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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-11-11, Collections de BAnQ.

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[" « C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 F A B I E N D E G L I S E T oute ressemblance avec une récente élection municipale ne peut être que fortuite.À la page 17 de La fin des exils (Atelier 10), un court essai qui appelle la population à « résister à l\u2019imposture des peurs», l\u2019économiste Jean-Mar- tin Aussant, ex-chef du parti politique Option nationale et actuel directeur du Chantier de l\u2019économie sociale, écrit : «Les convictions assumées peuvent faire gagner des élections, il faut le redécouvrir.» Et d\u2019ajouter : «Plusieurs chantiers urgents au Québec exigeront de l\u2019audace.Or, retarder l\u2019audace, c\u2019est ne pas en avoir.» Convictions.Audace.C\u2019est ce qui semble, en par tie, avoir por té à la mairie de Montréal au début de cette semaine Valérie Plante, chef du parti Projet Montréal.Une victoire surprenante qui a fait passer Denis Coderre du statut d\u2019hypermaire à celui de maire de transition, tout en mettant désormais une image souriante sur la pensée de l\u2019essayiste.« Quand j\u2019ai écrit ceci, je ne faisais pas allusion à madame Plante, dont je salue la victoire , lance au téléphone Jean-Mar tin Aussant, joint cette semaine par Le Devoir à l\u2019autre bout du Québec, aux îles de la Madeleine, où i l était de passage.Je faisais surtout référence à une époque lointaine où les par tis politiques n\u2019avaient pas peur d\u2019afficher leurs convictions et se faisaient élire pour ces dernières.La victoire de Valérie Plante s\u2019explique par une combinaison de facteurs.Ses convictions assumées sont bien sûr un de ces facteurs.» Le vent qui souf fle sur les institutions démocratiques est en train de changer de direction, ici comme ailleurs, estime Jean-Martin Aussant qui, par son essai à paraître la semaine prochaine, souhaite nourrir ce changement.Comment ?En cherchant à ramener vers le débat public tous ceux qui se sont «exilés », dit-il, exilés des territoires conceptuels qui façonnent le Québec, celui du vivre-ensemble, celui de l\u2019intérêt commun, celui d\u2019une politique d\u2019idées plus que de calculs et de stratégies.L\u2019appel à la construction d\u2019un cadre nouveau vise à redonner du sens à un modèle démocratique en train de devenir une maladie auto-immune.« Quand une formation politique se met à cacher ses idées de base, en fonction des sondages du jour, pour conserver le pouvoir ou pour se faire élire, elle se détache de la démocratie qui impose à tous les par tis d\u2019exposer clairement leurs convictions et de laisser les gens choisir en toute connaissance de cause.Elle nous éloigne aussi d\u2019une démocratie saine et fonctionnelle », ajoute-t-il.L\u2019essayiste ne nomme personne, mais il définit clairement sa cible en parlant du louvoiement autour de la tenue d\u2019un autre référendum sur l\u2019indépendance du Québec, mais aussi des peurs habituelles brandies par les opposants à une souveraineté nationale, à laquelle il croit toujours, avec conviction, et ce, pour maintenir ce statu quo qui, loin de servir l\u2019intérêt de tous, garantit surtout la survie de pouvoirs personnels.« Le leadership véritable consiste à décrire ce qu\u2019on pense être les projets porteurs d\u2019avenir, qu\u2019ils fédèrent l\u2019opinion publique ou non dans le moment présent, puis d\u2019avoir la colonne ver tébrale nécessaire pour les expliquer et convaincre la population de leur bien- fondé.Tout le reste n\u2019est qu\u2019un exil de la vraie politique», écrit le jeune retraité de la politique ENTREVUE À grands coups de convictions Jean-Martin Aussant appelle à résister à toutes ces peurs qui minent les fondements de la démocratie M A R I E F R A D E T T E L\u2019 auteur-compo- s i t e u r - i n t e r - prète Benoît Archambault, chanteur pour enfants, frère de Stéphane et l\u2019Irlandais de la formation Mes Aïeux, a depuis toujours une phrase de Gilles Vigneault qui lui trotte dans la tête : « Faut être chez soi pour dire welcome.» «Nous sommes entrés dans une ère de confusion sur notre identité», explique-t-il au téléphone, joint par Le Devoir pour discuter de son nouveau projet : Quand est-ce qu\u2019on arrive ?Le livre sur l\u2019histoire du Québec pour toute la famille, qu\u2019il cosigne avec l\u2019historien Éric Bédard.« Ce livre, c\u2019est une façon comme une autre de dire : voilà qui on est », de montrer d\u2019où l\u2019on vient, pour savoir un peu mieux où l\u2019on s\u2019en va\u2026 Sous la couver ture, on retrouve la famille Tremblay qui quitte Saint-Jé- rôme pour par tir à la découverte du Québec.Arrivée à Montréal, elle emprunte le pont Jacques-Cartier, roule sur la rive sud du fleuve jusqu\u2019à Percé et remonte en piquant vers Tadoussac pour mieux revenir par la rive nord.Le parcours devient rapidement un prétexte pour découvrir ce qui se présente sur le chemin : la statue du curé Labelle, les canons sur les Plaines, la croix de Gaspé, la poutine de Victoriaville, sans oublier la devise présente sur toutes les voitures.« Je -me-sou-viens\u2026 Pourquoi c\u2019est écrit ça sur toutes les pla - ques ?» demande Lucas à ses parents, qui n\u2019arrivent pas toujours à répondre à ses ques tions.« J e fais par tie de ces gens-là qui ont une con naissance approximative de leur his - toire, dit l\u2019auteur et illustrateur, qui a légèrement caricaturé la petite famille pour laisser le comique aider le lecteur à prendre conscience des morceaux manquants dans sa cul - ture générale.En écrivant ce l ivre avec Éric, j\u2019ai appris plein de choses.Ce père qui se mélange dans ses dates, qui n\u2019est pas trop sûr de l\u2019affaire, re f lè te un peu ce que je suis.Je l\u2019exagère un peu, mais je ne crois pas être si loin de ça de la réalité.» Les Québécois ne sont pas pires que d\u2019autres par rapport à leur histoire, estime l\u2019historien Éric Bé- dard, qui croit que la méconnaissance générale de cer tains faits est sur tout liée à une trajectoire collective placée sur un long fleuve tranquille.« L\u2019histoire longue du Québec ne contient pas d\u2019événements dramatiques qui ont secoué nos histoires fami- l iales et intimes comme les deux guerres ont pu le faire en Europe, à titre d\u2019exemple, explique-t-il.Il y a bien sûr eu le référendum et la Révolution tranquille, qui ont marqué la vie des gens.À cause de ça, notre connaissance de l\u2019histoire contemporaine est bonne.Mais pour tout ce qui s\u2019est passé avant 1960, cela reste pour la plupar t des gens un peu flou.» Travail d\u2019équipe Et pour tant , l \u2019 importance de dire l \u2019Histoire, de raconter notre pays, notre culture aux générations montantes reste un exercice impor tant qui a motivé le duo à donner corps et vie à cet ouvrage.« C\u2019est un travail d\u2019équipe, explique Benoit Archam- bault .J \u2019avais déjà t iré quelques thèmes, notamment ceux du Stade olympique, des accents , des églises, puis Éric en a rajouté.On s\u2019est trouvé un parcours ensemble à partir des thèmes que lui trouvait aussi nécessaires.» Benoît Archambault a écri t le scénario de la Sur la route de l\u2019histoire du Québec en famille Éric Bédard et Benoît Archambault ont imaginé un parcours ludique pour se rappeler qui l\u2019on est JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le vent qui souffle sur les institutions démocratiques est en train de changer de direction, ici comme ailleurs, estime Aussant.En français ou en anglais, Antidote est l\u2019arsenal complet du parfait rédacteur.Que vous rédigiez un essai, un roman, une nouvelle ou un simple courriel, accédez en un clic aux ouvrages de référence parmi les plus riches et les plus utiles jamais produits.Si vous écrivez à l\u2019ordinateur, Antidote est fait pour vous.Pour une écriture inspirée VOIR PAGE F 6 : AUSSANT VOIR PAGE F 4 : QUÉBEC PEDRO RUIZ LE DEVOIR Éric Bédard s\u2019est occupé du texte « sérieux» alors que Benoît Archambault, l\u2019idéateur, a écrit le scénario de la famille.«C\u2019est un continent en soi, la littérature jeunesse» SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL Quand l\u2019agression sexuelle prend le chemin des territoires de la ?ction Page F 3 Marie Demers et l\u2019exercice salvateur de l\u2019écriture de soi Page F 7 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 2 SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 2017 15 AU 20 NOVEMBRE SÉANCES DE DÉDICACES Samedi de 17 h à 18 h PAN BOUYOUCAS Ce matin, sur le toit de l\u2019Arc-en-Ciel © M a r i e - R e i n e M a t t e r a Samedi de 17 h à 18 h ÉRIC ILHAREGUY Moussaka © J e a n - F r a n ç o i s L e m i r e Samedi de 17 h à 18 h CLAIRE LEGENDRE Le nénuphar et l\u2019araignée © R i c h a r d K l i c n i k Samedi de 17 h à 18 h Dimanche de 17 h 15 à 18 h PATRICK FROEHLICH © J e a n - C l a u d e B e r n a r d Avant tout ne pas nuire Corps étrangers - I Vendredi de 18 h à 19 h Samedi de 17 h à 18 h ÉLIE MAURE Le coeur de Berlin © C l a u d e M a r t e l STAND 132 FICTION QUÉBÉCOISE MOI, HERCULE ?1/2 Marie-Christine Arbour Annika Parance éditeur Montréal, 2017, 278 pages C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une quête, celle d\u2019un fils qui, pour mettre la main sur son héritage, à la mort du père, va devoir passer par Montréal, Paris, New York et Vancouver pour accomplir quelques dernières volontés, sous la forme de douze travaux.Tous sont un peu étranges, tous cherchent à faire sortir l\u2019héritier de son existence apathique et médicamentée et à l\u2019aider à se connaître lui-même.Avec, à la clef, deux millions de dollars.Il doit se faire faire un tatouage, voler une perruque, sortir d\u2019un gâteau d\u2019anniversaire\u2026 Joli programme ?Ce récit initiatique prend surtout racine dans ce terreau prévisible où poussent les formules éculées, loin des territoires narratifs audacieux et originaux où la plume légère de l\u2019auteure peine à entrer.L\u2019aventure tient même dans un schéma actanciel simplifié qui fait osciller l\u2019ensemble entre la facilité et la déception, douze fois plutôt qu\u2019une.Fabien Deglise RÉCIT ILLUSTRÉ LE DERNIER MOT ?1/2 Caroline Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars Mécanique Générale Montréal, 2017, 172 pages À 82 ans, le vieil homme peut être fier de sa progéniture.Une de ses filles est devenue avocate, les autres, traductrice et comédienne.Ses gars?Auteur-compositeur, prof de français, orthophoniste, journaliste.Une famille bien ordinaire qu\u2019une révélation lancée lors d\u2019un souper d\u2019anniversaire va ébranler : depuis toujours, l\u2019octogénaire ne sait ni lire ni écrire, même s\u2019il a été souvent vu le nez plongé dans Le Devoir, même s\u2019il a été lettreur à la Iron Ore Company de Sept-Îles pendant plus de 50 ans, même s\u2019il a engendré une belle brochette de lettrés.Le texte est sensible.Il parle de modernité, d\u2019avancement social et des silences lourds qui s\u2019installent parfois dans les cercles familiaux pour ne pas laisser la honte salir les courroies de transmission.La sobriété des illustrations laisse la richesse de leurs traits suivre les contours des failles et des points de tension de cet instantané social qui montre, avec intelligence et respect, cet illettrisme que le présent accepte sans doute un peu moins de dissimuler.Fabien Deglise C H R I S T I A N D E S M E U L E S Avec son mélange d\u2019étrangeté et de clichés bien incarnés, de futur proche et de passé impérial, le voyageur occidental revient-il jamais du Japon?Certainement pas Danielle Dubé (Les olives noires, Quinze, 1984), qui semble y avoir laissé elle aussi, semble-t-il, une part d\u2019elle-même.D\u2019Hiroshima jusqu\u2019au cœur des Alpes japonaises, de Kyoto à Tokyo, de maisons de thé en chambres d\u2019hôtel et de bouddhas géants en bains d\u2019eau chaude, l\u2019auteure revient en long et en large dans Ciel de Kyoto sur un voyage guidé de quelques jours au Japon réalisé en compagnie d\u2019une dizaine de Québécoises au printemps 2014.Visites de temples, réflexions ad lib sur l\u2019existence, excursions sur la piste du poète Basho, l\u2019au- teure de ces carnets de voyage, qui semblent répondre à une nécessité floue, nous promène entre la surprise et l\u2019ennui.Voyager ?« Toutes les grandes villes se ressemblent.Elles s\u2019agitent pour continuer à vivre ou à mourir dans l\u2019illusoire proximité ou la solitude.» Notations cour tes, remar - ques, exclamations: nous som - mes face à des carnets un peu fourre-tout, servis par une écriture impressionniste parfois surchargée de références livres - ques.Un texte qui avan - ce davantage à coups d\u2019associations d\u2019idées que d\u2019observations et de rencontres.Entrecoupés de haïkus inédits, rarement mûris, ces instantanés juxtaposés nous promènent entre l\u2019émerveillement exotique et la déprime nationale ressentie après la défaite du Parti québécois aux dernières élections provinciales.Heureusement, «la beauté con - sole et fait oublier la défaite».Malgré quelques éclairs de vivacité ici et là, l\u2019auteure née en 1944 a conçu un petit livre paresseux et approximatif (elle y soutient ainsi à tort que l\u2019écrivain Gaétan Soucy, comme Nelly «Arcand» (sic), se serait suicidé).Des pages où l\u2019on en apprendra bien peu sur le Japon, sur les Japonais ou sur l\u2019auteure elle-même.Collaborateur Le Devoir CIEL DE KYOTO ?1/2 Danielle Dubé Lévesque éditeur Montréal, 2017, 194 pages RÉCIT Le Japon par ses clichés Danielle Dubé offre des carnets de voyage paresseux et approximatifs L\u2019année 2017 dans l\u2019œil de Jacques Nadeau «Je dois le reconnaître, j\u2019ai toujours eu plaisir à photographier les religieux au Québec, peut-être parce qu\u2019on les a mis de côté, comme si on ne voulait plus les voir.» En une photo montrant les frères et sœur de Saint-Jean les pieds dans l\u2019eau et un bref commentaire, le photojournaliste du Devoir Jacques Nadeau en dit finalement beaucoup sur son travail et sur une de ses obsessions : mettre en image ce que l\u2019on cherche à cacher.Dans Jacques Nadeau 2017.Toute l\u2019actualité québécoise en photos (Fides, Montréal, 2017, 232 pages), revue de l\u2019année préfacée par Josée Blanchette et accompagnée de textes signés Mélanie Loisel, l\u2019homme va encore plus loin en laissant ses images croquées au cœur de l\u2019actualité des derniers mois raconter la singularité de son travail, sa quête de l\u2019instant dans ce qu\u2019il a d\u2019unique tout comme de ces visages connus et inconnus loin des mises en scène et des cadres convenus.Des réfugiés qui franchissent le poste-frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle, un autre nouveau chef du Parti québécois exaltant après une victoire, une cantatrice en pleine action\u2026 Au cours de l\u2019année, l\u2019histoire a continué de s\u2019écrire devant les objectifs de Jacques Nadeau, qui, avec un regard unique, en fait encore une fois une fascinante traduction.Danielle Dubé Le 40e Salon du livre de Montréal en quatre points \u2022 Le salon se tient du 15 au 20 novembre à la Place Bonaventure de Montréal.Pour connaître les heures d\u2019ouverture, consultez le site de l\u2019événement : salondulivredemontreal.com.\u2022 Plus de 2000 auteurs y convergent, dont 10 invités d\u2019honneur : Sophie Bienvenu, Josée Bisaillon, Rose-Line Brasset, Andrée A.Michaud, Jean-François Nadeau, Louise Penny, Éric Plamondon, Felwine Sarr, Aude Seigne et Fanny Britt.\u2022 Un millier de maisons d\u2019édition vont y proposer plusieurs milliers de livres.\u2022 Quelques prix littéraires vont y être dévoilés, dont le prix Mar- cel-Couture, le prix Fleury-Mesplet et le prix ACBD-Québec.PEDRO RUIZ LE DEVOIR D O M I N I C T A R D I F C\u2019 est une scène assez brève, mais dont tous ceux qui ont lu Monstera deli- ciosa (Hamac, 2015) se souviendront.L ynda Dion y relate une agression subie en pleine nuit par celui qui était alors son chum.Un geste dont elle ne mesure toute la violence qu\u2019en le transportant du côté de la littérature.Un geste qui porte un nom : viol conjugal.«L\u2019écriture m\u2019a permis d\u2019exprimer quelque chose que j\u2019avais enfoui et que je n\u2019aurais peut-être jamais exprimé autrement.Beaucoup de femmes enfouissent des choses.C\u2019est apparu sur la page sans que je le contrôle », se souvient l\u2019écrivaine, qui creuse depuis 2013 la veine de l\u2019autofiction.Celle qui n\u2019avait enchâssé cet événement dans son récit que par devoir de vérité, sans davantage le disséquer, ne comprendra l\u2019ampleur de ce qu\u2019elle a vécu que dans l\u2019œil de ses premiers lecteurs.Les accusations portées contre l\u2019animateur Jian Ghomeshi, et l\u2019émergence du mot-clic #AgressionNonDénon- cée, aux objectifs semblables à ceux du plus récent #MeToo, orienteront forcément la réception de ce roman auscultant une relation toxique.