Le devoir, 13 novembre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 5 8 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Droits de la personne en Asie.Des ONG ont Justin Trudeau à l\u2019œil.Page A 3 Le Monde \u203a Passage de témoin en Chine.Une chronique de François Brousseau.Page B 1 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.A 4 Mots croisés.A 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Que doit-on espérer pour la mobilité de demain ?Page B 5 Rémunération des stagiaires Grève étudiante au visage féminin Page A 5 M A R I E V A S T E L Correspondante parlementaire à Ottawa Québec a beau vouloir promettre une tolérance zéro pour le cannabis au volant, les experts préviennent que ce serait impossible.Car la marijuana a ceci de particulier qu\u2019elle reste longtemps dans l\u2019organisme, sans pour autant avoir un effet psychotrope.Résultat : une fois légalisée, la marijuana sera présente dans l\u2019organisme de tous ses consommateurs réguliers\u2026 qu\u2019ils soient intoxiqués ou non.Quant aux usagers occassionnels, ils seront difficiles à attraper, car les tests de détection par la salive ne sont pas fiables, selon la science.Le premier ministre Philippe Couillard compte déposer sous peu son projet de loi encadrant la légalisation de la marijuana récréative au Québec.Il compte fixer l\u2019âge légal à 18 ans et imposer une tolérance zéro à tous les conducteurs.Le gouvernement québécois se fierait au taux de THC décelable dans la salive.Ottawa n\u2019a pas encore annoncé quels appareils de dépistage de la marijuana seront recommandés aux corps policiers du pays.Mais le gouvernement Trudeau a prévu que ce serait CANNABIS AU VOLANT La tolérance zéro serait impossible Un test routier ne permettra pas de prouver une intoxication, préviennent les experts C A R O L I N E M O N T P E T I T K alina Bertin a nagé toute sa vie en eau trouble.Son père, qui a donné un faux nom sur son acte de naissance, a été assassiné en Thaïlande en 2006 par sa maîtresse de longue date, après avoir passé sa vie à escroquer des gens.Son frère et sa sœur souffrent de troubles bipolaires.Ce sont ces morceaux de sa vie que la jeune cinéaste de 28 ans tente d\u2019assembler dans son documentaire Manic, présenté mercredi aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).«J\u2019ai fait des études en cinéma pour réaliser ce film», dit la jeune femme en entrevue au Devoir.Née sur l\u2019île de Monserrat, où son père, de son vrai nom George Patrick Dubie, avait une maison, Kalina Bertin a déménagé à Montréal lorsque sa mère s\u2019est séparée de lui.Elle n\u2019a ensuite revu son père que quelques fois avant son DOCUMENTAIRE Sur les traces d\u2019un père fantôme JACQUES NADEAU LE DEVOIR Kalina Bertin présente mercredi son documentaire Manic aux RIDM.VOIR PAGE A 8 : TOLÉRANCE VOIR PAGE A 8 : TRACES DANS LA RUE CONTRE LE RACISME JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des milliers de manifestants ont marché dans les rues de Montréal, dimanche après-midi, pour dénoncer le racisme, l\u2019extrême droite et la loi québécoise sur la neutralité religieuse.La marche s\u2019est terminée à la place du Canada, où la statue de John A.Macdonald avait été vandalisée durant la nuit précédente.Page A 4 I S A B E L L E P A R É L a forte médiatisation, en 2013, de plaintes faites par des parents furieux d\u2019avoir vu leurs enfants soumis à des tests et d\u2019avoir été eux-mêmes soupçonnés de maltraitance par des médecins du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine a entraîné une chute du nombre d\u2019enfants signalés pour de mauvais traitements dans l\u2019ensemble de la région métropolitaine, selon des chif fres obtenus par Le Devoir.Des données compilées par le Centre jeunesse de Montréal et le Centre jeunesse Bats- haw depuis les cinq dernières années montrent que les signalements faits spécifiquement par du personnel médical ou des employés d\u2019un hôpital dans la région de Montréal ont chuté en 2014-2015 et en 2015-2016.Cette baisse a été ressentie au cours des deux années qui ont suivi la couverture médiatique des plaintes émanant de parents s\u2019estimant «accusés à tort» de maltraitance par des spécialistes du CHU Sainte-Justine, notamment par le Dr Alain Sirard.Ce spécialiste de la détection de la maltraitance infantile s\u2019était retrouvé sous la loupe des médias alors que des reportages relataient le cauchemar vécu par des parents que le Dr Sirard croyait coupables de maltraitance envers leur enfant en raison de la présence de fractures inexpliquées.Ainsi, les chiffres montrent que la baisse a été marquée au Centre jeunesse de Montréal, où 546 et 533 cas possibles de mauvais traitements MALTRAITANCE INFANTILE L\u2019affaire Sirard a entraîné une baisse des signalements VOIR PAGE A 8 : MALTRAITANCE Lire aussi \u203a Le Dr Sirard a été victime d\u2019acharnement médiatique et juridique, estime sa famille.La coroner conclut à un état dépressif.Page A 2 I S A B E L L E P A R É «A lain pour moi, ce n\u2019est pas un suicide, c\u2019est un meurtre.Il a été assassiné, ce gars-là, par la méchanceté des gens», clame Marie-Claude Mi- ron, la conjointe du Dr Alain Si- rard.Le pédiatre s\u2019est enlevé la vie sur son lieu de travail le 6 décembre 2016.Après neuf mois d\u2019incompréhension et de deuil, son fils Olivier et la conjointe du défunt médecin profitent des conclusions du coroner pour briser le silence.Cela, disent-ils, pour rétablir l\u2019image du médecin indûment noircie par un tourbillon médiatique qui a duré trois ans.La famille soutient que le médecin n\u2019a jamais pu se défendre sur la place publique et donner sa version des faits en raison du secret professionnel.Rappelons qu\u2019en décembre 2013 le Dr Alain Sirard, expert en maltraitance infantile, était tombé sous la loupe de reportages de l\u2019émission Enquête de Radio-Canada et, précédemment, de La Presse.Plusieurs couples de parents lui reprochaient de les avoir «accusés à tort » de mauvais traitements envers leurs bébés.Comme le relève le rapport du coroner, la tempête médiatique a donné lieu à une enquête interne de l\u2019hôpital, à une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québe- cet à une pré-enquête du Collège des médecins.Après avoir été avisé d\u2019une sanction par l\u2019hôpital (demeurée confidentielle), le Dr Sirard a mis fin à ses jours sur son lieu de travail, laissant derrière lui une longue lettre, quatre enfants, des proches, des collègues atterrés et bien des questions en suspens.La famille tient aujourd\u2019hui à corriger l\u2019image du médecin dressée par les médias.« On veut que les gens puissent comprendre ce travail-là, plutôt que le démoniser.C\u2019est une perte immense pour les proches.C\u2019est aussi une perte pour la société qu\u2019on ait perdu quelqu\u2019un de sa valeur, de sa rigueur scientifique, de ses connaissances, de son expertise», soutient sa conjointe, la Dre Marie-Claude Miron.Son fils Olivier, âgé de 29 ans, aujourd\u2019hui procureur de la Couronne, se désespère de l\u2019image tracée de son père, qui s\u2019est investi pendant plus de 20 ans pour venir en aide aux enfants victimes de sévices physiques et sexuels.Le Dr Si- rard était l\u2019un de deux seuls pédiatres au Québec à avoir reçu une certification de l\u2019American Board of Pediatrics and Child Abuse.Il a réalisé plus de 2800 évaluations dans sa carrière et témoigné comme expert dans des dizaines de procès, dit-il.« Ce qu\u2019il méritait, c\u2019est une médaille.À la place, il a été traîné dans la boue, déplore Olivier.C\u2019était une sommité.Les dossiers complexes et dif fi- ciles lui étaient toujours refilés », dit-il.Radiologue à l\u2019hôpital Sainte- Justine, la conjointe du Dr Sirard se demande pourquoi toutes les critiques ont convergé vers ce médecin, alors qu\u2019une foule d\u2019autres personnes ont participé au processus de signalements contestés par les parents.« Pourquoi on a frappé sur lui, alors qu\u2019une myriade d\u2019intervenants ont statué [sur les cas] ?Les cas s ignalés sont discutés en équipe », rappelle sa conjointe.Un enfant est d\u2019abord signalé par un médecin de l\u2019externe, ou de l\u2019urgence, dès qu\u2019une «possibilité d\u2019abus physique est soupçonnée», dit-elle.Puis le dossier est envoyé à la Clinique sociojuridique de Sainte-Justine, spécialisée en maltrai- tance où des experts, dont le Dr Sirard, sont ensuite appelés à livrer leur avis.Au bout du compte, c\u2019est à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) que revient la décision de retirer ou non un enfant à ses parents.«Quand on écoute [les reportages], on a l\u2019impression qu\u2019il est l\u2019instigateur des poursuites ou des procédures à la DPJ.Il y a eu des signalements avant que ça arrive à lui ! », souligne Olivier.Même s\u2019il est blanchi par la Commission des droits de la personne, qui statue que les droits des enfants n\u2019ont pas été lésés dans les dossiers le concernant, il a continué à être cloué au pilori, déplore-t-il.Crédibilité entachée Crit iqué sur la place publique, le Dr Sirard, s\u2019est retiré de sa pratique en maltrai- tance, mais tenait à poursuivre sa pratique comme pédiatre, dit sa conjointe.Mais le mal était fait.« Les gens arrivaient et l\u2019agressaient en disant : \u201cOn a vu qui vous êtes et on ne veut pas avoir af faire à vous\u201d.» En cour, alors qu\u2019il était souvent appelé comme expert, les avocats ont bondi sur les reportages pour détruire sa crédibilité.« Il n\u2019était plus possible pour lui de faire des expertises à la cour», affirme sa conjointe.En plus, le 27 novembre 2013, quelques jours après la diffusion de reportages, il est attaqué à l\u2019arme blanche en pleine rue, et poignardé une fois au cou, et deux fois au torse.« C\u2019est choquant de lire [dans le journal] \u201cBlessé légèrement\u201d.A-t-on idée du stress vécu quand on cour t ensanglanté pour trouver quelqu\u2019un pour être aidé ?», dénonce sa conjointe.Le responsable n\u2019a jamais été identifié.Sous pression Pour la Dre Miron, les enquêtes multiples, étalées sur trois ans, et la lenteur des processus ont mené à l\u2019épuisement complet de son conjoint.«Ça s\u2019est arrêté en février 2015.Il était en arrêt de travail médicalement requis.Il a voulu finir les audiences de la Commission.Mais il était épuisé.Il avait dit aux commissaires : \u201cJe n\u2019en peux juste plus\u201d.» Selon la Dre Miron, le Dr Si- rard s\u2019est retrouvé rapidement « isolé » à l\u2019hôpital.« Les gens l\u2019ont soutenu.Mais plus haut dans la hiérarchie, Alain dérangeait.Certains le considéraient comme une patate chaude.Quand un individu est sous enquête, il est vite ostracisé », dit-elle.Quand il sera avisé de sa sanction (restée confidentielle), le Dr Sirard commettra l\u2019irréparable, laissant une longue lettre blâmant plusieurs personnes.«Il n\u2019avait pas de maladie mentale, il était juste découragé, insiste la Dre Miron.Le soutien qu\u2019il aurait aimé avoir pendant ces années, il l\u2019a eu, mais après sa mort.Avec de beaux témoignages.C\u2019était trop tard », dé- plore-t-elle.Améliorer le système La famille souhaite que les failles du système disciplinaire soient améliorées, ainsi que les lacunes dans le soutien accordé aux médecins visés par des plaintes.«Alain, c\u2019est hors norme ce qu\u2019il a vécu comme pression médiatique », alors qu\u2019aucune instance n\u2019avait jamais critiqué son travail, pense sa conjointe.Pour toutes ces raisons, la famille a repris la poursuite de 475 000 $ intentée en mai 2014 par le médecin contre Radio-Canada pour atteinte à sa réputation.Le procès n\u2019a pas encore débuté et les dates d\u2019audition n\u2019ont pas encore été fixées.Saisi de l\u2019affaire en janvier 2014, l \u2019ombudsman de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, avait rejeté la plainte déposée par l\u2019hôpital Sainte-Justine pour défendre les pratiques de ses médecins, concluant que le reportage n\u2019avait enfreint aucune des « Normes et pratiques journalistiques » de Ra- dio-Canada ».Olivier affirme que son père a fini par voir sa propre estime réduite en miettes.