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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-10-14, Collections de BAnQ.

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[" Un pétillant roman choral signé Katherine Pancol Page F 4 La politique de l\u2019isolement mise au pied du mur Page F 6 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 D\u2019un océan à l\u2019autre, tant d\u2019Histoire à raconter Salon Histoire 11 OCT.AU 12 NOV.2017 Sélection d\u2019essais et de romans sur l\u2019histoire du Québec et du Canada Conférences \u2022 Causeries P R O P O S R E C U E I L L I S P A R F A B I E N D E G L I S E P as besoin de suivre un président sur Twitter, de syntoniser la radio dans la région de Québec, de porter le regard vers la Corée du Nord ou d\u2019écouter un analyste politique au rire gras sur les ondes de TVA parler de tirer les séparatistes au fusil pour s\u2019en convaincre : l\u2019imbécile, le crétin, le con, l\u2019idiot, le pignouf, le couillon\u2026 donnent chaque jour l\u2019impression de renforcer un peu plus leur hégémonie désolante sur le monde et sur le présent.Et il faut être très con \u2014 et de facto très conne \u2014 pour s\u2019en désoler, estime le penseur italien Maurizio Ferraris, puisque la bêtise ambiante est tout sauf extérieure à ceux et à celles qui la subissent.Elle trouve plutôt son carburant en chacun de nous, rappelle ce professeur de philosophie à l\u2019Université de Turin dans un essai pas très con et plutôt brillant intitulé L\u2019imbécillité est une chose sérieuse (PUF).En entrevue, l\u2019homme, joint aux États- Unis où il était de passage il y a quelques jours, appelle d\u2019ailleurs à prendre conscience de cette part de connerie individuelle apportée à l\u2019édifice de l\u2019imbécillité collective pour tenter de rendre le monde pas plus intelligent, mais certainement un peu moins con.Loin de nous faire régresser, vous écrivez que l\u2019imbécillité peut aussi être un moteur de progrès et d\u2019avancement.Est- ce à dire qu\u2019il faut cesser de craindre les cons et d\u2019accepter leur présence parmi nous?Non seulement parmi nous, mais dans nous.Ego cogito, ego con.La dif férence n\u2019est pas entre une normalité indemne de connerie et une minorité de cons, mais bien plutôt entre le rapport qui s\u2019établit en nous entre le con et le non-con.Qui prévaut ?Parfois le con, par fois son inverse, et on ne le sait pas au préalable, c \u2019est la grande énigme, le véritable inconscient.Tout être humain est structurellement exposé à la connerie.L\u2019homme à l\u2019état de nature est un imbécile.La technique et la culture sont la tentative pour lui de s\u2019éloigner de cette native connerie.« Imbécile » dérive de in-baculum, sans bâton, sans technique.Le Web n\u2019accentue pas la bêtise, il la rend plus visible, écri- vez-vous.Or, est-ce que l\u2019imbécillité exacerbée dans ces univers par des élites (je vous pose la question vous sachant actuellement dans l\u2019Amérique de Donald Trump) tend à favoriser la prolifération et l\u2019expression de la connerie?Le Web crée la condition que j\u2019appelle «documédialité », c\u2019est-à-dire l\u2019union entre la force institutive des documents (toute la masse de dits et d\u2019écrits qu\u2019on « poste » sur l\u2019immense archive qu\u2019est le Web) et le dynamisme des médias (le fait que Trump utilise le même médium que le reste du monde, Twitter, est éloquent : chacun de nous est un broadcaster en puissance ou en acte).Cela a transformé le monde social avec une rapidité et une force dont le seul équivalent est la révolution capitaliste du début du XIXe siècle.Mais nous n\u2019avons pas encore conceptualisé cette transformation, et nous avons coutume de l\u2019interpréter comme une évolution du capitalisme, ou comme l\u2019implosion de l\u2019humanité dans une connerie dont elle aurait été indemne auparavant, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une transformation radicale introduisant une discontinuité dont les traits caractéristiques doivent être analysés.Avec la montée du populisme, l\u2019imbécillité des masses inquiète les élites qui, pourtant, ont depuis toujours eu le privilège de l\u2019imbécillité documentée.Le choc naît-il du fait que ces élites voient, ou refusent de voir, dans la connerie de l\u2019autre leur propre ineptie?« Imbécile lecteur \u2014 mon semblable \u2014 mon frère », voici peut-être l\u2019incipit des Fleurs du mal à l\u2019âge de Twitter.En particulier, il devient problématique, je crois, d\u2019opposer à présent les élites et les masses.Le trait caractéristique de l\u2019âge documédial, en ce sens, c\u2019est que Trump n\u2019est pas différent de ses électeurs.Il est plus riche, sans doute, mais il en par tage les vues, c\u2019est bien pour cela qu\u2019il a été élu.La documédialité crée un WIKIPÉDIA Maurizio Ferraris VOIR PAGE F 4 : CONNERIE grandes marchandises est l\u2019une des plus ENTREVUE de l\u2019âge contemporain Pour le philosophe Maurizio Ferraris, l\u2019imbécillité prolifère en trouvant son moteur dans chacun de nous C H R I S T I A N D E S M E U L E S O n exagère en Gaspésie.Les poissons qu\u2019on y pêche sont plus gros qu\u2019ailleurs, les beuveries, plus arrosées, les fous, encore plus fous.Les rancunes y durent aussi plus longtemps.«Tous les Gaspésiens sont des menteurs», assure l\u2019un des personnages de La bête creuse.Rien d\u2019étonnant, alors, qu\u2019une telle enflure verbale se traduise en un roman de plus de 700 pages.«Là, faut comprendre qu\u2019en Gaspésie, des Mé- chins jusqu\u2019à Miguasha, de Tracadièche jusqu\u2019à Manche-d\u2019Épée, le monde en mettent.Ça sert à rien là-bas de jurer que t\u2019as déjà tranché une chauve-souris pendant que tu fendais du bois.T\u2019as juste à le dire.Le monde vont te croire.Ils veulent que ce soit vrai.Parce que si c\u2019est vrai, c\u2019est plus intéressant.» Christophe Bernard marque un grand coup avec La bête creuse, un premier roman magistral et mal poli.À coup d\u2019intéressantes menteries, l\u2019écrivain, né en 1982 à Maria, en Gaspé- sie, traducteur attitré de la maison d\u2019édition Le Quartanier, qui vit au Vermont depuis une dizaine d\u2019années, accouche d\u2019une sorte de roman fou en forme de feu d\u2019artifice.Ponctué de retours en arrière, La bête creuse se déroule au présent sur une courte période de vingt-quatre heures.Du début du XXe siècle jusqu\u2019à nos jours, le roman palpite depuis son épicentre, Saint-Lancelot-de-la-Frayère, village de la baie des Chaleurs posé entre la mer et la forêt.Le « Saint » dans le nom du village avait été retranché depuis longtemps, « mais ça tenait moins à des raisons de laïcité que de place sur les pancartes ».Et les Frayois, colorés et séparés en clans à moitié consanguins, y sont animés par d\u2019anciennes hostilités.D\u2019un côté, on trouve les descendants Honoré Bouge, dit Monti (« mon petit, mon p\u2019tit, mon ti, Monti\u2026 »), parti un jour pour le Klondike et revenu étrangement de l\u2019Ontario avec de l\u2019or FICTION QUÉBÉCOISE De monstres, de mythes et de menteries La bête creuse de Christophe Bernard est un premier roman magistral, en forme de feu d\u2019artifice VOIR PAGE F 2 : MENTERIES ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Christophe Bernard signe un roman féroce et hilarant.La connerie « « C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 T I F F E T M I C H E L B É L A I R D e la tragique «affaire Villa- nueva » jusqu\u2019au langage fleuri du matricule 728 du SPVM, les bavures policières se retrouvent souvent à la une de l\u2019actualité.Universelles, rarement sanctionnées ici comme ailleurs, elles sont même aussi fréquentes chez nos voisins du sud que les macabres exploits des tireurs fous\u2026 Événement lourd, chargé de toutes les tensions, la bavure policière change, la plupart du temps à jamais, la vie de ceux et celles qui y sont impliqués.C\u2019est précisément le cas de Patrick Kelly, ancien agent du SPVM devenu détective privé après un « événement malheureux» : il a tiré trop vite, une fillette a perdu la vie.Kelly, lui aussi, perd tout: son emploi, sa femme, sa vie.Il ne voit plus son adolescente de fille que les week-ends et passe d\u2019une affaire minable à l\u2019autre.Sympathique malgré son peu d\u2019ambition, mordu de blues et amateur de scotch hors de prix, il ne supporte plus le poids du remords et il végète depuis une quinzaine d\u2019années en «enquêtant» pour le compte d\u2019un mari trompé ou d\u2019une femme soupçonneuse.Patrick Kelly n\u2019est plus qu\u2019un homme sans but.Vidé.Il s\u2019allume pourtant lorsqu\u2019il se voit proposer une af faire étrange, aux antipodes des enquêtes qu\u2019il mène habituellement : au nom de sa communauté \u2014 les Petites Sœurs du Saint-Cœur-de-Jésus \u2014, une jeune religieuse lui demande de retrouver sans faire de bruit un crucifix volé.Un crucifix ayant ser vi à invoquer le diable en 1742, du temps de la Nouvelle- France\u2026 Notre détective hésite puis accepte et se trouve plongé dans une fumante histoire de satanisme.Plusieurs meurtres rituels sont commis, impliquant chaque fois de jeunes adolescentes; autour des jeunes suppliciées, les mêmes marques, les mêmes objets profanés et le même modus operandi.En parallèle, Stéphan Doré, l\u2019ancien partenaire de Kelly devenu enquêteur à l\u2019escouade des Crimes majeurs, le met au courant d\u2019une lugubre affaire sur laquelle il travaille: des corps complètement écorchés déposés dans des églises selon une mise en scène élaborée.Très vite, le lien entre les deux enquêtes s\u2019impose et le tandem Kelly- Doré se reforme\u2026 D\u2019autant plus que la fille de Kelly est menacée.Le piège \u2014 que personne ne voyait venir \u2014 met en œuvre une vengeance tissée si serré que notre détective privé ne réussira à en sortir vivant qu\u2019après avoir atteint le fin fond de son âme.Nous voilà bien loin des aventures de Joseph Laflamme, ce journaliste du XIXe siècle courant d\u2019une affaire à l\u2019autre dans les quar tiers du Montréal d\u2019alors et auquel Hervé Gagnon a consacré ses cinq derniers livres.Patrick Kelly est un personnage plus complexe, moins unidimensionnel que Laflamme, et Gagnon \u2014 qui sait raconter des histoires impossibles \u2014 peut se permettre avec lui un regard beaucoup plus actuel et beaucoup plus critique sur le monde dans lequel son héros est impliqué.Collaborateur Le Devoir CHEMIN DE CROIX ?Hervé Gagnon Expression Noire Montréal, 2017, 376 pages plein les poches.De l\u2019autre, ceux de Victor Bradley, de Pas- bépiac, dit le Paspéya, employé des postes et arbitre de hockey.«L\u2019un faisait un coup de cochon à quoi l\u2019autre contre-attaquait par un coup de chien.» N\u2019étant jamais retourné depuis dix ans à La Frayère, François Bouge, petit-fils de Monti, sentant l\u2019urgence et une migraine « lui monter dans les sinus comme de la chair à saucisse », décide de quitter précipitamment Montréal pour rendre visite à sa famille en Gaspésie.Faire quelque chose Après avoir décroché de ses études de doctorat, cadet de sa famille enfoncé jusqu\u2019au cou dans les dettes, peut- être même à demi fou, il traîne l\u2019épais manuscrit du livre dans une valise anachronique.«J\u2019écris un chef-d\u2019œuvre.\u2014 Un chef-d\u2019œuvre sur quoi?\u2014 Un chef-d\u2019œu- vre sur ma famille.» Son obsession: exposer «certains liens dérangeants entre la poste de Saint-Lancelot-de-la- Frayère et la société Yukon».Pour François, c\u2019était clair.« Monti avait fait quelque chose à quelqu\u2019un quelque part.» Mais son voyage va vite se changer en kidnapping, aux mains d\u2019un groupe de dégénérés motivés par un plan obscur et broche à foin, dans un chalet de la baie des Chaleurs frappé par une tempête de neige précoce.Au menu : légendes, gageures mythiques, exagérations, débauche et délinquance.En raison de vieilles dettes de jeu et d\u2019honneur, semble-t-il, les Bouge reçoivent toutes les semaines depuis trois générations une bouteille de Yukon, un affreux tord-boyau.Alcooliques de père en fils, ils en arrosent tous leurs «vieux gènes secs qui s\u2019enfoncent dans la brume les bras en avant».Croyant à un « complot de bouts de ficelle », obsédé par l\u2019Histoire et par le passé, François estime qu\u2019une malédiction frappe sa famille.Mais le temps presse: il pense être poursuivi par un monstre sans forme, une bête légendaire qui aura peut- être, qui sait, le dernier mot.Roman d\u2019aventures, La bête creuse ?Bien sûr.Mais il s\u2019agit surtout ici de l\u2019aventure d\u2019une écriture.Monstre de papier dif ficile à résumer ?Assurément.On voudrait même sauter des phrases, des paragraphes, des chapitres de ce roman démesuré qu\u2019on passerait vite, beaucoup trop vite, à côté de l\u2019essentiel : une écriture inventive à la précision chirurgicale.Christophe Bernard, le traducteur, a l\u2019habitude de scruter ses phrases à la loupe.Une déformation professionnelle que l\u2019on éprouvera à chacune des 720 pages de ce roman féroce et hilarant.Écriture flamboyante Un peu comme son héros, qui confond parfois son ombre avec la bête dont il se croit poursuivi, Christophe Bernard se glisse dans la peau rafistolée d\u2019une sor te de Pynchon métissé de Rabelais et de Victor- Lévy Beaulieu (avec une pinte de Joyce).Visuelle, sonore, bé- déesque au possible \u2014 les chutes des chapitres y sont particulièrement efficaces \u2014 , son écriture flamboie d\u2019envolées vernaculaires.Un cas de haute maîtrise.Gavé de mythologie de village et de pacotille, on trouve dans La bête creuse «des délires de gars chauds, des coups montés qui comme tant d\u2019autres choses avaient pris une ampleur irréversible par le bouche-à- oreille».Et des mottés de péninsule, un cheval peut-être creux, une rondelle de hockey portant des traces de dents, des exagérations à la pelle qui nous tricotent au passage un subtil éloge de la fiction.François, Ulysse sans ruse et sans malice de retour sur ses terres en héros déchu d\u2019avance, aura le sentiment de se réveiller en faisant le grand écart : «J\u2019ai l\u2019impression parfois d\u2019avoir regagné la surface à un endroit du monde où les gens et moi ne parlons pas la même langue.Ils sont où, les gens?Ai- je manqué quelque chose ?J\u2019ai trouvé de l\u2019or.» Mais celui qui creuse, ne l\u2019oublions pas, c\u2019est Christophe Bernard.Sous la phrase, derrière les mythes, à travers les murs minces qui séparent le réel de la fiction.Précipitez-vous.Collaborateur Le Devoir LA BÊTE CREUSE ?Christophe Bernard Le Quartanier Montréal, 2017, 720 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES> POLAR F 2 Presses de l\u2019Université du Québec PUQ.CA Plus de 1 500 livres à feuilleter On a tous besoin de savoir POUR AGIR L\u2019espoir : un guide inspirant L\u2019ESPOIR MALGRÉ TOUT L\u2019œuvre de Pierre Dansereau et l\u2019avenir des sciences de l\u2019environnement Sous la direction de Normand Brunet, Paulo Freire Vieira, Marie Saint-Arnaud et René Audet 2017 | 978-2-7605-4840-4 4500$ PAPIER Soulières éditeur www.soulieresediteur.com FÉLICITATIONS À JOCELYN BOISVERT FINALISTE AU PRIX DE LA GOUVERNEURE GÉNÉRALE CATÉGORIE JEUNESSE SUITE DE LA PAGE F 1 MENTERIES Une bavure policière peut en cacher une autre Hervé Gagnon raconte une histoire de vengeance enfouie sous un complot sataniste ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le nouveau héros de l\u2019auteur, Patrick Kelly, est plus complexe que Joseph Laflamme, le personnage principal des romans précédents.Roman d\u2019aventures, La bête creuse?Bien sûr.Mais il s\u2019agit surtout ici de l\u2019aventure d\u2019une écriture. D O M I N I C T A R D I F La famille devrait-elle demeurer le socle identitaire qu\u2019elle a traditionnellement été ?Oui, vous répondront les politiciens de la droite conservatrice.Non, objecteront de nombreux membres de la communauté LGBTQ, refusant de gommer une part de ce qu\u2019ils sont afin de ne pas choquer papa, maman, oncles, tantes, cousins, cousines lors du prochain souper de Noël.Certains d\u2019entre eux préféreront se composer une « chosen family », concept s\u2019érigeant au sein des milieux queer comme salutaire moyen de pallier les failles de sa famille biologique en s\u2019entourant d\u2019une communauté d\u2019individus choisis, fournissant affection, soutien et écoute.Mais une relation avec sa famille est-elle possible après un rejet initial?Voilà une question à laquelle tente de répondre avec pudeur et empathie Nicholas Dawson dans Animitas, premier roman de celui qui signait en 2010 le récit poétique La déposition des chemins (La Peuplade).Jeune immigrant chilien, son personnage principal découvre le Québec par la rue Ontario, à Montréal, parmi les ivrognes et les «désinstitution- nalisés» alimentant la honte du père, avant que sa famille ne déménage dans un propret quartier de Brossard.La mère, toute à ses pensées, s\u2019y morfondra, hantée par le souvenir des visages de ceux qu\u2019elle a laissés derrière.Le quotidien banlieusard de l\u2019ado aura pour trame sonore, entre les quatre murs de sa chambre, le rock nihiliste de Nine Inch Nails et de Smashing Pumpkins, mais aussi la pop de Janet Jackson et de Madonna.Pas de la musique de gars, lui fait mo- queusement remarquer le grand frère.Ses fantasmes naissants, eux, se cristalliseront autour des hommes du voisinage qu\u2019il observe à la fenêtre et à qui il invente des vies dans l\u2019écriture de lettres destinées à une correspondante.Des lettres dans lesquelles le père, comme de raison, mettra le nez, dégoûté.L\u2019exil, ses richesses et ses deuils Assailli à l\u2019âge adulte par l\u2019angoisse et l\u2019insomnie, lesté par le désespoir de sa mère, l\u2019alter ego de Nicholas Dawson s\u2019envole vers l\u2019Amérique du Sud.