Le devoir, 24 mars 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E Lire Owen et Stephen King, tel père, tel fils Vivre Apprécier l\u2019escale au Honduras L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Alice Pascual Dans la paranoïa des tueries à l\u2019école L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Théâtre Alice Pascual dans la paranoïa des tueries à l\u2019école.Musique Odile Tremblay Les flâneurs Danse Arts visuels Cinéma Écrans et grilles C U L T U R E V I V R E L I R E 10 5 6 14 16 35 12 4 28 30 26 24 42 44 46 48 50 53 54 Fiction américaine Owen et Stephen King à quatre mains sur le fantastique.Critiques Véronique Côté Essais Louis Cornellier Gabriel Robichaud et la nouvelle colère acadienne Voyage À la découverte des secrets de la capitale négligée du Honduras.Escapade Alimentation Resto Santé Vin Jeux SOMMAIRE 26 34 C U L T U R E GRAND ANGLE STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR eaucoup de pauvres ont la télé mais la télé n\u2019a pas beaucoup de pauvres.On connaît la rengaine faisant du petit écran le miroir de la société.Les artistes et les artisans se présentent comme les faiseurs d\u2019image de la collectivité, des producteurs de sens de la nation et de la conscience de ce coin de l\u2019univers.Alors osons cette question de base : dans ce cas, pourquoi la télé québécoise ne reflète-t- elle pas davantage la réalité sociale québécoise en montrant plus de gens Arte povera La télé, entre pornographie de la pauvreté et négligence de l\u2019indigent Photo de la une du D : Guillaume Levasseur Le Devoir Photo de la une Lire : Cody Smith Dans L\u2019écrivain public, Sandrine Bisson est Jojo, une déficiente intellectuelle.TV5 pauvres ?Ou juste du monde qui en arrache avec cette fin du mois qui leur revient sept fois par semaine?Le taux de faible revenu après impôt du Québec (8,6 % en 2014) demeure dans la moyenne canadienne (8,8%).Les plus mal pris de ce peuple d\u2019en bas se retrouvent dans quelques émissions télé.Sur une quinzaine d\u2019années, on peut verser au dossier Les Bougon, c\u2019est aussi ça la vie (en caricature bouf fonne de déclassés magouilleurs) ou Olivier (sur l\u2019enfance en familles d\u2019accueil de l\u2019animateur Josélito Michaud).Denys Ar- cand va faire revivre les deux « hob- bos » de son téléfilm Joyeux calvaire (1996) dans quelques mois.Ce serait tricher que d\u2019ajouter Les Lavigueur, exposant la vie d\u2019anciens pauvres devenus de nouveaux riches par le deus ex machina de la loterie.C\u2019est par contre très juste de citer la té- léréalité Naufragés des villes (ICI RDI, 2011), qui demandait à des cobayes ordinaires en pauvreté volontaire de vivre avec moins de 20$ par jour.Et puis il y a maintenant L\u2019écrivain public.La deuxième saison se poursuit sur Tv5.ca.C\u2019est de la websérie, une production de pauvre, quoi.Portrait de groupe avec pauvres Le premier Rapport mondial sur les inégalités publié en décembre par les économistes Thomas Piketty et Lucas Chancel établit que si la pauvreté recule globalement, les inégalités, elles, sont en constante et forte progression, avec des disparités nationales et régionales importantes.Une dizaine de pays industrialisés comptent le moins de personnes pauvres : tous les pays scandinaves, les Pays-Bas, la France, l\u2019Irlande, l\u2019Autriche et la Suisse.La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale adoptée par Québec en 2002 visait l\u2019entrée dans ce club sélect en 2013.Objectif raté.Par contre, le Québec maintient un niveau d\u2019inégalité inférieur à celui des autres provinces et de certains pays européens, dont le Portugal, l\u2019Italie, l\u2019Espagne et la Grèce.Le rapport du Centre d\u2019étude sur la pauvreté et l\u2019exclusion utilise la mesure du panier de consommation pour suivre les situations de pauvreté afin de comprendre la couverture des besoins de base.Au Québec, selon cette mesure, on observe une diminution du taux de faible revenu, passé de 10,8% en 2002 à 8,6% en 2007, puis une remontée à 9,4% en 2014.B | 3 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 PORTES OUVERTES Mercredi 28 mars de 16 h à 19 h Cinéma - Télévision - Médias interactifs La fiction, inspirée de la vraie de vraie vie professionnelle de Michel Duchesne, raconte la vie de Mathieu qui rédige des textes pour la clientèle d\u2019un centre communautaire.Ses mots à lui parlent des maux des autres.Lui- même voit son poste menacé par les compressions budgétaires alors que le centre se retrouve dans la mire d\u2019un promoteur immobilier.« J\u2019ai rencontré Michel il y a trois ans parce qu\u2019il est scénariste et qu\u2019il voulait me proposer un autre projet », explique Marco Frascarelli, producteur de Babel Films, maison de production derrière celle-là.« Il m\u2019a parlé de son métier d\u2019écrivain public dans un centre communautaire.J\u2019ai accroché sur cette idée et j\u2019ai proposé de faire cette websérie.» Pour lui, le sujet qui se défend en lui-même permet en plus de déborder sur des problèmes sociopolitiques.«Au départ, ce n\u2019était pas une préoccupation centrale et la 1re saison était moins ancrée dans le sujet de la pauvreté.Le réalisateur Éric Piccoli a mis sa touche personnelle et la 2e saison aborde plus en profondeur ces problèmes.Des pauvres, on va se le dire franchement, on n\u2019en voit pas à la télé ou sur le Web.Les productions évitent un peu le sujet.Tout le monde est beau, bien habillé, bien logé à l\u2019écran.Pourtant, la pauvreté existe partout autour de nous dans la vie.» L\u2019aveuglement volontaire Toutes les productions médiatiques, ou presque, regardent ailleurs.La firme de courtage en information Influence communication a fait les comptes.En moyenne, bon an mal an, la cuisine occupe 18 fois plus de place que la pauvreté dans nos médias.La couver ture des pauvres d\u2019une année équivaut à la médiatisation de 150 secondes d\u2019un seul match des Canadiens.En fait, quatre parts sur cinq de l\u2019intérêt des médias pour la pauvreté au Québec proviennent de la Grande Guignolée des médias, qui concentrent alors tout leur amour intéressé pour l\u2019indigence.Le sociologue Benoît Côté, spécialiste des questions de pauvreté, de marginalité et d\u2019exclusion sociale, cite par fois les quelques reportages mais aussi les rares séries et films qui existent sur ces pénibles sujets dans ses cours universitaires.Il évoque Unité 9, où la pauvreté se retrouve en filigrane.Il parle de I, Daniel Blake de Ken Loach, Palme d\u2019or 2016 à Cannes sur des pauvres malmenés par les services sociaux.« Dans ce film, on voit les conditions de production des conditions sociales, la vulnérabilité des gens, la vie fragilisée et évidemment le labyrinthe administratif pour être pris en charge avec une certaine moralisation, dit M.Côté.Selon le cliché, il y a le bon pauvre qui fait tout pour s\u2019en sortir et le mauvais pauvre qui exploite le système.Mais je comprends bien que le sujet n\u2019est pas sexy et est difficile à vendre.» Et ailleurs ?En fait, tout se vend, même ça.Les Britanniques osent la pauvreté en spectacle.La réputée BBC a imaginé Britain\u2019s Hardest Grafter en 2015 pour mettre en compétition 25 pauvres pour un prix de 30 000 $.Une pétition a tenté en vain d\u2019arrêter ce jeu décrit par ses détracteurs comme une version de The Hunger Game.The Great British Benefits Handout, de la chaîne privée Channel 5, suit des familles de chômeurs recevant d\u2019un coup toutes leurs prestations sociales d\u2019une année afin de suivre leurs choix économiques : un tel s\u2019achète une console de jeu; une autre invite sa famille au restaurant puis rembourse toutes ses dettes.Le show a été accusé de verser dans le «poverty porn» en créant moins pour susciter l\u2019empathie que pour envenimer les préjugés.Les fictions britanniques donnent des leçons plus honorables.Les fabuleuses séries policières du Royaume dépeignent souvent des milieux populaires multipoqués, voire des régions complètes lourdement ma- ganées comme dans Happy Valley.Call the Midwife (BBC One, ici à TQ), campée dans les années d\u2019après- guerre, suit des sages-femmes dans les bas-fonds de Londres.La septième saison débute à PBS.Les Américains, eux, ont Shameless (Showtime).En fait, ils ont emprunté cette émission aux Britanniques, mais bon.La version des États-Unis a commencé en 2011.La huitième saison vient de se terminer, fin janvier.La série décrit la très dysfonctionnelle famille de Franck Gallagher, père de six enfants.Shameless, comme l\u2019a décrite son créateur, Paul Abbott, c\u2019est Roseanne, mais à la puissance 10, avec la pauvreté crasse des parcs de maisons mobiles mélangée à l\u2019alcool dont est imbibé le père «pas col bleu, mais sans col ».En passant, la série Roseanne (1988-1997), sur une famille de la classe ouvrière de l\u2019Illinois, reprend du service mardi à ABC, après deux décennies d\u2019interruption.Structure du mal «C\u2019est difficile d\u2019extrapoler en fiction à partir de la réalité, dit le sociologue Benoît Côté.Les Américains ne font pas de films ou de séries sur les rangées de tentes et d\u2019abris en carton à Los Angeles.Shameless, ça reste l\u2019histoire d\u2019une famille où chacun essaie de se débrouiller en activant son génie caché.» Pour lui, cette émission, malgré ses bonnes intentions, rappelle la puissance et l\u2019hégémonie de l\u2019idéologie néolibérale.« L\u2019ensemble des représentations sociales de la pauvreté tourne toujours autour du bon et du mauvais pauvre, mais aussi de l\u2019idée du self-made-man qui s\u2019en sort par sa volonté.À la limite, c\u2019est très moralisant pour la vraie pauvreté, qui concerne des conditions objectives rarement exposées.» L\u2019enseignant cite la baisse ou la stagnation des salaires, les délocalisa- tions, les crises économiques, la spéculation immobilière, les blocages dans l\u2019accès à l\u2019éducation, la stigmatisation sociale, la honte même.Ces forces agissantes se combinent pour déclasser et avilir certaines catégories de la population.Au total, s\u2019il faut ne citer qu\u2019une seule production exemplaire, c\u2019est encore la série The Wire (Sur écoute, 2002-2008) qui se démarque du très grand lot.Le large portrait fictif de Baltimore aux qualités quasi documentaires a réussi à entremêler une histoire polit ique à des thèmes concernant la politique, l\u2019éducation, les médias et la classe ouvrière.The Wire, cette très riche télé avec des pauvres et de la pauvreté systémique, est souvent décrite comme la meilleure série de l\u2019histoire de la télé.Comme quoi, il peut y avoir beaucoup d\u2019avantages à mettre un peu de pauvres dans la télé\u2026 L\u2019ensemble des représentations sociales de la pauvreté tourne autour du bon et du mauvais pauvre [.].À la limite, c\u2019est très moralisant pour la vraie pauvreté, qui concerne des conditions objectives rarement exposées.BENOÎT CÔTÉ » Les Américains ont Shameless, qui décrit la très dysfonctionnelle famille de Franck Gallagher.SHOWTIME L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e 4 | Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Scénario Sarah Kernochan Adaptation Marie-Josée Bastien Mise en scène Stéphan Allard Avec Myriam LeBlanc, Maxim Gaudette, Émilie Bibeau, Luc Bourgeois, Pierre-François Legendre, Mathieu Lorain Dignard, David Savard, Sonia Vachon Du 20 mars au 21 avril 2018 SUPPLÉMENTAIRE en matinée 10 avril, 12 h 30 ENTREVUE SYLVAIN CORMIER LE DEVOIR Comprendre mes influences », résume Jordan Officer, assis dans le fauteuil de cuirette rouge au milieu d\u2019artefacts et de bébelles des années 1940, 1950 et 1960.Sur une table d\u2019enfants ornée de cowboys dans les coins reposent des vinyles de Red Foley, de Bill Monroe, quelques compilations blues et bluegrass de chez Folkways.Pas loin, l\u2019ampli est branché, la guitare en joue.Au cas où.Tout ça pour pas grand-chose, sinon la qualité du silence.Tout ça ne vaut pas l\u2019aire de stationnement d\u2019un Walmart au Texas.Durant les deux dernières années, faut-il expliquer, Jordan, sa compagne et leurs deux enfants ont sillonné le sud des États-Unis, s\u2019arrêtant pour dormir dans les déserts de bitume entourant les mégamagasins, hors des heures d\u2019ouverture.Littéralement une tournée des Walmar t.C\u2019est permis, et c\u2019est gratuit, et tout un peuple de nomades de la route en profite.«Avec mon type de véhicule, un Ford Transit [l\u2019équivalent moderne de la Westfalia des hippies], il n\u2019y a pas de problème : parfois, ceux qui voyagent en RV [recreationnal vehicles, l\u2019équivalent familial d\u2019un autocar de Bon Jovi] se font dire non.J\u2019aime me promener sans avoir à réserver nulle part.Si tu aimes la place, tu restes.Sinon, tu vas ailleurs.Il pleut ?OK, on va à San Antonio.Je me dis que c\u2019est un peu l\u2019esprit on the road adapté à aujourd\u2019hui.» Être touché par les gens « Je voulais comprendre physiquement, respirer l\u2019air, entendre le langage, trouver le rythme, précise-t-il.Toutes ces régions que j\u2019ai explorées La tournée des Walmart L\u2019album Three Rivers est le résultat d\u2019une immersion et d\u2019une quête de Jordan Officer pour toucher l\u2019histoire ces deux dernières années, le Mississippi, le Texas, la Louisiane, j\u2019avais besoin d\u2019en être imprégné.Pour être en contact réel avec les gens \u2014 les alentours d\u2019un Walmart, c\u2019est vraiment idéal \u2014, mais aussi pour toucher à l\u2019histoire.À Lafayette, mon ami John Snyder me rappelait qu\u2019au moment de bâtir son studio d\u2019enregistrement, il existait encore une station de radio du Ku Klux Klan.En même temps, il y a une très grande mixité à Lafayette.C\u2019est tout ça en même temps.» Sur la pochette de Three Rivers, le nouvel album qu\u2019il a décanté de ses séjours sur le terrain (après coup, in- siste-t-il : ce n\u2019était pas un voyage d\u2019écriture ni de composition, mais Durant deux ans, Jordan Officer a sillonné le sud des États-Unis avec sa famille.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR « Three Rivers Jordan Officer, Spectra Musique | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Bons baisers de Russie La Russie n\u2019en finit plus de faire les manchettes en Occident.À Washington, dans les pires cauchemars de Trump chauffé par l\u2019enquête Mueller et dans son aplaventrisme.À Londres, sous les hauts cris de Theresa May depuis l\u2019empoisonnement de son ancien espion sous les ordres du Kremlin.À Paris, par le boycottage du président français du stand de la Russie au Salon du livre.En Syrie, aux côtés d\u2019Assad pour les grands assauts.Au milieu d\u2019un nouveau climat de guerre froide, on aura vu cette Rus- sie-là pavoiser dimanche pour la réélection de Poutine, reconduit par un peuple admirant la main de fer qui tripota aussi les urnes.Plusieurs chez eux n\u2019y regardent pas de si près.D\u2019autres paient cher le courage de la dissidence.Chose certaine, ce président glaçant a relevé le moral du pays en montrant ses muscles et en imposant ses visées au Moyen-Orient.Le populisme qu\u2019il défend fait déjà son nid chez nous.Le désarroi occidental le sert.Il pousse ses pions.C\u2019est le chercheur russe Alexandr Kogan qui a développé l\u2019application derrière le scandale Cambridge Ana- lytica, sur détournement de données des utilisateurs Facebook afin d\u2019influencer le vote de 50 millions d\u2019Américains en faveur de Trump.Tandis que vacille la compagnie de Mark Zuckerberg, que chute le cours de ses actions, on croit entendre des «Bons baisers de Russie !» lancés au vent comme dans un James Bond.Et en avant vers la Coupe du monde de football à Moscou! Cette puissance si active dans nos réseaux sociaux contrôle sur son propre territoire l\u2019usage d\u2019Internet, dont elle connaît le pouvoir subversif.Les codes de ce pays-là, ni vraiment européen ni vraiment asiatique, se découvrent à pleins reportages et essais, du côté de la création aussi.Apparatchik en déroute Sur la piste russe, j\u2019ai couru voir La mort de Staline, dans nos salles depuis vendredi.Cette grinçante comédie franco-britannique d\u2019Armando Ian- nucci (In the Loop), adaptée de la bande dessinée de Thierry Robin et Fabien Nury, est interdite en Russie.Annulée pour son ton satirique sous les pressions du parti communiste, qui jugeait diffamée la mémoire de Staline.Le film ne remportera pas un prix de réalisation, mais quelle charge à fond de train ! Faut voir à l\u2019écran la garde rapprochée grenouiller autour du «Petit Père des peuples», longtemps privé de soins d\u2019urgence, puis de son cadavre dans sa datcha.Chaque ministre essaie de garder pied, de s\u2019éviter le goulag ou une balle dans la nuque.Le titre de secrétaire général ira à l\u2019un de ces comploteurs dans ce nid de crabes.Le burlesque des situations sous tensions constantes, guère trop éloignées de la réalité historique de 1953, frappe à bord.Cette colonie d\u2019acteurs britanniques et américains n\u2019a pas l\u2019air russe pour deux sous, mais qu\u2019importe?Le film en anglais, affichant des inscriptions dans notre alphabet plutôt qu\u2019en cyrillique d\u2019usage, caricature la démesure ambiante et c\u2019est déjà beaucoup.De quoi faire sourciller, de fait, les communistes de la Russie devant ces portraits féroces d\u2019un apparatchik en déroute.Reste que, si Vladimir Poutine en prend aussi ombrage, c\u2019est parce qu\u2019il sent à quel point cette satire parle en sous-texte de son règne aussi.Le film eût-il abordé le règne d\u2019un tsar qu\u2019il serait de la même eau.Comme si cette nation, par-delà ses soubresauts politiques successifs, préservait ce qu\u2019on nomme de façon romanesque « l\u2019âme russe», dosage de mysticisme exacerbé, de brutalité, de corruption massive et d\u2019exaltation quasi allergique à la démocratie.De passage là-bas il y a quatre ans, la vue de toutes ces femmes flanquées d\u2019yeux au beurre noir m\u2019aura sciée.Le Kremlin a dépénalisé depuis la violence conjugale.Riche idée! Les hommes y meurent jeunes en moyenne : suicide, cirrhose, vodka aidant.Nombreuses sont leurs veuves aux maigres pensions à mendier dans le métro, tandis que les nouveaux riches s\u2019affichent bruyamment.Mais la vie bat là, comme ailleurs, sous la botte de l\u2019ex-espion du KGB.Le faste de la religion orthodoxe aux extravagants costumes de ses officiants, aux décors dorés d\u2019iconostases dans leurs églises à bulbes, sert l\u2019imagerie tsariste de Vladimir Poutine, drapé dans ces symboles d\u2019antan pour mieux aveugler le peuple comme un roi-soleil.On se tourne du côté de la fiction parfois pour sonder les reins de ce pays plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît, traditionaliste, mais où la modernité s\u2019infiltre, rude, habile et déterminé à s\u2019imposer.L\u2019idiot, pièce adaptée du puissant roman de Dostoïevski, d\u2019abord publié en feuilleton en 1868 et en 1869 sous le règne du tsar Alexandre II, vient de se poser sur les planches du TNM.