Le devoir, 4 novembre 2017, Cahier B
[" Julien Tourreille sur la vulnérable démocratie américaine Page B 2 Michel David sur l\u2019héritage de René Lévesque, 30 ans après sa mort Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 La fascination pour l\u2019effet placebo, une thérapie atypique étonnamment ef?cace Page B 6 Deux ans après le très médiatisé sommet de Paris en 2015, qui a permis de conclure l\u2019accord climatique le plus ambitieux de l\u2019histoire, les pays se réunissent dès lundi pour tenter de faire progresser la mise en œuvre concrète de l\u2019entente.Une rencontre qui se tient après le retrait annoncé des États-Unis de l\u2019Accord de Paris, mais aussi dans un contexte où l\u2019engagement de la communauté internationale manque de toute évidence d\u2019ambition.COP23 Climat : passer de la parole aux actes, une mission difficile M A R I E - M I C H È L E S I O U I Correspondante parlementaire à Québec D es fuites médiatiques.Un élu arrêté et détenu pendant des heures ; sa maison fouillée et son bureau au parlement, perquisitionné.L\u2019affaire ne se déroule ni à l\u2019Assemblée nationale du Québec ni en 2017.Les évé- nements ont plutôt eu lieu en 2008, à Londres, et ils ont à l\u2019époque lancé de sérieux débats sur l\u2019immunité parlementaire.Damian Green, un conservateur aujourd\u2019hui vice-premier ministre, était alors porte-parole de l\u2019opposition en matière d\u2019immigration.Quand il a été arrêté, on lui reprochait d\u2019avoir activement tenté de persuader un fonctionnaire de révéler des informations officielles et confidentielles en provenance des bureaux du ministère de l\u2019Intérieur.Son histoire \u2014 il va sans dire \u2014 se rapproche en plusieurs points de celle du député de Chomedey, Guy Ouellette, exclu du caucus libéral et de son siège de président de la Commission des institutions au lendemain de son arrestation par l\u2019Unité permanente anticorrup- tion (UPAC), le 25 octobre.L\u2019élu québécois a été arrêté, interrogé puis relâché sans être accusé.L\u2019opération qui a mené à son arrestation concerne « le vol et la diffusion illégale» de documents policiers, vraisemblablement liés à l\u2019enquête Mâchurer sur le financement politique et l\u2019octroi de contrats publics \u2014 une opération qui s\u2019intéresse notamment à l\u2019ex-premier ministre Jean Charest et à l\u2019ex-argentier libéral Marc Bibeau.Du matériel saisi, l\u2019immunité parlementaire brandie Dans une ronde de six perquisitions, l\u2019UPAC a fouillé l\u2019appartement de Québec et la voiture du député ; elle confirme avoir en sa possession, «dans une salle d\u2019exhibit [pièces à conviction]», le matériel informatique qui a été saisi.Une fois les données extraites et le matériel placés sous scellé, « l\u2019UPAC avisera le président de l\u2019Assemblée nationale, Jacques Chagnon, qu\u2019il bénéficiera de 15 jours pour invoquer un privilège parlementaire», a déjà annoncé la porte-parole de l\u2019organisation, Anne-Frédérick Laurence.En date de vendredi, l\u2019avis n\u2019avait toujours pas été envoyé.Mais cela n\u2019empêche pas Jacques Chagnon de préparer sa riposte.« C\u2019est du matériel de l\u2019Assemblée nationale.[\u2026] Ça n\u2019appartient pas au parlementaire », a-t-il répété au cours de la semaine.Il s\u2019est dit prêt à saisir les tribunaux de l\u2019affaire si l\u2019UPAC persiste.Et c\u2019est précisément ce qui arrivera s\u2019il invoque l\u2019immunité parlementaire, atteste déjà l\u2019UPAC.« L\u2019épée de Damocles » au-dessus de la tête de Guy Ouellette, désormais relégué au recoin du Salon bleu où s\u2019assoient les indépendants, pourrait rester suspendue bien longtemps.L\u2019affaire Donahoe (1993) et l\u2019arrêt Vaid (2005), au Canada, comme l\u2019ar rêt Chaytor (2010) au Royaume-Uni, en sont les meilleurs témoins : les questions d\u2019immunité parlementaire captivent jusqu\u2019aux juges des cours suprêmes.La « tendance moderne » des tribunaux « est au rétrécissement de l\u2019immunité parlementaire », observe le professeur adjoint à la Faculté de droit de l\u2019Université de Sherbrooke Maxime St-Hilaire.Mais un réexamen de l\u2019application et de la por tée du privilège parlementaire est inévitable, ajoute Patrick Taillon, de la Faculté de droit de l\u2019Université Laval.Les téléphones et ordinateurs portables sont- ils des extensions du bureau du député ?« Je pense que la question se pose très sérieusement », répond le professeur titulaire.Immunité civile, et non pénale L\u2019immunité parlementaire fait du Salon bleu et des salles de commissions parlementaires des endroits où un député peut s\u2019exprimer librement, sans «aucune restriction à la liber té d\u2019expression » et sans risque d\u2019être poursuivi, rappelle l\u2019ex-prési- dent de l\u2019Assemblée nationale Jean- Pierre Charbonneau.L\u2019immunité est civile, sauf dans cette exception concernant la liber té de parole, puisqu\u2019elle protège les élus contre les poursuites criminelles, en diffamation ou propagande haineuse, notamment.« L\u2019autre exception prévoit que les policiers doivent obtenir l\u2019autorisation du président de la Chambre pour procéder à l\u2019arrestation d\u2019un parlementaire ou à une perquisition sur les lieux du parlement », explique le professeur St-Hi- laire.« Ce n\u2019est [donc] pas parce qu\u2019on a affaire à du matériel, ordinateur ou téléphone fourni par le Parlement, à même les budgets parlementaires, que ça relève de cette immunité et qu\u2019il faut l\u2019autorisation du président », dit-il.L\u2019affaire Boulerice \u2014 sur les envois postaux effectués par le Nouveau Parti démocratique, et sur laquelle il a travaillé \u2014 l\u2019illustre à son avis.« [Le jugement] confirme que ce n\u2019est pas parce que quelque chose relève du budget parlementaire que ça relève du privilège, et donc des immunités parlementaires », fait-il valoir.Patrick Taillon suggère plutôt de revenir aux enjeux de l\u2019af faire Donahoe, dans laquelle la Cour suprême a attesté que le président de l\u2019Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse \u2014 Arthur Donahoe \u2014 pouvait refuser de laisser entrer des caméras vidéo dans l\u2019enceinte qu\u2019il présidait, en vertu du privilège parlementaire.«On a tranché que la caméra était l\u2019équivalent du compte-rendu papier », estime le professeur Taillon.«Avant, les députés avaient des papiers dans des classeurs.Si [ça avait été le cas avec Guy Ouellette], l\u2019UPAC n\u2019aurait jamais pu y avoir accès sans l\u2019autorisation préalable du président, et le président s\u2019y serait probablement opposé», avance-t-il.Maxime St-Hilaire n\u2019est pas de cet avis.«Si ce n\u2019était pas sur les lieux du parlement, normalement, il n\u2019y a pas d\u2019autorisation à demander.M.Ouellette était assujetti au droit commun, comme tout le monde», croit-il.Qu\u2019en pense le Bureau de l\u2019Assemblée nationale?«Le président a pris cette question en délibéré et se prononcera prochainement sur le sujet », répond sa conseillère en communication, Julie Champagne.Outrage ou arrestation illégale?Là où les juristes se rejoignent, c\u2019est sur leurs questionnements quant à la validité des techniques utilisées par l\u2019UPAC, et qui ont eu pour effet d\u2019expulser Guy Ouellette du siège de président de la Commission des institutions \u2014 celle-là même à laquelle l\u2019UPAC doit rendre des comptes.Le corps policier a « obstrué le travail parlementaire » : elle s\u2019est ingérée « dans le fonctionnement quotidien de l\u2019Assemblée » en piégeant (ou en appâtant) Guy Ouellette afin qu\u2019il sor te de la salle de commission où il se trouvait dans l\u2019après-midi du 25 octobre, croit Patrick Taillon.« En faisant ça, ils ont fait un outrage au Parlement », dit-il.Au XIXe siècle, les textos envoyés à l\u2019élu pour qu\u2019il rejoigne des policiers à Laurier-Station, où il a été arrêté, auraient été l\u2019équivalent de galoper, à cheval, vers le parlement pour demander au président d\u2019en sortir, illustre-t- il.« Je m\u2019interroge sur la légalité de l\u2019arrestation [de Guy Ouellette] sans mandat », a aussi dit Maxime St-Hi- laire.Chose cer taine, le dossier contre Guy Ouellette « mourra » si l\u2019UPAC se rend compte qu\u2019elle a fait des erreurs, avance Patrick Taillon.Dans le cas de Damian Green, le dossier est bel et bien « mort ».Faute de preuves suf fi- santes, et parce que la sécurité nationale n\u2019avait pas été mise à risque par les fuites auxquelles le porte-parole de l\u2019opposition était associé, l\u2019affaire ne s\u2019était tout simplement pas rendue devant les tribunaux.Le dossier, à Londres, avait été clos avant les élections.Ici, le décompte est lancé d\u2019ici le scrutin d\u2019octobre 2018.Le Devoir Quelle immunité parlementaire ?Le cas de Guy Ouellette soulève des questions au sujet du concept JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Le député Guy Ouellette, mardi, avant de prononcer une déclaration à l\u2019Assemblée nationale à propos de son arrestation par l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC).A L E X A N D R E S H I E L D S L a 23e Conférence des parties de la Conven- tion-cadre des Nations unies sur les changements climatiques se tient cette année à Bonn, en Allemagne.Mais cette rencontre sera présidée par les îles Fidji, petit État insulaire du Pacifique-Sud qui subit déjà les impacts des bouleversements climatiques.Son premier ministre, Frank Bainimarama, a d\u2019ailleurs rappelé récemment qu\u2019au-delà des impacts majeurs anticipés au cours des prochaines décennies, le réchauf fement global pose déjà des risques directs pour les États insulaires.« Les enjeux pour nous sont extrêmement importants, spécialement pour nos amis des îles Marshall, Tuvalu et Karibati, dont l\u2019existence même est menacée.Mettre en œuvre l\u2019Accord de Paris est crucial, mais pas suffisant pour nous sauver.Nous devons aussi convaincre le reste du monde d\u2019aller encore plus loin», a-t-il déclaré dans le cadre d\u2019une rencontre préparatoire de la COP23.Aller plus loin, et rapidement.Coup sur coup au cours de la dernière semaine, de nouveaux rapports scientifiques sont effet venus mettre en lumière, encore une fois, l\u2019imminence de la crise climatique.Selon l\u2019Organisation météorologique mondiale, la concentration de CO2 dans l\u2019atmosphère a atteint un niveau record en 2016.