Le devoir, 6 novembre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 5 2 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Sur la route \u203a Pour en ?nir avec les voitures polluantes.Page B 5 Le Monde \u203a Démocratie malade (bis).Une chronique de François Brousseau.Page B 1 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 4 Mots croisés.B 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 5 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Texas Une fusillade dans une église fait plus de 25 morts Page B 1 «Paradise Papers» Des fortunes de grands argentiers du PLC à l\u2019abri de l\u2019impôt à l\u2019étranger Page A 5 M A R C O F O R T I E R G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É U n vent de changement a souf flé sur Montréal.Valérie Plante, qui était inconnue du public il y a tout juste deux mois, est devenue la première mairesse de l\u2019histoire de la métropole.La femme de 43 ans a remporté dimanche une victoire convaincante contre le maire sortant, Denis Coderre, qui a annoncé dimanche soir son retrait de la vie politique municipale \u2014 après un seul mandat.La campagne énergique, tout en sourires, de Valérie Plante, a eu raison de ce qui était perçu comme l\u2019arrogance de Denis Coderre, politicien de carrière depuis 1997.« 375 ans après Jeanne Mance, Montréal a enfin sa première mairesse, a lancé en fin de soirée Valérie Plante à ses partisans euphoriques réunis au Théâtre Corona.Nous avons mené une campagne historique.» « Pendant trop longtemps, les décideurs ne vous ont pas écoutés, a-t-elle dit dans son discours de victoire.Ils n\u2019ont pas compris ce que vous vouliez.Trop de gens vous ont tenus pour acquis.Et soudainement, on se rend compte que vous avez votre mot à dire.» Mme Plante a relevé que « plusieurs doutaient de notre capacité à nous imposer.Mais nous avons fait valoir nos idées et notre vision».Elle a promis un « changement de ton» I S A B E L L E P O R T E R M A R I E - M I C H È L E S I O U I à Québec L\u2019 élection du 5 novembre marque peu de changements à Québec, où Régis La- beaume a été réélu sans peine et où le parti Québec 21 de Jean-François Gosselin a échoué à faire une percée majeure.M.Labeaume, qui est au pouvoir depuis dix ans, a cette fois plus de 55% des voix face à Jean-François Gosselin (27%) et à Anne Guérette (14%).«Ce sont des dizaines de milliers de citoyens et de citoyennes de tous les âges et de tous les arrondissements qui ont renouvelé leur confiance en notre équipe pour diriger la ville de Québec, et nous leur disons merci ! » a déclaré le maire lors d\u2019un bref discours devant ses par tisans dimanche soir.Bien que confortable, la majorité obtenue cette fois-ci est de beaucoup inférieure à celle de 2013 lorsqu\u2019il avait recueilli 74 % des appuis face au précédent chef de Démocratie Québec, David Lemelin (24 %).Dans les districts, le parti du maire sortant s\u2019en est aussi très bien tiré en faisant élire la grande majorité de ses conseillers.Ces résultats voient en outre l\u2019ar rivée de plusieurs jeunes recrues au conseil avec Alicia Despins, qui a 23 ans à peine (Vanier), Émilie Villeneuve (Saint-Louis\u2013Sillery) et Pierre-Luc Lachance (Saint-Roch\u2013Saint-Sauveur).Chute de Démocratie Québec De leur côté, les militants du parti de Jean- François Gosselin se sont raccrochés toute la soirée à l\u2019espoir que leur candidat dans Chute-Mont- morency\u2013Seigneurial, à Beauport, remporte son élection.Stevens Melançon a finalement récolté 47,2 % des voix, légèrement devant sa rivale d\u2019Équipe Labeaume, Nathalie Roy, qui a obtenu 43,6% des appuis.«Québec 21 a un premier candidat au conseil de ville!» s\u2019est félicité l\u2019organisateur de Québec 21, Serge Marcotte.Dans Sainte-Thérèse-de-Lisieux, à Beauport, la lutte a été très chaude entre la colistière de Jean- François Gosselin, Nancy Piuze, et la candidate Marie France Trudel, d\u2019Équipe Labeaume.La légère avance qu\u2019a obtenue Nancy Piuze en toute fin de soirée a nourri les applaudissements de la centaine de personnes réunies dans le sous-sol d\u2019un restaurant du boulevard Hamel.Au moment d\u2019écrire ces lignes, elle l\u2019emportait par quelques dizaines de voix devant Mme Trudel.Tous les yeux étaient rivés sur ce secteur durant la soirée puisqu\u2019une victoire de Mme Piuze allait permettre à PLANTE PASSE À L\u2019HISTOIRE La chef de Projet Montréal crée la surprise en battant Denis Coderre pour devenir la première femme élue mairesse de la métropole C A R O L I N E M O N T P E T I T S ur une sculpture en hommage aux femmes en politique érigée devant le parlement de Québec en 2012, elle trône entre Marie Gérin- Lajoie et Thérèse Casgrain.Mais Idola Saint-Jean, ardente féministe de la première moitié du XXe siècle, est sans doute la moins connue des trois.Les historiennes Marie Lavigne et Michèle Stanton- Jean comblent cette perte de mémoire en publiant la biographie Idola Saint-Jean, l\u2019insoumise, aux éditions du Boréal.Femme de cause, ardente démocrate, Idola Saint-Jean a combattu la grande résistance du gouvernement du Québec à accorder le droit de vote aux femmes.Elle, ainsi que toutes les femmes qui l\u2019ont accompagnée dans ce mouvement, a finalement eu gain de cause auprès du premier ministre Abélard Godbout en 1940, soit 19 ans après que le gouvernement du Canada eut permis aux femmes de voter aux élections fédérales.En fait, le Québec a été la dernière province du Canada, juste avant les Territoires du Nord-Ouest, à permettre aux femmes de voter.En entrevue, les historiennes attribuent en par tie cette résistance québécoise à un certain repli identitaire.Et paradoxalement, c\u2019est cette résistance qui aurait exposé les LIVRES Idola Saint-Jean, le parcours d\u2019une battante PEDRO RUIZ LE DEVOIR Michèle Stanton-Jean et Marie Lavigne signent une biographie sur Idola Saint-Jean, ardente féministe de la première moitié du XXe siècle.Élections municipales \u203a Un tour d\u2019horizon des principaux résultats au Québec.Pages A 2, A 3 et A 4 La carte de tous les résultats sur l\u2019île de Montréal.Page A 2 Une mairesse magique.Un éditorial de Brian Myles.Page A 6 VOIR PAGE A 8 : IDOLA VOIR PAGE A 8 : MONTRÉAL VOIR PAGE A 8 : QUÉBEC PEDRO RUIZ LE DEVOIR Inconnue du grand public il y a tout juste six mois, Valérie Plante a réussi à capter l\u2019attention des Montréalais.VILLE DE QUÉBEC Un quatrième mandat pour Labeaume L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 ELECTIONS MUNICIPALES A 2 GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Trois-Rivières YVES LÉVESQUE Réélu Les Trifluviens ont voté pour la continuité: le très populaire Yves Lévesque dirigera la ville pour un 5e mandat; le dernier, selon ce qu\u2019il avait affirmé lors de sa campagne électorale.Bien qu\u2019il se soit retrouvé face à des candidats sérieux et à une opposition beaucoup plus consolidée, le maire sortant l\u2019emportait avec plus de 50% des voix au moment d\u2019écrire ces lignes.L\u2019ancien conseiller municipal Jean-François Aubin l\u2019a talonné de près.Cet enseignant au cégep en techniques de travail social avait obtenu l\u2019appui de l\u2019ex-greffier de la Ville, un homme influent et respecté dans le milieu qui avait invité la population à «congédier» le maire Lévesque, le qualifiant de «champion de la mesquinerie».L\u2019homme d\u2019affaires à la retraite André Bertrand était l\u2019autre candidat dans la course qui a tenté, en vain, de convaincre la population à voter pour un changement.Lisa-Marie Gervais M A R I E - M I C H È L E S I O U I A u revoir à Jean Tremblay, bienvenue à Josée Néron.Les électeurs de Saguenay étaient en voie dimanche de remplacer leur coloré maire des 20 dernières années par celle qui dirigeait jusqu\u2019ici l\u2019opposition officielle au conseil municipal.Le message de la comptable de carrière, « Je suis le changement», semble avoir été entendu: au moment d\u2019écrire ces lignes, l\u2019Équipe du renouveau démocratique de Josée Néron obtenait 6016 voix, profitant d\u2019une majorité de 2484 voix.Le candidat Jean-Pierre Blackburn prenait quant à lui la deuxième place, avec 3532 votes.Les aspirants maires Arthur Gobeil et Dominic Gagnon se contentaient de 2237 et 880 voix, respectivement.L\u2019élection de Josée Néron, une candidate expérimentée qui a profité du soutien des élus sague- néens du Parti québécois, a confirmé la tendance observée dans les sondages menant à l\u2019élection.Le plus récent coup de sonde lui accordait 41,2% des voix, contre 31,9% pour Jean-Pierre Blackburn.«Je suis vraiment fière, vraiment contente que la population m\u2019ait fait confiance.Je peux vous jurer que je ne la décevrai pas», a réagi la nouvelle mai- resse, originaire de Chicoutimi, dans une courte entrevue avec Le Devoir.«Ça va être totalement différent de ce qu\u2019on a connu auparavant à Sague- nay.[\u2026] Le pouvoir va revenir au niveau du conseil municipal, parce qu\u2019en ce moment, il est concentré au comité exécutif», a dit celle qui s\u2019était engagée, en campagne, à ramener plus de transparence et d\u2019imputabilité à l\u2019hôtel de ville.Jean-Pierre Blackburn, député conservateur de Jonquière-Alma de 2006 à 2011, a dû se contenter de la deuxième place.L\u2019homme d\u2019affaires avait fait campagne en promettant d\u2019améliorer l\u2019état des routes et l\u2019accès au transport en commun.Il s\u2019était aussi engagé à développer deux minicentrales hydroélectriques dans le secteur de Jonquière.La campagne municipale à Saguenay a connu son lot de rebondissements, jusqu\u2019à la toute dernière minute.Le propriétaire de la Fromagerie Boivin et conseiller sortant de La Baie, Luc Boivin, a annoncé samedi matin son retrait de la campagne, pour des raisons familiales et professionnelles.Le nom de celui qui se présentait sous la bannière du parti de l\u2019ex-maire Tremblay, le Parti des citoyens de Saguenay (PCS), a dû être biffé des bulletins de vote à la veille du vote.Mais l\u2019événement qui aura le plus alimenté les discussions de cette campagne aura sans contredit été la volte-face de Jean-Pierre Blackburn.Au mois d\u2019août, celui qui était le successeur désigné de Jean Tremblay au PCS a annoncé qu\u2019il se présentait finalement comme indépendant, sous prétexte de vouloir s\u2019extirper du «carcan» que lui imposait le maire sortant.C\u2019est donc l\u2019urgento- logue Dominic Gagnon qui s\u2019est lancé dans la course sous la bannière du parti du maire Tremblay.Le médecin a promis un gel de taxes, en plus de faire la promotion des «saines habitudes de vie» pour les citoyens de Saguenay.Arthur Gobeil, un associé-conseil de la firme Raymond Chabot Grant Thornton à Chicoutimi, avait quant à lui sauté dans l\u2019arène en promettant une gestion prudente des finances de la Ville.L\u2019ensemble des candidats, à l\u2019exception de Dominic Gagnon, s\u2019était aussi engagé à réformer, par divers moyens, l\u2019organisme de développement économique Promotion Saguenay.La création de Jean Tremblay, qui gère depuis 2002 un portefeuille de 6,5 millions, s\u2019est valu bon nombre de critiques de la part des candidats, qui lui ont reproché son opacité et sa proximité avec l\u2019administration du maire sortant.Le Devoir Saguenay choisit Josée Néron RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Josée Néron Ahuntsic-Cartierville Émilie Thuillier Anjou Luis Miranda Côte-des-Neiges\u2013Notre- Dame-de-Grâce Sue Montgomery Lachine Maja Vodanovic LaSalle Manon Barbe L\u2019Île-Bizard\u2013Sainte- Geneviève Normand Marinacci Le Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez Le Sud-Ouest Benoit Dorais Mercier\u2013Hochelaga- Maisonneuve Pierre Lessard-Blais Montréal-Nord Christine Black Outremont Philipe Tomlinson Pierrefonds\u2013Roxboro Dimitrios (Jim) Beis Rivière-des-Prair ies\u2013 Pointe-aux-Trembles Chantal Rouleau Rosemont\u2013La Petite- Patrie François William Croteau Saint-Laurent Alan Desousa Saint-Léonard Michel Bissonnet Verdun Jean-François Parenteau Ville-Marie Valérie Plante Villeray\u2013Saint-Michel\u2013 Parc-Extension Giuliana Fumagalli Sherbrooke STEVE LUSSIER Élu Changement de direction à la mairie de Sherbrooke.Le maire sortant, Bernard Sévi- gny, a perdu son poste face à un candidat indépendant, l\u2019homme d\u2019affaires Steve Lus- sier, qui avait obtenu plus de 40 % des voix au moment d\u2019écrire ces lignes.M.Sévi- gny, qui est aussi président de l\u2019Union des municipalités du Québec, était à la recherche d\u2019un troisième mandat.Il a toutefois été fortement critiqué pour sa gestion du projet de valorisation des matières organiques Valoris, ainsi que du projet de revitalisation du centre-ville, Well inc.M.Lussier, qui a promis de revoir la gestion de ces projets, s\u2019est également engagé à créer au moins 2000 emplois au cours de son premier mandat.Tout au long de sa campagne, il a insisté sur la nécessité d\u2019obtenir du «changement» au sein des élus sherbrookois.Alexandre Shields Maires élus dans les arrondissements Baie-d\u2019Urfé Indisponible Beaconsfield Georges Bourelle Côte-Saint-Luc Mitchel Brownstein Dollard-des-Ormeaux Alex Bottausci Dorval Edgar Rouleau Hampstead William Steinberg Kirkland Indisponible L\u2019Île-Dorval Gisèle Chapleau Mont-Royal Philippe Roy Montréal-Est Indisponible Montréal-Ouest Indisponible Pointe-Claire John Belvedere Sainte-Anne-de-Bellevue Indisponible Senneville Indisponible Westmount Christina M.Smith Selon les résultats préliminaires disponibles à 23h30 Maires élus dans les villes liées Projet Montréal Équipe Denis Coderre Indépendant Autres Indisponible L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 ELECTIONS MUNICIPALES A 3 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Denis Coderre a annoncé son départ de la vie politique municipale, dimanche soir, dans son discours à ses militants.J E A N N E C O R R I V E A U D ouloureuse soirée pour Denis Coderre, qui croyait bien obtenir un deuxième mandat à la mairie de Montréal.Les électeurs en ont décidé autrement en lui montrant la por te dimanche soir lors des élections municipales.