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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2018-03-17, Collections de BAnQ.

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[" S A R A H R .C H A M P A G N E L a détection des visa - ges et la reconnaissance faciale sont des technologies déjà largement utilisées et elles se raffinent chaque jour grâce à l\u2019intelligence ar tificielle.Plus encore, c\u2019est maintenant l\u2019analyse des émotions et leur reproduction sur des avatars virtuels ou robotisés qui sont en vogue.Accepteriez-vous qu\u2019un panneau publicitaire puisse lire votre réaction à sa campagne ?Ou que votre médecin tente de lire des signes prédictifs de la dépression sur votre visage ?Des centaines de chercheurs se penchent en ce moment sur « l\u2019informatique affective » pour adapter le compor te- ment des logiciels aux plus fines expressions.Ses usages sont aussi évidents en publicité ou dans l\u2019industrie du diver tissement.Des logiciels d\u2019analyse des expressions sont notamment déjà largement utilisés dans la phase de test de jeux vidéo, avant leur sortie publique.Mohamed Dahmane, du Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), a commencé à s\u2019y intéresser afin d\u2019améliorer l\u2019interaction entre le personnel soignant et les patients, en scrutant leurs réactions respectives.En reconnaissance faciale, c\u2019est-à-dire l\u2019identification d\u2019une personne, ce sont le plus souvent des données sur les traits du visage qui sont recherchées.Les modèles évaluent et enregistrent uniquement la « géo métrie », la position des yeux par rapport au nez, ou encore la forme de la bouche.L\u2019analyse des émotions s\u2019intéresse plutôt au mouvement entre ces mêmes éléments.Nombre de ces logiciels utilisent en fait le Facial Action Coding System \u2014 FACS pour les initiés \u2014, une forme de nomenclature des mouvements faciaux, confirme M.Dahmane.Ce modèle, conceptualisé dès la fin des années 1970 par le psychologue américain Paul Ekman, définit la surprise, la joie, le dégoût, la colère, la tristesse, la peur et le mépris com - me des émotions universelles.Cet outil décompose le visage en codes, ou «unités», pour catégoriser et décrire les contractions et autres actions du visage nécessaires pour produire une émotion.Par exemple, lever la partie intérieure des sourcils est associé à l\u2019unité AU1, presser les lèvres à AU24.Ainsi codés, les mouvements s\u2019insèrent facilement dans les algorithmes.« On en était à l\u2019analyse en laboratoire, mais on cherche maintenant à faire l\u2019analyse de visages pris n\u2019impor te où.Le défi, c\u2019est quand les visages sont tournés ou lorsque les yeux ne sont pas alignés, etc.», décrit M.Dahmane.Détection et reconnaissance À défaut de pouvoir lire finement et reproduire les émotions, la détection et la reconnaissance faciales permettent déjà de déverrouiller les appareils Apple, d\u2019ouvrir des portes dans une zone sécurisée et bientôt de passer les postes de sécurité de l\u2019aéroport de Du- baï sans même s\u2019arrêter.Lors du renouvellement de votre passeport au Canada, votre photo est déjà comparée à une large base de données pour vérifier si vous êtes bien la personne que vous prétendez être, et non pas un criminel recherché.À l\u2019aéroport Pierre-Elliott- Trudeau de Montréal, les nouvelles « bornes d\u2019inspection primaire » installées l\u2019automne dernier par l\u2019Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) vous croquent aussi le portrait, pour le comparer à la photo de votre passeport.Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada s\u2019est inquiété du sor t des « faux positifs », tout en pressant l\u2019ASFC de justifier son choix.Dans ses lignes directrices de juin 2016, l \u2019organisme soulève une question centrale, à savoir si la reconnaissance faciale compor te plus d\u2019avantages que de ris - ques pour la vie privée.Tout à montrer Facebook a annoncé en décembre dernier qu\u2019il aviserait dorénavant ses utilisateurs si une photo d\u2019eux est publiée sur le réseau social, même si l\u2019auteur de la publication ne l\u2019a pas étiquetée.C\u2019est un indice que le géant a franchi une éta - pe de plus dans la reconnaissance faciale, puisque ses algorithmes réussissent à jumeler les photos avec plus de fiabilité, sans même l\u2019intervention de vos «amis».Le géant du Web « en fait son activité depuis des années déjà », signale la professeure à l\u2019UQAM Marie-Jean Meurs.La base de données de Facebook est puissante puisqu\u2019en plus des images, elle contient des montagnes d\u2019information « qui permettent de faire des inférences à un niveau que la plupart n\u2019imaginent même pas », ajoute Mme Meurs.Parmi les meilleurs usages possibles, elle donne en exemple celui d\u2019un urgentologue qui souhaiterait avoir accès en quelques secondes au dossier médical d\u2019un patient avec un logiciel qui l\u2019aurait identifié.En santé, les traits du visage pourraient aider au diagnostic de maladies rares, notamment le syndrome de Mabr y, a trouvé une équipe de l\u2019hôpital universitaire de Bonn.La reconnaissance faciale « n\u2019est pas encore miraculeuse », admet tout de même la professeure.Cette spécialiste de l\u2019intelligence artificielle explique néanmoins que la combinaison de la puissance de calcul accrue des ordinateurs, du hardware, combinée aux masses de données \u2014 dont la compilation est facilitée notamment par le format fixe imposé sur Facebook \u2014 permet à la reconnaissance faciale de progresser rapidement.« On se dit souvent : \u201cJe n\u2019ai rien à cacher.\u201d Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on n\u2019a rien à cacher qu\u2019on a tout à montrer », conclut-elle sur une note prudente.«Outre le risque de perte ou de vol de données auquel elle est exposée, l\u2019organisation qui détient votre photo aujourd\u2019hui pourrait aussi la partager ou la vendre à une autre organisation pour des fins dif férentes de celles auxquelles vous aviez pensé à l\u2019origine », écrit quant à lui le Commissariat à la protection de la vie privée.Le Devoir Présidentielle russe Fin de campagne dans la ferveur patriotique Page B 4 Michel David Bouchard le négociateur et les médecins spécialistes Page B 5 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 Le Devoir de philo Gérard Mendel et le pouvoir autocratique de Barrette Page B 10 ILLUSTRATIONS ISTOCK En quête des codes secrets du visage, de l\u2019Antiquité à Disney, la fascination pour les expressions imprimées dans nos traits s\u2019étend à toutes les sphères d\u2019activités, de la sécurité à la publicité.Où en sommes-nous ?Et jusqu\u2019où voulons-nous aller ?Le décryptage du visage humain De nombreux chercheurs se penchent sur « l\u2019informatique affective » pour adapter le comportement des logiciels aux plus fines expressions Dossier \u203a La face cachée du visage.L\u2019humain: une machine imparfaite.Histoire: scruter l\u2019âme par le faciès à travers les âges.Recherche: le clo- nage des réactions faciales.Entrevue: du droit à la vie privée au droit à l\u2019intériorité.Pages B 2 et B 3 Le consentement, quel consentement?La notion de consentement éclairé «n\u2019est plus suffisante pour garantir l\u2019acceptabilité d\u2019utilisation des nouvelles technologies», affirme le professeur Jocelyn Maclure, président de la Commission de l\u2019éthique en science et en technologie.La reconnaissance faciale contourne la notion même de consentement, notamment dans le cas de vidéosurveillance dans des lieux publics.«Il ne faut pas se leurrer, très peu de gens vont lire [les formulaires de consentement d\u2019utilisation], et même les experts ne savent pas à quoi ils consentent totalement», avance la profes- seure Marie-Jean Meurs.Le problème du consentement est aussi qu\u2019il va «à l\u2019encontre de la fluidité des opérations», que ce soit une tran - saction financière ou l\u2019installation des applications.Et puisqu\u2019on s\u2019y heurte alors qu\u2019on touche presque au but, les utilisateurs ont tendance à consentir rapidement sans se questionner.À la vigilance individuelle doit s\u2019ajouter une action plus ferme des gouvernements, plaide-t-elle, pour appliquer «les lois dans toutes leurs dimensions».En santé, les traits du visage pourraient aider au diagnostic de maladies rares Une équipe de l\u2019hôpital universitaire de Bonn « » Accepteriez- vous qu\u2019un panneau publicitaire puisse lire votre réaction à sa campagne?Un réseau de la santé soumis à une forme perverse d\u2019autorité L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 LA FACE CACHEE B 2 S A R A H R .C H A M P A G N E L a capacité à reconnaître en moins d\u2019une seconde une voisine, un ami, une conjointe, son enfant et même son propre faciès n\u2019est pas donnée à tout le monde.Cette simple opération cérébrale ne fonctionne tout simplement pas, ou déraille, chez les personnes souf frant de prosopagnosie, un trouble appelé face-blindness en anglais.À l\u2019opposé, certaines personnes présentent plutôt des capacités de reconnaissance faciale hors du commun.En marge du développement fulgurant des systèmes de reconnaissance et d\u2019analyse des visages, l\u2019avancement des neurosciences a permis d\u2019approfondir l\u2019étendue du savoir sur la capacité très variable de certaines personnes à reconnaître des visages.Cela peut aller de ce collègue maladroit qui ne vous appelle jamais par votre nom dans un 5 à 7, à cette connaissance qui ne s\u2019aperçoit pas que vous êtes assis dans la même salle d\u2019attente chez le dentiste.Le célèbre neurologue américain Oliver Sacks a largement décrit sa propre prosopagno- sie en rappor tant sa surprise occasionnelle d\u2019apercevoir un inconnu dans un miroir (lui- même !).Inversement, il lui est arrivé de penser voir son reflet dans une vitre, alors que quelqu\u2019un d\u2019autre le fixait de l\u2019autre côté.En 1985, il a publié une étude de cas portant sur une personne atteinte du même trouble dont le titre se traduirait par « L\u2019homme qui a pris sa femme pour un chapeau».La non moins célèbre spécialiste des primates, Jane Goodall, aurait aussi été atteinte du même trouble, peinant à distinguer les visages autres que ceux de sa famille et de ses amis proches, par exemple.Elle aurait confié au Dr Sacks qu\u2019elle avait du mal à distinguer les endroits les uns des autres et qu\u2019elle se perdait fréquemment en forêt, pourtant son lieu principal de travail.La prosopagnosie n\u2019est pourtant pas un problème de vision, met en garde Daniel Fiset.«C\u2019est plutôt comme la dyslexie, une incapacité à reconnaître les mots », signale ce spécialiste québécois, professeur de psychologie à l\u2019Université du Québec en Outaouais.Étudier des sujets accidentés Les cas de prosopagnosie les plus connus sont ceux survenus à la suite d\u2019un accident ou d\u2019une lésion cérébrale, assimilables à une forme « acquise » de la maladie, précise M.Fi- set.Tout le monde a eu vent de victimes d\u2019accidents soudainement incapables de reconnaître leurs proches.Les méthodes d\u2019imagerie cérébrale ont cependant permis d\u2019observer des sujets atteints des mêmes symptômes, sans présenter de lésions.Force est de conclure que certaines personnes naissent avec ce trouble, comme Sacks, et souffrent d\u2019une forme congénitale de la maladie quand les médecins concluent que « tout est normal du point de vue structurel », explique le chercheur.Causes génétiques ?Déséquilibres chimiques dans le cerveau ?« En fait, ce n\u2019est pas du tout clair pour l\u2019instant, explique-t-il, nous en sommes aux balbutiements dans ce domaine.» Des hypothèses veulent que les zones cérébrales impliquées dans la reconnaissance faciale comportent moins de neurones, ou seraient mal « connectées » avec celles associées aux habiletés « sociales » du cerveau.« Ces régions sociales sont impor tantes pour que l\u2019être humain s\u2019intéresse aux visages », explique M.Fiset.Dans le cas des patients présentant des lésions cérébrales, on recherche ce « qui est perdu ».L\u2019hypothèse privilégiée par ce médecin est que la région des yeux devient « dif fi- cile à traiter » pour le patient, et cette zone jouerait un rôle majeur dans la reconnaissance des visages.« Vous savez, à la télévision, quand on veut masquer l\u2019identité de quelqu\u2019un, on cache la région des yeux avec une petite barre noire », il- lustre-t-il.La zone des yeux change moins que le reste du visage, notamment « parce qu\u2019elle est moins mouvante, vieillit moins et comporte moins de peau molle ou de masse musculaire », avance le chercheur.Les superpouvoirs de reconnaissance À l\u2019autre bout du spectre, cer taines personnes possèdent des capacités beaucoup plus élevées que la moyenne à reconnaître les visages.La police métropolitaine de Londres a notamment mis sur pied une équipe spéciale de super-physionomistes (super-recognizers).Les policiers de cette unité sont réputés capables d\u2019identifier un suspect qui n\u2019aurait été que brièvement aperçu.Afin de scruter les milliers d\u2019heures d\u2019enregistrements provenant de la vidéosurveillance massive effectuée dans la capitale britannique, la police a retenu les services de six des meilleurs « reconnaisseurs » de visages, sélectionnés par des tests effectués par le psychologue Josh Davis, de l\u2019Université de Greenwich.Depuis 2015, la brigade aurait identifié près de 3000 suspects, mais elle a décliné notre demande d\u2019entrevue.Quant à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), elle n\u2019a pas l\u2019intention de mettre sur pied une telle unité, bien qu\u2019elle «étudie la possibilité de se servir des logiciels de reconnaissance faciale », a répondu une porte-parole par courriel.Ça se soigne, docteur?En tenant compte d\u2019expériences aussi diversifiées, peut-on espérer entraîner les cerveaux des prosopagnosiques?«On ne le sait pas», admet le professeur Fiset, relatant les stratégies de compensation déployées par ces personnes qui deviennent de fins observateurs de la démarche d\u2019une personne, de sa grandeur ou de ses cheveux et d\u2019informations non spécifiques au visage, pour éviter «d\u2019être mal à l\u2019aise en situation sociale».Certains de ses collègues travaillent également avec des personnes souffrant d\u2019anxiété sociale associée à l\u2019autisme.Les individus aux prises avec des troubles du spectre de l\u2019autisme peinent souvent à reconnaître les émotions sur les visages, dit-il, et parfois même à déterminer le sexe d\u2019une personne.« On obser ve s\u2019ils s\u2019améliorent quand on leur demande de regarder la région des yeux», propose-t-il.La compagnie américaine Brain Power propose même un dispositif de lecture des émotions pour aider les personnes atteintes de troubles du spectre de l\u2019autisme à « lire » leur interlocuteur.Il s\u2019agit de lunettes, similaires aux lunettes Google, qui indiquent où porter son regard, pour bien fixer les yeux, et donnent des informations sur l\u2019émotion ressentie par l\u2019interlocuteur, grâce à un logiciel d\u2019analyse (voir notre texte principal).La technologie se prête alors au jeu d\u2019entraînement des « cerveaux avec des différences », comme l\u2019annonce l\u2019entreprise.Une chose reste certaine, ni la machine ni l\u2019humain ne sont infaillibles.Le Devoir L\u2019humain, une autre de ces machines imparfaites Certaines personnes souffrent d\u2019une incapacité à reconnaître les visages ILLUSTRATIONS ISTOCK Les gens souffrant de troubles de l\u2019autisme peinent souvent à reconnaître les émotions sur les visages, et parfois même à déterminer le sexe d\u2019une personne Daniel Fiset, professeur de psychologie à l\u2019Université du Québec en Outaouais « » 3000 C\u2019est le nombre de suspects identifiés depuis 2015 par six des meilleurs « re- connaisseurs» de visages, qui ont scruté les milliers d\u2019heures d\u2019enregistrements provenant de la vidéosurveil- lance massive de Londres. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 DU VISAGE HUMAIN B 3 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L\u2019 œil de Dieu, l\u2019œil qui jamais ne se ferme, ce regard qui voit tout: voici un symbole ancien qui traduit un vieux fantasme humain de tout surveiller pour mieux encadrer et punir.Cet œil de Dieu, tout-puissant, prend dans la peinture classique la forme d\u2019un rayon ou d\u2019un regard qui, depuis le ciel, écarte les nuages comme un judas pour scruter les mouvements du monde.C\u2019est, au fond, le désir humain d\u2019anticiper le geste des autres pour assurer son pouvoir qui est ainsi projeté dans une figure divine.Entre ce fantasme de l\u2019œil divin et les systèmes modernes de reconnaissance faciale, on peut tracer une filiation historique incontestable qui tient à l\u2019idée millénaire que le visage constitue le miroir de l\u2019âme.Cicéron y croyait déjà, un siècle avant l\u2019ère chrétienne.La méchanceté intérieure est censée se refléter dans les traits du visage, voire dans la forme du crâne.Dépister les filous Cette vieille croyance triomphe une première fois au XIXe siècle avec l\u2019anthropologie criminelle, qui vise non seulement à prévenir le crime, mais à faciliter l\u2019arrestation des criminels.Dès le début du XIXe siècle, l\u2019écrivain suisse Johann Kaspar Lavater (1741-1801), ami de Goethe, développe la physiognomonie, une méthode fondée sur l\u2019idée que l\u2019apparence physique d\u2019une personne, en particulier les traits de son visage, peut traduire son caractère ou sa personnalité.Ce n\u2019est au fond que la suite de la métopo- scopie, une forme de divination présente dès l\u2019Antiquité qui consiste à cerner la personnalité et l\u2019avenir d\u2019un sujet à partir de l\u2019observation des lignes, des rides et de la structure de son front.Têtes de Turc Ensuite, la phrénologie se répand en Europe, por tée par les thèses du médecin allemand Franz Joseph Gall (1758-1828) et du Britannique Thomas Forster (1789-1860).Cette théorie veut que les bosses du crâne permettent de lire le caractère d\u2019un individu, donnant un vernis scientifique à la vieille idée selon laquelle « le visage est le miroir de l\u2019âme ».Puis surgit l\u2019anthropologie criminelle de Ce- sare Lombroso (1835-1909), fondateur de l\u2019école italienne de criminologie, très célèbre en son temps, qui défend à compter de 1876 la thèse qu\u2019il existe des « criminels nés », reconnaissables selon leur physique.En France, Alphonse Bertillon (1853-1914) inventera l\u2019anthropométrie judiciaire.Le système Bertillon, adopté en Europe et en Amérique, permet d\u2019identifier les individus en réalisant des fiches où la photographie du visage, de face et de profil, occupe une place centrale.Bertillon, sceptique devant l\u2019ajout d\u2019empreintes digitales dans les fiches signalétiques, est resté convaincu de la supériorité de l\u2019identification faciale.Métro, boulot, photo De la reconnaissance faciale dans le métro aux caisses automatiques des supermarchés, ou pour contrer le vol ou le terrorisme: les technologies d\u2019identification du visage sont désormais utilisées tous les jours grâce aux développements fulgurants de logiciels puissants.En Chine, quelque 170 millions de caméras de surveillance sont déjà installées et on devrait en compter trois fois plus d\u2019ici 2020.Si l\u2019Empire du Milieu promet d\u2019être le pays le plus balayé par des caméras vouées à l\u2019analyse faciale, c\u2019est l\u2019Angleterre qui est pionnière en la matière.La première comparaison d\u2019empreintes faciales captées par caméras de surveillance et avec les données de banques photographiques de délinquants a été con duite en 1998 dans le quartier londonien de Newham.Au début des années 1980, le développement rapide des neurosciences a laissé croire qu\u2019on pourrait parvenir à lire dans les pensées, comme dans les dystopies du genre du roman 1984 de George Orwell.Il ne s\u2019agissait après tout que d\u2019associer des zones du cerveau à des processus mentaux\u2026 Enfin, certains des développements actuels de la surveillance se fondent sur les travaux du psychologue américain Paul Ekman (1931).Ce pionnier de l\u2019étude des émotions (voir texte en B 1) a isolé une quarantaine de mouvements du faciès, jugés universels, pour constituer le «Facial Action Coding System (FACS)».Son système d\u2019analyse des expressions faciales est utilisé tant en cinéma d\u2019animation que par les forces policières.Les progrès de la biométrie et de l\u2019informatique ont fait le reste pour conduire jusqu\u2019à l\u2019horizon de notre avenir ce désir à la fois très ancien et très actuel du contrôle de l\u2019humanité fondé sur l\u2019examen des visages.Le Devoir Des têtes de criminels?Depuis toujours, l\u2019être humain tente de scruter l\u2019âme à travers le faciès S A R A H R .C H A M P A G N E L es plus grandes promesses s\u2019accompagnent des peurs des plus grandes dérives.Pour comprendre quels défis éthiques soulèvent les nouvelles technologies de reconnaissance faciale, Le Devoir a posé trois questions au philosophe Jocelyn Maclure, président de la Commission de l\u2019éthique en science et en technologie.En quoi ces technologies vont-elles plus loin, par rapport à la biométrie par les empreintes digitales par exemple?Les technologies de reconnaissance et d\u2019analyse faciales créent de nouvelles « occasions » de discrimination.Par exemple, si un employeur lors d\u2019une entrevue d\u2019embauche, plutôt que de s\u2019en tenir aux réponses des candidats, a accès au niveau d\u2019anxiété ressenti ou à d\u2019autres émotions, il pourrait décider de ne pas les embaucher sur la simple base de ce qu\u2019on fait dire à leur état affectif.Le for intérieur, notre conscience, est le dernier rempart contre la possibilité que d\u2019autres aient accès à nos pensées, à nos émotions.Ce dernier refuge devient plus poreux, étant donné l\u2019ef ficacité grandissante des algorithmes à déterminer notre orientation sexuelle, nos opinions politiques, nos émotions.Ça dépasse donc le droit à la vie privée?Le droit à la vie privée existe déjà, mais quand on parle de technologies qui peuvent donner un accès direct à des états mentaux intérieurs, c\u2019est autre chose.Je pense qu\u2019elles imposent de spécifier davantage le droit à la vie privée.Un droit dérivé du droit à la vie privée commence à émerger dans les écrits universitaires en éthique: le droit à la protection de notre intériorité.Comment décririez-vous ce «droit à l\u2019intériorité»?On doit garder le contrôle sur ce qu\u2019on choisit de dévoiler par rapport à notre vie intérieure, à notre vie subjective, à notre vie intime.Le même questionnement se pose en neuro-éthique pour les technologies qui permettent d\u2019étudier le cerveau et d\u2019avoir accès à des informations relatives à la vie cérébrale des personnes.C\u2019est absolument crucial pour moi : le libre arbitre devrait nous permettre de dévoiler seulement ce dont on a envie sur nos émotions, sur nos craintes, sur ce qui nous rend anxieux, ce qui nous rend heureux.Le Devoir Les préjugés des algorithmes « Il n\u2019y a aucun système qui prend une décision à la place de quelqu\u2019un», statue d\u2019emblée Marie-Jean Meurs, pro- fesseure d\u2019informatique à l\u2019UQAM.Ce n\u2019est pas donc pas une intention malveillante qui fait en sorte que la reconnaissance faciale se trompe moins souvent si vous êtes un homme blanc, tel que l\u2019a montrée récemment une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT).Ce sont plutôt les concepteurs de tels logiciels qui portent tout de même la responsabilité d\u2019avoir créé des machines biaisées, explique Mme Meurs, en ayant omis d\u2019alimenter leurs algorithmes avec assez de diversité.«Ça prend des données pour entraîner ces algorithmes.C\u2019est un peu comme de grosses roues à eau qui attendent de l\u2019eau pour tourner.Si vous donnez une eau qui a toujours la même composition [par exemple des photos d\u2019hommes blancs d\u2019âge moyen], la roue va toujours tourner dans le même sens et à la même vitesse », dit-elle.Du droit à la vie privée au droit à l\u2019intériorité Trois questions au philosophe Jocelyn Maclure ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jocelyn Maclure, président de la Commission de l\u2019éthique en science et en technologie JACQUES NADEAU LE DEVOIR Bernhard Thomaszewski, professeur au Département d\u2019informatique de l\u2019Université de Montréal, a collaboré avec Disney Imagineering.Les technologies de reconnaissance et d\u2019analyse faciales créent de nouvelles \u201c occasions\u201d de discrimination Jocelyn Maclure « » S A R A H R .C H A M P A G N E L\u2019 étape suivante, après avoir finement modélisé les réactions du visage, est de les «cloner » fidèlement sur une tête virtuelle ou robotique.C\u2019était du moins l\u2019un des objectifs des recherches de Bernhard Thomaszewski.Au- jourd\u2019hui professeur au Département d\u2019informatique et de recherche opérationnelle de l\u2019Université de Montréal, il a collaboré à Disney Imagineering.« C\u2019est très complexe de reproduire toutes les émotions et de le faire correctement, sans se tromper », dit-il, donnant comme exemple les effets physiques très fins des déformations de la peau quand on saute sur place ou quand on court.Avec son équipe de Disney à Zurich, ils ont reproduit le visage d\u2019un comédien sur une tête robotique, ajoutant au défi « émotionnel » celui du nombre limité de moteurs mécaniques.Disney semble avoir continué dans cette veine puisque son parc d\u2019attractions en Floride propose de personnaliser des figurines inspirées du film Avatar à partir du visage du client.Un robot ayant l\u2019apparence de Trump a aussi été ajouté dans le hall des présidents du parc.Les réplicants du film de science-fiction Blade Runner sont encore loin, rassure M.Thomaszewski.Au contraire, plus un robot ressemble à un être humain, moins on lui «pardonne » que ses émotions ne soient pas tout à fait vraisemblables, dit-il, « puisqu\u2019on est tellement entraînés à reconnaître ces émotions».Les imperfections d\u2019un humanoïde nous sautent ainsi aux yeux, alors qu\u2019un robot très simple véhicule néanmoins des émotions avec ses expressions.C\u2019est ce qu\u2019on appelle « l\u2019effet de la vallée dérangeante » (uncanny valley), c\u2019est-à- dire le sentiment d\u2019étrangeté qu\u2019on éprouve en se rapprochant d\u2019un robot complètement réaliste.Un effet documenté également pour les personnes dans des animations, notamment des jeux vidéo.« Si on peut, on va éviter de se retrouver dans cette \u201cvallée\u201d », dit-il.Vice-versa, ses travaux, avant de s\u2019installer à Montréal, ont également servi à ajouter des détails réalistes à des personnages non humains dans des films d\u2019animation.Il s\u2019agit dans ce cas d\u2019insuffler une forme de fluidité aux mouvements les plus fins, qu\u2019ils soient faciaux ou corporels.Les logiciels développés complètent ainsi le travail des dessinateurs.Le Devoir Le clonage des réactions faciales Les travaux du professeur Bernhard Thomaszewski ont notamment servi dans des films d\u2019animation PAUL EKMAN GROUP Certains des développements actuels de la sur - veillance se fondent sur les travaux du psycho - logue américain Paul Ekman (1931). V E R O N I K A D O R M A N à Veïno U ne odeur de bois fumé flotte dans l\u2019air glacé du matin.Au loin, une scie électrique ronge les arbres ; de temps en temps, un tronc s\u2019écroule dans la poudreuse avec un craquement sourd.Plus près de la route, le cognement monotone de la hache est le seul signe de vie.Perdu au fin fond de l\u2019oblast de Pskov, à l\u2019extrémité occidentale de la Russie, Veïno, dans le district de Gdov, a tout d\u2019un village fantôme.Une partie des maisons, visiblement inhabitées, tournent leurs fenêtres borgnes vers la route.Pas un chat.Personne n\u2019est capable de dire combien d\u2019habitants vivent dans ce patelin en voie d\u2019extinction, comme tous les villages alentour, et dans tout l\u2019oblast.« 110 personnes sont inscrites sur les listes, dit Marina Bogdanova, qui, en tant que fonctionnaire, fait partie de la commission électorale.Mais au moins la moitié vit ailleurs.» L\u2019institutrice, au chômage depuis que l\u2019école du village a fermé en 2010, sait en revanche qu\u2019il reste quatre enfants encore scolarisés, qui attendent tous les matins, dans l\u2019obscurité, que passe le bus régulier pour les emmener dans la bourgade voisine, à 17 kilomètres.Quand elle a été affectée à Veïno, en 1993, une quarantaine d\u2019enfants fréquentaient l\u2019école.Dans l\u2019oblast de Pskov, la région russe qui se dépeuple le plus rapidement \u2014 1 600 000 habitants il y a un siècle, 840 000 à la fin de l\u2019époque soviétique et 630 000 aujourd\u2019hui \u2014, les autorités poursuivent depuis 15 ans une politique méthodique « d\u2019optimisation », qui consiste entre autres à regrouper les écoles et les hôpitaux.Elles détruisent ainsi le réseau de services de proximité.Et aggravent une désertification qui s\u2019est accentuée après la chute de l\u2019Union soviétique et qui prend des propor tions ver tigi- neuses depuis dix ans, précipitée par l\u2019exode des jeunes, le vieillissement de la population et la médiocrité générale du niveau de vie.« La mortalité est galopante, avec un taux de 20 pour 1000, deux fois supérieur à la natalité.Si rien ne change, d\u2019ici quelques décennies, ce sera le désert », prévient Lev Shlosberg, membre du parti d\u2019opposition Iabloko et député au Parlement régional de Pskov.«C\u2019est foutu ici» Dans cette gloubinka, ou province profonde, si l\u2019infirmerie du village n\u2019est officiellement pas fermée, il n\u2019y a plus de médecin depuis que le dernier a pris sa retraite il y a 15 ans.Le centre médical le plus proche est à Gdov, à 30 kilomètres.Restent l\u2019épicerie et la poste, qui fonctionnent en alternance.Svetlana, une femme robuste de 40 ans, est l\u2019unique employée du petit magasin, où elle cumule toutes les fonctions : caissière, vendeuse, manutentionnaire, femme de ménage.Elle se « remplace elle-même » quand elle est en arrêt maladie.C\u2019est le cas en ce moment, en raison d\u2019un bras abîmé par une chute dans la neige en portant le bois nécessaire au chauffage de la boutique.Cette mère de trois enfants cumule avec l\u2019unique emploi à la poste, deux jours par semaine.Pour un revenu total de 13 000 roubles par mois (295 dollars canadiens).La douzaine d\u2019œufs est à 1,60 dollar, le pain à 40 cents, comme à la ville.« J\u2019ai une vache et des cochons, et mon potager, sinon on ne survit pas», explique Svetlana, qui travaille sans week-ends et sans congés.À la poste, elle distribue surtout les retraites à quelques dizaines de vieux qui vivent dans le coin.« C\u2019est foutu ici.On vivote comme on peut, mais on est oublié de tout le monde.