À travers le profil du prince Mychkine à Saint-Pétersbourg, figure christique en butte à la méchanceté des hommes, les intrigues de palais et les passions déchirantes pourraient être contemporaines.Mon collègue François Brousseau qualifiait cette semaine le sans scrupule Poutine «d\u2019anti-idiot», renvoyant l\u2019art et la politique à leur mise en abyme éternelle, où on n\u2019a pas fini de les scruter.Odile Tremblay Chronique bien une immersion et une quête), on voit Jordan dans un grand champ, guitare touchant le sol, regard tourné vers un très vieil arbre aux branches à grandeur d\u2019horizon.Le champ, c\u2019est la Stovall Plantation, pas loin de Clarks- dale, Mississippi, pas loin au sud de Memphis, Tennessee.Et pas loin de l\u2019arbre, il y avait la cabane où McKinley Morganfield, dit Muddy Waters, a grandi.« Ils ont transporté la cabane au musée du blues à Clarksdale, les gens volaient des planches\u2026» Toucher à l\u2019arbre, c\u2019est un peu toucher à l\u2019origine.C\u2019est l\u2019enracinement à plus d\u2019un titre, dans la musique et dans la famille.«L\u2019arrière-grand-mère de mes enfants vient de Delta City, vraiment près de Rolling Fork où est né Muddy Waters : presque une ville fantôme, avec un château d\u2019eau et quelques fermes.Tous ces détours pour aller voir le cimetière où il y a des noms de la famille de ma blonde!» Il sourit, un petit rire s\u2019échappe : Jordan Officer, éminemment gentil, affable et attachant, est à la fois champion de la guitare et de la timidité.« Moins qu\u2019avant, quand même ! Sur scène, plus ça va plus je me lâche.Je peux être cocky, parfois j\u2019aime épater\u2026 » Vrai, je l\u2019ai constaté les dernières fois : le showman s\u2019affirme.Sur disque, il se garde une petite gêne.« C\u2019est voulu.Je parle de désir dans Your Body\u2019s my Home, et même de jalousie, assez violemment, dans He\u2019s Got It All, mais je ne suis pas du genre à pousser la note.Parfois je pousse un peu plus dans les solos\u2026.» Changer en dedans On subodore que c\u2019était le but de sa tournée des Walmart : trouer ses filtres, abolir la distance, établir une connexion émotionnelle avec les gens, donner du sens et des sensations aux sentiments bruts qu\u2019exprime toute sa culture musicale.«Ce n\u2019est pas du tourisme d\u2019historien de la musique, pour moi, aller là où Bob Wills a joué avec ses Texas Playboys ou parcourir le chemin de Clarksdale à San Antonio sur les traces de Robert Johnson, et voir l\u2019hôtel où il a enregistré ses chansons.Ça te change en dedans, ça ajoute de la vérité à ton bagage: je n\u2019écouterai plus jamais ces musiques de la même façon.Et quand je me suis retrouvé à Brooklyn avec Charley Drayton pour enregistrer l\u2019album, je ne jouais plus de la même façon.C\u2019était plus live, plus incarné.Avec plus de spiritualité, aussi.» Cela s\u2019entend très for t dans les chœurs de Felt So Good (une chanson créée en collaboration avec Barbara Secours et Thomas Hellman) : «J\u2019aime pas trop le mot \u201cspirituel\u201d, c\u2019est trop générique, mais faute de mieux, disons que c\u2019est de la nourriture pour l\u2019âme.Dans le Sud, tu comprends la fonction du gospel, comment ça aide à vivre.Moi, ça m\u2019a permis de mesurer à quel point la musique est pour moi une mission, mon moyen d\u2019expression pour communiquer l\u2019amour, la gratitude.» Ce n\u2019est pas du tourisme d\u2019historien de la musique, pour moi, aller là où Bob Wills a joué avec ses Texas Playboys ou parcourir le chemin de Clarksdale à San Antonio sur les traces de Robert Johnson, et voir l\u2019hôtel où il a enregistré ses chansons.Ça te change en dedans, ça ajoute de la vérité à ton bagage : je n\u2019écouterai plus jamais ces musiques de la même façon.JORDAN OFFICER » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e 6 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR est un opéra sans orchestre.Six chanteuses, sept scènes : Svadba.Le titre, qui signifie mariage, trahit l\u2019origine serbe de la compositrice, Ana Sokolovic, Mont- réalaise d\u2019adoption.Dans une salle de répétition au sous-sol de la Place des Arts, la soprano Myriam Leblanc, à laquelle a été attribué le rôle de Milica, la future mariée, est entourée de ses jeunes collègues Suzanne Rigden, Chelsea Rus, Rose Naggar-Tremblay, Caroline Gélinas et Rachèle Tremblay.Dirigées par Dáirine ní Mheadra, aidées par quelques rares ponctuations Svadba, ou le savant mariage des voix L\u2019opéra sans orchestre mais plein d\u2019inventivité d\u2019Anna Sokolovic arrive enfin à Montréal L E S F L Â N E U RS Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine Pas encore vu le vivifiant Chien de garde, premier long métrage de la douée Sophie Dupuis?Il tient l\u2019affiche pour une troisième semaine et vaut le détour.Sur fond de Verdun la nuit, deux frères collecteurs de dettes pour leur crapule d\u2019oncle fusionnent, se défient, se déchirent\u2026 Pendant que son cadet Vincent, hyperactif et instable, se la joue prince de la rue, JP, lui, rêve de mieux.Pas de portrait misérabiliste ici : ça punche, c\u2019est tonique, et c\u2019est bienvenu dans notre cinéma.La mise en scène est d\u2019une rare assurance, la direction photo, stylisée, et le jeu, prenant.On a déjà hâte au deuxième film de la cinéaste.Bon chien ! François Lévesque Plusieurs sites s\u2019adressent aux mères pour échanger des trucs, des conseils et du soutien.Les pères sont moins bien servis.Voici une exception notable: Fatherly (fatherly.com).Le site américain fondé en 2015 vise les jeunes pères, même si les femmes constituent la moitié de l\u2019audience.On y retrouve de tout, des vidéos, des podcasts et des articles rédigés, mais aussi des reportages et des témoignages sur la santé, les finances et même une section sur l\u2019éducation des garçons et un volet culturel.Son succès est phénoménal avec des millions de branchements par semaine.À quand un «paternel.com» au Québec?Papa a raison Stéphane Baillargeon Propriétaire d\u2019un salon de quilles depuis une cinquantaine d\u2019années, Adrien (émouvant Jacques Godin) tente chaque jour de réussir une partie parfaite.Un soir, il reçoit la visite de son meilleur ami Bernard (énigmatique Martin Dubreuil), décédé dans des circonstances nébuleuses en 1974.Ce dernier lui annonce qu\u2019il lui reste cinq jours à vivre.Web- série de cinq épisodes du scénariste Martin Forget et du réalisateur Quentin Fabiani, Vieux jeu explore de manière douce-amère les thèmes du regret, de la rédemption et de la transmission.Une série aux ambiances crépusculaires et au charme mélancolique, sur Tv5.ca.L\u2019heure des quilles Manon Dumais À voir à la Cinémathèque, l\u2019expo de Serge Clément.À partir d\u2019images de cinéma et de télé d\u2019ici et d\u2019ailleurs, il a conçu Escale cinéma.Place au jeu d\u2019anamorphose de ces photos du moment précis où quelque chose se brouille à la retransmission numérique, suscitant des effets optiques de mosaïques.Ailleurs, un bris de la pellicule crée une sorte de couture qui devient pont entre deux bateaux.Par effets de montage, en jumelant des images de films en mutation constante, une nouvelle poésie éphémère les relie.Le film de huit minutes de Clément et Marcel Jean, œu- vre de montage sonore et visuel en portraits éclatés, crée une ronde de vertige.Jouer avec les images du cinéma Odile Tremblay Dans une salle de répétition au sous-sol de la Place des Arts, la soprano Myriam Leblanc, à laquelle a été attribué le rôle de Milica, la future mariée, est entourée de ses jeunes collègues Suzanne Rigden, Chelsea Rus, Rose Naggar- Tremblay, Caroline Gélinas et Rachèle Tremblay.PHOTOS GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR C\u2019 Ce rôle, je l\u2019ai tellement intégré ! C\u2019est un discours que je connais : c\u2019est comme si je parlais à un ami.Ce personnage ne va jamais mourir.MYRIAM LEBLANC » | 7 C u l t u r e C l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Concerts de la semaine Edna Stern.La pianiste nous revient avec un programme d\u2019une grande finesse intitulé Hélène de Montgeroult, la marquise visionnaire, judicieusement liée à l\u2019exposition Napoléon, art et vie de cour au palais impérial du Musée des beaux-arts de Montréal.En seconde partie, Edna Stern proposera des œuvres de Haydn, de Brahms, de Mendelssohn et les Scènes d\u2019enfants de Schumann.Mardi 27 mars à 19h30, à la salle Bourgie.Une Passion québécoise.La Passion selon saint Jean de Bach présentée par l\u2019Orchestre de chambre McGill, le Chœur St-Laurent et le Groupe vocal Phoenix dirigés par Boris Brott ne revendique pas l\u2019authenticité musicologique, mais affiche un sens certain du spectacle avec plus de 160 choristes et des effets visuels en plus d\u2019afficher une distribution largement québécoise comptant Pascal Charbon- neau, Andréanne Brisson-Paquin, Marie-Andrée Mathieu, Zach Fin- kelstein et Alexandre Sylvestre.Mercredi 28 mars à 19h30, à l\u2019église Saint-Jean-Baptiste.de percussion, les six jeunes chanteuses se lancent dans la première scène de Svadba.L\u2019ef fet est saisissant.La musique sonne comme une suite, à travers le temps, des Noces de Stravinski (1923).Stravinski s\u2019était creusé la tête sur un point : que devait être, que pouvait être, l\u2019orchestre après le grand triptyque de ses ballets (L\u2019oiseau de feu, Pétrouchka et Le sacre du printemps) ?Il mit sept ans à formaliser une idée de génie : tout casser, comme dans le domaine pictural.D\u2019un orchestre gigantesque, dans le projet initial, il passa, au final, à quatre pianos et des percussions.Svadba est, à 90 ans de distance, un pas de plus, un pas définitif dans l\u2019audace : des Noces, mais deux fois plus longues, avec deux fois plus de tableaux, un chœur remplacé par six voix individuelles et l\u2019éradication de tout accompagnement orchestral ! Une gageure pour les chanteuses, puisque tout repose sur la magie de l\u2019union des voix, la justesse et la précision des rythmes.L\u2019euphorie À en juger par le premier tableau, entendu dans un sous-sol, cela marche.L\u2019impression est largement confirmée par mon confrère et ami Christian Merlin, qui a vu Svadba à Aix- en-Provence pour Le Figaro et y a décelé un « bijou de créativité », « d\u2019une incroyable richesse et surtout d\u2019une intense poésie », une expérience qui l\u2019a rendu «euphorique ».Cette euphorie s\u2019empare aussi des protagonistes, notamment Myriam Leblanc, titulaire du rôle principal, sur laquelle Chantal Lambert, directrice de l\u2019Atelier de l\u2019Opéra de Montréal, ne tarit pas d\u2019éloges : « Myriam a l\u2019oreille absolue, elle est le soutien de tout le groupe.» Myriam Leblanc \u2014 que Le Devoir avait créditée, dans Aïda, des meilleurs débuts sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier depuis l\u2019époque des Étienne Dupuis, Mireille Lebel, Michèle Losier, Phillip Addis et Frédéric Antoun \u2014, s\u2019accorde, avec nous, à penser que ce sont les œuvres les plus difficiles avec lesquelles on s\u2019amuse le plus une fois qu\u2019elles sont maîtrisées.« Ce rôle, je l\u2019ai tellement intégré ! C\u2019est un discours que je connais : c\u2019est comme si je parlais à un ami.» Se réveiller avec des phrases en serbe fait désormais partie de son quotidien ! « Ce personnage ne va jamais mourir », nous confie-t-elle.Pour apprivoiser Svadba, les chanteuses ont reçu la partition en août 2017, deux mois avant une première lecture.L\u2019apprentissage est la dif fi- culté majeure de l\u2019œuvre : « C\u2019est ardu à mettre en place, avec une grande complexité harmonique.Il faut des points de rencontre avec les collègues, mais sur tout être très solide individuellement.Je suis violoniste d\u2019abord, donc c\u2019est le genre de textures musicales que j\u2019aime travailler, car ce sont des défis intellectuels », poursuit Myriam Leblanc, qui a pu se laisser aller, ensuite, au « défi ludique du théâtre », puisque « Ana Sokolovic a le don de jouer avec les mots et les textures».Un projet féminin Présenté comme un projet de l\u2019Atelier de l\u2019Opéra de Montréal, Svadba réunit en fait des stagiaires présentes et passées de l \u2019Atelier.« Nous voulions trouver les interprètes idéales » pour cette production présentée dans le cadre de la saison de l \u2019Opéra de Montréal (OdeM), confirme Chantal Lambert.À ses yeux, avec Svadba, l\u2019OdeM réalise une « émulation entre anciennes et nouvelles stagiaires » et montre «sa fidélité envers les jeunes artistes formées récemment».Le recours aux anciennes de l\u2019Atelier était fort utile, car l\u2019institution devait aussi tenir compte des « enjeux de la par tition qui demandent une maîtrise technique » afin de ne pas mettre en péril les voix en formation et « laisser tranquilles des chanteuses qui sont dans une évolution vocale, comme Katie Miller, qui va bientôt chanter Stefano dans Romeo et Juliette», précise Chantal Lambert.La directrice de l\u2019Atelier est fière du travail de ses troupes : «Dáirine peut en témoigner : d\u2019habitude, la mise en place demande plutôt trois semaines de travail à six heures par jour.Et là, au bout d\u2019une semaine, on y était !» Dáirine, c\u2019est Dáirine ní Mhea- dra, qui avec John Hess dirige le Queen of Puddings Music Theatre à Toronto.Elle est à l\u2019origine de la commande de Svadba et mènera à Montréal, ce samedi soir, sa 65e représentation.« Notre compagnie commissionne de nouveaux opéras Cette mise en scène sera assumée, comme toutes les composantes de ce projet artistique, par la femme de théâtre Martine Beaulne.de chambre.Il y a 18 ans, nous avons demandé à Ana Sokolovic une pièce pour six voix de femmes.En voyant le résultat, nous lui avons demandé de nous composer un opéra.» Depuis la création de Svadba à Toronto, le 24 juin 2011, l\u2019opéra de chambre a été présenté à Philadelphie et à San Francisco.Les représentations d\u2019Aix-en-Provence en 2015 en étaient la création européenne.La chef a dirigé également quelques représentations concertantes qui ont simplifié le grand défi de l\u2019œuvre: bouger et chanter.«Bouger, c\u2019est risquer de perdre la notion du tempo, et les chanteuses bougent tout le temps.Par rapport à la mise en scène, il est donc important que les chanteuses puissent me voir à des moments clés.» Cette mise en scène sera assumée, comme toutes les composantes de ce projet ar tistique, par une femme, Martine Beaulne, dont les sept tableaux viseront à « traduire le côté ludique, la sensualité féminine et le rituel de passage que représentent le mariage de Milica et la séparation d\u2019avec ses amies.» L\u2019Espace Go affiche complet pour les six soirées de cet opéra de poche pas comme les autres.Svadba (Mariage) Opéra de chambre en sept tableaux d\u2019Ana Sokolovic.Avec Myriam Leblanc (Milica), Suzanne Rigden (Danica), Chelsea Rus (Lena), Rose Naggar- Tremblay (Zora), Caroline Gélinas (Nada) et Rachèle Tremblay (Ljubica).Carol- Anne Fraser (percussions).Direction musicale: Dáirine ní Mheadra.Mise en scène: Martine Beaulne.À l\u2019Espace Go, les 24, 26, 27, 29, 30 et 31 mars à 19h30. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e Ja z z 8 | BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR Lorsque la rock star n\u2019est plus en mesure de faire le salto arrière, autrement dit lorsque son cheveu a blanchi et que les oreilles sont quelque peu abîmées par des millions de volts, elle fait une pause.Cette pause dure par fois trois ans, par fois dix ans.Puis hop ! Voilà que la rock star se recycle dans le blues ou le jazz.La voilà libre de faire ce qu\u2019elle a envie de faire avec qui elle veut et comme elle le veut.Myles Goodwyn, guitariste et chanteur, est le résumé éloquent de ce qui précède, ainsi qu\u2019en témoigne son album intitulé Myles Goodwyn and Friends of the Blues.Entre son domicile dans les environs de Montréal et celui des Bahamas, entre ses amis « genre-requins- de-studio » de la métropole, de Toronto, de Vancouver ou d\u2019Halifax, cet ex-membre d\u2019April Wine, une formation qui a vendu 20 millions d\u2019albums dans les années 1970 et 1980, aura pris dix ans pour réaliser cet album sans prétention.Ce temps, soit une décennie, est lié, si l\u2019on peut dire, à l\u2019emploi du temps des personnes avec lesquelles Goodwyn a voulu poursuivre son aventure.C\u2019est bien simple, les personnes en question étant réputées aux quatre coins du continent, elles sont constamment sollicitées.Ces musiciens s\u2019appellent Amos Garrett, David Wilcox, Steve Segal, Eric Khayat, Kenny Wayne, Bill Stevenson, Mike Carrol, Blair McKay, Alex Fraser et Jack de Keyzer.Ces musiciens, c\u2019est à retenir, savent tout faire.Ils ont accompagné Céline Dion et Stevie Wonder, Emmylou Harris et Robert Charlebois, Nanette Workman et le Greatful Dead, Fats Domino et B.B.King.Ils ont arrangé des musiques de film, genre Bon cop, bad cop, des centaines d\u2019émissions de télévision.D\u2019Amos Garrett, un Américain qui a grandi à Montréal, Jimmy Page de Led Zeppelin dit qu\u2019il est l\u2019un des meilleurs guitaristes de l\u2019Amérique.De Jack de Keyzer, Bob Dylan a dit : «S\u2019il était un guitariste de Detroit, de Chicago ou de New York, il serait une star.» Ensemble, ces messieurs menés par Goodwyn ont composé un album qui a ceci de rare: il est une cartographie du blues.Un coup, ils nous transportent au Texas de Jimmy Vaughan; un autre coup, nous voici à La Nou- velle-Orléans de Fats Domino ; un coup encore, et nous voici dans la Géorgie des Allman Brothers ou dans le Chicago de Muddy Waters.L\u2019ensemble est aussi curieux que plaisant.D\u2019autant que, tout au long de l\u2019album ou presque, Goodwyn a eu le bon goût de rythmer ses compositions de ces accents vocaux qui font la beauté et la profondeur du gospel.Sur les 12 pièces du disque, 11 sont de lui, la deuxième, Isn\u2019t that So, est de Jesse Winchester, qui s\u2019était installé à Montréal en 1967 pour échapper au service militaire à l\u2019époque de la guerre au Vietnam.Parlant de Winchester, on tient à rappeler que ses chansons ont fait le bonheur d\u2019Elvis Costello, Jimmy Buffet, Lyle Lovett et surtout Joan Baez.Cet album est for t bien nommé Myles Goodwyn and Friends of the Blues sur étiquette Linus.C\u2019est vraiment cela: un disque fait avec des amis dans le but de produire quelque chose de simple.C\u2019est par ailleurs tellement bien produit que ça se prend comme du petit-lait, car ce diable d\u2019homme qu\u2019est Goodwyn est par-dessus le marché la définition de la voix claire.