Le devoir, 10 février 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E Vivre Virée à Québec pour célébrer le Château Frontenac Lire Enquête dans les arcanes du pouvoir russe L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Danse Margie Gillis philosophe danseuse L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Entrevue Pour ses 45 ans de danse, Margie Gillis appelle à la réconciliation des natures.Théâtre Odile Tremblay Les flâneurs Musique Cinéma Arts visuels Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 6 5 6 14 35 37 8 4 28 30 26 42 46 48 50 52 54 Entrevue Mikhail Zygar enquête dans les arcanes du pouvoir russe.Critiques Véronique Côté Les personnalités multiples de Paul Auster Louis Cornellier Écrivains sans frontières Escapade Le Château Frontenac célèbre ses 125 ans, une parfaite excuse pour une virée à Québec.Resto Vin Voyage Techno Jeux SOMMAIRE 29 34 32 Photo de la une du D : Annik MH de Carufel Le Devoir Photo de la une Lire : Mladen Antonov Agence France-Presse C U L T U R E GRAND ANGLE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR epuis le mois d\u2019août dernier, l\u2019industrie du vidéoclip québécoise se retrouve sur la corde raide en raison du tarissement d\u2019un des volets du Fonds Remstar, sa source de financement principale.Sept mois plus tard, le milieu musical est inquiet et espère que le CRTC, dont une décision a causé cet assèchement des subventions, ajustera le tir pour que ne s\u2019essouf fle pas un écosystème déjà fragile.«Si c\u2019était possible avant pour une boîte de production d\u2019avoir une vocation pour le vidéoclip, ce n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui.C\u2019est absolument impossible», illustre le producteur et réalisateur Pierre-Alexandre Girard.Il en sait quelque chose, lui qui a cofondé DTO Films il y a un peu plus de quatre ans avec Daniel Abraham.Les deux trentenaires et leur acolyte Antoine Lortie-Ouellet s\u2019inquiètent de voir le monde du clip s\u2019effriter, eux qui misent aujourd\u2019hui sur la publicité et les webséries pour faire vivre leur entreprise, désormais associée à la maison de production Mile Inn.« Depuis qu\u2019on a fini les derniers vidéoclips financés par le Fonds Remstar en novembre, on en a fait un seul autre, lance Antoine Lortie- Ouellet.Avant, quand il y avait un dépôt qui s\u2019en venait, les labels venaient souvent nous voir.Là, il n\u2019y a rien qui rentre, il n\u2019y a pratiquement rien sur la table.Et tout ce qui est sur la table est très mince.» Une décision et ses impacts En mai dernier, le CRTC a accepté de renouveler la licence des chaînes Mu- siquePlus et de MusiMax, tout en levant l\u2019obligation des deux propriétés de Groupe V Médias de diffuser des vidéoclips en ondes.Du même coup, le Fonds Remstar a mis fin en août dernier à son volet «Vidéoclips musicaux», qui injectait environ 1 million par année dans leur production.Temps dur pour le clip Privé de son principal financement, le milieu musical craint l\u2019essoufflement d\u2019une vitrine essentielle D La décision, précise Céline Legault du CR TC, était en fait la mise en œuvre de nouvelles orientations de l\u2019organisme fédéral pour les chaînes qualifiées de « services facultatifs », et qui prenaient racine dans la grande consultation Parlons télé, tenue en 2015.En gros, dans un monde numérique déjà décloisonné, le CRTC avait retiré la protection des genres, donnant une plus grande latitude aux chaînes comme Canal D, Zeste, Casa et MusiquePlus.À l\u2019ADISQ, la directrice générale, Solange Drouin, dit comprendre ce décloisonnement des canaux spécialisés, mais déplore que personne «ne se soit préoccupé de l\u2019impact que ça pouvait avoir, entre autres sur le financement du vidéoclip».Pour financer ces petits films musicaux de quelques minutes, les étiquettes de disque peuvent piger dans des fonds de promotion de Musicac- tion et obtenir de l\u2019aide de la SODEC.«Mais le million du Fonds Remstar, c\u2019était environ 60% du financement» total destiné au clip, précise la D.G.de l\u2019ADISQ.«On arrivait par la belle créativité de tout le monde à faire de petits miracles, mais là, les miracles sont de plus en plus difficiles à faire.» Rivaliser avec les autres Chez Roméo & fils, les chif fres en témoignent.La maison de production travaille beaucoup en publicité et pour la télé et le cinéma, mais le | 3 M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Antoine Lortie-Ouellet, Pierre-Alexandre Girard et Daniel Abraham de DTO Films JACQUES NADEAU LE DEVOIR Tournage d\u2019un vidéoclip d\u2019Alaclair Ensemble.La chanson Ça que c\u2019tait a gagné le Félix du vidéoclip de l\u2019année au Gala de l\u2019ADISQ l\u2019an dernier.HUGO ROY-GIRARDIN secteur des vidéoclips y est depuis longtemps bouillonnant.La boîte a notamment livré des clips pour Loud, Geof froy, Pierre Lapointe, Cœur de pirate et Kaytranada.« Je faisais en moyenne de six à dix clips par mois, et là depuis le début de l\u2019année j\u2019en ai fait deux, illustre France-Aimy Tremblay, productrice exécutive et associée.Je ne pense pas que je vais en faire plus que cinq ou dix cette année.Il n\u2019y a personne qui a d\u2019argent pour payer ses clips.» Et ce n\u2019est maintenant plus avec les revenus des ventes de disques que l\u2019on peut financer la création des vidéoclips, souligne Steve Jolin, le patron de l\u2019étiquette de disque 7e Ciel, qui mise sur le rap d\u2019ici (Koriass, Ala- clair Ensemble, Manu Militari, Dra- matik).« Mais les dépenses restent les mêmes, dit-il.Et on veut niveler vers le haut, on veut être capable de rivaliser avec le marché international.On a toujours été reconnu au Québec pour faire de grandes choses avec peu de moyens, mais si on enlève tout ça, je veux dire, qu\u2019est-ce qui va arriver avec notre culture?» Diffuser autrement Pour Steve Jolin, le vidéoclip est encore un moteur de dif fusion pertinent, et son possible déclin n\u2019est pas du tout une bonne nouvelle pour les artistes.«Surtout en 2018, où tout est porté sur le numérique et où les gens écoutent la musique avec les yeux, ça prend souvent un clip pour pouvoir faire aimer une chanson.Regarde la chanson de Patrice Michaud [La saison des pluies], si ça n\u2019avait pas été du clip [signé Yan England], je ne crois pas qu\u2019elle aurait eu ce succès-là.» Chez DTO Films, ce sont aussi les conséquences pour les travailleurs de l\u2019image qui inquiètent.« Il y a des carrières qui se bâtissent avec ça.Tu réussis à démontrer ta créativité » avec le clip, estime Pierre-Alexandre Girard.Daniel Abraham en rajoute : « C\u2019est tellement une belle façon de commencer son parcours qui est en train de disparaître.» France-Aimy Tremblay souligne que chez Roméo & fils, le vidéoclip n\u2019est pas destiné à être rentable, mais plutôt à développer « le talent de nos réalisateurs.C\u2019est la seule raison pour laquelle on fait du clip, alors c\u2019est dans ce sens qu\u2019on est inquiet pour la suite ».Il s\u2019est tout de même créé des dizaines de clips au Québec depuis la fin du Fonds Remstar, mais ce sont plus souvent de très petites productions, faites avec 2000 $ ou 3000 $, alors que les vidéoclips subventionnés Toujours pertinent, le clip ?Presque disparu de la télévision, le vidéoclip a-t-il encore sa raison d\u2019être ?La réponse des joueurs sondés par Le Devoir ?Un gros oui, avec un petit mais.Steve Jolin, 7e Ciel Records.Le clip c\u2019est super important, la nouvelle génération est sur Internet, sur Facebook, sur les réseaux sociaux, et c\u2019est encore la meilleure place pour découvrir la musique.On est dans un marché de singles, et le vidéoclip vient appuyer les chansons.Souvent, le clip va être le premier déclencheur du buzz.Si on regarde Alaclair Ensemble, leur chanson Ça que c\u2019tait n\u2019a pas décollé en Europe grâce à l\u2019album, c\u2019est des blogueurs français qui ont vu le clip, qui l\u2019ont poussé et c\u2019est devenu viral.Pierre-Alexandre Girard, DTO Films.Nous, notre carrière de réalisateur a été lancée à cause du vidéoclip.Avec le temps, tu t\u2019acoquines avec des directeurs photo, qui vont se trouver des techniciens, et toutes ces équipes-là grandissent ensemble et se font un portfolio.Solange Drouin, directrice générale de l\u2019ADISQ.Il y a un lien direct entre ce qu\u2019on voit, ce qu\u2019on entend et ce que l\u2019on consomme.Malheureusement, il y a des gens qui pensent encore au- jourd\u2019hui qu\u2019il suffit que ce soit bon pour que ça joue.Il faut plus que ça.Ça prend une machine, de la commercialisation, de la visibilité.Et [avec le clip], c\u2019est ce à quoi on touche, on en a besoin, de cette visibilité-là.France-Aimy Tremblay, Roméo & fils.Le Fonds Remstar nous imposait des contraintes de production de six mois, ça pouvait nous restreindre sur ce qu\u2019on pouvait faire, on n\u2019avait pas le temps pour faire de postproduction par exemple.Et il fallait absolument tourner le concept qui était déposé.Le clip, c\u2019est important pour la musique, c\u2019est une belle façon de voir l\u2019artiste, mais l\u2019intérêt est aussi différent maintenant, tout est plus vite, tout passe plus vite.Au Québec, je l\u2019ai vue la différence, le nombre de vues baisse.avaient un budget d\u2019environ 15 000 $.Avec comme impact des concepts plus étroits, où les travailleurs œuvrent pro bono ou presque.«Sauf que les services que tu peux demander finissent part s\u2019épuiser, et nous, on s\u2019épuise à les demander, dit Pierre-Alexandre Girard.Le balancier, il ne revient jamais, et tout ce qu\u2019on fait c\u2019est donner tout le temps.» En attente du CRTC En août dernier, le gouvernement Trudeau a demandé au CRTC de réévaluer sa décision d\u2019abolir un financement important du vidéoclip québécois.L\u2019organisme fédéral avait jusqu\u2019au 23 janvier pour récolter les interventions des acteurs du milieu.«On est à l\u2019étape où on va regarder les commentaires, et vont s\u2019en suivre les prochaines étapes du processus, dit Céline Legault, du CRTC.On n\u2019a pas de date en ce moment.» La nécessité d\u2019une audience sur le sujet n\u2019est pas non plus déterminée.Dans son mémoire, l\u2019ADISQ a proposé de demander à l\u2019ensemble des chaînes de se répartir le financement du clip en consacrant à un fonds 1 % de leurs dépenses destinées aux «émissions d\u2019intérêt national».«Ça représentait environ 1 million de dollars, estime Solange Drouin, d.g.de l\u2019ADISQ.Et on souhaiterait que ce million- là soit dirigé par Musicaction.» Dans sa réplique officielle au CRTC, le Groupe V estime que la proposition de l\u2019ADISQ «créerait un dangereux précédent, sans compter qu\u2019elle obligerait l\u2019ensemble de ses services à consacrer une partie de leurs dépenses en programmation canadienne au financement de contenus qui ne lui sont pas spécifiquement destinés».En attendant, une mesure temporaire financée à même le Fonds Radiostar a été mise sur pied pour compenser la fin du Fonds Remstar. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e T h é ât r e 4 | ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR es deux, pourrait-on dire, ont amorcé leur fructueuse carrière la même année.En 1998, tandis que Le chemin des passes-dangereuses était mis au monde à la Compagnie Jean-Du- ceppe, Maxime Denommée sortait du Conservatoire d\u2019art dramatique.Vingt ans plus tard, leurs routes se croisent à la faveur d\u2019une nouvelle production, sur la même scène, de cette pièce qui a été montée depuis dans une quinzaine de pays.Le comédien note pourtant qu\u2019«on se reconnaît beaucoup, comme Québécois », dans la « tragédie routière » de Michel Marc Bouchard.Le récit de ces trois frères coincés, par un accident sur un chemin forestier, à l\u2019endroit même de la mort de leur père, quinze ans plus tôt, offre «une métaphore de la situation du Québec », avec l\u2019échec de ses deux référendums.À travers cette fratrie dissemblable, chacun ancré dans un pôle dif férent de la province (Montréal, Québec, la région) et portant des visions du monde, des rappor ts au passé divergents, la pièce dessine aussi une car tographie des « solitudes » qui y cohabitent.Un portrait qui n\u2019a guère changé.Ces personnages masculins, qui ont du mal à communiquer vraiment, ont longtemps évité de parler du sujet crucial : le secret entourant la disparition du père, dont ils partagent la responsabilité.Et la mor t de ce poète alcoolique, qui faisait honte à ses fils par ses déclamations publiques, c\u2019est aussi celle des mots.Michel Marc Bouchard y fait allusion au règne de l\u2019image, explique l\u2019interprète.« Il s\u2019est demandé : qu\u2019est-ce que je fais maintenant ?Est- ce qu\u2019on doit se taire ?Arrêter de dire les vraies choses?Il est parti un peu en réaction contre ça.» On vit dans un monde d\u2019« impressions », comme le dit le personnage que joue Maxime Denommée, plutôt que vraiment dans le réel.Dans l\u2019apparence.« C\u2019est encore plus d\u2019actualité, je pense.On ne vit pas vraiment Maxime Denommée du côté de chez Michel Marc Bouchard Pour Le chemin des passes-dangereuses, l\u2019acteur plonge dans la cartographie des solitudes québécoises Maxime Denommée va camper un galeriste gai.Sans aller dans le cliché.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le chemin des passes- dangereuses Texte de Michel Marc Bouchard.Mise en scène de Martine Beaulne.Au théâtre Jean-Duceppe, du 14 février au 24 mars.L | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Les fines antennes de Catherine Martin Avec Bernard Émond, elle forme un de ces couples de cinéastes qui appellent sans relâche les Québécois à regarder au-delà de la grosse blague de fin de soirée et du pitonnage en ligne.Leurs œuvres nous répètent en filigrane que le plaisir de l\u2019un n\u2019est pas toujours de voir l\u2019autre se casser le cou, que des entités fuyantes restent à saisir : une éthique, un mystère, une quête de sens.Catherine Martin nage dans ces eaux-là.Je regardais cette semaine son beau documentaire, Certains de mes amis, (depuis vendredi en salle), songeant à quel point elle se révélait en peignant les autres.Faut dire que la cinéaste a tout fait ici: son, caméra, montage, etc.Pur produit de son univers intime, que ce film-là.Son portrait en creux, en somme, à fines touches d\u2019ardeur, de générosité, de silences habités peuplés de centres d\u2019intérêt multiples.Elle a des amis formidables, Catherine Martin.Des artistes, dont le peintre François Vincent, la réalisatrice Ginette Lavigne, le photographe Gabor Szilasi, la marionnettiste Louise Lapointe, le luthier et musicien Matthew Jennejohn.Également la scientifique Marie Dumont à l\u2019écoute des cycles, le preneur de son philosophe Hugo Brochu, devenu aphasique après un AVC et qui réapprend à décoder la vie du bout des lèvres et des doigts.On a l\u2019impression de pénétrer à pas de loup dans l\u2019univers de chacun d\u2019entre eux, de soulever le voile des tempéraments et des poursuites obsessionnelles de ces sept personnes en éveil, qui regardent au-delà d\u2019elles-mêmes, éclairant les voies anciennes et les lendemains encore obscurs, sans se laisser impressionner par les blablas du jour.Cette manière qu\u2019a Catherine Martin de capter les gestes des métiers, les sourires de connivence que ces amis-là, si vivants, attentifs et doués, posent sur l\u2019art, la nature, les rapports humains, fait écho à son intériorité profonde.Dis-moi qui tu fréquentes\u2026 Je crois retrouver sa petite musique intuitive d\u2019une fois à l\u2019autre au fil de ses œuvres, même moins abouties que ce Certains de mes amis, documentaire qui tire sa poésie d\u2019une approche de rigueur, de pudeur, de sensibilité et d\u2019altruisme.Avec son premier long métrage de fiction, Mariages, cette cinéaste-là avait offert au Québec en 2000 un conte féminin tissé de rituels et de mystère, à ce jour inégalé dans la portée de sa plongée.Comme si elle avait su toucher du doigt la source secrète et profonde de la féminité, avant de remonter à la surface pour en témoigner avec l\u2019appui des sorcières et des fées.Il y a dans toute l\u2019œuvre de Catherine Martin cette touche qui ne saurait être que féminine.J\u2019en reconnais les contours, la note aiguë d\u2019une soprano, avec quelques accents plus bas d\u2019une souffrance en refus de s\u2019attarder sur sa propre chaussée.D\u2019autres voix féminines nous offrent cette même tonalité.Elle circule entre autres à travers une chorégraphie de Marie Chouinard, sous la plume exigeante de Marie-Claire Blais, dans l\u2019engagement discret et lumineux de Michelle Obama.Tant de choses\u2026 Au milieu des débats du jour appelant à une nécessaire mutation des rapports entre les sexes, certains peuvent se demander: qu\u2019est-ce que les voix féminines apportent de si diffé- rent dans le monde culturel, au juste?\u2014 Ah! Tant de choses\u2026 D\u2019abord une écoute.Ce n\u2019est pas qu\u2019on veuille mettre tous les hommes et les femmes dans le même panier.Leurs différences sont question de dosage.Certains messieurs sont plus ceci, certaines mesdames moins cela, sans ligne de démarcation autre que physiologique au milieu du fossé.Mais l\u2019héritage socioculturel des siècles aura laissé sa marque au fer rouge sur les femmes, pour longtemps à mon avis.Et cet héritage-là, dont on secoue les puces par les temps qui courent, a autant de révélations intimes à faire que d\u2019observations à livrer sur un monde qui a maintenu longtemps ses otages à l\u2019ombre, dans des grottes aux trésors gardées par des dragons.Par tradition, parce que longtemps absentes des sphères de pouvoir et incitées par la vie de famille à mieux «sentir » les autres afin de s\u2019en occuper, les femmes artistes, puisqu\u2019il est question d\u2019elles, jettent en général leur ego moins fort que les hommes à la face du monde.Du coup, le regard s\u2019affine, l\u2019oreille se tend, des voies d\u2019introspection s\u2019ouvrent au vent, puis redescendent à l\u2019intérieur.On sent ces mouvements d\u2019allers- retours dans bien des œuvres féminines.Parfois avec l\u2019envie de conseiller à certaines d\u2019apprendre à s\u2019en affranchir pour foncer tête baissée en cognant dans le mur.Ça se fait de plus en plus, au fait, chez les générations montantes surtout, plus libérées des carcans étouffants que leurs aînées.D\u2019autres, à l\u2019instar de Catherine Martin, manient si bien l\u2019art de l\u2019écoute et de la descente en apnée, toutes antennes dressées sur un fil d\u2019équilibriste, tout souffle retenu puis exhalé, que leur agilité nous enchante.Ne les brusquez pas surtout! Elles dansent.Odile Tremblay Chronique les choses pour nous, mais pour nos amis virtuels.Peut-on vivre un moment sans être obligé de le poster ?Sans penser à ce dont on va avoir l\u2019air ?» Lui-même est totalement absent des réseaux sociaux : « J\u2019ai comme trois amis et je n\u2019ai pas le temps de les voir, alors ça ne me donne rien d\u2019en avoir 1200\u2026 » Le personnage, cette illusion Le chemin des passes-dangereuses plonge ses personnages dans une étrange sensation de déjà-vu.Aussi portée par Alexandre Goyette et Fé- lix-Antoine Duval, la partition comporte des passages choraux, des réitérations.« On s\u2019est rendu compte que, puisque la [situation] n\u2019est pas réaliste, il fallait la jouer un peu comme si c\u2019était une tragédie de Racine.Mais tout en essayant d\u2019abord de trouver la justification de chaque réplique, afin que le texte ne soit pas juste une musique abstraite.» Maxime Denommée avait déjà joué du Michel Marc Bouchard : Les muses orphelines, aussi dirigée par Martine Beaulne, en 2013.Le dramaturge aurait alors très apprécié son interprétation sobre du fils qui se travestit pour choquer : « Il n\u2019avait jamais vu un acteur rester aussi masculin tout en por tant une robe\u2026 » Cette fois, le comédien, qui enfile sa quatrième pièce depuis un an \u2014 remarqué notamment en futur marié accoutré d\u2019un tutu dans Les enivrés, à l\u2019automne \u2014, va camper le plus loquace des frères, un galeriste gai.Sans aller dans le cliché.Pour Maxime Denommée, il ne s\u2019agit pas de composer, mais d\u2019être.«Les acteurs ne doivent pas chercher à créer un personnage, ils ont juste à jouer une situation.Le personnage, c\u2019est moi.Le spectateur va voir un personnage, mais c\u2019est une illusion.» Reste que c\u2019est plus simple lorsque le rôle lui ressemble davantage, tel le protagoniste plus taiseux de la pièce Des arbres, qu\u2019il a créée à La Licorne \u2014 et dont il poursuivra la tournée, pancanadienne, au printemps.C\u2019est peut-être à cause de cette vérité qu\u2019on lui confie souvent des rôles mettant en valeur sa sensibilité.Un réflexe qu\u2019il juge parfois facile.« À la télé, quand je vois dans le script que [mon personnage] pleure, je me dis : ben oui, c\u2019est pour ça qu\u2019ils m\u2019ont appelé.Lui, il est bon quand il pleure ! » ironise-t-il.La retenue Sur scène, Maxime Denommée sait pourtant que la retenue a bien plus d\u2019impact que l\u2019épanchement.« J\u2019ai souvent l\u2019impression que les acteurs volent les émotions aux spectateurs, parce qu\u2019ils la consomment eux- mêmes.Mais c\u2019est au spectateur de vivre la catharsis, pas à nous.» Ce principe de ne pas trop appuyer l\u2019émotion, le créateur l\u2019applique toujours à titre de metteur en scène \u2014 une fonction qu\u2019il a exercée quatre fois à La Licorne et qu\u2019il continue d\u2019exercer dans les écoles de théâtre.Mais comme les autres, Maxime Denom- mée doit se le faire rappeler lorsqu\u2019il est lui-même interprète, tant il est rassurant pour un comédien de vivre les émotions.«On a l\u2019impression d\u2019être à la bonne place, d\u2019être bons.Mais on oublie souvent que, si l\u2019acteur éprouve l\u2019émotion, le spectateur ne la ressent pas, lui.Il fait juste en être témoin.» «C\u2019est un acte de générosité, jouer au théâtre, rappelle le comédien.Et pour les acteurs qui ne sont pas généreux, ça ne marche pas, le théâtre.Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019humilité nécessaire pour admettre qu\u2019ils sont juste une courroie de transmission.On travaille tous pour l\u2019auteur.» J\u2019ai souvent l\u2019impression que les acteurs volent les émotions aux spectateurs, parce qu\u2019ils la consomment eux-mêmes.Mais c\u2019est au spectateur de vivre la catharsis, pas à nous.MAXIME DENOMMÉE » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e 6 | L E S F L  N E U RS Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine Avec son plus récent disque Deception Bay, le duo montréalais Milk & Bone continuera certainement d\u2019être un des fiers porte-drapeaux du talent d\u2019ici à l\u2019international.Sur ce deuxième album, les deux claviéristes et chanteuses Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poli- quin gardent un son électro indie, mais l\u2019approche est plus confortable, moins dans les harmonies à tout prix et davantage dans la rondeur et la richesse instrumentale.Agréable à la première bouchée \u2014 malgré la pochette rébarbative \u2014, Deception Bay gagne aussi au fil des écoutes.Sur scène à Montréal le 5 avril, à Québec le 3 mars.Rondeur et richesse de Milk & Bone Philippe Papineau Adolescent, Serge Bouchard croyait, naïvement dit-il, que le mot « indien» était parmi les plus beaux du monde.Cette passion pour le monde autochtone, demeurée intacte aujourd\u2019hui, nourrit Le peuple rieur.Hommage à mes amis innus, paru chez Lux.Le conteur érudit nous accompagne, des premiers contacts entre Blancs et Amérindiens jusqu\u2019aux réalités innues d\u2019aujourd\u2019hui.Il séjournait entre autres chez les Innus de la communauté de Mingan, aujourd\u2019hui Ekuanitshit, dans les années 1970, alors qu\u2019il récoltait le savoir innu sur la zoologie.Le peuple qu\u2019il nous fait rencontrer est accueillant, attachant, et aime rire, par-dessus tout\u2026 Un anthropologue chez les Innus Caroline Montpetit C\u2019est plus fort que tout : je ne peux résister à l\u2019envie de regarder sur Netflix le nouvel épisode de la série Riverdale, très librement inspirée des bandes dessinées Archie.La réalisation est tape-à-l\u2019œil, la direction artistique, d\u2019un mauvais goût clinquant et les acteurs rivalisent de médiocrité.Et que dire des ridicules enquêtes criminelles que mènent Archie, Veronica, Betty et Jughead dans ce River- dale glauque peuplé de motards et de mafieux?Chaque fois que je crois qu\u2019on a atteint un sommet du ridicule, arrive un rebondissement encore plus risible, d\u2019où ma fascination morbide.Vivement que je rattrape Babylon Berlin pour oublier ça! Un horrible plaisir coupable Manon Dumais À voir au théâtre du Rideau vert pour l\u2019intense interprétation de Benoît McGinnis dans la peau du poignant Joseph Merrick, cet homme difforme exhibé dans les foires puis recueilli par un médecin londonien au XIXe siècle, histoire adaptée au cinéma par David Lynch en 1980.Si la pièce de Bernard Pomerance a vieilli, sur une mise en scène ici bien classique, la trame demeure immortelle, avec sa cohorte humaine où la grandeur, le calcul, la bassesse et la dignité se répondent.Le duo McGinnis et Sylvie Drapeau, en actrice au grand cœur, est brûlant.Porter l\u2019homme éléphant Odile Tremblay ENTREVUE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR eut-être faut-il réintroduire le terme « philosophesse », à l\u2019ancienne, pour parler de Margie Gillis.Car la danseuse étoile, essentiellement connue pour ses solos poreux d\u2019émotions qui ont contribué à faire exploser la danse contemporaine d\u2019ici sur les scènes du monde, porte une vision que ne renieraient pas les penseuses ancestrales.Celle d\u2019une puissance féminine, d\u2019un pouvoir matriarcal à recouvrer, de liens entre la nature, le corps, le physique, la physique, le spirituel, la vision créatrice, la guérison et le changement, peut-être plus nécessaire pour l\u2019avenir de la planète aujourd\u2019hui que jamais.Pour fêter ses 45 ans en danse, Margie Gillis revient en création, avec Hildegarde de Bingen comme égérie.Rencontre.Abbesse du XIIe siècle, Hildegarde de Bingen était aussi musicienne, écrivaine, médecin \u2014 guérisseuse et voyante \u2014, théologienne.Viriditas est un mot latin qui revient dans ses écrits.En français, « viridité » désignait auparavant l\u2019état, la qualité de ce qui est vert, ou la couleur même \u2014 et, chez Bingen, aussi l\u2019idée de la sève, de la vitalité spirituelle et physique, de la joie.« C\u2019est elle qui, par ce mot, a cherché à décrire le verdissement de l\u2019âme [\u201cthe greening of the soul\u201d], à dire que la nature et la spiritualité sont complètement entrelacées ; que les choses bêtes et diaboliques sont sèches, que celles qui sont pures et inspirantes sont mouillées et vivantes », vulgarise Margie Gillis, tout en inondant une soupe Pho, choisie pour noyer un rhume, d\u2019une impressionnante quantité de décongestionnante sauce sriracha.Gillis s\u2019est beaucoup inspirée du discernement et de l\u2019intelligence particulière d\u2019Hildegarde de Bingen.« Ce qu\u2019il manque pour les femmes en ce moment de l\u2019histoire, c\u2019est de faire avancer notre \u201cdiscernement\u201d.J\u2019aime ce mot.Je pense que le mot P La danseuse étoile porte une vision que ne renieraient pas les penseuses ancestrales.Celle d\u2019une puissance féminine, d\u2019un pouvoir matriarcal à recouvrer, de liens entre la nature, le corps, le physique, la physique, le spirituel, la vision créatrice, la guérison, et le changement, peut-être plus nécessaire, pour l\u2019avenir de la planète, aujourd\u2019hui que jamais.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Margie Gillis, philosophe danseuse Pour ses 45 ans de danse, l\u2019étoile appelle à la réconciliation des natures, pour nous et en nous | 7 C u l t u r e D an s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 \u201ccritique\u201d ne va pas bien avec la compassion ; mais que \u201cdiscernement\u201d peut y vivre conjointement très fortement, très clairement.» Une approche féministe ?« Oui.Pour être humaniste, il faut être féministe.» Nature, culture, urbanité Ce mot, viriditas, aura donc inspiré chacun des trois solos qui composent la pièce \u2014 un pour Gillis, un pour Troy Ogilvie, un pour Paola Styron.« Toute ma vie, je suis retournée régulièrement dans la nature pour danser, parfois en me faisant filmer, par fois non, par fois seule, parfois avec Paola.Il y a trois films courts de nous dansant dans la nature.Et puis trois danses où l\u2019on danse avec des vidéos de la nature.On veut être vivant dans le théâtre.En société, en ville, on est un peu loin de la nature.Ce n\u2019est pas nécessaire de faire un retour à la nature.Il faut aller plus loin, trouver des solutions, des manières d\u2019être et de faire recyclables, renouvelables, retrouver l\u2019importance de la nature pour nous, en nous.Comme des fenêtres sur ce qui est à l\u2019intérieur de nous \u2014 le côté féminin, corporel, naturel, spirituel, l\u2019idée de la sagesse expérientielle, cette idée féminine\u2026 » Un angle écologique ?« Certainement.Comment peut-on, avec la distance qu\u2019on a prise, reconnecter avec la nature, aller plus loin ?La nature doit peut-être nous dire adieu.Nous l\u2019avons juste trop maganée [\u201cwe fucked her around\u201d], et c\u2019est ainsi.Nous sommes dans un patriarcat, et nous tentons de retrouver un équilibre afin de rester sur cette planète.Ce qui veut dire respecter la nature, les corps \u2014 qui sont part de la nature, notre nature profonde, notre nature spirituelle, nos sauvageries, nos mystères, nos dangers.Et accepter une certaine part d\u2019inconfort, et que ce soit OK.Alors les choses vont commencer à changer.» N\u2019est-il pas trop tard ?« Nous avons besoin d\u2019imaginer, et nous avons besoin ensuite d\u2019incarner.Je sens que je vais être une artiste toute ma vie.Il n\u2019y aura pas de retraite pour moi.Que je sois sur le stage ou en coulisses, dans la danse ou autour, que je danse au Centre Lincoln à New York ou en plein bois, je continue et je vais continuer à faire ce que j\u2019ai fait.MARGIE GILLIS » Mais nous devons sentir d\u2019abord, nous devons avoir d\u2019abord une expérience, nos visions doivent émerger de l\u2019âme \u2014 parce que si l\u2019âme sait quelque chose, alors tu peux le faire », indique la danseuse, en connectant les idées de visions de Hildegarde de Bingen aux nécessaires visions artistiques.Partage des avenirs Des idées qui rappellent celles des grandes prêtresses païennes.« Mes groupes de Legacy [son projet de passation chorégraphique et de men- torat avec de jeunes danseurs] commencent à dire que je suis une philo- sophe-chorégraphe, une philosophe de danse, sourit-elle.Je vois la beauté des jeunes générations, de ceux qui se lèvent et se battent, alors oui, nous allons être OK.Je le crois.Les choses vont changer radicalement dans les prochains trois ou quatre ans.[Justin] Trudeau niaise ces temps-ci, il n\u2019effectue pas assez de changements rapides, mais il est mieux que la plupart des politiciens.Et Montréal a toujours été a shit kicker.On est juste très en retard.» Est-ce que Viriditas est un spectacle, alors, ou un acte d\u2019un genre de magie blanche?Margie Gillis hausse les épaules, sourire en coin.Silence.Est-ce qu\u2019il y a même une différence entre un spectacle et la magie blanche ?Son sourire s\u2019élargit.«Exactly.Je pense que nous sommes vivants, que si nous ouvrons nos cœurs et nos âmes à ce qui est sacré\u2026 Je crois très profondément ; j\u2019aimerais être aussi grande que l\u2019est mon sentiment de foi ; j\u2019aimerais pouvoir changer davantage le monde.J\u2019aime ce que je fais, je le fais du mieux que je peux, et durant les 45 ans de ma carrière à ce jour, j\u2019ai pu provoquer des changements dans le paysage international de la danse, et j\u2019ai contribué à ma manière à certains changements sociaux \u2014 je pense à la manière dont les femmes sont vues et perçues ; qu\u2019elles n\u2019ont plus désormais à apparaître fragiles et inef fi- caces, mais qu\u2019elles peuvent maintenant être fragiles et très dangereuses, et très fortes, et très authentiques, et très sages, et capables d\u2019utiliser leur douleur [\u201csorrow\u201d] et d\u2019agir avec et à travers cette douleur plutôt que de prétendre à une sage neutralité.» « J\u2019ai presque 65 ans.Je ne danse pas comme une jeune femme ; je ne suis pas une jeune femme.Je l\u2019ai été, je l\u2019ai fait.Beaucoup.It\u2019s done.Je repense à ce que Leonard Cohen disait : \u201cYou don\u2019t want to lie to the young.\u201d Je sens que je vais être une artiste toute ma vie.Il n\u2019y aura pas de retraite pour moi.Que je sois sur le stage ou en coulisses, dans la danse ou autour, que je danse au Centre Lincoln à New York ou en plein bois, je continue et je vais continuer à faire ce que j\u2019ai fait.Je sais que cer tains vont me juger.And I\u2019m good with that.» Viriditas De Margie Gillis.Avec Margie Gillis, Troy Ogilvie et Paola Styron.À l\u2019Agora de la danse, du 14 au 17 février. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e c l a s s i q u e 8 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR e poète lumineux de la musique baroque Leonardo García Alarcón nous revient cette semaine.En mai 2016, Les Violons du Roy lui avaient of fer t son premier concert en Amérique du Nord.Le coup de foudre fut intense et mutuel.La seconde rencontre s\u2019annonce chargée en émotion.«La musique n\u2019est pas qu\u2019un art de produire des sons.C\u2019est un art pour parler avec les silences.Cette œuvre, sur tout dans ce programme, nous rappelle que tout part du silence et revient au silence.C\u2019est l\u2019une des plus belles pièces du XXe siècle.» Leonardo García Alarcón parle en ces termes, au Devoir, de l\u2019Adagio de Samuel Barber qu\u2019il a choisi en point d\u2019orgue de son second concert avec Les Violons du Roy.« L\u2019Adagio de Barber est l\u2019équivalent d\u2019une grande passacaille de Bach à l\u2019orgue, c\u2019est-à- dire une pièce qui développe un petit cycle de variations sur un thème obstiné, comme Bach dans la 25e Variation des Goldberg », résume le chef, qui nous invite à considérer, « au-delà de la forme », le fait que Barber, « pour la première fois dans l\u2019histoire de la musique, construit un crescendo uniquement sur les cordes grâce à un travail sur la tessiture des instruments ».Le chef rapproche cela de la technique de composition pour le « consort de violes du XVIIe siècle ».« Barber n\u2019a rien inventé dans la forme : ce sont des techniques et des harmonies baroques, des septièmes des neuvièmes comme chez Lully ou Charpentier, mais la technique de changer d\u2019une voix à l\u2019autre, de changer de tessiture, est nouvelle.Il y a aussi cette obsession, cette sorte de douleur de ne pas comprendre.» Sur la signification de l\u2019Adagio, Leonardo García Alarcón considère qu\u2019«avec tout ce qui s\u2019est passé entre les deux guerres, c\u2019est une réflexion philosophique sur jusqu\u2019où l\u2019humain peut tolérer la tragédie.On clôt une époque et on par t vers un autre monde.C\u2019est la plus grande catharsis de purification dans une œuvre musicale du XXe siècle ».Un concert éclectique « C\u2019est ça que je voulais dire au public, ce que je ressens en Europe quand je vois des gens se noyer en Méditerranée, des gens vendus en esclavage, des gens expulsés.» Le concert inattendu de Leonardo García Alarcón confrontera Bach, Haendel et des compositeurs du XXe siècle ayant adopté des formes néoclassiques ou néobaroques.D\u2019Ernest Bloch, compositeur de Genève, la ville où il réside actuellement, Leonardo García Alarcón a connu le 1er Concerto grosso pendant ses années d\u2019études en Argentine.