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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2017-10-28, Collections de BAnQ.

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[" M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M à Washington L es élus du Congrès veulent savoir si le Kremlin a disséminé de fausses informations sur les candidats à la Maison-Blanche et les sujets faisant débat pendant la présidentielle de 2016 dans les fils d\u2019actualités des réseaux sociaux.Ils veulent aussi savoir si Facebook, Twitter et Google ont tenté d\u2019endiguer le flot de nouvelles fabriquées.Facebook a déjà livré aux enquêteurs du Congrès 3000 publicités politiques susceptibles d\u2019avoir été achetées par des entités proches du Kremlin durant la campagne.Mais les enquêteurs s\u2019intéressent surtout à l\u2019usage éventuel par la propagande russe d\u2019agents logiciels automatiques interagissant avec des ser veurs (bots), notamment des comptes automatiques Twitter destinés à influencer le classement des résultats de recherche sur Google.Dans ses mémoires de campagne, Hillary Clinton attribue en par tie sa défaite à des attaques personnelles émanant de bots russes.Donald Trump maintient qu\u2019il n\u2019y a eu «absolument aucune collusion » entre son équipe et la Russie.« La blague russe continue, maintenant, ce sont les pubs sur Facebook», ironise le président.Pour l\u2019essentiel, les informations sur les enquêtes dont dispose le public proviennent de fuites d\u2019origine anonyme vers les médias.Les enquêtes vont durer encore des mois.Jusqu\u2019à présent, aucune preuve de délit n\u2019a été produite et aucune inculpation n\u2019a été prononcée.Les enquêtes du Congrès La Commission des renseignements et la Commission judiciaire du Sénat examinent les allégations de collusion avec la Russie.Leurs homologues de la Chambre aussi.Les commissions des renseignements se focalisent sur la réunion du 9 juin 2016 à la Tr ump Tower que Donald Trump fils, Jared Kushner et Paul Manafor t ont eue avec Natalia Veselnitskaya, avocate présentée par un intermédiaire comme ayant des informations du gouvernement rus se compromettantes pour Hillary Clinton.Ces commissions ont entendu à huis clos Paul Manafort, ainsi que le fils aîné et le gendre de Donald Trump.La Commission judiciaire du Sénat enquête sur le limogeage de James Co- mey, le directeur du FBI qui avait lancé l\u2019enquête sur les allégations de collusion en juillet 2016 et qui fut renvoyé par le président Trump le 9 mai.Elle veut élucider les raisons du limogeage pour établir s\u2019il y a eu, de la part de Donald Trump, un délit d\u2019entrave à la justice.Le 18 octobre, la commission a entendu le ministre de la Justice.Jef f Sessions a invoqué le droit de réserve de l\u2019exécutif pour refuser de divulguer la teneur de ses conversations avec le président à propos de M.Comey.La Commission judiciaire du Sénat et la Commission des renseignements de la Chambre s\u2019intéressent aussi au dossier dans lequel l\u2019ancien espion britannique Christopher Steele fait des allégations explosives sur le compor te- ment de Donald Trump lors de voya - ges en Russie.Ce dossier fut rédigé pour le compte de Fusion GPS, un cabinet de consultants politiques basé à Washington, qui avait été recruté d\u2019a - bord par un opposant républicain de M.Trump aux primaires, puis par la campagne d\u2019Hillary Clinton et le Parti démocrate, pour obtenir des renseignements compromettants sur le milliardaire.Un fondateur de Fusion GPS a été inter rogé par la Commission judiciaire du Sénat en août, mais le 18 octobre, deux de ses employés ont invoqué le 5e amendement de la Constitution contre l\u2019auto-incrimination pour ne pas répondre à la Commission des renseignements de la Chambre.Jusqu\u2019ici, la campagne Trump, Donald Trump fils, Jared Kush- ner et Paul Manafort ont remis des milliers de pages de documents à la Commission judiciaire du Sénat.Le 10 octobre, le sénateur démocrate Richard Blumen- thal a reconnu qu\u2019il n\u2019y a « aucune preuve de collusion ni d\u2019entrave à la justice à ce stade.C\u2019est pourquoi les enquêtes doivent continuer».L\u2019enquête du procureur général L\u2019enquête la plus ancienne est celle menée par le FBI depuis juillet 2016.Le 6 janvier 2017, le FBI, avec la CIA et la NSA, a publié un rapport indiquant que, durant la campagne présidentielle, Vladimir Poutine avait « une nette préférence » pour Donald Trump et avait ordonné de la propagande pour « discréditer Hillary Clinton».Depuis le 17 mai, l\u2019enquête du FBI est dirigée par un procureur spécial.Robert Mueller, patron du FBI de 2001 à 2013, a été désigné procureur spécial par le ministre adjoint de la Justice, Rod Rosenstein, le ministre Jef f Sessions s\u2019étant récusé dans cette affaire, au grand dam de Donald Trump.Robert Mueller ne donne jamais de conférences de presse.Mais le 3 août, des médias ont révélé que le procureur avait, des semaines auparavant, formé un grand jury.Devant cette chambre d\u2019investigation et d\u2019accusation, le procureur contrôle une procédure secrète et non contradictoire (témoins et accusés comparaissent sans avocat).Le rôle du grand jury est d\u2019envoyer des sommations pour recueillir témoignages et documents et de prononcer des inculpations.Rober t Mueller et son équipe ont interrogé des dizaines de membres de la planète Trump.Notamment l\u2019ancien porte-parole Sean Spicer, l\u2019ancien chef de cabinet Reince Priebus et le directeur juridique de la Maison-Blanche, Don McGahn.Michel David et un tournant, selon le sondage Léger-Le Devoir Page B 3 Guy Taillefer sur la déclaration d\u2019indépendance de la Catalogne Page B 4 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 Le Devoir de philo Pythagore, la source philosophique des véganes Page B 6 Des dirigeants de Facebook, Twitter et Google seront entendus mercredi par les commissions des renseignements du Sénat et de la Chambre.La Silicon Valley est prise dans les filets des enquêtes sur les allégations de collusion entre la planète Trump et le gouvernement de Russie.RUSSIAGATE La Silicon Valley dans les filets des enquêtes Si le Congrès ou le procureur général établissait une entrave à la justice dans l\u2019investigation du FBI, ce délit pourrait motiver une procédure de destitution du président RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Dans ses mémoires de campagne, Hillary Clinton attribue en partie sa défaite à des attaques person - nelles émanant de serveurs russes.SAUL LOEB AGENCE FRANCE-PRESSE Le président Donald Trump maintient qu\u2019il n\u2019y a eu «absolument aucune collusion» entre son équipe et la Russie.M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec L e refus de dizaines de municipalités, y compris Montréal, d\u2019appliquer la Loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État \u2014 qualifiée de « raciste » et d\u2019« islamophobe» dans le « Rest of Canada» (ROC) \u2014 ne freine pas les ambitions des partis d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale.Ils entendent consacrer « pour vrai » la laïcité de l\u2019État dans la loi québécoise s\u2019ils se voient confier les commandes du pouvoir le 1er octobre 2018.En revanche, les Québécois devront s\u2019accommoder du statu quo sur ce front si l\u2019équipe de Philippe Couillard est réélue, indique le porte- parole du Parti libéral du Québec, Maxime Roy.«La position du parti, c\u2019est ce qui est dans le projet de loi 62 », a-t-il dit dans un bref échange avec Le Devoir vendredi.Au cœur de la « loi 62 », l\u2019obligation de recevoir ou de donner un service public à visage découvert frôle déjà la limite de la Constitution du Canada, a expliqué le premier ministre, Philippe Couillard, dans la foulée de l\u2019adoption de la « loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l\u2019État et visant à encadrer les demandes d\u2019accommodements pour un motif religieux dans certains organismes » sur fond de division par l\u2019Assemblée nationale, le mercredi 18 octobre.«À mon avis, et de l\u2019avis de plusieurs, on était dans la limite de ce que la loi et les chartes permettent de faire», avait déclaré le chef libéral, tiraillé entre des impératifs moraux, légaux et politiques.LOI SUR LA NEUTRALITÉ RELIGIEUSE À visage découvert Le masque de l\u2019hypocrisie tombe, selon l\u2019opposition VOIR PAGE B 2 : SILICON JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, expliquait mardi les principes d\u2019application de la Loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État.VOIR PAGE B 2 : NEUTRALITÉ Facebook a déjà livré 3000 publicités politiques susceptibles d\u2019avoir été achetées par des entités proches du Kremlin durant la campagne L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 G U I L L A U M E L E P A G E L e 5 novembre prochain, c\u2019est jour d\u2019élections municipales au Québec.Au précédent scrutin, moins d\u2019un citoyen sur deux a exercé son droit de vote, un taux de par ticipation qui, malgré une légère hausse en 2013, stagne depuis longtemps sous la barre des 50 %.Est-ce là une preuve d\u2019un système qui déraille ?« Notre système politique est en crise, tout le monde ou presque s\u2019accorde là-dessus.Crise des institutions, de la démocratie, de la citoyenneté, crise, finalement, du politique », écrit l\u2019auteur Hugo Bonin en ouverture de son premier essai, La démocratie hasardeuse (Éditions XYZ).Sur 150 pages, le doctorant en sciences politiques à l\u2019UQAM et à l\u2019Université Paris-VIII propose d\u2019introduire le hasard dans nos lieux de pouvoir.En tirant au sort parmi les citoyens nos prochains gouvernants, on supprime, selon lui, le principal responsable des maux de nos démocraties occidentales : l\u2019élection.L\u2019auteur invite ain si les lecteurs à réfléchir au-delà des réformes du mode de scrutin.Si le tirage au sort en politique paraît audacieux, cette idée ne date pas d\u2019hier, trouvant un écho de l\u2019Antiquité jusqu\u2019à nos jours.Fondamentalement « élitiste » en plus de reproduire les « rapports de domination », le système en place ne fait que limiter le pouvoir des citoyens, souligne l\u2019auteur, rencontré dans un café du Plateau Mont-Royal.«Et l\u2019élection était vue comme une façon de s\u2019assurer que les meilleurs de la société ou ceux qui étaient déjà au sommet continuent de l\u2019être.» Plutôt que d\u2019élire les gens « considérés comme les plus compétents », le tirage au sort fait le pari que n\u2019importe qui peut s\u2019acquitter de charges politiques.Dans ce mode de sélection des représentants du peuple, « il n\u2019y a pas de meilleurs candidats.Ce qui est important, c\u2019est de répartir les responsabilités politiques de manière égale et de s\u2019assurer que tout le monde peut gouverner ».