À signaler : le compositeur et trompettiste Terence Blanchard met la dernière main à l\u2019écriture d\u2019un second opéra basé sur Fire Shut Up in My Bones du chroniqueur Charles Blow du New York Times.Le livret sera assurément politique, Blow étant particulièrement remonté, et avec raison, contre le racisme institutionnalisé comme jamais depuis l\u2019entrée de Trump à la Maison-Blanche.La cartographie du blues d\u2019une ancienne rock star Entouré de gens de qualité, Myles Goodwyn propose un album sans prétention En concert cette semaine Le guitariste new-yorkais Peter Bernstein est l\u2019invité du trio du pianiste Andrés Vial, qui comprend Martin Hislop à la contrebasse et André White au piano.Ce spectacle sera l\u2019occasion de lancer un nouvel album du trio intitulé Sphe- reology Volume One consacré aux compositions de Thelonious Monk.Le spectacle a lieu ce samedi soir au Upstairs.La première partie débute à 19h, la seconde, à 21h45.Le vendredi 30 mars, l\u2019un des plus grands pianistes qui soit occupera la scène du Upstairs.Seul ! Il s\u2019agit de Fred Hersch, dont le curriculum est à l\u2019image du Who\u2019s Who : encyclopédique.La première partie du spectacle débute à 19h, la seconde, à 21h45.Entre son domicile dans les environs de Montréal et celui des Bahamas, entre ses amis de la métropole, de Toronto, de Vancouver ou d\u2019Halifax, cet ex-membre d\u2019April Wine aura pris dix ans pour réaliser cet album.GEOFF KULAWICK | 9 C u l t u r e D i s q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 ROCK Boarding House Reach ?1/2 Jack White, Third Mad Records Quel album bizarre que ce Boarding House Reach, troisième du revivaliste blues rock Jack White.À la première écoute, on est à la fois fasciné par autant de prises de risques et repoussé par l\u2019incohérence de plusieurs de ses compositions et choix orchestraux.White s\u2019est pris les pieds dans les fils des synthétiseurs, dont il a abusé: l\u2019espèce de grosse basse en plastique qui résonne dès Connected by Love, le B3 mutant qui rampe derrière la ballade Why Walk a Dog, la diatribe anti-maté- rialiste de Corporation et son clavinet façon Stevie Wonder, les exemples pullulent.Plus étonnant encore, c\u2019est vers le funk, le rap et l\u2019électro que White semble aujourd\u2019hui trouver son inspiration, avec plus ou moins de succès: la ballade country-gospel What\u2019s Done Is Done titube sur un rythme généré par un Roland 808, l\u2019instrumentale Get Into the Mind Shaft aurait pu paraître sur une compilation de l\u2019étiquette Ninja Tune il y a vingt ans.Mais à la toute fin, une perle: Humoresque, ballade jazzée sur un air de Dvorák, magnifique, tout aussi inédite dans son répertoire que ce qui précédait.Philippe Renaud CHANSON POP American Utopia ?David Byrne, Todomundo / Nonesuch Et tous en chœur : «Every day is a miracle / Every day is an unpaid bill / You\u2019ve got to sing for your supper / Love one another» ! Ce n\u2019est pas de l\u2019ironie, insiste David Byrne dans la note liminaire de ce nouvel album, premier projet en solo depuis 2004.S\u2019il se sent obligé de le préciser, c\u2019est qu\u2019on entretient un p\u2019tit doute.L\u2019album est trop heureux d\u2019être content.N\u2019y a-t-il pas Bullet, cette chanson sympa où il décrit ce qui arrive à un corps troué par une balle ?J\u2019appellerais ça du réalisme guilleret : Byrne dresse un état terrible et lucide des lieux, mais refuse de désespérer.On comprend qu\u2019il n\u2019était pas si diffé- rent au temps des Talking Heads et de la chanson Once in a Lifetime : conscient de tout mais souriant quand même, joyeux sans jovialisme.À l\u2019horreur, il oppose l\u2019élan de l\u2019utopie, et la force que confère l\u2019énergie contagieuse de ces musiques pimpantes et pétillantes, créées pour la plupart avec le désopilant Brian Eno (ça, c\u2019est de l\u2019ironie).Sylvain Cormier ROCK TOUAREG Temet ?Imarhan, City Slang Si les aînés de Tinariwen jouissent d\u2019un succès amplement mérité, les jeunes protégés de la musique as- souf moderne d\u2019Imarhan ne devraient pas tarder à enflammer les scènes de partout à leur tour.Après un premier album intitulé Termet, plutôt fidèle à la tradition du blues touareg, les cinq musiciens originaires de Tamanrasset, dans le désert algérien, prennent des libertés avec les feuilles de route : plus de funk (l\u2019extrait Azzaman, Ehad wa dagh), plus de beat (Alwa).La guitare, sèche et chaude (vous avez dit «wah-wah?»), reste centrale, mais on l\u2019enveloppe dans une ambiance psychédélique, disco presque.En blousons de cuir et jeans troués, le collectif \u2014 dont le nom signifie «ceux qui comptent pour moi » \u2014 incarne à merveille cette nouvelle génération (car il en faut bien toujours une) de la musique du Sahara.Une captation de la pièce Tamudre, prise par le réalisateur Vincent Moon, est sur YouTube.Visionnement fortement recommandé pour le maintien du taux de vitamine C.Sophie Chartier JAZZ/CLASSIQUE After Bach ?Brad Mehldau, Nonesuch Pour illustrer combien cet album du pianiste américain Brad Mehldau est hybride, mentionnons qu\u2019il est cette semaine no 1 au palmarès jazz de Billboard\u2026 et no 3 au palmarès classique du même magazine.Mais au-delà de ces marques de notoriété : voilà un album magnifique en tout point.L\u2019immense influence de Bach sur plusieurs jazzmen (Jarrett, Simone\u2026) prend appui sur la richesse contrapuntique de sa musique, sa profondeur harmonique et sa force mélodique.Chaque séance solo de Mehldau rappelle en filigrane ces liens.Mais sur After Bach, tout est plus clair, pleinement revendiqué : Mehldau joue quatre préludes et une fugue du Clavier bien tempéré, suivie chaque fois d\u2019une composition inspirée de l\u2019œu- vre précédente.C\u2019est l\u2019occasion de partir de Bach pour arriver\u2026 au jazz : c\u2019est ici le Mehldau de la densité, de l\u2019équilibre entre complexité et simplicité (Prayer for Healing), sorte d\u2019architecte capable d\u2019édifier une construction neuve sur les mêmes fondations.Guillaume Bourgault-Côté CLASSIQUE For Glenn Gould ?Gibbons, Berg Sweelinck, Bach et Brahms.Stewart Goodyear.Sono Luminus DSL 92220.Il y a, pour l\u2019heure, un hiatus majeur entre le relief des prestations en concert du pianiste canadien Stewart Goodyear et le manque de portée de ses CD.Les limitations ne sont pas inhérentes au pianiste, mais à son entourage : orchestres de cinquième catégorie, dans le cas des concertos, et prises de son contestables.L\u2019équipe de Sono Luminus, l\u2019ingénieur Daniel Shores et le technicien John Veitch, est la même, ici, que pour le projet Goodyear-Ravel.Mais le son assez sec et «clinique» convient au projet artistique consistant à graver le programme avec lequel Gould fit ses débuts en concert aux États-Unis et à Montréal, au Ladies' Morning, en 1952.Goodyear eut l\u2019idée de l\u2019immortaliser (laissant toutefois de côté l\u2019opus 101 de Beethoven) après l\u2019avoir joué à Montréal en février 2017.On y trouve à la fois l\u2019univers de Gould (par une juxtaposition intellectuellement raffinée d\u2019œuvres qui porte sa signature et le respect de son éthique de l\u2019articulation) et une décontraction qui n\u2019appartient qu\u2019à Stewart Goodyear.Christophe Huss HIP-HOP Accompagne- moi (la bande sonore) ?1/2 Jenny Salgado, jennysalgado- music.com Présentée durant le Mois de l\u2019histoire des Noirs, la pièce Accompagne-moi, écrite et mise en scène par BerekYah, fut accompagnée d\u2019une trame originale mêlant musiques électroniques, rap, chanson, spoken word et soul concoctée par la cofondatrice de Mu- zion, Jenny Salgado, qui, ça saute aux oreilles, en a encore beaucoup à dire.Passée la pastorale Introduction, la puissante Une voix ramène la voix sincère et urgente de Salgado sur une rythmique aux relents dubstep, un genre revisité sur la percutante Délire de la Dame ; le lent tempo house et le refrain accrocheur de la bilingue How you feelin\u2019 est la composition la plus pertinente et moderne que l\u2019auteure- compositrice-interprète nous ait offert depuis les belles années Muzion.Le trio de bombes Le suivi (avec Me- ryem Saci), le poème atmosphérique La pluie et l\u2019inquiétante ballade r&b/rap Je me sème viennent clore ce trop court album offert gratuitement.Du beau travail ; souhaitons maintenant ne pas devoir attendre longtemps avant d\u2019entendre les nouvelles chansons de Jenny Salgado.Philippe Renaud CLASSIQUE Bortkiewicz ?Stefan Doniga, Janácek Philharmonic, Davd Porcelijn.Piano Classics PCL 10146.Lors de mon commentaire sur le 1er Concerto de Medtner par Serhyi Sa- lov et Yannick Nézet-Séguin le 3 mars, j\u2019avais avoué mon «allergie aux graminées, à la floraison des châtaigniers, aux pizzas hawaïennes, aux mauvais vins et à Nikolaï Medtner» et avancé ma préférence «dans le genre pseudo Rachmaninov» pour Sergeï Bortkie- wicz.Voici que paraît, aujourd\u2019hui, la preuve par l\u2019exemple à travers un monument de romantisme torride.Tout ce qui se dilue et se disperse chez Medtner se concentre chez Bortkie- wicz (1877-1952) au profit d\u2019un irrésistible discours mélodique riche et efficace.Ce qu\u2019on entend n\u2019est certes pas d\u2019une hauteur de vue musicale brahm- sienne (on est davantage dans le pictural, quelque part entre Rimski- Korsakov, Balakirev, Rachmaninov et Hollywood), mais, ces limites étant posées, le Concerto no 2 se range aisément dans le top 3 des concertos pour la main gauche du répertoire et le généreux 3e Concerto ne cède rien à André Mathieu en matière d\u2019invention mélodique, tout en étant nettement mieux structuré.Christophe Huss JAZZ PROG Le capitaine ivre ?1/2 Vincent Réhel, Indépendant Au recto, Vincent Réhel remercie ses collaborateurs, et puis « Frank, Poe, Hendrix ».Comme dans Zappa, Edgar Allen et Jimi.Voilà qui nous fournit quelques clés du code complexe permettant l\u2019accès au disque dur dans la tête du musi- cien-compositeur-orchestrateur-ac- compagnateur émérite.J\u2019écris ces mots alors que le claviériste est en Europe avec Charlebois : Vincent travaille beaucoup pour les autres, raison de plus pour souligner les créations qu\u2019il parvient à glisser dans les interstices de sa carrière plus qu\u2019exigeante.À l\u2019aide de complices de haut vol (JF Lemieux, Massimo Sansalone, Sonia Johnson, Carl Bastien), il peint des fresques et raconte des épopées.On voyage et on va loin dans les morceaux jazz-prog de ce troisième album, mais on ne se perd pas : l\u2019orgue assure la stabilité du bateau malgré l\u2019état d\u2019ébriété du capitaine, les grooves solides permettent d\u2019avancer contre vents et marées.J\u2019aime mon néo-prog mélodique et audacieux à la fois, et il l\u2019est.Sylvain Cormier L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e T h é ât r e 1 0 | ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR raignant pour la sécurité de ses élèves, une enseignante du primaire apporte une arme à l\u2019école.La prémisse de Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l\u2019irrémédiable évoque étrangement un souhait saugrenu formulé par le président Donald Trump après la tragédie de Parkland.C\u2019est dire combien l\u2019actualité s\u2019est immiscée dans la pièce solo que s\u2019apprête à défendre Alice Pascual.« Chaque fois que j\u2019entends parler d\u2019une nouvelle tuerie, ça me bouleverse, confie la comédienne.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir une responsabilité immense tout d\u2019un coup et j\u2019ai peur de mal faire.» Elle décrit cette pression particulière, qui va au-delà d\u2019une angoisse de performance, de porter une pièce qui est partie prenante d\u2019un «débat social très important».«Ça ressemble un peu à ce que j\u2019ai pu vivre quand j\u2019ai joué Fredy.On était au milieu de forces qui dépassaient la culture.Cette rencontre entre le réel et le théâtre nous oblige, en tant qu\u2019interprètes, à être beaucoup plus conscients de ce qu\u2019on fait, des enjeux dans lesquels on s\u2019inscrit.On devient un révélateur, et le prisme potentiel de réflexions profondes.» Alice Pascual s\u2019est d\u2019ailleurs retirée de la pièce documentaire sur Fredy Villanueva, reprise ces jours-ci à l\u2019Usine C.À cause d\u2019un conflit d\u2019horaire, certes, mais aussi à cause d\u2019un «petit malaise»: elle ne se sentait pas assez forte pour s\u2019opposer à la famille, qui s\u2019est dissociée du spectacle.Forces fondamentales Écrite par Elena Belyea, une jeune au- teure albertaine issue de l\u2019École nationale de théâtre en 2016, présentée d\u2019abord en anglais à travers le Canada, Madame Catherine\u2026 est toutefois une œuvre de fiction.Et au Dans la paranoïa des tueries à l\u2019école La comédienne Alice Pascual plonge en solo dans un thème d\u2019une actualité troublante C La pièce exige que l\u2019interprète installe un fort lien de confiance avec son auditoire.Alice Pascual devra être prête à réagir aux éventuelles réponses des spectateurs, qui tiendront le rôle des élèves.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l\u2019irrémédiable Texte d\u2019Elena Belyea, traduction d\u2019Olivier Sylvestre, mise en scène de Jon Lachlan Stewart, une production du Théâtre Surreal Soreal, à la Salle intime du théâtre Prospero, du 27 mars au 14 avril. | 1 1 C u l t u r e T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 départ, ce qui avait bouleversé l\u2019actrice dans cette pièce explorant la paranoïa, c\u2019était « la vérité et la profondeur» de la protagoniste.Son humanité.«Je veux dire par là cette contradiction qu\u2019il y a en chacun de nous entre le désir d\u2019aimer et la peur d\u2019aimer, deux forces fondamentales.Elle les aime, ses élèves ! Et elle a peur qu\u2019ils meurent.Mais cette peur prend tellement le dessus qu\u2019elle finit par devenir elle-même ce qu\u2019elle craint.» Traumatisée par le massacre de bambins à Sandy Hook en 2012, obsédée par ce qu\u2019elle juge être une sécurité inadéquate, Madame Catherine décide de préparer ses écoliers à une éventuelle fusillade.Dans son explicite leçon de survie, elle va employer toutes sortes de moyens pour accrocher ses petits.«Chaque scène est presque dans un style de théâtre différent : il y a du jeu masqué, de la marionnette, du théâtre participatif, du rap, du jeu vrai, intime\u2026 C\u2019est une montagne russe d\u2019émotions.» L\u2019enseignante va aller très loin dans sa démonstration.Jusqu\u2019à incarner cer tains tueurs de masse, dont Marc Lépine.« C\u2019est voulu que la pièce provoque parfois un malaise.Cela permet ensuite d\u2019accéder à la profondeur du drame de cet te femme, qui, toute seule, donne des coups d\u2019épée dans l\u2019eau.Un peu comme un Don Quichotte.» Peu à peu émerge le por trait complexe d\u2019un être bien intentionné mais troublé.« C\u2019est pourquoi c\u2019est un très bon texte : il n\u2019est pas binaire.» La comédie noire joue aussi sur le décalage entre la gravité de la matière, avec ses infos glaçantes tirées du réel, et les stratégies ciblant un auditoire enfant.«L\u2019humour provient de sa maladresse dans ses tentatives pour aborder un sujet dif ficile, estime Alice Pascual.C\u2019est une prof pétillante, un peu clownesque.Elle est toujours en train de se réajuster selon les réactions de ses élèves à sa leçon.Elle veut être comprise.» « Il va être très drôle de voir la comédienne essayer de se sor tir des situations gênantes dans lesquelles elle se met, ajoute-t-elle en riant.Je suis à la merci du public.» Leçon particulière Jouée dans la Salle intime du théâtre Prospero, qui crée une grande proximité (45 places!), la pièce exige en effet que l\u2019interprète installe un fort lien de confiance avec son auditoire.Alice Pascual devra être prête à réagir aux réponses des spectateurs, qui tiendront le rôle des élèves.Ceux assis dans les deux premières rangées se verront même attribuer des étiquettes arborant le prénom d\u2019écoliers.