Le devoir, 4 novembre 2017, Cahier H
[" Les années Harper ont fait mal à la recherche scientifique et, en dix ans, on a noté une réduction de plus de 30% du financement par chercheur canadien.Voilà l\u2019une des conclusions du rapport de C.David Naylor, un document remis au gouvernement de Justin Trudeau à sa demande en avril dernier, et qui recommande un solide réinvestissement.Sans quoi la compétitivité du Canada en matière de recherche continuera à s\u2019éroder, préviennent les auteurs.Un rapport très bien accueilli par la communauté scientifique dans son ensemble.FINANCEMENT Les chercheurs veulent croire en de bonnes nouvelles Recherche LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 NOVEMBRE 2017 Mcgilloises et leaders de l\u2019intelligence artificielle H 2 Développer une culture de la conduite responsable en recherche H 5 CAHIER SPÉCIAL H H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale L e rapport Naylor, issu du Comité consultatif sur l\u2019examen du soutien fédéral à la science fondamentale, recommande un réinvestissement échelonné sur quatre ans dans les organismes subvention- naires, faisant passer leurs dépenses annuelles totales d\u2019environ 3,5 milliards aujourd\u2019hui à 4,8 milliards de dollars en 2022.À l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas), on ne peut qu\u2019applaudir, mais on demeure dans l\u2019attente d\u2019une concrétisation.L\u2019organisation est d\u2019ailleurs allée faire valoir son point de vue devant le Comité permanent des finances lors des consultations en vue du budget 2018.«Les députés nous ont dit avoir déjà entendu à maintes reprises ce type de témoignages, indique le président de l\u2019Acfas, Frédéric Bouchard.C\u2019est la confirmation qu\u2019il y a urgence et que cette urgence est portée par toute la communauté scientifique.Je sors de là sans calendrier et sans montant, mais il n\u2019est pas irrationnel d\u2019être optimiste en ce moment.» Urgence parce que le rapport Naylor souligne une perte de compétitivité du Canada en matière de recherche sur la scène internationale.M.Bouchard rappelle qu\u2019en 2001, 2 % du PIB était consacré à la recherche et l\u2019innovation et qu\u2019en 2016, ce taux n\u2019est plus que de 1,6 %.Pendant ce temps-là, l\u2019Allemagne et la Corée du Sud y consacrent 3 %, le Japon, 3,3 %, Israël, 4,2 %.La moyenne de l\u2019OCDE se situant quant à elle autour de 3 %.« Tous les pays très innovants ont augmenté la part de leur PIB consacrée à la recherche, remarque-t-il.Le Canada est l\u2019un des seuls pays de l\u2019OCDE à l\u2019avoir vue baisser.Il n\u2019y a pas de mystère, le taux de succès de nos recherches est en chute.» Davantage de bourses L\u2019Association canadienne pour les études supérieures (ACES) est elle aussi allée plaider cette cause en audience prébudgétaire.Celle-ci appuie les chiffres du rapport Nay- lor, mais elle aurait souhaité que ce dernier aille plus loin dans les détails.«Nous demandons plus d\u2019harmonie au sein des dif férents organismes subventionnaires, explique Langis Roy, professeur à l\u2019Institut de technologie de l\u2019Université de l\u2019Ontario et membre de l\u2019ACES.Mes étudiants sont en science biomédicale, à la frontière entre le génie et la santé.À qui est-ce qu\u2019ils envoient leur dossier de demande de bourse?Il devrait y avoir un guichet unique qui veille à ce que cela arrive à la bonne place.On gagnerait en efficacité.» Le professeur souligne par ailleurs que le nombre de bourses attribuées aux étudiants les plus méritants devrait être rehaussé.Il n\u2019y en a en effet pas plus qu\u2019il y a dix ans alors que les inscriptions aux cycles supérieurs, elles, ont augmenté de 30 %.« Il faudrait également ouvrir ces bourses aux étudiants étrangers, précise-t-il.La diversité est enrichissante pour la recherche en matière de perspectives, d\u2019influences, de savoir- faire.Il y a tellement de vertu à mener des collaborations internationales.Aujourd\u2019hui, les professeurs qui veulent garder VOIR PAGE H 6 : CHERCHEURS R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 H 2 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Aude Marie Marcoux, directrice des publications spéciales, à amarcoux@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.Dans le cadre du 23e Forum économique international des Amériques Conférence de Montréal Hôtel Bonaventure | 12 > 15 juin 2017 NOUVEAU MONDE, NOUVELLE UNIVERSITÉ Mercredi 14 juin 2017 de 10 h 30 à 12 h 00 Animation : Jean-Paul de Gaudemar, recteur, Agence universitaire de la Francophonie Introduction : Michaëlle Jean, secrétaire générale, OIF Table ronde réunissant les dirigeants d\u2019associations d\u2019universités arabes, africaines, québécoises, interaméricaines et caribéennes.Nous explorerons le rôle des universités dans la nouvelle économie de la connaissance et du savoir.Les universités ont-elles su s\u2019adapter ?Quels doivent être les traits de cette université de l\u2019avenir ?Comment intégrer la nécessité d\u2019une employabilité réelle des diplômés ?Hôtel Bonaventure Salle Fontaine B 900, rue de la Gauchetière Ouest Montréal (Québec) H5A 1E4 Activité ouverte à tous les participants au Forum Inscription requise : forum-ameriques.org Partenaires @ Forum Americas @ aufameriques @ForumAmeriques @auf_org #ConfMTL INNOVATION SOCIALE Rendez-vous Pile: innover pour la société C A M I L L E F E I R E I S E N Collaboration spéciale C es deux concours \u2014 l\u2019un s\u2019adresse aux professeurs, l\u2019autre aux étudiants \u2014 visent avant tout à faire ressortir des innovations qui restent souvent dans les tiroirs, selon la directrice du SePSI, Caroline Roger, de même qu\u2019à soutenir l\u2019entrepreneuriat.