À ses yeux, le cynisme a gagné la politique parce que les gens ne s\u2019identifient plus à leurs élus.« Les assemblées législatives sont plus riches, plus vieilles, plus masculines », résume-t- il.En sélectionnant des gens au hasard, l\u2019Assemblée nationale ou la Chambre des communes seraient de facto plus représentatives de la population, probabilités obligent.Et les élections ne sont pas non plus « un gage de compétence», fait valoir M.Bonin.«Donald Trump est apparu aux yeux de la majorité de la population comme étant le meilleur candidat face à Hillary Clinton.Est-ce que ça veut dire que c\u2019est le plus compétent?» s\u2019interroge-t-il, un sourire dans la voix.Clientélisme Dans un contexte de lutte contre la collusion et la corruption \u2014 remis en avant par la commission Charbonneau \u2014, le tirage au sort couperait l\u2019herbe sous le pied des politiciens tentés par la stricte défense de leurs intérêts personnels.« Il faudrait potentiellement acheter tout le monde.Ça rend la chose beaucoup plus difficile, voire impossible, à moins d\u2019avoir des ressources assez incroyables.» Finies, du même coup, les tentatives des politiciens de se faire réélire sur la foi de promesses illusoires auprès de leurs électeurs, leurs chances de retrouver le pouvoir une seconde fois étant pratiquement inexistantes.«[Le tirage au sor t] élimine cette possibilité que \u201ctu me donnes un contrat et je t\u2019offre un emploi, ou tu me donnes de l\u2019argent pour ma réélection\u201d.» À ceux qui doutent que l\u2019on puisse confier à quiconque des charges politiques importantes, le chercheur rappelle qu\u2019il y a derrière les élus toute une machine bureaucratique pour les conseiller, les encadrer et mettre en application leurs décisions.Les gens dont le nom est tiré au sort ne feraient pas exception.Mais il serait mal venu de conclure que des élus sont en meilleure posture pour résoudre efficacement des enjeux de société.« Les gens qui sont dans les institutions sont souvent pris dans un certain cadre qu\u2019ils n\u2019arrivent pas à dépasser », avance M.Bonin.Forts de leurs diverses expériences de vie, des citoyens regroupés au sein d\u2019une assemblée par le fruit du hasard «penseraient en dehors de la boîte ».Limites L\u2019instauration du tirage au sort en politique n\u2019est pas la panacée, précise toutefois Hugo Bo- nin.S\u2019il se garde bien d\u2019imaginer un modèle idéal dans son ouvrage, l\u2019auteur s\u2019interroge tout de même sur les limites de ce mode longtemps relayé aux calendes grecques.«Si on disait demain matin qu\u2019on va tirer au sor t l\u2019Assemblée nationale et que c\u2019est juste comme ça qu\u2019on va gérer le Québec, je pense que, peu importe le contexte, ça resterait problématique.Les gens auraient probablement une impression d\u2019impuissance face à leur gouvernement.» Il faudrait d\u2019autres « canaux pour influencer la politique», comme des référendums d\u2019initiative populaire ou des mandats que l\u2019on peut révoquer, suggère l\u2019auteur.Autre limite : les minorités pourraient être moins bien représentées que le reste de la population.Là encore, dit-il, « la solution reste de multiplier les instances » pour entendre leurs voix.Mais n\u2019y aurait-il pas là un risque d\u2019ajouter à notre fonction publique une lourdeur déjà critiquée ?«Pour moi, ce n\u2019est pas ajouter plus de bureaucratie, mais ajouter des endroits où les gens pourront s\u2019exprimer, prendre des décisions, participer à la politique de manière plus directe.» Autrement dit, «c\u2019est en politisant que l\u2019on devient politicien», lance l\u2019essayiste.Le Devoir LA DÉMOCRATIE HASARDEUSE Hugo Bonin Éditions XYZ Montréal, 2017, 150 pages ENTREVUE Le tirage au sort pour sortir de la crise de la représentation L\u2019essayiste Hugo Bonin propose de soustraire de la démocratie ce qui lui fait mal : l\u2019élection À travers le temps Le hasard en politique n\u2019est pas un concept récent, et il n\u2019a jamais disparu de la sphère juridique, avec la sélection d\u2019un jury.On en trouve des traces de la Grèce antique à aujourd\u2019hui.Voici quelques exemples.Athènes (entre 508 et 338 av.J.-C.).Une centaine de charges composant l\u2019appareil administratif sont électives.Les autres sont pourvues au moyen d\u2019un tirage au sort chaque année, parmi les citoyens, pour constituer L\u2019Ec- clésia, l\u2019assemblée populaire, la Boulè, sorte de conseil exécutif, et le tribunal de l\u2019Héliée.Empire romain.Pendant l\u2019époque républicaine, la politique est moins l\u2019affaire de tous, reposant plutôt entre les mains du Sénat, des magistrats et, plus globalement, des citoyens plus riches.On fait tout de même appel au tirage au sort comme un recours au «choix des dieux».République de Venise.À partir de 1268 et jusqu\u2019en 1797, le dirigeant, le Doge, est choisi au terme d\u2019un processus complexe combinant élection et tirage au sort.Irlande.Depuis 2016, 99 citoyens dont le nom a été tiré au sort débattent de questions constitutionnelles pour formuler des recommandations au Parlement.C\u2019est la deuxième fois que le pays mène un tel exercice de démocratie délibérative.Étrillée par la classe politique canadienne, la « loi 62 » bénéficie néanmoins d\u2019un appui populaire, et ce, d\u2019un océan à l\u2019autre.En effet, 76 % des Québécois y sont favorables, mais aussi 68 % des Canadiens, selon un sondage dévoilé par Ipsos Affaires publiques vendredi.Encourager mais pas obliger Quelque 70 % de la population québécoise est d\u2019avis qu\u2019une femme musulmane doit être con - trainte de retirer son niqab afin de montrer son visage avant de solliciter un agent de l\u2019État, selon un coup de sonde effectué par Angus Reid, qui a aussi été dif fusé vendredi.D\u2019autre part, 23 % des Québécois estiment qu\u2019elle devrait être encouragée, mais pas obligée à le faire.Enfin, à peine 8 % des personnes inter rogées par Angus Reid soutiennent qu\u2019une femme por tant le niqab devrait être la bienvenue dans tout bâtiment gouvernemental.«Avec de telles statistiques, dif ficile de penser que la question du port de signes religieux soit évacuée de la prochaine campagne électorale », soutient un stratège politique.D\u2019autant plus que la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a précisé cette semaine que toute femme de confession musulmane pourra être soustraite à l\u2019obligation de découvrir son visage après avoir obtenu sans trop de difficulté un accommodement pour un motif religieux, ajoute-t-il.« À part Batman et Spiderman, tous ceux qui ont des raisons religieuses pourront avoir le visage couvert », a dénoncé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, à l\u2019Assemblée nationale.Éviter le mot «valeur» Le PQ déposera un projet de loi sur la laïcité assortie de sanctions \u2014 « comme toute loi qui se respecte » \u2014 d\u2019ici la fin de l\u2019année.« On va éviter le mot \u201cvaleurs\u201d, on va parler de laïcité », a-t-il fait remarquer.Voué à mourir au feuilleton, le document servira à ramasser dans un document les changements législatifs prônés par le PQ à moins d\u2019un an des prochaines élections générales.Le parti n\u2019entend pas reprendre la danse des sept voiles dans laquelle s\u2019était lancé le ministre Bernard Drain- ville avec sa Char te des valeurs québécoises à l\u2019été 2013.Le projet de loi péquiste empêchera toute personne de « contourner » l\u2019obligation de découvrir son visage dans ses interactions avec l\u2019État en obtenant un accommodement, sauf dans des « cas de sécurité et de santé imminents et avérés ».Le PQ veut aussi légiférer pour « interdire aux personnes qui ont un pouvoir de contrainte [juges, procureurs, gardiens de prison et policiers] d\u2019afficher leurs convictions, y compris religieuses ».«On va les interdire pour les nouvelles embauches dans les garderies installées au primaire et au secondaire », a ajouté M.Lisée mercredi.Le chef péquiste mettrait sa loi à l\u2019abri d\u2019une contestation judiciaire en recourant à la cause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés, puis en modifiant la Charte québécoise des droits et des libertés de la personne pour donner à l\u2019Assemblée nationale le pouvoir «d\u2019agir sur la laïcité ».Ce n\u2019est pas tout : M.Lisée s\u2019engage à amorcer un débat sur une éventuelle interdiction du voile intégral dans l\u2019espace public s\u2019il est porté au pouvoir en 2018.La CAQ s\u2019engage aussi à donner suite aux recommandations de la commission Bouchard-Taylor \u2014 qui ont été balayées par le PLQ \u2014 tout en insistant pour que « tout membre du personnel de l\u2019État ne puisse porter un tchador, un niqab ou une burqa dans l\u2019exercice de ses fonctions, puisqu\u2019ils sont des symboles de soumission et d\u2019asservissement qui vont à l\u2019encontre du droit à l\u2019égalité entre les femmes et les hommes».Le député de Mercier, Amir Khadir, convient aussi de la nécessité de mettre fin à ces tergiversations plus d\u2019une décennie après la «crise des accommodements raisonnables ».Cela dit, « il y a d\u2019autres problèmes de société » que « la question du tchador, du niqab ».« Ça, c\u2019est une ficelle que tirent les partis de l\u2019opposition pour semer le trouble et noyer les vrais problèmes », a-t-il fait valoir cette semaine.Renforcer la laïcité de l\u2019État?De son côté, Philippe Couillard s\u2019enorgueillit d\u2019avoir réussi avec le projet de loi 62 là où ses deux prédécesseurs ont échoué \u2014 Jean Charest (projet de loi 94) et Pauline Marois (projet de loi 60) \u2014 depuis le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor.L\u2019obligation du visage découvert figure au cœur de la Loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État, mais n\u2019a rien à voir avec\u2026 la neutralité religieuse de l\u2019État, insistait-il au fil des derniers jours.