« Presque personne ne joue cette pièce extraordinaire, avec une fugue finale incroyable, au contrepoint de très haut niveau, et une première partie où l\u2019on entend presque tous les rythmes de danse.» La programmation du Concerto en ré de Stravinski est une idée de Laurent Patenaude, le directeur ar tis- tique des Violons du Roy.Heureux du choix, et se sentant en connivence avec « l\u2019impulsion presque sauvage, basique » du compositeur russe, le chef argentin entrevoit un « travail énorme ».« Il y a dans la partition toutes les nuances et toutes les articulations qu\u2019un être humain peut produire.Je ne sais pas si nous arriverons au bout.Stravinski a tout indiqué dans la partition, mais je vais devoir expliquer tout ce qui est sous- entendu.J\u2019espère qu\u2019on va pouvoir faire la version que j\u2019entends à l\u2019intérieur de ma tête.» Le chef ne doute aucunement des musiciens, qu\u2019il adore, mais craint un peu le manque de « temps de maturation ».Juste pour se mettre un peu de pression?À propos de retrouvailles musicales, le 2e Concerto brandebourgeois Leonardo García Alarcón et la fascination du silence Conversation avec le chef à la veille de son retour avec Les Violons du Roy a été programmé juste pour cela.« J\u2019ai eu beaucoup de plaisir avec les instruments à vent lors du concert précédent et, comme il n\u2019y a pas de chanteur dans ce programme, ils vont être les chanteurs.L\u2019équilibre de Bach, l\u2019homogénéité dans la polyphonie va être à travailler, car les instruments modernes sont construits pour avoir des volumes différents.» Bach et l\u2019Opus 6 no 10 de Haendel vont beaucoup se différencier : «Avec Bach, on est à la cour, avec Haendel, on est dans le drame de l\u2019opéra.» La technique au service de l\u2019art Le premier concer t de Leonardo García Alarcón fut un miracle pour les auditeurs, mais aussi pour le chef, qui s\u2019était fendu d\u2019un discours sincère et ému en fin de soirée.« J\u2019ai découver t l \u2019union de toute l\u2019Amérique.Je me suis senti chez moi dans mon continent.Je ne savais pas à quel point, si loin de chez moi, au Nord, on pouvait retrouver la fraîcheur, la force de l\u2019innovation de l\u2019Amérique du Sud, retrouver, aussi, tout ce rapport à l\u2019ancien qui est si différent.» Et le chef d\u2019extrapoler sur ce rapport : « Dans ma ville, La Plata, nous avons une cathédrale en gothique flamboyant, une ville qui répond aux idéaux de la Renaissance et des constr uctions baroques, le tout construit en 1880.Nous avons ainsi une relation contemporaine avec l\u2019ancien très différente de ce que l\u2019on ressent en Europe, où le poids du passé est énorme.De la même manière, à La Plata nous avons une relation avec l\u2019art comme quelque chose de très vivant au présent.C\u2019est ce que j\u2019ai ressenti au Québec.» Les Violons du Roy ont été de ce point de vue nos parfaits ambassadeurs : « Il y a une conscience que le message doit être absolument actuel pour être vivant.Il n\u2019y a pas de relation académique envers la musique, mais beaucoup de maniabilité et de liber té dans le travail.L | 9 C u l t u r e M u s i q u e c l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Présenté dans le cadre de Du 30 janvier au 3 mars 2018 Une pièce de Bernard Pomerance Traduction et mise en scène Jean Leclerc Avec Benoît McGinnis, Annick Bergeron, David Boutin, Sylvie Drapeau, Chantal Dumoulin, Germain Houde, Hubert Proulx, Roger La Rue Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Concerts de la semaine Ian Bostridge.Le ténor anglais vient à Montréal présenter Le voyage d\u2019hiver de Schubert avec son pianiste attitré Julius Drake.Bostridge, qui a interprété ce cycle intitulé Die Winterreise en langue originale plus d\u2019une centaine de fois, en a fait un enregistrement avec Leif Ove Andsnes, et lui a même consacré un livre : Schubert\u2019s Winter Journey : Anatomy of an Obsession.Bostridge, à qui on a souvent reproché de sur-inter- préter et de triturer texte et expression, a certainement trouvé dans ce texte cathartique un terrain expressif qui lui sied particulièrement.Lundi 12 février à 19h30, à la salle Bourgie.Soirée chorale.Le Grand Chœur de McGill organise à l\u2019église St.Andrew & St.Paul, jeudi, une soirée chorale dont le programme nous va droit au cœur par sa beauté transcendante et son originalité.L\u2019entrée étant libre, c\u2019est l\u2019occasion de découvrir le génial Rejoice in the Lamb de Benjamin Britten, couplé aux Five Mystical Songs de Ralph Vaughan Williams et au Lux Aeterna de Morten Lauridsen.Jean-Sébastien Vallée dirigera le concert.Jeudi 15 février à 19h30, à l\u2019église St.Andrew & St.Paul.(Entrée libre) La programmation du Concerto en ré de Stravinski est une idée de Laurent Patenaude, le directeur artistique des Violons du Roy.Heureux du choix, et se sentant en connivence avec « l\u2019impulsion presque sauvage, basique » du compositeur russe, le chef argentin entrevoit un « travail énorme ».JEAN-BAPTISTE MILLOT Ainsi, toutes mes idées ont été acceptées avec naturel et vir tuosité, alors que je poussais beaucoup pour arriver à une per fection formelle et de style.Jamais l\u2019orchestre n\u2019a fait opposition à cela, alors que c\u2019était très difficile, avec des lignes presque impossibles à tenir pour les vents.Ils se sont laissé conduire parce qu\u2019ils ont des aptitudes techniques extraordinaires.Vous savez, en grec, \u201ctechnique\u201d et \u201car t\u201d sont synonymes.Avec Les Violons du Roy, j\u2019ai ressenti cela : la technique est au service de l\u2019art.» La seconde rencontre Argentine- Québec est à ne pas manquer.Leonardo García Alarcón et Les Violons du Roy Au Palais Montcalm de Québec, le jeudi 15 février à 14h et à 20h.À la salle Bourgie de Montréal, le vendredi 16 février à 19h30.Je ne savais pas à quel point, si loin de chez moi, au Nord, on pouvait retrouver la fraîcheur, la force de l\u2019innovation de l\u2019Amérique du Sud, retrouver, aussi, tout ce rapport à l\u2019ancien, qui est si différent LEONARDO GARCÍA ALARCÓN » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e 1 0 | Danse + Théâtre Du 23 mai au 7 juin 2018 514 844 3822 1 866 984 3822 fta.ca À l\u2019avant-garde depuis toujours Betroffenheit Crystal Pite + Jonathon Young Vancouver Une incroyable décharge électrique Kings of War Shakespeare + Ivo van Hove Amsterdam Une redoutable machine théâtrale Un événement ! 6 & 9 Tao Ye Beijing Deux pièces qui envoûtent Spectacle d\u2019ouverture Aussi au #FTA2018 La vie utile Evelyne de la Chenelière + Marie Brassard Solo 70 Paul-André Fortier + Étienne Lepage Réservez maintenant ! La nuit des taupes Philippe Quesne Nanterre Un improbable théâtre de l\u2019underground Spectacle de clôture BILLET SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Dimanche dernier, lors du Super Bowl, on a entendu la voix de Martin Luther King dans l\u2019extrait d\u2019un discours prononcé deux mois avant son assassinat.Qui en a fait usage ?La compagnie Dodge pour promouvoir la vente d\u2019un de ses V8.Ce geste, qui n\u2019est rien de moins qu\u2019une définition de l\u2019outrage, a été vertement critiqué le lendemain à la faveur d\u2019un éditorial cinglant du New York Times et d\u2019autres écrits.Cela nous a fait penser à un autre outrage décrié par Wynton Marsalis.Au début des années 1980, il avait créé tout un émoi en clamant qu\u2019il revenait aux Noirs d\u2019Amérique de se ré- approprier le jazz, art d\u2019origine noire et pauvre.Son propos plus que justifié avait évidemment scandalisé le «p\u2019tit Blanc» propriétaire exclusif des magazines de jazz qui empochait les espèces sonnantes liées au jazz, il va sans dire, mais aussi celles des musiques du monde, du jazz-rock, etc.Après tout, pourquoi se gêner?On se souvient que devant le journaliste qui le questionnait, Marsalis avait montré du doigt les sourires des membres de Spyro Gyra, formation insignifiante qui faisait pour la énième fois la couverture d\u2019un magazine.Il avait pour ainsi dire formulé une déclaration de guerre qui fut amplement applaudie par ses pairs révoltés par le fait que l\u2019abjection s\u2019était en quelque sorte introduite dans l\u2019univers du jazz.D\u2019autant qu\u2019un vice-président marketing d\u2019un conglomérat culturel avait soufflé dans l\u2019oreille d\u2019un journaliste du New York Times qu\u2019en promouvant un Michael Brecker plutôt qu\u2019un Ralph Moore, ou une Diana Krall plutôt qu\u2019une Carmen McRae, il favorisait une augmentation de l\u2019achalandage.Le moteur de celle-ci?L\u2019identification.Toujours est-il que la position publique de Marsalis combinée, on insiste, à sa défense par des Elvin Jones, Johnny Griffin, Junior Cook, Clifford Jordan, Bill Hardman, David Murray, Art Blakey, évidemment, Lester Bowie, même s\u2019il n\u2019appréciait guère Marsalis, et beaucoup d\u2019autres eut des conséquences réelles, profondes.À Chicago, autour notamment de la maison Delmark et de l\u2019Association for the De la réappropriation du jazz Willie Jones III en enregistrement en mars dernier à New York CINDY ORD AGENCE FRANCE-PRESSE Danny Grissett et Willie Jones III sont emblématiques du combat contre le racisme amorcé par Marsalis il y a plus de 30 ans | 1 1 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Les billets s\u2019envolent r apidement.Faites vite ! Advancement of Creative Musicians (AACM), à New York, autour des étiquettes High Note et Savant auxquelles se sont joints depuis Smoke Sessions et Small\u2019s, on a assisté à un renouveau.Au cœur de celui-ci, la composition.On écrit des pièces qui s\u2019inscrivent dans le fil tressé par Ellington, Monk, Coltrane, Rollins, Blakey et consorts, et non par des compositeurs brésiliens, suédois ou libanais.Comment s\u2019appel- lent-ils?Eric Reed, Jason Moran, Am- brose Akinmusire, Kendrick Lamar, Gerald Clayton, Stephen Scott, Orrin Evans, Javon Jackson\u2026 De ce contingent, on a retenu les récents albums signés par le pianiste Danny Grissett et le batteur Willie Jones III.Celui de Grissett s\u2019intitule Remembrance, publié par Savant.Celui de Jones?My Point Is\u2026 sur sa propre étiquette, soit WJIII.Les deux sont emblématiques du combat contre le racisme amorcé par Marsalis il y a plus de 30 ans.Avec Grissett et Jones, nous sommes en compagnie de musiciens extrêmement formés pour faire ce qu\u2019ils font avec brio et une conviction marquée.Leur jazz est ardent.D\u2019entendre une contradiction du jazz d\u2019ambiance fait un plaisir immense.La soirée à Mack Avenue Un point d\u2019orgue sur les 60es prix Grammy, où le pianiste Billy Childs a remporté le prix du meilleur album en petite formation pour Rebirth, édité par l\u2019étiquette Mack Avenue.Christian McBride a fait de même pour le meilleur big band avec Bringin\u2019 It, également sur Mack Avenue.Et Cécile McLorin Salvant a été sacrée meilleure chanteuse pour Dreams and Dangers, également sur Mack Avenue.En d\u2019autres termes, le grand vainqueur de la soirée jazz est l\u2019étiquette Mack Avenue.Le concert de la semaine Ce samedi, le Dièse Onze propose une grande affiche.En effet, l\u2019excellent pianiste de Toronto Wray Downes occupera la scène en compagnie de Morgan Moore à la contrebasse et de Jim Doxas à la batterie.Parcours singulier que celui de Downes.Né à Toronto, il a étudié la musique classique au Trinity College à Londres, puis s\u2019est mis au jazz dans les années 1950 alors qu\u2019il étudiait au Conservatoire de Paris.De retour à Toronto, il fut le pianiste à résidence du Town Tavern, où il a accompagné Lester Young, Coleman Hawkins, Clark Terry et consorts.Cet émule d\u2019Oscar Peterson a enregistré d\u2019excellents albums pour les étiquettes Justin Time et Sackville.La première partie du spectacle commence à 18h30, et la deuxième à 20h15. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 1 2 | JANGLE POP This is Glue ?1/2 Salad Boys, Trouble in Mind Records Salad Boys est le genre de groupe qui pourrait composer la musique d\u2019une comédie dramatique dans laquelle de jeunes gens désabusés et anxieux au point du sarcasme vivent un rite initiatique d\u2019une quelconque forme, qui leur permettra de catalyser leurs angoisses liées au sentiment d\u2019échec.Nos protagonistes pourraient même faire du pouce dans les magnifiques paysages de la Nouvelle-Zélande, d\u2019où vient le groupe, tiens.Évoquant par moments Suicide (Blown Up), The Bats (In Heaven, Dogged Out), Parquet Courts ou Nap Eyes, This Is Glue est un produit multiréférentiel.Cette familiarité, qui aurait pu tomber dans le pastiche, est en fait plutôt réconfortante.Parfois, ça barde (Psych Slasher), parfois, ça pleure (Going Down Slow).Dégoulinant de distorsion, l\u2019album arrive à maîtriser les brumes dans lesquelles il s\u2019enfonce.Ajoutez-y des thématiques bien noires et déprimantes et vous avez un opus fort touchant.Sophie Chartier CHANSON FOLK INDIE Aux chutes Niagara ?Massicotte, Ad Litteram L\u2019ironie est douce, le cynisme dénoncé à mesure: Massicotte est un tendre, et je pense qu\u2019il fait exprès de ne pas trop bien le cacher.Sa manière s\u2019affiche assez clairement dès C\u2019est pas de ta faute, le titre qui ouvre ce troisième album (en comptant le mini-album J\u2019ai jamais su danser) : il montre du doigt, mais sans peser sur le bobo.Dans la chanson-titre, il revendique son romantisme sans en avoir l\u2019air : «On ne racontera pas / Notre voyage quétaine / Mais on gardera / Le même chandail de laine.» Dans Tu likes pu mes statuts, son histoire d\u2019amour-à-l\u2019ère-de-Facebook, il amuse au premier abord, mais vise étonnamment juste, pour peu que l\u2019on gratte la surface des images: «Tu m\u2019as pourtant habitué à ce jeu / Ponctuais tes phrases d\u2019émoticônes mielleux / Un smiley face avec des cœurs dans les yeux.» Parlons d\u2019un gars hors mode, sans prétention, rigolo mais pas trop, foncièrement tel quel.Et de chansons qui lui ressemblent.Et nous parlent, mine de rien.Sylvain Cormier CLASSIQUE Le sacre du printemps ?1/2 Marc-André Hamelin et Leif Ove Andsnes.Hyperion CDA 68189.Si la majorité des versions orchestrales avaient cette logique, cette articulation, cette hargne, cette construction et cette tenue, la discographie serait jouissive ! Il est heureux de voir Marc-André Hamelin et Leif Ove Andsnes, qui se sont rencontrés sur scène lors de concerts, capables de livrer un tel CD alors qu\u2019ils ne sont pas a priori liés aux mêmes éditeurs.Ce programme Stravinski à deux pianos est parfait.Le sacre, réduction de 1913 pour quatre mains joué sur deux pianos, est couplé au Concerto pour deux pianos de 1935 et augmenté de trois petites pièces : Madrid, Tango et Circus Polka.Ce n\u2019est évidemment pas le premier enregistrement du Sacre à deux pianos, mais c\u2019est assurément le seul bénéficiant d\u2019une lecture aussi nette, nuancée et implacable sur des pianos aussi parfaits et parfaitement enregistrés.On espère que l\u2019attrait du Sacre permettra de donner un coup de pouce à la notoriété d\u2019un concerto qui le mérite sacrément ! Christophe Huss CLASSIQUE Variations Diabelli ?1/2 Beethoven.Martin Helmchen.Alpha 386.Un certain nombre de mélomanes québécois avaient tout à craindre d\u2019un disque des Variations Diabelli par Martin Helmchen.Le pianiste allemand a joué l\u2019intimidant cycle beethovénien deux fois ici : à Or- ford en 2015 et, début décembre, au Ladies\u2019 Morning, le jour où l\u2019Orchestre Métropolitain se produisait à Paris.Les doutes sont levés dès l\u2019exposé du thème : Helmchen parvient à maintenir au CD ce vent de fraîcheur et de liberté du concert.Ce qui est formidable avec lui, c\u2019est que les Diabelli ne sont pas un monument intimidant mais un chemin parsemé de découvertes.« Interprétation renversante » d\u2019un cycle dont le pianiste « saisit toute la dimension ludique et parodique, dans une palette infinie de nuances et de tou- chers » (écoutez la Variation 27) en faisant un « moment de grâce et d\u2019intelligence supérieure », avions- nous écrit en 2015.Tout est là, reproduit et préservé, dans un enregistrement techniquement parfait.Helmchen a immortalisé ses grandes Diabelli ! Christophe Huss JAZZ Modern Lore ?Julian Lage, Mack Avenue Le guitariste Julian Lage vient de la Californie, mais il vient aussi d\u2019une autre planète : ceux qui ont vu le documentaire Jules at Eight ou sa prestation avec Carlos Santana en 1997 (à dix ans) connaissent déjà l\u2019ampleur du talent précoce de Lage.Sauf qu\u2019entre l\u2019enfant prodige et l\u2019artiste accompli, il y a toujours quelques pas \u2014 que Lage a pour sa part franchis sans problème.C\u2019est au- jourd\u2019hui l\u2019un des guitaristes jazz les plus estimés de la profession, et Modern Lore constitue à notre sens le plus abouti de ses albums : trio d\u2019une extrême souplesse (avec le contrebassiste Scott Colley et le batteur Kenny Wollesen), répertoire traversé de grooves que la précision des solos Fender Telecaster de Lage propulse bien haut, accents folk, blues, rock and roll ou country dans un cadre jazz sans restriction (il y a de la sauce Bill Frisell ici), réalisation impeccable de Jesse Harris (No- rah Jones), tout plaît.Guillaume Bourgault-Côté R & B Blood ?Rhye, Last Gang Records Cinq ans après le succès de l\u2019album Woman, la voix du Torontois d\u2019origine Mike Milosh ne cesse de nous ensorceler, ce timbre délicat et soyeux qui force les comparaisons avec le style de Sade.N\u2019empêche, après avoir perdu son collaborateur/compositeur Robin Hannibal, sa copine, puis sa maison de disque, le retour en studio aurait pu être plus significatif que cette homogène collection de nouvelles chansons.Moins électronique, plus sanguin en raison de l\u2019instrumentation mise en avant (guitares, basses naturelles, piano Rhodes), mais en même temps presque clinique dans sa précision et son souci du minimalisme, Blood suit cependant à la lettre l\u2019esprit du premier disque, dans ses thèmes comme dans ses grooves.Plus (trop?) pop, il faut presque attendre la cinquième chanson (Count to Five) pour que l\u2019influence R & B, sa ligne de basse funky et ses furtifs violons disco, s\u2019imprime entre nos deux oreilles.Dans la même veine, Phoenix et Softly distillent bellement le calme et la sensualité; le reste, malheureusement, peine à offrir plus qu\u2019une suave musique d\u2019ambiance.Philippe Renaud ALT FOLK The Road Dissolved the View ?Wharfer, Indépendant Un an après le marquant Scenes of the Tourist, voilà son frère de route.Mais Kyle Wall (Wharfer) a pris une autre piste : il racle cette fois l\u2019émotion et l\u2019obscurité d\u2019une main plus douce.Un velouté aérien est apparu, un léger film de silence parfois percé par une séquence brutale, sorte d\u2019autodestruction temporaire (belle Deep Blue).Depuis ses limbes, car c\u2019est là qu\u2019il se trouve, entre fuite et résistance, Wharfer ressuscite sa voix caverneuse à la diction ambiguë, fabriquant des mélodies comme on laisserait un fil au vent.Piano et guitare dominent, tranquillement et librement visités par un harmonica, de l\u2019orgue, des percussions, des effets, tous de sa main.Ses textes majestueusement complexes, où on le sent devenu point de mire, sont si incarnés qu\u2019ils voyagent jusqu\u2019à l\u2019os.Ce qu\u2019exprime Wharfer, c\u2019est une douleur et un doute irradiants, mais aussi la beauté qu\u2019ils supposent, fut- elle en miettes.Voilà une lecture juste et obsédante d\u2019un cœur humain froid laissé un peu au soleil, un cœur disant : voilà, c\u2019est cela, vivre.Geneviève Tremblay FOLK-POP Constellation ?Jim Cuddy, Warner C\u2019est le quatrième disque en solo de Jim Cuddy, une autre petite constellation d\u2019étoiles dans le ciel Blue Rodeo.Y brillent des ballades tendres au piano (la chanson-titre, You Be the Leaver), où l\u2019on devine sans grand effort où va aller la mélodie : à la bonne place, invariablement.Il ne sait pas faire autrement, ce grand cowboy de Jim (de plus en en plus Woody dans Histoire de jouets, je trouve).Y dominent les morceaux à tempo moyen pour guitares, mêlant systématiquement l\u2019acoustique grattant fort les accords mineurs-majeurs avec l\u2019électrique faisant jingle-jangle.Avec un peu d\u2019orgue, comme il se doit.De While I Was Waiting à Hands on the Glass, ça se ressemble, c\u2019est tout juste si l\u2019on accélère un peu la cadence.On n\u2019est pas emportés, pas enthousiasmés, mais tout est plutôt réussi, plus qu\u2019honnête, et franchement irréprochable.L\u2019audace estelle toujours une qualité ?Ce disque affirme que non.Je ne dirai pas le contraire en fredonnant joyeusement Things Still Left Unsaid.Sylvain Cormier | 1 3 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 ENTREVUE SOPHIE CHARTIER LE DEVOIR oom Inside the World est une suite des deux premiers albums acclamés de Ought, More than Any Other Day et Sun Coming Down.Si la nouvelle collection de chansons, puisant dans un répertoire plus diversifié, présente des signes d\u2019assagissement, la démarche du groupe reste ancrée dans la radi- calité.Le Devoir a discuté avec son chanteur, à la veille de la sortie du troisième opus attendu.Il n\u2019y a qu\u2019un seul soi.C\u2019est bien là une des rares cer titudes que l\u2019on puisse avoir.Mieux vaut l\u2019aimer, pas vrai ?C\u2019est ce que semblent avancer les quatre garçons de Ought qui, pour une troisième fois, couchent sur sillons leur poésie incisive avec un titre à teneur très wolfienne.Le quatuor aux membres d\u2019origine américaine et australienne y élabore un manifeste à la gloire de l\u2019authenticité.« Je dois me souvenir / que mon cœur m\u2019appartient », entend-on en finale de l\u2019extrait These 3 Things, diffusé en novembre comme avant- goût.Les textes de l\u2019album, parfois réflectifs, parfois inquiets, presque toujours lumineux, poursuivent dans la même veine, parlant de dignité et d\u2019intégrité à défendre dans un monde hostile.De la puissance d\u2019exister C\u2019est comme si les quatre rockeurs, qui ont travaillé ce coup-ci en symbiose communicationnelle, pondaient un manuel pratique en neuf chapitres (pour autant de chansons) répondant au titre hypothétique «Comment être vrai dans le monde?».Une version post-punk du célèbre slogan « Don\u2019t believe the hype », en quelque sorte.«Il ne faut pas se méprendre», avertit Tim Darcy, chanteur et guitariste qui compose Ought avec ses collègues Tim Keen, Ben Stidworthy et Matt May.«Cet album reste très politique.» En 2014, à leur présentation au monde avec More than Any Other Day, on avait applaudi à leur aplomb et à leur force vive, à leur attitude punk qui ne tombait jamais dans l\u2019ironie.Lorsqu\u2019un second disque avait suivi, l\u2019année d\u2019après, on avait célébré la constance de leur pugnacité et leur maîtrise de la tension.Cette fois, la ner vosité crue laisse place à une Une place à prendre pour Ought Le quatuor post-punk montréalais offre un nouvel album aux thèmes philosophiques Sur son troisième album, Room Inside the World, Ought élabore un manifeste à la gloire de l\u2019authenticité.JENNA LEDGER émotivité cristalline, une sincérité élévatrice.La catharsis autour de l\u2019acte revendicateur est approchée autrement : par la pleine conscience.« Une grande par t [du disque] s\u2019intéresse à nos manières d\u2019apprendre à naviguer dans la vie, commente Darcy.Mais il s\u2019attache surtout à l\u2019idée de ne pas renier les sentiments qui auraient pu nous animer dans le passé et à trouver une façon \u2014 même si ceux-ci ont changé \u2014 de les adapter au présent.Comment trouver sa voix unique, d\u2019une certaine façon.» La palette sonore s\u2019est agrandie, aussi.On fait appel au synthé, au drum machine, au vibraphone.Il y a là-dedans un peu de Kate Bush, de Springsteen, de Brian Eno, en plus des Talking Heads et The Fall, auxquels le groupe était déjà largement comparé.Il y a aussi des solos clins d\u2019œil à Television.Puis il y a du gospel et du dance.Maturité ?Et il y a l\u2019écriture.Le groupe s\u2019af fichait contre le patriarcat et parlait de l\u2019absurdité du monde capitaliste.Au- jourd\u2019hui, il propose de tourner le regard vers soi.«Cet album reste dans la même ligne de pensée que nos deux précédents.Mais c\u2019est effectivement ce qui s\u2019approche le plus d\u2019un nouveau chapitre pour notre groupe », affirme le chanteur.Cette évolution est-elle symptomatique du passage à l\u2019âge de raison ?« C\u2019est assurément une réflexion sur la transition vers une autre portion de la vie, où la situation dans laquelle on se trouve peut changer », répond Tim Darcy, qui avait d\u2019ailleurs fait paraître un album solo en 2017.«Et apprendre à vivre avec le choc, après coup\u2026 Mais plus largement, il s\u2019agit de penser à comment on peut devenir une force consciente et positive, plutôt que de se lancer dans des actions politiques directes.» Room Inside the World interroge ainsi indirectement un thème récurrent de la conversation sociétale : l\u2019affirmation identitaire.«Ouais, je crois qu\u2019il y a pas mal de recherche d\u2019introspection par les temps qui courent », répond Darcy en riant.Ought est l \u2019un de ces groupes qui ne laissent pas les choses au hasard.« On estime très important de véhiculer du sens.Mais on reste tous les quatre vraiment obsédés de musique ! » Room Inside the World Ought, Royal Mountain/Merge.Sortie le 16 février.En spectacle de lancement le 6 mars au théâtre Fairmount, avec Snail Mail et Common Holly.Une nouvelle famille Anciennement membre de la famille de Constellation, Ought est depuis peu chez les Américains de Merge et chez Royal Mountain au Canada.«Les gens nous ont toujours naturellement associés à Constellation, notamment sur le plan politique, et c\u2019est génial parce qu\u2019on a un énorme respect pour ce qu\u2019ils font et ce qu\u2019ils sont.» Mais l\u2019écurie à portée internationale présentait des avantages non négligeables pour le groupe, à commencer par les moyens de leurs ambitions sonores.« Il n\u2019y a pas de situation parfaite, avoue Darcy.Si on travaille de façon purement DIY, il y aura aussi, immanquablement, d\u2019autres types d\u2019enjeux avec lesquels il faudra vivre.» R L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 14 | ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR n concer t de musique punk, une foule déchaînée, un jeune homme au regard hanté : Théo, 18 ans.Un casse-croûte sis non loin de là, des clients indif fé- rents, une jeune fille à l\u2019air allumé : Mag, 19 ans.Autant Théo a le mot rare, autant Mag a du bagout.Et il se trouve que la seconde a décidé de faire la connaissance du premier entre deux bouchées de fast food.La beauté fragile du premier long métrage de Pascal Plante, Les faux tatouages, réside dans le fait que son histoire d\u2019amour repose sur l\u2019attirance croissante entre les personnages plutôt que sur une série de développements attendus.Les festivals du Nouveau cinéma et de Slamdance, où le film a reçu une mention du jur y, comptent parmi ceux qui ont craqué.Que Les faux tatouages consiste davantage en une suite d\u2019instantanés révélateurs qu\u2019en une intrigue proprement dite n\u2019a en l\u2019occurrence rien d\u2019étonnant.En effet, ce sont les personnages qui se sont d\u2019abord manifestés, charriant dans leur sillage la possibilité d\u2019un amour que Pascal Plante a nourri, d\u2019intuitions en observations.«Ce sont toujours les personnages qui prennent forme ; c\u2019était comme ça aussi dans mes courts métrages.Ils prennent forme et se mettent à exister.C\u2019est ensuite que je réfléchis à ce qui pour rait leur ar river », explique le cinéaste.Le film n\u2019est toutefois pas exempt de complications.Ainsi Théo doit-il quitter Montréal à la fin de l\u2019été, soit deux semaines à peine après avoir rencontré Mag.Dès lors, chaque après-midi passé à flâner, chaque nuit consacrée à s\u2019aimer, devient un moment volé.Subvertir le schéma «Le film a un filon narratif qui est assez mince, ce qui n\u2019est pas forcément une mauvaise chose, précise Pascal Plante.J\u2019aime les films qui sont indisciplinés.J\u2019entends par là ces films où on s\u2019assoit en quelque sorte avec les personnages et où on les découvre en les voyant juste\u2026 être.Ma philosophie par rapport au film, c\u2019est que si on apprend à aimer les personnages, on va vouloir les suivre où qu\u2019ils nous mènent.Un récit ficelé, du type Les personnages d\u2019abord Pascal Plante séduit les festivals avec son premier film, un touchant pas de deux amoureux Au rayon des influences, Pascal Plante cite John Cassavetes, un maître à penser, un maître à filmer.Si ce dernier écrivait pour sa troupe d\u2019acteurs réguliers, le cinéaste préfère pour sa part n\u2019avoir aucun interprète en tête durant la scénarisation.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR U C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Une présentation À l\u2019affiche utlime supplémentaire au TNM ! sam 17 FÉV À 20 H magistral André Robitaille\u2026 mise en scène impeccable\u2026 \u2014 Gravel le matin, ICI R-C Première Une surprise rafraîchissante ! Du grand théâtre\u2026 Pour toute la famille ! \u2014 Samedi et rien d\u2019autre, ICI Radio-Canada Première Un pur délice ! \u2014 Bible urbaine Benoît Brièr e [\u2026] irrésis tible [\u2026] Patric e Coquereau [\u2026] franch ement amus ant.\u2014 Le Devoir EN TOURNÉE AU QUÉBEC DÈS LE 28 FÉVRIER tnm.qc.ca mise en scène Carl Béchard Le film a un filon narratif qui est assez mince, ce qui n\u2019est pas forcément une mauvaise chose.J\u2019aime les films qui sont indisciplinés.J\u2019entends par là ces films où on s\u2019assoit en quelque sorte avec les personnages et où on les découvre en les voyant juste\u2026 être.PASCAL PLANTE » Le sens à leur donner n\u2019est pas toujours clair sur le coup, mais à la fin, le sens est là.Ça ne me gêne pas de rester dans une scène, qu\u2019elle dure peut-être un peu plus longtemps qu\u2019on pourrait croire nécessaire.Je pense que ça favorise une identification profonde.Cette respiration-là permet en outre à des instants de vérité imprévus de survenir.» Si Cassavetes écrivait pour sa troupe d\u2019acteurs réguliers, à commencer par sa conjointe Gena Row- lands, Pascal Plante préfère pour sa part n\u2019avoir aucun interprète en tête durant la scénarisation.« Je n\u2019écris jamais pour des acteurs précis.Dans le processus, c\u2019est lors de l\u2019étape du casting que je suis sans doute le plus minutieux.» Renverser un cliché Anthony Therrien, qui incarne un Théo ténébreux et d\u2019autant plus charismatique qu\u2019il n\u2019est pas conscient de son charme, Pascal Plante l\u2019avait repéré dans Corbo, de Mathieu Denis (où il avait une allure fort dif fé- rente).Quant à Rose-Marie Per- reault, son antithèse incandescente, elle s\u2019imposa au point de transcender son personnage.« Je me suis incliné devant l\u2019évidence que c\u2019était elle qui devait incarner Mag.Elle ne correspondait pas à ce que j\u2019avais écrit.Elle était mieux.Et le fait qu\u2019elle était juste un peu plus âgée qu\u2019Anthony renversait un cliché des films romantiques où c\u2019est d\u2019habitude le gars qui est plus vieux.À la base, je tenais à ce que Mag soit celle qui a l\u2019initiative.Elle est celle qui provoque l\u2019action.Qu\u2019elle soit l\u2019aînée rend cette dyna- mique-là encore plus naturelle.Avec Rose-Marie, Mag n\u2019avait plus rien d\u2019un personnage \u201cfantasmé\u201d.» Bref, à terme, Pascal Plante s\u2019est non seulement laissé entraîner par Mag et Théo, mais par leurs interprètes également.Ce faisant, il est allé au-delà de tout ce qu\u2019il espérait, par exemple à la Berlinale ces jours- ci.Et ça ne fait que commencer.scénario 101 en trois actes parfaitement bouclés, ça peut être très bien, mais ce n\u2019était pas ce à quoi j\u2019aspirais.Ici, je pense qu\u2019on aura compris qu\u2019une influence majeure est la trilogie des Before, de Richard Linklater.» On pense tout particulièrement au premier volet, Avant l\u2019aube tout est possible (Before Sunrise), avec les protagonistes qui se rencontrent dans un train et passent une nuit à Vienne à s\u2019éprendre l\u2019un de l\u2019autre, avec au bout l\u2019inéluctabilité de la séparation.L\u2019issue est connue : l\u2019intérêt réside dans le parcours amoureux.Plus Théo et Mag s\u2019éprennent l\u2019un de l\u2019autre, plus la perspective de leur séparation devient déchirante.Ça reste un boy meets girl, mais avec un schéma un peu subverti.» Le maître Cassavetes Au rayon des influences, Pascal Plante cite par ailleurs John Cassa- vetes, un maître à penser, un maître à filmer.« J\u2019adore ses films, avec leurs longues scènes qui possèdent souvent chacune des arcs complets. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 6 | ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR uelque chose cloche à l\u2019hôtel Palacio.Ce personnel qui ne dit mot mais n\u2019en pense pas moins, le regard sibyllin.Ces touristes trop bronzés qui suivent docilement le troupeau, l\u2019air égaré.Cet homme, surtout.Cet homme attablé près du buf fet qui s\u2019empif fre sans mot dire, « Mike », si monstrueux, si charismatique\u2026 Sa parole serait magique et son toucher, miraculeux.Un dieu?Avec All You Can Eat Bouddha, Ian Lagarde envoûte le cinéphile autant que la clientèle du Palacio.Directeur photo entre autres sur l\u2019excellent Vic + Flo ont vu un ours de Denis Côté, Ian Lagarde a réalisé plusieurs courts métrages.Sélectionné au Festival international de Rotterdam, Grand Prix Borsos du meilleur film canadien et du meilleur réalisateur au Whistler Film Festival et nommé six fois aux prix Écrans canadiens, All You Can Eat Bouddha est son premier long métrage de fiction.Tourné à Cuba, le film fait d\u2019un décor familier le théâtre d\u2019un récit énigmatique et déstabilisant.« C\u2019est un flash qui est à l\u2019origine du projet, confie Ian Lagarde.J\u2019étais dans un parc aquatique au Mexique, un genre de tout-inclus, en train de faire une journée de \u201cgringo\u201d.Je ne voyage pas comme ça d\u2019habitude.Bref, je me prélassais dans ce contexte indolent tout en lisant Siddhartha d\u2019Hermann Hesse.» Pour mémoire, Siddhartha relate l\u2019éveil spirituel d\u2019un protagoniste par tageant le même nom que le fondateur du bouddhisme mais qui, ironiquement, refuse de souscrire à cette religion ou à toute autre doctrine existante.Profonde dichotomie Comme tous les artistes sensibles à leur environnement, Ian Lagarde ressentit très intensément ce moment de profonde dichotomie.