«Il y a plein de petits outils dans la pièce qui me permettent d\u2019établir un contact avec les gens, et de leur faire comprendre à quel niveau ça va se passer entre nous.C\u2019est aussi ce que j\u2019ai trouvé extrêmement intéressant dans cette aventure : de repousser un peu plus loin le pacte qu\u2019on a avec le public au théâtre.Ici, je lui serre presque la main pour lui dire : on est en train de jouer ensemble à un jeu.Donc, la limite entre le personnage et Alice Pas- cual est toute petite.C\u2019est exaltant pour moi, parce que c\u2019est flirter avec les limites de la fiction.C\u2019est épeurant ! Mais je suis convaincue que c\u2019est nécessaire que j\u2019aie un peu peur.C\u2019est là, je pense, que loge la clé du succès dans cette pièce : il faut que je m\u2019abandonne à cette relation avec les spectateurs.Ainsi, il va vraiment se passer quelque chose d\u2019irremplaçable pour eux.Ils vont se sentir pleinement participants.C\u2019est ce qu\u2019on veut toujours au théâtre.» À l\u2019école du solo Alice Pascual n\u2019est pas étrangère au vertige du monologue.Cette douée comédienne, dont la carrière télévisuelle est en plein essor (Trop, Prémonitions, O\u2019), enfile depuis neuf ans une belle myriade de rôles sur scène.Et ses prestations en solitaire dans Terminus à La Licorne et au sein du J\u2019accuse d\u2019Annick Lefebvre furent une bonne école.«Le solo m\u2019a appris l\u2019im- por tance de l\u2019adresse au théâtre.Même lorsqu\u2019on [a des partenaires], on ne peut jamais, comme comédien, faire abstraction du public.» Elle a pris conscience de la situation qui, par-delà la fiction, se déroule au présent dans une salle, entre un interprète et le spectateur, et appris à af fronter cette réalité « indestructible » de la représentation.« Quand je jouais J\u2019accuse, les premières fois, j\u2019étais terrorisée\u2026 Puis je me suis dit que j\u2019allais simplement parler aux gens qui étaient là, au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.Quand on arrive à ce niveau de présence, ça crée un moment avec le public.» En attendant de s\u2019engager encore davantage dans la création (elle nourrit des aspirations d\u2019écriture et de mise en scène, une pratique qu\u2019elle exerce déjà au Conservatoire d\u2019art dramatique), l\u2019interprète de Madame Catherine a donc apprivoisé ses propres frayeurs.« J\u2019ai moins peur.Ou peut-être, plus justement, j\u2019ai moins peur d\u2019avoir peur.C\u2019est devenu très concret, pour moi, jouer.Quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019action.Et l\u2019action, c\u2019est le remède à l\u2019angoisse.» Elle les aime, ses élèves ! Et elle a peur qu\u2019ils meurent.Mais cette peur prend tellement le dessus qu\u2019elle finit par devenir elle-même ce qu\u2019elle craint.ALICE PASCUAL » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e D a n s e 1 2 | ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR À l\u2019heure où la communauté scientifique n\u2019en finit plus de tirer la sonnette d\u2019alarme pour signaler la dégradation irréversible des écosystèmes et l\u2019extinction massive de certaines espèces, de plus en plus de créations chorégraphiques s\u2019imprègnent de préoccupations environnementales.Révélateur de cette mouvance, le programme double « À nouveau sauvage» présenté par Tangente rassemble les travaux de deux chorégraphes émergentes qui, en filigrane, explorent notre écocitoyenneté et notre responsabilité à l\u2019égard de la préservation de la faune et la flore.Inspirée par la vidéo virale du pho- tojournaliste Paul Nicklen montrant un ours polaire décharné dans le Grand Nord canadien, Kimberley De Jong intègre dans sa gestuelle les mouvements d\u2019un animal victime du réchauffement climatique.C\u2019est là la thèse de Nicklen, depuis taillée en pièces par la communauté scientifique, qui a démontré que l\u2019état de cet ours ne reflète pas l\u2019état de son espèce.Pour le moment, du moins.« Mon but n\u2019était pas de créer une Composée à l\u2019origine dans une ruelle d\u2019Hochelaga, Vivarium de Lucy M. May est un projet in situ qui s\u2019est développé sur quatre ans dans des différents lieux d\u2019une ville à l\u2019autre.EMILY GAN Les ours blancs inspirent Boxher, de Kimberley De Jong, sur la volonté de fuir les lieux étouffants.STÉPHANE NAJMAN À nouveau sauvage Boxher, chorégraphie et interprétation de Kimberley De Jong.Vivarium, création et chorégraphie de Lucy M.May et Paige Culley ; scénographie de Noémie Avidar.Présenté par Tangente à l\u2019Espace danse du Wilder du 29 mars au 1er avril .Des danses à l\u2019écoute du vivant Les créations de Kimberley De Jong et Lucy M.May soulèvent des enjeux environnementaux C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 JOURNÉE MONDIALE DU THÉÂTRE> > 27 mars 2018 cqt.ca Le Conseil québécois du théâtre honore l\u2019art théâtral si essentiel à l\u2019identité et la culture d\u2019une nation.Il con?e la rédaction du message québécois à une personnalité de théâtre et salue ainsi la contribution du théâtre québécois au rayonnement international du Québec et du Canada.En 2018, Béatrice Picard, comédienne, signe le message québécois.© D a p h n é C a r o n Dans un extrait de « As you like it » (Comme il vous plaira - acte II, scène 7) William Shakespeare écrivait : Le monde entier est un théâtre et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs; ils ont leurs entrées et leurs sorties et un homme dans le cours de sa vie joue différents rôles\u2026 En 2018, j\u2019aimerais af?rmer que le théâtre est le microcosme de l\u2019univers entier, visible et invisible, tangible et intangible.Il est un dispensateur de joie, d\u2019émotion et de ré?exion.En constante évolution, cet art vivant qui regroupe tous les autres arts, donne vie à la vie que ce soit côté scène ou côté salle.Pour le commun des mortels nous nous amusons\u2026 Le mot jeu fait partie de notre vocabulaire\u2026 Nous jouons au théâtre\u2026 Nous exhalons le plaisir de jouer au théâtre.Correction : pendant des années, nous travaillons le jeu a?n de l\u2019extérioriser adéquatement avec rigueur et souplesse avant de nous fondre dans cet ensemble de créateurs, concepteurs, artistes et artisans qui scellent la création théâtrale.On peut être charmé, outré, apprendre, comprendre, sourire ou pleurer, ré?échir ou af?rmer, questionner ou protester, rien ne s\u2019arrête à la tombée du rideau.Le théâtre est un apprentissage, une expérience, une expérimentation.C\u2019est un lieu de ré?exion, de découvertes\u2026 On aime\u2026 On déteste\u2026 On se questionne\u2026 On questionne le système\u2026 On CLIQUE sur les grands enjeux, on vibre, on pleure ou fait pleurer\u2026 On rit et on fait rire.Le théâtre est un amalgame de ce que nous sommes, de ce que nous aimerions être, de critique de la société, de l\u2019éloge de l\u2019amour\u2026 Le théâtre de création est un théâtre de risque\u2026 Oser aller plus loin que les recettes éprouvées.Voilà ce qui me fascine et m\u2019attire vers les groupes qui visent l\u2019excellence et qui méritent d\u2019être épaulés, encouragés non seulement par leurs créateurs et artisans qui bien souvent travaillent pour des noisettes, mais aussi par la communauté qui a son rôle à jouer.Le théâtre de création d\u2019aujourd\u2019hui est notre patrimoine culturel de demain.À nous de le dorloter en tant que public actif et généreux.Chaque spectacle, si différent soit-il, nous apporte la vision du bien-être ou de mal-être ressenti.Si le théâtre en nous divertissant nous fait ré?échir et suscite la discussion a?n de changer ou d\u2019améliorer les choses, nous jouerons notre rôle et comme acteur et comme spectateur.En cette Journée Mondiale du Théâtre, pro?tons d\u2019une communion de pensée qui amorcera un changement, si petit soit-il.Que le feu sacré nous anime sans cesse et gardons en tête que la plus belle plage sablonneuse a commencé par un tout petit grain de sable auquel est venu s\u2019ajouter un autre, un autre\u2026 Puis un autre\u2026 pièce moralisatrice, mais le thème de l\u2019impact des changements climatiques me tenait à cœur et la référence à cet ours était sur tout un choix esthétique.C\u2019est ma façon personnelle de traiter de l\u2019état du monde dans lequel nous vivons, de cette époque anthropocène, et de faire face à cette impuissance qu\u2019on peut ressentir à l\u2019échelle individuelle et collective, » af firme la danseuse dont on a pu mesurer tout le talent d\u2019interprète dans les œuvres de Marie Chouinard, Frédérick Gravel et Dana Gingras, et qui signe ici sa première création solo.Sur scène, Kimberley De Jong s\u2019entoure de monticules de sacs de recyclage et de matières plastiques qui viennent entraver ses mouvements afin d\u2019évoquer les déchets que les animaux ingèrent par accident.Accompagnée du musicien expérimental Jason Sharp, elle explore les fluctuations de son propre rythme cardiaque à l\u2019aide d\u2019un moniteur amplifiant les battements de son cœur et, grâce à un micro fixé sur sa gorge, rend audible les sons internes de son corps : «L\u2019idée est de faire sortir cette voix intérieure de l\u2019animal, de libérer une voix qui ne peut s\u2019exprimer par la parole et qui en est prisonnière.» Revenir à nos sens Composée à l\u2019origine dans une ruelle d\u2019Hochelaga, Vivarium de Lucy M.May est un projet in situ qui s\u2019est développé sur quatre ans dans des différents lieux d\u2019une ville à l\u2019autre.Adaptée à la scène, la performance se conçoit comme une expérience immersive axée sur les notions de responsabilité et de conscience du pouvoir exercé par les danseuses sur l\u2019espace donné.Le spectateur est invité à se promener comme dans une forêt dans l\u2019installation composée par Noémie Avidar.Une attention particulière est accordée aux objets habituel lement mis de côté ou ignorés, collectés sur les lieux des per formances (retailles de fleurs, emballages plastiques, artefacts).«Quand on réfléchit à l\u2019écologie, il ne faut pas voir l\u2019humain et la nature comme des entités séparées, mais comme faisant partie d\u2019un ensemble symbiotique, af firme la jeune créatrice.Des questionnements socio-économiques entrent nécessairement en ligne de compte.Ça touche aussi à toutes nos manœuvres capitalistes et même à nos relations interpersonnelles.En tant qu\u2019artistes, nous avons un pouvoir sur l\u2019espace dans lequel nous agissons.Comment s\u2019accorder alors avec notre position de pouvoir dans ce système?» se demande-t-elle.Au-delà de la capacité ou de l\u2019incapacité à agir pour améliorer le sort de la planète, Lucy M.May s\u2019attache surtout à la valorisation de l\u2019écoute et de l\u2019attention à ce qui nous entoure dans sa démarche.« Dans notre société capitaliste à ce jour, certains pouvoirs sont plus valorisés que d\u2019autres.Je pense qu\u2019il y a des puissances for tes auxquelles on n\u2019accorde pas de valeur, comme celle de l\u2019écoute, de la lenteur, du fait de prendre son temps, » af firme-t-elle, soulignant la nécessité de revenir à nos sens \u2014 ouïe, toucher, vue \u2014 pour appréhender la nature, comme le préconise le philosophe et environnementaliste américain David Abram, dont les écrits sont venus nourrir le processus de création.Pour leurs chorégraphies aux propriétés animales, Kimberley De Jong et Lucy M.May puisent toutes deux leurs techniques dans le Continuum, approche du mouvement fluide et tournée vers les sensations intérieures.Une façon pour elles d\u2019être en lien avec les êtres qui les entourent, les forces vitales qui les animent et de se montrer réceptives au vivant. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 14 | CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR Désormais attendu, le résultat des résidences de création à la Fondation Molinari se donne comme une occasion toujours nouvelle de revisiter le travail du maître de l\u2019abstraction.C\u2019est probablement parce que seules des accointances ténues pouvaient initialement relier le travail de Serge Murphy et de Jean-François Lauda à celui de Guido Molinari que leur proposition s\u2019avère des plus réjouissantes.L\u2019exercice de relecture et de valorisation du corpus dont la Fondation est la gardienne s\u2019avère encore plus étonnant, en rien prévisible.C\u2019est le sculpteur chevronné Serge Murphy qui a reçu l\u2019invitation et qui, suivant la formule préconisée par la maison, a choisi le peintre Jean-François Lauda pour l\u2019accompagner dans l\u2019aventure.Le premier est admiratif du second, dont il a déjà présenté le travail dans le cadre du Symposium de Baie-Saint- Paul en 2012, y reconnaissant la manifestation singulière d\u2019une nouvelle génération de peintres abstraits.Du reste, et sans égard aux années d\u2019expérience de chacun, c\u2019est Murphy qui joue à la Fondation le rôle de moteur dans le parcours créé de ses œuvres toutes conçues pour le lieu et dans lequel se greffent des peintures récentes de Lauda, ainsi qu\u2019une série inédite d\u2019aquarelles.Quelques œuvres de Molinari, parmi les moins notoires, s\u2019of frent quant à elles en contrepoids à des endroits judicieusement marqués de l\u2019exposition pour révéler les angles morts de la vision canonique de son œuvre ou les lignes obliques négligées de sa lecture.En marge du canon C\u2019est le Molinari poète, tachiste, expressif, voire automatiste qui ressort à la faveur des œuvres de Murphy et de Lauda, dont les univers respectifs font de l\u2019expérimentation et du processus intuitif des valeurs cardinales.Cela est posé d\u2019entrée de jeu dans la scénographie de l\u2019exposition, qui s\u2019ouvre avec une grande toile du peintre jouxtée à un assemblage sur socle du sculpteur.Surface et volume sont parcourus de traces précaires redevables à un faire à tâtons, senti, où s\u2019accumulent des accidents choisis.De l\u2019autre côté, l\u2019édition rare et protégée sous cadre du recueil de Saint-Denys Gar- neau Regards et jeu dans l\u2019espace (1937) \u2014 une propriété de Murphy \u2014 révèle une affiliation à cette poésie déterminante pour sa modernité inspirée des surréalistes européens.Le jeu est relatif au dialogue établi entre les œuvres de Lauda et de Murphy, qui, par leur matérialité débridée, interpellent un Molinari plus esquivé, celui des études sur papier, à l\u2019émail ou à l\u2019encre.La proposition tient alors en périphérie la figure consacrée du peintre en auteur de ses tableaux à bandes verticales, des abstractions lisses et hard-edge des années 1960 qui ont fait sa renommée.Cette production persiste néanmoins ici, par l\u2019appropriation un brin moqueuse, mais toujours respectueuse, qu\u2019en fait Murphy.Les socles assemblés dans son installation Le carnaval de tous les jours (2018) arborent les fameuses bandes aux teintes choisies d\u2019après l\u2019œuvre reproduite sur la couverture du catalogue de la rétrospective Molinari, présentée au Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MAC) en 1995.La convention veut que le socle, comme support de l\u2019œuvre, soit inférieur, une marge que Murphy n\u2019hésite pas à requalifier, brouillant dans son travail la hiérarchie entre les catégories, de l\u2019objet d\u2019art et de son contexte.Son installation fait mine de faire descendre de son piédestal le canon de Molinari pour le placer à la base de son travail, un «bricolage» d\u2019éléments hétéroclites si riche en connotations de toutes sortes qu\u2019il ne peut être que contraire à l\u2019épuration formelle menée par le peintre abstrait.Murphy s\u2019intéresse à la «cuisine» du peintre, qui refait au demeurant surface dans l\u2019installation Ruines achevées (2018), pièce maîtresse au rez-de- chaussée.Le paradoxe contenu dans le titre s\u2019incarne dans un assemblage touffu sur la verticalité de planches usées, superposées en strates sur des cartons ayant servi à la peinture des Molinari, par la bande Le maître de l\u2019abstraction géométrique revisité par Serge Murphy et Jean-François Lauda Photo du haut : l\u2019installation Le monde plate-forme (2018) de Serge Murphy et la toile Sans titre de Jean-François Lauda en arrière-plan.Photo du bas, l\u2019installation Ruines achevées (2018) de Serge Murphy.GUY L\u2019HEUREUX socles avec leurs traces de couleurs, tels des rebuts édifiés en monument à la stature incertaine.Tache sombre La ver ticalité si emblématique de Molinari se trouve également évoquée dans une œuvre de Lauda à l\u2019acrylique.Ample et expressive, sa matière giclée ou étalée négocie les pourtours de la surface comme des zones de tension qui refusent d\u2019accorder au centre la primauté.Réussis, ces aspects formels sont moins prégnants dans la myriade d\u2019aquarelles présentées en grille, un lexique de signes qui se lit difficilement, mais qui fait écho par la forme du support et la palette souvent sombre à l\u2019œu- vre voisine de Molinari, une large tache noire, volontaire et brute.Étude pour noir dominant (1956) est le prélude sur papier d\u2019une série peinte en noir et blanc de Molinari en 1956, un tournant dans sa pratique, très avant-gardiste pour l\u2019époque qui n\u2019a su la reconnaître.C\u2019est à ce moment, écrit le spécialiste Roald Nasgaard dans le catalogue du MAC, que l\u2019artiste découvre « un territoire neuf, personnel ».Cette exposition a le mérite de pouvoir souligner ce genre de détails à l\u2019endroit d\u2019un artiste consacré par l\u2019histoire et parfois réduit à une seule période de sa pratique.La démonstration se poursuit à l\u2019étage de l\u2019édifice dans un par fait voisinage des œuvres de Lauda et Murphy.Grilles ou verticalité se mutent en constructions imaginaires foisonnantes de détails.C\u2019est ainsi que les œuvres multiplient la sémantique de leurs échos formels en déliant les points de vue et en nourrissant de nouvelles perspectives de lecture sur Molinari.Joueurs De Serge Murphy et Jean-François Lauda, à la Fondation Molinari, 3290, rue Sainte-Catherine Est, jusqu\u2019au 22 avril C\u2019est le Molinari poète, tachiste, expressif, voire automatiste qui ressort à la faveur des œuvres de Murphy et de Lauda, dont les univers respectifs font de l\u2019expérimentation et du processus intuitif des valeurs cardinales | 1 5 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 SU R L E R A DA R Expansion artistique par le son Bien des artistes ont tenté de faire exploser les limites entre les diverses formes d\u2019art.Par exemple, le son est devenu un matériau en arts visuels et, réciproquement, l\u2019installation est apparue comme une forme possible pour le travail musical.L\u2019exposition intitulée Les formes d\u2019ondes permettra de voir quelques installations innovatrices, parfois participative ou interactive, réalisées par cinq étudiants et chercheurs associés au secteur des musiques numériques de la Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal.Parmi les œuvres sonores en vitrine, on remarquera en particulier l\u2019œuvre de Claude Périard, intitulée Panopticon, mettant en scène des sons enregistrés dans un établissement carcéral abandonné, sons couplés à des échanges sonores en direct de policiers aux États-Unis.Avec aussi des œuvres de Nicolas Bernier, Stéphanie Castonguay, Alexis Langevin-Tétrault et Jean-François Primeau.C\u2019est la première édition d\u2019un événement collectif qui \u2014 on nous le promet \u2014 sera récurrent.