« Il n\u2019est pas question de religion là-dedans.» En ef fet, depuis l\u2019adoption de la loi, M.Couillard et les membres de son équipe ministérielle répètent inlassablement que cette exigence vise trois objectifs : la sécurité, l\u2019identification et la qualité de la communication.Cette nouvelle prétendue sacro- sainte neutralité religieuse de l\u2019État québécois n\u2019est définie nulle part dans la nouvelle loi, dénoncent les députées Agnès Maltais (PQ) et Nathalie Roy (CAQ), qui ont passé en revue chacun des articles de la loi controversée en commission parlementaire.Le masque de l\u2019hypocrisie tombe enfin, selon elles.Le Devoir À propos de la Russie, le procureur spécial enquête sur les liens avec Moscou de Michael Flynn, ex-conseiller pour la sécurité nationale.Mais il resserre surtout son étau sur Paul Mana- fort, qui fut directeur de la campagne Trump pendant cinq mois et qui avait été mis sur écoute par le FBI l\u2019an passé.Le 26 juillet, le FBI a fait une descente en force à son domicile en Virginie, surprenant M.Manafor t et son épouse dans leur sommeil et saisissant de nombreux documents.Robert Mueller a informé M.Manafort qu\u2019il allait l\u2019inculper, menace qui ne s\u2019est pas encore concrétisée.Selon des experts américains, le procureur cherche à intimider M.Manafor t pour qu\u2019il donne des renseignements sur Donald Trump.Tout en enquêtant sur les allégations de collusion avec la Russie, le procureur a élargi son enquête à des dossiers connexes.Il s\u2019intéresse ainsi au dossier scabreux rédigé par Christopher Steele sur les séjours de M.Trump en Russie.Il examine aussi les circonstances du limogeage de James Comey, son successeur au FBI.Il veut savoir si le président Trump avait pressé M.Comey d\u2019arrêter l\u2019enquête du FBI.Si le procureur ou le Congrès établissait une entrave à la justice, ce délit pourrait motiver une procédure de destitution du président.Rober t Mueller a demandé à la Maison- Blanche des documents reliés au limogeage de M.Comey et au communiqué dicté par Donald Trump pour défendre son fils aîné au sujet de la réunion de juin 2016.Le président a souvent dénoncé l\u2019enquête de M.Mueller comme une «chasse aux sorcières ».Il aurait même envisagé de limoger le procureur spécial.Cependant, ses avocats affirment que le président « coopère » avec M.Mueller et que M.Trump n\u2019est pas directement visé par l\u2019enquête.« Robert Mueller va boucler son enquête sous peu et rien n\u2019en sor tira », prédit M.Trump.La «vraie» histoire M.Trump ajoute que « la vraie histoire russe» est celle de l\u2019implication d\u2019Hillary Clinton dans le dossier scabreux monté par M.Steele et de l\u2019implication du département d\u2019État de Mme Clinton dans l\u2019approbation, à l\u2019insu du Congrès, d\u2019un accord qui, en 2010, donna à l\u2019agence russe de l\u2019énergie atomique le contrôle d\u2019un quart des réserves américaines d\u2019uranium.Au moins trois commissions du Congrès enquêtent désormais sur ces dossiers.«Rira bien qui rira le dernier », lance le président.« Balivernes », rétorque Mme Clinton, qui accuse les républicains de « faire diversion».Devant l\u2019extrême polarisation de la vie politique américaine actuelle, il est douteux que les enquêtes fassent toute la lumière sur ces affaires russes.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 SILICON Les enquêtes du Russiagate Avril 2016.La campagne d\u2019Hillary Clinton et le Parti démocrate paient Fusion GPS pour qu\u2019elle charge l\u2019ancien espion britannique Christopher Steele de dénicher des informations compromettantes sur les séjours de Donald Trump en Russie.9 juin.Donald Trump fils, Jared Kushner et Paul Manafort rencontrent une avocate russe qu\u2019un intermédiaire britannique présente comme porteuse d\u2019informations émanant du gouvernement russe et compromettantes pour Hillary Clinton.Juillet.Le FBI de James Comey ouvre en secret une enquête sur les allégations de contacts entre l\u2019équipe Trump et le Kremlin.6 janvier 2017.Le FBI, la CIA et la NSA publient un rapport indiquant que Vladimir Poutine avait ordonné une opération de propagande pour «discréditer» Hillary Clinton face à Donald Trump pendant la campagne présidentielle.13 janvier.La Commission sénatoriale des renseignements ouvre une enquête.13 février.Michael Flynn démissionne de son poste de conseiller chargé de la sécurité nationale.27 mars.La Commission judiciaire du Sénat lance son enquête.9 mai.Donald Trump limoge James Comey, directeur du FBI.17 mai.Rod Rosenstein, ministre adjoint de la Justice, désigne comme procureur spécial le prédécesseur de M.Comey au FBI, Robert Mueller.26 juillet.Robert Mueller ordonne au FBI de faire la première perquisition de l\u2019enquête en forçant la porte du domicile de Paul Manafort.3 août.Révélation que Robert Mueller a, des semaines auparavant, formé un grand jury.2 octobre.Facebook remet aux enquêteurs du Congrès 3000 publicités politiques d\u2019origine russe parues durant la campagne présidentielle.1er novembre.Des responsables de Facebook, Twitter et Google doivent être entendus par les commissions des renseignements de la Chambre et du Sénat.Devant l\u2019extrême polarisation de la vie politique américaine actuelle, il est douteux que les enquêtes fassent toute la lumière sur ces affaires russes SUITE DE LA PAGE B 1 NEUTRALITÉ PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019auteur Hugo Bonin : « Ce qui est important, c\u2019est de répartir les responsabilités politiques de manière égale et de s\u2019assurer que tout le monde peut gouverner.» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 L es libéraux, dont le visage n\u2019en finissait plus de s\u2019allonger le soir de l\u2019élection par tielle dans Louis-Héber t, ne s\u2019y étaient pas trompés.La dégelée qu\u2019ils ont encaissée dans la circonscription de la région de Québec, où le PLQ avait obtenu sa plus forte majorité à l\u2019élection générale d\u2019avril 2014, était bel et bien annonciatrice de jours difficiles.Le dernier sondage Léger\u2013Le Devoir a bien enregistré ce tournant : fort d\u2019une avance de 5 points sur les libéraux dans l\u2019ensemble du Québec et de 13 points sur le PQ dans l\u2019électorat francophone, François Legault peut maintenant rêver de diriger un gouvernement majoritaire.Certes, l\u2019élection est encore loin.Il y a toujours le risque d\u2019atteindre le sommet trop tôt, et les caquistes ont encore amplement le temps de se mettre les pieds dans les plats.Les 34 % d\u2019intentions de vote dont la CAQ est créditée n\u2019en sont pas moins l\u2019aboutissement d\u2019une tendance qui se maintient depuis près de six mois.Devant ce qui ressemble à une ir résistible envie de changement, les péripéties des dernières semaines n\u2019ont sans doute pas eu un effet significatif.Certes, le remaniement ministériel n\u2019a pas impressionné outre mesure, la prise de contrôle de la CSeries par Airbus a porté un dur coup à l\u2019ego national et le gouvernement s\u2019est couvert de ridicule avec la Loi sur la neutralité religieuse.En d\u2019autres temps, la bonne performance de l\u2019économie aurait cependant suffi à faire digérer tout cela.?Il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ce qu\u2019un parti qui a gouverné de façon presque ininterrompue depuis 15 ans n\u2019arrive pas à incarner le renouveau, d\u2019autant plus que le discours du premier ministre Couillard sur la « transformation» dans laquelle il prétend maintenant engager le Québec témoigne éloquemment de l\u2019épuisement de la pensée du PLQ.Il est beaucoup plus inquiétant pour le PQ de constater que les Québécois ne voient pas en lui un meilleur agent de changement que le PLQ.Qui plus est, François Legault est perçu \u2014 et de loin \u2014 comme un meilleur candidat au poste de premier ministre que Jean- François Lisée.Dès lors, on voit mal comment le PQ pourrait supplanter la CAQ dans l\u2019esprit de ceux qui veulent avant tout se débarrasser des libéraux.M.Lisée a lui-même convaincu les militants péquistes que c\u2019était là une urgence plus grande que de tenir un référendum.Il ne devrait donc pas s\u2019étonner de voir des électeurs souverainistes se tourner vers celui qui a les meilleures chances d\u2019y parvenir.D\u2019autant plus que le chef péquiste ne leur a rien proposé de tangible pour mieux faire accepter le report du référendum.S\u2019il devient premier ministre, il s\u2019est au contraire engagé à ne pas utiliser les fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté.Il y a pour tant péril en la demeure.Avec seulement 20 % des intentions de vote, le PQ a atteint un creux historique qui l\u2019éloigne considérablement du « chemin des victoires ».Avec un tel résultat à la prochaine élection, il rem- por terait à peine une quinzaine de sièges, presque exclusivement en région.Sur l\u2019île de Montréal, il serait supplanté par Québec solidaire.Son existence même serait remise en question par de nombreux militants qui appelleraient à une sorte de refondation.?Si encourageant que puisse être le sondage Léger\u2013Le Devoir pour la CAQ, François Le- gault est bien placé pour savoir que rien n\u2019est encore acquis.La situation actuelle a même un air de déjà-vu.Au moment de sa formation, en novembre 2011, la CAQ avait atteint un sommet toujours inégalé de 35 % et le PQ, un creux de 21 %.À l\u2019élection de septembre 2012, le PQ avait obtenu 32 % des voix et remporté 54 circonscriptions.Avec 27 % des voix, la CAQ avait dû se contenter de 19 sièges.La différence était que QS avait recueilli seulement 6 % des voix.Même si l\u2019effet Gabriel Nadeau-Dubois s\u2019est essoufflé, QS double aujourd\u2019hui ce chif fre, essentiellement aux dépens du PQ.M.Legault n\u2019avait pas une si mauvaise équipe, à l\u2019époque, avec les Jacques Duches- neau, Gaétan Barrette, Dominique Anglade, Christian Dubé, Maud Cohen et Gérard Del- tell, entre autres.Cela n\u2019avait pourtant pas suffi à convaincre la population que la CAQ avait l\u2019étof fe d\u2019un gouvernement.Nul doute que le sondage va lui fournir des arguments convaincants pour cour tiser des vedettes.Dans son magasinage, M.Legault devra notamment trouver un ministre des Finances et un ministre de la Santé.Maintenant que la CAQ est en tête du peloton, ses faits et gestes seront surveillés avec beaucoup plus d\u2019attention.Sortir des sentiers battus est sans doute une bonne chose, mais le changement que recherchent les électeurs ne doit pas ressembler à de l\u2019incertitude.mdavid@ledevoir.com Le tournant C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris M ême aux pires heures du stalinisme, l\u2019humour demeura un des rares lieux de liber té en URSS.Parmi les nombreuses blagues qui circulaient alors sous le manteau, on connaît celle-ci : un homme demande à son voisin ce que l\u2019on trouvera dans l\u2019encyclopédie en 2050 sous la rubrique « Hitler ».Et le même homme de répondre : « Petit tyran de l\u2019époque stalinienne» ! Cent ans jour pour jour après le coup d\u2019État bolchevique qui se déroula dans la nuit du 24 au 25 octobre 2017 (du calendrier Julien), l\u2019historien Thierry Wolton estime que «c\u2019est Staline qui définit l\u2019époque.Le XXe siècle a été le siècle du communisme.D\u2019ailleurs, même s\u2019il a perdu son éclat, le communisme existe toujours dans une demi-douzaine de pays.» À l\u2019occasion de cet anniversaire, l\u2019historien publie le troisième et dernier tome de son œu- vre monumentale intitulée Une histoire mondiale du communisme (Grasset).Une somme colossale de plus de 4000 pages qui fourmille de documents passionnants.Après Les bourreaux et Les victimes, voici venu le temps des Complices, ceux qui à l\u2019Ouest se sont faits les «compagnons de route» de ce totalitarisme.On s\u2019attendrait à ce que l\u2019auteur, né en 1951, ait lui-même flirté avec le communisme dans sa jeunesse.Pas du tout puisqu\u2019il dit avoir été vacciné très jeune contre cette idéologie après avoir vu le film, et surtout lu le livre, Docteur Ji- vago.