Ça ne s\u2019arrangera jamais.En même temps, j\u2019ai de la chance, j\u2019ai du travail.J\u2019ai le seul emploi disponible dans le village », se ré- jouit-elle, révélant ses quelques dents en or.Dimanche, Svetlana ira voter pour Vladimir Poutine.«Pour qui, sinon lui ?Il n\u2019y a personne d\u2019autre.Il nous garantit la paix.Les salaires et les retraites sont versés à temps, tout va bien», assure-t-elle.Mais pourquoi glisser un bulletin pour un président qui n\u2019a pas pu, en 18 ans au pouvoir, assurer la stabilité économique de la région, encore moins la développer ?« Il ne va quand même pas venir réparer nos routes ?La misère ici, ce n\u2019est pas lui le responsable, c\u2019est le gouverneur », tranche Svetlana.Marina tient le même discours (à l\u2019instar des autres villageois croisés ce jour-là) : «Poutine est très actif à son poste.Mais les gens qui sont en dessous se cachent derrière son dos.Ce qui explique notre situation.Il ne peut pas faire tout à la place de tout le monde.J\u2019ai voté pour lui en 2012.Et cette année aussi.Que faire d\u2019autre ?» Situé au cœur géographique du continent européen, l\u2019oblast de Pskov fut une région agricole prospère et densément peuplée.À l\u2019époque soviétique, on y fabriquait aussi du matériel militaire et des automobiles.Mais l\u2019économie locale n\u2019a pas survécu à la conversion au marché libre.« Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas d\u2019activité économique qui ferait vivre la région.On ne peut plus la restaurer.Il faut trouver d\u2019autres moyens.Mais l\u2019État n\u2019a pas de politique de soutien aux régions rurales, aux exploitations, à l\u2019entreprise agricole individuelle », se désole Lev Shlosberg.Au contraire, le pouvoir central mise sur la désertification, moins dispendieuse que le soutien et le développement.La région de Pskov est l\u2019une des plus pauvres du pays, et sur vit essentiellement grâce aux subsides d\u2019État, qui composent environ un tiers de son budget, soit 9 milliards de roubles sur 25 (205 millions canadiens sur 570).Dans la région, les superficies ensemencées sont quatre fois moins étendues qu\u2019à la fin de l\u2019époque soviétique (environ 240 000 hectares L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 4 E M M A N U E L G R Y N Z Z P A N à Sébastopol A ssuré d\u2019être réélu dimanche pour un 4e mandat, Vladimir Poutine n\u2019a pas de temps à perdre avec des rassemblements politiques.Mercredi, à Sébastopol (Crimée), port d\u2019attache de la flotte russe de la mer Noire, il a participé à son second et dernier rassemblement de campagne.Du bout des lèvres, à peine une minute de discours devant un public d\u2019environ 7000 personnes qui l\u2019attendaient depuis trois heures, rassemblées sur la principale place de la ville.« Vous avez pris une décision historique il y a quatre ans », a lancé Vladimir Poutine, en référence au référendum organisé en une dizaine de jours par Moscou et encadré par l\u2019armée et des milices russes qui venaient de déferler sur la péninsule.« Vous avez rendu Sé- bastopol et la Crimée à notre patrie, notre maison, mère-Russie [\u2026] avec cette décision, vous avez montré au monde entier ce que c\u2019est qu\u2019une véritable démocratie et non son imitation.» Hourra ! exulte la foule.« Il reste beaucoup à faire et nous y par viendrons, car lorsque nous sommes ensemble, nous constituons une force formidable capable de résoudre les problèmes les plus complexes.» Poutine remercie, fait le signe d\u2019étreindre avec un bras, salue, et s\u2019éclipse.Un animateur s\u2019avance vers le devant de la scène : « Vous avez fait votre choix pour les élections du 18 mars ?» La foule répond par des applaudissements.Les vedettes de la variété russe qui faisaient patienter la foule jusque-là reviennent animer le « rendez-vous concert Russie-Sé- bastopol-Crimée ».La ferveur se lit sur de nombreux visages.Une bonne moitié du public est constituée de groupes organisés, portant tous le même long drapeau russe.On distingue de nombreux uniformes militaires, des cosaques à la mine sévère et des élèves d\u2019écoles militaires en uniforme noir, coiffés d\u2019une chapka.L\u2019autre moitié se compose de familles et de petits groupes de retraités.Ils forment le cœur de l\u2019électorat Poutine.La dominante russe ne date pas d\u2019hier à Sé- bastopol.Moscou considère ce port militaire comme d\u2019une importance cruciale pour son flanc sud et avait négocié un bail avec l\u2019Ukraine devenue indépendante en 1991.Son annexion en 2014, avec le reste de la Crimée, avait regonflé les voiles de Vladimir Poutine, le faisant apparaître comme le « rassembleur des terres russes » perdues à la fin de l\u2019URSS.Le « rattachement de la Crimée » reste aujourd\u2019hui son principal thème de campagne.Ravis de l\u2019attention toute particulière accordée à la ville par le chef d\u2019État, les habitants répondent par un patriotisme russe redoublé.De nombreuses fenêtres et balcons arborent des drapeaux russes.« Ici, nous adorons Poutine », tonne Klavdia Romanenko, venue au rassem- blement-concert avec son mari et ses deux enfants.« Il n\u2019a pas eu peur de nous réunifier à la terre russe.Il n\u2019a peur ni des Américains ni de personne.Pour moi, il peut bien être président à vie ! » Et les autres candidats ?« Personne, à part Poutine », s\u2019écrie-t-elle.« Personne, à part Poutine » est une phrase répétée comme un slogan par les personnes assistant au rassemblement-concert du président.Timour Chamoukhine, un marin à la retraite, la reprend à son compte.«Poutine a remis la Russie sur pied et en a fait une superpuissance », clame-t-il, répétant une phrase type de la propagande télévisuelle.La foi en Poutine « Maintenant, nous avons des missiles nucléaires qui font trembler les Américains », poursuit fièrement Timour Chamoukhine, faisant référence au discours de Vladimir Poutine devant le parlement le 1er mars dernier.Dévoilant alors pour la première fois son programme, le maître du Kremlin avait signifié que son prochain mandat serait axé sur la confrontation avec les États-Unis et la revanche sur l\u2019issue de la guerre froide.Une thématique qui a fait mouche auprès de l\u2019électorat de Sé- bastopol, nostalgique d\u2019une Union soviétique qui choyait ses militaires.« Les salaires des militaires restent faibles », reconnaît Chamoukhine, dont le fils aîné est militaire.«Mais le plus impor tant, c\u2019est que Poutine nous a redonné la foi en notre pays.Il fait construire des ponts, des routes, des hôpitaux.Nos enfants vivront mieux que nous.» Pour l\u2019instant, quatre années après l\u2019annexion, Sébastopol n\u2019a guère changé.Même dans le centre-ville, la chaussée est par endroits défoncée.Le soir, l\u2019éclairage public défaillant donne aux rues l\u2019aspect de coupe-gorge.Les façades décaties des maisons et des palais prérévolu- tionnaires rappellent que le port est encore très loin de recouvrer sa splendeur passée.« Vous avez entendu Poutine ?Il nous a demandé d\u2019être patients.De toute façon, à part lui, personne n\u2019est capable de faire ce boulot », tranche l\u2019ancien militaire.Sans opposition Au pouvoir depuis 18 ans, Vladimir Poutine n\u2019a, il est vrai, pas grand-chose à craindre de ses rivaux.Le plus menaçant, Alexeï Navalny, a d\u2019emblée été exclu de la course.« La véritable opposition n\u2019est pas autorisée à se présenter, elle est filtrée par la Commission électorale.Le principe est le suivant : aucun candidat susceptible de gêner une réélection triomphale de Vladimir Poutine dès le premier tour n\u2019est autorisé PRÉSIDENTIELLE RUSSE Fin de campagne dans Le président a choisi Sébastopol, ville bastion Absence d\u2019emplois, perte de population, sentiment d\u2019abandon\u2026 Dans l\u2019oblast de Pskov, une ancienne région agricole et industrielle en déshérence, la population, fataliste, soutient malgré tout le président pour le scrutin de dimanche.YURI KADOBNOV AGENCE FRANCE-PRESSE Ravis de l\u2019attention toute particulière accordée à la ville par le chef d\u2019État, les habitants de Sébastopol répondent par un patriotisme russe redoublé.Poutine n\u2019a pas grand-chose à craindre de ses rivaux.Le plus menaçant, Alexeï Navalny, a d\u2019emblée été exclu de la course.OLGA CC Situé au cœur géographique du continent européen, l\u2019oblast de Pskov fut une région agricole prospère et densément peuplée.Mais l\u2019économie locale n\u2019a pas survécu à la conversion au marché libre.À Veïno, « une vache, des cochons »\u2026 et « Vladimir Poutine, La population de ce village perdu au fond de l\u2019oblast de Pskov soutient le président, même s\u2019il n\u2019a pas pu assurer «C\u2019est foutu ici.On vivote comme on peut, mais on est oublié de tout le monde.Ça ne s\u2019arrangera jamais.» aujourd\u2019hui).Le cœur historique de l\u2019économie régionale, le secteur agricole, bat de moins en moins fort.Les autorités privilégient le développement des grands holdings, qui permettent d\u2019attirer des investissements étrangers, mais asphyxient les petites et moyennes exploitations.« Les holdings emploient essentiellement de la main-d\u2019œuvre importée, car il en manque ici.Les gens sont partis ou ne sont pas qualifiés, incapables de travailler dans les grandes entreprises», précise Lev Shlosberg.«Le deal était pourri» Dans le district de Gdov, qui abritait jadis dix fermes d\u2019État, il ne reste qu\u2019une seule exploitation en activité.Celle d\u2019Alexandre Konachenkov, un jovial agriculteur-agronome de 43 ans, qui a racheté en 2005 un vieux sovkhoze laitier en ruines.Il a retapé quelques bâtisses trapues en brique décolorée et monté une af faire qui marche encore.Sur 300 hectares, il récolte 1500 tonnes de légumes par an, tient un cheptel de 70 têtes, produit un peu de lait, du lard.L\u2019État le soutient à hauteur de 4800dollars par an, alors qu\u2019il a besoin de 402 000dollars pour faire tourner l\u2019exploitation et employer quatre personnes, qu\u2019il paie 30 000 roubles par mois (683dollars).Ici, comme dans le reste du district, il n\u2019y a pas de gaz, on chauffe et on cuisine au bois.«Tant mieux, ça donne du travail à ceux qui vivent de la coupe, ironise le fermier, avant de se rattraper.Le gaz n\u2019est pas installé parce que personne n\u2019a besoin de nous.On va tous crever, et il y aura encore moins de raisons de le faire passer.» Depuis 2014, la situation s\u2019est encore détériorée.Le Kremlin a répondu aux sanctions occidentales pour l\u2019annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass en fermant le marché russe aux produits alimentaires européens, tout en promettant aux producteurs russes que cette « politique de substitution aux importations » allait relancer l\u2019agriculture et l\u2019élevage nationaux.« Le deal était pourri.Avant on mangeait de la merde européenne, maintenant on mange de la merde argentine ou chinoise, rigole Alexandre Konachenkov.Et je perds plus d\u2019argent, parce que non seulement je ne vends pas ma production en plus grande quantité, mais en plus mes pièces détachées, semences, et engrais, que j\u2019achète à l\u2019étranger, me coûtent deux fois plus cher parce que le rouble s\u2019est cassé la figure.» Konachenkov est président de l\u2019association des fermiers de l\u2019oblast et membre du parti Ia- bloko qui a réussi, à force d\u2019arpenter la campagne, à faire élire ses membres dans plusieurs assemblées locales.« On m\u2019a demandé de faire parvenir des doléances à Poutine, à la veille des élections.Mais s\u2019il n\u2019a rien fait en 18 ans, à quoi ça sert de lui envoyer des lettres?s\u2019interroge-t- il.Les gens pensent toujours qu\u2019il y a le bon tsar et les mauvais boyards [nobles russes].» Personnages concrets C\u2019est finalement sur cette conviction profonde, qui a toujours caractérisé le rapport des Russes au pouvoir, que repose la popularité de Vladimir Poutine.Y compris et surtout dans les régions les plus déprimées.Si les gens sont prêts à élire localement des représentants de l\u2019opposition, c\u2019est parce qu\u2019ils votent non pour une couleur politique mais pour des personnages concrets, qu\u2019ils voient à l\u2019œuvre.Mais pour le commandant suprême, la magie opère toujours.Lev Shlosberg y voit surtout une histoire de communication : « Poutine a créé une machine de propagande extrêmement puissante.Quand on ne voit à la télé, 24 heures sur 24, qu\u2019un seul héros, ou saint, la zombification marche sur tout le monde.» Malgré le succès annoncé, dimanche, les falsifications sont inévitables.Le Kremlin s\u2019est fixé un objectif de 70 % de participation à l\u2019élection présidentielle.« C\u2019est mission impossible dans notre oblast, car moins de 70 % des gens vraiment inscrits demeurent ici, prévient le député.Pour exécuter l\u2019ordre politique, ils seront obligés de faire voter les absents, et plusieurs fois les présents.» Libération à se présenter au scrutin.Les candidats autorisés forment une imitation d\u2019opposition», estime le politologue Fiodor Kracheninnikov.Les sept candidats autorisés par le Kremlin ont essentiellement fait campagne à travers des débats télévisés lors desquelles ils se sont copieusement invectivés, sans vraiment chercher à mordre dans l\u2019électorat de Vladimir Poutine.Lequel n\u2019a jamais participé à aucun débat.