À suivre.Nicolas Mavrikakis Les formes d\u2019ondes Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal (Détail) Frequencies (A / Oscillation), Nicolas Bernier, 2016 MYRIAM BARRIAULT FORTIN CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR Espaces vides, espaces de mémoire.C\u2019est sur ce paradoxe que repose une partie de la photographie d\u2019Angela Grauerholz.L\u2019ar tiste n\u2019a pas lésiné à l\u2019occasion sur des salles bien remplies \u2014 notons l\u2019installation Salle de lecture de l\u2019artiste au travail (2003-2004).Le vide, cependant, demeure chez elle un sujet éloquent, comme le prouve l\u2019actuelle et économe exposition à la galerie Art45.En seulement cinq images, toutes de 2018 et tirées de deux corpus, le petit espace de l\u2019édifice Belgo, ouvert seulement les vendredis et samedis, se démarque une nouvelle fois pour la concision et l\u2019ef ficacité de ses choix.Des étagères vides sont au cœur de la série The Empty S(h)elf.Photographié de plein front et à la lumière naturelle, le mobilier est ainsi montré de manière crue et limpide, tel que l\u2019artiste l\u2019a trouvé.La série Musée Carnavalet propose une incursion dans les salles de ce musée parisien, alors qu\u2019il est en cours de profonde rénovation \u2014 fermé depuis 2016, il ne rouvrira qu\u2019en 2019.Les images révèlent l\u2019usure des tapisseries et rendent presque banal ce lieu connu pourtant pour son cachet historique, ses boiseries, son luxe.La teneur documentaire, si elle est présente dans la série Musée Carna- valet, n\u2019est que secondaire.Comme souvent chez la lauréate du prix Borduas (2006), son travail de nature davantage conceptuelle donne des images à interprétation ouver te, comme métaphores sociales.À l\u2019instar d\u2019une Raymonde April ou d\u2019une Sorel Cohen, Grauerholz a rejeté dans les années 1980 la modernité dominante et ses images nettes, afin de favoriser une subjectivité plus spontanée et non perfectible.Les cinq photos réunies par cette exposition intitulée simplement Angela Grauerholz parlent avec élégance du passage du temps en posant cette question : que deviennent les lieux de culture, les institutions de référence, le savoir et les connaissances lorsque l\u2019usure et l\u2019abandon prennent le dessus?Sans leurs livres et documents, les étagères sont frêles et anonymes, un peu comme un musée sans ses trésors.Et un peu comme un individu (le self du titre), sans ce savoir accumulé et conservé, une bibliothèque perd son âme.Les deux corpus sont des études sur l\u2019éducation à la culture et, de manière plus large, sur « la construction de soi », selon les termes utilisés pas l\u2019artiste.Au-delà de ce portrait de société, le vide chez Grauerholz permet d\u2019aller à l\u2019essentiel et d\u2019évoquer divers objets (les livres et les œuvres d\u2019art, dans ces cas-ci) malgré leur absence.C\u2019est une sorte de présence en négatif, qui fonctionne tant ce qui est photographié peut être reconnu par tous.La mémoire collective est mise à contribution, comme le soulignait déjà l\u2019historienne de l\u2019ar t Mar tha Hanna en 2010.« Grauerholz vide l\u2019image de toute présence humaine, pour ne conserver que le référent (c\u2019est-à-dire l\u2019objet auquel renvoie le titre), laissant ainsi place à la mémoire collective », écrit-elle dans le catalogue de The Inexhaustible Image\u2026 épuiser l\u2019image, la rétrospective la plus importante de l\u2019artiste.Si Ar t45 ne présente que cinq photos, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit seulement d\u2019un avant-goût des expositions plus substantielles à venir de l\u2019artiste.The Empty S(h)elf fera partie d\u2019une installation sur l\u2019archivage que Grauerholz présentera à l\u2019automne à Artexte, centre d\u2019artistes voué à la documentation dont elle est une des fondatrices.Musée Carnavalet sera présentée plus tard dans l\u2019établissement d\u2019où l\u2019artiste a tiré les images.Le Musée Carnavalet, lieu patrimonial voué à l\u2019histoire de Paris, était tout destiné à être observé par une photographe fascinée par les lieux chargés d\u2019histoire.Sa pratique féministe en rend plus que naturelle cette association : le Carnavalet prend racine dans deux anciens hôtels par ticuliers, dont un a été tenu au XVIIe siècle par la marquise de Sévigné, une femme de pouvoir et de lettres.Vides et parlants tout à la fois Que conserve notre mémoire culturelle ?demande la photographe Angela Grauerholz White Room, de la série Musée Carnavalet, Angela Grauerholz, 2018 ART45 Angela Grauerholz Art45 (372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 221), jusqu\u2019au 21 avril L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 6 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR n dit que bien des créateurs éprouvent la tentation de faire leur Cerisaie, après une carrière remplie, en posant un regard sur leur vie.Cette pièce de Tchekhov, sur une maison de famille démantelée avec son poids de souvenirs, pourtant écrite dans sa quarantaine, trimballe avec elle regrets et nostalgies.Robert Guédiguian, avec La villa, un très beau film-somme, en salle le 30 mars, s\u2019y frotte.« C\u2019est ma Cerisaie au sens strict du terme, répond- il.J\u2019ai fait un film sur la mouvance à laquelle j\u2019appartiens à partir d\u2019un lieu emblématique.» Le cinéaste ne se considère pas en rupture avec son passé, mais face à un monde qui change avec le temps.Comment demeurer fidèle aux luttes d\u2019antan ?La question court en leitmotiv à travers son œuvre.Il admire en Tchekhov le maître du huis clos, et sur sa trame il aborde sa propre génération, qui milita pour l\u2019avenir d\u2019un monde meilleur et voit les grands idéaux vaciller.La villa est sans doute le film le plus intime de Guédiguian, témoignant de lui en sous-texte.Ce fils de Marseille, avec une vingtaine de longs métrages à sa feuille de route depuis 1980 (dont Marius et Jeannette, Marie-Jo et ses deux amours), est un homme de loyauté.Il travaille avec la même famille d\u2019acteurs depuis ses débuts : sa femme Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan ; militant et n\u2019entendant pas remiser ses convictions.« Pendant que j\u2019écrivais le scénario de La villa avec Serge Valletti, évoque le cinéaste, il y a eu les attentats au Bataclan et le débat sur l\u2019identité nationale s\u2019est enflammé pour ne plus redescendre depuis.J\u2019ai traîné pendant un mois, préoccupé et interpellé.La manière de rester actif et de gauche aujourd\u2019hui passe essentiellement par la gestion de l\u2019immigration.Ce sont les nouveaux prolétaires du monde et la population la plus menacée.Elle s\u2019est invitée dans mon film.» «Qu\u2019est-ce qui arrive à bien des cinéastes qui furent transpercés par les émotions de leur époque ?demande Jean-Pierre Darroussin.Ils ont la soixantaine.Le monde a changé sans qu\u2019ils s\u2019y soient tout à fait adaptés.Une distance s\u2019est installée à mesure que leurs repères s\u2019ef façaient.La villa est un film synthèse pour Guédi- guian.Les personnages trouvent une rédemption dans l\u2019adoption, il y a beaucoup d\u2019humour, mais le fond du film demeure douloureux.» Le huis clos de la calanque Ici, la calanque (un vallon étroit et escarpé) de Méjean, près de Marseille, avec ses maisons colorées sur leurs La cerisaie de Robert Guédiguian Film de maturité, La villa est aussi très intime, révélant le cinéaste en sous-texte « La villa porte sur le décalage avec le passé et sur la façon dont on s\u2019est construit, explique Robert Guédi- guian, mais je ne veux pas rester dans le pessimisme, même en y montrant des vieux qui se suicident.Un espoir apparaît, les enfants recueillis deviennent une promesse.» MK2 MILE END O La manière de rester actif et de gauche au- jourd\u2019hui passe es- sentielle- ment par la gestion de l\u2019immigration.Ce sont les nouveaux prolétaires du monde et la population la plus menacée.Elle s\u2019est invitée dans mon film.ROBERT GUÉDIGUIAN » | 17 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 6 & 9 Tao Ye Beijing L\u2019avant-garde chorégraphique chinoise en?n à Montréal Danse + Théâtre Du 23 mai au 7 juin 2018 fta.ca 514 844 3822 À l\u2019avant-garde depuis toujours BETROFFENHEIT Crystal Pite + Jonathon Young Vancouver « Théâtre et danse s\u2019allient avec audace\u2026 Virtuose.» La Croix Spectacle d\u2019ouverture 25 spectacles Réservez votre forfait maintenant LA NUIT DES TAUPES Philippe Quesne Nanterre « Un véritable enchantement » Sceneweb.fr Spectacle de clôture UNTIL OUR HEARTS STOP Meg Stuart Bruxelles + Berlin « Un moment de pure joie collective » Libération TITANS Euripides Laskaridis Athènes « Un spectacle joyeusement chaotique » IO Gazette TOM NA FAZENDA Michel Marc Bouchard + Rodrigo Portella Rio de Janeiro Le chef-d\u2019œuvre Tom à la ferme dans une puissante production brésilienne collines face à la mer sous le viaduc, tient pour lui du décor originel.Le personnage de Meylan garde la barre du vieux resto de famille auprès du père handicapé.Son frère (Darroussin), sa jeune compagne (Anaïs Demoustier) et sa sœur actrice (Ascaride) reviennent dans leur berceau quand il est question de le vendre, mais des événements (dont l\u2019échouage d\u2019enfants migrants apportés par la mer) changent le cours des choses.Un couple se forme, un autre se dissout.Jean-Pierre Darroussin travaillait pour la 16e fois avec Guédiguian et ses proches.Il avait fait ses études de comédien avec Ariane Ascaride.«Quand on doit jouer les frère et sœur, on se comprend sans se parler.» En plein hiver, durant les mois sans tourisme et sans action, le petit restaurant Mange tout devient le centre du monde à l\u2019heure des bilans de vie.L\u2019équipe a pu filmer l\u2019endroit sous tous les angles, en multipliant les types de plans, en utilisant les éclairages les plus divers.« La villa por te sur le décalage avec le passé et sur la façon dont on s\u2019est constr uit, explique Guédi- guian, mais je ne veux pas rester dans le pessimisme, même en y montrant des vieux qui se suicident.Un espoir apparaît, les enfants recueillis deviennent une promesse.Cette calanque, les immigrés la relient au monde entier.Le film se Robert Guédiguian travaille avec la même famille d\u2019acteurs depuis ses débuts.Ce fils de Marseille, avec une vingtaine de longs métrages à sa feuille de route depuis 1980, est un homme de loyauté.TIZIANA FABI AGENCE FRANCE-PRESSE joue entre la critique des temps présents et une amorce d\u2019avenir.» Des extraits du film Ki lo sa?(1985), tourné sur les lieux avec les trois mêmes acteurs ardents de jeunesse \u2014 Ariane, Gérard, Jean-Pierre \u2014, expriment ce décalage mieux que tout.Ses personnages principaux (les migrants n\u2019apparaissent qu\u2019aux deux tiers du film), il les décrit d\u2019abord comme des êtres ayant perdu la cause qui les animait, en proie au doute, face au libéralisme triomphant.« Celui d\u2019Ariane a voulu changer le monde par le théâtre, celui de Darroussin, par son ancrage dans le milieu ouvrier, qu\u2019il a trahi en devenant cadre.L\u2019hôtelier que joue Mey- lan cherche de son côté à maintenir le monde traditionnel.Les trois se sentent en chute libre.La plus mauvaise phrase de l\u2019internationale est \u201cDu passé, faisons table rase\u201d.C\u2019est ridicule.Je suis plus dialecticien que ça et je crois qu\u2019il faut respecter certains ancrages, me sentant à la fois nostalgique et révolutionnaire.Tout doit être remis en cause, le passé comme le présent.La gauche est devenue un peu conservatrice, mais les combats des femmes sont plutôt menés par elle.Et rien n\u2019est joué.Chacun peut changer de cap s\u2019il s\u2019est fourvoyé hors de sa route.» Cet entretien s\u2019est déroulé à Paris, dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 8 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Une étudiante maghrébine issue de la banlieue devient championne oratoire grâce aux enseignements d\u2019un professeur de droit cynique por té sur la provoc raciste.C\u2019est en somme l\u2019argument de la comédie dramatique Le brio, d\u2019Yvan Attal, qui n\u2019emprunte pas tant au mythe de Pygmalion qu\u2019au délicieux film de 1982 L\u2019éducation de Rita, dans lequel un professeur alcoolo et, oui, cynique, se prend de sympathie pour une coiffeuse inscrite en littérature.Dans les deux cas, l\u2019idéalisme de l\u2019élève ravive la flamme du maître.Elle s\u2019appelle Neïla Salah (Camélia Jordana), elle habite Créteil, et elle est arrivée en retard au cours de Pierre Mazard (Daniel Auteuil), ancienne légende du Barreau dont le goût pour la polémique s\u2019accorde mal avec le cl imat de rect i tude ambiant.Sa philosophie ?« Ce qui compte, c\u2019est avoir raison.La vérité, on s\u2019en fout.» Après avoir humilié Neïla avec des propos racistes et d\u2019ordre vestimentaire, Pierre consent à la préparer pour un prestigieux concours oratoire, l\u2019initiant à Rabelais, Schopenhauer et cie.Cela, afin de s\u2019éviter un conseil de discipline, motif peu noble (et une commodité dramatique pour le troisième acte) qu\u2019il cache à la principale intéressée.Laquelle, il va sans dire, révèle des dons extraordinaires au contact du prof qui n\u2019est finalement pas un vieux facho.Ces illustres messieurs Édifiant et « feel-good», Le brio ?Oui et non.Ce qui était irrésistible en 1982, alors que Julie Walters assénait sa truculence à un Michael Caine revenu de tout, passe moins bien en 2018.Dans cette variation d\u2019un air connu qu\u2019est Le brio, un paternalisme, d\u2019autant plus lourd qu\u2019il est inconscient, prévaut.En ef fet, s\u2019il aborde l\u2019enjeu du racisme dans son scénario coécrit à quatre, Yvan Attal (Ma femme est une actrice) semble complètement aveugle à celui du sexisme.C\u2019est apparent d\u2019entrée de jeu, avec ce montage d\u2019entrevues de Claude Levi Strauss, Serge Gains- bourg, Jacques Brel et Romain Gary venant mettre la table pour la préoccupation centrale du film, à savoir l\u2019importance des mots et des débats d\u2019idées comme fondements d\u2019une humanité qui se délite sous les assauts de l\u2019incurie, mal endémique.Grosso modo.Que des messieurs, donc, illustres, cer tes\u2026 Aucune archive audiovisuelle de Simone de Beauvoir, de Marguerite Duras ou de Benoîte Groult n\u2019était disponible pour introduire ce qui se veut le récit d\u2019émancipation d\u2019une jeune femme ?Héroïne inspirante Une jeune femme dont même un proche croit d\u2019emblée vaines les ambitions, insistant pour dire qu\u2019elle n\u2019a «pas le bon nom» pour réussir dans ce monde-là.Neïla fera évidemment mentir tout le monde à force de détermination et d\u2019intelligence.Elle est une héroïne inspirante, pas de doute là- dessus, et interprétée qui plus est avec un mélange conquérant d\u2019aplomb et de vulnérabilité par Camélia Jordana, désignée Révélation aux César.Autre atout : la composition impeccable de Daniel Auteuil, très en forme.L\u2019ensemble de la distribution convainc d\u2019ailleurs, quoique le soupirant de Neïla, Mounir, a davantage valeur de fonction narrative que de personnage tridimensionnel.Quant à la réalisation d\u2019Attal, elle fait dans l\u2019esthétisme creux, voire dans la grandiloquence, approche que le cinéaste aura peut-être confondue avec le thème du film: l\u2019éloquence.Le brio ?1/2 Comédie dramatique d\u2019Yvan Attal.Avec Camélia Jordana, Daniel Auteuil, Yasin Houicha, Jean-Baptiste Lafarge, Nozha Khouadra.France, 2017, 95 minutes.L\u2019art de ne pas voir Yvan Attal conte le récit émancipatoire d\u2019une jeune femme avec un paternalisme confondant CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Appelons ça le syndrome Charles Az- navour : ces artistes clamant haut et for t leur dépar t à la retraite pour mieux revenir.Steven Soderbergh nous a fait le coup, visiblement incapable de tirer un trait définitif sur une carrière de cinéaste où il cumule depuis longtemps d\u2019autres rôles, dont ceux de monteur et de directeur photo, sous pseudonymes : Mar y Ann Bernard et Peter Andrews, les noms de ses parents.Celui qui a revisité l\u2019univers de Franz Kafka y revient toujours un peu dans ses films labyrinthiques et inquiétants où la peur apparaît souvent comme la seule conseillère (Contagion, Side Ef fects).Il en rajoute une couche dans Unsane, production quasi clandestine tournée à l\u2019aide d\u2019un iPhone; Soderbergh n\u2019est pas le premier, Sean Baker étant passé par là avec Tangerine, porté aussi par un sentiment d\u2019urgence de capter des personnages excessifs et désorientés.Sawyer Valentini (Claire Foy, couronnée par le succès de la série The Crown) a d\u2019ailleurs de bonnes raisons d\u2019être per turbée, fuyant un homme déséquilibré follement amoureux d\u2019elle.Quitter Boston, être protégée par un ordre de la cour et refaire sa vie quelque par t en Pennsylvanie rien n\u2019y fait : elle le voit partout, elle le craint, et après une crise de panique avant une partie de jambes de l\u2019air avec un étranger rencontré grâce à son téléphone, elle décide d\u2019entreprendre une démarche thérapeutique dans un établissement dont la décoration beige aurait déjà dû l\u2019alerter.Sans crier gare, la voilà internée dans ce lieu où la Louise Fletcher de Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou a fait des émules, une situation d\u2019autant plus oppressante qu\u2019elle croit reconnaître son bourreau mental (Joshua Leonard) parmi le personnel.Entre des alliés circonstanciels, dont sa mère (Amy Irving), un camarade d\u2019infortune plutôt zen (Jay Pharoah, ici la voix de la raison) et quelques rivaux prévisibles (Juno Temple en tigresse de service), un doute persiste, mais avec une intensité relative : cette analyste financière à l\u2019assurance fissurée imagine-t-elle le pire, ou est-elle véritablement au cœur d\u2019un cauchemar bien orchestré ?Dans un pays où l\u2019on enferme des patients pendant sept jours pour profiter des largesses des compagnies d\u2019assurance \u2014 un scandale récemment mis au jour \u2014, elle a bien raison de sombrer dans un chaos digne des meilleurs films de série B.Unsane en af fiche pratiquement tous les contours, avec bien sûr la touche Soderbergh, son énergie contagieuse, son empreinte visuelle singulière.Dans un désir manifeste de filmer avec la même fébrilité que ses personnages déséquilibrés, son iPhone devient à la fois son meilleur allié et son pire ennemi, sacrifiant les nuances des éclairages à la liberté de mouvement, faisant virevolter son appareil pour camoufler les incohérences d\u2019une intrigue ni haletante ni complexe.Est-ce pour cette raison qu\u2019il appelle à la rescousse une star de sa filmographie pour une apparition où il précise, sans subtilité, qu\u2019un téléphone intelligent peut parfois être notre pire ennemi ?Après le ludique Logan Lucky, sor te d\u2019Ocean\u2019s 11 du prolétariat, Unsane signale sans aucun doute son retour, mais de manière plus bruyante que fracassante.Unsane ?1/2 Thriller de Steven Soderbergh.Avec Claire Foy, Joshua Leonard, Juno Temple, Amy Irving.