« Ça vous guérit définitivement, dit-il.D\u2019autant plus que j\u2019étais secrètement amoureux de Julie Christie.Dès mes 17 ans, on ne pouvait plus me faire le coup !» À 24 ans, Thierry Wolton entre au journal Libération pour couvrir les pays de l\u2019Est où il se rend souvent.Ce sera la grande époque des dissidents qui, de Sakharov à Soljenitsyne, en passant par Havel et Michnik, vont commencer à se faire entendre à l\u2019Ouest après s\u2019être longtemps fait traiter par les élites intellectuelles de traîtres, de réactionnaires et même d\u2019antisémites.« J\u2019ai été très attaqué à cette époque, dit Wolton.On a finalement écouté les dissidents, mais le soufflé est vite retombé.» La naissance d\u2019un mythe Pour Wolton comme pour nombre d\u2019historiens, l\u2019idée de la « révolution» d\u2019octobre est un mythe qui s\u2019est constitué après 1917.« Il ne s\u2019agit pas d\u2019une révolution, mais bien d\u2019un coup d\u2019État, dit-il.Comme dans tous les régimes qui se sont revendiqués du communisme, une poignée d\u2019agitateurs a pris le pouvoir.Comme la classe ouvrière ne voulait rien savoir de la révolution, c\u2019est une minorité qui s\u2019est chargée de la faire à sa place.D\u2019où cette guerre civile permanente qui va suivre entre l\u2019État et le peuple, et même au sein du parti.» À l\u2019époque, le journal du socialiste Jean Jaurès, L\u2019Humanité, ne s\u2019y trompe pas.Il dénonce les «soudards» et les «bandits» qui ont pris le pouvoir à Moscou.Dès le début, des intellectuels comme le philosophe anglais Bertrand Russel, le journaliste français Albert Londres et l\u2019écrivain polonais Joseph Conrad décrivent un chaos révolutionnaire et une guerre civile où «l\u2019homme est redevenu un loup pour l\u2019homme» (A.Londres).Alors, d\u2019où vient ce mythe?On commença à le construire lors du troisième anniversaire d\u2019octobre 1917, dit Wolton.Le parti organise alors un gigantesque spectacle son et lumière devant le Palais d\u2019hiver avec 20 000 figurants et 60 000 spectateurs.«Progressivement, avec notamment le film d\u2019Eisenstein Octobre, réalisé en 1927, la fiction va devenir la réalité.On va tout verrouiller.La grande liberté qui se manifeste chez les artistes sera rapidement étouf fée pour imposer l\u2019image d\u2019un paradis sur terre.Le plus étonnant, c\u2019est que plus le mensonge sera gros, plus il passera.» Aveuglement à gauche Cent ans plus tard, de la Russie à la Chine, du Vietnam à la Corée du Nord, le communisme a fait plus de morts que les deux guerres mondiales réunies, dit Wolton.Cette violence extrême qui a caractérisé partout l\u2019arrivée au pouvoir des communistes, l\u2019historien veut en voir la source chez Marx lui-même.«Marx commet la double erreur de croire que l\u2019Histoire a un sens et que \u201cla lutte des classes\u201d est le moteur de l\u2019histoire, comme il l\u2019écrit.Cette phrase est la plus criminogène qui soit, car elle implique qu\u2019il suf fit de pousser la lutte des classes à son paroxysme pour faire avancer l\u2019histoire.» Dans le dernier tome de cette trilogie, la France tient une place particulièrement importante dans la propagation du mythe révolutionnaire.Peut-être parce qu\u2019elle est le pays de la révolution de 1789 et des intellectuels.On ne compte plus ceux qui dissimulèrent les charniers et les camps de concentration.En France, le philosophe Jean-Paul Sartre se taisait pour, disait-il, ne pas faire le jeu de la droite.Même la revue catholique de gauche, Esprit, faisait preuve d\u2019une étonnante clémence.Au Québec, en 1961, Pierre Trudeau et Jacques Hé- bert décrivaient une Chine communiste idyllique au moment même où y sévissait une famine historique.Cent ans après le coup d\u2019État bolchevique, l\u2019anticommunisme est encore rangé à droite et le communisme toujours plus respectable que le nazisme ou le fascisme, dit Wolton.Peut-être parce que, comme disait George Orwell, «le péché de presque tous les gens de gauche, c\u2019est d\u2019avoir voulu être antifascistes sans être antitotalitaires».Un «orgasme intellectuel» En conclusion de son livre, Thierry Wolton se dit convaincu que l\u2019idée totalitaire est loin d\u2019être disparue.Il cite d\u2019ailleurs le philosophe Bertrand Russel qui voyait déjà des points communs entre « la religion de Mahomet et le bolchevisme ».Pour Wolton, l\u2019islamisme s\u2019est substitué au communisme dans de nombreux pays arabes.Comme lui, il se caractérise par sa volonté de régir tous les aspects de la vie humaine et de créer un «homme nouveau».Thierry Wolton mentionne deux raisons qui expliquent en partie la cécité historique des milieux intellectuels à l\u2019égard du communisme.« Alors que l\u2019idéologie nazie se présentait sans fard, ouver tement raciste et rétrograde, le marxisme a mis ses pieds dans les traces du christianisme et de son grand rêve égalitariste.» L\u2019autre raison, dit-il, c\u2019est qu\u2019avec Lénine, « le communisme a remis les intellectuels au centre du pouvoir.Pour ces derniers, le marxisme fut un véritable orgasme intellectuel, dont ils furent pourtant les premières victimes.» Voilà qui explique, selon lui, pourquoi toute une partie de la gauche n\u2019a toujours pas fait son deuil du communisme.«La véritable histoire du communisme ne pourra être écrite que lorsqu\u2019il n\u2019y aura plus aucun témoin, dit-il.Le communisme a représenté une espérance incroyable.Or, de ce rêve, cent ans plus tard, il ne reste rien.Rien n\u2019est défendable ! Imaginez la souf france de ceux qui y ont cru.Non, le deuil n\u2019est toujours pas terminé.» Le Devoir «Le XXe siècle aura été le siècle du communisme» Cent ans après octobre 1917 en Russie, la gauche n\u2019en a pas fini avec ses démons, selon Thierry Wolton S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L a vague de dénonciations des agresseurs sexuels a commencé sur l\u2019Olympe hollywoodien, en Californie, avec l\u2019affaire Weinstein, a traversé l\u2019Amérique, puis frappé l\u2019Europe et le monde comme un tsunami.Au passage, ici, elle a fait couler à pic Éric Salvail, puis Gilbert Rozon et d\u2019autres figures des industries culturelles.Ses effets se sont fait sentir jusqu\u2019au lointain Danemark, quand l\u2019artiste islandaise Björk a rejoint la campagne gazouil- lante #MeToo pour reprocher à « un réalisateur danois » (sans le nommer) de l\u2019avoir agressée sexuellement.Ainsi épinglé, le réalisateur danois Lars Von Trier, avec qui elle a tourné Dancer in the Dark (2000), son seul film, a nié fermement les reproches.« Dans notre pays, le mouvement #MeToo a d\u2019abord été por té par des stars, comme à Hollywood, des femmes célèbres que l\u2019on voit comme des privilégiées, riches, en situation de pouvoir », explique en entrevue au Devoir Helena G.Hansen, auteure et membre du comité directeur du Dansk Kvindesamfund (DK), la Société des femmes danoises.«Il y a quelques jours, l\u2019actrice Connie Nielsen [Gladiator] a fait sa propre sortie pour révéler ses expériences de harcèlement.Elle a \u201ctweeté\u201d et écrit à ce sujet.» Ces femmes connues ont attiré l\u2019attention des médias et utilisé leurs plateformes pour s\u2019exprimer.Elles ont encouragé d\u2019autres femmes à se joindre au mouvement #MeToo, au Danemark comme ailleurs.Le mot-clic a déjà été repris entre 12 et 15 millions de fois dans le monde, fait remarquer Mme Hansen.Une épidémie de violence La DK est la plus ancienne organisation de défense des droits des femmes encore en activité.Fondée en 1871 par le couple Bajer (Mathilde et Fredrik), elle publie depuis 1885 Kvin- den & Samfundet (Femmes et sociétés), la plus vieille revue féministe au monde.Les racines du féminisme et les revendications identitaires plongent profondément dans l\u2019histoire et la société danoises, laquelle est toujours réputée pour être l\u2019une des plus exemplaires du monde de ce point de vue.La réputation est-elle méritée ?L\u2019Agence des droits fondamentaux de l\u2019Union européenne (la FRA) a publié en 2014 une étude sur la violence contre les femmes (Violence Against Women Survey) dans les pays membres.On y apprend qu\u2019une femme sur deux de plus de 15 ans de l\u2019UE dit avoir déjà été agressée (frappée, bousculée, poignardée, étouffée, etc.) pendant sa vie.Plus de 3,7 millions d\u2019Européennes se plaignaient de violences sexuelles dans la dernière année.Faut-il parler d\u2019épidémie ?«On peut dire que c\u2019est un problème largement répandu [pervasive], répond en entrevue téléphonique Joanna Goo- dey, directrice du département de la liberté et de la justice de la FRA.Les gens au fait des recherches sur le harcèlement sexuel n\u2019ont pas été surpris par les données de notre enquête.Le problème est étudié depuis des années.Dans les 12 mois précédant l\u2019enquête, une femme sur cinq avait subi du harcèlement.» Elle explique que ces données sont élevées parce que les questions ne portaient pas seulement sur la situation au travail.Les femmes interviewées ont donc été interrogées par exemple sur des baisers ou des attouchements non désirés dans la rue, par exemple, ou sur la réception de photos explicites, en fait sur 11 catégories de comportement.L\u2019enquête continentale réalisée auprès de 42 000 femmes révèle aussi que la Suède et le Danemark arrivent en haut de la liste des pays harceleurs.Ainsi, plus de Danoises (32 %) que d\u2019autres Européennes (22 %) disent avoir subi une violence physique ou sexuelle de la part d\u2019un partenaire.« Des enquêtes dans les pays scandinaves ont montré les mêmes résultats que les nôtres, dit encore Mme Goodey.Une explication dit que, dans les pays scandinaves, les femmes parlent ouvertement de ces problèmes, sans honte ni gêne.En Bulgarie, par contre, elles parlent moins ouvertement de ce genre de problème.» La faute à l\u2019éducation Helena G.Hansen explique que la Société des femmes danoises DK n\u2019a pas contesté les données de l\u2019UE.