«La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c\u2019était il y a trois à cinq millions d\u2019années : la température était de 2 à 3°C plus élevée, et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel », en raison de la fonte des nappes glaciaires, a rappelé l\u2019agence de l\u2019ONU dans son bulletin annuel sur les gaz à effet de serre.Dans un rapport publié mardi, le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement a pour sa part mis en garde contre la faiblesse des engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.Une situation qui, à défaut d\u2019être corrigée rapidement, risque d\u2019entraîner la planète sur une trajectoire climatique tout simplement «catastrophique» : un réchauffement d\u2019au moins 3 °C d\u2019ici 2100.C\u2019est le double de ce que les scientifiques estiment sécuritaire pour éviter les pires effets des bouleversements climatiques.« Un an après l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Accord de Paris, nous nous retrouvons dans une situation où les ef forts sont encore insuf fisants pour éviter un avenir misérable à des centaines de millions de personnes », a ainsi déploré son directeur général, Erik Solheim.Conférence « importante» C\u2019est dans ce contexte d\u2019urgence reconnue des 168 pays qui ont jusqu\u2019ici ratifié l\u2019Accord de Paris que s\u2019ouvre lundi la COP23 de Bonn.Un rendez-vous international qui risque pourtant de passer relativement inaperçu, surtout si on le compare à la COP21 de Paris, en 2015.Mais cette conférence n\u2019en sera pas moins cruciale pour la mise en œuvre de l\u2019accord conclu dans la capitale française, souligne Catherine Gauthier, chargée de cours à l\u2019École de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke.«C\u2019est une conférence très importante», insiste la spécialiste des négociations climatiques.C\u2019est en effet à Bonn que les pays doivent entamer le « dialogue facilitatif » devant mener à la mise en œuvre de l\u2019entente, «dans le but d\u2019augmenter le niveau d\u2019ambition, et donc d\u2019accroître les objectifs chif frés présentement sur la table».VOIR PAGE B 2 : COP23 L\u2019immunité parlementaire fait du Salon bleu et des salles de commissions parlementaires des endroits où un député peut s\u2019exprimer librement L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 L ors d\u2019auditions devant le Congrès cette semaine, des responsables de Facebook, de Twitter et de Google ont publiquement reconnu le rôle que leurs entreprises avaient joué dans la stratégie d\u2019influence mise en œuvre par la Russie lors de l\u2019élection présidentielle américaine de novembre 2016.Afin de réaliser son objectif de favoriser la victoire de Donald Trump, Moscou ne pouvait pas rêver de meilleurs alliés que les réseaux sociaux.Les chiffres avancés sont éloquents.Des officines plus ou moins directement liées au pouvoir russe auraient diffusé plus de 1000 vidéos sur YouTube, envoyé plus de 131 000 tweets et acheté des milliers de publicités politiques ayant touché plus de 126 millions d\u2019utilisateurs de Facebook.Dans ce contexte, il est tout à fait légitime que les représentants du peuple américain forcent les médias sociaux à s\u2019interroger sur leurs responsabilités dans la vie politique et envisagent d\u2019encadrer plus rigoureusement leurs activités.Une opinion publique vulnérable à la propagande Plus fondamentalement, l\u2019élection de 2016 souligne la remarquable vulnérabilité de la démocratie américaine face à des manœuvres de propagande et de désinformation.Ce phénomène n\u2019est cer tes pas nouveau.Il s\u2019inscrit néanmoins dans une dynamique plus large qui voit depuis quelques années les régimes autoritaires tenter de déstabiliser les démocraties occidentales.La propagande et la désinformation apparaissent comme des composantes clés, au même titre que les tactiques miliaires, de stratégies globales mises en œuvre par des adversaires des États-Unis afin de cibler une opinion publique identifiée comme une vulnérabilité critique.Par exemple, les insurgés philippins tentèrent d\u2019influencer l\u2019élection présidentielle de 1900 en dénonçant les exactions commises par les troupes américaines.Ils disposèrent même de relais parmi des influenceurs tels Mark Twain ou Andrew Carnegie, qui dénonçaient la politique d\u2019annexion du président McKinley.La guerre du Vietnam constitue un cas d\u2019école tant le régime nord-vietnamien fut particulièrement habile dans sa stratégie de manipulation de l\u2019opinion publique américaine.L\u2019usage de boucliers humains, l\u2019exploitation des règles d\u2019engagement pour augmenter les pertes chez les militaires américains autant que celles infligées par ceux-ci au sein des populations civiles, la propagation de fausses informations relayées par des vedettes comme Jane Fonda ou même des journalistes du respecté New York Times contribuèrent significativement au mouvement d\u2019opposition à la guerre et à la défaite des États-Unis.De toute évidence, les progrès dans les technologies de communication facilitent la mise en œuvre et la portée des opérations de propagande.Faciles d\u2019utilisation et irresponsables dans la mesure où ils rechignent à assumer un contrôle des contenus qu\u2019ils diffusent, les médias sociaux en deviennent naturellement un vecteur privilégié.D\u2019autant plus qu\u2019aux États- Unis, ils constituent une source d\u2019information pour environ les deux tiers des adultes.Une menace existentielle pour les démocraties Il est vrai qu\u2019utiliser les meilleurs outils pour tenter d\u2019influencer la vie politique d\u2019un autre État n\u2019a rien de fondamentalement nouveau.Au demeurant, les démocraties, États-Unis en tête, ne sont pas en reste en la matière et il n\u2019y aurait rien d\u2019injuste ou d\u2019inquiétant à les voir subir à l\u2019occasion leur propre médecine.La situation actuelle est néanmoins préoccupante.Comme l\u2019a récemment démontré Thors- ten Benner dans la revue Foreign Affairs, la volonté de Moscou d\u2019interférer dans l\u2019élection américaine de 2016 s\u2019inscrit dans une tendance plus large qui voit les régimes autoritaires déployer des stratégies d\u2019influence de plus en plus sophistiquées.Ils visent ainsi deux objectifs principaux.D\u2019une part, ils visent à contrecarrer ce qu\u2019ils perçoivent comme une hostilité chez les démocraties libérales occidentales à leur endroit et donc à assurer leur survie.D\u2019autre part, ils tentent d\u2019imposer des valeurs moins libérales à un nouvel ordre international en gestation afin de préserver leurs zones d\u2019influence et/ou leur modèle de gouvernance.Pour atteindre ces deux objectifs, ils cherchent à discréditer les démocraties occidentales, notamment leurs processus électoraux, et à créer des dissensions en leur sein et entre elles.Moribonds il y a à peine deux décennies, les régimes autoritaires apparaissent aujourd\u2019hui renforcés et déterminés à affaiblir les États occidentaux.Moins évidente que le terrorisme islamiste, cette menace n\u2019en est pas moins existentielle.Ce n\u2019est pourtant pas l\u2019actuel locataire de la Maison-Blanche qui pourra être le porte- étendard de la contre-attaque qu\u2019il conviendra de mener.Facebook et la vulnérabilité de la démocratie américaine G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É C er tains maires bloquent l\u2019accès aux conseils municipaux.D\u2019autres refusent de répondre aux questions des médias.Jean Tremblay, lui, a trouvé en 2014 un mot pour exprimer succinctement ce qu\u2019il pensait des journalistes : des «cruches».Ainsi les relations du maire sortant de Sague- nay \u2014 il ne se représente pas cette année \u2014 avec les médias furent-elles passablement houleuses durant son long règne.En 2010, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) en avait d\u2019ailleurs fait l\u2019une des vedettes de son dossier noir de l\u2019information municipale.«Ma job, c\u2019est pas de satisfaire les journalistes, c\u2019est de satisfaire les citoyens», avait-il répliqué.Il y arrivait visiblement : M.Tremblay fut réélu en 2013\u2026 et a continué d\u2019alimenter le fil des dénonciations de la FPJQ.Entre autres en avril 2016, quand il a suggéré à une journaliste de lui «dire des choses gentilles [\u2026] dans le creux de l\u2019oreille» si elle voulait qu\u2019il réponde à ses questions.«C\u2019est aberrant de penser à la manière dont le maire a traité les demandes des journalistes, sa façon de ne pas répondre ou de détourner les questions », disait jeudi en entretien Luc Des- biens, le directeur de campagne de celle qui semble favorite pour remplacer M.Tremblay, Josée Néron.Mais au-delà de son cas largement commenté, Jean Tremblay est loin d\u2019être seul dans le camp des réfractaires à la présence des médias en région.«La réalité, en dehors de Montréal, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas rare de tomber sur des conseils municipaux qui continuent à avoir une mentalité de \u201con ne veut pas de médias\u201d, souligne l\u2019actuel président de la FPJQ, Stéphane Giroux.Ça existe encore trop et ça reste des obstacles au droit du public à l\u2019information.» Parce qu\u2019au-delà de relations personnelles tendues avec les médias, il y a souvent ceci de plus significatif : un accès difficile à l\u2019information et aux assemblées des conseils municipaux.La FPJQ répertorie ainsi une vingtaine de municipalités qui interdisent la captation des séances aux journalistes.Dans une dizaine d\u2019autres, les journalistes peuvent filmer, mais pas les citoyens.« Il y a un problème important de transparence dans le monde municipal, estime Danielle Pi- lette, professeure à l\u2019UQAM et spécialiste de la gestion municipale.Et quand il y a un problème d\u2019accès à l\u2019information \u2014 par exemple parce que les séances du conseil ne sont pas diffusées \u2014, ça touche directement les citoyens.» Contre-pouvoirs Même écho auprès de Laurence Bherer, pro- fesseure de science politique à l\u2019Université de Montréal qui s\u2019intéresse aux enjeux de pratique démocratique.«C\u2019est révélateur d\u2019un problème plus large, dit-elle.Dans une démocratie, le rôle des contre-pouvoirs est essentiel.Or, au municipal, il y a une spécificité qui fait en sorte que l\u2019opposition est souvent plus faible qu\u2019il ne le faudrait.Ça bouge beaucoup, les partis sont des coquilles plus que des formations.Il n\u2019y a pas non plus de vérificateur général dans les petites municipalités.» Et donc ?