« Je quitte la vie politique municipale », a annoncé Denis Coderre, qui n\u2019occupera pas le poste de chef de l\u2019opposition même si sa colistière, Chantal Rossi, a été élue.« Je pars la tête haute.Montréal est une ville exceptionnelle, une métropole qui fait l\u2019envie du monde.Nous avons retrouvé notre fierté et notre intégrité », a déclaré Denis Coderre aux candidats de son équipe et aux militants.« Je veux souhaiter bonne chance à Valérie Plante.Je l\u2019ai appelée », a-t-il ajouté en promettant de collaborer à la transition.« Je suis désolée pour ceux qui ont perdu.J\u2019en prends l\u2019entière responsabilité.» Vers 21 h 15, Valérie Plante avait été déclarée gagnante, jetant une douche froide à l\u2019Olympia, où s\u2019étaient rassemblées les troupes de Denis Coderre.Les candidats avaient la mine déconfite.Le maire sor tant d\u2019Hochelaga- Maisonneuve, Réal Ménard, a perdu son siège contre Pierre Lessard-Blais, de Projet Montréal.« Ce n\u2019est pas le plus beau jour de ma vie, mais j\u2019ai eu la chance de servir les gens de Mercier\u2013Hochelaga-Maison- neuve pendant 25 ans.Je félicite ceux qui auront de nouvelles responsabilités », a-t-il dit.Réal Ménard Membre du comité exécutif, Réal Ménard fait par tie de ceux qui avaient joint le parti de Denis Coderre au cours de la dernière année.« On a pris des décisions difficiles.On a ouvert des chantiers impor tants pour Montréal.Dans notre métier, on gagne en équipe et on perd en équipe.Le maire Coderre va laisser un héritage considérable aux Montréalais, que ce soit la réforme du financement des arrondissements ou les investissements majeurs dans les infrastructures », a-t-il commenté.Jim Beis, maire sortant de l\u2019arrondissement de Pierre- fonds-Roxboro, s\u2019expliquait mal la défaite subie par le maire.«Nous devons prendre le temps d\u2019absorber les résultats.Je suis surpris, je dois l\u2019admettre, parce que nous avons fait beaucoup pour Montréal.C\u2019est la démocratie et les citoyens qui se sont prononcés.Nous devons respecter ça.» Il s\u2019est dit incapable de dire ce qu\u2019il adviendrait du par ti Équipe Denis Coderre.Réélue à la mairie de Mont- réal-Nord, Christine Black était plus sereine.«On accepte le verdict.Les résultats sont bons dans Montréal-Nord, mais notre chef n\u2019est pas réélu.On vit une drôle d\u2019émotion en ce moment.On va faire un postmortem de la campagne et on verra bien les leçons qu\u2019on a à en tirer.» Défaite dans son district, la candidate d\u2019Équipe Denis Co- derre au poste de conseillère dans l \u2019ar rondissement du Plateau-Mont-Royal, Linda Gauthier, ne cachait pas sa déception.«Les Montréalais ont cru malheureusement aux promesses de Projet Montréal, mais plusieurs sont irréalisables.Certains projets sont impossibles à réaliser, ou à quel coût?Prenons seulement la ligne rose à 6 milliards.C\u2019est impossible.Selon moi, les Montréalais ont été bernés à plusieurs reprises», a-t-elle expliqué tout en reconnaissant que, dans une cer taine mesure, les citoyens voulaient faire un message à M.Coderre.Campagne cahotique Denis Coderre a connu une campagne électorale cahoteuse, traînant quelques boulets, dont le secret entourant la vente de billets pour la course de Formule E.Les données ont finalement été révélées quatre jours avant le scrutin, mais cet épisode a nui à sa campagne.Il s\u2019est également fait reprocher son attitude arrogante face à la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, qui dégageait une image de nouveauté et de fraîcheur.«Ce n\u2019est pas de l\u2019arrogance, c\u2019est de la détermination», a répété le maire sortant en campagne et à des journalistes.«Si j\u2019ai pilé sur des orteils, je m\u2019en excuse», a-t-il dit.De plus, la plateforme électorale du maire sortant comportait peu de nouveautés, le maire ayant surtout misé sur son expérience et son bilan à la mairie pour convaincre les Montréalais de le réélire.« Regardez où on était il y a quatre ans», a-t-il martelé sans cesse pendant toute la campagne électorale en référence aux dernières années de règne de Gérald Tremblay.Avant les élections, l\u2019Équipe Denis Coderre détenait dix mairies d\u2019arrondissement, en plus de celle de Ville-Marie, qui revient automatiquement au maire de la Ville.Le Devoir «Je pars la tête haute » Denis Coderre n\u2019occupera pas le poste de chef de l\u2019opposition même si sa colistière a été élue K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I L a bataille pour succéder à la mairesse sor tante de Longueuil, Caroline St-Hilaire, aura été serrée jusqu\u2019à la toute fin.Au moment d\u2019écrire ces lignes, il était toujours impossible de dépar tager Sylvie Parent et Josée Latendresse, deux anciennes alliées devenues rivales.Après la fermeture des bureaux de vote, Josée Laten- dresse, de Longueuil Citoyen, a pris les devants sur Sylvie Parent, d\u2019Action Longueuil, mais les deux aspirantes mai- resses sont demeurées au coude à coude toute la soirée.Sadia Groguhé, d\u2019Option Longueuil, a pour sa part été rapidement écartée.Sylvie Parent s\u2019est plus tard emparée de la première place en creusant à un certain moment un écart de quelques centaines de voix, mais sans arriver à distancer son adversaire pour de bon.Au moment d\u2019écrire ces lignes, elle menait par 366 voix après le dépouillement de 86% des bureaux de vote.Peu impor te qui l\u2019emportera, les Longueuillois auront élu dimanche une deuxième mairesse en près de 160 ans, après les deux mandats de Caroline St-Hilaire.Pour la première fois de l\u2019histoire de la ville, trois femmes convoitaient la mairie de la municipalité de la Rive-Sud de Montréal.D\u2019alliées à rivales À Longueuil, la campagne électorale a donné lieu à une chaude lutte entre deux anciennes alliées devenues rivales.En avril dernier, Sylvie Parent a succédé à la mairesse sortante Caroline St-Hilaire à la tête du par ti Action Longueuil en ayant le meilleur sur Josée Latendresse.Cette dernière a alors claqué la por te de la formation politique en dénonçant les agissements de son adversaire.Elle a fondé son propre parti, Longueuil Citoyen, en attirant vers elle plusieurs conseillers municipaux autrefois affiliés à Action Longueuil.Dimanche, huit conseillers municipaux sortants se sont présentés sous la bannière de Longueuil Citoyen et cinq ont tenté de se faire réélire en demeurant au sein d\u2019Action Longueuil.Trois profils différents Au cours des dernières semaines, Mme Parent s\u2019est présentée comme la candidate de la continuité, promettant de poursuivre le travail entamé par Caroline St-Hilaire, comme le projet de centre-ville devant voir le jour d\u2019ici 2035 près de la station de métro de Longueuil.De son côté, Josée Laten- dresse a tenté de se distinguer en se décrivant comme une consultante en développement organisationnel ayant œuvré dans différents domaines.En réponse au projet de centre- ville lancé par Mme St-Hilaire, elle a proposé de créer des «centres-quartiers» permettant de dynamiser plusieurs secteurs de la ville.La troisième candidate à la mairie, l\u2019ex-députée néodémo- crate Sadia Groguhé, a pour sa par t fait valoir que ses deux adversaires proviennent de la « même famille » et que les citoyens de Longueuil ont soif de changement.Au chapitre des finances, par exemple, les trois candidates ont adopté des approches différentes.Sylvie Parent, qui s\u2019est chargée de l\u2019élaboration du budget de Longueuil pendant le règne de Mme St-Hilaire, avait promis une hausse moyenne de l\u2019impôt foncier limitée à 1% par année, tandis que Josée Laten- dresse avait promis un gel jusqu\u2019en 2020.Sadia Groguhé s\u2019était engagée à maintenir l\u2019impôt foncier «le plus bas possible».Le Devoir RIVE-SUD Lutte de tous les instants à Longueuil KARL RETTINO-PARAZELLI LE DEVOIR Des partisans de la candidate Josée Latendresse suivent l\u2019annonce des résultats.A L E X A N D R E S H I E L D S L es Lavallois ont décidé dimanche de repor ter au pouvoir le maire Marc De- mers.Après avoir consacré les quatre dernières années à, dit- il, mettre un terme au « désordre » de l\u2019ancienne administration de Gilles Vaillancourt, il a donc obtenu le deuxième mandat qu\u2019il sollicitait, malgré le tir groupé de ses quatre adversaires durant la campagne.M.Demers, qui a été élu en 2013 à la tête de la troisième ville québécoise en nombre d\u2019habitants, a été facilement réélu dimanche soir, par une large majorité.Au moment de mettre sous presse, il recueillait près de 50% des suffrages, loin devant son principal adversaire, Jean-Claude Gobé, d\u2019Action Laval.Il avait récolté environ 44 % des voix en 2013, avec son par ti, Mouvement lavallois, tandis que le taux de participation des 300 000 électeurs atteignait 41 %.Le maire, qui a succédé au très long règne de l\u2019ancien homme for t de Laval, Gilles Vaillancourt, a fait campagne en promettant de « poursuivre le mouvement » entamé il y a quatre ans pour relancer une ville qui était alors «sous tutelle et sans direction».Il faut rappeler que M.Vaillancourt a été reconnu coupable l\u2019an dernier de complot, de fraude et d\u2019abus de confiance.Il a aussi dû rembourser 8,5 millions de dollars à la Ville.«Maintenant, nous avons pris notre élan », a répété M.De- mers au cours des dernières semaines.Il a d\u2019ailleurs insisté sur le rôle joué par son administration pour mettre un terme au «désordre» provoqué par l\u2019ancien maire Gilles Vaillancourt.Routes et commerces Maintenant que la page est en bonne par tie tournée, le maire a promis aux quelque 423 000 Lavallois « une ville plus verte et plus accueillante».Il af firme du même souf fle qu\u2019il a des plans «pour le développement économique, environnemental et culturel de Laval, avec une vision claire et une direction bien en place».En tête de liste de ses « domaines prioritaires », Marc De- mers s\u2019est engagé à améliorer la « sécurité » et la «qualité » du réseau routier de la ville.Il souhaite également favoriser l\u2019entrepreneuriat et le commerce de détail, mais aussi doter Laval d\u2019une «grande bibliothèque centrale » et d\u2019un « centre de création artistique ».En matière environnementale, le chef de Mouvement lavallois compte augmenter la collecte des matières organiques et bonifier le « couvert forestier » et la protection des cours d\u2019eau.Tout au long de la campagne, ses adversaires l\u2019ont cependant dépeint comme un homme politique déconnecté des citoyens.Son principal adversaire, le chef de l\u2019opposition à l\u2019Hôtel de Ville, Jean-Claude Gobé, d\u2019Action Laval, a talonné Marc Demers en promettant une baisse de taxes de 3% dans la première année de son mandat, mais aussi la révision de l\u2019ensemble des dépenses de la Ville.Le maire a toutefois rejeté catégoriquement cette option, en affirmant qu\u2019une telle décision constituerait une «catastrophe» pour les finances de Laval.Le Devoir LAVAL Une large majorité pour Demers Maintenant, nous avons pris notre élan Marc Demers, maire de Laval « » Je suis désolé pour ceux qui ont perdu.J\u2019en prends l\u2019entière responsabilité.Denis Coderre, maire sortant « » L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 ELECTIONS MUNICIPALES A 4 AILLEURS AU QUÉBEC Lac-Mégantic JULIE MORIN En avance L\u2019ancienne conseillère municipale Julie Morin était en avance à Lac-Mégantic, au moment de mettre sous presse.Le champ était libre dans cette petite municipalité marquée par une tragédie ferroviaire, après que le maire sortant Jean-Yves Cloutier eut annoncé qu\u2019il ne se représentait pas.L\u2019ex-journaliste Ronald Martel et le chasseur de têtes Jean St-Pierre étaient les deux autres candidats dans la course.La personne qui dirigera la mairie de Lac-Mégantic aura du pain sur la planche : plus de quatre ans après qu\u2019un convoi de wagons-citernes transportant du pétrole brut eut explosé au centre-ville et causé la mort de 47 personnes, la voie de contournement de train vivement réclamée par la municipalité n\u2019est toujours pas construite.