«Nous avons appuyé le rapport, très bien fait.Des gens nous disent qu\u2019on ne peut pas faire pire, du point de vue du harcèlement, que la Pologne ou l\u2019Italie.On se croit plus égalitaires, plus libres.L\u2019égalité, c\u2019est un processus en évolution.» Des enquêtes établissent aussi des liens entre l\u2019éducation et le harcèlement.D\u2019un côté, plus les femmes d\u2019un pays sont éduquées, plus elles dénoncent les agressions.D\u2019un autre côté, plus une femme est éduquée et « fait carrière», plus elle semble susceptible d\u2019être harcelée, parce qu\u2019elle se retrouve alors dans un milieu traditionnellement occupé par des hommes, et donc à plus haut risque.Misère\u2026 « Un haut niveau d\u2019égalité des sexes, mais aussi des revenus, avec un accès facilité à l\u2019éducation et aux services sociaux, joue un rôle évident dans ce contexte», commente Mme Hansen.Elle cite le professeur britannique d\u2019épidémiologie sociale Richard Wilkinson, coauteur avec Kate Pickett de The Spirit Level (2009), développant l\u2019idée que les sociétés redistribuant plus équitablement la richesse ont moins de problèmes sociaux comme la violence, l\u2019abus de drogues ou les maladies mentales.« Les sociétés égalitaires font mieux, dit-elle.Au Danemark, nous avons une longue histoire de lutte pour les droits des femmes.Pourtant, ici aussi, dans une des sociétés les plus égalitaires du monde, nous sommes encore confrontés à la violence contre les femmes, au harcèlement sexuel, au viol.» Le Devoir AGRESSIONS Pendant ce temps, en Europe Quelque chose d\u2019endolori au royaume du Danemark JOEL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019écrivain français Thierry Wolton, auteur du troisième et dernier tome de l\u2019œuvre monumen - tale intitulée Une histoire mondiale du commu - nisme (Grasset) ANDREW THOMAS HUANG Les ef fets de #MoiAussi se sont fait sentir jusqu\u2019au lointain Danemark, quand l\u2019artiste islandaise Björk a rejoint la campagne gazouillante pour dénoncer un « réalisateur danois ».Le mot-clic #MeToo a déjà été repris entre 12 et 15 millions de fois dans le monde MICHEL DAVID La dégelée des libéraux dans Louis- Hébert était bel et bien annonciatrice de jours difficiles Poussé à bout par l\u2019intransigeance de Madrid, le Parlement de la Catalogne a finalement voté vendredi une déclaration d\u2019indépendance.Carlos Puigdemont s\u2019est-il jeté dans la gueule du loup ?Dans l\u2019immédiat, si.Ce qui n\u2019exclut pas de penser que Madrid fait le pire des calculs : la décapitation du gouvernement catalan ne signifie certainement pas la mort du mouvement indépendantiste.est la cassure la plus dramatique dans l\u2019ordre politique espagnol depuis la ?n de la dictature, il y a quarante ans.C\u2019était une possibilité, elle est maintenant avérée.Mais avec quelles conséquences?Le Parlement catalan a voté vendredi, à la quasi-unanimité de ses élus indépendantistes (70 sur 72), une résolution déclarant que la région de 7,5 millions d\u2019habitants devenait un « État indépendant prenant la forme d\u2019une République ».Presque au même moment, le Sénat espagnol accédait aux demandes du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy en approuvant, ce qui était écrit dans le ciel, la mise sous tutelle de la Catalogne et la destitution de l\u2019exécutif régional.Dans la foulée, la justice espagnole \u2014 une justice dont on a découvert à quel point elle est politisée \u2014 a annoncé que le président catalan, Carlos Puigdemont, allait être poursuivi pour rébellion, un délit passible de 15 à 30 ans de prison.Le vote très majoritaire pour l\u2019indépendance masque les profonds tiraillements qui ont agité le gouvernement catalan au cours des derniers jours.Il s\u2019en est fallu de peu pour que M.Puig- demont annonce jeudi après-midi la tenue d\u2019élections hâtives qui auraient pu, en principe, désamorcer la crise, du moins à court terme, et lever la menace de l\u2019application répressive du fameux article 155 de la Constitution.Il ne l\u2019a pas fait, faute de «garanties» de la part de Madrid autour d\u2019un scrutin qui aurait nécessairement revêtu un caractère référendaire.C\u2019est dire, contrairement à ce que veut généralement faire croire la grande presse française, à quel point le principal responsable de l\u2019impasse dans laquelle se trouve aujourd\u2019hui le pays est le gouvernement conservateur du Mariano Rajoy.C\u2019est d\u2019abord son gouvernement qui, par son intransigeance, a laissé dégénérer la situation après la décision de la Cour constitutionnelle, en 2010, de réduire substantiellement l\u2019autonomie qui avait été accordée à la Catalogne quatre ans plus tôt.À laisser planer la possibilité de suspendre la menace de l\u2019article 155 sur la mise en tutelle de la Catalogne si les indépendantistes tenaient des élections hâtives, le gouvernement de M.Rajoy aura réussi à diviser le camp souverainiste, faisant au ?nal la preuve qu\u2019il n\u2019avait aucun intérêt à trouver une sortie de crise passant par le dialogue avec le gouvernement Puigdemont.Entendu que, depuis le début de la guerre politique ouverte par le référendum tenu le 1er octobre (remporté avec 90 % de «oui », mais avec un taux de participation de seulement 43 %, vu le boycottage de l\u2019opposition), l\u2019éléphant espagnol dispose de tous les moyens imaginables pour écraser la souris catalane.Et qu\u2019il ne se gêne pas pour les utiliser.Quitte à se blesser lui- même dans l\u2019opération.Lire : nuire au développement démocratique de l\u2019Espagne.À défaut de dialogue, M.Rajoy reporte la crise, la recon?gure.Il pense peut-être qu\u2019à commander lui-même pour le 21 décembre la tenue d\u2019élections régionales, après s\u2019être débarrassé du gouvernement catalan par détournement politique de la Constitution, l\u2019abcès sera crevé.Il ne le sera pas.Que les partis pro-es- pagnols l\u2019emportent est possible, comme les Catalans sont divisés par le milieu sur la question de l\u2019indépendance.D\u2019autant que les partis indépendantistes, pour s\u2019être lancés dans une fuite en avant qui sentait l\u2019improvisation, auront des blessures à panser.Dans quelle mesure, au demeurant, seront-ils autorisés à s\u2019y présenter ?Il va de soi, en tout cas, que l\u2019électorat indépendantiste va s\u2019y présenter radicalisé.Rajoy se trouve en ce sens à faire le pire des calculs.Dans toute cette histoire, la posture de l\u2019Europe constitue une odieuse démission.«L\u2019Espagne reste notre seule interlocutrice», a déclaré Donald Tusk, président du Conseil de l\u2019Union européenne.Emmanuel Macron a assuré Rajoy de son « plein soutien».Londres de même, ce qui est agaçant.Les Catalans ne sont pas europhobes, bien au contraire.L\u2019UE aurait dû et devrait jouer un rôle de médiateur dans ces événements.À ne pas le faire, elle nuit à la construction d\u2019une Europe plus démocratique.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Stop au projet de loi C-27 À nos députés, Je suis préoccupé par le projet de loi C-27 émanant du gouvernement, soit la Loi modifiant la Loi de 1985 sur les normes de prestations de pension.Cette loi permettrait aux sociétés d\u2019État et aux employeurs sous réglementation fédérale de faire pression sur leurs employés pour qu\u2019ils renoncent à leurs régimes de retraite à prestations déterminées au profit de régimes de retraite à prestations cibles.En 2015, le premier ministre Trudeau a clairement promis à l\u2019Association nationale des retraités fédéraux par écrit que les régimes de retraite à prestations déterminées « qui ont déjà été payés par les employés et les pensionnés, ne devraient pas être rétroactivement convertis en [régimes de retraite à prestations cibles] ».Et pourtant, c\u2019est exactement ce que le projet de loi C-27 permettrait.Et, grâce aux récents reportages dans les médias, nous savons maintenant que le parrain du projet de loi C-27, le ministre des Finances Bill Morneau, a reçu des dividendes mensuels de Morneau Shepell depuis son entrée en fonction en 2015.Alors, qui donc a vraiment intérêt à tirer profit des régimes à prestations cibles?Certainement pas les employés et les retraités, dont les pensions seront affectées.Je vous demande de représenter les besoins de vos électeurs qui pourraient être L I B R E O P I N I O N D I M I T R I R O U S S O P O U L O S * Écrivain, cofondateur du projet La Communauté Milton Parc, président fondateur du Chantier sur la démocratie de la Ville de Montréal L a question de la démocratie participative mérite d\u2019être abordée durant la campagne électorale à Montréal, après l\u2019adoption du projet de loi 122, en juin dernier, visant à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité.Dans le domaine de l\u2019urbanisme, le projet de loi permet notamment aux municipalités de se soustraire à l\u2019approbation référendaire des changements de zonage pour autant qu\u2019elles adoptent des formules de remplacement favorisant la participation publique.La participation citoyenne est d\u2019autant plus importante dans ce domaine que de nombreux intérêts gravitent autour des projets urbains, qu\u2019il s\u2019agisse de ceux des promoteurs ou de ceux des citoyens ou de la communauté tout entière.Pour que les élus puissent exercer leur arbitrage de façon éclairée, tous ces intérêts doivent pouvoir s\u2019exprimer et être pris en compte.Quelle est la position des candidats en cette matière de démocratie locale et de participation des citoyens aux décisions locales?Pour être exemptée de la procédure d\u2019approbation référendaire, une municipalité devra adopter une politique de participation publique.Le projet de loi prévoit qu\u2019un règlement ministériel encadrera la formulation de ces politiques, à partir d\u2019une série d\u2019objectifs énoncés dans le projet, tels que la transparence du processus, la consultation en amont, une information complète et compréhensible, une réelle capacité d\u2019influence des citoyens, la présence active des élus, des délais suf fi- sants, l\u2019expression de tous les points de vue, la reddition de comptes.Le ministre a mis sur pied un groupe de travail pour approfondir ces points et alimenter sa réflexion dans la préparation de son règlement.Le rappor t de ce groupe précise les concepts, mais demeure flou quant aux directives et cherche plutôt à laisser le plus de marge de manœuvre aux municipalités.Il faut reconnaître, il est vrai, qu\u2019elles sont très diverses et que les dénominateurs communs ne sont pas simples.Des engagements à prendre Le rapport énonce quand même plusieurs rubriques sur lesquelles on pourrait s\u2019attendre à ce que les municipalités prennent des engagements, par exemple les objets de la participation, les moyens d\u2019information, les délais, la crédibilité des processus, leur accessibilité pour tous les citoyens et l\u2019impartialité des démarches.Cependant, il ne vise pas un contenu minimal obligatoire.Il n\u2019envisage pas d\u2019imposer, par exemple, une audience indépendante pour les projets majeurs ou un droit d\u2019initiative citoyen.Ainsi, les citoyens risquent de devoir se fier principalement aux municipalités pour la conception de leurs politiques