Le devoir, 16 décembre 2017, Cahier B
[" T E X T E S A R A H R .C H A M P A G N E P H O T O S V A L É R I A N M A Z A T A U D E ddy est tombé dans une étable du Cen- tre-du-Québec et il s\u2019est fêlé le coccyx.Il a reçu des soins et suivi une réadaptation.« Je me sens prêt à travailler, j\u2019aimerais vraiment reprendre », dit-il aujourd\u2019hui.Mais il est de retour chez lui, à El Progreso, au Guatemala.Son contrat avec une ferme laitière s\u2019est terminé plus abruptement que prévu, après son accident.Chaque année, des dizaines de migrants agricoles sont ainsi renvoyés vers leur pays d\u2019origine, notamment au Guatemala, entre autres après des accidents ou des maladies reliés à leur travail.Ceux à qui Le Devoir a parlé, de retour dans leur pays d\u2019origine, avaient réussi néanmoins à obtenir des soins avant leur rapatriement.Leur réembauche est quant à elle beaucoup moins certaine.« J\u2019ai demandé trois heures de repos cette année.Après, je suis retourné travailler.[\u2026] Une journée avant de repartir, la secrétaire m\u2019a dit que je ne reviendrais plus à cette ferme », relate Javier*.Il a cultivé des laitues et des oignons tout l\u2019été, destinés entre autres à une grande chaîne de supermarchés présente partout au Québec.Le jour de son départ, Javier a signé un document qui statuait de son congédiement permanent.Ce père de deux enfants ne veut pas nommer la ferme ni publier son nom, car il espère obtenir gain de cause en arbitrage.Cet homme de la région de Chimaltenango a passé trois saisons à Vancouver avant d\u2019être transféré à Montréal en 2011.Son expérience et son réseau lui ont permis de déposer une plainte à la Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour congédiement sans cause juste puisqu\u2019il comptait plus de deux ans de ser vice continu pour un même employeur.«Les retourner au silence» Milton Castillo, dont le cas a déjà été évoqué en nos pages, a été moins dégourdi.Il a subi une blessure à l\u2019œil en coupant des feuilles autour de plants de tomates en serre.Il n\u2019a pas réussi à obtenir tous les soins ophtalmologiques nécessaires, car il avait tardé à en faire part à sa patronne, de peur de voir le prochain contrat s\u2019évanouir.Pourquoi Milton a-t-il alors attendu si longtemps ?« La personne responsable m\u2019a dit de ne le raconter à personne, sinon ils allaient me renvoyer au Guatemala », répétait-il à plusieurs reprises.Milton a finalement subi une chirurgie à l\u2019œil en arrivant au Guatemala.Plus de six mois ont passé et son assurance privée est venue à échéance.Sa vision est toujours brouillée, indique-t- il, mais il n\u2019a plus les moyens de retourner chez le médecin.« C\u2019est une façon de les retourner au silence et de ne plus les revoir », estime quant à lui José Sicajau, de l\u2019AGUND (Association des Guatémal- tèques unis pour nos droits).Ancien travailleur dès le début du programme en 2003, il a fondé cette association au Guatemala avec une soixantaine de travailleurs.I l s sont nombr eux à l e contacter chaque année pour s\u2019informer ou signaler des problèmes.Durant notre entrevue à son bureau de Sacatepéquez, il reçoit un appel de Nicodemo, employé par une ferme du sud de l\u2019Ontario.La voix de ce dernier est inquiète, agitée.« J\u2019ai demandé à être renvoyé au Guatemala, je n\u2019ai plus de soins médicaux ici, je ne peux pas accepter de rester comme ça.» Nicodemo avait avisé ses patrons qu\u2019il souffrait d\u2019un intense mal de tête, tout en continuant à travailler.«Puis c\u2019est mon œil qui a commencé à pleurer, il s\u2019est engourdi et ma bouche est partie d\u2019un côté.Le docteur m\u2019a dit que ce sont les nerfs et il m\u2019a donné une pilule.» Une semaine après cet appel, Le Devoir a reparlé à Nico- demo alors qu\u2019il venait de rentrer chez lui, à Tecpan, 80km à l\u2019ouest de Ciudad de Guatemala, la capitale du pays.« J\u2019ai un mois de repos.Mais je ne sais plus si je vais y retourner», confie-t-il depuis l\u2019hôpital, la voix apaisée, mais la moitié du visage encore parlysée.Un retard administratif Ce n\u2019est qu\u2019en 2017 que la CNESST a décidé de suivre le nombre de plaintes provenant de ces travailleurs.Aucune donnée n\u2019est donc encore disponible, ce qui rend dif ficile une enquête par la Commission des droits de la personne par exemple.Ce retard administratif n\u2019est pas anodin, selon le Dr Aaron Orkin, auteur d\u2019une étude sur les rapatriements médicaux en Ontario.« L\u2019une des manières pour les sociétés modernes de cacher des injustices est de rendre impossible le fait de les trouver ou de les quantifier.Je ne pense pas que les registres aient été construits avec ces intentions, mais les injustices vécues par ces travailleurs migrants sont dissimulées de cette façon.» En Ontario, entre 2001 et 2011, 787 travailleurs ont été renvoyés chez eux.Selon le Dr Orkin, 66 % l\u2019ont été pour des raisons de santé.Fernando Borja, directeur de FERME, estime que ces rapatriements concernent moins d\u2019une centaine de personnes par an, soit moins de 1 % des travailleurs.La plupart de ces retours «sont pour des raisons familiales », af firme-t-il, un point de vue appuyé par Anne- Sophie L\u2019Espérance, l\u2019une des directrices de Comu Guate, une agence qui organise la migration agricole à par tir du Guatemala.Il n\u2019existe cependant pas de marche à suivre pour les employeurs en cas de rapatriement d\u2019un travailleur.Ils doivent justifier les raisons d\u2019une fin hâtive de contrat à FERME et au consulat du Guatemala, puis, plus rien.L\u2019ambassade du Canada au Guatemala est catégorique : « Une fois que les travailleurs sont de retour dans leur pays de nationalité et que leur permis de travail est échu, l\u2019ambassade ne communique pas avec eux », explique un chargé de communications par courriel.L\u2019ambassade du Canada au Guatemala et le Consulat du Guatemala à Montréal ont tous deux refusé nos demandes d\u2019entrevue.Le Devoir *Prénom fictif L\u2019automne pénible du ministre des Finances Bill Morneau Page B 5 Le Devoir d\u2019histoire William Lyon Mackenzie contre le «destin canadien» Page B 11 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 Le Château Frontenac, lieu de pouvoir et re?et d\u2019une société fortunée Page B 7 Chaque année, des dizaines de migrants agricoles sont renvoyés dans leur pays d\u2019origine sans suivi administratif ni médical.Seuls des acteurs privés sont mis au courant.Retour à l\u2019expéditeur Blessés ou malades, des dizaines de travailleurs migrants sont congédiés ou expulsés Vue de Santiago Sacatepéquez José Sicajau Xoc, ancien travailleur agricole et cofondateur de l\u2019Association des Guatémaltèques unis pour nos droits (AGUND), à Santiago Sacatepéquez La personne responsable m\u2019a dit de ne le raconter à personne, sinon ils allaient me renvoyer au Guatemala Milton Castillo, travailleur migrant blessé au Québec « » Dossier \u203a Achat local, main-d\u2019œuvre mondiale.Le rêve migratoire: Payer 4500$ pour acheter son droit de travailler au Québec.Témoignages: des migrants guatémaltèques dénoncent les agissements d\u2019un propriétaire de ferme.Pages B 2 et B 3 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 ACHAT LOCAL , MAIN B 2 Jorge et Ofni se sont retrouvés à cultiver des champignons magiques à Wickham, après s\u2019être lourdement endettés au Guatemala.Ce qui devait être un rêve s\u2019est transformé en cauchemar.L e 16 décembre 2015.Éric Dupuis est arrêté dans sa fraisière à Wickham, à une vingtaine de kilomètres de Drummondville.Il sera accusé de produire de la drogue.Seize kilogrammes de psilocybine prêts à la vente ainsi que 9300 récipients contenant ce même champignon hallucinogène sont retrouvés sur les lieux.Accusé de produire de la drogue, il a plaidé non coupable et doit subir son procès en avril prochain.Quatre travailleurs étrangers temporaires sont ar rêtés dans l \u2019opération, en plus de M.Dupuis, confirme la Sûreté du Québec.Ils sont Guatémaltèques, et trois d\u2019entre eux ont un permis de travail valide.Le permis du quatrième est expiré, il est donc sans statut.L\u2019homme en question, Ofni Jordan Azmitia Gomez, est expulsé presque sur-le-champ au Guatemala.C\u2019est dans son pays d\u2019origine qu\u2019on le retrouve, tout près de Patzicia, dans le département de Chimaltenango.Il est avec Jorge Leonel Ajquejay Colaj, qui a travaillé lui aussi à la même ferme.Il était toutefois déjà reparti au moment de l\u2019opération policière.Tous deux tiennent à remonter lentement le fil chronologique de leur histoire, pour comprendre comment ils ont pu être embobinés de la sorte.Fin 2012, ils entendent parler « d\u2019une occasion » pour travailler au Canada, une proposition crédible dans cette région où des centaines de migrants partent chaque année vers le Québec.Le joug du rêve migratoire « Je débordais d\u2019enthousiasme.Mes enfants étaient petits à l\u2019époque et nous n\u2019avions pas notre propre maison », dit Jorge.« On veut se développer, on voyage pour ramener quelque chose au pays et améliorer notre vie », expose quant à lui Ofni.L\u2019intermédiaire avec lequel ils font affaire est toutefois malhonnête.Il demande de verser d\u2019abord 5000 quetzales, soit 875 dollars canadiens.Puis l\u2019homme en question raconte que les visas ont été refusés par l\u2019ambassade, et réclame à nouveau la même somme.« Il nous disait sans cesse de nous tenir prêts», se souvient Jorge, qui fait et défait sa valise au gré des appels de son intermédiaire.Celui-ci exige ponctuellement certains montants, pour ajouter un papier au dossier par exemple, précise-t-il.Des 70 hommes du groupe, seuls 7 partiront finalement.Au total, Jorge dit avoir payé 25 000 quetzales, tout près de 4500 dollars canadiens.La somme est imposante, dans un pays où un journalier agricole gagne en moyenne 8,50 $ par jour.«Les banques refusent de nous prêter.C\u2019est quelqu\u2019un du village qui nous a prêté, à un taux de 10 %.Et il a demandé des garanties», explique Ofni.Jorge s\u2019endette aussi, en mettant la parcelle héritée de son père en garantie, au risque de perdre sa terre, pour gagner sa vie sur celle d\u2019un autre.Ils arrivent à la fin du mois d\u2019août 2013, avec cette dette qui les tient à la gorge et les tient dans cette ferme, malgré le compor tement d\u2019Éric Dupuis, qu\u2019ils décrivent comme imprévisible.Quelques mois après leur arrivée, quand le travail vient à manquer, M.Dupuis leur montre une nouvelle culture : des champignons.La nébuleuse Gabriel Zelada Ortiz connaît ce modus ope- randi par cœur.Deux réseaux d\u2019exploitation ont été détectés récemment, poursuit ce directeur du CEADEL, un centre d\u2019appui au développement local dans le chef-lieu de Chimaltenango.« Un homme promettait des visas pour le Canada pour 12 500 quetzales [2180 $CAN], avec 3000 quetzales à verser en acompte.Il a réuni les gens dans un hôtel de la zone, et plus de 1000 personnes lui ont versé cette somme.Vous imaginez, ça fait 3 millions ! [523 000 $CAN].» « Les institutions du Guatemala pourraient exercer plus de contrôle », abonde Anne-Sophie L\u2019Espérance, l\u2019une des directrices de Comu Guate, une agence de placement.« Un homme donne rendez-vous dans un parc, et dit : \u201cTu me donneras l\u2019argent, je vais sortir ton passeport.\u201d Les gens le croient ! » Elle raconte avoir dû faire fermer un « faux » bureau de Comu Guate ouvert dans une autre ville.La migration temporaire existe, les permis de travail aussi, délivrés surtout à travers des agences spécialisées.C\u2019est entre le travailleur, souvent en zone rurale, et ces agences légitimes que se faufilent des fraudeurs.Attention, les agences ayant des pratiques honnêtes et qui respectent toutes les règles voient ainsi d\u2019un très mauvais œil cette nébuleuse d\u2019intermédiaires frauduleux.Elle est hors de leur contrôle : « C\u2019est trop difficile de contrôler ce qui se passe dans les maisons, dans les dépar tements, on ne peut pas être partout », résume Mme L\u2019Espérance.Un règlement pour encadrer les agences de recrutement devient « d\u2019urgence nationale », dira Danilo Rivera, chercheur de l\u2019INCEDES et membre d\u2019un conseil parlementaire régional sur les migrations.La migration est un rêve qui brille trop fort.Mais Jorge et Ofni ne sont pas aveugles : «On a juste des besoins à combler », dit Jorge.Savaient-ils que les champignons en question étaient illégaux ?Leur permis de travail indiquait qu\u2019ils cultiveraient des fraises, des framboises et des champignons : « J\u2019ai posé la question à Éric pour savoir si c\u2019était légal.Il m\u2019a dit que oui.J\u2019ai toujours pensé que c\u2019était légal.Mais il disait de ne pas en manger », répond Jorge.Ofni termine son entrevue en confiant son inquiétude.Il affirme avoir payé 3000 quetzales (525 $) à un homme qui promettait des visas pour faire de l\u2019aménagement paysager à Saint- Basile-le-Grand.« Cette fois je lui ai dit de me donner le permis ou de me rendre mon argent.[\u2026] Il a changé deux fois de numéro de téléphone.» Il attend toujours.Le Devoir Payer 4500 $ pour acheter son droit de travailler au Québec À gauche, photo de Jorge Leonel Ajquejay Colaj, lors de son passage au Canada, présentée par son fils Brandon Leonel, 13 ans.En haut à droite, Jorge Leonel Ajquejay Colaj chez lui en famille à Patzicia, avec sa fille Cindy, 9 ans, et son fils Brandon Leonel, 13 ans.En bas, à droite, chez elle, à Patzicia, Dora Marina Cua Cua, épouse de Jorge Leonel Ajquejay Colaj, un travailleur agricole victime d\u2019abus au droit du travail lors de son passage au Canada.T E X T E S S A R A H R .C H A M P A G N E P H O T O S V A L É R I A N M A Z A T A U D Ofni Jordan Azmitia Gomez, un travailleur agricole victime d\u2019abus au droit du travail À l\u2019organisme ComuGuate, à Ciudad de Guatemala, des travailleurs guatémaltèques enregistrent leur candidature pour recevoir un visa de travail pour le Canada.«J\u2019ai posé la question à Éric pour savoir si c\u2019était légal.Il m\u2019a dit que oui.J\u2019ai toujours pensé que c\u2019était légal.Mais il disait de ne pas en manger.» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 D\u2019ŒUVRE MONDIALE B 3 I ls parlent à voix basse, au téléphone ou en personne, au Québec ou au Guatemala.La plupar t voudront rester anonymes, « pour ne pas perdre l\u2019occasion de travailler au Québec », dira Pablo*, mais deux témoignent à visage découvert.Près d\u2019une dizaine de travailleurs du Guatemala dénoncent les compor tements du propriétaire de la ferme Lise Charbonneau.Trois hommes ont été renvoyés au Guatemala depuis le début de l\u2019année seulement, après s\u2019être plaints de maux physiques.Trois autres ont subi des blessures dans le cadre de leur travail, de légères à une fracture.Deux de plus racontent être en attente de leur prochain contrat et pensent que c\u2019est parce qu\u2019ils ont dénoncé leurs conditions.Ils attribuent la non-re- conduction à des dénonciations de leurs conditions de travail et de vie auprès de l\u2019employeur et du Consulat du Guatemala à Montréal.Des versions que réfute Jocelyn Dugas, qui dirige cette entreprise maraîchère de Lanaudière.Au téléphone avec Le Devoir, M.Dugas attribue quant à lui ces plaintes à une mauvaise volonté de cer tains de ses employés du Guatemala ou à une mauvaise sélection des employés.« Les gens qui ne sont pas contents peuvent dire n\u2019importe quoi.Il y a des gens qui ne sont pas capables de faire le travail, et ils font n\u2019importe quoi pour ne pas faire le travail », résume-t-il lors de la conversation.Les travailleurs ont déjà aperçu « leurs » carottes dans un grand supermarché de Jo- liette et voient des camions-re- morques quitter le chemin du Ruisseau-Saint-Jean remplis de centaines de choux.Ils travaillent jusque tard en soirée à la lumière d\u2019une lampe frontale.La cadence est rapide, très rapide, le patron parle fort, ses réactions sont vives ou rudes, rapportent-ils.« C\u2019est pour travailler qu\u2019on voyage jusqu\u2019ici », insiste Vin- cenzo*.Mais pas au point de tout accepter.