« Poutine ne participe pas aux débats télévisés, ne s\u2019expose pas aux critiques et ne se met pas au niveau de ses adversaires, poursuit Kra- cheninnikov.L\u2019excuse est toujours la même : Poutine est trop occupé et n\u2019a pas le temps pour les bavardages politiques avec des personnages incompétents.Poutine ne fait pas campagne et montre tout le mépris qu\u2019il a pour le processus démocratique.Ce sont ses subalternes qui font campagne à sa place.» Les deux seuls instituts de sondages autorisés en Russie \u2014 contrôlés par le Kremlin \u2014 donnent Vladimir Poutine gagnant dès le premier tour avec un score entre 63 et 73 %, d\u2019après des études réalisées entre le 1er et le 10 mars.La seconde position est disputée entre le communiste Pavel Groudinine (entre 6 et 14 %) et le nationaliste Vladimir Jirinovski (entre 7 et 12 %).Les cinq autres candidats sont sous la barre des 2 %.La participation est attendue entre 69 et 73 %.Ainsi, les sondages officiels correspondent au « scénario 70/70 » élaboré dès 2016 par l\u2019administration présidentielle russe, soit une élection-plébiscite avec 70 % de voix pour Poutine dès le premier tour sur la base d\u2019une participation à 70 %.Maîtrisé de bout en bout par le Kremlin, le scrutin se déroule comme une parade militaire et s\u2019achèvera dimanche par un feu d\u2019artifice en l\u2019honneur de Vladimir Poutine.Collaboration spéciale Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 5 D ans une entrevue mémorable accordée à TVA en octobre 2006, Lucien Bouchard avait adressé aux Québécois un reproche que plusieurs avaient avalé de travers : « On ne travaille pas assez.On travaille moins que les Ontariens, infiniment moins que les Américains.Il faut qu\u2019on travaille plus.» Cette admonestation rend d\u2019autant plus remarquable son indulgence envers les médecins spécialistes, qu\u2019il a conseillés au cours des récentes négociations.L\u2019étude commandée par le dernier commissaire à la santé et au bien- être, Robert Salois, peu avant que Gaétan Barrette n\u2019abolisse son poste, fait état d\u2019un sérieux déficit de productivité par rappor t à leurs confrères ontariens.Même s\u2019ils travaillent moins, M.Bouchard n\u2019a pas semblé troublé par la possibilité que les spécialistes soient mieux rémunérés au Québec que dans la province voisine.Il est vrai que son client refuse d\u2019admettre l\u2019existence de tout écar t en sa faveur.Selon la présidente de la FMSQ, Diane Francœur, les données qui ont amené l\u2019Institut canadien d\u2019information en santé (ICIS) à cette conclusion sont « incomplètes » et ont pour effet de comparer les pommes et les oranges.Dans le doute, le gouvernement aurait dû attendre d\u2019en avoir le cœur net avant de signer une nouvelle entente, à tout le moins de prévoir un rajustement à la baisse s\u2019il appert que l\u2019ICIS avait raison.Or, l\u2019ascenseur ne peut que monter.Un écart défavorable fera encore augmenter la facture, mais elle ne diminuera pas dans le cas inverse.M.Bouchard était plus méticuleux dans l\u2019utilisation des fonds publics quand il était lui-même aux commandes, au point d\u2019envoyer des milliers de médecins et d\u2019infirmières à la retraite.?Certes, il y a une vie après la politique et maître Bouchard est libre d\u2019exercer son métier d\u2019avocat comme il l\u2019entend, mais il est toujours embarrassant de le voir accepter un mandat qui l\u2019entraîne sur le terrain politique.Le mois dernier, Gabriel Nadeau-Dubois lui a reproché à l\u2019Assemblée nationale d\u2019avoir « utilisé sa notoriété et son pouvoir d\u2019influence pour défendre un groupe particulier contre le bien commun ».Il y a quelques années, sa comparution devant une commission parlementaire, en qualité de président de l\u2019Association pétrolière et gazière (APGQ), avait donné lieu à une vive altercation avec Amir Khadir, qui l\u2019avait accusé d\u2019avoir manqué à son engagement envers le Québec et au devoir de réserve qui incombe à un ancien premier ministre.M.Bouchard a fait son travail avec le talent qu\u2019on lui connaît en présentant les spécialistes comme les victimes des « tracasseries » et du « manque de respect » du gouvernement et de son matamore de ministre.Quoi qu\u2019on pense de ses méthodes, M.Barrette était cer tainement en droit de lui répliquer qu\u2019il était bien mal placé pour reprocher à qui que ce soit d\u2019avoir semé le chaos dans le réseau de la santé.Toute l\u2019éloquence de l\u2019ancien premier ministre ne suffira pas à réhabiliter l\u2019image de la profession médicale dans l\u2019opinion publique, pas plus qu\u2019il n\u2019avait jadis réussi à la convaincre de la nécessité d\u2019autoriser les forages dans les basses terres ou l\u2019estuaire du Saint-Laurent.?On a eu beau répéter que l\u2019essentiel de la négociation a porté sur les conditions de travail des médecins et l\u2019accessibilité aux soins, le mal est fait.Qu\u2019elle soit fondée ou non, l\u2019impression que la FMSQ cherchait avant tout à maximiser la rémunération de ses membres a pénétré les esprits trop profondément pour être dissipée de sitôt.Il y a trop longtemps qu\u2019on fait miroiter une amélioration des soins pour justifier une nouvelle hausse qui ne donne jamais les résultats escomptés.On peut comprendre le sentiment d\u2019injustice qui habite bon nombre de médecins qui ont à cœur le bien-être de leurs patients.Mme Fran- cœur les aurait mieux servis en se montrant moins condescendante envers ceux qui ont manifesté publiquement l\u2019inconfor t moral qu\u2019ils ressentent.« Il y a des gens qui ne voient pas la lourdeur de la tâche », a déclaré la présidente de la FMSQ, comme si ceux qui trouvent leur rémunération excessive sont des dilettantes qui pratiquent une médecine douce.Mme Francœur s\u2019est désolée de l\u2019effritement du lien de confiance entre la population et la profession médicale.En réalité, il s\u2019agit moins de confiance que d\u2019estime.Le malade n\u2019a pas d\u2019autre choix que de faire confiance à son médecin, mais il n\u2019est pas obligé de l\u2019admirer, encore moins de l\u2019aimer.De temps immémorial, le médecin a occupé une place plus qu\u2019enviable dans l\u2019imaginaire collectif québécois.Alors que dans d\u2019autres sociétés, son statut social a été « normalisé » depuis longtemps, l\u2019image du bon docteur Jérôme des Belles histoires des pays d\u2019en haut avait résisté à l \u2019épreuve du temps.Cette époque est maintenant révolue.Même avec le meilleur conseiller, l\u2019estime ne se négocie pas.Le négociateur MICHEL DAVID Lucien Bouchard était plus méticuleux sur l\u2019utilisation des fonds publics quand il était premier ministre ALEXANDER ZEMLIANICHENKO ASSOCIAATED PRESS Vladimir Poutine s\u2019est adressé à la foule à Sébastopol à l\u2019occasion du quatrième anniversaire de l\u2019annexion russe de la Crimée, mercredi dernier.Pologne Russie Allemagne Biélorussie Moscou Veïno Oblast de Pskov la ferveur patriotique pour Poutine du militarisme, comme point d\u2019orgue d\u2019une course sans suspense qui d\u2019autre ?» la stabilité économique de la région L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 B 6 A V I S L É G A U X E T A P P E L S D \u2019 O F F R E S L a s u i t e d e s a v i s s e t r o u v e e n p a g e A 8 AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.AUX PERSONNES INTÉRESSÉES AYANT LE DROIT DE SIGNER UNE DEMANDE DE PARTICIPATION À UN RÉFÉRENDUM Second projets de résolution adoptés le 13 mars 2018 1.APPROBATION RÉFÉRENDAIRE À la suite à l\u2019assemblée publique de consultation tenue le 28 février 2018, le conseil d\u2019arrondissement a adopté, lors de sa séance du 13 mars 2018, les seconds projets de résolution CA18 240120 et CA18 240122.Ces seconds projets de résolution contiennent des dispositions qui peuvent faire l\u2019objet d\u2019une demande de la part des personnes intéressées afin que la résolution qui les contient soit soumise à leur approbation conformément à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (RLRQ, c.E-2.2).2.OBJET DES SECONDS PROJETS En vertu du Règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d\u2019occupation d\u2019un immeuble (CA-24-011), les résolutions : a) CA18 240120 : Résolution autorisant l\u2019usage pharmacie au 5e étage du bâtiment situé au 1980, rue Sherbrooke Ouest, et ce, en dérogation notamment à l\u2019article 179 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) relatif, entre autres, à l\u2019implantation d\u2019un usage spécifique aux niveaux supérieurs au rez-de-chaussée d\u2019un bâtiment \u2013 pp 369 (dossier 1186255003); b) CA18 240122 : Résolution autorisant la construction d\u2019un complexe résidentiel et commercial au 1020, rue De Bleury, et ce, en dérogation notamment aux articles 229, 232, 381, 392 et 593 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) relatifs, entre autres, à un restaurant d\u2019une superficie supérieure au maximum autorisé, à l\u2019usage parc de stationnement public intérieur non autorisé, à des débarcadères d\u2019une largeur dépassant 3 mètres et dans un secteur M.7, à l\u2019aménagement d\u2019un café-terrasse sur un toit et à la distance minimale d\u2019un quai de chargement situé à une intersection \u2013 pp 370 (dossier 1177303016); 3.DISPOSITIONS SOUMISES À UNE APPROBATION RÉFÉRENDAIRE Une demande relative à une disposition ayant pour objet d\u2019autoriser une dérogation aux normes énumérées ci-dessous peut provenir de la zone visée et des zones contiguës : CA18 240120 \u2013 1980, rue Sherbrooke Ouest \u2013 pp 369 : - implantation d\u2019un usage spécifique aux niveaux supérieurs au rez-de-chaussée d\u2019un bâtiment (art.179 règl.01-282); b) CA18 240122 \u2013 1020, rue De Bleury \u2013 pp 370 : - restaurant d\u2019une superficie supérieure au maximum autorisé (art.229 règl.01-282); - parc de stationnement public intérieur (art.232 règl.01-282); - débarcadères d\u2019une largeur dépassant 3 mètres et dans un secteur M.7 (art.381 règl.01-282); - à l\u2019aménagement d\u2019un café-terrasse sur un toit (art.392 règl.01-282); - distance minimale d\u2019un quai de chargement situé à une intersection (art.593 règl.01-282); 4.TERRITOIRES VISÉS a) CA18 240120 - Le territoire visé est constitué de la zone visée 0239 et des zones contiguës 0373, 0142, 0045, 0141 et 0018; il peut être représenté comme suit : b) CA18 240122 - Le territoire visé est constitué de la zone visée 0080 et des zones contiguës 0351, 0318, 0196, 0346, 0338, 0052, 0334, 0089, 0291, 0353, 0004 et 0477; il peut être représenté comme suit : 5.CONDITIONS DE VALIDITÉ D\u2019UNE DEMANDE Pour être valide, une demande doit : indiquer clairement la disposition qui en fait l\u2019objet et la zone d\u2019où elle provient; être signée par au moins 12 personnes intéressées de la zone d\u2019où elle provient ou, si leur nombre dans la zone n\u2019excède pas 21, par au moins la majorité d\u2019entre elles; être reçue avant 16 h 30, le 26 mars 2018, à l\u2019adresse suivante : Demandes de participation à un référendum a/s de Me Domenico Zambito, Secrétaire d\u2019arrondissement Ville de Montréal, arrondissement de Ville-Marie 800, boulevard De Maisonneuve Est, 17e étage Montréal (Québec) H2L 4L8 6.PERSONNE INTÉRESSÉE Toute personne qui n\u2019est frappée d\u2019aucune incapacité de voter en vertu de la loi et qui remplit les conditions suivantes le 13 mars 2018 : - être majeure, de citoyenneté canadienne et ne pas être en curatelle; et - être domiciliée dans une zone d\u2019où peut provenir une demande valide et, être depuis au moins six (6) mois, au Québec; ou - être, depuis au moins douze (12) mois, propriétaire d\u2019un immeuble ou occupant d\u2019un établissement d\u2019entreprise au sens de la Loi sur la fiscalité municipale (RLRQ c F-2.1), dans une zone d\u2019où peut provenir une demande.Condition supplémentaire aux copropriétaires indivis d\u2019un immeuble et aux cooccupants d\u2019un établissement d\u2019entreprise : - être désigné, au moyen d\u2019une procuration signée par la majorité des copropriétaires ou cooccupants, comme celui qui a le droit de signer la demande en leur nom et être inscrit sur la liste référendaire, le cas échéant.Condition d\u2019exercice du droit de signer une demande par une personne morale : toute personne morale doit désigner parmi ses membres, administrateurs ou employés, par résolution, une personne qui, le 13 mars 2018, est majeure et de citoyenneté canadienne, n\u2019est pas en curatelle, et n\u2019est frappée d\u2019aucune incapacité de voter prévue par la loi.Les personnes morales, les copropriétaires et cooccupants doivent produire leur résolution ou leur procuration en même temps que la demande.Elle prend effet lors de sa réception et demeure valide tant qu\u2019elle n\u2019est pas remplacée.Sauf dans le cas d\u2019une personne désignée à titre de représentant d\u2019une personne morale, nul ne peut être considéré comme personne intéressée à plus d\u2019un titre conformément à l\u2019article 531 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (RLRQ c F-2.1).7.ABSENCE DE DEMANDE Ces seconds projets de résolution contiennent des dispositions susceptibles d\u2019approbation référendaire.Les dispositions qui n\u2019auront pas fait l\u2019objet d\u2019une demande valide pourront être incluses dans une résolution qui n\u2019aura pas à être approuvée par les personnes habiles à voter.8.CONSULTATION DES DOCUMENTS PERTINENTS Les seconds projets de résolution peuvent être consultés, de 8 h 30 à 16 h 30, aux comptoirs Accès Ville-Marie situés au 17e étage du 800, boulevard De Maisonneuve Est, station de métro Berri-UQÀM, et au rez-de-chaussée du 275, rue Notre-Dame Est, station de métro Champ-de-Mars.Montréal, le 17 mars 2018 Le secrétaire d\u2019arrondissement, Me Domenico Zambito Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC AVIS PUBLIC DE NOTIFICATION (articles 136 et 137 C.p.c.) SECTION I \u2013 AVIS Avis est donné à : BERNARDA JOFRE ROJAS, dernière adresse connue au 4200, boul.des Sources, Dollard-des-Ormeaux (Québec) H9B 3M6 GESTION HABITATION BEA, dernière adresse connue au 2780 rue du Hameau, Sainte-Adèle (Québec) J8B 2G1 ANNE SAKOWSKY, dernière adresse connue au 295 rue Lévis, Joliette (Québec) J6E 2N9 MICHEL MAJEAU, dernière adresse connue au 295 rue Lévis, Joliette (Québec) J6E 2N9 SOLUTION ACCES PARK, dernière adresse connue au 1484-A rue de Jaffa, Laval (Québec) H7P 4K9 MATHIEU SAVAGE, dernière adresse connue au 524 rue Frontenac, Blainville (Québec) J7C 2R2 GILLES MESSIER dernière adresse connue au 2959 rue André-Breton, app.201, Sherbrooke Québec) J1E 0M7 9259-6907 QUÉBEC INC., dernière adresse connue au 2959 RUE André-Breton, app.201, Sherbrooke (Québec) J1E 0M7 de vous présenter au greffe de la Cour du Québec, Division des petites créances, du district de TERREBONNE situé au 25 rue de Martigny ouest, Saint-Jérôme (Québec) dans les 30 jours afin de recevoir la demande introductive d\u2019instance et la demande introductive d\u2019instance modifiée en recouvrement d\u2019une petite créance qui y a été laissée à votre attention.Vous devez répondre à cette demande dans le délai indiqué dans l\u2019avis d\u2019assignation qui l\u2019accompagne, sans quoi un jugement par défaut pourrait être rendu contre vous et vous pourriez devoir payer les frais de justice.SECTION II \u2013 INFORMATIONS RELATIVES À LA PUBLICATION Le présent avis est publié aux termes d\u2019une ordonnance rendue le 15 mars 2018 par la greffière dans les dossiers portant les numéros ci-haut mentionnés.Il ne sera pas publié à nouveau, à moins que les circonstances ne l\u2019exigent.SECTION III \u2013 INFORMATIONS FINALES Saint-Jérôme, le 15 mars 2018 François Langevin Greffier-adjoint de la Cour du Québec 700-32-034265-189 700-32-701205-179 700-32-701208-173 700-32-701208-173 700-32-701214-171 700-32-701233-189 700-32-700279-175 700-32-700279-175 AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE AVIS est donné que, à la suite du décès de Walter LORD, en son vivant résidant au 410, boulevard de l'Ange-Gardien, L'Assomption, province de Québec, J5W 1S7, survenu le 8 septembre 2016 à L'Assomption, un inventaire des biens du défunt a été fait ce jour par le liquidateur, Michael Lord, devant Me Marianne de Bellefeuille, notaire, conformément à la Loi.