États-Unis, 2018, 97 minutes.Téléphone en folie Un nouveau tour de piste pour un Steven Soderbergh encore loin de ses dernières images Sawyer Valentini (Claire Foy) fuit un homme déséquilibré amoureux d\u2019elle.20TH CENTURY FOX La distribution du film convainc, Camélia Jordana et Daniel Auteuil en tête.AZ FILMS | 19 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Moscou, mars 1953.Dans la ville, l\u2019angoisse règne alors que tout un chacun redoute de voir débarquer devant sa porte le NKVD, ancêtre du KGB.Le culte de la personnalité de Joseph Staline est à son comble : le dictateur règne sans partage et se plaît à grossir sa liste d\u2019ennemis à exécuter séance tenante.Mais voilà, celui qui s \u2019est autoproclamé le «Vojd», ou guide, ignore que c\u2019est lui qui sera bientôt mort.Un trépas prétexte, dans les coulisses du pouvoir, à maintes turpitudes qu\u2019Armando Iannucci revisite dans l\u2019hilarant La mor t de Staline.Les noms ont été gardés, seuls les faits \u2014 « alternatifs», après tout \u2014 ont été changés.D\u2019origine écossaise, Armando Ian- nucci est passé maître dans l\u2019art de la satire politique.Encensée en Grande-Bretagne, sa série The Thick of It (2005-2012), à l\u2019instar de son film Dans le coup (In the Loop, 2009), se moquait des gouvernements Blair et Brown.Aux États-Unis, il a créé pour HBO la désopilante, et non moins intelligente, série Veep, sur une vice-présidente puis présidente américaine d\u2019une incompétence inimaginable (quoique).Jamais tendre Inspiré de la bande dessinée des Français Fabien Nury et Thierry Robin, La mort de Staline (The Death of Stalin) s\u2019inscrit donc dans la continuité de l\u2019œuvre de Iannucci, qui n\u2019a pas son pareil pour mettre en place (et en scène) les fourberies de la classe politique, caste privilégiée avec laquelle il n\u2019est jamais tendre.Ses personnages sont en ef fet petits, mesquins, veules et dotés d\u2019un ego dont la taille est inversement proportionnelle à celle de leurs maigres talents.La mor t de Staline of fre à cet égard un terrain de jeu idéal à Ian- nucci, qui laisse libre cours à son goût marqué pour l\u2019humour noir.Tant les circonstances de la mort du «Petit Père des peuples» que la suite de complots pour sa succession à la tête de l\u2019URSS servent de canevas à sa caricature implacable.Son regard acéré rivé à sa loupe grossissante, rien ne lui échappe.Drôle et terrifiant Toutes les figures politiques clés de l\u2019époque sont réunies, comme Nikita Khrouchtchev (Steve Buscemi), La- vrenti Beria (Simon Russell Beale) ou encore Viatcheslav Molotov (Michael Palin, des Monty Python).Des personnalités issues d\u2019autres sphères, par exemple de la culture, telle la pianiste Maria Youdina (Olga Kurylenko), sont également conviées à cet exercice désopilant dont Armando Iannucci a le secret.Tout du long, La mort de Staline enchante et consterne avec son théâtre de marionnettes, livrant un spectacle aussi drôle que terrifiant.Car sous la surface désinvolte couve une gravité, pour ne pas dire une horreur, certaine.Cela, afin de rappeler non seulement que le pouvoir corrompt, mais qu\u2019il est des êtres à qui l\u2019on ne devrait jamais le confier.Un fait qui n\u2019a rien d\u2019alternatif.La mort de Staline (V.F.de The Death of Stalin) ?Comédie satirique d\u2019Armando Iannucci.Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Michael Palin, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough, Rupert Friend, Jeffrey Tambor, Jason Isaacs.Grande-Bretagne, 2017, 107 minutes.Révisionnisme satirique Le film La mort de Staline fait rire et réfléchir de féroce façon en réinventant la mort du Vojd CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Un profond, et parfois inconfortable, sentiment d\u2019absurdité enrobe Foxtrot, deuxième long métrage du cinéaste israélien Samuel Maoz après Lebanon (2009).Tous les personnages semblent en attente, d\u2019une confirmation funeste ou d\u2019un être humain à surveiller, tuant le temps en se regardant en chiens de faïence ou en exécutant quelques pas de danse au milieu du désert.Cette plongée dans la psyché de la société israélienne \u2014 qui n\u2019a pas plu à tous, surtout au gouvernement de Benjamin Nétanyahou \u2014 se présente sous la forme d\u2019un triptyque, annonçant déjà un refus du réalisme, et sur tout d\u2019une stricte continuité chronologique.Tout cela est accentué par deux décors que tout oppose : un appar tement chic et dépouillé de Tel-Aviv d\u2019un côté, et une vaste étendue aride traversée par quatre jeunes soldats qui se demandent souvent ce qu\u2019ils font là de l\u2019autre.Car à part quelques Palestiniens que les mesures de sécurité humilient à tout coup, il n\u2019y a qu\u2019un dromadaire pour rompre la routine.Celle-ci ne sera plus la même pour Daphna (Sarah Adler) lorsqu\u2019elle verra apparaître des soldats sur le seuil de sa porte, s\u2019évanouissant à l\u2019instant même.Son fils Jonathan (Yo- naton Shivay) est mort en service, une fatalité qu\u2019a aussi deviné son père, Michael (le grand Lior Ashke- nazi), un architecte enfermé dans son mutisme.Autour d\u2019eux, une agitation technocratique pour calmer leur peine, et surtout leur sentiment de révolte (l\u2019injection obligée d\u2019un sédatif à la mère constitue une puissante métaphore).Mais il en faut bien plus pour contenir la rage de cet homme hanté par la culpabilité, héritée de son histoire personnelle, et celle des survivants de l\u2019Holocauste, symbolisée par une mère de plus en plus amnésique.Or, coup de théâtre, les autorités militaires finissent par reconnaître qu\u2019il y a eu erreur sur la personne\u2026 Jonathan, conscrit dans un poste de contrôle baptisé Foxtrot, passe le temps en écoutant de la musique, et surtout en dessinant avec frénésie, grâce aux longues heures de calme, dont plusieurs dans un conteneur qui tient lieu de dortoir.Le quatuor de surveillants reconnaît, sans trop le dire, la futilité de leur mission, jusqu\u2019au moment où celle-ci se transforme en tragédie, les faisant tous basculer dans l\u2019horreur, modifiant une fois encore la trajectoire des parents de Jonathan, mais à nouveau de manière inattendue.Nul besoin d\u2019être fin sémiologue pour saisir les sentiments antimilitaristes de Samuel Maoz, mais ceux-ci s\u2019expriment dans un magnifique ballet d\u2019émotions contradictoires, au milieu de décors expressifs qui renvoient constamment à l\u2019âme tourmentée, ou insouciante, de ces héros à l\u2019humanité foudroyante.Ces lieux, quasiment en marge du temps avec des ruptures accentuées par une bande sonore aux relents nostalgiques, révèlent une forme de claustrophobie imposée par les autorités, autre thème cher à un cinéaste qui n\u2019en a visiblement pas fini avec les politiques et les pressions sociales de son pays.Ce triptyque complexe, peu bavard, por té par des images exécutées avec une minutie exemplaire, explore cette famille qui semble porter sur elle les espoirs déçus de tout un peuple.Samuel Maoz en partage la douleur, dans une allégorie qui n\u2019a rien d\u2019un simple brûlot politique.Foxtrot ?Drame de Samuel Maoz.Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray, Shira Haas.Israël\u2013Suisse\u2013 France\u2013Allemagne, 2017, 108 minutes.En attendant le dromadaire Triptyque audacieux, émouvant et envoûtant sur un certain état de la société israélienne Michael (Lior Ashkenazi), le père, est un architecte enfermé dans son mutisme.MÉTROPOLE FILMS Tout du long, La mort de Staline enchante et consterne.ENTRACT FILMS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 2 0 | Les nouveautés sont en rose Une femme fantastique (V.O., s.-t.f.et V.O., s.-t.a.de A Fantastic Woman) ?Auteur du merveilleux Gloria, Sebastian Lelio crée avec Une femme fantastique une autre héroïne mémorable: Marina, une jeune femme trans qui, à la suite du décès accidentel de son conjoint plus âgé, doit composer avec la méfiance des autorités et surtout avec la rancœur et la violence de l\u2019ex- femme et du fils du défunt.Des enjeux que le film développe avec subtilité.Pour un temps, Lelio traduit la nature insidieuse des situations au moyen d\u2019une mise en scène qui se referme sur la protagoniste dont l\u2019existence même semble gêner.Or, un certain panache visuel prévaut.Ceci, en phase avec le tempérament affirmé de Marina, femme colorée, femme de beauté.Isolée, elle continue de s\u2019adonner à sa passion pour le chant.Tout ce que la laideur du monde ne peut lui enlever.Actrice trans dotée d\u2019une voix prodigieuse, Daniela Vega transcende son rôle et contribue à rendre ce film très, très spécial.François Lévesque Panthère noire (V.F.de Black Panther) ?1/2 Après une dizaine d\u2019années d\u2019une quasi-hégémonie du film de superhé- ros, Hollywood se décide enfin à donner la vedette à un superhéros noir dans Panthère noire (Black Panther), production par surcroît écrite et réalisée par des Noirs.Réalisé avec savoir- faire par Ryan Coogler (Creed), le film s\u2019en tient à un récit classique d\u2019apprentissage alors que le protagoniste doit sortir de l\u2019ombre de son défunt père afin d\u2019atteindre son plein potentiel.Cette absence d\u2019audace narrative est atténuée par d\u2019heureux clins d\u2019œil, un rythme enlevé ainsi qu\u2019une direction artistique et des costumes fabuleux.Dans le rôle-titre, Chadwick Boseman est crédible et attachant.Il est entouré d\u2019une galerie d\u2019actrices formidables dont on célébrera la présence tout en se désolant de la minceur de leurs par- Les gardiennes ?La comédie n\u2019était pas la tasse de thé de Xavier Beauvois, et La rançon de la gloire a laissé peu de souvenirs en comparaison de son chef-d\u2019œuvre, Des hommes et des dieux.Avec cette fresque pastorale sur fond de Première Guerre mondiale, il revient à cette sobriété et à cette exigence qui ont fait son succès.Ailleurs ?1/2 Ce premier long métrage de Samuel Matteau, fils de Québec, pose un regard surréaliste sur la capitale.La beauté des cadrages, de la lumière et ces décors insolites sont du jamais vu pour un film tourné dans la capitale.Avec le talentueux acteur Théodore Pellerin aux côtés de Noah Parker, ce film sur l\u2019amitié, l\u2019itinérance et la quête de liberté, sans vraie originalité de scénario, compose un monde d\u2019adolescents en autarcie, apparemment sortis d\u2019un conte.Un climat si bien rendu vaut vraiment le détour.Odile Tremblay Inspiré d\u2019un roman oublié d\u2019Ernest Pé- rochon publié en 1924, il évoque la détermination des femmes devant les lois impitoyables de la paysannerie, seules alors que leurs conjoints et leurs fils sont au front.Or, d\u2019autres lois, celles de la bienséance et du rang social, vont broyer l\u2019âme la plus pure de cette galerie de femmes, une orpheline qui croyait avoir trouvé une famille, dominée par une formidable Nathalie Baye.Beau comme un tableau de Jean-François Millet, à la fois dépouillé sur le plan esthétique et riche en observations fines sur ce temps troublé, ce film jamais grandiloquent et mélodramatique vise juste, en direction du cœur.André Lavoie Les lettres de ma mère ?Il y a quelque chose d\u2019émouvant, mais aussi d\u2019impudique, à parcourir la correspondance de quelqu\u2019un d\u2019autre, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de sa mère.Celle de Serge Giguère, 15e enfant d\u2019une famille qui en compte 16!, a écrit avec générosité et franchise à l\u2019un de ses fils destiné à la prêtrise.Le cinéaste a mis la main sur cette précieuse correspondance, très éloquente sur la vie des femmes au tournant des années 1950, et surtout révélatrice des rapports complexes de cette besogneuse dévouée, et pas très diplomate!, avec son imposante fratrie.En filigrane, avec de petites trouvailles visuelles et la voix de Muriel Dutil, choix judicieux pour incarner l\u2019archétype de la matriarche ca- nadienne-française, c\u2019est à la fois l\u2019histoire du Québec et celle de Giguère qui s\u2019entremêlent avec délicatesse.La même qui parcourt tous ses films (Oscar Thiffault, Le roi du drum, Le mystère Macpherson) depuis tant d\u2019années.André Lavoie Téhéran Tabou ?1/2 Avortement, toxicomanie, adultère, prostitution: ces phénomènes ne sont pas qu\u2019occidentaux, et font aussi partie du quotidien d\u2019une grande ville comme Téhéran.Mais quel cinéaste iranien peut décrire tout cela sans contraintes?Ali Soozandeh vit depuis plus de 20 ans en Allemagne, mais n\u2019en a visiblement pas fini avec son pays d\u2019origine.Grâce au savant camouflage de la rotoscopie, où l\u2019on applique formes et couleurs à des images en prises de vue réelles, il présente divers personnages ayant plusieurs choses à cacher (une virginité perdue, une grossesse non désirée, des désirs inassouvis), multipliant les stratagèmes pour y parvenir.Parfois ils se croisent, dans la rue ou le même immeuble, révélant souvent par mégarde leurs petites et grandes trahisons.Une chronique urbaine provocante et sombre, levant le voile sur les dessous et les bas-fonds d\u2019une société étouffée par un régime faisant tout pour contenir la grogne populaire.André Lavoie Foxtrot ?Jamais tendre ou complaisant à l\u2019égard de son pays, le cinéaste israélien Samuel Maoz n\u2019affiche pas non plus un esprit revanchard.Après Lebanon, c\u2019est encore plus vrai dans ce second long métrage exécuté de main de maître, un triptyque étonnant et émouvant, un brin surréaliste, radiographiant les tourments d\u2019une société à travers une famille endeuillée\u2026 un temps seulement.Car le jeune soldat qu\u2019on croyait mort, fils d\u2019un couple à la dérive, a été confondu avec un autre.L\u2019imbroglio devient ainsi le prétexte à une croisade pour sa sécurité, mais aussi une dangereuse introspection pour des personnages rongés par les regrets, la culpabilité, ou tout simplement l\u2019ennui au milieu d\u2019un espace désertique.Une brillante allégorie politique portée par de grands acteurs, dont le solide Lior Ashkenazi, figure incontournable du cinéma israélien.André Lavoie Nothingwood ?1/2 Durant une semaine, la documentariste française Sonia Kronlund a suivi Salim Shaheem, le Ed Wood afghan, alors qu\u2019il tournait son 111e film.Au- delà de cette incursion privilégiée dans les dessous de l\u2019industrie cinématographique afghane, Nothingwood s\u2019avère une ode tendre et vibrante à la résilience.Si l\u2019ensemble tourne parfois à vide, cette réalisation modeste, tournée dans la bonne humeur, la convivialité et des conditions parfois hasardeuses, traduit une volonté inébranlable de créer et d\u2019offrir un monde meilleur.Manon Dumais La mort de Staline (V.F.de The Death of Stalin) ?La mort de Staline brode des faits «alternatifs» (c\u2019est de circonstance) autour de la course à la succession du célèbre tyran dans une URSS angoissée et paranoïaque.Inspiré par une bande dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin, le film d\u2019Armando Ian- nucci s\u2019inscrit dans la continuité de l\u2019œuvre de ce brillant satiriste politique (Veep) qui n\u2019a pas son pareil pour mettre en place et en scène les fourberies des gros comme des petits joueurs de la classe politique.Caste privilégiée qu\u2019il n\u2019épargne pas, ses personnages étant en effet mesquins, Faute d\u2019amour / Loveless (V.O., s.-t.f.et V.O., s.