À l\u2019époque, la mairesse Colette Roy Laroche avait géré la crise de main de maître avant de se retirer de la politique municipale en 2015.Lisa-Marie Gervais Rimouski MARC PARENT Réélu Le maire sortant de Rimouski, Marc Parent, a réussi à obtenir la confiance des électeurs avec 48,6 % des voix.Au départ d\u2019Éric Forest, qui a été nommé sénateur en novembre 2016, M.Parent avait été choisi par ses collègues du conseil municipal pour prendre les rênes de la ville.Il devait croiser le fer avec sept autres candidats, mais il n\u2019en est resté que trois : les deux anciens conseillers municipaux Pierre Chassé et Gilles Thériault, ainsi que Djanick Michaud, éleveur canin et ex-attaché politique du député néodémocrate Guy Caron.Parmi les quatre autres candidats qui se sont retirés de la campagne électorale, on retrouvait Jean Richard, le beau- frère de Marc Parent, et un autre conseiller municipal sortant, Rodrigue Joncas, qui a déjà été maire de Gaspé.Lisa-Marie Gervais Sept-Îles RÉJEAN PORLIER Réélu Malgré les divisions suscitées à Sept-Îles par le projet Mine Arnaud, le maire Réjean Porlier a été réélu pour un deuxième mandat dimanche soir.Il a donc pris le dessus sur son seul adversaire, Russel Tremblay, directeur adjoint de Développement économique Sept-Îles.Le maire a obtenu près de 60 % des voix, avec une avance d\u2019un peu plus de 900 votes.M.Por- lier a donc creusé son avance, par rapport au scrutin de 2013.M.Tremblay avait pourtant rallié des gens d\u2019affaires en critiquant M.Porlier, l\u2019accusant de ne pas avoir suffisamment soutenu le projet Mine Arnaud.En fait, ce projet minier phare du Plan Nord du gouvernement Couillard en est toujours au point mort en raison de l\u2019absence de partenaires privés pour financer la construction de la mine et acheter son éventuelle production.Alexandre Shields Baie-Comeau YVES MONTIGNY Élu La municipalité de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, a confié le poste de maire à Yves Montigny, un conseiller pédagogique qui siégeait déjà au conseil municipal.M.Montigny l\u2019a emporté dimanche soir avec plus de 70% des voix, loin devant son adversaire Yvon Boudreau.M.Montigny, qui avait annoncé sa candidature dès le mois d\u2019avril, a promis en campagne électorale de créer de l\u2019emploi, de maintenir les services de proximité dans sa région, mais aussi de redonner leur « fierté» aux citoyens de Baie-Comeau.Il a également critiqué le peu d\u2019attention donnée aux régions du Québec, dont la Côte-Nord, par les pouvoirs politiques.«Les régions, actuellement, on dirait qu\u2019on est vraiment oubliées par Montréal et les grands centres.[\u2026] Je veux changer ça.Je veux qu\u2019on s\u2019affirme davantage.» Alexandre Shields H É L È N E B U Z Z E T T I à Gatineau L e maire sor tant de Gati- neau, Maxime Pedneaud- Jobin, a remporté une victoire sans éclat dimanche soir : certes, il s\u2019est fait réélire pour un second mandat à la tête de la quatrième ville en importance du Québec, mais il n\u2019a pas égalé son score de 2013 et, sur tout, il n\u2019a pas obtenu la majorité qu\u2019il souhaitait au conseil municipal.Les déchirements ayant ralenti son pré- cédent mandat ne sont peut- être donc pas chose du passé.Au moment d\u2019écrire ces lignes, M.Pedneaud-Jobin avait obtenu 45% des voix exprimées.Ses adversaires ont divisé le vote d\u2019opposition.Les ex- conseillers Denis Tassé et Sylvie Goneau, qui faisaient la vie dure au maire lors du précé- dent mandat, obtenaient 31 % et 17 %, respectivement.Clément Bélanger, un haut fonctionnaire fédéral, ne récoltait qu\u2019un peu moins de 5 %, tandis que Rémi Bergeron, l\u2019ex-direc- teur général de la municipalité de Bowman, fermait la marche avec 2 %.M.Pedneaud-Jobin avait obtenu la majorité absolue en 2013 avec 53 % du vote.Mais la victoire est douce- amère pour Maxime Pedneaud- Jobin.Car le maire sortant aurait souhaité, avec sa formation politique Action Gatineau (la seule qui existe sur la scène ga- tinoise), décrocher une majorité de sièges au conseil municipal.Or, il en est très loin.Au moment d\u2019écrire ces lignes, seulement six de ses candidats étaient en avance ou élus dans les 18 districts électoraux de la ville.Les conseillers sor tants d\u2019Action Gatineau Cédric Tessier, Myriam Nadeau et Martin Lajeunesse ont été réélus, Renée Amyot a été élue, tandis qu\u2019Isabelle Miron était en avance.Leur collègue Maude Marquis-Bissonnette avait été élue par acclamation dans le district du Plateau il y a une semaine après le désistement de son seul adversaire, l\u2019indépendant Patrick Doyon.Neuf anciennes collègues de travail de M.Doyon l\u2019ont accusé d\u2019inconduite sexuelle, autant à Patrimoine Canada \u2014 où il était à l\u2019époque chef de cabinet de Denis Coderre \u2014 qu\u2019à la Cité collégiale, où il a ensuite œuvré.«Le conseil ne sera pas comme on l\u2019aurait souhaité.Par contre, ceux qui décident sont les gens de Gatineau et on fera comme on a fait la dernière fois, on va respecter la volonté des gens de Gati- neau.On va travailler avec tout le monde », a lancé M.Ped- neaud-Jobin dans son discours.Mais il a aussi livré un message aux conseillers indépendants.«La main qu\u2019on tend à ceux qui ont été élus et qui n\u2019étaient pas de notre côté, on espère qu\u2019eux aussi vont la tendre pour respecter la volonté des gens de Gati- neau, c\u2019est-à-dire d\u2019appliquer le programme qui a gagné à la mairie.» Du côté des indépendants, les conseillers sor tants Jocelyn Blondin, Louise Boudrias, Gilles Carpentier, Daniel Champagne, Jean-François LeBlanc, Jean Lessard et Marc Carrière étaient réélus ou sur le point de l\u2019être.Le nouveau venu Gilles Chagnon était en avance dans le district de Lucerne, Audrey Bureau était élue dans Aylmer, tout comme Nathalie Lemieux dans Touraine.En fin de compte, trois des quatre conseillers sor tants d\u2019Action Gatineau qui se sont représentés (la cinquième ayant tiré sa révérence) ont été réélus.Le quatrième, Richard Bégin, bataillait for t pour conserver son siège, lui qui, redécoupage électoral oblige, menait une lutte contre un autre conseiller sor tant, Mike Duggan.Finalement, le conseil municipal de Gatineau en sera un encore masculin.Des 52 personnes qui briguaient un poste de conseiller ou de maire, seulement 12 étaient des femmes, dont huit portaient les couleurs d\u2019Action Gatineau.Six femmes ont été élues conseillères et une septième était en avance.Contrairement à certains de ses adversaires, Maxime Ped- neaud-Jobin n\u2019a pas promis d\u2019arrimer les hausses de taxes municipales au taux d\u2019inflation.Il a indiqué que la hausse serait de 2,9% la première année, puis de 2,5% pour les trois années subséquentes.M.Pedneaud-Jobin entend aller de l\u2019avant avec la désignation patrimoniale d\u2019une partie du Quartier du Musée, cet endroit situé devant le Musée canadien de l\u2019histoire (anciennement des civilisations), où le promoteur Brigil veut ériger deux immenses tours de 35 et 55 étages.Action Gatineau a aussi promis d\u2019investir 56 millions de dollars dans les bibliothèques de quartier et d\u2019envisager la création d\u2019une grande bibliothèque au centre-ville de Gatineau.Le Devoir GATINEAU Pedneaud-Jobin réélu, mais sans la majorité souhaitée M A R I E - L I S E R O U S S E A U L e défi est le même tous les quatre ans : convaincre la population de voter aux élections municipales, qui récoltent des taux de participation sous la barre des 50% dans l\u2019ensemble de la province.Si on se fie aux premiers résultats disponibles dimanche soir, on peut s\u2019attendre à ce que ces taux soient semblables en 2017.On en aura la confirmation au cours des prochains jours, puisque le taux final au Québec ne sera pas rendu public avant mardi, a fait savoir une porte-parole du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) au Devoir dimanche.En 2013, le taux de participation dans l\u2019ensemble du Québec était de 47 %, contre 45 % aux élections municipales de 2009.Des chif fres nettement inférieurs aux élections provinciales, où 71,43 % des Québécois s\u2019étaient prévalus de leur droit de vote en 2014, et 74,6 % en 2012.Au moment d\u2019écrire ces lignes, le taux de participation final pour Montréal n\u2019avait pas été divulgué.À 16 h, les résultats les plus récents, 31,59 % des électeurs s\u2019étaient rendus aux urnes.C\u2019est inférieur au taux de 2013 à la même heure, soit 34,19 %.La même année, 43,3% des Montréalais s\u2019étaient prévalus de leur droit de vote.Seulement 39,4 % l\u2019avaient fait en 2009.Dans la capitale, le taux de participation final est de 50,1% pour cette élection, ce qui est moins élevé qu\u2019en 2013 (54,9%), mais davantage qu\u2019en 2009 (49,3%).Peu de résultats finaux pour les autres villes du Québec étaient disponibles au moment d\u2019écrire ces lignes dimanche.À Sherbrooke, 44,1 % de la population s\u2019est rendue aux urnes, légèrement plus qu\u2019en 2013, où on avait enregistré un taux de participation de 42 %.À Gatineau, seulement 38,52 % des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote, contre 41,9 % quatre ans plus tôt.À Saguenay, où les citoyens étaient appelés à élire le successeur de Jean Tremblay, 40,29 % des électeurs avaient voté à 19 h.À Longueuil, 26,6 % de la population avait fait de même à 16 h.Aucun chif fre n\u2019était disponible pour Laval dimanche à 22 h, où 41,1 % des électeurs avaient voté en 2013.Il semble que la campagne publicitaire du DGEQ pour inciter les citoyens à se rendre aux urnes en plus grand nombre n\u2019aura pas porté ses fruits.Préoccupé quant au faible pourcentage de vote aux plus récentes élections municipales, le DGEQ avait lancé le mois dernier une série de publicités dans lesquelles on pouvait voir notamment une patinoire, une glissoire et un abribus à moitié construits.« Imaginez si votre municipalité faisait aussi les choses à moitié », disait le message.Pourtant, les municipalités administrent plus de 15 milliards de dollars annuellement et contrôlent près de 60 % des infrastructures publiques au Québec, rappelle le DGEQ.Quelque six millions d\u2019électeurs étaient appelés aux urnes dans plus de 858 municipalités pour ces élections municipales.Rappelons que, faute de compétition, environ la moitié des maires de la province ont été élus par acclamation.Les bureaux de vote étaient ouverts de 10h à 20h dimanche.Le Devoir TAUX DE PARTICIPATION Les électeurs toujours peu nombreux aux urnes PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dimanche soir, le taux de participation final n\u2019avait pas été divulgué pour Montréal.Selon les résultats les plus récents, à 16h, 31,59% des électeurs s\u2019étaient rendus aux urnes.FACEBOOK Maxime Pedneaud-Jobin 50,1 % Il s\u2019agit du taux de participation à Québec.C\u2019est un pourcentage moins élevé qu\u2019en 2013 (54,9 %). L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 ACTUALITES A 5 L e supposé cartel du pain tranché défraie l\u2019actualité.Que vaut un pain ?Pour tous ceux dont la huche n\u2019est pas placée au chaud dans des paradis fiscaux, la question mérite encore et toujours d\u2019être posée.Ce n\u2019est pas parce que la terre est mal labourée, qu\u2019elle n\u2019est pas binée ou ensemencée correctement ou que la maladie s\u2019est emparée des cultures, mais dans notre civilisation du blé, le pain n\u2019est même plus du pain.Cet aliment immémorial, celui qui a nourri l\u2019humanité, le pain au levain, bien cuit et bien doré, est désormais considéré comme le luxe de gens fortunés.On l\u2019a écar té en le rebaptisant « pain de campagne », « pain rustique », « pain ar tisanal », alors même qu\u2019il n\u2019est plus mangé dans sa rusticité ni à la campagne ni chez les ar tisans.Trop cher, le pain.Cet aliment de base a été remplacé par de la glu, une éponge synthétique à peine cuite puis tranchée mécaniquement.Et la publicité s\u2019est chargée d\u2019imposer aux esprits que ce mastic indigeste était un aliment qui correspond désormais à la définition du mot «pain».Au fond, c\u2019est un même type de détournement qui est en train de s\u2019opérer avec la définition de l\u2019éducation.Doit-on parler de cartel de l\u2019ignorance ?Cette tendance s\u2019illustre en tout cas à merveille avec cette histoire de la Commission scolaire de Laval : pour faire la promotion de son programme de formation professionnelle, elle s\u2019est payé une publicité statuant que l\u2019éducation pouvait désormais faire l\u2019économie de l\u2019apprentissage de la littérature, de la philosophie et de l\u2019anglais.