Le devoir, 27 janvier 2018, Édition de Québec
[" L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 J A N V I E R 2 0 1 8 ECONOMIE A 9 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 SOIRÉES Contribution suggérée : 5$ RENSEIGNEMENTS : 514-387-2541, poste 234 ou cleguen@cjf.qc.ca | Les Soirées Relations sont organisées par le Centre justice et foi.Nous commémorons en 2018 trois grandes ?gures de la résistance non-violente : Mohandas Gandhi et Martin Luther King, assassinés respectivement il y a 70 et 50 ans, ainsi que Daniel Berrigan, arrêté il y a 50 ans pour avoir dé?é les autorités militaires étasuniennes en brûlant les dossiers de conscrits sur le point d\u2019être envoyés au Viêtnam.Le choix éthique et politique en faveur de la non-violence est-il toujours actuel ?Sur quoi repose l\u2019e?cacité des stratégies de lutte non-violente ?Comment peuvent-elles transformer durablement les structures sociales ?CHOISIR LA RÉSISTANCE NON-VIOLENTE À MONTRÉAL Le lundi 29 janvier 2018 de 19 h à 21 h 30 Maison Bellarmin 25, rue Jarry Ouest (métro Jarry ou De Castelnau) AVEC : \u2022 Martin Hébert, professeur au Département d\u2019anthropologie de l\u2019Université Laval ; \u2022 Dominique Boisvert, membre de Conscience Canada et auteur de Nonviolence.Une arme urgente et e?cace (Écosociété, 2017) ; \u2022 Laurence Guénette, présidente du Projet accompagnement Québec-Guatemala et du Réseau québécois des groupes écologistes.EN COLLABORATION AVEC É R I C D E S R O S I E R S L e Canada et le Mexique doivent prendre garde, dans leur défense de l\u2019ALENA, de s\u2019aliéner l\u2019ensemble des Américains tout comme d\u2019accepter n\u2019importe quoi dans l\u2019espoir de sauver coûte que coûte l\u2019accord.Après tout, Donald Trump ne sera pas éternel.Il ne faut pas se raconter d\u2019histoire, a averti le sous-ministre mexicain au Commerce, Juan Carlos Baker Pineda, lors d\u2019une table ronde organisée vendredi par le Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CERIUM).La renégociation de l\u2019Accord de libre-échange nord- américain (ALENA), dont la sixième ronde doit se poursuivre à Montréal jusqu\u2019à lundi, pourrait très bien échouer.«Si l\u2019un des pays veut partir, il le fera.On ne peut rien faire contre cela», a-t-il dit, faisant référence aux États-Unis, dont certaines des demandes « sont simplement inacceptables», selon lui.La seule chose à faire pour le Canada et le Mexique, dans un tel contexte, est de rappeler que beaucoup de progrès ont déjà été réalisés depuis le début des négociations, en août, et de continuer, pour le reste, d\u2019essayer de se montrer «créatifs » dans la façon dont on pourrait accommoder malgré tout le camp américain.«Mais ce qu\u2019il faut éviter à tout prix, c\u2019est de bricoler coûte que coûte des solutions qui ne seraient pas dans notre intérêt commun à long terme.Nous devons penser à long terme.» Et tant pis si cela doit se conclure, malgré tout, par un échec, a déclaré le haut fonctionnaire mexicain.« Il y aura un jour un autre président à la tête des États-Unis, qui défendra une autre politique commerciale.» C\u2019est pourquoi il faut savoir garder le contrôle de ses émotions et éviter de « s\u2019aliéner la population américaine dans son ensemble ».Problème de visions Le professeur de droit international économique de l\u2019Université Laval à Québec Richard Ouellet estime lui aussi que certaines demandes des États-Unis à la table de rené- gociation de l\u2019ALENA sont tellement contraires non seulement aux intérêts de ses deux autres pays partenaires, mais aussi à la nature même de leur projet commun qu\u2019elles semblent avoir été seulement conçues pour servir d\u2019excuses pour conclure à leur échec.Le problème, entre les États- Unis et ses deux autres partenaires, va bien au-delà d\u2019intérêts nationaux divergents, estime le professeur et directeur de la Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines de l\u2019Université de Montréal, Pierre Martin.« Le gouvernement Trump ne partage pas le même esprit, la même conception générale de l\u2019ALENA.» Pour le nouveau président américain, l\u2019accord met en présence trois économies nationales distinctes qui essaient de s\u2019assurer les plus grosses parts de gâteau possible.Pour les deux autres et en réalité, le bloc commercial est un ensemble économique de plus en plus étroitement intégré et où les gains, comme les pertes, sont communs.Le professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique Stéphane Paquin entrevoit quatre scénarios possibles.Un « ALENApocalypse » que Donald Trump pourrait déclencher dès mardi en annonçant la sor tie de son pays de l\u2019accord lors de son discours sur l\u2019état de l\u2019Union, ou alors un report de la fin des négociations en 2019, après les élections prévues au Mexique, aux États- Unis, mais aussi en Ontario et au Québec.Ou encore, la transformation des discussions en cours en négociations bilatérales entre les États- Unis et ses deux voisins séparément, mais qui n\u2019auraient probablement pas plus de succès.Mais plus vraisemblablement, la signature prochaine d\u2019une entente par tielle couvrant les nombreuses questions déjà réglées et la remise aux calendes grecques des enjeux les plus litigieux.«Le pessimiste dira que les choses pourraient dif ficilement aller plus mal.L\u2019optimiste lui répondra que, au contraire, elles le pourraient.» Des avancées à Montréal Des représentants des milieux d\u2019af faires canadiens et mexicains ont affiché un optimisme prudent vendredi au quatrième jour des négociations à Montréal.Certains ont avancé que les partis étaient maintenant tout près d\u2019une entente dans au moins six des trente chapitres en discussion, dont ceux portant sur le commerce électronique, les règles anticorruption, les télécommunications ainsi que les mesures sanitaires et phytosanitaires.Le week-end devrait être consacré à des enjeux plus litigieux comme l\u2019automobile, le droit des entreprises de poursuivre les États et l\u2019établissement d\u2019une durée de vie limite de l\u2019éventuel accord.La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrys- tia Freeland, et ses deux homologues doivent arriver dans la métropole montréalaise dimanche pour faire le point sur les progrès accomplis et tenir une conférence de presse le lendemain.C\u2019est à ce moment que le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, pourrait annoncer l\u2019intérêt ou non de son pays de poursuivre l\u2019exercice.Officiellement, on s\u2019est accordé encore deux autres rondes de négociations d\u2019ici la fin du mois de mars pour arriver à une entente.Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir Le Canada devrait se concentrer sur l\u2019ALENA de l\u2019après-Trump MANUEL BALCE CENETA ASSOCIATED PRESS La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et ses deux homologues, Robert Lighthizer et Ildefonso Guajardo Villarreal, doivent arriver dans la métropole montréalaise dimanche pour faire le point sur les progrès accomplis.V I R G I N I E M O N T E T à Washington L a croissance américaine a marqué le pas au quatrième trimestre, à 2,6% en rythme annuel, et est repassée sous l\u2019objectif de 3 % que s\u2019est fixé Donald Trump, arrivé au pouvoir il y a tout juste un an.Ce taux de croissance représente une déception pour les analystes, qui misaient sur 2,9% après 3,2% au troisième trimestre et 3,1% au deuxième.Calculé sur les douze mois de 2017, le PIB américain atteint 19 387 milliards de dollars, soit une progression de 2,3 %.Un chif fre meilleur qu\u2019en 2016 (+1,5 %), mais moindre qu\u2019en 2015 (+2,9%).