULISSES TRÈS SECRÈTES DE L\u2019EUROPE Yánis Varoufákis Éditions Les liens qui libèrent Paris, 2017, 528 pages Les mensonges de la crise grecque En Europe, les chiffres prospèrent et les gens désespèrent, selon l\u2019ancien ministre grec des Finances Yánis Varoufákis A lors que le pays panse ses plaies, comme chaque fois, la dernière tuerie de masse paraît générer le même cycle de prières, d\u2019indignation, puis de silence.Car si les Américains n\u2019ont pas légiféré après l\u2019assassinat de 20 bambins dans l\u2019enceinte sacrée d\u2019une école primaire (en 2012, à Newton), il y a for t à parier qu\u2019une fois la poussière retombée à Las Vegas, les États- Unis retourneront à leurs affaires, comme si de rien n\u2019était.Oubliant que, l\u2019espace d\u2019un instant, la ville du jeu s\u2019est transformée en zone de guerre, qu\u2019un homme seul a fait un carnage, niant le fait que des armes \u2014 des fusils d\u2019assaut capables de tirer 600 balles par minute \u2014 sont au cœur du problème.Comme si, face à la force d\u2019un 2e amendement quasiment déifié, nul ne pouvait rien faire.Et pourtant.L\u2019interprétation absolutiste du 2e amendement (consacrant le droit constitutionnel de détenir une arme) n\u2019a pas toujours été la norme.Elle résulte en grande partie de la politisation du port d\u2019arme sous l\u2019effet de la radicalisation du puissant lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA).Cette dernière a en effet embrassé le discours liberta- rien, jusqu\u2019à assurer la prévalence d\u2019une vision quasi unitaire de la question.Pour ce faire, elle exerce des pressions sur les politiciens, tant financièrement qu\u2019au moyen de cartes de notation, distribuées au moment du vote, visant à distinguer les « bons élus » (pro-armes à feu, note A+) des « mauvais» (pour le contrôle des armes, note F).Ainsi, nombre d\u2019élus au Congrès craignent une NRA plus puissante que jamais, alors que l\u2019actuel occupant de la Maison-Blanche a clairement établi en avril que « les huit années de croisade contre les droits à être armé venaient de s\u2019achever».La clé de voûte Mais en réalité, la clé de voûte de cet édifice repose entre les mains des neuf juges en robe noire de la Cour suprême.Et à double titre.D\u2019une part, avec sa décision de 2008, District of Columbia v.Heller, la Cour suprême, par la voix de son juge le plus conservateur, Antonin Scalia, et à 5 voix contre 4, a non seulement consacré la vision individualiste du 2e amendement, mettant un terme à une lecture collective du droit de porter des armes qui prévalait depuis 1939, mais a, dans son argumentaire, invité les tenants du port d\u2019armes à contester les limites imposées au niveau étatique.D\u2019autre par t, cette toute-puissance de la NRA s\u2019appuie sur une autre décision de la Cour suprême qui ne touche en apparence que de très loin les armes à feu : le découpage électoral.En effet, la décision de la Cour suprême de 2006, League of United Latin American Citizens v.Perry, avait donné l\u2019absolution à de véritables chirurgies électorales sur des circonscriptions électorales à des fins uniquement partisanes.Sur cette base, en 2010, le stratège républicain Karl Rove avait jeté les bases d\u2019un plan de reconquête du Congrès par le GOP : ce plan, nommé REDMAP, instrumentalisait le fait que les États fédérés doivent, dans la foulée du recensement décennal, redessiner les contours des circonscriptions électorales.Ainsi, en 2017, sous l\u2019impulsion des législatures (32 sur 50) et des gouverneurs (30 sur 50) républicains, certains districts ressemblent désormais plus au travail d\u2019une dentellière qu\u2019à celui d\u2019un directeur des élections.Les élus magasinent leur électorat Le procédé n\u2019est pas nouveau : en 1812, le Boston Gazette caricaturait le redécoupage des circonscriptions électorales de l\u2019État du Massachusetts sous l\u2019empire du gouverneur Elbridge Gerry, et notamment la circonscription d\u2019Essex qui avait pris la forme d\u2019une espèce de salamandre (d\u2019où le néologisme de « Gerrymandering »).Mais il est désormais sur stéroïdes : car, pour reprendre les termes du professeur Dawkins, ce ne sont plus les électeurs qui choisissent leurs élus mais bien les élus qui se magasinent leur électorat.Et dans des circonscriptions conçues sur mesure pour les candidats, où le taux de réélection (incumbency) a atteint 97 % en 2016 pour la Chambre des représentants, la modération n\u2019a pas meilleur goût : inutile de pondérer le discours, notamment sur les armes à feu, pour des minorités désormais diluées dans des circonscriptions conser vatrices et libertariennes.Le poids de ce procédé est donc déterminant.Or le vent pourrait tourner : le 3 octobre dernier, la question du charcutage électoral du Wisconsin a été entendue de manière préliminaire par la Cour suprême : elle devrait être tranchée d\u2019ici l\u2019été.À temps pour le prochain cycle électoral, et avec des implications au niveau national.Une fois encore, et de manière détournée, les neuf juges de la Cour suprême auront la possibilité d\u2019influer sur la carte électorale, mais aussi sur la manière dont seront abordés les enjeux cruciaux de la politique américaine.Une question à soulever le 25 octobre prochain, lors de la venue de l\u2019un d\u2019entre eux \u2014 Stephen Breyer \u2014 à Montréal ?Chirurgie électorale et robes noires LOUISA GOULIAMAKI AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019ex-ministre des Finances Yánis Varoufákis : l\u2019outsider qui a osé briser l\u2019omertà distille ses piques, sans langue de bois.ÉLISABETH VALLET On n\u2019a jamais cherché à sauver la Grèce, mais à sauver les banques françaises et allemandes, soudain trop exposées lorsque le pays a fait faillite en 2009 Yánis Varoufákis, dans Conversations entre adultes.Dans les coulisses très secrètes de l\u2019Europe « » L\u2019Europe ne sort guère grandie de ce récit, qui fera bientôt l\u2019objet d\u2019une adaptation au cinéma sous la houlette d\u2019un autre Grec, le cinéaste Costa-Gavras J O N A T H A N A L L A R D A u moment où de nouvelles puissances comme la Chine et l\u2019Inde investissent dans l\u2019exploration spatiale, l\u2019Occident, États-Unis en tête, réduit les budgets consacrés à ce domaine et laisse la place au privé.Depuis qu\u2019elle a remisé ses navettes spatiales américaines en 2011, après 30 ans de service, la NASA s\u2019en remet depuis aux lanceurs russes pour envoyer leurs astronautes vers la Station spatiale internationale (SSI).