« Pas de temps à perdre », clame sa publicité : « Pas de philo, pas de littérature, ni d\u2019anglais\u2026 Bref, juste ce qui te plaît ! » Le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, s\u2019est fendu la semaine dernière d\u2019une lettre très polie adressée à cette commission scolaire.Sa lettre signale à raison que cette publicité insulte jusqu\u2019aux fondements de la société.Dans le même sens, des internautes en ont rajouté.Placée soudain sous le feu de tirs croisés, la présidente de la Commission scolaire de Laval, Louise Lortie, s\u2019est vue finalement semoncée par Sébastien Proulx, le ministre de l\u2019Éducation.Le ministre Proulx a fait savoir que les affiches seraient retirées « dans les prochaines heures ».Ce qui, en clair, signifie qu\u2019il avait exigé qu\u2019elles le soient immédiatement.Pensant sans doute tuer jusqu\u2019aux germes de cette controverse, le ministre Proulx a ajouté ceci : «La formation professionnelle n\u2019est pas un prix de consolation.C\u2019est un choix.C\u2019est un parcours de réussite de premier plan qui a sa place dans notre système d\u2019éducation.Rien ne ser t d\u2019opposer les autres parcours scolaires pour intéresser les jeunes.» On n\u2019en voudra pas au ministre de ne pas avoir redit là ce qu\u2019il affirmait pourtant en mai 2016.Ce n\u2019était pas bien loin du message véhiculé par ces tristes affiches.Il disait alors ceci : « Tu peux aller à la formation professionnelle parce que, pour toutes sortes de raisons, ton potentiel ne t\u2019amènera pas à faire de grandes études pour gagner un prix Nobel ou aller à l\u2019enseignement supérieur.» En résumé, si tu n\u2019as pas trop de génie, mon petit bêta, va-t\u2019en de ce côté-là\u2026 On a affirmé un peu vite que la Commission scolaire de Laval s\u2019était excusée.En fait, elle a plaidé tout bonnement que le message s\u2019était rendu aux mauvais destinataires, qu\u2019il n\u2019y a donc eu qu\u2019un malentendu.Elle a dit ceci : « La Commission scolaire de Laval est navrée que certaines personnes se soient senties interpellées négativement par cette publicité.Certes, ces personnes ne faisaient pas partie du public visé par l\u2019af fiche.» En clair, la commission scolaire ne juge pas douteux qu\u2019on en vienne à mépriser l\u2019enseignement de philosophie, de la littérature et des langues étrangères alors que ces disciplines sont fondamentales à l\u2019élaboration d\u2019une pensée critique autant qu\u2019à la formation civique.Voici en somme venu un temps où l\u2019éducation est envisagée comme un simple sas pour accélérer la qualification de la main-d\u2019œuvre, au nom de l\u2019économisme ambiant.En 2014, le rapport Demers envisageait d\u2019ailleurs cette direction comme un idéal pour la formation collégiale : les programmes devaient être revus en fonction des stricts besoins du marché de l\u2019emploi.Une partie des collégiens, suggérait même le rapport, pourraient ne plus être soumis à l\u2019épreuve ministérielle de français, pourtant la seule exigence nationale pour être diplômé.Après tout, qui peut encore croire que la capacité de lire, de comprendre et de communiquer convenablement se trouve au fondement de tout savoir ?Pour mieux imposer cela aujourd\u2019hui, on agite une suite de formules creuses, véritables chevaux de Troie mis au service de cette invasion.On parle donc de plus en plus de «briser le carcan », d\u2019« évoluer pleinement », de « lever des obstacles », autant de formules bidon qui en appellent à un principe d\u2019abdication envers une éducation digne de ce nom.La pensée tranchée JEAN-FRANÇOIS NADEAU Voici venu un temps où l\u2019éducation est envisagée comme un simple sas pour accélérer la qualification de la main-d\u2019œuvre É R I C D E S R O S I E R S U ne nouvelle fuite massive de documents lie aux paradis fiscaux d\u2019influents argentiers du Parti libéral du Canada proches de la famille Trudeau, mais aussi les anciens premiers ministres Paul Martin, Jean Chrétien et Brian Mulroney.Qualifiée de plus importante encore que les Panama Papers, la fuite des Paradise Papers impliquerait également plusieurs dizaines d\u2019autres personnes riches, dont le secrétaire au Commerce de Donald Trump, les stars de la musique Bono et Madonna et même la reine Elizabeth II.La célèbre famille montréalaise Bronfman et l\u2019influent sénateur libéral Leo Kolber ont longtemps eu aux îles Caïmans une fiducie de plus de 60 millions de dollars américains dont la principale fonction, selon les experts consultés, semble avoir été d\u2019éviter de payer de l\u2019impôt au Canada, a révélé dimanche le Consortium international des journalistes d\u2019enquêtes (CIJE).Ce consor tium s\u2019est penché pendant plusieurs mois sur plus de 13 millions de documents qui ont fuité de cabinets d\u2019avocats spécialisés dans les paradis fiscaux.Or, l\u2019un des héritiers de la famille Bronfman, Stephen, a été au cœur de la campagne à la chefferie et de financement du premier ministre, Justin Trudeau, alors que Leo Kolber a été l\u2019un des grands argentiers de son père et ex-premier ministre, Pierre Elliot Trudeau, ont observé les médias canadiens membres du Consortium: Ra- dio-Canada et le quotidien Toronto Star.L\u2019avocat représentant les familles Bronfman et Kolber a nié, auprès de ces médias, que la moindre loi ou la moindre règle éthique ait été violée.Ironiquement, rappellent les deux médias canadiens, le sénateur Leo Kolber avait été amené, à l\u2019époque du premier ministre Martin, à se pencher sur un projet de loi visant justement à éviter que les fiducies servent à contourner le fisc alors qu\u2019il présidait l\u2019important comité sénatorial des banques et du commerce.Le projet de loi était mort au feuilleton au Sénat.Il faudra attendre 14 ans et l\u2019élection du gouvernement conservateur de Stephen Harper pour qu\u2019une version moins contraignante de la loi soit adoptée.La fiducie Bronfman-Kol- ber a finalement été liquidée en 2016.Mulroney, Martin et Madonna Ces révélations, qui seront suivies par d\u2019autres dans les prochains jours, promet-on, viennent de disques durs obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et dont le contenu a été partagé avec le CIEJ et son réseau de 382 journalistes dans 67 pays.Les données proviendraient notamment des cabinets d\u2019avocats réputés Appleby, aux Bermudes, et Asiachi Trust, de Singapour, actifs entre autres dans plus d\u2019une quinzaine de paradis fiscaux.Les documents montreraient, entre autres, que Brian Mulroney a siégé à partir de 2004 au conseil d\u2019administration d\u2019une compagnie incorporée aux Bermudes et appartenant à un milliardaire syrien mêlé à une affaire de corruption dans un contrat de vente d\u2019armes.On y verrait aussi que le rôle de consultant qu\u2019a joué Jean Chrétien auprès d\u2019une compagnie pétrolière incorporée aux Bermudes après qu\u2019il eut quitté la vie publique lui aurait valu 100 000 options d\u2019achat d\u2019actions.On relève également que Paul Martin a longtemps eu une compagnie maritime (Canada Steamchip Lines) qui comptait une quinzaine de filiales souvent enregistrées aux Bermudes avant qu\u2019il n\u2019en cède le contrôle à ses fils en 2003.Les trois hommes ont nié avoir fait quoi que ce soit de répréhensible.Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, ne s\u2019est pas excusé d\u2019avoir gardé, grâce à des entités of fshore, 31 % du contrôle d\u2019une société de transport maritime faisant affaire avec un proche du président russe, Vladimir Poutine.La reine d\u2019Angleterre a dit que c\u2019est à son insu qu\u2019une partie de ses millions a transité par les îles Caïmans et les Bermudes.Quant à Madonna et Bono, comme Apple, Nike, Uber et Tesla, ils ont affirmé respecter strictement la loi.Optimiste malgré tout « Je ne crois pas que ces nouvelles révélations soient tellement une surprise pour les gens», a remarqué en entretien téléphonique au Devoir la fiscaliste Brigitte Alepin, qui publiait déjà il y a 15 ans un ouvrage intitulé Ces riches qui ne paient pas d\u2019impôt.« On peut quand même s\u2019étonner qu\u2019avec tout ce qui s\u2019est dit sur les paradis fiscaux, nos élus ne soient pas devenus plus prudents dans le choix de leurs relations.» La professeure de l\u2019UQAM et organisatrice depuis trois ans d\u2019une conférence internationale annuelle sur la concurrence fiscale se montre relativement optimiste malgré tout.«Ce que je ne réalisais pas il y a 15 ans, c\u2019est combien la solution pratique à ce problème est complexe», explique-t-elle.Il ne suffit pas qu\u2019un gouvernement décide à serrer la vis à ses contribuables pour les empêcher de tirer profit des règles plus laxistes d\u2019un autre pays.Il faut convaincre suf fisam- ment de gouvernements qu\u2019au moins un minimum de règles communes est nécessaire, ne serait-ce que pour conserver un certain pouvoir sur leur fiscalité.C\u2019est ce qu\u2019a notamment entrepris de faire l\u2019Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) en s\u2019attaquant au secret bancaire et en exigeant plus de transparence de la part des entreprises sur l\u2019endroit où ils exercent leurs activités, réalisent des profits et payent leurs impôts.« Les choses progressent mieux que je l\u2019aurais cru, mais il reste encore à convaincre plusieurs pays pour atteindre une masse critique suf fisante, observe Brigitte Alepin.Espérons qu\u2019on y parvienne avant que les contribuables n\u2019aient complètement perdu confiance dans nos systèmes fiscaux.» Le Devoir PARADISE PAPERS Des fortunes de grands argentiers du PLC à l\u2019abri de l\u2019impôt à l\u2019étranger Des documents lient de nombreuses firmes et personnalités à des paradis fiscaux ANDREW VAUGHAN LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Justin Trudeau discute avec Stephen Bronfman à l\u2019occasion d\u2019une fête organisée par ce dernier à St.Peters Bay à l\u2019Île-du-Prince-Édouard en août 2013.C O L I N P E R K E L à Toronto U n Algérien, qui a habité à Montréal pendant cinq ans, devrait déposer lundi une poursuite de 50 millions contre le gouvernement canadien pour les abus qu\u2019il dit avoir subis alors qu\u2019il était incarcéré à la prison américaine de Guantá- namo Bay, à Cuba.Les allégations de Djamel Ameziane, qui n\u2019ont pas encore été prouvées en cour, soulèvent de nouvelles questions quant au rôle qu\u2019ont joué les autorités canadiennes relativement à l\u2019incarcération de détenus dans la sinistre prison de Guantánamo.Un cas qui n\u2019est pas sans rappeler celui d\u2019Omar Khadr, qui a obtenu une compensation financière de 10,5 millions du gouvernement fédéral il y a quelques mois, pour des motifs similaires.Nate Whitling, l\u2019avocat de Djamel Ameziane, réclame d\u2019ailleurs la tenue d\u2019une commission d\u2019enquête publique afin de faire toute la lumière sur l\u2019implication des services de sécurité canadiens durant cet épisode de la guerre contre le terrorisme.En entrevue depuis la banlieue d\u2019Alger, Djamel Ameziane, qui n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019accusations, af firme que sa situation n\u2019est toujours pas enviable, évoquant qu\u2019il « doit se battre pour survivre ».Après avoir été fait captif en Afghanistan et avoir passé 11 ans à la prison de Guantánamo, l\u2019homme qui a aujourd\u2019hui 50 ans a été rapatrié en Algérie en décembre 2013.Il dit avoir été laissé à lui- même «presque comme un sans-abri».