«C\u2019est un rythme respectable pour 2017, un bon retour en force vu le très faible départ du premier trimestre, qui avait été de 1,2%», a noté Lawrence Yun, économiste de l\u2019association des agents immobiliers (NAR).Le président Donald Trump, qui assure pouvoir doper durablement la croissance du PIB de la première économie mondiale au-dessus de 3 % par an, ne rate pas une occasion de rappeler que la croissance a accéléré depuis son arrivée au pouvoir.«On allait dans la mauvaise direction», a-t-il encore affirmé vendredi dans un entretien à la chaîne économique CNBC réalisé à Davos, reprochant à son prédécesseur démocrate, Barack Obama, de ne pas en avoir fait assez pour encourager la croissance.«Ne vous méprenez pas, les régulations ont compté autant que les baisses d\u2019impôts.J\u2019ai davantage coupé dans les réglementations que n\u2019importe quel président dans l\u2019histoire ! » a-t-il ajouté.Son gouvernement a fait adopter une réforme fiscale en décembre abaissant le taux d\u2019imposition pour les entreprises qui, af firme-t-elle, va ÉTATS-UNIS La croissance marque le pas au quatrième trimestre également doper la consommation des ménages.D\u2019octobre à décembre, c\u2019est en grande partie celle-ci qui, en progressant de 3,8%, a tiré la croissance, encouragée par les perspectives de baisses d\u2019impôts et la santé de la Bourse.Le rebond d\u2019activité après les ouragans de la fin de l\u2019été a aussi compté, avec notamment le rachat de véhicules abîmés et les efforts de reconstruction.Mais cette vigueur de la consommation a un revers : les importations ont bondi.Elles ont accéléré de 13,9%, une progression inédite depuis sept ans.Agence France-Presse D E L P H I N E T O U I T O U à Washington D onald Trump va-t-il assouplir sa politique commerciale ?Le président américain semble en tout cas avoir tendu une perche cette semaine à ses partenaires de l\u2019Asie-Paci- fique après les avoir brutalement éconduits il y a un an en se retirant de l\u2019accord PTP.«Je me joindrais au [traité de libre-échange transpacifique] PTP si nous avions un bien meilleur accord que celui que nous avons», a déclaré le président américain dans un entretien à la chaîne américaine CNBC lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse.«Les déclarations [de Trump] sur le PTP représentent une réelle inflexion», constate Edward Alden, expert au Council of Foreign Relations, alors qu\u2019il y a tout juste un an, le 23 janvier 2017, le président signait un document mettant fin à la participation des États-Unis.Il s\u2019agissait de sa toute première décision destinée, selon lui, à sauvegarder les emplois américains menacés par le libre-échange.Pour autant, le retrait américain n\u2019a pas signé sa mise à mort.Cette semaine, les onze partenaires restants, qui avaient repris le flambeau en faveur de cette vaste zone commerciale, ont annoncé un nouvel accord.Sans les États-Unis.« Le nouveau PTP, qui doit être signé en mars, a dû vraiment irriter le président » américain, commente Monica De Bolle, spécialiste de la politique commerciale au Peterson Institute for International Economics, un groupe de réflexion à Washington.D\u2019autant qu\u2019il a été conclu plus rapidement que prévu.Les onze partenaires \u2014 Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam \u2014 avaient bien avancé les négociations en novembre 2017, en marge du forum de l\u2019Asie-Pa- cifique au Vietnam, mais il leur restait quelques différends à résoudre.« Ces pays ont clairement démontré leur volonté de combler le vide que les États- Unis semblent laisser derrière eux», ajoute Monica De Bolle.En outre, M.Trump, qui n\u2019a de cesse de souligner sa préférence pour les accords bilatéraux, a dû se faire une raison : le Japon ne veut pas d\u2019un tel accord et il l\u2019a publiquement fait savoir, observe la spécialiste, d\u2019où « le rétropédalage » à mesure que le gouvernement Trump réalise les potentielles pertes économiques.« Il prend conscience soudainement que le monde continue bien que les États-Unis ne fassent plus partie du jeu », résume Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics.Le président américain, qui a par ailleurs imposé la renégocia- tion du traité de libre-échange nord-américain (ALENA) est aussi de plus en plus sous la forte pression du monde des affaires, qui l\u2019exhorte à ne pas camper sur une politique protectionniste radicale.«Trump a manifestement compris ce message qui provient de personnes influentes, riches, ces personnes qu\u2019il respecte» et qu\u2019il a rencontrées à Davos, réagit M.Alden.La stratégie du Canada, l\u2019un des principaux par tenaires commerciaux des États-Unis, pourrait aussi avoir pesé dans l\u2019apparent assouplissement de la position de Washington.En effet, Ottawa a fait grand cas de son adhésion au Partenariat transpacifique cette semaine, tout en rappelant qu\u2019il ne céderait pas aux exigences du gouvernement Trump sur le volet ALENA.La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n\u2019a pas hésité à déclarer que le Canada se préparait à l\u2019éventualité d\u2019un retrait américain de l\u2019ALENA, en vigueur depuis 1994.Ottawa martèle en outre que les États-Unis, dont neuf millions d\u2019emplois dépendent du commerce et des investissements avec le Canada, auraient beaucoup à perdre s\u2019ils quittaient l\u2019ALENA.Vendredi à Davos, Donald Trump a semblé avoir été sensible aux multiples mises en garde : « L\u2019Amérique d\u2019abord n\u2019est pas l\u2019Amérique seule, a-t- il admis.Nous sommes en faveur du libre-échange, mais il doit être juste, et il doit être réciproque.» Agence France-Presse Donald Trump tempère sa position sur le libre-échange La stratégie du Canada pourrait avoir pesé dans l\u2019apparent assouplissement de la position de Washington COMMERCE INTERNATIONAL «Ce qu\u2019il faut éviter à tout prix, c\u2019est de bricoler coûte que coûte des solutions qui ne seraient pas dans notre intérêt commun à long terme» J U L I E N A R S E N A U L T M ême si Hydro-Québec vient de décrocher son plus important contrat d\u2019exportation, cela ne signifie pas pour autant que les clients québécois de la société d\u2019État doivent s\u2019attendre à une baisse de leur facture d\u2019électricité.Son p.-d.g., Éric Martel, estime plutôt que cette entente «historique» avec le Massachusetts permettra à Hydro-Québec de respecter sa promesse de ne pas augmenter les tarifs au-delà de l\u2019inflation.