« Il n\u2019était même plus capable de lire ou d\u2019entendre son nom qu\u2019il avait vu des milliers de fois associé à des propos négatifs », dit-il.Selon sa famille, Alain Sirard n\u2019a jamais laissé soupçonner l\u2019issue fatale qu\u2019il allait emprunter.« On avait des plans, on avait parlé de \u201cl\u2019après\u201d.Mais quand quelqu\u2019un en arrive là, c\u2019était un train qui ne s\u2019arrête plus», confie la radiologue.Pourquoi commettre un tel geste, si dif ficile pour ses proches?«Une grande partie de sa détresse, il l\u2019a gardée pour lui.Il a protégé ses enfants qui ont dé- couver t beaucoup de tout ça après son décès.Il n\u2019y a pas eu d\u2019appel à l\u2019aide.Il y a eu un suicide clair, net.» Le Devoir Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, vous pouvez appeler sans frais le 1 866 APPELLE (277-3553).Il y a bientôt un an, le Dr Alain Sirard, visé par des reportages et des enquêtes, s\u2019enlevait la vie au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.Au lendemain de la sortie du rapport du coroner sur les causes de son décès, sa conjointe et un de ses fils, profondément meurtris, s\u2019expriment publiquement pour la première fois.Un cas d\u2019acharnement médiatique et juridique, estime la famille L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 COMMISSION DES RELATIONS AVEC LES CITOYENS Consultation en ligne La Commission tient une consultation en ligne dans le cadre de son mandat d\u2019initiative sur la place des femmes en politique et invite toutes les personnes intéressées par ce sujet à y participer.Comment participer En lisant le document de consultation et en remplissant le questionnaire en ligne au plus tard le 31 décembre 2017 à l\u2019adresse suivante : www.assnat.qc.ca/femmesenpolitique Participez en grand nombre! Pour plus de détails : www.assnat.qc.ca Mme Stéphanie Pinault-Reid au 418-643-2722 Numéro sans frais : 1 866 DÉPUTÉS (337-8837) Courriel : crc@assnat.qc.ca Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 Résultats des tirages du : Résultats des tirages du : En cas de disparité entre cette liste et la liste officielle de Loto-Québec, cette dernière a priorité.compl.compl.l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s COMPL.05 12 18 26 29 31 37 40 22 000 000 $ Prochain gros lot (approx) : 8659663 9 000 000 $ 15 21 24 31 37 42 32 02 04 09 19 43 44 14 2017-11-11 2017-11-10 + 1 LOT GARANTI DE 1 000 000 $ 92962241-03 + 1 LOT GARANTI DE 1 000 000 $ Prochain gros lot (approx.) : 9482347 I S A B E L L E P A R É Le rapport d\u2019enquête sur le suicide du Dr Alain Sirard survenu en décembre 2016 au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine révèle que le médecin aurait sombré dans un état dépressif à la suite des reportages, enquêtes et sanctions qui ont suivi les plaintes déposées contre lui par des parents s\u2019estimant accusés à tort d\u2019avoir maltraité leurs enfants.Dépourvu du «soutien psychiatrique» et d\u2019un «traitement médicamenteux» qui aurait pu l\u2019aider, «il ne fait aucun doute que les épreuves des trois dernières années ont contribué à la décision du médecin de mettre fin à ses jours», conclut la coroner Stéphanie Gamache.Il y a presque un an, ce spécialiste de la détection de la maltraitance infantile avait été retrouvé sans vie au 7e étage du CHU Sainte-Jus- tine.L\u2019événement tragique était sur venu 25 jours après la sanction annoncée au médecin par le comité de discipline de l\u2019hôpital.Trois ans plus tôt, le Dr Sirard s\u2019était retrouvé sous la loupe des médias alors que de nombreux reportages, notamment de l\u2019émission Enquête de Radio-Canada et de La Presse, avaient fait état des plaintes déposées par des parents très amers à son endroit.Les enfants avaient fait l\u2019objet d\u2019une investigation médicale poussée et d\u2019une évaluation à la Clinique sociojuridique de Sainte-Justine \u2014 notamment par cet expert \u2014 en raison de fractures ou de blessures jugées inexpliquées.Ces plaintes ont donné lieu par la suite à une revision de la pratique du Dr Sirard au Collège des médecins, d\u2019une enquête interne au CHU Sainte-Justine et d\u2019une enquête plus vaste de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, réclamées encore une fois par les parents.Stress psychologique Selon la coroner, les enquêtes portant sur son travail et les suites de ces reportages ont « apporté un stress psychologique considérable à M.Sirard et sa pratique quotidienne de la médecine en [a été] grandement af fectée », indique l\u2019analyse de la coroner.Le médecin a fait appel au programme d\u2019aide aux médecins du Québec pour obtenir du soutien et un suivi auprès d\u2019un psychiatre, mais ce soutien a été interrompu.En 2015, le Dr Sirard se voit diagnostiquer « une dépression majeure probable» et on lui prescrit un arrêt de travail.Stéphanie Gamache note dans son rapport que le Dr Sirard «ne consommait aucun médicament antidépresseur alors qu\u2019un traitement médicamenteux aurait possiblement pu l\u2019aider à surmonter ses nombreuses épreuves».La coroner ajoute que la lettre d\u2019adieu et les autres écrits laissés par le médecin « témoignent d\u2019une décision longuement planifiée et non impulsive » et rappelle que « le département de la santé mentale de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que le suicide est un drame évitable».Dans sa lettre d\u2019adieu intitulée «L\u2019insoutenable lourdeur de vivre sans dignité», dévoilée par certains médias, le médecin affirmait : « Après trois ans d\u2019enfer, de novembre 2013 à décembre 2016, je démissionne.Il faut un minimum de dignité pour vivre.» Si la coroner Gamache insiste sur l\u2019importance de mettre en place des stratégies pour prévenir de tels suicides, son rapport ne fait aucune recommandation spécifique à l\u2019égard du CHU Sainte-Justine, des médias ou d\u2019autres organisations médicales.Réactions de la famille Le Devoir a pu recueillir samedi les réactions de proches du Dr Sirard, encore durement éprouvés et déçus que le rapport n\u2019avance pas de recommandations plus pointues pour éviter qu\u2019un tel drame ne se reproduise.«Ce qu\u2019on retient du rapport, c\u2019est le stress insupportable auquel Alain a dû faire face pendant trois ans, suite aux émissions de grande écoute et aux processus disciplinaires », a soutenu sa conjointe, la Dre Marie-Claude Miron.«On déplore le traitement agressif et démonisant auquel il a été soumis, sans contrepoids, ainsi que le procès public» dont il a fait l\u2019objet, a-t-elle ajouté.Olivier Sirard, fils aîné du médecin, s\u2019est dit heureux que le CHU Sainte-Justine ait mis sur pied un comité chargé de faire des recommandations pour prévenir des situations de détresse chez les médecins.Vendredi, l\u2019hôpital pédiatrique avait réagi au rapport du coroner par voie de communiqué, en précisant qu\u2019un comité relevant du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) avait été mis sur pied «afin d\u2019identifier les zones où des améliorations sont possibles dans des situations particulièrement stressantes, dont les processus disciplinaires ».Le CHU Sainte-Justine a aussi « rappelé à l\u2019ensemble de son personnel et ses médecins, dans un communiqué interne, qu\u2019en cas de difficultés ou de détresse, des ressources sont mises à leur disposition ».Le Dr Sirard était un expert en maltraitance infantile et il travaillait en pédiatrie sociojuri- dique au CHU Sainte-Justine depuis 17 ans.Il avait pour mandat de dépister les victimes de sévices physiques et sexuels.Le Devoir SUICIDE DU DR ALAIN SIRARD Le cumul des épreuves a contribué à un état dépressif En décembre 2016, le spécialiste de la détection de la maltraitance infantile avait été retrouvé mort JACQUES NADEAU LE DEVOIR La Dre Marie-Claude Miron, conjointe du défunt, et son fils, Olivier Sirard, considèrent que leur proche a été mal dépeint par les médias qui enquêtaient sur lui.«Ce qu\u2019il méritait, c\u2019est une médaille.À la place, il a été traîné dans la boue.C\u2019était une sommité.» L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 Y a-t-il trop de mots, comme on peut croire parfois qu\u2019il y a trop d\u2019images?C\u2019est au fond un peu l\u2019idée qui règne en maître derrière Twitter et d\u2019autres plateformes numériques.Elles soutiennent que la pauvreté dans l\u2019abondance est un signe de richesse.Jamais les phrases courtes et lapidaires n\u2019auront été aussi populaires.Le phénomène social dont cela témoigne ne date pourtant pas d\u2019hier.En 1922 fut lancé, à l\u2019initiative de DeWitt Wallace, le fils d\u2019un prédicateur, le magazine Reader\u2019s Digest.Il promettait à ses lecteurs 31 articles, sous forme de résumés, de ce qu\u2019on trouve ailleurs de meilleur.Pour réaliser son imprimé, Wallace n\u2019avait besoin ni d\u2019auteurs, ni de rédacteurs, ni de recherche particulière.Il lui suffisait de se rendre à la bibliothèque publique pour plonger le nez dans différentes revues et en tirer à sa guise des résumés de son cru.Un journal sans journaliste : voilà une aubaine.Les éditeurs des autres magazines, heureux naïfs, voulurent bien considérer qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019une forme de publicité qui leur serait bénéfique.Dans les années 1950, ce petit mensuel d\u2019articles recyclés sous forme d\u2019abrégés se vendait désormais en trente langues, y compris dans une édition en braille.Ses ventes dépassaient de loin celles de tous les magazines populaires américains.Avec plus de 12 millions d\u2019exemplaires vendus, la circulation du magazine avait la capacité de toucher chaque mois le quart des adultes de l\u2019Amérique du Nord.Jusqu\u2019à l\u2019explosion du monde numérique au début du XXIe siècle, on continua d\u2019ailleurs de trouver ce magazine présent un peu partout.Si au départ la formule de type Reader\u2019s Digest cherchait à amener le lecteur vers d\u2019autres sources en les lui faisant connaître, on finit par faire en sorte que le lecteur se trouve enfermé dans la logique de la pensée condensée.Les échos finirent par se vendre mieux que la voix originale.L\u2019ombre brilla soudain plus que la lumière.À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019équipe principale de Reader\u2019s Digest aménagea un nouveau siège social dans l\u2019État de New York.Le lieu témoigne de son formidable succès : dans un grand immeuble construit sur un terrain de plus de 50 hectares s\u2019affairaient 2500 employés, qui fournissaient du matériel à des bureaux à l\u2019étranger, dont celui du Québec.Le Reader\u2019s Digest était au fond un Google ou un Facebook avant la lettre, un simple agrégateur dont les profits découlaient entièrement du travail d\u2019autrui qu\u2019il s\u2019appropriait.Le magazine affirmait bien sûr qu\u2019il était le reflet de ce que le lecteur voulait : aller à l\u2019essentiel en débarrassant la langue de ses nuances, de ses rapports à la culture, des mises en perspective qu\u2019elle peut offrir à travers le style d\u2019un auteur particulier.C\u2019était dire, en gros, que les journalistes et les écrivains utilisent beaucoup trop de mots, qu\u2019au bout du compte ils ne sont guère nécessaires.Dès les années 1920, le Reader\u2019s Digest indiquait que ses articles devaient être écrits pour plaire au lecteur qui, « en cette décennie où le monde change rapidement, désire aller à l\u2019essentiel ».Ne dit-on pas aujourd\u2019hui exactement la même chose dès lors qu\u2019il est question de plateformes numériques?Et à force d\u2019être toujours plus succinct «en cette décennie où le monde change rapidement», s\u2019approche-t- on enfin de l\u2019essentiel ?