« Ça entraîne une dynamique qui laisse entre les mains des journalistes le rôle de l\u2019opposition, ajoute-t-elle.Et celui-ci ou celle-ci se retrouve la plupart du temps le seul de sa gang \u2014 c\u2019est le contraire de ce qui se passe au niveau provincial ou fédéral.Alors, s\u2019il fait un article pour amener de l\u2019information aux citoyens, c\u2019est souvent mal reçu par l\u2019administration municipale, comme si c\u2019était une opposition partisane, alors qu\u2019il cherche à jouer son rôle de journaliste.» Dit autrement : «La faiblesse de l\u2019opposition a Gare aux méchants journalistes ! En région, les relations tendues entre médias et mairies nuisent-elles à la vie démocratique ?Selon Mme Gauthier, les délégations sont d\u2019ailleurs conscientes qu\u2019elles doivent parvenir d\u2019ici 2020 à une bonification des engagements en matière de réduction des émissions de gaz à ef fet de serre.« Nous ne sommes pas sur la bonne voie», rappelle-t-elle.Pour espérer limiter le réchauffement à 2 °C, le Groupe intergouvernemental d\u2019experts sur l\u2019évolution du climat (GIEC) évalue qu\u2019il faudra réduire les émissions de 40 à 70 % entre 2010 et 2050.Catherine Gauthier n\u2019y voit pas nécessairement une mission impossible, mais certainement une mission dif ficile.« On peut le faire, mais nous sommes en moins bonne posture que si nous avions agi il y a de cela 5 ou 10 ans.La fenêtre d\u2019opportunité se referme de plus en plus, et de façon dangereuse.Nous pouvons être relativement pessimistes sur la suite des choses, parce que nous avons pris énormément de retard.» Un point de vue partagé par le directeur principal d\u2019Équiterre, Steven Guilbeault.Au-delà de l\u2019enjeu central des gaz à effet de serre, Mme Gauthier affirme que la présidence des îles Fidji sera l\u2019occasion de mettre en lumière la question des fonds promis dès 2009 aux pays les plus pauvres, pour leur permettre de financer des infrastructures énergétiques propres et de s\u2019adapter aux impacts du réchauffement.En théorie, les montants globaux doivent atteindre 100 milliards de dollars par année, dès 2020.Mais selon les estimations disponibles, le financement promis ne dépasserait pas, pour le moment, les 67 milliards.Et c\u2019est sans compter les demandes pour les « pertes et dommages » subis par les pays pauvres en raison des impacts des bouleversements climatiques.« Les grands pays ont une responsabilité dans ces dégâts.Ils doivent payer et ils vont le faire», prévenait d\u2019ailleurs cette semaine le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Me- zouar, président de la COP22.Une option rejetée en bloc par les États les plus riches.L\u2019effet Trump Ces mêmes pays, qui ont été nombreux à adhérer au mouvement qui a permis de conclure l\u2019accord non contraignant de Paris, se trouvent aujourd\u2019hui à devoir composer avec le retrait annoncé des États-Unis, le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète.Ce pied de nez du gouvernement de Donald Trump ne devrait toutefois pas freiner les négociations, selon Ben Rhodes, ancien proche conseiller de Barack Obama.« Je pense que le reste du monde va tout simplement continuer avec l\u2019Accord de Paris et attendre de voir ce qui se passera aux États-Unis en 2020 », a-t-il résumé récemment, en entrevue à l\u2019Agence France-Presse.Il est vrai que le retrait formel ne pourra pas intervenir avant trois ans, soit en pleine année électorale américaine.M.Rhodes a toutefois admis qu\u2019il se pourrait que « les autres pays se montrent moins ambitieux dans leurs engagements et la mise en œuvre de ces derniers en brandissant l\u2019excuse du départ des États-Unis ».M.Guilbeault juge lui aussi que ce retrait américain a eu un effet sur l\u2019ambiance générale, sans toutefois mettre à mal l\u2019ensemble du processus.« Une partie du vent d\u2019optimisme qui souf flait sur Paris s\u2019est essoufflée, ne serait-ce qu\u2019en raison de l\u2019annonce du gouvernement Trump.Mais on sent quand même que plusieurs grands acteurs internationaux, dont la Chine ou l\u2019Europe, poursuivent leurs efforts.» La rencontre de Bonn permettra d\u2019ailleurs d\u2019entrevoir jusqu\u2019à quel point les pays qui ont ratifié l\u2019Accord de Paris sont prêts à agir pour sa mise en œuvre.Et en ce sens, insiste Steven Guilbeault, le Canada a lui aussi encore beaucoup à faire pour passer de la parole aux gestes.La commissaire à l\u2019environnement Julie Gelfand constatait elle-même, le mois dernier, que le gouvernement de Justin Trudeau n\u2019a pas encore mis en œuvre les mesures qui permettront d\u2019atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixés en 2016.Des objectifs qui sont, par ailleurs, les mêmes que ceux du précédent gouvernement de Stephen Harper.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 COP23 MOHAMED ABDIWAHAB AGENCE FRANCE-PRESSE Une période de sécheresse en Somalie, en 2016, a grièvement af fecté les troupeaux.CAPTURE D\u2019ÉCRAN VILLE DE SAGUENAY Le maire Jean Tremblay, pendant le conseil municipal de Saguenay le 2 octobre dernier.Sous son administration, les conseils municipaux ont été déplacés de 19h à midi.un effet sur les journalistes, et par ricochet sur les citoyens», dit Mme Bherer.Des entraves\u2026 La liste des entraves à la circulation de l\u2019information est variée.« On reçoit régulièrement des appels de journalistes d\u2019hebdos ou de radios en région qui nous disent qu\u2019ils font face à des pressions incroyables de la par t de leurs conseils municipaux, dit Stéphane Gi- roux à la FPJQ.Par fois, ce sera de compliquer l\u2019accès aux élus.Ailleurs, c\u2019est de menacer de retirer les publicités de la ville dans le journal », un geste qui a son ef fet dans le contexte de crise qui affecte les médias.Les partis d\u2019opposition se heurtent aussi à des pratiques qu\u2019ils jugent non démocratiques.À Saguenay, l\u2019administration Tremblay a décidé au début du dernier mandat que les conseils municipaux se tiendraient désormais\u2026 à midi.« Ils trouvaient ça contraignant le soir, soutient Luc Desbiens.Mais un conseil à midi, ça veut dire que les gens qui travaillent dans le jour ne peuvent pas assister aux séances et poser des questions sur des sujets qui ont un impact sur leur vie.» «C\u2019est clair que ce changement d\u2019horaire n\u2019était pas au bénéfice des citoyens, dit-il.Et c\u2019est aussi clair qu\u2019une gestion comme ça ne favorise pas la participation des citoyens à la vie démocratique municipale.» Le parti de Mme Néron propose de ramener le tout à 19h, ce qui est la norme au Québec.En Estrie, le problème est autre : les séances du conseil municipal sont télédif fusées, mais un montage est fait par le service des communications de la Ville pour que le tout n\u2019excède pas une heure.Pour le parti Sherbrooke Citoyen, c\u2019est un problème.« On a droit à un résumé des séances, note Évelyne Beaudin, candidate à un poste de conseillère.Cette politique-là permet forcément un jugement arbitraire.On a posé beaucoup de questions au conseil sur un projet controversé durant le dernier mandat, et on était toujours coupé au montage.» L\u2019administration du maire Bernard Sévigny \u2014 un ancien journaliste qui a suscité lui aussi plusieurs interventions de la FPJQ \u2014 a accepté de mettre en ligne une version audio intégrale des séances du conseil.Sherbrooke Citoyen promet pour sa part une diffusion vidéo intégrale des séances sur le Web.«À mon sens, c\u2019est absolument fondamental d\u2019avoir accès à cette information, dit Mme Beaudin.C\u2019est une question de principe démocratique primaire.La Ville décide actuellement de ce qu\u2019elle veut montrer, ou pas.Je veux bien que Sherbrooke fasse mieux que plusieurs municipalités, mais on n\u2019est pas obligé de se comparer aux pires.» Changer la loi Pour régler le problème d\u2019accès aux conseils municipaux pour les caméras, Stéphane Giroux croit qu\u2019une intervention musclée du ministère des Affaires municipales et de l\u2019Occupation du territoire (MAMOT) s\u2019impose.« Ce sera toujours une relation tendue tant que le ministère n\u2019imposera pas des lignes à suivre auprès des municipalités », dit-il.La FPJQ demande depuis longtemps que le droit des journalistes à assister et à enregistrer les séances de conseil municipal soit enchâssé dans la Loi sur les cités et villes.« La présence de caméras durant les conseils municipaux n\u2019est pas spécifiquement encadrée par les lois municipales », reconnaît le ministère.Dans l\u2019attente, le commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu un avis disant qu\u2019un appareil d\u2019enregistrement dans un conseil municipal n\u2019est pas de nature à nuire au décorum.Le Devoir «Quand il y a un problème d\u2019accès à l\u2019information \u2014 par exemple parce que les séances du conseil ne sont pas diffusées \u2014, ça touche directement les citoyens» JULIEN TOURREILLE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 T rente ans après sa mort, il est remarquable de voir à quel point il est facile de se réclamer de René Lévesque, peu importe la famille politique à laquelle on appartient.Dans l\u2019hommage qu\u2019ils lui ont rendu jeudi à l\u2019Assemblée nationale, aussi bien le premier ministre Couillard que François Legault et Jean-François Lisée l\u2019ont présenté comme un modèle.Sans surprise, M.Couillard, qui ne l\u2019a jamais rencontré, a surtout vu en lui le défenseur des droits des minorités, dont il se veut lui-même le champion.Quand Bernard Drainville avait présenté sa charte des valeurs, le chef du PLQ s\u2019était empressé d\u2019invoquer la mémoire du père fondateur du PQ, dont il accusait le gouvernement Marois de trahir l\u2019héritage, oubliant commodément que des gens de son propre parti avaient jadis qualifié la loi 101 de nazie.M.Couillard a tout de même jugé préférable de laisser à Jean-François Lisée le soin de souligner ce que le chef du PQ a appelé la « soif d\u2019intégrité permanente» de M.Lévesque, qui s\u2019était traduite par l\u2019adoption de la Loi sur le financement des partis politiques.Encore aujourd\u2019hui, cette quête de l\u2019intégrité demeure au cœur du débat politique québécois comme nulle part ailleurs au Canada.François Legault, qui dit devoir à René Lé- vesque son propre engagement en politique, à l\u2019âge de 15 ans, a surtout souligné les qualités qu\u2019il aime lui-même s\u2019attribuer.Le chef de la CAQ se veut lui aussi un « homme proche du peuple», doublé d\u2019un «pragmatique».Gabriel Nadeau-Dubois, qui n\u2019était pas né quand M.Lévesque est décédé, a plutôt souligné sa « ferveur progressiste » et l\u2019empreinte qu\u2019il a laissée sur la société québécoise «à coups de grandes mesures allant dans le sens de la justice sociale».?Tout cela est vrai, mais ce n\u2019est qu\u2019une partie de l \u2019histoire.Ceux qui ont chanté ses louanges mardi n\u2019ont pas assisté au douloureux dépar t du héros vaincu, qui, depuis la « nuit des longs couteaux », semblait por ter sur ses épaules le poids de la défaite de tout un peuple.Un spectacle si déprimant que même les militants péquistes avaient hâte de le voir partir.Cette douleur fait aussi partie de l\u2019héritage de René Lévesque.