de participation citoyenne.Le projet de règlement sur la participation publique du ministère des Affaires municipales devrait se montrer plus ferme et moins minimaliste que le rapport du groupe de travail, pour mieux baliser cette question controversée.En attendant, la période électorale est une occasion pour les candidats aux postes municipaux de préciser leurs intentions.Toutes les municipalités sont appelées à définir de nouvelles manières d\u2019intégrer la participation publique à leurs délibérations.Les citoyens sont en droit de s\u2019attendre à des engagements formels de leur part.La Ville de Montréal dispose déjà d\u2019une politique de participation publique.Montréal considère qu\u2019elle dispose d\u2019un mécanisme très performant, l\u2019OCPM (Office de consultation publique de Montréal).Cependant, le projet de loi 122 l\u2019oblige à revoir sa politique.Et pour cause, car l\u2019abolition du référendum va laisser des vides et modifier la dynamique du recours à l\u2019Office.Il faudrait donc définir avec plus de précision les cas qui seront obligatoirement soumis à l\u2019Office.Est-ce que tous les cas actuellement soumis au référendum (principalement les changements de zonage impliquant des changements d\u2019usage ou de densité) seront automatiquement soumis à l\u2019Office ?Ou adoptera- t-on des formules simplifiées pour des projets plus modestes?Si oui, lesquelles, ?Au-delà des changements de zonage, comment cette politique permettra-t-elle d\u2019améliorer la participation des citoyens aux changements du Plan d\u2019urbanisme, aux programmes par ticuliers d\u2019urbanisme, aux grands projets urbains?La politique de participation publique de la Ville de Montréal devrait être revue à la lumière des nouvelles connaissances concernant notamment la collaboration citoyenne, la concertation en amont, les nouveaux mécanismes d\u2019encadrement rigoureux de la consultation publique, ou encore la reddition de comptes.La politique actuelle date de 2005.Il serait temps d\u2019en faire un bilan et de l\u2019actualiser.Autre question majeure : le projet de loi indique que la politique de participation publique de Montréal concernera tout son territoire ; jusqu\u2019à quel point les arrondissements seront-ils liés par cette politique ?Enfin, le projet de loi 122 exige que le nouveau projet de politique de par ticipation soit soumis à l\u2019OCPM.Comment les élus comptent-ils associer, de façon active, la population et la société civile à cet exercice?Plus largement donc, à quoi les candidats à la mairie sont-ils prêts à s\u2019engager pour améliorer la démocratie participative à Montréal ?* Ce texte est signé par les membres du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut de politiques alternatives de Montréal, dont on trouvera la liste sur nos plateformes numériques.Quel avenir pour la participation publique à Montréal ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET gravement touchés par le projet de loi C-27 et de vous lever à la Chambre des communes pour appuyer les principes que j\u2019ai mentionnés.Le projet de loi C-27 devrait être modifié pour permettre que les régimes de retraite à prestations cibles soient un nouveau type de régime de retraite à l\u2019avenir seulement et ne pas permettre que les pensions à prestations déterminées déjà gagnées puissent être changées ou affaiblies par l\u2019introduction de régimes de retraite à prestations cibles.Cordialement, Louis Lamontagne Cowansville, le 21 octobre 2017 La mauvaise conseillère À la lumière des déclarations de l\u2019écri- vaine Léa Clermont-Dion relativement à sa rencontre avec Lise Payette dans le cadre de l\u2019agression sexuelle impliquant Michel Venne, force est de constater que l\u2019ex-mi- nistre de la Condition féminine et fervente féministe depuis des décennies s\u2019est avérée une fort mauvaise conseillère.En conseillant à Léa Clermont-Dion de ne pas porter plainte contre le fondateur de l\u2019Institut du Nouveau Monde, Mme Payette, envers qui la victime avait une pleine confiance, l\u2019a ni plus ni moins manipulée en invoquant que Mme Cler- mont-Dion allait briser la carrière de l\u2019agresseur et qu\u2019« après tout, elle n\u2019avait pas été violée».Aujourd\u2019hui, soit trois ans après sa rencontre avec Lise Payette, cette dernière invoque le fait qu\u2019« on n\u2019était pas du tout dans le monde qu\u2019on est présentement », alors que, dans les faits, l\u2019écrivaine affirme que c\u2019est le mouvement « Agressions non dénoncées » qui l\u2019a incitée à parler pour une première fois de son agression en 2014.En bref, conclut Léa Clermont-Dion, « la triste vérité, c\u2019est qu\u2019elle [Lise Payette] a fait taire une victime en usant de menaces à peine voilées », une démarche inappropriée, voire condamnable.Henri Marineau Québec, le 27 octobre 2017 C\u2019 CATALOGNE Cul-de-sac indépendantiste ?GUY TAILLEFER Un grand Canadien La nouvelle biographie de Gilles Du- ceppe, intitulée Gilles Duceppe.Bleu de cœur et de regard, ravive nos souvenirs de l\u2019homme dont la phrase préférée, souvent répétée, était : «La politique du pire et la pire des politiques».M.Duceppe a ainsi tenté d\u2019améliorer le sort du Québec dans le Canada, ce qui a solidifié la fédération canadienne quand il y réussissait.Un Québec amélioré dans le Canada est plus susceptible de vouloir y rester.Il est en ef fet normal de vouloir, alors\u2026 moins en sortir.Les Canadiens anglophones l\u2019ont beaucoup apprécié pour ça.Il s\u2019est tiré dans le pied indépendantiste.Gilles Bousquet Saint-Hyacinthe, le 27 octobre 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).M A R G U E R I T E B L A I S Ex-ministre responsable des Aînés n 2007, l\u2019Assemblée nationale du Québec reconnaît la première semaine de novembre comme étant celle des proches aidants.Dix ans plus tard, on constate que quelques avancées ont été réalisées afin de mieux soutenir les proches aidants.Entre autres par le déploiement des Appuis dans les 17 régions du Québec qui proposent des services \u2014 par des subventions à des organismes \u2014 aux proches de personnes aînées particulièrement touchées par la maladie d\u2019Alzheimer.Baluchon Alzheimer reçoit une aide substantielle depuis 2008 du gouvernement du Québec afin d\u2019of frir à moindre coût du répit aux proches aidants.Les parents ayant des enfants handicapés ont vu récemment un peu de lumière au bout du tunnel grâce à une augmentation d\u2019allocation.Toutefois, cette aide n\u2019est pas suffisante.Des crédits d\u2019impôt existent, mais ils sont complexes et ne s\u2019appliquent pas à tous.Au Québec, 1,2 million de personnes prodiguent des soins à un proche sans rémunération, soit 20 % de la population.54 % sont des femmes et 46 %, des hommes.15 % des aidants sont des jeunes âgés de 15 à 24 ans.Ils s\u2019absentent souvent de l\u2019école et de jeunes adultes perdent leur emploi.Les proches aidants assument 80 % des soins à domicile, ce qui revient à dire que l\u2019État n\u2019assume que 20 % des soins.Dix ans plus tard, force est de constater qu\u2019il reste énormément de travail à accomplir afin de soutenir adéquatement les proches aidants.Ils sont épuisés et se retrouvent parfois à l\u2019urgence, malades à leur tour.La population du Québec est vieillissante.Qu\u2019attendons-nous pour que les proches aidants soient également considérés comme des patients ?Qu\u2019attendons-nous pour que ces proches possèdent un plan d\u2019intervention au même titre que la personne aidée ?Le gouvernement du Québec doit dès maintenant développer une stratégie, voire une politique de la proche aidance.Le Manitoba est la seule province canadienne à avoir légiféré (2011).Elle a adopté la Loi sur la reconnaissance des aidants naturels.C\u2019est déjà un acquis.Depuis le 1er janvier 2017, la France propose un congé \u2014 sans rémunération \u2014 d\u2019une durée de trois mois, qui est renouvelable, mais sans pouvoir dépasser un an sur l\u2019ensemble de la carrière de l\u2019employé.Un répit rémunéré d\u2019une semaine est également en vigueur et financé par l\u2019État.Je prononce des conférences sur la proche ai- dance et je vois dans la salle des gens pleurer.Ils sont au bout du rouleau.Les proches ai- dants jouent à la fois le rôle de préposé, d\u2019infirmier, parfois de pharmacien, de chauffeur.Ils règlent les factures, prennent les rendez-vous et accompagnent la personne aidée à l\u2019hôpital.Ils diminuent leurs heures de travail et, par la force des choses, cotisent moins à la Régie des rentes du Québec.Ils s\u2019appauvrissent, se rendent malades, alors qu\u2019ils expriment leur solidarité familiale.La reconnaissance d\u2019une Semaine nationale des proches aidants n\u2019est pas suffisante.Il faut désormais que nos politiciens bougent.À un an des élections, qui aura l\u2019audace de mettre en place une réelle stratégie nationale afin de soutenir adéquatement tous nos proches aidants?Une réelle stratégie nationale doit soutenir les proches aidants Alors que la campagne électorale bat son plein dans toutes les municipalités du Québec, Le Devoir a invité quelques observateurs de la politique municipale à proposer des réflexions autour de la participation citoyenne et de quelques grands enjeux.Cette série se poursuit le samedi.A N N E - M A R I E S É G U I N Professeure titulaire au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019INRS, et chercheuse responsable de l\u2019équipe VIES (Vieillissements, exclusions sociales et solidarités) elon les prévisions de l\u2019Institut de la statistique du Québec, en 2036, le pourcentage d\u2019aînés atteindra 25,9 %.Le vieillissement de la population québécoise va donc s\u2019intensifier dans les 20 prochaines années.Quels sont les principaux défis que pose cette réalité au monde municipal?Avant de répondre à cette question, il est important de préciser que toutes les personnes de 65 ans et plus ne nécessitent pas des aménagements particuliers, car une grande partie des aînés ont les mêmes besoins que les autres adultes.Ce n\u2019est que lorsqu\u2019ils ont perdu certaines capacités essentielles à leur autonomie que leurs besoins sont différents.Les quartiers de banlieue conçus pour les familles avec jeunes enfants et les déplacements automobiles ou encore les villages en voie de dévitalisation où le seul commerce restant, un dépanneur, est menacé de fermeture ne constituent certes pas des milieux de vie bien adaptés pour les aînés souffrant de certaines incapacités.Ce besoin d\u2019adaptation des milieux résidentiels a d\u2019ailleurs été reconnu par le programme Villes amies des aînés développé par l\u2019Organisation mondiale de la santé, et repris au Québec sous le nom Municipalités amies des aînés (MADA).Alors que plus de 860 municipalités québécoises ont