« On vient d\u2019une zone r urale au Guatemala, mais on ne veut pas devenir une chose qu\u2019on achète.[\u2026] C\u2019est la dignité qu\u2019on est venus trouver au Canada.» Pour ce père de six enfants, au Tim Hor tons de Saint-Esprit, la digue cède en ce soir de rencontre.Il raconte s\u2019être fait mal au dos une fois et avoir eu la main enflée plusieurs fois sur son lieu de travail, mais il n\u2019a pas demandé de jour de congé ni d\u2019examen médical.C\u2019est la main de son jeune collègue Pablo*, enflée et bleutée, qui l\u2019a convaincu de parler.Pablo raconte en détail comment il est tombé, s\u2019est cassé la main et a attendu près de quatre jours avant de recevoir des soins médicaux, malgré ses demandes pour aller voir un médecin à au moins deux reprises.«La douleur était terrible, mais je suis resté comme ça en attendant que mon patron se décide à m\u2019amener », confie-t-il, le bras dans le plâtre au moment de la rencontre.Les travailleurs se retrouvent en ef fet souvent dépendants de leur employeur pour leurs déplacements, notamment pour les consultations médicales et pour acheter de la nourriture, puisque les entreprises agricoles se trouvent pour la plupart en zone rurale.Les épées de Damoclès Les migrants agricoles paient les mêmes cotisations que les autres travailleurs québécois.Même obligations, mêmes droits, incluant l\u2019assurance maladie et la CNESST (Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité au travail), mais il est plus difficile de les faire valoir pour ceux qui ne connaissent pas le système canadien et ne parlent pas la langue.Juan*, lui, n\u2019a pas reçu de soins.Il a été renvoyé directement au Guatemala, où Le Devoir l\u2019a rencontré.Après cinq mois de travail, il s\u2019est plaint d\u2019une douleur au dos alors qu\u2019il s\u2019est penché par-derrière pour recevoir des choux.Il attribue cette lésion à la cadence de travail, qu\u2019il estime démesurée.Il avait appelé le consulat du Guatemala à Montréal, qui a appelé le propriétaire.«Jocelyn est venu me voir.Il m\u2019a attrapé par le bras et m\u2019a dit : \u201cTu n\u2019as rien.\u201d Il criait et jurait.C\u2019est à ce moment que j\u2019ai pris ma décision.Il m\u2019a demandé si je voulais partir.J\u2019ai dit oui.Je l\u2019avais déjà vu frapper un travailleur, je pensais \u201cil peut se passer n\u2019importe quoi\u201d.» L\u2019employeur lui a demandé de signer une décharge confirmant qu\u2019il a refusé l\u2019assistance médicale, ce qu\u2019il a fait.« Ce n\u2019est pas comme si on me l\u2019avait gentiment proposé», évoque-t-il au sujet de l\u2019assistance.«On se sentait traités comme des bêtes.Mais même les animaux domestiques, on les amène chez le vétérinaire », s\u2019indigne Antonio Yaxon, un ancien travailleur.Rencontré dans sa région natale, il est l\u2019un des rares à parler à visage découvert.«Notre patron semblait fâché en permanence, et personne [aucune autorité] n\u2019est venu visiter la ferme.» M.Dugas assure de son côté que les travailleurs malades sont envoyés rapidement chez le médecin.Un coup À l\u2019instar de Juan, deux autres travailleurs de retour au Guatemala, Antonio Yaxon et Sebastian*, nous ont spontanément mentionné lors de deux entrevues dif férentes avoir été témoins d\u2019un coup de poing donné par Jocelyn Dugas à un travailleur, Miguel*, qui avait mal rempli sa feuille de temps.« C\u2019est normal de diriger les travailleurs et de leur dire quoi faire.Mais pas brutalement, comme il le fait », estime Sebastian, témoin de la scène.Par écrit, Miguel, aujourd\u2019hui reparti au Guatemala, nous a raconté sa version des faits : « J\u2019ai voulu l\u2019expliquer à monsieur, mais avant de trouver une solution, il m\u2019a donné un coup de poing sur la bouche.J\u2019ai eu du sang qui est sor ti de la bouche.» Le propriétaire de la ferme Lise Charbonneau nie avoir donné ce coup à la bouche à Miguel.« Je peux jurer que je n\u2019ai jamais fait une chose pareille », réagira-t-il lorsque confronté aux versions des trois témoins.Antonio Yaxon a pour sa part été congédié après trois mois de travail.Il avait demandé du repos, voyant que son bras était enflé et douloureux après plusieurs jours à lever des sacs de 50 livres de carottes.« Quand les gens ne sont pas bien, ils viennent ici, mais s\u2019ils ne veulent pas travailler, on ne peut pas les endurer.[\u2026] Je l\u2019avais averti plusieurs fois», justifie son ancien patron.Serapio Chumil, quant à lui, dit qu\u2019il comptait plusieurs années d\u2019expérience sur des fermes québécoises.Il s\u2019est plaint d\u2019une « douleur insupportable » aux pieds à son patron, à la ferme Lise Charbon- neau.L\u2019employeur l\u2019a emmené voir un médecin qui lui a prescrit un antidouleur à base de morphine, mais sa douleur ne passait pas.Il est retourné voir son patron, qui lui a alors signalé qu\u2019il serait renvoyé.Moins d\u2019une semaine après, il était effectivement renvoyé au Guatemala.Puisqu\u2019il n\u2019a travaillé que trois semaines sur cette ferme, il ne peut pas déposer de plainte à la CNESST.Il compte plusieurs années d\u2019expérience sur des fermes québécoises.«C\u2019est quelqu\u2019un qui ne voulait pas travailler.Il n\u2019aimait pas le froid », répond Jocelyn Dugas lorsque l\u2019on évoque son cas.Les mécanismes en place Dans un milieu de travail peu accessible, sur lequel vivent, mangent et dorment les travailleurs, qui entend ces récriminations et agit si nécessaire?La Fondation des entreprises en recr utement de main-d\u2019œuvre agricole étrangère (FERME), qui représente 900 entreprises et coordonne le recrutement de ces travailleurs, dit ne pas avoir eu connaissance des problèmes sur cette ferme.« Il faut faire une enquête, on ne peut pas répondre sur le cas précis de cette ferme pour l\u2019instant », a indiqué Nathalie Pouliot, la directrice générale adjointe.« Comme organisation, on ne voudrait pas que les travailleurs se fassent dire \u201ctu vas être renvoyé\u201d, car ce n\u2019est pas la façon de les traiter.Il faut qu\u2019il les respecte comme s\u2019ils étaient québécois», ajoute Fernando Borja, le directeur général de FERME, sans commenter ce cas précis.Trois travailleurs ont pourtant relaté avoir contacté l\u2019organisme grâce à une carte de visite remise à l\u2019aéroport à leur arrivée, sans porter plainte formellement.La FERME dispose en effet d\u2019une ligne téléphonique pour les travailleurs avec un locuteur espagnol (au moins deux autres lignes téléphoniques existent, celle de la CNESST et celle du ministère fédéral de l\u2019Emploi, mais leurs interlocuteurs y parlent seulement anglais ou français).À la suite des questions du Devoir, l\u2019organisme a indiqué qu\u2019il allait procéder à des vérifications à propos de ces appels.Des témoignages qui s\u2019accumulent, comme dans le cas en présence, devraient normalement déclencher des procédures.« On fait venir l\u2019employeur après des plaintes.Le conseil d\u2019administration doit ensuite décider si on le garde comme membre.S\u2019il est exclu, on avise alors Service Canada, on fait une plainte formelle », décrit M.Borja.« Nous les informons, mais la suite ne nous appar tient pas », complète Mme Pouliot.Service Canada est l\u2019organe fédéral qui évalue les Études d\u2019impact sur le marché du travail (EIMT), la première autorisation à obtenir pour embaucher à l\u2019étranger.Les employeurs jugés non conformes peuvent se retrouver sur une liste noire et devenir inadmissibles, généralement pour une période de deux ans.Seule Obeid Farms en Ontario s\u2019y trouve actuellement.Sans les plaintes des employés, cette chaîne de dominos n\u2019a aucune chance d\u2019aboutir.Or la plupart des hommes préfèrent garder le silence, se contentant de téléphoner discrètement au consulat ou à la FERME.De retour au Guatemala, ils se sentent plus à l\u2019aise de parler, quand la peur de perdre leur emploi s\u2019est dissipée ou quand ils l\u2019ont déjà perdu, puisqu\u2019ils ne sont plus rappelés par leur employeur.Le consulat du Guatemala a refusé de répondre aux questions du Devoir tant sur la question des travailleurs migrants en général que sur des cas précis, avançant pour toute réponse des raisons de confidentialité.Tous af firment vouloir les entendre, des agences au Guatemala jusqu\u2019à la FERME.Comment s\u2019est installée cette « culture du silence », comme la nomme Fernando Borja, parmi ces hommes ?« On endure.On vient ici pour travailler, pas pour se plaindre.J\u2019ai trop de besoins », répète Vin- cenzo, encore à voix basse.D i f f i c i l e d \u2019 i n s t a l l e r l a confiance quand on se sent traqué, ajoute Pablo : « Le patron se met en colère trop facilement.Il n\u2019y a personne à qui parler.» Alors que nous accompagnons Pablo et Vincenzo vers le Tim Hortons du village voisin un soir pour une entrevue, un camion noir nous suit, pleins phares dans le rétroviseur, puis se range à nos côtés dans le stationnement d\u2019une pharmacie.C\u2019est Jocelyn Du- gas.Il est nerveux, dit-il, car deux de ses travailleurs ont fui sa ferme l\u2019an der nier.« Vous avez embarqué des gens chez nous.Il faut avertir, quand vous faites ça.C\u2019est lequel, celui-là ?» Durant une bonne partie de notre entrevue avec les deux travailleurs, il restera stationné devant le restaurant rapide où nous nous trouvons.Le Devoir *Prénoms fictifs « Il n\u2019y a personne à qui parler » Près d\u2019une dizaine de travailleurs dénoncent les agissements du propriétaire de la ferme Lise Charbonneau Comment améliorer la situation ?«Certaines fermes paient entièrement les frais des travailleurs.Ça fait partie de leur politique de responsabilité sociale.» Anne-Sophie L\u2019Espérance, Agence ComuGuate «Un regard plus tranchant pour ce qui fonctionne bien.Et des processus moins fastidieux pour les employeurs \u201cpremiers de classe\u201d.» Nathalie Pouliot, directrice générale adjointe, FERME « Certifier les agences d\u2019un bout à l\u2019autre du processus, au Guatemala et au Canada » Danilo Rivera, INCEDES, Guatemala Donner accès à la résidence permanente.«Assez bons pour travailler, assez bons pour rester.» Centre des travailleurs immigrants (CTI), Montréal « Pourquoi ne pas signer un traité, comme entre le Mexique et le Canada ?Il obligerait les autorités, dont celles du Guatemala, à mieux organiser cette migration.» José Sicajau, AGUND, Guatemala «Donner la possibilité de déposer une plainte à l\u2019ambassade du Canada au Guatemala.C\u2019est possible à l\u2019ambassade des États-Unis pour leur propre programme de visas temporaires.» Cathleen Caron, fondatrice du réseau Justice in Motion, qui promeut et facilite la justice transnationale à travers un réseau de défenseurs des droits de la personne.Former davantage les travailleurs migrants.La ministre de l\u2019Emploi, Patty Hajdu, a annoncé mardi dernier que 93 000 $ seront versés à la Migrant Workers\u2019 Dignity Association (MWDA) pour un pro- jet-pilote à Vancouver.On se sentait traités comme des bêtes.Mais même les animaux domestiques, on les amène chez le vétérinaire.Antonio Yaxon, un ancien travailleur de la ferme Lise Charbonneau « » On vient d\u2019une zone rurale au Guatemala, mais on ne veut pas devenir une chose qu\u2019on achète.[\u2026] C\u2019est la dignité qu\u2019on est venus trouver au Canada.Vincenzo*, travailleur agricole à la ferme Lise Charbonneau « » 4600 Nombre de Guatémaltèques inscrits au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), en 2016, sur un total de 10 954 travailleurs agricoles temporaires, selon la FERME «Je peux jurer que je n\u2019ai jamais fait une chose pareille» Jocelyn Dugas, propriétaire de la ferme Lise Charbonneau J E A N N E C O R R I V E A U D ans la foulée de la motion adoptée lundi dernier par le conseil municipal, Montréal bannira graduellement les boissons sucrées de ses édifices afin d\u2019offrir des choix santé aux citoyens qui fréquentent ces lieux.Mais comment définit-on une « boisson sucrée » ?Quelles sont celles qui seront proscrites ?Les élus devaient se prononcer sur une motion présentée par le conseiller de Snowdon, Mar vin Rotrand, demandant au gouvernement fédéral de taxer les boissons sucrées.Quelques amendements plus tard, la motion a finalement inclus l\u2019intention de la V ille d\u2019interdire graduellement les boissons sucrées dans ses installations, arénas et centres sportifs.Deux ar rondissements montréalais ont déjà éliminé certaines boissons sucrées de leurs bâtiments publics, soit Côte-des-Neiges\u2013Notre-Dame- de-Grâce et Saint-Laurent.Au Centre sportif de Notre-Dame- de-Grâce, les boissons gazeuses de type Coke et Pepsi ont disparu.Les distributrices proposent plutôt des bouteilles d\u2019eau de source, de l\u2019eau gazéifiée contenant du sucralose et des boissons fr uitées en plus de laits aromatisés ou protéinés.L\u2019industrie des boissons est déçue.«Est-ce que les boissons pour sportifs qu\u2019on retrouve dans les arénas et les centres sportifs vont être exclues?Est- ce qu\u2019ils vont admettre les versions de boissons sans sucre?Et le sucre des jus de pomme?Ça reste à voir.On est un peu dans le flou étant donné la rapidité de la décision », a commenté Martin-Pierre Pelletier, conseiller spécial de l\u2019Association canadienne des boissons, plus tôt cette semaine.Où tracer la ligne?Responsable du dossier du développement social au sein de l\u2019administration de Valérie Plante, Rosannie Filato reconnaît qu\u2019il faudra s\u2019entendre sur des critères pour déterminer quelles boissons seront permises et lesquelles ne le seront pas.«Ce seront les produits auxquels on a ajouté une quantité substantielle de sucre », dit- elle.Mais où tracer la ligne?Il existe désormais une panoplie de produits, allant des boissons gazeuses standards comptant environ 40g de sucre par 355 ml aux produits diète et zéro calorie (contenant des édulcorants artificiels comme le sucralose ou l\u2019aspartame).« S\u2019il n\u2019y a pas une quantité substantielle de sucre ajouté, ce n\u2019est pas dans notre intention de les bannir.On va vérifier quand même », a indiqué Mme Filato, laissant ainsi la por te ouver te aux boissons gazeuses diète ou zéro calorie.« Si un arrondissement décide d\u2019aller plus loin, notamment en bannissant toute boisson gazeuse, on ne va pas l\u2019empêcher de le faire », explique-t-elle.Les faux sucres Nutritionniste, docteure en pharmacie et fondatrice de Science et fourchette, Annie Ferland qualifie la décision de la Ville d\u2019« extrêmement positive ».« Ça va obliger l\u2019industrie des boissons à of frir de meilleurs choix et à bonifier l\u2019of fre alimentaire qui est santé.J\u2019y crois beaucoup parce qu\u2019on le voit : la consommation de boissons sucrées est trop élevée.On doit revenir à la base : la meilleure façon de s\u2019hydrater, c\u2019est de boire de l\u2019eau.Et l\u2019eau, on peut l\u2019apprêter en y mettant des fruits ou des herbes soi-même.C\u2019est simple et ça ne prend pas 20 minutes pour faire ça.» Mme Ferland a examiné le contenu des machines distributrices du Centre sportif de No- tre-Dame-de-Grâce.La rangée compor tant des bouteilles d\u2019eau de source lui convient \u2014 même si l\u2019eau peut être bue à la fontaine.Les autres boissons offertes la font sourciller : « Je vois les Sparkling Ice.C\u2019est de l\u2019eau pétillante avec des saveurs.Cette boisson est sucrée avec du sucralose et contient 3% de jus de fruit.Donc il n\u2019y a pas de calories.C\u2019est un choix correct, mais il reste quand même qu\u2019il faut être conscient qu\u2019il y a de faux sucres.» Les autres produits of ferts sont plus problématiques à ses yeux : boissons aux fruits (30g de sucre/341 ml), thé glacé (29 g de sucre/341 ml), et des laits au chocolat.« J\u2019ai juste peur qu\u2019on en profite pour changer quatre trente sous pour une piastre dans les choix, dit-elle.Je crois que la Ville devra s\u2019asseoir avec des gens qui connaissent ça, des nutritionnistes, pour définir une ligne directrice et déterminer ce qu\u2019est une boisson sucrée.Il y a tellement de produits, mais si on ne se donne pas une ligne claire, ça va être n\u2019importe quoi.» Aller plus loin Le conseiller Mar vin Ro- trand estime que la Ville ira plus loin que l \u2019ar rondisse- ment de CDN-NDG et celui de Saint-Laurent.C\u2019est dans la foulée de l\u2019adoption, par CDN-NDG, d\u2019une politique en faveur des saines habitudes de vie que le retrait graduel des boissons sucrées dans les édifices publics a été lancé, rappelle-t-il.