« Il nous aura menés aux portes de l\u2019indépendance », a dit le député de Gouin.Ses compagnons de route avaient cependant été consternés de le voir faire le pari du «beau risque», dans lequel ils ne voyaient pas un simple repli stratégique en attendant des jours meilleurs.Jacques Parizeau avait claqué la porte après avoir lu le texte dans lequel M.Lévesque évoquait à l\u2019imparfait cette souveraineté « à laquelle nous croyions».Camille Laurin l\u2019accusait d\u2019avoir sacrifié son idéal à ce qu\u2019il appelait la «libido du pouvoir».M.Couillard a fait erreur quand il a situé au soir du référendum du 20 mai 1980 sa célèbre déclaration : «On n\u2019est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme en grand peuple.» C\u2019est plutôt à l\u2019annonce de la victoire-sur- prise du 15 novembre 1976 qu\u2019il a prononcé ces mots.Quatre ans plus tard, son « à la prochaine» semblait nettement plus perplexe.?La quasi-victoire de 1995, due à la conjoncture exceptionnelle créée par le rejet de l\u2019accord du lac Meech, en a convaincu plusieurs que le temps allait finalement donner raison au Lévesque de 1976.Avec le recul, cette période fait plutôt figure de parenthèse.Si Jean-François Lisée a réussi à convaincre une majorité de militants péquistes de reporter la tenue d\u2019un troisième référendum à un hypothétique deuxième mandat, sous prétexte qu\u2019il est plus urgent de chasser les libéraux, c\u2019est qu\u2019ils savaient bien que les résultats risquaient fort de ressembler à ceux de 1980.On n\u2019en finit plus de chercher des raisons à la désaf fection pour le projet souverainiste, malgré l\u2019incompréhension croissante entre les «deux solitudes» et l\u2019inéluctable diminution du poids démographique et politique du Québec dans l\u2019ensemble canadien.Même si les moins de 50 ans n\u2019ont pas gardé le souvenir de la chute de René Lévesque, la crainte d\u2019un nouvel échec référendaire hante l\u2019imaginaire collectif.Et le plus sûr moyen de ne pas perdre est de ne pas jouer.On parle rarement du « Projet d\u2019accord constitutionnel » que l\u2019ancien premier ministre avait fait parvenir à son nouveau vis-à-vis fédéral, Brian Mulroney, en mai 1985, un mois avant sa démission.Même si un arrangement de ce genre eût rallié \u2014 et rallierait encore \u2014 une majorité de Québécois, il savait très bien que son document serait expédié directement aux archives.Il est tentant de penser qu\u2019il cherchait et qu\u2019il a réussi à engager son successeur, Robert Bourassa, dans une démarche vouée à l\u2019échec, mais les nouveaux vendeurs d\u2019illusions constitutionnelles pourraient tout aussi bien en arriver à se présenter comme les enfants du « beau risque ».René Lévesque fait maintenant partie du patrimoine collectif.mdavid@ledevoir.com Lévesque en héritage MICHEL DAVID M A R C O F O R T I E R I l semble loin, le temps où des commandos d\u2019étudiantes placardaient des autocollants contre le harcèlement sexuel sur les portes de bureau de professeurs décrits comme ayant les mains baladeuses.C\u2019était il y a trois ans, dans la foulée de l\u2019affaire Gomeshi.Dégoûtées par la loi du silence entourant le harcèlement sexuel, des étudiantes de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) avaient pris les grands moyens pour crier leur détresse : elles avaient dénoncé des profs de façon anonyme \u2014 et fort peu discrète \u2014 sur Facebook et sur les murs du campus.C\u2019était un peu la loi de la jungle.Les universités donnaient l\u2019impression de tout faire pour étouffer les scandales de nature sexuelle.Les « survivantes», comme elles s\u2019appellent, se heurtaient à un mur.Elles estimaient qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019endroit où porter plainte et personne pour mener des enquêtes sérieuses \u2014 malgré l\u2019existence de bureaux de prévention du harcèlement sur la plupart des campus.Les étudiantes craignaient de subir des représailles si elles brisaient l\u2019omertà.Les professeurs visés par ce lynchage public, eux, risquaient d\u2019être jugés et condamnés par la communauté universitaire avant même d\u2019avoir pu dire un mot pour se défendre.Électrochocs De toute évidence, les violences sexuelles restent un tabou tenace, tant sur les campus qu\u2019à l\u2019extérieur.Les victimes « d\u2019inconduite sexuelle » portent encore un lourd fardeau.Au Québec comme ailleurs.Les hommes et les femmes ayant dénoncé Harvey Weinstein, Éric Salvail et Gilbert Rozon ont tous raconté le calvaire et les tourments qui guettent les victimes.Mais depuis l\u2019épisode des autocollants dénonciateurs sur les murs de l\u2019UQAM, en octobre 2014, une série d\u2019électrochocs a frappé les campus.La plus vaste enquête jamais menée sur les violences sexuelles dans les universités québécoises \u2014 par le Département de sexologie de l\u2019UQAM \u2014 a révélé que plus d\u2019une étudiante sur trois est victime d\u2019inconduite sexuelle.Les établissements n\u2019ont eu d\u2019autre choix que de reconnaître l\u2019ampleur du problème.La ministre de l\u2019Enseignement supérieur, Hélène David, a forcé les cégeps et les universités à faire leurs devoirs et à préparer une vraie politique de lutte contre les violences sexuelles.Elle a déposé cette semaine le projet de loi no 151 qui oblige aussi tous les établissements à encadrer les relations intimes entre profs et étudiants \u2014 le plus souvent des étudiantes.Tout le monde s\u2019entend désormais pour dire que les inconduites sexuelles sont un fléau.Il reste à voir si la ministre David ira plus loin que les vœux pieux pour en venir à bout.« Avec le projet de loi, les universités ne peuvent plus rester à ne rien faire.C\u2019est une bonne nouvelle.Il manque quand même un petit quelque chose : des sanctions pour les agresseurs et davantage de transparence dans les enquêtes », dit Annie Girard, intervenante au Centre d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Trêve pour elles, établi dans le quartier Hochelaga.Autodéfense et discussions Les victimes d\u2019inconduite sexuelle, dont celles ayant témoigné dans une enquête du Devoir en mars dernier, racontent toutes la même chose.Après avoir porté plainte, elles restent mal informées de la suite du processus.La personne montrée du doigt comme le harceleur a-t- elle reconnu sa faute?A-t-elle eu des sanctions?Impossible de le savoir pour des raisons de confidentialité, souligne Annie Girard.C\u2019est une des failles du projet de loi, selon elle.L\u2019emploi du temps d\u2019Annie Girard a changé cet automne: l\u2019UQAM a conclu une entente avec le CALACS Trêve pour elles, qui assure la présence de cette intervenante sur le campus.Elle occupe un bureau où quiconque a subi une « inconduite sexuelle» peut venir chercher de l\u2019aide.Sa mission : accompagner les victimes dans les méandres du système de plainte de l\u2019UQAM \u2014 le Bureau d\u2019intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) \u2014 et du système judiciaire, au besoin.L\u2019UQAM et les autres universités jointes par Le Devoir (Université de Montréal, McGill, Concordia) ont toutes un bureau chargé d\u2019arbitrer les plaintes pour harcèlement ou intimidation.Pour faire suite au projet de loi déposé cette semaine par la ministre David, toutes les universités doivent mettre en place des politiques et des services spécifiquement pour les victimes de violences sexuelles.Depuis l\u2019électrochoc de l\u2019affaire Gomeshi, les universités ont toutes mis sur pied ou appuyé une série d\u2019autres mesures pour lutter contre les inconduites sexuelles.Un exemple parmi d\u2019autres : la « Semaine féministe pour le respect » prendra place dans les prochains jours à l\u2019initiative du Syndicat des étudiants et étudiantes em- ployé-e-s de l\u2019UQAM.Atelier d\u2019autodéfense, discussion sur le sexisme, projection du documentaire The Hunting Ground, sur les scandales sexuels dans les campus américains\u2026 «Une des pistes de solution, c\u2019est de mieux expliquer la notion de consentement », dit Annie Girard.La campagne «Sans oui c\u2019est non», qui tapisse les murs de 17 universités et de 29 cégeps, résume l\u2019affaire : sans consentement, c\u2019est une agression, rappelle la campagne, qui a pris naissance en 2014 à l\u2019Université de Montréal.Des moyens limités Les cégeps ont beau avoir embarqué dans cette campagne, ils ont des moyens limités par rapport aux universités.« Le projet de loi de la ministre David nous impose des obligations, mais est-ce qu\u2019on a les moyens de nos ambitions?» dit Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps.La ministre David a alloué 23 millions de dollars sur cinq ans pour aider les établissements d\u2019enseignement supérieur à mettre en place des politiques de lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles, au mois d\u2019août dernier.La Fédération calcule que ça représente 20 000 $ par année par cégep.C\u2019est bien peu pour les petits cégeps, notamment en région, qui peuvent difficilement créer un nouveau bureau assorti de personnel pour prendre les plaintes et mener les enquêtes sur les cas d\u2019inconduite sexuelle, estime Bernard Tremblay.En entrevue éditoriale au Devoir, lors de la rentrée scolaire, il a soutenu que le personnel déjà en place dans des cégeps pourrait se charger des plaintes et des enquêtes pour inconduite sexuelle.Les « sur vivantes » de harcèlement et d\u2019agressions sexuelles, de leur côté, ont applaudi au projet de loi de la ministre David cette semaine.Mais elles comptent suivre de près les cégeps et les universités pour s\u2019assurer qu\u2019au-delà des beaux mots, les victimes puissent vraiment se faire entendre.Et éviter l\u2019impunité des harceleurs et des agresseurs.Le Devoir Violences sexuelles : briser la loi du silence Le projet de loi 151 est un pas dans la bonne direction.Les victimes seront-elles entendues ?MICHAËL MONNIER LE DEVOIR La plus vaste enquête jamais menée sur les violences sexuelles dans les universités québécoises \u2014 par le Département de sexologie de