« Les professeurs sont financés pour leur recherche fondamentale, mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de développer un outil qui demande d\u2019engager un programmeur pour faire une application sur iPad, par exemple, il n\u2019y a pas de sources de financement», indique-t-elle.Le Rendez-vous Pile cherche donc à donner un petit coup de pouce financier pour que des projets voient le jour sans avoir à trop gratter les fonds de tiroir.Le but, note Mme Roger, «est de sortir les innovations de l\u2019université pour qu\u2019elles contribuent à développer la société ».Car, en effet, la plupart de ces projets finalistes s\u2019inscrivent dans l\u2019innovation sociale.Or ce domaine reste souvent le parent pauvre du financement en recherche, estime-t-elle.Selon la professeure Priscilla Ananian, qui développe un outil de planification urbaine, ce concours permet de créer «un ef fet levier pour une dynamique de recherche-ac- tion ».La plateforme numérique sur laquelle elle travaille se penchera sur les enjeux de cohabitation sociale.« C\u2019est grâce à ce financement que nous pourrons développer et tester l\u2019outil afin de fédérer les acteurs, les citoyens et les chercheurs autour d\u2019un projet commun et actuel : la qualité du milieu de vie dans nos quartiers », explique-t-elle.D\u2019ordinaire, le Rendez-vous Pile n\u2019impose pas de thème, mais cette année, dans le cadre du 375e de Montréal, les candidats devaient innover pour trouver « des solutions de recherche pour un mieux-être dans la ville ».Les projets doivent donc porter sur une innovation technologique, sociale ou organisationnelle ayant un rappor t avec Montréal et le bien-être des Montréalais.Favoriser l\u2019entrepreneuriat étudiant Du côté des étudiants, il s\u2019agit davantage de soutenir l\u2019entrepreneuriat au sein de l\u2019université en les encourageant à créer leur propre entreprise et en les aidant à monter leur plan d\u2019affaires personnalisé.« Il faut que le projet soit original et qu\u2019on ne le retrouve pas ailleurs sur le marché » , souligne Mm e Roger.Pour remporter des bourses, les équipes ont dû soumettre un projet de maturation en spécifiant comment elles allaient utiliser le financement accordé.Pour l \u2019é tudiante Émil ie Tremblay-Wragg, une subvention permettrait de démarrer l\u2019Espace Blitz, un lieu où pourraient se réunir une quarantaine d\u2019étudiants de tous les horizons quotidiennement pour la rédaction de leurs travaux.« On a déjà trouvé un local dans le quar tier Villeray, parce qu\u2019on s\u2019est rendu compte que c\u2019est là où les étudiants ha- b i t en t l e p lus e t que c \u2019 e s t proche du métro Jean-Talon, qui desser t les universités », souligne-t-elle.L\u2019argent les aiderait à aménager le local, mais aussi à créer une plate- forme numérique pour réserver des places.Leur projet remplit d\u2019ailleurs les critères du thème de cette année, selon elle.« Montréal a été sacrée meilleure ville universitaire du monde, elle compte de nombreux étudiants et professeurs de l\u2019étranger.Cet espace serait le premier centre de rédaction universitaire, ce qui serait un réel plus pour la ville », se réjouit-elle.Au total, une enveloppe de 3 0 0 0 0 $ s e r a r e m i s e e n bourses aux lauréats des quatre projets gagnants : deux pour les professeurs et deux pour les étudiants.Un prix du public sera aussi décerné à un projet étudiant.Le Service des partenariats et du soutien à l\u2019innovation (SePSI) de l\u2019UQAM organise le 9 novembre son Rendezvous Pile, un événement où seront notamment dévoilés les projets finalistes de deux concours visant à valoriser l\u2019innovation en recherche et en création dont font preuve les professeurs et les étudiants.Des prix coup de pouce Pour les professeurs: - deux bourses de 10 000 $ - 5000 $ d\u2019Aligo Innovation pour permettre à un candidat de conclure son projet - une entrée dans le bootcamp entrepreneurial de Desjardins Lab pour une valeur de 5000 $ Pour les étudiants: - deux bourses de 5000 $ - un prix du public de 2500 $ offert par le Quartier de l\u2019innovation - un espace dans l\u2019incubateur MT Lab durant six mois (valeur de 4800 $) L\u2019Arpent de Charlotte Mont- fils-Ratelle, École des sciences de la gestion L\u2019Arpent est un organisme enregistré qui offre depuis plus d\u2019un an des services- conseils en aménagement du territoire.Son fer de lance : les banlieues et leurs défis, comme la faible densité de population et la dépendance à la voiture.Présentement, L\u2019Arpent mène un projet à Granby pour reconvertir des terrains occupés par des usines désuètes.Le Bookchain™ de Simon- Pierre Marion, École des sciences de la gestion Partant du constat que la majorité des petits éditeurs et auteurs n\u2019ont pas les moyens d\u2019utiliser des Digital Right Management (DRM) pour protéger leurs droits, l\u2019entreprise Scénarex s\u2019est spécialisée dans la gestion de la sécurité des fichiers numériques.Bookchain™ serait une licence gratuite permettant la revente ou le prêt de livres numériques par un lecteur, en lui permettant de transférer ses droits de lecture à un autre lecteur, garantissant aux auteurs, éditeurs et distributeurs une juste part des profits de la revente.L\u2019Espace Blitz d\u2019Émilie Trem- blay-Wragg, Faculté des sciences de l\u2019éducation Après la création des retraites de rédaction « Thè- sez-vous ?», l\u2019étudiante souhaite établir un espace collectif de rédaction pour les étudiants des 2e et 3e cycles.L\u2019équipe cherche un local pouvant accueillir 40 étudiants dans un cadre lumineux et calme, mais veut aussi développer un Espace digital pour organiser des rencontres, faciliter les inscriptions et s\u2019exporter dans d\u2019autres villes québécoises.Le FitHive de Sébastien Hé- mond, École des sciences de la gestion Du sport à tout âge est le maître mot du projet.Car si les recherches ont déjà validé les bienfaits d\u2019une activité physique chez les personnes de plus de 50 ans, les programmes d\u2019entraînement existants n\u2019ont pas encore bien réalisé ce potentiel de clientèle.Avec