À 76 millions le siège, ce sont plus de 400 millions par année que les Américains payent aux Russes pour leurs services de lancement.C\u2019est pourquoi l\u2019Agence spatiale américaine cherche aujourd\u2019hui des solutions du côté du privé, qu\u2019elle espère moins coûteuses, pour ses missions de routine vers la SSI.Et ainsi concentrer ses ressources vers des missions plus audacieuses, comme aller sur Mars d\u2019ici les années 2030.Entre en scène SpaceX.Créée en 2002 par le multimillionnaire Elon Musk, l\u2019entreprise cherche d\u2019abord à exploiter au maximum ce créneau du lancement en orbite.Depuis son premier contrat de ravitaillement de la SSI en 2008, elle s\u2019est vite imposée comme un acteur incontournable.De moins de 10 % en 2013, sa part mondiale des lancements commerciaux a bondi à 40 % cette année.Tim Hughes, son vice-président, prédit qu\u2019elle atteindra 60 % en 2018.Le New York Times écrivait en juillet dernier que SpaceX est devenue une des sociétés privées les mieux cotées avec une valeur évaluée à 21 milliards.Mais la concurrence reste féroce dans le ciel, et SpaceX n\u2019a jamais eu le monopole des missions de ravitaillement vers la SSI.Elle doit au- jourd\u2019hui par tager le contrat octroyé par la NASA, bon jusqu\u2019en 2024, avec deux autres gros joueurs du secteur : Orbital ATK et Sierra Nevada Corporation.Changement de paradigme Les ambitions du secteur privé ne s\u2019arrêtent pas aux lancements commerciaux.En 2000, Jeff Bezos, patron d\u2019Amazon, crée Blue Origin à même sa fortune personnelle.Son but ?Rendre le tourisme spatial assez sécuritaire et abordable pour que des millions de personnes puissent s\u2019y adonner.D\u2019autres, comme Planet Labs, exploitent le marché de l\u2019imagerie satellite, avec comme modèle d\u2019affaires la production à la chaîne, moins dispendieuse et plus rapide, de petits \u2014 «nano» \u2014 satellites.Entre 2000 et 2015, 8,2 milliards ont été investis dans les entreprises spatiales, selon une étude de Bryce Space and Technology, une entreprise de conseil spécialisée dans l\u2019aérospatiale.Sur la même période, plus de 80 nouvelles entreprises consacrées au secteur ont vu le jour.Souvent « incubées » dans des milieux semi-gouvernementaux, elles profitent aussi de subventions du gouvernement américain, fait remarquer Xavier Pasco, spécialiste de la politique spatiale américaine, dans son récent essai Le nouvel âge spatial.Dans cette relation symbiotique, les entreprises ont besoin des juteux contrats de la NASA, alors que celle-ci voit d\u2019un bon œil que le secteur privé assume une plus grande part du risque et de l\u2019investissement, note l\u2019expert.Si la multiplication des acteurs privés est pour le moment un phénomène limité aux États-Unis, celui-ci représente tout de même un « changement de paradigme » , estime M.Pasco.La promesse du privé est de casser les prix et de rendre l\u2019espace accessible à tous ceux qui souhaitent s\u2019y rendre, pour le plaisir ou pour affaires.Vers un nouvel équilibre?Est-ce à dire que les pouvoirs publics américains se désengagent du secteur spatial ?« Ils réorientent leurs investissements et externalisent une partie des coûts, qui étaient quand même assez lourds », nuance M.Pasco.On se dirige au- jourd\u2019hui «vers un nouvel équilibre entre acteurs publics et privés », ajoute-t-il.Selon lui, en dépit de la « révolution permanente » portée par le privé, l\u2019espace demeure éminemment gouvernemental.Les projets y sont trop coûteux et à trop long terme pour bien se marier avec le profit immédiat.Une analyse que par tage Rober t Lamon- tagne.Même si une entreprise comme SpaceX ne cache pas ses ambitions martiennes, « l\u2019exploration un peu plus audacieuse demeure le créneau des grandes agences spatiales, puisque ces projets sont extrêmement coûteux, estime le professeur.Mais l\u2019exploitation commerciale et scientifique de l\u2019environnement terrestre et, peut-être même, à terme, de la Lune se fera par le privé.» Un changement qui ne menacerait toutefois pas l\u2019existence de la NASA à long terme : «Elle n\u2019a parfois dû sa survie qu\u2019au recul symbolique qu\u2019aurait signifié sa fermeture définitive, perspective qu\u2019aucun président n\u2019a jamais voulu affronter », souligne Xavier Pasco.Avec Guillaume Lepage Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 L\u2019espace a été un véritable terrain d\u2019af frontement pendant la guerre froide.De l\u2019envoi du premier satellite à l\u2019alunissage d\u2019Apollo 11, les Soviétiques et les Américains ont tenu en haleine le monde entier au gré de leurs prouesses.Mais aujourd\u2019hui, l\u2019arrivée de nouveaux joueurs et l\u2019enthousiasme pour Mars changent la donne.Le Devoir revient sur cette épopée céleste et en explore les nouveaux enjeux.Deuxième d\u2019une série hebdomadaire de trois reportages.L\u2019exploration spatiale, un grand pas pour le privé R ené Lévesque disait qu\u2019un remaniement ministériel était l\u2019exercice le plus difficile pour un premier ministre.Même s\u2019il ne fait plus l\u2019affaire, envoyer un collègue sur les banquettes arrière est toujours difficile, ce qui explique pourquoi le Conseil des ministres a généralement tendance à grossir.Cela n\u2019avait pas empêché M.Lévesque de rétrograder tour à tour son ministre de l\u2019Industrie et du Commerce Rodrigue Tremblay, celui des Transports Denis de Belleval et celui de la Culture Denis Vaugeois.Jean Charest a montré la porte à Pierre Reid (Éducation), à Yves Séguin (Finances) et à Thomas Mulcair (Environnement).Même avec un cabinet qui comptait 35 membres, Bernard Landr y avait écar té deux monuments péquistes, Guy Chevrette et Jacques Brassard.Il n\u2019est donc pas étonnant que le premier ministre Couillard se soit vu reprocher une clémence excessive, ou un manque de courage, en se contentant de remercier Rita de Santis, dont le ciao bien senti a donné l\u2019impression qu\u2019elle- même était soulagée de quitter un poste pour lequel elle n\u2019était manifestement pas faite.Il est vrai que M.Couillard a par fois des mouvements d\u2019empathie qui peuvent surprendre.C\u2019est ainsi qu\u2019il disait avoir voulu envoyer « un message à caractère humain » et apporter une « aide psychologique » à Marc-Yvan Côté quand il l\u2019avait invité à se reposer à sa maison de Roberval, après avoir appris qu\u2019il était dans la mire de la SQ.?Il n\u2019est ni le premier ni le dernier à se défouler sur les médias parce que son message passe mal, mais cette manifestation de frustration a de quoi laisser perplexe à l\u2019aube de l\u2019année électorale.Quand on ne peut pas supporter la chaleur du poêle, il vaut mieux choisir un autre métier que celui de cuisinier.Jean Charest disait qu\u2019un politicien qui s\u2019en prend aux médias est comme un poisson qui se fâcherait contre l\u2019eau.Si M.Couillard veut avoir un aperçu de ce qu\u2019une campagne électorale peut réserver à un premier ministre qui doit composer avec l\u2019usure du pouvoir, il devrait visionner le film de Jean-Claude La- brecque À hauteur d\u2019homme, qui a très bien documenté le calvaire vécu par Bernard Landry en 2003.Outre un déplorable penchant pour le sang et les « drames humains », il a reproché aux journalistes de ne pas avoir porté suffisamment attention aux cinq priorités qu\u2019il a énoncées dans son discours, mais ces lieux communs devraient plutôt faire l\u2019objet d\u2019une publicité du PLQ.Au début de son mandat, M.Couillard promettait que son gouvernement allait s\u2019occuper des « vraies af faires ».Il entend maintenant se pencher sur les «problématiques réelles ».Peut- être profitera-t-il d\u2019un prochain discours pour nous expliquer la différence.Confondre nouveauté et changement est chose courante en politique.Un ministre des Transports de 34 ans dépourvu de toute expérience ministérielle constitue indéniablement une rareté, et l\u2019arrivée de trois jeunes femmes également novices ne peut qu\u2019être rafraîchissante, mais la vieille garde n\u2019en demeure pas moins aux commandes.?M.Couillard a raison de dire qu\u2019il serait idiot de mettre des gens compétents à la porte sous