«Il y a, au moment de la publication, certains de mes proches qui étaient dérangés, qui savaient de qui je parlais et qui m\u2019ont signifié que j\u2019avais à leurs yeux dépassé la ligne.Il y a des tas de littéraires qui m\u2019ont dit que j\u2019étais allée trop loin», confie-t- elle en appuyant sur le mot «littéraires », comme pour souligner que le doute et la méfiance envers la parole des femmes gangrènent même les milieux éduqués.«Ça m\u2019a fait très mal.J\u2019étais honteuse.Et c\u2019est là que je me suis rendu compte du chemin qui restait à faire.S\u2019il y a un lieu où on ne doit pas se taire, c\u2019est bien en littérature.» Grosse, son prochain roman à paraître début 2018, reconsidéra brièvement cette agression par la lorgnette du temps qui passe et de la mémoire traumatique, bouleversant notre rapport aux autres.Du chaos aux mots « Être un homme blessé / d\u2019avoir connu le sexe enfant / six ans et demi », écrit Jean- Paul Daoust en 1990 dans Les cendres bleues (Écrit des Forges).Réputé pour son amour de la folie, de la nuit et des libations qu\u2019elle appelle, le dandy épouse dans ce livre un ton d\u2019une rare gravité, en se remémorant les caresses reçues par un homme dans la vingtaine, alors qu\u2019il n\u2019était, lui, qu\u2019un gamin.« On n\u2019a parfois pas le choix d\u2019écrire des livres, on ne peut pas passer à côté d\u2019un sujet qui nous hante profondément, si- gnale-t-il.Ce livre m\u2019est arrivé.Je me suis moi-même surpris d\u2019être en train de le créer.J\u2019avais presque oublié ça et en écrivant sur l\u2019enfance, ça a été comme un geyser, qui a bien failli m\u2019emporter.» Angoissé par la secousse que pourrait provoquer une telle révélation, le poète lance son manuscrit à la poubelle, avant que son chum Mario ne le récupère et insiste pour l\u2019envoyer chez l\u2019éditeur.«Une fois le livre paru, j\u2019ai dû vivre avec », poursuit celui qui plongera ensuite pendant deux ans dans une profonde dépression, alimentée entre autres par le regard transformé et l\u2019étonnement de ceux qui, dans son entourage, ne savaient pas.Jean-Paul Daoust évoque dans Les cendres bleues l\u2019ambiguïté de cette relation entre un enfant et cet homme vers qui il se rendait lui-même.Il nomme sans minimiser la blessure subie, mais sans démoniser outre mesure son agresseur, la part trouble et troublante de désir qui l\u2019habitait, malgré son âge.« Je l\u2019ai écrit comme moi je l\u2019ai vécu, précise-t-il.La littérature ne ser t pas à rassurer, mais à mettre des mots sur ce qui autrement reste incompréhensible, chaotique.Ce livre m\u2019a permis de donner à l\u2019enfant des mots qu\u2019il n\u2019avait pas à l\u2019époque où il vivait ça.C\u2019est comme si je lui avais pris la main pour le sortir de là.» La littérature permet aussi de figurer ce qui, entre les balises contraignantes du réel, appartient malheureusement toujours au monde du rêve.Quand Mi- kella Nicol raconte la vengeance de la narratrice d\u2019Aphélie (Le Cheval d\u2019août) sur un homme qui l\u2019a agressée, c\u2019est peut-être surtout dans la direction d\u2019un éventuel renversement de l\u2019ordre établi qu\u2019elle pointe.«Ça me fait du bien d\u2019imaginer des scènes alternatives.Pour moi, écrire des livres, c\u2019est un peu comme réfléchir à ce que j\u2019aurais pu répondre à quelqu\u2019un, après une conversation», explique celle qui refuse de révéler la par t d\u2019expériences véritables qu\u2019elle injecte dans ses fictions, par pudeur, mais aussi parce qu\u2019elle a « l\u2019impression qu\u2019on ramène constamment les femmes à leur vécu pour minimiser le réel travail que nécessite l\u2019écriture de n\u2019importe quel livre».« L\u2019écriture nous autorise à vivre une autre réalité, et peut- être même à croire à cette réa- lité-là», suggère-t-elle.Au point d\u2019y trouver une forme de justice alternative?« Je dirais plutôt que la littérature of fre un confort alternatif.Les filles ont besoin d\u2019un lieu pour être réconfortées, parce que le système de justice ne marche pas.La littérature donne une voix, une voix alternative, qui est vraiment importante, et qui un jour sera peut-être une voix plus forte que celle des puissants.» En signant ce deuxième roman, Mikella Nicol ne souhaitait surtout pas présenter une réaction optimale à adopter devant une agression.Au contraire.«La narratrice de mon livre n\u2019est pas capable de déterminer si elle est victime de violence ou pas.Elle n\u2019est pas capable de l\u2019af firmer, et donc pas capable de s\u2019en défaire.C\u2019est important de dire que ça se peut qu\u2019on soit pris dans une situation et qu\u2019on ne sache pas tout de suite comment réagir.» Le prix à payer a-t-il été trop impor tant ?demande-t-on à Lynda Dion, qui a perdu des amis dans la foulée de la parution de Monstera deliciosa.«Disons que je l\u2019ai trouvé lourd, mais que ce n\u2019est pas de nature à m\u2019empêcher de dire ce que j\u2019ai besoin de dire, et d\u2019écrire ce que j\u2019ai besoin d\u2019écrire.» Collaborateur Le Devoir La violence sexuelle dans les territoires de la fiction Le confort de la littérature permet-il de saisir autrement le drame des agressions non dénoncées ?L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 3 VENDREDI 17 NOV De 19 h à 20 h SAMEDI 18 NOV De 11 h à 12 h De 14 h à 15 h DIMANCHE 19 NOV De 11 h à 12 h De 14 h à 15 h STAND 216 Albin Michel VENEZ RENCONTRER AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL DÉCOUVREZ LE PAYS D\u2019OÙ SEULS LES MORTS REVIENNENT MONTRÉAL, MA VILLE Montréal vu par un géographe amoureux depuis 1850 POUVOIR ET TERRITOIRE AU QUÉBEC S OUS LA DIRECTION DE Harold Bérubé et Stéphane Savard LEILA INKSETTER Initiatives et adaptations algonquines au XIXe siècle s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC ANNICK SAUVÉ LE DEVOIR Lynda Dion a décrit dans son roman Monstera deliciosa le viol conjugale qu\u2019elle a subi.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Mikella Nicol a imaginé la vengeance d\u2019une femme dans Aphélie.On n\u2019a parfois pas le choix d\u2019écrire des livres, on ne peut pas passer à côté d\u2019un sujet qui nous hante profondément Jean-Paul Daoust « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 4 PUQ.CA Plus de 1 500 livres à feuilleter On a tous besoin de savoir POUR AGIR Les Presses de l\u2019Université du Québec au Salon du livre de Montréal Table ronde | Enjeux contemporains Le conservatisme à l\u2019ère Trump \u2013 un mouvement en mutation Date : Dimanche 19 novembre Lieu : L\u2019Agora Heure : 11 h 45 Presses de l\u2019Université du Québec PASSEZ NOUS VOIR AU STAND 573 Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Littérature et engagement social Rencontre avec Lisa Carducci Poète et romancière montréalaise, sa contribution remarquable à la promotion de la culture chinoise lui a valu le Special Book Award of China en 2015.Une rencontre à ne pas manquer.Mardi 14 novembre 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ NOUVELLES DONNACONA ?Éric Plamondon Le Quartanier Montréal, 2017, 130 pages Il y a quelque chose de fluide dans l\u2019écriture d\u2019Éric Plamon- don, un débit maîtrisé tenant du journal personnel, du récit posé sur papier pour ne pas oublier et qui finit très vite par dévoiler son aspect documentaire et social absorbant le lecteur dans l\u2019universalité de son propos.Donnacona, nouvelle qui nomme ce recueil contenant aussi deux textes déjà publiés ailleurs (Lendemain de pêche et Ristigouche), donne corps à la chose avec ces souvenirs de jeunesse sur les bords de la Jacques-Cartier, quelque part dans les années 1980 et 1990, dans le comté de Portneuf.Bière, mise en danger, papetière, pénitencier, travail d\u2019été, patates frites et éloignement se croisent dans un tout qui laisse le recul éclairer l\u2019innocence et les drames du passé.«On avait quatorze ans et l\u2019avenir brillait dans nos têtes comme le soleil sur les rapides», écrit-il dans ce texte qui, lui, laisse briller une mémoire singulière facilement partagée par d\u2019autres.Fabien Deglise VIE URBAINE LES SAISONS DE MONTRÉAL ?Raphaëlle Barbanègre La Pastèque Montréal, 2017, 64 pages Rétro, boulot, dodo ! C\u2019est avec un trait à la tonalité délicieusement surannée et des perspectives donnant l\u2019impression de se déhancher sur les notes d\u2019un jazz granuleux des années 1950 que la jeune auteure Raphaëlle Barbanègre a décidé de raconter Montréal, la vie quotidienne dans la métropole, au marché Jean-Talon, sur les bords du canal de Lachine, tout comme les points d\u2019intérêt touristiques qui font la renommée de l\u2019endroit.«Au printemps, ce quartier résidentiel et familial se couvre de fleurs.Tout le monde se met à cultiver et jardiner», écrit-elle sur Rosemont\u2013La Petite-Patrie, en croquant au passage une scène de rue et de ruelles devenues lieux de vie et terrains de jeu des enfants.Les couleurs sont vives, les scènes débordantes de vie et joyeusement naïves, donnant au final à cette balade urbaine une gaieté, cet optimisme fou qui semble bel et bien dans l\u2019air du temps.Fabien Deglise C H R I S T I A N D E S M E U L E S P oète, conteuse et romancière née en 1953 à Port-au- Prince, en Haïti, Marie-Célie Agnant vit au Québec depuis 1970.Ses Nouvelles d\u2019ici, d\u2019ailleurs et de là-bas nous apportent six nouvelles qui, comme le suggère le titre, se passent ici ou bien ailleurs.À Montréal, à New York et à Vancouver, avec des incursions dans un camp de réfugiés en Syrie et dans un hôtel borgne de Thaïlande.Par tout où des êtres semblent souffrir une vie minée par les injustices, à titre de victimes directes et indirectes ou de témoins.Inspirée de « l\u2019affaire Robert Dziekanski», du nom d\u2019un immigrant polonais tué au Taser par des policiers de la GRC à l\u2019aéropor t de Vancouver en 2007, Un si bref instant tente de mettre en mots l\u2019indicible en donnant la parole à la mère de la victime, vieille femme privée de ce fils qu\u2019elle n\u2019avait pas revu depuis sept ans.S\u2019adressant à lui, elle dira: «Il ne me reste que mes mains nues pour racler cette terre qui a bu ton sang.» Dans Hans Beringer, à des milliers de kilomètres de Bangkok, l\u2019épouse d\u2019un médecin pédiatre renommé découvre avec un mélange de stupeur et de désarroi que, sous des apparences qu\u2019elle croyait fidèles à la réalité, son mari cachait une existence monstrueuse.Dans Un regard assassin, un ancien bourreau de «Belle-Île » à demi-fou dans un pays froid où il est en exil croit avoir aperçu une femme qu\u2019il avait épousée de force avant qu\u2019elle ne lui échappe.« Bras droit de Satrapier, entré à son service alors qu\u2019il n\u2019avait que dix-huit ans, il avait passé de longues années à enterrer des hommes encore vivants et à en enfermer d\u2019autres dans le cof fre de son automobile.» À la fin des années 1950, dans L\u2019héritage, une jeune bourgeoise au «teint caramel» originaire d\u2019un «bout d\u2019île où une petite élite ignorante singe ses anciens maîtres», envoyée en exil à New York.Elle pense trouver la liberté qui lui a fait défaut, mais se heurtera violemment au racisme et à la ségrégation en voulant mettre les pieds au fameux Cotton Club où jouait Cab Calloway \u2014 alors que la salle de concert avait définitivement fermé ses portes en 1940.Dans Apprivoiser Isidore, l\u2019une des nouvelles les plus intéressantes du recueil, où s\u2019affrontent compassion et géopolitique, une femme fait connaissance avec un voisin, octogénaire d\u2019origine juive «qui dormait avec les ombres».Mais son amitié pour le vieil homme, survivant de l\u2019Holocauste et des camps de concentration, va se heurter à la résistance de ses fils, de jeunes altermondia- listes.«La lutte que mènent les Palestiniens ne concerne pas uniquement le monde arabo-mu- sulman», viennent-ils rappeler à leur mère.De façon pudique et méditative, Marie-Célie Agnant, qui a reçu cette semaine le prix Alain-Grandbois de l\u2019Académie des lettres du Québec pour les poèmes de Femmes des terres brûlées (Pleine Lune), exprime surtout dans ce court recueil de nouvelles une cer taine forme d\u2019indignation, elle y mesure tout « le vide de la déshumanisation» et trace d\u2019une manière assez fine la frontière floue qui sépare les victimes des tortionnaires.Nourrie des mots du poète palestinien Mahmoud Darwich, l\u2019auteure d\u2019Un alligator nomme?Rosa et du Livre d\u2019Emma (Éditions du Remue-me?nage, 2001 et 2007) se glisse dans la tête de ses personnages à travers une écriture impressionniste où le rôle du récit semble parfois secondaire.Collaborateur Le Devoir NOUVELLES D\u2019ICI, D\u2019AILLEURS ET DE LÀ-BAS ?Marie-Célie Agnant Pleine Lune Montréal, 2017, 94 pages NOUVELLES Une certaine forme d\u2019indignation Marie-Célie Agnant trace la frontière floue qui sépare les victimes des tortionnaires «Sigrid eut tout à coup l\u2019impression d\u2019évoluer dans un songe.Elle flottait dans un magma de sensations ; elle était irréelle, elle n\u2019existait pas, il n\u2019y avait que les souvenirs.Ils étaient là, vivants.Le présent, cette douleur atroce, tout cela n\u2019était qu\u2019un cauchemar.L\u2019enseigne du Cotton Club scintillait et semblait un avertissement ou peut-être une menace, mais elle n\u2019avait certainement rien compris.» Extrait de Nouvelles d\u2019ici, d\u2019ailleurs et de là-bas famille alors qu\u2019Éric Bédard s\u2019est occupé du texte «sérieux» sous l\u2019œil bienveillant de l\u2019idéa- teur.« Il devait ici trouver le bon ton.On savait que c\u2019était un excellent vulgarisateur.Mais après, il fallait trouver les mots justes sans tomber dans l\u2019explication gnangnan.» Pour le professeur d\u2019histoire, qui a hésité avant de se lancer dans l\u2019aventure, il s\u2019agit d\u2019une première incursion dans l\u2019univers de la littérature jeunesse.«C\u2019est un continent en soi, la littérature jeunesse, dit-il.Pour bien faire, j\u2019ai imaginé que j\u2019écrivais à mes enfants.Ma femme et moi avons toujours refusé de leur parler comme s\u2019ils étaient des demeurés.On leur parlait comme des citoyens en devenir.J\u2019ai appliqué la même chose à ce récit, naturellement.» Bien que l\u2019album puisse servir dans le milieu scolaire, il n\u2019a pas été pensé de manière trop formelle et didactique.«Ce que j\u2019aime dans le livre, c\u2019est que nous ne sommes pas dans la chronologie.On parle de poutine autant que de Champlain.L\u2019idée de m\u2019approprier l\u2019histoire me plaît.Ça devient accessible et ludique», souligne Benoît Archambault.Pour Éric Bédard, tout est dans la façon de raconter.« J\u2019ai essayé de m\u2019imaginer comment j\u2019aborderais, par exemple, la religion, dit-il.Les enfants d\u2019aujourd\u2019hui, pour la plupart, n\u2019ont pas reçu d\u2019éducation religieuse chrétienne.Je me suis demandé comment j\u2019allais expliquer cela.Je n\u2019aime pas qu\u2019on se serve de l\u2019histoire pour régler des comptes, pour passer des messages, faire la morale.Comment alors l\u2019expliquer le plus simplement et le plus respectueusement possible?C\u2019est un peu le défi que je me suis donné» et qui amène les lecteurs sur la route de leur histoire en passant par un parcours ludique sur les routes du Québec.Collaboratrice Le Devoir QUAND EST-CE QU\u2019ON ARRIVE ?LE LIVRE SUR L\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC POUR TOUTE LA FAMILLE ! Benoît Archambault et Éric Bédard Auzou Montréal, 2017, 64 pages PEDRO RUIZ LE DEVOIR Marie-Célie Agnant a reçu cette semaine le prix Alain-Grandbois de l\u2019Académie des lettres du Québec.LA VITRINE SUITE DE LA PAGE F 1 QUÉBEC AUZOU L\u2019album n\u2019a pas été pensé de manière trop formelle et didactique. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 5 LE QUARTANIER AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL STAND 547 LAURIE BÉDARD JEAN-PHILIPPE CHABOT GRÉGOIRE COURTOIS CLÉMENT DE GAULEJAC ANNIE LAFLEUR C.-P.LAPERRIÈRE WILLIAM S.MESSIER FRANÇOIS RIOUX STEVE SAVAGE DAVID TURGEON DU MERCREDI 15 AU LUNDI 20 NOVEMBRE ESPACE DIMEDIA CHRISTOPHE BERNARD STÉFANIE CLERMONT CHARLES DIONNE DANIEL GRENIER CATHERINE LALONDE STÉPHANE LARUE ÉRIC PLAMONDON MAGGIE ROUSSEL MICHAËL TRAHAN D O M I N I C T A R D I F D aphné B.s\u2019est retrouvée cet été dans un chalet afin d\u2019apporter les corrections ultimes au manuscrit de ce qui deviendra Delete, son deuxième livre de poésie.Sans doute parce que la bucolique vie champêtre invite à la détente, l\u2019écrivaine de 27 ans gobe quelques bonbons au pot.Why not?