un designer, l\u2019étudiant a créé une plate- forme Web axée sur le conditionnement physique, l\u2019alimentation et le bien-être réservée aux 50-70 ans, grâce à des vidéos, de l\u2019information médicale, des conseils nutritionnels et des discussions.Le Wàku Atelier de Lina-Ca- mélia Louessard, Faculté des arts Estimant que les ateliers de travail polyvalents sont une denrée rare au Québec, alors que Montréal regorge de terrains vacants, l\u2019étudiante a eu l\u2019idée de recycler des conteneurs maritimes usagés pour en faire des ateliers mobiles.Lesquels seraient accessibles dans différents quartiers de la ville, mettant à la disposition du public outils, tables de travail, machines et logiciels à moindre coût.D\u2019où le jeu de mots, wàku, abréviation japonaise du mot wakingu, signifiant travail.La planification urbaine de Priscilla Ananian, Département d\u2019études urbaines et touristiques Cet outil d\u2019observation, de gestion et de prospection des initiatives vise à améliorer la qualité du milieu de vie dans le Vieux-Montréal.L\u2019objectif : faire face à la construction de nouveaux condominiums et aux activités touristiques en ayant recours à une plate- forme numérique cartographique qui recense les projets et interventions contribuant à un meilleur cadre de vie.Le projet est fait en partenariat avec la SDC du Vieux-Montréal et d\u2019autres acteurs du milieu.L\u2019alimentation mobile d\u2019Éric Duchemin, Institut des sciences de l\u2019environnement Le professeur s\u2019est lancé dans la création d\u2019un module de production alimentaire urbaine mobile, dans un conteneur.Ce module autonome en énergie, qui consomme efficacement de l\u2019eau, mais pas trop, peu coûteux, facile à installer et à faire fonctionner, pourrait servir dans des zones de crise pour procurer des légumes aux populations frappées par l\u2019insécurité alimentaire.Flash sur mon quartier! de Janie Houle, Département de psychologie Ce projet veut permettre aux locataires de HLM de donner leur avis sur le lieu où ils vivent.L\u2019objectif est de créer une trousse d\u2019accompagnement en partant des trois phases du projet : les résidents photographient durant huit semaines ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît dans leur environnement.Il y a ensuite une observation du quartier à l\u2019aide d\u2019une grille, puis une enquête auprès de l\u2019ensemble des ménages.La trousse d\u2019accompagnement permettrait d\u2019œu- vrer dans l\u2019ensemble des HLM de la province.Gérer la forêt urbaine avec Christian Messier, Département des sciences biologiques Cette trousse informatique servirait à maximiser la résilience des arbres urbains grâce à la plantation d\u2019arbres viables et capables de survivre dans ce milieu.On y trouverait notamment les caractéristiques écologiques propres à chaque essence, les risques futurs, la tolérance à la sécheresse ou encore la sensibilité aux insectes et aux maladies.Connaître son empreinte environnementale avec Cécile Bulle, Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale La professeure interroge les étudiants sur leur mode de vie : que consommez-vous au quotidien qui cause du tort à la planète ?L\u2019outil suit l\u2019empreinte environnementale quotidienne, comme les ressources utilisées et les émissions de gaz à effet de serre générées.Cela permet aux utilisateurs de poser des gestes concrets afin d\u2019agir pour créer un environnement durable.Projets finalistes étudiants Projets finalistes de profs PHOTOS JF HAMELIN La directrice du Service des partenariats et du soutien à l\u2019innovation de l\u2019UQAM, Caroline Roger, à la remise des prix lors du Rendez-vous Pile (à l\u2019époque Journée de l\u2019innovation), en 2014 Trophées remis aux lauréats du concours R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 H 3 ets mtl .ca DES COMMUNICA TECHNOLOGIES DE L TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ ENVIRONNEMENT ET CONSTRUCTION ÉNERGIE TIALE ET A AÉROSP TIONS TION ET \u2019INFORMA TRANSPORT TERRESTRE www cycles à e et 3 e de 2 oute l\u2019information su T .etsmtl.ca r nos programmes INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Un pied à McGill et l\u2019autre chez un géant des technos E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale D es poids lourds de l\u2019industrie technologique ont annoncé cet automne, presque coup sur coup, qu\u2019ils s\u2019installaient à Montréal et qu\u2019ils s\u2019adjoignaient les services d\u2019une chercheuse de l\u2019Université McGill.Facebook a d\u2019abord dévoilé, le 15 septembre dernier, qu\u2019elle ouvrait un laboratoire d\u2019intelligence artificielle à Montréal sous la direction de Joëlle Pineau, professeure au Département de science et informatique et codirectrice du Reasoning and Learning Lab de l\u2019établissement.Quelques semaines plus tard, sa collègue Doina Precup a pris les rênes du nouveau laboratoire montréa- lais de DeepMind, une entreprise acquise par Google en 2014 et connue pour son programme AlphaGo, qui a battu les meilleurs professionnels du jeu de go durant les dernières années.Ces deux professeures conservent un pied dans l\u2019établissement d\u2019enseignement supérieur et un autre dans leur entreprise respective.Peu importe le chapeau qu\u2019elles portent, elles continuent de mener de la recherche fondamentale.«C\u2019est pour ça que je travaille là, explique Doina Precup, au sujet de ce qui l\u2019a motivée à rejoindre DeepMind.Ce n\u2019est pas orienté sur un produit, c\u2019est orienté sur la recherche.» Même son de cloche chez Joëlle Pineau.« Quand je fais ma recherche chez Facebook, mes objectifs sont de faire de la recherche fondamentale et de faire avancer l\u2019intelligence artificielle, pas d\u2019améliorer les produits Facebook», assure-t-elle.Mme Precup n\u2019avait jamais vu une collaboration de cet ordre.