« Mais il y a des trous dans cette politique parce que ça ne touche pas toutes les boissons sucrées.On peut acheter des Gatorade même si c\u2019est de l \u2019eau sucrée », signale M.Rotrand.Il suggère la création d\u2019un groupe de travail composé d\u2019élus des dif férentes formations politiques, de professionnels de la santé et d\u2019employés de la Ville afin d\u2019élaborer une ligne directrice et de déterminer quels produits seront touchés.La V il le ne pourra ignorer la question de la malbouffe, croit-il.Une étude réalisée par l\u2019Université de Waterloo et publiée en février dernier avance que les boissons sucrées, qui seraient associées à des problèmes de santé tels que le diabète de type 2 et l\u2019obésité, feront 63 000 morts au cours des 25 prochaines années et coûteront 50 milliards de dollars en frais de santé.Selon ces données, chaque Canadien aurait acheté en moyenne 444 ml de boissons sucrées chaque jour en 2015.Les jeunes consommeraient 578 ml de ces produits chaque jour, soit jusqu\u2019à l\u2019équivalent de 16 cuillères à café de sucre.L\u2019étude note cependant qu\u2019en 2004 et 2015, le volume des ventes de boissons gazeuses ordinaires, de boissons aux fruits et de jus pur à 100 % par personne a baissé.En revanche, d\u2019autres produits ont gagné en popularité, qu\u2019il s\u2019agisse des boissons énergisantes (+638 %), de l\u2019eau aromatisée (+527 %) ou des yo- gour ts à boire (+283 %).Les modélisations font dire aux chercheurs qu\u2019une taxe d\u2019accise de 20 % sur les boissons sucrées permettrait de sauver jusqu\u2019à 13 000 vies au cours des 25 prochaines années.Précisons que cette étude a été financée par plusieurs organisations du domaine de la santé, dont la Société canadienne du cancer et l\u2019Association canadienne du diabète.Guerre de chiffres L\u2019Association canadienne des boissons rétorque que les boissons (incluant les jus d\u2019orange) représentent 7 % de l\u2019apport calorique des Canadiens, selon une étude du Conference Board du Canada.« On se rend compte que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à leur apport calorique.Ils font des choix dans leurs boissons qui sont de moins en moins caloriques.Donc, on n\u2019a pas besoin d\u2019une taxe », soutient Martin-Pierre Pelletier, de l\u2019Association canadienne des boissons.Il rappelle que depuis 2004, la consommation de sucre provenant des boissons non alcoolisées a diminué de 20 % au Canada et que l\u2019industrie s\u2019est donné pour objectif de réduire de 20 % l\u2019apport calorique de ses produits d\u2019ici 2025.La Ville a le droit de décider des produits qui sont vendus dans ses édifices, reconnaît M.Pelletier, mais l\u2019industrie demeure déçue de la motion adoptée par les élus montréa- lais.« L\u2019industrie des boissons est très présente sur l\u2019île de Montréal avec ses usines et ses centres de distribution.En tant que joueur, il y a un impact économique impor tant sur l\u2019île.On est vraiment déçus de ne pas avoir été consultés», dit-il.Depuis 2014, la Ville de Ga- tineau a installé des distributrices de produits dits «santé » dans deux centres aquatiques et dans un centre multisports.Pour l\u2019instant toutefois, la Ville ignore encore si le projet sera étendu à d\u2019autres lieux.Marvin Rotrand croit pour sa part que Montréal pourrait devenir un leader au Canada en cette matière.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 4 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 SANTÉ La « boisson sucrée », une cible à identifier Montréal devra déterminer quels produits ne seront plus offerts dans ses édifices municipaux JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les machines distributrices du Centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce ne proposent plus de boissons gazeuses, mais d\u2019autres produits présentant des taux de sucre très élevés sont encore of ferts.4 sur 10 Proportion de Québécois qui consomment régulièrement des boissons sucrées 63 % Proportion des jeunes Québécois de 15 à 17 ans qui consomment régulièrement des boissons sucrées Source : Institut de la statistique du Québec, avril 2017 M A R I E V A S T E L Correspondante parlementaire à Ottawa L es élus fédéraux ne se sont pas fait prier pour quitter le parlement deux jours plus tôt que prévu mercredi.Mais dans le lot, Bill Morneau faisait assurément partie de ceux qui avaient le plus hâte de quitter la capitale fédérale.Le ministre des Finances était sur la sellette depuis qu\u2019il a été révélé, mi-octobre, qu\u2019il n\u2019avait pas placé ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard.Bill Morneau a beau avoir martelé pendant des jours qu\u2019il avait suivi les recommandations de la commissaire à l\u2019éthique, qui lui avait indiqué que ce n\u2019était pas nécessaire, il n\u2019y avait rien à faire.L\u2019opposition ne lâchait pas le morceau.Le dossier Morneau occultait complètement le reste des dossiers politiques de l\u2019heure aux Communes.Les députés conser vateurs et néodémo- crates n\u2019en avaient que pour le richissime ministre.Devant le tollé qui l\u2019attendait quotidiennement à la période des questions, Bill Morneau décidera finalement de capituler et de confier tous ses avoirs à une fidu- cie sans droit de regard.Il promettra même, fin octobre, de vendre toutes les actions détenues par lui, son épouse, ou ses enfants dans l\u2019entreprise familiale Mor- neau Shepell et de faire don des profits engendrés depuis son élection en 2015.Mais cela ne suf fira pas pour clore le dossier, puisqu\u2019on apprend alors que le ministre avait vendu la moitié de ses actions de Morneau Shepell en décembre 2015 (un million d\u2019actions, d\u2019une valeur d\u2019environ 21 millions).Il n\u2019en fallait pas plus pour que les conser vateurs y voient une nouvelle preuve de conflits d\u2019intérêts : Bill Morneau se serait défait de ces avoirs, selon eux, car il savait que la promesse libérale d\u2019augmenter le taux d\u2019imposition des plus riches af fecterait le marché boursier et ferait baisser la valeur des actions de Morneau Shepell.Une thèse qui n\u2019a jamais été étayée.Le marché boursier était en baisse avant l\u2019annonce formelle du gouvernement libéral.Toutes ces révélations ont néanmoins permis à l\u2019opposition de s\u2019en prendre quotidiennement à Bill Morneau, qui quant à lui a en outre eu à se défendre de faire l\u2019objet d\u2019un examen de la commissaire à l\u2019éthique.Mar y Dawson se penche sur son projet de loi C- 27.L\u2019opposition estime que le projet de loi sur les régimes de retraite permettrait à Morneau She- pell de s\u2019enrichir.L\u2019entreprise de ressources humaines a répliqué que les fonds de pension constituent moins de 1 % de son chiffre d\u2019af faires.La commissaire a par ailleurs imposé une amende de 200 $ au ministre, qui ne lui avait pas déclaré l\u2019existence de la société française qui détient sa villa en France.Une réforme controversée Bien que les démêlés de Bill Morneau en matière d\u2019éthique n\u2019aient commencé qu\u2019en octobre, le début de la session n\u2019avait pas été plus reposant pour le ministre, qui avait entamé les travaux parlementaires en septembre en défendant sa réforme fiscale pour les entreprises.Son projet annoncé en plein mois de juillet ne passait pas.Entrepreneurs et fermiers scandaient qu\u2019il les priverait de fonds de retraite, de congés de maternité ou de coussin financier pour les mauvais jours.L\u2019opposition s\u2019est fait le relais de leurs inquiétudes, en accusant le ministre de s\u2019en prendre à la classe moyenne qu\u2019il assurait défendre.M.Morneau aura finalement reculé, en restreignant le nombre d\u2019entreprises et de professionnels incorporés visés par ses changements.Le gouvernement a en outre réactivé la promesse qu\u2019il avait suspendue de réduire le taux d\u2019imposition des petites et moyennes entreprises à 10 % le 1er janvier, puis à 9 % en 2019.Il aura cependant fallu cinq mois au ministre pour ficeler sa réforme et calmer la tourmente.Des dossiers délaissés Puisque le cas de M.Morneau faisait l\u2019objet de la quasi-totalité des questions de l\u2019opposition aux Communes, cer taines annonces politiques ont été peu abordées cet automne.La par ticipation canadienne à la guerre contre le groupe armé État islamique, par exemple, n\u2019a pas fait l \u2019objet de beaucoup de débats aux Communes.La contribution à la pièce du gouvernement Trudeau aux missions onusiennes de Casques bleus non plus.Même la légalisation de la marijuana a surtout été débattue en comité parlementaire plutôt qu\u2019en Chambre.La lutte contre l\u2019évasion fiscale, en revanche, a été vivement critiquée par les par tis d\u2019opposition.Mais ceux-ci parlaient surtout du sujet pour marteler que les Paradise Papers avaient révélé que le chef du financement du Parti libéral et ami de Justin Trudeau, Stephen Bronfman, aurait eu recours à une fiducie dans le paradis fiscal des îles Caïmans.Les négociations de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain se sont malgré tout faufilées dans la liste de questions du Parti conservateur, tout comme la volonté du gouvernement Trudeau de con - clure un accord de libre-échange avec la Chine.L\u2019ar rivée de migrants à Lacolle aura également préoccupé les par tis d\u2019opposition, les conservateurs craignant que des criminels se faufilent, les néodémocrates que le Canada n\u2019en fasse pas assez pour aider ces réfugiés.Le Nouveau Parti démocratique a en outre dénoncé les processus de nomination du nouveau commissaire à l\u2019éthique Mario Dion et du commissaire aux langues officielles Raymond Théberge \u2014 tout comme celle de Madeleine Meilleur, qui a été forcée de renoncer au second poste devant le tollé que sa nomination, jugée trop par tisane, a soulevé.Le parti, qui a élu son nouveau chef Jagmeet Singh en octobre, a par ailleurs décrié l\u2019entente Netflix de Mélanie Joly.Les bloquistes ont eux aussi insisté sur le cas de Netflix, de même que celui du chantier maritime Da- vie, qui a été forcé de mettre à pied des travailleurs faute de nouveaux contrats.Le Bloc québécois s\u2019est en outre préoccupé du sort de la gestion de l\u2019offre en marge des négociations de l\u2019ALENA.Encore en lune de miel malgré tout Les libéraux ont beau avoir été vilipendés par l \u2019opposition, ils n\u2019ont pas pour autant perdu des plumes dans les intentions de vote au pays.Le par ti de Justin Trudeau se maintenait à 40 % au Canada, et à 47 % au Québec, selon le sondage Léger mené pour Le Devoir fin novembre.Une popularité qui ne s\u2019est pas démentie lors des six élections partielles tenues cet automne.Les troupes de Justin Tr udeau ont ainsi ravi la circonscription de Lac- Saint-Jean aux conservateurs.Peu avaient prédit cette victoire, dans un bastion conservateur que représentait l\u2019ancien ministre Denis Lebel depuis 2007 et qui avait auparavant porté les couleurs bloquistes.Les libéraux ont de nouveau créé la surprise lundi en volant aux conservateurs la circonscription de Surrey-Sud\u2013White-Rock, près de Vancouver.Au total, les libéraux ont gagné quatre partielles, tandis que les conservateurs ont conservé deux sièges.Le NPD a quant à lui perdu des appuis dans chacune des six circonscriptions, tandis que le Bloc a augmenté quelque peu les siens dans Lac- Saint-Jean.Des projets de loi retardés au Sénat Le gouvernement a par ailleurs fait adopter cinq projets de loi cet automne : le C-23 élargit les mesures de prédédouanement avec les États-Unis dans les aéroports et postes frontaliers ; le C-36 donne plus d\u2019indépendance à Statistique Canada ; le S-3 modifie la Loi sur les Indiens pour invalider la perte du statut d\u2019Indien des descendants de femmes autochtones ayant marié un non-autochtone ; et le C-60 et C-67 étaient des projets de loi statutaires.Cinq autres projets de loi d\u2019initiative parlementaire ont obtenu la sanction royale, dont celui du sénateur conser vateur Claude Cari- gnan sur la protection des sources journalistiques.Trois initiatives législatives importantes du gouvernement Trudeau sont de leur côté toujours à l\u2019étude au Sénat : le C-49 qui créerait une Charte des voyageurs encadrant les responsabilités des transporteurs aériens, le C-45 légalisant la marijuana et le C-46 sur la conduite avec les facultés affaiblies.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 5 M aintenant qu\u2019elle est confor table- ment installée en tête des sondages, ce n\u2019était qu\u2019une question de temps avant qu\u2019un front anti-CAQ voie le jour, et personne ne se surprendra que les centrales syndicales se chargent de sonner la mobilisation.« Entre l\u2019austérité libérale et les intentions à peine voilées de démantèlement caquiste de l\u2019État, la population, comme les travailleuses et les travailleurs, risque de trouver le temps long », a déclaré mercredi la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot.Le refrain n\u2019est pas nouveau.Dès la création de la CAQ, son prédécesseur, Réjean Parent, avait invité la population à se méfier de François Legault, en qui il voyait « l\u2019homme de Péla- deau ».Selon lui, le chef caquiste aspirait à devenir «non pas le premier ministre, mais le président-directeur général du Québec».Durant la campagne électorale de 2012, les échanges avaient été acrimonieux.Pendant que M.Legault demandait le mandat de «mettre de côté les vieux dogmes syndicaux », M.Parent l\u2019accusait de « casser du sucre » sur le dos des employés du secteur public.Les syndicats avaient trouvé particulièrement insultante son idée de leur verser une compensation pour la perte de cotisations que causerait l\u2019abolition de postes qu\u2019il projetait dans le secteur public.Les choses ne s\u2019étaient pas améliorées en 2014, quand la CAQ s\u2019était rangée sans réserve derrière les municipalités dans le dossier des régimes de retraite.Sans aller jusqu\u2019à envisager l\u2019abolition de la formule Rand, elle avait également repris à son compte le projet adé- quiste de « moderniser » les règles syndicales, notamment en imposant la tenue d\u2019un vote secret avant l\u2019octroi d\u2019une accréditation syndicale et en rendant obligatoire la publication des états financiers.De l\u2019« antisyndicalisme primaire », avaient dénoncé les centrales.?Qu\u2019en sera-t-il cette fois-ci ?La « modernisation » des règles syndicales sera-t-elle à l\u2019ordre du jour d\u2019un gouvernement Legault ?Souhaite- t-on toujours interdire que les cotisations servent à appuyer des causes politiques, ce qui aurait par exemple pu empêcher les manifestations contre les compressions budgétaires décrétées par le gouvernement Couillard?Le discours antisyndical hérité de l\u2019ADQ plaît sans doute à une par tie de la clientèle cour tisée par la CAQ.D\u2019ici la prochaine élection, elle souhaite toutefois éviter les positions trop extrêmes pour éviter d\u2019indisposer ceux qui souhaitent simplement se débarrasser des libéraux sans nécessairement vouloir mettre l\u2019État au régime.Le problème est que, d\u2019une fois à l\u2019autre, on ne sait pas trop où se situe exactement la CAQ sur les questions autres que celles qu\u2019elle a décidé de mettre en vitrine, comme son « nouveau projet nationaliste » ou encore la polit ique familiale adoptée au der nier conseil général.Il n\u2019existe pas de programme global auquel on peut se référer.Cela laissera à son chef tout le loisir d\u2019adapter sa plate- forme électorale aux besoins du moment.Il est vrai qu\u2019à force de se faire piquer ses idées par le gouvernement, la CAQ est astreinte à un certain renouvellement.Le projet de loi sur la protection des contribuables présenté en 2015 par François Bonnardel, qui interdirait à un organisme d\u2019imposer toute augmentation de charge supérieure à l\u2019inflation, demeure per tinent.En revanche, après la baisse d\u2019impôt annoncée dans la récente mise à jour du ministre des Finances et celle qu\u2019il annoncera vraisemblablement dans son prochain budget, comment la CAQ pourrait-elle promettre une nouvelle baisse de 1000 $ par famille sans hypothéquer sérieusement la capacité d\u2019intervention de l\u2019État ?Voilà qu\u2019apparaît le spectre d\u2019une « réingé- nierie » 2.0.Le président de la CSN, Jacques Létourneau, a dit craindre que les baisses d\u2019impôt consécutives aux coupes des dernières années \u2014 et celles qui pourraient s\u2019y ajouter \u2014 ne créent une spirale menant à la sous-traitance et éventuellement à la privatisation de cer tains ser vices publics, avec les pertes d\u2019emplois que cela entraînerait.