«Évidemment, cela nous permet d\u2019atténuer la pression et nous procure une certaine flexibilité», a-t-il expliqué vendredi, en conférence de presse, aux côtés du ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.L\u2019événement visait à faire le point sur la décision du Massachusetts annoncée la veille indiquant que Northern Pass avait été le seul projet retenu parmi les 46 propositions déposées pour ce contrat d\u2019approvisionnement de 20 ans qui pourrait générer des revenus de 10 milliards.Si M.Martel a affirmé que les profits découlant de ce contrat allaient garnir les coffres de l\u2019État et servir à «payer des salaires pour des médecins et des professeurs», il n\u2019a pas ouvert la porte à une baisse des tarifs pour les clients québécois.Il a rappelé que cela faisait « trois ans» qu\u2019Hydro-Québec respectait son engagement, ajoutant que les deux dernières hausses tarifaires résidentielles avaient été de 0,7%.« C\u2019est le gouvernement qui est l\u2019actionnaire unique et qui fixe les dividendes versés à l\u2019État, a renchéri M.Moreau.Une hausse des revenus, c\u2019est une bonne nouvelle pour tous, indépendamment de la tarification fixée par la Régie [de l\u2019énergie].» Conditionnel à une signature officielle qui devrait avoir lieu en mars, ce contrat de 20 ans permettra à Hydro-Québec d\u2019exporter annuellement 9,45 térawattheures (TWh) d\u2019hydroélectricité pour approvisionner un million de clients à compter de 2020.Le Northern Pass, dont la construction est pilotée par la société d\u2019État et son partenaire américain Eversource, doit relier le poste des Cantons, situé à Val-Joli, et le poste de Franklin, dans le sud du New Hampshire.La partie québécoise du projet est évaluée à plus de 680 millions.La construction devrait débuter à l\u2019automne et une partie de la ligne de transport sera enfouie dans le secteur de la forêt Hereford.En conférence de presse, M.Martel n\u2019a pas voulu s\u2019avancer sur le prix obtenu par la société d\u2019État, mais il a clairement laissé entendre qu\u2019il était supérieur au coût moyen de 3 ¢ pour produire et assurer le transport d\u2019un kilowattheure.« Nous avons déterminé un prix et il absorbe tous les coûts, dont la production et le transport», a-t-il assuré.Pour montrer à quel point les exportations étaient profitables pour Hydro-Québec, M.Martel a souligné que les exportations avaient représenté 16 % du volume des ventes nettes d\u2019électricité en 2016, mais avaient généré 28 % des profits, soit 803 millions de dollars.Une fois signée, cette entente donnera un important coup de pouce à la société d\u2019État, qui ambitionne de doubler son chiffre d\u2019affaires à environ 27 milliards de dollars d\u2019ici 2030.En dépit de l\u2019ampleur du contrat avec le Massachusetts, Hydro-Québec peut encore conclure jusqu\u2019à deux autres ententes similaires, a dit M.Martel, qui a les yeux tournés vers l\u2019État de New York ainsi que vers l\u2019Ontario.Menace protectionniste?Par ailleurs, Hydro-Québec ne croit pas que le climat protectionniste aux États-Unis puisse déclencher une dispute commerciale avec un concurrent américain ou inciter le gouvernement Trump à révoquer le permis présidentiel du Northern Pass, octroyé lorsque Barack Obama était à la Maison-Blanche.«L\u2019appel d\u2019offres était très concurrentiel, a dit M.Martel.Nous n\u2019avons pas offert un produit sous notre coût de production.Il n\u2019y a pas eu de dumping.Il n\u2019y a pas de préoccupations à ce niveau.» Le grand patron d\u2019Hydro-Québec a rappelé que la ligne de transport allait générer des investissements de 2 milliards aux États-Unis en plus de créer des milliers d\u2019emplois, ce qui devrait plaire au président Donald Trump.Aux États-Unis, une autorisation est toujours attendue au New Hampshire, alors qu\u2019au pays, l\u2019Office national de l\u2019énergie doit donner son feu vert au projet.La Presse canadienne HYDRO-QUÉBEC Le contrat historique ne se traduira pas par des baisses de tarifs L\u2019entente avec le Massachusetts pourrait générer des revenus de 10 milliards L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 J A N V I E R 2 0 1 8 É C O N O M I E A 10 Autorité des marchés publics POSTE DE PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL Le président du Conseil du trésor invite les personnes intéressées et possédant les qualités recherchées à soumettre leur candidature afin de constituer une liste de personnes déclarées aptes à être nommées au poste de président-directeur général de l\u2019Autorité des marchés publics (l\u2019Autorité).Ces candidatures sont recherchées en vue de pourvoir un poste à temps plein avec port d\u2019attache à Québec.ATTRIBUTIONS : Le président-directeur général est responsable de l\u2019organisation, de l\u2019administration et de la direction générale de l\u2019Autorité et doit veiller à ce que cette dernière remplisse adéquatement son rôle de gardien des marchés publics et exerce son pouvoir de vérification et d\u2019enquête.Le titulaire doit notamment s\u2019assurer que l\u2019instance surveille l\u2019ensemble des contrats publics, reçoive les plaintes d\u2019entreprises qui se sentiraient lésées par un processus d\u2019appel d\u2019offres public de même que les commentaires d\u2019entreprises et des citoyens qui auraient des doutes sur le respect des règles contractuelles concernant les organismes publics.Il a également la responsabilité de s\u2019assurer que l\u2019instance émet les autorisations requises pour conclure des contrats publics.Il voit à ce que l\u2019Autorité fasse des recommandations ou des ordonnances aux organismes publics en vue d\u2019améliorer la qualité de leur gestion contractuelle.Il doit orienter l\u2019établissement des règles de fonctionnement du système électronique d\u2019appel d\u2019offres, en collaboration avec le Secrétariat du Conseil du trésor.CONDITIONS DE TRAVAIL : La personne titulaire de cet emploi est nommée par l\u2019Assemblée nationale pour un mandat d\u2019au plus sept (7) ans, non renouvelable.Le traitement est établi selon les Règles concernant la rémunération et les autres conditions de travail des titulaires d\u2019un emploi supérieur à temps plein.L\u2019échelle salariale, applicable au 1er avril 2017, est de 153 125 $ à 199 063 $.Une personne retraitée du secteur public reçoit un traitement correspondant à celui qui devrait lui être attribué pour occuper le poste visé, duquel est déduit un montant équivalant à la moitié de la rente de retraite qu\u2019elle reçoit de ce secteur.CONDITIONS D\u2019ADMISSION : Le candidat doit posséder une expérience pertinente en matière de gestion organisationnelle et de gestion contractuelle.Il doit également maîtriser le cadre normatif qui régit la gestion contractuelle des organismes publics.De plus, il doit avoir une bonne connaissance de l\u2019administration publique et de son fonctionnement.MODALITÉS D\u2019INSCRIPTION : Soumettre votre curriculum vitae ainsi qu\u2019une lettre de présentation démontrant votre intérêt pour le poste avant le 16 février 2018 à 16 h 30 par l\u2019entremise d\u2019une plateforme numérique sécurisée sur le site du ministère du Conseil exécutif à l\u2019adresse suivante : www.mce.gouv.qc.ca/nominations-tes/liste-postes.asp.Si vous n\u2019êtes pas en mesure de soumettre votre candidature en ligne, veuillez contacter le Secrétariat aux emplois supérieurs au 418 643-8540, poste 5842.Pour de l\u2019information concernant l\u2019emploi, vous pouvez communiquer avec le Secrétariat du Conseil du trésor au 418 643-0875, poste 4901.Appel de candidatures Ministère de la Santé et des Services sociaux Appel de candidatures général Renouvellement des conseils d\u2019administration des établissements du réseau de la santé et des services sociaux Le ministère de la Santé et des Services sociaux est à la recherche de personnes indépendantes, expérimentées et quali?