«Je ne pouvais pas me trouver un emploi en raison de la stigmatisation envers les prisonniers de Guantánamo et de mon âge, alors une entente serait très utile pour me reprendre en main», fait-il valoir.Dans la requête en justice, dont La Presse canadienne a obtenu copie, M.Ameziane prétend que les services de sécurité canadiens ont coopéré avec leurs homologues américains et qu\u2019ils n\u2019ont rien fait pour lui bien qu\u2019ils savaient que les prisonniers de Guantánamo subissaient de la torture.Guantánamo Bay : nouvelle poursuite contre Ottawa Un ex-Montréalais réclamera 50 millions en compensation pour la torture subie en détention 560 Nombre d\u2019entreprises canadiennes nommées dans les documents Paradise Papers Selon la poursuite, les services de sécurité canadiens ont commencé à échanger des informations avec les Américains après avoir échoué en 1999 à débusquer le « complot du millénaire », en ver tu duquel Ahmed Ressam, un autre Algérien qui habitait à Montréal, planifiait faire exploser une bombe à l\u2019aéroport de Los Angeles.La plainte mentionne que des agents canadiens ont interrogé M.Ameziane dans la prison de Guantánamo, comme ce fut le cas pour Omar Khadr.Les enregistrements de ces inter rogatoires, qui ont eu lieu en février et mai 2003, auraient été transférés aux autorités américaines.L\u2019avocat Nate Whitling avance que deux autres plaintes similaires sont en préparation et viseraient le gouvernement canadien, la Gendarmerie royale du Canada et le Service canadien du renseignement de sécurité.«Pendant des années, j\u2019avais cette idée de poursuivre le gouvernement canadien, mais je ne savais pas comment et honnêtement je ne savais pas que c\u2019était possible jusqu\u2019à ce que je lise dans les nouvelles l\u2019entente intervenue avec Omar Khadr [\u2026]», explique M.Ame- ziane, qui nie avoir entretenu des liens avec des réseaux terroristes.La Presse canadienne Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 e gouvernement fédéral a annoncé cette semaine qu\u2019il entendait hausser d\u2019ici 2020 de 300 000 à 340 000 le nombre d\u2019immigrants admis annuellement au pays.Ambitieux, un tel seuil d\u2019immigration ne manquera pas d\u2019accélérer le déclin du poids démographique du Québec au sein de la fédération.Prenons la mesure de cette augmentation.Globalement, le Canada se rapproche tout près du champion mondial en matière d\u2019immigration, l\u2019Australie.Les 232 000 nouveaux arrivants en 2017 dans cet autre pays du Commonwealth correspondent à 0,095 % de sa population.En 2020, cette même proportion s\u2019élèvera au Canada à 0,093 % de sa population actuelle.Or, si on considère le Canada sans le Québec, ce pourcentage atteindra 1 %, davantage que l\u2019Australie.Les gens d\u2019af faires, par l\u2019entremise du Conseil consultatif en matière de croissance économique, souhaitaient que ce seuil soit porté à 450 000, rien de moins.Il faut dire que, pour les possédants, plus il y a d\u2019immigrants, plus les pressions à la hausse sur les salaires diminuent, plus les loyers et les valeurs immobilières augmentent, plus les ventes des commerçants sont for tes.Pour les gagne-petit, les avantages ne sont pas aussi clairs.Il est évident que le Québec ne pourra pas suivre le rythme canadien.Il faudrait que le nombre de nouveaux arrivants qui foulent le sol québécois passe de 50 000 à 78 000 par an, un bond de plus de 50 %.Davantage même : le quart des immigrants admis ici, soit 12 500, partent vers d\u2019autres cieux, principalement pour s\u2019installer dans les autres provinces.L\u2019an dernier, le premier ministre Philippe Couillard plaidait pour relever le seuil d\u2019immigration à 60 000 personnes.Or, la ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Kathleen Weil, conseillée par les fonctionnaires de son ministère, avait opté pour une cible plus modeste, soit une fourchette entre 49 000 et 53 000, a?n d\u2019assurer l\u2019intégration des nouveaux arrivants.Qui plus est, nous apprenions récemment que le Québec peine à attirer des immigrants francophones.En cinq ans, leur proportion a chuté de 62 % à 42 %.D\u2019ici 20 ans, la proportion des Québécois dans l\u2019ensemble canadien, qui se situe à 23 % à l\u2019heure actuelle, devrait baisser sous la barre des 22 %.Il est dif?cile de voir comment le Québec pourra contrer l\u2019érosion tragique de son poids démographique \u2014 et politique \u2014 au sein de la fédération.Chose certaine, les seuils d\u2019immigration records décrétés par Ottawa s\u2019inscrivent dans la vision de Justin Trudeau, qui voit dans le Canada le «premier État postnational», dépourvu d\u2019une « identité de base».Valérie Plante l\u2019a emporté avec 51 % des voix, au moment d\u2019écrire ces lignes, contre Denis Coderre à la mairie de Montréal.Un exploit hors du commun.élection de Valérie Plante passera à l\u2019histoire.Quelle belle façon de clore une année festive que de faire éclater un plafond de verre.La première mairesse de Montréal en 375 ans a réussi à déloger un adversaire qui béné?ciait d\u2019une grande notoriété et qui a amorcé la course dans une situation enviable.Elle a réussi cet exploit en dépit d\u2019un faible taux de participation.Par le passé, cette combinaison (notoriété et désintérêt pour les élections) a favorisé le statu quo.Le 5 novembre 2017, Valérie Plante a fait éclater aussi bien le plafond de verre que ces postulats informels de la politique.Le Devoir, La Presse et The Gazette ont appuyé Denis Coderre, sans pour autant discréditer la candidature de Mme Plante.Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, que les médias se trompent quant à l\u2019humeur de l\u2019électorat.Souvenons-nous de la vague orange de 2011.Le ras-le-bol des électeurs à l\u2019égard du style Coderre a joué pour beaucoup.Les dif?cultés du maire à reconnaître et à assumer ses erreurs (Formule E, autocratisme, etc.) ont achevé ses chances de succès et celles des ténors de son équipe.Son attitude au tout-à-moi n\u2019est plus en phase avec les attentes des citoyens.À l\u2019inverse, Valérie Plante a incarné un style de leadership franc, ouvert et inclusif.Sur le terrain, une machine politique bien rodée, formée de militants de Projet Montréal et de Québec solidaire (informelle- ment), a aussi donné une leçon aux organisateurs issus du sérail politique.Du coup, le Parti québécois a des raisons de s\u2019inquiéter quant à la solidité de ses appuis dans l\u2019île de Montréal pour les élections de 2018\u2026 ?À Québec, le maire sortant, Régis Labeaume, a reçu l\u2019appui de près de 58% des citoyens pour un quatrième mandat.À l\u2019instar de Denis Coderre, il a mené une campagne défensive et peu inspirée.Gestionnaire aguerri, politicien branché sur son électorat, M.La- beaume a les coudées franches pour diriger ce miracle économique nommé Québec.Mais que voudra-t-il en faire au juste?L\u2019un de ses principaux dé?s sera d\u2019accroître la mobilité de l\u2019agglomération sans succomber aux sirènes du tout-à-l\u2019automobile en solo.La défaite de Jean-François Gosselin, candidat des radios et des autos, est honorable dans les circonstances avec près de 28% des suffrages.Il s\u2019agissait de sa première campagne.À l\u2019inverse, Anne Guérette, bonne troisième après dix années d\u2019implication constante en politique municipale, devrait entendre le message sourd des électeurs de Québec.Elle ne passe tout simplement pas en dehors de Sillery.?Les résultats devraient inciter les élus à la modestie.Le taux de participation ne semble guère plus élevé qu\u2019en 2013, année où plus d\u2019un électeur sur deux avait boudé l\u2019exercice.Cette désaffection est un symptôme du délitement de la con?ance de la population à l\u2019égard des institutions.Elle est d\u2019autant plus troublante que les municipalités seront appelées à exercer des pouvoirs importants avec la réforme législative du gouvernement Couillard.La cuvée 2017 des maires et mairesses disposera d\u2019une capacité d\u2019in- ?uencer le quotidien des populations locales comme jamais auparavant.Les élus devront trouver des moyens originaux de stimuler la participation à la vie démocratique, car la démocratie municipale ne peut se résumer à une dictature du maire au pouvoir avec une option de renouvellement tous les quatre ans.Si les villes veulent mener à bien leur transformation de «créatures de Québec» à gouvernements de proximité, elles devront cultiver leurs relations avec les citoyens, apprendre à écouter et résister à la tentation, si forte, de régner sans partage.L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Déçu de l\u2019appui à Denis Coderre Monsieur Brian Myles, Je suis un abonné de longue date du Devoir et j\u2019ai parfois félicité des éditorialistes ou des chroniqueurs pour leur prise de position courageuse en faveur de l\u2019égalité, de la justice ou de l\u2019environnement.Malheureusement, je tiens à vous faire part de ma très grande déception à la suite de votre éditorial du samedi 4 novembre où vous donnez un appui fort mitigé à M.Denis Coderre pour un second mandat.Je ne tiens pas à discuter vos arguments où l\u2019importance du «milieu des affaires» est centrale.Pour un journal qui se dit porteur de valeurs sociales, quel manque de vision et de congruence! La défense de l\u2019environnement qui tient tant de place dans votre journal (et que je salue) va demander des changements et de l\u2019audace, en plus de causer des dérangements, qui seront autrement plus importants que le changement de L I B R E O P I N I O N P I E R R E C L I C H E Ingénieur retraité, Boucherville L a question du voile intégral a été abordée sous pratiquement tous ses aspects : religieux, culturel, politique, vestimentaire et j\u2019en passe.Devant ce déluge d\u2019analyses et de commentaires, je trouve étonnant qu\u2019il soit si peu fait cas de l\u2019aspect sociétal de la question.Qu\u2019en est-il de l\u2019acceptabilité sociale de ce vêtement, qui est tout sauf innocent, quoi qu\u2019en pensent trop de nos politiciens et de politiciennes que cela arrange de nous faire croire qu\u2019ils pensent ainsi ?Je ne suis plus capable d\u2019entendre ces derniers résumer la question à cette insignifiance : « On ne va pas dire aux femmes comment s\u2019habiller.» L\u2019acceptabilité sociale d\u2019un projet ou d\u2019un comportement est au cœur même du vivre-ensemble et devrait guider nos dirigeants politiques dans l\u2019établissement des lois et règlements régissant notre société.On l\u2019a vu récemment avec le projet de pipeline Énergie Est : si économiquement justifié que soit un projet, il ne passera pas s\u2019il n\u2019est pas socialement acceptable aux yeux de la majorité des citoyens.Il en va de même des comportements sociaux.Si un homme peut se promener torse nu en public sans créer d\u2019émoi, une femme ne le peut pas parce qu\u2019aux yeux de plusieurs, cela est socialement inacceptable.Cela a beau brimer les droits des femmes, ce comportement est réglementé au nom des bonnes mœurs et de la morale, qui ne sont rien d\u2019autre que des aspects du vivre-ensemble.Le voile intégral, qui est à mon sens plus culturel que religieux, est aussi un comportement social qui entrave le vivre- ensemble et met à rude épreuve la tolérance des gens, tolérance que nos faiseurs de lois ne devraient pas ignorer et surtout pas mépriser, au risque de polariser davantage ce débat.Pas plus que l\u2019on ne tire sur la tige d\u2019une fleur pour en accélérer la croissance, on ne « tire » sur le degré de tolérance d\u2019une société pour en accélérer l\u2019évolution.Les sociétés sont un peu comme des corps biologiques et ont besoin de temps pour évoluer.Passer outre à cette loi fondamentale ne peut qu\u2019alimenter l\u2019intolérance et avoir comme résultat tout le contraire de l\u2019objectif visé par des lois insignifiantes trop permissives donnant l\u2019impression que l\u2019on se moque de nous.Dans ce débat, je trouve déplorable et dangereuse l\u2019utilisation de la Charte des droits comme d\u2019un épouvantail pour paralyser le législateur.L\u2019instrumen- talisation de cette Charte pour justifier et défendre des pseudo- droits que tout un chacun s\u2019invente et qui vont à l\u2019encontre du vivre-ensemble ne peut que dévaloriser cette Charte aux yeux de plusieurs.Enfin, afin d\u2019en arriver à un certain équilibre social sur cette question, il m\u2019apparaît souhaitable que toute loi ayant pour objectif de définir un espace public laïque réel et fonctionnel tienne compte non seulement des zélotes religieux, mais aussi des modérés, des areligieux et des athées de sorte que la très grande majorité des gens s\u2019y sente à l\u2019aise.Il y va de la sérénité du vivre-ensemble que nous nous souhaitons tous.Burqa et niqab : qu\u2019en est-il de l\u2019acceptabilité sociale ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Pour des protecteurs de l\u2019élève indépendants La modification à la Loi sur l\u2019instruction publique en 2008, selon laquelle les commissions scolaires doivent avoir un protecteur de l\u2019élève, est un cadeau pour notre réseau d\u2019instruction publique.L\u2019accès au protecteur de l\u2019élève d\u2019une commission scolaire devait assurer un traitement impartial pour tous et aider à réduire les possibilités d\u2019abus de pouvoir.Malheureusement, selon le rapport du Protecteur du citoyen, le système ne fonctionne pas, comme le montrent les nombreuses plaintes de parents et élèves quant au manque d\u2019impartialité et aux longs délais que ce lourd processus entraîne : « Les plaintes à l\u2019école sont une course à obstacles, dénonce le Protecteur du citoyen » (1er novembre).Le ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, qui a déjà clairement indiqué prendre «au sérieux ce rapport», devrait tenir compte des recommandations suivantes pour améliorer la situation: 1) La présidente de la Fédération des comités de parents a demandé que: «\u2026 les protecteurs de l\u2019élève relèvent du Protecteur du citoyen.» 