« Si on n\u2019est pas capable de casser ce mo- dèle-là, on va tous se faire prendre un par un : les CPE, les psychologues, les professeurs de cégep, les travailleurs des secteurs privés, le monde des régions\u2026 On va tous se faire prendre un par un et on va se faire planter », a-t-il déclaré.Présentement, la bonne tenue de l\u2019économie permet de compenser les milliards retournés aux contribuables, mais ils risquent de manquer cruellement le jour, qui viendra inévitablement, où elle retombera en récession.Après s\u2019être présenté comme le champion des contribuables, on imagine mal la CAQ recommencer à alourdir le fardeau fiscal.Louise Chabot prédit déjà une nouvelle cure d\u2019austérité.Heureusement, le ralentissement ne risque pas de se produire avant l\u2019élection.Alors, « on verra ».P.-S.Cette chronique reviendra le 11 janvier.Joyeux Noël et bonne année à tous.Réingénierie 2.0 MICHEL DAVID BEN NELMS LA PRESSE CANADIENNE Il aura fallu cinq mois au ministre Morneau pour ficeler sa réforme fiscale et calmer la tourmente.L\u2019année parlementaire 2017 à Ottawa se sera terminée comme elle avait débuté : sous l\u2019ombre de reproches faits aux libéraux pour manque d\u2019éthique.Alors que c\u2019est le voyage de Justin Trudeau chez l\u2019Aga Khan qui causait des soucis à son gouvernement en début d\u2019année, cet automne, c\u2019était au tour de son ministre des Finances, Bill Morneau, d\u2019essuyer les critiques incessantes de l\u2019opposition.Et c\u2019est aussi lui qui aura dominé l\u2019ordre du jour politique avec sa réforme fiscale pour les entreprises, qui lui a donné tout autant de fil à retordre.POLITIQUE FÉDÉRALE L\u2019automne pénible de Bill Morneau L\u2019éthique du ministre et sa réforme fiscale ont éclipsé tout le reste aux Communes PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le NPD a élu son nouveau chef, Jagmeet Singh, en octobre dernier.Le problème est que, d\u2019une fois à l\u2019autre, on ne sait pas trop où se situe exactement la CAQ P R O P O S R E C U E I L L I S P A R S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Comment faut-il comprendre la défaite du candidat républicain à l\u2019élection sénatoriale en Alabama?Comme un cas exceptionnel, le signe d\u2019un changement plus large dans la politique américaine ou une combinaison des deux?On manque encore de distance pour trancher fermement, mais oui, je pense qu\u2019on peut voir dans cet événement à la fois une exception et une tendance.D\u2019abord, il y a tout lieu de parler d\u2019une tempête par faite quand on regarde ce qui s\u2019est passé en Alabama, avec un candidat tout à fait hors-norme.Bien des analystes et même des républicains ont dit que Roy Moore était probablement un des pires candidats au Sénat de l\u2019histoire récente des États-Unis.Non seulement défend-il des positions controversées sur l\u2019islam ou l\u2019homosexualité notamment, mais en plus, il traîne toutes ces allégations d\u2019inconduites sexuelles.C\u2019était un candidat tout à fait inacceptable.On oublie aussi souvent de mentionner que son adversaire, Doug Jones, n\u2019était pas un poteau.C\u2019est un ancien procureur fédéral en Alabama qui a poursuivi des membres du Ku Klux Klan.Il est sur le terrain depuis des années et i l a bien planifié sa campagne.Dans la conjoncture, il faut aussi placer l\u2019impopularité de Donald Trump qui a pu nuire au candidat républicain, même en Alabama, et la date de l\u2019élection, entre l\u2019Action de Grâce et Noël, peu favorable à la mobilisation.Ensuite, il faut effectivement se demander si c\u2019est le début de quelque chose de nouveau.C\u2019est tôt pour le dire fermement, mais il y a des signes de mouvement.Beaucoup d\u2019observateurs ont fait des liens avec les élections locales récentes notamment au New Jersey et en Virginie, remportées par des démocrates.Tout au long de l\u2019année, dans les élections par tielles au Congrès, les républicains ont moins bien performé, même quand ils étaient élus.Il se passe quelque chose d\u2019intéressant sur le terrain pour les démocrates, qui attirent en plus des candidats intéressants.Il est trop tôt pour prédire ce qui arrivera aux élections de mi-man- dat en novembre 2018.En tout cas, le résultat en Alabama est une belle façon pour les libéraux de finir l\u2019année 2017, après des présidentielles de 2016 très éprouvantes pour eux.Que s\u2019est-il passé concrètement sur le terrain en Alabama?Faut-il attribuer la victoire démocrate aux Afro-Américains comme le font certaines analyses?Les données montrent que 29 % de l\u2019électorat qui s\u2019est déplacé mardi pour voter était formé d\u2019Afro-Américains, qui ne représentent que 25 % de l\u2019électorat total en Alabama.Ils ont donc outrepassé leur poids relatif, ce qui constitue un excellent signe pour les démocrates.On sous-estime peut-être la capacité de mobilisation de ce groupe et de l\u2019électorat issu d\u2019autres minorités.L\u2019Alabama pourrait devenir un cas d\u2019école.Les États des alentours, la Louisiane, le Mississippi, la Géorgie, la Floride, la Caroline du Sud, ont tous des populations afro- américaines importantes qui votent traditionnellement pour le Par ti démocrate, et il y a donc moyen de les mobiliser pour percer la muraille républicaine dans le Sud.En novembre prochain, il y a par exemple de l\u2019espoir pour faire basculer le siège du gouverneur de la Géorgie.Il ne faut pas surinterpréter, mais l\u2019élection de l\u2019Alabama montre l\u2019avantage pour les démocrates à présenter de bons candidats, y compris dans les États du Sud.Quelles autres leçons le Parti démocrate en reconstruction peut-il tirer de l\u2019élection en Alabama?Après la victoire de Donald Trump, les démocrates se sont réveillés avec la gueule de bois, si je puis dire.Un an plus tard, on s\u2019aperçoit que beaucoup de nouvelles f igures ont émergé, des représentants, des sénateurs, des gouverneurs.Un mouvement citoyen s\u2019organise pour se débarrasser des républicains.Le Parti démocrate se retrouve donc plus en forme qu\u2019il y a un an.En interne, deux solutions se démarquent : l\u2019une plus à gauche, l\u2019autre plus centriste.D\u2019un côté, il y a le clan des sénateurs Bernie Sanders (redevenu indépendant) et Elizabeth Warren du Massachusetts.De l\u2019autre côté, il y a une approche plus pragmatique représentée par Nancy Pelosi, leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants.Il faut aussi considérer que ce parti rassemble toutes sortes de nuances de la mosaïque américaine.Le gouverneur démocrate de la Louisiane, John Bel Edwards, est pro-armes à feu et anti-avortement.Mettre en avant un programme national qui respecte les spécificités régionales tient de la quadrature du cercle.Reste que ce parti est fédéré contre Donald Trump.Il n\u2019est pas non plus déchiré comme le Parti républicain, où se déroule pratiquement une guerre civile.Cette expression très forte revient souvent dans les analyses pour décrire les tensions entre l\u2019establishment, le président et les conservateurs nationalistes à la Steve Bannon.L\u2019establishment sort-il mieux positionné de l\u2019élection en Alabama, malgré la défaite républicaine?Non, je n\u2019irais pas jusque-là.L\u2019establishment du par ti a perdu cette élection quand son candidat ne s\u2019est pas imposé aux primaires.Roy Moore, c\u2019était un candidat d\u2019une autre planète.Avec lui, les républicains perdaient de toute manière : soit il était élu et devenait un boulet permanent à traîner, dans le contexte où le sénateur Al Franken vient de démissionner en raison d\u2019accusation de harcèlements sexuels ; soit il était battu, affaiblissant la majorité au Sénat.C\u2019est ce qui vient de se produire.Les républicains avalent la pilule et attendent maintenant 2020 pour reprendre l\u2019Alabama.Quand même, le candidat Moore ne l\u2019a échappé que par quelque 20 000 voix en Alabama.Ne faut-il pas aussi se demander comment il se fait qu\u2019un candidat semblable, homophobe et islamo- phobe, a fait le plein de plus de 48% des suffrages exprimés?Il y a quelque chose de culturellement fondé assez dif ficile à appréhender de notre point de vue.L\u2019élection révèle un Alabama très segmenté et polarisé.Roy Moore a gagné dans les campagnes avec des marges de 70 ou 80 %.Il faut aussi prendre en compte les silos d\u2019information.Les gens s\u2019abreuvent à des sources qui n\u2019ont pas nécessairement dépeint Roy Moore comme un agresseur.Et puis, environ une personne sur deux en Alabama est un évangéliste blanc.Ce groupe se mobilise politiquement sur la question de l\u2019avortement depuis les années 1970.Oui, Moore a failli l\u2019emporter.Mais l\u2019exploit de Jones, c\u2019est aussi d\u2019avoir gagné en se présentant comme un démocrate pro-choix, dans le Sud.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 6 L a reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d\u2019Israël a sans surprise suscité un abondant flot de critiques.Les partenaires arabes des États- Unis ont manifesté leurs craintes que cette décision ne déstabilise davantage le Moyen-Orient.Les dirigeants palestiniens ont clamé qu\u2019ils ne reconnaissaient plus comme neutre la partie américaine dans le processus de négociation avec I\u2019État hébreu.Les alliés européens, notamment la France, ont qualifié l\u2019annonce du président américain de « regrettable ».Cette déclaration souffre cependant de deux écueils : son ambiguïté est intenable et, en ne s\u2019attaquant pas d\u2019emblée à la question fondamentale de la colonisation, Trump enterre la possibilité d\u2019une solution à deux États.En rompant avec une tradition diplomatique américaine vieille de 70 ans, le président Trump semble vouloir remplir deux objectifs.D\u2019une part, il met un terme à l\u2019hypocrisie qui ne bernait plus personne depuis longtemps : Jérusalem-Ouest est de facto la capitale d\u2019Israël.D\u2019autre part, en rompant avec « les stratégies du passé qui ont échoué » ainsi qu\u2019avec le « manque de courage » de ses prédécesseurs, Trump espère relancer un processus de paix moribond et s\u2019ouvrir la voie au « deal du siècle », puisqu\u2019il prétend pouvoir régler le conflit israélo-palestinien.L\u2019espoir, dit-on, fait vivre, et soyons magnanimes en étant touchés par la naïveté de l\u2019hôte de la Maison-Blanche dans ce dossier.Une position intenable Le problème fondamental n\u2019est pas tant qu\u2019il surestime probablement ses talents de négociateur, ni même qu\u2019il veuille un jour déménager l\u2019ambassade américaine à Jérusalem.En faisant preuve d\u2019une sophistication et d\u2019une subtilité qui ne lui sont tellement pas coutumières qu\u2019elles sont largement passées inaperçues, il a adopté une position si équivoque qu\u2019elle est concrètement impossible à mettre en œuvre et par con - séquent intenable pour la diplomatie américaine.Dans le propos et la proclamation qu\u2019il a signée le 6 décembre, Donald Trump a en effet souligné que les limites de la souveraineté israélienne sur Jérusalem devaient être négociées entre Israéliens et Palestiniens et que les États-Unis ne prenaient pas position sur cette question.Or, en ne faisant pas la distinction entre Jérusalem-Ouest, sur laquelle les revendications israéliennes sont largement acceptées, et Jérusalem-Est, qui est l\u2019objet de contentieux depuis son annexion en 1967, Trump a créé une incertitude potentiellement explosive.Les Israéliens les plus radicaux peuvent l\u2019interpréter comme un blanc-seing américain à leur volonté d\u2019imposer la souveraineté de l\u2019État hébreu sur la totalité de la ville.En ne faisant pas référence aux revendications des Palestiniens sur Jérusalem-Est, il ne fait que renforcer leur scepticisme quant à la neutralité des États-Unis dans la négociation et leur pessimisme à en faire la capitale d\u2019un éventuel État palestinien.Cette ambiguïté complique également la position américaine de façon significative.D\u2019une part, la prise de position de Trump peut-être interprétée et présentée comme une preuve de l\u2019alliance indéfectible entre les États-Unis et Israël au détriment des musulmans.L\u2019État islamique s\u2019y est d\u2019ailleurs déjà essayé dans l\u2019espoir de remobiliser ses partisans.La sécurité des deux alliés s\u2019en trouvera alors menacée.D\u2019autre part, toute tentative de clarification, comme celle du département d\u2019État qui maintient sa position de ne pas nommer Jérusalem comme par tie d\u2019Israël dans sa documentation officielle, ne manquera pas de susciter l\u2019ire des militants de la Jérusalem « une et indivisible ».Un oubli fatal Avant même de dévoiler le plan de paix sur lequel son gouvernement travaille depuis des mois, le président Trump s\u2019est donc déjà mis à dos l\u2019ensemble des acteurs concernés.Une position qui apparaît quelque peu éloignée des canons de « l\u2019art du deal ».Plus grave, en s\u2019exprimant précipitamment sur la question de Jérusalem, Trump n\u2019ouvre certainement pas un nouveau chapitre des négociations israélo-palesti- niennes.Il incite en fait les par ties à ne pas rouvrir un livre dont la fin apparaît de plus en plus inévitable et éloignée des espoirs qui avaient germé avec le processus d\u2019Oslo.Démobilisés, divisés, démoralisés, les Palestiniens n\u2019ont guère plus de raison de croire à la perspective d\u2019une solution à deux États.Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanya- hou, a d\u2019ailleurs clairement fermé cette possibilité en affirmant il y a quelques semaines à peine que la vallée du Jourdain demeurera toujours une partie d\u2019Israël et que la colonisation s\u2019y poursuivra.Au-delà de la symbolique de Jérusalem, le véritable échec de la diplomatie américaine depuis 1993 a en fait été son incapacité à contrecarrer l\u2019accaparement systématique par Israël des territoires palestiniens en Cisjordanie.Trump aurait pu rompre avec cette hypocrisie et cette disgrâce.Il a préféré ici s\u2019inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs, Obama y compris.Une ambiguïté périlleuse JULIEN TOURREILLE Spécialiste du Sénat américain, Christophe Cloutier-Roy est chercheur en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l\u2019UQAM.