«Ce qui a changé, c\u2019est le modèle d\u2019interaction entre les universités et les compagnies privées, remarque-t-elle.Habituellement, on avait des contrats et la relation était plutôt [dans une perspective] appliquée.On développait des choses dans le monde universitaire et on les appliquait dans l\u2019industrie.Maintenant, c\u2019est plutôt un modèle de codéveloppement.» Libre accès aux résultats Ces professeures ont accepté leur mandat respectif dans le secteur privé en raison de l\u2019acceptation, par ces entreprises, de donner un libre accès aux résultats des recherches effectuées pour leur compte en matière d\u2019intelligence artificielle.« Il y a une très grande ouverture par rapport au fait de permettre aux chercheurs dans les compagnies de faire de la recherche ouverte : je publie mes résultats et on partage librement le code qui est développé sur l\u2019infrastructure de Facebook, indique Joëlle Pineau.On peut parler de notre recherche.Ce sont des conditions particulières, par rapport à la recherche qui se faisait auparavant dans l\u2019industrie, qui sont super intéressantes.» La situation se révèle la même pour Doina Precup chez DeepMind.« Ils sont dans le modèle de l\u2019open software [logiciel libre], précise- t-elle, donc ils mettent même le code de certains simulateurs sur le Web et tout le monde peut y accéder.» Pour Joëlle Pineau, dévoiler ces codes concorde avec l\u2019une de ses grandes préoccupations, soit l\u2019importance de la transparence dans le domaine de l\u2019intelligence artificielle.« Cela veut dire que tout le monde peut regarder ce qui se fait, peut l\u2019améliorer et comprendre les résultats, dit-elle.Il y a toute une question qu\u2019on se pose en science par rapport à la possibilité de reproduire les résultats.En partageant le code, on facilite ce processus.» Avant de signer avec le géant de l\u2019industrie numérique, Joëlle Pineau avait obser vé le contexte dans lequel l\u2019entreprise dirigeait ses trois autres laboratoires Facebook AI Research, soit ceux de Paris, de la Californie, mais sur tout de New York.« Je savais que, lorsque je m\u2019embarquais avec eux, ce n\u2019était pas un nouveau modèle, qu\u2019il n\u2019y aurait pas tout à coup un changement après trois mois, qu\u2019ils n\u2019allaient pas se raviser et décider que ça ne marcherait pas.» Les deux professeures tiennent à leur poste à l\u2019Université McGill pour la même raison : leurs étudiants.Si elles voient les établissements d\u2019enseignement supérieur comme des pépinières de talent, les scientifiques trouvent en revanche dans l\u2019industrie un meilleur accès à des ressources financières, à un nombre élevé d\u2019ordinateurs, à une infrastructure de calcul de haute performance et à des ingénieurs pour soutenir leurs projets.«On peut faire des prototypes dans le milieu universitaire, mais pour les tester à grande échelle, les ressources ne sont pas suffisantes en ce moment dans le milieu universitaire», juge Mme Precup.Ressources et patience L\u2019implantation de Facebook et Google, en plus de l\u2019arrivée de l\u2019entreprise Thales et des investissements de Google et Microsoft, a fait monter d\u2019un cran l\u2019enthousiasme au sujet de l\u2019intelligence artificielle à Montréal, qui a vu ainsi son rôle de plaque tournante en la matière se confirmer et se raffermir.La métropole québécoise était déjà considérée comme un pôle majeur en recherche universitaire sur le sujet, notamment grâce à la présence de l\u2019Institut de valorisation des données (IVADO), qui s\u2019est vu octroyer une subvention de plus 93 millions de dollars par le Fonds apogée Canada, et de l\u2019Institut des algorithmes d\u2019apprentissage de Montréal (MILA), tous deux associés à l\u2019Université de Montréal.Avec l\u2019Université McGill, les deux établissements d\u2019enseignement supérieur emploieraient environ 250 chercheurs reliés à ce domaine, selon le chiffre avancé par Montréal International.Mais la ville voit aussi se développer tout un écosystème dans ce secteur avec l\u2019apparition de jeunes entreprises et l\u2019ouverture d\u2019antennes par les grands noms de l\u2019industrie technologique.Néanmoins, Joëlle Pineau prévient que tous les acteurs concernés devront faire preuve de patience.« Toutes les compagnies viennent s\u2019installer, puis elles veulent recruter des chercheurs, trouver des ef fectifs et démarrer tout rapidement.Ils viennent ici parce qu\u2019on va avoir un filon d\u2019étudiants.Mais [ces derniers] ne sont pas tous prêts à être engagés demain matin, rap- pelle-t-elle.C\u2019est tout à l\u2019avantage de l\u2019écosystème de laisser le temps aux étudiants de terminer leur cheminement.» Les deux chercheuses constatent d\u2019ailleurs un manque criant d\u2019effectif dans les universités pour répondre à la demande.« Il faut engager des professeurs rapidement pour former de plus en plus d\u2019étudiants, parce qu\u2019en ce moment les équipes en machine learning [apprentissage automatique] sont complètement dispropor tion- nées », souligne Mme Pineau.Doina Precup réalise le même constat : elle dirige actuellement une vingtaine d\u2019étudiants, même si elle ne travaille qu\u2019à temps partiel à l\u2019Université McGill.Selon Joëlle Pineau, les universités semblent déjà conscientes du problème.Mais cette dernière reconnaît qu\u2019il s\u2019avère difficile, pour les établissements d\u2019enseignement supérieur, d\u2019attirer les chercheurs.La raison ?Le secteur industriel of fre des conditions beaucoup plus « alléchantes ».Joëlle Pineau et Doina Precup poursuivent leurs recherches dans le domaine de l\u2019intelligence artificielle avec un pied à l\u2019Université McGill et l\u2019autre à la tête d\u2019un laboratoire appartenant à une grande entreprise.Aperçu de cette dynamique avec ces chercheuses respectivement embauchées par Facebook et DeepMind durant les derniers mois.UNIVERSITÉ MCGILL La directrice du laboratoire d\u2019intelligence artificielle de Facebook à Montréal, Joëlle Pineau UNIVERSITÉ MCGILL La directrice du laboratoire DeepMind de Google, à Montréal, Doina Precup R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 H 4 15.11.2017 \u2013 01.04.2018 Devant : Lee Balternamn, La démolition de Pruitt-Igoe, 1972, The LIFE Images Collection, Getty Images.