ées pour agir à titre de membres indépendants au sein des conseils d\u2019administration des établissements de son réseau en vertu de la Loi modi?ant l\u2019organisation et la gouvernance du réseau de la santé des services sociaux notamment par l\u2019abolition des agences régionales.En plus de présenter des pro?ls de compétence, d\u2019expertise ou d\u2019expérience déterminés, les candidats recherchés doivent avoir une bonne compréhension du système de santé québécois ainsi que de son mode de fonctionnement.Les candidats nommés par le ministre de la Santé et des Services sociaux se verront con?er un mandat d\u2019une durée maximale de trois (3) ans.Cet appel de candidatures permettra aussi de constituer une banque de candidatures.Elle pourra servir jusqu\u2019en 2021, lorsque des sièges seront vacants au sein des conseils d\u2019administration.Vous souhaitez participer à la gestion d\u2019un établissement de santé et de services sociaux ?Veiller à l\u2019accomplissement de sa mission au béné?ce des patients et des usagers de l\u2019ensemble de la collectivité québécoise vous intéresse ?Faites-nous parvenir votre candidature avant 17 h, le 16 février 2018.Pour en apprendre davantage sur les pro?ls recherchés ou pour savoir comment soumettre votre candidature, visitez le www.msss.gouv.qc.ca/ appeldinteret CARRIÈRES ET PROFESSIONS C A R O L I N E P L A N T E à Shanghai L a pollution extrême de l\u2019air en Chine continue de créer des occasions d\u2019affaires pour le Québec.Le premier ministre Philippe Couillard a inauguré, vendredi, les bureaux de l\u2019entreprise Or- kan, situés tout près de l\u2019aéroport de Shanghai.Il s\u2019agissait de la dernière journée de sa mission d\u2019une semaine en Chine, qui l\u2019a également amené à Pékin et à Hangzhou.Si le ciel de Pékin était passablement dégagé en raison de fermetures récentes d\u2019usines, un brouillard de particules enveloppait toujours les deux autres grandes villes lors du passage de la délégation québécoise.La plupart des piétons croisés dans les rues portaient un masque chirurgical pour se protéger.En 2014, lors de sa première mission dans l\u2019empire du Milieu, M.Couillard avait visité l\u2019usine de Prestolite, une filiale d\u2019Hydro-Québec qui produit des moteurs pour des autobus électriques et des camions.Depuis, la Chine continue de recourir à l\u2019expertise québécoise en matière de technologies vertes pour lutter contre la pollution atmosphérique, a-t- il af firmé lors d\u2019un discours devant un par terre d\u2019invités d\u2019honneur venus assister à l\u2019inauguration d\u2019Orkan.L\u2019entreprise, mieux connue au Québec sous le nom d\u2019Épu- rair, fabrique et installe des purificateurs d\u2019air.Équiper une maison chinoise d\u2019un purificateur d\u2019air coûte entre 2000 et 3000$, selon la direction, une dépense que les Chinois acceptent maintenant de faire sans trop y penser.«Un parent chinois qui voit son enfant tousser toute la nuit, avoir des problèmes de respiration, un peu comme n\u2019importe quel parent sur la planète, va tout faire pour lui donner le bon air et ne veut pas jouer avec ça», a affirmé le vice-président, développement des affaires d\u2019Orkan, Simon Labrecque.L\u2019équipe dit avoir des projets en cours dans les écoles et les hôpitaux de Chine.La demande pour ses purificateurs d\u2019air provient aussi des promoteurs immobiliers.Selon les données d\u2019Orkan, le niveau de pollution en Chine a doublé depuis dix ans, et deux fois plus d\u2019enfants souffrent d\u2019asthme et d\u2019allergies en Chine qu\u2019en Amérique du Nord.Mais les données restent parcellaires.Selon M.La- brecque, le gouvernement chinois contrôle l\u2019information et interdit à quiconque possédant un détecteur de révéler un niveau de pollution supérieur à 500.À titre comparatif, une alerte de smog au Québec est déclenchée lorsque la pollution atmosphérique atteint 60.Le potentiel en Chine pour une entreprise comme Orkan est «gigantesque», estime pour sa par t le premier ministre Couillard.«Une classe moyenne qui grandit, qui naît, a toutes sortes de besoins, dont ceux associés à la santé: eau, air, qualité de vie, etc.», a-t-il dit, en promettant d\u2019assurer le «suivi» auprès des entreprises québécoises installées en Chine.Vendredi matin, M.Couillard a participé à une table ronde sur la construction et les technologies vertes, avant d\u2019aller faire un saut de puce dans un centre d\u2019achats de Shanghai qui présentait un «festival de produits québécois».Il a alors blagué devant les convives qu\u2019il prenait un premier engagement cette année: celui de revenir en Chine pour faire goûter aux Chinois la tourtière du Lac-Saint-Jean.La Presse canadienne CHINE L\u2019air pollué continue de créer des occasions pour le Québec C R A I G W O N G à Ottawa L a cadence de l\u2019inflation annuelle a ralenti à 1,9 % en décembre.Mais des économistes affirment que la vigueur économique de l\u2019année exerce une pression à la hausse sur les prix sous-jacents.Brian DePratto, un économiste principal de la Banque TD, a noté que deux des trois mesures privilégiées par la Banque du Canada pour évaluer l\u2019inflation de base avaient progressé le mois dernier.«En regardant au-delà de la décélération de l\u2019inflation en raison du secteur de l\u2019énergie, [on peut voir que] la forte croissance de l\u2019économie canadienne en 2017 semble maintenant se transformer en une hausse des prix un peu plus importante.» L\u2019indice IPC-tronq, qui exclut les changements de prix les plus extrêmes, a grimpé de 1,9%, par rapport à 1,8 % en novembre, tandis que l\u2019indice IPC-comm, qui ne tient pas compte des prix qui ont changé en raison de circonstances extraordinaires, a grimpé de 1,6%, comparativement à 1,5 en novembre.L\u2019indice IPC-médian a avancé de 1,9%, comme en novembre.« Cela confirme un peu plus que la hausse des taux d\u2019intérêt survenue plus tôt ce mois- ci était justifiée du point de vue des données économiques fondamentales », a estimé M.DePratto.En faisant passer son taux directeur à 1,25 % la semaine dernière, la banque centrale a expliqué sa décision en évoquant les données économiques particulièrement solides.L\u2019économiste Nick Exarhos, de la Banque CIBC, a aussi noté que les tendances de l\u2019inflation sous-jacente semblaient se raffermir.«Nous pourrions observer une certaine pression déflationniste liée à la vigueur du dollar canadien, mais étant donné les hausses du salaire minimum, le resserrement de l\u2019écart de production et ce qui devrait être un prix moyen plus élevé pour l\u2019énergie sur l\u2019ensemble de cette année par rapport à 2017, l\u2019inflation devrait vraisemblablement accélérer.» Dans l\u2019ensemble, Statistique Canada a indiqué vendredi que l\u2019indice des prix à la consommation avait grimpé de 1,9 % pendant le dernier mois de 2017, par rapport au même mois un an plus tôt.La Presse canadienne L\u2019inflation annuelle a ralenti à 1,9 % JOHANNES EISELE AGENCE FRANCE-PRESSE Une femme portant un masque pour se protéger, à Shanghai.Selon les données d\u2019Orkan, le niveau de pollution en Chine a doublé depuis dix ans.