ÉTATS-UNIS Les leçons de l\u2019Alabama Que faut-il retenir de la défaite républicaine dans l\u2019État du Sud ?En niant la question de la colonisation, Donald Trump enterre la solution à deux États JOHN BAZEMORE ASSOCIATED PRESS Doug Jones, le candidat démocrate qui a remporté l\u2019élection sénatoriale en Alabama, «n\u2019était pas un poteau», rappelle Christophe Cloutier-Roy.Tout au long de l\u2019année, dans les élections partielles au Congrès, les républicains ont moins bien performé, même quand ils étaient élus.Il se passe quelque chose d\u2019intéressant sur le terrain pour les démocrates, qui attirent en plus des candidats intéressants.Christophe Cloutier-Roy « » BRYNN ANDERSON ASSOCIATED PRESS Le républicain Roy Moore «Il est trop tôt pour prédire ce qui arrivera aux élections de mi-mandat en novembre 2018» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 7 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L e Château Frontenac est le grand monument le plus familier du Vieux-Québec.Il se dresse si haut dans la conscience de la ville qu\u2019il se passe même d\u2019enseigne à sa porte.Il est posé sur son rocher comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une évidence de toute éternité.L\u2019édifice domine les lieux depuis son ouverture officielle le 18 décembre 1892.Avec ses tours, ses pignons et ses toitures de cuivre, les enfants l\u2019associent volontiers au château de Walt Disney.Après tout, le château de la fée Clochette était, tout comme le Château Frontenac, modelé à partir d\u2019une interprétation très libre des châteaux de la Loire et des forteresses du Moyen Âge.Au XIXe siècle, l \u2019homme d\u2019affaires William Van Horne prétendait, dans une image de sa puissance, qu\u2019il voyait l\u2019océan Pacifique depuis la fenêtre de son bureau montréa- lais de magnat du chemin de fer.Grand patron de la compagnie Canadien Pacifique, Van Horne considérait l\u2019érection d\u2019hôtels de luxe comme un signe manifeste du triomphe des barons de la haute finance avec lesquels il était lié.Le Château Frontenac devait au départ être une structure moderne.Mais les financiers du projet préférèrent un style princier dérivé des bâtiments de la royauté française.Est-ce sans rapport avec l\u2019idée qu\u2019ils se faisaient de leur propre position sociale ?Dessiné par l\u2019architecte américain Bruce Price, le nouvel hôtel luxueux est construit sur un lieu occupé auparavant par le château Haldimand, lequel succédait à un autre bâtiment voué à représenter le pouvoir : le château Saint-Louis, nommé en l\u2019honneur du roi Louis XIII.Pourquoi ce nom de Château Frontenac ?En l\u2019honneur de Louis de Buade, comte du nom, premier gouverneur et figure idéalisée de la Nouvelle- France pour laquelle une intensification des sentiments nationaux renouvelle l\u2019intérêt au XIXe siècle.Baptiser ce bâtiment du nom de Frontenac, le coiffer partout de ses armoiries, c\u2019est dire aussi que le pouvoir anglais est l\u2019héritier naturel de celui-là, qu\u2019il n\u2019y a pas en somme de vraie rupture avec la conquête en 1759 mais simplement continuité.Le pouvoir britannique plonge ainsi ses racines plus loin afin d\u2019établir une filiation symbolique propre à mieux assurer son autorité dans la durée.La guerre Solide comme le roc sur lequel il s\u2019enracine, for t d\u2019une vue sur le fleuve à couper le souf fle, cet hôtel unique va vite constituer une référence incontournable pour l\u2019exercice du pouvoir.En août 1943, alors que les horizons de la Seconde Guerre mon - diale s\u2019éclaircirent en faveur des alliés, une grande conférence internationale se déroule au Château.Des décisions stratégiques pour la poursuite de la guerre ont lieu entre Winston Churchill, Franklin D.Roosevelt et Wil liam Lyon Mackenzie King.Entre Churchill et Roosevelt, on parlera aussi en secret du programme nucléaire.Le lieu deviendra aussi le point de chute des personnalités du monde.Aussi bien Charles de Gaulle que la reine Elizabeth II y logent, tout comme Ronald Reagan ou Grace de Monaco.Politique Plusieurs premiers ministres du Québec installeront au Château leurs quartiers personnels lors de leurs séjours dans la vieille capitale ou encore y tiendront des rencontres officielles.Le plus célèbre pensionnaire québécois du Château est sans conteste Maurice Duplessis.Tandis que le premier ministre canadien est installé depuis 1951 dans une vraie maison officielle située au 24 de la rue Sussex à Ottawa, le premier ministre Du- plessis continue pour sa part de vivre à l\u2019hôtel toute sa vie, dans la suite 1107.Duplessis y a ses habitudes de vieux garçon et bénéficie de la discrétion de la maison.À sa chambre, dit-on, les journaux sont à la traîne, tout comme ses disques d\u2019opéra.Du- plessis dispose aussi d\u2019un bureau dans l\u2019édifice.Le premier ministre Daniel Johnson établira lui aussi ses quartiers au Château Frontenac.Le matin, il y passe volontiers de longues heures au téléphone plutôt que de se rendre à son bureau officiel.Quand Jacques Parizeau, à la suite de son élection comme premier ministre en 1993, affirme qu\u2019il est temps que cette fonction ne soit pas assujettie à un statut de locataire d\u2019hôtel, on lui en fera reproche.Folklore À la hauteur de la promenade Dufferin, dans l\u2019espoir d\u2019attirer une nouvelle clientèle sensible à la tradition québécoise, l\u2019hôtel propose à compter des années 1970 «une réplique de l\u2019un des premiers villages ca- nadiens-français».La cuisine « traditionnelle » est soudain à l\u2019honneur.Le personnel est vêtu de tenues « paysannes ».Le Château décide de mimer ce que son architecture a nié de bout en bout : le monde populaire ramené à sa portion capable d\u2019être commercialisée, c\u2019est- à-dire le folklore.Dans les années 1920, dans un même esprit, le Château Frontenac avait déjà accueilli dif férents festivals de chansons traditionnelles, d\u2019artisanat et des manifestations du genre capables de condenser une société en un horizon touristique commode.Racisme Dans son édition du 6 août 1945, le jour où la bombe atomique détruit la ville d\u2019Hiroshima, Le Devoir rapporte qu\u2019un couple de Noirs américains gagne la première manche d\u2019une bataille juridique contre le Château Frontenac.Le docteur George Dows Cannon et sa femme, Lillian Moseley, ont obtenu « une injonction temporaire» de la part d\u2019un juge pour que l\u2019hôtel et son personnel cessent «de leur interdire l\u2019accès à la salle à manger et aux autres pièces accessibles aux hôtes réguliers».Ils demandent 900$ en dommages causés par les pratiques discriminatoires de l\u2019hôtel.Le Dr Cannon affirme qu\u2019il a payé le prix de sa chambre comme tout le monde, soit 12$, et qu\u2019il a donc droit aux mêmes ser vices que les autres pensionnaires de l\u2019hôtel.Médecin impor tant de New York, le Dr Cannon était connu aux États-Unis pour ses ef for ts voués à améliorer la condition des Noirs de Harlem.Depuis combien de temps cette discrimination au Château Frontenac était-elle monnaie courante ?Ce racisme qui se manifeste derrière les lourds rideaux ourlés du chic hôtel, l\u2019écrivain Roger Lemelin le dénonce aussi à sa façon dans Les Plouffe.Dans l\u2019adaptation cinématographique de son œuvre confiée au cinéaste Gilles Carles, un serveur du Château qui refuse de parler français dans une arrogance toute coloniale se voit malmené jusqu\u2019à ce qu\u2019il admette sa capacité à le faire.Longtemps, le Château fut réservé à une élite économique qui se serrait les coudes pour n\u2019y laisser entrer qu\u2019elle.Ce n\u2019est qu\u2019après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement rapide du tourisme de masse, que le Château fut fréquenté par des promeneurs de nouveaux horizons.Les divers agrandissements que le bâtiment a connus au fil des époques témoignent des mutations de la richesse et du luxe que l\u2019institution continue de symboliser.En 1993, dans les derniers grands travaux importants, on ajoute une piscine.Qui eût pu seulement penser, au moment de sa construction au XIXe siècle, que se baigner dans une ville d\u2019hiver deviendrait une activité allant de soi pour des vacanciers?Le Devoir D\u2019un Château Frontenac à l\u2019autre Lieu de pouvoir, reflet d\u2019une société fortunée, l\u2019hôtel a autant connu le racisme qu\u2019accueilli les grands de ce monde La piscine a été ajoutée lors des derniers grands travaux d\u2019importance, en 1993.PHOTOS RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Le Château Frontenac domine le Vieux-Québec depuis son ouverture of ficielle le 18 décembre 1892.Longtemps, le Château fut réservé à une élite économique qui se serrait les coudes pour n\u2019y laisser entrer qu\u2019elle oute une mise en scène, jeudi, dans une base militaire de Washington, de la part de l\u2019ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, dans le cadre de la campagne trumpiste contre Téhéran.Debout parmi des débris de missiles qu\u2019elle a présentés comme «preuves irréfutables» de la vente d\u2019armes de l\u2019Iran à ses alliés houthis au Yémen, elle a accusé le régime iranien d\u2019être en «violation ?agrante » de ses obligations internationales et de l\u2019accord sur le nucléaire.Sur quoi, l\u2019allié saoudien, qui n\u2019en ?nit pas de s\u2019étrangler d\u2019indignation depuis le tir de missile effectué début novembre par les rebelles yémé- nites en direction de l\u2019aéroport de Riyad, a lancé un appel on ne peut plus télégraphié à la communauté internationale a?n qu\u2019elle agisse contre l\u2019Iran « immédiatement ».Il faut que les États-Unis, plus grand vendeur d\u2019armes au monde devant la Russie et l\u2019Arabie saoudite, une dictature armée jusqu\u2019aux dents par les bons soins du Canada, entre autres fournisseurs, se sentent drôlement libres de rouler les opinions internationales dans la farine pour pousser d\u2019aussi peu crédibles cris d\u2019orfraie.Qui, de toute façon, ne sait pas déjà que l\u2019Iran apporte son appui logistique aux Hou- this, au vu de la violence avec laquelle la coalition de pays arabes emmenés par Riyad fait pleuvoir des bombes sur le Yémen?C\u2019est que, coïncidence utile, un rapport sur les circuits d\u2019approvisionnement en armes du groupe État islamique (EI), publié le même jour par l\u2019ONG Con?ict Armament Research (CAR), montre à quel point les États-Unis ont une poutre dans l\u2019œil.La circulation d\u2019armes dans le monde est une af faire aussi opaque que complexe.Fruit de trois ans d\u2019enquête à Kobané, Bagdad, Fallouja et Mossoul, le rapport détaille sans surprise qu\u2019une grande partie des armes du groupe EI a été pillée aux armées syrienne et irakienne.Il est plus éclairant en ce qu\u2019il montre que des armes fournies aux rebelles syriens par les États-Unis et l\u2019Arabie saoudite sont tombées aux mains du groupe EI.Plus précisément, il révèle que les livraisons américaines ont été faites dans la plupart des cas en violation des accords conclus avec les fournisseurs européens \u2014 notamment la Bulgarie et la Roumanie \u2014, des accords qui interdisaient la réexportation des armes.Si donc Téhéran trahit sa signature, Washington fait pareil.En fait, Washington trahit doublement la sienne, étant signataire, lui, du Traité sur le commerce des armes (TCA, conclu en 2013), censé lutter contre le commerce illicite des armes classiques.Ce qui revient à ceci : en amont, des États pyromanes distribuent des armes à tort et à travers.En aval, les diplomaties sont priées d\u2019éteindre les feux et les ONG, face aux crises humanitaires, de jouer les pompiers.Le ministre Sébastien Proulx obligera toutes les écoles à donner dès septembre prochain des cours d\u2019éducation à la sexualité.Syndicats et directeurs d\u2019école estiment que le projet est mal défini.Le ministre les convie à faire un saut dans l\u2019inconnu.occasion était trop belle.Jeudi se déroulait à Québec le Forum sur les agressions et le harcèlement sexuels.Le gouvernement Couillard, qui a déjà les yeux fixés sur l\u2019échéance électorale, en a profité pour annoncer qu\u2019il engageait 25 millions de dollars pour lutter contre les violences sexuelles.Pour compléter le tableau, le ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx, a annoncé que des «apprentissages en éducation à la sexualité » seront instaurés dans les 3000 écoles du Québec.Un projet-pilote en éducation sexuelle, auquel participent 19 écoles, en est à sa deuxième année.En outre, le ministre avait invité les écoles qui le souhaitaient à offrir ces cours dès septembre 2017 et près de 200 écoles publiques et privées ont accepté de le faire.Au printemps, il avait évoqué la date butoir de septembre 2018 pour étendre le programme à toutes les écoles.Sans se soucier du comité consultatif qu\u2019il avait formé et qui est composé d\u2019une vingtaine de représentants des directions d\u2019école, des commissions scolaires, des syndicats d\u2019enseignants et des comités de parents, Sébastien Proulx a décidé d\u2019aller de l\u2019avant avec la généralisation d\u2019un programme au sujet duquel subsistent encore bien des inconnues.C\u2019est sur une base volontaire que les quelque 220 écoles offrent des cours d\u2019éducation sexuelle.En les imposant à l\u2019ensemble des écoles, le ministre aura donc af faire avec des directions d\u2019école et des enseignants qui pourraient opposer une résistance à l\u2019introduction de ce programme hors norme.Cinq heures par an seront consacrées à la matière au primaire et quinze heures par an au secondaire.Ces heures seront prises à même les plages d\u2019enseignement des autres matières.Mais on ne sait pas lesquelles, puisque ça dépend de l\u2019enseignant \u2014 le professeur de français, d\u2019éducation physique, de sciences, d\u2019histoire, etc.\u2014 qui se montrera désireux d\u2019enseigner la nouvelle matière.Certains cours d\u2019éducation sexuelle pourront être donnés par des professionnels du réseau de la santé \u2014 infirmières, travailleurs sociaux \u2014, par des sexologues de la commission scolaire, quand il y en a \u2014 elles sont rares \u2014, ou encore par des psychologues scolaires (comme s\u2019ils avaient le temps).Directions d\u2019école et enseignants auront carte blanche pour déterminer leur mode d\u2019organisation.Débrouillez-vous, leur enjoint le ministre.Il a débloqué 3 millions de dollars pour payer la formation des enseignants, mais aucune somme pour des ressources additionnelles.Sébastien Proulx écarte la voie de la création d\u2019un nouveau programme livré par un enseignant spécialisé : il est trop compliqué de modifier le régime pédagogique.Il écarte aussi la possibilité d\u2019engager des enseignants en éducation sexuelle qui passeraient de classe en classe et d\u2019école en école.En cette ère où les jeunes ont accès par Internet à une foule d\u2019informations sur la sexualité, dont certaines sont de nature pornographique ou promeuvent carrément la violence, il est clair que l\u2019école doit offrir des cours d\u2019éducation sexuelle.Un large consensus existe d\u2019ailleurs à cet égard.Sébastien Proulx poursuit un objectif louable.Mais il a choisi une approche à la va-comme-je-te-pousse, reposant largement sur la capacité des écoles de faire davantage avec les mêmes moyens et sur une forme de dilettantisme qu\u2019on ne tolérerait pas dans d\u2019autres matières.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 B 8 EDITORIAL L E T T R E S Vive la grammaire française ! M.Luc Papineau nous apprenait ce jeudi 14 décembre que « la Loi sur l\u2019instruction publique interdit que les écoles publiques obligent les parents à acheter une grammaire pour leur enfant ».Cette affirmation est plutôt ambiguë.Il aurait été plus pertinent et plus juste de citer la Loi sur l\u2019instruction publique elle-même.Elle stipule très exactement ce qui suit: Art.7 «L\u2019élève [\u2026] a droit à la gratuité des manuels scolaires et du matériel didactique requis pour l\u2019enseignement des programmes d\u2019études [\u2026] Cet élève dispose personnellement du manuel choisi [\u2026] pour chaque matière obligatoire et à option pour laquelle il reçoit un enseignement.» Art.77.1.« [\u2026].