À force de dominer un marché qu\u2019il avait créé à partir de la matière des autres, Le Reader\u2019s Digest vit plusieurs magazines disparaître.Il fut bientôt obligé de créer de toutes pièces des histoires parce que le réel ne lui donnait pas suffisamment de pensées à cuisiner tel qu\u2019il le désirait.Il fallut donc que le Reader\u2019s Digest se transforme lui-même en producteur de sa propre nourriture pour satisfaire aux besoins qu\u2019il avait créés.De la même façon, on trouve aujourd\u2019hui, sur les différentes plateformes numériques, un vaste assortiment de bouillies destinées à gaver le lecteur jusqu\u2019à satiété, afin de le décourager de se nourrir ailleurs.Dans ce vide, on se fabrique volontiers des révolutions de salon.Le réseau social Twitter permet ainsi désormais à ses abonnés de publier des textes deux fois plus longs, soit 280 caractères au lieu de 140 précédemment.La semaine dernière, l\u2019émission Médium Large de la radio de Radio-Canada twittait à ce sujet ce qui était apparemment une citation de son invitée du jour, l\u2019animatrice Marie-France Bazzo.Ce gazouillis lui fait dire ceci : « L\u2019obligation de s\u2019exprimer en 140 caractères a fait la personnalité de Twitter.Ça obligeait à avoir une pensée claire.» On peut bien sûr se demander si c\u2019est bien ce que Bazzo a dit.Si c\u2019est le cas, voilà qui est tout de même un peu simplet.Et si cela ne l\u2019est pas, cela montre bien que tout n\u2019est pas si clair lorsqu\u2019une idée se voit forcée d\u2019être comprimée.Car comment écrire et lire le moins possible pourrait-il être le gage d\u2019«une pensée claire» ?Il pullule sur ces réseaux des gens plus pressés de s\u2019exprimer que de réfléchir, au point qu\u2019ils achètent volontiers des milliers d\u2019abonnés pour feindre d\u2019être entendus.La pensée à ce point simplifiée en guise d\u2019horizon pour l\u2019humanité trouve en fait son illustration parfaite en Donald Trump.En si bon chemin, il faudra bientôt s\u2019en remettre à la prose des biscuits chinois pour comprendre le monde.jfn@ledevoir.com Les biscuits chinois JEAN-FRANÇOIS NADEAU F R A N Ç O I S D E S J A R D I N S L es groupes des droits de la personne surveilleront de très près les gestes du premier ministre Justin Trudeau d\u2019ici la fin de sa tournée en Asie du Sud-Est pour voir si, et comment, il abordera cet enjeu dans une région du monde marquée par des situations que les organisations dénoncent depuis longtemps.Si les bulletins d\u2019information montraient dimanche les images d\u2019un Justin Trudeau faisant son chemin dans une foule enthousiaste à Manille, plusieurs souhaitent que le premier ministre profite de son passage pour affirmer l\u2019importance accordée par le Canada à ces questions, notamment aux Philippines où la campagne antidrogue s\u2019est traduite par des milliers de morts depuis un an et demi.« Ça serait désolant qu\u2019on ne fasse pas passer de message sur les droits de la personne aux Philippines », a dit lors d\u2019un entretien la directrice générale d\u2019Amnistie internationale Canada francophone, Béatrice Vaugrante.« Il faut que ça vienne sur la table.[\u2026] Je comprends que c\u2019est un sommet, qu\u2019il n\u2019y a pas toujours des rencontres bilatérales.Mais on est à près de 12 000 morts sous la présidence de M.Duter te.C\u2019est alarmant.» La communauté internationale doit se faire entendre, selon elle.Amnistie internationale a envoyé une lettre à M.Trudeau il y a une dizaine de jours l\u2019exhortant à mettre de la pression sur le Vietnam au sujet de ses prisonniers politiques et sur le gouvernement philippin pour les décès qui surviennent de façon régulière dans le cadre de la lutte contre la drogue.L\u2019organisation lui demande aussi d\u2019intervenir en faveur des centaines de milliers de réfugiés rohingyas, chassés du Myanmar vers le Bangladesh dans ce que plusieurs appellent un «nettoyage ethnique».Jeudi, Human Rights Watch a également dressé sa liste de priorités pour les dirigeants prenant par t aux sommets de l\u2019APEC et de l\u2019Asie du Sud-Est, ajoutant la «détérioration des droits de la personne» au Cambodge et le climat politique en Thaïlande.La directrice canadienne, Farida Deif, a écrit que M.Trudeau devrait se faire entendre sur la question des réfugiés rohingyas pour montrer que « la diplomatie tranquille à ces sommets et les prises de photo ne sont pas un gage de succès».Calendrier Le calendrier officiel de M.Trudeau ne fait mention d\u2019aucune réunion en face à face avec M.Duter te.Le premier ministre canadien doit participer lundi à la cérémonie d\u2019ouverture du 31e sommet de l\u2019Association des nations de l\u2019Asie du Sud-Est (ANASE), qui regroupe dix pays.Mardi, il prononcera une allocution et rencontrera la presse, après quoi il assistera à un discours du président philippin Rodrigo Duterte.Lors de son passage au Vietnam, M.Trudeau a affirmé aux médias samedi qu\u2019il «y a une multitude de choses que je pourrais soulever avec lui, si nous en avons l\u2019occasion».« Il y a toujours des enjeux de droits humains à aborder avec plusieurs dirigeants.» L\u2019évolution des échanges commerciaux dans le monde fait en sorte que les chefs d\u2019État hésitent parfois à dénoncer des abus, car ces sommets sont également un forum de choix pour tisser des liens commerciaux plus serrés et mettre la table à des ententes bilatérales.Le Canada a une ambassade à Manille de même qu\u2019un consulat à Cebu, un archipel situé plus au sud.Selon une fiche du gouvernement canadien, « les relations bilatérales entre le Canada avec les Philippines sont solides et amicales ».Le Canada, qui compte 660 000 citoyens d\u2019origine philippine, y a exporté des marchandises de 630 millions en 2016, et a importé pour 1,4 milliard.Selon le gouvernement, des occasions se présentent notamment pour les sociétés canadiennes de communication, en infrastructures, en défense et en technologies propres.Ottawa estime à près de 22 milliards la valeur des échanges entre le Canada et les dix pays de l\u2019ANASE.Le Devoir DROITS DE LA PERSONNE EN ASIE Des ONG ont Justin Trudeau à l\u2019œil Le premier ministre abordera-t-il des questions délicates auprès des dirigeants lors de son voyage aux sommets de l\u2019APEC et de l\u2019ANASE ?MANAN VATSYAYANA AGENCE FRANCE-PRESSE Justin Trudeau a salué des danseurs qui ont of fert une performance lors de son arrivée dans la province de Pampanga, aux Philippines, dimanche.J O A N N A S M I T H à Ottawa A lors que les députés libéraux fédéraux passent la prochaine semaine dans leurs circonscriptions, le parti leur demande de rappeler aux Canadiens ce qu\u2019ils ont accompli depuis les plus récentes élections afin de persuader les électeurs de la pertinence de leur accorder un autre mandat.Le blitz coordonné comportera des visites dans des écoles et des entreprises locales, du por te-à- porte, un coup de main pour servir les clients dans des cafés et, bien sûr, un mot-clic déterminé par le par ti à utiliser sur les réseaux sociaux.Dimanche, 130 députés libéraux sur les 181 à la Chambre des communes avaient convenu de participer à ce qu\u2019ils ont qualifié de semaine nationale d\u2019action, présentée comme la plus grande mobilisation du caucus depuis les élections fédérales de 2015.La députée libérale Ruby Sahota, présidente du caucus en Ontario, a fait valoir qu\u2019il s\u2019agit pour chaque député de s\u2019assurer de se rendre dans sa circonscription avec un message concerté.L\u2019opération visant à souligner les réussites des libéraux, au cours de laquelle on peut s\u2019attendre à entendre beaucoup parler de l\u2019Allocation canadienne pour enfants, marquera l\u2019étape de mi-mandat.Plus d\u2019attention La campagne aura un haut taux de participation, mais plusieurs députés ont souligné que la semaine prochaine ne serait pas vraiment dif férente de toutes les autres qu\u2019ils consacrent dans leur circonscription à passer du temps avec leurs électeurs.« On n\u2019a pas besoin de me dire d\u2019inspirer et d\u2019expirer », a laissé tomber le député de Saint-Léo- nard\u2013Saint-Michel, Nicola Di Iorio.Le député à Toronto Rob Oliphant a dit avoir l\u2019impression que la direction du par ti por te plus d\u2019attention qu\u2019à l\u2019habitude à ce qui se déroule cette semaine.« Ils semblent assurément, pour une raison ou une autre, plus nerveux cette semaine», a dit M.Oliphant, de Don Valley West, ajoutant que certains membres du personnel estiment que les députés doivent être encouragés à faire leur travail.« Je dis simplement que j\u2019ef fectue mon travail dans ma circonscription comme je l\u2019ai toujours fait », a-t-il affirmé.Aussi simples que puissent paraître les actions comme le porte- à-por te et les assemblées populaires, le Parti libéral suit de près ce que ses députés font de retour dans leur circonscription \u2014 incluant sur les médias sociaux.Et cela pourrait en venir à jouer un rôle dans le fait que ces députés se retrouvent ou non sur le bulletin de vote.Durant la course à la direction du Parti libéral, le premier ministre Justin Trudeau avait promis des investitures pour les candidats dans les circonscriptions fédérales, signifiant que même les députés sortants auraient à se battre pour le droit de briguer un nouveau mandat en 2019.Mais des doutes ont fait surface quant à la solidité de l\u2019engagement de M.Trudeau, alors que certains candidats potentiels ont accusé la direction libérale de favoriser cer taines personnes ou de les avoir exclus d\u2019une course éventuelle.La Presse canadienne Les libéraux fédéraux encouragés à vanter le parti auprès des électeurs Priorités collectives À l\u2019issue du sommet de la Coopération économique pour l\u2019Asie-Pacifique (APEC), les pays membres ont convenu de travailler sur un certain nombre de priorités, dont la création d\u2019emplois durable, l\u2019appui aux PME et la sécurité alimentaire.L\u2019organisation fondée en 1989, qui compte 21 pays, a également travaillé sur des manières de ressusciter le Partenariat transpacifique.Le Canada a cependant démontré quelques réserves en fin de semaine.Quant au sommet de l\u2019ANASE, qui regroupe dix pays de l\u2019Asie du Sud-Est, il sera question d\u2019économie et d\u2019investissement, mais aussi d\u2019enjeux aussi variés que la Corée du Nord, les changements climatiques et le terrorisme.130 députés libéraux sur les 181 à la Chambre des communes avaient convenu de participer à ce qu\u2019ils ont qualifié de semaine nationale d\u2019action M I A R A B S O N à Ottawa L es négociations sur le climat en Allemagne pourraient se heur ter à un mur avec le charbon, cette semaine, et le Canada sera au centre des discussions.La ministre canadienne de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, est ar rivée dimanche à Bonn, en Allemagne, pour par ticiper à la deuxième semaine de discussions de la COP23, la réunion annuelle des Nations unies sur les changements climatiques qui avait mené il y a deux ans à la conclusion de l\u2019accord de Paris sur le climat.Cette année, les différents signataires de l\u2019accord tentent de déterminer comment ses clauses seront mises en œuvre, comment les émissions de gaz à effet de serre seront calculées et comment les pays rendront des comptes sur leur bilan.Mme McKenna et son homologue britannique, Claire Perry, veulent que la conversation porte sur l\u2019éventuelle disparition du charbon comme source d\u2019énergie \u2014 comme il est responsable de plus de 40 pour cent des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.Les ministres canadienne et britannique seront les hôtes d\u2019un événement commun le 16 novembre qui sera l\u2019occasion de lancer une campagne pour inciter les autres pays à se doter d\u2019un plan afin de ne plus construire de centrales au charbon sans mode de récupération et de mettre fin à terme aux autres actuellement en activité.Gaz à effet de serre Les centrales au charbon sans mode de récupération sont celles qui n\u2019enfouissent pas le carbone, ce qui émet beaucoup plus de gaz à ef fet de serre que celles munies d\u2019une telle technologie.La Presse canadienne CLIMAT Le charbon risque d\u2019assombrir la COP23 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 Montréal Québec Gatineau Nei -6/-9 Var -8/-12 Var 6/-3 Var 6/0 Ave 6/1 Var 6/2 Var 6/0 Sol 6/3 Plu 8/7 Plu 8/6 Var 3/-3 Mel 3/-6 Edmonton Moncton Saint-Jean Toronto Vancouver Winnipeg Londres Los Angeles Mexico New York Paris Tokyo Val d \u2019Or 1/-4 Québec 3/-3 Le Monde Auj.Demain Sol 8/6 Var 12/9 Sol 24/15 Var 26/15 Sol 23/9 Sol 23/10 Plu 9/1 Sol 9/3 Ave 9/2 Sol 10/6 Var 16/11 Plu 18/13 Canada Auj.Demain Gatineau 3/-2 Trois-Rivières 3/-3 Lever du soleil: 6h50 Coucher du soleil: 16h25 Gaspé 4/-3 Montréal 4/-3 Sherbrooke 4/-5 Sept-Îles 2/-6 Baie-Comeau 2/-5 Saguenay 2/-6 Rimouski 2/-4 ©MétéoMédia 2017 Aujourd-hui Ce soir Demain Mercredi Jeudi Aujourd-hui Ce soir Demain Mercredi Jeudi Aujourd-hui Ce soir Demain Mercredi Jeudi 4 Passages nuageux.3 Ciel variable.4/-2 Nuageux avec éclaircies.6/2 Nuageux avec éclaircies.5/-5 Averses (pdp 40%).