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés à l'Étude de Me Marianne de Bellefeuille, notaire, au 161A, L\u2019Ange-Gardien, L'Assomption, Québec, J5W 1R3.Donné ce 15 mars 2018.Michael LORD Avis de clôture d'inventaire Avis est donné qu'à la suite du décès de Sebastiana OLIVARO (Amato), survenu le 18 octobre 2017, en son vivant domiciliée au 2537, rue L-O David, Montréal, Province du Québec, H2A 1N2, un inventaire des biens de la défunte a été fait par la liquidatrice successorale Anna-Maria OLIVARO le 12 mars 2018.Cet inventaire peut-être consulté jusqu'au 15 avril 2018 par les intéressés y ayant droit à l'étude de Me Salim FARHAT, notaire, au 1525, rue Mazurette, bureau 201, Montréal, Québec, H4N 1G8.Donné le 15 mars 2018, Anna- Maria OLIVARO, liquidatrice.ASSEMBLÉE PUBLIQUE DE CONSULTATION 1.Les personnes intéressées sont priées de noter que le conseil d\u2019arrondissement de Ville-Marie, à sa séance du 13 mars 2018, a adopté, en vertu du Règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d'occupation d'un immeuble (CA-24-011), les premiers projets de résolution dont la description suit : a) Résolution autorisant la démolition des bâtiments situés au 1811 et 1815-1819, rue Sainte-Catherine Est (ancien cinéma Champlain) ainsi que la construction et l'occupation d'un édifice à cet emplacement, et ce, en dérogation notamment aux articles 9 et 43 du Règlement d'urbanisme de l'arrondissement de Ville-Marie (01-282) relatif, entre autres, à la hauteur maximale en mètres et en étages et à la densité \u2013 pp 374 (dossier 1170607010) ; Ce projet particulier vise la zone et les zones contiguës ci-après illustrées : b) Résolution autorisant l\u2019usage parc de stationnement public intérieur au sous-sol du bâtiment situé au 1010, rue Sainte-Catherine Est, et ce, en dérogation notamment aux articles 242 et 620 du Règlement d'urbanisme de l'arrondissement de Ville-Marie (01-282) relatif, entre autres, à l\u2019usage parc de stationnement public intérieur non autorisé dans la catégorie M.9C et à la largeur minimale d\u2019une voie de circulation de l\u2019aire de stationnement \u2013 pp 375 (dossier 1186255005); Ce projet particulier vise la zone et les zones contiguës ci-après illustrées : c) Résolution autorisant la construction d\u2019un bâtiment résidentiel de 5 étages et 15 mètres d\u2019hauteur pour le bâtiment à construire au 99999, rue Saint-Marc, et ce, en dérogation notamment à l\u2019article 9 du Règlement d'urbanisme de l'arrondissement de Ville-Marie (01-282) relatif, entre autres, à la hauteur maximale autorisée en mètres et en étages \u2013 pp 376 (dossier 1187303004); Ce projet particulier vise la zone et les zones contiguës ci-après illustrées : 2.Conformément à la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme (RLRQ, chapitre A-19.1), ces projets feront l\u2019objet d\u2019une assemblée publique de consultation le 27 mars 2018, à compter de 18 h, à la salle du conseil d\u2019arrondissement située au rez-de-chaussée du 800, boulevard De Maisonneuve Est.3.Au cours de cette assemblée, le maire d\u2019arrondissement ou tout autre membre désigné du conseil d\u2019arrondissement expliquera les projets ainsi que les conséquences de leur adoption, et le public pourra les commenter.4.Ces projets contiennent des dispositions susceptibles d\u2019approbation référendaire.5.Une copie de ces projets peut être consultée aux comptoirs Accès Ville-Marie situés au 17e étage du 800, boulevard De Maisonneuve Est, station de métro Berri-UQÀM, et au rez-de-chaussée du 275, rue Notre-Dame Est, station de métro Champ-de-Mars.Montréal, le 17 mars 2018 Le secrétaire d\u2019arrondissement, Domenico Zambito, avocat Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC AVIS PUBLIC DE NOTIFICATION (135, 136 et 137 C.p.c.) PAR ORDRE DE L\u2019HUISSIER: Avis est donné SERVICES MBN INC.que la partie demanderesse a déposé au greffe de la Cour du Québec, du district de MONTRÉAL, une demande introductive d'instance.Une copie de cette demande et de l'avis d'assignation ont été laissés à l'intention de la partie défenderesse, au greffe du tribunal, au palais de justice de MONTRÉAL, situé au 1 RUE NOTRE-DAME EST À MONTRÉAL dans le dossier 500-22-245189- 181.Il est ordonné à la partie défenderesse de se présenter au Palais de justice dans les 30 jours de la présente.À défaut de répondre dans le délai, un jugement par défaut pourrait être rendu contre vous sans autre avis dès l'expiration de ce délai et vous pourriez devoir payer les frais de justice.À Montréal, le 15 mars 2018 Sonia Lavoie, huissier de justice M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M à Washington «J e suis près d\u2019obtenir l\u2019équi pe que je veux», a lancé Donald Trump quand il est apparu sur la pelouse de la Mai- son-Blanche pour expliquer le remaniement.Du reste, le Washington Post croit savoir que le président s\u2019apprête à limoger aussi son conseiller pour la sécurité nationale, le général H.R.McMaster.Cependant, il revient au Sénat d\u2019approuver ou non les nominations de Mike Pompeo et de Gina Haspel.Or, leur promotion aux postes cruciaux de ministre des Affaires étrangères et de directeur de l\u2019Agence centrale de renseignement suscite de nombreuses critiques.Si Mike Pompeo était con - firmé dans ses nouvelles fonctions par le Sénat, il serait en effet le premier secrétaire d\u2019État à avoir dirigé la CIA.Il est d\u2019autant plus proche des milieux du renseignement qu\u2019il a siégé à la commission de la chambre chargée de super viser les agences d\u2019espionnage.De son côté, Gina Haspel est appelée à devenir la première femme à diriger la CIA, où elle commença sa carrière comme espionne.Mais elle est impliquée dans les fameux «sites noirs» de la CIA et dans la torture autorisée par le président George W.Bush après les attentats du 11 septembre 2001.Mme Haspel dirigeait l\u2019un de ces sites en Thaïlande, où des membres présumés d\u2019al- Qaïda subirent le supplice dit de la baignoire (ou simulacre de noyade).En 2002, elle contribua à rédiger la note de service ordonnant la destruction des vidéos des interrogatoires pratiqués sur le « site noir » en Thaïlande.«Haspel serait une tache sur la démocratie américaine si le Sénat approuvait sa nomination », a déclaré au Devoir Andrew Bacevich, colonel à la retraite, professeur d\u2019histoire diplomatique et militaire à l\u2019Université de Boston, auteur d\u2019ouvrages sur la politique étrangère américaine.« Quant à Pompeo, c\u2019est un faucon ultra ; à ses yeux, le monde est rempli de menaces et d\u2019ennemis que les États- Unis doivent af fronter », déplore Andrew Bacevich.«Source d\u2019inquiétude» Pour sa part, une ancienne porte-parole du département d\u2019État qui s\u2019exprime auprès du Devoir sous couvert de l\u2019anonymat estime que la nomination d\u2019un patron de la CIA à la tête de la diplomatie est « une source d\u2019inquiétude ».« Au plus for t de la guerre froide, il y avait confusion entre les activités diplomatiques et celles de la CIA ; il faut donc qu\u2019il y ait une répartition des rôles claire comme de l\u2019eau de roche entre département d\u2019État et CIA, il faut aussi que Pom- peo comprenne bien la nécessité de cette séparation des fonctions et des personnels », ajoute-t-elle.Au Sénat, les nominations de Mike Pompeo et de Gina Haspel seront évaluées par la Commission des af faires étrangères, dont l\u2019approbation n\u2019est pas acquise, surtout en ce qui concerne Gina Has- pel, puisque les républicains n\u2019ont qu\u2019une majorité d\u2019un siège à la commission et que cer tains d\u2019entre eux soulèvent des objections.Le libertarien Rand Paul, candidat à la présidence en 2016, est ainsi le premier membre républicain de ladite commission à annoncer qu\u2019il votera contre les deux candidats.John McCain, lui, exprime des réserves à propos de Gina Haspel, mais il soutient Mike Pompeo, bien que le patron de la CIA ait, en tant que député, dénoncé la fermeture des «sites noirs » et la loi de 2015 qui interdit la torture des détenus et dont M.McCain est l\u2019auteur.Si la nomination de Mike Pompeo était approuvée par les républicains et les démocrates, comme lors de sa nomination à la CIA en janvier 2017, il prendrait les rênes d\u2019un dépar tement d\u2019État exsangue et démoralisé par une atmosphère délétère marquée par un ministre Tillerson incapable de s\u2019affirmer face au président Trump, par le départ de nombreux diplomates et fonctionnaires de carrière, ainsi que par un objectif de réduction des ef fectifs de 8 % et du budget de 30% en 2018 et 2019.Selon Andrew Bacevich, la priorité de Mike Pompeo doit être de «définir la direction de la politique étrangère des États-Unis et tenir ce cap».Beaucoup à faire L\u2019ancienne cadre du département d\u2019État interrogée par Le Devoir est d\u2019accord pour dire qu\u2019il y a beaucoup à faire au ministère.« Il y a urgence, le moral du personnel n\u2019a jamais été aussi bas, la diplomatie américaine et le gouvernement Tr ump ont perdu un temps précieux», dit-elle.Selon cette ancienne porte-parole du département d\u2019État, la sécheresse avec laquelle M.Til- lerson a été renvoyé reflète, de la part de Donald Trump, «une absence totale de respect, y compris envers la fonction même de secrétaire d\u2019État ».Toujours selon elle, Mike Pom- peo devra donc «éduquer le président» sur la nécessité de la diplomatie et sur le travail des diplomates au quotidien.Sur le fond, les États-Unis doivent «construire et reconstruire des alliances, y compris avec leurs amis les plus anciens».Au fil de sa carrière, le général James Mattis, aujourd\u2019hui ministre de la Défense, a martelé que, malgré leur hyper- puissance militaire, les États- Unis doivent s\u2019investir dans la réussite de la diplomatie.«Si le département d\u2019État n\u2019est pas financé à plein, je dois acheter plus de munitions», avait expliqué en 2013 le général, alors chef d\u2019état-major interarmes, à un Congrès républicain déjà désireux de couper les vivres aux Affaires étrangères.En visite dans la zone de démarcation entre les deux Corées en octobre dernier, M.Mattis a souligné que le règlement des tensions entre Washington et Pyongyang passe par la diplomatie, pas par la guerre.L\u2019ancienne porte-parole du dépar tement d\u2019État qui s\u2019exprime auprès du Devoir pense que Donald Trump et Mike Pompeo doivent s\u2019inspirer du général Mattis.« Si le président Tr ump se soucie vraiment de nos troupes, il lui faut déployer un grand effort diplomatique car, quand la diplomatie ne fonctionne pas, ce sont nos soldats qui en subissent les premières conséquences », observe-t-elle.Mais Mike Pompeo n\u2019est pas connu pour avoir la fibre diplomatique.La Corée du Nord et l\u2019Iran figurent « parmi les menaces qu\u2019il voit par tout », dit Andrew Bacevich.Avant de devenir patron de la CIA, il a prôné le bombardement de l\u2019Iran.« Pompeo s\u2019est déclaré favorable à un changement de régime en Corée », note aussi le professeur Bacevich.Le secrétaire d\u2019État que Donald Trump a désigné est un interventionniste, au moment même où le président américain prépare une rencontre potentiellement historique avec son homologue nord-coréen.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 7 C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris C\u2019 est une première.Jeudi, Marine Le Pen a appelé les électeurs du Front national à voter pour le candidat du parti Les Républicains lors des élections législatives partielles qui auront lieu à Mayotte les 18 et 25 mars.La présidente du Front national n\u2019aura donc pas attendu une semaine avant de mettre en application le nouveau mot d\u2019ordre du congrès tenu la semaine dernière et destiné à la remettre en selle : celui du rassemblement des droites.Le « Rassemblement national» est d\u2019ailleurs le nouveau nom qu\u2019elle souhaiterait donner à son parti si cette appellation était avalisée par les adhérents.Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres.Il n\u2019y a pas si longtemps, en effet, le Front national clamait sur tous les toits que Les Républicains et le Parti socialiste, c\u2019était la même chose.Après la déconfiture de l\u2019entre-deux-tours, où Marine Le Pen a explosé en plein débat télévisé, et le départ de son principal conseiller, Florian Phi- lippot, le récent congrès a donc acté le changement de stratégie.Difficile en effet de ne pas voir qu\u2019ailleurs en Europe, les partis d\u2019extrême droite ont de plus en plus accès au pouvoir en participant à des coalitions.C\u2019est aujourd\u2019hui le cas dans une demi-douzaine de pays, comme l\u2019Autriche, le Danemark et la Finlande.La récente élection italienne, où la Ligue est arrivée en tête au sein d\u2019une alliance des droites, qui a elle-même dominé le vote, est venue souligner le paradoxe français : avec plus de 30 % du vote au second tour de la présidentielle en 2017, le FN, qui siège à côté de la Ligue au Parlement européen, semble toujours aussi loin de participer un jour à un gouvernement.Briser le cordon sanitaire Aussitôt le congrès du FN terminé, le nouveau président des Républicains, Laurent Wau- quiez, s\u2019est en effet empressé d\u2019affirmer qu\u2019« il n\u2019y aura jamais d\u2019alliance avec Marine Le Pen ».Ce qui n\u2019empêche pas, ajoute-t-il, « de parler aux électeurs du FN ».Seul le député LR et ancien ministre Thierr y Mariani a plaidé pour un « rapprochement ».Mais il « ne représente que lui-même », a estimé le politologue Pascal Perrineau dans Libération.Notons pourtant que personne chez Les Républicains n\u2019a réclamé son exclusion.Les sympathisants du FN ont beau être 71 % à se déclarer favorables à « un accord électoral national » avec Les Républicains aux élections européennes de 2019, l\u2019union des droites théorisée par l\u2019ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson semble toujours aussi improbable.Alors que les discours des Républicains sur l\u2019immigration, le protectionnisme et l\u2019Europe sont de plus en plus proches de ceux du FN, ce dernier ne semble toujours pas en mesure de briser le cordon sanitaire dressé depuis toujours autour de lui.Loin de penser à une alliance, Wauquiez semble plutôt déterminé à profiter de la position de faiblesse du FN afin de lui rafler des voix.Comme l\u2019avait fait Nicolas Sarkozy en 2007.Pour Jérôme Fourquet, s\u2019allier au FN demeure toujours « un aller sans retour ».Dans Libération, le politologue expliquait que, pour avoir un ef fet, le changement de nom du FN «aurait dû aller de pair avec une évolution stratégique ».Or, comme celle-ci semble impossible, le changement se résume pour l\u2019instant à une opération de marketing.Le fantôme de Marion Plus que l\u2019avenir du FN, c\u2019est peut-être surtout celui de Marine Le Pen qui est aujourd\u2019hui en cause.Le spécialiste de la communication Arnaud Benedetti a vu dans le récent congrès du FN l\u2019enfermement de Marine Le Pen «dans une logique de perdante ».Comme si la présidente n\u2019arrivait pas à se relever de son échec dramatique au débat d\u2019entre-deux-tours.Résultat, elle apparaît de plus en plus cernée à la fois par Laurent Wauquiez, qui chasse ouvertement sur ses terres, et par sa nièce Marion Maré- chal-Le Pen.Malgré son retrait de la vie politique en mai dernier, personne ne doute plus des ambitions politiques de cette dernière.Surtout depuis son intervention très remarquée, le mois dernier, à la Conférence d\u2019action politique conservatrice (CPAC) à Washington.Selon le dernier baromètre Elabe fait pour le quotidien économique Les Échos, à 28 ans, Marion Maréchal-Le Pen fait partie des cinq personnalités politiques préférées des Français.Près de 7 sur 10 d\u2019entre eux pensent qu\u2019elle serait mieux en mesure que sa tante de représenter le FN à la prochaine présidentielle, révèle un autre sondage fait pour Le Figaro et France- Info.Chez les sympathisants du FN, cette proportion atteint presque 50 %.La popularité de Marion Maréchal-Le Pen déborde largement à droite puisque 84 % des sympathisants LR disent la préférer à Marine Le Pen.La semaine dernière, au congrès, la rivalité entre les deux femmes était palpable.Ceux qu\u2019on appelle déjà les « marionistes » auront remarqué que la présidente s\u2019est empressée de ver rouiller la direction du par ti.On y remarque l\u2019absence de quelques-unes des étoiles montantes du FN proches de Marion Maré- chal-Le Pen, comme Antoine Mellies et François de Voyer.Pressenti pour prendre la tête des élections européennes, Nicolas Bay est perçu comme le représentant de la ligne plus conservatrice et moins antieuropéenne de Marion Maréchal-Le Pen.Quant à Gilbert Collard, élu grâce au soutien de cette dernière, il n\u2019a pas craint d\u2019exprimer son désaccord sur le nouveau nom du parti.On s\u2019active à droite Les grandes manœuvres ne sont pas encore au rendez-vous, mais les observateurs constatent tout de même que l\u2019on s\u2019active à la droite de la droite.Le chef du petit parti gaulliste Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, qui s\u2019était rallié à Marine Le Pen au second tour, vient de créer une plateforme appelée Les Amoureux de la France.On y retrouve l\u2019ancien candidat à la primaire de la droite et du centre Jean-Frédéric Poisson, ainsi que la députée de l \u2019Hérault, Emmanuelle Ménard, épouse du maire de Béziers, Robert Ménard.Ces mouvements annoncent-ils un prochain branle-bas de combat ?Selon Louis Aliot, membre du bureau exécutif du FN, les alliances viendront plutôt de la base lors des prochaines municipales, pas des états-majors.Attention, dit Jérôme Fourquet, le logiciel du FN « a fait ses preuves sur le plan électoral.S\u2019il est loin des perspectives qui semblaient lui être offertes avant la présidentielle [\u2026], on aurait tort d\u2019enterrer une nouvelle fois le FN ».La guerre qui déchire la droite depuis 30 ans n\u2019est donc pas terminée.Le Devoir FRANCE Suffira-t-il au Front national de changer de nom ?Plus que l\u2019avenir du parti, c\u2019est peut-être celui de Marine Le Pen qui est aujourd\u2019hui en cause Donald Trump a procédé cette semaine à un remaniement partiel de son équipe de sécurité nationale.Tandis que le manque d\u2019autorité de Rex Tillerson laisse le département d\u2019État exsangue, les nominations de Mike Pompeo à la tête de la diplomatie et de Gina Haspel à la direction de la CIA soulèvent des préoccupations.