« Je ne pars pas à la recherche d\u2019une originelle par t de moi- même jusqu\u2019ici inconnue, abandonnée longtemps mais restée intacte entre deux montagnes comme les corps momifiés dont on trouve encore les traces dans le désert d\u2019Atacama», insiste celui qui, avec lucidité, refuse de déifier le poids de la terre natale dans la balance de ce qui nous constitue, tout en demeurant incapable de complètement renier la possibilité que le Chili ait imprimé quelque chose en lui.Ennemi des idées reçues au sujet de l\u2019identité, Nicholas Dawson imagine un happy end crédible, donc pas angélique, à ce roman d\u2019apprentissage qui préfère chercher des réponses plutôt que des coupables.Malgré des personnages secondaires trop sommairement esquissés, son épilogue ose suggérer, avec beaucoup de lumière, qu\u2019un père immigrant ayant contemplé sa propre différence dans l\u2019œil des autres ne saurait rejeter la différence de son fils sans se renier lui-même.« Tu vois, je ne suis que des traits », écrivait enfant le garçon à sa correspondante, en dessinant très abstraitement son autoportrait.Le temps imposera comme une évidence à ses yeux que, si l\u2019on ne choisit ni son père ni sa mère, l\u2019exil fonde, dans ses richesses comme dans ses deuils, une expérience commune, qu\u2019il est parfois apaisant de reconnaître comme telle.L\u2019identité ne se compose peut-être pas, après tout, que d\u2019une série de traits, mais plutôt d\u2019une série de récits dans lesquels on choisit, ou pas, de s\u2019investir.Collaborateur Le Devoir ANIMITAS ?Nicholas Dawson La Mèche Montréal, 2017, 272 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 FICTION F 3 L I V R E S P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les enfants de Mathias Denis Monette/Logiques 1/3 Blanche Neige L.P.Sicard/ADA 9/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/9 Peter Pan Simon Rousseau/ADA \u2013/1 Les 3 p\u2019tits cochons Christian Boivin/ADA \u2013/1 Au chant des marées \u2022 Tome 1 De Québec à l\u2019Île.France Lorrain/Guy Saint-Jean 3/4 Hansel et Gretel Yvan Godbout/ADA \u2013/1 Le temps de le dire \u2022 Tome 1 Une vie bien.Michel Langlois/Hurtubise 2/2 La chaleur des mammifères Biz/Leméac 6/3 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 10/23 Romans étrangers Origine Dan Brown/Lattès \u2013/1 Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 1/4 Millénium \u2022 Tome 5 La fille qui rendait coup.David Lagercrantz/Actes Sud 2/5 Trois baisers Katherine Pancol/Albin Michel \u2013/1 La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 3/6 Depuis l\u2019au-delà Bernard Werber/Albin Michel \u2013/1 Une montagne entre nous Charles Martin/Presses de la Cité \u2013/1 Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 4/9 Retiens-moi Julie Kenner/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Underground railroad Colson Whitehead/Albin Michel 10/6 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/51 Ce qu\u2019on ne vous dit pas sur le changement.Gilles Brien/Homme \u2013/1 Le monde est à toi Martine Delvaux/Héliotrope \u2013/1 Osons l\u2019école.Des idées créatives pour ranimer.Ugo Cavenaghi | Senécal Isabelle/Château d\u2019encre 5/2 Bienvenue au pays de la vie ordinaire Mathieu Bélisle/Leméac 3/2 La grande dérive Jean-François Cloutier/du Journal 6/3 Faire partie du monde.Réflexions écoféministes Collectif/Remue-ménage \u2013/1 Dans la tête des animaux François Y.Doré/Multimondes \u2013/1 Une culture d\u2019agression Richard Poulin/M éditeur \u2013/1 Sur l\u2019agora.Interventions publiques Normand Baillargeon/Poètes de brousse \u2013/1 Essais étrangers Ça s\u2019est passé comme ça Hillary Rodham Clinton/Fayard 1/3 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/5 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/86 Où en sommes-nous?Une esquisse de.Emmanuel Todd/Seuil \u2013/1 Halte à la surchauffe! David Suzuki | Ian Hanington/Boréal 5/2 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 6/29 Utopies réalistes Rutger Bregman/Seuil 4/2 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 10/2 L\u2019optimisme contre le désespoir Noam Chomsky | Chronis Polychroniou/Lux \u2013/1 L\u2019économie du bon sens Alain Dancyger/Édito \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 2 octobre au 8 octobre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Y A N N I C K M A R C O U X «S éduire est la forme de violence que je maîtrisais le mieux.Elle permet de vérifier si l\u2019on est bien au monde, de tester les limites de sa personne sur autrui.» Voilà qui campe bien la narratrice d\u2019Aphélie, second roman de Mikella Nicol, exploration sensuelle des écueils, mais aussi des papillons qui accompagnent la vie amoureuse.Cantonnée dans un été caniculaire, où chaque virgule libère une goutte de sueur, la narratrice nous invite dans une vie faite d\u2019habitudes.C\u2019est d\u2019abord un ami de longue date, Louis, avec qui, chaque vendredi, toujours au même bar, elle écluse quelques pintes de trop.Sa relation avec lui n\u2019a plus « le lustre d\u2019autrefois », mais offre la sécurité du statu quo : «Nous disions notre bar, comme nous disions notre parc, une façon de légitimer notre errance, de nous approprier un territoire pour oublier tous ceux que nous n\u2019osions pas conquérir.» Et puis c\u2019est Julien, avec qui la narratrice se met en couple parce qu\u2019elle avait « plutôt besoin qu\u2019on range sa vie ».Enfin, c\u2019est ce boulot de nuit, dans un centre d\u2019appel, où les heures s\u2019écoulent, anonymes et vaines : « J\u2019ai continué à faire ce à quoi j\u2019étais la meilleure, attendre.» C\u2019est sous ce ciel toujours égal, dans cette vie choisie à défaut de mieux, que la narratrice est happée par la rencontre de Mia: «L\u2019envie de la revoir était insoutenable.Je voulais parler d\u2019elle, mais j\u2019avais l\u2019impression de mentir si je disais mon amie.Les mots, je ne les connaissais pas.Les sentiments, oui.» Bouleversée par son désir pour une femme et par l\u2019appel de l\u2019adultère, la jeune femme se cherche.Par le truchement d\u2019une femme disparue \u2014 dont les médias font grand cas \u2014, elle projette son fantasme d\u2019évasion et cherche son salut.Révélée par son premier roman, Les filles bleues de l\u2019été, la jeune auteure confirme son talent, livrant son récit d\u2019une écriture maîtrisée, sensuelle, au rythme vif.Malheureusement, les personnages secondaires ne sont définis que par leur travail ou leur rapport à la narratrice, et remplissent leur fonction sans pour autant nous atteindre.Reste que la narratrice, fébrile et tiraillée par une quête complexe, éveille notre sensibilité.Drame délicat, Aphélie nous invite au parcours dif ficile qui mène à la maturité.Celle où l\u2019être assume ses limites, permettant ainsi une séduction qui ne le détourne plus de lui-même, mais au contraire le révèle à une force puissante.Un désir.Collaborateur Le Devoir APHÉLIE ?Mikella Nicol Le cheval d\u2019août Montréal, 2017, 128 pages FICTION QUÉBÉCOISE Retrouver son sang-froid dans la canicule Mikella Nicol explore avec sensualité les écueils des sentiments amoureux FICTION QUÉBÉCOISE Sur les traces d\u2019un migrant identitaire Entre pudeur et empathie, Nicholas Dawson se questionne sur la valeur des liens filiaux F A B I E N D E G L I S E Et si le comble de la subversion, pour un écrivain, c\u2019était la sobriété, plutôt que de « multiplier les pitreries pleines d\u2019esprit chez les Scudery hilares des médias » et de s\u2019« acoquiner avec les joggeur- nalistes