« Sur proposition des enseignants [\u2026] le directeur de l\u2019école [\u2026] approuve, conformément à la présente loi et dans le cadre du budget de l\u2019école, le choix des manuels scolaires et du matériel didactique requis pour l\u2019enseignement des programmes d\u2019études.» L I B R E O P I N I O N S T É P H A N E L É V E S Q U E Président de l\u2019Association des musiciens de l\u2019Orchestre symphonique de Mntréal L es musiciens de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal (OSM) sont fiers du succès obtenu par l\u2019Orchestre Métropolitain (OM) lors de sa récente tournée européenne.Nous ressentons toujours la même fierté envers tous les musiciens et ensembles montréalais ou québécois qui ont du succès lors de sorties ou de tournées, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019orchestres, de groupes de musique de chambre, de solistes, de chefs d\u2019orchestre ou de compositeurs.Beaucoup d\u2019entre nous, à l\u2019OSM et à l\u2019OM, ont fait leurs études ensemble, que ce soit dans les conservatoires et universités du Québec, d\u2019ailleurs au Canada ou de l\u2019extérieur du pays.Plusieurs musiciens de l\u2019OM se joignent régulièrement à l\u2019OSM à titre de surnuméraires, d\u2019autres ont étudié auprès de musiciens de l\u2019OSM et nous faisons tous partie d\u2019une communauté musicale montréalaise talentueuse, diversifiée et stimulante.Dans cette optique, nous trouvons absolument désolant que le chroniqueur de musique classique du Devoir, M.Christophe Huss, s\u2019évertue depuis un certain temps à promouvoir une confrontation malsaine entre nos deux orchestres mont- réalais et qu\u2019il ne puisse s\u2019empêcher de célébrer les succès de l\u2019OM en dénigrant l\u2019OSM au passage.Cela est particulièrement frappant dans son article du 9 décembre dernier (« Réinventer un modèle pour l\u2019Orchestre Métropolitain»).Dans cet article, on laisse notamment entendre que les musiciens québécois ne se présentent plus aux auditions nationales de l\u2019OSM visant à recruter de nouveaux titulaires, car ils savent que la préférence sera accordée aux musiciens de l\u2019extérieur du Canada.Cette prétention est fausse, si bien qu\u2019au cours des dix dernières années les deux tiers des postes à pourvoir l\u2019ont été à l\u2019issue d\u2019auditions nationales, ajoutant ainsi au contingent de musiciens québécois et canadiens au sein de l\u2019OSM.En outre, plusieurs autres musiciens québécois et canadiens ont obtenu leurs postes à la suite d\u2019auditions inter nationales, ce qui fait en sor te qu\u2019aujourd\u2019hui plus de la moitié des musiciens de l\u2019OSM sont d\u2019origine québécoise et les trois quarts, d\u2019origine canadienne.Contrairement à ce qu\u2019affirme M.Huss, la langue principale de travail à l\u2019OSM est le français.Il l\u2019avait d\u2019ailleurs lui-même reconnu dans un article publié le 7 octobre à la suite d\u2019un entretien avec la chef de la direction, Mme Madeleine Careau, au sujet du prochain directeur musical de l\u2019OSM.Affirmer maintenant que l\u2019OSM travaille principalement en anglais, en se basant seulement sur le visionnement d\u2019une émission de télévision, ne correspond pas à la réalité.Au cours de leurs 40 tournées et sorties depuis plus de 50 ans, les musiciens de l\u2019OSM ont toujours été fiers de représenter Montréal ainsi que tout le Québec et le Canada, tant au pays que sur la scène internationale.Et tant mieux si les musiciens de l\u2019OM sont aujourd\u2019hui animés du même sentiment.Nous pouvons tous célébrer le succès des musiciens d\u2019ici sans dénigrer une organisation au profit d\u2019une autre.Réponse du critique Les iniquités dont Le Devoir fait état dans ce papier sont formulées par le chef Yannick Nézet-Séguin lui-même, qui réclame plus d\u2019équité pour l\u2019Orchestre Métropolitain.Il ne s\u2019agit pas ici de dénigrement, mais bien d\u2019une saine comparaison dans un écosystème musical et financier par ailleurs petit et fragile.Loin de promouvoir quelque confrontation malsaine, Le Devoir n\u2019est par ailleurs que l\u2019obser vateur de l \u2019usage fait depuis 15 ans des positions dominantes sur la scène musicale montréalaise.La question délicate du recrutement national est également développée par le chef, qui se désole que l\u2019excellence de la formation musicale au Québec ne trouve pas davantage de concrétisation à l\u2019OSM.C\u2019est ce que corroborent les récents échos que nous avions du milieu.Sur l\u2019usage du français à l\u2019OSM, c\u2019est Mme Careau, chef de la direction, qui a indiqué, en entrevue au Devoir le 7 octobre, que la maîtrise du français sera un critère essentiel dans le choix du prochain chef.Nulle par t toutefois ne re- vient-elle sur les pratiques présentes, sur ce qui se passe sur scène, où l\u2019anglais a bel et bien droit de cité.Même pour l\u2019avenir, Mme Careau prend soin de ne pas ouvrir la porte sur la langue qui sera utilisée avec les musiciens, parlant plutôt de la nécessité pour le prochain chef de parler en français « au public, aux médias, à la communauté politique et des affaires ».Christophe Huss Aimer l\u2019OM sans dénigrer l\u2019OSM FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Art.230.« La commission scolaire s\u2019assure [\u2026] que l\u2019école, conformément à l\u2019article 7, met gratuitement à la disposition de l\u2019élève les manuels scolaires et le matériel didactique requis pour l\u2019enseignement des programmes d\u2019études et lui assure un accès gratuit à des ressources bibliographiques et documentaires.» En résumé, chaque élève a le droit de disposer personnellement d\u2019un manuel requis pour l\u2019enseignement; ceux-ci sont gratuits ; leur choix relève d\u2019abord des enseignants eux-mêmes ; il doit être approuvé ensuite par le directeur en tenant compte, bien sûr, du budget de l\u2019école, lequel est approuvé par le conseil d\u2019établissement où siègent les parents, les représentants du personnel, dont évidemment des enseignants, et, au secondaire, des élèves.Bref, il appartient aux professeurs, et en particulier aux professeurs de français, de convaincre leur directeur (et éventuellement le conseil d\u2019établissement) qu\u2019une grammaire est un manuel nécessaire à leur enseignement et que, conformément à la loi, chaque élève doit en disposer personnellement et gratuitement.Sinon, il faut leur appliquer ce vieux principe : «Nul ne peut invoquer sa propre turpitude» ! Jean-Pierre Proulx, journaliste et professeur retraité Montréal, le 14 décembre 2017 Bonjour-Hi ! On aura presque tout dit pour justifier ce «Bonjour-Hi !».Mondialisation oblige.Respect oblige.Ouverture oblige.Bilinguisme oblige.J\u2019ai beaucoup voyagé, et je le fais encore.J\u2019arrive de deux semaines passées au Mexique.Je n\u2019y ai jamais entendu «Hola- Hi!».Cet été, je suis allé à Barcelone, je n\u2019ai jamais entendu « Buenos dias-Hi ! ».Au Brésil non plus, je n\u2019ai pas entendu de «Olá- Hi!».Je vais fréquemment dans les autres provinces, je n\u2019y ai jamais entendu « Hi- Bonjour !».Est-ce que tous ces gens refusent la mondialisation ; manquent de respect envers qui que ce soit ou manquent d\u2019ouverture?Bien sûr que non.Ils sont fiers de leur langue et ils n\u2019ont pas à emprunter aux autres une fierté qu\u2019ils ont déjà.René LeBel Le 13 décembre 2017 NOUVEAUX COURS D\u2019ÉDUCATION SEXUELLE La sexualité en dilettante PROCHE-ORIENT La valse des armes L T GUY TAILLEFER ROBERT DUTRISAC \u2019 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).G R O U P E D E R É F L E X I O N S U R L E D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L E T L A C O O P É R A T I O N ( G R E D I C ) es récentes conférences climatiques internationales tenues à Bonn en novembre (COP23) et à Paris le 12 décembre (One Planet Summit) ont permis de constater que le réchauffement climatique était loin d\u2019être maîtrisé et que les conséquences dramatiques, notamment pour les populations des pays pauvres, étaient de plus en plus inquiétantes.Les mesures annoncées restent notoirement insuffisantes pour faire face aux menaces.Les deux conférences étaient complémentaires: la COP23 orientée sur les mécanismes de la mise en œuvre de l\u2019Accord climatique de Paris de 2015 et le One Planet Summit sur les financements.Elles se sont tenues dans un contexte où plusieurs études récentes montrent l\u2019urgence du défi climatique.Ainsi, 15 364 scientifiques de 184 pays viennent de publier un manifeste dénonçant le peu de mesures prises pour contrer le changement climatique potentiellement catastrophique.Le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement (PNUE) affirme que l\u2019augmentation des températures dépassera 3 °C et que la cible de 2 °C, établie en 2015, était irréaliste par rapport aux actions envisagées.De plus, selon l\u2019étude d\u2019Oxfam, des migrations majeures sont à prévoir de populations de pays pauvres « déracinées par les changements climatiques».Ainsi, « la montée du niveau de la mer pourrait entraîner la submersion de terres où vivent 280 millions de personnes».D\u2019autres études des Nations unies mentionnent que les populations des pays pauvres seront les plus gravement touchées, alors que ce sont essentiellement celles des pays riches qui sont responsables des changements climatiques.Ainsi, le rejet de CO2 par habitant est annuellement de 16 tonnes aux États-Unis, de 14 tonnes au Canada, de 7 tonnes en Chine et de seulement 0,1 tonne dans les pays les plus pauvres ! Au total, l\u2019Afrique ne contribue que pour 3 % aux émissions mondiales ! Selon l\u2019étude d\u2019Oxfam, 50 % des émissions de CO2 sont attribuables aux 10 % de la population la plus riche et seulement 10 % aux 50 % de la population la plus pauvre ! Quel paradoxe ! Résultats Le résultat le plus positif des deux conférences est la prise de conscience des dirigeants politiques que l\u2019augmentation des températures va largement dépasser l\u2019objectif fixé de 2 °C et aura des conséquences plus désastreuses qu\u2019anticipées.Ainsi, le président français, Emmanuel Macron, a déclaré au One Planet Summit : « on est en train de perdre la bataille.On ne va pas assez vite et c\u2019est ça, le drame.[\u2026] On doit tous bouger, car on aura tous à rendre compte ».Parmi les mesures annoncées qui auront des impacts positifs dans les pays pauvres, citons ceux-ci : la fin des financements de la Banque mondiale pour l\u2019extraction de pétrole et de gaz ; la création de fonds spécifiques pour lutter contre la dégradation des terres et la désertification et pour le transfert de l\u2019innovation agronomique ; la mise sur pied d\u2019un groupe de travail sur l\u2019adaptation de l\u2019agriculture aux changements climatiques.D\u2019autres initiatives restent cependant à être financées concernant l\u2019environnement et l\u2019eau.La conférence de Paris de 2015 avait décidé qu\u2019à partir de 2020, les pays riches mobiliseraient 100 milliards de dollars par année de sources privées et publiques pour permettre aux pays pauvres de s\u2019adapter aux effets des changements climatiques et de réduire leurs émissions de gaz.Les deux récentes conférences n\u2019ont pas permis de progresser significativement vers cet objectif, même si les mesures précédentes y contribuent.Les pays pauvres réclament qu\u2019au moins 50 % des fonds soient consacrés aux initiatives urgentes d\u2019adaptation aux changements climatiques, alors qu\u2019actuellement ce ne sont que 20 %, 80 % allant à des investissements pour réduire leurs faibles émissions de CO2.En effet, les investissements privés qui constituent une partie de ces fonds ont une meilleure rentabilité dans des projets de nouvelles sources d\u2019énergie que dans des projets d\u2019adaptation (réhabilitation des sols, digues etc.).Initiatives du Canada En 2015, le Canada avait annoncé un montant de 2,64 milliards de dollars sur cinq ans pour aider les pays pauvres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s\u2019adapter aux changements climatiques.Lors des dernières conférences, le Canada a annoncé un par tenariat avec la Banque mondiale pour accélérer la transition énergétique dans les pays en développement.Concrètement, le Canada a annoncé une contribution de 10 millions pour un cofinance- ment avec des partenaires privés d\u2019un parc éolien en Jamaïque.Ces promesses et mesures sont décevantes, d\u2019autant plus qu\u2019il semble que ces fonds fassent partie de l\u2019enveloppe de l\u2019aide internationale déjà existante.De plus, cette dernière est à son plus bas niveau historique de 0,28% du PIB! C\u2019est une performance désastreuse de la part du Canada! Nous encourageons les organisations de la Société civile canadienne à se mobiliser davantage pour inciter le gouvernement à appuyer beaucoup plus les pays pauvres à faire face aux ravages provoqués par les changements climatiques dont nous sommes les premiers responsables.Le GREDIC : Nicole Saint-Martin, Robert Le- tendre, Nigel Martin, Yves Pétillon, Mario Renaud et Pierre Véronneau.Anciens directeurs généraux d\u2019organismes de coopération internationale et cadres de l\u2019Agence canadienne de développement international (ACDI).Les résultats insuffisants des conférences climatiques J E A N N I C O L A S B E U Z E Représentant du Haut- commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada epuis des décennies, nombre de pays font face à l\u2019arrivée, souvent massive et désorgani - sée, de migrants et de réfugiés.Il faut reconnaître que, jusqu\u2019ici, le Canada a été épargné.Cependant, cette position relativement privilégiée à l\u2019ère des flux migratoires à l\u2019échelle mondiale a été remise en question par le nombre d\u2019arrivées irrégulières cet été, notamment au Québec.Bien sûr, les chiffres ici restent faibles en comparaison de ceux d\u2019autres pays : quelque 21 000 personnes ont traversé de manière irrégulière la frontière canado-américaine en un an alors qu\u2019en un seul jour plus de 50 000 Rohingyas se réfugiaient au Bangladesh.Bien sûr, aussi, le Canada peut s\u2019enorgueillir \u2014 et à juste titre \u2014 d\u2019avoir accueilli ces demandeurs d\u2019asile, principalement originaires d\u2019Haïti, avec des standards de réception et d\u2019intégration qui font la force de ce pays d\u2019immigrants.Et contrairement à certaines peurs véhiculées par des oiseaux de mauvais augure, le système d\u2019asile n\u2019a pas cédé sous le poids de ces nouvelles demandes d\u2019asile et les frontières restent sûres et bien gardées, les autorités compétentes ayant pris les mesures nécessaires.La compassion et le sens du devoir envers ceux qui cherchent protection ont triomphé de ces peurs.La tentation pourrait être grande, toutefois, pour le Canada de se replier sur soi et de se concentrer sur ses besoins intérieurs \u2014 «besoins» plutôt que «problèmes» car, pour un pays comme le Canada, recevoir quelques dizaines de milliers de demandeurs d\u2019asile n\u2019est pas en soi un problème.D\u2019autant plus qu\u2019en 2016, le pays avait déjà accueilli un nombre record de réfugiés, principalement syriens, à travers la réinstallation.Certains de mes interlocuteurs me répètent ces jours-ci qu\u2019ils craignent que l\u2019arrivée de demandeurs d\u2019asile et de «réinstallés» en plus grand nombre ces derniers temps ne donne à d\u2019aucuns le sentiment que le Canada n\u2019a plus à se soucier des réfugiés, ayant déjà fait beaucoup pour eux.Servir d\u2019exemple Je crois qu\u2019au contraire, l\u2019expérience vécue cette année peut nous servir d\u2019exemple et donner tout son sens à la notion de partage des responsabilités.N\u2019oublions pas que 85 % des réfugiés restent dans les pays limitrophes aux conflits, en particulier sur le continent africain, soit dans des pays qui souvent luttent contre la pauvreté de leurs propres citoyens.L\u2019écart entre les budgets nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires des personnes déplacées et les financements reçus par les Nations unies et les ONG ne cessent de s\u2019agrandir.Notre incapacité collective à mettre fin aux conflits et à les prévenir signifie que le retour à la maison de ces populations \u2014 qui est leur souhait principal \u2014 devient un objectif de plus en plus illusoire à court terme.Par le passé, la solidarité entre pays riches et ceux en première ligne à qui incombe le fardeau de recevoir les réfugiés s\u2019exprimait, en autres, par la réinstallation des plus vulnérables.Cette solidarité, néanmoins, s\u2019amenuise.Avec 43 % de places en moins pour la réinstallation globalement, moins de 1 % des réfugiés seront réinstallés dans un pays tiers en 2018.L\u2019année prochaine, le Canada recevra 9000 des 1,2 million de réfugiés que mon organisation, le Haut-commissariat aux réfugiés, a identifié comme ayant besoin de cette solution pour survivre.Lors de sa visite dans la Belle Province au début du mois de novembre, le haut- commissaire, Filippo Grandi, a été une fois encore émerveillé par les élans de solidarité et les services mis en place pour l\u2019intégration, en particulier socio-économique, des réfugiés.Il a aussi pris bonne note du souci du gouvernement fédéral de placer les femmes au centre de ses priorités, et de manière notable à travers sa politique d\u2019aide internationale.En effet, plus des trois quarts des personnes sous son mandat sont des femmes et des enfants : ils sont les premières victimes des conflits et des déplacements forcés, comme ne cesse de le répéter le HCR.Parce qu\u2019il a les outils pour recevoir et intégrer davantage de réfugiés sur son sol, le Canada peut montrer la voie.Parce qu\u2019il est un pays dit riche et protégé, du fait de sa géographie, des grands flux migratoires affectant le XXIe siècle, le Canada se doit aussi de montrer sa solidarité envers ces pays qui ont gardé leur porte ouverte à ceux qui viennent s\u2019y mettre à l\u2019abri des conflits et des persécutions.Ce pays, sa population et ses leaders politiques peuvent, une fois encore, avoir un impact alors que d\u2019autres hésitent à franchir le pas.C\u2019était essentiellement le message du haut-commissaire durant sa récente visite, alors qu\u2019il félicitait le Canada tout en lui demandant de faire encore plus pour les réfugiés.Je suis persuadé que son message sera entendu.Réfugiés : le Canada peut montrer la voie I S A B E L L E B É R U B É Maîtrise en environnement En réponse à l\u2019article «Les déchets électroniques s\u2019amoncellent à la vitesse grand V », paru dans Le Devoir du mercredi 13 décembre.es impacts de la mise au rebut de millions de tonnes métriques d\u2019équipements électriques et électroniques chaque année sont complexes.Beaucoup plus complexes que la simple gestion des déchets rappor tée dans l\u2019édition du Devoir du 13 décembre.En fait, cette problématique montre bien toute l\u2019absurdité de nos économies non circulaires (non durables), c\u2019est-à-dire un système basé sur l\u2019extraction, la transformation, l\u2019utilisation et l\u2019élimination par enfouissement ou incinération de biens de consommation courants.Pourtant, en plus d\u2019être composés de matières plastiques réutilisables, ces déchets électroniques contiennent plusieurs métaux précieux.Il y a donc une per te brute et majeure pour l\u2019économie, comme le soulignait avec justesse la journaliste Pauline Gravel.