adhéré à la démarche MADA, le thème du vieillissement est très peu présent dans les débats médiatisés entourant les prochaines élections municipales québécoises.Comment expliquer cet état de fait ?Vieillissement et rajeunissement Premièrement, il existe au Québec un discours médiatique qui présente une vision négative du vieillissement et des personnes âgées que l\u2019on associe le plus souvent à la dépendance et à un lourd fardeau financier pour la société, passant sous silence leur contribution sociétale importante en tant que proches aidants, grands- parents très présents, bénévoles, contribuables, voire travailleurs pour certains, etc.Cette vision tronquée et réductrice est susceptible de nourrir des tensions intergénérationnelles.Aussi, on peut penser que plusieurs candidats voudront éviter de s\u2019engager sur le terrain du vieillissement d\u2019autant plus que les aînés font peu entendre leur voix dans l\u2019arène municipale.Deuxièmement, au niveau municipal, la transformation relativement rapide de la structure par âge de l\u2019ensemble du Québec est doublée d\u2019une seconde transformation démographique qui a ses caractéristiques propres, c\u2019est celle des quartiers et des villages.Celle-ci peut s\u2019orienter vers un vieillissement, mais aussi vers un rajeunissement.Par exemple, les quartiers qui concentraient une importante population âgée en 1980 sont souvent beaucoup plus jeunes maintenant, les aînés ayant été remplacés par de jeunes ménages.Un des exemples les plus révélateurs de cette dynamique est celui des écoles de plusieurs quartiers montréalais qui n\u2019arrivent plus actuellement à répondre aux besoins de leur population scolaire alors que durant les années 1970 et 1980, plusieurs écoles de ces quartiers centraux ont été transformées en coopératives de logement ou en centres communautaires.En revanche, dans certaines régions du Québec, de nombreuses écoles de village ont été fermées ou sont menacées de fermeture, faute d\u2019enfants pour les peupler.Dans ces municipalités, l\u2019objectif est de conserver, voire d\u2019attirer de jeunes familles.Les enjeux de vieillissement ne sont donc pas les seuls à l\u2019avant-plan, ils peuvent être de rajeunissement dans certains milieux.Les enjeux dans une société vieillissante sont donc localement plus complexes qu\u2019il n\u2019y paraît à première vue.Approche inclusive Ces considérations m\u2019amènent à proposer une conception autre que la seule vision «monogé- nérationnelle» des enjeux locaux.Les municipalités et leurs habitants gagneraient à développer une approche inclusive, c\u2019est-à-dire qui prend en compte les besoins des différents âges, et dynamique, c\u2019est-à-dire qui considère les transformations probables du profil d\u2019âge de la population des différents milieux de vie.Un examen attentif montre d\u2019ailleurs que de nombreux aménagements qui sont associés aux personnes âgées ne répondent pas à leurs seuls besoins.L\u2019exemple des ascenseurs du métro montréalais est éloquent à ce propos.Ils servent aussi bien aux parents avec poussette, aux personnes por tant de gros paquets encombrants ou lourds, aux personnes de tous âges souffrant d\u2019une incapacité affectant la mobilité, sans compter que de nombreux aînés utilisent les escaliers.En outre, comme les modifications à l\u2019environnement bâti sont coûteuses, il serait judicieux de concevoir les bâtiments et les aménagements de manière à ce qu\u2019ils puissent être transformés ou adaptés aux transformations démographiques locales à venir, donc construire et aménager pour des usages et des usagers qui dif féreront dans le temps sur le plan de l\u2019âge.Cela peut être un peu plus coûteux à cour t terme, mais rentable à plus long terme.Les recherches sur les besoins des personnes âgées ont montré que l\u2019accessibilité aux services, commerces et équipements collectifs locaux est primordiale pour assurer leur bien-être.Une manière d\u2019y contribuer consiste à améliorer la desserte en transport collectif et à constituer un ou des pôles de services et d\u2019équipements.Or, une offre locale de transport collectif plus généreuse et la création de pôles de services et de commerces peuvent permettre de revoir les modes de transport de tous les habitants et promouvoir ainsi un développement plus durable.Créer, là où ils n\u2019ont jamais existé, des cœurs de services et d\u2019équipements à l\u2019image des anciens cœurs villageois, ou encore les dynamiser peut aussi favoriser les liens sociaux à l\u2019échelle locale, notamment entre les générations.Autrement dit, le vieillissement de la population québécoise peut être vu comme une occasion pour l\u2019ensemble des Québécois de revoir leur modèle de ville, de village et, dans les milieux moins denses, de municipalités régionales de comté.Si le vieillissement oblige les municipalités et leurs habitants à un questionnement sur l\u2019aménagement, il n\u2019est pas nécessaire que ce questionnement ne prenne en compte qu\u2019une génération.Le vieillissement peut être le prétexte pour un dialogue inclusif auquel participeraient toutes les générations et tous les types de ménages pour repenser nos villes de manière plus durable, plus solidaire et plus inclusive.Le vieillissement de la société québécoise : un enjeu municipal méconnu F R A N C I S G A R O N Professeur agrégé de l\u2019École d\u2019affaires publiques et internationales du Collège universitaire Glendon, Université York, Toronto isons-le d\u2019entrée de jeu : le projet de loi 62 poursuit des objectifs confus que le gouvernement peine à expliquer.Ce n\u2019est pas de bon augure.Cela ne veut pas dire que la réaction des médias et des élites du Canada anglais à l\u2019égard du Québec est justifiée.Et cela ne veut cer tainement pas dire que la surenchère du Parti québécois nous mènerait plus loin, bien au contraire.En fait, on a l\u2019étrange impression que tout le monde a tort.Dans ce contexte, il semble opportun de placer le débat dans une perspective plus large, puisqu\u2019il est symptomatique des problèmes associés à l\u2019immigration, à l\u2019intégration des nouveaux arrivants et au vivre-ensemble au Québec et ailleurs.La confusion des genres, l\u2019instrumen- talisation des enjeux à des fins électorales et, surtout, la difficulté pour les citoyens d\u2019évaluer les conséquences et de donner un sens aux processus migratoires sont tous des phénomènes que l\u2019on observe actuellement dans les sociétés occidentales.Sans grande surprise, la polarisation sociale et politique est à l\u2019avenant.Dans le cas du Québec, il y a d\u2019un côté ceux pour qui la neutralité de l\u2019État, le principe de laïcité et l\u2019égalité hommes-femmes sont potentiellement en danger et ne peuvent être protégés que par des actions législatives et gouvernementales fortes et d\u2019application générale.Cette position peut reposer sur un calcul politique bête, voire dangereux, indiquant que le contexte actuel permet de mobiliser une part significative de l\u2019électorat en divisant sur la base de la religion.Toutefois, cette position peut aussi reposer sur la croyance qu\u2019il est légitime pour un État de légiférer sur la base d\u2019un principe général, même si le problème ne se présente pas nécessairement avec une grande acuité au moment de légiférer.Autrement dit, on légifère avec l\u2019objectif de prévenir des problèmes potentiels.Concrètement, on peut mentionner le 87 % d\u2019appui à l\u2019égard des objectifs de la loi.Il apparaît hasardeux, dans une démocratie libérale, d\u2019affirmer que 87 % des citoyens ont tort.La situation se complique lorsqu\u2019on considère la recherche dans le domaine des politiques publiques, qui a montré que les citoyens peuvent changer leurs attitudes lorsque la perception d\u2019un enjeu passe d\u2019une conception abstraite (services publics donnés et reçus à visage découvert) à une conception plus concrète (les transpor ts en commun, les librairies).Que reste-t-il de ce 87 % lorsqu\u2019on appor te les nuances nécessaires et que l\u2019on met en lumière les difficultés d\u2019application d\u2019une telle loi ?Multiculturalisme Pour l\u2019autre camp, le racisme et la discrimination (systémique), la peur injustifiée des populations majoritaires et le non-respect de la liberté de religion sont les réels problèmes associés à l\u2019intégration et au vivre-ensemble.Aller toujours plus loin dans la reconnaissance et l\u2019acceptation, aller toujours plus loin dans le «multiculturalisme », est la seule solution possible.Pour protéger les membres les plus vulnérables des différents groupes et pour s\u2019assurer du respect des grandes normes sociales, des lois existent.Cette position peut reposer sur la croyance que la reconnaissance et l\u2019acceptation sont les piliers de l\u2019accueil, de l\u2019intégration et du vivre-ensemble, ce qui, évidemment, est tout à fait légitime.Toutefois, cette position n\u2019est pas exempte de problèmes.Elle peut aussi s\u2019appuyer sur différentes formes d\u2019instrumentalisation.La réaction du Canada anglais à l\u2019égard du projet de loi, importante pour plusieurs Québécois, est à cet égard éloquente.La tendance au Canada anglais à utiliser le Québec, ou parfois nos voisins du sud, pour se comparer avantageusement n\u2019est pas nouvelle.Cela permet de renforcer une certaine conception de l\u2019identité canadienne qui serait ouverte, tolérante, etc., lorsque comparée à d\u2019autres.Quoi qu\u2019il en soit, traiter les Québécois de racistes ne fait certainement pas progresser le débat et ne rend pas justice à la complexité des enjeux auxquels nous faisons face.Une chose est sûre, le projet de loi libéral, dans sa forme actuelle, n\u2019aidera pas les citoyens à donner un sens aux processus migratoires et à leurs conséquences, pas plus qu\u2019il ne pourra constituer un fondement solide sur lequel bâtir une réelle politique du vivre-ensem- ble pour la société québécoise.En matière de choix politiques, l\u2019urgence et la confusion ne font jamais bon ménage.PROJET DE LOI 62 L\u2019urgence et la confusion ne font pas bon ménage JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le vieillissement de la population québécoise peut être vu comme une occasion pour l\u2019ensemble des Québécois de revoir leur modèle de ville, de village et, dans les milieux moins denses, de municipalités régionales de comté.D E ÉLECTIONS MUNICIPALES S V A L É R Y G I R O U X Docteure en philosophie et coordonnatrice au Centre de recherche en éthique.Elle vient de copublier avec Renan Larue Le véganisme, dans la collection «Que sais-je?» (Puf).L es 4 et 5 novembre se tiendra la quatrième édition du Festival végane de Montréal.Si la tendance se maintient, de très nombreux badauds assisteront aux ateliers de cuisine et aux conférences prévus : il y avait 12 000 visiteurs l\u2019an dernier, contre 5000 en 2015.Le véga- nisme gagne en popularité.L\u2019inclusion récente du terme dans les dictionnaires de langue française ainsi que la prolifération récente d\u2019ouvrages sur le sujet en attestent.Qu\u2019est au juste le véga- nisme ?S\u2019agit-il d\u2019une simple diète alimentaire prisée par les hipstero-écolo-bobos ?D\u2019une mode nouvelle et passagère ?Tour ner le regard vers le passé, en par ticulier l\u2019Antiquité, offre certaines réponses.Pythagore serait né vers la moitié du VIe siècle av.J.