«Mon premier livre [Bluetiful, L\u2019Écrou, 2015] s\u2019adressait au gars qui m\u2019avait blessée, au gars qui m\u2019aimait, bla-bla-bla.C\u2019était clair», se rappelle-t- elle, presque comme si elle parlait d\u2019une étrangère.«Pendant que j\u2019écrivais Delete, je ne savais pas à qui je m\u2019adressais.En m\u2019enfermant toute seule dans ce chalet pendant une semaine et en prenant ces bonbons au pot là, j\u2019ai vécu une expérience intense.Je n\u2019arrêtais pas de pleurer, j\u2019étais agenouillée sur un tapis pendant des heures \u2014 ce n\u2019était pas négatif, han ! \u2014 et j\u2019ai réalisé que j\u2019avais écrit ce texte-là pour la personne que j\u2019étais quand j\u2019avais 19 ans et que j\u2019ai décidé que j\u2019allais étudier en littérature.» Elle observe, angoissée, les vêtements noirs qu\u2019elle conserve au fond de ses tiroirs.Peut-être n\u2019aura-t-elle un jour d\u2019autre choix que de reprendre un boulot dans un restaurant du Vieux Port?L\u2019entreprise Algorithme Pharma lui rappelle par courriel qu\u2019un rôle de cobaye lui permettrait de facilement boucler les fins de mois.La Daphné B.de Delete, courageuse mais réaliste, ne cesse de trembler devant la précarité \u2014 psychologique et matérielle \u2014 de la vie d\u2019artiste qu\u2019elle a choisie.« Est-ce qu\u2019on peut créer un ministère des Poètes malades, trouver un mot pour décrire notre condition physique?» demande-t-elle dans un de ses poèmes en prose, une exhortation qui arrachera sans doute un rire bien jaune à quiconque a récemment fréquenté une soirée de lectures dans un bar.«J\u2019avais envie de parler des réalités concrètes de ce que c\u2019était de choisir d\u2019aller étudier en littérature, fait valoir madame B.C\u2019est quand même un choix qui m\u2019a fait peur.Je n\u2019ai pas écrit ce livre pour conforter celles qui feront aussi ce choix-là, ni pour me conforter moi, mais pour dire que même si on n\u2019atteint jamais l\u2019idéal d\u2019être connu et riche et d\u2019écrire un livre qui va transcender l\u2019univers et tout ce qui a été écrit avant, l\u2019important, c\u2019est de ne jamais arrêter d\u2019écrire, parce que c\u2019est grâce à l\u2019écriture que tu traverses tout.Mes parents m\u2019ont transmis une vision de l\u2019art et de l\u2019échec qui est liée aux rêves déchus de ma mère d\u2019être connue en tant qu\u2019artiste, mais pour moi, ce n\u2019est pas ça l\u2019art.Écrire, c\u2019est une façon de survivre.» Delete, page 116 : « En manque d\u2019amour, de chauffage, j\u2019essayais d\u2019écrire un livre pendant que SOS Suicide laissait un message sur ma boîte vocale.Quand SOS Suicide m\u2019a rappelée, j\u2019écrivais.» Tout est là.Faire le deuil du deuil Delete est aussi le livre de plusieurs deuils pour Daphné B.: celui de Lady Di, celui d\u2019un ami suicidé, ainsi que celui de son identité.Avant d\u2019ainsi signer ses textes, la poète aura d\u2019abord publié sous le pseudo Daphné Cheyenne, inspirée par la nation amérindienne du même nom.Elle l\u2019abandonne quelques semaines avant la parution de Bluetiful, quand une amie lui fait signale qu\u2019elle verse ainsi dans l\u2019appropriation culturelle.« Je sais que je ne peux pas passer par-dessus toutes mes pertes, les abandonner complètement», écrit-elle aujourd\u2019hui, en évoquant entre autres cette douloureuse mais nécessaire réinvention et la culpabilité inhérente au choix problématique de cette ancienne identité.«Nulle part je n\u2019ai trouvé de remède, l\u2019indifférence complète n\u2019existe pas.Marie me texte pour me dire qu\u2019il faut faire le deuil du deuil.» «\u201cFaire son deuil du deuil\u201d, ça veut dire que ça ne se fait pas, un deuil, explique-t-elle au bout du fil.Le deuil, il reste à l\u2019intérieur de toi, il te marque, il te transforme.Tu ne peux pas faire ton deuil.C\u2019est le deuil qui te fait.» Avec ses textes de formes diverses, remplis d\u2019images incandescentes propres à une conception plus traditionnelle de la poésie, mais aussi d\u2019anecdotes banales en apparence, de paroles de chansons pop et d\u2019observations de voyage à Taipei, Delete tire la langue aux défenseurs d\u2019une littérature obéissant à un système de catégories forcément contraignantes.«Parce que je suis poète, je dis que ce que je fais, c\u2019est de la poésie, mais je ne balise pas la forme que ce que j\u2019écris va prendre», réplique Daphné B., à qui jugerait que ses poèmes à haute teneur narrative ne sont pas des poèmes.«La question des genres littéraires est intéressante dans la mesure où je réfléchis dans mon livre à la fluidité des identités.On me demande toujours : \u201cQuand est-ce que tu vas écrire ton roman ?\u201d, comme si c\u2019était le nec plus ultra des genres littéraires, alors que c\u2019est important pour moi de trouver une fluidité dans les genres littéraires, parce que c\u2019est ce qui permet l\u2019exploration.Quand c\u2019est trop fixe, on est condamné à refaire la même chose, et la poésie, c\u2019est le genre littéraire qui offre la plus grande liberté.En fait, je me bats contre les genres littéraires.Ça me fait chier d\u2019avoir à définir ce que je fais.Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas juste\u2026 écrire?» Collaborateur Le Devoir DELETE Daphné B.L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2017, 125 pages POÉSIE Daphné B.n\u2019arrêtera jamais d\u2019écrire, d\u2019écrire, d\u2019écrire La poète tente dans Delete de se réconcilier avec la précarité de la vie d\u2019artiste PEDRO RUIZ LE DEVOIR Delete est le livre de plusieurs deuils pour la poète Daphné B.: celui de Lady Di, celui d\u2019un ami suicidé ainsi que celui de son identité.J\u2019avais envie de parler des réalités concrètes de ce que c\u2019était de choisir d\u2019aller étudier en littérature.C\u2019est quand même un choix qui m\u2019a fait peur.Daphné B.« » D O M I N I C T A R D I F T ouchant, sensible, féminin.Voilà des adjectifs qui pèsent sur les œuvres de trop de femmes, et Julie Delporte n\u2019en peut plus.Tentons donc d\u2019en employer d\u2019autres pour décrire Moi aussi je voulais l\u2019emporter, roman graphique dans lequel la bédéiste mont- réalaise continue de constater avec pugnacité et lucidité à quel point « le privé est politique », dixit sa notice biographique, une entreprise amorcée en 2015 avec Je vois des antennes partout.« À quel âge ai-je commencé à me sentir flouée d\u2019être une fille ?» demande l\u2019auteure de Journal (2014), en cataloguant les récits étouffants \u2014 impératif social de la maternité, injonctions à se raser les poils ou à vivre l\u2019amour romantique tel que manufacturé en usine par Hollywood, agressions sexuelles \u2014 dont héritent dès l\u2019enfance les femmes sans qu\u2019elles le demandent.« De quelles images sommes- nous prisonnières ?» se de- mande-t-elle ailleurs, une des nombreuses questions de ce livre qui les multiplie comme on lance des roches sur un édifice constr uit de mensonges.Le doute, bien qu\u2019inconfortable, peut se vanter de parfois déboucher sur quelque chose comme la vérité, alors que les cer titudes, elles, ne servent qu\u2019aux puissants à cimenter leur ascendant.Même ce qui pour un instant la réconforte lui glisse entre les doigts.« Depuis deux mois, je porte un pull avec un narval, sur lequel il est écrit « gentle warrior».Hier, je me suis dit, la baleine-licorne, la douce féministe, c\u2019est moi.Mais vous savez quoi?Les narvals femelles, elles n\u2019ont pas de corne», écrit-elle, en cartographiant l\u2019étendue de ce qu\u2019il reste à inventer dans l\u2019imaginaire des femmes.Dans l\u2019espoir d\u2019un jour complètement exister Scrutatrice perspicace de toutes les minuscules violences que recèle le quotidien des femmes, Julie Delpor te souligne finement à quel point les petites choses insignifiantes le composant ne le sont \u2014 insignifiantes \u2014 que pour ceux jouissant du luxe de l\u2019insouciance.Se rendre à la piscine publique ne suppose pas la même épreuve pour l\u2019homme que pour la femme qui sait que son corps sera scruté.« J\u2019ai peur de ne plus pouvoir avoir d\u2019amoureux.Quel homme va suppor ter une féministe ?Quel homme vais-je pouvoir supporter ?» s\u2019inquiète-t-elle, en mesurant avec vertige l\u2019irréversibilité de sa prise de conscience féministe dont ce livre fait la chronique.Au poids de l\u2019inégalité s\u2019ajoute dès lors celui de la lutte, nécessaire mais éreintante, à mener.En voyage en Finlande, sur les traces de l\u2019artiste Tove Jans- son et de ses Moomins (de célèbres personnages de petits hippopotames), la dessinatrice rêve un instant d\u2019une vie de solitude, calquée sur celle de la défunte artiste, qui aura toujours refusé de se marier et d\u2019avoir des enfants, préférant créer, créer, créer toute sa vie.Avec ce titre d\u2019une violente candeur, prenant au pied de la lettre la règle insistant pour que le masculin l\u2019emporte sur le féminin jusque dans le Bescherelle, Moi aussi je voulais l\u2019empor ter rappelle que la grammaire cristallise toujours, tristement, une domination appartenant au réel.Un monde où les femmes ne peuvent créer sans entrave est un monde où les femmes ne peuvent complètement exister.Julie Delpor te montre avec le même devoir de vérité, par chacun des traits composant ses dessins, cette compréhensible fatigue qui la tenaille.Collaborateur Le Devoir MOI AUSSI JE VOULAIS L\u2019EMPORTER ?Julie Delporte Éditions Pow Pow Montréal, 2017, 252 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 6 PORTRAIT D\u2019UN SCANDALE Les dessous d\u2019une histoire méconnue FRAGMENTS DE FAMILLE Quand l\u2019amour de son prochain prend une sérieuse débarque MA RÉSERVE DANS MA CHAIR Le témoignage percutant d\u2019une jeune autochtone groupefides.com Alex Gagnon, Nouvelles obscurités, prix Alphonse-Desjardins 2017, samedi 18 novembre de 16 h à 17 h.Louis Jacques Filion, Artistes, créateurs et entrepreneurs, dimanche 19 novembre de 14 h à 15 h.Janine Gagnon Corbeil, Une aidante naturelle comme les autres, samedi 18 novembre de 14h à 15h.Erik Giasson, Le courage de réussir, jeudi 16 novembre de 19h à 20h ; samedi 18 novembre de 15h à 16h, dimanche le 19 novembre de 15h à 16h.Julien Grégoire, Météo, vendredi 17 novembre de 18h à 19h.Bernard Lévy, Me chercherais-tu si tu étais sans nouvelles de moi ?jeudi 16 novembre de 17h à 19h ; samedi 18 novembre de 13h à 14h, Céline Saint-Pierre, La première révolution tranquille, jeudi 16 novembre, de 16h à 17h.Thierry Watine, Les nouvelles cartes du journalisme, vendredi 17 novembre, de 16h à 17 h.Événement poésie avec Mathieu Renaud, Catherine Cormier-Larose, Philippe Chagnon et Jean-Christophe Réhel, vendredi 17 novembre de 19h à 21h.DEL BUSSO ÉDITEUR \u2013 SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL \u2013 GALLIMARD (517) ILLUSTRATIONS ÉDITIONS POW POW Julie Delporte souligne finement à quel point les petites choses insignifiantes composant le quotidien des femmes ne le sont \u2014 insignifiantes \u2014 que pour ceux jouissant du luxe de l\u2019insouciance.Moi aussi je voulais l\u2019emporter rappelle que la grammaire cristallise toujours, tristement, une domination appartenant au réel.RÉCIT ILLUSTRÉ Pourquoi le masculin l\u2019emporte-t-il sur le féminin ?(et autres questions nécessaires) Julie Delporte met en mots et en dessins son irréversible prise de conscience féministe active qui, sans en voir vraiment l\u2019horizon, admet qu\u2019un retour à l\u2019avant-scène n\u2019est toujours pas exclu.Ces exils, alimentés autant par les peurs de perdre du confor t, de la paix, de la richesse, que par la fatalité devant un système qui ne pourrait être rien de plus que ce qu\u2019il a toujours été, n\u2019ont rien de réjouissant pour l\u2019avenir, estime M.Aussant, puisqu\u2019ils entraînent le désengagement des citoyens et donnent du carburant au cynisme, «le pire ennemi de notre époque», dit-il.« Dans cer tains milieux, on se fait une fierté de se dire cynique.Mais le cynisme, ça donne quoi?Les gens abandonnent la prise de décision pour leur avenir aux autres qui, de plus en plus, prennent des décisions négatives pour l\u2019ensemble du groupe.» Et il ajoute qu\u2019en gardant les taux de participation bas, lors des scrutins, « le cynisme serait ainsi le comportement le plus souhaité par les politiciens les moins souhaitables».En guise d\u2019introduction, l\u2019ex-figure de proue d\u2019Option nationale parle de ces « exils collectifs » dont on ne devrait plus se satisfaire.« Un citoyen qui s\u2019en tient à son individualisme peut nuire davantage à l\u2019ensemble que l \u2019absent qui s\u2019implique peut-être à distance » , laissant par le fait même la société crouler sous le poids des « discours éteignoirs » et d\u2019un « comptabi- lisme pusillanime » qui donne toute sa force d\u2019inertie à cet « extrême centre stérile », à la fois « symptomatique d\u2019un manque de confiance en soi et d\u2019un manque de respect envers l\u2019électorat ».Sorte de déclaration d\u2019optimisme au regard des mutations sociales et politiques en cours, La fin des exils dénonce donc tous ces freins à l\u2019avancement, freins qu\u2019une certaine forme de journalisme actionnerait d\u2019ailleurs, selon lui.«L\u2019exil du journalisme factuel ralentit l\u2019évolution, qu\u2019elle soit politique ou sociale», écrit-il en montrant du doigt le sensationnalisme crasse, tout comme l\u2019obsession d\u2019une opinion médiatique posée sur la scène politique et collective dans une seule perspective: l\u2019ana - lyse stratégique des forces en présence.«Il est rare d\u2019entendre un analyste politique parler des bienfaits d\u2019une politique sur une population, dit-il.On parle surtout de pari fait pour s\u2019attirer l\u2019affection d\u2019une partie de l\u2019électorat, de calcul, de stratégie.La couverture médiatique prête des intentions, cherche des contradictions, met en tension et ne contribue pas à la décynisation de la population.» La chose n\u2019est pas unique au Québec, écrit d\u2019ailleurs Jean- Mar tin Aussant, mais elle conditionne les gens «à se méfier des élus, voire à les détester », incitant même les politiciens «au cœur les plus purs» à s\u2019exiler loin des territoires du bien commun pour refaire leur vie sur celui de l\u2019image, du paraître et de la course à la popularité.Or cette «dynamique est pernicieuse» et «empêche l\u2019éclo - sion de nouveaux compor te- ments», conclut-il.Le Devoir LA FIN DES EXILS RÉSISTER À L\u2019IMPOSTURE DES PEURS Jean-Martin Aussant Atelier 10 Montréal, 2017, 104 pages En librairie le 14 novembre SUITE DE LA PAGE F 1 AUSSANT D O M I N I C T A R D I F T oujours porter une attention particulière aux mots qu\u2019emploie une écrivaine pour décrire son rapport à la création.L\u2019essentiel loge souvent entre ces passages.« Ces départs d\u2019écriture douloureux.Quand, vaincue d\u2019avance, l\u2019ordinateur posé sur les genoux, ouvert sur une page débordante de vide qui écorche ma paix intérieure, je compose des phrases décevantes.Pourquoi m\u2019infliger ça?Pourquoi foncer vers la déception?» se demande la narratrice derrière laquelle se voile Marie Demers, dans Les désordres amoureux, son deuxième roman (après In between, 2016).Avec sa bécane baptisée en l\u2019honneur de la diva Marie Carmen, son chien adoubé Henri IV, roi de Montréal, sa connaissance encyclopédique du monde de la bière et son amour du mac and cheese bien fromagé, Marianne ressemble à la blonde idéale (pour peu que vous aimiez le fun).Les garçons dont elle s\u2019entoure, eux, ne sont pas toujours du même avis.Il y a Mathieu, qui se décommande sans gêne à la dernière minute, Manu, le mythomane obnubilé par les sachets blancs, et Pierick, le Français dont la façade d\u2019assurance camoufle la couardise incarnée.Mais alors qu\u2019il apparaît évident dès les premières pages que Marianne est beaucoup moins douée en amour que pour conduire son vélo en état d\u2019ébriété, l\u2019alter ego de Marie Demers, elle, peine à reconnaître que son refus de vivre autrement qu\u2019en choisissant de « foncer vers la déception » la condamne à hanter éternellement cette zone où la vie ne commence jamais, quelque par t entre l \u2019ombre et la lumière (sur un air connu).Entre ombre et lumière Les désordres amoureux n\u2019est évidemment pas exactement la première fiction auscultant l\u2019er rance d\u2019un personnage sous le joug d\u2019un léger problème d\u2019alcool et d\u2019un talent olympique pour les mauvais choix (de vie, de relation, de par te- naire de voyage).