de La Presse et de Ra- dio-Can» ?Et si écrire, en s\u2019ouvrant aux autres, en délaissant le passé, de manière décomplexée, sans peur de se raconter, était une façon d\u2019aller au «bout de sa langue et de sa culture », et donc d\u2019aller au bout de soi ?Quand Charles, un des personnages d\u2019Alexandre Mc Cabe, prend la parole dans les dernières pages d\u2019Une vie neuve, c\u2019est finalement de bien plus que de la littérature québécoise qu\u2019il est en train de parler.C\u2019est le récit dans lequel il se trouve, qu\u2019il définit aussi un peu, un récit sobre qui, en quatre temps, tente de saisir le Québec dans ses perspectives d\u2019avenir et dans ses contradictions.Avec une inconstance traversée par moments de plusieurs fragments d\u2019une fulgurante lucidité.Quatre membres d\u2019une même famille, Marie, Jean, Benoît et Philippe, frères et sœur, se retrouvent au cœur de quatre chapitres à la liaison incertaine.On est en 2012.Le Québec vit alors son printemps de la contestation au son de casseroles qui rythment l\u2019ascension d\u2019un cer tain Baptiste Char trand-Bourgeois, surnommé « BCB ».Le p\u2019tit gars est qualifié « du plus controversé des leaders du mouvement étudiant ».Philippe, avocat de son état, va être incité par sa belle-fille, Salomé, à le poursuivre pour avoir défié une injonction.Mais au fond de lui, c\u2019est plus pour la vacuité de ce genre « de jeunes loups, plus occupés à briller qu\u2019à penser », qu\u2019il voudrait le voir condamné.Pendant ce temps, Benoît a quitté Montréal pour aller digérer sa peine d\u2019amour sur le chemin de Compostelle.Le gars avoue ne pas avoir d\u2019aptitude pour le bonheur.« La joie m\u2019angoisse », dit-il.Clara, une fille de Grenoble, va l\u2019aider à se retrouver, alors que des indépendantistes basques vont contribuer, eux, à nourrir, avec la distance, sa critique d\u2019un Québec qui, tout comme lui, a peur de s\u2019affranchir de ses habitudes pour se réinventer.« Le Québec ?Son avenir ne tient qu\u2019à un fil » , résume Jean, qui, à l\u2019aube de quitter le monde des vivants, demande à son fils de l\u2019enregistrer pendant qu\u2019il remonte le fil de sa vie et de son engagement.Il a cr u à l \u2019 indépendance, il a por té l\u2019idée d\u2019un Québec dont ses enfants sont aujourd\u2019hui devenus « ersatz d\u2019une élite », « la première véritablement québécoise » qu\u2019il aurait espérée pérenne.La finale de ce chapitre prend la forme d\u2019une métaphore, celle de la sortie dans l \u2019honneur d\u2019une génération et de son rêve perdu, comme pour mieux aider le Québec à sortir de son impasse.L\u2019encre de la sociologie La plume d\u2019Alexandre Mc Cabe est trempée de toute évidence dans l\u2019encre de la sociologie.Elle puise aussi dans l\u2019actualité, travestit certaines figures du moment et d\u2019autres pas, mais peine, malgré la précision du verbe, l\u2019efficacité de l\u2019image, l \u2019élégance et la fi - nesse de quelques critiques, à faire entendre cette nouvelle voix, à poser ce souf fle neuf qui, au fil des pages, se bute aux formules logorrhéiques habituelles, sur les baby-boo- mers, sur les échecs référendaires, sur l\u2019affirmation nationale\u2026 Formules qui, forcément, éloignent de cette vie neuve que les protagonistes du récit cherchent pourtant à atteindre.Le Devoir UNE VIE NEUVE ?1/2 Alexandre Mc Cabe La Peuplade Chicoutimi, 2017, 184 pages FICTION QUÉBÉCOISE À la recherche du début d\u2019un temps nouveau Alexandre Mc Cabe revisite l\u2019année 2012 au Québec pour mieux saisir ce qu\u2019il n\u2019a pas fait germer ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Assailli à l\u2019âge adulte par l\u2019angoisse et l\u2019insomnie, l\u2019alter ego de Nicholas Dawson va s\u2019envoler vers l\u2019Amérique du Sud.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le second roman de Mikella Nicol, Aphélie, bénéficie d\u2019une écriture maîtrisée, sensuelle, au rythme vif. espace horizontal et non hiérarchique ou «un vaut un», c\u2019est-à- dire, aussi, «un con vaut un génie ».C\u2019est dans ce contexte que se développe la « post-vé- rité », qui n\u2019est pas une invention ni une prérogative de Trump, mais le résultat de l\u2019atomisation sociale caractéristique des chambres d\u2019écho de l\u2019âge documédial.On voit se créer des champs de sens (qui disent que les vaccinations sont dangereuses, que la lune est faite de fromage, bref, des conneries) qui proposent une nouvelle version de la monado- logie, et cela, parce que chacun se représente l\u2019univers tout entier à travers les perspectives de ses propres perspectives, avec le présupposé assez con qu\u2019elles soient objectives.Y a-t-il aujourd\u2019hui chez les élites une volonté de cultiver l\u2019imbécillité pour entrer en communication avec la masse?La connerie est-elle devenue un nouveau ciment de la socialisation ?La connerie est-elle un nouveau vecteur de la communication politique?Je dirais plutôt que la connerie, c\u2019est l\u2019une des plus grandes marchandises de l\u2019âge contemporain.Au lieu de voir le moment actuel comme la phase suprême du capitalisme, on propose d\u2019isoler trois périodes qui se sont succédé dans le temps: le Capital au XIXe siècle; la Mé- dialité dans la société de la communication du XXe siècle; et la Documédialité dans la société du Web.Pour Mar x, la marchandise est la solidification d\u2019une relation sociale.Ce à quoi nous avons assisté lors du passage à la Médialité et à la Docu- médialité, c\u2019est à la révélation de ce principe qui, chez Marx, apparaît encore comme un mystère : la marchandise devient spectacle dans la phase médiale, puis document dans la phase do- cumédiale, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle révèle en pleine évidence sa propre nature d\u2019objet social, et bien sûr de manifestation d\u2019imbécillité, avec les réseaux sociaux.Aucune surprise du fait qu\u2019il y ait tellement de conneries dans le Web: les documents (intelligents ou imbéciles) étant la marchandise d\u2019aujourd\u2019hui, le surplus con et bête doit être mis en compte.La connerie est-elle aussi por tée par des sociétés qui se complaisent dans le divertissement?On se détend plus dans l\u2019imbécillité que dans le sérieux?Il n\u2019est pas question de détente, mais de mobilisation.La connerie mobilise bien plus que l\u2019intelligence, et la mobilisation dans laquelle nous sommes tous pris, c\u2019est un signe assez clair de connerie.Le travail de l\u2019âge capitaliste s\u2019est transformé pour devenir la consommation de l\u2019âge médial.L\u2019objectif du travailleur de l\u2019âge capitaliste était la subsistance ; l\u2019âge médial promettait au contraire le divertissement.La caractéristique fondamentale de l\u2019âge do- cumédial, comme cela est particulièrement évident dans la politique de l\u2019image accomplie par les selfies, est la reconnaissance : les selfies ne sont pas, comme on le soutient souvent en bons moralistes, un phénomène narcissique, mais ils constituent plutôt l\u2019instrument essentiel d\u2019une lutte pour la reconnaissance.En ce sens, la caractéristique fondamentale de l\u2019âge documédial n\u2019est pas l\u2019aliénation, la cession de son propre travail ; bien au contraire, c\u2019est justement l\u2019auto-affirmation qui se manifeste tant dans l\u2019aspect militaire des dynamiques du Web que dans l\u2019usage de la vérité comme facteur identitaire propre à l\u2019époque de la post-vérité.Faut-il être imbécile pour écrire un essai complet sur ce sujet?Eh bien, oui: on se sent imbécile, in-baculum, on prend son bâton (en l\u2019occurrence, ici, une plume) et l\u2019on commence une fuite sans fin vers l\u2019imbécillité, exercice qui n\u2019est pas exempt de risques puisque, on le sait très bien, on tue plus avec la plume que l\u2019épée, en particulier en révélant l\u2019imbécillité de l\u2019auteur.Le Devoir L\u2019IMBÉCILLITÉ EST UNE CHOSE SÉRIEUSE Maurizio Ferraris PUF Paris, 2017, 150 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION FRANÇAISE F 4 Causerie \u201cÊtre face à la rue\u201d Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Contribution suggérée: 5 $ Avec Jean-Marie Lapointe et Céline Marchand, camelot à L\u2019Itinéraire Mardi 17 octobre 19 h 30 LES GENS DE MONTRÉAL à l\u2019époque de la Confédération G A S TO N D E S C H Ê N E S s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Dialogues, la chronique poétique