« J\u2019ai soudain pensé que ça pourrait être une bonne idée, ou en tout cas une idée inusitée, de conjuguer ces deux réalités-là : le kitsch profane du lieu où je me trouvais et le kitsch spirituel de ce que je lisais.Je me suis dit que camper une quête initiatique, mystique, dans un hôtel tout inclus, tordre cette quête initiatique dans un endroit qui est tout sauf mystique, ça avait un réel potentiel cinématographique.» En filigrane, en faisant de son hôtel imaginaire un établissement en proie à la décrépitude, avec rumeur de « nouvelle administration » à l\u2019horizon, le cinéaste tend à l\u2019allégorie.Ce « tout-inclus » en perdition n\u2019est-il pas à l\u2019image de la civilisation ?« Les sociétés se renouvellent pour mieux courir à leur perte, inlassablement.» Pour rendre plus supportable la perspective de l\u2019inéluctable, on crée des divinités.Aliénation palpable De réitérer Ian Lagarde, l\u2019univers des resorts lui était alors complètement inconnu.« Je comprends les gens qui y vont, je ne juge pas, mais ce n\u2019est pas pour moi.En cours de recherche, je suis allé dans un vrai tout-inclus.Moi, tu me mets un bracelet autour du poignet et tu me dis : « Sois un enfant et laisse-toi bercer », ça me rend fou.Heureusement, j\u2019y étais avec mes petits frères et, au bout de trois jours, ils m\u2019ont supplié de partir ! » Plaisanterie mise à part, ce sentiment d\u2019aliénation est palpable dans le film.Pour le compte, cela vaut autant pour les voyageurs que pour le personnel du Palacio.« Plus j\u2019explorais les thèmes qui entourent le tourisme, les thèmes qui ont trait au néocolonialisme et aux rappor ts complexes entre touristes et gens de la place, plus je trouvais la prémisse pertinente.Les employés sont souvent bardés de diplômes et exercent ces emplois-là parce que le salaire est meilleur.La tâche ne va pas avec l\u2019acuité intellectuelle.Sur certaines îles, c\u2019est plus payant de travailler dans un resort que d\u2019être médecin.» Comme un panoptique Sur place, Ian Lagarde prit conscience de la surveillance omniprésente dont les touristes faisaient l\u2019objet.« Là- dessus, le personnel a une double tâche : veiller à la sécurité des visiteurs, mais aussi les protéger contre eux-mêmes.Les touristes se saoulent et deviennent gagas à un point inimaginable.Ce n\u2019est pas mal intentionné, mais un tout-inclus, c\u2019est un peu comme un panoptique.Il y a là un paradoxe, une ambiguïté, que j\u2019ai voulu explorer.» On suit le regard pénétrant du maître d\u2019hôtel.Comme lui, on est à la fois révulsé et captivé par Mike.Ludovic Berthillot incarne ce messie taciturne et pansu sur qui tout un chacun projette ses fantasmes.« Lu- dovic est un personnage dans la vie.Ian Lagarde cultive le goût du mystère Le cinéaste offre avec All You Can Eat Bouddha un premier film aussi insolite qu\u2019appétissant Q Un sentiment d\u2019aliénation est palpable dans le film.Pour le compte, cela vaut autant pour les voyageurs que pour le personnel du Palacio.FUNFILM PHOTO DE DROITE : YANNICK GRANDMONT L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MONTRÉAL 1 Le Conseil des arts de Montréal remettait 3000 $ au récipiendaire de ce prix.Une page d\u2019histoire : Yannick Nézet-Séguin dirige le sublime Parsifal, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin, chef, Mihoko Fujimura, mezzo-soprano, Boaz Daniel, baryton, Thomas Goerz, baryton-basse, Brett Polegato, baryton, Peter Rose, basse, Christian Elsner, ténor, Festival de Lanaudière, 6 août 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 QUÉBEC 2 Philippe Jaroussky, l\u2019art d\u2019un contre-ténor, Les Violons du Roy, Mathieu Lussier, direction, Philippe Jaroussky, contre-ténor, 9 avril 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 RÉGIONS 3 La Fabrique culturelle offrait au récipiendaire de ce prix l\u2019enregistrement d\u2019une capsule à diffuser sur la plateforme culturelle web de Télé-Québec (une valeur de 5000 $).Bel Canto, Orchestre symphonique de Drummondville, Julien Proulx, direction, Marianne Lambert, soprano, 16 mars 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES MÉDIÉVALE, DE LA RENAISSANCE, BAROQUE 4 L\u2019inspirante passion selon Saint Matthieu, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano, direction, Julien Prégardien, ténor, Gordon Bintner, baryton, Sarah Wegener, soprano, Ann Hallenberg, alto, Michael Shade, ténor, Christian Immler, basse, Chœur de l\u2019OSM, 30 novembre, 1er et 4 décembre 2016 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES CLASSIQUE, ROMANTIQUE, POSTROMANTIQUE, IMPRESSIONNISTE 5 Grimaud et Nézet-Séguin : Passion commune, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin, chef, Hélène Grimaud, piano, 6 octobre 2016 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES MODERNE, CONTEMPORAINE 6 Concert de clôture, Nouvel Ensemble Moderne, Lorraine Vaillancourt, direction, Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano, Jimmy Brière, piano, 4 mai 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES ACTUELLE, ÉLECTROACOUSTIQUE 7 Lumens, Video Phase, 13 juin 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 JAZZ 8 L\u2019Orchestre national de jazz invite John Hollenbeck et Theo Bleckmann, Orchestre national de jazz, John Hollenbeck, direction et composition, Theo Bleckmann, voix, FIJM, 8 juillet 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES DU MONDE 9 Solo, Les Productions Le Vent du Nord, 5 novembre 2016 au 13 août 2017 CRÉATION DE L\u2019ANNÉE 10 L\u2019Être et la réminiscence, André Hamel, Concert de clôture, Nouvel Ensemble Moderne, 4 mai 2017 CONCERT DE L\u2019ANNÉE \u2013 RÉPERTOIRES MULTIPLES 11 Boogies, tangos et mélodies populaires, Louise Bessette, piano, 12 février 2017 PRODUCTION DE L\u2019ANNÉE \u2013 JEUNE PUBLIC 12 Le ministère de la Culture et des Communications du Québec remettait 5000 $ au récipiendaire de ce prix.La Fanfare Fanfaronne, Productions Strada, 12 août 2017 DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES MÉDIÉVALE, DE LA RENAISSANCE, BAROQUE 13 Alma Oppressa, Julie Boulianne, Luc Beauséjour, Clavecin en concert, ANALEKTA DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES CLASSIQUE, ROMANTIQUE, POSTROMANTIQUE, IMPRESSIONNISTE 14 Mozart : Concertos pour cor \u2013 Concerto pour basson, Les Violons du Roy, Louis-Philippe Marsolais et Mathieu Lussier, ATMA Classique DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES MODERNE, CONTEMPORAINE 15 György Kurtág : Intégrale des quatuors à cordes, Quatuor Molinari, ATMA Classique DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES ACTUELLE, ÉLECTROACOUSTIQUE 16 Espaces tautologiques, James O\u2019Callaghan, empreintes DIGITALes DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 JAZZ 17 Under the Influence Suite, Orchestre national de jazz, Christine Jensen, direction et composition, Sienna Dahlen, paroles et voix, Justin Time Records DISQUE DE L\u2019ANNÉE \u2013 MUSIQUES DU MONDE 18 J\u2019aime les nuits de Montréal, Quartango, TANGOVATION LIVRE DE L\u2019ANNÉE 19 Wagner antisémite, Jean-Jacques Nattiez, Christian Bourgois éditeur, 2015 PRIX HOMMAGE 20 LORRAINE VAILLANCOURT COMPOSITEUR DE L\u2019ANNÉE 21 Le Conseil des arts et des lettres du Québec remettait 10 000 $ au récipiendaire de ce prix.JULIEN BILODEAU, Another Brick in the Wall-l\u2019opéra DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 22 DINA GILBERT, Chef d\u2019orchestre DIFFUSEUR SPÉCIALISÉ DE L\u2019ANNÉE 23 FONDATION ARTE MUSICA DIFFUSEUR PLURIDISCIPLINAIRE DE L\u2019ANNÉE 24 THÉÂTRE DE LA VILLE DIRECTEUR ARTISTIQUE DE L\u2019ANNÉE 25 LOUIS DUFORT Réseaux des arts médiatiques / AKOUSMA, Saison 2016-2017 ÉVÉNEMENT MUSICAL DE L\u2019ANNÉE 26 ANOTHER BRICK IN THE WALL-L\u2019OPÉRA, Opéra de Montréal INTERPRÈTE DE L\u2019ANNÉE 27 Le Conseil des arts du Canada remettait 5000 $ au récipiendaire de ce prix.QUATUOR BOZZINI RAYONNEMENT À L\u2019ÉTRANGER 28 CONSTANTINOPLE LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DE LA MUSIQUE FÉLICITE LES LAURÉATS DES PRIX OPUS 2016-2017 OPUS 21ePRIX prixOpus.qc.ca 1 8 15 9 10 11 12 13 14 2 3 5 4 6 7 16 17 18 19 20 21 26 27 28 25 22 23 24 © A n t o i n e S a i t o © Y v e s R e n a u d © L u c B e a u c h e m i n © P h i l i p p e S t i r n w e i s s © B e r n a r d P r é f o n t a i n e © R a n d y C o l e © A l i s t a i r C a s s i d y ©Bill-Douthart/Susie-Knoll © E m m a n u e l C r o m b e z © S i m o n F o w l e r © D e s i g n 8 3 © D e s i g n 8 3 © R o b e r t E t c h e v e r r y © F l o r e n c e P e l z En le rencontrant, j\u2019ai su qu\u2019il devait jouer Mike.En plus, il a été G.O.dans un Club Med pendant des années.Ça ne s\u2019invente pas.» Film d\u2019ambiance La parole rare, Mike est à l\u2019image d\u2019un film dont les silences bruissent et résonnent grâce à la brillante conception sonore de Sylvain Bellemare (Arrival).« C\u2019est un film d\u2019ambiance.Au montage, avec Mathieu Grondin, on s\u2019est aperçus que plus on enlevait de dialogues, plus ça devenait fort.Le scénario n\u2019est qu\u2019une première écriture.Le tournage est la seconde et le montage, la troisième, et chacune contribue à affiner l\u2019identité du film.» Une identité, en l\u2019occurrence, élusive, et pourtant très affirmée, pour demeurer dans les paradoxes.Entre Teo- rema de Pasolini et La grande bouffe de Ferreri, la proposition de Ian Lagarde parvient à évoquer sans perdre sa personnalité ni livrer toutes ses clés.Mike mange-t-il jusqu\u2019à ce que mort s\u2019ensuive ?Ou jusqu\u2019à atteindre un état de transcendance ?Fasciné, on s\u2019interroge, conscient qu\u2019il y a là plus que ce que les yeux voient.Perspective d\u2019un second, d\u2019un troisième visionnement\u2026 Voilà un premier film qui, oui, ouvre l\u2019appétit.All You Can Eat Bouddha sera à l\u2019af fiche le 16 février.Le personnel a une double tâche : veiller à la sécurité des visiteurs, mais aussi les protéger contre eux- mêmes.Les touristes se saoulent et deviennent gagas à un point inimaginable.Ce n\u2019est pas mal intentionné, mais un tout inclus, c\u2019est un peu comme un panoptique.Il y a là un paradoxe, une ambiguïté, que j\u2019ai voulu explorer.IAN LAGARDE » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 8 | CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR La transsexualité constitue un nouveau territoire à explorer, et déjà les exemples ne manquent pas, ici (Laurence Anyways) comme ailleurs (Transamerica, The Danish Girl).Le cinéma français ne voulait visiblement pas être en reste, et Nadir Moknèche (Délice Paloma, Goodbye Morocco) s\u2019est acquitté de cette tâche délicate dans Lola Pater.Pour ajouter une complexité supplémentaire à cette description des impacts d\u2019un changement de sexe, pour la personne coincée dans un corps qui ne semble pas le sien, mais aussi pour son entourage, le cinéaste évoque en filigrane le douloureux passé de l\u2019Algérie, et certains enjeux liés à la religion musulmane.Mais le véritable dilemme moral du film apparaît à la fois simple, et cruel : un homme devenu femme demeure-t-il le père de son fils ?On peut alors mieux comprendre le désarroi de Zino (Tewfik Jallab), un jeune Parisien accordeur de pianos, devant la découverte, progressive, de la véritable identité de son père, Fa- rid, après la mort de sa mère (Lubna Azabal, juste en passant, et malheureusement).Il avait totalement disparu du paysage familial depuis son enfance, et les retrouvailles imposées par la triste nouvelle nourrissent un doute: Lola (Fanny Ardant) serait-elle la conjointe de son père?Recluse dans le sud de la France auprès de sa compagne et régnant en reine sur une école de danse, cette femme extravagante, à la poitrine généreuse, doit affronter l\u2019inévitable, et dévoiler sa vraie nature.Un processus entrecoupé de rendez-vous ratés, de soirées trop bien arrosées, et de gestes impulsifs qui donnent à Lola des allures de grande tragédienne \u2014 d\u2019autres diraient plus simplement : drama queen.Avec son aura de star, sa voix inimitable et un désir manifeste de casser son image (depuis Pédale douce, de Gabriel Aghion, jusqu\u2019à Les beaux jours, de Marion Vernoux), Fanny Ar- dant n\u2019apparaît jamais comme un choix incongru dans la peau et les multiples étoffes de cette héroïne à l\u2019identité flottante.On dirait même que l\u2019actrice s\u2019en amuse, tout en sachant y insuffler la gravité nécessaire pour décrire l\u2019étendue de son drame intérieur.Il est d\u2019ailleurs par fois abordé en termes crus : vaut-il mieux un père à jamais disparu qu\u2019un «pater» qui a choisi de « corriger » ce que Dieu lui avait octroyé à la naissance ?Ces questions sont toutefois débattues de manière allusive, et parfois même de façon précipitée, Nadir Moknèche centrant son attention sur le processus de réconciliation entre deux êtres blessés, laissant de côté les questions d\u2019intolérance (un échange épistolaire entre les parents de Zino évoque un séjour à l\u2019hôpital psychiatrique en Algérie), ainsi que les enjeux médicaux liés à cette radicale transformation.En l\u2019espace de quelques jours riches en péripéties au cœur d\u2019un Paris de cartes postales et de charmants hôtels chics, la hache de guerre est enterrée, non sans quelques coups d\u2019éclat dramatiques vite expédiés.Au final, un drame au croisement de la comédie et du mélodrame, mais surtout un cheminement identitaire un peu laborieux.Lola Pater ?Drame de Nadir Moknèche.Avec Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci, Véronique Dumont.France-Belgique, 2017, 95 minutes.Son père est une femme comme les autres Perdre ceux qu\u2019on aime pour changer de sexe, et ainsi trouver sa vraie nature Tewfik Jallab et Fanny Ardant dans une scène de Lola Pater AXIA FILMS CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Les partisans de la théologie de la libération ne s\u2019y sont pas trompés : à sa façon, Jésus était un révolutionnaire, et son message évangélique, un appel en faveur des plus démunis qui contenait sa part de radicalisme \u2014 parlez-en aux marchands du temple ! Sans adhérer complètement à cette vision, le cinéaste Nicolas Boukhrief (Le convoyeur, Made in France) semble séduit par cet affrontement intellectuel entre un prêtre bienveillant, très Vatican II avant l\u2019heure, et une communiste farouchement athée ; dans un petit village de la France profonde secoué par la Deuxième Guerre mondiale et la présence des soldats allemands, la chose apparaît aussi incongrue que dangereuse.Cette lutte puise ses racines dans Léon Morin, prêtre, un roman à teneur autobiographique signé Béatrix Beck, prix Goncourt 1952, suivi d\u2019une célèbre adaptation de Jean-Pierre Melville avec les non moins célèbres Jean-Paul Belmondo, portant la croix, et Emmanuelle Riva, le marteau.La confession se situe à la même époque, mais le film n\u2019échappe pas à un désir d\u2019ancrage dans le présent pour mieux illustrer le poids du passé.D\u2019où cette mécanique surfaite du retour en arrière où Barny, l\u2019héroïne mourante, au soir de sa vie, raconte à un jeune prêtre désemparé le «secret» qui la ronge depuis des décennies : ceux qui s\u2019attendent à des révélations fracassantes seront déçus.Avant la Libération, Barny (Marine Vatch sur le même registre tendu) voulait déjà briser ses chaînes, refusant d\u2019aller à la messe, ne respectant que les évangiles selon Karl Marx, contrairement à ses collègues de la poste locale, un peu plus pieuses et surtout en pâmoison devant le père Morin (Romain Duris, débonnaire, mais sans excès), nouvellement nommé.La communiste convaincue résiste à l\u2019idée de le rencontrer (l\u2019homme à la soutane n\u2019apparaîtra qu\u2019au bout de 20 minutes), mais, par défi, se présente au confessionnal «en ennemie ».Toujours mariée au père de sa fille dont elle est sans nouvelles depuis sa capture en Allemagne, Barny succombe à son tour au charme de cet humaniste érudit et souriant, revendiquant un désir de renouer avec le catholicisme doublé de celui, inavouable, d\u2019aimer un homme qui a épousé l\u2019Église.L\u2019esthétique de Nicolas Boukhrief affiche une austérité dictée autant par ses choix de mise en scène que par les moyens mis à sa disposition, sa caméra étant souvent cantonnée dans des intérieurs tristes et exigus.L\u2019Occupation est davantage affaire de sons d\u2019ambiance, et les résistants se cachent si bien qu\u2019on ne les voit jamais, même lorsqu\u2019ils provoquent des coups d\u2019éclat.Tout, ou presque, est subordonné à cette grande joute verbale entre deux êtres qui causent beaucoup, pour mieux taire l\u2019essentiel.Ces questions spirituelles n\u2019ont rien de futile, et quoi qu\u2019on en dise, n\u2019ont rien perdu de leur actualité, mais les enjeux psychologiques sont souvent noyés dans des discours cérébraux, parfois vaseux.Le feu du désir brûle sans doute sous les cendres théologiques, mais nous sommes loin des grands déchirements moraux qui faisaient la force de films « catholiques » à l\u2019esthétique tout aussi dépouillée qu\u2019étaient Au revoir les enfants ou Des hommes et des dieux.Des moments de communion cinématographique autrement plus puissants.La confession ?Drame de Nicolas Boukhrief.Avec Marine Vacth, Romain Duris, Anne Le Ny.France, 2017, 116 minutes.L\u2019évangile selon Karl Marx Entre une communiste et un curé de campagne, l\u2019affrontement se joue au confessionnal Romain Duris, débonnaire, mais sans excès, interprète le père Morin.MK2 MILE-END C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 MARIE DENISE PELLETIER LÉVEILLÉE, ENTRE CLAUDE ET MOI 22 février, 20 h LES RESPECTABLES 25 ANS LA TOURNÉE + HEARTH OF STONE 27 février, 20 h MARTINE ST-CLAIR, MARIE MICHÈLE DESROSIERS, LUCE DUFAULT et MARIE-ÉLAINE THIBERT ENTRE VOUS ET NOUS 24 février, 20 h ANDREA LINDSAY ENTRE LE JAZZ ET LA JAVA 1er mars, 20 h DANIEL LAVOIE MES LONGS VOYAGES 2 mars, 20 h LES LIONS DE CANNES 2017 3 mars, dès 20 h Info et billets theatreoutremont.ca 514 495-9944, poste 1 RABAIS POUR 3 SPECTACLES ET PLUS Sous les traits de Sandrine Bonnaire, Édith s\u2019impose comme une héroïne forte.AZ FILMS CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Villefranche-sur-Saône est considérée comme la capitale du Beaujolais.Dans son film Prendre le large, ce n\u2019est toutefois pas au secteur viticole que s\u2019intéresse Gaël Morel, mais à l\u2019industrie textile en déclin et en proie à la délocalisation.Un sort qui vient de frapper l\u2019usine qui emploie Édith, ouvrière depuis son plus jeune âge.Pour éviter le chômage, elle décide de s\u2019exiler au Maroc où l\u2019entreprise a déménagé.L\u2019y attendent un autre poste, d\u2019autres collègues et, surtout, d\u2019autres conditions de travail.La mi-quarantaine en forme mais l\u2019âme usée, Édith est la seule employée de l\u2019usine à s\u2019être prévalue de la « possibilité » de déménager avec l\u2019usine à Tanger.À ce stade de son existence, Édith estime que rien ne la retient en France.Elle a un fils, certes, mais ils sont, au mieux, des étrangers familiers.Constat difficile pour cette femme qui cache sa douleur derrière une attitude énergique et déterminée.Accents de renouveau Sous les traits de Sandrine Bonnaire, comédienne dotée du sourire le plus lumineux du cinéma français, Édith s\u2019impose d\u2019emblée comme une héroïne forte.La vedette de Sans toit ni loi , de La cérémonie et de Confidences trop intimes trouve ici son meilleur rôle depuis fort longtemps, qui rappelle qu\u2019elle reste l\u2019une des plus grandes.Édith a beau être limitée dans ses options, elle donne toujours l\u2019impression d\u2019être seule maîtresse de sa destinée.D\u2019où ce départ aux accents de renouveau, de réinvention.Au Maroc, elle découvre une réalité dif férente.Ainsi le film suggère-t-il qu\u2019on crée du chômage au Nord pour mieux entretenir la misère au Sud.La peinture du milieu, avec la contremaîtresse diabolique, est un brin manichéenne, mais le scénario coécrit par le réalisateur et l\u2019écrivain marocain Ra- chid O.s\u2019attarde en réalité assez peu à cet aspect, préférant observer Édith alors qu\u2019elle tisse des liens d\u2019amitié avec la propriétaire de l\u2019hôtel où elle loge ainsi qu\u2019avec le fils de celle-ci.Cette complicité avec le jeune homme est un baume puisqu\u2019Édith a quitté son propre fils sur un froid dont elle ne comprend ni la raison ni la nature.Bonnaire inspirée Sur ce point, le film ne convainc guère, en cela que la relation mère- fils apparaît plus écrite qu\u2019incarnée.D\u2019ailleurs, le conflit, qui n\u2019en est pas vraiment un, est résolu de manière trop facile lors d\u2019un troisième acte \u2014 le plus faible \u2014 truffé de développements précipités.À la réalisation, Gaël Morel s\u2019arrime à Édith, qu\u2019il filme isolée dans des compositions sobrement expressives.Découvert en tant qu\u2019acteur dans le sublime Les roseaux sauvages d\u2019André Téchiné, Morel s\u2019est tranquillement fait un nom comme cinéaste, entre autres avec le très beau Après lui, dans lequel Catherine Deneuve tente de surmonter le deuil de son fils.Prendre le large, qui af fiche certaines préoccupations similaires, se révèle plus ambitieux sur le plan de la mise en scène mais moins satisfaisant sur celui du récit.Mais il y a Sandrine Bonnaire, inspirée.Il y a ce sourire-là.Prendre le large ?Drame social de Gaël Morel.Avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, Lubna Azabal.France, 2017, 103 minutes.Aller voir ailleurs Prendre le large offre à la lumineuse comédienne Sandrine Bonnaire un rôle à sa mesure L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 2 0 | Les nouveautés sont en rose Le sens de la fête ?Il n\u2019y a aucun mal à s\u2019inspirer des meilleurs, par exemple le tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.C\u2019est un peu ce qu\u2019ont fait Olivier Na- kache et Éric Toledano (Intouchables, Samba) dans cette comédie réjouissante et éblouissante, où la caméra virevolte autour d\u2019une galerie inspirée d\u2019acteurs de tous les âges et de tous les horizons.Nous sommes conviés aux préparatifs d\u2019un grand mariage, dans les coulisses d\u2019une organisation chaotique que Bacri, merveilleux grincheux devant l\u2019Éternel, tente de maintenir à flot.Le naufrage apparaît inévitable, et le chemin pour s\u2019y rendre est parsemé de réflexions pas si anodines sur la France d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019acrobaties visuelles et de mille blagues qui font mouche.La comédie française à son meilleur, un pur régal pour l\u2019œil et l\u2019esprit, mais pas nécessairement dans les assiettes! André Lavoie Appelle-moi par ton nom (V.O., s.-t.f.de Call Me by Your Name) ?1/2 En ce mois de juin 1983, Elio, un jeune homme de 17 ans, coule des jours indolents dans la villa italienne de ses parents.Arrive Oliver, un doctorant américain de 24 ans venu assister son père pour l\u2019été.S\u2019engage une valse-séduction sous le regard tour à tour préoccupé et bienveillant des parents d\u2019Elio.Âgé de 21 ans au moment du tournage, Thimotée Chala- met est une révélation en Elio, rôle qui appelle à la fois maturité et naïveté.Quant à Armie Hammer, il incarne avec un charisme désinvolte l\u2019objet de son affection.Le film est à l\u2019image du climat italien: langoureux, ensoleillé, et follement romantique.Et comme le disait son réalisateur Luca Guadagnino en entrevue: «Les émois liés à un premier amour, la violence et la pureté des sentiments qu\u2019on vit alors, c\u2019est universel.» À défaut de pouvoir retomber amoureux pour la première fois, on se réjouit à la perspective de revoir son film.François Lévesque Le fil caché (V.F.de Phantom Thread) ?1/2 Habitué de changer de compagne au gré de ses collections, Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis, d\u2019une belle et trop rare intériorité), un couturier célèbre, voit la rigidité de son existence perturbée par une nouvelle muse opiniâtre: Alma (Vicky Krieps, une révélation), aussi narratrice.S\u2019engage une passionnante joute psychologique à laquelle participe la sœur de l\u2019artiste.Porté par une mise en scène élégante et précise, ce huitième film de Paul Thomas Anderson (Magnolia) se prête à maintes interprétations, du drame sentimental à l\u2019étude de mœurs en passant par le thriller psychologique.François Lévesque Film Stars Don\u2019t Die in Liverpool ?1/2 Jadis lauréate d\u2019un Oscar, Gloria Grahame, 57 ans, en est réduite à courir le cachet sur les planches.Lorsqu\u2019elle s\u2019effondre, on contacte Peter Turner, comédien de 28 ans avec qui elle vécut quelques années auparavant une folle passion.Entre l\u2019hier romantique et l\u2019au- jourd\u2019hui douloureux, cette adaptation des mémoires de Peter Turner ménage des moments d\u2019humour salvateurs en plus de réserver d\u2019excellents numéros d\u2019acteurs.Loin du cliché usuel de la vedette déchue, Annette Be- ning compose une femme pétrie de contradictions, émouvante et forte; complexe, en somme.Plutôt que d\u2019essayer de cacher ses moyens limités, le film met en exergue les artifices du cinéma: apparences trompeuses pour gloire éphémère.En filigrane, on commente le traitement cruel réservé aux actrices de tempérament quand elles avancent en âge.Sachant cela, on ne peut que se réjouir de retrouver Annette Bening, 59 ans, dans ce film aussi sympathique à ses rides qu\u2019à son talent.François Lévesque 24 Davids ?Pas à proprement parler une cinéaste «onéfienne» \u2014 un concept à jamais disparu \u2014, Céline Baril a tout de même pu bénéficier du programme de résidence de l\u2019Office national du film pour signer ce magnifique travelogue, escapade sur trois continents et au grand pays des rêves, des idées et des théories.À partir d\u2019un prétexte que certains jugeront saugrenu \u2014 aller à la rencontre de gens prénommés David \u2014, la cinéaste déploie une brillante constellation de réflexions sur les mécanismes de l\u2019univers et ceux qui règlent, ou ravagent, notre humanité.Les informations factuelles sont réduites au minimum, mais sa démarche singulière occupe une place légitime, rendant séduisante cette succession d\u2019entretiens avec des esprits brillants, indignés, singuliers, le tout enrobé d\u2019images splendides et d\u2019un habillage musical au pouvoir hypnotique.André Lavoie Manic ?Son père fut longtemps pour elle un mystère, mais il a suffi d\u2019une banale découverte sur le passé de cet homme pour qu\u2019elle amorce sa propre quête de vérité.Ses recherches lui apparaissaient fondamentales pour comprendre la fragilité psychologique de son frère et de sa sœur, mais la cinéaste ignorait que cette aventure la conduirait aussi loin qu\u2019à Hawaï et en Thaïlande.Or ce n\u2019était rien en comparaison de toutes les frasques de ce gourou aux identités multiples, aux femmes nombreuses, lui qui compte au moins 15 enfants, dont plusieurs ignorent l\u2019existence des autres.À partir de films de famille tournés dans les Antilles et de témoignages poignants de sa fratrie montréalaise, Kalina Bertin se livre à une véritable radiographie psychologique doublée d\u2019une fascinante enquête aux ramifications criminelles.André Lavoie Alias Maria ?1/2 Le prénom Maria possède une immense charge symbolique, surtout dans les pays marqués par le catholicisme.La très jeune héroïne du second long métrage du cinéaste co- lombien Jose Luis Rugeles est enceinte, et devra entreprendre une fuite dans la jungle avec l\u2019enfant d\u2019une camarade et d\u2019un haut dirigeant d\u2019un commando semblable aux Forces armées révolutionnaires de Colombie \u2014 ici jamais clairement identifié.Cette mission, d\u2019une cruelle ironie pour une organisation qui impose aux femmes l\u2019avortement, comportera son lot de périls, faisant grandir davantage cette enfant soldate âgée de 13 ans, au visage souvent impassible.On perçoit tout de même son désarroi grâce à la ferveur de son interprète, Karen Torres, accompagnée par un cinéaste soucieux d\u2019authenticité, à l\u2019indignation jamais tapageuse.André Lavoie Les scènes fortuites ?1/2 Dans Les scènes fortuites, un premier film qu\u2019il a aussi écrit et réalisé, Guillaume Lambert interprète un aspirant cinéaste incapable de terminer\u2026 un premier film dont il tient la vedette.Entre métanarration et humour gigogne, un auteur à suivre affine sa signature.On retrouve en effet ici le ton et la manière (humour de situation axé sur le malaise et l\u2019embarras livré avec un sérieux désopilant) de la websérie L\u2019âge adulte, scénarisée par Lambert, qui ajoute toutefois à sa palette une touche de mélancolie.Le film tire d\u2019un budget quasi inexistant une esthétique fauchée qui fonctionne tout en se concentrant sur le travail des interprètes.Lesquels s\u2019approprient le texte avec un plaisir manifeste.Et contagieux.François Lévesque Hochelaga, terre des âmes ?1/2 Dans cette fresque ambitieuse, un jeune archéologue (Samian) croit avoir découvert l\u2019emplacement du mythique village iroquoien d\u2019Hochelaga après un affaissement de terrain au stade Percival-Molson, sis au pied du mont Royal.À chaque artefact exhumé, une mémoire revisitée.Comme dans Le violon rouge, François Girard prend un point d\u2019ancrage narratif, ici un lieu plutôt qu\u2019un instrument, autour duquel il déploie plusieurs histoires.Cela, pour mieux n\u2019en raconter qu\u2019une.Film de la quête identitaire, thème fédérateur du cinéma québécois s\u2019il en est, c\u2019est aussi un film de la réconciliation, chaque La forme de l\u2019eau (V.F.de The Shape of Water) ?1/2 Magicien de l\u2019image, Guillermo Del Toro réaffirme sa prédilection pour les contes avec cette ode à la diversité.Sur fond de guerre froide dans un Baltimore évoquant Amélie Pou- lin, cette variation de La belle et la bête place au cœur de son action un couple de marginaux : une jeune femme muette et une créature mi- homme mi-poisson.Elle fait le ménage dans un laboratoire militaire, il y a abouti pour y être disséqué.Se met alors en branle un plan d\u2019évasion auquel seront mêlés une collègue noire, un voisin gai et un espion russe, étranger qui n\u2019est pour une fois pas le méchant.Ce rôle incombe plutôt à un colonel dogmatique.Il est l\u2019incarnation de la peur de l\u2019autre, véritable sujet du film.Certes, on tique devant certaines invraisemblances et l\u2019issue n\u2019est jamais remise en doute (contrairement à celle du Labyrinthe de Pan).Mais n\u2019est-ce pas là le lot des contes?François Lévesque Film Stars Don't Die in Liverpool, de Paul McGuigan MÉTROPOLE FILMS | 2 1 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Certains de mes amis ?Dans son dernier film, Catherine Martin apparaît tout aussi fidèle à ses amis qu\u2019à sa démarche exigeante, ascétique, peu importe qu\u2019elle aborde la fiction ou le documentaire.À ces gens qui illuminent son existence, elle pose sur eux un regard bienveillant, totalement dépourvu d\u2019artifices, et même de références biographiques, ce qui nous aurait permis de mieux saisir la portée de leurs liens, une absence volontaire parfois frustrante.À tour de rôle, François, Marie, Hugo et les autres se présentent avec humilité devant sa caméra, observés dans leur quotidien pétri de quête artistique, de recherche scientifique ou de reconquête de soi- même après de graves problèmes de santé.Cette émouvante succession de tableaux, et la caméra fixe est là pour nous le rappeler, laisse voir et entendre des êtres d\u2019une grande intériorité, sans doute heureux de ne pas tout révéler\u2026 André Lavoie La confession ?Longtemps après le roman de Béatrix Beck publié en 1952 et l\u2019adaptation signée Jean-Pierre Melville avec Jean- Paul Belmondo et Emmanuelle Riva en 1961, Nicolas Boukhrief (Le convoyeur, Made in France) revisite cette (très) pudique histoire d\u2019amour entre un prêtre et une communiste athée.Quelques mois avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans un petit village français, Barny (Marine Vacth), une belle postière, confronte le nouveau curé de la paroisse (Romain Duris) : leurs joutes verbales camouflent d\u2019autres sentiments, mais dans le tumulte et la morale de l\u2019époque, l\u2019heure est à l\u2019extrême discrétion, même entre eux.Une méditation sur la foi et l\u2019amour qui ne manque pas de pertinence, mais une approche si dépouillée qu\u2019elle en devient austère, cachant le feu du désir sous ces cendres théologiques.André Lavoie Lola Pater ?Fanny Ardant en transsexuelle?Il n\u2019y a que ceux qui ne l\u2019ont pas vue dans Pédale douce, Huit femmes, ou plus récemment Les beaux jours pour croire l\u2019actrice emprisonnée dans son image de star.Le cinéaste Nadir Moknèche (Délice Paloma, Goodbye Morocco) l\u2019a quelque peu transformée pour défendre cet homme devenu femme, et qui se considère toujours le père d\u2019un fils qu\u2019il aurait abandonné.À la mort de sa mère, Zino (Tewfik Jallab) recherche Farid, mais c\u2019est Lola qu\u2019il trouvera, découverte bouleversante.Le cinéaste ajoute à cette quête des éléments délicats, dont le passé sanglant de l\u2019Algérie et les impératifs de la religion musulmane, mais tout est vite balayé sous les étoffes et le mascara, concentrant son attention sur la dimension intime de ces retrouvailles incongrues.André Lavoie Prendre le large ?Après la délocalisation de l\u2019usine textile où elle travaille depuis toujours, Édith, 45 ans, part à Tanger où l\u2019attend un poste moins cher payé.Dans sa peinture du milieu ouvrier, le film s\u2019avère un brin manichéen, mais le scénario coécrit par le réalisateur Gaël Morel (Après lui) et l\u2019écrivain marocain Rachid O.s\u2019attarde en réalité assez peu à cet aspect, préférant observer Édith alors qu\u2019elle tisse des liens d\u2019amitié avec la propriétaire de l\u2019hôtel où elle loge ainsi qu\u2019avec le fils de celle-ci.Cette complicité avec le jeune homme est un baume puisqu\u2019Édith a quitté son propre fils sur un froid dont elle ne comprend pas la nature.Sur ce point, le film ne convainc guère, la relation mère-fils apparaissant plus écrite qu\u2019incarnée.D\u2019ailleurs, le conflit est résolu de manière trop facile lors d\u2019un troisième acte \u2014 le plus faible \u2014 truffé de développements précipités.Mais il y a Sandrine Bonnaire, inspirée.Il y a ce sourire-là.François Lévesque Le 15 h 17 pour Paris (V.F.de The 15 : 17 to Paris) ?Le 21 août 2015, Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, trois amis d\u2019enfance californiens, maîtrisent un terroriste (Ray Cora- sani) à bord d\u2019un train les menant d\u2019Amsterdam à Paris.En plus d\u2019avoir eu la fausse bonne idée de confier les rôles principaux aux véritables héros, le vénérable Clint Eastwood s\u2019attarde à raconter l\u2019enfance et le périple européen du trio, lesquels se révèlent d\u2019aucun intérêt.Parmi les rares qualités de ce ratage en règle, la courte durée du film et la reconstitution efficace de l\u2019attaque terroriste avortée.Manon Dumais L\u2019insulte (V.F.de Hakaret) ?1/2 À Beyrouth, une dispute entre un Libanais chrétien (Adel Karam) et un réfugié palestinien (Kamel El Basha, prix du meilleur acteur à la Mostra) divise bientôt le pays lorsque le premier intente un procès au second.Drame judiciaire prenant raconté à hauteur d\u2019homme, L\u2019insulte, de Ziad Doueiri (West Beyrouth), livre un portrait dénué de parti pris d\u2019un pays marqué à jamais par la guerre et les conflits sans issue où le dialogue est malgré tout possible.Artificiel mais captivant.Manon Dumais sous-récit présentant une situation de métissage, de collaboration, d\u2019ouverture, etc.Le niveau de jeu n\u2019est certes pas toujours égal et certains développements apparaissent faciles, mais nombre d\u2019idées séduisent.