Évitons néanmoins le paternalisme de certains critiques pour qui les angoisses existentielles d\u2019une jeune femme ne donnent que des romans pour jeunes femmes (c\u2019est faux).Malgré une prémisse élimée et une écriture un peu trop près des considérations du quotidien (à moins que vous raffoliez de descriptions de repas), Marie Demers maîtrise toujours ici avec souplesse le rythme fougueux de ses phrases comme de ses chapitres, et ne recule jamais devant une occasion de soumettre sa Marianne au scalpel de son humour doucement cruel.Ses nombreuses réflexions sur le salvateur exercice de l\u2019écriture de soi, ainsi que sur le pouvoir de la littérature en général, réjouissent aussi, sur tout dans le contexte d\u2019un roman qui semble vouloir s\u2019adresser à un vaste lectorat.Le portrait qu\u2019elle dresse de la vie sexuelle des filles dans la vingtaine, qui ne jouiront peut-être, un jour, que si leurs partenaires finissent par s\u2019en soucier, ne peut cependant que troubler (ou renvoyer les hommes qui liront le roman à leur propre égocentrisme).Refuser momentanément l\u2019impératif social de la sexualité n\u2019entraîne pas la mor t, rappelle au final la romancière.Vous savez, cette vieil le maxime voulant qu\u2019il faille d\u2019abord savoir s\u2019aimer avant d\u2019aimer quelqu\u2019un d\u2019autre ?Marie Demers souscrit avec grâce à cette idée lorsqu\u2019elle célèbre cette « solitude tellement habitée » à laquelle lui permet d\u2019accéder l\u2019écriture.Inutile d\u2019ajouter que c\u2019est cette même solitude qui permettra sans doute bientôt à sa narratrice de réellement accéder au monde.Collaborateur Le Devoir LES DÉSORDRES AMOUREUX ?Marie Demers Hurtubise Montréal, 2017, 256 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 7 D E P U I S 1 9 6 6 L\u2019art de plaire parchemin.ca Berri-UQAM *Rabais à l\u2019achat de trois livres à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement.Non applicable sur les livres scolaires et d\u2019informatique.% 10 de rabais* sur le premier livre % 20 de rabais* sur le troisième livre % 15 de rabais* sur le deuxième livre PROMOTION à l\u2019achat de 3 livres Du 11 au 26 novembre 2017 écosociété au salon du livre de Montréal stand 533 \u2014 Dimedia 25 ans d\u2019édition indépendante ecosociete.org Vendredi 17 novembre, 19?h Identité et nation au Québec?\u2013 Comment penser l\u2019avenir?Comment parler d\u2019identité québécoise aujourd\u2019hui ?Discussion sur le colonialisme, le nationalisme et le féminisme entre Alexa Conradi, Naomi Fontaine et Eric Martin.L\u2019Agora Dimanche 19 novembre, 13?h Connaissez-vous vraiment l\u2019histoire du Plateau Mont-Royal?Bernard Vallée et Yves Desjardins vous emmènent dans l\u2019histoire méconnue du Plateau.Animé par Jean-François Nadeau (invité d\u2019honneur).La Grande Place Auteur.es en dédicaces Jonathan Durand Folco À nous la ville?! Alain Deneault De quoi Total est-elle la somme?Eric Martin Un pays en commun Justin Bur, Yves Desjardins, Jean-Claude Robert, Bernard Vallée, Joshua Wolfe Dictionnaire historique du Plateau-Mont-Royal Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé Acceptabilité sociale?: sans oui, c\u2019est non Jean-Claude St-Onge L\u2019imposture néolibérale Dimitri Roussopoulos L\u2019écologie politque Dominique Boisvert Nonviolence Thierry Pardo Une éducation sans école Serge Mongeau De parole et d\u2019action cultiver les savoirs, ouvrir les possibles Retrouver les horaires de dédicaces sur notre site web?: ecosociete.org FICTION QUÉBÉCOISE Marie Demers et l\u2019exercice salvateur de l\u2019écriture de soi Les désordres amoureux ausculte l\u2019errance d\u2019un personnage sous le joug d\u2019un léger problème d\u2019alcool PEDRO RUIZ LE DEVOIR Marie Demers maîtrise ici avec souplesse le rythme fougueux de ses phrases comme de ses chapitres.C H R I S T I A N D E S M E U L E S P ortée par la marée du souvenir qui monte en elle, une « Fille » s\u2019exprime afin de visiter la mémoire de sa mère et de la faire sienne à l\u2019issue d\u2019un travail de remémoration à la chronologie floue, de visions qui surgissent pêle-mêle et d\u2019envolées poétiques.Quatorzième enfant de la famille, petite dernière née dans l\u2019Ouest canadien, la mère de la « narratrice-écrivaine » a été envoyée très vite près de Ma- tane, dans le Bas-du-Fleuve, « sur L\u2019île », pour y vivre avec ses grands-parents.Ses souvenirs semblent se cristalliser autour du cri lancé par une voisine sourde qui appelait ses enfants à l\u2019heure du souper.Nourrie des légendes familiales surgies des années 1930 et 1940, d\u2019épisodes du temps « de l\u2019exode des Gaspésiens », par les racontars de son grand- père barbier qui avait vécu à Boston et des r u- meurs de sous-marins allemands sillonnant les côtes de la Gaspé- sie lors de la Seconde Guerre mondiale, la Fille accumule les tentatives de faire revivre ce passé évanoui.Porté par l\u2019écriture plutôt que par le récit, Le cri de la sourde de Sylvie Nicolas, surtout traductrice et poète (À quatre doigts d\u2019Edward Stachura, Les variations Burroughs), met ainsi bout à bout les histoires pleines de trous d\u2019une narratrice-écri- vaine qui se tutoie tout au long du roman et déploie une sorte de quête des origines.Sachant bien sûr que « les paroles restées en dormance possèdent un élan clandestin assez puissant pour forer le chemin de leur résurgence ».C\u2019est aussi une tentative livresque de s\u2019approprier un lieu et un droit de parole: «Tu n\u2019as pas encore conscience que la souf france du monde trouvera ancrage en toi, qu\u2019elle s\u2019y fraiera un sentier accidenté que tu remonteras inexorablement, toi, fille, femme, mère, éternelle itinérante ; non, tu ne sais pas que les mots, égarés, perdus, tendus entre ciel et terre, constitueront le chemin te permettant de te rapprocher d\u2019un territoire d\u2019appartenance.» Entre l\u2019invention et la méditation, « entre le fleuve et les oiseaux » , Le cri de la sourde forme un magma narratif qui se complaît dans le maniérisme cérémonieux et les res- sassements extatiques.Les jolies phrases et les envolées s\u2019y succèdent sans vraiment former de récit.À travers des réflexions sur le souvenir et l\u2019oubli, « dans le maintenant du toujours » et le rythme des marées du fleuve Saint-Laurent, Sylvie Nicolas y accumule les « fragments épars de l\u2019histoire des Surli- lois ».Un peu indigeste.Collaborateur Le Devoir LE CRI DE LA SOURDE ?Sylvie Nicolas Druide Montréal, 2017, 272 pages FICTION QUÉBÉCOISE Entre fleuve et petits oiseaux Sylvie Nicolas ressuscite les fragments d\u2019une histoire familiale décousue RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR L\u2019œuvre de Sylvie Nicolas, surtout traductrice et poète, est portée par l\u2019écriture plutôt que par le récit. SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 2017 15 AU 20 NOVEMBRE SÉANCES DE DÉDICACES LEMÉAC ÉDITEUR STAND 132 Mercredi de 14 h à 15 h Vendredi de 12 h 30 à 13 h 30 Samedi de 11 h à 12 h PATRICK ISABELLE Lui Roman jeunesse © J u l i e D u r o c h e r Vendredi de 19 h à 20 h Samedi de 14 h à 15 h GABRIEL ALLAIRE Pas de géants Roman © A u d r é e S c h n e i d e r Vendredi de 18 h à 19 h Dimanche de 13 h à 14 h MATHIEU BÉLISLE Bienvenue au pays de la vie ordinaire Essai © D .R .Vendredi de 18 h à 19 h Dimanche de 11 h à 12 h ANDRÉ DUCHARME La tête sur la table Roman © M a r i o D a v i g n o n Vendredi de 19 h à 20 h Samedi de 11 h à 12 h JULY GIGUÈRE Et nous ne parlerons plus d\u2019hier Roman © O l i v i e r A r s e n a u l t Vendredi de 17 h à 18 h Samedi de 11 h à 12 h PATRICIA GODBOUT Bleu bison Roman © D a n i e l D e s r o c h e s Vendredi de 18 h à 19 h Dimanche de 16 h à 17 h AUDREY LEMIEUX L\u2019ossuaire Roman © G u i l l a u m e L a r r a y Vendredi de 17 h à 18 h Dimanche de 13 h à 14 h ANDRÉ PRONOVOST Kerouac et Presley Récit © M i k e B l a n c h e t t e Samedi de 16 h à 17 h MICHAEL DRAPER Le 489 Roman © M i c h e l G u e r t i n Samedi de 16 h à 17 h Dimanche de 16 h à 17 h JEAN-FRANÇOIS BEAUCHEMIN J\u2019attends Joséphine Roman © M a n o n D e s R u i s s e a u x Samedi de 16 h à 17 h Dimanche de 13 h à 14 h JEAN BÉDARD Journal d\u2019un réfugié de campagne Essai © C é l i n e F e r n b a c h Samedi de 13 h à 14 h Dimanche de 13 h à 14 h BIZ La chaleur des mammifères Roman © J e a n - Y v e s F r é c h e t t e Samedi de 14 h à 15 h MATHIEU BLAIS (Sainte-Famille) Roman © M a g e n t a S t u d i o Samedi de 16 h à 17 h ANNA RAYMONDE GAZAILLE Jours de haine Roman © M i s h o P h o t o Samedi de 15 h à 16 h Dimanche de 14 h à 15 h AKI SHIMAZAKI Fuki-no-tô Roman © D .R .Samedi de 13 h à 14 h Dimanche de 16 h à 17 h JEAN PARÉ Pièces d\u2019identité Essai © U n i v e r s i t é d e S h e r b r o o k e - M a r t i n B l a c h e Samedi de 15 h à 16 h ANDRÉ HAMEL Mourir d\u2019oubli Chroniques de la grand\u2019rue et des alentours Roman © S t é p h a n e D a o u s t Samedi de 14 h à 15 h Dimanche de 15 h à 16 h MARILYSE HAMELIN Maternité, la face cachée du sexisme Plaidoyer pour l\u2019égalité parentale Essai © P h i l i p p e B o i s v e r t Dimanche de 16 h à 17 h MARTIN GAGNÉ Tu ne tueras plus ! Catéchiser les Allemands après le nazisme Essai © A b i g a ë l l e R i c h a r d Dimanche de 17 h 15 à 18 h DAVID HOMEL La fille qui parlait à la lune Roman Dimanche de 15 h à 16 h CATHERINE LÉGER Filles en liberté Théâtre © D o m i n i q u e L a f o n d Dimanche de 14 h à 15 h MARIE-HÉLÈNE LAROSE - TRUCHON Minuit Théâtre © F r a n ç o i s T r u c h o n Dimanche de 15 h à 16 h PASCALE NAVARRO Femmes et pouvoir : les changements nécessaires Plaidoyer pour la parité Essai © L o u i s e S a v o i e Dimanche de 14 h à 15 h NATHALIE BOISVERT Antigone au printemps Théâtre © M a r i l i L e v a c Jeudi de 14 h à 17 h 30 Vendredi de 14 h à 17 h 30 et de 19 h à 21 h Samedi de 14 h à 17 h 30 et de 19 h à 21 h Dimanche de 14 h à 17 h 30 MICHEL TREMBLAY Le peintre d\u2019aquarelles Roman © L a u r e n t T h e i l l e t Vendredi de 19 h à 20 h Samedi de 13 h à 14 h JOHANNE FOURNIER Tout doit partir Récit © M a t h i e u S a v o i e Vendredi de 19 h à 20 h Samedi de 12 h à 13 h et de 14 h à 15 h Dimanche de 14 h à 15 h AUDRÉE WILHELMY Le corps des bêtes Roman © J e a n - F r a n ç o i s P a g a / G r a s s e t Vendredi de 11 h 30 à 13 h Samedi de 11 h à 12 h JONATHAN BÉCOTTE Souffler dans la cassette Roman jeunesse © G u i l l a u m e B e l l Vendredi de 17 h à 18 h Samedi de 13 h à 14 h MARIE-PASCALE HUGLO Montréal-Mirabel Lignes de séparation Récit © M a r t i n e D o y o n Vendredi de 17 h à 18 h Dimanche de 15 h à 16 h JULIE BOSMAN Nous sommes bien seules Nouvelles © L u c Q u e r r y Samedi de 15 h à 16 h Dimanche de 11 h à 12 h MICHEL CORMIER Les révolutions inachevées Essai © A n n e B e r n i e r Samedi de 12 h à 13 h SÉBASTIEN DAVID Dimanche napalm Théâtre © J u l i e A r t a c h o Mercredi de 11 h à 12 h Samedi de 15 h à 16 h SIMON BOULERICE L\u2019enfant mascara Roman jeunesse © M a x i m e L e d u c L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 10 M A N O N D U M A I S C ampé en trois espaces- temps, Le saint patron des merveilles, roman ludique à souhait de Mark Frutkin, transporte le lecteur dans une Italie fantasmée et fantastique où se côtoient religieux et mécréants, belles duchesses et prêtres torturés, jeunes amoureux et vieux filous.Dans un premier temps, l\u2019auteur américain naturalisé canadien met en scène don Fa- brizio Cambiati, prêtre amateur d\u2019astronomie et d\u2019alchimie, et Omero, son valet qui ne pense qu\u2019à boire et à manger, au moment où un événement extraordinaire survient à Crémone, en 1682 : «Près de l\u2019horizon, la tête de la comète brillait d\u2019un blanc argenté, sa queue composée d\u2019un brouillard de plumes luminescentes, comme si quelqu\u2019un avait enflammé une colombe et l\u2019avait lancée par-dessus les remparts.» Dans un deuxième temps, le romancier demeure à Crémone mais se déplace en 1758, où il s\u2019intéresse au destin de monsignor Michele Archenti, avocat du diable enquêtant sur Cambiati, que les Crémonais souhaitent faire canoniser.À cette fin, il devra passer en revue tous les récits, tous plus farfelus et incroyables les uns que les autres, le concernant.« De temps à autre, lorsque la foule d\u2019enfants se faisait trop insistante et fatiguée d\u2019attendre, Omero nouait sa corde autour de la cheville de don Fabrizio et tous deux déambulaient jusqu\u2019au bout de la rue puis revenaient.Les enfants couraient et sautaient derrière, riant et applaudissant pendant qu\u2019Omero marchait avec un air renfrogné.» Outre le spectre de Cam- biati hantant le récit campé en 1758, deux figures importantes évoluent dans les deux histoires que séparent 76 années : Rodolfo, l\u2019Homme des roseaux, qui traîne sur son dos le squelette de son frère qu\u2019il a assassiné, et Maria Andrea, duchesse de Crémone, qui a bien connu Cambiati.En rencontrant cette dernière, Archenti en perdra presque ses moyens : «Son visage desséché était si profondément ridé qu\u2019il avait l\u2019air d\u2019avoir été coupé au couteau.Malgré son âge et ses infirmités, elle avait des manières aristocratiques.» Refusant de lui dévoiler ses secrets, la duchesse nonagénaire lui enverra son arrière- petite-fille, Elettra, pour le distraire.Et une fois de plus apparaît dans le ciel une comète.Dans un troisième temps, et dans un style excessif détonnant désagréablement avec celui des deux autres récits, Mark Frutkin fait entrer en scène les personnages de la commedia dell \u2019ar te dans une féroce comédie où, à l\u2019instar du récit se déroulant aux XVIIe siècle, un violon rend fou d\u2019amour.Puisant son inspiration dans l \u2019 imager ie r e l ig ieuse des fresques de la Renaissance italienne, dans les personnages frivoles du Décaméron de Boccacce et dans les thèmes grivois de la commedia dell\u2019arte, Frutkin livre une œu- vre aussi foisonnante qu\u2019étourdissante dans laquelle il s\u2019amuse des prétentions de l\u2019être humain, de ses désirs les plus nobles comme les plus honteux, des mystères de la foi, des plaisirs de la chair et des feux de l\u2019amour.D\u2019une luxuriance qui force l\u2019admiration, Le saint patron des merveilles passe d\u2019un lieu à l\u2019autre, d\u2019une époque à l\u2019autre et d\u2019un personnage à l\u2019autre en multipliant allègrement les effets de miroir, les variations sur un même thème, opposant avec le même bonheur le sublime et le grotesque, l\u2019ordre et le chaos.Imitant la logique implacable du cycle de la vie, le roman célèbre sans retenue le triomphe du cœur sur l\u2019esprit, de la passion sur la raison.Collaboratrice Le Devoir LE SAINT PATRON DES MERVEILLES ?1/2 Mark Frutkin Traduit de l\u2019anglais par Catherine Leroux Alto Montréal, 2017, 394 pages FICTION CANADIENNE Passions illicites dans une Italie fantasmée Mark Frutkin signe un roman ludique à la luxuriance qui force l\u2019admiration M A N O N D U M A I S «O n n\u2019est plus dans les années soixante, Monsieur Sweetland.On n\u2019impose pas ce déménagement à votre village.Nous paierons pour la réinstallation des résidents, pour satisfaire à leurs exigences.Mais nous ne prendrons pas la responsabilité de laisser un fou furieux seul au milieu de l\u2019Atlantique après leur départ », lance un représentant du gouvernement à Moses Sweet- land, pêcheur de la petite île de Sweetland, au large de Terre-Neuve, qui refuse de quitter ce coin de pays fondé par ses ancêtres suédois, les Swietlund.N\u2019ayant pour seule famille que sa nièce Clara et son neveu de 12 ans, Jesse, que l\u2019on devine autiste, le vieux Moses n\u2019est pas le seul à refuser cette décision du gouvernement de reloger tous les habitants de Sweetland.Il y a aussi Loveless, risée du village, et Queenie, qui n\u2019a pas mis le nez dehors depuis les années 1970.Or, le premier changera bientôt d\u2019idée et la seconde quittera sa maison les deux pieds devant comme elle le souhaitait.De nature solitaire, le sep- tuagénair e se souc ie peu d\u2019être la dernière âme qui vive à Sweetland.À l\u2019instar du climat rigoureux et de la mer capricieuse, que le romancier Michael Crummey, originaire de Terre-Neuve, décrit sans complaisance en y insuf flant une atmosphère tempétueuse digne d\u2019un roman gothique, l\u2019entourage se fera de plus en plus hostile envers le vieil homme opiniâtre.« Sweetland jeta un coup d\u2019œil sur l\u2019homme installé dans le fauteuil de barbier.Il savait très bien ce qu\u2019il pensait de la situation, mais Duke Fewer était la seule personne dans l\u2019île qui n\u2019avait jamais cherché à l\u2019influencer de quelque manière.Sweetland avait l\u2019impression que le salon de coiffure était le seul havre de paix qui lui restait.» Une île, une âme Devant souten i r l es r e - gards indignés des insulaires, Moses reçoit aussi des lettres de menaces anonymes truffées de grossières fautes d\u2019orthographe, puis découvre des signes haineux de l \u2019agacement du voisinage.Malgré cela, Moses ne démord pas de son idée et même lorsque la tragédie frappe peu avant le dépar t de tous les habitants, il se cache jusqu\u2019à ce que le dernier transbordeur ait quitté Sweetland pour le continent.Au-delà du drame vécu à Toronto lorsqu\u2019il était jeune, ce refus de quitter Sweetland traduit chez Moses un profond attachement aux traditions, à la famille, à la mer.Homme de peu de mots , Moses n\u2019a jamais su exprimer ses sentiments pour qui que ce soit.En demeurant seul sur l \u2019 î le, le vieux pêcheur erre dans une atmosphère de fin du monde où il croise les fantômes des êtres aimés, parmi lesquels son frère Hollis, mort noyé à 18 ans.S\u2019il of fre une carte postale de Terre-Neuve qui ferait rebrousser chemin au plus téméraire des touristes, Michael Crummey (Les voleurs de rivière, Du ventre de la baleine) dépeint avec force détails pittoresques et un humour cruel une faune singulière ayant évolué en marge du continent et du temps.