2) Pour accélérer et faciliter le processus de traitement d\u2019une plainte, le Protecteur du citoyen recommande que le protecteur de l\u2019élève soit la porte d\u2019entrée des plaintes déposées.Actuellement, les protecteurs de l\u2019élève sont embauchés par les commissions sco- L\u2019économiste de Desjardins, vraiment?On sursaute à la lecture de la nouvelle dans Le Devoir du vendredi 3 novembre selon laquelle des économistes d\u2019institutions financières suggèrent au gouvernement du Québec de baisser les impôts.En tout cas, que vient faire l\u2019économiste de Desjardins là-dedans?Cette institution, réputée pour être près des gens, doit bien constater que les besoins de plusieurs de ses membres en santé et en éducation sont criants, qu\u2019on est mal servi, que des mesures sociales supplémentaires sont sans cesse nécessaires pour offrir à tous l\u2019occasion de moins tirer le diable par la queue! Est-ce qu\u2019on est pas un peu déconnectés?Réjean Martin Trois-Rivières, le 3 novembre 2017 L\u2019 ÉLECTION DE VALÉRIE PLANTE Une mairesse magique HAUSSE DES IMMIGRANTS ADMIS AU CANADA Érosion du poids du Québec L BRIAN MYLES ROBERT DUTRISAC L\u2019acceptabilité sociale d\u2019un projet ou d\u2019un comportement est au cœur même du vivre-ensemble et devrait guider nos dirigeants politiques dans l\u2019établissement des lois et règlements régissant notre société laires, ce qui restreint leur marge de ma- nœuvre quant à leurs interventions.Les protecteurs de l\u2019élève doivent être désignés par le ministre.En étant entièrement indépendants, ils pourront être plus efficaces dans leurs interventions pour le bien des élèves qui dénoncent que « ce n\u2019est pas juste.» Chris Eustace, enseignant retraité Le 3 novembre 2017 maire auquel vous vous refusez.La phrase de l\u2019écrivain Antoine de Saint-Exupéry décrit fort bien notre société actuelle avec ses peurs et son immobilisme, entretenus par les intérêts et la frilosité de nos élites: «Il en est comme de l\u2019homme qui craint la soif à côté de son puits plein.» Nous aurions tellement besoin d\u2019encouragements, de leadership et d\u2019audace pour que l\u2019humain et le vivant redeviennent plus importants que les marchés et la consommation.Daniel Vinet Montréal, le 5 novembre 2017 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Y a-t-il pire que de voir Bill Clinton à Montréal, imbu de lui-même, toujours fier de sa grande œuvre destructrice qu\u2019est l\u2019ALENA ?L\u2019égoïsme de cet homme m\u2019a toujours laissé bouche bée.Toutefois, avec l\u2019élection de Donald Trump due à une vague de colère contre la délocalisation de l\u2019emploi industriel vers le Mexique, on pourrait s\u2019attendre, sinon à la honte et au regret, au moins à un comportement plus modeste.Pas question.Devant une salle bondée au Palais des congrès le mois dernier, en tandem avec l\u2019impénitent Jean Chrétien, Clinton a déclaré que l\u2019accord de 1994 «était la bonne chose à faire» et «nous a renforcés avec des économies plus diversifiées».Oui, quelques ouvriers en ont souffert, bien sûr, mais les dégâts ont été limités.«L\u2019effet net de l\u2019ALENA a été positif.» Quelle audace que cette fausse innocence, cette image de bon enfant, ce refus d\u2019avouer la réalité des deux côtés du Rio Grande! Selon une étude de l\u2019Institut de politique économique, l\u2019ALENA a fait disparaître près de 700 000 emplois américains, dont beaucoup dans « la ceinture de la rouille» où sont situés les trois États clés \u2014 Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie \u2014 qui ont livré la Maison-Blanche à Donald Trump.Là, de nombreux petits Blancs qui avaient voté pour Obama en 2008 et en 2012 avec espoir ont voté pour Trump en 2016 par désespoir.Comme son épouse, Bill Clinton se fout de ces gens.Enhardi par son rapprochement avec les grandes entreprises qui ont profité de l\u2019accès sécurisé par l\u2019ALENA à la main-d\u2019œuvre bon marché au Mexique, il a surenchéri en 2000 avec l\u2019accord normalisant l\u2019échange avec la Chine, un engagement qui a dévasté ce qui restait de la classe ouvrière bien payée.Entre le Mexique corrompu et la Chine «communiste», tous les deux devenus des colonies de travail pour le capitalisme à l\u2019américaine, il y avait de quoi se régaler si vous étiez chef d\u2019entreprise ou actionnaire d\u2019une société anonyme.Clinton et ses confrères prétendent également que l\u2019ouvrier mexicain a bénéficié de l\u2019ALENA avec des augmentations de salaire, une stabilisation de l\u2019économie mexicaine créée par des « exportations » croissantes et une baisse de l\u2019immigration illégale.En fait, les salaires restent figés au Mexique dans la ceinture des maquiladoras (toujours 1 $ l\u2019heure, prestations sociales non incluses) ainsi que dans le centre du pays, où les usines d\u2019automobiles paient mieux.Au contraire, l\u2019ALENA a découragé la diversification de l\u2019économie mexicaine, dans la mesure où il n\u2019y a quasiment aucune valeur ajoutée dans l\u2019assemblage en usine de pièces détachées largement fabriquées à l\u2019étranger et rarement au Mexique.Il s\u2019agit de tourisme industriel, et appeler ces produits des exportations est trompeur.Quant aux pauvres Mexicains soi-disant ravis de travailler chez eux, il est vrai que le nombre d\u2019arrestations par la police des frontières a baissé considérablement depuis 2006.Cependant, le nombre d\u2019expulsions a aussi énormément augmenté (1 957 784 pendant les huit ans d\u2019Obama contre 1 416 704 durant les deux mandats de Bush).Serait-ce parce que l\u2019intimidation toute crue a découragé les sans-papiers potentiels de tenter leur chance dans « Il Norte »?Tout cela n\u2019empêche pas les promoteurs du « libre-échange » de louer l\u2019ALENA comme s\u2019il s\u2019agissait de vrai libre-échange .Or, c\u2019est d\u2019abord et avant tout un contrat d\u2019investissement qui protège les biens américains et canadiens contre l\u2019expropriation mexicaine, la régulation et le harcèlement des autorités locales.Les tarifs entre les États-Unis et le Mexique étaient déjà très bas lors des négociations de l\u2019ALENA, mais à l\u2019époque, les hommes d\u2019affaires américains craignaient le chantage du pouvoir oligarchique.Le seul élément libre- échangiste important de l\u2019accord fut la baisse à zéro du tarif mexicain sur le maïs américain ; les centaines de milliers de paysans chassés de leurs terres par le maïs à bas prix venant du Nebraska en sont les témoins.Hélas, le voyou Trump attaque stupidement l\u2019ALENA pour la mauvaise raison, accusant les Mexicains d\u2019être des voleurs alors qu\u2019ils sont plutôt victimes d\u2019un vol.À l\u2019heure actuelle, les vrais voleurs, les patrons et les investisseurs gringos, paniquent avec raison face à la rhétorique belliqueuse du président américain.Si l\u2019ALENA est abrogé, les garanties de compensation inscrites dans le chapitre 11 disparaîtront.Dans le cas de plus en plus plausible où Manuel López Obrador serait élu à la présidence l\u2019année prochaine, ce tribun de la gauche nationaliste pourrait inverser la donne et suivre l\u2019exemple de Lázaro Cárdenas, qui a nationalisé le pétrole étranger en 1938.« Nous ne sommes pas un protectorat américain», claironne López Obrador.Pour le moment, il semble avoir tort.Un peu comme les gens qui ne croyaient pas à une présidence Trump.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.L\u2019ALENA en question JOHN R.MACARTHUR C H R I S T O P H E C L O U T I E R - R O Y Candidat au doctorat en science politique à l\u2019UQAM et chercheur en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand usqu\u2019à quel point la prési - dence de Donald Tr ump constitue-t-elle un risque pour la survie de la démocratie et de ses institutions aux États- Unis ?Dans On Tyranny : Twenty Lessons from the Twentieth Century, un essai paru au début de l\u2019année, l\u2019historien américain Timothy Snyder nous prévient de la fragilité de la démocratie.Il évoque en filigrane le danger que fait peser sur elle l\u2019accession au pouvoir d\u2019un candidat ayant fait peu de mystère de son admiration pour les systèmes mis en place par des « hommes forts » comme Vladimir Poutine, Re- cep Tayyip Erdogan, Rodrigo Duterte et même son ennemi juré Kim Jong-un.Un an après la victoire inattendue de l\u2019ancien magnat de l\u2019immobilier, on constate que les principales institutions politiques américaines ont jusqu\u2019ici relativement bien résisté à l\u2019arrivée du « trumpisme » à Washington.S\u2019il est permis d\u2019af ficher un optimisme prudent pour la suite des choses, on ne saurait pour autant écarter totalement la menace que peut faire peser la présidence Trump sur l\u2019avenir des institutions démocratiques américaines.La Constitution américaine ne fixe pas clairement les limites du pouvoir présidentiel, mais elle établit sans ambiguïté le principe d\u2019une séparation étanche entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.Comme tous ses prédécesseurs, le président Trump doit composer avec les législateurs des deux chambres du Congrès qui votent les lois et les crédits et avec les juges qui déterminent la constitutionnalité des mesures adoptées par son gouvernement.Le 45e président des États-Unis a beau vociférer contre l\u2019inefficacité de Capitol Hill et l\u2019illégitimité des tribunaux, il n\u2019a d\u2019autre choix que de se plier aux règles du jeu politique américain.