l\u2019UQAM \u2014 a révélé que plus d\u2019une étudiante sur trois est victime d\u2019inconduite sexuelle.Avec le projet de loi, les universités ne peuvent plus rester à ne rien faire.C\u2019est une bonne nouvelle.Il manque quand même un petit quelque chose : des sanctions pour les agresseurs et davantage de transparence dans les enquêtes.Annie Girard, intervenante au Centre d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) « » Peu importe la couleur politique, tout le monde se réclame de René Lévesque À la veille des élections municipales, Le Devoir poursuit dans la tradition éditoriale en exprimant son choix pour la mairie de Montréal.Denis Coderre, avec un sérieux bémol.enis Coderre a cette fâcheuse habitude de tout ramener à lui.Son meilleur argument au soutien d\u2019un deuxième mandat ?Il a remis Montréal « sur la carte » après une décennie de noirceur, de corruption et de collusion sous l\u2019administration Tremblay.Vrai que Montréal n\u2019est plus la ville ouverte qu\u2019elle était en matière de gestion contractuelle.Mais comme le rappelle dans nos pages le maire par intérim Laurent Blanchard, qui avait pris la relève après la chute successive de Gérald Tremblay et de Michael Applebaum, une coalition regroupant tous les partis avait géré la Ville pendant cinq mois, permettant à M.Coderre d\u2019emménager dans «une maison propre» au lendemain des élections de 2013.La création du Bureau de l\u2019inspecteur général (BIG) reste le meilleur coup de M.Coderre.La concentration anormale de contrats publics entre les mains d\u2019une clique d\u2019entrepreneurs n\u2019est plus aussi forte que jadis en raison d\u2019un effort concerté du BIG, de l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC), de l\u2019Autorité des marchés ?nanciers (AMF), des journalistes d\u2019enquête et de l\u2019administration Co- derre.Par contre, les relents de collusion qui subsistent devraient inciter le maire à plus de modestie.Son fameux «?ltre Coderre» est loin de la perfection, et il n\u2019explique pas à lui seul l\u2019assainissement des mœurs.Cet effort collectif est trop important pour permettre à un seul homme de s\u2019en attribuer le mérite.?Les électeurs québécois, du moins ceux qui daignent voter aux élections municipales, font preuve d\u2019une grande prudence.Près de 80 % des maires sortants sont réélus pour un deuxième mandat.La question centrale ne consiste donc pas à se demander si Denis Coderre mérite un deuxième mandat, mais plutôt à s\u2019interroger sur les raisons qui nous amèneraient à le priver de ce privilège.Quel maire imparfait ! Sous sa façade tout en bonhomie, Denis Coderre est un politicien roublard, allergique à la critique, centralisateur et revanchard.Son aventure dans la Formule E est pitoyable.Non seulement a-t-il indisposé les citoyens et les commerçants de Ville-Marie, mais il est encore incapable, au moment d\u2019écrire ces lignes, de fournir le bilan complet des coûts et béné- ?ces de ce vroum vroum électrique pour les Montréalais.Sa proximité avec le promoteur Evenko, symbolisée également par l\u2019abattage de 1000 arbres au parc Jean-Drapeau, sans consultation, pour y aménager un amphithéâtre dit «naturel», suscite la mé?ance.Sera-t-il au service des intérêts privés ou des Montréa- lais?Ces craintes sont d\u2019autant plus légitimes que Denis Coderre se prononce pour le ?nancement public d\u2019une équipe de baseball professionnel, un projet qu\u2019il a l\u2019intention de soumettre à la consultation à une date ultérieure, sans pour autant promettre un référendum en bonne et due forme.Les Montréalais n\u2019ont pas à payer pour les lubies du maire.Ce serait une insulte de leur demander de ?nancer les projets d\u2019une bande de millionnaires qui veulent regarder d\u2019autres millionnaires courir, frapper et attraper des balles.Au strict minimum, il faudra tenir un référendum, en mettant sur la table toutes les cartes, y compris l\u2019analyse des coûts et des béné?ces pour la Ville de Montréal.Valérie Plante chauffe Denis Coderre.Sur le plan de l\u2019image, la chef de Projet Montréal a mené une campagne sans faute.Elle a comblé son dé?cit de notoriété par rapport à M.Coderre en faisant preuve d\u2019une spontanéité et d\u2019un sens de la répartie qui tranchent avec la mine renfrognée af?chée par l\u2019omnimaire dans la dernière partie de la campagne.Si jamais elle arrive à causer la surprise dimanche, elle ne fera pas une mauvaise mairesse, bien au contraire.Le problème n\u2019est pas là.En 2017 comme en 2013, Projet Montréal n\u2019a guère d\u2019autres préoccupations que l\u2019aménagement du territoire et la mobilité durable.Mme Plante n\u2019a pas de cadre ?nancier.Son projet de ligne rose du métro tient davantage de l\u2019hyperbole que du réalisme.Son candidat désigné pour assumer la présidence du comité exécutif, le maire du Sud-Ouest Benoit Dorais, suscite peu d\u2019engouement dans les milieux d\u2019affaires.À part quelques exceptions, Mme Plante ne béné?cie pas d\u2019une équipe du tonnerre et d\u2019une vision globale pour l\u2019économie de Montréal.?L\u2019envergure d\u2019un homme ou d\u2019une femme politique se mesure à celle de son entourage, dit l\u2019adage.À ce chapitre, Denis Coderre n\u2019a de leçons à recevoir de personne.Au cours des quatre dernières années, il a travaillé sans relâche pour rassembler les forces vives au conseil municipal.Il se présente à la tête d\u2019un mouvement qui réunit des candidats de tous les horizons politiques et de tous les âges.Il y a suf?samment de talent et d\u2019expérience autour de lui pour composer un comité exécutif stable.Il faut espérer que cette équipe puisse tenir tête à M.Coderre et lui expliquer, à l\u2019occasion, la différence entre la détermination et l\u2019arrogance.Comme condition préalable à un exercice sain de la démocratie, les élus de l\u2019équipe Coderre devront se rappeler qu\u2019ils sont d\u2019abord et avant tout redevables aux citoyens.Le Devoir n\u2019est cependant pas dupe quant à la propension des conseillers municipaux à se plier sans résistance aux caprices du maire.Il s\u2019agit d\u2019un trait distinctif de la politique municipale.C\u2019est pourquoi notre appui vient avec un sérieux bémol.Qui d\u2019autre pourra contenir les tentations autocrates de Denis Coderre s\u2019il est réélu ?Il faudra une opposition forte et structurée, que Projet Montréal incarne à merveille.M.Coderre espérait en début de campagne une majorité absolue pour gouverner avec les coudées franches.Une victoire sans partage serait dommageable pour Montréal, car elle lui permettrait d\u2019accroître la centralisation des pouvoirs au détriment des arrondissements à qui il faut laisser leur autonomie.M.Coderre a dit tout le mal qu\u2019il pensait des arrondissements dirigés par les maires Luc Ferrandez (Plateau-Mont-Royal) et François Croteau (Rosemont\u2013 La Petite-Patrie).Il utilise même M.Ferrandez comme un épouvantail pour effrayer les électeurs, donnant l\u2019impression qu\u2019il nie à Valérie Plante ses facultés d\u2019agir et de penser par elle-même.Dans les quartiers centraux de Montréal, Projet Montréal s\u2019est distingué par sa capacité d\u2019écoute et de défense des intérêts des citoyens, au risque de s\u2019aliéner les commerçants, et surtout les automobilistes de passage.Cette formation n\u2019est pas sans rappeler le défunt Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) de feu Jean Doré pour ses préoccupations civiques.L\u2019heure de gloire de Projet Montréal viendra le jour où le parti sera en mesure de concilier dans un même programme une vision cohérente pour les arrondissements et la ville centre.Pour l\u2019heure, nous n\u2019en sommes pas là.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S La Saint-Vincent de Paul depuis 1846 C\u2019est bientôt le temps de la Guignolée, le temps de la générosité.Celle de venir en aide à ceux et celles vivant la précarité.Suivant la tradition, partout au Québec, le 19 novembre prochain, les bénévoles de la Société Saint-Vincent de Paul iront frapper aux portes afin de recueillir les dons de bienfaisance destinés à perpétuer sa mission première : servir et aider les pauvres, sans égard à la religion, à leur appartenance ethnique ou sociale, à leur état de santé, à leur sexe ou à leurs opinions politiques.Depuis sa fondation en 1846, les temps ont évolué.Malgré l\u2019abondance, si la pauvreté extrême n\u2019est plus, la précarité sous dif férentes formes demeure très répandue parmi les nôtres.Le constat est sans équivoque, le quotidien même au temps des Fêtes n\u2019est pas le même pour tous.Devant la réalité que l\u2019aide gouvernemental a ses limites d\u2019efficience, il appartient à la communauté immédiate de souscrire aux ef forts visant à équilibrer les chances chez ceux dont les conditions familiales et autres limitent l\u2019accès à l\u2019autonomie élémentaire.L I B R E O P I N I O N L O U I S M O R I S S E T Président-directeur général de l\u2019AMF D ans tout ce qui s\u2019est dit et écrit depuis les graves allégations d\u2019Annie Trudel sur un supposé système de collusion entre l\u2019Autorité des marchés financiers (AMF), l\u2019UPAC et une firme externe de consultants, une seule et réelle question demeure : avons-nous le début d\u2019une preuve concrète, de faits précis, concordants et probants de ce qui est avancé ?La réponse est non.La vérificatrice générale du Québec a été mandatée pour faire la lumière là-dessus, et je suis convaincu que nous en ressortirons blanchis.Dans tout le tumulte médiatique des derniers jours, on perd de vue par ailleurs les raisons fondamentales qui ont mené à l\u2019adoption unanime par l\u2019Assemblée nationale de la Loi sur les contrats des organismes publics : assainir durablement les pratiques au sein des entreprises qui ont le privilège de faire affaire avec l\u2019État et assurer que ces entreprises satisfont aux plus hauts critères en matière d\u2019intégrité auxquels le public est en droit de s\u2019attendre.Lors de son adoption, nous étions à l\u2019ère des scandales de corruption, de la commission Charbonneau.Il fallait agir et rétablir la confiance du public.Un grand ménage s\u2019imposait.Depuis l\u2019adoption de la Loi, l\u2019Autorité a reçu 4850 demandes d\u2019autorisation pour lesquelles l\u2019UPAC a rendu un peu plus de 340 avis défavorables.Il a été notamment constaté que certaines entreprises ou leurs dirigeants avaient fait l\u2019objet d\u2019accusations criminelles, avaient commis des actes de corruption ou de collusion, avaient utilisé un système