-2 Nuageux avec éclaircies.4/-5 Ciel variable.5/3 Passages nuageux.6/-4 Averses (pdp 80%).-3 Ciel variable.3 Passages nuageux.4/-5 Ciel variable.5/0 Passages nuageux.5/-5 Faible pluie (pdp 80%).-3 Ciel variable.M A R I E - L I S E R O U S S E A U Préoccupées par la montée de l\u2019extrême droite et des discours racistes au Québec, quelques milliers de personnes se sont rassemblées à Montréal dimanche pour manifester contre la haine et l\u2019intolérance.La manifestation, appuyée par plus de 170 groupes de la province, se voulait inclusive et rassembleuse.Ses organisateurs souhaitaient faire entendre leurs inquiétudes sur un enjeu de société délicat.«On ne voit pas que des cas isolés, on voit un racisme qui se cristallise.Plusieurs événements des dernières années comme la charte des valeurs du Parti québécois, l\u2019élection de Donald Trump, la montée des groupes d\u2019extrême droite et l\u2019adoption [du projet de] loi 62 le démontrent.Si on laisse le silence et la complaisance prendre les rênes de notre climat au Québec, on laissera les discours haineux et toxiques dominer», a mis en garde le militant de Solidarité sans frontières Anas Bouslikhane.Le milieu politique montré du doigt Cette montée du racisme est de plus en plus visible en raison de l\u2019absence de dialogue politique à ce sujet, selon un autre organisateur de la manifestation, Jaouad Laaroussi.« Quelque chose s\u2019enracine de manière pernicieuse au Québec, parce qu\u2019on n\u2019est pas capable d\u2019aborder ces problèmes.On pensait que l\u2019attentat à la grande mosquée de Québec allait changer les choses, mais ça n\u2019a pas été le cas.» M.Bouslikhane donne quant à lui en exemple la consultation sur le racisme systémique, qui a été transformée par le gouvernement en forum sur l\u2019emploi.«Il y a un problème institutionnel au niveau parlementaire », dit-il, blâmant tous les partis à l\u2019Assemblée nationale.Projet de loi 62 Les organisateurs de la manifestation ne souhaitaient pas dénoncer «des événements ou des déclarations politiques» en particulier, a expliqué une membre de l\u2019exécutif d\u2019Alternatives, Safa Chebbi, mais le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse, adopté en octobre, était sur toutes les lèvres \u2014 et plusieurs pancartes \u2014 dimanche.C\u2019est ce qui a motivé la nouvelle mairesse de Côte-des- Neiges\u2013Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomer y, à prendre part à la manifestation.« Je suis ici parce que le projet de loi 62 n\u2019est pas constitutionnel, il va à l\u2019encontre des chartes des droits de la personne du Canada et du Québec », a déclaré l\u2019élue de Projet Montréal.Ce projet de loi, contesté devant les tribunaux, soulève également des critiques de la part de l\u2019ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Alexa Conradi.«Le projet de loi 62 va être contre- productif : il renvoie les communautés à elles-mêmes, il va augmenter la violence à l\u2019égard des femmes musulmanes\u2026 Il n\u2019y a rien de bon dans ce projet», a-t- elle expliqué au Devoir.Enjeu féministe Les groupes féministes étaient nombreux à prendre par t à la mobilisation.Plusieurs d\u2019entre eux ont dénoncé la double discrimination que vivent les femmes raci- sées.«Le féminisme et [la lutte contre] le racisme doivent marcher main dans la main», a déclaré la co-vice-présidente de la FFQ, Marlihan Lopez.Des paroles qui ont trouvé écho chez des employées du Centre des femmes de Laval.« Le racisme tout comme le patriarcat sont des systèmes d\u2019oppression, a soutenu l\u2019intervenante Fadwa Cherraj.Au centre, on a une mission féministe et intersectionnelle, on prend en considération tous les systèmes d\u2019oppression.» La marche a débuté à la place Émilie-Gamelin et a emprunté la rue Sherbrooke pour se terminer à la place du Canada, au centre-ville.Le tout s\u2019est déroulé de façon pacifique et aucune arrestation n\u2019a eu lieu, a confirmé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).Le Devoir Des milliers de personnes dans la rue contre le racisme JACQUES NADEAU LE DEVOIR La manifestation a démarré à la place Émilie-Gamelin, dimanche, pour ensuite se déplacer vers la place du Canada.F R A N Ç O I S D E S J A R D I N S U n appareil Q400 de Bombardier a dû effectuer un atterrissage d\u2019urgence à l\u2019aéroport international de Belfast vendredi, car le train avant refusait de se déployer.L\u2019avion de la compagnie Flybe, qui transportait 53 passagers de Belfast vers Inver- ness, a dû larguer du carburant pendant deux heures avant d\u2019amorcer l\u2019approche.Selon l\u2019Association des pilotes du Royaume-Uni, ce genre d\u2019atterrissage est une « manœuvre très dif ficile », mais les pilotes, toujours prêts pour ce type de situation, ont « fait un travail exceptionnel » dans les circonstances.«Le Q400 est un avion conçu pour être extrêmement fiable, compte tenu des conditions d\u2019exploitation des lignes aériennes régionales (haut niveau d\u2019utilisation quotidienne)», a indiqué Bombardier dans un courriel envoyé au Devoir.«Il est trop tôt pour tirer des conclusions, nous allons attendre d\u2019obtenir les résultats préliminaires avant d\u2019émettre d\u2019autres commentaires.» Flybe a indiqué dans un communiqué qu\u2019elle collaborait avec les autorités et avec le fabricant de l \u2019apparei l .Une personne a reçu des soins pour une blessure légère à la main.Un autre incident est survenu en février à l\u2019aéropor t Schiphol d\u2019Amsterdam.Le mauvais fonctionnement du train d\u2019un Q400, là encore chez Flybe, a entraîné un atterrissage dif ficile, mais sans heurts.Le modèle Q400, un avion dédié aux cour tes distances qui peut transporter jusqu\u2019à 86 passagers, est assemblé dans la région de Toronto.Le Devoir BOMBARDIER Atterrissage d\u2019urgence d\u2019un avion à Belfast S H W A N M O H A M M A D à Souleimaniyeh Le bilan du violent séisme ayant frappé dimanche soir les confins de l\u2019Iran et de l\u2019Irak atteignait 135 morts du côté iranien, au moment d\u2019écrire ces lignes, selon un nouveau décompte diffusé par la radio-télé- vision d\u2019État (IRIB).Selon le site Internet de l\u2019IRIB, il s\u2019agit du nombre de décès recensés à 4h.L\u2019agence étudiante Isna précise que ce chiffre correspond au nombre de corps enregistrés par la médecine légale de la province de Kermanshah (ouest).Le bilan précédent était de 61 morts en Iran.La secousse a été enregistrée à une profondeur de 25 kilomètres à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la ville d\u2019Halabja, dans une zone montagneuse de la province irakienne de Souleimaniyeh, a af firmé l\u2019Institut géologique américain (USGS).Elle a eu lieu à 18 h 18 et a également été ressentie en Irak ainsi qu\u2019en Turquie.Aucun dégât et aucune victime n\u2019ont cependant été enregistrés dans ce dernier pays, selon les autorités.« Nous avons 30 morts dans dif férentes villes », a déclaré dans la nuit à la télévision nationale iranienne Mojtaba Nik- kerdar, le gouverneur adjoint de la province de Kermans- hah, frontalière de l\u2019Irak.Selon la télévision nationale, le séisme a fait au moins 300 blessés, et M.Nikkerdar a averti que le nombre des victimes risquait de s\u2019accroître.En Irak, ce tremblement de terre a fait six morts dans la province de Souleimaniyeh, dans le Kurdistan irakien, selon des responsables.Quatre personnes ont été tuées et une cinquantaine blessées dans la localité de Darbandakhan, à une soixantaine de kilomètres au sud de la ville de Souleimaniyeh, a dit à l\u2019AFP son maire, Nasseh Moulla Hassan.Et « un enfant et un homme âgé ont été tués et 105 personnes blessées » dans la région de Kalar, a fait savoir le directeur de l\u2019hôpital de cette localité située plus au sud.Dans l\u2019ensemble de la province, des personnes sont sorties dans les rues au moment de la secousse et des dégâts matériels ont été signalés, d\u2019après un correspondant de l\u2019AFP.Agence France-Presse Un violent séisme fait au moins 135 morts en Iran Monuments vandalisés La manifestation a pris fin devant la statue de John A.Macdonald, qui a été couverte de peinture rouge dans la nuit de samedi à dimanche.Dans un communiqué, les individus responsables de cet acte de vandalisme affirment n\u2019avoir aucun lien avec l\u2019organisation de la marche et expliquent qu\u2019ils ont ciblé cette statue comme «symbole clair du colonialisme, du racisme et de la suprématie blanche».Le SPVM a ouvert une enquête sur cet incident.Par ailleurs, un monument aux morts situé dans l\u2019arrondissement de Saint-Laurent a aussi été vandalisé, samedi matin, a confirmé la porte-parole du SPVM Andréanne Picard, qui a affirmé qu\u2019il n\u2019y a ancun lien entre les deux gestes. L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 SOCIETE A 5 PHOTOS CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR Pendant un atelier de Valérie Simard (à droite), étudiante et stagiaire en enseignement et militante au sein du Comité unitaire sur le travail étudiant de l\u2019UQAM, au Café Mal-aimé de l\u2019UdeM.RÉMUNÉRATION DES STAGES Une grève étudiante au visage féminin S O P H I E C H A R T I E R A rlette Thevenot est infirmière depuis deux ans.Mère de trois enfants de 13, 10 et 8 ans, elle vient tout juste de terminer ce printemps son DEC-Bac en soins infirmiers au terme duquel elle a dû réaliser un stage de 28 jours, étalés sur 6 semaines.Les tâches accomplies lors de son stage, non rémunéré, étaient sensiblement les mêmes que ce l les de ses quarts de travail comme infirmière.« Avec le travail et le stage, les travaux à faire pour les cours, ça cumulait facilement 60 heures de ma semaine, et ça c\u2019est sans s\u2019occuper de ma famille », se rappelle cette battante de 37 ans qui a choisi de poursuivre ses études en s\u2019ins- c r i van t à l a ma î t r i se en sciences infirmières.Pour ajouter à l\u2019absurde de la situation, Mme Thevenot a effectué son stage à l\u2019hôpital qui l\u2019emploie déjà comme infirmière.Dans son discours, une question revient souvent : «Pourquoi mon stage n\u2019est-il pas payé alors que les internats des apprentis médecins le sont?» C\u2019est une question de valorisation de cer tains domaines par rapport à d\u2019autres, répondent les militantes de la Coalition montréalaise pour la rémunération des stages, pilotée en partie par les CUTE (Comités unitaires sur le travail étudiant).La revendication principale de ces groupes, au-delà des stages, est la rémunération de tous les étudiants.Et cette valorisation, avancent les militantes, est basée sur une hiérarchisation genrée des secteurs professionnels.« Nous, la question qu\u2019on pose, c\u2019est pourquoi les stages dans les domaines comme génie ou médecine sont tous rémunérés, alors que ceux dans le domaine plus du \u201ccare\u201d [en éducation, en communication, en travail social] ne le sont pas », résume Sandrine Belley, porte- parole de la Coalition pour le travail étudiant et membre du CUTE-UQAM.L\u2019étudiante au baccalauréat en travail social avance une ébauche de réponse : les emplois traditionnellement féminins sont vus comme un don de soi, accompli par bonté de cœur ou par amour des autres.«Ça reste du travail ! » Inspirées par la grève des doctorants en psychologie, qui ont obtenu gain de cause l\u2019an dernier au terme d\u2019une longue bataille avec le gouvernement pour faire rémunérer un stage obligatoire de 1600 heures, les associations étudiantes avaient déjà tenu une journée de grève des cours et des stages en février, pour attirer l\u2019attention des autorités sur la précarité des stagiaires.Cet automne, le mouvement se veut international, avec des échos aux États-Unis et au Mexique.Analyse féministe Pour Valérie Simard, étudiante en 4e année au baccalauréat en enseignement, avec spécialisation en adaptation scolaire, et militante au sein de la campagne, la revendication autour des stages se différencie des mobilisations étudiantes des dernières années.