© Lee Balternamn.Arrière : Peter Trulock, Un étudiant regarde une émission de l\u2019Open University, 1971, Hulton Archive, Getty Images.© Peter Trulock.Le CCA remercie l\u2019Open University pour sa collaboration, le ministère de la Culture et des Communications, le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts de Montréal.cca.qc.ca L\u2019UNIVERSITÉ À L\u2019ANTENNE DIFFUSER L\u2019ARCHITECTURE MODERNE / ROYAUME-UNI / 1975 \u20131982 14.11.2017 VERNISSAGE, 18H Presses de l\u2019Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR La collection Enseignement supérieur La réalité universitaire dans sa double mission d\u2019enseignement et de recherche Sous la direction d\u2019Yves Gingras TOUS LES LIVRES DE LA COLLECTION : PUQ.CA P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale E n poste depuis à peine trois mois, Christophe Guy, vice-recteur à la recherche et aux études supérieures à l\u2019Université Concor- dia, avoue d\u2019emblée qu\u2019il n\u2019a pas encore eu le temps de faire tout le tour de son nouveau jardin.Cela dit, il estime avoir d\u2019ores et déjà saisi la mesure de ce qui caractérise la recherche à l\u2019Université Concordia.« La signature de Concordia en matière de recherche universitaire est la multidiscipli- narité, indique-t-il.Des chercheurs de dif férentes facultés collaborent dans de nombreux projets de recherche.À Concor- dia, les ar tistes et les ingénieurs travail lent souvent main dans la main.» Christophe Guy souligne aussi que l\u2019Université Concor- dia est une université urbaine et que son campus principal est imbriqué dans la trame urbaine.Cela exerce une certaine influence.« Non seulement l\u2019Université Concordia contribue au développement de la ville de Montréal, avance-t-il, mais la notion même de ville et de vie urbaine est l\u2019un de nos axes de recherche.» Secteurs phares Outre cer tains axes de recherche bien établis \u2014 on pense notamment à celle dans le domaine de l\u2019aérospatiale \u2014 , Christophe Guy cite deux domaines de recherche qu\u2019il considère comme étant des secteurs phares pour l\u2019Université Concordia.Le premier est celui de la ville et des communautés.« Comment pense-t-on les villes et les communautés de l\u2019avenir ?C\u2019est aujourd\u2019hui, croit-il, l\u2019un des grands défis de l\u2019heure.La ville intelligente et le bâtiment intelligent font partie de cet enjeu.Et cela repose sur des recherches qui s\u2019appuient sur les nouvelles technologies.» Mais la ville de demain ne pourra pas être que technologique.C\u2019est la raison pour laquelle Christophe Guy se réjouit de voir que l\u2019Université Concordia s\u2019engage aussi dans des recherches qui por tent sur la réalité sociale de la vie urbaine, comme le transport urbain, ou la qualité de vie en ville, grâce notamment à l\u2019apport de l\u2019art urbain.Le second axe est celui des sciences de la santé, un axe récent, mais qu\u2019il veut résolument développer.«La santé est un secteur où les problématiques sont multifactorielles, ce qui convient très bien à notre approche multidisciplinaire en recherche », avance-t-il.Et les recherches menées en sciences de la santé à l\u2019Université Concor- dia touchent différents aspects de la santé.«Il y a évidemment la recherche qui por te sur les technologies de la santé, ex- plique-t-il.Mais nous menons aussi des recherches sur certaines pathologies, comme la dégénérescence du cerveau, ou sur certains phénomènes naturels, comme le vieillissement.Nous avons même des recherches qui portent sur la notion de bien- être en santé.Notre approche en santé n\u2019est pas seulement tech- nomédicale, mais por te aussi sur le maintien de la qualité de vie des personnes, ce qui implique un arsenal d\u2019interventions.» Et le développement du secteur des sciences de la santé à l\u2019Université Concordia est aussi pour lui la preuve qu\u2019une université peut s\u2019investir en sciences de la santé sans pourtant avoir une faculté de médecine.Financement En recherche universitaire, le nerf de la guerre, c\u2019est le financement, car il ne manque ni de chercheurs ni de sujets de recherche.Et au chapitre du financement, l\u2019Université Concordia est en plein essor.« Le budget annuel consacré à la recherche à Concordia atteint aujourd\u2019hui 50 millions de dollars, explique Christophe Guy, et Concordia est la deuxième université généraliste en croissance pour le financement en recherche universitaire au Canada.» Mais ce fait d\u2019armes est loin d\u2019être satisfaisant puisque le recteur de l\u2019Université Concor- dia, Alan Shepard, veut doubler cette somme d\u2019ici quelques années.Comment y ar river ?D\u2019abord, en allant chercher une plus grande part du financement en provenance des organismes subventionnaires traditionnels.Mais aussi par l\u2019entremise de partenariats.