de fausses facturations ou de prête-noms, ou encore avaient présenté des mesures de gouvernance complaisantes.Certaines entreprises entretenaient aussi des liens avec le crime organisé.Sur la foi de ces avis, l\u2019Autorité aurait pu refuser toute autorisation à ces entreprises.La réalité toutefois, c\u2019est que seule une vingtaine d\u2019entreprises se sont finalement vu refuser leur autorisation sur les quelque 340 qui faisaient l\u2019objet d\u2019avis défavorables de l\u2019UPAC.Pourquoi si peu ?Parce que l\u2019Autorité a justement fait preuve de discernement et a exercé ses pouvoirs à la faveur de la réhabilitation des entreprises plutôt que de les condamner à ne plus exister.Une loi de réhabilitation Car il faut se le rappeler, cette loi est également une loi de réhabilitation des entreprises ayant eu des manquements graves en matière d\u2019intégrité, ou pire, ayant entretenu des liens avec le crime organisé.Est-ce qu\u2019on nous reproche maintenant d\u2019avoir atteint les objectifs qui étaient visés par la loi ?L\u2019Autorité prend très au sérieux le rôle qui lui est confié.Elle dispose d\u2019un pouvoir important, un pouvoir qui peut effectivement priver une entreprise de son privilège de faire des af faires avec l\u2019État.Nous faisons ce travail en toute bonne foi et intégrité, dans un profond souci d\u2019aider les entreprises à passer à travers le processus d\u2019autorisation avec succès.Un processus qui, nous le reconnaissons, peut parfois être long et complexe.Mais c\u2019est ce à quoi la population est en droit de s\u2019attendre en cette ère post-commission Charbonneau, si elle souhaite que le ménage soit effectivement fait dans les entreprises délinquantes et que les changements profonds que les entreprises devaient avoir effectués en matière de gouvernance et de contrôles internes, notamment, aient bel et bien été effectués.L\u2019Autorité des marchés financiers l\u2019a dit et le redit, il n\u2019y a actuellement aucun stratagème de collusion entre l\u2019AMF et l\u2019UPAC \u2014 pas plus qu\u2019il n\u2019y en a eu dans le passé \u2014 pour faire profiter une ou des firmes de consultants externes en particulier.Et il n\u2019y a pas non plus de système de «référence- ment » selon lequel l\u2019Autorité fournirait supposément une liste de consultants aux entreprises qui font face à un avis de refus de notre part.Le recours à des consultants externes s\u2019avère toutefois nécessaire et raisonnable dans bien des cas pour aider les entreprises à satisfaire aux exigences élevées d\u2019intégrité auxquelles le public est en droit de s\u2019attendre.Entre-temps, malgré tout ce qui s\u2019est dit et écrit depuis quelques jours, l\u2019Autorité des marchés financiers va poursuivre son travail avec la même rigueur et la même détermination.Allégations de collusion : l\u2019AMF fait le point FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET La SSVP évolue avec les besoins.Sensible au fait que l\u2019éducation s\u2019inscrit en réponse durable pour contrer la pauvreté, la Société dévoue également ses ef for ts à la réussite scolaire.Sensible également à la réalité que des conditions familiales favorables contribuent à la scolarité réussie, au-delà de la bienveillance du personnel enseignant contraint à ses propres limites.La SSVP se démarque au-delà de sa longévité.En effet, sa constance repose sur le bénévolat à tous les niveaux.De ce fait, moins de1 % des sommes recueillies dans ses coffres est absorbé par son administration ; exceptionnel ! Gardons en mémoire, qu\u2019un don à la Saint-Vincent est un don consacré à aider ceux-là des nôtres.Fernand Lavigne, membre actif Le 2 novembre 2017 Les brebis égarées À la lecture du brillant texte d\u2019Alain Roy (Le Devoir, 31 octobre), on ne peut demeurer indifférent à la période de malaise que nous vivons au Québec, qu\u2019il décrit comme un tiraillement entre l\u2019inquiétude économique et l\u2019insécurité culturelle des Québécois.L\u2019auteur af firme que la peur empêche ces der niers d\u2019avoir foi en eux-mêmes pour réaliser l\u2019indépendance, et il a sans doute raison de mettre en cause les campagnes de peur instillant l\u2019idée que le Québec formerait une société pauvre et dépendante.Toutefois, les faits ont démontré que le fractionnement des par tis politiques professant l\u2019indépendance a vraisemblablement constitué un frein majeur à l\u2019avancement du projet de pays.À cet égard, Alain Roy a nettement orienté les regards vers les naïvetés idéologiques de solidaires déconnectés de la réalité.Dans cette conjoncture, pourquoi ces « brebis égarées » ne considére- raient-elles pas de se joindre au PQ, en attendant l\u2019indépendance, pour enseigner aux Québécois que la vraie peur, celle de disparaître, devrait être de demeurer dans le Canada ?Advenant un tel geste magnanime, l\u2019histoire les louangera d\u2019avoir imité le patriotisme d\u2019un Pierre Bourgault, qui mit de côté son ego pour céder le pas à René Lévesque.Autrement, on pourra dire qu\u2019ils n\u2019ont rien fait pour contrer la disparition lente d\u2019un peuple.Jean-Marie Desgagné Québec, le 2 novembre 2017 MAIRIE DE MONTRÉAL Denis Coderre avec un bémol D BRIAN MYLES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 5500 caractères (y compris les espaces), ou environ 850 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.Alors que la campagne électorale battait son plein dans toutes les municipalités du Québec, nous avons invité quelques observateurs de la politique municipale à nous proposer tous les samedis des réflexions autour de la participation citoyenne et de quelques grands enjeux.Cette série se termine aujourd\u2019hui.É R I C F O R E S T Sénateur indépendant ai eu le grand privilège, dès la fin des années 1970, de plonger dans l\u2019arène de la politique municipale, en devenant successivement conseiller puis maire de la municipalité de Pointe-au-Père, maintenant fusionnée avec Rimouski.J\u2019y ai découvert un monde dynamique, où chaque décision prise par une administration municipale a un impact concret et mesurable sur sa population.Après un interlude dans le monde des affaires, je suis retourné en politique municipale au milieu des années 1990 comme conseiller, puis comme maire de Rimouski de 2005 à 2016, période au cours de laquelle j\u2019ai occupé la présidence de l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ) entre 2010 et 2014 dans un contexte très tumultueux.En tout et pour tout, j \u2019ai consacré près de 40 ans de ma carrière au service de ma communauté et au développement de l\u2019Est-du-Québec.Maintenant, en tant que sénateur indépendant, je peux me permettre de regarder avec recul la campagne électorale qui se terminera demain.Loin de moi, cependant, l\u2019idée de jouer à la belle-mère, j\u2019ai plutôt l\u2019intention de partager avec vous mes impressions sur cette campagne et les défis à venir.Nous revenons de loin.Des mesures rigoureuses ont été proposées et appliquées afin de redonner confiance aux citoyens dans leurs élus municipaux.Elles commencent, à mon avis, à porter leurs fruits.Au crépuscule de cette campagne électorale, les thèmes qui y ont été abordés ont de loin dépassé les considérations éthiques qui avaient largement dominé la campagne électorale de 2013.Je me réjouis sincèrement que les débats entre les candidats à tous les postes à pourvoir aux quatre coins du Québec aient pu servir à vous informer sur des enjeux qui vous touchent, sur des projets qui vous sont chers et, je l\u2019espère, sur la vision et les valeurs de celles et de ceux qui souhaitent obtenir votre confiance.Cela ne pourra que vous permettre de faire un choix plus éclairé demain.Gouvernement de proximité La vitalité de notre démocratie municipale est indispensable.Le projet de loi 122 consacre la municipalité comme gouvernement de proximité, et il a permis de moderniser un dialogue essentiel avec le gouvernement du Québec.Je salue la volonté de ce dernier, qui a enfin reconnu que l\u2019ordre municipal est un acteur incontournable et central du développement local et régional.La municipalité doit disposer des pouvoirs et leviers décisionnels nécessaires afin d\u2019assumer pleinement ces responsabilités liées à la gouvernance de proximité.Les municipalités pourront ainsi exercer le leadership qui leur revient en matière de développement et fournir les services requis à leurs citoyens.Alors que cette campagne électorale se termine, j\u2019ai le goût de vous par tager cer tains constats sur les défis qui attendent la nouvelle cohorte d\u2019élus municipaux le 6 novembre prochain.En premier lieu, il est impératif que le projet de loi 122 se matérialise afin de consacrer les fondements de l\u2019autonomie municipale, basée sur le principe de subsidiarité (le niveau de gouvernement le plus apte à rendre le service de la manière la plus efficiente).Les nouveaux élus lundi prochain auront le mandat d\u2019appliquer cette nouvelle loi, d\u2019obtenir de réels gains dans la gouvernance de leurs communautés, et de consolider le lien de confiance avec leur communauté.En deuxième lieu, ces nouveaux pouvoirs seront indispensables pour faire face aux défis de plus en plus croissants et complexes auxquels font face les municipalités.Auparavant, la perception des rôles d\u2019une administration municipale se déclinait autour des services traditionnels (voirie, aqueduc, égouts, collecte des déchets) .Au jourd\u2019hu i , les grands déf is du XXIe siècle, dans une économie et un environnement mondialisés, interpellent directement les administrations municipales.Ces dernières interviennent désormais sur des enjeux aussi variés que la lutte contre les changements climatiques, le développement économique, l\u2019attractivité commerciale, l\u2019immigration, la culture, le développement durable, les transports, et j\u2019en passe.Dans un environnement de plus en plus compétitif, ces défis méritent tout le sérieux d\u2019une administration municipale pour agir concrètement en la matière dans l\u2019intérêt de la majorité.La démocratie municipale Enfin, nous devons impérativement nous poser des questions fondamentales sur la vitalité de notre démocratie municipale.Certaines statistiques sont probantes.Dès la fermeture de la période de candidature le 6 octobre dernier, c\u2019était plus de 50 % de tous les postes à pourvoir qui l\u2019étaient sans opposition.De plus, plusieurs postes demeurent vacants.Puis, malgré le fait que les statistiques démontrent que le pourcentage de femmes comme candidates ne cesse d\u2019augmenter graduellement