-t.a.de Nelyubov) ?1/2 Témoin à l\u2019insu de ses parents d\u2019une dispute où ils se renvoient sa garde avec acrimonie, un jeune garçon s\u2019enfuit.Prémisse cruelle mais lucide et déroulement inexorable pour ce Faute d\u2019amour qui hante.Jusqu\u2019à la fin, le cinéaste Andreï Zviaguintsev maintient une ambiguïté oppressante.Sa cellule familiale a valeur de microcosme d\u2019un monde qui, occupé à se tirer l\u2019égoportrait, ne réalise pas qu\u2019il court à sa perte en compromettant ce qu\u2019il a de plus précieux.La brutalité psychologique de la démonstration n\u2019a d\u2019égale que l\u2019élégance de la réalisation.Mesurée, implacable, la mise en scène hypnotise avec son impressionnisme métaphysique à la Tar- kovski.Tout du long, le film distille une impression prégnante de cauchemar éveillé.Cauchemar duquel les parents indignes prennent graduellement conscience en sortant malgré eux de ces rêves narcissiques qu\u2019ils ne cesseront ensuite de vouloir retrouver.C\u2019est là le plus terrible.François Lévesque Pour vivre ici ?1/2 Jamais on ne reprochera à Bernard Émond (La neuvaine, La donation) son manque de cohérence.Toute son œu- vre est imprégnée d\u2019ascétisme et de pessimisme, mais aussi de culture religieuse, de littérature, et d\u2019admiration devant l\u2019immensité de la nature, sans compter son amour de la ruralité.Tout cela s\u2019enchevêtre dans ce récit d\u2019une mort, et d\u2019une résurrection, autour d\u2019une femme (Élise Guilbault, fidélité à Émond dans la continuité) dont le conjoint s\u2019éteint subitement, loin de tout.Cette absence pousse la veuve à quitter Baie-Comeau pour renouer avec ses deux enfants établis à Montréal, et à reprendre la route pour renouer avec son enfance, vécue dans le nord de l\u2019Ontario.Un émouvant périple de la mémoire, celle d\u2019une âme éplorée, mais aussi d\u2019un peuple aux traditions effritées, conduisant à une renaissance en rien spectaculaire, mais en totale harmonie avec la démarche exigeante, et lumineuse, de son auteur.André Lavoie Foxtrot, de Samuel Maoz MÉTROPOLE FILMS pleutres et incompétents.Ici, l\u2019humour noir domine, car sous la surface désinvolte couve une gravité, pour ne pas dire une horreur, certaine.Cela, afin de rappeler non seulement que le pouvoir corrompt, mais qu\u2019il est des êtres à qui l\u2019on ne devrait jamais le confier.Échos contemporains?François Lévesque C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 DERNIÈRE CHANCE AU CINÉMA! UNE FEMME FANTASTIQUE UN FILM DE SEBASTIÁN LELIO GAGNANT MEILLEUR FILM ÉTRANGER NATIONAL BOARD OF REVIEW GAGNANT LION D\u2019ARGENT FESTIVAL DU FILM DE VENISE GAGNANT 8 PRIX OPHIR RÉCOMPENSES DU CINÉMA ISRAÉLIEN INCLUANT MEILLEUR FILM TORONTO TELLURIDE LONDRES SUNDANCE UN FILM DE SAMUEL MAOZ « LA RÉALISATION EST EXPERTE.UN FILM QUI RESTERA AVEC VOUS LONGTEMPS APRÈS L\u2019AVOIR VU » - NOW MAGAZINE /4 - ASSOCIATED PRESS, GLOBE AND MAIL, TORONTO STAR, WASHINGTON POST MAINTENANT AU CINÉMA GAGNANT - OSCAR® M E I L L E U R F I L M E N L A N G U E É T R A N G È R E « UN FILM TRÈS, TRÈS SPÉCIAL.» LE DEVOIR titions.Un succès garanti, le film devrait favoriser une diversité accrue dans ce genre très populaire.À quand un superhéros gai au cinéma?François Lévesque Le brio ?1/2 Une étudiante maghrébine issue de la banlieue arrive en retard à son cours.Son professeur de droit l\u2019humilie, entre racisme et goût pour la provoc.Forcé de se racheter, le maître consent à préparer l\u2019élève pour un prestigieux concours oratoire.À terme, elle ravive sa flamme tandis que lui fait éclore son potentiel.Édifiant, Le brio?Oui et non.S\u2019il aborde l\u2019enjeu du racisme, mais aussi celui de la rectitude politique comme obstacle au débat d\u2019idées, le film d\u2019Yvan Attal accuse un paternalisme confondant en relatant ce qui est d\u2019abord le récit d\u2019émancipation d\u2019une jeune femme.Camélia Jordana (César de la révélation) et Daniel Auteuil sont toutefois inspirés.L\u2019est moins la réalisation, Attal optant pour un esthétisme creux, voire une grandiloquence.Une approche qu\u2019il aura peut-être confondue avec le thème du film: l\u2019éloquence.François Lévesque Unsane ?1/2 Il prétendait vouloir se retirer dans ses terres, mais un boulimique de cinéma comme Steven Soderbergh ne s\u2019arrête pas si facilement.Fasciné par les univers kafkaïens, les complots et la paranoïa (Contagion, Side Effects), il renoue avec ces atmosphères inquiétantes en tournant dans la fébrilité, cette fois pourvu d\u2019un iPhone (avec Tangerine, Sean Baker l\u2019a devancé).Dans cette série B avec des acteurs de premier plan, dont l\u2019actrice anglaise Claire Foy dépouillée de sa couronne (la vedette de la série The Crown), il décrit le cauchemar d\u2019une femme fuyant un désaxé fou d\u2019amour pour elle, et fou à lier.C\u2019est tout de même cette analyste financière qui sera prise dans les filets d\u2019une institution en apparence respectable.Est-elle surtout la victime de ses propres délires?Le récit n\u2019est pas si mystérieux à cet égard, ni d\u2019ailleurs très bien ficelé.André Lavoie Madame ?La formule n\u2019est pas nouvelle, mais le plus souvent amusante et efficace: un invité inattendu, de préférence maladroit, débarque dans un dîner collet monté et sème la zizanie.La dynamique s\u2019avère un peu plus subtile dans cette comédie que n\u2019aurait pas reniée Woody Allen et signée Amanda Sthers.L\u2019hôtesse (Toni Collette, avec son si bel aplomb) oblige sa servante (Rossy De Palma, parfaite) à faire partie des convives, question de faire passer la tablée de 13 à 14, et ainsi de conjurer le mauvais sort.L\u2019idée provoque quelques malaises, et une histoire d\u2019amour inattendue, prétexte à épingler l\u2019hypocrisie des classes dominantes, et aussi l\u2019admiration béate de ces Américains qui voient Paris comme un immense terrain de jeu du luxe et du marivaudage.Rien de nouveau sous le soleil de France, mais un divertissement à la fois sage et (un peu) grinçant.André Lavoie Avec amour, Simon (V.F.de Love, Simon) ?Simon, 17 ans, cache un secret à sa famille et à ses amis: il est gai.Mis au courant par inadvertance, un camarade de classe décide de le faire chanter.Présenté comme la première comédie romantique gaie pour adolescents produite par Hollywood (bien après les percées du cinéma indépendant), Avec amour, Simon est dans cette niche précise, oui, un film précurseur.Ça n\u2019en fait pas un grand film.Une réalisation générique et un désir net de ne pas choquer se traduisent par un manque de mordant.Dans cet univers-là, un enjeu comme l\u2019intimidation est vite réglé et la violence homophobe n\u2019existe pas.Idem pour les réactions des proches, idéales, voire idéalisées.Cela étant, dans un pays où le président a démantelé différentes politiques visant à contrer la discrimination envers la communauté LGBTQ, un film comme celui-ci fait œuvre utile.Qui plus est, le récit est attendrissant, drôle, et les jeunes interprètes sont formidables.François Lévesque Chien de garde ?Ce premier long métrage de la jeune Sophie Dupuis, sans révolutionner le genre du noyau familial incestueux et étouffant (présent aussi dans ses courts métrages), possède une pulsation urbaine doublée d\u2019un mystère.La réalisatrice pose ici un regard fort et une caméra de proximité sur des personnages en perdition et un quartier (Verdun) transformé en zone rouge dont la musique scande la violence.Malgré une distribution inégale, Chien de garde repose sur les jeux remarquables d\u2019un trio d\u2019acteurs : Théodore Pellerin, Maude Guérin et Paul Ahmarani.Très dur, par-delà un certain humour féroce et une lumière finale, le film s\u2019adresse aux spectateurs aux nerfs solides.Odile Tremblay Charlotte a du fun ?Embarrassée d\u2019avoir couché avec plusieurs de ses confrères, Charlotte (Marguerite Bouchard) convainc ses amies, la rebelle Mégane (Romane Denis) et la romantique Aube (Rose Adam), et ses consœurs de faire vœu de chasteté\u2026 au risque de passer à côté du grand amour.À mi-chemin entre les chastes comédies d\u2019ados de John Hugues et le cru Diary of a Teenage Girl de Marielle Heller, cette proposition originale de la scénariste Catherine Léger et de la réalisatrice Sophie Lorain offre une réflexion frontale et sensible sur le désir féminin.Manon Dumais L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 2 2 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR armi les actrices françaises avec du chien trône au sommet Karin Viard.La césarisée du sublime Haut les cœurs ! La mère sourde-muette de La famille Bélier peut s\u2019éclater à travers tous les registres avec une gouaille, une «nature » devenues rares au cinéma français contemporain.La dame est aussi entière à la vie qu\u2019à l\u2019écran.« J\u2019adore mon métier, lance-t-elle.Au fond, je n\u2019ai pas changé.Ça me permet de continuer à m\u2019amuser.Est-ce qu\u2019il s\u2019écrit tant de rôles pour les femmes qui vieillissent ?Non, mais je n\u2019ai pas encore connu de passage à vide.Ma carrière a toujours rebondi.\u201cPour vou que ça doure\u201d, comme disait la mère de Napoléon.Chose cer taine, mieux vaut avoir derrière soi plus de succès que d\u2019échecs.En ce sens, le triomphe de La famille Bélier m\u2019a aidée, mais il faut garder la tête froide, l\u2019ego à la bonne place.J\u2019ai aussi besoin de travailler pour garder mon équilibre\u2026 » La voici tenant la partition impossible d\u2019une mère jalouse de sa fille, puis d\u2019à peu près tout le monde autour.Un rôle écrit pour elle par les frères David et Stéphane Foenkinos, qui signent leur second long métrage après La délicatesse, cette fois dans le registre de la comédie grinçante à la Tatie Danielle (Viard fit ses débuts en 1990 en esthéticienne dans ce film désopilant d\u2019Étienne Chatiliez).Jalouse, qui la met en vedette, sort sur nos écrans vendredi.À la hauteur des désirs Place à Nathalie Pécheux, cinquantenaire (sa meilleure amie y est incarnée par Anne Dorval), enseignante divorcée dépressive et mauvaise, en mal d\u2019amour, qui n\u2019en peut plus de voir sa jolie fille, une danseuse classique, fleurir quand elle a l\u2019impression de faner.La maman, toujours au bord de la crise de nerf, pique sa progéniture sans relâche.« Je n\u2019aime pas trop qu\u2019on écrive un rôle pour moi, explique-t-elle.Ça vous met une pression énorme.Les gens te rêvent d\u2019une certaine façon, alors comment être à la hauteur de leurs désirs ?Mais à la lecture du scénario, j\u2019ai dit oui.Il faut assumer ce type de personnages.C\u2019est le plus sûr moyen de les rendre humains.» Et d\u2019ajouter que les personnages de vilains possèdent une amplitude et que la femme odieuse et acerbe dans Jalouse n\u2019était pas tout d\u2019une pièce.« Les méchants sont des gens qui souffrent, estime Karin Viard.Cette Nathalie, la vie lui en a mis tellement à la figure\u2026 Elle n\u2019est pas que jalouse, remarquez, surtout frustrée de sentir sa vie lui échapper.Son comportement me faisait rire, mais je devais en faire quelqu\u2019un d\u2019aimable, demeurer sur le plan de la comédie tout en abordant une seconde couche, en creux, plus complexe.À certains moments, je me surprenais à être très émue par son mal de vivre.En elle, deux niveaux s\u2019entremêlent.Comme interprète, il faut savoir garder la bonne distance face à un rôle : un pied dedans, un pied dehors.» Lorsque le film a pris l\u2019affiche en France, en novembre dernier, lors des discussions avec le public, l\u2019actrice s\u2019est étonnée de constater que les sentiments décrits dans le film n\u2019étaient pas étrangers aux spectateurs : « J\u2019entendais des filles dire : \u201cJe reconnais ma mère.\u201d Jalouse est aussi un film d\u2019hommes qui leur raconte quelque chose sur eux face à une femme intelligente.Un sujet, au fond, peu traité.» Cet entretien s\u2019est tenu à Paris dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance.L\u2019assurance tous registres de Karin Viard Dans Jalouse, l\u2019actrice rebondit une fois de plus dans la peau d\u2019une marâtre indomptée Dans Jalouse, l\u2019actrice française tient la partition impossible d\u2019une mère jalouse de sa fille, puis d\u2019à peu près tout le monde autour.YOHAN BONNET AGENCE FRANCE-PRESSE P Je n\u2019aime pas trop qu\u2019on écrive un rôle pour moi.Ça vous met une pression énorme.Les gens te rêvent d\u2019une certaine façon, alors comment être à la hauteur de leurs désirs ?KARIN VIARD » LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Critique France Théoret pourfend la virilité intellectuelle Entrevue Owen et Stephen King, tel père, tel fils L E D E V O I R/L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S/2 0 1 8 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e 2 4 | CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Dire que nous nous demandions depuis toutes ces années à quoi tient le secret de l\u2019amour, alors que Michèle Nicole Provencher en connaissait la nature.« C\u2019était exactement le gars qu\u2019il me fallait.Il réussissait à faire ressortir le meilleur de qui je suis tout en ayant à peu près la même opinion que moi sur tout ce qu\u2019on voyait à la télé», observe la narratrice de Mardi comme mardi avec un sens efficace de la formule qui vous arrachera un rire, et qui lui permettra à plusieurs reprises de camper rapidement une situation ou un personnage.À propos de son père : « Il lisait, écoutait beaucoup de musique, faisait de la peinture et portait souvent une cravate sur laquelle on pouvait jouer à trouver Charlie.» À propos du look des amies de sa mère, pendant leurs parties de pêche : elles étaient «habillées avec des vêtements comme ceux qu\u2019on trouve aujourd\u2019hui chez Urban Outfitters douze fois plus cher».Autrement dit : Michèle Nicole Provencher écrit avec ce mélange de réelle nostalgie et de douce ironie habituellement employé sur les réseaux sociaux (sous une photo vintage déposée sur Instagram, par exemple) afin de se maintenir à distance du pathos.Cette histoire proposait pourtant la matière première d\u2019une authentique tragédie : à neuf ans, la petite Michèle Melan- çon (alter ego de l\u2019auteure) perd sa mère, victime d\u2019un cancer.Monique et Réal, des tuteurs vieux, pingres et plutôt rigides, la traiteront sous leur toit comme une éternelle invitée.Série de flash-back enchâssés dans le récit du énième déménagement de Michèle à la suite d\u2019une rupture, le livre accumule les souvenirs des angoisses et des joies de l\u2019enfance ou de l\u2019adolescence, à la manière d\u2019un Ricardo Trogi dans 1981 ou 1987, bien que le sous-texte soit ici beaucoup plus grave.Malgré la légèreté apparente de ces vignettes (souvent très, très anecdotiques), c\u2019est à une enquête sur les raisons de l\u2019indifférence de sa famille élargie à son égard que se livre ici la trentenaire.Pourquoi se sent-elle étrangère partout ?Sa best Laurence aura beau s\u2019entêter à lui répéter que de compter sur ses deux parents comporte son lot de désagréments, elle sait trop bien que rejeter sa mère est une joie à laquelle ne peuvent goûter que ceux qui en ont une.«C\u2019est ce que les gens qui lisent des livres de psycho-pop appellent la résilience, j\u2019imagine », notera-t-elle plus tard au sujet de son regard général sur l\u2019existence.La force de ce premier roman tient d\u2019ailleurs à ce refus du (ouvrez les guillemets) témoignage inspirant d\u2019une femme ayant courageusement triomphé du mauvais sort (fermez les guillemets).Nous ne remercierons jamais assez les créatrices préférant la nuance aux tournures volontairement tire-larmes.Chronique douce d\u2019une enfance assombrie par l\u2019égoïsme de tuteurs insensibles, comédie dramatique ambitionnant essentiellement de divertir, guirlande de polaroïds joliment défraîchis, Mardi comme mardi nourrit l\u2019espoir qu\u2019il n\u2019est jamais trop tard pour se trouver une famille et qu\u2019il n\u2019est jamais trop tard, non plus, pour s\u2019éloigner de ceux qui nous ont blessés.Une guirlande de polaroïds joliment défraîchis Entre ironie, tristesse et nostalgie, Michèle Nicole Provencher raconte l\u2019enfance d\u2019une orpheline L\u2019auteure Michèle Nicole Provencher publie un premier roman.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR Mardi comme mardi ?Michèle Nicole Provencher, La Mèche, Montréal, 2018, 224 pages CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Il y aurait de la vanité, de la prétention, de l\u2019orgueil, souvent mal placés, dans le monde de l\u2019édition et de la littérature au Québec.Pis, ces travers seraient exacerbés par la frange masculine du microcosme, à en croire la romancière, poète et essayiste Fran - ce Théoret qui, dans Les querelleurs, scrute, avec la sagacité de son regard, une interminable chicane entre un auteur et son éditeur.Une chronique fine et caustique d\u2019un combat de coqs en terrain judiciaire qui dresse le portrait délicieusement vitriolique de la suffisance, des manipulations et des jeux de domination, très mâles, dont aime se gausser un certain pan lettré du féminisme auquel l\u2019auteure revendique depuis des années une appartenance.Savoureux.La critique évite l\u2019approche trop frontale, celle qui carbure à l\u2019aigreur et à l\u2019indignation facile, et trouve ses assises dans l\u2019observation distante et l\u2019exposition subtilement commentée des faits.Il y a deux hommes.« On les imagine affirmés, sûrs de ce qu\u2019ils représentent.» L\u2019un, Victor Gill, éditeur ayant « le sentiment de faire l\u2019histoire », propose à l\u2019autre, Claude Lan- thier, figure d\u2019une nouvelle vague au- jourd\u2019hui sur le déclin, de rééditer dans une collection de poche son livre Les batailleurs, succès critique vieux de 25 ans.Il a la possibilité de le réécrire pour en livrer à la postérité et à la face du monde moderne une version entièrement revue et corrigée, une « nouvelle édition définitive ».C\u2019est ce qu\u2019il fait.Un contrat est signé.Le livre est publié, même si l\u2019auteur, finalement, Comme un combat de coqs en milieu littéraire France Théoret éclaire avec lucidité la face sombre de la virilité intellectuelle L\u2019auteure révèle l\u2019écriture engagée d\u2019une féministe lucide dont les exigences littéraires donnent à sa subjectivité une force de frappe redoutable.