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR La société d\u2019État veut doubler son chif fre d\u2019af faires à environ 27 milliards de dollars d\u2019ici 2030. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 J A N V I E R 2 0 1 8 B 9 IDEES T E X T E C O L L E C T I F * ouis Berlinguet vient de nous quitter.On se surprendrait à penser qu\u2019il l\u2019a fait en pleine force de l\u2019âge tant l\u2019image que nous en conserverons restera celle d\u2019un homme animé d\u2019une énergie débordante, d\u2019un enthousiasme communicatif, d\u2019une curiosité intellectuelle sans limites et d\u2019une détermination sans faille.Recr uté très jeune comme professeur à l\u2019Université Laval, il devint par la suite l\u2019un des pionniers de la recherche universitaire au Québec francophone, un professeur réputé, un spécialiste reconnu de la biochimie des acides aminés.Auteur d\u2019une centaine d\u2019articles scientifiques et témoin actif de la genèse de la biologie moléculaire au milieu des années 1950, l\u2019une de ses grandes satisfactions, comme il le confierait lui-même, fut d\u2019être directement associé, un demi-siècle plus tard, à la création et à l\u2019administration de Génome Québec.Louis Berlinguet appartient à la génération des grands bâtisseurs de la Révolution tranquille.Ce Trifluvien né en 1926 fut en effet de l\u2019équipe visionnaire de la création du réseau de l\u2019Université du Québec et son premier vice-président à la recherche, en même temps que le premier président du conseil de l\u2019Institut national de la recherche scientifique.Cet établissement, au sein duquel i l devait quelques décennies plus tard faciliter l\u2019intégration de l\u2019Institut Armand-Frappier, lui dut beaucoup de son élan et de son premier essor.Pionnier, Louis Berlinguet le fut aussi à bien d\u2019autres titres.Il sera premier vice-président du Centre de recherche pour le développement international, premier sous-ministre en titre du ministère d\u2019État à la Science et à la Technologie à Ottawa, premier titulaire de la fonction de scientifique en chef du gouvernement canadien ou encore conseiller scientifique de l\u2019ambassade du Canada à Paris.De nombreuses responsabilités La liste qui prétendrait aligner tous les organismes où Louis Berlinguet a exercé des responsabilités de premier plan serait longue et probablement incomplète.Mentionnons, parmi bien d\u2019autres, l\u2019Institut de recherche en santé et sécurité du travail, le Conseil de la science et de la technologie du Québec, le Centre de recherche en calcul appliqué et le Centre francophone d\u2019informatisation des organisations.Partout s\u2019est imposée sa réputation d\u2019administrateur averti et consciencieux, apte aux visions larges et prospectives, comme aussi sa parfaite, exigeante et exemplaire intégrité.L\u2019âge venant, Louis Berlinguet ne consentit jamais à aller grossir les rangs des nostalgiques et des passéistes.Optimiste et déterminé, il professa toujours que notre avenir, pourvu qu\u2019on s\u2019attachât avec lucidité à le préparer et à le maîtriser, serait plus que notre passé et notre présent riche de possibilités.C\u2019est ce dont peuvent d\u2019ailleurs encore au- jourd\u2019hui témoigner les membres de la Commission québécoise sur l\u2019autoroute de l\u2019information que présida Louis Berlinguet, un mandat que lui avait confié le premier ministre Jacques Parizeau en 1995.Il savait le développement de la recherche et de l\u2019innovation d\u2019importance décisive pour l\u2019avenir collectif et s\u2019en fit l\u2019inlassable promoteur.Ses inter ventions et ses contributions sont à cet égard innombrables, et leurs effets d\u2019autant plus multipliés qu\u2019il sut associer universitaires, industriels et gens d\u2019af faires, communicateurs scientifiques et fonctionnaires dans des entreprises communes vouées au bien commun.Usant de sa personnalité si accueillante et chaleureuse, bénéficiant d\u2019une réputation bien méritée de désintéressement et d\u2019intégrité sans faille, jouissant d\u2019une réputation bien justifiée d\u2019ef fica- cité, Louis Berlinguet fut un grand passeur, un médiateur d\u2019une exceptionnelle efficacité.Ses convictions af firmées et ses engagements stratégiques por tèrent des fruits si nombreux, si largement partagés et si durables parce qu\u2019il s\u2019avéra aussi un efficace tacticien des relations intersectorielles, interdisciplinaires et interpersonnelles.Ses grandes contributions d\u2019intérêt collectif devaient évidemment lui assurer des marques publiques de reconnaissance.Effectivement, il en a reçu de très prestigieuses : fellow de la Société royale du Canada, officier de l\u2019Ordre national du Québec, officier de l\u2019Ordre du Canada, Prix du Québec Armand-Frappier, doctorats honoris causa, prix et distinctions d\u2019associations scientifiques, comme l\u2019Acfas, dont il fut aussi le président, l\u2019Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ), ou, parmi encore bien d\u2019autres, l\u2019Association canadienne de la gestion de l\u2019innovation.Sans doute en était-il heureux, heureux de cette reconnaissance envers son ser vice et soucieux jusque vers la fin de continuer de ser vir.Mais couver t de telles distinctions, l\u2019homme restait égal à lui-même, sans trace de fatuité, ouvert et accueillant à qui sollicitait son conseil ou son aide, passionné par l\u2019actualité scientifique et politique, et toujours d\u2019une généreuse disponibilité à servir la cause de la science, de l\u2019innovation, du bien-être collectif et de l\u2019avenir des générations montantes.Louis Berlinguet nous a quittés, mais nous sommes nombreux à savoir qu\u2019il ne quittera pas nos mémoires et qu\u2019il prendra place dans notre mémoire collective d\u2019une manière durable.La création d\u2019un prix de l\u2019Acfas portant son nom a pour but d\u2019y contribuer.*Ont cosigné ce texte: Claude Corbo, ancien recteur de l\u2019UQAM; Camille Limoges, ex-sous-ministre au gouvernement du Québec; Marie Meunier, ancienne ambassadrice du Canada; Jean Rochon, ex-ministre du gouvernement du Québec; Céline Saint-Pierre, professeure émérite de l\u2019UQAM; Charles Sirois, président de Télésystème ltée; Robert Tessier, président du conseil de la Caisse de dépôt et placement; Diane Wilhelmy, ex-sous-ministre au gouvernement du Québec.Hommage à Louis Berlinguet (1926-2018) M A H M O U D M E Z H O U D Montréal n a vraiment cru qu\u2019après le malheureux 29 janvier 2017, la «communauté mu - sulmane» (nommée ainsi par commodité de langage) du Québec allait sortir des méandres du temps où elle était accusée de toutes sortes d\u2019abominations.En effet, la tragédie de la mosquée de Sainte-Foy a malencontreusement inversé momentanément les rôles entre la victime et l\u2019agresseur.On a vu à travers les médias comment s\u2019est opéré, presque instantanément, le changement de la perception des Québécois vis-à-vis des musulmans et on a assisté à une vague de sympathie, de solidarité et de fraternisation sans précédent qui nous a fait à tous, sans distinction, énormément de