À travers sa description d\u2019une société doucement à l\u2019agonie, où chacun accepte son sort avec résignation, se devine une sincère tendresse teintée d\u2019exaspération, laquelle trouve son écho dans celle qu\u2019éprouve Moses pour son neveu marginalisé par tous.Alors que Moses af fronte son dur destin, le romancier précipite celui-ci dans un vortex de souvenirs, de délires hallucinatoires et de cauchemars, d\u2019où émergent les morts et les vivants, transformant Sweetland en une œuvre d\u2019un romantisme noir, laquelle évoque Emily Brontë et Anne Hébert, doublée d\u2019un puissant requiem pour un mode de vie bientôt disparu.Collaboratrice Le Devoir SWEETLAND ?Michael Crummey Traduit de l\u2019anglais par Éric Fontaine Leméac Montréal, 2017, 390 pages FICTION CANADIENNE Un vieux loup de mer au cœur d\u2019un environnement gothique Michael Crummey traite du déclin des Maritimes dans un roman d\u2019une beauté brute Au Salon du livre de Montréal et en ligne | www.presses.uottawa.ca SANDRA RUSSELL Mark Frutkin fait entrer en scène les personnages de la commedia dell\u2019arte dans une féroce comédie.CHRIS MINER Le romancier Michael Crummey décrit sans complaisance le climat rigoureux et la mer capricieuse de sa Terre-Neuve natale.« Il fit sa promenade du soir avant la tombée de la nuit.Il sentit la morsure du froid, même si la première semaine de juin était déjà entamée.Le vent commençait à tomber avec le coucher du soleil.Il s\u2019avança jusqu\u2019à la tête de son cha- faud sur le littoral avant de poursuivre sa route jusqu\u2019à la cloche métallique du vieil incinérateur sur le promontoire.À des kilomètres au large, il voyait un porte-conteneurs naviguant vers la haute mer, ses lumières tout juste visibles au crépuscule.On aurait dit une ville de taille moyenne à l\u2019horizon, dérivant vers l\u2019est.» Extrait de Sweetland L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 11 © G e n e v i è v e D e s p r é s Rencontres d\u2019auteurs Salon du livre de Montréal 15 au 20 novembre 2017 Place Bonaventure France Boisvert Professeur de paragraphe Mercredi 15, 17 à 19 h Samedi 18, 16 à 17 h Dimanche 19, 13 à 15 h John Calabro Un homme imparfait Samedi 18, 13 à 15 h Danielle Dubé Ciel de Ky?to Vendredi 17, 15 à 16 h Samedi 18, 15 à 16 h Dimanche 19, 11 à 13 h Louis-Philipe Hébert Un homme discret Jeudi 16, 18 à 19 h Vendredi 17, 18 à 19 h Dimanche 19, 16 à 17 h Sergio Kokis L\u2019âme des marionnettes Vendredi 17, 19 à 21 h Samedi 18, 17 à 19 h Dimanche 19, 15 à 16 h Claudine Potvin Le sexe de Fidel Jeudi 16, 17 à 18 h Vendredi 17, 16 à 17 h Samedi 18, 11 à 13 h Hélène Rioux Un homme imparfait Vendredi 17, 17 à 18 h Véritable succès de librairie depuis une décennie, et aujourd\u2019hui revu et augmenté, cet album colossal nous fait revivre plus de 100 ans de notre histoire.UNE HISTOIRE DU QUÉBEC EN PHOTOS C\u2019est notre histoire ! J e confesse un préjugé favorable envers Joyce Maynard.Cette jeune surdouée des lettres, qui, à 18 ans, fit la une du New York Times Magazine, s\u2019est largement construite, comme écrivaine, en dévissant quelques boulons du socle d\u2019un des plus puissants mythes de la l i ttérature étasunienne, J.D.Salinger, ermite, bouddhiste, végétarien et amateur de chair fraîche, mythe assis, au demeurant, sur une œuvre plutôt mince et probablement surévaluée.N\u2019ayant jamais lu les quelques romans que Maynard, qui a aussi abondamment écrit pour les médias, a disséminés au fil de quatre décennies, je ne suis pas en mesure de me prononcer sur sa fiction.Mais les deux ouvrages autobiographiques où elle a consigné, avec un art de mémorialiste assez admirable, l\u2019implacable vérité de l\u2019amour et de la mort à travers le récit de deux expériences décisives survenues à 40 ans de distance ont été pour moi des lectures importantes.Le premier, Et devant moi, le monde (Philippe Rey, 2011), racontait la liaison sulfureuse de cette « petite fille qui aimait trop les allumeurs » avec Jerry Salinger, l\u2019auteur de L\u2019at- trape-cœurs.À l\u2019heure de régler ses comptes avec le monstre sacré, Maynard montait seule au front.Ça se passait bien avant #MeToo et la saison de la chasse aux matous.« Mes parents m\u2019ont encouragée à enregistrer les moindres détails de ce qui m\u2019entourait avec une oreille et un œil de repor ter, s\u2019y rappelait-elle.Que cela me plaise ou non, toute ma vie j\u2019ai pris mentalement des notes.» Pour notre plus grand bien de lecteurs.Le second récit, Un jour, tu raconteras cette histoire (Philippe Rey, 2017, traduit de l\u2019américain par Florence Lévy-Paoloni), relate son second mariage, à l\u2019âge de 59 ans, avec « le premier vrai compagnon de [sa] vie», puis la maladie et l\u2019agonie de ce dernier, terrassé par un cancer en l\u2019espace de deux petites années.Et c\u2019est un livre terrifiant.Maynard nous offre elle-même, dès le prologue, l\u2019éloquent synopsis de son dernier ouvrage.«Nous allions connaître, à la soixantaine, l\u2019amour auquel nous aspirions dans notre jeunesse.[\u2026] Quelle chance de vous être trouvés, se réjouissait notre entourage.Peu après notre premier anniversaire de mariage, on diagnostiqua à mon mari un cancer du pancréas.Dix-neuf mois plus tard, après avoir partagé une lutte qui dévorait nos vies, bien que de façon dif férente, j\u2019étais allongée à ses côtés quand il rendit son dernier soupir.» C\u2019est la vie.Le reste appartient à la littérature.« Comment décrire le moment où son univers s\u2019effondre?» Aucun suspense, ici.On est devant la fin annoncée, déjà fascinés par l\u2019approche de cette mort certaine, son atroce banalité.A-t-on alors vraiment envie d\u2019aller plus loin, de jouir d\u2019un poste d\u2019observation si privilégié ?De nous retrouver, à des lieues de toute une littérature thérapeutico-populaire du style « Comment j\u2019ai vaincu mon lymphome hodgkinien métastasé grâce aux plantes médicinales du bassin de l\u2019Amazonie », là, dans ce bureau de médecin avec Jim et Joyce, obligés de vivre avec eux cette scène que des milliers de personnes ont vécue et vivent chaque jour et vont continuer de vivre, pour la plupart, en l\u2019absence de toute possibilité de s\u2019échapper dans la survie factice du témoignage des mots ?Veut-on vraiment se mettre dans la peau de l\u2019homme à qui un spécialiste annonce : «Seule une endoscopie pourra le confirmer, mais il semble à peu près certain que vous avez une tumeur au pancréas» ?Avant d\u2019ajouter, en donnant l\u2019impression de retenir ses larmes, une main posée sur l\u2019épaule de l\u2019homme : « Je suis vraiment désolé.Mon père en est mort.» Et puis, de se mettre dans la peau de la femme de cet homme-là ?Chimio et compagnie.On voudrait y penser le moins possible, croire que ça n\u2019arrive qu\u2019aux autres, encore, toujours.On sait que ça existe, mais de là à y consacrer la petite heure de lecture qui vous permet, entre les enfants à coucher et la série télévisée, de vous évader enfin de la rude journée ?Une forme d\u2019obscure superstition semble soudain nous gouverner, comme si la pince du crabe allait jaillir de la page pour nous éveiller de ce rêve toujours menacé qu\u2019est une existence en bonne santé.On pourrait refermer le livre.On ne le fait pas.Étrange pouvoir que celui des mots.«Dix minutes plus tôt, je parlais de l\u2019immatriculation de ma voiture et de la couleur [des] bardeaux de notre maison.À présent, la pièce se refermait sur moi.[\u2026] tout était dif fé- rent, la vie que nous connaissions s\u2019était envolée dans la minute qu\u2019il avait fallu à un homme que nous n\u2019avions jamais vu pour prononcer cette unique phrase.» « Nous étions, dit-elle plus loin, les passagers du Titanic, [\u2026] espérant tous monter dans un canot de sauvetage.» Entre douleur et lueur d\u2019espoir \u2014 cette intuable espérance du condamné qui le pousse à combattre statistiques et cellules récidivistes à l\u2019aide de protocoles de recherche toujours plus prometteurs et hors de prix et sur le point d\u2019être homologués, sans compter les remèdes de grand-mère Nature, tels ces excréments d\u2019individus sains injectés à la manière de suppositoires, ou bien, littéralement, manger de la terre pour se requinquer la flore microbienne \u2014, mais tenant à distance aussi bien le témoignage personnel dans ce qu\u2019il peut avoir de plus complaisant et pathétique que le manuel de pensée positive à deux sous, ce livre nous entraîne surtout, et avant tout, à travers l\u2019assommante souffrance dont délivre Miss Morphine ouvrant les bras, dans la grande aventure du sens de la vie.« Il a fallu l\u2019annonce de sa maladie, suivie de la terrible bataille que nous avons menée ensemble, pour que je perçoive ce que signifie former un couple \u2014 être une vraie compagne et avoir un compagnon.Je n\u2019ai compris tout le sens du mariage que lorsque le mien était sur le point de s\u2019achever.J\u2019ai découver t ce qu\u2019était l\u2019amour quand le mien quittait le monde.» La marche du crabe LOUIS HAMELIN ALBERTO E.RODRIGUEZ GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Joyce Maynard et Jim Barringer, en des temps plus heureux, à une première de film, en 2013 C H R I S T I A N D E S M E U L E S «Q uand les hommes veulent vraiment dire quelque chose, ils n\u2019emploient pas des mots de quatorze lettres » , rappelle Charles Bu- kowski (1920-1994) au critique John William Corrington le 1er mai 1963.Comme beaucoup d\u2019écrivains, l\u2019auteur des Contes de la folie ordinaire, de Women et de L\u2019amour est un chien de l\u2019enfer avait des opinions tranchées quand il était question du métier.C\u2019est ainsi qu\u2019en dépouillant il y a quelques années des milliers de pages de correspondance inédite de l\u2019écrivain américain, Abel Debritto a eu l\u2019idée d\u2019en isoler les passages \u2014 nombreux, éclairants \u2014 dans lesquels l\u2019auteur y parle d\u2019écriture.Le résultat?Sur l\u2019écriture, qui rassemble des extraits de plusieurs dizaines de lettres écrites par Bukowski de 1945 à 1993.Des lettres à ses éditeurs, à des revues, à des amis ou à des écrivains qu\u2019il admirait (Henry Miller ou John Fante, par exemple).Des lettres nourries de poésie et de frénésie alcoolique, écrites à la main ou à la machine.On connaît l\u2019anecdote.À un inconnu qui lui demandait un jour comment un «vieux dégueulasse » comme lui s\u2019y prenait pour séduire toutes ces jolies femmes: «Mon Dieu, comment faites-vous?\u2014 Je tape, j\u2019ai dit.\u2014 Vous tapez?\u2014 Oui, dix-huit mots à la minute en moyenne.» Bukowski y est irréductible et récalcitrant, intense et spontané, semblant toujours tituber entre l\u2019humour et l\u2019amertume.Inutile de le prier pour connaître ses divinités littéraires, à ce chapitre il est généreux et devance vos désirs : Dostoïevski, Céline, Hemingway, Tourgue- niev, Kafka, Hamsun (« tout Hamsun ») et John Fante.Il a lu, il lit, même s\u2019il se flatte parfois du contraire : « J\u2019aime ma bedaine d\u2019ignorance barbouillée de beurre».Il arrive que des correspondants bénis reçoivent ses lettres assorties d\u2019amusants gribouillages à l\u2019encre de Chine.Petits bonshommes picoleurs ou fumeurs (souvent les deux), autopor traits à la Rober t Crumb, qui carburent à l\u2019auto- dérision et à la provocation \u2014 comme une grande partie de son œuvre \u2014, illuminaient parfois la feuille de papier.Mal engueulé, parfois malpropre (gribouillis, majuscules, orthographe alternative), rarement à jeun devant son clavier, entre deux «histoires obscènes et immorales » Bukowski ne s\u2019éloigne jamais vraiment de sa légende.Mais on y trouve un écrivain à cœur ouvert, qui dépose ses tripes sur la table entre des livres et quelques canettes vides, ivre de « tous les boulots atroces, toutes les femmes épouvantables».Sa haine de « l\u2019humanité tout entière », son allergie violente aux écrivains donneurs de leçons et d\u2019ateliers y sont des constantes.«Ma conception de l\u2019écrivain, c\u2019est quelqu\u2019un qui écrit.Qui s\u2019assoit devant sa machine à écrire et noircit du papier.Ça devrait être la base.Ne pas dire aux autres comment s\u2019y prendre, ne pas garnir les rangs des séminaires, ne pas lire devant des foules déchaînées.Pourquoi les gens sont-ils aussi extravertis?» (Mars 1982) Dix ans plus tôt, il ne disait pas autre chose: «Je pense parfois que se prendre au sérieux, c\u2019est se retrouver pris à son propre piège.» (24 décembre 1972) Même si ses poèmes semblent noyés dans l\u2019abondance \u2014 il les envoie à mesure à son éditeur, perd vite le compte \u2014, il s\u2019y accroche : « Ils ont été écrits avec mon sang.Ils sont le fruit de la peur, des bravades, de la folie, et du fait de ne pas savoir quoi faire d\u2019autre.Ils ont été écrits pendant que les murs se dressaient, pour retenir l\u2019ennemi.Ils ont été écrits tandis que les murs s\u2019écroulaient et que l\u2019ennemi s\u2019introduisait chez moi pour m\u2019attraper et m\u2019informer de l\u2019atrocité sacrée de mon haleine.» (11 janvier 1970) Une mise en garde au lecteur.La traduction tient ici parfois plus de l\u2019adaptation que de la restitution fidèle.On comprend mal, en 2017, d\u2019où vient le besoin d\u2019ajouter une couche de glaire à l\u2019écriture du Cali- fornien.Le papier 8 1/2 x 11 sur lequel il tape à la machine devient du A4, un verbe aussi simple qu\u2019écrire (« writing ») se mue en « torcher ».Avoir faim («hungry ») ne suffit pas : il faut «avoir les crocs ».Des lettres qui nous promènent entre l\u2019intime, l\u2019attendrissant et le pathétique.Mais on peut ne pas aimer cet ours mal léché, remarquez, lui qui écrivait en 1967 que « lorsque l\u2019amour devient une obligation, la haine devient un plaisir\u2026» Collaborateur Le Devoir SUR L\u2019ÉCRITURE ?1/2 Charles Bukowski Traduit de l\u2019anglais (États- Unis) par Romain Monnery Au diable vauvert Paris, 2017, 320 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 12 LA VITRINE FICTION FRANÇAISE MINUIT : PREMIERS ROMANS ?1/2 Patrick Deville Seuil, coll.