« On pense évidemment en premier aux partenariats avec l\u2019entreprise privée, et c\u2019est déjà le cas à Concordia, souligne Christophe Guy.Mais on doit aussi envisager des partenariats avec d\u2019autres joueurs, comme les municipalités, et même les organismes communautaires et les entreprises de l\u2019économie sociale.Le développement de la recherche à Concordia passe par l\u2019établissement de partenariats multiples.» L\u2019Université Concordia a un nouveau vice-recteur à la recherche PHOTOS UNIVERSITÉ CONCORDIA Selon le nouveau vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l\u2019Université Concordia, Christophe Guy, « la signature de Concordia en matière de recherche universitaire est la multidisciplinarité ».L\u2019emplacement du campus principal de l\u2019Université Concordia en plein centre-ville de Montréal lui confère un caractère urbain, renforcé par l\u2019un de ses secteurs phares en recherche, la ville et les communautés. R ECH ERCH E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 H 5 L\u2019INTELLIGENCE ARTIFICIELLE TRANSFORMERA NOTRE MONDE.ELLES TRANSFORMERONT L\u2019INTELLIGENCE ARTIFICIELLE.Deux chercheuses de l\u2019Université McGill font œuvre de pionnières en intelligence arti?cielle.Elles entendent mettre la technologie au service de tous.La Pre Joëlle Pineau (à gauche) dirigera le laboratoire de recherche en intelligence arti?cielle de Facebook (FAIR) à Montréal.Toujours à Montréal, la Pre Doina Precup prendra les commandes du laboratoire DeepMind de Google, en collaboration avec McGill.Grâce à ces chercheuses visionnaires et à deux des entreprises les plus innovantes du monde, les patients pourraient connaître leur diagnostic plus rapidement, recevoir jour et nuit des soins personnalisés et se déplacer plus librement en fauteuil roulant intelligent.Ce jour viendra, et il n\u2019est pas loin.Portes ouvertes Faites votre chemin.Venez vous informer sur nos 300 programmes aux trois cycles d\u2019études.SAMEDI 4 NOVEMBRE 2017 10 h à 16 h uqam.ca / portesouvertes Développer une culture de la conduite responsable en recherche E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale D ans les universités, l\u2019analyse de l\u2019éthique de la recherche, portant sur le respect du bien-être et des droits des personnes ou des animaux qui en sont les sujets, est habituellement menée de manière distincte de celle de l\u2019intégrité scientifique, relative à des questions comme la propriété intellectuelle, la falsification de données ou les conflits d\u2019intérêts.L\u2019Université de Montréal vient de regrouper sous un même chapeau les équipes travaillant sur ces problèmes dans son établissement.Son Bureau de la conduite responsable en recherche, qui a amorcé ses activités en janvier dernier, emploie actuellement une quinzaine de personnes.L\u2019approche est unique, d\u2019autant plus qu\u2019elle intègre aussi le volet de la santé et sécurité dans les laboratoires.Pourquoi donner à une seule structure la responsabilité de s\u2019occuper de l\u2019ensemble de ces enjeux?«On vise à passer d\u2019une éthique policière, où l\u2019on applique strictement les normes qui existent, au développement d\u2019une culture de la conduite responsable», explique Ghislaine Cleret de Langavant, directrice du Bureau de la conduite responsable en recherche.Les comités d\u2019éthique de la recherche, soulève-t-elle, permettaient d\u2019analyser si la démarche scientifique d\u2019un projet se montrait conforme aux intérêts, à la sécurité et aux droits des sujets de la recherche.«Mais ils n\u2019étaient pas en mesure de se positionner sur le contexte de la recherche dans lequel les chercheurs se trouvent actuellement, qui est de plus en plus compétitif », juge-t-elle.«Lorsqu\u2019on combine ces deux volets, qui sont distincts, mais liés dans le contexte, on est en mesure justement d\u2019apprendre où il y a des besoins de sensibilisation, de formation et d\u2019accompagnement pour pouvoir porter un regard sur l\u2019évolution de la science ou d\u2019un domaine de la recherche, ce qui n\u2019est pas le cas quand c\u2019est traité séparément.» Parmi les phénomènes larges qui peuvent avoir des répercussions directes sur les pratiques, elle évoque notamment une économie du savoir propice aux conflits d\u2019intérêts et la pression à laquelle sont soumis les chercheurs pour publier des articles, mieux connue sous l\u2019expression «publier ou périr ».Cette dernière tendance a d\u2019ailleurs accentué le fléau des revues prédatrices, de faux journaux scientifiques publiant de la bonne et de la mauvaise science moyennant une somme substantielle de la part de l\u2019auteur.Devant un manquement porté à son attention, la réponse du Bureau de la conduite responsable en recherche sera dif férente selon que la responsabilité incombe à un chercheur agissant comme un électron libre avec des intentions malveillantes, ou que le problème découle plutôt de la culture régnant dans le laboratoire, comme lorsque l\u2019ensemble des acteurs concernés comprennent mal en quoi consiste un conflit d\u2019intérêts.La question des conflits d\u2019intérêts apparaît révélatrice aux yeux de Mme Cleret de Langavant.Elle constate que plusieurs chercheurs manifestent une opinion négative au sujet de ces derniers, les assimilant la plupart du temps à de la fraude, tout en oubliant que ces situations peuvent souvent se présenter à eux, surtout dans le cas de recherches interdisciplinaires, et qu\u2019ils risquent de tomber dans cette position sans s\u2019en rendre compte.«C\u2019est plutôt une question de les reconnaître pour mieux les gérer», rappelle-t-elle.Ouvrir un dialogue Depuis son entrée en poste, Mme Cleret de Langavant travaille sur une planification stratégique, en plus de se doter d\u2019une vision d\u2019ensemble de l\u2019organisation des ressources, des processus et des objectifs à atteindre sous sa gouverne.Une fois que les bases seront bien plantées, elle souhaite amorcer un grand dialogue avec l\u2019ensemble de la communauté universitaire.« Lorsque l\u2019on parle du développement d\u2019une culture, cela demande une participation active de la communauté scientifique », insiste la directrice.Dans sa démarche visant à mieux faire connaître l\u2019existence du Bureau, elle va actuellement à la rencontre des dif férents dépar te- ments et facultés pour écouter leurs besoins et leurs attentes en la matière.« Il y a une perception très négative de l\u2019éthique.Ce n\u2019est pas vu comme un levier pour leur permettre de mieux faire leur recherche», explique-t-elle.L\u2019un de ses défis consistera justement à surmonter la méfiance souvent entretenue envers les instances gardiennes de l\u2019éthique dans les établissements universitaires.