de Denise Desautels, accompagnée des œuvres de Sylvie Cotton, et le Carnet signé Robert Lalonde revuerelations.qc.ca NOUVEAUTÉS © A l a i n L e f o r t SUITE DE LA PAGE F 1 CONNERIE G E N E V I È V E T R E M B L A Y Tout commence avec ce mot jeté comme une sentence en apparence non équivoque, et qui pourtant donne en filigrane le ton d\u2019un roman aux jeux identitaires terriblement flous: «Je suis lesbien.» Ainsi se définit Paul, jeune garçon de 17 ans, narrateur lucide et attachant du récit-vérité qu\u2019articule De l\u2019influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles.C\u2019est que Paul est androgyne, à la fois homme et femme, un visage double dont il se pare comme d\u2019un costume au gré de ses envies \u2014 comme s\u2019il répondait en cela à un obscur défi.Mais qu\u2019il n\u2019y ait pas méprise: il est un «hétéro heureux».C\u2019est ce qui s\u2019appelle une introduction sous le signe de la complexité.Cette complexité n\u2019ira pas en s\u2019affaiblissant, mais c\u2019est justement dans cela que tient tout le truculent de l\u2019univers improbable ici mis en scène par Jean-Michel Guenassia (Le Club des incorrigibles optimistes).De fil en aiguille, on apprend que Paul a deux mères, deux lesbiennes \u2014 Léna, une tatoueuse au caractère fort (un euphémisme), et sa copine beaucoup plus diplomate, Stella, propriétaire d\u2019un restaurant où ne sont bienvenues que les femmes.Son père, Paul ne l\u2019a jamais connu.À vrai dire, il ne sait rien de sa famille.Et comme Léna a refusé qu\u2019il entre au conservatoire, il n\u2019est pas allé plus loin que le collège et fait le pianiste d\u2019ambiance dans le bistro de Stella, quand il ne joue pas au client mystère dans les McDo de Paris.De cela, Paul s\u2019accommode étonnamment bien.Jeu d\u2019identités Dans ce cadre quelque peu désaxé, Paul rencontrera bientôt Caroline, une bisexuelle indécise, qui l\u2019initiera aux boîtes de nuit lesbiennes \u2014 où il entre évidemment comme une lettre à la poste et séduit, dans un flou mystifiant, des femmes mûres.C\u2019est l\u2019élément déclencheur de ce qui deviendra le cœur du roman: les hauts et les bas de ce qui fait l\u2019identité, celle qu\u2019on se donne comme celle qu\u2019on nous donne.«C\u2019est amusant (ou triste) de voir à quel point on ne sait rien des autres, écrit Paul, on se contente de projeter sur eux nos propres fantasmes, en espérant qu\u2019ils trouveront un écho.» Ce que fera d\u2019ailleurs Léna en le souhaitant homosexuel, elle qui s\u2019adon ne à un rejet total de l\u2019hétérosexualité.Comme entrée dans l\u2019âge adulte, difficile de faire plus tumultueux.Avec ses retournements ro cam boles - ques, certes un peu excessifs dans l\u2019absolu mais cohérents avec l\u2019étrangeté générale de la vie de Paul, De l\u2019influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles glisse ainsi sous la surface de sujets sensibles et polarisés (identité sexuelle, liens filiaux, jusqu\u2019à l\u2019identité de genre) avec une relative légèreté, cela sans jamais appuyer l\u2019analyse ou tomber dans l\u2019excès de pathos.La narration au premier degré, spontanée et très juste, rend à la fois vivante et crédible cette valse de personnages inconstants, qui n\u2019en finissent plus de se chercher.Quant à David Bowie, à l\u2019androgynie légendaire, il n\u2019apparaît qu\u2019à la fin de cette histoire, dans une révélation aux effets de bougie d\u2019allumage, en se rappelant un cer tain soir de concert à Werchter, en 1997.Mais sa figure mythique n\u2019est au fond qu\u2019un coup d\u2019éclat qui sert une leçon plus large : dans ce papillonnement de vies, où les blessures et les secrets des uns forcent l\u2019émancipation des autres, le destin a parfois le goût mi-amer de la solitude.Le Devoir DE L\u2019INFLUENCE DE DAVID BOWIE SUR LA DESTINÉE DES JEUNES FILLES ?1/2 Jean-Michel Guenassia Albin Michel Paris, 2017, 336 pages La vie, c\u2019est aussi les autres Jean-Michel Guenassia livre un roman sensible sur l\u2019inconstance du soi M A N O N D U M A I S P as le temps de s\u2019ennuyer dans l\u2019univers de Katherine Pancol avec tous ces personnages qui se connaissent ou qui sont liés sans le savoir, ces va-et- vient de Saint-Chaland à Paris, de New York à Glasgow, tous ces hasards et coïncidences arrangés avec la fille des vues.Fidèle à elle-même, celle qui a pu voir ses personnages des Yeux jaunes des crocodiles (Albin Michel, 2006), premier tome de l\u2019imposante saga familiale, transposés au grand écran (sous la gouverne de Cécile Telerman) se permet même de surprenants caméos.Ainsi, Élizabeth II, Ri- hanna et Inès de la Fressange font trois petits tours parmi cette faune bigarrée, rencontrée la dernière fois dans la trilogie Mu- chachas (Albin Michel).Retrouvant des personnages de ses précédents romans, dont La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (Albin Michel, 2008 et 2010), Katherine Pancol a concocté un pétillant roman choral qu\u2019on lit avidement, bien que l\u2019on sache que les méchants y seront punis et les gentils, récompensés dans une finale bien troussée digne d\u2019un film hollywoodien.Y évoluent au premier plan d\u2019attachantes protagonistes féminines aux côtés desquelles les héros masculins font parfois pâle figure.Il y a d\u2019abord Stella Valenti, ferrailleuse au physique de mannequin, son ténébreux Adrian, qui fricote dans le dos de leur patron, Edmond Cour tois, et leur fils Tom, amoureux fou de la nouvelle élève, Dakota Cooper, qui lui sourit « telle une princesse très gracieuse qui convie un gueux à sa table».Se trouve aussi Julie Courtois, meilleure amie de Stella et fiancée à Jérôme, qui rêve de reprendre la ferraillerie familiale.Viennent ensuite Joséphine Cortès, demi-sœur de Stella, ses filles Zoé, qui rêve d\u2019être carmélite, et Hortense, qui œu- vre dans le milieu de la mode et qui veut « de l\u2019ÉNORME, de l\u2019ÉNORME! Des millions de dollars, des millions de photos, des millions de like!».Pendant que Gary la trompe avec Calypso, que sa mécène Elena croque les hommes comme des loukoums et que le surdoué Junior, épris d\u2019elle, joue littéralement avec ses méninges, Hor- tense séduit Adrian avec son « sourire qui promet la paix et déclare la guerre».Au-dessus de cette grouillante fourmilière plane le spectre de Ray Valenti, disparu dans un incendie quelques mois auparavant.Au grand dam de sa fille Stella, le lycée que fréquente Tom pourrait bientôt por ter le nom de cet infâme personnage : «Et elle entend le rire cinglant de Ray, sa voix qui grince tout de suite les grands mots, ma petite chérie! La colère des révoltés ! J\u2019aime quand tu es noire, sauvage, que ta haine déborde.Tu sais pourquoi ?Il éclate de rire.Parce que je gagne toujours et que je vais encore une fois te baiser!» Complots, trahisons, mensonges, demi-vérités, secrets de famille, désir de gloire ou de vengeance: la romancière offre un étourdissant cocktail à ses lecteurs.Papillonnant allègrement d\u2019une famille à l\u2019autre, flirtant outrageusement avec le surnaturel, Katherine Pancol donne parfois l\u2019impression d\u2019être le clone littéraire de Claude Le- louch, celui du temps où les cinéphiles savouraient ses pirouettes scénaristiques et ses prises de vue vertigineuses.De fait, malgré les sombres drames, la légèreté est toujours au rendez-vous, au détour d\u2019une réplique piquante, d\u2019une situation cocasse ou du grotesque d\u2019un personnage.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019elle a du souf fle, la dame.Et elle sait divertir son public, à défaut de l\u2019émouvoir ou de le faire réfléchir.Collaboratrice Le Devoir TROIS BAISERS ?Katherine Pancol Albin Michel Paris, 2017, 850 pages Le grand retour des muchachas Katherine Pancol renoue avec ses personnages fétiches dans un roman effervescent LOÏC VENANCE AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019auteure Katherine Pancol donne parfois l\u2019impression d\u2019être le clone littéraire de Claude Lelouch. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION F 5 MICHEL TREMBLAY Lauréat du Prix Littéraire Prince Pierre de Monaco 2017 Leméac Éditeur félicite chaleureusement son auteur Michel Tremblay, lauréat du Prix Littéraire Prince Pierre 2017, et invite les lecteurs à découvrir ou redécouvrir son œuvre et ses plus récentes publications.Créé en 1951, le Prix Littéraire Prince Pierre honore un écrivain d\u2019expression française de renom pour l\u2019ensemble de son œuvre, à l\u2019occasion de la parution récente d\u2019un de ses ouvrages.pièces sont jouées dans le monde entier, Michel Tremblay est l\u2019un des écrivains les plus importants de sa génération.Le cycle des Belles-Sœurs, les Chroniques du Plateau-Mont- Royal et La Diaspora des Desrosiers appartiennent au corpus des œuvres majeures de la littérature francophone actuelle.Parutions en 2017 : \u2022 Le thésaurus de La Diaspora des Desrosiers (27 juin) \u2022 Demain matin, Montréal m\u2019attend (13 septembre) \u2022 Le peintre d\u2019aquarelles (1er novembre) \u2022 (11 décembre) © L a u r e n t T h e i l l e t «I t is remarquable how quickly Stegner\u2019s reputation and readership fade as you cross the [border], reducing him in an instant from a lion of world littera- ture to a regional writer\u2026» La remarque est de Candace Savage, l\u2019écrivaine-naturaliste des Prairies canadiennes.De fait, Stegner, dont l\u2019œuvre entreprise en 1937 s\u2019étend sur plus d\u2019un demi-siècle, est moins connu, chez nous, que le héros moyen des lettres américaines.Le nom de ce pionnier d\u2019une certaine école de l\u2019Ouest au- jourd\u2019hui bien à la mode est surpassé en célébrité par ceux de tout un paquet de types à qui il a enseigné l\u2019écriture à Stanford et à Harvard : Kesey, McGuane, McMurtry, Carver, Edward Abbey\u2026 Au Québec, nous connaissons mal Wallace Stegner, et il nous le rend bien.« La platitude du Québec me déçut », constate, en 1987, l\u2019écrivain Larry Morgan, héros de son dernier grand roman, En lieu sûr (Gallmeister, 2017, traduit de l\u2019américain par Éric Ché- daille), et son alter ego, « de même que me déçurent les maisons sans grâce de la région, couvertes en plaques de fibrociment dans des teintes qui n\u2019eussent nulle part ailleurs trouvé preneur».Fibrociment?Ce serait donc le vrai nom de ces «parements à clins» que les ti- clins que nous sommes appellent déclins dans nos super- quincailleries contrôlées par des capitaux étasuniens?J\u2019ai déjà possédé une maison en canaxel brun au bord d\u2019un lac du Nord et je suis bien prêt à reconnaître que, sur le plan esthétique, ce matériau est loin de valoir le bois.Le pays environnant, en revanche, était plus sauvage que le Vermont, où se rend Morgan après avoir quitté le Wisconsin, contourné les Grands Lacs par le nord et suivi la rivière des Outaouais.Le Moses Berger de Richler, lui, se désolait de voir réapparaître les cantines à poutine quand il repassait la frontière dans le bout du lac Memphré- magog.Peut-être que le Vermont est trop beau, ses montagnes nous font de l\u2019ombre.J\u2019ai toujours pensé que l\u2019architecture anarchique et les décors massacrés qui caractérisent la plupart de nos paysages ruraux reflétaient notre personnalité un peu western de descendants de colons.Mais voilà qu\u2019un vrai gars de l\u2019Ouest, produit de la patrie de la roulotte et de la maison mobile, profite d\u2019une incursion routière pour cracher sur nos bungalows en brique jaune et autres palaces recouver ts de papier goudronné.Ça fait mal.Les vertes collines Il faut dire que Larry et sa femme Sally, même en tenant compte des hauts standards de la ruralité vermontoise, sont particulièrement bien tombés.Battell Pond \u2014 qui correspondrait, semble-t-il, au lac Caspian dans la vraie vie \u2014 se présente comme une idyllique oasis composée de vertes collines, de forêts résineuses, d\u2019une eau fraîche et bleue baignant de vieux débarcadères vermoulus, d\u2019un petit village pittoresque et de chalets rustiques égrenés sur de vastes propriétés où le canaxel et autres parements à clins sont apparemment inconnus, le tout situé à quatre heures de Montréal.Quant aux riverains de Bat- tell Pond, ils forment une petite société étrangement érudite et privilégiée : rien que la crème, l\u2019élite universitaire de la côte est et des bastions de l\u2019Ivy League, des belles consciences, bref, aux antipodes du genre d\u2019habitant doté d\u2019un sens de l\u2019éthique qui lui permet de polluer le ciel des autres avec sa grosse radio.Les Prix Nobel et les candidats au Nobel peuplant cette villégiature s\u2019y mêlent à d\u2019autres fins esprits paraissant tous posséder au minimum un doctorat.Leur représentant typique serait le professeur George Barnwell Ellis, qui se retire chaque matin dans sa thébaïde chauffée par un bon poêle à bois vermontois pour besogner, sur une table éclairée d\u2019une unique ampoule et «chargée de livres en trois langues mortes différentes et de publications savantes en quatre langues vivantes », comme chaque été depuis dix ans, à son ouvrage « consacré aux membres d\u2019une secte hérétique du XIIe siècle, les bogomiles.Il y travaillera toujours lorsqu\u2019il trépassera quinze ans plus tard».Et aucun bateau à moteur en vue, bien entendu.Il est peut-être inévitable de parler, à propos de la dernière œuvre consistante d\u2019un écrivain important, de livre-testament, et une cer taine critique a vu dans En lieu sûr une «autobiographie déguisée».Le roman a aussi été qualifié de « leçon de littérature».Voilà qui nous intéresse davantage.Romancier engagé C\u2019est du travail d\u2019orfèvre, solide, sans bavures, sans grande surprise non plus, mariant souffle et vision et où brille un don pour la description tranquille de vastes panoramas humains aussi bien que naturels.Ste- gner fut aussi un naturaliste engagé.On l\u2019attendait, par habitude, dans les montagnes du Colorado ou les déser ts du Nouveau-Mexique, on est d\u2019abord un peu surpris de le retrouver là, aux portes de Montréal, occupé à faire revivre ces quelques chalets baignant dans une atmosphère de brillance intellectuelle et d\u2019aspiration à la simplicité faisant d\u2019eux les dignes héritiers de la cabane de Thoreau.«Il y a, sous les jupes des épicéas, des cavernes mordorées, abris tout indiqués pour les mulots et les lièvres.[\u2026] J\u2019entends un bruant à gorge blanche entonner avec hésitation au fond des bois un air qu\u2019il paraît avoir à demi oublié.Je regarde, vers la gauche, en direction du coteau, pour tenter d\u2019apercevoir Ridge House, mais je ne vois que des arbres.» On est partout chez soi quand on aime la nature.En lieu sûr est un roman ambitieux dont l\u2019ambition est un des thèmes principaux, avec aussi l\u2019amitié, la carrière des lettres et le destin des couples mariés.Les hommes qui ont raté la titularisation deviennent honnêtes romanciers ou poètes ratés.Leurs femmes, quand elles ne contractent pas la polio, mettent au monde des enfants.Dans une nouvelle récemment parue, Robin MacArthur qualifiait gentiment les Canadiens français de «Chinois du Vermont».Ne serait-ce que du point de vue de la langue, Ste- gner serait d\u2019accord.«Nous rencontrâmes des Canadiens français [qui nous] noyèrent sous un flux de joual que personne ne put comprendre, pas même Charity, qui avait pourtant passé trois années dans des institutions suisses et françaises.» Wallace qui, déjà?Charmants voisins L\u2019écrivain-naturaliste Wallace Stegner est venu un jour cracher sur nos bungalows Y A N N I C K M A R C O U X L a littérature recèle-t-elle une vérité qui transcende l\u2019existence ou n\u2019est-elle qu\u2019un jeu, une manipulation amusée où le réel est fardé, tronqué et soumis aux besoins de l\u2019œuvre?Avec son second roman, François-Henri Désérable prend plaisir à nous offrir une réponse ambiguë dans un récit qui patine entre réel et fiction, sans dévoiler ses secrets.Un certain M.Piekielny se révèle ainsi en biographie déguisée de Romain Gary, roman déconstruit qui rappelle, par sa structure, la trilogie 1984 d\u2019Éric Plamondon.Le roman repose d\u2019abord sur une série de hasards, ce « Dieu des incroyants ».Un premier qui, à l\u2019examen du baccalauréat, a mené le narrateur \u2014 un Désérable fictionnalisé \u2014 à ne lire qu\u2019une seule des nombreuses œuvres mises à l\u2019étude : La promesse de l\u2019aube.Puis un autre qui le mène, des années plus tard, au pied d\u2019une statue de Romain Kacew, dit Gary, au no 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, devenu Vilnius.C\u2019est au pied de cet immeuble que le narrateur se reporte au souvenir de M.Piekielny, personnage de La promesse de l\u2019aube présenté comme une « souris triste », un petit homme «à la barbiche roussie par le tabac » qui, si l\u2019on en croit Gary, était locataire de cette adresse et voisin du fameux écrivain.Qui