À terme, beauté et pertinence prévalent.François Lévesque Happy End ?Le cinéphile rompu à l\u2019univers clinique de Michael Haneke tiendra pour acquis que le titre Happy End est ironique.En effet, l\u2019auteur de Caché n\u2019est pas friand des dénouements heureux.C\u2019est pourtant ce qu\u2019il offre ici, en cela que les deux personnages principaux, une enfant homicide et son arrière-grand-père en mal d\u2019en finir, obtiennent ce qu\u2019ils désirent à la fin.L\u2019argument: l\u2019implosion d\u2019une riche famille industrielle dont les membres affichent divers niveaux de sociopathologie.Le lieu: un Calais où la crise migratoire est d\u2019autant plus criante qu\u2019elle n\u2019est jamais nommée.Haneke recourt à toutes ses techniques de prédilection, mais son scénario s\u2019avère plus explicite que de coutume; on sent la démonstration.Qui plus est, en tentant de faire naître de l\u2019empathie envers ceux qui n\u2019en éprouvent pas, Haneke ne parvient qu\u2019à susciter l\u2019indifférence.Là réside la véritable ironie de Happy End.François Lévesque Le Post (V.F.de The Post) ?En 1971, des documents ultrasecrets prouvant que les tenants successifs du pouvoir américain savaient que la guerre du Vietnam était perdue d\u2019avance sont transmis à certains journaux.En pleine crise, le Washington Post bataille pour publier l\u2019histoire après que le gouvernement a bâillonné le New York Times.Propriétaire du journal, Kay Graham essaie pendant ce temps d\u2019imposer son ascendant sur des employés majoritairement mâles et paternalistes.Ici, le passé commente le présent et la guerre que mène le président Trump contre les médias.Conclusion?Un contre-pouvoir journalistique est nécessaire face au pouvoir politique.Le film marque la rencontre au sommet entre Meryl Streep, Tom Hanks et Steven Spielberg.On s\u2019attendait à être transporté par une telle convergence de talents.On ne l\u2019est pas.Tout le monde est irréprochable, mais personne ne se surpasse.La machine ronronne sans jamais vrombir dans un film plus construit que senti.François Lévesque Lola Pater, de Nadir Moknèche AXIA FILMS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 2 2 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR N\u2019importe quelle comédienne vous le dira, il est plus facile de vieillir pour les hommes que pour les femmes au cinéma.Pour ces dernières, la quantité et la qualité des rôles tendent à s\u2019amenuiser avec l\u2019âge, hélas.Avec si peu de femmes admises derrière la caméra, faut-il s\u2019en étonner?Bref, des talents sont en conséquence sous-exploités, oubliés.Un constat cruel qui s\u2019applique entre autres à Gloria Grahame, dont, hormis les cinéphiles férus de films noirs, peu de gens se souviennent.Film Stars Don\u2019t Die in Liverpool revient sur l\u2019histoire d\u2019amour qu\u2019elle vécut au crépuscule de sa vie avec un aspirant acteur.Annette Bening incarne la vedette fanée avec un panache, oui, de star.L\u2019action démarre en 1981 dans un petit théâtre londonien.Réduite à vivoter entre deux apparitions à la télé américaine, Gloria Grahame, lauréate jadis d\u2019un Oscar, fait contre mauvaise fortune bon cœur en réalisant son vieux rêve de fouler les planches anglaises.Il ne s\u2019agit pas de productions prestigieuses, mais cela reste du théâtre.Lorsque l\u2019actrice de 57 ans s\u2019effondre, on contacte un cer tain Peter Turner, comédien de 28 ans avec qui Gloria a vécu une folle passion quelques années auparavant et à laquelle elle a mis fin abruptement.C\u2019est que la reine (du noir) se meurt.Et c\u2019est chez Peter, ou plutôt chez ses parents, qu\u2019elle a décidé de terminer ses jours.Femme complexe Entre l \u2019hier romantique et l \u2019au- jourd\u2019hui douloureux, cette adaptation des mémoires de Peter Turner ménage des moments d\u2019humour salvateurs.Loin d\u2019of frir une variation de Norma Desmond dans Sunset Boulevard, brillant modèle souvent caricaturé, Annette Bening compose une femme émouvante et forte, pétrie de contradictions ; complexe, en somme.Ainsi Gloria est-elle forcée à sortir du déni, d\u2019abord quant à la maladie qui la ronge, ensuite, quant à cet amour qui la fait toujours vibrer.Au passé, Gloria flirte avec Peter qui, d\u2019abord surpris, s\u2019éprend vite d\u2019elle.Au présent, leurs silences expriment un attachement plus profond encore.En deux temps, on assiste à un superbe travail d\u2019interprétation d\u2019Annette Bening autant que de Jamie Bell.Les parents ne sont pas en reste, avec un Kenneth Cranham touchant en paternel qui comprend plus qu\u2019il n\u2019y paraît et une Julie Walters mer veilleuse en mère qui accueille et couve et aime inconditionnellement, quitte à s\u2019oublier.Actrice de tempérament Habitué des thrillers d\u2019action et occupé ces années-ci par la série Sherlock, le réalisateur Paul McGuigan convoque une tendresse qui étonne de sa par t, mais qui sied par faite- ment au film.Un film produit avec un petit budget considérant la reconstitution d\u2019époque requise et le contexte, sans parler des déplacements narratifs entre Londres, Liverpool, New York et Malibu.De manière ingénieuse, McGuigan, plutôt que d\u2019essayer vainement de cacher ces moyens limités, en profite pour mettre en exergue les ar tifices du cinéma, exacerbant, ici une impression de «décor», là, d\u2019écran vert.Apparences trompeuses pour gloire éphémère.En sous-texte, Film Stars Don\u2019t Die in Liverpool ne man - que d\u2019ailleurs pas de commenter le traitement réservé aux actrices qui font montre de tempérament et qu\u2019on qualifie volontiers de « dif fi- ciles ».Pour ne pas dire pire.Qui plus est lorsqu\u2019elles ont la mauvaise idée de vieillir.Sachant cela, on ne peut que se réjouir de retrouver Annette Bening, 59 ans, dans ce film aussi sympathique à ses rides qu\u2019à son talent.Film Stars Don\u2019t Die in Liverpool ?1/2 Drame biographique de Paul McGuigan.Avec Annette Bening, Jamie Bell, Julie Walters, Kenneth Cranham, Vanessa Redgrave.Grande-Bretagne, 2017, 105 minutes.Le beau et la vétérane Film Stars Don\u2019t Die in Liverpool conte l\u2019ultime passion amoureuse de Gloria Grahame Annette Bening incarne la vedette fanée avec un panache, oui, de star.MÉTROPOLE FILMS LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Entrevue Lynda Dion face au poids des apparences Kremlin Voyage au cœur de la cosmogonie Poutine L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e No n - f i c t i o n 2 4 | I L L U S T R A T I O N T I F F E T | 2 5 L i r e No n - f i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR coute, je vais te le dire : moi, au quotidien, dans ma tête, je n\u2019arrête pas de me traiter de grosse vache », laisse tomber Lynda Dion, avec l\u2019aplomb de celle qui connaît trop bien son bourreau, dont elle toise le visage chaque matin dans le miroir.Avec son titre-choc en imposants caractères, la couverture de Grosse, quatrième roman de la Sherbroo- koise, laisse d\u2019abord présager un pamphlet contre la grossophobie, mot à la mode désignant ces comportements sociaux plus ou moins conscients ostracisant les personnes en surpoids.Et pourtant, le projet se révèle encore plus vaste, encore plus radical.Pas de compromis.C\u2019est à une décolonisation de notre imaginaire, tyrannisé par un idéal corporel conçu pour nourrir l\u2019insatisfaction chronique, que s\u2019attelle Lynda Dion, debout face aux « contes de fées, aux magazines de mode, à la pornographie, au matérialisme, au patriarcat et à la religion».Journal du rapport à son corps d\u2019une femme sous l\u2019emprise éternelle d\u2019un insatiable appétit de bouffe, de sexe et d\u2019alcool, Grosse raconte à travers huit dessins disséqués par leur auteure une existence au bord du précipice.Entre de grotesques séances de gavage et ces litanies d\u2019insultes avec lesquelles elle s\u2019autoflagelle en pensée, le double fictionnel de L ynda Dion ne cesse de punir ces chairs refusant de se conformer, au point de faire fléchir sa santé et d\u2019empoisonner son foie.« J\u2019avais un couteau de boucherie appuyé sur le ventre quand j\u2019ai compris qu\u2019il fallait que je fasse quelque chose », se rappelle-t- elle dès les premières pages.«On va régler une affaire : écrire ça fait mal.Mais en même temps, si je ne l\u2019avais pas écrit, ce livre, je serais peut-être morte», confie en entrevue l\u2019enseignante de français au secondaire, qui creuse avec une opiniâtre impudeur la veine de l\u2019écriture de l\u2019intime depuis La dévorante (2011).Constamment tendu entre l\u2019appel d\u2019air que permet la littérature et la souffrance que provoque l\u2019auscultation de souvenirs pénibles, Grosse pose ainsi crûment la question du sacrifice de soi auquel se soumet l\u2019écri- vaine sculptant son œuvre à même la glaise salissante de son existence.«C\u2019est un livre violent parce que le regard que je porte sur moi dans la réalité est violent, parce que c\u2019est ça, la vérité», explique celle pour qui «les mots écrits ont le pouvoir d\u2019empêcher la dissolution lente de la vie».«En fait, si ça se trouve, je me suis retenue, poursuit-elle.Mais la détestation de soi devait être palpable, parce que je pense qu\u2019il y a des femmes qui vont être soulagées et qui vont se dire : \u201cJe ne suis pas toute seule.\u201d L\u2019écriture, c\u2019est un acte libérateur pour moi, oui, mais je le fais aussi parce que j\u2019ai le sentiment que ça va être libérateur pour les autres.» De la douleur d\u2019enfin exister Grosse n\u2019est donc surtout pas un de ces témoignages signés par une femme grassouillette enjoignant à ses semblables d\u2019assumer leur poids et d\u2019aimer leurs bourrelets.Un programme pas forcément condamnable, mais trop peu ambitieux, en comparaison avec celui de Lynda Dion, qui s\u2019attaque ici à la logique marchande réduisant les corps à des produits plus ou moins bien cotés à la Bourse de la beauté.Ce livre en forme de longue confession secoue d\u2019ailleurs d\u2019autant plus que son auteure \u2014 professeure adorée, écrivaine célébrée \u2014 est l\u2019image même de la femme flamboyante et cultivée, que l\u2019on pouvait supposer bien outillée pour repousser pareil discours délétère, avant qu\u2019il ne s\u2019installe à demeure dans son esprit.«C\u2019est en plein de ça que je parle ! Oui, c\u2019est une absurdité que je ne sois pas capable de me libérer de ce fardeau, de tout assumer.Je ne l\u2019ai pas appris hier, que la beauté est une construction sociale, mais je cède toujours quand même sous le poids [elle étouffe un rire] du regard des autres.C\u2019est pas croyable comment tu te mets à exister différemment quand tu perds 10 livres.Et ça finit par jouer dans la tête de n\u2019importe qui.» Être autre chose qu\u2019un corps Dans un des chapitres les plus troublants de Grosse, Lynda Dion-narra- trice se remémore comment les régimes auxquels elle s\u2019astreignait étudiante la rendaient soudainement désirable aux yeux des garçons.Bref plaisir rapidement gâché : comment réellement goûter aux relatifs avantages de sa minceur au moment où l\u2019on mesure plus que jamais à quel point nos kilos en trop tenaient récemment du costume d\u2019invisibilité?«Évidemment que la question de la grosseur, de l\u2019aspect physique, c\u2019est la pointe d\u2019un iceberg, souligne la romancière.L\u2019été dernier, je lisais La domination masculine de Bourdieu et ça m\u2019est apparu tellement clair que c\u2019était ça, le problème : l\u2019incapacité pour les femmes de vivre comme sujet plutôt que comme objet.On pourrait penser qu\u2019il y a une forme de défaite dans le surpoids, mais pour moi, ça a aussi été une résistance, une façon d\u2019accumuler les couches pour être autre chose qu\u2019un objet pour les hommes.Évidemment, ça se transforme en couteau à double tranchant, surtout quand la santé vacille.Mais au fond, ce que je pose comme question, c\u2019est aussi ce que disent les femmes présentement dans la foulée de #MoiAussi : \u201cCoudonc, est-ce que je peux être autre chose qu\u2019un corps?\u201d» Dans l\u2019enfer d\u2019un corps de Grosse Avec une rare violence, Lynda Dion appelle à décoloniser un imaginaire tyrannisé par un seul idéal corporel Extrait de Grosse « La grosse blesse le regard elle doit éviter d\u2019être vue se faire discrète / quand on a des bourrelets on ne fait pas exprès pour les montrer ma mère m\u2019a bien élevée je ne porte jamais de vêtements trop serrés je choisis des gilets ou des blouses amples des pantalons à taille élastique je m\u2019assure toujours quand je suis assise que le tissu n\u2019est pas pris dans un de mes plis sans quoi je tire dessus pour avoir l\u2019air de flotter / le plus simple ce serait de ne pas avoir de corps d\u2019être un pur esprit un cerveau une tête pleine.» «É Grosse Lynda Dion, Hamac, Québec, 2018, 218 pages.En librairie le 13 février.MOURIR D\u2019OUBLI André Hamel Roman « L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e 2 6 | CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Une sorte d\u2019étrange exercice de réécriture du Poil de carotte de Jules Renard, qui racontait en 1894 les malheurs d\u2019un enfant roux, subissant toutes sortes d\u2019humiliations et rejeté par sa mère.C\u2019est en gros la piste qu\u2019emprunte le second roman d\u2019Éric Mathieu, après Les suicidés d\u2019Eau- Claire (La Mèche, 2016), une histoire familiale sombre et toxique.Dans Le Goupil, c\u2019est Émile Clau- del, un homme aux cheveux roux né en 1945 dans un village de la Lorraine, dans le nord-est de la France, qui nous raconte sa première jeunesse.Sortez vos mouchoirs : «Toute mon enfance ne fut qu\u2019un chapelet de terreurs, d\u2019errances et de désappointements.Et pourtant, je voulais être heureux.» Dans la grisaille de l\u2019après-guerre, le narrateur, vite surnommé le Goupil par son entourage \u2014 comme on appelait le renard au Moyen Âge \u2014, entreprend de nous livrer la chronique des humiliations vécues jusqu\u2019à ses 18 ans \u2014 alors que l\u2019âge de la majorité civile était de 21 ans avant 1974 en France.Fils d\u2019un boulanger taiseux et d\u2019une femme au foyer acariâtre (« ces petites gens sans importance que, déjà, je détestais »), la rumeur laissait entendre que son père était peut-être un soldat américain soigné par sa mère.« J\u2019avais le teint bistre, le visage tout en longueur, avec de grandes oreilles décollées et un long nez aquilin.Je ressemblais à une belette ou à un renard.» Enfant malheureux et désœuvré, à travers de timides explorations sexuelles, des mauvais coups et quelques épisodes de cruauté envers les animaux, Émile cherchera à savoir qui est réellement son père biologique, avant d\u2019être abandonné en pension par sa mère.«L\u2019homme qu\u2019on appelait mon père ne vint pas me voir une seule fois.Je le haïssais.» L\u2019enfant en viendra à faire une longue fugue au cours de laquelle il goûtera à la vie sauvage, avant de se joindre à la petite troupe d\u2019un magicien ambulant et d\u2019être repris par les autorités.Dans une prose surannée qui ne parvient jamais vraiment à s\u2019incarner, traversée de personnages à la densité faible, Éric Mathieu nous livre une suite de saynètes sans grande logique narrative, parfois entrecoupées de petites phrases cryptiques («Les morts n\u2019aiment plus les vivants.Ils me le disent.Ils me rendent visite la nuit.»).Badigeonné d\u2019un peu de fantastique, ce roman beaucoup trop long avance à petits pas sous le poids de descriptions maniérées et verbeuses \u2014 souvent inutiles pour le récit.On ignorera jusqu\u2019à la fin, ainsi, pourquoi le narrateur du Goupil tient à nous raconter cette histoire lointaine et somme toute banale.Un roman sans force et sans mordant, impuissant à susciter le malaise, corseté dans une gangue d\u2019ennui et de fausse préciosité.La puissance littéraire tient à autre chose qu\u2019à la maîtrise du subjonctif plus-que-parfait.Pourquoi, en 2018, au Québec, produire du sous-Mauriac sans la moindre profondeur ?C\u2019est l\u2019unique mystère qui habite ce roman.Pleurs et malheurs d\u2019un rouquin Le Goupil d\u2019Éric Mathieu est corseté dans une gangue d\u2019ennui et de fausse préciosité Deux ans après Les suicidés d\u2019Eau-Claire, l\u2019auteur plonge dans une histoire familiale sombre.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le Goupil ?Éric Mathieu, La Mèche, Montréal, 2018, 424 pages CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Scène for te en soi, mais scène encore plus troublante à la lumière du mouvement #MoiAussi, que celle de cette classe de maître durant laquelle le sévère Monsieur Abrahmovitch montre à des compatriotes comment empêcher une ballerine de tricher lorsqu\u2019elle ef fectue un rond de jambe en l\u2019air, en la contraignant physiquement.Le jeune cobaye sera ensuite manipulé par chacun des membres de l\u2019assistance.« L\u2019homme du bout de la rangée était fébrile, bien décidé sans doute à montrer à ses collègues qu\u2019il avait compris la technique, il serrait ta cage thoracique et ta jambe droite comme s\u2019il s\u2019était agi d\u2019un réfrigérateur à hisser en haut d\u2019un escalier en colimaçon », écrit Sarah Desrosiers dans Bon chien, premier roman de celle qui revendique elle-même des études en danse classique.« Il a entrepris de te faire exécuter à nouveau la transition, en levant ta jambe encore un peu plus haut, tant qu\u2019à y être autant tester les limites, et tu sentais son souf fle saccadé dans ta nuque pendant que ta hanche grinçait vers l\u2019arabesque.» Impossible dès lors de ne pas lire comme une allégorie ce roman en forme d\u2019incursion entre les murs anxiogènes d\u2019une école de ballet rempli de professeurs intransigeants.Bien qu\u2019il relate en sur face les écueils de la vie d\u2019une ballerine peu douée, sa critique de cette société où le corps des femmes appar tient à tout le monde, sauf à elles, ne pourrait être plus limpide.La honte, clé de la soumission En employant la deuxième personne du singulier, avec laquelle sa narratrice s\u2019adresse à la bonne élève qu\u2019el - La danse de l\u2019obéissance Dans Bon chien, un premier roman, une ancienne ballerine raconte la depossession de son corps Derrière la métaphore canine, Sarah Desrosiers évoque surtout avec justesse les mécanismes de résilience de l\u2019être en état de survie.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Bon chien ?Sarah Desrosiers, Hamac, Québec, 2018, 200 pages | 2 7 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 MATERNITÉ, LA FACE CACHÉE DU SEXISME Marilyse Hamelin Essai « JEUNESSE Pistolero ?1/2 Camille Bouchard, Boréal, Montréal, 2018, 136 pages.Décembre 1910.Benjamin Lavoie, dix ans, quitte la vie paisible de Sainte-Amandine et se retrouve en pleine révolution mexicaine avec son père, un homme libre, qui lui propose cette aventureuse destinée.Rapidement, ils font la rencontre de Pancho Villa \u2014 figure emblématique des révolutionnaires \u2014 et se lancent à l\u2019assaut de la Ciudad Juárez, place forte que ces pistoleros ont bien l\u2019intention de reprendre.Réalité historique et fiction se superposent dans ce tout nouvel opus signé par l\u2019infatigable et toujours rigoureux Camille Bouchard.Dans un style prenant, un rythme effréné, une écriture for te, teintée de quel ques expressions en espagnol, Bouchard nous plonge facilement en pleine guérilla, du côté des rebelles, là où tout est permis pour vaincre l\u2019oppresseur.Stratégies d\u2019attaques, voitures piégées, ruses sont au rendez-vous pour faire monter la tension et conduire l\u2019intrigue vers le triomphe des résistants : « Aux cris de victoire répondaient les hurlements de douleur et les gémissements.» Un passé brûlant Si la trame de fond historique servant le récit dépeint avec aplomb un passé brûlant, le narrateur fictif de Bouchard, en l\u2019occurrence Benjamin, a toutefois tendance à pécher par excès de bienséance.En fait, le père, en rôle d\u2019homme voyou et insouciant assumé, motivé par le désir « d\u2019of frir l\u2019existence la plus passionnante qui soit » à son fils, quitte à ce qu\u2019il « meurt prématurément », reflète l\u2019esprit frondeur de l\u2019auteur du Coup de la girafe.Aux côtés de cette personnalité insoumise, Benjamin, se pose en défenseur des gestes et attitudes de son père, mais s\u2019inquiète aussi de ce que « bien des parents » pourraient en penser.Or, ce double jeu \u2014 visant sans doute à ne pas s\u2019attirer les foudres des esprits coincés \u2014 détonne au cœur cet te intr igue for te , pre - mière d\u2019une série intitulée « Le siècle des malheurs » et dont on souhaite, pour la suite des choses, qu\u2019elle soit délestée de cette soudaine intention morale.Marie Fradette Une révolution mexicaine FICTION QUÉBÉCOISE Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos ?1/2 Jean-Yves Soucy, XYZ, Montréal, 2018, 246 pages Une histoire d\u2019amour entre un homme et une rivière.Voilà comment il faudrait résumer Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos, le récit condensé de quelques étés passés depuis 2010 avec sa compagne dans un camping de Baie-Tri- nité, sur la Haute-Côte-Nord, entre Baie-Comeau et Port-Cartier.Romancier et nouvelliste, directeur littéraire, éditeur nouvellement retraité, l\u2019auteur du formidable Un dieu chasseur (PUM, 1976) nous raconte ici « le plus bel été » de sa vie.Grand amateur de pêche à la truite, Jean-Yves Soucy (1945-2017) essayait alors, dans la rivière Trinité, de pêcher le saumon pour la première fois de sa vie.Une sorte de prière Entre l\u2019aventure et la méditation, sous son regard la pêche à la mou - che devient ainsi une sorte de prière qui se fait debout, les pieds dans l\u2019eau : « L\u2019esprit qui vagabonde, libre, accueillant des pensées imprévues qui s\u2019évanouissent aussitôt sans laisser de trace.Quand on range la can - ne, on a l\u2019impression de n\u2019avoir pen - sé à rien, que le temps lui-même s\u2019était évanoui.» Le livre, qu\u2019il pensait d\u2019abord appeler L\u2019été du saumon, est traversé de silences, de méditations et d\u2019anecdotes.Avec générosité, cet homme à l\u2019esprit curieux en profite aussi pour rembourser quelques dettes \u2014 envers les Cris, des amis, des écrivains, ou envers la science \u2014 avec « l\u2019impression de participer au rythme de la nature ».Un livre qui prend une tonalité crépusculaire quand on sait que l\u2019auteur est décédé peu de temps après en avoir terminé l\u2019écriture.La mort ?Un autre rouage de la vie.« Car je veux la voir en face, savoir que je quitte le monde, soulagé à l\u2019idée que si mes atomes dureront aussi longtemps que l\u2019univers, ma conscience, elle, sombrera dans le néant.» Gourmand et généreux, gorgé de vie, d\u2019oxygène et de sagesse comme une rivière du Nord.Christian Desmeules Un homme et sa rivière le incarnait en toutes circonstances pendant ses études, Sarah Desrosiers évoque avec justesse les mécanismes de résilience de l\u2019être en état de survie, qui place une distance entre le présent et une expérience traumatique afin de ne pas être submergé.À cause de son « corps dif ficile, d\u2019un retard important, de problèmes rédhibitoires », ce personnage d\u2019apprentie danseuse n\u2019aura jamais été aux yeux de ses profs que l\u2019élève sans-talent, ne palliant que très partiellement ses failles multiples grâce à une vaillance excessive.Les brefs chapitres se déroulant au présent, dans une cabane éloignée de la ville, ne semblent pour leur part surgir qu\u2019afin de permettre à l\u2019auteure de déployer la métaphore canine que porte son titre.« Savoir installer la honte dans la tête d\u2019un chien, c\u2019est là la clé d\u2019une soumission sans faille, d\u2019une obéissance parfaite », observe la ballerine déchue, manière de souligner à nouveau que la danse n\u2019est ici qu\u2019un prétexte pour parler d\u2019autre chose.Le talent et l\u2019échec Condamnation salutaire d\u2019une logique encore trop répandue prétendant que l\u2019excellence ne connaît de meilleur carburant que celui du sacrifice physique et psychologique, Bon chien rappelle que des notions comme le talent et l\u2019échec servent encore trop souvent aux puissants pour cimenter leur ascendant.La véritable école, quoi qu\u2019en pensent les chantres du néolibéra- lisme, ne transforme pas ses étudiants en dociles machines suivant la chorégraphie. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T L i r e No n - f i c t i o n 2 8 | ENTREVUE CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT LE DEVOIR À PARIS n pays fort.Un candidat fort.» On l\u2019aura compris, à six semaines à peine des élections qui devraient reporter au pouvoir pour un quatrième mandat de suite le président Vladimir Poutine, on n\u2019en saura pas plus sur les projets de celui qui dirige la Russie d\u2019une main de fer depuis 18 ans.«Poutine, c\u2019est la Russie et la Russie, c\u2019est Poutine, dit le journaliste Mikhail Zygar.C\u2019est à peu près ça le programme de Poutine.Rien de plus et rien de moins.En 18 ans, l\u2019homme en est venu à s\u2019identifier totalement à son pays, et son entourage n\u2019imagine pas un seul instant que la Russie puisse se passer de lui.» Pour l\u2019ancien directeur de l\u2019unique chaîne indépendante de la télévision r usse, Dozhd, dispar ue en 2015, cette campagne, comme toutes les autres d\u2019ailleurs, est une fiction.« Cela ne veut pas dire qu\u2019elle ne sera pas intéressante, dit-il.Mais les candidats qui peuvent se présenter sont choisis par le pouvoir.Personne ne se fait vraiment d\u2019illusions sur l\u2019issue du scrutin.» Dans un livre fondé sur des dizaines d\u2019entrevues et qui sor t ces jours-ci en français (Les hommes du Kremlin.Dans le cercle de Vladimir Poutine, Cherche midi), Zygar décrit un tsar aux mille visages, fait de la multitude de conseillers, d\u2019économistes, de courtisans, d\u2019espions et d\u2019hommes de main qui sont dans son orbite.Car pour Zygar, il n\u2019y a pas un Vladimir Poutine, mais plusieurs, et ils varient selon les époques et la façon dont ils s\u2019entourent.«Cela fonctionne un peu comme la cour d\u2019un roi, dit-il.Dans cette cour, chacun dit ce qu\u2019il a à dire, mais tous se regardent en chiens de faïence et essaient surtout de deviner ce que pense Poutine.Souvent, il ne pense rien.Une partie de son aura consiste d\u2019ailleurs à laisser penser qu\u2019il suit un plan alors qu\u2019il n\u2019en a pas.» Dans cette bureaucratie, les services secrets, le FSB, jouent un rôle central.Comme Nicolai Patrouchev, son directeur actuel, que Zygar décrit comme « la personnalité publique la plus sous-estimée de Russie».Patrou- chev a été au cœur de plusieurs opérations délicates, comme l\u2019annexion de la Crimée.C\u2019est lui qui avait défini les membres du FSB comme les représentants d\u2019une «nouvelle noblesse russe ».«Si le FSB joue un rôle central, il est loin d\u2019être seul et, surtout, il ne contrôle pas tout, dit Zygar.C\u2019est beaucoup plus compliqué que ça.» Un libéral devenu antiaméricain Patrouchev serait cependant un des rares à être autorisés à évoquer publiquement la «conspiration mondiale» contre la Russie dont Poutine s\u2019est progressivement convaincu avec le temps, écrit Zygar.Pourtant, le premier Pou- tine était proche des libéraux, dit-il.Il était l\u2019ami de Tony Blair.Il a même envisagé d\u2019intégrer l\u2019OTAN.Mais de désillusion en désillusion, son électorat a changé.Il s\u2019est déplacé des classes moyennes supérieures vers les couches les plus défavorisées, dit Zygar.«Un peu comme les électeurs de Trump ont la nostalgie de la grandeur de l\u2019Amérique, les partisans de Poutine ont une certaine nostalgie de celle de la Russie ou de l\u2019URSS.Pour eux, affronter l\u2019Amérique, c\u2019est un peu comme un match de hockey.» Cet antiaméricanisme s\u2019est cons - truit progressivement, dit Zygar.Mais il s\u2019est vraiment consolidé avec les printemps arabes.«Pour Poutine, ce qui est arrivé en Tunisie, en Égypte et en Libye a vraiment été un choc.Ça ne pouvait être qu\u2019un coup des Américains.Lors des manifestations de 2011 et 2012 en Russie, il s\u2019est convaincu que Washington n\u2019attendait rien d\u2019autre qu\u2019un printemps russe.» Cet antiaméricanisme fait au- jourd\u2019hui office d\u2019idéologie officielle.L\u2019homme s\u2019est d\u2019ailleurs toujours construit en identifiant un ennemi extérieur, à commencer par la Tchét- chénie.Sa soudaine popularité date d\u2019ailleurs de la seconde guerre de Tchétchénie, au moment de son accession à la présidence.Faut-il pour autant penser que, lors des dernières élections américaines, les services secrets russes ont joué le rôle tout-puissant qu\u2019on leur prête dans la presse ?« Je ne crois pas que Portrait de Poutine en poupée russe Mikhail Zygar décrit un homme à la veille de son quatrième mandat sans idéologie ni véritable projet pour la Russie Poutine est devenu un tsar aux mille visages, fait de la multitude de conseillers, d\u2019économistes, de courtisans, d\u2019espions et d\u2019hommes de main dans son orbite.KIRILL KUDRYAVTSEV AGENCE FRANCE-PRESSE «U | 2 9 T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Par le cœur J\u2019ai pigé au hasard dans les articles.Je n\u2019ai pas tout lu : l\u2019impression d\u2019avoir fait un grand tour pour revenir à quelques pas d\u2019où nous étions, il y a (déjà) un an, choqués, meurtris, la conscience poquée, le discours bancal, m\u2019a prise très vite.Quel gâchis.Quel horrible, inconcevable et pourtant advenu, quel assourdissant gâchis.Les crimes haineux dans la province ont augmenté partout, lit- on, depuis.Comme si quelque part des boues toxiques avaient fait déborder une écluse.J\u2019ai refermé les journaux, j\u2019ai fui les réseaux sociaux, et avec eux les guerres de mots sans fond, les amalgames, les généralisations.Ce limon.Cette vase.Devant tout ce fatras, une seule envie : me sauver loin dans le bois.On a les forêts qu\u2019on peut : j\u2019ai ouvert un livre.C\u2019est son titre qui a cligné de l\u2019œil vers moi, alors que je cherchais des mots amis, dans la librairie adorée de la rue Saint-Jean.Moi, figuier sous la neige (Mémoire d\u2019encrier, 2018).Oui, oh oui.Je veux te lire, bel arbre qui écrit.Je veux tes mots à toi, tes mots d\u2019«érable et de sable», je veux les poser sur le vacarme glacial de février et me faire une cabane de plage avec eux.«Je cherche l\u2019équilibre / le quart de ton / sa place / si petite soit-elle / entre les notes / une fissure à la Cohen / pour faire passer la lumière.» Cherche, oui.Cherchons.Emmène-moi dans les éclats de tes vacances d\u2019enfant.Elkahna Talbi, l\u2019auteure de la petite plaquette, est sur tout connue comme slammeuse et artiste de littérature orale, sous le nom de Queen Ka.Elle signe un premier recueil de poésie qui m\u2019est tombé dessus à point \u2014 comme un fruit mûr, gorgé de vie.Le mieux, ailleurs Le prologue, court, poignant, donne le ton : « Il y a toujours chez l\u2019enfant qui n\u2019a pas le même pays de naissance que ses parents, l\u2019instant où l\u2019autre patrie dévoile sa fragilité et ses imperfections.C\u2019est une sorte de désenchantement.Où l\u2019on comprend que là-bas n\u2019est pas mieux qu\u2019ici.Il n\u2019existe pas de pays refuge et nous serons toujours un peu l\u2019autre où que l\u2019on aille.» Elkahna est née à Montréal, de parents tunisiens.Elle raconte comment les mondes se sont construits en elle au fur et à mesure de l\u2019enfance partagée entre les baklavas au sirop d\u2019érable ici et les ventilateurs des longs congés d\u2019été en Tunisie.Le henné qui s\u2019efface trop rapidement des mains à la rentrée, le club vidéo le 24 décembre, les matchs de ringuette le ventre vide en plein ramadan.Le livre est chatoyant, il passe à la fois vite et lentement, à l\u2019image de l\u2019adolescence qui se pointe, et puis Talbi a de l\u2019esprit (« les joies NOT du marché Jean-Talon / avant le panier d\u2019osier / le lait d\u2019amande / les sorbets funky chaï de say what») et pourtant, en lisant, il se loge en nous comme un spleen profond.Je ne sais pas trop d\u2019où il émane \u2014 de ces années 1980 et 1990 à jamais révolues pour l\u2019auteure comme pour moi?Je n\u2019ai pourtant pas la nostalgie très aiguisée.Alors quoi?La beauté?La beauté, oui, sans doute, par moments fulgurante, serre la gorge à plus d\u2019une reprise : «Dans le jardin paternel / un figuier se penche / prêt à hiberner / il ne gèlera pas // l\u2019été / la figue miraculée / se laisse cueillir / l\u2019espace-temps se contorsionne / le désir fait pousser / ici ce qui vient de là-bas / ce figuier / est mon frère.» Un geste de violence Mais peut-être aussi que ce sont les fines blessures, racontées l\u2019air de rien, qui finissent par élancer.« Je me souviens / une brise de curiosité / se posait à mon oreille / maintenant / je perçois dans ta question / la crainte se pointer en iceberg / brouillard devant ta bouche / chargée de peur / de propagande [\u2026] t\u2019es Arabe non?» Ça a fait un an.Un an que cette crainte, distillée comme un poison incolore à travers toutes sortes d\u2019insinuations, d\u2019ignorance, de préjugés ordinaires, a été brutalement précipitée en un geste d\u2019une violence inouïe envers des citoyens paisibles.Que dire maintenant, à part qu\u2019il faut impérativement trouver les moyens de remplacer cette peur par de l\u2019intérêt, de la connaissance, du respect, de l\u2019amitié ?Je voudrais que tout le monde lise le petit livre d\u2019Elkahna.Je voudrais que, parfois, un peu de poésie fasse sa place dans l\u2019espace public.Parce que la poésie nous permet de nous rencontrer autrement et de nous laisser conter ce pays, ses fêlures et ses bleus (que nous partageons plus que jamais) plus doucement, mais aussi plus profondément.« Il m\u2019arrive parfois / d\u2019imaginer Dieu / se poser près de Mimi / pour lui chuchoter à l\u2019oreille / la fin de l\u2019histoire // et elle qui sourit.» Le 29 janvier 2017, à Québec, dans ma ville, il y a eu un attentat contre des gens qui priaient dans une mosquée.Nous ne nous en sommes pas encore remis, personne.Il me semble que, depuis cette déflagration, nous devrions n\u2019avoir de cesse de chercher à nous apprendre les uns les autres, exactement comme des poèmes : par cœur.Par le cœur.Véronique Côté Chronique les geeks russes aient le pouvoir de manipuler une élection américaine.Mais ce mythe fait l\u2019affaire de tout le monde.Des démocrates et de la gauche américaine, qui évitent ainsi de chercher les causes de leur défaite.Mais sur tout de Poutine lui- même, qui passe pour un grand stratège et l\u2019homme le plus puissant de la planète.» Quel successeur ?Pour Zygar, le prochain mandat sera celui de la succession.Dès le 19 mars, dit-il, les proches de Poutine n\u2019auront qu\u2019une idée en tête : trouver un successeur.De l\u2019ancien président Medvedev au maire de Moscou, Ser- gueï Sobianine, en passant par le ministre de la Défense, Sergueï Choï- gou, les rumeurs sur d\u2019éventuels prétendants ne manquent pas.