depuis 2005 (de 24,7 % à 31,3 % pour cette élection), ce pourcentage s\u2019avère encore nettement insuffisant.Ensuite, que dire de la participation de nos jeunes (de moins de 45 ans, soyons généreux !) : ils ne représentent qu\u2019un peu plus du quart des candidats à cette élection.Plus impor tant encore, notons le taux de participation anémique de 47 % aux dernières élections en 2013.Pour la santé de notre démocratie municipale, le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que les voyants sont au rouge.La redynamisation de notre démocratie doit être une priorité.Pour conclure, je vous lance un cr i du cœur ; d\u2019aller voter demain pour les femmes et les hommes en qui vous placerez votre confiance pour gouverner avec respect et efficacité les destinées de votre communauté.Votre choix est important, et rappelez-vous que plusieurs des grands défis de notre société prennent racine dans nos villes et villages.Prendre quelques minutes pour choisir celles et ceux qui vous dirigeront pour les quatre prochaines années, c\u2019est votre responsabilité citoyenne.Votre responsabilité, c\u2019est de voter Y A K O V R A B K I N Professeur titulaire au Département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal et chercheur attaché au CERIUM e démantèlement de l\u2019Union soviétique peut faire oublier combien la révolution d\u2019octobre 1917 a eu une influence au-delà des frontières russes.Celle-ci se veut le premier pas dans la transformation du monde.Elle vise à établir la justice sociale dans le monde entier, mais perd plus tard sa vocation mondiale.Néanmoins, ses suites provoquent des effets globaux à long terme.Même si les conditions de vie en URSS restent modestes, voire dif ficiles, les écarts de revenu se réduisent radicalement.L\u2019éducation devient un moyen impor tant d\u2019ascendance sociale.Une campagne massive d\u2019alphabétisation ainsi que les facultés d\u2019ouvriers réussissent à répandre les idées des Lumières dans les couches de population les plus humbles, autrefois plongées dans la superstition et l\u2019ignorance.En 1970, l\u2019URSS a la plus forte densité de médecins et le plus grand nombre de scientifiques au monde.Les femmes intègrent les professions et, avec le temps, deviennent majoritaires dans certaines d\u2019entre elles, par exemple parmi les médecins.Le coût humain de l\u2019expérience soviétique est énorme.Des millions périssent sur les fronts de la guerre civile (1918-1921), d\u2019autres encore dans les campagnes dévastées par la collectivisation forcée du début des années 1930, et la répression politique fait partie du modus operandi de l\u2019État stalinien (1928-1953), qui organise un vaste réseau concentrationnaire (le Goulag).En Europe, la justice sociale devient un enjeu politique sous la pression des socialistes et du marxisme qui les guide.Le chancelier allemand Otto von Bismarck, ne réussissant pas à éliminer les idées et les organisations socialistes par la répression, décide de les combattre par la cooptation réformiste de la classe ouvrière.C\u2019est ainsi que le «chancelier de fer» introduit des mesures de protection sociale (assurance maladie [1883], accidents de travail [1884], vieillesse et invalidité [1889]).La tâche d\u2019enrayer l\u2019influence socialiste devient encore plus urgente à la suite de la Révolution d\u2019octobre.Le projet de société mis en avant par les bolcheviques attire l\u2019admiration des prolétaires à travers le monde.Le renversement de la classe dirigeante montre que les capitalistes ne sont pas invincibles.Malgré ses défauts, l\u2019URSS devient un phare pour ceux qui cherchent l\u2019égalité sociale, tant en Occident que dans ses colonies.La popularité de l\u2019Union soviétique est décuplée par sa victoire contre le nazisme en 1945, le lancement du Spoutnik en 1957, puis du premier homme dans l\u2019espace en 1961.L\u2019URSS, méprisée ou honnie avant la guerre, devient un rival respecté couronné du statut de «superpuissance».La mise en place de plusieurs mesures sociales \u2014 conventions collectives sur les salaires et les conditions de travail, la sécurité de l\u2019emploi, régimes de retraite, etc.\u2014 constitue une action défensive contre l\u2019option représentée par le système soviétique.Margaret Thatcher, connue par sa maxime «There is no alternative to capitalism », reconnaît que la menace soviétique se fait sentir moins par sa puissance militaire par le modèle qu\u2019elle incarne.Démodernisation post-soviétique en marche L\u2019abolition de l\u2019URSS en 1991 provoque une démodernisation massive des anciennes républiques soviétiques.Il ne s\u2019agit pas seulement de la désindustrialisation, mais de la dégradation des conditions matérielles et culturelles et le retour à des formes de vie primitives.C\u2019est la pire dévastation sociale et économique jamais subie par un pays moderne en temps de paix.La détérioration se manifeste en plusieurs indices du développement humain : l\u2019éducation, la santé publique, la recherche, la culture, tandis que se poursuit un transfert colossal de la richesse du secteur public aux mains d\u2019une poignée d\u2019individus.Or, la démodernisation n\u2019est pas limitée aux confins de l\u2019ancienne superpuissance socialiste.La disparition de cette voie de développement social et économique aurait eu un ef fet démodernisateur sur les autres pays.Sans le besoin de neutraliser l\u2019attraction du socialisme, les classes dirigeantes occidentales démantèlent patiemment l\u2019État-provi- dence.Les politiques néolibérales ont l\u2019ef fet d\u2019une contre-révolution visant à défaire les progrès réalisés par la démocratie sociale au XXe siècle.Les retraites et la sécurité sociale, la santé publique et les droits des travailleurs acquis dans les luttes acharnées au XXe siècle sont mis à mal par le rouleau compresseur de l\u2019austérité.L\u2019écar t entre les riches et les pauvres ne cesse d\u2019augmenter : huit personnes contrôlent actuellement autant de richesse que la moitié de la population mondiale.Le centenaire de la Révolution d\u2019octobre offre une occasion de se souvenir du coût humain des révolutions que provoquent invariablement les injustices aussi criantes et de l\u2019impact de l\u2019expérience soviétique dans les avancées sociales dans le monde.L\u2019influence mondiale de la révolution d\u2019octobre en Russie Allocution prononcée à l\u2019occasion de la commémoration du 30e anniversaire du décès de René Lévesque, organisée par la Fondation René-Lévesque.L U C I E N B O U C H A R D Ex-premier ministre du Québec a première pensée qui nous vient à l\u2019esprit, quand on songe à René Lé- vesque \u2014 comme ce soir, par exemple \u2014, c\u2019est qu\u2019il nous manque.Il nous manque par sa passion, sa sincérité, son désintéressement, son courage, l\u2019ampleur de ce qu\u2019il a rêvé pour nous et l\u2019affection qu\u2019il suscitait auprès des Québécois.Comment ne pas se remémorer le démocrate qu\u2019il a été, si respectueux de ses concitoyens et de nos institutions ?Personne ne pourra non plus oublier son œuvre, indissociable du combat qu\u2019il a livré pour la survie et la qualité du français.Plus que tout, il a inculqué aux Québécois la conviction qu\u2019ils étaient maîtres de leur avenir.Sans doute les historiens continueront-ils à se pencher sur le destin unique de cet homme qui vouait aux siens un amour inquiet.Mais, dans l\u2019immédiat, la seule évocation de cet éveilleur de peuple rappelle à quel point le Québec contemporain a besoin d\u2019un nouvel élan.Car c\u2019est d\u2019un héritage comme le sien que devra s\u2019inspirer le renouveau attendu.René Lévesque savait mieux que quiconque que la politique se fait avec les idées et les personnes de son temps.À cet égard, beaucoup de choses doivent être repensées.Les Québécois ne sont plus ceux qui l\u2019ont porté au pouvoir.On ne les rejoint pas de la même façon.Les codes, même la portée des mots, ont changé.Les journaux ne sont plus les informateurs et les influenceurs d\u2019autrefois.La télévision, si importante dans la diffusion du message de ce maître communicateur, a été, elle aussi, largement remplacée par les médias sociaux.L\u2019organisation politique, telle que l\u2019ont connue les acteurs de ma génération, est désuète.Les assemblées électorales sont à peu près reléguées aux oubliettes.Il serait inconcevable, par les temps qui courent, de penser réunir, dans une salle, à quelques jours d\u2019avis, 1000 personnes et même davantage, comme on pouvait le faire autrefois.Quant aux sondages, ils se font le plus souvent par Internet, avec des résultats plus ou moins approximatifs.Même les enjeux ont changé.Le Parti québécois a mis le référendum en veilleuse et se voit contraint de redéfinir son projet.En plus de devoir af fronter des adversaires qui leur sont moins familiers, les autres partis doivent eux- mêmes repenser leur pertinence.Surtout, force est de constater la disparition de ce catalyseur essentiel qu\u2019est l\u2019engagement collectif.Tout se passe comme si René Lé- vesque avait emporté avec lui la ferveur qui a animé le Québec de son époque.Bien sûr, le Québec va rebondir.Pas seulement parce qu\u2019il en est capable, mais parce qu\u2019il se le doit à lui-même et à ceux et celles qui l\u2019ont construit.C\u2019est notre société tout entière et toutes les formations politiques qui se trouvent interpellées.L\u2019histoire du Québec n\u2019a pas cessé d\u2019être une marche en avant.Un peuple de huit millions de personnes, doté d\u2019un État de droit et d\u2019assises socio-économiques modernes, trouvera toujours les voies de son avenir, aussi bien que l\u2019énergie pour y progresser et les leaders pour l\u2019inspirer.On peut compter sur la fécondité d\u2019une terre qui a déjà donné les Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa, Honoré Mercier, Jacques Pari- zeau, René Lévesque.Les générations qui viennent ne feront pas défaut aux espoirs qu\u2019ils portent.Le talent, la créativité et l\u2019audace de la jeunesse québécoise préparent une relève qui, dans tous les domaines, voudra, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, aller plus loin.D\u2019où qu\u2019il soit, à tout le moins de la place inexpugnable qu\u2019il occupe dans la mémoire collective, René Lévesque observera de près la suite des choses\u2026 Le Québec va rebondir ÉLECTIONS MUNICIPALES GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le taux de participation aux dernières élections de 2013 a été de 47 %.J\u2019 L L L\u2019histoire du Québec n\u2019a pas cessé d\u2019être une marche en avant P A U L I N E G R A V E L L\u2019 effet placebo débute peut-être dans la tête, mais au final il modifie réellement la physiologie de l\u2019organisme.Des études ont en effet montré que des patients souffrant de la maladie de Parkinson, qui avaient reçu un prétendu médicament que leur médecin en sarrau et stéthoscope autour du cou leur avait présenté comme ayant fait ses preuves auprès de nombreux patients et dans plusieurs études, voyaient la rigidité de leurs membres et leurs tremblements diminuer très clairement.Chez ces mêmes patients, le traitement placebo induisait même la libération de dopamine dans leur cerveau atteint d\u2019une dégénérescence des neurones dopa- minergiques, qui expliquait l\u2019a - mélioration de leurs symptômes.Autre exemple : chez des patients soulagés de leurs douleurs après a - voir ingéré un placebo qui leur avait été présenté com - me un analgésique, les chercheurs ont pu bloquer l\u2019ef fet analgésique de ce placebo par l \u2019administration d\u2019un bloqueur des récepteurs aux opiacés sur lesquels agissent les opioï des, tels que la morphine et le fentanyl.