«Points » Paris, 2017, 560 pages À la faveur de couples désordonnés, d\u2019histoires d\u2019amour compliquées, de personnages fabulateurs aux noms improbables, de cavales transatlantiques et de fausses filatures, Patrick Deville a fait ses premières armes sur les traces de Beckett et d\u2019Echenoz.Cordon-bleu, Longue vue, Le feu d\u2019artifice, La femme parfaite et Ces deux-là, romans parus aux Éditions de Minuit entre 1987 et 2000, portent tous la marque de l\u2019invention et d\u2019une fantaisie mélancolique.Si l\u2019auteur de Peste et choléra (Seuil, prix Femina 2012), écrivain au long cours, lecteur d\u2019atlas et ancien diplomate né en 1957, a depuis changé d\u2019éditeur et de manière, pratiquant aujourd\u2019hui avec bonheur une forme de non-fiction littéraire plutôt unique dans le monde francophone, Minuit : premiers romans porte en germe toutes les lubies de ce styliste résolument hors norme.Christian Desmeules FICTION FRANÇAISE LA NUIT DES ENFANTS QUI DANSENT ?1/2 Franck Pavloff Albin Michel Paris, 2017, 280 pages Franck Pavloff est l\u2019auteur d\u2019une œuvre prolifique dont le texte le plus marquant est une nouvelle, Matin brun, qui abordait le totalitarisme, l\u2019oubli et le devoir de mémoire.Ces thèmes refont surface dans son dernier roman, La nuit des enfants qui dansent, où trois personnages, Zâl et Téa, jeunes funambules idéalistes, et Andras, homme bourru et passéiste, gagnent ensemble Budapest, « la ville des métamorphoses ».Avec en toile de fond l\u2019arrivée croissante de migrants, la montée de mouvements néonazis et le festival de Sziget, le trio développe une amitié fertile en débats, où les plus jeunes tentent de montrer au cynique Andras « que la continuité n\u2019est pas que le calque du passé ».Le roman a plusieurs qualités, mais le narrateur \u2014 omniscient \u2014 et le personnage d\u2019Andras tirent constamment le récit en arrière, ramené à l\u2019Histoire, et ces apartés ne s\u2019emboîtent pas avec naturel, conférant plutôt un ton didactique à l\u2019ensemble.Entre un avenir de fil de fer et un passé d\u2019horreurs, Pavloff règle des comptes avant de nous raconter une histoire, et c\u2019est dommage.Yannick Marcoux JEUNESSE VILLE BLEUE VILLE JAUNE ?1/2 Ljerka Rebrovic Alice jeunesse Bruxelles, 2017, 32 pages D\u2019un côté, il y a la Ville bleue, de l\u2019autre, la jaune, et entre les deux, un « pont de bois [qui] enjambe la rivière pour réunir les deux rives ».Avec le temps, le pont s\u2019use et les habitants des deux patelins entreprennent de le restaurer.Mais de quelle couleur sera-t-il repeint ?Les enfants proposent un retapage irisé alors que les adultes veulent de l\u2019uniformité.Bleu, selon les habitants de la ville azur et jaune, selon les autres.Il n\u2019en faudra pas plus pour que la bisbille s\u2019installe.Si le texte tout simple permet de saisir l\u2019étendue du conflit, de comprendre qu\u2019il prend racine bien au-delà de cette fiction et trouve un écho dans le réel de plusieurs contrées, dans les universelles chicanes de clôtures, les illustrations pleine page d\u2019Ivana Pipal doublent avec finesse cette approche.La candeur du trait laisse entrevoir des personnages aux traits similaires, des décors aussi semblables dans l\u2019un et l\u2019autre des villages, distincts uniquement par la couleur.L\u2019insipidité de la querelle est ainsi renforcée par l\u2019image, qui donne à voir le ridicule du litige.Marie Fradette ENQUÊTE UN FANTÔME AMÉRICAIN ?Hannah Nordhaus Traduit de l\u2019anglais par Sibylle Gimbert et Florent Georgesco Plein jour Paris, 2017, 386 pages C\u2019est à un voyage fascinant entre l\u2019Allemagne et les États- Unis, entre la grande histoire et la trajectoire familiale, que Hannah Nordhaus convie ses lecteurs en les amenant sur les traces de Julia Staab, le plus célèbre des fantômes américains, dont elle est l\u2019arrière-arrière-petite-fille.Morte mystérieusement au temps du Far West, l\u2019ancêtre hanterait une vieille maison de Santa Fe aujourd\u2019hui transformée en hôtel de luxe.La romancière journaliste donne à sa quête de vérité, magnifiquement écrite, reposant sur une enquête solide et acharnée, les tonalités d\u2019un récit d\u2019aventures où se croisent la naissance du capitalisme américain, la fuite des juifs d\u2019Europe, la conquête de l\u2019Ouest, mais aussi une histoire familiale singulière, comme bien d\u2019autres, extirpée ici de l\u2019oubli.Fabien Deglise Charles Bukowski en toutes lettres L\u2019écrivain parle métier et écriture dans des extraits choisis de sa correspondance ASSOCIATED PRESS Dans ses mémoires, l\u2019Américain est irréductible et récalcitrant, intense et spontané, semblant toujours tituber entre l\u2019humour et l\u2019amertume.«Dans mes livres je suis pas toujours d\u2019accord avec ce qui se produit, pas plus que je roule dans la boue pour le plaisir.Aussi, il est curieux que les gens qui s\u2019insurgent contre mon travail semblent omettre les passages qui comportent de la joie, de l\u2019amour, de l\u2019espoir, et de tels passages existent.Mes journées, mes années, ma vie entière ont connu des hauts et des bas, la lumière et les ténèbres.Si j\u2019écrivais seulement et continuellement sur la \u201clumière\u201d et ne mentionnais jamais le reste, alors en tant qu\u2019artiste je serais un menteur.» Lettre du 22 janvier 1985 à Hans van den Broek Charles Bukowski en cinq dates 1920 Naissance de Heinrich Karl Bukowski à An- dernach, en Allemagne.1969 Parution du Journal d\u2019un vieux dégueulasse aux éditions City Lights de Lawrence Ferlinghetti.1971 Publie son premier roman, Le postier, inspiré de ses années d\u2019employé au service postal.1978 Invité à l\u2019émission Apostrophes animée par Bernard Pivot, l\u2019écrivain fait scandale et quitte le plateau avant d\u2019être expulsé des studios.1994 Meurt d\u2019une leucémie à San Pedro, en Californie. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 13 G E N E V I È V E T R E M B L A Y D ans la rudesse et la grisaille de Shenzhen, cette mégapole du sud de la Chine devenue un symbole du capitalisme triomphant, la solitude va de soi.On l\u2019attend.Tout est dans la manière de la mettre en scène, cette solitude, de l\u2019imprimer dans l\u2019os de ses victimes et de la raconter, mine de rien, jusqu\u2019à rendre son spectateur inconfortable.C\u2019est précisément ce que réussit Xue Yiwei dans son recueil de nouvelles Les gens de Shenzhen, le premier livre traduit en français de l\u2019écrivain chinois établi depuis 15 ans à Montréal.Peu de dialogues, des phrases courtes et un ton étrangement aride \u2014 mais non sans intensité \u2014 forment ces dix histoires pleines d\u2019amer tume, où ne perce aucune lumière.Ou si peu.Chaque nouvelle suit un personnage sans nom, réduit à un état ou à une profession (une secrétaire, une mère, un père, un marchand ambulant) \u2014 des fi - gures comme une métaphore de l\u2019anonymat des villes-pieuvres.Dans l\u2019omniprésence de Shenzhen et de ses quelque 11 millions d\u2019habitants, leurs petites tragédies ordinaires éclosent: l\u2019échec du mariage, les pics violents de l\u2019amour, la brutalité de jeunes voyous, les ravages de l\u2019honneur et de la pression sociale, très marqués en Chine.Ces hommes et ces femmes, tous suintants du spleen de leurs drames, subissent ou adoptent des comportements étranges, quand ils ne sont pas dérangeants.Prenons l\u2019excellente Le prodige, où un brillant garçon en apprentissage du piano attribuera plus tard sa « médiocrité » à la rigidité de ses parents et à des abus plus terribles encore.Ou La secrétaire, où une femme ambitieuse se heurte au désir vulgaire de son misérable patron.Ou encore Le père, où un homme dévoile à son fils un secret révoltant sur sa mère qui vient de mourir.L\u2019humanité, ici, n\u2019a pas de masque ; elle se déploie crûment.Dans ces histoires en apparence très simples puisque racontées simplement, Xue Yiwei manie au contraire une structure redoutable.Que l\u2019action débute dans le présent ou dans le passé, nous voilà bientôt tournoyant dans les années au moyen de monologues, de rappels ou d\u2019ellipses inattendues.Cette manière, par fois plus dure à suivre étant donné l\u2019absence de noms propres, est particulièrement réussie dans Le dramaturge, où le protagoniste évoque ce qu\u2019on pourrait appeler la clé de voûte du recueil.« Comme des poupées russes, écrit-il, une pièce de théâtre se camoufle toujours à l\u2019intérieur d\u2019une autre pièce, et il est souvent impossible de savoir quelle est la cause et quel est l\u2019effet.» Dans ce théâ t r e , donc , Shenzhen devient palpable, mais d\u2019une manière habilement abstraite.Sans doute est-ce parce que Xue Yiwei la connaît bien : il y a enseigné durant 13 ans avant d\u2019immigrer au Canada.L\u2019auteur avait connu la Révolution culturelle durant sa jeunesse, puis l\u2019arrivée de l\u2019Occident en Chine, un paradoxe qu\u2019il sème un peu partout dans Les gens de Shenzhen \u2014 on y rencontre James Joyce, Shakespeare, Vivaldi, Paul Auster, Ingres, Jane Austen\u2026 Dans un recueil qui transpire la Chine, ce décalage (qui en est de moins en moins un) est fascinant.Ce que murmure en sous- texte Les gens de Shenzhen, c\u2019est que le plus minuscule, bien souvent le plus douloureux, est au fond la mesure étalon du monde.Que l\u2019existence est faite à la fois du carton-pâte d\u2019une représentation absurde et des traits grossiers d\u2019un théâtre de rue qui n\u2019est pas joué, mais véritablement vécu.Car des Shenzhen, et ses gens, il y en a des millions.Le Devoir LES GENS DE SHENZHEN ?Xue Yiwei Traduit du chinois par Michèle Plomer Marchand de feuilles Montréal, 2017, 224 pages FICTION CHINOISE Une tragédie urbaine en dix actes Les gens de Shenzhen de Xue Yiwei expose la solitude de gens ordinaires ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019auteur a connu la Révolution culturelle durant sa jeunesse.F A B I E N D E G L I S E A llez, osons l\u2019af firmation sans nuances : les écrivains sont tous des menteurs ! Et quelques-uns, plus que d\u2019autres, peuvent même en faire la démonstration, à votre barbe, sans crainte de se placer dans une étrange contradiction.Voyez plutôt ! Dans l\u2019incipit de Cher lecteur, l\u2019auteur français Georges Picard expose : « Je ne suis pas un écrivain médiatique.J\u2019estime que la rencontre d\u2019un auteur et de ses lecteurs doit se faire par la lecture et non pas par le biais des médias.» Il ajoute même : « La voix intérieure de l\u2019écrivain, sa chaleur et sa couleur particulières, son style, son rythme mental, seul le texte les transmet [\u2026].Les paraphrases sont des trahisons.L\u2019auteur se trahit lui-même lorsqu\u2019il se paraphrase devant un micro ou une caméra.» Georges Picard n\u2019est donc pas qu\u2019un menteur.Il est aussi un traître qui, il y a quelques jours, a accepté d\u2019accorder une entrevue au Devoir pour parler de sa dernière création, une réflexion lucide et engagée sur le monde de la lecture et sur les livres qu\u2019il a aimés.« Même si la vérité d\u2019un livre est dans le livre, plutôt que dans la parole de l\u2019écrivain sur son livre, le système est fait d\u2019une telle façon qu\u2019on ne peut pas éviter de prendre cette parole, indique-t-il, sourire dans la voix, à l\u2019autre bout du fil, lorsqu\u2019on lui souligne avec sournoiserie le caractère improbable de cette rencontre.Un écrivain pourrait écrire des livres pour lui seul.Mais s\u2019il veut en vendre, il doit forcément en parler.» Qu\u2019il l\u2019écrive ou qu\u2019il le dise, Georges Picard, le gars derrière Le sage des bois, Merci aux ambitieux de s\u2019occuper du monde à ma place ou encore Du bon usage de l\u2019ivresse, ne manque pas de perspectives intéressantes à partager, particulièrement lorsque vient le temps de troubler les cer ti- tudes sur le présent, sur le réel, et de rappeler que toutes les vérités qui rassurent, y compris celles qui donnent de très percutantes entrées en matière dans un bouquin, n\u2019existent sans doute pas.La confusion du réel « Les livres que je lis ou que j\u2019écris sont [\u2026] des manifestations de l\u2019impossibilité de rendre transparentes les obscurités de l\u2019âme humaine, comme si leur fonction consistait à préserver, voire à accroître, la confusion du réel », écrit-il, en rappelant que la réalité s\u2019attrape avant tout, dans les livres comme ailleurs, par des angles variés, des points de vue changeants.« On pourrait comparer le réel à un oignon dont chaque pelure représente un point de vue, poursuit l\u2019homme de lettres.Pour arriver au cœur, il faut enlever pelure après pelure, point de vue après point de vue, jusqu\u2019à l\u2019évidence que le réel n\u2019a pas plus de cœur [soit de vérité] que l\u2019oignon n\u2019a de noyau.» C\u2019est à force de lire qu\u2019il dit en être arrivé là, lire Schopenhauer qui lui a souf flé à l\u2019oreille que la vie humaine était la plus douloureuse forme de vie, qui va de la souffrance à l\u2019ennui, lire aussi Proust, Voltaire, Descartes, qu\u2019il convoque dans son bouquin pour rappeler que la littérature lui a donné «mille occasions d\u2019aller voir si, derrière les apparences du jeu social, ne se tramait pas autre chose que ce qui était communément accepté comme vrai».« Le monde est plus dans la pluralité des apparences que dans les vérités révélées », ex- pose-t-il au téléphone en parlant d\u2019une épo - que où chacun cher - che malgré tout à s\u2019accrocher à une seule vérité pour s\u2019expliquer la complexité du monde.«Quand cette vérité se fige, elle devient dogme et forge les aveuglements face à tous les contradicteurs, donne aussi l\u2019impossibilité d\u2019avoir une discussion réelle où les arguments s\u2019échangent et peuvent se modifier.» Il est d\u2019ailleurs allé voir ce que cela donne dans les univers numériques, un territoire où l\u2019on «éjacule des idées idiotes ou agressives comme on crache de mauvais chicots, écrit-il dans Cher lecteur.Les réseaux sociaux recueillent ce qu\u2019il y a de pire dans l\u2019écriture spontanée, non maîtrisée, trop souvent au service de la haine et du racisme.» Il ajoute au passage : « Céline était haineux et antisémite, mais, au moins, le génie de sa langue compensait, sous un certain angle, sa stupidité agressive.Aujourd\u2019hui, sur la Toile, le talent, c\u2019est sur tout d\u2019être plus violent ou plus vulgaire que les autres.De quoi presque faire regretter l\u2019invention de l\u2019écriture\u2026» Une pensée vampirisée Tout ça serai t la faute à l\u2019émotion qui contamine le temps présent, celle qui alimente la sentimentalité déplacée ou les passions tristes, « comme disait Spinosa », et qui finit par « vampiriser la pensée pour la rendre inobjec- tive », dit-il, en préconisant de lire jusqu\u2019à plus soif pour sortir des or nières dans lesquelles le tout-à-l\u2019émotion, le commentaire lapidaire et la confidence hasardeuse cherchent à nous faire tomber.« La lecture donne ce vocabulaire qui permet d\u2019exprimer une pensée plus rigoureuse et plus nuancée », dit-il.« Le lecteur donne aussi l\u2019idée d\u2019une par ticipation indirecte au monde, écrit-il.Plongé dans la lecture d\u2019un livre, notre esprit conserve une vigilance critique, notre conscience est scindée en deux, nous sommes à la fois ici et là, avec les personnages dont nous partageons les préoccupations, les plaisirs et les angoisses, et en même temps nous-mêmes, en tant que lecteur doté de la toute-puissance d\u2019un démiurge critique.Ce que nous savons si mal faire dans la vie [\u2026] à savoir prendre nos distances par rapport à nos émotions.» Des émotions qu\u2019il partage d\u2019ailleurs avec élégance et un brin d\u2019ér udition dans Cher lecteur tout en invitant à croire les écrivains, puisqu\u2019il en expose dans cet espace narratif finalement bien plus sur lui que ce qu\u2019il en a dit pendant plusieurs minutes au téléphone.Le Devoir CHER LECTEUR Georges Picard Éditions Corti Paris, 2017, 194 pages ENTREVUE Éloge de la pensée rigoureuse et nuancée Georges Picard invite à se rapprocher des livres pour s\u2019éloigner des dogmes www.pulaval.com Presses de l\u2019Université Laval PUL SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL Simon Grondin Nathalie Poirier Catherine Kozminski Annie Rochette Philippe Gaulin Daniel Beauvais Guy Ménard Venez rencontrer nos auteurs Stand 573 FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019écrivain français signe une réflexion lucide et engagée sur le monde de la lecture et sur les livres qu\u2019il a aimés.Georges Picard M I C H E L B É L A I R U ne amie a l\u2019habitude de dire qu\u2019ouvrir un livre de Donna Leon, c\u2019est comme passer la porte et sortir faire une promenade dans Venise en se perdant dans le dédale des ponts et des canaux, d\u2019un campo à l\u2019autre.Tout doucement.En se gavant lentement de cette beauté aux reflets liquides que les mots arrivent mal à décrire\u2026 Dans cette 25e enquête du commissaire Guido Brunetti, le lecteur ne pourra que constater encore une fois à quel point le charme opère toujours.La magie opère après avoir lu vingt, trente ou cinquante pages.On se rend compte qu\u2019on est vraiment là sous la pluie, en vaporetto, dans un salon donnant sur le Grand Canal ou dans une minuscule calle, devant un café ou un verre de blanc, à discuter de tout et de r ien.Donna Leon écrit avec une infinie présence à tout qui découle du fait de vivre dans la Sérénissime depuis plus d\u2019un quart de siècle en essayant de comprendre, comme tous les Vénitiens, comment il peut être possible de vivre ailleurs.C\u2019est cette présence aux détails qui fait sourire de plaisir en constatant qu\u2019il ne se «passe » rien ici par rapport aux critères habituels du genre.Le plaisir est encore plus intense chez ceux qui goûtent son écriture fine et ciselée interpellant le lecteur du cœur même de la vie\u2026 Des intrigues parallèles Et pour tant, beaucoup de choses se jouent dans cette histoire de convoitise, d\u2019égoï - sme et de brutalité.Il n\u2019y a toujours pas de coups de feu (et à peine un couteau), il n\u2019y a pas non plus de poursuite ni de violence gratuite à tous les coins de rue, mais le « cœur de la vie » s\u2019avère ici au bout du compte par ticulière- ment touf fu.En fait, l\u2019intrigue est complexe et se déroule sur deux axes parallèles séparés d\u2019une quinzaine d\u2019années avec, en arrière-fond, la présence pas du tout discrète d\u2019une nouvelle génération de migrants près des campi.Donna Leon voit tout et son histoire s\u2019écrit précisément entre les fils composant la trame du quotidien ordinaire des Vénitiens.Tout au centre de cette toile impressionniste, il y a le personnage de Manuela.Agressée à l\u2019âge de 15 ans par un inconnu qui l\u2019a poussée dans le canal près du pont San Boldo, elle a sur vécu, mais son cer veau fonctionne comme celui d\u2019une enfant de sept ans.Brunetti et sa collègue Griffoni, tous deux bouleversés par le sort de Manuela, ne disposent d\u2019aucun élément nouveau permettant d\u2019élucider l\u2019af faire\u2026 jusqu\u2019à ce qu\u2019un ancien témoin soit assassiné.Ils ne saisiront le lien entre les deux affaires que fortuitement, un jour de pluie, alors qu\u2019ils raccompagnent la « jeune femme» chez elle.C\u2019est encore une fois la finesse des obser vations de Donna Leon sur les comportements humains tout comme ses commentaires inépuisables sur Venise qui font le charme de ce livre intimiste.Comme d\u2019habitude, on y a littéralement l\u2019impression de passer quelques jours avec elle dans la Sérénissime à réfléchir sur le sor t du monde tout en admirant les palazzi, les églises du XIe siècle et les merveilles ordinaires tout autour.La bêtise, la corruption et l\u2019injustice sévissent bien sûr là aussi, mais, au moins, les Vénitiens ont la chance\u2026 de vivre à Venise.Collaborateur Le Devoir MINUIT SUR LE CANAL SAN BOLDO ?Donna Leon Traduit de l\u2019américain par Gabriella Zimmermann Calmann Lévy \u2013 Noir Paris, 2017, 339 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 14 TABLES RONDES LITTÉRATURE ET FÉMINISME À L\u2019ADOLESCENCE Avec Martine Delvaux (Les filles en série, Remue-ménage, Le monde est à toi, Héliotrope), sa fille Éléonore Delvaux-Beaudoin, Marianne Girard (Magazine Cool), Sandrine Bourget-Lapointe (L\u2019Euguélionne, librairie féministe) et Lucile de Pesloüan (Pourquoi les filles ont mal au ventre ?, Isatis).