« Je crois que l\u2019on cherchera quelqu\u2019un qui permettra à Poutine de continuer à tirer les ficelles par- derrière.Du moins un cer tain temps.» Après 24 ans au pouvoir, Poutine aura battu alors Lénine et égalé Nicolas II ! Les luttes de clans auraient déjà commencé, comme le laisse penser la condamnation à huit ans de prison de l\u2019ancien ministre des Finances Alexei Oulioukaiev.Selon Zygar, si Poutine a remis son pays dans le jeu diplomatique, la Russie demeure « un colosse aux pieds d\u2019argile, dit-il.Sa position ne repose sur aucune force économique.La Russie ne vit que sur ses redevances pétrolières et gazières, dont elle distribue une petite partie à la population pour qu\u2019elle garde la tête hors de l\u2019eau».Parmi les motifs qui provoquent le plus d\u2019insatisfaction, bien avant le niveau de vie, Zygar cite le fonctionnement de la justice.«C\u2019est un système qui ne fonctionne que pour une seule classe.Toujours la mê me.La Russie laisse juste assez de liberté d\u2019opinion pour sauver les apparences.J\u2019imagine cependant que, si l\u2019on supprimait la liberté qui existe aujourd\u2019hui sur Internet, les jeunes qui l\u2019ont toujours connue se révolteraient.» Comme la presse lui est fermée, Mikhail Zygar a décidé de s\u2019intéresser à l\u2019histoire.Son dernier livre (pas encore traduit) porte sur 1917.Dans le prolongement du livre, sur les médias sociaux, il explore avec de jeunes historiens la richesse de cette époque qui a connu, entre février et octobre 1917, la première république russe.Il s\u2019intéresse notamment à la façon dont apparaît une société civile, dit-il.Celle qui fait encore si cruellement défaut à la Russie.Les hommes du Kremlin Dans le cercle de Vladimir Poutine Mikhail Zygar, Cherche midi, Paris, 2018, 560 pages.En librairie le 18 février.Mikhail Zygar a été directeur de Dozhd, télé indépendante russe disparue en 2015.ANNA LAVROVA La Russie demeure un colosse aux pieds d\u2019argile.Sa position ne repose sur aucune force économique.MIKHAIL ZYGAR » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 3 0 | CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Becky, Harry et Léon, trois jeunes Londoniens, prennent la poudre d\u2019escampette à bord d\u2019une vieille Ford Cortina, une valise remplie de billets dans le coffre.Ils ont les mains moites, le cœur serré.L\u2019urgence est palpable.Au fil des 429 pages de ce premier roman écrit par la slameuse et poétesse britannique Kate Tempest, la cause de cette mystérieuse fuite se dévoilera à travers une fresque d\u2019évé- nements et d\u2019interactions complexes, couvrant plusieurs générations.Entretenant savamment le suspense, la romancière dissèque avec empathie et application le passé d\u2019une myriade de personnages, parents, oncles et autres, dont l\u2019existence et les décisions influencent celles du trio.Ramenant à l\u2019avant-scène des personnages tirés tout droit de son plus récent album de rap, Ever ybody Down, l\u2019artiste multidisciplinaire de 30 ans critique avec véhémence Londres et les Londoniens, leurs excès insignifiants, leur peur de l\u2019engagement, leur existence qui tient dans leur téléphone portable, leur culte insensé des apparences et leurs préceptes économiques bâtis à grands coups de matérialisme et d\u2019obsolescence programmée.« Trouve ton talent.Traque-le, enferme-le dans une cage, donne la clef à celui qui a le pognon et félicite- toi pour ton courage.Dandine-toi sur ta chaise, balance une œillade au type que tu vas ramener chez toi de toute façon.Clame ta fidélité sur tous les toits.Rien n\u2019est pour toi mais tout est à vendre.Autour de toi on te vend du rêve et à la fin tu ne sens plus rien.» Becky, une danseuse ratée, est contrainte de faire des massages érotiques à des clients dispersés dans les hôtels de la ville ; Harry, le garçon manqué, et Léon, fils d\u2019un immigrant vénézuélien, vendent de la drogue aux hommes d\u2019affaires et aux artistes les plus riches de Londres, dans l\u2019espoir vain d\u2019une vie normale.Ces trois jeunes meurtris par le cynisme sont sans cesse renvoyés à leur minable existence.Animés de passions qu\u2019ils ne peuvent assouvir, coincés dans l\u2019anonymat le plus total, ils s\u2019enfoncent dans une solitude dont ils ne s\u2019extirpent qu\u2019à coup d\u2019ecstasy et de gins tonics.« Chacun cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie.Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort.» Avec un sens du rythme hors du commun, Kate Tempest alterne avec habileté les élans lyriques et les dialogues tantôt passionnés, tantôt désabusés de ses personnages.Son statut de rappeuse transparaît dans la cadence fluide et précise de ses mots, dans la tonalité particulière de ses innombrables métaphores poétiques auxquelles on ajouterait volontiers un air.Avec Écoute la ville tomber, l\u2019au- teure, lauréate du prestigieux prix de poésie Ted Hughes, porte un regard acéré et désenchanté sur la société, en se perdant parfois dans la quête de ses héros, mais en offrant au final un puissant plaidoyer pour la force des connexions humaines et l\u2019importance de les préserver.Le rythme des mots pour défier l\u2019insignifiance Avec un premier roman, la slameuse Kate Tempest écorche Londres et les Londoniens Avec Écoute la ville tomber, la slameuse et poétesse britannique Kate Tempest porte un regard acéré et désenchanté sur la société.JEAN-FRANÇOIS MONIER AGENCE FRANCE-PRESSE Écoute la ville tomber ?1/2 Kate Tempest, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2018, 429 pages CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR C\u2019est un monstre, un roman pachy- dermique que ce 4 3 2 1, de Paul Auster, avec ces 1020 pages, tressées serré, qui en font un objet paradoxal, beaucoup plus lourd et malcommode à tenir qu\u2019à lire.Heureusement.Forme et fond sont pourtant en parfaite cohérence dans ce projet littéraire titanesque, le projet d\u2019une vie qui en rassemble au final quatre, celles d\u2019Archibald Isaac Ferguson, petit-fils d\u2019un immigrant juif d\u2019origine russe, né à Newark dans la banlieue de New York un 3 mars 1947 \u2014 tiens, au même endroit et à un mois de différence exactement avec Auster \u2014 et dont l\u2019auteur de la Trilogie new-yorkaise expose ici la possibilité de quatre destins.Un personnage, quatre versions de sa jeunesse qui traverse la fin des années 1940 jusqu\u2019au début des années 1980, mais sur tout les petits et grands moments qui ont façonné l\u2019identité de l\u2019Amérique : la guerre froide, celle du Vietnam, la conquête de l\u2019espace, l\u2019assassinat de Kennedy, la révolte des étudiants, l\u2019affirmation des droits civiques.Entre autres.Il faut rester accroché solidement au fil de ces trajectoires qui se déclinent dans des chapitres marqués comme des mises à jour de logiciel \u2014 1.1, 1.2, 4.3, 5.4\u2026 \u2014 et dans lesquels « Archie » avance et se construit, dans une multiplicité de présences, au contact d\u2019un entourage souvent similaire \u2014 tante Mildred, Amy, Andy, la cousine Betty, le clan Adler \u2014 et surtout au gré de contingences, sans doute plus que de hasards, qui forgent les modulations de ces vies.Comme les embranchements aléatoires pris par une goutte d\u2019eau sur une vitre.Qu\u2019il soit le 1, le 2, le 3, le 4 ou inversement, Archie est tantôt au cœur d\u2019une constellation, tantôt le résultat de ses ruptures, il est parfois timide et mélancolique, parfois vif et obstiné, mais reste sur tout attaché au monde de l\u2019écriture, de l\u2019éducation et du savoir, avec des Le roman pachydermique de Paul Auster 4 3 2 1 plonge dans l\u2019Amérique d\u2019hier pour mieux saisir celle d\u2019aujourd\u2019hui L\u2019homme derrière la Trilogie new-yorkaise explore la mouvance des identités dans sa ville de prédilection.JEFF PACHOUD AGENCE FRANCE-PRESSE 4 3 2 1 ?1/2 Paul Auster, traduit de l\u2019anglais par Gérard Meudal, Actes Sud / Leméac, Arles / Montréal, 2018, 1020 pages | 3 1 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 « Le jeune auteur Gabriel Allaire [.] débarque dans le paysage littéraire avec (Leméac), un roman poétique et vivant qui met en scène un jeune homme qui s\u2019évade dans l\u2019imaginaire pour échapper à son quotidien et rêver à une meilleure vie.» Alexandra Mignault « Le livre de Gabriel Allaire est un grand plaisir de lecture, peut-être l\u2019un des plus grands de la rentrée littéraire.Le ton politique, drôle et tranchant du narrateur- enfant charme le lecteur dès le début du livre.[\u2026] Mais en plus du narrateur attachant, c\u2019est le style d\u2019écriture qui fait de ce premier livre, un grand livre.» « Ceci est vraiment un premier coup de maître chez Leméac pour cette rentrée littéraire.» Anthony Lacroix, La Recrue PAS DE GÉANTS Gabriel Allaire Roman © A u d r é e S c h n e i d e r FICTION ONTARIENNE XieXie ?Michelle Deshaies, Éditions David, Ottawa, 2018, 176 pages En 1934, Rose accoste au port de Guilin, en Chine, après un long voyage en mer en provenance de l\u2019Angleterre.Elle rejoint son mari, Raymond, qui y dirige une mine.Privée de ses repères, noyée dans cet océan de couleurs éclatantes et d\u2019odeurs pimentées, la jeune Anglaise s\u2019attache désespérément à XieXie, la servante chinoise qui lui tient compagnie.Une relation fusionnelle et passionnelle va naître entre les deux femmes, sous l\u2019œil approbateur de Raymond.Mais le contexte politique instable de la région, menacée à la fois par une guerre civile et par l\u2019invasion de l\u2019Armée impériale japonaise, force le couple à fuir et à abandonner XieXie, tout comme l\u2019enfant qu\u2019elle porte en son sein.Avec ce premier roman, Michelle Deshaies rend palpables les mille saveurs et le parfum de sensualité et d\u2019exotisme qui se dégagent de la Chine telle que perçue par un œil étranger.En s\u2019attaquant à une époque historique d\u2019une telle ampleur, l\u2019auteure peine toutefois à mettre parfaitement en symbiose le vécu de ses personnages avec les abus et la misère qui rongent le peuple de l\u2019empire du Milieu.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec ALBUM ILLUSTRÉ Le loup, le canard et la souris ?1/2 Mac Barnett et Jon Klassen, traduit de l\u2019anglais par Kévin Viala, Scholastic, Toronto, 2018, 40 pages «Très tôt un beau matin, une souris rencontre un loup et se fait avaler tout rond.» Avaler, mais non croquer, une nuance importante qui lui permet d\u2019atterrir en un seul morceau dans l\u2019antre du loup.Lieu mythique qui a vu passer beaucoup de personnages, le ventre est justement occupé par un canard qui en a fait sa maison.Bien vite, les deux compères se lient d\u2019amitié, festoient et s\u2019y sentent plus qu\u2019à l\u2019aise.S\u2019ensuivent des échanges avec le loup, l\u2019arrivée soudaine d\u2019un bûcheron et une finale inattendue qui contribue à l\u2019effet percutant du conte.Le trait naïf, dynamique et teinté d\u2019humour de l\u2019illustrateur Jon Klassen appuie par ailleurs avec une aisance toute naturelle le propos étiologique de Barnett.Traduite par Kévin Viala, toute l\u2019histoire se joue à coup de dialogues francs assurant un rythme constant jusqu\u2019à la fin, où l\u2019on apprend enfin pourquoi les loups ont l\u2019habitude de hurler à la lune.Un conte qui remet à l\u2019honneur tout l\u2019improbable des contes merveilleux.Marie Fradette frontières troubles entre ses récits fictifs et la vie de Paul Auster, qui livre sans doute ici un de ces romans les plus personnels.Archie est habité par le monde du cinéma, celui du baseball et du basketball.Il est un séducteur.Il est accroché aux grands auteurs du siècle dernier, comme Hemingway.Il est aussi fasciné par la culture française, attiré par la France, comme l\u2019a été Auster dans une adolescence aujourd\u2019hui lointaine pour le romancier de 70 ans, mais dont on comprend, au milieu de la brique, qu\u2019elle est ici exposée, revisitée dans ses réalités alternatives.Un des personnages écrit même un livre intitulé 4 3 2 1, pour ajouter du poids à la mise en abyme.Un autre est confronté à la mor t d\u2019un camarade de camp d\u2019été, frappé par la foudre alors qu\u2019il passe sous un fil barbelé dans un champ.Paul Auster a vécu la chose l\u2019année de ses 14 ans.Il suivait cet enfant pour se mettre à l\u2019abri d\u2019un orage.Une fraction de seconde et la mort était pour lui, raconte-t-il depuis, toujours habité et hanté par l\u2019instant.Exercice de style sur la mouvance des identités, journal d\u2019un New-Yor- kais savourant les possibles que l\u2019énergie d\u2019une mégalopole lui offre et mettant ses préoccupations quotidiennes en symbiose avec son espace géographique et culturel, cartographie intime des ramifications, le mégaroman de Paul Auster, dont la dernière fiction, Sunset Park (Actes Sud/Leméac), remonte à sept ans, a les phrases longues et les digressions nombreuses sur l\u2019être, le devenir et, sans doute un peu trop, sur les petites et grandes banalités du quotidien.Mais il por te aussi une critique sociale à fleur d\u2019un texte qui, en plongeant dans l\u2019Amérique d\u2019un autre temps, raconte surtout celle d\u2019aujourd\u2019hui, dans la persistance de ses dérives les plus odieuses.Que le héros soit un Ferguson n\u2019est sans doute pas un hasard.Archibald partage ainsi son patronyme avec le nom de cette ville du Missouri à l\u2019origine des émeutes raciales de 2014 et où a pris racine le mouvement Black Lives Matter.Il accompagne aussi, dans l\u2019ensemble de ses facettes, une réflexion subtile sur l\u2019affaissement intellectuel qui af fecte cette démocratie en crise, sur le mépris des pauvres ou de l\u2019intelligence, sur la lente décrépitude d\u2019un système d\u2019éducation qui ouvre la voie autant à la bêtise qu\u2019à une ploutocratie se nourrissant des abus, des clivages et d\u2019une haine raciale reçue en héritage.Des trajectoires constantes que si peu, finalement à l\u2019en croire, pourrait faire dévier.En guise d\u2019introduction, Paul Aus- ter inscrit en ef fet l\u2019identité de son personnage dans cette vieille blague qui court depuis des lunes dans les cercles juifs new-yorkais et qui raconte l\u2019histoire d\u2019Izaac Reznikoff, juif russe venu chercher l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure en Amérique.Quand il débarque le premier jour du XXe siècle à Ellis Island, un compagnon d\u2019exil l\u2019invite à laisser tomber son patronyme à la tonalité trop étrangère pour se faire enregistrer sous le nom de Rockefeller.Afin de vivre plus facilement son rêve.Or, une heure d\u2019attente compromet le projet .Quand son tour arrive et que les autorités lui demandent son nom, il se frappe la tête et laisse tomber en yiddish, Ikh hob fargessen (j\u2019ai oublié), devenant ainsi un nouvel Américain baptisé Ichabob Ferguson, ou ce grain de sable qui bouge en entraînant avec lui tous les autres\u2026 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e E s s a i 32 | Je n\u2019ai pas confiance Les électeurs sont déroutants.Ils votent souvent contre leurs propres idées et intérêts.Aux États-Unis, des citoyens pauvres et malades ont appuyé Donald Trump, qui promettait d\u2019abolir l\u2019Obamacare.Ce monsieur, croyaient-ils, allait les aider.Ce ne fut pas le cas, évidemment.Le sondage Léger-Le Devoir paru le 27 janvier dernier fournit un autre exemple de l\u2019incohérence des électeurs.Il nous apprend, en effet, que 66 % des sondés préfèrent un réinvestissement dans les services publics à une baisse d\u2019impôt pour les particuliers.Il nous révèle aussi, toutefois, que les deux partis qui promettent une baisse d\u2019impôt \u2014 le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec (CAQ) \u2014 récoltent ensemble 67 % des intentions de vote, alors que les deux partis qui font de l\u2019amélioration des services publics leur priorité \u2014 le Parti québécois et Québec solidaire \u2014 obtiennent la faveur de 29 % des électeurs.Ces derniers, en d\u2019autres termes, veulent des politiques sociales-démocrates, appliquées par des politiciens qui ne le sont pas.Allez comprendre ! Dans une chronique parue dans la revue Options politiques en mai 2017, le politologue Alain Noël, de l\u2019Université de Montréal, essaie d\u2019éclairer le phénomène, en commentant un ouvrage de deux de ses collègues américains, Achen et Bartels.La théorie romantique et optimiste de la démocratie veut que les électeurs votent pour des partis qui incarnent leurs préférences.Or, dans les faits, ce n\u2019est pas le cas.Les citoyens, au fond, s\u2019intéressent peu à la politique, connaissent mal les politiques publiques et «votent surtout en fonction de loyautés partisanes établies de longue date ou de leur perception plus ou moins éclairée de la situation qui prévaut au moment de l\u2019élection», résume Noël.Ce n\u2019est donc pas la rationalité qui règne en cette matière.Les gens, c\u2019est bien connu, veulent plus de services et moins d\u2019impôts, sans se rendre compte de l\u2019illogisme d\u2019une telle proposition.La CAQ n\u2019est pas en tête pour rien, actuellement.Elle promet justement le beurre et l\u2019argent du beurre.À la fin, généralement, il ne reste que le bonimenteur.Un pragmatisme insuffisant Vedette montante de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, jeune avocat député de Borduas, publie, cette saison, J\u2019ai confiance (Québec Amérique, 2018, 128 pages), un essai dans lequel il exprime simplement ses convictions et les raisons de son engagement en politique.L\u2019initiative doit être saluée.Trop peu de politiciens, au Québec, se donnent la peine d\u2019exposer ainsi, par écrit, ce qui les motive.Élu «parlementaire de l\u2019année », en 2016, par ses collègues de l\u2019Assemblée nationale, Jolin-Barrette travaille, de toute évidence, «sans cynisme », comme il s\u2019en réclame, et cela est appréciable.Les idées qu\u2019il met en avant, fidèles au pragmatisme caquiste, se caractérisent malheureusement par leur insuffisance.Entre des généralités \u2014 l\u2019intégrité est essentielle, il faut créer des emplois de qualité \u2014 et des mesures intéressantes mais accessoires \u2014 il faut abolir la taxe de bienvenue pour favoriser l\u2019accès à la propriété des jeunes ménages \u2014, le député plaide pour le retour du «bon sens», en dénonçant l\u2019obésité de l\u2019État québécois.On ne peut pas savoir précisément, en le lisant, à quoi ressemblerait son Québec idéal.On devine toutefois que la social-démocratie à la québécoise ne s\u2019en sortirait pas indemne, quand on découvre l\u2019enthousiasme de l\u2019élu pour la «mentalité » américaine, qui valorise la semaine de travail de 60 heures et la charité privée pour les pauvres.Sur la question nationale, le discours de Jolin-Barrette confine à l\u2019impasse.L\u2019avocat se scandalise du rapatriement de la Constitution qui a exclu le Québec, en parle comme d\u2019une « trahison », déplore l\u2019indifférence des jeunes quant à cet enjeu et clame, en s\u2019inspirant de Lucien Bouchard, son modèle, que « le Québec doit être reconnu officiellement comme nation et [que] cela passe par une reconnaissance constitutionnelle » qui respecterait au moins les cinq conditions de l\u2019accord du lac Meech.On veut bien, mais on aimerait en savoir plus sur la stratégie prévue pour obtenir ce gain.On n\u2019en saura rien.L\u2019expression du souhait tient lieu de programme politique, comme dans le cas de la création d\u2019emplois de qualité « à 35 et 40 $ de l\u2019heure ».Jolin-Barrette répète qu\u2019il n\u2019est «nul besoin d\u2019être indépendantiste pour être nationaliste et, pour exiger que le Québec soit respecté à part entière », il se dit favorable au Québec français, constate que le projet souverainiste n\u2019a pas été un succès \u2014 ce qui n\u2019est pas faux \u2014 et conclut que l\u2019heure est venue «de proposer une solution de rechange satisfaisante », dans le cadre fédéral, pour tous les nationalistes québécois.Il ne donne toutefois pas le début d\u2019une explication sur la manière et les chances d\u2019y parvenir.Désolé, mais je n\u2019ai pas confiance.Louis Cornellier Chronique CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Si la réconciliation de l\u2019ensemble des Canadiens avec les Premières Nations du pays se limite aux excuses du gouvernement d\u2019avoir soutenu, entre les années 1820 et les années 1990, des pensionnats destinés à assimiler les jeunes autochtones, ce serait vain.L\u2019essayiste amérindienne Leanne Betasamosake Simpson affirme qu\u2019Ottawa doit aussi aider « à régénérer nos langues ».Soumise à l\u2019ironie du hasard, elle signale le patronyme de sa mère : Trudeau\u2026 Son livre Danser sur le dos de notre tortue, avec le sous-titre La nouvelle émergence des Nishnaabeg (qu\u2019elle Sur les chemins de l\u2019identité La militante autochtone Leanne Betasamosake Simpson s\u2019intéresse au renouvellement de l\u2019« être-ensemble » écrit sans s final), appelle des éclaircissements qui expliquent pourquoi elle aurait, aux côtés de nombreux Amérindiens, comme l\u2019un de ses ancêtres un descendant biologique ou au moins culturel d\u2019Étienne Trudeau, marié à Montréal en 1667 avec Adrienne Barbier.Cela ferait de l\u2019essayiste une cousine éloignée du premier ministre Justin Trudeau, qui a pleuré sur le sort des autochtones.Née en Ontario, Leanne Betasamo- sake Simpson, dont l\u2019ouvrage est traduit de l\u2019anglais, appartient à une famille de nations, les Nishnaabeg, qui regroupe la sienne, les Mississau- gas, et d\u2019autres comme les Ojibwés, les Sauteux, les Algonquins.Ces nations de la région des Grands Lacs comptèrent parmi les alliés de la Nouvelle-France, qui entretenait avec elles des liens étroits grâce à la traite des fourrures.L\u2019essayiste, qui est aussi artiste et universitaire, travaille à la renaissance de la langue commune des peuples en question: le nishnaabeg.Initiée à leur mythologie, elle rêve de «danser sur le dos de notre tortue».Le mot tortue désigne, dans le bestiaire nishnaabeg, ce que les Canadiens aux racines européennes appellent l\u2019Amérique du Nord.La vision, qui pourrait paraître illusoire, suggère toutefois, peut-être à l\u2019insu de Leanne Betasamosake Née en Ontario, Leanne Betasamosake Simpson appartient à une famille de nations, les Nishnaabeg, qui regroupe la sienne, les Mississaugas, et d\u2019autres comme les Ojibwés, les Sauteux, les Algonquins.NADIA KWANDIBENS Danser sur le dos de notre tortue La nouvelle émergence des Nishnaabeg ?Leanne Betasamo- sake Simpson, traduit de l\u2019anglais par Anne-Marie Regimbald, Varia, Montréal, 2018, 222 pages | 3 3 L i r e Po l a r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 HÉBERGEMENTS EN RÉGIONS www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 1er avril de la musique pour Pâques au XXe FESTIVAL de l\u2019Association des orchestres de jeunes du Québec 21 avril ALBERTO GIACOMETTI au musée à Québec 9-14 mai un séjour à PHILADELPHIE et dans l\u2019État de New York Musée des beaux-arts, Fondation Barnes, Musée Rodin, opéra Tosca, concert symphonique Yannick et Hélène, et les jardins, l\u2019histoire, l\u2019architecture, la gastronomie\u2026 Les beaux détours vous offrent\u2026 Réservez sans tarder ! CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019Islande compte moins de 350 000 habitants, dont la moitié, dit-on, sont des écrivains.Plusieurs d\u2019entre eux \u2014 sur tout des auteurs de polars comme Arnaldur Indridason et Arni Thorarinsson \u2014 sont déjà traduits dans des dizaines de langues et les exemplaires vendus de leurs œuvres se comptent en millions.Yrsa Sigurdardóttir est l\u2019une de ces figures marquantes, dont un cinquième livre est traduit aujourd\u2019hui en français.ADN est en fait le premier volet d\u2019une série réunissant un inspecteur de police (Huldar) et une psychologue (Freyja) autour d\u2019une sombre affaire d\u2019héritage génétique, on s\u2019en serait douté.Le roman s\u2019amorce en 1987, alors que trois jeunes enfants sont séparés puis donnés en adoption après ce que l\u2019on devine être un tragique crime passionnel.Puis, sans transition et presque 30 ans plus tard, une jeune mère de famille est assassinée sauvagement sous nos yeux, à l\u2019aide d\u2019un aspirateur.Sa fille de sept ans, cachée sous le lit, est bien involontairement la seule témoin de la scène.Avec l\u2019aide de l\u2019équipe de la psychologue Freyja de la Maison des Vengeances électroménagères et héritage génétique ADN met en séquence une intrigue serrée et la sérialité d\u2019un tueur Yrsa Sigurdardóttir est l\u2019une des figures marquantes de la littérature islandaise.LILJA BIRGISDÓTTIR HODDER & STOUGHTON ADN ?Yrsa Sigurdardóttir, traduit de l\u2019islandais par Catherine Mercy, Actes Sud/Actes noirs, Arles 2018, 413 pages Simpson, l\u2019idée de métissage culturel, même si le livre évite le terme.La «pensée nishnaabeg» n\u2019évoque-t- elle pas, aux yeux de l\u2019essayiste, « la naissance de nouvelles réalités et de nouveaux mondes»?L\u2019ouvrage insiste sur cette recréation, plus précisément sur le concept de « transmotion» qui suppose un cheminement évolutif des êtres et des choses, loin du passéisme.Il approuve l\u2019interprétation très éclairante de l\u2019intellectuel américain ojibwé Scott R.Lyons: «L\u2019ancien ne meurt jamais, il est enrichi par le nouveau, et il en résulte de la diversité.» Malgré le désir de se libérer du néocolonialisme que les descendants d\u2019Européens exercent sur elle et les siens, Leanne Betasamosake Simpson se rapproche du métissage culturel préconisé par des Québécois, comme l\u2019écrivain Jacques Ferron et le géographe Jean Morisset.Au lieu de verser dans la chimère d\u2019un retour, même modernisé, à un passé précolombien, n\u2019est-ce pas la vraie voie de la réconciliation des peuples, premiers et nouveaux, des Amériques?enfants, l\u2019inspecteur Huldar interroge la fillette à la recherche d\u2019une piste permettant de retrouver le criminel.Mais il aura à peine le temps de mener quelques interviews avec la petite Magrét qu\u2019une autre femme est bientôt assassinée dans des circonstances presque similaires, avec un fer à friser cette fois-ci.Aucun indice, sauf, comme la première fois, une suite de chiffres sur un bout de papier.La police piétine.Encore plus lorsque l\u2019on trouve un troisième cadavre, la tête tout aussi scotchée que les deux premiers, avec un fer à souder planté dans l\u2019oreille\u2026 Le lecteur, lui, sait que les énigmatiques séries de chiffres représentent des messages codés reçus également par Karl, un étudiant en chimie passionné des ondes CB.Névrosé, solitaire et boutonneux, le personnage de Karl est une des clés du roman puisque c\u2019est lui que l\u2019assassin a choisi comme bouc émissaire.Grâce à ses copains aussi empêtrés que lui, le tueur plante autour de Karl toute une série d\u2019indices que la police ne pourra que trouver.Bingo\u2026 Ce n\u2019est en fait qu\u2019à la toute dernière minute que Huldar comprendra qu\u2019il a été piégé et que l\u2019on verra surgir celui qui se cache der rière tout cela lorsque le lien se fait avec l\u2019amorce de toute l\u2019histoire, 30 ans plus tôt.L\u2019intrigue est serrée, touffue, bien menée, et les personnages de Sigur- dardóttir \u2014 de Magrét aux amis de Karl et aux inspecteurs de police \u2014 tout aussi crédibles que solidement campés.Tout le non-dit, par exemple, qui flotte entre Freyja et Huldar est par ticulièrement bien rendu.The Reckoning, qui vient tout juste de paraître en anglais, se présente comme la suite d\u2019ADN et tourne autour des deux mêmes personnages.Et on est déjà impatient de voir à quoi cela va mener. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e 3 4 | GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR ans Les désordres amoureux, son plus récent et deuxième roman paru chez Hurtubise cet automne, Marie Demers endure la veulerie, les mensonges, voire la violence d\u2019une série de mauvais partis, dont elle se console auprès de son chien, le carlin Henri.Entre les pages des huit brefs romans de la collection Marie Demers, destinée aux six ans et plus, une Marie Demers beaucoup plus jeune multiplie les petites gaffes, apprend à ne pas toujours chercher la per fection et discute de graves questions existentielles avec son chien\u2026 le carlin Henri.« C\u2019est drôle comment les enfants posent moins de questions que les adultes sur les liens entre ma vie personnelle et mes livres», se réjouit Marie Demers, rare écrivaine à embrasser l\u2019autofiction autant comme auteure jeunesse que comme romancière pour lecteurs majeurs.«Ils considèrent davantage le texte pour ce qu\u2019il est.Ce qui les impressionne le plus, c\u2019est de savoir que Henri existe pour vrai.» À l\u2019instar de Caroline Allard, Samuel Archibald, Fanny Britt, François Jobin, Dany Laferrière, Claudia Laro- chelle, ou de sa mère Dominique De- mers, Marie Demers contribue comme de plus en plus de figures importantes de notre écosystème éditorial à abolir la frontière séparant le monde de la littérature jeunesse de celui de la fiction contemporaine.Une salutaire nouvelle, observe-t- elle, « parce que la littérature jeunesse est encore considérée comme de la sous-littérature.C\u2019est toujours utile d\u2019entendre des auteurs reconnus dire que non, ce n\u2019est pas facile écrire pour la jeunesse ».Audacieux sans morale Ah non, ce n\u2019est pas facile?Il y a pourtant moins de pages à combler dans un roman pour gamins, pourrait-on naïvement rétorquer.«Évidemment, mais comme on est plus limité sur le plan du choix des mots, c\u2019est très difficile d\u2019écrire pour les jeunes quelque chose de novateur et d\u2019authentique, sans être moralisatrice, surtout quand on a envie de faire passer des idées, de faire tomber les tabous, de sortir des personnages trop genrés », remarque cel le qui rappel le dans Presque comique ! (Dominique et compagnie), un des deux tout nouveaux tomes de la collection Marie Demers, que rire de la grosseur des gens, ce n\u2019est pas drôle pantoute.Presque amoureuse ! racontait pour sa part l\u2019an dernier le béguin de Marie pour une collègue de classe, une décision suscitant encore «de petites réticences », note-t-elle, en évoquant son désir de « faire réfléchir les enfants, parce qu\u2019ils ont aussi le droit de réfléchir.Sauf que pour ça, il faut leur offrir autre chose que des histoires de tortue qui marche vite ».Lire des livres pour ados à 31 ans Mais en fait, existe-t-elle réellement, dans la tête des lecteurs, cette frontière entre livres junior et senior ?« Il y a plusieurs jeunes lectrices qui m\u2019ont demandé si elles pouvaient lire mon roman pour adultes », souligne Amélie Panneton, auteure du roman pour ados Comme une chaleur de feu de camp (Hur tubise), dont elle a amorcé l\u2019écriture en attendant que se dissipent les problèmes que lui posait le manuscrit de son roman Petite laine (Éditions de Ta Mère).« Je leur réponds que si elles se sentent prêtes, elles peuvent se lancer.» Un petit coup d\u2019œil à son compte Instagram, sur lequel elle relaie ses lectures, vous permettra de constater qu\u2019elle fouille souvent, pour son bon plaisir, les rayons de la section pour enfants de sa bibliothèque.«Il y a quelque chose de l\u2019fun dans l\u2019absence d\u2019artifice de la littérature jeunesse, qui est dépouillée des apparats de la littérature qu\u2019on dit sérieuse.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019en littérature jeunesse, on a accès au cœur battant de l\u2019histoire que l\u2019auteur avait le goût de raconter.Je comprends que les catégories existent parce qu\u2019on veut que les livres trouvent leur public, mais dans la réalité, c\u2019est beaucoup plus fluide», note l\u2019écrivaine de 31 ans, qui dit s\u2019être « inspirée d\u2019auteurs jeunesse comme Patrick Isabel, qui sort des cadres avec des livres qui ne sont jamais clichés, toujours nuancés, complexes, et qui font confiance à l\u2019intelligence du lecteur».Aimer autre chose que le rose Dans la mesure où personne ne s\u2019engage en littérature dans l\u2019espoir de fertiliser son compte en banque, diversifier ses activités permet sans doute à certains auteurs d\u2019imaginer un jour s\u2019affranchir de quelques dettes grâce à leurs livres.«Le créneau le plus difficile et décourageant présentement, c\u2019est celui du roman pour adultes, où on a rarement la reconnaissance qu\u2019on voudrait, confie Marie Demers.Je fais tout ça d\u2019abord par vocation, mais oui, mes livres jeunesse me rapportent plus que mes livres pour adultes.» Si les auteurs de fiction s\u2019adressant aux nombrils secs aiment se tourner vers leurs cadets, c\u2019est peut-être surtout pour insuffler de la diversité à un imaginaire encore peuplé de stéréotypes.«À part Simon Boulerice, j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019en littérature jeunesse, personne n\u2019avait eu le mémo qu\u2019on était en 2017.Disons qu\u2019il n\u2019y en avait pas trop, des petites filles qui aimaient autre chose que le rose», regrette Sophie Bienvenu, qui remédiait à la situation avec La princesse qui voulait devenir générale (Éditions de la Bagnole), un roman pour les 8 ans et plus.Personnage attachant parce qu\u2019opiniâtre et impar fait, Marie Demers aussi aime autre chose que le rose.Avec ses amourettes homosexuelles, ses amitiés interraciales et ses blagues de pet (!), elle compose un portrait de la jeune fille moderne contrastant avec celui des romans ne semblant avoir été conçus que pour faire la promotion du magasinage, de l\u2019obéissance et de l\u2019hétéronormativité.«C\u2019est du female empowerment pour enfants, ce que je fais», conclut\u2026 Marie Demers.Écrivains sans frontières Entre littérature jeunesse et roman pour adultes, la double vie ne fait plus peur aux auteurs Henri, le carlin de Marie Demers, trouve sa place dans les récits qu\u2019elle imagine pour les adultes et pour les enfants.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR D | 3 5 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 A r t s v i s u e l s C U L T U R E CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR Il y a cette idée reçue que, malgré l\u2019attraction de leur nouveauté et de leurs capacités, les technologies du numérique ont une dette envers les anciennes de l\u2019analogique.Les technologies apparaissent ainsi sans totalement effacer les précédentes, mais en les incorporant et en les redéfinissant, voire en les célébrant.Dans les voies bien distinctes qu\u2019elles embrassent, les deux expositions en cours chez Oboro se prêtent à ce genre de considérations.Sauf qu\u2019ici, l\u2019âge des technologies est confondu, les anciennes permettant aussi bien de revisiter les plus récentes du numérique, d\u2019en avoir d\u2019autres perspectives.Son optique Martine H.Crispo est une artiste du son qui est passée de la performance à l\u2019installation, ce qui lui permet d\u2019occuper des espaces d\u2019exposition comme présentement dans la salle principale.