prétexte qu\u2019ils sont trop expérimentés, mais la longévité n\u2019est pas garante de compétence.Depuis que son altercation avec les matamores syndicaux de la construction en avait fait une vedette instantanée, Lise Thériault avait vu sa carrière se transformer en pénible démonstration du principe de Peter.D\u2019un remaniement à l\u2019autre, les contre-performances de la vice- première ministre déchue lui ont fait dégringoler l\u2019échelle.On en est rendu à bricoler un ministère bidon pour lui permettre de conserver sa limousine.Le problème de Gaétan Barrette n\u2019en est pas un de compétence, mais de comportement.M.Couillard n\u2019aurait certainement pas toléré aussi longtemps qu\u2019un autre de ses ministres suscite une telle hostilité, aussi bien à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur du réseau de la santé.Peu importe, les médias devraient « porter plus attention» aux bienfaits de ses réformes.M.Barrette a déclaré qu\u2019il aurait accepté de servir là où le premier ministre l\u2019aurait jugé le plus utile.Il est permis d\u2019en douter.Chose certaine, il n\u2019aurait pas déménagé de gaieté de cœur.M.Couillard n\u2019était manifestement pas prêt à prendre le risque qu\u2019il claque la porte.René Lévesque, lui, a pris ce risque quand il a retiré le Conseil du trésor à Jacques Parizeau, qui le cumulait avec les Finances, parce qu\u2019il trouvait que le tout-puissant ministre en menait trop large.Profondément blessé, M.Parizeau avait aussitôt rédigé sa lettre de démission.Au bout de deux jours, il avait finalement décidé de ne pas l\u2019envoyer.Pendant ces 48 heures, il faisait très chaud près du poêle.mdavid@ledevoir.com La chaleur du poêle MICHEL DAVID PETER PARKS AGENCE FRANCE-PRESSE Le multimillionnaire Elon Musk, fondateur de l\u2019entreprise SpaceX, au 68e Congrès international de l\u2019aérospatiale à Adelaïde, en Australie, fin septembre.Le rôle du préfet, explique-t-on, consiste à se battre pour sa MRC auprès des gouvernements, à mobiliser les élus autour de projets communs, à trouver du financement\u2026 «Ça prend des gens fonceurs, inno- vants», résume Mme Lavoie.Cette année, trois nouvelles MRC se sont ajoutées au groupe : Manicouagan (Côte-Nord), Le Granit (Estrie) et Pontiac (Outaouais).À la MRC de la Manicouagan, on voulait d\u2019un préfet à temps plein «pour dynamiser le territoire», rapportait l\u2019hebdo Le Manic quand la décision a été prise il y a un an.Or plusieurs autres ont écarté d\u2019emblée cette possibilité, comme la MRC de Papineau, par exemple.« Il y en a trois qui ont demandé de revenir à l\u2019ancienne méthode, ce qui n\u2019est pas possible une fois que c\u2019est adopté», a fait valoir la préfète Paulette Lalande il y a quelques mois.C\u2019est le cas de la MRC du Haut- Saint-François, qui a voulu revenir en arrière en 2012, ce qui lui a été refusé par le ministère des Affaires municipales.Les élus trouvaient notamment que le taux de participation à l\u2019élection n\u2019était pas assez élevé (46%) et que le scrutin coûte trop cher (80 000$ par élection).Pour le préfet Arnaud Warolin, ce sont de « faux prétextes».«À ce mo- ment-là, pourquoi ce ne serait pas la même chose pour un maire?Un député?» Il va plus loin en disant que la décision même d\u2019introduire le suffrage universel devrait être prise par la population de la MRC.«Ce n\u2019est pas aux élus de faire le choix du suffrage universel, c\u2019est à la population, dit-il.La question devrait être clairement posée aux citoyens.» Quant à l\u2019argument économique, il fait valoir que le vote pourrait se faire en même temps qu\u2019un autre scrutin.« Et aujour - d\u2019hui, avec les médias sociaux et les outils à notre disposition, connaître l\u2019avis d\u2019une population est un exercice somme toute assez facile.» L\u2019ex-maire, Gaétan Ruest, concède toutefois que le coût est prohibitif.Dans le passé, le ministère des Affaires municipales remboursait les frais du scrutin aux MRC, ce qui n\u2019est plus le cas, souligne-t-il.Au ministère, on confirme que ce programme n\u2019a pas été reconduit depuis 2009-2010.Par ailleurs, le ministère ne prend pas position sur la pertinence d\u2019élire ou non les préfets au suffrage universel.Cela «relève entièrement du conseil de la MRC», a dit une porte-parole, qui souligne que le gouvernement a offert cette option à la demande de la Fédération québécoise des municipalités.Or cette dernière n\u2019encourage pas nécessairement une telle pratique.«C\u2019est à chaque MRC de voir quel est le meilleur modèle pour elle», a résumé son porte-parole Mathieu Leblanc.Le Devoir Pour plus de détails sur les MRC qui seront en élection le 5 novembre, voir aussi notre tableau en ligne.SUITE DE LA PAGE B 1 PRÉFETS Jean Charest disait qu\u2019un politicien qui s\u2019en prend aux médias est comme un poisson qui se fâcherait contre l\u2019eau 8,2 milliards C\u2019est le montant investi dans les entreprises spatiales entre 2000 et 2015, selon une étude de Bryce Space and Technology, une entreprise de conseil spécialisée dans ce domaine.Les MRC où les préfets sont élus par la population Témiscamingue (Abitibi-Témiscamingue) Les Basques (Bas-Saint-Laurent) Témiscouata (Bas-Saint-Laurent) Kamouraska (Bas-Saint-Laurent) Matapédia (Bas-Saint-Laurent) Manicouagan (Côte-Nord) Minganie (Côte-Nord) Le Granit (Estrie) Haut-Saint-François (Estrie) Haute-Gaspésie (Gaspésie) Rocher-Percé (Gaspésie) Pontiac (Outaouais) Vallée de la Gatineau (Outaouais) Montcalm (Lanaudière) Les Pays d\u2019en haut (Laurentides) Maria-Chapdelaine (Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean) e conte de fées écrit par les capitales occidentales, principalement sous la plume de l\u2019ex-président Barack Obama, voulait que l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019Aung San Suu Kyi en 2015 dote le Myanmar d\u2019une salutaire conscience démocratique, voire y crée en?n les conditions d\u2019une démocratie en bonne et due forme.Pour l\u2019heure, le conte de fées tourne à l\u2019épouvante.Et la communauté internationale est prise au piège de sa complaisance.Aung San Suu Kyi n\u2019est pas l\u2019icône du mouvement démocratique que l\u2019on pensait, tant il devient évident que l\u2019embarras qu\u2019elle af?che face au drame de la minorité rohingya est moins contrit que consentant.Le haut-commissaire de l\u2019ONU aux droits de l\u2019homme quali?ait le mois dernier la répression militaire qui se déploie contre les Rohin- gyas d\u2019« exemple classique de nettoyage ethnique ».Mercredi, un nouveau rappor t de l\u2019ONU est venu recon?rmer l\u2019évidence, faisant état d\u2019attaques organisées, coordonnées et systématiques destinées à faire en sorte que les Rohingyas quittent jusqu\u2019au dernier le Myanmar et ne reviennent jamais.Le rapport onusien détaille une campagne de terreur où l\u2019armée, de concert avec des gangs d\u2019ultrareligieux bouddhistes, ouvre le feu sans discernement sur les civils, brûle les maisons, commet des viols collectifs et efface toutes traces culturelles de la communauté.L\u2019armée aurait miné la frontière de manière à décourager les centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui au Bangladesh de rentrer.On peut dif?cilement imaginer effort plus élaboré de destruction massive d\u2019une communauté et de sa mémoire.Pour toute réponse, un porte-parole