«Le mouvement est majoritairement féminin cette fois, dit Mme Simard, qui aura à faire un stage de 57 jours à partir de janvier dans un centre de réadaptation.C\u2019est une analyse féministe sur l\u2019exploitation que l\u2019on propose.» En éducation, les demandes pour dédommagement des stagiaires ne datent pas d\u2019hier.La Campagne de revendications et d\u2019actions interuniversitaires pour les étudiantes et les étudiants d\u2019éducation en stage (CRAIES) est active depuis trois ans pour demander une compensation financière pour le quatrième stage du baccalauréat en enseignement, qui correspond à une charge de cours complète pour environ trois mois.Selon son porte-parole, Ant o i n e C ô t é , é t u d i a n t d e deuxième année au baccalauréat en enseignement du français à l\u2019Université de Montréal, le discours prôné par son regroupement pourrait bénéficier ces jours-ci d\u2019un bon élan.« En octobre, nous avons lancé un plan d\u2019actions concer tées avec d\u2019autres groupes », dit le jeune homme.Il est clair pour lui que certains domaines, comme l\u2019enseignement, pâtissent d\u2019un désengagement de la part de l\u2019État.«Il y a deux constats très faciles à établir: les stagiaires qui ont des meilleures conditions sont dans les secteurs traditionnellement masculins et en général dans la sphère privée.On voit aussi que les métiers à \u201chaute valeur sociale\u201d, comme en médecine, en droit, en génie, et je ne veux pas trop pointer du doigt ces gens car je sais qu\u2019ils ont aussi leurs problèmes de dynamique interne, mais on le voit tout de suite que ces secteurs-là sont plus valorisés et que les stages viennent avec de meilleures conditions.» C\u2019est donc une revalorisation de certains secteurs, croit M.Côté, qu\u2019il faut amorcer.«Nos stagiaires méritent mieux, nos profs méritent mieux!» Le Devoir Vendredi, Journée mondiale des stagiaires, ils étaient 15 000 étudiants à travers la province à être en grève pour demander une rémunération pour tous les stages.Mené par les étudiantes en enseignement, en travail social ou encore en soins infirmiers, ce nouveau soulèvement critique une répartition jugée inégale des ressources dans les différents domaines d\u2019enseignement.On voit aussi que les métiers à \u201chaute valeur sociale\u201d, comme en médecine, en droit, en génie, et je ne veux pas trop pointer du doigt ces gens car je sais qu\u2019ils ont aussi leurs problèmes de dynamique interne, [.] sont plus valorisés et que les stages viennent avec de meilleures conditions Antoine Côté, porte-parole de la Campagne de revendications et d\u2019actions interuniversitaires pour les étudiantes et les étudiants d\u2019éducation en stage (CRAIES) et étudiant de deuxième année au baccalauréat en enseignement du français à l\u2019Université de Montréal « » Cela fait deux ans qu\u2019un débat majeur de santé publique fait rage en Europe : celui autour du renouvellement de la licence d\u2019exploitation du glyphosate, l\u2019herbicide le plus utilisé au monde \u2014 entrant dans la composition du controversé Roundup, de la non moins controversée multinationale Monsanto.Au Canada, pas de questionnement de semblable ampleur sur cet herbicide pourtant classé «cancérigène probable» pour l\u2019humain par une agence de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).n 2015, l\u2019Union européenne s\u2019apprêtait à prolonger l\u2019autorisation du glyphosate pour quinze ans, de 2016 à 2031, sans trop se poser de questions, puisque le désherbant était jugé sûr par les agences réglementaires.La mise en garde du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l\u2019OMS, est venue tout changer.Les environnementalistes se mobilisent alors, les gouvernements européens se divisent et tergiversent.La Commission européenne (CE) a plusieurs fois tenté, sans succès, de dégager une majorité parmi les 28 États membres en faveur d\u2019une réauto- risation de l\u2019herbicide, dont la licence expire le 15 décembre prochain.Plus récente tentative : jeudi dernier, alors que l\u2019exécutif européen a proposé un renouvellement pour cinq ans.Une majorité de pays (14) a bien voté pour ce compromis, mais comme ils ne regroupent pas au moins 65% de la population, il n\u2019a pu être entériné.L\u2019Allemagne s\u2019est abstenue, alors que la France, par la voix de son écolo-ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, avait déjà fait savoir qu\u2019elle voterait contre une proposition allant au-delà de trois ans.Ce dont M.Hulot s\u2019est félicité, faisant élégamment valoir «que tout le monde a inscrit dans son logiciel qu\u2019au-delà d\u2019une réautorisation [\u2026], ce sur quoi il faut travailler, c\u2019est comment petit à petit, mais assez rapidement, on va s\u2019affranchir de toutes ces molécules qui, de manière assez justifiée, occasionnent une défiance entre le consommateur et le mode alimentaire».On en est là.De ?l en aiguille, le débat n\u2019a plus porté seulement sur la durée de renouvellement de la licence, renouvelable par dé?nition, mais sur une «interdiction programmée».Ce qui représente un pas dans la bonne direction dans un monde de plus en plus pollué par les produits chimiques, en particulier dans les pays en développement, et dont les perturbateurs endocriniens ne sont pas les moins sournois \u2014 ces substances qui entrent dans la fabrication de produits de la vie courante, comme les cosmétiques et les jouets, et qui sont susceptibles d\u2019être à l\u2019origine de dysfonctionnements, comme l\u2019obésité ou des retards de développement.Il n\u2019est objectivement pas facile d\u2019établir un lien direct entre un pesticide et un problème de santé publique, même si les indices existent.D\u2019autant moins facile que le glyphosate est un ingrédient parmi d\u2019autres qui entrent dans la fabrication du Roundup, commercialisé depuis 1975.Des failles que l\u2019industrie ne se prive pas d\u2019exploiter, du reste.Grâce aux tribunaux, le débat a encore pris de l\u2019ampleur cette année avec le scandale des «Monsanto Papers», ces dizaines de milliers de pages de documents internes que le géant de l\u2019agrochimie a dû rendre publics dans la foulée d\u2019un procès intenté aux États-Unis par plus de 3000 victimes ou proches de victimes d\u2019un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, dont ils tiennent responsables Monsanto et son glyphosate.Ces documents, que Le Monde a disséqués, montrent par le menu comment s\u2019y est pris Monsanto pour manipuler les données scienti?ques et passer sous silence les risques que représente son très populaire pesticide \u2014 alors que c\u2019est sur les études de l\u2019entreprise que les autorités américaines se sont appuyées pour autoriser le glyphosate en 1994.À Bruxelles, l\u2019Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui a conclu à la non-toxicité du glyphosate, a été vertement critiquée après que The Guardian eut rapporté que les évaluations de l\u2019agence avaient été copiées des études de Monsanto\u2026 Le scandale des Monsanto Papers plaide haut et fort pour le principe élémentaire d\u2019intégrité scienti?que, le scandale étant que des gouvernements laissent les enjeux de santé publique se diluer dans une négligence à forte teneur en complaisance.D\u2019autant que le gly- phosate ne constitue évidemment pas un cas isolé.Plutôt une illustration parmi bien d\u2019autres de la façon par laquelle des multinationales s\u2019emparent des États et de leurs institutions.Au Canada, le gouvernement fédéral a autorisé en avril dernier l\u2019utilisation du gly- phosate pour une nouvelle période de 15 ans.Avec l\u2019Europe, le décalage en matière de questionnement est énorme.Il faudra bien un jour que le débat ait lieu ici aussi.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S À quand une journée annuelle pour le souvenir des victimes de la guerre ?Pour commémorer le souvenir des soldats mor ts sur les champs de ba- tail le, nous avons notre jour née annuelle du 11 novembre.Cette commémoration s\u2019accompagne d\u2019une liturgie militaire : salves de canons, passage d\u2019avions de chasse, défilés d\u2019anciens combattants\u2026 Je souhaiterais qu\u2019annuellement une journée du souvenir soit également consacrée aux milliers, pour ne pas dire aux millions, de victimes civiles, qui subissent les bombardements de leurs maisons, d\u2019hôpitaux, de marchés publics et sont parfois touchées par des attaques mal ciblées.Ce sont des victimes complètement innocentes : enfants, femmes, vieillards.Ces personnes auraient droit à des monuments, à l\u2019offrande de gerbes de fleurs, à des minutes de silence.Une telle journée aurait le mérite de nous faire réfléchir aux hor ribles ef fets de nos guerres et de nous motiver à militer pour la paix.Jean-Pierre Joly Sainte-Adèle, le 11 novembre 2017 L I B R E O P I N I O N P I E R R E L E V Y Diplômé de l\u2019École hôtelière de Lausanne P rostitution et proxénétisme, agressions diverses, trafic de drogue, terrorisme : non, il ne s\u2019agit pas du sommaire d\u2019une émission à sensation consacrée à la vie nocturne d\u2019une exotique république bananière.Ces fléaux, bien réels, sont de plus en plus souvent le lot de simples particuliers, dont le seul tort est d\u2019avoir loué leur appartement sur une plateforme en ligne de type Airbnb.Si ces phénomènes restent, heureusement, marginaux, ils prennent de l\u2019ampleur.En témoignent les récurrents faits divers relayés par la presse : cet été, ce sont deux jeunes Françaises qui ont ainsi découvert, dans l\u2019appartement qu\u2019elles avaient loué en Espagne par la plate- forme Airbnb, une caméra les filmant au sortir de la douche.À Montréal, un proxénète se servait d\u2019appartements proposés sur le même site afin d\u2019y exploiter un véritable réseau de prostitution, tout en s\u2019adonnant à la production de drogue.En 2015, c\u2019est un jeune Américain qui s\u2019est retrouvé séquestré et violé par son hôte espagnole.Mais il y a encore plus grave : tout le monde se souvient hélas du fameux « Djawad », cet homme soupçonné d\u2019avoir accueilli, dans un appartement de la ville francilienne de Saint-De- nis, une partie des terroristes ayant perpétré les attentats du 13 novembre 2015.Plus récemment, c\u2019est le kamikaze de l\u2019attaque de Manchester, Salman Abedi, qui a pu séjourner dans un logement loué sur Internet avant de passer à l\u2019acte.Le tout, sans être inquiété le moins du monde par les services de police, qui ignoraient tout simplement sa présence dans la ville.Deux poids deux mesures Les plateformes de locations en ligne comme Airbnb ne sont évidemment pas directement responsables des abus commis par certains de leurs utilisateurs.Il ne s\u2019agit pas non plus de jeter l\u2019opprobre sur une manière de voyager et de séjourner qui séduit de nombreux touristes.Mais force est de constater que l\u2019absence de normes de sécurité favorise le développement d\u2019activités illicites.Autant d\u2019activités qui ne se produisent pas dans les hôtels traditionnels sous surveillance.Et pour cause : contrairement aux particuliers proposant leur logement sur des sites Internet, les professionnels de l\u2019hôtellerie sont soumis à une législation extrêmement stricte en matière de sûreté et sécurité.Je pense bien sûr aux normes contraignantes, obligatoires et aux contrôles draconiens opérés par des commissions de sécurité en matière de protection et de prévention contre les incendies.Ces mêmes contrôles totalement absents des locations entre particuliers.Je pense aussi et surtout à l\u2019obligation faite à tous les exploitants d\u2019hébergements touristiques de faire remplir à leurs clients étrangers une « fiche individuelle de police ».Autrement dit, chaque touriste arrivant dans un hôtel français est tenu de communiquer un certain nombre de renseignements personnels (nom et prénom, date et lieu de naissance, nationalité, domicile habituel, numéro de téléphone portable, courriel, etc.).Autant de données précieuses que l\u2019hôtelier doit conserver durant une période de six mois et transmettre aux services de police si ceux-ci en font la demande.