À cette pièce maîtresse, la commissaire Nicole Gingras propose un complément qui prend la forme d\u2019une programmation de trois vidéos d\u2019art, projetées en continu dans une salle adjacente habituellement réservée à des événements ponctuels.C\u2019est dire en partant que l\u2019exposition engage une expérience différente de ce lieu maintes fois visité.Pour mémoire, Oboro est fidèle à cette adresse rue Berri où il s\u2019est établi en 1992 et qu\u2019il ne compte pas quitter, évoquant entre autres un génie des lieux.Cette préoccupation pour l\u2019espace n\u2019est pas anodine pour aborder l\u2019œuvre de Martine H.Crispo, qui résulte d\u2019une résidence de six semaines dans la grande salle qui lui est réservée.Elle y a mis au point les réglages d\u2019un dispositif qu\u2019elle explore depuis quelques années pour travailler le son optique \u2014 une technique parente du son optique analogique primitivement exploité sur film en cinéma.Son but : dévoiler la matière sonore de la lumière.Une des conditions préalables pour que la «magie» de cette apparition opère est la noirceur, dans laquelle l\u2019artiste se plonge volontiers, nous conviant à le faire à notre tour.Rudimentaire mais capricieux, le dispositif, composé de DEL, d\u2019une lentille dichroïque, d\u2019une photodiode et d\u2019un circuit électrique, s\u2019efface derrière les sonorités, les ombres et les lumières qui évoluent dans une danse aléatoire activée par une programmation.Le registre strident des Les technologies analogiques toujours de mise Martine H.Crispo et Kristiina Lahde explorent des phénomènes perceptuels et de langage Fantaisie optophonique, de Martine H.Crispo, 2017 ROMAIN GUILBAULT sons pourra surprendre, et même déranger, tout en motivant une curiosité plus grande pour les phénomènes produits, si fugaces soient-ils.L\u2019espace est ainsi redéfini avec amplitude et sobriété, ce que permet de mieux jauger la mise en mouvement de soi.La qualité d\u2019attention activée dans l\u2019installation rend encore plus savoureuses les vidéos monobandes présentées dans l\u2019autre salle.Le programme est judicieusement composé par Nicole Gingras, experte établie dans ce genre de chose, qui a voulu enrichir la réception de l\u2019œuvre de Crispo avec des productions qui travaillent des enjeux voisins, autour du son, du mouvement et de la durée.Les œuvres de Mika Taanila, de Diane Morin et de Joost Rekveld ont en commun d\u2019exploiter les moyens analogiques du film et de la vidéo.Elles fascinent par leurs intrigantes mises en image de phénomènes mécaniques et électromagnétiques qui puisent dans l\u2019univers des machines, comme ces graciles automates dans la vidéo de Morin, une évocation saisissante de l\u2019intelligence artificielle.Son solo Le premier solo à Montréal de Kirs- tiina Lahde, qui est surtout active sur la scène torontoise, révèle son attrait pour les instruments de mesure et la fourniture de bureau.Elle en compose des œuvres soignées qui font voir d\u2019autres motifs, révélant les codes de langages correspondants.Sa démarche en elle-même épouse des méthodes réglées découlant de systèmes.Par exemple, en image ou en sculpture, des règles formant des lignes et des cercles écrivent du code binaire 01 ou esquissent dans l\u2019espace un dôme géodésique.La plus notable des œuvres est Circulate, qui est faite de plusieurs assemblages posés au mur, de petites ellipses qui en forment ensemble une grande.Chacun des éléments est composé de cartes-index de classement bibliothéconomique, vestige d\u2019une époque révolue trouvé par Lahde.Avant d\u2019être reléguées, les cartes ont été marquées d\u2019un trait de crayon que l\u2019artiste a suivi pour les mettre bout à bout, engendrant les figures oblongues, à plus ou moins grandes ouvertures.L\u2019œuvre emboîte ainsi joliment des allusions à l\u2019objectif de la caméra ou au télescope fouillant le cosmos, et à la classification Dewey, un système revu depuis par l\u2019ordinateur.En plus d\u2019un corpus récent, la commissaire Claudine Hubert a tenu à présenter une œuvre de 1999, le coup de cœur qui lui a fait découvrir l\u2019ar tiste.Elle s\u2019of fre d\u2019ailleurs en préambule, couvrant obstinément en grille les murs de post-it , car rés jaunes où se lit simplement « I love you».Les mots manuscrits tranchent avec le caractère réglé et banal du dispositif.Conçue à une époque où les médias sociaux n\u2019avaient pas encore par leur automatisme épuisé la portée de cette déclaration, l\u2019œuvre fait aujourd\u2019hui autrement réfléchir.Spectres, ondes et modulations / Mesure et démesure De Martine H.Crispo / Kristiina Lahde.Oboro, 4001, rue Berri, local 301, jusqu\u2019au 10 mars L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 3 6 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR À QUÉBEC Pour une troisième édition de suite, le Mois Multi, festival d\u2019arts multidisciplinaires et électroniques de Québec, s\u2019anime autour de l\u2019idée de transformer un monde mal en point.La thématique du «réenchantement» proposée par la commissaire invitée Ariane Plante a pris plusieurs tons depuis 2016, entre l\u2019inquiétude et la candeur.À mi-chemin, le Mois Multi 2018, lui, se veut sinon salutaire, un brin optimiste.Non sans oser parfois être radical, voire violent.Le ralentissement et la destruction sont quelques-unes des voies empruntées par les artistes à l\u2019œuvre en cette deuxième semaine de festival.Le programme étant toujours aussi vaste et irrégulier, entre des performances de deux soirs et des installations à durée variable, notre survol ne peut être que fragmentaire.Côté centre d\u2019artistes Par sa nature immatérielle et invisible, l\u2019art sonore a toujours quelque chose de radical.Sur tout dans un festival où la technologie est souvent l\u2019af faire du visuellement spectaculaire.L\u2019inclusion du travail essentiellement auditif de Magali Babin était déjà, en soi, une très bonne idée.Pour changer, même en quête d\u2019un nouvel enchantement, il faut parfois rompre brutalement nos habitudes.Présentée dans la petite salle du centre d\u2019ar tistes l\u2019Œil de poisson, l\u2019œuvre Ça ne peut pas durer toujours le fait de manière élégante.On n\u2019expérimente pas cette installation comme on visite habituellement une exposition.L\u2019artiste, figure de l\u2019ar t sonore au Québec, impose son rituel.Un crochet mural et un banc nous invitent d\u2019abord à retirer manteau et bottes.On peut ensuite traverser un rideau et monter dans un petit espace légèrement surélevé et plongé dans la pénombre.L\u2019aménagement douillet en tapis et coussins ne donne pas le choix : faut s\u2019asseoir et écouter.Ça ne peut pas durer toujours appelle à ralentir notre cadence, à faire fi de nos expériences visuelles.La bande audio qui imprègne la salle ne provient pas des bruits et musiques recueillis au hasard, comme le fait habituellement Magali Babin.Les pistes embrouillées, longues et rondes qu\u2019on entend sont tirées du répertoire populaire, deux chansons que l\u2019artiste a ralenties à l\u2019excès.Pourquoi le monde est sans amour, popularisée par Mireille Mathieu, et Quand les hommes vivront d\u2019amour, par Raymond Lévesque, sont méconnaissables, certes.L\u2019artiste les a choisies pour leur portée d\u2019espoir, sans pour autant tenir à les révéler.Œuvre abstraite, Ça ne peut pas durer toujours évoque néanmoins la fragilité, l\u2019évanescence de la vie, des objets.C\u2019est un cliché, mais disons que certains passages sonnent comme des musiques fantomatiques.Comme si la course à la nouveauté technologique ne peut qu\u2019entraîner de nouveaux cadavres chaque fois.L\u2019installation de Magali Babin n\u2019est pas que sonore.C\u2019est une ambiance ou un espace qu\u2019elle a fabriqué et qu\u2019elle anime aussi d\u2019un minimum d\u2019objets, comme ce «vase acoustique» posé à la fois comme artefact sonore et comme projecteur de lumière.Le ralentissement et la destruction comme solutions Le Mois Multi 2018 conclut une série d\u2019éditions portées par le réenchantement du monde SU R L E R A DA R Réenchanter par mimétisme Beaucoup est encore à venir au 19e Mois Multi, beaucoup est déjà passé.Les sculptures cinétiques et murales de Camille Bernard-Gravel, elles, sont parmi les rares à bénéficier des quatre semaines de visibilité.L\u2019artiste de Québec, relativement nouvelle dans le paysage, compose des machines rudimentaires qui évoquent des phénomènes naturels.Son réenchantement, à elle, passe par le mimétisme, ce que ses deux œuvres, Samares et La houle, proposent avec délicatesse.Elles sont néanmoins exposées dans un corridor incongru, entre le hall et la cage d\u2019escalier de Méduse.Bernard-Gravel aura quand même droit à un espace fermé pour exposer une troisième œuvre, à compter du 16 février.PHOTO : SAMARES, DE CAMILLE BERNARD-GRAVEL Con grazia, le spectacle performatif que présentaient Martin Messier et Anne Thibault cette semaine, avait tout de l\u2019œuvre exutoire.MARTIN MESSIER Ça ne peut pas durer toujours est présenté jusqu\u2019au dimanche 11 février.L\u2019artiste cherche néanmoins à s\u2019entendre avec Recto-Verso, producteur du Mois Multi, pour faire un jour circuler l\u2019œuvre.Côté spectacles Con grazia, le spectacle performatif que présentaient Martin Messier et Anne Thibault cette semaine, avait tout de l\u2019œuvre exutoire.Armés de marteaux, les deux artistes (lui, compositeur et vidéaste, elle, chorégraphe et interprète) s\u2019en donnent à cœur joie dès les premières minutes en détruisant boules de verre, pommes, œufs et même un melon très odorant.Si leurs actions sombraient parfois dans le gaspillage éhonté, la performance sonore (et électrisante) et visuelle (et animée de projections d\u2019ombres) finit, dans son ensemble, par être portée par un geste réparateur.La chose est particulièrement révélatrice quand la musique électronique cède la place à la mélodie descendante et profondément mélancolique du Cantus in memoriam Benjamin Britten d\u2019Arvo Pärt.Comme l\u2019œuvre du compositeur estonien, Con grazia exprime des remords.Sur le plancher de la salle Multi du complexe Méduse, c\u2019est une civilisation consommatrice et de plus en plus robotisée qui nous hante.La fin proposée par Messier et Thibault laisse néanmoins une lueur d\u2019espoir.Un service en porcelaine a survécu.Mois Multi Coopérative Méduse (591 ou 541, rue Saint-Vallier Est), jusqu\u2019au 25 février. | 37 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 ENTREVUE MANON DUMAIS LE DEVOIR réée par Florence Gagnon, fondatrice et présidente de Lez Spread the Word, et Chloé Robi- chaud (Sarah préfère la course, Pays, Trop), qui en signe le scénario et la réalisation, la série Féminin/Féminin est apparue sous la forme d\u2019un faux documentaire sur le Web en 2014, puis à Ar tv en 2016.En raison de contraintes de financement et de développement, il aura fallu attendre quatre ans avant de renouer avec leurs héroïnes dans le format d\u2019une websérie où Chloé Robichaud privilégie les portraits de groupe aux portraits solo ou de couple.« Finalement, ce n\u2019est pas mauvais qu\u2019il y ait eu quatre ans entre les deux saisons, croit la scénariste et réalisatrice.S\u2019il devait y avoir une troisième saison, je crois même que ce serait bien qu\u2019il y ait quelques années d\u2019écart.Je vois ça comme un avantage parce que les personnages doivent évoluer.» « Notre propos aussi ! renchérit Florence Gagnon.Le monde LGBT change tellement ! À mon avis, on est dans une période qui va marquer l\u2019histoire.Quand on a commencé, on voulait changer les choses.Ç\u2019a été bien d\u2019avoir une pause afin de réorienter notre discours, parce qu\u2019à l\u2019époque notre homosexualité était toute nouvelle, alors que maintenant on est plus établies dans nos vies.» C\u2019est sur une plage de Province- town qu\u2019on retrouve Céline (Macha Limonchik) et Julie (Sarah-Jeanne Labrosse), dont le couple est menacé par leur dif férence d\u2019âge, Steph (Ève Duranceau), confrontée aux envies de maternité de sa compagne Sam (Marie-Évelyne Lessard), qui est en rémission de son cancer, Alex (Alexa-Jeanne Dubé) et Anne (Kimberly Laferrière) qui, à l\u2019instar d\u2019Émilie (Éliane Gagnon) et Maude (Émilie Leclerc Côté), traversent une zone de turbulences, sur tout lors qu\u2019entre en scène une touriste française nommée Marion (Vanessa Gauvin Brodeur).Enfin installée à Montréal, Noémie (Julianne Côté) s\u2019intéresse à Lara (Nicole Doummar), qui vit ouvertement son homosexualité sur les réseaux sociaux, mais la cache à ses parents.Quant à la volage Léa (Noémie Yelle), elle est troublée de revoir JP (Zachary-David Dufour, découvert dans le documentaire Je suis trans), autrefois Justine, son premier amour.Modèles positifs demandés « La série est beaucoup influencée par ce qu\u2019on vit.En quatre ans, il y a eu un gros switch dans la communauté LGBT, où le \u201cT\u201d a pris une place impor tante.On devait donc en parler dans la série », explique Florence Gagnon.« C\u2019était important de parler de la réalité trans comme on parlait de la réalité lesbienne, c\u2019est-à-dire sous un jour authentique, réaliste et positif, renchérit Chloé Robichaud.Dans la deuxième saison, on a essayé de s\u2019ouvrir davantage à d\u2019autres réalités, pas seulement à notre noyau d\u2019amies.» S\u2019étant rencontrées à l\u2019université, Florence Gagnon et Chloé Robichaud partageaient depuis longtemps la volonté d\u2019offrir des modèles positifs d\u2019homosexualité féminine à l\u2019écran.Certes, elles en trouvent dans les séries Orange Is the New Black et Unité 9, «sauf qu\u2019elles sont en prison, on aimerait avoir d\u2019autres modèles», fait remarquer Florence Gagnon.Dans Féminin/Féminin, elles ont donc décidé de se pencher sur les enjeux quotidiens d\u2019un groupe d\u2019homosexuelles de leur génération dans une réalité montréalaise, laquelle n\u2019est pas nécessairement universelle.« Montréal est une bulle », reconnaît la cinéaste.Peu importe leur orientation et leur identité sexuelles, plusieurs se reconnaîtront dans les tribulations de l\u2019attachante petite bande.Pour ajouter au plaisir, il y aura quelques appari- tions-surprises, dont celles d\u2019une vedette d\u2019Orphan Black et d\u2019une politicienne bien connue.« Je trouve ça génial que des gens qui sont des alliés ou qui ne s\u2019identifient pas à la communauté LGBT puissent trouver qu\u2019on vit les mêmes choses qu\u2019eux.Je crois que ça va encourager la discussion.En même temps, il y a des insides que seules les lesbiennes, les bisexuelles ou les trans vont comprendre.Au fond, Féminin/Féminin, c\u2019est une ode à l\u2019amitié, pas que l\u2019amitié lesbienne, mais les relations humaines», résume Chloé Robichaud.« Dans notre communauté, c\u2019est encore plus impor tant parce que souvent, avec nos familles, c\u2019est plus complexe.On vit tous des mélodrames inter nes, on a une vie normale, bien qu\u2019assez dif férente.Chaque jour, je dis le mot \u201clesbienne\u201d, d\u2019où l\u2019importance d\u2019une série comme Féminin/Féminin pour les filles qui doivent s\u2019identifier comme lesbiennes tous les jours », conclut la présidente-fondatrice de Lez Spread the Word.Féminin/Féminin Tou.tv, dès mercredi Filmer pour mieux propager la fierté féminine La bande de Féminin/Féminin est de retour après quatre ans d\u2019absence Les idéatrices de la série Chloé Robichaud et Florence Gagnon et la comédienne Sarah-Jeanne Labrosse ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Lesbienne : ce mot mal-aimé Dans Féminin/Féminin, Alex (Alexa-Jeanne Dubé) dit trouver le mot « lesbienne» laid.Opinion partagée ou pas?«Je trouve la phonétique un peu désagréable en bouche, mais j\u2019adore ce mot pour tout ce qu\u2019il représente, confie Chloé Robichaud.Si je n\u2019aimais pas ce qu\u2019il représente, je n\u2019aurais pas fait cette série.C\u2019est un clin d\u2019œil pour montrer qu\u2019on rit aussi de nous-mêmes.Pour moi, être un modèle positif, c\u2019est aussi pouvoir faire preuve d\u2019ironie.» «On a appris à l\u2019aimer beaucoup, confirme Florence Gagnon.On n\u2019a d\u2019autre choix que de l\u2019aimer parce qu\u2019on doit le dire à peu près dix fois par jour.» C Au fond, Féminin/ Féminin, c\u2019est une ode à l\u2019amitié, pas que l\u2019amitié lesbienne, mais les relations humaines CHLOÉ ROBICHAUD » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI WIMBLEDON (4) É.-U.2004.Comédie sentimentale de Richard Loncraine avec Paul Bettany, Kirsten Dunst, Sam Neill.- Lors de son tournoi d\u2019adieu, un joueur de tennis sur le déclin se remet à gagner lorsqu\u2019il s\u2019éprend d\u2019une jeune consœur américaine.V 8h WINNIE (5) Fr.2017.Documentaire de Pascale Lamche.- Portrait de Winnie Madikizela-Mandela, championne de la lutte anti- apartheid aux côtés de son époux Nelson Mandela, puis figure controversée du nouveau régime.PBS (WETK) 12h ROCKY (4) É.-U.1976.Drame sportif de John G.Avildsen avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burgess Meredith.- Un boxeur de troisième ordre a l\u2019occasion d\u2019affronter un champion lors des célébrations du bicentenaire des États-Unis.CTV 13h CÉSAR ET ROSALIE (3) Fr.1972.Drame psychologique de Claude Sautet avec Yves Montand, Romy Schneider, Sami Frey.- Les réactions d\u2019un homme d\u2019âge mûr lorsque sa jeune compagne reprend contact avec un ancien amant.ARTV 13h ERAGON (5) É.-U.2006.Drame fantastique de Stefen Fangmeier avec Ed Speleers, Jeremy Irons, Sienna Guillory.- Un jeune fermier doit dompter un dragon pour délivrer son peuple dominé par un roi tyrannique.TVA 13h30 DUO À TROIS (5) (Something Borrowed), É.-U.2011.Comédie sentimentale de Luke Greenfield avec Ginnifer Goodwin, Kate Hudson, Colin Egglesfield.- Ayant avoué au fiancé de sa meilleure amie qu\u2019elle a toujours été amoureuse de lui, une avocate célibataire est stupéfaite d\u2019apprendre qu\u2019il partage ses sentiments.V 14h INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL (4) (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull), É.-U.2008.Aventures de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Shia LaBeouf, Cate Blanchett.- En 1957, un archéologue part à la recherche d\u2019un mystérieux crâne de cristal convoité par un commando soviétique.TVA 15h30 EDWARD AUX MAINS D\u2019ARGENT (3) (Edward Scissorhands), É.-U.1990.Comédie fantaisiste de Tim Burton avec Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest.- Une vendeuse de produits de beauté ramène d\u2019une visite à un sinistre château un étrange garçon qui a des ciseaux à la place des mains.TQ 18h SANS ISSUE (4) (No Escape), É.-U.2015.Thriller de John Erick Dowdle avec Owen Wilson, Lake Bell, Pierce Brosnan.- Nouvellement installée dans un pays de l\u2019Asie du Sud-Est, une famille américaine se retrouve piégée au beau milieu d\u2019une violente révolte populaire contre les étrangers.TVA 18h30 MON FANTÔME D\u2019AMOUR (4) (Ghost), É.-U.1990.Drame fantastique de Jerry Zucker avec Patrick Swayze, Demi Moore, Whoopi Goldberg.- Devenu un fantôme après son assassinat, un jeune cadre se sert d\u2019un faux médium pour contacter sa compagne aux prises avec des criminels.V 18h30 WINNIE Voir samedi, 12h.PBS (WETK) 20h ESCOBAR (4) (Escobar \u2013 Paradise Lost), Fr.2014.Thriller d\u2019Andrea Di Stefano avec Benicio Del Toro, Josh Hutcherson, Claudia Traisac.- Tombé amoureux de la nièce du narcotrafiquant Pablo Escobar, un jeune surfeur canadien intègre l\u2019équipe du célèbre criminel, quelques années avant son arrestation en 1991.TVA 20h30 AUSTIN POWERS (4) (Austin Powers \u2013 International Man of Mystery), É.-U.1997.Comédie fantaisiste de Jay Roach avec Mike Myers, Elizabeth Hurley, Mimi Rogers.- Placés en état d\u2019hibernation en 1967, un espion et un criminel se réveillent en 1997 pour reprendre leur affrontement.MAX 20h30 UNE ÉDUCATION (3) (An Education), G.-B.2009.Comédie dramatique de Lone Scherfig avec Carey Mulligan, Peter Sarsgaard, Alfred Molina.- À Londres en 1962, une adolescente rêveuse et francophile s\u2019éprend d\u2019un trentenaire sophistiqué mais malhonnête, qui lui fait miroiter un mariage heureux.ARTV 21h LA FLEUR DE MON SECRET (3) Esp.1995.Comédie dramatique de Pedro Almodóvar avec Marisa Paredes, Juan Echanove, Imanol Arias.- Une auteure de romans à l\u2019eau de rose traverse une crise existentielle.TFO 21h MUNICH (3) É.-U.2005.Drame d\u2019espionnage de Steven Spielberg avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds.- Des agents recrutés par le Mossad pourchassent les responsables de l\u2019assassinat de onze athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de 1972 à Munich.TQ 22h LES SMATTES (4) Can.1972.Drame social de Jean-Claude Labrecque avec Daniel Pilon, Donald Pilon, Louise Laparé.- Ayant blessé involontairement un fonctionnaire, deux jeunes qui ont refusé de quitter leur village gaspésien sont poursuivis par la police.TFO 22h47 SANS LIMITES (4) (Limitless), É.-U.2011.Thriller de Neil Burger avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abbie Cornish.- Grâce à une pilule capable de stimuler l\u2019intégralité des fonctions cérébrales, un écrivain en panne d\u2019inspiration devient un génie de la finance aux ambitions politiques.TVA 23h15 LA BÊTE HUMAINE (2) Fr.1938.Drame de mœurs de Jean Renoir avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux.- Un mécanicien de locomotive songe à tuer le mari de celle qu\u2019il aime.TFO 0h27 LES AVENTURIERS DE L\u2019ARCHE PERDUE (3) (Raiders of the Lost Ark), É.-U.1981.Aventures de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Karen Allen, Paul Freeman.- Un professeur aventureux se rend en Égypte où il doit retrouver l\u2019Arche d\u2019alliance avant les nazis.TVA 1h15 DIMANCHE CLOCLO (5) Fr.2012.Drame biographique de Florent-Emilio Siri avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini.- La vie du chanteur de variétés Claude François, mort à 39 ans à Paris alors qu\u2019il s\u2019apprêtait à percer le marché anglophone.TVA 10h LA CHAMPIONNE (5) Can.1990.Drame sportif d\u2019Elisabeta Bostan avec Izabela Moldovan, Mircea Diaconu, Carmen Galin.- Les efforts d\u2019une jeune gymnaste qui s\u2019entraîne en vue de participer aux Jeux olympiques.VRAK 10h EDWARD AUX MAINS D\u2019ARGENT Voir samedi, 18h.TQ 12h L\u2019AILE OU LA CUISSE (4) Fr.1976.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Coluche, Julien Guiomar.- L\u2019éditeur d\u2019un guide gastronomique est en lutte contre le président d\u2019une chaîne de restaurants.ARTV 12h NADIA (5) Fr.2016.Drame social de Léa Fazer avec Barbara Schulz, Thomas Doret, Arié Almaleh.- Une mère célibataire sombre dans la spirale de l\u2019achat compulsif et du surendettement pour offrir à son fils les vêtements et gadgets technologiques qui lui permettront de s\u2019intégrer.TV5 13h JOHNNY MNÉMONIQUE (5) (Johnny Mnemonic), Can.1995.Science-fiction de Robert Longo avec Keanu Reeves, Dolph Lundgren, Takeshi.- En 2021, un jeune courrier entreprend une mission périlleuse consistant à transporter une formule secrète implantée dans son cerveau.Z 14h ALASKA (5) É.-U.1996.Aventures de Fraser C.Heston avec Thora Birch, Vincent Kartheiser, Dirk Benedict.- Deux enfants partent à la rescousse de leur père dont l\u2019avion s\u2019est écrasé en Alaska.TVA 14h CHASSE AU TRÉSOR (5) (Fool\u2019s Gold), É.-U.2008.Aventures d\u2019Andy Tennant avec Matthew McConaughey, Kate Hudson, Donald Sutherland.- Un couple qui vient de divorcer décide de faire équipe pour retrouver un trésor dans la mer des Caraïbes.V 14h30 LOIN DES YEUX (4) (Going the Distance), É.-U.2010.Comédie sentimentale de Nanette Burstein avec Drew Barrymore, Justin Long, Charlie Day.- Une aspirante journaliste de San Francisco et un employé d\u2019une maison de disques de New York font le pari de la relation amoureuse à distance.V 17h AUSTIN POWERS Voir samedi, 20h30.MAX 17h30 P.S.JE T\u2019AIME (5) (P.S.I Love You), É.-U.2007.Drame sentimental de Richard LaGravenese avec Hilary Swank, Gerard Butler, Kathy Bates.- Une jeune New-Yorkaise reçoit de son mari récemment décédé des lettres lui indiquant la marche à suivre pour passer à travers son deuil.V 19h15 UNE AUTRE VIE (4) Fr.2013.Drame sentimental d\u2019Emmanuel Mouret avec Jasmine Trinca, JoeyStarr, Virginie Ledoyen.- Une pianiste classique voit sa liaison et ses projets d\u2019avenir avec un électricien compromis par les manigances de l\u2019épouse de ce dernier.TQ 21h DANS LA MAISON (3) Fr.2012.Comédie dramatique de François Ozon avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas.- Un adolescent s\u2019immisce dans la maison d\u2019un camarade de lycée et fait le récit épisodique de ses découvertes à son professeur de français, qui s\u2019embarque alors dans un jeu dangereux.ARTV 21h DEAD MAN (3) É.-U.1995.Western de Jim Jarmusch avec Johnny Depp, Gary Farmer, Lance Henriksen.- Gravement blessé, un hors- la-loi traqué reçoit l\u2019aide d\u2019un Amérindien érudit.TFO 21h WINNIE Voir samedi, 12h.PBS (WCFE) 23h BUFFET FROID (3) Fr.1979.Comédie satirique de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu, Bernard Blier, Jean Carmet.- D\u2019étranges relations s\u2019établissent entre un chômeur, un policier et un étrangleur.TFO 23h03 AMIS MODERNES (4) (Friends With Benefits), É.-U.2011.Comédie sentimentale de Will Gluck avec Mila Kunis, Justin Timberlake, Patricia Clark- son.- Une chasseuse de têtes et le directeur artistique d\u2019un magazine pour hommes entament une liaison sur la promesse que celle-ci demeurera purement sexuelle.TVA 23h15 LA FLEUR DE MON SECRET Voir samedi, 21h.TFO 0h38 LUNDI PRESENTING PRINCESS SHAW (3) Isr.2015.Documentaire d\u2019Ido Haar.- Une infirmière afro- américaine ignore qu\u2019une de ses chansons a capella publiée sur YouTube a connu un succès mondial dans une version avec instruments conçue par un bidouilleur israélien.PBS (WETK) 10h LA VALLÉE DES NUAGES (4) (A Walk in the Clouds), É.-U.1995.Drame sentimental d\u2019Alfonso Arau avec Keanu Reeves, Aitana Sanchez-Gijon, Gi- ancarlo Giannini.- En 1945, une jeune fille enceinte qui craint la colère de son père demande à un soldat de jouer le rôle de son mari pour sauver les apparences.TVA 13h CONGORAMA (3) Can.2006.Comédie dramatique de Philippe Falardeau avec Olivier Gourmet, Paul Ahmarani, Jean-Pierre Cassel.- À la recherche au Québec de ses parents naturels, un inventeur belge fraternise avec un jeune bohème cherchant à réhabiliter la mémoire de son père.TQ 13h TI-CUL TOUGAS (4) Can.1975.Comédie de mœurs de Jean-Guy Noël avec Claude Maher, Micheline Lanctôt, Suzanne Garceau.- Réfugiés aux îles de la Madeleine avec de l\u2019argent volé, un musicien et son amie préparent leur fuite en Californie.TFO 21h DO NOT RESIST (4) É.-U.2016.Documentaire de Craig Atkinson.- Regard sur la militarisation croissante des forces de police américaines, et sur la tendance du gouvernement à transformer en guerriers hostiles ceux qui devraient protéger la population.PBS (WCFE) 22h DEAD MAN Voir dimanche, 21h.TFO 23h53 À L\u2019AUTRE BOUT DU FIL (5) (The Other End of the Line), É.-U.2008.Comédie sentimentale de James Dodson avec Jesse Metcalfe, Shria Saran, Austin Basis.- Travaillant dans un centre d\u2019appels à Mumbai, une jeune femme se rend à San Francisco afin d\u2019y rencontrer un client dont elle s\u2019est éprise au téléphone.TVA 0h35 LA FLEUR DE MON SECRET Voir samedi, 21h.TFO 2h MARDI FOR AHKEEM (3) É.-U.2017.Documentaire de Jeremy S.Levine.- Les efforts d\u2019une adolescente noire du Missouri pour achever ses études secondaires et élever son fils, malgré le dossier criminel et le futur incertain du père de ce dernier.PBS (WETK) 20h LA MOUSTACHE (3) Fr.2005.Drame psychologique d\u2019Emmanuel Carrère avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric.- Un architecte s\u2019étant rasé la moustache plonge dans l\u2019abîme du doute lorsque ni sa femme ni ses amis ne remarquent le changement.TFO 21h L\u2019AILE OU LA CUISSE Voir dimanche, 12h.ARTV 23h TI-CUL TOUGAS Voir lundi, 21h.TFO 0h FOR AHKEEM Voir mardi, 20h.PBS (WETK) 0h MARINA (5) Bel.2013.Drame biographique de Stijn Coninx avec Matteo Simoni, Luigi Lo Cascio, Evelien Bosmans.- Bravant les préjugés de son père et de la société belge des années 1950, un jeune immigrant italien tente de faire carrière dans la musique.TVA 0h35 DEAD MAN Voir dimanche, 21h.TFO 1h26 MERCREDI FOR AHKEEM Voir mardi, 20h.PBS (WETK) 14h OZ \u2013 LE MAGNIFIQUE (4) (Oz \u2013 The Great and Powerful), É.-U.2013.Drame fantastique de Sam Raimi avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz.- Un illusionniste de foire est parachuté dans un pays merveilleux dont les sorcières dirigeantes croient qu\u2019il est le magicien sauveur annoncé par une prophétie.MP 16h30 MA FEMME EST UNE ACTRICE (4) Fr.2001.Comédie dramatique d\u2019Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Terence Stamp.- Un journaliste sportif traverse une crise de jalousie lorsque sa femme, une actrice célèbre, tourne avec un don juan du cinéma.TFO 21h DO NOT RESIST Voir lundi, 22h.PBS (WETK) 0h LA MOUSTACHE Voir mardi, 21h.TFO 0h03 LETTRES À JULIETTE (5) (Letters to Juliet), É.-U.2010.Comédie sentimentale de Gary Winick avec Amanda Seyfried, Vanessa Redgrave, Christopher Egan.- En Italie, une jeune Américaine et le petit- fils d\u2019une vieille dame anglaise accompagnent cette dernière dans la quête de son premier amour.TVA 0h35 TI-CUL TOUGAS Voir lundi, 21h.TFO 1h44 JEUDI OZ \u2013 LE MAGNIFIQUE Voir mercredi, 16h30.MP 12h DEVINE QUI (5) (Guess Who), É.-U.2005.Comédie sentimentale de Kevin Rodney Sullivan avec Ashton Kutcher, Bernie Mac, Zoe Saldana.- Une jeune Afro-Américaine doit faire accepter à ses parents son mariage avec un courtier de race blanche.TVA 13h DO NOT RESIST Voir lundi, 22h.PBS (WETK) 14h LE RÈGNE DU FEU (4) (Reign of Fire), É.-U.2002.Drame fantastique de Rob Bowman avec Christian Bale, Matthew McConaughey, Izabella Scorupco.- Dans un futur post-apocalyptique, des humains réfugiés dans un château fort sont en proie aux attaques de dragons.MP 21h VOUS N\u2019AVEZ ENCORE RIEN VU (4) Fr.2012.Drame d\u2019Alain Resnais avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Anne Consigny.- Appelés à juger de la qualité d\u2019une nouvelle version de la pièce d\u2019un dramaturge décédé captée sur vidéo, les interprètes originaux en viennent à rejouer leurs personnages.TFO 21h DANS LA MAISON Voir dimanche, 21h.ARTV 22h DERRIÈRE LA SCÈNE (4) (Green Room), É.-U.2016.Thriller de Jeremy Saulnier avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart.- Témoins d\u2019un meurtre commis dans le bar néonazi où ils se produisaient, des musiciens punks se barricadent dans la loge pour échapper au patron qui veut les éliminer.Z 23h HONNÊTES CITOYENS (5) (Good People), G.-B.2014.Drame policier de Henrik Ruben Genz avec James Franco, Kate Hudson, Omar Sy.- Pour financer son projet de rénovation immobilière à Londres, un couple de Chicago lourdement endetté utilise le magot trouvé chez un locataire qui aurait été assassiné.TVA 23h35 MA FEMME EST UNE ACTRICE Voir mercredi, 21h.TFO 0h28 DANGER À BANGKOK (5) (Bangkok Dangerous), É.-U.2008.Thriller de Danny Pang avec Nicolas Cage, Shahkrit Yammarm, Charlie Young.- En mission à Bangkok, un tueur à gages américain prend sous son aile un pickpocket frimeur puis s\u2019éprend d\u2019une pharmacienne sourde et muette.TVA 1h20 LA MOUSTACHE Voir mardi, 21h.TFO 2h06 VENDREDI SHAKESPEARE ET JULIETTE (3) (Shakespeare in Love), É.-U.1998.Comédie sentimentale de John Madden avec Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Colin Firth.- À Londres en 1593, un dramaturge trouve l\u2019inspiration en tombant amoureux d\u2019une jeune noble promise à un lord.VIE 13h REMORQUES (4) Fr.1942.Drame psychologique de Jean Grémillon avec Jean Gabin, Michèle Morgan, Madeleine Renaud.- Le capitaine d\u2019un petit navire dont l\u2019épouse est malade s\u2019éprend d\u2019une autre femme.TFO 21h SANS RÉPIT (4) (Restless), É.-U.2011.Drame psychologique de Gus Van Sant avec Mia Wasikowska, Henry Hopper, Ryo Kase.- Un adolescent orphelin aux idées morbides s\u2019éprend d\u2019une jeune fille dont les jours sont comptés.TQ 23h30 BLITZ (5) G.-B.2011.Drame policier d\u2019Elliott Lester avec Jason Statham, Paddy Considine, Aidan Gillen.- Un détective londonien aux méthodes brutales tente d\u2019épingler un tueur en série qui s\u2019en prend à ses collègues.TVA 23h35 VOUS N\u2019AVEZ ENCORE RIEN VU Voir jeudi, 21h.TFO 23h56 SHAKESPEARE ET JULIETTE Voir vendredi, 13h.VIE 1h L\u2019AILE OU LA CUISSE Voir dimanche, 12h.ARTV 1h30 PIÉGÉE (4) (Haywire), É.-U.2011.Thriller de Steven Soderbergh avec Gina Carano, Ewan McGregor, Michael Fassbender.