À plusieurs reprises, les tribunaux ont invalidé les décrets migratoires du président en les jugeant inconstitutionnels.Plus récemment, une juge de Washington a bloqué l\u2019interdiction de recruter des transgenres au sein de l\u2019armée américaine.En tant que président, Donald Trump aura certes l\u2019occasion de nommer des juges favorables à ses politiques, mais il ne pourra pas contrôler les décisions qu\u2019ils rendront par la suite.Situation inusitée Quant au Congrès, le président se trouve dans la situation inusitée où, bien que son par ti soit majoritaire dans les deux chambres, aucun accomplissement législatif majeur n\u2019a été réalisé au cours de ses premiers mois au pouvoir.Le Sénat en particulier s\u2019est avéré une véritable épine dans le pied pour le président.Non seulement le Parti républicain n\u2019y dispose que d\u2019une faible ma jor ité (52 sièges sur 100), mais de plus en plus d\u2019élus du Grand Old Party se montrent prêts à voter contre les politiques promues par le président.Certains ont même pris la parole pour critiquer ouvertement Trump, souvent dans des termes très durs.Alors que les démocrates ont des chances de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants au terme des élections de mi-mandat de 2018 et que le président montre peu d\u2019empressement à se rapprocher des sénateurs républicains dissidents, les résistances émanant du Congrès risquent d\u2019augmenter au cours des prochaines années.Face à ces blocages, Donald Trump pourrait être tenté de diriger par décrets, mais cette tactique, caractéristique des présidents en fin de mandat faisant face à un Congrès dominé par le parti adverse (comme Barack Obama à partir de 2015), pourrait se retourner contre lui.Après tout, l\u2019histoire nous apprend que, lorsque le président dirige en ignorant le Congrès, celui-ci réaffirme ses pouvoirs.Franklin Roosevelt et Richard Nixon l\u2019ont appris à leurs dépens.La dérive autoritaire : scénario ni certain ni improbable A priori, la permanence d\u2019une Constitution fondée sur la séparation des pouvoirs et sur la mise en place d\u2019un système où « l\u2019ambition des uns doit contrer l\u2019ambition des autres » (pour reprendre les mots célèbres de James Madison) semble être le principal rempart contre une dérive autoritaire de la fonction présidentielle aux États-Unis.Mais d\u2019autres obstacles pourraient se dresser contre Donald Trump si celui-ci devait tenter de concentrer davantage de pouvoirs entre ses mains : son impopularité chronique, le manque de confiance d\u2019une majorité d\u2019Américains (dont bon nombre de républicains) envers son jugement ou encore son sens politique peu aiguisé, qui l \u2019empêche d\u2019élargir ses appuis au sein de la population et de la classe politique.Au bout du compte toutefois, seule une crise majeure (guerre, attaque terroriste d\u2019envergure, crise économique) permettra de tester la solidité véritable de ces institutions séculaires face au trumpisme.Ce genre de situation est propice à l\u2019émergence d\u2019un leadership for t émanant de la Maison-Blanche.Par le passé, plusieurs présidents américains, et non des moindres (Lincoln, Wilson, F.D.Roosevelt, G.W.Bush), ont ainsi su profiter des moments de crise pour élargir les pouvoirs de la présidence.Comment réagira Trump si une telle occasion se présente ?Une chose est cer taine, on ne peut que souhaiter que les institutions politiques refusent d\u2019abdiquer leurs prérogatives constitutionnelles devant les visées centralisatrices d\u2019un président qui cherche depuis des décennies à entretenir le culte de sa personne.DONALD TRUMP, UN AN PLUS TARD Les institutions démocratiques américaines résisteront-elles au 45e président ?J JIM WATSON AGENCE FRANCE-PRESSE Seule une crise majeure (guerre, attaque terroriste d\u2019envergure, crise économique) permettra de tester la solidité véritable de ces institutions séculaires face au trumpisme.J E A N - L O U I S R O Y Écrivain et diplomate i les événements de la Catalogne ont occupé l\u2019avant-scène politique et médiatique depuis le référendum du premier octobre der n ier, la quête de souveraineté (pleine ou partagée) est plus vaste que cette seule manifestation.Cette quête est portée par des dizaines de communautés dans toutes les régions du monde.Récemment, elle s\u2019est notamment manifestée en Asie, dans l\u2019espace kurde irakien ; en Afrique, chez certains membres de la communauté anglophone du Cameroun ; en Europe, dans des régions de l\u2019Italie sans oublier le Brexit qui, selon ses adeptes, vise la reconquête de la souveraineté britannique.On le sait, elle est dormante à travers le monde, de la France au Royaume-Uni, de la Belgique à l\u2019Allemagne, de l\u2019Italie à l\u2019Espagne à nouveau, celle du Pays basque.Elle l\u2019est aussi dans de nombreux pays africains, de la Casa- mance, au Sénégal à l\u2019Oromia, en Éthiopie ; en Amérique latine, des zapatistes au Mexique aux indépendantistes portoricains ; en Asie, des Tibétains en Chine aux Tamouls au Sri Lanka parmi tant d\u2019autres.Ce qui vient de se produire en Espagne est déshonorant pour toutes les parties qui sont les premières victimes de leurs stratégies irresponsables.Tout doit être mis en œuvre dans les consultations référendaires à venir pour éviter cette fréquentation des gouffres : violence extrême des services de police du gouvernement espagnol ; déclaration d\u2019indépendance de la Catalogne hors des balises constitutionnelles et des règles édictées par son propre Parlement, déclaration fondée sur des résultats politiques nettement insuffisants ; destitution du gouvernement de Barcelone et mise sous tutelle de ses compétences et services ; exil de leaders catalans, dont le chef du gouvernement menacé de 30 années de prison.Ce gâchis a été rendu encore plus tragique par les déclarations des autorités européennes qui, telles des spectatrices désengagées, n\u2019ont rien offert aux partis \u2014 aucune plateforme de rencontres \u2014 hors toutes pressions d\u2019un camp ou de l\u2019autre.Toujours si prompte à juger les difficultés politiques des anciennes colonies de ses États membres et à décliner les conditions de la légitimité de leurs gouvernements, l\u2019Union européenne n\u2019a rien vu venir et rien vu se produire sur son propre territoire où se multipliaient distorsions des valeurs démocratiques et manipulations des règles de l\u2019État de droit.D\u2019autres voies sont possibles.Un acte politique sans équivalent Confronté récemment à de fortes demandes de sa minorité anglophone, dont certains éléments évoquaient leur éventuelle indépendance, le gouvernement du Cameroun a serré la vis puis multiplié les initiatives : création d\u2019une commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, missions auprès de la diaspora camerounaise, création de deux comités ad hoc chargés d\u2019examiner les revendications des syndicats d\u2019enseignants et celles des avocats.Le gouvernement a aussi libéré certains leaders anglophones mis en prison à la suite de manifestations houleuses, envoyé des négociateurs dans les régions anglophones, dont le premier ministre, anglophone lui -même, à la rencontre des groupes qui, à tort ou à raison, croient que leur communauté n\u2019a pas sa juste par t des ressources et responsabilités publiques.Dans ce pays où cohabitent de grandes familles ethniques (Peul, Bétis et Bamiléké), de grandes communautés spirituelles et religieuses (animiste, chrétienne et musulmane), un choix a été fait, celui de la délibération comme voie privilégiée de règlement de crise.L\u2019accession à la souveraineté constitue un acte politique sans équivalent tant sa signification et ses ef fets, internes et externes, sont considérables.À cet acte politique sans équivalent doivent correspondre des normes qui soient, elles aussi, sans équivalent : distinction entre minorités et communautés nationales ; entente négociée entre les parties ; consultation populaire inattaquable ; consentement majoritaire indiscutable des citoyens et des parlementaires.Vote majoritaire ou obligatoire ?Majorité qualifiée des électeurs votants ou des électeurs inscrits et aussi pour la représentation nationale ?À débattre.Comme il l\u2019a fait pour des questions politiquement sensibles, le Conseil des droits de l\u2019homme des Nations unies devrait se saisir de la question des conditions de l\u2019accession à la souveraineté nationale au XXIe siècle et proposer des normes impératives à l\u2019Assemblée générale des Nations unies pour examen et adoption.Ces normes manquent cruellement.Pour éviter des crises et des destructions de toute nature, il importe que soit arrêtée une doctrine relative à l\u2019accession à la souveraineté nationale, une doctrine qui fixe les normes à respecter par les parties.Certes, leur mise en œuvre devra être contextualisée, selon le mot du philosophe Paul Ricœur.Régulatrices mais non constituantes, ces normes pourraient néanmoins éviter à d\u2019autres communautés, à toutes les communautés, de marcher près des gouffres, comme viennent de le faire les Espagnols et leurs dirigeants.La quête de la souveraineté De la Catalogne au Cameroun et au pays kurde, le besoin de normes S L E D E V O I R , L E L U N D I 6 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S Québécoises plus longtemps à un discours féministe, qu\u2019elles auraient majoritairement adopté ensuite.Libre et engagée Michèle Stanton-Jean a découver t Idola Saint-Jean en faisant des recherches pour sa maîtrise, qui portait sur un collège classique du Québec.Elle trouve alors un texte publié par Idola Saint-Jean qui s\u2019intitule L\u2019aristocratie des sexes.« C\u2019était d\u2019une logique incroyable, bien construit », raconte-t-elle.Plus tard, lorsque Pol Pelletier, du Théâtre expérimental des femmes (devenu depuis Théâtre Espace Go), demandera à Michèle Stanton-Jean de prononcer une conférence sur l\u2019une de ses héroïnes, l\u2019historienne choisira Idola Saint-Jean.Mais personne ne s\u2019était attaqué jusqu\u2019à présent à la biographie de cette femme libre et engagée.« Peut-être parce que c\u2019est un sujet dif fi- cile », suggère Marie Lavigne.Fille unique, célibataire jusqu\u2019à la fin de ses jours, Idola Saint- Jean n\u2019avait pas de cortège familial pour entretenir sa mémoire.Née en 1879 dans un foyer aisé de Montréal, éduquée au Collège V illa-Maria, Idola Saint-Jean a d\u2019abord étudié le théâtre puis la diction, notamment en France, avant de faire de la cause des femmes son principal cheval de bataille.Son père, avocat, était connu pour ses talents d\u2019orateur, qu\u2019il a vraisemblablement transmis à sa fille.Lorsqu\u2019il décède, Idola doit se mêler des finances de la famille.Est-ce à ce moment qu\u2019elle décide de ne jamais se marier ?À l\u2019époque, les femmes mariées étaient complètement subordonnées financièrement à leur mari.Pour Idola Saint- Jean, le mariage est un esclavage.Elle tombe ensuite «dans la marmite du féminisme », en côtoyant notamment Marie Gérin- Lajoie, à la Fédération nationale Saint-Jean-Bap- tiste.Caroline Dessaulles-Béique y introduit la notion de « féminisme chrétien », que Mgr Bru- chési reprendra en parlant aux religieuses : «c\u2019est le féminisme qui fait les saintes», disait-il.Idola Saint-Jean, quant à elle, ne sera jamais complaisante envers l\u2019Église.Marie Gérin-La- joie lui reprochera d\u2019ailleurs d\u2019avoir critiqué l\u2019Église dans un texte de La sphère féminine en 1934, où Idola Saint-Jean écrit : «Depuis des siècles, une moitié des humains dicte à l\u2019autre moitié ses volontés dans le domaine religieux, politique et juridique.» Idola Saint-Jean est surtout une femme de cause, prête à faire des concessions pour atteindre son but, soutiennent les historiennes.Elle n\u2019hésitera pas à inviter Henri Bourassa, pourtant très opposé au droit de vote pour les femmes québécoises, lors d\u2019un événement pour la paix.Droit de vote Rassembleuse, Idola Saint-Jean l\u2019aura été dès ses débuts, alors qu\u2019elle fonde, en 1908, l\u2019Association artistique des dames canadiennes.Plus tard, elle enseignera avec «un pied dans chaque monde», poursuit Marie Lavigne, soit en même temps à l\u2019Université McGill, milieu anglophone, et au Monument-National, auprès des francophones.En entrevue, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean la rapprochent de la Co-operative Commonwealth Federation, l\u2019ancêtre du NPD actuel.Dans une série d\u2019éditoriaux publiés dans Le Devoir, en 1918, le directeur du journal, Henri Bourassa, allègue d\u2019ailleurs que « le droit de vote pour les femmes est une af faire d\u2019anglophones protestants et individualistes », résument Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean.De fait, les femmes canadiennes obtiendront le droit de voter aux élections fédérales dès 1921, soit 19 ans avant que les femmes québécoises puissent le faire aux élections provinciales, en 1940.