ÉTATS-UNIS Des promotions contestées à la sécurité nationale Les nominations de Mike Pompeo et Gina Haspel dans des postes-clés devront passer le test du Sénat SAUL LOEB AFP / ASSOCIATED PRESS VIA CIA Mike Pompeo pourrait devenir le premier secrétaire d\u2019État à avoir dirigé la CIA.Quant à Gina Haspel, elle est appelée à devenir la première femme à mener la CIA dans l\u2019histoire de l\u2019agence.«Il y a urgence, le moral du personnel n\u2019a jamais été aussi bas, la diplomatie américaine et le gouvernement Trump ont perdu un temps précieux» PHILIPPE HUGUEN AGENCE FRANCE-PRESSE Marine Le Pen apparaît de plus en plus cernée à la fois par Laurent Wauquiez et par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen. Le leader néodémocrate Jagmeet Singh af fiche fièrement son appartenance à la religion sikhe.Mais cela va-t-il plus loin ?Avant de se lancer en politique fédérale, il a participé à des événements organisés par des partisans d\u2019un État sikh indépendant, le Khalistan.Ces révélations du Globe and Mail ont provoqué une pluie de questions sur le jugement du jeune chef.n octobre 2017, peu après son élection, Jag- meet Singh fait face à Terry Milewski sur le plateau de Power and Politics, de la CBC.Le journaliste chevronné, qui a couvert la tragédie d\u2019Air India en 1985, lui demande s\u2019il approuve que des temples sikhs af?chent des photos de Talwinder Parmar, le cerveau présumé de l\u2019attentat qui a fait 329 victimes.M.Singh esquive la question et dit ignorer qui est responsable de ce drame.Deux commissions d\u2019enquête ont pourtant identi?é M.Parmar comme l\u2019homme derrière le pire acte terroriste de l\u2019histoire canadienne.L\u2019échange provoque des remous, certains accusent M.Milewski de racisme et s\u2019adressent à l\u2019ombudsman de CBC, qui donnera raison au journaliste étant donné les prises de position passées de M.Singh.L\u2019affaire s\u2019est vite essouf?ée, mais au cours des derniers jours, le Globe and Mail a fait état d\u2019événements indépendantistes auxquels M.Singh a participé alors qu\u2019il était député on- tarien.En 2015, à San Francisco, il s\u2019est adressé à un rassemblement de partisans du Khalistan et a marché avec eux.En 2016, à Londres, il a participé à un séminaire avec deux partisans de l\u2019indépendance sikhe, dont un jeune militant qui disait que le recours à la violence politique pouvait être justi?é dans certaines circonstances.À ces deux occasions, M.Singh n\u2019a pas appuyé la violence, ni exprimé son soutien à l\u2019indépendance du Khalistan.Le fait qu\u2019il ait accepté d\u2019y participer l\u2019a cependant mis sur la défensive.Il a répondu par écrit au Globe, puis a publié une lettre et, voyant que cela ne suf?sait pas, a donné une en?lade d\u2019entrevues.Il a répété sur toutes les tribunes qu\u2019il rejette toute forme de violence et condamne le terrorisme en toutes circonstances.En entrevue, il a déclaré qu\u2019il reconnaissait M.Parmar comme le responsable de l\u2019attentat d\u2019Air India et qu\u2019il était inacceptable qu\u2019on l\u2019honore dans les temples.Il a refusé de se prononcer sur la création d\u2019un État sikh indépendant, un projet populaire au sein d\u2019une frange de la diaspora sikhe mais dont le soutien s\u2019est pratiquement évanoui au Pendjab.M.Singh juge que la décision revient aux sikhs indiens, dont il respecte le droit à l\u2019autodétermination, une position qu\u2019il défend aussi dans le cas du Québec.(Ce qui fait tiquer au Canada anglais.) Il maintient qu\u2019il continuera de participer aux événements indépendantistes où on l\u2019invitera afin, dit-il, d\u2019inciter ceux qui ont la rage au cœur à canaliser leur énergie vers des actions positives.?Il est normal que le chef du NPD défende les préoccupations de sa communauté puisqu\u2019il la comprend intimement.Presque tous les députés issus d\u2019une communauté immigrante, religieuse, culturelle ou autre, en font autant.La diversité de représentation est nécessaire, mais ce qu\u2019on attend de tous ces élus est qu\u2019ils relaient les revendications locales de leurs commettants, pas les combats politiques de leur terre natale.Le danger pour les politiciens, y compris M.Singh, est de se laisser aspirer par cette politique de la diaspora (diaspora politics, ou politique transnationale).C\u2019est malheureusement la tentation à laquelle cèdent trop d\u2019entre eux pour glaner quelques votes, au point d\u2019in?uer sur leurs choix politiques, en particulier en matière de politique étrangère.On l\u2019a vu tout récemment quand le chef conservateur Andrew Scheer a annoncé qu\u2019il reconnaîtrait Jérusalem comme capitale d\u2019Israël.Ou dans le dossier ukrainien sous le gouvernement Harper.Ou encore lors de ce voyage en Inde du premier ministre Justin Trudeau, qui compte dans son caucus 16 députés de religion sikhe, dont quatre siègent au cabinet.Ce n\u2019est pas parce que Jagmeet Singh est sikh qu\u2019il doit répondre avec clarté aux questions soulevées.Le ?ou de ses premières réponses sur l\u2019extrémisme sikh et sa participation passée aux événements indépendantistes ainsi que son intention mal avisée de continuer de le faire l\u2019exigent.Il a le devoir de dissiper toute ambiguïté sur ce que serait son éventuelle politique étrangère, en particulier à l\u2019égard de l\u2019Inde, et de démontrer qu\u2019elle serait au service des intérêts canadiens.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 B 8 EDITORIAL L E T T R E S Feu les classes sociales ?Le discours de la gauche postmoderne semble avoir laissé complètement tomber les notions de classes sociales et de disparités de revenus.L\u2019homme-blanc-hétéro- sexuel tant houspillé constituerait donc, s\u2019il fallait en croire ses adeptes, une sorte d\u2019entité uniforme avec un échantillonnage allant de milliardaires comme Bill Gates ou Alain Bouchard à un prestataire de la sécurité du revenu.Est-ce sérieux?Et comment les suivre dans leur explication purement discursive sur la construction des groupes «raci- sés»?Dans la construction de la représentation négative du jeune Noir habitant le quartier Saint-Michel à Montréal, n\u2019y a-t-il pas un contexte socio-économique sous-jacent qui produit et reproduit la petite criminalité et le racisme?Sans doute un marxisme primaire qui a longtemps dominé a-t-il laissé peu de place au sort spécifique des femmes, des immigrants et des minorités sexuelles.Mais, est-ce que ce réductionnisme postmoderne ne gomme pas toute la complexité des rapports de domination et d\u2019exploitation dans une société en oubliant les classes sociales?Et est-ce que ce discours postmoderne issu des universités américaines ne correspond pas à l\u2019incapacité de la société américaine elle-même à mettre en place une véritable redistribution des richesses?Christian Harvey, directeur de la Société d\u2019histoire de Charlevoix La Malbaie, le 14 mars 2018 L I B R E O P I N I O N M I C H E L G O U R D L\u2019Ascension-de-Patapédia E n ce début de XXIe siècle, la francophonie est de plus en plus africaine.Un monde francophone nouveau est en train de naître.Il est beau, jeune, intelligent et africain.Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a été reçu à l\u2019Élysée le 6 mars par le président français, Emmanuel Macron.Les deux hommes y ont af firmé qu\u2019ils voulaient donner un nouveau souffle à la francophonie.Ils n\u2019ont pas précisé les moyens qu\u2019ils comptent déployer, mais on attend un impor tant discours du président le 20 mars prochain, Journée internationale de la Francophonie.Lui et Philippe Couillard considèrent que l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n\u2019est plus vraiment opérationnelle.En retard sur les événements, Emmanuel Macron tente actuellement de relancer la réflexion sur la francophonie.Le gouvernement français a longtemps utilisé l\u2019OIF pour prolonger son influence.Mais, privé de ses racines africaines avec Michaëlle Jean, l\u2019Organisation n\u2019est plus que l\u2019ombre d\u2019elle- même et impuissante à influencer les crises sur ce continent.Ce n\u2019était pas le cas dans le passé, avec l\u2019ex-président du Sénégal Abdou Diouf et avant lui l\u2019ex-secrétaire général de l\u2019ONU Bou- tros Boutros-Ghali, tous deux issus du monde politique africain.La francophonie n\u2019est plus en 2018 la continuation de la politique étrangère française dans ses anciennes colonies.La France est le pays francophone qui a le plus laissé de côté la francophonie.La nouvelle francophonie s\u2019est donc développée sans la France.Selon le dernier rapport de l\u2019OIF, publié en 2014, on sait qu\u2019il y a environ 274 millions de personnes parlant français dans le monde, dont 212 millions en font un usage quotidien.Ils sont dans 84 États et gouvernements.Il y a aussi environ 125 millions de personnes qui apprennent actuellement le français.Le français vient déjà au cinquième rang des langues le plus parlées au monde et est l\u2019une des langues officielles de 57 États dans 29 pays.Si l\u2019anglais est la langue des affaires, le français est la langue de la diplomatie.De plus, c\u2019est la quatrième langue d\u2019Internet et la troisième langue des af faires.C\u2019est aussi la deuxième langue parlée sur les cinq continents, utilisée par des organisations internationales, et c\u2019est la plus apprise dans le monde.[\u2026] Nouveau centre de gravité Après la France, la République démocratique du Congo (RDC) est le pays qui compte le plus de francophones.Cette langue y est parlée par 56 % des 87 millions d\u2019habitants.Si on additionne toutes les populations francophones de l\u2019Afrique, en commençant par les 33 millions de la RDC, on obtient plus de 121 millions de locuteurs du français en 2014.C\u2019est plus que les 63 millions de Français et même que les 119 millions de francophones européens (sans le Royaume-Uni).Cela fait de l\u2019Afrique le nouveau centre de gravité naturel du français.La francophonie devient donc de moins en moins un instrument politique au service de la France, qui profitait de ces pays pour rayonner à l\u2019extérieur.Exemple de cette situation : une auteure de la République démocratique du Congo, Tina Ngal, a récemment écrit une lettre ouverte au président Emmanuel Macron.Son questionnement la fait remonter aux origines de la francophonie politique et au roi François Ier.Elle y livre un plaidoyer pour une francophonie pragmatique en marche vers un renouveau et plus ouverte aux défis africains.Ce recentrage de la francophonie sur l\u2019Afrique ne serait qu\u2019un commencement.Toujours selon l\u2019OIF, le nombre de francophones dans le monde augmentera de 274 à 700 millions de 2014 à 2050 et pourrait atteindre les 767 millions en 2060.Il y aurait plus de 85 % de ceux-ci qui vivraient en Afrique à cette date.« Le français bénéficie de la croissance démographique des pays d\u2019Afrique subsaharienne », disait à ce sujet Abdou Diouf.Les colonies qui étaient dominées par la France aux XIXe et XXe siècles prennent leur revanche au XXIe et pèseront près de huit fois son poids démographique après 2050.La décision d\u2019Emmanuel Macron d\u2019amorcer une « réflexion autour de la langue française et de la francophonie » arrive donc tard.La francophonie institutionnelle est de plus en plus une chose du passé.À sa place surgit une nouvelle francophonie composée des populations colonisées qui ont adopté la langue et la culture françaises.Les pays créés par l\u2019expansion coloniale française dépassent déjà la France en nombre de locuteurs et, en raison de la différence des taux de natalité, cette situation va for tement s\u2019amplifier au cours des prochaines décennies.Alors qu\u2019Emmanuel Macron soutenait début mars que parler anglais renforce la francophonie, qui dit cette francophonie dit de moins en moins la France.Comme le rapport des francophones à leur langue change selon que l\u2019on soit Français, Togolais ou Québécois, les orientations de la francophonie doivent le faire aussi.Si, en France, la langue française n\u2019est absolument pas menacée, ce n\u2019est pas le cas au Québec.Le fossé est particulièrement profond entre Emmanuel Macron et les francophones minoritaires du Canada, qui eux ne considèrent pas du tout que de parler anglais renforce la francophonie.Dans ces régions, c\u2019est plutôt de cette manière que le processus d\u2019assimilation se poursuit.Par ailleurs, au Togo et dans plusieurs pays africains, la langue de Molière est la clé pour le développement économique.Désormais, la langue française est africaine et le sera de plus en plus au cours des décennies qui viendront.Elle peut maintenant aider le décollage économique de l\u2019Afrique.La francophonie se décolonise FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Égalité de traitement Des médecins en ont assez de faire les manchettes avec leur salaire sans qu\u2019on souligne au passage leur professionnalisme et leur dévouement.On peut les comprendre.Ils ont travaillé très for t pour en arriver là où ils sont.Ils n\u2019ont pas volé leur place.Il est bien malvenu de les critiquer personnellement.Malgré tout, une fois la reconnaissance accordée, le public n\u2019a pas tort d\u2019éprouver l\u2019impression qu\u2019ils ont été choyés par le système actuel pendant que la majorité, elle, a dû faire des sacrifices.Pensons seulement au monde de l\u2019éducation, aux malades et aux autres travailleurs de la santé.Je demeure convaincu que c\u2019est cette inégalité de traitement qui constitue le fond de la hargne, bien plus que les salaires élevés, même si par fois on peut sourciller : « 174 médecins ont facturé plus d\u2019un million de dollars à l\u2019État en 2014 » (L\u2019actualité, 9 décembre 2015).Il n\u2019y aurait pas grand monde qui s\u2019en