- Une super soldate à la solde d\u2019une agence privée entreprend de découvrir l\u2019identité de ceux qui ont tenté de la compromettre.TVA 1h35 MA FEMME EST UNE ACTRICE Voir mercredi, 21h.TFO 1h57 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 Du 29 janvier au 4 février 2018 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG Palmarès Romans étrangers Lumière noire Lisa Gardner/Albin Michel 1/4 Abigaël, messagère des anges \u2022 Tome 3 Marie-Bernadette Dupuy/JCL 2/3 Couleurs de l\u2019incendie Pierre Lemaitre/Albin Michel 4/4 L\u2019amie prodigieuse \u2022 Tome 4 L\u2019enfant perdue Elena Ferrante/Gallimard 3/3 Origine Dan Brown/Lattès 5/17 Darker.Cinquante nuances plus sombres par Christian E.L.James/Lattès 6/8 Le Women murder club \u2022 Tome 15 La 15e affaire James Patterson | Maxine Paetro/Lattès 7/4 Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 8/20 L\u2019homme craie C.J.Tudor/Flammarion Québec \u2013/1 4 3 2 1 Paul Auster/Actes Sud 9/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/67 Le peuple rieur.Hommage à mes amis Innus Serge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 2/11 Ce qu\u2019on ne vous dit pas sur le changement climatique Gilles Brien/Homme \u2013/1 Désordonnances Alain Vadeboncoeur/Lux 3/10 La fin des exils.Résister à l\u2019imposture des peurs Jean-Martin Aussant/Atelier 10 7/11 Le totalitarisme pervers d'une multinationale au pouvoir Alain Deneault/Écosociété \u2013/1 Le banc du temps qui passe.Méditations cosmiques Hubert Reeves/Seuil 10/3 Les batailles d'Internet.Assauts et résistances à l'ère du.Philippe de Grosbois/Écosociété \u2013/1 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 4/4 Lettres à une jeune entrepreneure Alexandre Taillefer | Pierre Cayouette/VLB 5/2 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/102 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/21 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 4/11 Tueurs en série Charlotte Greig/Broquet 3/3 Utopia XXI Aymeric Caron/Flammarion 8/3 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 6/45 Habiter le monde.Essai de politique relationnelle Felwine Sarr/Mémoire d\u2019encrier \u2013/1 Psychothérapie de Dieu Boris Cyrulnik/Odile Jacob 9/4 Dire non ne suffit plus.Contre la stratégie du choc de.Naomi Klein/Lux 5/2 Vous écrivez?Le roman de l'écriture Jean-Philippe Arrou-Vignod/Gallimard \u2013/1 Romans québécois Affaires privées Marie Laberge/Québec Amérique 2/14 Il y aura des morts Patrick Senécal/Alire 1/12 La veuve de Labelle Lucy-France Dutremble/Guy Saint-Jean 6/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 3 Les rafales Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/11 L\u2019héritage du clan Moreau \u2022 Tome 1 Hector Colette Major-McGraw/Guy Saint-Jean 3/3 Sur le quai des gares Pascal Cloutier/JCL \u2013/1 Maudite Saint-Valentin Cynthia Maréchal/Les Éditeurs réunis 5/4 Bon chien Sarah Desrosiers/Septentrion \u2013/1 Avec un grand A Janette Bertrand/Libre Expression 10/13 L\u2019allumeuse Suzanne Myre/Marchand de feuilles 9/2 MANON DUMAIS LE DEVOIR Un ogre chez Poutine Réalisé par Ella Lerkess, ce sixième épisode de la deuxième saison de la série documentaire française Topoï s\u2019intéresse à Gérard Depardieu, qui a défrayé la chronique lorsqu\u2019il a quitté la France, en 2012, d\u2019abord pour la Belgique, puis pour la Russie, où il fut accueilli à bras ouverts par Vladimir Poutine.Entrecoupé de pubs tournées en Russie mettant en vedette le grand acteur français, d\u2019extraits de films inoubliables \u2014 Les valseuses de Blier, Camille Clau- del de Nuytten, Cyrano de Rappe- neau \u2014, ce portrait laisse entendre que cet affront fait à son pays natal reflète ce que bon nombre de Français ressentent, c\u2019est-à-dire une profonde insatisfaction devant les politiques, le climat ambiant, l\u2019avenir incertain.Un portrait ludique du boulimique interprète d\u2019Obélix.Topoï Planète +, dimanche, 21h Nouvelles voix Avec ses cotes d\u2019écoute frôlant les 2,5 millions de téléspectateurs, La voix s\u2019avère sans contredit l\u2019un des plus grands succès de TVA.Pour sa sixième saison, le populaire concours de chant promet de la nouveauté.Aux côtés du vétéran Éric Lapointe, on retrouvera Lara Fabian, Garou et Alex Nevsky dans les rôles des nouveaux juges.Serviront de mentors Nanette Workman, Laurence Jalbert, Yann Perreau et Kevin Parent.Pour sa part, l\u2019animateur Charles Lafortune demeure fidèle au poste le dimanche soir, tandis qu\u2019Anouk Meunier sera la confidente des participants chaque lundi à 19h.La voix TVA, dimanche, 19h La voix extra TVA, lundi, 19h Labrecque à la rencontre de Duvivier Péribonka, 1934.Julien Duvivier, Jean Gabin, Madeleine Renaud (notre photo) et plusieurs autres artistes et artisans français viennent tourner une adaptation du roman de Louis Hémon Maria Chapdelaine.Huit décennies plus tard, Jean-Claude Labrecque et son équipe tentent patiemment de reconstituer le fil de ce tournage mythique avec les fragments de souvenirs des témoins du temps et un court making of de Maria Chapdelaine de J.E.Chabot.En résulte une réflexion fascinante sur la mémoire et sur les frontières entre la réalité et la fiction.Sur les traces de Maria Chapdelaine Unis, dimanche, 21h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 SU R L E S T R AC E S D\u2019O B É L I X Le visionnement en continu de la semaine Alors que Freaks and Geeks, de Paul Feig, faisait revivre le début des années 1980 il y a presque vingt ans, Everything Sucks, de Ben York Jones et Michael Mohan, ressuscite les années 1990.Campée à Boring («ennuyeux»), en Oregon, en 1996, la série met en scène deux clans d\u2019une école secondaire qui s\u2019opposent : les membres du club audiovisuel et ceux de la troupe de théâtre.Toutefois, ces deux bandes de «rejets» n\u2019auront d\u2019autre choix que d\u2019unir leurs forces pour survivre à l\u2019enfer du secondaire.Une série de dix épisodes de trente minutes destinée aux ados et aux nostalgiques de l\u2019époque du VHS.Everything Sucks Netflix, dès vendredi L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 02/11 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles VLOG La Voix / Auditions à l'aveugle 21h15 La vraie nature 22h15 Obèse 22h45 TVANou.Cinéma TQ Curieux Bégin / Avec Patrice Demers, Marie-Josée Beaudoin, Catherine Sénart et Luc Guérin UNE AUTRE VIE (2013) Joey Starr.22h45 Like! F.-tireurs V 17h00 LOIN DES YEUX (2010) 19h15 P.S.JE T'AIME (2007) avec Gerard Butler, Lisa Kudrow, Hilary Swank.ON A KIDNAPPÉ MON MARI (2016) ICI RDI Enquête Le National Les grands reportages Le Téléjournal L'Épicerie Le Téléjournal Isabelle Richer Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Tendance 22h45 Échos-L.Journal/ L'invité CANAL D Comédie Club Docu-D Transport Déroute Transports Cauchemar sur l'autoroute L'ombre CANAL VIE Maigrir pour gagner Maux mystères La vie avec des quintuplées Encan et flip au Texas Nate et Jeremiah: designers Décore ta vie RDS 15h00 Golf Sports 30 25 ans d'émotions PyeongChang 2018 - Snowboard (F) slopestyle (D) Sports 30 Sports 30 Images/sec.HISTORIA Récupérateurs Récupérateurs Confessions Hells Shotgun Ménard Braqueurs Braqueurs Légendes Légendes Fous bolides ICI ARTV C'est juste de la TV La soirée est (encore) jeune Virtuose / Jacques Forestier DANS LA MAISON (2012) avec Vincent Schmitt, Fabrice Luchini.Juste du web EXPLORA S'aime chien Curiosités Le refuge de l'espoir Alex+Tyler, éco Sur les routes de la science Planète techno Découverte Sexplora Z Maripier! P.Lemieux Plus dur Prêt sur gage Les hors-la-loi du volant Star Trek: Discovery Garage Comédie Américars SAVOIR Monde Sociologie Planète Terre 10 découvertes FutureMag Électron/ Thèse uniVERT Voir autrement 22h20 Métiers Vues d'UQAM Cinéma québec TFO Subito texto Top!/ Top! Boum, canon Danse rêves Mosquée Citoyen monde DEAD MAN (1996) avec Johnny Depp, Gabriel Byrne.Cinéma Planète 17h30 Porteurs Dans l'univers de Christie's C'est pas pour nous! Topoï: L'époque / Depardieu Côtes d'Europe Tanks: Dans l'enfer CBC PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal The Big Bang The Big Bang Match Game The Amazing Race Shark Tank / Rohan Oza National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Big Brother: Celebrity Edition Superstore Superstore Madam Secretary / News Cycle Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Celebrity Family Feud Celebrity Family Feud Shark Tank / Rohan Oza News at 11 CBS 15h00 Golf Weekend News 60 Minutes Big Brother: Celebrity Edition NCIS: Los Angeles / Assets Madam Secretary / News Cycle 3 News PBS (33) Great British Baking / Botanical A Place to Call Home Masterpiece Classic Masterpiece Classic Secret Agents Midwife UNIS Le p'tit cabaret À fond de train / Niagara Falls Chair de poule Chair de poule Radio enfer Radio enfer Galaxie près Galaxie près Peaky Blinders HBO 17h45 CITIZEN JANE: BATTL.19h20 BORN TO BE BLUE (2015) Ethan Hawke.Here and Now / Eleven Eleven Divorce Crashing High Main TVA Sports Le TVA sports RAW Red Bull Signature Series Ski Mag Le TVA sports Tennis 02/10 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles SANS ISSUE (2015) avec Pierce Brosnan, Lake Bell.ESCOBAR (2014) avec Josh Hutcherson, Benicio del Toro.22h45 TVANou.Cinéma TQ EDWARD AUX MAINS D'ARGENT (1990) Johnny Depp.Les francs-tireurs Belle et Bum MUNICH (V.F.) (2005) Eric Bana.V Cinéma MON FANTÔME D'AMOUR (1990) avec Whoopi Goldberg, Patrick Swayze.21h15 LA SAINT-VALENTIN (2010) avec Bradley Cooper, Julia Roberts.ICI RDI La Semaine verte Le National Le National Découverte Le Téléjournal La Facture Le Téléjournal National hebdo Reportages TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche prochain Stars 80 triomphe! Journal/ L'invité CANAL D Cuban Chrome Mayday Comédie Club Réal Béland, une autre planète Grand Rire Déroute CANAL VIE À la conquête d'une maison La réno Mini-maisons Petite ville, grandes rénos Marié ou éliminé Conscience morale Cinéma RDS 16h00 PGA Golf (D) 24CH glace Hors-jeu 2.0 PyeongChang 2018 - Snowboard (H) slopestyle, Ski alpin (H) descente (D) L'histoire HISTORIA De l'acier et du feu / Le shotel De l'acier et du feu Les armuriers Les armuriers Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Légendes ICI ARTV Info, sexe PaparaGilles Amour du country / Hillbilly La soirée est (encore) jeune UNE ÉDUCATION (2009) avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan.Défier la magie EXPLORA Animo Pharmachien À la recherche du sportif parfait Sexe: Les dessous de la science 21h50 Ailes Détourner Sexplora Secouristes de Z Fous Science Comédie Le web obscur Seuls et tout nu Trop fou pour être vrai?Le trône de fer / Baisée par le feu SAVOIR Révolte 18h50 L'ONU Reportage Géo 19h50 L'ONU Voir autrement 20h50 Métiers Monde Sociologie Face à Face uniVERT TFO Subito texto Top!/ Top! Flip Danse rêves Mosquée Citoyen monde LA FLEUR DE MON SECRET (1995) 22h45 LES SMATTES (1972) Planète Tanks: Dans l'enfer J'ai vu changer la Terre Les présidents et l'argent Panoramas Namibie Big Bang CBC CBC News PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal W5 / Drugtown VALENTINE EVER AFTER (2016) Autumn Reeser.Cardinal / El Brujo National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur A FIGHTING MAN (2014) avec Kim Coates, Dominic Purcell.Mary Kills People / Fatal Flaw Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend NBA Countdwn NBA Basketball / Spurs de San Antonio c.Warriors de Golden State (D) News at 11 CBS 16h00 PGA Golf (D) Ch.3 News Outdoor A.MacGyver / Ruler Hawaii Five-0 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Coupling Masterpiece Classic / Poldark Death in Paradise Partie 1 de 2 Austin City UNIS Trait d'humour Les filles de Caleb Captive Peaky Blinders Fortitude Retour sources HBO Cinéma 18h25 Meth Storm 2 Dope Queens Divorce Divorce Divorce Divorce Agnelli TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Predators de Nashville c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette Dans le ring (D) S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR L\u2019Homo urbanus perdra de deux à trois ans à faire la file dans sa vie.Une attente répétitive, quotidienne, qui pourra vite devenir une source de frustration, voire de stress ou même de franche colère.Dans Adieu à la queue leu leu, le journaliste Josh Freed traque impitoyablement ce mal de notre civilisation, de ses origines au XVIIIe siècle jusqu\u2019à nos jours tourmentés.En compagnie de scientifiques et de sociologues, le cinéaste et écrivain montréalais enfile faits, témoignages et observations avec son bagout habituel.Le ton est bon enfant, mais le regard n\u2019en est pas moins perçant alors qu\u2019on déambule en sa compagnie de Montréal la dissipée à Londres la très sage, en passant par Mumbai la parfaite anarchique.En filigrane, c\u2019est la science des files qui émerge de ce panorama à hauteur de chevilles qui vole bien au- dessus de la mêlée, même s\u2019il flirte parfois avec quelques lieux communs.C\u2019est que Josh Freed ne se contente pas de déculotter les files qui plombent le bitume et le terrazzo des villes, il pourfend aussi celles qui s\u2019attaquent aux esprits : attente téléphonique ou virtuelle au premier chef.La pire attente étant celle dont la durée et l\u2019issue sont inconnues, une agonie que ceux qui ont fait le pied de grue dans une clinique sans-ren- dez-vous au Québec reconnaîtront sans peine.Heureusement, il y aurait de la lumière au bout de la queue, l\u2019intelligence artificielle et les algorithmes aidant.Trop vite expédiée, elle reste la partie la plus faible de ce documentaire qui, autrement, s\u2019avère sociologiquement captivant.Adieu à la queue leu leu D, mercredi, 22h En reprise vendredi, 13h Vivre dans l\u2019attente Josh Freed traque un mal croissant de notre civilisation, la file d\u2019attente SU R VOS ÉC R A N S Maison-Blanche animée L\u2019animateur et humoriste Stephen Colbert produit cette série d\u2019animation en dix épisodes mettant en scène le quotidien du président Trump et son entourage, qui était déjà proposée à doses homéopathiques dans son émission de fin de soirée.C\u2019est gras, gros, mais tout de même amusant.À coups de demi-heures, c\u2019est par contre peut-être un peu trop\u2026 Our Cartoon President Showtime et CraveTv, dimanche, 20h 02/12 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles Le Tricheur La Voix: Extra En tout cas L'échappée / Bonnie and Clyde Fugueuse / Rébellion TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc / Le soldat et la mort Formule Diaz Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Danser gagner Rire et délire Mets-y le Ça décolle Scorpion / Very Bad Flip Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Mixeur Champions Bois d'ébène Tanks: Dans l'enfer Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Transports Enchères Structures abandonnées Phénomènes vus de l'espace R.I.S, police scientifique Comédie Club CANAL VIE La belle gang ByeMaison Quoi ton plan?Maigrir pour gagner Marié ou éliminé À la conquête d'une maison La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° PyeongChang 2018 - Curling doubles mixtes médaille de bronze, Snowboard (F) demi-lune (D) Sports 30 Olympiques HISTORIA Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Boardwalk ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Info, sexe PaparaGilles Dieux de la danse / Sally Folk Sylvie aime Maurice Défier la magie Esprit critique EXPLORA Îles de beauté Alex+Tyler, éco Afrique sauvage Repères À l'épreuve d'une tribu Rivalité de génies Exploration Z Remorquage Dans l'net Les pires chauffards québécois Star Trek: Discovery Animal Kingdom The Leftovers (v.f.) Star Trek: Voy.SAVOIR Face à Face uniVERT Découvertes Santé! Autisme Un grand pas 21h50 De neuf uniVERT Monde Saint-Laurent TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Conseils Carte de visite TI-CUL TOUGAS (1975) Micheline Lanctôt.22h25 Visite 22h55 Citoyen Planète Planète influence / La terre Sous le radar Tété ou Dédé?/ Jamaïque Catastrophe nucléaire Panoramas Lumière crue CBC CBCNews Coronation St.PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Lucifer / Off the Record The Amazing Race The Good Doctor / Not Fake CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition NCIS: New Orleans Private Eyes / Mise en Place Global News ABC News at 6 News Local 22 News Hidden History The Bachelor The Good Doctor / Not Fake News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Super Donuts 9JKL Scorpion / Sharknerdo Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow POV / Do Not Resist UNIS Pense vite! Cracks du lab Voyage Oiseaux Hors circuits / Port d'attache À plein gaz Chars Peaky Blinders Canada, nature HBO MAUDIE (2016) ATOMIC HOMEFRONT (2017) Dawn Chapman.21h45 Here and Now 22h45 Divorce 23h15 Crashing TVA Sports 17h30 #Lavoie LHJMQ Hockey Dave Morissette en direct Le TVA sports LHJMQ CANAL D | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 02/16 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Requiem TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passager Électrons Curieux Bégin / Bouffe d'athlète Un chef à la cabane Deux hommes en or Like-moi! Belle et Bum V Souper parfait Détestables L'arbitre SQ 911 BLESSURES FATALES (2001) avec DMX, Isaiah Washington, Steven Seagal.ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands report Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les flots Rendez-vous en Terre / Arthur chez les Quechuas au Pérou Champions Au service Journal/ C à dire CANAL D R.I.S, police scientifique En quête de vérité Opération Police Marche à l'ombre Détectives Frontières CANAL VIE La vie avec des quintuplées Quoi ton plan?Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Maigrir pour gagner ByeMaison Chic Shack Chalet RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 - Curling (F), Hockey sur glace (H) (D) HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Les montagnards Les montagnards Les montagnards / Coincé L'acier et feu ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Mission X Ils étaient dix Info, sexe PaparaGilles C'est juste de la TV Fatale-Station EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Exploration glaciale Géants de la construction Sexplora Gagner Épreuve tribu Z Remorquage Dans l'net Maripier! P.Lemieux Fous Week-end Garage Prêt sur gage SNCTM Banshee / Un temps pour tuer SAVOIR Au coeur du cinéma québécois Apostrophes 20h15 Universc Secrets Électron/ Thèse Encore plus FutureMag 10 découvertes Un grand pas TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse rêves TFO 24.7 REMORQUES (1941) avec Madeleine Renaud, Jean Gabin.22h55 Citoyen Planète Planète influence / L'homme Namibie Big Bang Les porteurs d'espoir Frat Boys: Dessous J'ai vu changer la Terre Patrimoine CBC CBCNews Coronation St.PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Shark Tank The Amazing Race Partie 2 de 2 Blue Bloods / Out of the Blue CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Private Eyes / The Six Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition WRECK-IT RALPH (2012) avec Jane Lynch, Jack McBrayer.20/20 News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Blue Bloods / Out of the Blue Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week #MeToo, Now American Masters / Maya Angelou Business UNIS Pense vite! Bizarroscope Galaxie près Galaxie près Radio enfer Radio enfer Chair de poule Chair de poule Le p'tit cabaret Voyante/ Au gré HBO 18h10 War Dog: Best Friend 19h20 ATOMIC HOMEFRONT (2017) Dawn Chapman.Banshee Real Time With Bill Maher Strike Back TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match Hockey D.Morissette 22h15 Kevin 22h45 TVA sp.23h15 Esports 02/15 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles Le Tricheur J.E.Face au mur / Cathy et Mélanie Survivant désigné TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue 100% Animal Génial! Mc$ween La cure / Continuer Dans les médias SOS sages-femmes Honorable V Souper parfait Danser gagner APB: Alerte / Bras de fer NCIS: Los Angeles / Escapade L'amour est dans le pré Atomes Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Traqueur de serpents Îles.une fois / L'océan Indien L'ardèche au fil des saisons La vie / Kirghizistan Journal/ C à dire CANAL D Festival Grand Rire Michelle ou la vie sauvage Les dossiers de la NASA Le péché originel Docu-D CANAL VIE La belle gang La vie avec des quintuplées À la conquête d'une maison Nate et Jeremiah: designers La réno Chic Shack La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° 24CH glace L'antichambre (D) Hockey 360° LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Coyotes de l'Arizona (D) HISTORIA Chasseurs Chasseurs Légendes Légendes Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Nos ancêtres les extraterrestres Extraterrestres ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Info, sexe PaparaGilles Esprit critique Fatale-Station DANS LA MAISON (2012) Fabrice Luchini.EXPLORA Le dernier des grizzlys Animal Fight Club (v.f.) Nature en équilibre Aéroport aux rayons X Repères Un film, une histoire Z Remorquage Dans l'net Seuls et tout nu Trop fou pour être vrai?Maripier! Comédie Les hors-la-loi du volant Cinéma SAVOIR Santé! Découvertes Un grand pas 19h50 De neuf 21e Siècle Cent regards Sociologie uniVERT Québec monde Planète Terre Révolte TFO Amélie/ Je dors Top!/ Top! Flip Motel Monstre Lightning Point VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU (2012) avec Pierre Arditi, Mathieu Almaric.Planète Planète sous influence / Le feu J'ai vu changer la Terre Le Soldat méconnu Tanks: Dans l'enfer Catastrophe nucléaire Panoramas CBC CBCNews Coronation St.PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon The Amazing Race Partie 1 de 2 Criminal Minds CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight INSURGENT (2015) avec Theo James, Kate Winslet, Shailene Woodley.BorderSecur Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Bachelor Winter Games How to Get Away With Murder News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Life in Pieces S.W.A.T./ Seizure Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour World Circus 20h05 Namuli Guided The Doctor Blake Mysteries Masterpiece Theatre / Prime Suspect: Tennison UNIS Pense vite! Jenny/ Jenny Chez nous Couleurs locales Voyage Les filles de Caleb Les encanteurs Vu intérieur Goût du pays HBO 17h25 Newspaperman Real Time With Bill Maher Here and Now / Eleven Eleven Banshee 21h45 Banshee 22h35 Banshee TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match Hockey Dave Morissette en direct Le TVA sports Match étoiles 02/14 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Oeufs d'or Au secours de Béatrice Prémonitions / L'enlisement TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs La cure / Face à la réalité Chef cabane V Souper parfait Rire et délire Danser gagner Danser pour gagner / Le direct Chicago Justice Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 2 de 2 Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Partir Autrement en famille Envoyé spécial Les flots / Bali - Pemuteran Journal/ C à dire CANAL D Transports 24CH glace Remorqueurs Garage d'élite Australie: La ruée vers l'or Frontières Docu-D Michelle ou la CANAL VIE La belle gang Marié ou éliminé Petite ville, grandes rénos The Launch (v.f.) Design V.I.P.Mini-maisons La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LAH Hockey / Senators de Belleville c.Rocket de Laval (D) Hockey / Montréal vs Colorado (D) HISTORIA Restauration Restauration Restauration Restauration De l'acier et du feu De l'acier et du feu Aux armes! Braqueurs ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Lumière sur./ Pauline Martin Amour du country / Hillbilly Outlander: Le chardon et le tartan Virtuose / Jacques Forestier EXPLORA Couples insolites Couples insolites Couples insolites Polygames mais fidèles 22h50 Ailes Rivalité Z Remorquage Dans l'net Garage Ça passe Science Le web obscur Week-end Fous Silicon Valley Défi limo Cinéma SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte DeNeuf/ Idées FutureMag 10 découvertes Planète Terre Reportage Géo 22h20 L'ONU Santé! Découvertes TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse tes rêves MA FEMME EST UNE ACTRICE (2001) Charlotte Gainsbourg.23h05 Citoyen Planète Planète sous influence / Le vent Sous le radar J'ai vu changer la Terre Les cicatrices de la Justice Recherche Rêver le futur CBC CBCNews Coronation St.PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang The Big Bang The Launch / Giants Match Game / Colin Quinn CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Bull / Light My Fire Private Eyes Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Speechless Modern Family Am.Housewife Match Game / Colin Quinn News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Amazing Race Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Globe Trekker Nature / Animals With Cameras Nova / Great Escape at Dunkirk Impossible Builds Business UNIS Pense vite! Top science Vu intérieur Goût du pays Bouffe en cavale Captive Vertige À plein gaz HBO Cinéma THE DEVIL'S HORN (2016) Gery Dumoulin.Crashing Divorce Banshee Banshee / The Kindred 22h55 Banshee TVA Sports 17h30 #Lavoie Le top LNH Avant-match Hockey D.Morissette 22h45 RAW 02/13 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 (D) TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition O' / Vice caché L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Cuisine futée, National Geographic SOS sages-femmes La femme honorable Deux hommes V Souper parfait Danser gagner Taxi payant Taxi payant Éternel / Prisonnier du passé Le dernier navire Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR La quête des vents Apocalypse La vie / Kirghizistan Caïn / Révision Journal/ C à dire CANAL D Phénomènes vus de l'espace Pleine tempête Pleine tempête Cauchemar sur l'autoroute Mayday Policier criminel Alaska: La ruée CANAL VIE La belle gang Mini-maisons La réno Encan et flip au Texas Vendre ou rénover au Québec Quoi ton plan?Idées-grandeur La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Penguins de Pittsburgh (D) Hors-jeu 2.0 PyeongChang 2018 - Hockey sur glace (F) (D) HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Fièvre encans ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix La soirée est (encore) jeune Info, sexe PaparaGilles Les liens du sang Fatale-Station Cinéma EXPLORA Saisons d'un chêne Le refuge de l'espoir Découverte La valse des continents La science de l'étrange Construction Z Remorquage Dans l'net Les hors-la-loi du volant Les vampires originels Surnaturel / Je vous salue Mary Helix (v.f.) SNCTM SAVOIR 18h20 L'ONU Reportage Géo 19h20 L'ONU Québec monde CORIM Voir autrement 21h20 Métiers Au coeur du cinéma québécois Vues d'UQAM La bibliothèqye TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Lightning Point Carte de visite LA MOUSTACHE (2005) Vincent Lindon.Carte de visite Citoyen monde Planète Planète sous influence / L'eau J'ai vu changer la Terre Les fourmis attaquent Namibie Big Bang Opérations spéciales CBC CBCNews Coronation St.PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Match Game / Jack McBrayer The Amazing Race To Be Announced CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight The Wall / Delvar and Bonnie NCIS / Keep Going Private Eyes / The Money Shot Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Bachelor Winter Games Lights, Camera, Romance! News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Skeleton Crew Bull / The Illusion of Control NCIS: New Orleans Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Points North Outdoor We'll Meet Again American Experience Frontline Business UNIS Pense vite! À fond de train Miss Météo Les encanteurs Chez nous Les traces de Maria Voyante/ Au gré Jasmin/ Feu Oiseaux HBO Quincy Jones Divorce Crashing Real Time With Bill Maher Banshee / Pilot Banshee / The Rave 22h55 Banshee TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match Hockey Dave Morissette en direct Le TVA sports Kevin Raphael J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I TV5 CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Des « perruches » et des « mulets » : voilà des termes qui étaient utilisés par les marchands d\u2019esclaves dans les colonies françaises d\u2019Amérique pour qualifier les femmes et les hommes qui constituaient leur «marchandise ».Dans cette fiction documentaire du réalisateur sénégalais Moussa Touré (La pirogue), scéna- risé par Jacques Dubuisson, on nous raconte le destin tragique de la belle Yanka et de son prétendant Toriki, deux victimes de ce commerce immoral et illégal, en principe, dans les territoires sous autorité française, au début du XIXe siècle.L\u2019esclavage a été aboli en France en 1794, puis rétabli en 1802, pour finalement être définitivement interdit en 1848.Par ailleurs, la traite d\u2019humains a été interdite dès 1818, mais continuera à être pratiquée sans grande gêne pendant 30 ans.C\u2019est dans cette période grise que s\u2019inscrit cette histoire fictive, alimentée par des informations bien réelles, glanées dans des lettres de navigateurs et rapports de magistrats, qui sont ici mises en relief sobrement et intelligemment tout au long du récit.Sans pathos ni violons appuyés, de la capture des victimes dans leur village par des seigneurs locaux à la captivité laborieuse dans les propriétés de riches colons des Antilles, Touré relate simplement cette histoire, celle d\u2019une douzaine de millions d\u2019Africains qui ont connu ce sort, en suggérant plus qu\u2019en montrant.Ça ne la rend pas moins effroyable et honteuse.Ce très bon téléfilm aurait mérité une case horaire moins ingrate.Heureusement, il est possible de le rattraper en ligne toute la semaine.Bois d\u2019ébène TV5, samedi, 8h30, et sur tv5.ca- jusqu\u2019au 17 février La perruche et le mulet Les derniers temps de la traite d\u2019Africains en Amérique racontés par Moussa Touré L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 V I V R E REPORTAGE CAROLYNE PARENT COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC uisque nous ne pouvons exporter le paysage, nous importerons des touristes ! » dit un jour sir William Cornelius Van Horne, président-directeur général du Canadien Pacifique.Pour appâter ces derniers, il fit ériger des palaces hôteliers dans les grandes villes desservies par le chemin de fer, et c\u2019est ainsi que le Château Frontenac vit le jour à Québec, le 18 décembre 1893.Dessiné par Bruce Price, érigé sur le site de l\u2019ancien for t Saint-Louis fondé par Samuel de Champlain, le Château fut le premier hôtel en pierre d\u2019Amérique du Nord, construit sur le modèle des châteaux de la vallée de la Loire, en France.«Depuis le début de son histoire, le Château a eu une vision évolutive, respectueuse du patrimoine, mais intégrant des aspects modernes de l\u2019époque», note Robert Mercure, directeur général du Fair- mont Le Château Frontenac.Ces époques, le Château les a admirablement bien traversées.Et c\u2019est précisément de ses heures de gloire qu\u2019il nourrit aujourd\u2019hui sa légende.On se rappellera que, lors de la Seconde Guerre mondiale et des Conférences de Québec de 1943 et 1944, s\u2019y rassemblèrent les chefs d\u2019État des principaux pays alliés pour discuter de stratégies militaires.Ce n\u2019est pas rien.Le Château nouveau Stars internationales et têtes couronnées ont également fréquenté l\u2019établissement.En avril prochain, dans le cadre d\u2019une cure de jouvence de 75 millions de dollars amorcée en 2014, plusieurs nouvelles suites seront d\u2019ailleurs baptisées du nom de leurs illustres occupants, comme Grace Kelly, de la visite de laquelle on soulignera, en novembre, le cinquantenaire, et Céline Dion.Pour l\u2019heure, on peut notamment séjourner dans la Virée capitale à Québec Un Château Frontenac festif, de la pêche blanche en milieu urbain, des émotions fortes à proximité Quelque 500 tonnes de glace et 30 000 tonnes de neige ont été nécessaires à la réalisation de l\u2019Hôtel de glace cette année.CAROLYNE PARENT «P | 4 3 E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Bons plans Bouder la voiture: on se met dans l\u2019esprit des vacances en prenant le train pour Québec.(Tarifs à partir de 33$ le trajet ; viarail.ca) On veut visiter l\u2019Hôtel de glace?L\u2019agence Les Tours du Vieux-Québec fait la navette deux fois par jour entre Québec (vieille ville, gares du Palais et de Sainte-Foy) et le Village Vacances Valcartier.(toursvieuxquebec.com) Choisir le Château: le saviez-vous?On obtient 30% de rabais (sous réserve de disponibilité) en mentionnant qu\u2019on est résident du Québec lorsqu\u2019on effectue sa réservation directement auprès de l\u2019hôtel.Le samedi 17 février, le chef Stéphane Modat créera un menu cinq services au restaurant Champlain, à l\u2019occasion de la Saint-Valentin.Le concours «Souvenirs du château» se termine le 28 février.Pour connaître les détails de la programmation du 125e anniversaire, on consulte chateaufrontenac125.com.Manger son poisson: que faire des truites pêchées au Village Nordik quand on ne vit pas à Québec?On les confie à la Cuisine du Marché du Vieux-Port, attenant, qui les apprête pour nous.(villagenordik.com) Briser la glace: à l\u2019hôtel éphémère, on pourra dormir dans un sac de couchage d\u2019expédition polaire ou déguster une boisson au bar jusqu\u2019au 25 mars.(hotelde- glace-canada.com) À l\u2019hôtel Val- cartier, la plupart des chambres sont conçues pour les familles.(valcartier.com) «Carnavaler»: on a encore jusqu\u2019à demain soir pour saluer Bonhomme! (carnaval.qc.ca) Au 1884, attachez votre tuque, on dévale les corridors de glace à environ 70 km/h ! FAIRMONT LE CHÂTEAU FRONTENAC Le Château Frontenac est tellement beau qu\u2019on déménage à Lévis pour mieux le voir ! RÉGIS LABEAUME » suite hommage à Alfred Hitchcock, où le cinéaste logea le temps de tourner I Confess, en 1952.(Verdict?Point de fenêtre sur cour ici et Rebecca l\u2019aurait sûrement aimée!) Pour Robert Mercure, le Château est plus qu\u2019un hôtel, « c\u2019est une icône, un symbole de notre culture ».Et « il est tellement beau qu\u2019on déménage à Lévis pour mieux le voir ! » s\u2019est exclamé, par vidéo interposée, le maire Régis Labeaume à l\u2019occasion du gala du 125e anniversaire, le 25 janvier dernier.En passant, le Château a lancé un concours pour vous emprunter objets ou photos liés à l\u2019établissement (et il vous absout, du coup, d\u2019avoir chipé petites cuillères et autres cendriers !).Ces artefacts seront utilisés dans le cadre d\u2019une grande exposition.Concerts, rendez-vous gastronomiques et autres événements spéciaux sont programmés tout au long de l\u2019année, et nous y sommes tous conviés.« C\u2019est le château des Québécois», souligne le sympathique directeur.Chose certaine, cette invitation est un beau prétexte, s\u2019il en fallait un, pour renouer avec la féerie hivernale de Québec et de ses environs.Une histoire de pêche Au patinage de la place D\u2019Youville et aux grandes glissades de la terrasse Dufferin s\u2019ajoute, au port, une activité originale : la pêche blanche.Ici, point de cabanes sur la glace, plutôt des « igloos » gonflables où peuvent se réfugier les plus frileux.«L\u2019objectif, c\u2019est de donner à la population de Québec l\u2019accès au bassin Louise l\u2019hiver, explique Jade Éva Côté, fondatrice du Village Nordik.Et l\u2019idée a germé quand on a réalisé qu\u2019on se trouvait dans un bassin avec une écluse qui se ferme.» Ne restait plus qu\u2019à ensemencer le plan d\u2019eau de 12 000 truites ! Lors de notre récent passage par moins 19°C, il y avait sur place des familles, des couples et des solitaires, amateurs comme pros de la ligne.Des guides pêcheurs sont d\u2019ailleurs à disposition pour percer les trous dans la glace et renseigner les novices.Parlant de glace, à une trentaine de kilomètres de Québec, à Saint-Ga- briel-de-Valcartier, l\u2019Hôtel de glace est une œuvre d\u2019art à voir, à défaut d\u2019avoir envie d\u2019y dormir.Cette année, sous la houlette du directeur artistique Pierre L\u2019Heureux, le thème de l\u2019aménagement des espaces publics et des 44 chambres est le cirque, et c\u2019est particulièrement réussi.L\u2019Hôtel de glace est érigé sur le site du Village Vacances Valcartier, un centre récréatif pour tous axé, l\u2019hiver, sur la glisse sur chambres à air et autres «bolides» d\u2019enfer.Mon bikini, mon raft des neiges «On est sur la terre de mon grand-père \u2014 les jeunes du village venaient glisser ici dans les années 1960 \u2014, puis mon père l\u2019a rachetée et ça grossit depuis», raconte Mathieu Drouin, vice-président du Groupe Calypso-Valcartier.Il faut dire que Guy Drouin était un vrai «patenteux», comme le rappelle son fils.Il a ainsi inventé la Tornade, un « vaisseau » qui tourne sur lui- même à une vitesse constante en dévalant les pistes grâce à des bouts de rails de motoneige fixés à sa base ! L\u2019immense centre de jeux d\u2019hiver se décline en trois secteurs de glisse de calibres différents, totalise 39 collines et inclut une piste de patinage longue d\u2019un kilomètre.Inauguré en décembre 2016 en même temps que l\u2019hôtel de 155 chambres et un spa doté d\u2019une piscine intérieure et extérieure, le Bora Parc comprend différents bassins, glissades, jeux aquatiques et jusqu\u2019à une vague de surf double.On y a particulièrement apprécié la chaleur tropicale\u2026 « On vient au Village pour être ensemble en famille ou entre amis, et pour passer de \u201330 °C à 30 °C dans la même journée », dit M.Drouin.Avouons que c\u2019est une proposition attrayante par les temps qui courent.Carolyne Parent était l\u2019invitée du Fairmont Le Château Frontenac.Au patinage de la place D\u2019Youville et aux grandes glissades de la terrasse Dufferin s\u2019ajoute, au port, une activité originale : la pêche blanche L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 4 | CATHERINE FERLAND COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC e Château Frontenac surplombe la ville et accueille les visiteurs depuis les hauteurs du cap aux Diamants depuis 1893.Quand on pense à cet hôtel \u2014 le plus photographié du monde \u2014, la dimension gastronomique n\u2019est jamais bien loin : à sa hauteur géographique correspond une cuisine de haute voltige, qui a permis d\u2019encourager le tourisme de luxe et de faire du Château un phare de l\u2019élégance à Québec depuis 125 ans.Quel a été l\u2019appor t du premier chef ayant officié à ses prestigieux fourneaux ?Que peuvent nous apprendre ses premiers menus ?Dès son ouver ture en 1893, c\u2019est un chef aguerri qui est recruté pour diriger les cuisines de l\u2019hôtel.D\u2019origine parisienne et fort d\u2019une vingtaine d\u2019années de « succulents états de service », comme l\u2019énonce la presse de l\u2019époque, le chef Henry E.Journet a exercé son art à la Maison Dorée, au Grand Hôtel\u2026 et même au palais de l\u2019Élysée, où il a ser vi le président français Patrice de Mac Mahon.Ce cuisinier s\u2019y connaît aussi en matière de préférences gastronomiques anglaises, ayant travaillé au Devonshire Club ainsi qu\u2019au Star & Garter de Londres.Juste avant d\u2019arriver à Québec, il est le chef privé du À table ! Les débuts de la gastronomie au Château Frontenac.secrétaire à la Marine américaine William Collins Whitney, à New York.Journet donnera le ton à la cuisine du Château jusqu\u2019en 1910.Fait à noter : ses successeurs seront pratiquement tous Européens, dont Luigi Bal- tera (Italie), Ernest Schmid (Suisse), Ernest Manfred Roebling (Allemagne).Il faudra attendre 1980 pour qu\u2019un Québécois, Reynald Breton, soit promu chef au Château Frontenac.Manger au tournant du XXe siècle Et que sert le chef Journet à la distinguée clientèle du Château ?Les menus révèlent que la table châtelaine suit de très près les goûts de la clientèle bourgeoise nord-américaine, avec une touche européenne.Des hauteurs du cap aux Diamants, le Château Frontenac accueille les visiteurs depuis 1893.CAROLYNE PARENT L À sa hauteur géographique correspond une cuisine de haute voltige qui a fait du Château un phare de l\u2019élégance depuis 125 ans | 4 5 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 L A R EC E T T E D E K I M B E R LY L A L LO UZ Salade de quinoa rouge protéinée Une autre version de ma salade de quinoa, qui se conserve trois ou quatre jours au frigo.Il s\u2019agit d\u2019un plat bourré de super-aliments, très simple et végétarien, à conserver ! Ingrédients 4 tasses de quinoa rouge cuit 1 tasse de cubes de feta de lait de brebis 1 tasse de noix de Grenoble grillées et coupées en gros morceaux 3 oignons verts émincés 1 tasse de canneberges séchées 1 avocat coupé en dés Jus d\u2019un citron ½ tasse de persil frais haché ½ tasse de basilic frais haché Huile d\u2019olive, ou huile de pépin de raisins Vinaigre de cidre de pomme au goût Sel et poivre Méthode Dans un petit bol, mettre le jus de citron et l\u2019avocat coupé, assaisonner de sel et poivre et mettre de côté pendant le reste de la préparation.Dans un grand bol, mélanger tous les autres ingrédients ensemble.Ajouter l\u2019huile et le vinaigre de cidre au goût, saler, poivrer, rajouter l\u2019avocat et déguster! Si voulu, servir sur un lit de roquette fraîche avec un filet d\u2019huile d\u2019olive et réduction de balsamique.KIMBERLY LALLOUZ Le petit-déjeuner est résolument British, puisant à la fois dans le sucré \u2014 fruits à la crème, prunes étuvées, marmelade, confitures, gruau d\u2019avoi - ne, biscuits, etc.