de l\u2019armée a déclaré que le rapport onusien «exagérait» \u2014 comme en écho à l\u2019«iceberg de désinformation» qu\u2019avait évoqué en septembre Daw Suu Kyi pour critiquer les reproches que faisait la communauté internationale au Myanmar pour son traitement des Rohingyas.Entendu que la junte tient en laisse le gouvernement civil dirigé par «La Dame».N\u2019empêche qu\u2019entre les deux, la communauté d\u2019esprit est devenue indéniable \u2014 con?rmée du reste par des déclarations explicitement anti-Rohingyas faites par des responsables de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).Les États-Unis d\u2019abord, mais aussi des pays comme le Canada et la France, n\u2019ont pas hésité ces dernières années à utiliser Aung San Suu Kyi comme caution pour renouer avec les militaires \u2014 et faire des affaires.Il faudrait qu\u2019ils déchantent.L\u2019horreur est telle actuellement que les autorités refusent même que les humanitaires viennent en aide aux populations touchées \u2014 comme en 2008, après le cyclone Nargis qui avait fait 100 000 morts.Le Myanmar ne change pas, il est toujours celui de ses généraux cyniques.La nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, arrive à un moment où son gouvernement doit arrêter une nouvelle politique culturelle alors que l\u2019économie numérique met à mal bien des pans entiers de la culture québécoise et qu\u2019Ottawa planche sur un inquiétant bouleversement des règles du jeu qui risquent de favoriser les géants américains.Toute une commande pour une néophyte.uc Fortin, le prédécesseur de Marie Montpetit, a procédé à des consultations qui ont abouti, en juin, à un projet de politique culturelle.Le milieu culturel a loué les qualités d\u2019écoute du ministre, mais le projet restait vague sur les transformations induites par l\u2019économie numérique et sur les moyens à prendre pour y faire face.Un forum national doit se tenir à l\u2019automne, forum qui doit mener à la rédaction de la nouvelle politique.Reconnu pour sa placidité, voire son effacement, Luc Fortin a surpris la galerie quand il a exprimé sa «colère» envers Ottawa, qui a « abdiqué » devant Net?ix au regard de la production de contenu original en français.Grâce à cette seule conférence de presse, le ministre s\u2019est fait un nom en montrant qu\u2019il pouvait faire preuve de fermeté et de cohérence face à une Mélanie Joly qui ne cesse d\u2019envelopper sa vacuité d\u2019une indicible logorrhée.C\u2019est donc à Marie Montpetit \u2014 plutôt qu\u2019à Isabelle Melançon, que l\u2019expérience désignait pour ce poste et que le premier ministre a placée au ministère du Développement durable et de l\u2019Environnement \u2014 que reviendra la tâche de dissiper le ?ou du projet de politique culturelle, notamment en matière d\u2019économie numérique.La concurrence de Net?ix et des GAFA de ce monde (Google, Apple, Facebook et Amazon) se fait lourdement sentir.Les télédiffuseurs, les médias et la musique d\u2019ici écopent.Le gouvernement Couillard n\u2019a pas avancé de solutions claires à une situation qui ne fait que s\u2019aggraver.Il faut dire à sa décharge que les grandes décisions qui modèleront l\u2019environnement dans lequel évolueront les entreprises culturelles et ses artisans en cette ère numérique sont du ressort du gouvernement fédéral.Philippe Couillard s\u2019en accommode, lui qui refuse de réclamer toutes les compétences en matière de culture, comme l\u2019ont fait Robert Bourassa et Jean Cha- rest.Il défend la forte présence d\u2019Ottawa en culture parce que le Québec reçoit 35 % des dépenses fédérales en matière de culture alors qu\u2019il compte pour 23 % de la population canadienne.« Le Québec est maître d\u2019œuvre de sa politique culturelle », soutient par contre le premier ministre.Philippe Couillard parle comme si les grandes décisions que doit prendre Ottawa \u2014 les révisions de la Loi sur le droit d\u2019auteur, de la Loi sur la radiodiffusion, de la Loi sur les télécommunications et du mandat du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) \u2014 n\u2019auront aucun impact sur la politique culturelle du Québec et sur le sort qui attend les créateurs québécois.Marie Montpetit n\u2019aura sans doute pas le temps de faire sa marque d\u2019ici les prochaines élections, dans moins d\u2019un an.C\u2019est sans doute ce qu\u2019attend d\u2019elle Philippe Couillard, qui, vantant le statu quo, ne répugne pas à se soumettre à la volonté d\u2019Ottawa.En cette période incertaine, il reviendra au milieu culturel de se mobiliser.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Le Diamant : tout sauf une folle dépense ! Le 10 octobre, Robert Lepage a présenté à la presse québécoise les premières images de ce que sera Le Diamant.Je me réjouis de constater que ce superbe projet de Lepage prend forme de plus en plus et viendra, à n\u2019en pas douter, enrichir le paysage culturel de la Vieille Capitale.Lepage n\u2019est pas peu fier du Diamant et ne se gêne pas pour se porter à sa défense.Il a répondu d\u2019ailleurs avec tact et aplomb au candidat à la mairie de Québec Jean- François Gosselin, qui a déclaré à la presse québécoise que Le Diamant faisait partie des folles dépenses de Régis Labeaume.La Ville de Québec finance en effet, à raison de 7 millions, Le Diamant.Et sur un budget total de 54 millions, le gouvernement du Québec a débloqué 30 millions et celui du fédéral, 10 millions.Le reste vient du privé.Lepage a donc répliqué en disant que «ceux qui parlent de dépenses folles en cul- L I B R E O P I N I O N F R A N Ç O I S B E R G E R Citoyen montréalais et ex-journaliste On s\u2019amuse ferme à Coderreville ! La cité des festivals est aussi un lieu bruyant qui exaspère de nombreux citoyens.Mais le bruit des fêtes incessantes, s\u2019il est un irritant fort médiatisé pour les habitants du centre-ville (l\u2019arrondissement de Ville-Marie) et certains voisins banlieusards (comme ceux de Saint-Lambert), est largement supplanté par un autre bruit, pratiquement passé sous silence celui-là : le tintamarre quotidien et «ordinaire» qui mortifie jusque dans leur domicile des centaines de milliers de contribuables et électeurs de Montréal.Un adulte québécois sur six est fortement dérangé à son domicile par le bruit dans le voisinage \u2014 circulation routière, travaux et chantiers de construction, industries et commerces, ventilateurs et climatiseurs, bars et restaurants, etc.\u2014, montre une enquête publiée l\u2019an dernier conjointement par le ministère de la Santé et l\u2019Institut de la statistique du Québec.Et parmi ces «dérangés» par le bruit, un sur quatre en subit des troubles du sommeil ; autrement dit, le bruit peut rendre malade.Dans la ville de Montréal, près du quart d\u2019un million d\u2019adultes (et que dire des enfants) sont ainsi fortement incommodés par le bruit de tous les jours.Une autre étude a montré que 30 000 Montréalais contactent annuellement la municipalité (surtout par l\u2019intermédiaire du service 311) au sujet du bruit.Ces chiffres parlent d\u2019eux-mêmes.Alors, pourquoi la question du bruit, prise au sérieux depuis longtemps déjà en Europe et dans de grandes villes comme New York, n\u2019est-elle pas un enjeu dans la campagne électorale en cours à Montréal?La réponse à cette question est simple : la pollution sonore n\u2019est pas prise en compte par les politiciens et les élus parce que ces derniers sont ignorants de sa gravité, constate un rappor t de 2015 de l\u2019Institut national de santé publique du Québec.Ils croient, comme beaucoup de gens, que les problèmes de bruit ne sont que ponctuels et disparaissent aussitôt la charrue passée.Mais il n\u2019en est rien : le br uit et ses conséquences pour la santé sont chroniques, sur tout dans une grande ville.