offusquerait si tout le monde avait obtenu sa juste part.Or, ce n\u2019est pas le cas.Le malaise est même ressenti par le regroupement des Médecins québécois pour le régime public (MQRP).Ce regroupement a lancé une pétition dénonçant les récentes hausses de rémunération négociées par leurs fédérations médicales.Ils sont maintenant 900 à l\u2019avoir signée.C\u2019est ce qui est choquant : voir le gouvernement actuel contribuer grandement à creuser les inégalités sociales.René Bolduc Québec, le 14 mars 2018 JAGMEET SINGH Le poids du passé E MANON CORNELLIER Prévisible pétition à contre-courant Le parc du Mont-Royal est traversé en son milieu par une voie de transit automobile fort achalandée.La nouvelle administration Plante, élue avec un programme de mobilité durable, souhaite couper ce lien en bloquant le transit au milieu du sommet de la montagne.Faut-il se surprendre de cette pétition de 25 000 signatures réclamant une consultation préalable?Les automobilistes ne céderont jamais volontairement du terrain, et rien ne changera jamais si on ne fait que les écouter.La mobilité durable, comme tout autre virage en faveur de l\u2019environnement, exige des sacrifices personnels, et les objectifs poursuivis ne s\u2019atteignent pas simplement en brandissant une pancarte dans une manif.Alors oui à la scission de la voie (trop) rapide Camilien-Houde-Remembrance.On devrait même réfléchir à augmenter la desserte en transport collectif du mont Royal et à en reboiser le stationnement au sommet.C\u2019est un parc après tout.Luc Le Blanc Montréal, le 13 mars 2018 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).J agmeet Singh n\u2019avait que cinq ans en 1984, lorsque le gouvernement indien d\u2019Indira Gandhi a ordonné la descente de l\u2019armée au Temple d\u2019or d\u2019Amritsar, le lieu le plus sacré des sikhs, pour chasser les séparatistes qui avaient semé la violence dans l\u2019État du Pendjab.L\u2019attaque a causé la mort de Jarnail Singh Bhindranwale, un leader séparatiste.Des milliers de combattants et civils sikhs ont été tués durant le règne de terreur de l\u2019armée qui avait suivi l\u2019assassinat de Mme Gandhi quelques mois plus tard.Pour beaucoup de gens, dont Jagmeet Singh, il s\u2019agissait d\u2019un génocide.Jagmeet Singh est né au Canada et a grandi à Terre-Neuve et à Windsor, en Ontario.Il n\u2019a pas vécu la persécution des sikhs dans le pays que ses parents ont quitté avant sa naissance.Toutefois, il dit avoir constaté, comme enfant, leur silence lorsqu\u2019il les interrogeait sur leur passé.C\u2019est seulement plus tard qu\u2019il dit avoir compris pourquoi ils étaient si réticents à en parler.Si ses parents n\u2019ont jamais été des militants sikhs, Jagmeet Singh en serait devenu un, ou, à tout le moins, il ne se gênait pas pour les fréquenter.Comme le Globe and Mail l\u2019a révélé cette semaine, celui qui est devenu le chef du Nouveau Parti démocratique en octobre dernier a participé à des rassemblements organisés par les séparatistes sikhs à San Francisco et à Londres, en 2015 et en 2016 respectivement.Bien qu\u2019il n\u2019ait jamais soutenu explicitement ni la cause séparatiste ni la violence de ceux qui appuient cette dernière, d\u2019autres participants qui ont pris la parole à ces ralliements l\u2019ont fait.M.Singh ne s\u2019était jamais distancié d\u2019eux.Tout comme il n\u2019avait jamais reconnu Talwinder Singh Parmar comme étant le responsable de l\u2019attentat en 1985 contre un vol d\u2019Air India en provenance de Montréal, lequel attentat avait causé la mort de 329 personnes, dont 268 citoyens canadiens, alors qu\u2019une enquête officielle est arrivée à cette conclusion en 2010.Des accusations criminelles n\u2019ont jamais été por tées contre Talwinder Singh Parmar, puisque ce dernier est mort en Inde en 1992.Pourquoi Jagmeet Singh a-t-il, jusqu\u2019à cette semaine, passé sous silence les conclusions de cette enquête et refusé de dénoncer les propos des militants sikhs qui vénèrent ceux qui ont commis de la violence au nom de la cause séparatiste?Serait-ce parce qu\u2019il favorise lui-même la création d\u2019un État indépendant sikh?Ou serait- ce une stratégie purement électoraliste de sa part pour courtiser des militants sikhs au Canada, stratégie qui a déjà porté ses fruits durant la course à la chefferie néodémocrate et qui pourrait être utile au NPD afin de remporter des circonscriptions à for te propor tion sikhe lors des élections en 2019 ?Les réponses qu\u2019a données cette semaine M.Singh à ces questions sont loin d\u2019être satisfaisantes.Bien qu\u2019il ait enfin dit avoir accepté les conclusions de l\u2019enquête sur l\u2019attentat contre le vol d\u2019Air India et qu\u2019il ait condamné ceux qui l\u2019ont perpétré, il continue de tenir un double langage qui réconforte les sympathisants de la cause séparatiste au Canada.« Certains dans la communauté sikhe n\u2019ont pas accepté le bilan of ficiel des événements, a-t-il écrit dans une lettre publiée au Globe and Mail.Bien que je puisse comprendre cette douleur, mon approche a été différente : j\u2019ai toujours essayé de donner de l\u2019espace à toutes les voix pour que nous puissions avancer ensemble vers la paix et la réconciliation.» Les Canadiens ne sont pas dupes et, tôt ou tard, ils s\u2019en rendent compte lorsque les politiciens ne leur donnent pas l\u2019heure juste.Ils ne toléreraient surtout pas qu\u2019un politicien qui veut devenir premier ministre du pays exploite un conflit étranger pour favoriser ses propres intérêts politiques ou électoraux.Le premier ministre Justin Trudeau l\u2019a appris à ses dépens lors de sa visite funeste en Inde, un voyage qu\u2019il avait entrepris en partie pour retenir l\u2019appui les électeurs sikhs au Canada.La situation de M.Singh est encore plus dérangeante, puisqu\u2019il est allé beaucoup plus loin que M.Trudeau en ménageant ceux qui nient la vérité et préconisent la violence dans le but de faire du Pendjab un État indépendant.Son comportement n\u2019est pas digne d\u2019un chef politique canadien.Bien des militants néodémocrates étaient au courant des fréquentations séparatistes de M.Singh avant qu\u2019il ne devienne leur chef.Certains ont choisi de les ignorer.D\u2019autres craignaient d\u2019être traités de racistes s\u2019ils les soulevaient.Mais ils devaient savoir que ce dossier reviendrait hanter M.Singh et le NPD jusqu\u2019à ce que le chef prenne catégoriquement ses distances par rapport à cette cause, ce qu\u2019il a commencé timidement à faire cette semaine.Les probabilités que M.Singh devienne premier ministre en 2019 ont toujours été minces.Mais s\u2019il ne rectifie pas rapidement ses propos, elles seront bientôt nulles.Singh et le séparatisme sikh KONRAD YAKABUSKI C O M I T É D E S A U V E G A R D E D E L \u2019 É C O L E D E M U S I Q U E D E V I L L A M A R I A * annonce a été brutale.Une secousse aussi violente qu\u2019inattendue dans le petit monde des arts.Le 17 janvier 2018, la direction de l\u2019école Villa Maria annonçait qu\u2019elle fermera le 30 juin sa prestigieuse école de musique.Pour des motifs budgétaires douteux et mal argumentés, elle aura jeté à la rue dix-huit de ses plus brillants professeurs et privé presque 200 élèves de leur programme, suscitant la colère de centaines de parents.Mais tandis que le conflit s\u2019intensifie sur le campus, cette décision inacceptable pose à la société québécoise des questions plus fondamentales.À l\u2019heure où l\u2019on redécouvre les vertus pédagogiques de la musique, fermer nos programmes et nos écoles est un geste absurde qui nous fragilise et nous appauvrit comme collectivité.Sans doute, mesurés à l\u2019actualité nationale et internationale, ces faits passeront-ils aux yeux de plusieurs pour un événement minuscule, sinon dérisoire.Et pourtant\u2026 Le cas de Villa Maria n\u2019est pas unique, et confirme sur la durée l\u2019érosion lente et dramatique des formations musicales réputées au Québec.Le fait rappelle à notre société que non seulement la vitalité, mais l\u2019existence et même la survie de la culture, de sa culture, demeurent une réalité fragile si l\u2019on n\u2019y prend pas garde.Il lui demande aussi où elle place ses valeurs, celles que des générations, des communautés, des milieux différents ont en partage, qu\u2019ils soient tournés vers le baroque, le jazz ou le rap.Il l\u2019interroge enfin sur son histoire et son identité faite d\u2019influences diverses et, risquons ce mot, peut-être même sur son destin.Car, à force de décisions de ce genre, motivées par un esprit étroitement comptable, on est en droit de se demander si la musique a encore un avenir au Québec.Un patrimoine vivant Depuis sa fondation en 1854 par les sœurs de la Congrégation Notre-Dame, l\u2019école Villa Maria offre dans ses murs des leçons de musique privées, aujourd\u2019hui ouvertes aussi bien aux élèves qui suivent leur scolarité dans l\u2019établissement qu\u2019au grand public.Il s\u2019agit là de l\u2019une des plus anciennes formations musicales à Montréal, au Québec et probablement même au Canada.C\u2019est à ce patrimoine, riche de presque 165 ans, consacré par de nombreux prix et de longues carrières, qu\u2019il nous est demandé à tous de renoncer, artistes et public, amateurs et professionnels, élèves et professeurs.Or ce patrimoine n\u2019est pas destiné à être contemplé en silence dans un musée pour témoigner du passé.Il est vivant, il se transmet de jour en jour avec passion et rigueur.S\u2019il faut cinq ans de dur labeur pour que naisse un(e) apprenti(e) violoniste, qu\u2019arrivera-t-il lorsque d\u2019autres écoles de musique, d\u2019autres programmes disparaîtront les uns après les autres?Que deviendront les élèves qui souhaitent poursuivre en ce domaine, en faire une vocation?Une fois que le bassin sera définitivement tari, faudra-t-il fermer à leur tour les départements de musique de nos cégeps et universités ?Nos salles de concert peut-être ?Quels artistes écouterons- nous demain qui nous éveilleront, nous enchanteront, nous transformeront?En France, les ministères de l\u2019Éducation nationale et de la Culture ont décidé l\u2019an passé d\u2019introduire la « rentrée en musique ».En Grande- Bretagne, une école de Bradford accueillant une population très défavorisée a misé sur un cursus musical renforcé et a atteint, contre toute attente, des taux de réussite comparables à la moyenne nationale.Et que dire des nombreux projets, activités et partenariats mis en place à l\u2019initiative des orchestres de Montréal et du Québec, de l\u2019importance qu\u2019ils accordent aux programmes musicaux et de leurs bienfaits reconnus dans l\u2019enseignement?Tous les signes le montrent: la musique sera appelée à occuper une place de plus en plus importante dans l\u2019école du futur.La place qui lui revient de droit mais que nous avons ignorée par des choix aberrants.C\u2019est cette école-là que nous tous, signataires de cette lettre, défendons aujourd\u2019hui.* Cette lettre est signée par près de 130 personnalités, dont Yannick Nézet-Séguin et l\u2019Orchestre Métropolitain, Natalie Choquette, Michel Rivard, Luc De Larochellière, Michel Côté et Oliver Jones (liste complète sur nos plate- formes numériques).La musique a-t-elle un avenir au Québec ?D I A N E C H Ê N E V E R T Fondatrice du Centre Philou venant en aide aux enfants polyhandicapés, après 22 ans de carrière dans le monde des affaires our la plupar t des parents et des jeunes, 18 ans est synonyme de joie, de liberté, d\u2019indépendance.C\u2019est un passage à l\u2019âge adulte.Pour nous, c\u2019est plutôt un passage obligé.Philippe est un enfant polyhandicapé.C\u2019est-à-dire qu\u2019il a une déficience intellectuelle profonde et une déficience motrice sévère.Il ne parle pas, ne marche pas, ne s\u2019alimente pas seul.Il est complètement dépendant d\u2019une autre personne en tout temps.Philippe ne sera donc jamais un adulte.Je vous épargne la longue liste de soins et la lourdeur des tâches au quotidien.Après 18 ans, je prends une pause.Je m\u2019interroge.Je réfléchis.Où en est rendue la société quant aux services fournis aux enfants lourdement handicapés?Tous les cris d\u2019alarme des parents, l\u2019encre des journaux, le travail acharné du secteur communautaire qui croule sous le poids des demandes d\u2019aide ; où en est la concertation des milieux ?Qu\u2019en est-il du financement des ressources, tant scolaires que sociales ?Connais- sons-nous la prévalence des enfants lourdement handicapés au Québec?Commençons par la dernière question, puisque la réponse est facile : non.Il n\u2019y a pas de recensement qui vaille, nous ne savons pas combien il y a d\u2019enfants lourdement handicapés dans la province.Il n\u2019y a même pas de consensus quant à la définition ; on parle de cas lourds, multihandicapés, polyhandicapés, handicapés complexes, et d\u2019autres qui sont tout ça à la fois.Le mois dernier, une étude canadienne mentionnait que les données les plus récentes sur les enfants handicapés datent d\u2019il y a dix ans et que trois des quatre enquêtes de population sur l\u2019invalidité ne sont plus à jour.Les données de l\u2019Office des personnes handicapées du Québec sont quant à elles diluées et inaccessibles.Ce que l\u2019on connaît, c\u2019est la réalité.Ce que l\u2019on sait, après avoir interrogé la direction des écoles spécialisées et consulté le Centre Philou, organisme pour enfants polyhandicapés, c\u2019est que la clientèle ne fait pas qu\u2019augmenter, elle s\u2019alourdit.On se rend compte qu\u2019il y a de plus en plus de jeunes polyhandicapés et qu\u2019ils ont davantage de problèmes de santé ou d\u2019exigences de soins complexes.Déjà, en 2008, une étude menée par la firme Sécor avait non seulement prouvé cet état de fait, mais souligné l\u2019insatisfaction des parents quant à la prise en charge.Aujourd\u2019hui, je suis atterrée de constater que nous en sommes au même point qu\u2019il y a 30 ans ! C\u2019est inquiétant.Inacceptable.Une insulte à l\u2019intelligence sociale.Prendre soin des plus vulnérables Ce qui m\u2019attriste le plus, c\u2019est de voir encore les mêmes titres dans les journaux que ceux que je lisais à la naissance de Philippe et qui m\u2019angoissaient profondément à l\u2019époque.«Parents essoufflés implorent » ; «Condamné à placer son enfant» ; «Laissés pour compte» ; «Liste d\u2019attente pour prise en charge» ; «Quand les proches n\u2019en peuvent plus».Je me disais qu\u2019on exagérait et que, dans une société civilisée, on prendrait soin de nos plus vulnérables, que c\u2019était dans nos valeurs.On nous disait que c\u2019était mieux pour l\u2019enfant de demeurer à la maison et qu\u2019une aide serait disponible.Malheureusement, les mots que je lis dans les articles de nos jours sont encore plus virulents : dégoûtant, révoltant, ignoble, honte, manque d\u2019humanisme, laxisme, manque de cœur.C\u2019est le reflet de l\u2019exaspération qui perdure depuis des décennies\u2026 La conjoncture présente contribue à créer une tempête parfaite : exigences croissantes envers les organismes communautaires, réduction des dépenses par les gouvernements et regard mystifié de l\u2019entreprise privée qui est de plus en plus sollicitée et tiraillée .