bien.Un an s\u2019est écoulé depuis et on se demande si cette tragédie a contribué à améliorer un tant soit peu notre vie ensemble au Québec.L\u2019empathie unanime qui a suivi la tragédie s\u2019est estompée tranquillement pour laisser place à la froideur inchangée de nos conditions de vie et les protagonistes habituels qui animent la sphère du « comment vivre ensemble» ont repris chacun leur rôle pour nous livrer la suite des péripéties d\u2019une saga faite de préjugés, de manipulations et de malentendus.C\u2019est par une proposition d\u2019une approche sociale et non morale qu\u2019on peut voir clair et lever une partie des confusions.D\u2019emblée, il est important de distinguer entre deux types de communautés musulmanes.La première est la communauté des musulmans qui a poussé sur un amas de problèmes sociaux et économiques, la seconde est une communauté pour les musulmans, entité morale et pro- politique qui est une construction des islamistes.L\u2019enjeu de l\u2019emploi La communauté des musulmans ordinaires, qu\u2019on con - fond sciemment ou non avec la communauté des islamistes, est essentiellement sociale.Son implantation a été déterminée par la détérioration des conditions de vie sociale et non par l\u2019impératif religieux.Elle croît sur la paupérisation rampante due aux emplois précaires, au piège du bien-être social, à la chronicité du manque de revenus et à la fermeture du marché de l\u2019emploi malgré le haut niveau de diplomation des musulmans et leurs qualifications.Chaque jour qui passe, elle se voit s\u2019enfoncer un peu plus dans la précarité et la pauvreté.Des hommes et des femmes, voilées ou non, pourtant fiers et dignes, par tent chaque semaine allonger les « line-up » devant les banques alimentaires.Ce sont eux la communauté musulmane des villes du Québec, et surtout de Montréal, qui ne demandent qu\u2019à participer à la prospérité du Québec, leur Québec aussi, pourvu qu\u2019on leur ouvre grand les portes.Les jours riches en émotions qui ont suivi la tragédie du 29 janvier 2017 auraient pu créer un climat favorable afin que le gouvernement pose des gestes for ts en faveur de la communauté musulmane profonde.Cette fraternité évoquée ici et là aurait pu devenir une morale concrète et une solution courageuse, juste et durable pour régler le problème de la discrimination à l\u2019emploi dans un Québec en plein essor économique.C\u2019était et ça demeure la clef pour sortir définitivement de l\u2019enclave ou du ghetto du sous-développement où est confinée ladite communauté ou les communautés musulmanes du Québec.La fraternité recherchée entre les membres des différentes communautés du Québec, et en particulier entre les musulmans et le reste de la société québécoise, ne peut se réaliser spontanément.Elle fait appel à l\u2019égalité et s\u2019enracine dans l\u2019égalité des chances pour tous, les mêmes règles de jeu basées sur la compétence, le mérite, la qualification, le talent, etc.Or, force est de constater que le chemin pour y arriver est encore long.D\u2019autres intérêts L\u2019autre communauté musulmane, morale et religieuse, est la raison d\u2019être politique des islamistes qui leur ser t de faire-valoir auprès des pouvoirs publics et d\u2019une certaine classe politique.Pendant un an, ils ont mené au nom de la communauté musulmane, pour laquelle ils se sont autoproclamés porte-parole, des actions dont la nature et la finalité sont aux antipodes des préoccupations des personnes qu\u2019ils pensent représenter et surtout de nature à agrandir le fossé déjà assez grand d\u2019incompréhensions, de préjugés et de stéréotypes entre les dif férents groupes de musulmans et la société québécoise.Pendant de longs mois, ils ont mené un combat dans les médias et sur la place publique pour l\u2019obtention de cimetières spécifiques pour les musulmans.Une demande qui n\u2019est ni essentielle ni justifiée par le bon sens et encore moins par la religion.L\u2019obtention de carrés dans les cimetières généralistes n\u2019aurait pas été plus inclusive et civique?Car être «enterrés ensemble» peut aider à mieux vivre ensemble.De plus, l\u2019enterrement et la sépulture des morts ne sont pas une affaire de la mosquée, mais celle des centres funéraires, et le représentant religieux peut uniquement guider la prière du mort.Enfin, au regard de leur acharnement à faire de la journée du 29 janvier une journée nationale contre l\u2019islamophobie, il serait probablement pertinent de se permettre la question suivante: est-il raisonnable, sans crier au scandale et à la provocation, de lancer l\u2019idée d\u2019une journée nationale contre le terrorisme islamiste?Pourtant, l\u2019insistance excessive des islamistes à faire du 29 janvier une journée nationale contre l\u2019islamophobie laisse entendre de leur point de vue qu\u2019une partie de la société québécoise vit un mal profond, tenace et systémique.Un an après une tragédie, fratricide, du point de vue humanitaire, il serait plus judicieux de promouvoir une attitude citoyenne commune où l\u2019on ne reprochera plus injustement aux musulmans des crimes perpétrés par des terroristes musulmans, de la même manière qu\u2019on ne doit jamais douter des valeurs profondément humanistes et pacifistes de la société québécoise et de sa classe politique.Il revient, en dernière instance, à tous les musulmans, les pratiquants et les non-prati- quants, les hommes et les femmes, les agnostiques et les athées, les chrétiens (ça existe) et les mystiques, de faire preuve d\u2019engagement et d\u2019implication dans la vie de la cité sur tous les plans, aussi bien politique et public qu\u2019associatif et civil.Car c\u2019est par l\u2019engagement, et non par les accommodements religieux, qu\u2019on se réalisera en tant que citoyens fraternels et égaux en droits et en devoirs avec tous les autres citoyens, et non en tant que Québécois de la communauté musulmane.C\u2019est assurément ainsi qu\u2019on pourra se débarrasser du ghetto social et mental qu\u2019on appelle la «communauté musulmane».Le 29 janvier, un anniversaire pour l\u2019engagement citoyen MARC BERLINGUET Louis Berlinguet appartenait à la génération des grands bâtisseurs de la Révolution tranquille.L O GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR L\u2019empathie unanime qui a suivi la tragédie s\u2019est estompée tranquillement pour laisser place à la froideur inchangée de nos conditions de vie, selon Mahmoud Mezhoud. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 J A N V I E R 2 0 1 8 B 10 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 5500 caractères (y compris les espaces), ou environ 850 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.L U C I E P I C H É Présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) a Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC -CSQ) considère que l\u2019existence des établissements collégiaux n\u2019explique en rien la différence de diplomation universitaire entre le Québec et l\u2019Ontario, bien au contraire.La FEC-CSQ réagit ainsi à l\u2019article publié le 24 janvier dernier dans Le Devoir.Intitulé, « Baccalauréat : le Québec accuse du retard sur le ROC », le texte fait référence à une étude réalisée par le CIRANO et publiée dans un ouvrage collectif au titre évocateur de la vision mercantile de l\u2019éducation mise en avant, soit Le Québec économique.