« La valeur des matériaux qui auraient pu être récupérés des vieux appareils jetés en 2016 [\u2026] atteignait 55 milliards, ce qui excède le produit intérieur brut de la plupart des pays du monde », écrit-elle.Dans les pays développés, la consommation de métaux par habitant est dix fois supé - rieure à la moyenne mondiale.En l\u2019espace de 20 à 30 ans, les grands pays consommateurs de ressources ont plus que triplé le nombre de métaux différents utilisés pour les applications industrielles.Faut-il rappeler qu\u2019il s\u2019agit de ressources non renouvelables?Pourquoi alors ne pas rapidement mettre en place les équipements et les infrastructures pour récupérer ces métaux ?Parce que cette approche n\u2019est pas dans l\u2019ADN de l\u2019industrie.En fait, la grande majorité des téléphones cellulaires, des ordinateurs ou autres biens électroniques ne sont pas fabriqués pour qu\u2019on en récupère les métaux avec lesquels ils sont faits.Aucune loi ne force les manufacturiers à miser sur une conception écologique de leurs produits afin de favoriser l\u2019extraction et la réutilisation des matériaux lorsqu\u2019ils ont atteint leur fin de vie utile.Pis encore, les fabricants conçoivent leurs équipements afin qu\u2019il soit pratiquement impossible d\u2019en extraire les précieux métaux.Rien n\u2019est dû au hasard.Pourtant, l\u2019extraction de ces métaux a un impact sur l\u2019environnement et la biodiversité, et ce, malgré les ef for ts des minières pour les atténuer.Je ne remets pas en question l\u2019utilisation de ces produits.Par contre, il faudrait légiférer pour interdire l\u2019obsolescence programmée des Apple de ce monde, qui utilisent cette stratégie pour nous obliger à jeter nos beaux appareils et à dépenser de nouveau.Mais tout n\u2019est pas sombre.Au Québec, nous pouvons nous réjouir de l\u2019application du principe de responsabilité élargie des producteurs.Il responsabilise les fabricants en ce qui a trait à la récupération et au recyclage des produits qu\u2019ils commercialisent.Il faut cependant faire plus.Notamment en nous dotant d\u2019une politique d\u2019économie circulaire innovante, qui pourrait permettre de réduire l\u2019extraction à la source et les impacts qui en découlent.Le temps presse, et une statistique est très éloquente : en une seule génération, l\u2019humanité extraira plus de métaux que pendant toute l\u2019histoire de l\u2019humanité.Vous avez bien lu : pendant toute l\u2019histoire de l\u2019humanité.Ce constat est troublant.Il devrait nous convaincre de répondre à cet enjeu de manière rapide et efficace.Des métaux à valoriser JACQUES NADEAU LE DEVOIR Quelque 21 000 personnes ont traversé de manière irrégulière la frontière canado-américaine en un an.L GEOFFROY VAN DER HASSELT AGENCE FRANCE-PRESSE Manifestation en marge du One Planet Summit D L OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR La grande majorité des biens électroniques ne sont pas fabriqués pour qu\u2019on récupère les métaux avec lesquels ils sont faits. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 B 10 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).D A N I E L T U R P Professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal omme on a cherché à souligner plusieurs anniversaires en 2017 et que l\u2019on a notamment voulu commémorer le 150e anniversaire de l\u2019entrée en vigueur du British North America Act (aujourd\u2019hui la Loi constitutionnelle de 1867, qui n\u2019a d\u2019of ficiel, en langue française, que le titre !) et de la création du Dominion du Canada, il est utile de rappeler à notre souvenir un autre grand moment de l\u2019année 1867 : le discours prononcé par Louis-Joseph Papineau le 17 décembre 1867 devant l\u2019Institut canadien.Qualifié souvent de « testament politique» et dévoilant, comme l\u2019a si bien décrit le professeur Marc Chevrier, «l\u2019envergure de l\u2019homme et l\u2019horizon de sa pensée», l\u2019allocution de celui qui fut jadis chef du Parti canadien et du Parti patriote jetait en outre un regard critique sur la création de la nouvelle fédération canadienne.Le passage suivant est révélateur des vues de Papineau sur les hommes qui ont été à l\u2019origine de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique et sur le processus ayant conduit à son adoption : «Ce n\u2019est pas l\u2019acceptation précipitée de l\u2019acte de confédération bâclé à Québec qui peut prouver la sagesse des hommes d\u2019État de l\u2019Angleterre.Il n\u2019est pas leur œuvre ; il a été préparé dans l\u2019ombre, sans autorisation de leurs constituants, par quelques colonistes anxieux de se cramponner au pouvoir qui leur échappait.Le sinistre projet appartient à des hommes mal famés et personnellement intéressés, l\u2019accomplissement du mal au Parlement britannique, surpris, trompé et inattentif à ce qu\u2019il fait.À première vue, l\u2019acte de confédération ne peut avoir l\u2019approbation de ceux qui croient à la sagesse et à la justice du Parlement, à l\u2019excellence de la Constitution anglaise, puisqu\u2019il en viole les principes fondamentaux en appropriant les deniers appartenant aux colons seuls et non à la métropole ni à aucune autorité dans la métropole.Il est plus coupable qu\u2019aucun autre acte antérieur.Il a les mêmes défauts, et il en a de nouveaux, qui lui sont propres, et qui sont plus exorbitants contre les colons que ne l\u2019ont été ceux des chartes parlementaires ci-devant octroyées, ou imposées.» Et Papineau d\u2019ajouter, dans ce discours : «Les vraies doctrines sociologistes des temps modernes se résument en peu de mots : reconnaître que, dans l\u2019ordre temporel et politique, il n\u2019y a d\u2019autorité légitime que celle qui a le consentement de la majorité de la nation ; de constitutions sages et bienfaisantes que celles sur l\u2019adoption desquelles les intéressés ont été consultés et auxquelles les majorités ont donné leur libre acquiescement.» La population ne sera pas consultée S\u2019agissant du « libre acquiescement », n\u2019y a-t- il pas lieu de rappeler que les résolutions de la Conférence de Québec, qui seront pour l\u2019essentiel reprises dans le projet d\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, donneront lieu à un vote au Parlement du Canada-Uni le 10 mars 1865, 62 des 65 députés du Canada-Est, dont le territoire sera appelé à devenir celui de la Province de Québec, prenant part au vote.Des 62 voix exprimées, 37 qui y sont favorables, et 25 défavorables.Parmi des députés francophones qui comptent pour 49 des 62 élus, 27 votent pour et 22 votent contre.La version définitive l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique ne sera jamais été approuvée par l\u2019Assemblée législative du Canada-Uni, après son adoption par le Parlement du Royaume-Uni et sa sanction par la reine le 29 mars 1867.Et la population du Bas- Canada ne sera pas non plus consultée sur le contenu de nouvelle loi fondamentale.La Loi constitutionnelle de 1867 est l\u2019un des piliers constitutionnels sur lesquels le Canada s\u2019est construit et continue de se développer.En application de cette loi, le Parlement du Canada a élargi considérablement ses compétences grâce aux tribunaux, qu\u2019il s\u2019agisse du Comité judiciaire du Conseil privé de Londres, qui lui a attribué des compétences en matière de radiocommunications, de télécommunications et de câblodistribution, qui le fondent aujourd\u2019hui à réglementer également l\u2019Internet.C\u2019est aussi sur cette loi que se sont appuyées les autorités fédérales pour exercer un « prétendu » pouvoir de dépenser et pour s\u2019ingérer dans la mise en œuvre de l\u2019ensemble des compétences dévolues au Québec, en particulier par des transfer ts en matière de soins de santé, d\u2019éducation postsecondaire, d\u2019aide sociale et de services sociaux, de développement de la petite enfance et de services de garde.Ce prétendu pouvoir n\u2019est pas non plus étranger la volonté de l\u2019État fédéral d\u2019intervenir dans les affaires municipales et urbaines et de formuler, comme il l\u2019a fait très récemment, une Stratégie nationale sur le logement du Canada.Pas de consentement Ce premier pilier de l\u2019édifice constitutionnel canadien a été complété par de multiples lois, parmi lesquelles on compte la Loi constitutionnelle de 1982.L\u2019adoption de cette loi, résultant d\u2019une procédure de rapatriement menée à terme sans le consentement du gouvernement, du Parlement ou du peuple du Québec, n\u2019a pas obtenu, pour reprendre les mots de Papineau, le consentement de la majorité de la nation.Elle ne saurait non plus être classée parmi ces «constitutions sages et bienfaisantes que celles sur l\u2019adoption desquelles les intéressés ont été consultés, et auxquelles les majorités ont donné leur libre acquiescement», s\u2019agissant en particulier des principes du bilinguisme et du multiculturalisme qu\u2019elle enchâsse.Et pourtant, c\u2019est sur cette loi que se sont appuyés les tribunaux pour empêcher le Québec de mettre en œuvre, par la Charte de la langue française, une politique visant à faire du français la langue commune du Québec.Et c\u2019est, de toute évidence, en vertu de cette même Loi constitutionnelle que les velléités d\u2019affirmation de la neutralité religieuse de l\u2019État québécois, sans même parler même de sa laïcité, seront mises en échec.Pour honorer la mémoire de Papineau, n\u2019y a-t-il pas lieu d\u2019engager le Québec dans une conversation avec ses propres citoyens et citoyennes en vue de le doter de sa propre loi fondamentale?Ne devrait-on pas préparer, non plus «dans l\u2019ombre», mais en toute transparence, une première Constitution québécoise, avec « l\u2019autorisation de ses constituants».N\u2019est-il pas temps de créer un Mouvement pour constituer le Québec?Papineau et le testament politique de 1867 C L É M E N T L A B E R G E Consultant, culture et numérique Québec ans une chronique particulièrement alarmiste publiée le 11 décembre dans Le Devoir, Louise Beaudoin appelle à des interventions vigoureuses de l\u2019État afin de protéger la diversité culturelle et linguistique, qui serait gravement menacée de disparition au cours des cinq prochaines années.Comme les baleines noires.Le problème, c\u2019est que les actions qu\u2019elle propose afin de répondre à cet imminent danger risquent de se révéler inefficaces si elles ne tiennent pas compte de l\u2019ADN du numérique, c\u2019est-à-dire des mécanismes sur lesquels il s\u2019appuie.À titre d\u2019exemple, on ne peut plus se contenter de dénoncer que « la tuyauterie et les algorithmes des multinationales américaines déterminent déjà largement ce que nous regardons et écoutons».Il faut aussi s\u2019interroger sur les raisons qui expliquent cette situation.Et quand on le fait, on est rapidement forcé de constater que les industries culturelles québécoises ont aussi leur responsabilité dans cette situation.En effet, à défaut de fournir aux algorithmes qui organisent le Web des renseignements adéquats sur nos productions culturelles (des méta- données de qualité), il ne faut pas s\u2019étonner que celles-ci restent inconnues.Elles sédimentent naturellement au fond des disques durs de la Silicon Valley, sans aucune découvrabilité.Il n\u2019y a pas de complot là-de- dans, c\u2019est le résultat logique d\u2019un manque d\u2019information.Et cela décrit malheureusement assez bien la situation actuelle.L\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec a d\u2019ailleurs consacré un rapport à cette question il y a quelques mois.La réalité , c\u2019est que, même si on exigeait dès demain un quota de pièces musicales québécoises sur la page d\u2019accueil de iTunes, Apple ne serait probablement pas en mesure de le faire.Pas parce que Goliath ne le veut pas, mais parce que les métadonnées qui accompagnent les fichiers musicaux sont trop pauvres.Elles ne permettent souvent même pas de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019une chanson québécoise.