\u2014 et dans le salé.Si le jambon et les saucisses sont bien présents, il est aussi possible de savourer du bœuf effiloché à l\u2019oignon, de la surlonge ou des côtelettes.Le brunch dominical est particulièrement bien garni.Le savoir-faire culinaire s\u2019exprime davantage dans les menus du midi et du soir.La soupe est omniprésente et reflète la diversité des cultures qui fréquentent l\u2019hôtel : on retrouve aussi bien de très français consommés, marmites parisiennes, crèmes de poulet ou de chou-fleur, que des potages appréciés de la riche clientèle anglo-saxonne, comme les soupes à la tortue verte, à la queue de bœuf ou encore au cur r y.La soupe aux pois habitant deviendra l\u2019un des classiques du Château.Pour la suite du repas, un seul mot : viande.La côte de bœuf est offerte tous les jours, ainsi que la volaille et, dans une moindre mesure, le porc et l\u2019agneau.Parmi les accompagnements, la pomme de terre revient à tous les menus, apprêtée d\u2019une dizaine de manières, suivie de près par les Garçon, à boire ! Si les accords mets-vins ne sont pas systématiquement indiqués sur les menus du Château Frontenac, on voit néanmoins se dessiner les préférences de l\u2019époque.Fait intéressant, le sauternes peut être suggéré en début de repas, par exemple avec les huîtres servies fraîches sur écaille, mais aussi en guise de digestif.Les champagnes (notamment Mumm, Pommard ainsi que Moët et Chandon) affichent aussi une certaine polyvalence, étant aussi bien savourés en entrée qu\u2019avec les entremets vers la fin du repas.Pour accompagner les plats de résistance carnés, on recourt volontiers aux vins de Bordeaux (Saint-Julien, Batailley, Château La- rose et claret), à ceux de la Bourgogne (dont le chambertin) et à ceux d\u2019Italie (par exemple le chian ti), à l\u2019instar de ce qu\u2019on trouve dans les meilleurs restaurants de Paris, de Londres ou de New York.Plusieurs marques de bière sont également disponibles, certaines locales, comme Dow, Carling, Bass et Allsopp & Sons IPA, d\u2019autres importées, comme la Schlitz Lager.En diverses occasions, notamment lors des banquets où il est prévu de porter des toasts aux invités de marque, on prend soin de concocter le proverbial bol de punch.Les liquoreux, tels que le por to et le sherry, accompagnent le café et le dessert.Les eaux minérales, comme l\u2019Apollinaris ou la Radnor, ainsi que la bière de gingembre ou le club soda sont appréciés pour faciliter la digestion.Après ces plantureux repas, on comprend pourquoi.pet i ts pois , les concombres, le chou-fleur et les nombreuses déclinaisons de salade.En adéquation avec la « dent sucrée» de ses visiteurs, le Château propose une jolie variété de desserts, tels la meringue, la crème glacée, le bavarois, le soufflé ou la tarte aux poires.De l\u2019exotisme au terroir En parcourant les menus de l\u2019épo - que du chef Journet, deux choses sautent aux yeux : d\u2019abord, la formulation entremêlant le français et l\u2019anglais ; ensuite, le recours important aux dénominations évoquant un certain cosmopolitisme.Au tournant du siècle, les appellations à l\u2019européenne sont dominantes.De nombreux plats se déclinent à la Vatel, hollandaise, à la Bismark, façon Dubarry, à la Montes- pan, portugaise, à la Cham bord, etc.Ces noms aux accents des vieux pays visent à conférer plus de distinction aux plats.C\u2019est la cuisine fusion, façon Belle Époque.Présentes dès l\u2019époque du chef Journet, les propositions évoquant le Nouveau Monde se multiplient, avec le chef Baltera, dans le premier tiers du XXe siècle.Des plats dits à l\u2019indienne ou à l\u2019américaine apparaissent au menu, mais, surtout, on note les premières évocations du terroir québécois : saumon du Saguenay ou de Gaspé, dindonneau de Valcar tier, canard de Brome, chapon du Cap Rouge\u2026 Certains plats font même explicitement référence à la cuisine traditionnelle des campagnes, jugée saine et authentique, comme le potage Bonne Femme, le consommé pot-au-feu et même la tarte «à la Pichoune».Dans le premier tiers du XXe siècle, des plats dits à l\u2019indienne ou à l\u2019américaine apparaissent au menu, mais, surtout, on note les premières évocations du terroir québécois RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 4 6 | CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Certaines choses ne changent pas.Ou si peu que c\u2019en est reposant.Prenez le Café Cherrier par exemple, le plat que j\u2019y ai goûté hier soir était exactement comme celui dans mon souvenir, pris il y a une trentaine d\u2019années en clôture du premier Tour de l\u2019Île de Montréal.La même présentation, la même cuisson, le même assaisonnement.Comme c\u2019était très bon à l\u2019époque, on doit remercier les cuisiniers sous la houlette du chef Christian Darroman de n\u2019y avoir rien changé.C\u2019est sûr qu\u2019à notre époque formidable de perpétuel renouvellement où tout ce qui était merveilleux hier est dépassé aujourd\u2019hui et sera complètement oublié dès demain, cette immobilité intrigue.C\u2019est sûr également que la moyenne d\u2019âge au comptoir du Café Cherrier était, comment dire, très supérieure à celle de la clientèle sautillante du tout nouveau restaurant super chill visité la veille à Saint-Henri et dont je vous parlerai prochainement.Attablé avec mon ami Ron, nous devisions sur l\u2019intemporalité de la cuisine de brasserie française et hésitions entre le hareng mariné, pommes à l\u2019huile et le foie de veau au vinaigre de framboise lorsque venues, par leur seule présence, jeter un élan de fraîcheur dans la salle apparurent deux souriantes jeunesses, collègues du Devoir.Discrètes, elles allèrent s\u2019installer en fond de salle.Tout vir tuose de la trompette qu\u2019il soit, Ron me sembla plus émoustillé par cette apparition que par son tartare aux deux saumons, frites et salade.Les pieds sur terre Une terrine maison (pintade) et ses condiments, un boudin aux pommes et un tartare aux deux saumons, frites et salade plus loin, je vous confirme que la maison tient toujours la route et que le chef Darroman a toujours bon pied, bon œil et bon palais.Même constatation pour le midi avec un plat du jour impeccable : rôti de veau, jus au thym et linguine carbonara.Cuissons justes, montages sans chichi, préparations respectant à la lettre les grands principes de cette cuisine peut-être un peu surannée pour certains, mais tellement reposante lorsque l\u2019on a des goûts simples ou que l\u2019on est simplement un peu las de toutes les cabrioles gastro- nomico-artistiques contemporaines.Bien sûr, les deux jeunettes ont trouvé leurs duos de tartare fades et inintéressants ; bien sûr, mon trompettiste ami a opiné, prétextant que la coupe était trop fine ; bien sûr, ce n\u2019est pas le meilleur de la car te, mais sur la demi-douzaine de plats testés, la moyenne accordée est très au-dessus de la moyenne.Le chef Le charme discret de la brasserie étant Bordelais, je me suis gardé de prendre les saucisses de Toulouse grillées ; il y a des limites à mon ouverture d\u2019esprit.Un Bordelais ! Convivialité Le décor ici, même s\u2019il est très correct, indique tout de même que les propriétaires ne le mettent pas en tête de leurs priorités.Le petit salon à droite en entrant est un peu plus cossu.Les clients semblent tout à fait s\u2019en accommoder, et il règne dans les deux salles comme au comptoir une belle convivialité.Une dernière note sur le service, qui est assuré avec ce professionnalisme rassurant qui fait défaut dans bien d\u2019autres maisons.Pas de familiarité excessive, mais une courtoisie de rigueur et une grande attention accordée à tous ces petits détails qui font les belles soirées.Même appréciation pour le midi, la personne s\u2019étant occupée de moi lors de mon passage au comptoir ayant fait preuve des mêmes qualités que son collègue en salle la veille au soir.Alors qu\u2019il me faut parfois batailler pour obtenir de peine et de misère la carte des vins afin de solliciter l\u2019opinion de mon ami Jean, le garçon ce soir-là, me dit en me remettant immédiatement celle-ci : « Mais prenez donc celle-ci, j\u2019en imprimerai une autre plus tard.» Reposant, disais-je.Du début à la fin.Café Cherrier ?\u2014 $$ 1/2 3635, rue Saint-Denis, 514 843-4308.Ouvert tous les jours jusqu\u2019à 23 h.En semaine, dès 7 h 30 ; les samedi et dimanche ils flânent au lit et n\u2019ouvrent qu\u2019à 8 h 30\u2026 À midi, comptez une vingtaine de dollars et le soir, forcément, doublez ou triplez si vous trébuchez dans la carte des vins, dont mon éminent collègue collaborateur, M.Aubry, dit : « Plusieurs consommateurs dénigrent parfois avec raison les importations privées.Au Café Cherrier, elles sont non seulement très pertinentes, mais aussi proposées à bon prix.Et puis, la vérité n\u2019est-elle pas après tout dans le verre ?» Le décor ici, même s\u2019il est très correct, indique tout de même que les propriétaires ne le mettent pas en tête de leurs priorités.Il règne dans les deux salles comme au comptoir une belle convivialité.PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Une terrine maison et ses condiments, un boudin aux pommes et un tartare aux deux saumons, frites et salade plus loin, je vous confirme que la maison tient toujours la route et que le chef Darroman a toujours bon pied, bon œil et bon palais L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com DÉJA 23 ANS ! 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(5 +) © ?1/2 Barolo 2011, Silvio Grasso, Italie (47,75 $ \u2013 12287782) : Le nebbiolo évoque ces cottes de mailles portées par des chevaliers devant sans cesse étaler leur masculinité lors de combats épiques.Le percevoir au palais, c\u2019est escalader une muraille abrupte de tanins si inextricablement liés que votre salive même n\u2019arrive parfois plus à lubrifier l\u2019ensemble.C\u2019est bien pourquoi il a besoin d\u2019une protéine pour s\u2019amadouer un peu.Classique.(5 +) © ?1/2 La semaine prochaine : Bordeaux ! guideaubry@gmail.com Tout sur le tanin, ou presque Moins de 16 $ Hermanos Lurton 2016, Toro, Espagne (15,45$ \u2013 10359261) Ce tempranillo est un fonceur mais de type aile arrière au football, avec ce mélange de force, de souplesse et d\u2019énergie condensée.Un rouge coloré et généreux qui sait marquer des points en bouche par son fruité bien frais et appétissant, doté d\u2019une trame tannique combative mais aussi fair-play.À ce prix, vous gagnez ! (5) ?1/2 La surprise Barbeito Madeira Boal Reserva 5 ans, Portugal (17,55$ \u2013 12389375) Je n\u2019ai pas encore mis les pieds à Madère, mais je sens déjà le grand large me saler le toupet avec ses embruns soufflant le chaud et le frais.Par sa douceur naturelle, le cépage boal, qui sera ensuite muté pour en cristalliser le moelleux, est pure tartine de figue au palais.Avec toujours cette vivifiante amertume sur la finale.(10 +) ?Le blanc Domaine de la Charmoise 2016, Touraine, Loire, France (18,40$ \u2013 12562529) On a l\u2019impression que chacune des baies de sauvignon blanc a droit à un traitement royal chez les Marionnet.À déguster le vin, il n\u2019apparaît nullement exagéré de penser qu\u2019elles se font cueillir, masser et éclater la pulpe avec tout le doigté, mais surtout toute la galanterie voulus.Un sec vivant, d\u2019une heureuse plénitude fruitée.(5 +) ?Le rouge Notarpanaro 2010, Cosimo Taurino, Italie (20,30$ \u2013 709451) Ce rouge inspirant à base de negroamaro possède un petit côté vieillot qui tranche avec cette production lisse et plus moderne de pinards soulignés au Botox.Le registre aromatique intrigue avec ses nuances de camphre, de réglisse, de pierre chaude et de garrigue, avec un fondu de saveurs qui étirent longuement le palais.(5) © ?Le bio Soave Classico 2016, Pieropan, Vénétie, Italie (20,50$ \u2013 11027743) Avec ses compères Calvarino 2015 (27,85$ \u2013 741058 \u2013 (5 +) ?1/2) et La Rocca 2015 (37,50$ \u2013 897066 \u2013 (5 +) ?©), deux vignobles de coteaux plus minéraux, ce «classique» à base de garganega (et un poil de trebbiano) joue de finesse et de tension avec son goût frais de pêche blanche et de citron.L\u2019apéro parfait ! (5) ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E Marc de merlot soutenu en polyphénols JEAN AUBRY Essentiellement cantonné au vin rouge, le tanin est une substance végétale au goût amer et astringent qui, avec les antho- cyanes, trace à la fois la couleur, la saveur et l\u2019évolution du vin L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 SEULEMENT 2 PLACES DISPONIBLES ! 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com FAITES VITE - DERNIÈRES PLACES DISPONIBLES SUR CES CIRCUITS ! 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\u2014 17 jours / 15 nuits Les Lacs Italiens \u2014 8 jours / 7 nuits, demi-pension, accompagné Costa Rica, réserves et volcans \u2014 8 jours / 7 nuits, pension complète, accompagné Essentiel du Pérou \u2014 12 jours / 11 nuits, tous repas, accompagné Merveilleuse Croatie \u2014 8 jours / 7 nuits, circuit et croisière 2 990 $ 3 899 $ 3 290 $ 1 690 $ 2 039 $ 2 999 $ 2 999 $ BON VOYAGE Pour annoncer dans ce regroupement, contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 edevarennes@ledevoir.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e Voya g e 5 0 | Boire au pays qui a vu naître le vin Cap vers les vignes de Géorgie, où le vin est un facteur d\u2019identité régionale REPORTAGE ADIL BOUKIND ET ANABEL COSSETTE CIVITELLA COLLABORATEURS LE DEVOIR À TBILISSI i vous vous rendez dans une succursale de la SAQ et demandez à boire un vin géorgien, seulement deux options s\u2019offrent à vous : le Koncho Mukuzani et le Teliani Saperavi.Un comble, maintenant que l\u2019on sait que c\u2019est dans ce petit pays d\u2019ex-URSS que cette boisson a été inventée il y a près de 8000 ans.Cette récente découver te nous vient d\u2019ailleurs de l\u2019équipe de l\u2019archéologue montréalais Stephen Batiuk.« Nous croyons que c\u2019est l\u2019exemple le plus ancien de la domestication d\u2019une vigne eurasienne à croissance sauvage uniquement pour la production de vin », annonçait en grande pompe en novembre 2017 le professeur de l\u2019Université de Toronto sur sa découverte réalisée à 50 km au sud de la capitale, Tbilissi.Il est ainsi facile de comprendre pourquoi le vin est une af faire sérieuse en Géorgie, où l\u2019on cultive plus de 530 variétés de cépages.En comparaison, pour une super ficie huit fois plus grande, la France n\u2019en possède « que » 210.La production du vin caucasien, de la vigne à la bouteille, se passe même directement dans les jardins de la capitale.Un peu comme si les microbrasseurs de Québec faisaient pousser leur blé sur leur balcon.Le vin pour identité Bien que l\u2019alcool soit produit à des fins gastronomiques, il est aussi, et surtout, un véritable outil de promotion de l\u2019identité nationale géorgienne.À la suite du conflit qui a opposé la Géorgie et la Russie en 2008, le vin est devenu une façon de se différencier des Russes, buveurs de vodka.En Géorgie, si l\u2019on veut de l\u2019alcool for t, on consomme de la Si vous avez l\u2019occasion d\u2019être invité chez des locaux, les chances sont bonnes qu\u2019on vous emmène voir les vignes dans le jardin, le matériel de distillation dans le garage et qu\u2019on lève son verre à votre santé autant de fois qu\u2019il en faut pour que vous ayez la tête qui tourne.PHOTOS ADIL BOUKIND / HANS LUCAS Quand on parle de tourisme du vin, les premières destinations qui viennent en tête sont souvent la France ou l\u2019Italie, la route des vins au Québec ou en Californie.Pourtant, une autre destination est non négligeable pour les amateurs de vin : la Géorgie.Pas l\u2019État américain, non, mais le minuscule pays du Caucase du Sud.S | 5 1 Vi v r e Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Voyager en Géorgie Se rendre en Géorgie coûte en moyenne 1500$ à partir de Montréal.Bien que la Géorgie n\u2019ait que 9h de décalage horaire, les escales et les correspondances éprouveront votre patience (comptez 24 heures de déplacement).Les vols arrivent et partent de la capitale, Tbilissi, au milieu de la nuit.Bonne nouvelle, toutefois: même engourdis de fatigue, vous saurez apprécier le confortable autobus public qui vous mènera directement au centre-ville.Il ne vous en coûtera que 1 GEL (0,50 $), comme tous les déplacements en transport en commun dans cette ville.Les boulevards qui traversent Tbilissi sont bondés de voitures qui roulent à vive allure.Les piétons ont vite fait de se sentir agressés par la poussière et le bruit.On s\u2019y déplace donc plus facilement en autobus ou en minibus (attention, ils n\u2019ont pas le même système de numérotation !).Par taxi, même les locaux recommandent les applications Taxify, Maxim ou Taxi Yandex, qui permettent de commander un véhicule sans se faire arnaquer.Pour les touristes, elles permettent aussi d\u2019éluder l\u2019enjeu de la langue.La langue géorgienne est d\u2019ailleurs assez dépaysante, avec ses racines linguistiques absolument uniques.Par chance, pour le touriste qui ne désire pas une immersion totale en langage des signes, la population plus jeune parle généralement anglais, alors que les plus âgés communiquent en russe.Pour l\u2019hébergement, les tarifs sont tout aussi diversifiés que les offres.Pour ceux qui sont en quête d\u2019économies, on peut très bien s\u2019en sortir en dortoir à 5-10 $ la nuit, ou à 15-30 $ la nuit par personne lorsqu\u2019on partage un appartement Airbnb (les offres pleuvent).Mis à part le vin, il y a plusieurs plats à goûter en Géorgie, avec en tête de liste les plats nationaux, les khinkalis (sorte de dumpling) et les khachapuris (pain en forme de bateau dans lequel on met du fromage, un œuf et un carré de beurre), sans compter l\u2019offre absolument alléchante de fruits et de légumes frais à des prix qui vous feront dévaliser les étalages, l\u2019eau à la bouche.tchatcha, de l\u2019eau-de-vie faite avec les résidus des raisins, l\u2019équivalent de la grappa italienne.Dans la capitale, les visites guidées de la ville incluent toutes un passage dans un magasin de vin ou dans un bar à vin.« Après avoir marché pendant près de trois heures, ça permet de conclure joyeusement la visite», nous dit Sarah Dupuis, Québécoise ayant voyagé en Géorgie deux semaines en septembre 2017.C\u2019est grâce à deux visites historiques données gratuitement (FabrikaHood Tour et Grand Tour : tbilisifreewal- kingtour.com/our-tours) qu\u2019elle a pu en apprendre davantage sur l\u2019histoire des coutumes locales.«En faisant les toasts à la fin du Grand Tour, on se prête au jeu du tamada, le professionnel désigné pour lever son verre à la santé des invités », une expérience qui marque bien l\u2019impor tance de boire, et de boire ensemble, en Géorgie.D\u2019ailleurs, si vous avez l\u2019occasion d\u2019être invité chez des locaux, les chances sont bonnes qu\u2019on vous emmène voir les vignes dans le jardin, le matériel de distillation dans le garage et qu\u2019on lève son verre à votre santé autant de fois qu\u2019il en faut pour que vous ayez la tête qui tourne.Pour les passionnés des visites en vignoble plus officielles, il est aussi possible de sortir de la ville.Les régions les plus populaires sont celles de Kakheti, à l\u2019est du pays, qui accueille 65 % des vignes du pays, et Imereti à l\u2019ouest.Les deux régions possèdent des climats assez opposés pour proposer des vins complètement dif férents et sont à proximité d\u2019autres attractions qui valent elles aussi le détour.Une méthode ancestrale La méthode traditionnelle géorgienne consiste à faire fermenter le jus de raisin dans des jarres en terre cuite (nommées kvevris) enterrées dans la terre.Cette méthode de création du vin fait d\u2019ailleurs partie de la Liste du patrimoine culturel immatériel et le Registre des bonnes pratiques de sauvegarde de l\u2019UNESCO depuis 2013.De plus en plus populaire, cette méthode attire les vignerons étrangers en quête de grands espaces.«C\u2019est un contenant noble, il garde la pureté du fruit et ça ne dénature pas la saveur », explique Bastien Warskotte.Bastien a décidé de s\u2019installer avec sa femme, elle-même Géorgienne, pour créer son propre vin.Le vigneron français a eu l\u2019occasion de travailler en Ontario et en Nouvelle-Écosse.À terme, Bastien compte ouvrir au public Ori Marani, son domaine basé dans la ville Igoeti à 100 km à l\u2019ouest de Tbilissi.Quant aux vignerons Vincent Julien et Guillaume Gouerou, de Lapati Wines (vignoble situé dans la région de Kakheti), leur vin se vend déjà en Géorgie et en Europe, où « il y a un réel intérêt pour le vin naturel fait de façon traditionnelle ».Le domaine a d\u2019ailleurs été pressenti par un représentant de la SAQ pour une potentielle importation.La méthode traditionnelle géorgienne consiste à faire fermenter le jus de raisin dans des jarres en terre cuite (nommées kvevris) enterrées dans la terre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e Te c h n o l o g i e 52 | CAMILLE DAUPHINAIS-PELLETIER COLLABORATRICE LE DEVOIR n passe de plus en plus de temps à fixer notre téléphone, ce qui peut devenir agaçant pour notre entourage, surtout dans les lieux publics.Là où il y a un mécontentement, il y a de l\u2019argent à faire : des entreprises sont en train de développer des stratégies de phone restriction (qu\u2019on pourrait traduire par « restriction téléphoni - que »).Et ça va vite.La compagnie Yondr, basée à San Francisco, of fre un service de restriction téléphonique pour des événements, comme des concerts, des spectacles d\u2019humoristes, des audiences au palais de justice et même des mariages.La façon de faire est simple : quand vous arrivez sur les lieux de l\u2019événement, on vérifie que votre cellulaire est en mode « silencieux », et vous le glissez dans une pochette de tissu munie d\u2019une petite serrure.Votre appareil restera sur vous en tout temps, mais il ne sera pas utilisable : la pochette ne s\u2019ouvrira que lorsque vous appuierez votre téléphone sur une station de déverrouillage Yondr présente à la sortie de l\u2019événement.La proposition est séduisante.Il peut être désagréable de se rendre à un concert et de devoir le regarder à travers l\u2019écran des spectateurs qui filment à bout de bras devant nous \u2014 ce n\u2019est pas pour rien que des ar tistes renommés comme Alicia Keys, Jack White ou Chris Rock ont eu recours aux ser vices de Yondr pour leurs concer ts.De la même façon, le bruit des notifications de téléphone au cinéma ou au théâtre a de quoi faire rouler les yeux.Une bénédiction ?Les diverses mesures de restriction téléphonique \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une pochette ou d\u2019un vestiaire à téléphones à l\u2019entrée de bureaux, par exemple \u2014 ne servent pas qu\u2019à se prémunir contre des désagréments.Elles peuvent aussi être utilisées pour forcer les gens à respecter la nature confidentielle d\u2019un procès, d\u2019un centre médical, d\u2019une réunion d\u2019af faires ou encore pour pousser les élèves à écouter en classe.Il s\u2019agit là d\u2019intentions bien louables, n\u2019est-ce pas ?Geneviève Lajeunesse, porte-parole pour l\u2019organisme Crypto.Québec, nuance l\u2019affirmation : il faut faire attention à ne pas se réjouir des bons côtés de la restriction téléphonique sans se poser de questions.« S\u2019il survient un événement particulier \u2014 par exemple un tireur, ou que l\u2019employé du cinéma où l\u2019on se trouve commet un geste raciste \u2014, on a cette attente aujourd\u2019hui de pouvoir documenter ce qui arrive.Ce n\u2019est plus la parole de l\u2019un contre celle de l\u2019autre ; on a des données.Quand on nous enlève cette option, surtout dans un lieu public, ça crée un malaise », dit-elle.Mm e Lajeunesse pense notamment à l\u2019attentat commis à Paris au Bataclan, une salle de spectacle où l\u2019on pourrait trouver ce genre de dispositif à l\u2019avenir.« Ça pourrait empêcher quelqu\u2019un de prendre Des camisoles de force pour les téléphones intelligents Quelle place la « restriction téléphonique » occupera-t-elle dans le futur ?Il peut être désagréable de se rendre à un concert et de devoir le regarder à travers l\u2019écran des spectateurs qui filment à bout de bras devant nous.ISTOCK O | 5 3 Vi v r e Te c h n o l o g i e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 l\u2019image qui change la donne.» Le drame survenu à la fin du mois dernier au palais de justice de Mani- waki, alors qu\u2019un constable spécial a tiré sur un contrevenant de 18 ans, est un bon exemple : le cousin du jeune homme, qui était sur place, a tout filmé.Si l\u2019enceinte du palais de justice avait été protégée pour éviter la prise d\u2019images, on disposerait d\u2019un élément de preuve en moins pour analyser la situation\u2026 Avec un système de pochettes ou de vestiaires, on peut consentir à se faire retirer l\u2019usage de son téléphone, et on est conscients de ce qui se passe.De son côté, la compagnie Apple a déposé il y a quelques années un brevet pour un émetteur infrarouge qu\u2019elle est en train de développer et qui permettrait notamment d\u2019envoyer à partir d\u2019une scène un signal bloquant automatiquement la prise de photos et l\u2019enregistrement vidéo des iPhone se trouvant à proximité.« On va nous dire que c\u2019est affiché de façon claire à l\u2019entrée des salles et que les spectateurs sont au courant\u2026 jusqu\u2019à ce que les services policiers en aient un et l\u2019activent dans la rue pendant une manifestation », avance Mme Lajeunesse.En plus de mettre un frein à l\u2019inversion des structures de pouvoir, alors que l\u2019écrasante majorité des citoyens peuvent aujourd\u2019hui documenter un méfait ou une arrestation avec leur téléphone, on ouvre aussi la porte à la tarification, souligne Geneviève Lajeunesse.Va-t-on permettre aux gens de filmer un concer t uniquement s\u2019ils paient une prime pour débloquer leur téléphone dans la salle de spectacle?Permettra-t-on la prise de photos dans les festivals uniquement aux endroits prévus à cet effet, histoire de contrôler les images « prises par les utilisateurs» qui circulent, et s\u2019assurer une publicité beaucoup plus lisse?La loi d\u2019abord Yondr vend aussi sa technologie en affirmant qu\u2019elle empêche la captation et la diffusion d\u2019images de personnes à leur insu.Pour Mme Lajeunesse, la réponse aux actes illégaux devrait être la voie de la justice, puisque des lois entourant l\u2019image existent déjà pour encadrer ce genre d\u2019acte.Encore faut-il cependant qu\u2019elles soient réellement appliquées.« Les problèmes et les abus surviennent quand on ne sent pas les limites », dit-elle.De toute façon, la plupar t des technologies de restriction empêcheraient la majorité des gens de se servir de leur cellulaire, alors que la minorité qui veut en faire une utilisation frauduleuse trouvera sans doute le moyen de le faire quand même, selon elle.« Les pochettes, c\u2019est un peu comme les antivols sur les vêtements au magasin : ça fonctionne juste avec les honnêtes gens », dit Geneviève Lajeunesse, en ajoutant qu\u2019on pourrait facilement développer un gadget qui les débarrerait, ou trouver le moyen de simplement couper la pochette.De petites caméras grosses com me un bouton de manteau pourraient aussi être introduites dans les concerts, et des méthodes de contournement des émetteurs à infrarouge pourraient aussi être développées.« Si les gens font un usage abusif de choses qu\u2019ils ont fi lmées, on peut les poursuivre en justice.Mais essayer de tirer profit de la restriction, j\u2019ai un gros problème avec ça », résume Mme Lajeunesse.Même si les nouveaux dispositifs de restriction téléphonique soulèvent de nombreuses préoccupations, n\u2019hésitez pas à en mettre en place une version plus légère lors de votre prochain souper entre amis : vous pouvez par exemple placer les téléphones de tout le monde dans un tiroir le temps du repas.Vous aurez ainsi les bénéfices du temps de qualité passé tous ensemble, sans le désavantage de laisser le contrôle de votre téléphone à une compagnie\u2026 Les restrictions peuvent être utilisées pour forcer les gens à respecter la nature confidentielle d\u2019un procès, d\u2019un centre médical, d\u2019une réunion d\u2019affaires ou pour pousser les élèves à écouter en classe Mille et une saveurs de la cuisine portugaise 111 rue St-Paul Est, Montréal (Qc), H2Y 1G7 · 514.861.4562 www.solmar-montreal.com · info@solmar-montreal.com · WIFI Le SOLMAR vous transporte du vieux Montréal aux rues « d'ALFAMA », pendant le spectacle de « FADO », l\u2019âme et tradition Portugaise (spectacle les vendredis et samedis) et le 14 février.Ambiance romantique, chaleureux, service au guéridon d\u2019une autre époque.MENU ST-VALENTIN disponible dès le 10 février Menu Découvertes (4 services) à 60 $ TAPAS · POISSON FRAIS · FRUITS DE MER · VIANDES À TABLE Œ Œ U V R Œ Œ E O R O R R R R I G I N I G I N I G I I G I G I A L E A : D A : D A D A D A N I N I E L N N I E B U T C H E R C H E R C H C H E R H - P P H O T O T O T O O : M : M : M A R C G I B E I B E I B E B E B E R T / R T / R R T A D E A C O M C O M C C O M .C O M C A Billetterie : 514 495-9944 festival.casteliers.ca Outremont Bureau des festivals et des événements culturels L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | GRILLE BLANCHE GRILLE DES FÉRUS SUDOKU MOTS FLÉCHÉS | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES MOTS CROISÉS DU SAMEDI Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 386 Horizontalement I.Ludothécaire.II.Esope.Pulses.III.Innervations.IV.Ten.Marié.Io.V.Meeting.Eu.VI.Nin.Atef (fêta).VII.Tartelette.VIII.Il.Orl.Aïeul.IX.Vian.Ebro.Rê.X.Exaspérante.Verticalement 1.Leitmotive.2.Usnée.Alix.3.Donneur.Aa.4.Ope.Tons.5.Terminer.6.Vanillée.7.Epargne.Br.8.Cuti.Tara.9.Aliénation.10.Iso.Tee.11.Reniée.Ure.12.Essoufflés.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 387 1.Ne fait pas dans la finesse.2.Pourra tenir moins de place.3.Chèvre ou sapine.Appréciés des amateurs de triperie.4.Pour le transport des liquides.Passe par Chartres.5.Dans le coup.On peut compter sur lui.Gros paquet de pascals.6.Le feu aux organes.Restes de pétrole.7.Attestera l\u2019authenticité.8.Mis à niveau.Ouverture de gamme.9.Cale sur l\u2019établi.Chez les Grecs.10.Réduira.Circule en Amérique du Sud.11.Cours africain.Bout de boudin.12.Facilitent les rapprochements \u2026 ou les évitent.I.Se sortira toujours des affaires.II.Bien raide.Division du yen.III.Déplacement dans les airs.Apportent joie et bonne humeur.IV.Conviendra.Le tiers d\u2019un dollar.Liaisons rapides.V.Carte.Belle et grande mise en terre.VI.Gardien des ondes.Beau comme un arc.Pour le premier tour du cadran.VII.Un petit plus toujours apprécié.Enzyme.Le faux est bien vrai.VIII.Se retrouve comme deux ronds de flan.Bout de pédale.IX.Pousse toujours très loin.A cheval entre l\u2019Europe et l'Asie.X.Pour être sûr d\u2019avoir des places et des bonnes.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde CITATION MYSTÉRIEUSE L\u2019INTERVALLE Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre, trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.P O I V R É M A R E MOTS IMAGES Associez deux mots pour former une expression imagée.VIE POINT RÈGNE RETOUR COURTE VER SAUF GESTION SOURCES TERREUR TRÉPAS CRISE LIGNE CONDUIT OREILLE VUE 1.2.3.4.5.6.7.8.SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS SUDOKU : SOLUTION DU DERNIER NUMÉRO GRILLE DES FÉRUS CITATION MYSTÉRIEUSE La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu'elle ne disparaît pas avec le temps.(Serge Gainsbourg) L\u2019INTERVALLE ROULE / BOULE / BOULET / BOLET / BLET LES ANAGRAMMES CUITS - CUTIS / DÉCANTER - DÉCENTRA - DÉCERNAT / DISPUTE - STUPIDE MACERON - ROMANCE / CORAN - CORNA MOT IMAGE FORTUNE DU POT / DOS DE LA CUILLÈRE / TIRER DANS LE DOS / BATTRE LA MESURE / PROPHÈTE DE MALHEUR / SEIGNEUR DE GUERRE / LANCER LA SERVIETTE / CHIEN ET LOUP Conception de la grille blanche, de la grille des férus et des mots fléchés : Étienne Hannequart-Ferron.E C M A R R E M A T E E I O L SSSEAUMO Q B A R E U 1.2.1.3.2.1.2.1.2.1.2.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1 7 1 3 1 7 1 3 1 7 1 3 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 F É V R I E R / 2 0 1 8 "]
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