Élémentaires mesures de sécurité, dira-t- on\u2026 Élémentaire, oui, mais pas chez les plate- formes de location en ligne.Contrairement aux professionnels de l\u2019hôtellerie, la législation ne contraint pas les loueurs en ligne à déclarer qui vient occuper les appartements de plus en plus nombreux qui sont loués par des particuliers.Alors que l\u2019on estime à 80 000 le nombre de logements proposés par la seule entreprise Airbnb à Paris, cette lacune pose une vraie question de sécurité publique.Irrégularités En retard sur les grandes métropoles internationales, la Mairie de Paris multiplie les initiatives afin de lutter contre la location meublée touristique illégale.Il faut s\u2019en féliciter.Mais alors que les Français vivent depuis des années dans le cadre du plan Vigipirate renforcé et sous l\u2019état d\u2019urgence, alors que la menace terroriste n\u2019a jamais été aussi forte qu\u2019aujourd\u2019hui, peut-on encore se contenter de ce deux poids deux mesures aux conséquences potentiellement dramatiques?La mairesse Anne Hidalgo souhaite que chaque loueur parisien déclare le nombre de locations qu\u2019il réalise en une année.C\u2019est un pas en avant.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019identité de chaque locataire pénétrant dans les lieux ?Pourquoi, d\u2019un côté, obliger les hôteliers traditionnels à faire remplir une fiche de police à tous leurs clients étrangers et, de l\u2019autre, tolérer une absence totale de vérification des clients des plateformes en ligne ?On parle bien ici de l\u2019équivalent de la moitié du parc d\u2019accueil touristique parisien : n\u2019y a-t-il pas urgence à faire appliquer la loi ?En effet, la loi existe, le Code de l\u2019entrée et du séjour des étrangers stipule en toutes lettres que les par ticuliers qui louent un logement meublé aux vacanciers sont aussi concernés par la fiche de police.Pourquoi ne pas demander à la plateforme de l\u2019hébergeur de retranscrire les indications fournies par le client lors de sa réservation, données qui seraient automatiquement transmises à l\u2019autorité compétente, avec la copie des passeports ou cartes d\u2019identité de tous les occupants?Un particulier qui loue régulièrement son logement sur Internet devient, de fait, un concurrent des hôtels \u2014 et, par défaut, un ERP (Établissement recevant du public), même si ce statut n\u2019est pas encore, hélas, reconnu.À lui d\u2019engager sa responsabilité en ce qui concerne l\u2019identité des clients auxquels il ouvre sa porte.Et de permettre aux services de police d\u2019intervenir s\u2019ils détectent une menace ou une irrégularité.La sécurité est la première des libertés, ne cessent de répéter les responsables politiques.Elle est surtout affaire de bon sens.Et l\u2019affaire de tous.Airbnb : criminels et terroristes peuvent-ils rentrer chez vous ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Il ne faut pas confondre une revendication politique et une pratique religieuse Le paradoxe n\u2019est pas banal.Sous couvert de sa conversion à la religion musulmane, une Québécoise revendique le droit du port d\u2019un voile intégral sur son visage.Pour tant, des femmes issues de fortes traditions musulmanes dans certains pays d\u2019Afrique du Nord se sont battues et ont obtenu le retrait de cette obligation visant à les maintenir dans un statut d\u2019invisibilité, si ce n\u2019est d\u2019infériorité.En fait, le caractère très médiatique du port du voile de cette femme ne fait pas de doute : il s\u2019agit bien là d\u2019une contestation à caractère strictement politique, à cent lieues de la foi religieuse qu\u2019elle revendique.Et qui fait ainsi la démonstration éloquente de l\u2019inadéquation du remplacement de l\u2019implantation d\u2019un cadre politique et juridique de laïcité de l\u2019État par des mécanismes flous de reconnaissance de neutralité religieuse.Ainsi, comment justifier l\u2019insistance sur le port du voile pour les femmes comme un élément central du débat sur la laïcité et passer sous silence tous les signes séculaires distinctifs d\u2019appartenance religieuse, et de revendication politique, faut- il le rappeler, tout aussi présents chez les hommes (soutane, turban ou kippa, à titre d\u2019exemple).Non seulement l\u2019établissement de signes religieux distinctifs et les conditions de leur utilisation publique s\u2019avèrent des terrains fertiles à toutes formes d\u2019interprétation juridique, mais ils favorisent également le recours à la protection et à la primauté des droits individuels et inter- ethniques pour contester toute mesure visant l\u2019établissement de la laïcité de l\u2019État.Il convient pourtant de ne jamais perdre de vue qu\u2019un tel débat s\u2019inscrit dans les fondements historiques sociologiques spécifiques de la société québécoise.Il s\u2019agit d\u2019un cocktail composé de l\u2019influence historique politique majeure des autorités religieuses, du développement tardif mais senti du discours politique féministe, d\u2019un enchevêtrement de structures juridiques et politiques issues des traditions française et britannique.Tous ces ingrédients sont donc réunis et accessibles à toute personne ou à tout organisme désirant contrer l\u2019implantation de mesures visant à inscrire la laïcité comme l \u2019un des fondements de l\u2019État québécois.Serge Genest Québec, le 11 novembre 2017 PESTICIDES Contrer Monsanto E GUY TAILLEFER L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).M algré les apparences, on peut traiter de la Catalogne et du Kurdistan dans une même chronique.Car l\u2019Espagne et l\u2019Irak, en adoptant une politique de totale intransigeance, ont aggravé les crises alors que le dialogue aurait été nécessaire et salutaire.En Catalogne, la ferveur indépendantiste a bondi depuis 2010, quand le nouveau statut d\u2019autonomie voté par le Parlement espagnol et ratifié par les Catalans a été partiellement recalé par la Cour constitutionnelle d\u2019Espagne, saisie, rappe- lons-le, par Mariano Rajoy.Il y a fort à parier qu\u2019une modification à la Constitution aurait alors évité le désastre actuel.Car, si le gouvernement de la Generalitat a procédé comme il l\u2019a fait en transgressant les lois et la Constitution, c\u2019est parce que Rajoy et son Parti populaire ne lui ont pas laissé d\u2019autre choix.Pour paraphraser Bertolt Brecht: Rajoy, plutôt que de changer la Constitution, a rêvé de «dissoudre» la nation catalane! Au Kurdistan, où je me suis personnellement rendue à deux reprises, la situation est dif fé- rente : une Constitution irakienne qui n\u2019interdit pas la sortie d\u2019une de ses composantes, un référendum organisé selon les règles de l\u2019art en présence de 138 observateurs internationaux, un taux de participation de 72,16 % et un « oui » à l\u2019indépendance à 92,73 %.Les 36 millions de Kurdes dispersés dans quatre pays auraient dû obtenir en 1920 leur propre pays si les signataires du traité de Sèvres n\u2019avaient pas renié leur engagement.Mais le rêve d\u2019indépendance est toujours resté vivace dans l\u2019imaginaire kurde.Aujourd\u2019hui, ce sont les 8 millions de Kurdes irakiens qui devraient être en mesure de le concrétiser.Or, comme la Catalogne, le Kurdistan se retrouve isolé sur la scène internationale.Les Catalans pour avoir cru en l\u2019Europe, les Kurdes parce qu\u2019ils ont été trahis par leurs alliés, au premier chef, les États-Unis.Car pour l\u2019Europe, il n\u2019y a plus que le statu quo perpétuel qui compte.Ce q u i l a r e n d a v e u g l e , sourde et pratiquement muette.Sauf lorsque le président de la Commission européenne, Jean- Claude Juncker, cet ancien premier ministre du Luxembourg, paradis fiscal de 600 000 habitants, prend la parole pour faire la morale aux Catalans.Pour les Kurdes, la situation est plus dramatique : Bagdad, sous influence iranienne, a répondu à l\u2019expression dé- mocrat ique du peuple kurde par la voix des armes (celles livrées par les Américains pour combattre Daech !), occupant Kirkouk et les champs pétrolifères, poumons financiers du Kurdistan.Opération menée avec l\u2019aide de milices chiites, irakiennes, ma is auss i iran iennes, grâce au feu ver t donné par la coalition militaire internationale anti-Daech, France et Canada inclus.La coalition a trahi les Kurdes, son allié le plus fiable dans la région.Les Peshmergas ont perdu plus de 2000 hommes dans cette guerre.Pour remercier les Kurdes d\u2019avoir, de surcroît, généreusement accueilli plus d\u2019un million et demi de réfugiés, dont de nombreux chrétiens et des yézidis condamnés au génocide par Daech, les États-Unis, qui mènent cette coalition, ont permis cette attaque! Dans une incompréhensible incohérence par ailleurs, car un des enjeux, finalement, n\u2019est-ce pas la prédominance ou non dans la région de l\u2019Iran, l\u2019ennemi juré des Américains?La suite En Catalogne, les élections du 21 décembre se tiendront sous haute tension.Comment les indépendantistes pourront-ils faire une vraie campagne?Quelle sera la réaction des Catalans?Dépit, sursaut, résignation?Quels que soient les résultats, il est certain que le problème catalan ne disparaîtra pas.Un jour, il faudra bien un nouveau référendum, organisé cette fois sous l\u2019égide de la communauté internationale.Quant aux Kurdes, qui ne demandent pas leur indépendance immédiatement, seule la pression internationale ferait entendre raison à l\u2019Iran, à la Turquie et à l\u2019Irak, tous trois ligués contre eux.La France ne peut se dérober ; elle a une responsabilité historique par rapport aux Kurdes, responsabilité assumée par François Mitterrand en son temps.Sa première résolution vient d\u2019échouer au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine et la Grande-Bretagne ayant opposé leur veto.La France doit revenir à la charge et mettre tout son poids dans la balance, car les Kurdes comptent d\u2019abord et avant tout sur elle.En attendant, les temps sont durs pour les indépendantistes ! Sale temps pour les indépendantistes LOUISE BEAUDOIN En Catalogne, les élections du 21 décembre se tiendront sous haute tension.Comment les indépendantistes pourront-ils faire une vraie campagne?P I E R R E P A H L A V I Membre de l\u2019Observatoire sur le Moyen-Orient et l\u2019Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand ême si elle vient de monter d\u2019un cran, la rivalité entre l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudite ne date pas d\u2019hier.Depuis 1979, les deux pays tentent de faire reconnaître leur leadership sur le Moyen-Orient.Cette rivalité est basée sur une logique de jeu à somme nulle.Selon cette logique, chacun a la certitude qu\u2019une victoire (diplomatique, politique ou économique) de la partie adverse se traduit nécessairement par une défaite pour lui-même.Vu comme une victoire diplomatique de l\u2019Iran, l\u2019accord nucléaire de 2015 a eu pour effet d\u2019aggraver cette dynamique.Les pétromonar- chies ont eu l\u2019impression qu\u2019un réchauffement des relations entre Téhéran et Washington allait nécessairement s\u2019accompagner d\u2019une remise en cause de leur relation privilégiée avec les États-Unis.La visite du président américain au Moyen- Orient au mois de mai dernier et l\u2019adoption de ce que l\u2019on appelle la « doctrine Trump » a marqué un « reset » de la politique de Washington envers la région.La Maison-Blanche a clairement indiqué sa volonté de prendre ses distances avec l\u2019Iran pour se rapprocher des monarchies arabes du Conseil de coopéra- t i o n d u G o l f e .C e r é a l i g n e m e n t a é t é confirmé par Donald Trump durant sa récente visite au Japon.Dans une large mesure, l\u2019adoption de la « doctrine Trump » a été le déclic qui a encouragé l\u2019Arabie saoudite à durcir sa politique régionale.Cela s\u2019est