était Piekielny ?Voilà l\u2019obsession que poursuit le narrateur, qui épluche les archives de Vilnius, sollicite les gens qui auraient pu le connaître et parcourt l\u2019œuvre de Gary à la recherche d\u2019indices.Ces recherches font l\u2019objet de nombreuses digressions, dont Gary est, le plus souvent, le centre d\u2019attention.Sa vie défile, déconstruite et animée, nous mettant sur le chemin de ses réparties, de ses doutes et de ses victoires, tandis que le mystère de la souris triste demeure sans réponse : «Et si ce nom de Piekielny on ne le trouvait nulle part, nulle part ailleurs que dans les pages de la Promesse?» À l\u2019instar de son premier roman, Évariste (Gal- liard) dans lequel François-Henri Désérable a imaginé de larges pans de la biographie du mathématicien Évariste Galois, il recrée la vie de M.Piekielny, qui, faute d\u2019avoir laissé des traces, devient ici un juif anonyme à l\u2019histoire tragique, dont le parcours prend fin dans la folie nazie : «Nous ne saurons jamais ce qu\u2019a fait Piekielny devant la fosse, ni même ce qu\u2019il a pu voir, ressentir ou penser.C\u2019est là son secret, son misérable secret.» Plus qu\u2019une enquête, une biographie et une autofiction, Un certain M.Piekielny construit sur tout un labyrinthe où réel et fiction se confondent et se déchaînent, au grand plaisir du lecteur qui, une fois passée la banalité des premières pages, trouve un jeune auteur capable de nous faire douter de nos plus chères vérités et, en héritier de Romain Gary qu\u2019il est, de nous faire embrasser ses plus grands mensonges.Collaborateur Le Devoir UN CERTAIN M.PIEKIELNY ?François-Henri Désérable Gallimard Paris, 2017, 272 pages FICTION FRANÇAISE La biographie déguisée de Romain Gary François-Henri Désérable s\u2019amuse avec le réel et un personnage de La promesse de l\u2019aube LOUIS HAMELIN JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE François-Henri Désérable L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S S i j\u2019enseignais au secondaire, j\u2019aimerais bien donner le nouveau cours d\u2019éducation financière implanté cette année.Je lui donnerais un tour critique qui, j\u2019en suis convaincu, captiverait les élèves.Tout en respectant le programme, dont l\u2019objectif principal semble être de former des agents économiques éclairés, j\u2019enseignerais aux jeunes, en leur faisant lire un texte de Pierre Fortin (voir Le Petit Fortin, L\u2019actualité, 2013), que l\u2019argent ne fait pas le bonheur ; je leur parlerais des bienfaits de la simplicité volontaire en leur proposant des extraits de La «pauvreté » vous rendra libres ! (Novalis, 2016), de Dominique Boisvert ; je leur apprendrais à devenir des consommateurs plus lucides à l\u2019aide du livre On veut votre bien et on l\u2019aura (Transcontinental, 2011), de Jacques Nantel et Ariane Krol ; je les amènerais à réaliser, enfin, en leur faisant découvrir le phénomène des paradis fiscaux, que la cupidité mène à la ruine des sociétés humaines civilisées.Ce serait, il me semble, toute une aventure.Dans une société où le Parti libéral du Québec passe pour le « parti de l\u2019économie », ce ne serait pas un luxe, en tout cas.De l\u2019audace pédagogique J\u2019avoue ne pas partager la frilosité des syndicats d\u2019enseignants, qui ont exprimé bien des réser ves quant à l\u2019implantation de ce cours dès cette année.L\u2019af faire, ont- ils dit, allait trop vite, la préparation des enseignants n\u2019était pas adéquate et le matériel pédagogique manquait .D\u2019autres inter venants, dans une perspective de gauche, ont contesté le caractère un peu trop libéral du contenu du cours.Ces résistances sont pourtant facilement surmontables.Il est vrai que le programme a un aspect terre à terre et n\u2019incite pas directement à la critique du système économique actuel.Sa formulation permet néanmoins à un enseignant audacieux de l\u2019enrichir.Pour atteindre la compétence principale qui consiste à « prendre position sur un enjeu financier», le programme propose une foule d\u2019« apprentissages » , parmi lesquels on trouve des éléments comme les normes du travail, les rôles d\u2019un syndicat, les raisons pour lesquelles l\u2019État prélève des taxes et impôts et les conséquences de la fraude fiscale.Beaucoup de pain sur la planche pour un esprit critique, donc.Ce cours de 5e secondaire, de plus, ne dure que 50 heures.Un enseignant sérieux peut donc s\u2019y préparer sans un effort surhumain, et le contenu de qualité sur le sujet ne manque pas.En voici deux exemples.Dans Petits secrets et gros mensonges de votre banquier (VLB), le conseiller et chroniqueur financier Fabien Major constate l\u2019ignorance financière des Québécois et s\u2019en inquiète.«Une majorité d\u2019entre eux ne font pas de budget, confondent REER et CELI, croient qu\u2019on ne paie pas de frais de gestion sur les placements, sont heureux d\u2019avoir plus de cinq cartes de crédit\u2026 et s\u2019imaginent naïvement qu\u2019un banquier travaille dans l\u2019intérêt de ses clients », écrit-il.Partisan de l\u2019éducation financière à l\u2019école, Major veut outiller le grand public en cette matière en exposant les astuces utilisées par les institutions financières pour s\u2019enrichir à nos dépens.Dans un style cordial, il démystifie le fonctionnement de la finance.Sévère à l\u2019endroit de la rapacité des banques, Major ne remet toutefois pas les bases du système financier en question ; il se contente de suggérer, à la manière d\u2019un Pierre-Yves McSween, quelques réformes et d\u2019enseigner à son lecteur à bien se tirer d\u2019affaire dans cette jungle.C\u2019est bien, mais c\u2019est insuffisant.Une urgence morale Dans La grande dérive (Les Éditions du Journal), sous-titré Comment les riches, les entreprises et les magouilleurs canadiens utilisent les paradis fiscaux, Jean-François Cloutier, du Journal de Montréal, mène une très éclairante enquête sur ce fléau économique contemporain.En se réfugiant dans les paradis fiscaux, les riches du monde entier, et ceux du Canada et du Québec ne font pas exception, font reposer sur les seules épaules de la classe moyenne le financement des services publics, qui rendent nos sociétés équitables et humaines.Que l\u2019on soit de gauche ou de droite, on devrait considérer, si on est honnête, le combat contre cette trahison des nantis comme une urgence morale.Or, révèle Cloutier, qui n\u2019hésite pas à courageusement identifier des individus et des compagnies renommés mais peu recommandables, le gouvernement canadien, privé de revenus astronomiques par ces arnaques, brille par sa complaisance envers les champions de l\u2019évasion et de l\u2019évitement fiscaux.« Pour protéger quoi ou qui ?» demande Dany Doucet, rédacteur en chef du Journal de Montréal, dans la préface de cet ouvrage.Dans mon cours d\u2019éducation financière, je proposerais des réponses à cette question.Nous aurions du plaisir.Éducation financière LOUIS CORNELLIER Les Québécois ont besoin d\u2019être outillés en matière de finances personnelles et publiques M I C H E L L A P I E R R E «L a nature est notre demeure.» Ce beau mot si simple du généticien vancouvérois David Suzuki et d\u2019Ian Hanington, rédacteur en chef de la fondation écologiste qui porte le nom du scientifique, révèle que leur livre Halte à la sur- chauf fe ! est non seulement un cri d\u2019alarme, mais un persuasif essai de vulgarisation sur le changement climatique.Il invite à repenser l\u2019énergie en mettant en cause «nos conceptions arriérées de l\u2019économie et du progrès».Dans une préface qu\u2019il signe seul, Suzuki, aujourd\u2019hui âgé de 81 ans, rappelle qu\u2019il a appris l\u2019existence du réchauffement planétaire vers 1975.Les climatologues soulignaient que l\u2019accumulation de gaz à ef fet de serre, comme le dioxyde de carbone ou le méthane, qui empêchent la chaleur de quitter l\u2019atmosphère, n\u2019avait jamais augmenté à un niveau semblable.Ils considéraient que l\u2019activité humaine polluante était responsable de ce bouleversement climatique.Les deux auteurs signalent que, même si l\u2019intensité du phénomène est «beaucoup plus importante et rapide au XXe siècle que dans les quatre siècles précédents du moins», la découverte de l\u2019ef fet de serre remonte en 1824.Cette année-là, le mathématicien et physicien français Joseph Fourier constata que l\u2019atmosphère, un peu comme une boîte de verre, retient une partie de la