Éducation et capital humain.Il semble tout d\u2019abord inexact d\u2019affirmer que le Québec est en retard sur le ROC.Seul l\u2019Ontario semble faire un tout petit mieux que le Québec si on prend en considération l\u2019ensemble du postsecondaire selon des données de Statistique Canada.Pour effectuer une comparaison plus légitime de la diplomation, il aurait fallu également intégrer les titulaires de diplômes d\u2019études préuniversitaires, techniques et professionnelles.En faisant cet exercice, l\u2019économiste Pierre Fortin a d\u2019ailleurs démontré un «effet cé- gep » positif sur l\u2019accès aux études supérieures.Cette démarche classe en effet le Québec en tête de liste.De nombreuses autres études ont mis en évidence les facteurs qui déterminent l\u2019accès aux études postsecon- daires et à la diplomation.Les auteurs associés au CI- RANO ne semblent pas, quant à eux, les avoir pris suffisamment en considération.Par exemple, le niveau d\u2019éducation et de revenu des parents et la proximité d\u2019un établissement collégial ou universitaire sont primordiaux.Ce n\u2019est donc peut-être pas l\u2019Ontario qui fait mieux, mais davantage les caractéristiques de la société et des jeunes qui y étudient qui favorisent cette réussite.La province est en effet plus riche, plus urbanisée et accueille de très nombreux étudiants des autres provinces (notamment du Québec) ou issus de l\u2019immigration.L\u2019importance de bien catégoriser la population étudiée nous apparaît donc primordiale.L\u2019Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) a d\u2019ailleurs publié une analyse qui effectuait cet exercice.« La proportion de détenteurs de grade universitaire est, à toutes fins utiles, la même dans les deux populations historiques majoritaires », concluait la recherche, qui comparait notamment les parcours scolaires des francophones du Québec à ceux des anglophones de l\u2019Ontario.Par contre, et il faut le mentionner, là où l\u2019Ontario fait mieux, comme le démontrait un récent rapport du Conseil supérieur de l\u2019éducation, c\u2019est au niveau de ses politiques éducatives plus égalitaires en amont des études post- secondaires.Moins de ségrégation scolaire et moins de subventions aux écoles privées permettent à davantage d\u2019élèves de réussir, notamment pour ceux issus des milieux moins bien nantis.Dans l\u2019ouvrage auquel les auteurs ont participé, il est plutôt question du succès des écoles privées\u2026 Bien qu\u2019il reste des progrès à faire au Québec concernant l\u2019accès aux études postsecon- daires, notamment pour les francophones et l\u2019enseignement en français, ce n\u2019est pas en attaquant une nouvelle fois les cégeps que nous les ferons.Il s\u2019agirait plutôt de soutenir encore davantage ces établissements qui font leurs preuves depuis 50 et de s\u2019attaquer à certaines causes profondes qui af fectent les parcours des jeunes du Québec, notamment la ségrégation scolaire au secondaire, le manque de ressources d\u2019un réseau public malmené et, plus globalement, la faiblesse des revenus d\u2019un nombre non négligeable de ménages.Les cégeps, facteur d\u2019accessibilité à l\u2019enseignement supérieur É R I C M A R T I N Professeur au Département de philosophie du cégep Édouard-Montpetit, et auteur d\u2019Un pays en commun, Écosociété.ans La fatigue culturelle du Canada français, publié en 1962, Hubert Aquin déplore la dif fi- culté de tenir des débats politiques au Québec.Sur chaque question, des camps se dessinent.Une fois le clivage tracé, chacun est enfermé dans sa conception unilatérale de la vé- r ité et s\u2019avère incapable d\u2019écouter le camp adverse, à tel point qu\u2019il semble, dit Aquin, avoir subi une « vivisection mentale ».Chacun devient ainsi incapable d\u2019entendre celui qui est de l\u2019autre côté de la barricade.Aquin pense bien sûr à la guerre sans fin entre fédéralistes et souverainistes, mais nous pouvons aussi penser au clivage au sein de la gauche, qui s\u2019illustre une énième fois, ces jours-ci, par l\u2019opposition entre gauche indépendantiste et gauche « inclusive ».Le manque de dialogue ou de « dialectique » n\u2019est pas seulement une sérieuse entrave à la discussion : il empêche que soient réconciliées, dans la réalité, des questions pourtant cruciales que l\u2019on tendra plutôt à opposer les unes aux autres, en multipliant les fausses oppositions plutôt que de chercher à faire des synthèses.On jouera ainsi l\u2019indépendance contre « l\u2019ouver ture » cosmopolite, les « régions » contre les élites urbaines, la gauche du « vrai monde » contre les nouveaux mouvements sociaux, et ainsi de suite.Cette situation maintient non seulement la polarisation entre les groupes, mais elle reconduit aussi le blocage de notre société qui se trouve ainsi maintenue dans le pourrissement de l\u2019histoire, au grand avantage des partis fédéralistes et néolibéraux, qui proposent pour leur part la fuite en avant, c\u2019est-à-dire le maintien du fédéralisme canadien et de l\u2019économie néolibérale.Tant que nous demeurerons prisonniers d\u2019une logique binaire d\u2019opposition entre question nationale et question sociale, nous aurons de sérieux problèmes.En ces matières, les médias, et particulièrement les médias sociaux, ont l\u2019effet d\u2019accentuer la polarisation plutôt que de l\u2019apaiser ; il faudrait y prendre garde.La leçon de la tradition Si nous retournons à la gauche des années 1960-1970, en particulier à la revue Parti Pris et au Front de libération des femmes (FLF), nous voyons des militants animés par la volonté de réconcilier les oppositions entre mouvements et de réaliser la synthèse des luttes, en théorie aussi bien qu\u2019en pratique.À Parti Pris, on montre par exemple que régler la question sociale et surmonter l\u2019exploitation économique est inséparable de la libération politique, c\u2019est-à-dire indissociable d\u2019un projet de transformation des institutions, de la Constitution et du régime fédéral et colonial canadien par le moyen de l\u2019indépendance.À cette dialectique entre la «question du Québec », dirait Marcel Rioux, et la question sociale, le FLF apportera une précision essentielle, à savoir la nécessité d\u2019inclure lutte féministe dans ce qui deviendra alors le combat contre la « triple oppression » : patriarcale, capitaliste et nationale.