«Voilà une preuve pharmacologique que, dans le contrôle de la douleur, la réponse au placebo dépend de la sécrétion endogène de substances opiacées : les fameuses endorphines.Les attentes que le médecin suscite chez son patient induisent la libération d\u2019endorphines qui vont bloquer les signaux douloureux », explique Pierre Rain- ville, directeur du Laboratoire de recherche en neuropsychologie de la douleur à l\u2019Université de Montréal.Spécificité Le placebo a même un avantage sur les opioïdes, souligne M.Rainville.L\u2019effet de la morphine et des autres opioïdes est systémique, car ces molécules agissent sur tous les récepteurs aux opiacés présents dans le corps, ce qui risque d\u2019engendrer des effets secondaires tels que des problèmes digestifs ou l\u2019activation du centre du plaisir dans le cerveau, fait-il remarquer.Par contre, un placebo administré avec les encouragements du médecin aura un effet beaucoup plus spécifique, car il ne visera que les symptômes rapportés par le patient.Qui plus est, « selon qu\u2019on affirme au patient que c\u2019est l\u2019intensité de la douleur qui sera atténuée par le médicament plutôt que son aspect désagréable, ce sera un circuit différent dans le cerveau qui sera modulé.Grâce au choix de mots particuliers utilisés, on peut déclencher des mécanismes plus spécifiques, tandis qu\u2019avec des analgésiques, tout le système de la douleur est visé», précise-t-il.Les attentes Deux mécanismes psychologiques peuvent induire l\u2019effet placebo : les attentes et l\u2019ef fet de conditionnement.« L\u2019ef fet des attentes se mani- fes te quand le sys tème de croyances du patient est bien arrimé aux symboles et suggestions qui sont proposés par le médecin et le contexte », explique M.Rainville.Le sarrau que porte le médecin, le stéthoscope autour de son cou, son aptitude à mesurer la tension ar térielle évoquent la connaissance et l\u2019autorité médicales et vont générer une série d\u2019attentes inconscientes quant à l\u2019ef ficacité du traitement.La suggestion du médecin qui af firme qu\u2019il s\u2019a - git d\u2019un bon traitement et que la plupart des gens qui le reçoivent vont mieux suscite pour sa part des atten - tes conscien tes qui créent un espoir, un optimis me.Ces encouragements et ces symboles implicites dans le contexte du traitement ser vent à l\u2019ef fica- cité thérapeutique.Le pouvoir des attentes est tel qu\u2019il peut même induire un ef fet anti-thérapeutique, affirme le chercheur, qui a vérifié cette hypothèse par des expériences.«On a pu contrecarrer un ef fet analgésique réel et physiologique en af firmant au sujet que l\u2019analgésique qu\u2019on s\u2019apprêtait à lui administrer induirait des douleurs.Les attentes d\u2019inef ficacité ou d\u2019hyperalgésie que l\u2019on avait suscitées ont carrément bloqué l\u2019ef fet analgésique normalement attendu», raconte-t-il.L\u2019effet de conditionnement Un conditionnement inconscient peut aussi provoquer un effet placebo.Par exemple, répéter un cer tain rituel qui a jusque-là été associé à un effet thérapeutique pourra induire un ef fet placebo.« Ouvrir la pharmacie pour prendre des comprimés qu\u2019on sait ef ficaces à régler une migraine induit des ef fets bénéfiques ressentis avant même que l\u2019agent pharmacologique entre en action », affirme Pierre Rainville, avant de rappeler une étude au cours de laquelle on a administré pendant plusieurs jours d\u2019af filée une drogue provoquant la libération d\u2019une hormone dans le sang.Lorsqu\u2019on a remplacé le médicament par un placebo administré au participant en respectant le même rituel (même comprimé, même lieu, même infirmière, même contexte), les chercheurs ont mesuré une augmentation de l\u2019hormone dans le sang comparable à celle qui survenait après l\u2019administration du vrai médicament.«La réponse hormonale n\u2019était peut-être pas d\u2019une aussi grande amplitude qu\u2019avec le médicament, mais il y avait néanmoins une réponse hormonale physiologique.Dans ce cas, on pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un conditionnement inconscient du système hormonal à la présentation du rituel thérapeutique.Ce phénomène de conditionnement a même été observé chez l\u2019animal », relate M.Rainville, tout en rappelant que ce mécanisme de conditionnement a été démontré par Ivan Pavlov chez le chien.Neuro-anatomie Des études de neuro-image- rie ont montré que l\u2019effet placebo débute dans le cor tex frontal du cer veau.« Les attentes induites par les suggestions verbales du médecin et les symboles perçus lors de l\u2019entrée dans le cabinet du médecin déclenchent des mécanismes qui prennent naissance dans les lobes frontaux, qui enverront des signaux vers les systèmes concernés : le tronc cérébral pour la douleur ou les noyaux gris centraux pour le contrôle moteur dans la maladie de Parkinson, par exemple », précise Pierre Rainville.« Tout par t de l \u2019aire frontale, où nous traitons l\u2019information et réfléchissons, où se forment nos pensées.De là , [des signaux ner veux] sont ensuite transmis aux systèmes plus bas, tels que les poumons, le système gastro-intestinal ou les vaisseaux sanguins.[Ces signaux ner veux] peuvent pousser les vaisseaux sanguins à se dilater, ce qui induira une baisse de la pression sanguine et un changement de la température de la peau », ajoute Amir Raz, professeur au Dépar tement de psychiatrie de l\u2019Université McGill.« On commence aujourd\u2019hui à comprendre comment un placebo peut même modifier le système immunitaire ! » Mais généralement, « l\u2019ef fet placebo n\u2019est pas une cure, il ne peut pas guérir.Il peut toutefois moduler les symptômes », souligne Pierre Rainville.Facteurs psychosociaux Le genre d\u2019empathie et de compassion que témoigne le médecin à son patient ainsi que les caractéristiques culturelles et sociales qu\u2019il partage avec lui seront déterminants dans l\u2019efficacité du placebo, affirme Amir Raz.« Toutes sor tes de comportements [du thérapeute], un sourire, une poignée de main, un regard dans les yeux, un mouvement du visage, le ton de la voix, le genre d\u2019attention accordée au patient, la compassion manifestée à son égard, pourront influencer l\u2019ef fet placebo.« Tout ce qui établit un lien entre le thérapeute et son patient, comme le fait de parler la même langue, de par tager la même culture, de vivre dans le même pays, d\u2019avoir à peu près le même âge, d\u2019être du même sexe, de por ter tous les deux des lunettes, d\u2019avoir tous les deux des enfants, a une grande impor tance, car ces éléments lient plus étroitement le thérapeute à son patient et font en sorte qu\u2019ils ne sont plus des étrangers l\u2019un pour l\u2019autre.« Le pa t i en t n \u2019 e s t a in s i plus seul, le thérapeute comprend son problème et pour - ra le résoudre grâce à son exper tise médicale » , expli - que M.Raz.Les bons sujets Les individus qui répondent bien à des placebos sont souvent des personnes qui se laissent facilement absorber par ce qu\u2019elles font et qui sont capables de s\u2019extraire mentalement de l\u2019environnement dans lequel elles se trouvent, souligne Amir Raz.Ces personnes se laissent facilement entraîner et envoûter par la musique qu\u2019el - les écoutent.Elles perdent la notion du temps lorsqu\u2019elles lisent un bon roman.Elles tombent amoureuses de l\u2019acteur ou de l\u2019actrice qui joue dans le film qu\u2019elles regardent.Si elles montent dans une voiture du métro pleine à craquer et qui pue, où c\u2019est bruyant et où il fait chaud, elles arrivent à se dissocier de tout cela et à s\u2019imaginer savourant la brise qui souf fle sur une plage, donne comme exemple le chercheur, avant de souligner que les enfants sont également très sensibles à l\u2019effet placebo parce qu\u2019ils « font entièrement con fiance aux adultes qui leur donnent le traitement, étant donné qu\u2019ils sont encore dépendants financièrement et émo- tionnellement».Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 SCIENCES B 6 La fascination pour l\u2019effet placebo Si cette thérapie atypique se manifeste d\u2019abord dans la tête, elle modifie réellement la physiologie de l\u2019organisme, montrent les plus récentes recherches PHOTOS ISTOCK Des orthopédistes procèdent à des simulacres de chirurgie du genou qui s\u2019avèrent aussi ef ficaces qu\u2019une véritable intervention.Des placebos en comprimés peuvent même réduire les symptômes de la maladie de Parkinson, voire des douleurs lancinantes.L\u2019étonnante ef ficacité du placebo fascine les scientifiques, qui s\u2019y intéressent de plus en plus depuis une dizaine d\u2019années.Voici où en sont leurs connaissances sur cette thérapie atypique.Les attentes que le médecin suscite chez son patient induisent la libération d\u2019endorphines qui vont bloquer les signaux douloureux Pierre Rainville, directeur du Laboratoire de recherche en neuropsychologie de la douleur à l\u2019Université de Montréal « » On commence aujourd\u2019hui à comprendre comment un placebo peut même modifier le système immunitaire ! Amir Raz, professeur au Département de psychiatrie à l\u2019Université McGill « » Les comportements du thérapeute, un sourire, une poignée de main, un regard dans les yeux, le ton de la voix, la compassion à l\u2019égard du patient, pourront influencer l\u2019action placebo "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.