\u2014> jeudi 18 h 15 à l\u2019Agora IDENTITÉ ET NATION AU QUÉBEC : COMMENT PENSER L\u2019AVENIR ?Discussion sur le colonialisme, le nationalisme et le féminisme avec Alexa Conradi (Les angles morts : Perspectives sur le Québec actuel, Remue- ménage), Naomi Fontaine (Manikanetish, Mémoire d\u2019encrier) et Éric Martin (Un pays en commun : Socialisme et indépendance au Québec, Écosociété).\u2014> vendredi 19 h à l\u2019Agora SÉANCES DE S IGNATURE HÉLÈNE BELLEAU et DELPHINE LOBET L\u2019amour et l\u2019argent : Guide de survie en 60 questions samedi 18 novembre de 13 h à 14 h dimanche 19 novembre de 14 h à 15 h ISABELLE BOISCLAIR et KARINE ROSSO Nelly Arcan : Trajectoires fulgurantes vendredi 17 novembre de 17 h à 18 h dimanche 19 novembre de 15 h à 16 h MARIE-ANNE CASSELOT, ÉLISE DESAULNIERS et VALÉRIE LEFEBVRE-FAUCHER Faire partie du monde : Réflexions écoféministes vendredi 17 novembre de 16 h à 17 h samedi 18 novembre de 15 h à 16 h dimanche 19 novembre de 13 h à 14 h ALEXA CONRADI Les angles morts : Perspectives sur le Québec actuel jeudi 16 novembre de 19 h à 20 h vendredi 17 novembre de 20 h à 21 h samedi 18 novembre de 14 h à 15 h MARIE-CLAUDE GARNEAU et MARIE-CLAUDE ST-LAURENT La Coalition de la Robe jeudi 16 novembre de 20 h à 21 h vendredi 17 novembre de 18 h à 19 h samedi 18 novembre 19 h à 20 h SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 2017 Les Éditions du remue-ménage stand 538 (Dimedia) P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Affaires privées Marie Laberge/Québec Amérique 1/2 Avec un grand A Janette Bertrand/Libre Expression \u2013/1 Le peintre d\u2019aquarelles Michel Tremblay/Leméac \u2013/1 Les enfants de Mathias Denis Monette/Logiques 2/7 Le temps de le dire \u2022 Tome 2 Une vie nouvelle Michel Langlois/Hurtubise 4/2 Le grand magasin \u2022 Tome 2 L\u2019opulence Marylène Pion/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Danger! Ma belle-mère débarque Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis 3/4 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean \u2013/1 Au chant des marées \u2022 Tome 1 De Québec à l\u2019Île.France Lorrain/Guy Saint-Jean 9/8 Blanche Neige L.P.Sicard/ADA 5/6 Romans étrangers Origine Dan Brown/Lattès 1/5 Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 2/8 Petite collection d\u2019os Kathy Reichs/Robert Laffont 3/4 Millénium \u2022 Tome 5 La fille qui rendait coup.David Lagercrantz/Actes Sud 4/9 Trois baisers Katherine Pancol/Albin Michel 5/5 Double piège Harlan Coben/Belfond \u2013/1 Ma mère avait raison Alexandre Jardin/Grasset \u2013/1 La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 6/10 Commandant en chef \u2022 Tome 1 Tom Clancy | Mark Greaney/Albin Michel \u2013/1 Depuis l\u2019au-delà Bernard Werber/Albin Michel 7/5 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/55 Dans mon livre à moi Olivier Niquet/Duchesne et du rêve \u2013/1 Le peuple brisé Alex Caine | François Perreault/Hugo Doc \u2013/1 Lettres à une jeune entrepreneure Alexandre Taillefer/VLB \u2013/1 Bienvenue au pays de la vie ordinaire Mathieu Bélisle/Leméac \u2013/1 Un pays en commun Éric Martin/Écosociété 8/2 Les angles morts.Perspectives sur le Québec.Alexa Conradi/Remue-ménage 4/3 Le piège de la liberté Denys Delâge | Jean-Philippe Warren/Boréal 3/4 Ce qu\u2019on ne vous dit pas sur le changement.Gilles Brien/Homme 6/5 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 5/3 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/90 Ça s\u2019est passé comme ça Hillary Rodham Clinton/Fayard 1/7 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/9 Psychothérapie de Dieu Boris Cyrulnik/Odile Jacob 4/2 Dire non ne suffit plus.Contre la stratégie du.Naomi Klein/Lux 5/3 Requiem pour le rêve américain Noam Chomsky/Climats 7/2 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 6/33 Halte à la surchauffe! David Suzuki | Ian Hanington/Boréal 9/6 En quête d\u2019alternatives.L\u2019état du monde 2018 Collectif/Découverte \u2013/1 L\u2019optimisme contre le désespoir Noam Chomsky | Chronis Polychroniou/Lux 8/5 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 30 octobre au 5 novembre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.POLAR LES TRICOTEUSES ?1/2 Marie Saur Héliotrope/Noir Montréal 2017, 290 pages Québec est le lieu de bien des tractations.L\u2019unique «Vieille Capitale» cache plusieurs milieux fermés, dont celui des grandes familles; disons plutôt des grandes fortunes.Ici, l\u2019histoire tourne autour de l\u2019assassinat d\u2019une des membres de ce cénacle restreint : Patricia Fortin, mouton noir de sa famille, est trouvée pendue dans la station de télé qu\u2019elle dirige.La police soupçonne un ancien détenu qui travaille là comme garde de sécurité, mais le récit prend surtout une tournure historique inattendue.Par un tour de passe-passe plutôt élégant, l\u2019auteure nous transporte au cœur de la grève des tricoteuses qui a secoué la ville de Québec au début des années 1970, entre militantisme féministe et veulerie des possédants.Ce petit livre est fort bien documenté, mais il y a aussi quelques problèmes majeurs.L\u2019enquête est ainsi menée de façon absolument ridicule: autant du côté de la police que de la part de celles qui s\u2019improvisent enquêtrices et qui font n\u2019importe quoi.Une fois tous les faits exposés, difficile de croire que le coupable est vraiment le coupable.Bizarre, quand même, pour un roman policier\u2026 Michel Bélair POLAR La Venise de Donna Leon en deux temps La 25e enquête de Guido Brunetti s\u2019écrit dans l\u2019obsession du détail et la finesse des observations M I C H E L B É L A I R Q uelle est la part du mensonge en chacune de nos vies ?Qui peut prétendre ne pas être parfois \u2014 par rapport aux autres ou même par rapport à soi \u2014 une sor te d\u2019imposteur ?Ou, du moins, ne pas être tout à fait celui ou celle que l\u2019on prétend être\u2026 C\u2019est dans ces eaux plus ou moins claires que choisit de naviguer cette fois-ci Dennis Lehane, après avoir raconté le XXe siècle américain sous l\u2019angle de la prolifération de la pègre dans sa série des Coughlin.Encore une fois, disons-le tout de suite, le lecteur ne quittera pas ce livre sans avoir à se remettre en question.Ce remarquable thril - ler psychologique qui vous tiendra en haleine jusqu\u2019au tout dernier paragraphe se déroule, comme souvent chez Lehane, en Nou- velle-Angleterre, et plus précisément dans la région de Boston.Tout tourne autour des personnages de Rachel Childs et de Brian Delacroix ; elle est journaliste et lui, fils de bonne famille\u2026 Rachel est la fille d\u2019une au- teure psycho-pop qui a fait fortune avec un livre sur les relations hommes-femmes ; elle aura passé toute sa vie en conflit avec cette femme étrange qui lui a toujours caché l\u2019identité de son père.Une fois sa mère disparue, Rachel tentera évidemment de retrouver son géniteur, et sa quête lui fera rencontrer Brian Delacroix, l\u2019autre personnage majeur de cette histoire complexe dont le premier volet, du moins semble-t- il, est entièrement consacré à ce qui définit l\u2019identité d\u2019un être.Mais est-ce bien de cela qu\u2019il s\u2019agit?Au fil des années, Rachel devient une journaliste accomplie travaillant au Boston Globe puis à la télé nationale ; c\u2019est à ce titre qu\u2019elle se retrouve en Haïti pour couvrir le tremblement de terre qui a dévasté une bonne par tie du pays.Lors d\u2019un reportage en direct, happée par le désespoir des victimes qui l\u2019entourent, Rachel s\u2019effondre en larmes devant la caméra.Sa carrière se termine du même coup.Revenue aux États-Unis, elle sombre dans une profonde dépression, divorce d\u2019avec son mari producteur télé et s\u2019enferme chez elle pour ne plus voir personne.Jusqu\u2019à ce que le « hasard » ramène le personnage de Brian Delacroix\u2026 Mais l\u2019intrigue du roman est si ser rée et Delacroix y joue un rôle si complexe qu\u2019il serait malhonnête de vous en dire plus et de gâcher votre plaisir.Sachez toutefois que vous serez plongé dans une histoire qui se redéfinit sans cesse, et que vous ne verrez rien venir.Comme si Dennis Lehane prenait plaisir à semer le lecteur au milieu de ce qui paraît réel puis à le retrouver plus loin, désorienté, afin de le replonger dans une autre trame de récit aussi imprévisible qu\u2019impossible.Personne ne manie une intrigue comme Lehane sait le faire, sur tout quand elle repose sur des questions d\u2019identité et de vérité.Et peu de romanciers choisissent d\u2019illustrer leur propos en prenant littéralement le lecteur en otage et en lui faisant croire à des personnages qu\u2019il reconstruit sans arrêt devant lui.Un livre déroutant, impossible, magique.Collaborateur Le Devoir APRÈS LA CHUTE ?Dennis Lehane Traduit de l\u2019américain par Isabelle Maillet Rivages Paris, 2017, 456 pages POLAR Au-delà du réel en compagnie de Dennis Lehane Le romancier signe un thriller remarquable qui nage dans les eaux troubles de l\u2019identité MIGUEL MEDINA AGENCE FRANCE-PRESSE Donna Leon voit tout, et son histoire s\u2019écrit précisément entre les fils composant la trame du quotidien ordinaire des Vénitiens.WIKICOMMONS Donna Leon L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 15 1521, 1570 En 1570, quand Les Quatre Livres de l\u2019architecture de Palladio sont imprimés 1837 En 1837, quand Charles Babbage conçoit la machine analytique 1884, 1895, 1943, 1963, 1964, 1970 En 1970, quand l\u2019Expo \u201970 a lieu à Osaka 1987, 1991, 1992, 2002, .2017 Quand le numérique marque-t-il l\u2019architecture ?Centre Canadien d\u2019Architecture Sternberg Press cca.qc.ca Venez découvrir nos ouvrages et rencontrer nos auteurs au kiosque 517.VENDREDI 17 NOVEMBRE 2017 15 h : OLGA HAZAN Stratégies figuratives dans l\u2019art juif 16 h : ANNE LEGARÉ Le Québec, une nation imaginaire SAMEDI 18 NOVEMBRE 2017 11 h : ISABELLE THOMAS La ville résiliente 12 h : HOUDA ASAL Se dire arabe au Canada 13 h : GILLES LAPOINTE Edmund Alleyn 14 h : SOPHIE DUBOIS Refus global 15 h : CÉLINE LEMAY La mise au monde 16 h : NICOLAS ZORN Le 1 % le plus riche www.pum.umontreal.ca Les Presses de l\u2019Université de Montréal M I C H E L L A P I E R R E F éru de statistiques, l\u2019historien et anthropologue français Emmanuel Todd déplore la régression de l\u2019Occident dans Où en sommes-nous?, essai qu\u2019il présente ambitieusement comme « une esquisse de l\u2019histoire humaine » .Entre 1999 et 2014, dans l\u2019Amérique qui fera de Trump son « inquiétant » sauveur, il rappelle que le revenu médian des ménages a décr u de plus de 4000 $ et que, chose effarante, la mortalité des Blancs de 45 à 54 ans a augmenté.Né en 1951, le spécialiste de l\u2019interprétation des sociétés par l\u2019étude de leurs systèmes familiaux millénaires émet un jugement sévère.Il souligne: «Notre modernité ressemble fort à une marche vers la servitude.Pour qui a connu le rêve d\u2019émancipation des années 1960, le basculement, en une génération à peine, est stupéfiant.» Pour tenter de comprendre le déclin, il se réfère à un inconscient social.L\u2019analyse qu\u2019il fait depuis longtemps de cet inconscient s\u2019est toutefois heur tée à de nombreuses critiques.Certes discutable, car elle néglige plusieurs facteurs dans l\u2019examen des sociétés, cette analyse n\u2019en reste pas moins fascinante.Todd ose résumer son approche comme suit : « En arrondissant, disons que le conscient économique fonctionne à l\u2019échelle de 50 ans, le subconscient éducatif de 500 ans, l\u2019inconscient familial de 5000 ans.» Cela suppose une farouche opposition au mot d\u2019ordre de Margaret Thatcher: «La société, ça n\u2019existe pas.» La diversité anthropologique du monde En rejetant le principe de la première ministre britannique (1979-1990) et mère du néoli- béralisme, Todd exprime un vif regret : «L\u2019universalisme du taux de profit exige que l\u2019on oublie la diversité anthropologique du monde.» Cette diversité, il l\u2019établit d\u2019après «une typologie familiale simplifiée» où il discerne « la famille nucléaire pure» (un couple et ses enfants), par exemple en Angleterre, aux États-Unis, au Canada anglophone.À ce modèle, il associe notamment celui de la France du Bassin parisien et celui du Québec.Moins connus et plus complexes, les autres modèles familiaux définis par Todd et ré- par tis, à ses yeux, dans diverses parties du globe, n\u2019ont pas, dans le cadre de son analyse, l\u2019importance que l\u2019essayiste accorde au monde anglophone et à la Fran - ce.On ne s\u2019étonne nullement qu\u2019il attribue à la Grande-Bretagne et aux États-Unis une place cr uciale dans l\u2019histoire de l\u2019alphabétisation et de l\u2019industrialisation de la planète.Sa synthèse du rôle mondial de la France s\u2019éloigne davantage des sentiers battus et brille par une éclairante concision.Le pays, rappelle-t-il, a « bouleversé l\u2019Europe entre 1789 et 1848 » par deux gran - des révolutions.Ses armées, poursuit-il, « ont balayé de l\u2019ouest du continent le régime féodal et imposé l\u2019émancipation des Juifs.Elle a, en un sens, fait entrer l\u2019ensemble de l\u2019Europe occidentale dans un universel postreligieux».Ce qui n\u2019empêche pas l\u2019essayiste d\u2019estimer qu\u2019aujourd\u2019hui, en Europe, « l\u2019Allemagne a déclaré la guerre économique à la France et qu\u2019elle est bel et bien en train de la gagner».Malgré la dénatalité qui l\u2019afflige et les remous que lui cause son attitude généreuse à l\u2019égard de l\u2019immigration pour compenser le manque de main-d\u2019œuvre, elle constitue un élément essentiel de la géopolitique conçue par Todd.Les pôles d\u2019instabilité Malgré la faiblesse économique de la Russie, si on la compare à la puissance financière des États-Unis, de la Chine ou de l\u2019Allemagne, le pays continue à jouer un rôle stratégique capital sur la scène internationale.Néanmoins, Todd va jusqu\u2019à juger que l\u2019ancien empire des tsars «ne fut à l\u2019origine qu\u2019une bizarrerie anthropologique, un accident de l\u2019histoire».Son attitude n\u2019est guère plus positive à l\u2019endroit du géant d\u2019Extrême-Orient : « Avec son 1,3 milliard d\u2019habitants, la Chine sera l\u2019un des grands pôles d\u2019instabilité mondiale en ce début du IIIe millénaire.» Étrangement, son regard sur l\u2019Amérique de Donald Trump, hom - me politique dont il ne cesse de se méfier au suprême degré, laisse place à une lueur d\u2019optimisme.Ce qui donne à l\u2019analyse de Todd, souvent passionnante mais si subjective, un élément d\u2019une solidité exemplaire.L\u2019essayiste se réjouit de voir que l\u2019Amérique « des bien-di- plômés, de la Silicon Valley, des journalistes en place » mène contre Trump « ce que beaucoup considèrent comme une guerre civile froide ».Dans la nuit de l\u2019Occident, voilà bien un gage d\u2019espoir.Collaborateur Le Devoir OÙ EN SOMMES-NOUS?UNE ESQUISSE DE L\u2019HISTOIRE HUMAINE ?1/2 Emmanuel Todd Seuil Paris, 2017, 496 pages ESSAI Le déclin de l\u2019Occident selon Emmanuel Todd Pour l\u2019essayiste, la modernité ressemble à « une