À cette ignorance s\u2019ajoute l\u2019indifférence de l\u2019administration municipale et de ses fonctionnaires devant les problèmes de bruit.Une indifférence qui apparaît clairement dans la manière dont la Ville et ses arrondissements traitent, ou plutôt ne traitent pas, les plaintes de bruit\u2026 en particulier celles qui touchent les services municipaux eux-mêmes.Les activités municipales (voirie, travaux publics et ateliers municipaux) sont elles-mêmes de grandes sources de bruit, et les citoyens qui portent plainte contre ce type de nuisance sont purement et simplement laissés pour compte, la municipalité faisant fi de ses propres règlements.Des exemples concrets Voici de quelle manière cela se passe (exemple vécu par moi-même et d\u2019autres).Il faut d\u2019abord, selon les règles municipales inflexibles, porter plainte auprès de son arrondissement de résidence, ici le Plateau Mont-Royal.Il s\u2019agit d\u2019une plainte de bruit nocturne, faite la première fois en septembre 2014, contre les aver tisseurs de recul des camions fréquentant en pleine nuit un atelier municipal qui est situé dans l\u2019arrondissement voisin, ici Ro- semont\u2013La Petite-Patrie.Le service 311 vous informe qu\u2019il acheminera la plainte à l\u2019arrondissement voisin.Puis, plus de nouvelles du tout.On rappelle le 311 et on réussit finalement, au printemps 2015, après de multiples démarches y compris le recours à la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information, à parler au technicien responsable du contrôle du bruit dans Rosemont.Ce technicien nous apprend alors qu\u2019il ne s\u2019occupe que des plaintes du « domaine privé», ce qui exclut la Ville de Montréal.Selon lui, la plainte sera transférée à la ville centrale, puisque les installations municipales où se trouve la source du bruit ne sont pas du ressort de l\u2019arrondissement.Donc, rebelote, c\u2019est la Ville de Montréal (la ville centrale) qui va s\u2019en occuper, nous dit-on.Puis, rien.Après une rencontre tenue avec des élus de Rose- mont, encore rien\u2026 Juge et partie, l\u2019administration municipale \u2014 c\u2019est-à-dire les fonctionnaires comme les élus \u2014 a « classé » en douce, sans en aviser les plaignants, un nombre inconnu de plaintes du même genre.Il n\u2019y a pas moyen de savoir \u2014 la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information a été inopérante dans ce cas pour des « raisons techniques » restées inexpliquées \u2014 combien de plaintes contre le bruit sont ainsi « réglées » (la terminologie of ficielle) sans l\u2019être vraiment.Cette politique de l\u2019autruche est celle de tous les partis municipaux qui dirigent soit la ville centrale, soit les arrondissements.Les candidats aux élections municipales clament que la «qualité de vie» des citoyens est au cœur de leurs préoccupations.Le contrôle du bruit ne devrait-il pas trôner au cœur de la qualité de vie?Le contrôle du bruit n\u2019est pas un enjeu électoral FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ture ne savent pas l\u2019impact que la culture a justement sur l\u2019économie et ne doivent sûrement pas s\u2019y intéresser, d\u2019ailleurs, pour se permettre de dire ça.À Montréal, on n\u2019oserait jamais remettre en question la moindre institution ou dépense culturelle».Le fédéral a tout de même avancé 10 millions pour un projet situé à Québec.D\u2019ailleurs, Lepage a dit que cela était exceptionnel.«Habituellement, ce sont les projets ou événements culturels de Montréal et de Toronto qui se partagent la grosse part du gâteau.Nous [d\u2019Ex Machina], on est fiers parce qu\u2019on va le chercher, ce montant-là, et on l\u2019amène à Québec.» Alors, je me dis qu\u2019au lieu de critiquer le financement du Diamant de Québec, on devrait plutôt applaudir à celui-ci et souhaiter son succès.Trois mots me viennent pour saluer cette réalisation culturelle : innovation, ouver ture et génie.Trois mots que j\u2019ai toujours associés à cet artiste visionnaire qu\u2019est Robert Lepage.Yvan Giguère Saguenay, le 12 octobre 2017 «Transformer » le Québec, vraiment?La nouvelle entente signée par le gouvernement du Québec avec la Fédération des médecins omnipraticiens ne peut pas être rendue publique! «Ce n\u2019est pas une convention collective», dixit le ministre Pierre Moreau.Qu\u2019est-ce, alors?Sans savoir ce que cache ce secret, il est très dérangeant de savoir qu\u2019elle lie le gouvernement jusqu\u2019en 2023, sans possibilité d\u2019adapter les modalités de pratique des omnipraticiens aux nouvelles réalités.Par exemple, rien n\u2019incite votre médecin de famille à communiquer et échanger avec vous par courriel ou téléphone, pour des suivis et conseils ponctuels sur des problèmes courants ou chroniques.La rémunération adaptée ou modulée à ces avenues contemporaines devra attendre.Une vision à courte vue qui hypothèque l\u2019avenir pour longtemps.Julien Michaud Montréal, le 9 octobre 2017 MARIE MONTPETIT, NOUVELLE MINISTRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS Une néophyte jetée dans la crise du numérique ROHINGYAS Le piège et la terreur L L GUY TAILLEFER ROBERT DUTRISAC L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).A N T O I N E G U I L M A I N K A R L D E L W A I D E A N T O I N E A Y L W I N Avocats, Fasken Martineau Union européenne s\u2019est récemment prononcée sur le rôle que devraient jouer les plateformes pour l u t t e r c o n t r e l e contenu illicite en ligne.Cette préoccupation n\u2019est pas nouvelle au Québec, le législateur ayant posé des balises dès le début du XXIe siècle.Cette longueur d\u2019avance semble au- jourd\u2019hui s\u2019être transformée en train de retard.Les plateformes en ligne font partie de notre quotidien.Elles désignent tout à la fois les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les sites de par tage de contenu et d\u2019évaluation, les blogues, etc.Or une tendance semble à l\u2019œuvre, celle de la dif fusion croissante des contenus illicites en ligne incitant à la haine et à la violence, voire au terrorisme.B i e n q u e l a n o t i o n d e «contenu illicite» soit large et qu\u2019elle varie selon chaque juridiction, il existe des situations qui sont illicites partout dans le monde.On pense instinctivement aux multiples formes de cyberharcèlement, très répandues chez les mineurs, que sont les flaming (brefs messages d\u2019insultes), harrassment (salve de propos violents), denigration (atteinte à la réputation en ligne), masquerade (usurpation d\u2019identité), happy slapping (vidéo-lynchage) ou encore outing (atteinte à l\u2019intimité).La liste est longue et ne fait malheureusement que s\u2019étirer.Dans ce contexte, le V ieux Continent lance un message à tous se résumant à ceci : ce qui est illégal hors ligne est également illégal en ligne.L\u2019Union européenne prend les devants Depuis plusieurs années, l\u2019Union européenne est préoccupée par les contenus illicites en ligne, et