«Après la mort d\u2019Idola Saint-Jean, en 1945, Duplessis va revenir au pouvoir, et on parle très peu des conquêtes des femmes, c\u2019est une stagnation», dit Marie Lavigne.Survient enfin le renouveau féministe dans les années 1970.Quarante ans plus tôt, le combat d \u2019Idola Saint-Jean et ses proches ne se limite pas à obtenir le droit de vote pour les femmes au Québec.On s\u2019attaque à toute une infrastructure juridique qui fait des femmes des inférieures.Elles vont d\u2019ailleurs aller jusqu\u2019au Conseil privé de Londres, en 1929, pour obliger le gouvernement canadien à reconnaître que les femmes sont des « personnes qualifiées », donc pouvant être nommées au Sénat.Mais la première séna- trice canadienne ne sera pas Idola Saint-Jean, bien que son nom circule, mais Cairine Wilson, une résidante de l\u2019Ontario, née à Montréal, bilingue et mère de huit enfants.Bien qu\u2019elle n\u2019ait jamais siégé en Chambre, Idola Saint-Jean a marqué les esprits de son temps.Dans un portrait qu\u2019il a fait d\u2019elle en 1934, l\u2019historien Robert Rumilly écrit qu\u2019elle est « la chef et l\u2019âme des mouvements féministes ».Avec ce livre, Marie Lavigne et Michèle Stan- ton-Jean la font, en quelque sorte, entrer dans la modernité.Le Devoir IDOLA SAINT-JEAN, L\u2019INSOUMISE Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean Éditions du Boréal Montréal, 2017, 383 pages SUITE DE LA PAGE 1 IDOLA M.Gosselin de siéger au conseil municipal.Quant à la formation d\u2019Anne Guérette, Démocratie Québec, elle n\u2019aura réussi qu\u2019à conserver le district où siégeait la chef (Cap-aux-Dia- mants).Malgré la division du vote d\u2019opposition, son candidat Jean Rousseau l\u2019a emporté \u2014 de peu \u2014 devant Maud Rusk d\u2019Équipe Labeaume.Le principe du colistier permettra à Mme Gué- rette de prendre sa place si elle le souhaite.Enfin, dans Montcalm\u2013Saint-Sacrement, le vétéran Yvon Bussières a obtenu le mandat de fin de carrière qu\u2019il convoitait, après 24 ans au conseil municipal.Élu en 2013 sous la bannière de Démocratie Québec, M.Bussières se présentait cette fois-ci comme indépendant.Transport structurant et qualité de vie Pour le maire de Québec, il s\u2019agit d\u2019un quatrième mandat si on inclut celui \u2014 très court \u2014 qu\u2019il a fait à la suite du décès de la mairesse Andrée Boucher en 2007.Après avoir fait campagne sur l\u2019amphithéâtre en 2009 et les conditions de travail en 2013, Équipe Labeaume avait axé cette dernière campagne sur la qualité de vie et la continuité.Moins arrogant et offensif que les dernières fois, le maire sortant a respecté sa promesse de se faire plus respectueux et ne s\u2019est pas emporté une seule fois durant les débats malgré les attaques souvent très agressives de Jean- François Gosselin.Avec l\u2019entrée en scène de Québec 21, le discours de droite des radios d\u2019opinion de Québec bénéficiait, pour la première fois, d\u2019une voix politique organisée.L\u2019animateur Jeff Fillion s\u2019était présenté à la mairie contre Régis Labeaume en 2009, mais il l\u2019avait fait sans parti politique et sans s\u2019investir dans une campagne en bonne et due forme.Au cours des dernières semaines, le chef de Québec 21 s\u2019est révélé un tribun passionné avec un bon sens de la répartie.Or, sa méconnaissance de plusieurs dossiers l\u2019a plus d\u2019une fois trahi, notamment en matière de finances municipales.Au grand dam de ses adversaires, il a imposé le projet d\u2019un troisième lien comme thème central de la campagne, mais a assoupli sa position sur le transport en commun en se révélant en fin de campagne un ardent défenseur de l\u2019autobus\u2026 par opposition au «réseau structurant» de Régis Labeaume et au tramway d\u2019Anne Guérette.Quant à cette dernière, la campagne lui a rapidement fait perdre son statut de principale opposition à Équipe Labeaume.Mme Guérette a toutefois bouclé une campagne sans anicroche, surpassant les attentes notamment lors du second débat.Gel de taxes et bus gratuit Avec la réélection de M.Labeaume et de son équipe, les quatre prochaines années s\u2019annoncent peu dépaysantes.Sur le plan fiscal, ils se sont engagés à geler les taxes l\u2019an prochain, mais recommenceront à taxer au niveau de l\u2019inflation à partir de 2019.La dette, qui a explosé depuis leur arrivée au pouvoir, devrait quant à elle poursuivre la descente entamée il y a deux ans.Régis Labeaume a aussi promis de présenter rapidement un nouveau projet de transpor t « structurant» pour remplacer le défunt Service rapide par bus (SRB), abandonné en avril.Le nouveau réseau viserait, en premier lieu, à desservir l\u2019est et le nord de la ville, a-t-il répété durant la campagne.Afin de réduire la congestion, son parti pense aussi pouvoir retirer entre 2000 et 3000 voitures du réseau en offrant aux étudiants de l\u2019université un laissez-passer d\u2019autobus gratuit.Équipe Labeaume a aussi multiplié les engagements à l\u2019échelle locale avec de nombreux ajouts d\u2019espaces verts, de pistes cyclables et de parcs.Le parti a enfin promis de ramener 500 familles dans le Vieux-Québec, de construire une piscine publique dans le secteur de Vanier et d\u2019ajouter 1500 logements sociaux au parc immobilier.Ses engagements totalisent 133 millions, en excluant les subventions attendues.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 QUÉBEC à l\u2019Hôtel de Ville, avant de tendre la main à différents partenaires : les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa, la communauté anglophone ou le milieu des affaires.Au moment d \u2019écrire ces lignes, le par ti de Valérie Plante, Projet Montréal, se dirigeait vers la majorité au conseil municipal, avec 35 des 65 sièges à l\u2019Hôtel de Ville.La formation a fait des gains hors de sa base traditionnelle, établie dans les quar tiers centraux, en arrachant des arrondissements qui étaient acquis à l\u2019Équipe Coderre ou à des indépendants \u2014 notamment La- chine, Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges\u2013Notre-Dame- de-Grâce et Outremont.D\u2019autres membres importants de l\u2019Équipe Coderre ont mordu la poussière .Les maires d\u2019arrondissement Réal Ménard (Mercier\u2013Hochelaga- Maisonneuve) et Anie Samson (Villeray\u2013Saint-Michel\u2013Parc- Extension) ont perdu contre leurs adversaires de Projet Montréal.Fiefs conservés Sans surprise, le parti de Valérie Plante a conser vé ses fiefs du Plateau-Mont-Royal (Luc Ferrandez), de Rose- mont\u2013La Petite-Patrie (François Croteau) et du Sud-Ouest (Benoit Dorais, qui sera président du comité exécutif).Au moment d\u2019écrire ces lignes, Valérie Plante détenait une avance de plus de 26 000 voix contre le maire sortant.La chef de Projet Montréal avait 51,3 % des voix, comparativement à 46,7 % pour Denis Co- derre.Tard dimanche soir, le taux de participation au scrutin à Montréal était de 40%, a indiqué Élection Montréal.Victoire historique La nouvelle mairesse a remporté l\u2019élection en promettant de combattre la congestion routière, notamment par la construction d\u2019une ligne rose de métro entre Montréal-Nord et le centre-ville au coût de 5,9 milliards de dollars.L\u2019aménagement d\u2019un réseau express de pistes cyclables fait aussi partie des priorités de Valérie Plante et de son équipe.L\u2019annonce de la victoire de Valérie Plante, vers 21 h 15, a pratiquement fait exploser le plafond du Théâtre Corona, où avait lieu la soirée électorale de Projet Montréal.Des cris de joie, des accolades, des applaudissements, quelques larmes joyeuses aussi : une véritable euphorie parmi les centaines de partisans rassemblés.« Je suis tellement fier qu\u2019on ait une mairesse pour Montréal ! » a lancé aux militants le nouveau maire de Mercier\u2013 Hochelaga -Ma isonneuve, Pierre Lessard-Blais.« Ce soir, nous avons fait l\u2019histoire », a ajouté Benoit Dorais, réélu maire du Sud-Ouest.Lui aussi réélu dans le Pla- teau-Mont-Royal, Luc Ferran- dez s\u2019est fendu d\u2019un gros «Ata- boy !» en montant sur la scène du Corona.« Avec Valérie Plante, c\u2019est tout le Québec qui va se laisser influencer, qui va voir que c\u2019est possible, dans toutes les villes et tous les villages du Québec, d\u2019avoir des femmes qui gouvernent», a-t-il dit.Au-delà de ce changement historique, Luc Ferrandez saluait une victoire « devant quelqu\u2019un qui prétendait avoir le milieu des affaires de son bord, qui prétendait être LA voix de Montréal, \u201cje sais que Montréal veut ça ou ça\u201d\u2026 Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas juste lui qui prend sa leçon, c\u2019est tous les hommes politiques qui pensent comme lui à travers le Québec».Selon M.Ferrandez, «Valérie Plante est tellement plus que des sourires: elle va être à la hauteur des ambitions de Montréal».Il a lancé quelques pointes aux «commentateurs et aux experts» qui avaient prédit une victoire de Denis Coderre.La victoire de Valérie Plante est celle d\u2019un nouveau visage, elle qui était presque inconnue il y a tout juste deux mois, a souligné le titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l \u2019UQAM, Bernard Mo- tulsky, en entrevue au Devoir.« Je pense que tout le monde est surpris.On avait vu des signes, mais on n\u2019y croyait pas vraiment.Il s\u2019agit d\u2019une inconnue qui remplace un maire archi- connu après un seul mandat », a-t-il réagi.M.Motulsky attribue cette victoire à ce qu\u2019il appelle « l\u2019effet Macron ».« C\u2019est ce qu\u2019on a vu en France : un jeune politicien pratiquement sans expérience qui a réussi à bousculer le résultat.On voit une nouvelle génération mettre au pouvoir de nouvelles personnes, qui veulent faire table rase des politiciens traditionnels » , analyse-t - i l .Le peu d\u2019expérience de Mme Plante l\u2019aurait avantagée par rapport à son adversa ire, un v ieux routier en politique.«C\u2019est clair que Valérie Plante a fait une campagne sans faute », poursuit Bernard Mo- tulsky.Elle a réussi à se faire connaître, ce qui était son premier défi.Ensuite, elle avait l\u2019avantage de ne pas avoir de bilan et de gestes à défendre, contrairement au maire sortant.«De son côté, il y a eu des erreurs tactiques, notamment sur toute la question de la Formule E, qui a empoisonné sa campagne», observe-t-il.Par ailleurs, il souligne la présence très énergique sur les réseaux sociaux de Projet Montréal tout au long de la campagne électorale.Enfin, le fait que Mme Plante soit la première femme à la tête de Montréal a joué en sa faveur, estime M.Motulsky, même s\u2019il soutient que l\u2019enjeu générationnel a pris le dessus.La personnalité de l\u2019élue a également influencé le vote, à son avis.«M.Coderre repousse autant qu\u2019il attire.Il a une personnalité forte, présente ; des gens aiment ça, d\u2019autres ne supportent pas ça.» Stupeur chez Coderre Le cœur n\u2019était pas à la fête à l\u2019Olympia, lieu de rassemblement d\u2019Équipe Denis Coderre.La stupeur se lisait sur les visages lorsque la victoire de Valérie Plante a été annoncée.Les candidats qui se sont présentés à l\u2019Olympia expliquaient mal le désaveu des Montréalais à l\u2019égard de leur parti.Le parti de Valérie Plante a remporté la mairie de 10 des 18 arrondissements (plus celle de Ville-Ma- rie, qui va à la mairesse), l\u2019Équipe Coderre a conservé six mairies d\u2019arrondissement et deux maires indépendants sont restés en poste \u2014 Luis Miranda à Anjou et Manon Barbe à LaSalle.«Nous ne renions rien de notre bilan.La population a parlé.Il faut être bon joueur.Je respecte le verdict démocratique», a indiqué Réal Ménard, qui a subi la défaite à la mairie de Mercier\u2013Hochelaga-Maison- neuve contre le candidat de Projet Montréal, Pierre Les- sard-Blais.Avec Marie-Lise Rousseau et Jeanne Corriveau Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MONTRÉAL Valérie Plante en quelques dates Née en 1974 à Rouyn-Noranda, Valérie Plante a quitté l\u2019Abitibi-Témiscamingue vers l\u2019âge de 15 ans pour aller étudier et apprendre l\u2019anglais à North Bay, en Ontario.Elle rejoint ensuite sa mère à Trois-Rivières avant de s\u2019installer à Montréal en 1994 pour y étudier en anthropologie.Titulaire d\u2019une maîtrise en muséologie et d\u2019un certificat en intervention multiethnique, Mme Plante s\u2019est par la suite impliquée dans les milieux culturel, communautaire et syndical, notamment comme coordonnatrice de projets et des communications.En 2013, elle fait le saut en politique sous la bannière de Projet Montréal et est élue conseillère du district de Sainte- Marie de l\u2019arrondissement Ville-Marie, délogeant la politicienne de carrière Louise Harel.Elle devient chef de ce parti en 2016 au terme d\u2019une lutte à trois avant de se présenter à la mairie de Montréal contre Denis Coderre en 2017.Mariée à Pierre-Antoine Harvey, Valérie Plante a deux garçons de 11 et 14 ans et réside dans Rosemont\u2013La Petite-Patrie.Lisa-Marie Gervais RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Régis Labeaume dirige les destinées de la ville de Québec depuis 2007.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Denis Coderre quitte la vie politique municipale."]
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