chaleur solaire.Pour remédier à l\u2019accentuation de cet effet de serre, l\u2019Accord de Paris en 2015, premier traité international pour faire échec au changement climatique, oblige les États industrialisés à éviter les combustibles fossiles, comme le pétrole, pour accomplir une transition vers des énergies renouvelables d\u2019ici 2050.Bien que le président américain, Donald Trump, climatosceptique résolu, entende renier la ratification du traité par son prédécesseur Barack Obama, un espoir subsiste.Bien sûr outrés par l\u2019intention des États-Unis, le plus gros émetteur de gaz à effet de serre après la Chine, Suzuki et Hanington se consolent en observant que, dans ce pays, «de nombreux États et villes, ainsi que de grandes sociétés, sont déterminés» à appliquer l\u2019Accord de Paris.Autre signe encourageant: de 2005 à 2014, dans l\u2019Union européenne, la part des énergies renouvelables, tirées par exemple du vent ou du soleil, est passée de 8,7% à 15,3%.La recherche constante de l\u2019équilibre donne vie à l\u2019analyse de Suzuki et de Hanington.S\u2019ils rejettent le vieux capitalisme qui fait des combustibles fossiles un absolu, ils saluent la naissance d\u2019une nouvelle économie axée sur l\u2019exploitation des énergies renouvelables.S\u2019ils déprécient la combustion des carburants, ils affirment que la préservation des océans et des forêts, pour eux «puits de carbone naturels», est nécessaire à la survie de l\u2019humanité.Se trouve ainsi banni l\u2019écologisme tout en noir qui ne reflète pas la riche complexité de la nature.Collaborateur Le Devoir HALTE À LA SURCHAUFFE ! DES SOLUTIONS À LA CRISE DU CLIMAT ?1/2 David Suzuki et Ian Hanington Traduit de l\u2019anglais par Nicolas Calvé Boréal Montréal, 2017, 328 pages Au-delà de nos conceptions arriérées de l\u2019économie et du progrès David Suzuki et Ian Hanington préconisent un écologisme exigeant et rassembleur S A R A H R .C H A M P A G N E « J\u2019 aimerais dire que ça a changé.J\u2019aimerais dire que mon livre a perdu de sa pertinence.Mais c\u2019était stupide de penser que les murs tomberaient.» Marcello Di Cintio n\u2019est pourtant pas naïf.Il a consacré quatre ans et 400 pages à son essai Un monde enclavé, au point de ressentir lui aussi par moments le Mauerkrankheit, cette « maladie du mur », comme on disait dans un autre temps à Berlin.Les humains sont pour tant atteints de la « maladie chronique » d\u2019en bâtir.Leur réflexe de s\u2019emmurer est déjà inscrit dans les pierres antiques du mur d\u2019Hadrien, dressé par l\u2019Empire romain au nord de l\u2019Angleterre, et celles du Moyen Âge dans toute ville de la vieille Europe.L\u2019auteur le savait, c\u2019est lui qui l\u2019écrit.Mais il ne pouvait qu\u2019espérer que « tous ces endroits tristes avec des existences tristes », comme il les décrit au téléphone, se libèrent de ces «cellules toujours plus petites et plus faciles à défendre, mais qui nous isolent les uns des autres ».Depuis la première parution de son livre Un monde enclavé, en 2012, récompensé par le prix Shaughnessy et qui vient de paraître en français aux éditions Lux, la construction de près d\u2019une dizaine de murs a en effet été annoncée ou entamée.Le total mondial s\u2019élève maintenant à plus de 70 parois de béton armé, d\u2019acier, de barbelés ou de tous ces matériaux à la fois.Les murs sont pourtant « inef ficaces et inutiles», des digues qui ne retiennent ni les flots de migrants latino-américains à San Diego ou sub- sahariens à Ceuta, ni les roches des militants au Sahara occidental ou à Belfast.De la Palestine occupée au géant indien qui honnit son voisin bangladais, jusqu\u2019à la « Grande Muraille » de Montréal qui sépare la cossue ville de Mont- Royal de Parc-Extension: les murs ne sont vains que dans leur tentative de bloquer le passage.Soif d\u2019illusions C\u2019est symboliquement qu\u2019ils gagnent, en fait, la majorité du temps.Les barrières physiques restent « l\u2019expression du pouvoir», selon l\u2019auteur basé à Calgar y, un pouvoir qui choisit où la ligne sera tracée.« C\u2019est exactement le cas de Trump.Il donne l\u2019impression que c\u2019est du théâtre.Il joue dans une performance pour toute sa base, pour toutes les personnes qui ont crié dans ses rassemblements de construire ce mur», soupire-t-il.«Ce qui me surprend, c\u2019est que tout le monde parle de cette frontière comme s\u2019il n\u2019y avait pas déjà un mur, déjà un mur dysfonctionnel », re- prend-il.Le président américain a promis que des prototypes étaient en cours de construction.Quatre équipes d\u2019ingénieurs participent à ce grotesque concours, dont le but ultime est d\u2019élaborer « le meilleur mur», transparent si possible.Y verra-t-on bientôt des migrants s\u2019y cogner le nez ?Les coyotes (passeurs) et des narcos (trafiquants) s\u2019adapteront toujours, souligne-t-il au passage.Dans son chapitre consacré à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, il relate les stratégies des trafiquants, qui ont modifié leurs paquets de drogue pour mieux les faire passer dans le mur nouvellement rénové entre les deux côtés de la ville de Nogales.« L\u2019ef ficacité pragmatique des murs est secondaire par rapport à l\u2019illusion qu\u2019ils créent : celle de l\u2019exclusion et de la différence», écrit Di Cintio après avoir aperçu les fantômes qui pendent autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Me- lilla.Une réflexion qu\u2019il poursuivra en Inde, aux confins du Bangladesh, bientôt enclavé au nord, une illusion qui sert à « apaiser l\u2019anxiété de la nation».Une gentille vieille dame qui lui offre le gîte durant ce périple le dira plus simplement : « L\u2019Inde est puissante, alors nous pouvons les exclure.» L\u2019idée s\u2019applique tout autant à ces nouveaux murs qui ceinturent en partie la forteresse européenne.Durant les arrivées massives de migrants en 2015, les déclarations d\u2019ouverture de la chancelière Angela Merkel masquaient ces nouveaux embryons de rideaux de fer.Autriche, Slovénie, Estonie, Hongrie, les barbelés déroulés durant la nuit se sont transformés en une réponse ordinaire des gouvernements.Et que dire du mur que la Turquie achève de construire à sa frontière avec la Syrie : «C\u2019est la cruauté ultime, d\u2019essayer de contenir des gens qui fuient la mort.» « Je ne suis pas contre la sécurisation des frontières, mais ces structures remplissent aussi souvent les poches des gens qui les construisent », pointe l\u2019auteur.Ce «réflexe inscrit dans l\u2019ADN» n\u2019est toutefois jamais une solution.«C\u2019est précisément la montée de ces murs qui était la capitulation.Les murs se tenaient là comme la preuve de l\u2019irrévo- cabilité et de l\u2019insolubilité des conflits », en arrive à nous convaincre Marcello Di Cintio.L\u2019élan de mondialisation promettait pourtant de les faire tomber, dans un village planétaire où les changements climatiques, les terroristes et/ou Katy Perry se fichent bien des frontières et des divisions.L\u2019aplanissement du monde s\u2019est finalement avéré sélectif, choisissant surtout les passeports canadiens, comme celui de l\u2019écrivain qui a pu « traverser toutes ces lignes sans même y penser».Les empires et les puissants de ce monde cèdent lentement ou brutalement leur place eux aussi.Les murs finissent donc tous par s\u2019éroder.Dans sa conclusion, Di Cintio s\u2019essaie enfin à l\u2019espoir : «Ce n\u2019est pas le cruel désir d\u2019emmurer qui finit par gagner, mais bien le besoin de les briser.» Le Devoir UN MONDE ENCLAVÉ VOYAGES À L\u2019OMBRE DES MURS Marcello Di Cintio Lux Montréal, 2017, 440 pages ENTREVUE Raser les murs de la honte Pour Marcello Di Cintio, s\u2019isoler les uns des autres s\u2019avère un projet « inefficace et inutile » Jamais les climatologues n\u2019ont été plus convaincus du fait que la Terre se réchauffe à un rythme anormalement rapide et que les humains sont largement responsables du phénomène Extrait de Halte à la surchauffe! « » STÉPHANE DE SAKUTIN AGENCE FRANCE-PRESSE Suzuki et Hanington saluent la naissance d\u2019une nouvelle économie axée sur l\u2019exploitation des énergies renouvelables.JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES / AGENCE FRANCE-PRESSE Une famille marche sur la plage à San Diego, du côté américain du mur frontalier qui sépare les États-Unis du Mexique et s\u2019étire jusque dans la mer."]
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