en ce sens plusieurs textes contraignants et non contraignants ont été adoptés pour endiguer ce phénomène (directives, codes de conduite, etc.).Or l\u2019intervention publique ne se suf fisant pas à elle seule, encore faut-il que les plateformes en ligne prennent au sérieux le problème et fassent par tie intégrante de la démarche.C\u2019est cette ambition qui est à l\u2019origine de la communication de la Commission européenne du 28 septembre dernier, intitulée «Tackling Illegal Content Online: Towards an Enhanced Res- ponsability of Online Platforms».Dans ce texte, la Commission invite les plateformes en ligne à redoubler d\u2019efforts dans la prévention, la détection et la suppression proactives des contenus illicites.Plus concrètement, les plateformes se voient recommander plusieurs mesures, telles que: mettre en place des mécanismes afin de permettre aux utilisateurs de signaler des contenus illicites et investir dans des technologies de détection automatique ; coopérer plus étroitement avec les autorités publiques chargées de faire respecter la loi ; travailler avec des «signaleurs de confiance», c\u2019est-à-dire des entités spécialisées dans le domaine du repérage, de la détection et de l\u2019identification du contenu illicite ; supprimer aussi vite que possible les contenus illicites (l\u2019instauration de délais précis de suppression est d\u2019ailleurs évaluée par la Commission) ; faire preuve de plus de transparence en publiant des poli - tiques et statistiques en matière de gestion de contenu ; prendre des mesures contre la récidive, notamment en utilisant et en développant des outils automatiques empêchant la réapparition d\u2019un contenu précédemment supprimé.Ces recommandations sont pour le moment non contraignantes, mais la Commission se réserve le droit de resserrer le cadre réglementaire si les plateformes en ligne ne sont pas suffisamment proac- tives dans les prochains mois.Cette évaluation devrait avoir lieu d\u2019ici mai 2018.Le Québec se fait damer le pion Pendant ce temps, rien de nouveau à l\u2019Ouest.Plus exactement, l\u2019enjeu du contenu illicite en ligne semble relativement peu présent au Québec, alors qu\u2019il existe bel et bien comme partout ailleurs.Cela n\u2019a pas toujours été ainsi.En ef fet, au début des années 2000, le législateur québécois faisait preuve d\u2019avant-gardisme en créant un régime spécifique de responsabilité pour les plateformes en ligne.Aussi, au surplus du Code civil du Québec, la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l\u2019information énonce certaines obligations et limites en matière de responsabilité du «prestataire de services agissant à titre d\u2019intermédiaire ».On y indique notamment qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019obligation de surveillance active du contenu et que les plate- formes en ligne sont en principe non responsables des activités menées par leurs utilisateurs.Cela ne veut toutefois pas dire que les plateformes sont automatiquement exonérées de toute responsabilité.Une plateforme peut effectivement voir sa responsabilité engagée si elle a une connaissance effective ou potentielle d\u2019une activité illicite et qu\u2019elle n\u2019agit pas promptement pour empêcher la poursuite de cette activité.En d\u2019autres mots, pas d\u2019obligation proactive de se tenir informé, mais si on est au courant, on doit agir rapidement.Un tel régime vise à renforcer la confiance des inter- nautes : sans jouer un rôle actif de « police de l\u2019Internet », les plateformes doivent tout de même intervenir lorsqu\u2019elles ont connaissance de contenu illicite.Or certains considèrent que les plateformes devraient également se compor ter de manière «prudente et diligente» en conformité avec les principes de droit commun en matière de responsabilité civile.Une telle obligation est large et n\u2019of fre aucune indication claire sur la manière de s\u2019y conformer.Les plateformes en ligne devraient-elles systématiquement donner la possibilité aux utilisateurs de signaler du contenu illicite, publier des politiques claires en matière de gestion de contenu ou encore mettre en place des technologies de détection automatique pour certains mots (suicide, pornographie, etc.) ?Il nous semble que toutes ces mesures devraient varier selon le contenu généré, le public visé, les objectifs et le degré de sophistication de la plateforme, les antécédents en matière de contenu illicite, etc.Au bout du compte, pour le moment, cette situation évoque une fable bien connue où l\u2019Union européenne regarderait le Québec par-dessus l\u2019épaule en se disant : «Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.» Heureusement, la ligne d\u2019arrivée étant encore loin, il reste encore du temps pour emboîter le pas à notre voisin européen en précisant la responsabilité des plate- formes par rapport au contenu illicite en ligne.La responsabilité des plateformes en ligne, un enjeu peu présent au Québec Alors que la campagne électorale bat son plein dans toutes les municipalités du Québec, nous avons invité quelques observateurs de la politique municipale à nous proposer leurs réflexions sur la participation citoyenne et quelques grands enjeux.Cette série se poursuit le samedi.V É R O N I Q U E F O U R N I E R Directrice du Centre d\u2019écologie urbaine de Montréal et conseillère de ville de 2009 à 2013 ix millions de Québécois sont appelés aux urnes bien que moins de la moitié y déposeront leur bulletin de vote.Cette désaffectation électorale s\u2019avère paradoxale, vu la proximité des lieux de décisions que sont les municipalités.Plus encore, ce désengagement contredit l\u2019idée que « le milieu de vie de tous les jours» devrait préoccuper en premier lieu le citoyen et se traduire par le vote.Certes, de nombreux facteurs influencent la participation électorale municipale, mais ils nous mènent tous au même constat, celui d\u2019une apathie, voire d\u2019une crise de confiance, envers nos institutions démocratiques.À cet égard, de nombreuses villes cherchent à intéresser les citoyens aux affaires municipales et à accroître leur participation au devenir de leur milieu.Parallèlement, les citoyens délaissent les modes traditionnels de participation, et c\u2019est particulièrement criant chez les jeunes, tout en revendiquant de nouveaux modèles d\u2019engagement.Et de part et d\u2019autre, des passerelles de collaboration émergent : à preuve, les mouvements citoyens de réappro- priation des espaces publics, la mise en ligne de données ouvertes ou l\u2019ouverture des marchés publics à l\u2019économie sociale.Ces réflexions d\u2019ici concordent avec le discours urbain mondial actuel, où les villes constitueraient l\u2019espace privilégié de solutions aux défis globaux du climat, des inégalités, de la prospérité.Le Nouvel Agenda urbain de l\u2019ONU renchérit sur l\u2019importance de la participation citoyenne à la prise de décision pour garantir un développement durable et équitable des villes et du territoire.