« On est vus comme des technocrates ou des empêcheurs de tourner en rond qui ne sont pas là pour les soutenir ou les aider, alors que, dans le fond, c\u2019est quelque chose qui est dans l\u2019intérêt de tout le monde.» Elle souhaite que les chercheurs comprennent mieux, à l\u2019avenir, les raisons des cadres réglementaires, afin qu\u2019ils ne les voient plus simplement comme des contraintes qui leur sont imposées.Accompagner la réflexion sur des enjeux émergents À travers ce dialogue avec la communauté universitaire, elle espère aussi nourrir les réflexions sur des enjeux éthiques qui émergent, notamment avec l\u2019apparition de nouvelles technologies.Elle se montre préoccupée par l\u2019usage des données massives, souvent conservées et gérées à l\u2019étranger par des multinationales.«Cela soulève des questions par rapport à notre capacité de prévoir les conséquences de leur utilisation et de nous assurer que ce soit cohérent avec nos valeurs et les objectifs que l\u2019on se donne», indique-t-elle.Elle souhaite aussi lancer une discussion autour de l\u2019intelligence artificielle, pour laquelle elle préfère le terme d\u2019« intelligence numérique».«Cela amène de nouveaux enjeux ou en exacerbe certains qui existaient, souligne-t-elle, tout en rappelant que ces avancées vont permettre à ce qu\u2019une action soit faite en dehors de la volonté du concepteur de l\u2019outil.Donc c\u2019est important de se donner les moyens d\u2019accompagner ces développements plutôt que de se limiter à des comités d\u2019éthique de la recherche locaux.Il faut penser à d\u2019autres façons de réfléchir ensemble et de délibérer entre nous pour aller dans la même direction.» Les débats au sujet du développement de l\u2019intelligence artificielle concernent l\u2019ensemble de la planète.Mais comme le Québec constitue une plaque tournante dans le domaine de l\u2019apprentissage profond et que des sommes considérables sont octroyées par nos gouvernements à la recherche dans ce domaine, elle croit «qu\u2019on a une responsabilité qui accompagne le fait que ça se fait ici, chez nous».L\u2019Université de Montréal a créé un Bureau de la conduite responsable en recherche, une première dans un établissement d\u2019enseignement supérieur au pays.Entrevue avec sa directrice, Ghislaine Cleret de Langavant.ISTOCK La directrice du Bureau de la conduite responsable en recherche de l\u2019Université de Montréal, Ghislaine Cleret de Langavant, se montre préoccupée par l\u2019usage des données massives, souvent conservées et gérées à l\u2019étranger par des multinationales. R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 N O V E M B R E 2 0 1 7 H 6 CENTRE CANADIEN D\u2019ARCHITECTURE Utiliser les médias à des fins éducatives C A M I L L E F E I R E I S E N Collaboration spéciale C\u2019est en 1969 que l\u2019Open University voit le jour, son siège étant situé à Milton Keynes, au Royaume-Uni.Le cours A305 y est rapidement introduit, amenant avec lui une expérience novatrice et qui aura su inspirer de nouveaux modèles d\u2019enseignement, en permettant notamment la convergence des médias de masse et de l\u2019éducation publique.« C\u2019était vraiment un projet politique d\u2019éducation partagée et une grande innovation dans l\u2019éducation universitaire », estime le commissaire de l\u2019exposition et architecte, Joaquim Moreno.Car ce cours utilise les médias pour partager son enseignement, par l \u2019entremise d\u2019une émission sur le réseau de la BBC diffusée le vendredi.Grâce à ces ressources libres et accessibles à tous, ce savoir se transmet à un pays entier, souligne l\u2019architecte.Démocratiser le savoir « On l\u2019appelle l\u2019université por te-à-por te, une université chez soi », souligne-t-il.Le cours peut toucher des milliers d\u2019auditeurs.Pour certains, ce sera une sorte d\u2019apprentissage autodidacte.Et aussi un défi pour les concepteurs de ce cours, indique le commissaire.« Il faut parler à tous», rappelle-t-il.Que les étudiants se trouvent à l\u2019armée, à l\u2019hôpital ou en prison, le cours arrive à eux.Ils reçoivent aussi d\u2019autres matériaux pour approfondir le cours, qui est colossal.« Ce cours consiste en 34 programmes de télévision, 32 programmes de radio et près de 2000 pages», précise M.Moreno.L\u2019exposition essaie d\u2019ailleurs d\u2019expliquer cette dématérialisation de la connaissance, selon le commissaire.«On essaie de matérialiser cette expérience grâce à une immersion du visiteur qui peut remettre en question des choses plus contemporaines», indique-t-il.Un cours qui voyage dans le temps et l\u2019espace C\u2019est en découvrant un catalogue d\u2019exposition à la Biennale de Venise que M.Moreno a découver t ce cours.« J\u2019ai commencé à étudier ce catalogue, puis à recréer ce cours avec mes étudiants portugais, pour leur faire revivre cette expérience», explique-t-il.L\u2019expérience n\u2019est d\u2019ailleurs pas forcément facile, puisque les outils de communication sont bien loin de nos nouvelles technologies, souligne l\u2019architecte.Les images ont vieilli, « les cravates des présentateurs captent parfois plus l\u2019attention que l\u2019architecture qui se trouve derrière», et il peut s\u2019avérer difficile de maintenir des étudiants concentrés durant 20 minutes avec des émissions de radio.Donner sa voix à l\u2019architecture moderne « C\u2019est un cours qui se déplaçait et c\u2019est la joie de tout ça : il était vraiment ouver t [à tous].» C\u2019est aussi l\u2019objectif de M.Moreno : continuer à faire voyager ce cours et le faire connaître.« Faire cette exposition, c\u2019est poursuivre cette occasion qui permet à l\u2019architecture d\u2019hier et de demain de parler », pense-t-il.Outre les reliques du passé, « ce que tout le monde peut voir», précise Joaquim Moreno, l\u2019exposition présentera des entrevues avec quatre protagonistes de l\u2019histoire de ce cours.