À l\u2019époque, on n\u2019oppose donc pas le féminisme et la question nationale ; bien au contraire, comme le dit le slogan du FLF, on com prend qu\u2019il n\u2019y aura pas de libération des femmes sans libération nationale.La pensée indépendantiste et socialiste de cette époque nous enseigne que la seule manière de passer de l\u2019idée de l\u2019émancipation du peuple du Québec à sa concrétisation objective est de lier ensemble des problèmes qui peuvent initialement sembler disjoints ou opposés.Faute de nous souvenir de cette leçon, nous persisterons à opposer la lutte nationale aux revendications des «nouveaux mouvements sociaux», alors que l\u2019avenir est aux synthèses.Certes, il y a de nombreuses explications sur les raisons qui ont mené aujourd\u2019hui à l\u2019éclatement des luttes et au manque d\u2019unité que nous constatons, et nous manquons ici d\u2019espace pour en discuter.Si nous comprenons cependant que l\u2019absence d\u2019unification paralyse aussi bien l\u2019avènement de la justice sociale que le devenir de ce pays, nous verrons tout l\u2019intérêt de chercher à surmonter la polarisation acrimonieuse par la mise en commun, à travers un dialogue amical, des préoccupations importantes des uns et des autres.Que nous est-il permis d\u2019espérer?Si nous voulons surmonter les oppositions stériles qui maintiennent le blocage de la société québécoise, il faut espérer surmonter certains clichés relevant du prêt-à-penser et, hélas, bien établis de part et d\u2019autre dans la gauche.Il faut d\u2019abord reconnaître que si les gens expriment des revendications, c\u2019est qu\u2019ils vivent des insatisfactions, des craintes et des douleurs qu\u2019il faudrait chercher à écouter plutôt que de ridiculiser ou d\u2019invalider a priori leur position.Les indépendantistes convaincus doivent s\u2019ouvrir au discours des « nouveaux mouvements sociaux », de la jeunesse, et cesser de dire que Québec solidaire n\u2019est qu\u2019un repaire de tru- deauistes.Certes, ce parti a ses forces et faiblesses, mais ne vient-il pas de fusionner avec la très indépendantiste Option nationale ?La jeunesse est pour sa part interpellée par les luttes féministes et antiracistes.Il faut cependant qu\u2019elle dépasse le raccourci qui lui fait parfois considérer l\u2019indépendance comme une lutte passéiste ou xénophobe pour comprendre que tout projet d\u2019émancipation doit inclure une remise en question du carcan colonial canadien.De plus, la souveraineté est un levier important dans le processus de «démondialisation» qui doit permettre une sortie du libre-échange néolibéral, la mise en place d\u2019un nouveau mode de développement économique plus juste et écologique, et la reconstruction de nouvelles solidarités internationales.Ce n\u2019est que par de semblables efforts d\u2019intercompréhension que nous pourrons parvenir à créer une République indépendante du Québec en solidarité avec les autochtones, à engager une transition écologique et à réaliser la justice sociale dans ce que Fernand Dumont appelait un «socialisme d\u2019ici».Pour reprendre les mots de Moustaki : au lieu d\u2019être deux générations qui s\u2019insultent, que nous soyons frères, sœurs, camarades et complices.Dépasser la division entre la « question du Québec » et la justice sociale M A R C A N D R É B O D E T Professeur agrégé en science politique à l\u2019Université Laval Membre du Groupe de recherche sur le fonctionnement de la démocratie epuis un certain temps, il est de bon ton d\u2019annoncer la mort du Parti québécois.Des chercheurs en sciences sociales s\u2019y sont mis, tout comme de nombreux commentateurs de la scène politique québécoise.Tout y passe.Le PQ serait une machine brisée, organisée autour d\u2019un projet dépassé avec des électeurs qui se meurent cartes de membre à la main.Je m\u2019inscris en faux contre cette position.Passons en revue trois assertions populaires et problématiques.Premièrement, on entend que le Parti québécois serait une machine brisée sur le point de disparaître.Il est vrai que les récents sondages sont assez mauvais.Même si la qualité des méthodologies est dans certains cas très discutable, la tendance est claire.Il y a décroissance des appuis au PQ depuis plusieurs mois.Par contre, il ne faut pas oublier que ce n\u2019est pas la première fois dans l\u2019histoire récente du Québec qu\u2019un parti aux ambitions gouvernementales (laissons Québec solidaire de côté pour le moment) oscille autour des 20 % d\u2019appuis.En fait, la Coalition avenir Québec s\u2019est retrouvée à plusieurs reprises dans cette situation depuis sa création.Et elle a rebondi.QS perd ou gagne plus ou moins la moitié de ses appuis d\u2019un sondage à l\u2019autre.Le Parti libéral obtient des scores qui auraient donné des cauchemars à Robert Bourassa ou même à Jean Charest.En fait, on assiste, tant au provincial qu\u2019au fédéral, à une instabilité électorale depuis le tournant du millénaire.C\u2019est au tour du PQ de subir les foudres de l\u2019électorat.C\u2019est une épreuve, cer tes, mais ce n\u2019est pas une condamnation.Deuxièmement, on dit que le Parti québécois serait organisé autour d\u2019un projet dépassé.On fait alors référence à l\u2019option indépendantiste, mais aussi au positionnement idéologique du parti.Il est encore une fois juste de dire que l\u2019appui au projet indépendantiste est à son plus bas depuis longtemps.Il demeure toutefois que plus du tiers des Québécois sont toujours indépendantistes et que plus ou moins les deux tiers sont nationalistes sous une forme ou une autre.De plus, le projet social- démocrate du PQ le place dans une position avantageuse entre un QS rad icalement à gauche et une bousculade à droite entre le PLQ et la CAQ.Un véritable boulevard s\u2019ouvre.Le PQ est à la bonne place pour attirer un électorat nationaliste et de centre gauche très nombreux, notamment dans la grande couronne de Montréal mais aussi ailleurs.Des défis réels Troisièmement, on raconte que les électeurs péquistes et les membres du par ti seraient littéralement en train de mourir de vieillesse.Certains ont même fait des prédictions hasardeuses en nous proposant une date de péremption à partir de postulats pour le moins fragiles.Dans les faits, le PQ fait encore très bien chez les plus jeunes (francophones).Moins bien qu\u2019avant, cer tes, mais très bien tout de même.Et disons-le clairement, si une baisse des appuis parmi les jeunes cohortes signifiait la mort d\u2019un parti, l\u2019état des appuis envers le PLQ au début des années 1980 nous aurait permis de prédire sa fin au tournant du millénaire.On se serait évidemment trompé.On affirme également que l\u2019effectif du PQ serait très vieux.Il y a en ef fet, en proportion, moins de jeunes que de personnes plus âgées parmi les membres en règle du PQ.Mais la taille de son effectif est sans comparaison avec le nombre d\u2019adhérents au PLQ (en véritable chute libre) et ceux presque confidentiels de la CAQ et de QS .En nombre absolu, les jeunes sont toujours au PQ, dernier vrai parti de militance au Québec.Il ne s\u2019agit pas ici de faire preuve de jovia- lisme.Le Parti québécois fait face à des défis réels.Il s\u2019agit plutôt de déconstruire un discours dominant qui ne tient tout simplement pas la route.Le désir de beaucoup de Québécois de trouver une solution de rechange au PLQ sortant joue actuellement en faveur de la CAQ.Mais il y a un électorat nationaliste et social-démocrate à reconquérir qui ne se retrouve ni au PLQ, ni à la CAQ, et certainement pas à QS.Rien n\u2019est joué.Remettre les pendules à l\u2019heure à propos du PQ D D JACQUES NADEAU LE DEVOIR En nombre absolu, les jeunes sont toujours au Parti québécois, écrit Marc André Bodet.L Il faut s\u2019attaquer à certaines causes profondes qui affectent les parcours des jeunes du Québec Tant que nous demeurerons prisonniers d\u2019une logique binaire d\u2019opposition entre question nationale et question sociale, nous aurons de sérieux problèmes « » "]
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