À la recherche d\u2019innovations démocratiques Or, la notion de participation citoyenne est extrêmement diversifiée, de la soirée d\u2019information jusqu\u2019au droit référendaire, et se retrouve souvent amalgamée à des activités de différentes natures, de l\u2019exercice en surface de relations publiques à l\u2019engagement bénévole au sein de comités consultatifs d\u2019urbanisme.Pour y voir clair, la participation citoyenne peut se limiter au premier échelon de l\u2019information ou s\u2019étendre en gradation jusqu\u2019à la codécision.Et c\u2019est précisément ce que les processus de budget participatif proposent.Les processus de budget participatif présentent un caractère innovant par leur capacité à re- configurer l\u2019implication citoyenne dans un dispositif collaboratif de gouvernance locale.Concrètement, ce sont des processus démocratiques où la population contribue aux décisions liées au budget d\u2019investissement municipal, en proposant des idées sous forme de projets et en les développant avec l\u2019appui de la fonction publique.Les citoyens votent pour les projets d\u2019investissement qu\u2019ils jugent prioritaires ; ceux obtenant le plus d\u2019appuis sont approuvés par le conseil municipal pour être ensuite réalisés par la municipalité.Et le cycle peut recommencer annuellement.Des jardinets communautaires, un parc, une scène extérieure, du mobilier pour les aînés, ils ont comme trait commun d\u2019être ancrés dans la réalité et les besoins des citoyens.Le budget participatif municipal Reconnu comme l\u2019une des plus importantes innovations démocratiques contemporaines par le gouvernement Obama, le budget participatif connaît un essor fulgurant.À New York, d\u2019un seul district en 2009, c\u2019est maintenant plus de 38 millions de dollars et 31 initiatives qui animent la vie démocratique.À Paris, la maire Hidalgo engage plus de 100 millions d\u2019euros annuellement pour des projets à l\u2019échelle des arrondissements ou de la ville.Depuis 2014, des dizaines de projets de verdissement, de réfection de cours d\u2019école, d\u2019art public ou d\u2019apaisement de la circulation voient le jour grâce aux citoyens, avec l\u2019appui de la Ville et des élus.À Toronto, l\u2019expérience existe depuis 2015 dans trois zones ; la pratique remonte jusqu\u2019à 2001 avec les résidents de la Toronto Community Housing Corporation.À Boston, avec l\u2019initiative «Youth Lead the Change», c\u2019est 1 million de dollars qui ont été consacrés à la collecte d\u2019idées ensuite votées par les jeunes de 12 à 25 ans.Des gouvernements supérieurs s\u2019impliquent également : en Écosse, l\u2019État soutient financièrement les processus menés par les villes.Au Québec, la Ville de Saint-Basile-le-Grand s\u2019est engagée dans cette voie depuis 2014.Ma- tane, Saguenay, Baie-Saint-Paul, Rimouski ont emboîté le pas.À Nicolet, en 2017, la population de 16 ans et plus a choisi d\u2019aménager pour le public le quai du port Saint-François.Ces municipalités audacieuses font confiance aux citoyens pour proposer et affecter une partie du budget d\u2019investissement.Précurseures, elles repartagent le pouvoir autrement que tous les quatre ans, en créant un espace de délibération inédit entre les élections où élus, population, fonctionnaires et groupes organisés échangent au sujet de l\u2019intérêt collectif.Devant notre « fatigue » démocratique, ces initiatives en cours au Québec portent l\u2019espoir d\u2019un renouveau.En outillant les citoyens à la démocratie participative et au fonctionnement des institutions municipales, elles développent une culture de la participation civique et accroissent l\u2019intérêt envers le travail fait par les élus et les fonctionnaires.Les expériences nord-américaines ont engagé des populations habituellement éloignées des processus démocratiques formels \u2014 pensons aux jeunes et aux communautés marginalisées \u2014 et mobilisé les citoyens à se prononcer positivement sur l\u2019avenir de leur milieu de vie.Cet automne, plusieurs candidats partout au Québec incluent ces idées à leur plateforme d\u2019engagements électoraux.Et c\u2019est bon signe.Car dans le contexte de la loi 122 où les municipalités québécoises sont dorénavant reconnues comme gouvernements de proximité et voient leur autonomie et leur pouvoir augmenter, l\u2019exigence démocratique fait aussi partie de l\u2019équation.Et si nous votions plus souvent dans nos villes ?ÉLECTIONS MUNICIPALES RICHARD GOERG GETTY IMAGES Au Québec, plusieurs villes se sont engagées dans la voie du budget participatif, dont Baie-Saint-Paul.ISTOCK L\u2019enjeu du contenu illicite en ligne semble relativement peu présent au Québec.S L\u2019 F R A N Ç O I S T E R R O U X Avocat au sein de l\u2019étude Dunton Rainville S O P H I E O R S S A U D Collaboratrice «F eu et c o l è r e » pour l a Corée du Nord, appui inconditionnel aux suprémacistes blancs, grâce présidentielle pour un shérif reconnu coupable de profilage racial, danse du sabre et génuflexion devant le roi d\u2019Arabie saoudite afin de promouvoir la vente d\u2019armements américains\u2026 Le narcissisme, l\u2019incompétence et l\u2019ignorance de Donald Trump ne suf fisent pas à expliquer son processus décisionnel.La réalité est plus complexe.À la question « Où se dirige le président Trump ?» Carl Schmitt répondrait spontanément : là où se trouve le «pouvoir souverain», c\u2019est-à-dire «à l\u2019extérieur et au-dessus des lois».C\u2019est ici que la pensée de Carl Schmitt (1888-1985) se développe dans toute sa plénitude.Philosophe du droit, constitutionnaliste, il a été consulté jusqu\u2019à la fin de sa vie sur la construction d\u2019une fédération européenne.Antisémite, il s\u2019est forgé, par son adhésion au parti nazi en 1933, une remarquable expertise en régimes totalitaires qui lui a valu sa réputat ion sul fu - reuse.Un temps considéré comme le légiste of ficiel du IIIe Reich, il en fut expulsé en raison de son ardent catholicisme et de son manque de foi nationale-socialiste.Selon Carl Schmitt, « les théologiens définissent l\u2019ennemi comme quelque chose qui doit être anéanti », comme peut l\u2019illustrer la violence meurtrière de l\u2019extrême droite américaine à Charlottesville ou encore la guerre à outrance que nous livre, depuis septembre 2001, un ennemi sans uniforme, issu de différents pays, dont la religion constitue le principal dénominateur commun et pour qui s\u2019en prendre à des civils innocents assure une place au paradis, comme à Barcelone le 17 août 2017.À nos dirigeants occidentaux, toujours réticents à désigner nommément cet ennemi de peur de le voir surgir \u2014 sauf Donald Trump, qui s\u2019en est pris aux musulmans \u2014, Carl Schmitt répondrait que «ne pas nommer l\u2019ennemi, c\u2019est abdiquer la souveraineté» puisque, selon lui, l\u2019essence du «pouvoir souverain» réside dans la capacité de «distinguer l\u2019ami de l\u2019ennemi».C\u2019est ainsi qu\u2019à ses yeux, George W.Bush et Tony Blair se seraient trompés d\u2019ennemi en détruisant l\u2019Irak de Saddam Hussein, alors que M.Trump se trompe d\u2019amis avec les Pou- tine, Erdogan et Duterte, qu\u2019il admire pour leur capacité de gouverner sans consulter.Droit naturel et droit positif Pour Schmitt, les lois religieuses constituent la « matrice de l\u2019État ».Dès l\u2019instant o ù l e s h o m m e s o n t p r i s conscience de leur mort inéluctable, ils ont amalgamé les concepts de « vie » et de « sacré ».C\u2019est alors que les autorités religieuses ont pu mesurer à quel point la capacité de légiférer au nom de la divinité les investissait du pouvoir souverain.C\u2019est ce pouvoir que convoite M.Trump parce qu\u2019il lui permettrait de cumuler