traduit par la mise en quarantaine du Qatar au moyen de laquelle Riyad a voulu réaffirmer son rôle de leader incontesté du monde sunnite, mettre en garde contre toute normalisation des relations avec Téhéran et éviter ainsi que l\u2019Iran redevienne, comme avant 1979, une pièce centrale et dominante de l\u2019échiquier moyen-oriental.La réorientation de la politique américaine s\u2019est accompagnée d\u2019une forte détérioration de la relation entre la république islamique et le royaume wahhabite.Jusqu\u2019à présent, l\u2019affrontement entre les deux camps adverses se limitait à des zones relativement périphériques : le Yémen et la Syrie.Désormais, c\u2019est une crise ouverte qui peut avoir des implications majeures pour toute la région.Une nouvelle étape a été franchie la semaine dernière.Parmi les symptômes de l\u2019aggravation de la situation, il y a la purge opérée par le prince ben Salman, la démission du premier ministre libanais attribuée par les Saoudiens au Hezbollah pro-iranien et le tir de missiles du Yémen vers l\u2019Arabie saoudite également attribué aux alliés houtis de Téhéran.Riyad est même allé jusqu\u2019à parler de « déclaration de guerre iranienne contre l\u2019Arabie saoudite ».Pour autant, cette crise va-t-elle nécessairement déboucher sur un conflit ouvert entre l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudite ?Il est permis d\u2019en douter.Certes, la région est extrêmement polarisée et militarisée.Le Moyen-Orient est une vraie poudrière, et la situation est plus délétère que jamais.En même temps, il faut garder à l\u2019esprit que le rapport de force militaire entre l\u2019Iran et l\u2019Arabie est fondamentalement dissymétrique.Plus précisément, ce rappor t de force est particulièrement désavantageux pour l\u2019Iran sur le plan des capacités militaires conventionnelles.L\u2019Iran possède plusieurs centaines de milliers d\u2019hommes, mais n\u2019a pas le matériel militaire de haute technologie pour accompagner leur déploiement.À l\u2019inverse des Iraniens, les Saoudiens ont accès à une technologie militaire dernier cri, mais ne peuvent pas déployer des dizaines de milliers d\u2019hommes.Conscient de cette situation, l\u2019Iran va donc tout faire pour essayer d\u2019esquiver la confrontation directe avec l\u2019Arabie saoudite.De sorte qu\u2019une guerre ouverte, de type conventionnel, entre la république islamique et le royaume wahhabite est possible, mais demeure for t heureusement peu probable.Réalignement de l\u2019échiquier politique dans le golfe Persique M BANDAR AL-JALOUD SAUDI ROYAL PALACE AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019adoption de la « doctrine Trump» a été le déclic qui a encouragé l\u2019Arabie saoudite à durcir sa politique régionale à la suite de la visite du président américain en mai.F R É D É R I C S A U S S E Z Professeur en Fondements de l\u2019Éducation à l\u2019Université de Sherbrooke et rédacteur en chef de la revue Nouveaux cahiers de la recherche en éducation es consultat ions publiques pour la création d\u2019un inst itut nat ional d\u2019excellence en éducation au Québec battent leur plein.Le document d e c o n s u l t a t i o n q u i oriente le processus et le contenu brille toutefois par son indigence intellectuelle.Il laisse présager de durs lendemains pour le système éducatif et les ar tisans de l\u2019éducation.En effet, il n\u2019instruit nullement le lecteur d\u2019enjeux liés à la création d\u2019un tel institut ou d\u2019arguments soutenant un tel projet.En outre, il est muet sur de nombreuses questions : diagnostic concernant les rapports entre recherche et pratique, analyse comparative de modèles de dif fusion et d\u2019appropriation de nouvelles pratiques, évaluation de solutions en référence aux différents instituts cités dans le document, explicitation du mandat, du fonctionnement, du financement, des processus de nomination ou encore des rapports de cet institut avec les interfaces compilant déjà des données probantes.Incompétence ou plan secret, la responsabilité du ministre me semble engagée en cautionnant la forme et le contenu de la consultation.Il me semble impératif de tirer la sonnette d\u2019alarme devant les dangers de laisser les trois individus du groupe de travail jouer aux apprentis sorciers avec la gestion de l\u2019école publique, la régulation du travail enseignant et l\u2019appréciation de la qualité de la recherche en éducation.Résultats Tout d\u2019abord, le projet participe à l\u2019institutionnalisation de la gestion axée sur les résultats en éducation.Celle-ci a pour fonction la mise en œuvre de mécanismes de mesure et de contrôle de l\u2019ef fica- cité du système en matière d\u2019outputs, dont le taux de diplomation des moins de 20 ans évoqué par le groupe de travail.Sous cet angle, les données probantes constituent une ressource adaptée aux besoins des gestionnaires afin d\u2019étendre l\u2019évaluation et la sur veillance de l\u2019ef ficacité jusqu\u2019aux contenus du travail enseignant.Elles apparaissent, dans le langage des gestionnaires, comme une nouvelle catégorie cognitive légitimant la nécessité d\u2019orienter les pratiques en fonction de critères d\u2019efficacité plutôt que de justice sociale.Une régulation managériale de pédagogie est alors rendue possible par l\u2019articulation des instruments actuels de mesure des outputs de la classe et des indicateurs relatifs à la mise en œuvre ou non de pratiques exemplaires par l\u2019enseignant.Ensuite, un grand nombre d\u2019écrits scientifiques mettent en lumière les effets délétères, autant sur les professionnels que sur les bénéficiaires, de politiques publiques prescrivant le recours à des pratiques fondées sur des données probantes en éducation et en santé aux États-Unis et au Royaume-Uni.En éducation, Diane Ravitch \u2014 ancienne sous-secrétaire à l\u2019éducation sous Bush père et Clinton \u2014 a documenté la façon dont la régulation managériale du travail enseignant et des établissements scolaires mise en œuvre dans le cadre de la législation No Child Left Behind, sous la férule de l\u2019Institute of Education Sciences, contribue à démanteler l\u2019école publique états- unienne.Greenhalgh et ses collaborateurs \u2014 spécialistes et partisans de la médecine basée sur des données probantes \u2014 ont dénoncé l \u2019accro issement démesuré du contrôle exercé par les gestionnaires de la santé sur la relation de soin (managed care) ainsi que les gains marginaux pour la pratique engendrés par les données probantes.Le document de consultation ne projette-t-il pas l\u2019image d\u2019enseignants peu compétents ou résistant aux données probantes ?Ils méritent donc bien d\u2019être davantage dirigés, contraints par un esprit gestionnaire dans le choix des meilleurs moyens pédagogiques à mettre en œuvre.Ainsi, ce projet d\u2019institut repose sur une vision simpliste de la régulation pédagogique.Il légitime un management technocrat ique des conduites professionnelles.Qualité de la recherche Le groupe de travail manifeste son adhésion à la hiérarchisation des démarches de recherche promues par les par tisans des données probantes.Il fait fonctionner, par conséquent, une vision normative de celle-ci et véhicule, en creux, un jugement négatif sur la majorité des recherches menées au Québec par de dangereux chercheurs propageant des superstitions pédagogiques.Leurs résultats ne valent pas plus que le sens commun.Ce rappor t d isqual i f ie, par conséquent, nombre de chercheurs qui travaillent au quotidien avec des enseignants pour explorer de nouvelles pistes d\u2019intervention auprès des élèves et pour produire des instruments d\u2019intelligibilité des pratiques éducatives.En l\u2019absence d\u2019indication quant au mandat et au financement de l\u2019Institut ainsi qu\u2019à son ar ticulation avec les centres de recherche existants, ne doit-on pas craindre de confier à ces trois personnes les moyens d\u2019infléchir les orientations de la recherche en éduca- t ion au Québec pour les prochaines années ?Il ne s\u2019agit pas ici de diminuer l\u2019appor t des données probantes pour une prise de décision éclairée en matière de politique, de gestion et d\u2019intervention éducatives, mais plutôt de soulever des questions importantes liées à la production, à la traduction et à l\u2019usage des données probantes ainsi qu\u2019à leur articulation avec d\u2019autres données de recherche et d\u2019autres formes de rationalité en jeu dans le jugement professionnel.En son état, le document de consultation ne permet de clarifier aucune des interrogations soulevées dans cet essai.La consultation ne peut donc être conduite de façon rigoureuse et impar tiale.Elle s\u2019apparente plutôt à une mascarade.N\u2019a-t-elle pas pour dessein de préparer le terrain à une standardisation du travail enseignant au Québec, prélude à une normalisation sociale des élèves?Pour une standardisation de la pédagogie au Québec ?JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le projet participe à l\u2019institutionnalisation de la gestion axée sur les résultats en éducation, selon Frédéric Saussez.L L E D E V O I R , L E L U N D I 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S des appareils qui analyseront la salive des conducteurs.« La salive n\u2019est pas un très bon indicateur », tranche d\u2019entrée de jeu Ryan Vandrey, de l \u2019école de médecine de la Johns Hopkins University.« À l\u2019heure actuelle, il n\u2019y a pas de marqueur biologique qui puisse prédire avec exactitude en bord de route le niveau d\u2019intoxication », argue ce professeur associé de pharmacologie comportementale, qui a mené plusieurs études scientifiques sur le cannabis.À son avis, une interdiction complète de la conduite après consommation de marijuana est irréaliste.Car quand la drogue sera légalisée, elle sera consommée et se retrouvera dans le métabolisme de ses consommateurs.Or la quantité résiduelle de THC \u2014 l\u2019ingrédient actif le plus important du cannabis \u2014 augmente avec la fréquence de consommation.« Vous pourriez avoir quelqu\u2019un qui fume tous les soirs chez lui avant de se coucher et, le lendemain, il sera positif à un test tout au long de la journée.Même s\u2019il n\u2019a pas fumé, explique Ryan Vandrey au Devoir.Il ne sera plus intoxiqué, mais il aura un taux de cannabinoïdes plus élevé que zéro.» En revanche, un consommateur occasionnel qui viendrait tout juste de manger un brownie au cannabis af ficherait un taux de THC moins élevé que le consommateur régulier qui est à jeun, même s \u2019 i l est très intox iqué , a constaté M.Vandrey au fil de ses recherches.« Distinguer une nouvelle utilisation d\u2019une utilisation résiduelle, c\u2019est incroyablement dif ficile, peu im- por te la méthode de vérification », note l\u2019expert.Québec n \u2019est pas seul à vouloir imposer une tolérance zéro.L\u2019Ontario et le Nouveau- Brunswick ont prévu faire de même, mais seulement pour les conducteurs de moins de 21 ans et ceux qu i ont des permis de conducteurs débutants.Le gouvernement onta- rien veut aussi imposer la tolérance zéro aux conducteurs commerciaux.Un gouvernement pourrait- il établir un taux de THC légal maximal qui serait considéré comme nul pour tenir compte des fumeurs fréquents ?Non, tranche Ryan Vandrey.Car la science ne permet pas de toute façon de déterminer le niveau d\u2019intoxication au cannabis en analysant simplement la salive, le sang ou l\u2019urine d\u2019un individu.La science fait défaut Le professeur Vandrey a notamment cosigné une étude, cet hiver, examinant les effets du cannabis sur 18 adultes qui n\u2019étaient pas des consommateurs réguliers.Leur constat : le THC est décelable dans la salive moins longtemps que ne sont ressentis les ef fets psycho- tropes, que la drogue soit fumée ou consommée de façon comestible.L\u2019écar t est plus grand lorsque le cannabis est avalé.