marche vers la servitude » «L\u2019Angleterre et la France, les deux plus vieux États-nations du continent sont nés ensemble.Ils ont évolué en miroir, avec, le plus souvent, un temps d\u2019avance pour la monarchie anglaise.Parce que l\u2019Angleterre a été conquise par des Franco-Nor- mands, nous pouvons même nous demander si nous avons affaire au Moyen Âge à deux nations distinctes.» Extrait de Où en sommes-nous?C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n débarquant à l\u2019automne 2010 à Lviv, en Ukraine, pour y donner une conférence sur les origines du droit international, l\u2019avocat franco-britan- nique Philippe Sands soulevait sans le savoir le couvercle d\u2019une boîte remplie de coïncidences troublantes, de souvenirs enfouis ou oubliés, de photos jaunies, de sang et de larmes.Située en plein cœur de l\u2019Europe, la ville a changé de mains huit fois entre 1914 et 1945.Des beaux jours de l\u2019empire austro-hongrois, alors qu\u2019elle s\u2019appelait Lemberg et qu\u2019on la surnommait « la Vienne de l\u2019Est », jusqu\u2019au régime soviétique en passant par les années de l\u2019occupation nazie, Lviv porte aujourd\u2019hui discrètement ses cicatrices.Des 200 000 membres de la communauté juive de la ville, seulement 800 ont survécu à la «Solution finale » orchestrée par le IIIe Reich \u2014 alors que 1,5 million de juifs ont été exterminés en Ukraine.Juriste spécialisé en droit international \u2014 il a notamment été impliqué dans des causes liées à l\u2019ex-Yougoslavie, au Rwanda, à la Sierra Leone et à l\u2019Irak \u2014, Philippe Sands s\u2019intéresse ici à la naissance de deux concepts juridiques qui vont très rapidement éclairer le XXe siècle : le crime contre l\u2019humanité et le génocide.Des outils qui ont servi aux Alliés pour condamner les criminels nazis lors du célèbre procès de Nuremberg.Il retrace ainsi dans Retour à Lemberg, son troisième livre, les trajectoires parallèles de leurs créateurs, à savoir Hersch Lauterpacht (1897- 1960) et Raphael Lemkin (1900-1959), deux juristes d\u2019origine juive qui ont tous les deux étudié à\u2026 Lemberg.Lemberg, où un autre homme de loi avait lui aussi mis les pieds : l\u2019Allemand Hans Frank, « l\u2019avocat préféré de Hitler » qui deviendra gouverneur général de la Pologne occupée par les nazis.Frank sera pendu à Nuremberg en 1946.Mais entre l\u2019ouvrage d\u2019histoire et le précis de droit international, Retour à Lemberg est aussi une sorte de livre de détective, le récit vivant et littéraire d\u2019une enquête aussi instructive que fascinante qui remonte le cours accidenté d\u2019une mémoire familiale marquée par la douleur et le silence.Car en cours de route, Philippe Sands va en apprendre beaucoup sur son grand-père, Leon Buchholz, né en 1904, qui avait lui-même passé son enfance à Lemberg avant de rejoindre Vienne, puis Paris à l\u2019aube de la Seconde Guerre mondiale.Unique sur vivant d\u2019une vaste famille \u2014 comme l\u2019auteur va vite le découvrir \u2014, il avait toujours refusé d\u2019évoquer l\u2019époque d\u2019avant 1945.Faisant parler les rares photos et les documents sur lesquels il aura pu mettre la main, accumulant les témoignages directs de sur vivants et les rencontres avec certains descendants des victimes et des bourreaux, Philippe Sands entreprend avec méthode sous nos yeux de « reconstruire les contours d\u2019un monde disparu».Livre fascinant sur « l\u2019identité et le silence », minutieux travail de limier et d\u2019historien, mais aussi à sa façon thriller familial, Retour à Lemberg est une véritable réussite.Collaborateur Le Devoir RETOUR À LEMBERG ?Philippe Sands Traduit de l\u2019anglais par Astrid von Busekist Albin Michel Paris, 2017, 544 pages HISTOIRE De Lemberg à Nuremberg Philippe Sands nous entraîne dans une enquête au cœur brûlant de l\u2019Europe du XXe siècle WIKICOMMONS Philippe Sands ÉRIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE La synthèse que fait l\u2019essayiste du rôle mondial de la France s\u2019éloigne davantage des sentiers battus et brille par une éclairante concision. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 16 A lors, globalement, ça va bien ou ça va mal ?Dans La par t d\u2019ange en nous (Les Arènes, 2017), en mille pages, Steven Pinker, psychologue cognitiviste canadien qui enseigne à Har vard, af firme qu\u2019à l\u2019échelle mondiale, dans la longue durée, les choses s\u2019améliorent.Dans un entretien avec le magazine français La Vie (12 octobre 2017), Pinker souligne que « tous les indicateurs concernant le crime, les violences faites aux femmes, la maltraitance des enfants, les sévices sur les animaux vont dans le même sens positif ».La remarque s\u2019applique aussi, selon lui, à l\u2019allongement de la vie ainsi qu\u2019au recul de la famine et de l\u2019illettrisme.Comment expliquer, alors, le sentiment répandu d\u2019un monde qui court à la catastrophe ?« Le pessimisme est aujourd\u2019hui considéré comme plus sophistiqué que l\u2019optimisme, trop naïf », répond Pinker, en se réclamant de l\u2019esprit des Lumières.Le poète et essayiste Paul Chamberland ne partage pas cette vision des choses.Dans Nous sommes en guerre (Poètes de brousse, 2017, 174 pages), il réunit des fragments du désastre.« Le danger à redouter est celui d\u2019une déshumanisation généralisée, écrit-il.C\u2019est donc dire que la ligne de front passe inéluctablement par chacun d\u2019entre nous.» La guer re qu\u2019évoque Cham berland est celle qui doit nous opposer à l\u2019inhumain causé par l\u2019humain, dont l\u2019exemple extrême est la Shoah.Si cela a été possible, cela peut ressurgir.Par conséquent, « pas même un incident en apparence anodin, mais qui implique le déni de la dignité d\u2019une seule personne, ne doit échapper à notre attention ».Depuis son premier livre paru il y a plus de 50 ans, Chamberland a toujours cult ivé la veine prophétique, pleine de fureur et de lyrisme inquiet.Il lui est souvent arrivé de sombrer dans le catastrophisme ésotérique.L\u2019essayiste, cette fois, évite ce piège.La prose de Nous sommes en guerre gagne en clar té ce qu\u2019elle délaisse en somptuosité.À la guer re, i l convient, en ef fet , sans abandonner ses principes, d\u2019être efficace.Parmi les motifs d\u2019inquiétude de Chamberland, on trouve, évidemment, la menace de l\u2019«endettement écologique».En avril 2013, note-t- il, un sondage révélait que 63 % des Américains et 55 % des Canadiens préféraient le pétrole au climat.«En démocratie, la majorité fait loi, constate amèrement le pen- seur-poète.Que ceux qui montrent du doigt l\u2019iceberg débarrassent le plancher!» Le règne du zombie L\u2019ennemi principal dans la guer re que Chamberland nous invite à mener demeure l\u2019idéologie du « tout-à-l\u2019Économie », ce règne de la « Nécronomie » qui nourrit « l\u2019asphyxie de l\u2019esprit » par un battage promouvant « un autisme social carrément désinhibé », afin de couvrir « un invasif processus de destruction de la société ainsi que du milieu terrestre qui rend possible l\u2019existence des vivants ».S\u2019installe alors le règne du zombie consommant ou se vautrant dans la Toile pour soulager son ennui, sous l\u2019œil satisfait des « super- prédateurs financiers » qui, avec les politiciens et les experts à leur solde, jouissent en toute indécence et en toute inconscience sur le pont du Titanic.À Pinker, Chamberland répondrait probablement que la violence a peut-être changé de visage, mais qu\u2019elle n\u2019en existe pas moins sous la forme d\u2019une anomie \u2014 « le délitement des normes, implicites ou explicites, destinées à régler et à assurer la vie en société » \u2014 qui nous prépare des lendemains qui déchantent.Le fermier écrivain Le romancier et philosophe Jean Bédard n\u2019a pas l\u2019esprit tourmenté de Chamberland, mais sa lecture du monde actuel rejoint celle du poète en guerre.Afin de fuir « la nuit noire des derniers moments de l\u2019ère industrielle et de la culture mécaniste », l\u2019angoisse des villes et le « désarroi des âmes » qui se répand, Bédard a choisi, en 2004, de devenir fermier écrivain, au Bic, et « de se réfugier dans un art de vivre bon pour l\u2019esprit et bon pour la planète ».Son Journal d\u2019un réfugié de campagne (Le- méac, 2017, 152 pages) raconte cette transition dans un style écolo-philosophique alliant des considérations scientifiques jardinières et de riches envolées poétiques sur la beauté de la vie et d\u2019un monde dans lequel «rien n\u2019est absurde».L\u2019expérience a sa noblesse et le livre, par moments fastidieux pour le lecteur qui n\u2019a pas l\u2019esprit champêtre, ses vertus.Toutefois, la guerre proposée par Chamberland me semble plus porteuse d\u2019une libération universelle que le refuge de Bédard.Les citadins aussi ont droit à la beauté et à la paix de l\u2019âme.La guerre et la fuite LOUIS CORNELLIER Paul Chamberland et Jean Bédard s\u2019opposent différemment à la déshumanisation du monde M I C H E L L A P I E R R E E n 1908, à l\u2019occasion du tricentenaire de la ville de Québec, Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, accueille dans la Vieille Capitale le prince qui, sous le nom de George V, régnera bientôt sur l\u2019Empire britannique.Né au Québec, Laurier tait ses anciennes velléités séparatistes.Il salue le futur monarque en anglais.Celui-ci lui répond en français, puis en anglais.De petits faits du genre en disent plus long que l\u2019histoire officielle\u2026 Voilà ce qu\u2019a compris depuis belle lurette Hélène-Andrée Bizier, qui a fait de la vulgarisation de l\u2019histoire du Québec l\u2019œu- vre de sa vie.Elle s\u2019est vite aperçue que l\u2019image, bien choisie et expliquée avec ver ve, réhabilitait pour le mieux la notion parfois éculée d\u2019histoire populaire.En l\u2019enrichissant de la dernière décennie, elle nous of fre aujourd\u2019hui une nouvelle version revue et réactualisée d\u2019Une histoire du Québec en photos, dont la première édition remonte à 2006.Que ce soient George Hunter, originaire de Regina, dont la photo d\u2019une foule montréalaise exubérante et multiethnique célébrant en 1945 la fin de la Deuxième Guerre mondiale, par la reddition du Japon, illustre la couverture du livre, ou les Québécois Jacques Nadeau et Gaby, beaucoup de chasseurs d\u2019images font de l \u2019ouvrage un album d\u2019ar t .C\u2019est sans oublier le talent de la chasseuse d\u2019anecdotes qui orchestre l\u2019iconographie en commentant les faits étonnants qui jalonnent notre évolution.Des pans d\u2019histoire Hélène-Andrée Bizier raconte, photos à l \u2019appui, que l \u2019excentrique homme d\u2019af faires Ucal- Henri Dandurand, le premier Montréalais qui adopte, en 1899, l \u2019automobile plutôt que la voiture tirée par des chevaux, était, sans le savoir, écologiste avant l\u2019heure.Son premier véhicule fonct ionnai t à vapeur, son deuxième, à l\u2019électricité ! De son côté, en 1906, Léo-Ernest Oui- met ouvre à Montréal , r ue Sainte-Catherine Est, le premier cinéma du Canada.Il l \u2019appelle fièrement le Ouimetoscope.Un autre Québécois s\u2019impose dans la dif fusion de la culture populaire.Il s\u2019agit du cow-boy mythique Will James, célèbre dès 1927 aux États-Unis, auteur de nombreux romans westerns en anglais, mais né Ernest Du- fault à Saint -Nazaire, près de Montréal.Photographié en tenue du Far West, vivant notamment au Nevada et au Montana, il restera toujours soucieux de cacher sa véritable identité ainsi que sa langue maternelle.Ce n\u2019est pas le cas de ces jeunes manifestants du Printemps érable de 2012 qui, écrasés en pleine rue par de gigantesques carrés rouges fabriqués pour eux-mêmes, protestent contre la hausse des droits de scolarité.Un sentiment diffus de révolte généralisée hante depuis toujours le Québec.Il s\u2019accorde avec le thuya de presque 1000 ans, arbre découvert en Abi- tibi et que, vers la fin de son livre, Hélène-Andrée Bizier a la belle intuition de nous montrer un peu comme le symbole d\u2019une obscure persistance.Collaborateur Le Devoir L\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC EN PHOTOS NOUVELLE ÉDITION REVUE ET AUGMENTÉE ?Hélène-Andrée Bizier Fides Montréal, 2017, 400 pages PHOTOGRAPHIE L\u2019arbre québécois qui ne meurt pas Marie-Andrée Bizier raconte et réactualise une histoire populaire du Québec F A B I E N D E G L I S E Bien sûr qu\u2019il y a Coco Chanel, Harriet Tubman, Misty Copeland, Nellie Bly, Marie Curie, Yoko Ono, Serena et Venus Williams, sans oublier les grandes Nina Simone et Rosa Parks.Mais ce qui fait la particularité d\u2019Histoires du soir pour filles rebelles, c\u2019est aussi la place que ce recueil de destins, livre-événement aux États-Unis l\u2019an dernier, fait à toutes les autres femmes extraordinaires, moins connues, et dont la vie, résumée sous forme de contes par Elena Favilli et Francesca Cavallo, aurait toujours le pouvoir, croient les au- teures, d\u2019inspirer les femmes d\u2019au- jourd\u2019hui et celles qui vont suivre.«Il était une fois une petite fille qui filait si vite à vélo qu\u2019on la voyait à peine», écrivent-elles pour parler d\u2019Alfonsina Strada, surnommée le «diable en robe», première femme à avoir pris par t au tour cycliste d\u2019Italie en 1924.Vingt et une étapes, sur des routes de montage.«Sur les quatre-vingt-dix participants, seuls trente cyclistes passèrent la ligne d\u2019arrivée : Alfonsina était parmi eux.» Détail important: même si elle a été accueillie en héroïne, l\u2019année suivante, elle fut exclue de cette course, le tour d\u2019Italie étant «une course d\u2019hommes», lui ont rappelé les organisateurs.À ce jour, Alfonsina Strada reste la seule femme à avoir participé aux trois grandes compétitions cyclistes: Tour d\u2019Italie, Tour de France et Tour d\u2019Espagne.Les femmes bénéficient de beaucoup de confiance aujourd\u2019hui, exposent en substance les auteures de ce bouquin, resté pendant 12 semaines de suite dans le palmarès des best-seller du New York Times l\u2019an dernier.Un million d\u2019exemplaires ont été vendus en anglais à ce jour.«Nous ne tenons pas [cette confiance] pour acquise.La plupart des femmes extraordinaires qui figurent dans ce livre n\u2019ont jamais bénéficié d\u2019une telle confiance.[\u2026] Chacune des cent histoires de ce recueil démontre qu\u2019un cœur confiant a le pouvoir de changer les choses.» Dans ce livre, la singularité de parcours, tous marqués par le doute, par les oublis, par les commentaires déplacés, par les obstacles inutiles, se croisent et permettent de rencontrer Grace Hopper, informaticienne de la marine militaire américaine qui a appris à programmer le premier ordinateur, Irena Sendlerowa, Polonaise qui a sauvé 2500 enfants lors de la persécution des juifs à Varsovie, la pirate Jacquotte Delahaye, qui a dirigé une bande de 100 flibustiers vers 1650, ou encore l\u2019archéologue allemande Maria Reich, surnommée la «Dame des lignes» et qui a passé sa vie à comprendre les géoglyphes de Nazca, ces lignes tracées «dans la pierre sèche du désert» par des peuples anciens, sans doute pour interpeller le ciel.Mis au monde par une campagne de sociofinancement qui a permis de récolter un million de dollars, soit la plus grande somme dans l\u2019histoire du financement participatif, Histoires du soir pour filles rebelles, avec ces histoires commençant toutes par «il était une fois\u2026» ne relève pourtant pas de la fiction, et cherche plutôt à construire une nouvelle réalité, un monde où les «rêves et les choses que nous pourrons accomplir ne seront pas limités par notre sexe», résument les auteures en guise d\u2019introduction, comme pour rappeler que pour voir apparaître une vague rose, il faut regarder au loin, pour voir comment elle s\u2019est formée.Le Devoir HISTOIRES DU SOIR POUR FILLES REBELLES ?1/2 Elena Favilli et Francesca Cavallo Traduit de l\u2019anglais par Jessica Shapiro Guy Saint-Jean éditeur Laval, 2017, 212 pages Le livre sera en librairie le 15 novembre JEUNESSE Destins de femmes, pour inspirer les autres Dans Histoires du soir pour filles rebelles, Elena Favilli et Francesca Cavallo dressent le portrait de 100 rebelles qui ont fracassé les plafonds de verre La rappeuse Sonita Alizadeh a refusé un destin d\u2019épouse pour se consacrer à la musique.ILLUSTRATIONS SOURCE GUY SAINT-JEAN ÉDITEUR L\u2019Irakienne Zaha Hadid, décédée en mars 2016, a été la première femme à recevoir la médaille d\u2019or de l\u2019Institut royal des architectes britanniques.SOURCE FIDES La crise d\u2019Oka et Expo 67 font partie de ces épisodes de l\u2019histoire récente du Québec qui ont produit un corpus d\u2019images marquantes.Hélène-Andrée Bizier a fait de la vulgarisation de l\u2019histoire du Québec l\u2019œuvre de sa vie "]
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