À titre d\u2019exemple, malgré l\u2019apport de 10 millions de dollars du secteur privé au Centre Philou depuis 12 ans, le gouvernement n\u2019a contribué qu\u2019à hauteur de 7 %.Certes, nous assistons ici à un magnifique par tenariat privé-social, mais il manque un joueur important à l\u2019équation.Pour qu\u2019une société démocratique saine et responsable fonctionne, je suis d\u2019avis qu\u2019il doit y avoir un équilibre entre ces trois grands piliers : le social, le privé et l\u2019État.Bien que le privé contribue souvent à faire avancer l\u2019État, il ne devrait pas le remplacer dans ses responsabilités fondamentales.Tout comme l\u2019État ne devrait pas profiter du communautaire pour faire le travail à sa place.Certains parlent de «cheap labour», moi, j\u2019appelle ça de l\u2019ignorance intentionnelle.À l\u2019aube de ses 18 ans, je ne veux pas dire à Philippe que je me bats depuis autant d\u2019années que son existence, que je suis essoufflée, et qu\u2019un jour on pourrait se retrouver côte à côte en CHSLD, mon enfant et moi.Il ne comprendrait pas de toute façon.[\u2026] Je veux lui dire que, comme tout le monde, il a sa place dans la société, et qu\u2019à même son fauteuil roulant, il a le pouvoir de la faire avancer.Que nous avons bâti ensemble une ressource nommée Centre Philou pour les « comme lu i », qu\u2019 i l a été le mentor de ma v ie en me poussant à concrétiser cette entreprise d\u2019économie sociale innovante et résiliente.Je veux aussi lui dire qu\u2019il a fait réaliser à de nombreux parents que le repos était possible et souhaitable.Que le milieu des affaires s\u2019est rallié derrière nous en un mouvement citoyen extrêmement généreux, que les leaders du Québec inc.nous font confiance et nous soutiennent financièrement.Qu\u2019ensemble nous avons contribué à améliorer la qualité de vie de centaines de familles et qu\u2019avec un peu d\u2019aide, nous pourrions accueillir encore plus d\u2019enfants en doublant les 2100 répits que nous offrons annuellement.Il est grand temps que le 3e pilier essentiel, celui de l\u2019État, se joigne au partenariat privé-so- cial.Je fais donc appel à une volonté politique pour la croissance du Centre Philou et pour que toute la problématique entourant les enfants polyhandicapés au Québec devienne rapidement une priorité.Mon fils Philippe aura 18 ans L\u2019 P GETTY IMAGES À l\u2019heure où l\u2019on redécouvre les vertus pédagogiques de la musique, fermer nos programmes est un geste qui nous appauvrit comme collectivité. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 LE DEVOIR DE PHILO B 10 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décr yp- ter une question d\u2019actualité à par tir des thèses d\u2019un penseur marquant.M I C H E L P A R A Z E L L I Professeur-chercheur à l\u2019École de travail social de l\u2019UQAM L es controverses entourant les frasques du ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, au regard de son style de gestion représentent une occasion de réfléchir sur les rappor ts de pouvoir qui tendent à s\u2019imposer dans l\u2019administration publique.À ce titre, le fondateur de la sociop- sychanalyse, Gérard Mendel (1930-2004) aurait attiré notre attention non seulement sur la personnalité autocratique de ce ministre qui mine la démocratie de nos institutions, mais sur tout sur le type de rappor ts de pouvoir qu\u2019il tente d\u2019instaurer pour imposer une vision bien par ticu- lière du service public.Mendel noterait que des rapports d\u2019autorité spécifiques sont au cœur du mode de régulation de la réforme actuelle du réseau, d\u2019autant plus que le ministre l\u2019a déjà exprimé en ces termes un an après avoir mis en place législativement la réforme en 2015 : « L\u2019effet que je recherchais et que j\u2019ai obtenu est d\u2019avoir une autorité sur les réseaux.» Gaétan Barrette en est fier : aucun ministre avant lui n\u2019avait pu parler à tout le réseau en embrassant d\u2019un seul regard ses exécutants autour d\u2019une table.Psychanalyste et sociologue, Gérard Mendel a proposé des pistes théoriques originales sur le phénomène d\u2019autorité ainsi qu\u2019une méthode d\u2019intervention permettant d\u2019étudier le rapport de l\u2019individu au collectif (social) et, en par ticulier, dans le monde du travail.Dans son ouvrage L\u2019acte est une aventure.Du sujet métaphysique au sujet de l\u2019actepouvoir (1998), il nous invite à considérer la dimension structurante du psychisme inconscient du sujet dans l\u2019établissement de ses rapports sociaux où le phénomène d\u2019autorité y ancrerait ses figures.Ses travaux sur l\u2019autorité peuvent nous aider à mieux comprendre le processus menant à la dégradation des conditions de pratique et à l\u2019augmentation de la souffrance au travail dont ont témoigné récemment des professionnels de la santé et des services sociaux.L\u2019autorité n\u2019est pas naturelle On confond souvent l\u2019autorité et la domination, entendue comme la subordination d\u2019une volonté à une autre.Ce qui distinguerait l\u2019autorité de la domination est l\u2019élément de consentement à la servitude, qualifiée alors de volontaire, que le phénomène d\u2019autorité réussit à obtenir, contrairement à la domination qui crée un rapport de pouvoir asymétrique de soumission involontaire favorisant la résignation ou la révolte.Suivant la définition d\u2019Hannah Arendt, Mendel avance que l\u2019autorité est une autre modalité du pouvoir qui s\u2019imposerait actuellement au cœur des techniques de management que nous appelons la « nouvelle gestion publique» (NGP).Dans son livre Une histoire de l\u2019autorité (2002), Mendel montre que, si l\u2019autorité a connu des transformations sociohisto- riques, dont l\u2019affaiblissement de certaines de ses figures classiques, telles que le paternalisme, elle n\u2019a pas disparu pour autant.Pour lui, l\u2019autorité est «la variété de pouvoir qui assure l\u2019obéissance des subordonnés sans user de la force manifeste, de la contrainte physique, de la menace explicite, et sans avoir à fournir justifications, arguments, ou explications».Cette définition fait écho au concept de « servitude volontaire» de La Boétie, soit l\u2019existence d\u2019un rapport de pouvoir qui n\u2019était pas que subi, mais aussi nourri par les personnes en situation de « subordination».Mendel ajoute : «L\u2019autorité en soi n\u2019existe pas, elle n\u2019est pas une idée ni une entité métahistorique, ni même une simple représentation psychologique.Elle est une formation sociale-psychologique qui a pris au cours des temps [\u2026] des formes historiques diverses.» Le titre d\u2019un de ses ouvrages majeurs \u2014 La société n\u2019est pas une famille (1992) \u2014 évoque bien la part imaginaire de ce phénomène.La dimension psychologique réside dans l\u2019expérience de soumission à l\u2019autorité que nous avons vécue au sein de la famille dès la petite enfance du fait de notre immaturité biologique et psychique (néoténie) et du désir de sécurité pouvant compenser la peur de l\u2019abandon.Le problème est que cette soumission sera par la suite transférée aux diverses autorités sociales ; ce rapport s\u2019actualiserait à toute situation sociale qui accompagne un « grand » (patron, chef d\u2019équipe) face à un « petit » (employé, usager).«C\u2019est là très précisément que se situe le soubassement psy- choaffectif commun à l\u2019autorité et à la séduction : le risque, en cas de non-adhésion à la volonté du dominant, d\u2019un retrait af fectif qui réveille le sentiment abandonnique de manière angoissante», écrit Mendel.Mais, pour se soumettre volontairement, il faut croire que les bienfaits attendus ne peuvent être procurés que par cette figure d\u2019autorité.Inversement, si la personne ne reconnaît pas une autorité donnée comme crédible (légitime), elle ressentira l\u2019injonction d\u2019obéissance comme la force brute d\u2019un pouvoir n\u2019ayant pas de sens, s\u2019apparentant ainsi à la domination.Faire croire à une meilleure gestion publique Non seulement le ministre Barrette élimine un à un ses contradicteurs, mais il banalise l\u2019augmentation de la souffrance au travail des professionnels du réseau.À l\u2019automne 2016, un sondage rejoignant près de 7000 professionnels membres de l\u2019Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) indiquait que 58,6 % des répondants présentaient un indice élevé ou très élevé de détresse psychologique au travail.Mais ne nous leurrons pas, ce n\u2019est pas l\u2019attitude autocratique du ministre qui crée cette dégradation des contextes de travail, mais la figure d\u2019autorité sur laquelle il s\u2019appuie pour obtenir l\u2019obéissance des cadres et des professionnels.Il s\u2019agit de l\u2019autorité attribuée au scientisme des experts en management, ceux-là mêmes qui font la promotion du toyotisme ou de la méthode appelée Lean Management.Cette méthode demande à l\u2019individu d\u2019intérioriser l\u2019injonction d\u2019obéissance volontaire en faisant miroiter un travail de collaboration destiné à améliorer la productivité tout en faisant croire à l\u2019amélioration des services.À travers des mécanismes sociotechniques de gestion inspirés du monde des affaires, cette approche raf fine les principes tayloriens de la production industrielle par une stratégie de gestion à distance.Il s\u2019agit de contrôler l\u2019acte de travail à l\u2019aide d\u2019indicateurs quantitatifs de performance tout en limitant l\u2019encadrement à un rappel des objectifs et à l\u2019autonomie d\u2019exécution.Le patron lui-même n\u2019existe plus comme personne, mais comme rouage de l\u2019immense mécanique scientifiquement réglée par des firmes externes qui viennent inspecter l\u2019architecture organisationnelle afin d\u2019éliminer le gaspillage de temps et d\u2019énergie.La coordination est assurée par des équipes autonomes constituées d\u2019un nombre restreint de salariés, à même de réaliser un large éventail de tâches qu\u2019exige la production optimisée qui leur est imputable.La responsabilisation accrue des salariés constitue l\u2019une des plus importantes influences de ce mode de coordination axé sur l\u2019autonomie et l\u2019initiative.D\u2019une part, elle contribue à augmenter la « déspécialisation », la polyvalence et la flexibilité des intervenants, qui sont de plus en plus accaparés par des tâches dans un flux incessant de production de services, sous surveillance informatique.D\u2019autre part, cette responsabilisation procure une marge de liberté à l\u2019équipe pour gérer seule le processus de production.Mais l\u2019équipe n\u2019a guère de prise sur les orientations de ce processus auquel on lui demande d\u2019adhérer.On parle ici de conditions paradoxales de l\u2019acte de travail que l\u2019implication contrainte induit dans l\u2019organisation.L\u2019«auto-autorité» Au cœur de ce nouveau mode de gestion, Mendel a identifié un procédé de sujétion psychologique qui est largement documenté par les psychosocio- logues du travail s\u2019intéressant aux effets des nouvelles techniques de management sur les employés: «Il est exigé de l\u2019individu qu\u2019il « se donne » toujours davantage à l\u2019entreprise et qu\u2019il lui of fre volontairement certaines de ses ressources de sa personnalité jusque-là réservées au domaine de la vie privée.Il faut qu\u2019elle devienne pour lui rien moins que l\u2019«objet de son désir » et qu\u2019il mette à son service son moi profond et sa «créativité».» Mendel évoque une nouvelle figure d\u2019autorité, « l\u2019auto-auto- rité » : « Les personnages que l\u2019autorité concerne \u2014 le dominant et le dominé \u2014 se retrouvent maintenant tous les deux à l\u2019intérieur du sujet.[\u2026] À l\u2019inverse, le rôle du dominant, jusqu\u2019alors tenu par un personnage extérieur, se trouve maintenant, avec « l\u2019auto-autorité», devoir être tenu par le sujet lui- même.» C\u2019est une figure perverse de l\u2019autorité qui ne dit pas son nom et qui crée des ravages psychologiques chez les professionnels.Sous peine d\u2019être dépréciés ou de voir leur poste supprimé, ceux-ci tentent d\u2019être à la hauteur d\u2019attentes impossibles à satisfaire.Ce type de management rend périlleuses toutes formes d\u2019opposition.Ce rapport d\u2019autorité intériorisée se répercute chez les usagers à qui l\u2019on demande de se plier aux modalités technocratiques de service de façon à ne pas brouiller les statistiques de rendement de l\u2019inter venant.Des usagers à qui on demande parfois d\u2019éviter de recourir aux services, ce qui pourrait s\u2019avérer le prélude à la privatisation du social et des services.?Des commentaires ?Écrivez à Rober t Dutrisac : rdutrisac@ ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo Un réseau de la santé soumis à une forme perverse d\u2019autorité Pour Gérard Mendel, le pouvoir autocratique de Gaétan Barrette s\u2019appuierait sur un modèle d\u2019« auto-autorité » imposé aux professionnels TIFFET Psychanalyste et sociologue, Gérard Mendel a proposé des pistes théoriques originales sur le phénomène d\u2019autorité ainsi qu\u2019une méthode d\u2019intervention permettant d\u2019étudier le rapport de l\u2019individu au collectif (social) et, en particulier, dans le monde du travail.ÉMILIE TOURNEVACHE L\u2019auteur est professeur-chercheur à l\u2019École de travail social de l\u2019Université du Québec à Montréal. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S B 11 PRESTIGE CHARME & DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com T 514 789 2889 realta.ca Ville Marie | 3982 Côte-des-Neiges, app.A53 529 000 $ Westmount | 295 Victoria, app.101 549 000 $ Sud Ouest | 5133 Sainte-Marie 529 000 $ Outremont | 90 Willowdale, app.303 799 000 $ Outremont | 812 Dollard 735 000 $ CDN | 3124 Fendall 535 000 $ SUR RENDEZ-VOUS Outremont | 633 Bloom?eld 549 000 $ Villeray | 160 Gary-Carter, app.401 395 000 $ CDN | 3157 Édouard-Montpetit, app.3 199 000 $ Lachenaie | 887 Portneuf 449 000 $ Chomedey | 3846-3848 Du Souvenir 399 000 $ Chomedey | 3940 St-Martin 389 000 $ Plateau | 4334 Papineau 349 000 $ VISITES LIBRES dimanche de 14h à 16h VENDU PAR ÉQUIPE FRANÇOIS BISSONNETTE L\u2019Assomption | 37 Perreault Rosemont | 5686-5688 Des Érables Rosemont | 6317-6319 Drolet Plateau | 5417 Garnier 229 000 $ 599 000 $ 725 000 $ 299 000 $ 20 17 33 13 Outremont | 115 Côte-Sainte-Catherine, app.903 529 000 $ DANIELLE LANDRY 514 281-5501 Courtier immobilier agréé, Re/Max du Cartier 3280 Bellechasse Triplex sur 2 étages, grand RDC libre à l\u2019acheteur avec sous-sol fini et garage.1 240 $ de revenus mensuel au 2e.À 2 pas du collège Jean Eudes.619 000 $ - CENTRIS # 22682378 Bien situé, belle rue, un beau duplex, première vente depuis la construction avec 3 chambres à coucher fermées, sous-sol fini, garage, entretenu avec soin.475 000 $ - CENTRIS # 13422598 Dernier étage avec mezzanine, construction 2011, extrêmement lumineux, avec 2 immenses terrasses privées, garage, 5 min à pied du métro et du parc Lafontaine.369 000 $ \u2013 CENTRIS # 24665526 Au dernier étage de 2, 5 ½, 2 càc fermées, 1 ½ SDB, A/C, super lumineux, avec terrasse et grand garage privé situé dans un croissant.À proximité des autoroutes et près des services.259 000 $ \u2013 CENTRIS # 13160679 ROSEMONT PONT VIAU VILLE-MARIE / CONDO LONGUEUIL / CONDO VISITE LIBRE Dim.18 mars 14h à 15h30 B 12 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 M A R S 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S PRESTIGE CHARME & DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com WESTMOUNT 1 Parkman Place - 1 095 000 $ Condo complètement rénové de 3 CAC au village Victoria ! 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