«Chez la majorité des participants, le moment de la dernière détection de THC dans le liquide oral précédait le dernier effet ressenti de la drogue », conclut l\u2019étude.Bien que le cannabi- noïde n\u2019apparaisse plus dans la salive des sujets, ils n\u2019étaient toujours pas en mesure de réussir les tests cognitifs.Le THC est décelable dans la salive en moyenne deux heures après consommation.Mais déjà, lors de la seconde heure, les taux baissent rapidement.Or, les ef fets de la drogue peuvent durer de quatre à cinq heures lorsqu\u2019elle est fumée, et jusqu\u2019à six à huit heures lorsqu\u2019elle est consommée sous forme comestible.Le cannabis comestible atteint son ef fet de pointe environ trois heures après la consommation, soit après la période de détection de THC dans la salive.« Cela ne correspond pas au niveau d\u2019intoxication », argue Ryan Vandrey, qui avait notamment été invité à témoigner devant le comité parlementaire qui a étudié le projet de loi sur la légalisation de la marijuana d\u2019Ottawa.«À moins d\u2019arrêter les gens tout de suite après qu\u2019ils ont consommé, vous allez quand même faillir à le déceler et ils pourraient être encore intoxiqués », prévient-il.«C\u2019est bien de regarder la salive.C\u2019est pratique, c\u2019est facile.Le problème, c\u2019est que ce n\u2019est pas fiable », observe à son tour Pierre Beaulieu, professeur de pharmacologie à l\u2019Université de Montréal et anesthésiologiste au CHUM.Un défi pour les policiers Le THC apparaît plus longtemps dans le sang : trois ou quatre heures lorsque le cannabis est fumé , six à huit heures sous forme comestible.Mais les délais pour ce test plus poussé sont importants : le temps qu\u2019un policier intercepte un conducteur, lui fasse subir un premier test de coordination, qu\u2019il analyse la salive du conducteur et qu\u2019il se dirige ensuite vers le poste de police pour faire une prise de sang et l\u2019analyser à son tour.La Sûreté du Québec explique, et c\u2019est la même chose au Service de police de la Ville de Montréal, qu\u2019elle vérifie plus souvent l \u2019urine que le sang, qui est plus compliqué à prélever.Mais le THC et les ingrédients actifs du cannabis y restent présents plusieurs jours, voire jusqu\u2019à deux semaines.Encore là, le taux de THC d\u2019un consommateur fréquent poserait problème.Le projet de loi fédéral sur la conduite avec capacités affaiblies fixe à 5 nanogrammes par millilitre de sang (ng/ml) la quantité de THC qu\u2019un conducteur pourra avoir dans le corps pour prendre le volant.Un usager fréquent aura, sans avoir consommé depuis 24 heures, 5 ng/ml dans le sang, note Ryan Vandrey.Autre écueil : lors de son étude scientifique, seuls 2 de ses 18 sujets ont atteint une concentration de THC de 5 ng/ml ; aucun d\u2019entre eux ne l\u2019a dépassée, «et ils étaient considérablement affectés» rapporte-t-il.Quelques cas de fumée secondaire entraînant un taux de THC dans la salive ont aussi été répertoriés.Ils ne sont cependant pas concluants, consent Ryan Vandrey, car la moitié des sujets exposés à une fumée secondaire pendant une heure dans une pièce sans ventilation ont eu un résultat de THC positif par la suite.Bref, la science démontre que le contrôle du cannabis sur les routes sera «complexe et incertain», résume Pierre Beau- lieu.«Ce n\u2019est pas demain que les policiers vont être prêts à faire ce dépistage.Ou alors, il sera sujet à caution et très contestable », prédit-il, puisque les contrevenants pourront aisément mettre en doute la validité d\u2019une évaluation de leur taux d\u2019intoxication.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 TOLÉRANCE avaient été signalés par du personnel médical en 2012-2013 et 2013-2014.Dans les deux années qui ont suivi la médiatisation de certains cas au CHU Sainte-Justine, le nombre d\u2019enfants signalés a été de 457 et 450 cas, soit une baisse concrète de 18% entre 2012 et 2015.Le nombre de signalements a ensuite repris son cours normal, pour remonter à 595 cas en 2016-2017.Au Centre jeunesse Batshaw, dont la clientèle est bien moindre, une diminution de 25 à 30 cas a aussi été ressentie les mêmes années.Contrecoup au CHU Sainte-Justine Là où l\u2019effet a été le plus marqué, c\u2019est à la Clinique sociojuridique du CHU Sainte-Justine, spécialisée dans l\u2019évaluation des enfants victimes de sévices physiques ou sexuels, frappée de plein fouet par les cas portés à l\u2019attention des médias dès 2013.De 400 jusqu\u2019à 500 par année avant 2013, le nombre total d \u2019enfants suivis par la clinique spécialisée (tant à l\u2019externe, au centre de jour que lors d\u2019une hospitalisation) aurait reculé à plus ou moins 350 cas en 2014-2015, puis autour de 250 cas en 2015-2016, indiquent des données compilées depuis les années 2000.Le rapport annuel de 2013-2014 de la clinique lie clairement ce recul à la mauvaise publicité dont a fait l\u2019objet l\u2019hôpital.Le rapport fait état d\u2019une baisse de 17 % des patients vus en ambulatoire.« Pour les demandes de consultations pour les patients hospitalisés, le nombre de consultations a diminué de 21 %, [\u2026] reflétant probablement certains effets de la campagne médiatique », note le bilan officiel de la clinique.Les cas hospitalisés sont souvent les cas de mauvais traitements soupçonnés les plus sérieux, et ceux qui, dans de rares cas, se soldent par des décès.Le bilan dressé pour 2013-2014 note «que les répercussions au niveau des soins en maltraitance des enfants se sont aussi manifestées ailleurs que dans notre centre hospitalier».En effet, une proportion significative des cas soupçonnés de mal- traitance dirigés vers le centre pédiatrique provient d\u2019autres régions, notamment de Laval, de la Montérégie et des Laurentides.«La confiance, principalement des parents, et même des DPJ envers les services médicaux [\u2026], conclut le rapport, a été durement ébranlée\u2026» Craintes chez les médecins Selon les proches du Dr Sirard, notamment son fils Olivier et sa conjointe, la Dre Marie- Claude Miron, cette situation, quoique déplorable, n\u2019est pas surprenante.« Les médecins ont vu ce qui s\u2019est passé avec mon père et ce que ça a fait.Ils ont eu peur de signaler et d\u2019avoir droit au même traitement.L\u2019émission [\u2026] a eu une répercussion sur la vie de mon père, mais aussi sur celles d\u2019autres médecins, qui ont dû vivre dans cette réalité.» De son côté, la DPJ dit ne pas être en mesure d\u2019imputer ce recul des signalements à un facteur unique, notamment à l\u2019impact de la couver ture médiatique liée au CHU Sainte- Justine en 2013, a fait valoir au Devoir Justin Meloche, por te-parole du CIUSSS Centre- Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal, auquel est rattachée la DPJ.Après 2013, un protocole a été instauré entre la DPJ et Sainte-Justine pour préciser le partage des rôles et responsabilités des professionnels dans les cas de sévices commis à l\u2019endroit d\u2019enfants, précise ce dernier.Des médecins à risque Selon plusieurs études, les médecins spécialisés dans le domaine de la maltraitance sont particulièrement exposés à certains risques, en raison des tensions que font souvent naître chez les parents les investigations médicales exigées en vertu de protocoles hospitaliers très stricts quand un enfant en bas âge présente des blessures jugées suspectes ou inexpliquées.Au Canada, les résultats d\u2019une enquête réalisée en 2012 auprès de quelque 125 médecins pratiquant en protection de l\u2019enfance montrent que 52% ont été victimes de menaces à leur sécurité, la moitié ont été visés par des plaintes à leur superviseur et 13% de plaintes à leur ordre professionnel.Près du quart (23%) des médecins ont fait l\u2019objet d\u2019une ouverture médiatique négative.Une étude publiée dans le British Medical Journal en 2004 rapporte aussi que les plaintes déposées contre les médecins spécialisés en maltrai- tance ont bondi au Royaume-Uni entre 1997 et 2003, et sont devenues cinq fois plus fréquentes.Pour cette raison, le tiers des postes disponibles dans cette spécialité n\u2019étaient pas pourvus et 62% des étudiants en pédiatrie préféraient ne jamais être mêlés aux décisions des instances de la protection de la jeunesse.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MALTRAITANCE La confiance, principalement des parents, et même des DPJ envers les services médicaux [\u2026], a été durement ébranlée Extraut du rapport annuel 2013-2014 de la Clinique sociojuridique du CHU Sainte-Justine « » décès.« J\u2019adorais mon père », dit-elle.Les images d\u2019archives qu\u2019elle utilise de cette époque, toutes tournées par son père, montrent des enfants innocents jouant entre eux dans un environnement enchanteur.Un jour, vers l\u2019âge de 15 ans, elle découvre dans les affaires de sa mère une coupure de journal, qui raconte que son père, George Patrick Dubie, a été le chef d\u2019une secte, dans les années 1970, et qu\u2019il a été condamné pour avoir organisé un réseau de voleurs.Plus tard, lorsqu \u2019elle ver ra son frère et sa sœur souf frir de troubles bipolaires, elle reconnaîtra cer tains des troubles qui animaient son père.Dans le film, on voit d \u2019ailleurs sa sœur affirmer qu\u2019elle ne dort pas la nuit parce qu\u2019elle est en contact avec des anges qui lui donnent une mission.Lorsqu\u2019il disait à ses disciples qu\u2019il était la réincarnation de Jésus-Christ, George Patrick Dubie était-il en proie à un délire psychotique, ou était- il simplement manipulateur ?C\u2019est l \u2019une des questions qu\u2019on se pose après avoir regardé Manic.En entrevue, Ka- lina Bertin reconnaît que son père était un malade doublé d\u2019un escroc.« Il était les deux en même temps», dit-elle.Pour elle, ce film a joué le rôle d\u2019une thérapie.« J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019en disant exactement ce qui est arrivé à mon père, cela m\u2019empêcherait de devenir comme lui.» Au cours de la recherche qui a mené à la production du documentaire, Kalina Ber- tin a découvert que son père avait eu au moins 15 enfants avec c inq femmes d i f fé - rentes.Elle sait qu\u2019elle pourrait encore en apprendre plus sur George Patr ick Dub ie, qui a d\u2019ailleurs vécu sous différentes identités.Elle a par ailleurs interrogé plusieurs personnes qui l\u2019ont connu, dont Margaret Crane, sa maîtresse de longue date, qui l\u2019a finalement abattu d\u2019un coup de feu.La fille de celle- ci, Angel, raconte aussi que ses parents l\u2019ont convaincue de se raser la tête, puis de prétendre avoir la leucémie, avant de dire qu\u2019elle s\u2019était rétablie grâce à des produits naturels vendus par le couple.Dubie a d\u2019ailleurs épousé la propriétaire d \u2019Herbalife, Geri Cvitanovich.Quotidien chaotique Mais la véritable force de Man ic est sans doute de nous montrer le quotidien de personnes en pro ie à des troubles bipolaires, ainsi que leur combat pour surmonter leur souf france .« Avant de commencer mon tournage, j\u2019avais aver ti ma famille que j\u2019allais les filmer durant des épisodes sensibles », raconte Kal ina .On peut vo ir par exemple comment son frère, en pleine psychose, lance des couteaux à travers une pièce en direction de la caméra.« À la dernière étape, je leur ai montré mon travail et je leur ai demandé s\u2019ils voulaient retirer quelque chose.Finalement, ils n\u2019ont rien retiré », raconte Kal ina .M ieux, sa sœur, après avoir vu le film, a décidé de se prendre en main et, depuis, son état s\u2019est stabilisé.Ce cinéma direct intime pourra sans doute aider à démystifier la maladie mentale et ses effets.Kalina Bertin, quant à elle, semble avoir fait la paix avec la mémoire de son père.Elle travaille présentement à un projet de réalité vir tuelle qui porte de nouveau sur la maladie bipolaire, avec des enregistrements laissés sur son répondeur par son frère et sa sœur.Le Devoir MANIC De Kalina Bertin Le 15 novembre, à 20h30, à la Salle Fernand-Seguin de la Cinémathèque SUITE DE LA PAGE 1 TRACES J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019en disant exactement ce qui est arrivé à mon père, cela m\u2019empêcherait de devenir comme lui La documentariste Kalina Bertin « » MARTIN BERNETTI AGENCE FRANCE-PRESSE La science démontre que le contrôle du cannabis sur les routes sera « complexe et incertain »."]
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