les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.Les premières lois de l\u2019humanité constituent ce que l\u2019on a convenu d\u2019appeler le « droit naturel ».Son apparition se confond avec celle des religions.Ces lois découlent de la connaissance du bien et du mal, du juste et de l\u2019injuste, que nous aurions tous reçue de Dieu à la naissance.Dès l\u2019origine, le droit naturel répond à nos deux besoins premiers, soit la protection de la vie et la reproduction de l\u2019espèce, aujourd\u2019hui devenus respectivement les droits criminel et familial.La vie en société, pour la sécurité qu\u2019elle apporte, représente notre troisième besoin fondamental.C\u2019est le droit dit «positif » qui en prévoit le fonctionnement et qui, à l\u2019inverse du droit naturel, émane de notre raison plutôt que d\u2019une «volonté divine ».Son essor fut provoqué il y a environ 8000 ans par la révolution agricole qui, en permettant de stocker et de vendre des surplus alimentaires, a décuplé les possibilités d\u2019échanges commerciaux.Apparaissent alors l\u2019écriture et la comptabilité, essentielles aux contrats et au droit positif, lequel doit garantir la prévisibilité des jugements.Ainsi, lorsqu\u2019un cultivateur achète des outils agricoles en échange d\u2019une partie de sa prochaine récolte, un contrat s\u2019impose, tout comme un tribunal et une force publique pour en assurer le respect.Surgit alors l \u2019État tel que nous le connaissons.L\u2019opposition essentielle entre droits positif et naturel tient tout entière dans un procès célèbre et contemporain de Car l Schmit t .En Al le - magne nazie, une loi rendait obligatoire la délation des opposants au régime, y compris p o u r l e s m e m b r e s d \u2019 u n e même famille.Une femme dénonce son mari pour avoir tenu des propos antinazis.Il est arrêté, jugé, condamné à mort, puis envoyé combattre sur le front russe pour s\u2019y faire tuer.La guer re ter minée, ayant survécu, il porte plainte contre son épouse.Selon les normes du droit positif, l\u2019épouse n\u2019aurait fait que se conformer à la loi en vigueur au moment de sa dénonciation.Après que la cour eut vérifié la conformité de cette loi avec la Constitution de l\u2019État, le verdict d\u2019acquittement serait tombé de lui-même: «Le rôle de la cour n\u2019est pas de jeter un regard moral sur la décision [\u2026] mais uniquement de s\u2019assurer de la légalité d\u2019une telle décision », comme l\u2019a énoncé en janvier 2017 la Cour fédérale du Canada dans une décision sur les ventes d\u2019armes à l\u2019Arabie saoudite.La dénonciatrice nazie fut cependant jugée en fonction des principes du droit naturel et déclarée coupable par l\u2019Allemagne chrétienne.Elle s\u2019est vu expliquer que toute personne capable de discerner le bien du mal a le devoir de refuser d\u2019obéir, même au péril de sa vie, à une loi contraire à la nature et à l\u2019ordre divin.En ver tu du droit naturel, une telle loi, même conforme à la Constitution, est réputée n\u2019avoir jamais existé.«La religion se situe au-dessus des lois» Comme on peut le voir, ces deux types de droit diffèrent à la fois par leur essence et par leurs lacunes respectives.À cet ef fet, Carl Schmitt reproche au droit positif son aspect trop «normatif », susceptible de réduire nos juges au simple rôle de « lèvres de la loi», notre justice à une «mécanique figée dans la répétition», et d\u2019orienter nos sociétés vers « la mor t culturelle ».Pour le philosophe, les tribunaux doivent servir de « pont entre la norme et le cas concret».Quant au dr o i t na tur e l , Schmitt nous met en garde contre la facilité avec laquelle un régime totalitaire peut le subordonner à une prétendue « volonté divine », laquelle lui permettra d\u2019imposer « le règne et la souveraineté de ceux qui savent en appeler à ce droit supérieur, qui décident de son contenu, de la manière dont il sera appliqué et par qui».Donald Tr ump a déjà fait son choix.Ne s\u2019est-il pas opportunément converti, en début de campagne, aux valeurs religieuses du mouvement pro- vie ?N\u2019a-t-il pas, à l\u2019occasion du « Jour national de la prière », autorisé l\u2019immixtion des groupes religieux dans la vie politique en leur permettant de financer le par ti de leur choix?N\u2019a-t-il pas déclaré qu\u2019il y avait des gens « très bien » parmi les suprémacistes blancs évangélistes ?Son vice-président, Mike Pence, n\u2019a-t-il pas déclaré que « la religion se situe au-dessus des lois » ?Son retrait de l\u2019Accord de Paris repose, en par tie, sur des considérations d\u2019ordre religieux.À force de croire que l\u2019Univers a été créé en six jours, il devient possible de soutenir que nos débordements écologiques ne sauraient entraîner notre destruction ni celle de la planète puisque, selon la Bible, Jésus doit revenir sur terre à la fin du monde pour y prononcer le « jugement dernier ».Ce genre de raisonnement permet à Donald Trump de soutenir que le réchauffement climatique n\u2019est qu\u2019une « fumisterie » dif fusée par la Chine afin de ralentir l \u2019économie américaine.À la place de Dieu Pour fabriquer des faits « alternatifs » d\u2019une telle envergure, il faut reconnaître que les satellites en orbite autour de M.Trump se surpassent en imagination.La palme revient à Ben Carson (neurologue et créationniste), qui présente les esclaves capturés en Afrique (qui périssaient en masse au cours de la traversée) comme des « immigrants» en quête du «rêve américain».En somme, Donald Trump, par sa réaction épidermique à la séparation des pouvoirs, privilégie le droit « religieux » ; il se voit comme un monarque de « droit divin ».Non content d\u2019exercer le pouvoir exécutif, il cherche à usurper le pouvoir législatif à coups de décrets qu\u2019il peut promulguer et révoquer selon ses humeurs, ainsi que le pouvoir judiciaire par son exercice abusif de la grâce présidentielle.Ne perdons jamais de vue que, plus d\u2019une fois durant sa campagne, il a prévenu que des émeutes éclateraient s\u2019il perdait l\u2019élection.Face à une procédure de destitution, ce n\u2019est pas au Congrès ni au Sénat ni au Par ti républicain qu\u2019il en appellerait, mais à ses partisans.Fût-ce au prix d\u2019une guerre civile, il voudrait renverser la Constitution afin de remonter la chaîne du temps et de réunir dans une seule main, la sienne, les pouvoirs législatif, judiciaire, exécutif, politique et religieux, pour ensuite siéger à la place de Dieu.?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@le- devoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 B 6 LE DEVOIR DE PHILO Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Donald Trump en quête du pouvoir souverain Le philosophe du droit Carl Schmitt jugerait que le président américain ambitionne de devenir monarque de droit divin JEAN BARBAR Les auteurs François Terroux et Sophie Orssaud Schmitt est un penseur de l\u2019extrême, et l\u2019extrême nous a rejoints [\u2026] notre actualité a de nouveau pris des allures de sinistre scénario schmittien.Jean-Claude Monod, Penser l\u2019ennemi, affronter l\u2019exception (2016) « » MONTAGE PHOTO TIFFET Carl Schmitt (1888-1985), philosophe du droit, constitutionnaliste, a été consulté jusqu\u2019à la fin de sa vie sur la construction d\u2019une fédération européenne."]
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