« C\u2019est tout la machinerie, la logistique, le détail, la stratégie pédagogique, en fait tout ce qu\u2019il a fallu pour faire fonctionner tout ça», détaille-t-il.Les professeurs Tim Benton, Adrian Forty, Stephen Bayley et Nick Levinson y abordent la construction de cette université: des ambitions pédagogiques aux contraintes technologiques, des objets du quotidien par lesquels arrive l\u2019éducation aussi.«La radio était sans doute le seul objet moderne dans les maisons à ce moment-là, c\u2019est une modernité qui arrive dématérialisée mais re-matérialisée sur les objets même», s\u2019amuse Joaquim Moreno.Les entretiens dévoilent également la critique du logement comme projet politique de la modernité qui est remis en cause à cette époque.L\u2019exposition et les entretiens pourront ensuite servir à générer une discussion plus large et ouverte au public sur la relation entre les médias, la technologie, l\u2019architecture et l\u2019éducation publique, espèrent ses concepteurs.Un vernissage aura lieu le 14 novembre.Transmettre l\u2019histoire de l\u2019architecture à la radio et à la télévision, à un public élargi et à quelques étudiants à distance.Voilà l\u2019ambition qu\u2019a eue le cours d\u2019art de troisième année universitaire « A305 : History of Architecture and Design, 1890-1939 » offert par l\u2019Open university entre 1975 et 1982.Le Centre canadien d\u2019architecture rend aujourd\u2019hui hommage à cette démarche avant-gardiste à travers l\u2019exposition L\u2019Université à l\u2019antenne : diffuser l\u2019architecture moderne, qui se tiendra du 15 novembre au 1er avril, 2018.L\u2019Université de Montréal et de professeurs qui se distinguent.Cette année encore, des membres de la communauté de l\u2019UdeM reçoivent des Prix du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec.André Gaudreault, études cinématographiques \u2014 Prix Léon-Gérin Christophe Guy, génie \u2014 Prix Armand-Frappier Yoshua Bengio, informatique et recherche opérationnelle \u2014 Prix Marie-Victorin Michel Bouvier, biochimie et médecine moléculaire \u2014 Prix Wilder-Pen?eld Richard E.Tremblay, psychologie et pédiatrie \u2014 Prix Marie-Andrée-Bertrand Et pour souligner le 40e anniversaire des Prix du Québec, un prix Relève scienti?que a été instauré et accordé à Miriam Beauchamp, professeure au Département de psychologie.Nous leur disons bravo et merci ! leurs étudiants étrangers vont puiser dans leurs propres fonds.Ça n\u2019a pas d\u2019allure ! » L\u2019ACES souhaite par ailleurs que l\u2019argent de la recherche soit augmenté tant dans les sciences dures et de la santé que dans les sciences humaines et sociales.Le professeur Roy explique que de plus en plus de projets de recherche sont multidisciplinaires.Lui, par exemple, étudie les capteurs corporels et il a besoin de collaborer avec des équipes qui travaillent sur les questions d\u2019éthique.Subvention universelle de recherche La concentration des fonds en fonction des grands champs disciplinaires de recherche est également dénoncée dans une note sur le financement de la recherche universitaire au Québec, publiée l\u2019an dernier.Une note qui révèle que dans les universités de la province, entre 2003 et 2010, le financement est passé de 1,54 à 1,45 milliard de dollars, alors que, dans le même temps, le nombre de professeurs augmentait de 9,34 %.Le budget de recherche moyen par professeur a donc diminué de 15 % au cours de la période.«Il y a eu depuis un réinvestissement du côté des Fonds de recherche du Québec, commente Martin Maltais, professeur au Département des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), et coauteur de la note de recherche.Mais non seulement cela ne vient pas couvrir les désinvestissements des dernières années, mais en plus, le gros des sommes que les chercheurs peuvent aller chercher, c\u2019est du fédéral qu\u2019elles proviennent.» Plusieurs professeurs, dont Martin Maltais, militent pour la mise en place d\u2019une subvention universelle de recherche, qui soit ajoutée au fonds de fonctionnement des établissements et versée annuellement à chaque professeur qui désire faire de la recherche.«Une subvention de l\u2019ordre de 10 000 à 15 000 dollars, pré- cise-t-il.Les professeurs pourraient avoir accès relativement facilement à ce financement de base afin de lancer des projets de recherche.Cela leur permettrait de débroussailler correctement, de maintenir un minimum d\u2019étudiants actifs, de parfaire leurs travaux et, comme cela, de se positionner auprès des organismes subvention- naires pour aller chercher des sommes plus impor tantes au Canada ou à l\u2019international.» Cette mesure nécessiterait un ef for t supplémentaire de 100 millions de dollars de la par t du gouvernement du Québec et représenterait une hausse de moins de 2 % du budget annuel de fonctionnement des universités, analyse M.Maltais.Le professeur ajoute par ailleurs ne pas croire en un financement par le privé.En dehors du secteur de la santé, où des profits sont plus directement envisageables, il note un certain désengagement du milieu des affaires dans les dernières années.« Le financement de la recherche universitaire par le privé est un mythe, affirme-t-il.C\u2019est inquiétant parce qu\u2019on a bradé des espaces dans les universités pour monter des partenariats, mais on s\u2019aperçoit que les retombées ne sont pas à la hauteur.» SUITE DE LA PAGE H 1 CHERCHEURS PETER TRULOCK GETTY IMAGES Un étudiant regarde une émission de l\u2019Open University, en février 1971 Les députés nous ont dit avoir déjà entendu à maintes reprises ce type de témoignages.Il y a urgence et cette urgence est portée par toute la communauté scientifique.Frédéric Bouchard, président de l\u2019Acfas « » "]
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