\u2014 Ben t\u2019sé, franchement, Pierre Lapointe, c\u2019est évident que c\u2019est un Québécois ! \u2014 Ben non\u2026 pas pour un algorithme ! Il faut savoir le dire dans le langage des ordinateurs, à partir de normes et des standards internationaux.Et c\u2019est souvent là que le bât blesse.Est-ce que de meilleures métadonnées régleront tout ?Certainement pas.Mais elles apparaissent de plus en plus comme une condition préalable à toute ambition dans le monde culturel numérique.Tout le monde doit bien le comprendre, et en tout premier lieu les producteurs, qui ont la responsabilité de produire ces métadonnées, et les pouvoirs publics qui soutiennent la production culturelle.C\u2019est heureusement de plus en plus le cas.L\u2019évolution du droit d\u2019auteur, la transformation des circuits de diffusion, la dissolution des produits culturels dans diverses formes d\u2019abonnement à des services culturels et l\u2019apparition de puissants outils d\u2019autoproduction sont aussi des éléments essentiels de la nouvelle dynamique culturelle.On ne peut plus réfléchir les enjeux de la diversité culturelle sans en tenir compte.Je su is tout à fa it d\u2019accord avec Lou ise Beaudoin quand elle dit qu\u2019il est urgent de réguler la mondialisation culturelle.Sauf que pour réussir à le faire efficacement, il faudra tenir compte des par ticularités de ces nouveaux espaces culturels.Il faudra d\u2019abord apprivoiser la bête.Réponse de la chroniqueuse Monsieur Laberge, Avec raison vous insistez sur les dif ficultés inhérentes au dressage de la bête particulièrement sur la « nécessité de fournir aux algorithmes [\u2026] des renseignements adéquats sur nos productions culturelles».Mais les normes internationales d\u2019indexation doivent aussi être adaptées pour bien servir toutes les langues et toutes les cultures.En découle l\u2019impérative obligation pour les États de s\u2019attaquer à cette question et à toutes les autres posées par la nouvelle donne numérique et l\u2019omniprésence des GAFAM.Je maintiens ma proposition selon laquelle, pour ce faire, le Québec s\u2019allie à la France et à tous les pays francophones.Je me réjouis, enfin, de nous savoir de plus en plus nombreux à partager le même sentiment d\u2019urgence en ce qui concerne la régulation de la mondialisation culturelle.Louise Beaudoin Apprivoiser la bête M A T H I E U M U R P H Y - P E R R O N lors que Montréal se remet de sa première tempête de neige de la saison, nos représentants politiques fédéraux et municipaux se montrent incapables encore une fois de fournir des passages sécuritaires pour les milliers de résidants qui comptent sur leur bicyclette pour faire leur trajet quotidien.Dimanche dernier, la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain a annoncé la fermeture de la piste multifonctionnelle du pont Jacques-Cartier, retirant ainsi le dernier lien que les cyclistes voyageant entre Montréal et la Rive- Sud pouvaient emprunter.La seule option légale qui leur reste, c\u2019est de prendre le métro, vélo en main, à l\u2019extérieur des heures de pointe, ce qui, nous en convenons, n\u2019est pas l\u2019idéal.De même, aucun passage sécuritaire n\u2019est offert aux résidants des quartiers au sud du canal de Lachine pédalant vers le centre-ville.Très peu d\u2019informations ont été transmises depuis l\u2019annonce du 15 décembre 2016 d\u2019un projet pilote intergouvernemental sur le déneigement d\u2019un tronçon d\u2019un kilomètre de piste du côté nord du canal.Catherine McKenna, la ministre fédérale responsable du dossier de Parcs Canada, n\u2019a toujours pas répondu à la lettre que je lui ai envoyée en novembre dernier la questionnant sur l\u2019état du projet pilote et l\u2019encourageant à prolonger la portion à déblayer afin de permettre aux cyclistes d\u2019avoir accès au tunnel qui longe le pont Des Seigneurs.Sans cette révision mineure, la vie des cyclistes sera menacée quotidiennement par les automobilistes qui refusent de maintenir la distance de dépassement de 1,5m sur le pont, qui est par ailleurs très étroit.Le fait de déneiger un seul kilomètre (l\u2019équivalent de 3% de la piste) offre peu d\u2019incitatifs aux cyclistes pour emprunter cette route sans voiture lors de leur trajet hivernal.Bien que les défis logistiques liés à la mise en place d\u2019un programme de déneigement complet soient importants, une volonté politique serait nécessaire afin de rendre sécuritaires les conditions routières pour plusieurs cyclistes d\u2019hiver.Si le gouvernement fédéral tient à la sécurité des cyclistes, et qu\u2019il est sérieux dans sa prétention de vouloir déployer des efforts pour minimiser les effets des changements climatiques, il prendra les mesures nécessaires immédiatement afin de prolonger la portion du canal à déneiger cet hiver.Les dangers que les ponts et les passages surélevés représentent pour les cyclistes sont déjà connus et des aménagements mal conçus peuvent être mor tels.Des passages sécuritaires reliant les quartiers nord et sud du canal sont nécessaires si nous souhaitons prévenir des blessures graves et la mort de cyclistes.Les dossiers du déneigement du canal de La- chine et du pont Jacques-Cartier peuvent facilement devenir une patate chaude pour les gouvernements fédéral et municipal.La sécurité des cyclistes est d\u2019une trop grande importance pour subir cette déresponsabilisation politique.Les solutions qui peuvent sauver des vies sont connues depuis déjà plusieurs années.Est-ce que nos élues et élus attendent un drame humain avant de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la mobilité et la sécurité des cyclistes sur les routes montréalaises?Il faut rendre le vélo d\u2019hiver sécuritaire JACQUES NADEAU LE DEVOIR Louis-Joseph Papineau A C À défaut de fournir aux algorithmes qui organisent le Web des renseignements adéquats sur nos productions culturelles, il ne faut pas s\u2019étonner que celles-ci restent inconnues D ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Une volonté politique serait nécessaire afin de rendre sécuritaires les conditions routières pour plusieurs cyclistes d\u2019hiver. LE DEVOIR D \u2019HISTOIRE B 11 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à par tir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.S I M O N C O U I L L A R D L\u2019auteur est doctorant en études québécoises à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.I l y a 180 ans eurent lieu des rébellions manquées qui scellèrent l\u2019union des provinces du Haut et du Bas-Canada.Comment penser ce moment fondateur qui précède- rait les véritables naissances du pays en 1867 et en 1917 ?L\u2019historien Allan Greer notait que les historiens canadiens- anglais « n\u2019aimaient pas beaucoup les rébellions » de 1837- 1838 et que leur récit des évé- nements, « souvent vague à l\u2019extrême», présentait l\u2019épisode comme une « anomalie nécessaire» de l\u2019histoire canadienne, « le triste sort des insurgés servant à valider un pattern plus large, en plus d\u2019offrir aux Canadiens de puissantes leçons morales et politiques».Si Greer s\u2019en désolait, ces récits ouvrent toutefois une fenêtre sur l\u2019idéologie canadian.Pour mieux la comprendre, il faut s\u2019intéresser au personnage de William Lyon Mackenzie, l \u2019« alter ego » de Papineau dans le Haut-Canada, et à son rôle pour l\u2019historiographie canadienne-anglaise.D\u2019une par t, Mackenzie incarne une ambiguïté : comment concilier la loyauté envers l\u2019Empire et la fidélité aux principes démocratiques et libéraux qui caractérisent censément les gens d\u2019origine britannique?D\u2019autre part, la réhabilitation du personnage sous le règne de son petit-fils Mackenzie King (premier ministre du Canada entre 1935 et 1948) par la nouvelle génération des professionnels de l\u2019histoire témoigne d\u2019une plasticité susceptible de convenir aux impératifs changeants de l\u2019idéologie.L\u2019agitateur Mackenzie combine tour à tour les traits de l\u2019irlandicité, de la britannicité, de l\u2019écossité et de l\u2019américanité, sans perdre ce qui fait l\u2019essentiel de sa cohérence d\u2019un récit à l\u2019autre.Du « little man » décrit par John Mercier McMullen, premier véritable historien national au Canada anglais, il deviendra «a crusader», «a man to who Canada owes much » moins d\u2019un siècle plus tard, chez Arthur Lower.Chez McMullen (1855) d\u2019abord, les rébellions sont envisagées dans le prisme juridique et policier inspiré par la rébellion irlandaise de 1798.Les leaders patriotes sont rangés dans la même catégorie que les Smith O\u2019Brian et John Mitchell.Comme ces derniers, Mackenzie est un « agitator » \u2014 l\u2019usage de ce terme prend une connotation négative avec les événements de 1798.Mackenzie est «malicieux et malfaisant ».Lui et ceux qui l\u2019ont suivi appar tiennent à l\u2019«école extrémiste» de la politique, là où d\u2019autres appartiennent à l\u2019«école modérée».Ces schèmes sont à peine modifiés dans la synthèse de John Bou- rinot (1900), même si, dans ce cas, la condamnation de Mackenzie s\u2019atténue.Ce dernier recourt aux «mesures extrêmes», mais l\u2019auteur le considère néanmoins comme « profondément empreint de l\u2019esprit du libéralisme politique».Mackenzie n\u2019est plus l\u2019outsider que décrivait McMul- len.Son problème est qu\u2019il « manque cruellement de jugement et de bon sens lorsque ses sentiments sont excités ».Il est victime de ses « impulsions passionnelles » et de son « tempérament controversé ».I l s \u2019empor te et se laisse manipuler.Dans ce nar rati f , l \u2019agitateur, c \u2019est d\u2019abord Papineau, même si, une fois ce dernier hors du coup, « on ne trouve aucune circonstance atténuante pour sa folle conduite ».Dans The Canadians.The Stor y of a People (1938), George M.Wrong décrit un Mackenzie moins « libéral » que « radical » : « Il était en phase avec les dirigeants radicaux de l\u2019époque, et sur tout avec Joseph Hume et J.A.Roebuck, tous deux députés au Parlement [britannique].» Mackenzie est « empreint de radicalisme ».Wrong le compare à John Wilkes, le controversé maire de Londres, banni lui aussi du Parlement 70 ans plus tôt.Exit l\u2019Irlandais ?« Il était un agitateur, il trouvait du mal en abondance auquel s\u2019attaquer », mais c\u2019est son « écossité » qui le définit : le « zèle incandescent », son « esprit ardent », l\u2019« esprit d\u2019un martyr ».Un feu intérieur le rend « furieux », « émotionnel » et «excessif », et explique qu\u2019il soit rongé par les « griefs ».Après sa rencontre avec Papineau, un « agitateur ir réfléchi », Mackenzie devient « à demi fou».D\u2019un narratif à l\u2019autre, que Mackenzie accède à la britanni- cité (qui fonde sa légitimité d\u2019acteur dans l\u2019histoire canadienne), par son libéralisme (Bourinot), puis par son radicalisme (Wrong), mais aussi dans la mesure où sa révolte contre l\u2019Empire s\u2019explique, à terme, moins par la « petitesse » que par la folie.Son agitation, d\u2019abord associée à la malice et à la malfaisance, s\u2019explique ultimement par son tempérament, colérique et irrationnel chez Bourinot, « écossais » chez Wrong.Par ailleurs, si la perspective d\u2019ensemble demeure fondamentalement celle de l\u2019Empire, elle tend à passer du juridico-policier au domaine moral, au culte évangélique de la modération qui prend son essor dans la Grande-Bretagne au XIXe siècle.Avec Bourinot et Wrong, l\u2019« extrémisme » de Mackenzie devient intempérance.L\u2019Américain Dans l\u2019historiographie ultérieure, la perspective est moins celle de la dynamique entre l\u2019Empire et ses dissidents que celle de la dif fé- rence entre le modèle britannique/canadien (modération, constitutionnalisme absolu, pr udence, rejet de l \u2019extrémisme et de la violence) et le modèle américain/républicain (excitation, révolution, violence, radicalisme).La manifestat ion la plus notoire de ce changement se trouve dans l\u2019interprétation du radicalisme de Mackenzie, qui ne sera plus principalement d\u2019inspiration anglaise ou écossaise, mais dont les racines seront désormais américaines (Jefferson, Jackson).Le personnage conserve son caractère impétueux et son feu intérieur, mais ces traits sont dorénavant associés au frontiersman américain qu\u2019il est censé incarner.Dans la synthèse de Donald Creighton (1944), Mackenzie est animé d\u2019une « fer veur puritaine » (d\u2019écossaise, la fièvre devient américaine).« Émotionnel, loquace, violemment querelleur », i l est néanmoins « le seul théoricien sérieux de la révolution sociale et politique dans les Canadas ».Ses idées, il les emprunte « aux théories de John Locke et de Thomas Jef ferson », il étudie « les pratiques des gouvernements américains ».« Plus lettré que la plupart de ses contemporains et [\u2026 ] intensément intéressé aux principes premiers », Mackenzie est un homme exceptionnel, et c\u2019est pourquoi son échec entraînera avec lui la possibilité de l \u2019 implantation du modèle américain au Canada.Ce portrait constituait une petite révolution.Dans Colony to Nation (1946), Arthur Lower tend à rétablir la continuité perdue : « Dans le Haut- Canada, les deux courants de pensée, le radicalisme anglais et la démocratie américaine, se sont unis en Mackenzie.» Le personnage demeure « l\u2019Écossais instable » animé d\u2019un « esprit de justice brûlant».Malgré les déboires des réformistes dans les années 1830, « sa capacité à trouver du carburant pour le feu était inépuisable ».Il maintenait les querelles avec « sa parole tranchante et sa plume encore plus tranchante », mais « il se battait pour l\u2019homme ordinaire, pour la majorité, pour la démocratie et contre les privilèges».Si Mackenzie échoue, i l faut y voir plus largement les raisons qui expliquent son intégrité fiévreuse : « Le presbytérianisme américain était un calvinisme érodé par les forces de la frontière, au point de ressembler au méthodisme : il mettait en avant les éléments familiers à la frontière, les hymnes vigoureux, le revivalisme et d\u2019autres formes d\u2019émotionalisme.» Presbytérianisme « Jusqu\u2019à la rébell ion de 1837, le presbytérianisme américain demeurait la principale dénomination dans le Haut-Canada, mais après 1840, l\u2019immigration écossaise et irlandaise a altéré la situation [\u2026].Le presbytérianisme écossais a apporté les qualités auxquelles le calvinisme a été associé par tout, les qualités qui construisent les carrières, la stabilité, la sobriété, l\u2019efficacité, la fiabilité, l\u2019humilité, la capacité à dissimuler ses émotions, la droiture du Canadien moyen, sa prudence [\u2026]», etc.L\u2019échec de Mackenzie était donc non seulement celui de l\u2019implantation d\u2019une « démocratie jacksonnienne » obéissant à une « logique de la frontier democracy », mais il signalait plus fondamentalement la fin d\u2019une cer taine « américa- nité » de la société canadienne dans sa composante religieuse (capitale, pour Lower).Dans les plus récentes synthèses, la défaite des patriotes est toujours présentée comme le refus du mode d\u2019être américain : la population canadienne « préfère » le gouvernement responsable au Conseil législatif élu, son tempérament sobre est à l\u2019opposé de l\u2019enthousiasme américain.Mackenzie, toujours fièvre et feu, est redevenu un personnage négatif, dans la mesure où Papineau et lui, par leur « comportement extrême » font obstacle au « processus normal de démocratisation » entamé à la suite de la guerre de 1812.Variations sur un même thème, donc.On peut ainsi retracer le fil d\u2019un récit national dont les historiens canadiens-anglais ont su maintenir la cohérence à travers les époques.Et il faut voir que l\u2019idéologie qui en assure l\u2019intelligibilité a des résonances ailleurs dans le monde.L\u2019année dernière, la République irlandaise commémorait le centenaire de l\u2019Insurrection de Pâques.Pour les uns, dont l\u2019historien James Heartfield, le soulèvement fut un acte juste et héroïque, une inspiration pour tous les peuples qui ont lutté contre la tyrannie des empires.Pour les autres, dont l\u2019ancien Taoiseach Br uton, l\u2019Insurrection traduisait une approche non constitutionnelle, violente, radicale, et surtout inutile puisque le Home Rule, un compromis acceptable, était à portée de main.Qui a raison ?On peut au moins affirmer qu\u2019il y a un problème avec la position du Taoiseach, à savoir que le compromis, s\u2019il fut acceptable, y apparaît néanmoins comme une vir tualité\u2026 plus crédible, peut-être, que la démocratie dans les Canadas en 1837.?Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com 150E ANNIVERSAIRE DU CANADA William Lyon Mackenzie contre le « destin canadien » MAURICE COUILLARD Simon Couillard est doctorant en études québécoises à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.JOHN WYCLIFFE LOWES FOSTER, BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA, DOMAINE PUBLIC Pour mieux comprendre l\u2019idéologie canadian, il faut s\u2019intéresser au personnage de William Lyon Mackenzie, l\u2019« alter ego » de Papineau dans le Haut-Canada, et à son rôle pour l\u2019historiographie canadienne-anglaise.Mackenzie combine tour à tour les traits de l\u2019irlandicité, de la britannicité, de l\u2019écossité et de l\u2019américanité, sans perdre ce qui fait l\u2019essentiel de sa cohérence d\u2019un récit à l\u2019autre B 12 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 D É C E M B R E 2 0 1 7 L E S P E T I T E S A N N O N C E S PRESTIGE CHARME & DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com 514-220-2454 www.estherleblanc.com 4421 De Lorimier Beau 3e étage à aire ouverte.Terrasse exclusive sur le toit.2 chambres + boudoir.Appartement agréable, idéal pour cuisiner et recevoir.Près du Parc Lafontaine, de 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