-C., à S a m o s , u n e î l e grecque.Bien qu\u2019il n\u2019ait laissé aucun écrit et que son existence même ait pu soulever quelques doutes, il n \u2019en demeure pas moins l\u2019une des plus célèbres figures de la Grèce ancienne.C\u2019est sur tout comme mathématicien qu\u2019on le connaît, notamment grâce au fameux théorème qui por te son nom.Mais pour ses contemporains, c\u2019est à titre de philosophe qu\u2019on l\u2019admirait le plus.Pythagore se serait décrit lui-même en ef fet comme un « amoureux de la sagesse » (philosophos) plutôt que comme un sage (sophos) ; c\u2019est donc à lui qu\u2019on attribue l\u2019invention du mot «philosophie».La philosophie comme mode de vie Avant de devenir un exer c ice théo - rique et une disci - pline universitaire, la philosophie aurait été sur tout conçue comme une manière de vivre, comme une pratique transforma- tr ice .Pour l\u2019helléniste Pierre Hadot, notamment, la philosophie antique met l \u2019accent sur l \u2019 ag ir dont la réflexion et la théorie s\u2019inspirent et qu\u2019elles ont pour fonction de guider et de justifier : «Le discours philosophique doit être compris dans la perspective du mode de vie dont il est à la fois le moyen et l\u2019expression et, en conséquence [\u2026], la philosophie est bien avant tout une manière de vivre, mais qui est étroitement liée au discours philosophique.» Hadot explique ainsi qu\u2019au temps de Pythagore, la sagesse consistait non pas seulement à découvrir la vérité, mais à mener une vie juste, bonne et conforme à la doctrine professée.Dans l\u2019un de ses textes satiriques, « Vies de philosophes à vendre », Lucien de Samosate imagine un protagoniste offrant à des acheteurs de questionner à tour de rôle plusieurs philosophes pour s\u2019enquérir de leur bios (de leur façon de vivre) et être mieux à même de choisir lequel « se procurer » (c\u2019est-à-dire à quelle école philosophique se joindre).Les questions qui leur sont posées sont terre à terre : elles por tent moins sur les principes abstraits auxquels ils adhèrent que sur le genre de vie qu\u2019ils mènent.Au moment d\u2019interroger Pythagore, un acheteur demande : « Quant à ton régime, quel est-il ?» « Je ne mange rien de vivant, mais tout le reste [\u2026] » La philosophie était d\u2019abord comprise comme un exercice moral pratique imprégnant tous les gestes du quotidien.La discipline (askèsis) qu\u2019elle commandait à chacun de s\u2019imposer concernait l\u2019attitude politique, le comportement sexuel et surtout la manière de se vêtir ou de se nourrir.Le régime de Pythagore Si une lecture attentive des biographies antiques de Pythagore empêche d\u2019affirmer qu\u2019il était végétarien, la majorité des témoignages portant sur l\u2019alimentation du philosophe le laisse néanmoins penser.C\u2019est le cas de certains des plus anciens, comme celui d\u2019Arches- trate de Géla, gastronome et auteur d\u2019un livre de cuisine écrit au IVe siècle av.J.-C., dans lequel il moque ces pythagoriciens qui ont la folie de se passer de poisson ! Nombreux sont ceux qui ont dit du maître de Samos qu\u2019il refusait de consommer ce qui avait été animé (empsucha).Pour se référer à une diète exempte de chair animale, c\u2019est même du « régime de Pythagore » dont on parlait.Les pythagoriciens disaient pouvoir vivre sans faire souffrir ni ôter la vie.L a d o u c e u r d e Pythagor e envers les animaux est ensuite très souvent évoquée, que ce soit chez Platon, Ovide ou Sénèque.On dit que le philosophe évitait de leur faire du mal, qu\u2019il déplorait la violence envers eux.Et ce souci des animaux aurait eu des répercussions non seulement sur ses choix alimentaires, mais aussi sur d\u2019autres aspects de son mode de vie.Pythagore aurait condamné la chasse, refusé les sacrifices sanglants et évité le cuir et la laine.Le philosophe néopla- tonicien Jamblique rapporte qu\u2019on disait des pythagoriciens que « leurs vêtements et les couver tures de leurs lits étaient en lin, car ils n\u2019avaient pas recours à la laine», puis que leurs chaussures étaient faites d\u2019écorces d\u2019arbre.S\u2019il est impossible de démêler le vrai du faux en ce qui a trait aux pratiques du maître de Samos et de ses fidèles, on a tout de même d\u2019excellentes raisons de croire que la compassion de Pythagore envers les animaux le poussait à être au moins végétarien, et peut-être même vé- gane.Les véganes seraient-ils donc des pythagoriciens qui s\u2019ignorent ?Qu\u2019est-ce que le véganisme?Le véganisme est le mode de vie qui consiste à éviter, dans la mesure du possible, tous les produits et les services issus de l\u2019exploitation d\u2019animaux sensibles.Cela englobe les aliments qui proviennent de l\u2019élevage, de la chasse ou de la pêche, mais aussi les produits cosmétiques ou domestiques contenant des ingrédients issus d\u2019animaux, ou encore les mat ières qui proviennent de leur corps (pensons au cuir, au suède, à la fourrure ou à la laine).Les véganes rejettent en outre les sports et les autres loisirs impliquant des animaux, comme l\u2019équitation, les promenades en calèche, le rodéo, le zoo, le cirque ou les spectacles aquatiques.Ils s\u2019ef forcent, dans tous leurs choix quotidiens, de ne pas encourager les industries qui se ser vent d\u2019animaux capables de faire l \u2019expérience consciente des préjudices qu\u2019on leur cause.Le véganisme comme mouvement social et politique Les véganes, il est vrai, vantent souvent les mérites d\u2019une alimentation végétale pour la santé des êtres humains.Ils insistent également sur les bienfaits de cette diète pour l\u2019environnement (surtout celui dont hériteront les générations humaines futures).Mais leur principal objectif est ailleurs.Ils visent avant tout l\u2019affranchissement des animaux (non humains) et nous invitent donc à dépasser les préoccupations strictement anthropocentriques.Plus précisément, ils s\u2019opposent à l\u2019hégémonie carniste, c\u2019est-à-dire à l\u2019idéologie dominante selon laquelle il est naturel, normal, nécessaire et juste d\u2019exploiter des animaux.La contre-idéo- logie qu\u2019ils promeuvent est celle de la libération animale : ils militent pour l\u2019émancipation de tous les êtres sensibles.Et c\u2019est en cela qu\u2019ils forment un véritable mouvement social.Les véganes ont en ef fet une identité collect ive et des revendications communes qu\u2019ils adressent autant aux industriels qu\u2019aux décideurs politiques et à la population en général.Ils ont recours à une panoplie de tactiques pour dénoncer l\u2019exploitation animale et pour amener leurs concitoyens au véga- nisme : i ls distribuent des tracts informatifs, tiennent des blogues, publient des articles, planifient des conférences, organisent des campagnes de sensibilisation, manifestent dans la rue, filment clandestinement le traitement réservé aux animaux et diffusent les images obtenues, partagent sur les réseaux sociaux leurs recettes végétales, etc.Leur lutte est politique.On ne saurait la réduire à de simples préférences personnel les dans les choix de consommation individuels.Il n\u2019en demeure pas moins que le vé- ganisme est aussi cela : une manière de vivre.Une idéologie pratique Bien conçu, le véganisme est la mise en œuvre, au quotidien, de convictions morales et politiques.Il s\u2019agit d\u2019un engagement à vivre le plus fidèlement possible en fonction d\u2019idéaux de justice.Les vé- ganes sont des objecteurs de conscience.Ils rejettent non seulement par leur discours, mais aussi par leurs actions un système qu\u2019ils jugent oppressif.Par leur manière de se comporter, ils préfigurent la société qu\u2019ils envisagent à la place de celle qui est dominée par le carnisme : une société dans laquelle la justice ne s\u2019arrête pas aux frontières de l\u2019espèce humaine et englobe tous les êtres vulnérables.Par leurs actes les plus spectaculaires autant que par leurs gestes ordinaires de consommation, ils montrent qu\u2019il est possible de vivre en minimisant sa contribution à l\u2019exploitation animale, refusent d\u2019agir comme s\u2019il était acceptable d\u2019assujettir des animaux pour des fins humaines et visent à former une masse critique de véganes qui auront un jour, du moins l\u2019espèrent- ils, suf fisamment de pouvoir pour obtenir les changements législatifs que la justice requiert.Le véganisme est à la fois le résultat pratique d\u2019une position morale et politique, et l\u2019outil de transformation des conditions sociales nécessaires aux changements institutionnels qu\u2019elle exige.Parce que les véganes s\u2019engagent à vivre en fonction de leurs valeurs, les Anciens diraient probablement de leur mode de vie qu\u2019il est philosophique, et d\u2019eux qu\u2019ils sont des philosophes.Comme les véganes critiquent et rejettent la violence commise envers les animaux autres qu\u2019humains aussi bien qu\u2019envers les animaux humains, c\u2019est à l\u2019école pythagoricienne qu\u2019il faudrait plus précisément les associer.Le mouvement vé- gane ne semble s\u2019être constitué que récemment, mais ses racines plongent en vérité jusque dans la vieille sagesse de l\u2019illustre Pythagore.?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@le- devoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/so- ciete/le-devoir-de-philo L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 O C T O B R E 2 0 1 7 LE DEVOIR DE PHILO B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Pythagore, la source philosophique des véganes ILLUSTRATION TIFFET La douceur de Pythagore envers les animaux est très souvent évoquée, que ce soit chez Platon, Ovide ou Sénèque.On dit que le philosophe évitait de leur faire du mal, qu\u2019il déplorait la violence envers eux.MATHIEU VANDAL Valéry Giroux est docteure en philosophie.Les véganes s\u2019opposent à l\u2019hégémonie carniste, c\u2019est-à-dire à l\u2019idéologie dominante selon laquelle il est naturel, normal, nécessaire et juste d\u2019exploiter des animaux.La contre- idéologie qu\u2019ils promeuvent est celle de la libération animale : ils militent pour l\u2019émancipation de tous les êtres sensibles."]
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