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR Les querelleurs ?France Théoret, La peuplade, Chicoutimi, 2018, 152 pages | 2 5 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e L E D E V O I R/L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S/2 0 1 8 CRITIQUE Les ovaires, l\u2019hypothalamus et le cœur ?1/2 Camille Deslauriers, Hamac, Québec, 2018, 128 pages Avec Les ovaires, l\u2019hypothalamus et le cœur, son troisième recueil de nouvel les après Femme-boa et Eaux troubles (L\u2019 instant même, 2005 et 2011), Camille Deslauriers revient avec une quinzaine de textes qui tournent le plus souvent autour d\u2019une trentenaire inquiète qui occupe un poste de profes- seure de création littéraire à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Il y a de fortes chances que toute ressemblance avec l\u2019auteure ne relève pas du hasard.Au fil de tentatives de jardinage qui échouent (Les heures d\u2019ensoleillement) ou tandis qu\u2019elle cherche à préparer un poulet au curry pour un amant qui ne viendra pas (Bas noir et cardamome ver te), une femme s\u2019a - dresse à l\u2019homme qui l\u2019a déçue.Entre le flux de conscience et la missive au « tu », elle récrimine, ressasse le passé et digère mal son échec amoureux.Plus loin, c \u2019est la mère, cette fois, qui est blâmée : « J\u2019ai ma mère au ventre comme un caillou qui me coupe l\u2019appétit.» (Ma mère au ventre, comme un caillou).Le point de vue est féminin, mis à par t lorsqu\u2019un homme de plus en plus ivre tente de rédiger son texte de présentation pour un site de rencontre après avoir été largué (Elle citait Todorov).Plaintifs, nombrilistes, sans jamais oser se remettre en question, les personnages immatures donnent l\u2019impression d\u2019être des animaux en cage.Une cage qui est surtout ici la narration peu fluide, qui passe sans cesse du coq à l\u2019âne à coups de procédés à sensation qui finissent vite par agacer : la ponctuation qui s\u2019emballe, les énumérations sans rythme et sans oreille, les répétitions.Autant de manières d\u2019essayer de maquiller un sens du récit déficient.Christian Desmeules L\u2019art du maquillage CRITIQUE La crue ?Ariane Bessette, Québec Amérique, Montréal, 2018, 163 pages Dans un premier roman poignant et passionnant, Ariane Bessette esquisse avec acuité et grande sensibilité l\u2019interminable et inégal processus de deuil qui accompagne la mise au monde d\u2019un enfant mort-né.Trente-trois ans après qu\u2019on lui eut arraché sa fillette décédée à la naissance, sans même qu\u2019elle ait pu l\u2019effleurer des yeux, une femme reçoit par hasard un appel téléphonique de la part d\u2019une jeune trentenaire née à la date et au lieu exacts où le drame s\u2019est produit.Sitôt, son cœur s\u2019emballe.Ses cer titudes s\u2019évaporent.Sa petite fille a-t-elle bien succombé le 29 décembre 1977 ?Avançant à tâtons sur l\u2019imperceptible fil tendu entre la raison et l\u2019imagination, la narratrice part à la quête de la vérité\u2026 et de son propre salut.« Quand ça revient, quand je réalise qu\u2019il se pourrait bien que ce soit moi qui déraille, qui m\u2019inflige ces détours forcés de mon imagination, tu es là.Tu me regardes.Tu tends les bras vers moi.Tu m\u2019appelles.Impossible de t\u2019abandonner de nouveau.» Entretenant savamment le suspense, disséminant ici et là des indices sur le dénouement de l\u2019histoire, à la manière d\u2019un thriller psychologique, Bessette se ser t de la forme de son récit, oscillant entre rêve et réalité, vérité et mensonge, pour disséquer et explorer sous toutes ses coutures les émotions et le cheminement de sa protagoniste.Elle entraîne le lecteur à douter à l\u2019unisson avec l\u2019endeuillée, avec une maîtrise exceptionnelle qui n\u2019est pas sans rappeler D\u2019après une histoire vraie (2015) de Delphine de Vigan.On retrouve dans le roman des traces des deux recueils de poésie publiés précédemment par l\u2019auteure.Dans les thèmes \u2014 le deuil, la maternité \u2014, mais aussi dans la forme hachurée des textes, dans la délicatesse et le r ythme chantant des phrases, dans l\u2019émotion au premier plan de chaque rebondissement.La crue est une œuvre qu\u2019on dévore d\u2019un trait, pressés d\u2019en connaître le dénouement, à laquelle on retourne afin d\u2019en savourer à petites bouchées la fine et sublime prose.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Jamais sans ma fille CRITIQUE La beauté noire ?François Désalliers, Druide, Montréal, 2018, 246 pages C\u2019est un livre dans un livre, celui de François Désalliers, l\u2019auteur, racontant le projet d\u2019Alain, son personnage, cherchant dans l\u2019écriture, sur les conseils de son éditeur, à apprivoiser l\u2019assassinat de Nancy, sa blonde.Elle était comédienne.Elle a été abattue de sang-froid par un fanatique religieux sur scène, en pleine représentation d\u2019une pièce intitulée Les fleurs du mal dans laquelle sa nudité heurtait la pensée étriquée et la morale obscure du tueur.Le livre de l\u2019un s\u2019appelle La beauté noire, celui de l\u2019autre fait référence à cette beauté fatalement dénudée.Mais la mise en abyme ne va pas plus loin.Le récit, lui, ne fait guère plus de chemin d\u2019ailleurs, se perdant dans ses longueurs, dans la futilité de ses dialogues, dans ses formules faciles et dans ses images prévisibles qui s\u2019accrochent comme des poids au fil d\u2019un drame que l\u2019auteur et sa créature littéraire tentent péniblement de remonter, entraînant cette proposition là où les lois de la gravité, fatalement, conduisent.La prémisse de ce dixième roman de François Désalliers, ex-comédien, ex-professeur de théâtre et ex-mono- loguiste, auteur de Des steaks pour les élèves et de La fille du vidéoclub, où on retrouve la beauté et la peau couleur ébène de son personnage Nancy, annonce donc plus de mystère que le récit ne finit par en livrer.C\u2019est à la surface des choses que l\u2019auteur s\u2019abreuve pour évoquer la difficile reconstruction de la vie des victimes d\u2019un attentat terroriste \u2014 puisque c\u2019est bien de cela qu\u2019il est question ici \u2014 et pour s\u2019emparer de la question très actuelle de la radicalisation et de la façon dont cette haine des uns se heurte aux libertés d\u2019être et de créer des autres.La finale est à l\u2019avenant en restant sur le territoire des lieux communs pour par ler de réparat ion tout comme de la peur des amalgames et des commentaires réducteurs qui n\u2019attisent pas seulement les tensions, mais peuvent aussi desservir certains romans.Fabien Deglise Écrire et sombrer s\u2019est mis à douter de sa propre réécriture.Le silence infatué de l\u2019auteur, en confrontant la hardiesse de l\u2019éditeur, va donner corps à un litige por té devant les tribunaux.Le procès, lui, va durer 15 ans.Œuvre aux accents très sarrau- tien, Les querelleurs poursuit, sans mièvrerie, avec ce même souci du détail et de la précision que dans les romans et essais précédents de Théoret, la mise en accusation des aliénations du monde par, et dans, des lieux de pouvoir dont l\u2019esprit est depuis trop longtemps affligé par le caractère belliqueux et arrogant de certains hommes.L\u2019auteure d\u2019Hôtel des quatre chemins (Pleine Lune, 2011), lauréate du prix Athanase-David en 2012, qui a souvent été qualifiée d\u2019auteure de la « négativité », y révèle la même écriture engagée, celle d\u2019une féministe lucide dont les exigences littéraires donnent à sa subjectivité une force de frappe redoutable.L\u2019hommerie d\u2019une même génération, incarnée par deux hommes devenus gris et chauves avec le temps, y est remise à sa place, avec une économie de mots férocement féconde et un souci de la description qui accentue tout le ridicule de leurs regards conflictuels, de leurs bombages de torse, de leurs sourires en quête d\u2019ascendance sur l\u2019autre transposés, par la socialisation, dans les commentaires malfaisants de leurs joutes oratoires et leurs petites comédies du quotidien.Ce roman cour t en dit long sur un temps en mutation comme sur un héritage à abandonner.Sa sociologie en fait un diver tissement solide et dense, mais, sans doute aussi, nécessaire. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L i r e 2 6 | L\u2019équinoxe au poing Ils ont quinze, dix-sept, dix-huit ans.Je les regarde s\u2019organiser, depuis la fusillade de Parkland en Floride le mois dernier, se rejoindre, se lier, prononcer des discours à faire blêmir d\u2019envie les plus habiles tribuns, je les regarde se mettre en marche et quelque chose, à la suite de ces étudiants des écoles secondaires de partout aux États-Unis, se redresse en moi.Chacun de leurs gestes m\u2019atteint au plexus et réchauffe cette partie cachée loin dans la cage thoracique, qui ne demande qu\u2019à se remettre à pulser.Qu\u2019à participer.Ils font soudain briller dans les médias américains une parole d\u2019une clarté éblouissante.Ils interpellent, en direct à la télé et sans fléchir, porte-parole de la NRA et politiciens d\u2019expérience et s\u2019y confrontent avec un aplomb dont je crois bien n\u2019avoir jamais été témoin auparavant.La jeunesse américaine se lève pour réclamer un meilleur contrôle des armes à feu dans un mouvement d\u2019une ampleur stupéfiante, et la puissance qu\u2019ils se découvrent ouvre des horizons insoupçonnés dans une démocratie qu\u2019on croyait irrémédiablement sclérosée de partout.L\u2019heure du dégel semble enfin avoir sonné.Parmi toutes les victoires que ces jeunes sont en train de préparer, une action à la fois, la plus importante est sans doute celle-ci : ils transfigurent, pour toujours, leur propre rapport au politique, et ils s\u2019inscrivent pour la première fois dans l\u2019actualité en tant que sujets, agissant, luttant, forçant le respect.Cette mue de l\u2019identité, d\u2019enfants impuissants à citoyens responsables, c\u2019est la plus belle fleur qui puisse pousser dans les fusils de l\u2019Amérique.C\u2019est ce passage, cette métamorphose de la conscience, précisément, qui est mis en scène dans Ce qui se passe dehors (Hurtubise, 2018) de Catherine Dorion, sorti cette semaine.Hasard et curiosité Dans ce roman littéralement palpitant (puisque tout y palpite, cœurs, corps, esprits) destiné aux adolescents, ce n\u2019est toutefois pas un traumatisme qui est à la source de l\u2019engagement naissant des protagonistes.C\u2019est plutôt le hasard et la curiosité qui entraînent Gabrielle et Mathis au cœur d\u2019une manifestation qui tourne en giboulée de poivre de Cayenne et en arrestations intempestives.Et ce qui guide la suite, pour Gabrielle, c\u2019est d\u2019abord l\u2019envie de revoir un bel activiste aux yeux sombres bordés de longs cils.On ne pourra certes pas accuser Dorion de se dédire, elle qui écrivait dans son tout premier recueil : «ce n\u2019est pas l\u2019opinion qui change le monde / c\u2019est le désir».On est au cœur même des thèmes que l\u2019auteure porte en tous lieux et ramène par tous les moyens, sur toutes les tribunes, dans une rare cohérence entre ses activités artistiques, citoyennes et militantes: l\u2019engagement politique en tant que source de sens, de joie, de lien et de vivant, le besoin d\u2019échapper à la culture dominante pour inventer d\u2019autres manières d\u2019être au monde, et surtout, d\u2019y être ensemble.Rappelons d\u2019ailleurs ici que Catherine Dorion, en plus de sa démarche d\u2019artiste de scène et d\u2019écrivaine, joint résolument le geste à la parole en étant candidate à l\u2019investiture de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau.L\u2019histoire déployée dans l\u2019ouvrage, qui se lit d\u2019un trait (plaisir d\u2019adolescence retrouvé), décrit à merveille les vents contraires qui agitent son public cible.Entre des parents stressés ou résignés et des cercles militants intimidants au premier abord, Mathis, Gabrielle et Émile cherchent des réponses aux questions immenses qui émergent quand on se met à porter une véritable attention à la fois à ce qui se passe hors de nous et à ce qui se meut au-dedans.La petite bande apprend tout en même temps, s\u2019informer par soi-même et désobéir, développer un sens critique et dire la vérité, embrasser son époque \u2014 aimer follement.Le paysage tracé est vaste comme l\u2019avenir quand on a quatorze ans : il est peuplé d\u2019émois qui chavirent, de doutes qui paralysent, d\u2019espoirs qui font trembler, et du courage qui nous est parfois donné au moment où on réalise l\u2019ampleur de la tâche à accomplir.Tout comme Catherine Dorion, qui s\u2019adresse à elle de front par la littérature, je crois, plus que jamais, que la jeunesse mérite notre confiance la plus vibrante \u2014 et de prendre part à toutes nos conversations.Je commence tout juste à réaliser que je n\u2019en suis plus.Je ne suis plus la jeunesse.Je mesure par le fait même à quel point j\u2019ai envie, désormais, de la seconder.Les étudiantes et les étudiants américains qui sont mobilisés pour la March for Our Lives de ce matin à Washington (et dans des dizaines d\u2019autres villes) me sont à eux seuls un puissant équinoxe.J\u2019espère qu\u2019ils pressentent la portée de leur geste, de leur voix, de leur pouvoir.J\u2019espère qu\u2019ils en goûtent pleinement la sève.En marchant, en étant cette grande marée, cette course vers la lumière, cette chute et ce début, ils disent : «Regardez, le printemps arrive, et nous sommes le printemps.» Véronique Côté Chronique CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Dans les années 1890, des immigrants japonais commencent à arriver nombreux en Colombie-Britannique, surtout à cause de la surpopulation agricole de leur pays.En 1907, une manifestation antiasiatique dégénère en émeute dans le quartier japonais de Vancouver.Voilà pourquoi Ottawa envoie Rodolphe Lemieux en mission à Tokyo.L\u2019autonomie diplomatique à l\u2019égard de Londres procédera là de son étonnante découverte gastronomique du poisson cru ! Pour comprendre la boutade apparente, il faut percevoir l\u2019atmosphère de l\u2019époque que dépeint l\u2019historien québécois René Castonguay avec couleurs et érudition dans son ouvrage Un diplomate à la découverte du Japon, consacré au voyage que le ministre Rodolphe Lemieux (1866- 1937), du gouvernement libéral de Wilfrid Laurier, effectue précisément en 1907.Il s\u2019agit d\u2019un Japon ouvert à la modernisation occidentale afin d\u2019être reconnu « nation civilisée », pour reprendre le terme d\u2019alors.Même si le pays a profité depuis 1868 des réformes politiques et so- cioéconomiques de son empereur Meiji, puis est sor ti vainqueur de guerres contre la Chine et la Russie, il reste méconnu des Occidentaux et est encore jugé arriéré par plusieurs d\u2019entre eux.Mais c\u2019est avec ouverture d\u2019esprit et une saine curiosité que Lemieux, avocat de formation né à Montréal, prend contact avec la culture L\u2019autonomie diplomatique par le sushi René Castonguay revient sur ce voyage au Japon qui a fondé les relations internationales du Canada Rodolphe Lemieux et son épouse à Tokyo en 1907 BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES CANADA PA-195389 Un diplomate à la découverte du Japon Le voyage de Rodolphe Lemieux, 1907 ?René Castonguay, Septentrion, Québec, 2018, 160 pages nippone et souvent s\u2019en émerveille.Comme celui de Laurier, son libéralisme le distingue des adversaires conservateurs pour qui, selon ses réflexions, le fait «de négocier directement avec le Japon» constitue une usurpation par Ottawa des pouvoirs diplomatiques de Londres, seule capitale de l\u2019Empire britannique duquel le Canada devrait rester un dominion soumis.Il s\u2019agit, rapporte Castonguay, d\u2019une entorse au protocole qui «n\u2019a pas été bien accueillie par Tokyo ou Londres».Malgré cela, Tokyo reçoit Le- mieux, raconte-t-il, devant «au moins 1000 invités, tout ce que le Japon compte de noblesse ».S\u2019il observe l\u2019adoption par les Japonais de coutumes occidentales, en particulier dans l\u2019habillement, il n\u2019échappe pas à l\u2019invitation à un déjeuner typiquement nippon où il doit se résigner à ingurgiter des sushis, un mets alors très étrange pour un Occidental.Son initiation à la culture japonaise le pousse à convaincre Laurier de l\u2019importance de conclure une entente avec Tokyo en matière d\u2019immigration.Il insiste sur la nécessité de traiter avec le Japon, souvent francophile, comme avec une «nation civilisée».Les libéraux canadiens-français, Laurier le premier, s\u2019étaient opposés ici en 1867 à la Confédération pour préserver la nature distincte du Québec.Même si Castonguay garde le silence là-dessus, le désir japonais de reconnaissance internationale a vraisemblablement, pour Lemieux, héritier de ces libéraux de 1867 et partisan de l\u2019autonomiste provincial Honoré Mercier, quelque chose de québécois. | 2 7 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Partenaires publics En vente aussi à osm.ca 514 842-9951 En vente maintenant 85e SAISON 18 -19 OUVERTURE de la 85e SAISON 6 ET 8 SEPTEMBRE LE SACRE DU PRINTEMPS DE STRAVINSKY ET LE BOLÉRO DE RAVEL Kent Nagano inaugure la 85e saison de l\u2019OSM avec deux chefs-d\u2019œuvre qui ont marqué l\u2019histoire de l\u2019orchestre.semaine LE 7e ART et BRAHMS 7 AU 10 FÉVRIER Une programmation festive et originale de quatre concerts en quatre jours présentant l\u2019intégrale des symphonies de Brahms, des concertos de maîtres et des courts-métrages, le tout articulé autour du cycle des saisons.16 AU 18 AVRIL Sous la direction des réputés chefs Bernard Labadie et Hervé Niquet, l\u2019OSM présente plusieurs œuvres sublimes de Mozart, dont Une petite musique de nuit et son fameux Requiem.rendez-vous MOZART 29 ET 31 MAI, 1er JUIN L\u2019OSM rend un vibrant hommage à Berlioz avec la Symphonie fantastique \u2013 une œuvre essentielle du répertoire.La pièce sera précédée de Lélio, monodrame lyrique mettant en vedette le brillant acteur français Lambert Wilson.HOMMAGE à BERLIOZ Partenaire de saison LES MOMENTS FORTS ABONNEZ-VOUS ! 4 concerts ou + vous séduisent ?Composez votre série de concerts selon votre horaire et vos goûts avec l\u2019abonnement à la carte, et obtenez jusqu\u2019à 20 % de réduction ! VENEZ voir la MUSIQUE clôture de saison ALBUM ILLUSTRÉ Mon frère & moi ?Yves Nadon et Jean Claverie, D\u2019eux, Sherbrooke, 2018, 34 pages «Respiration.Cœur.Respiration, respiration, cœur [\u2026] Les yeux de mon frère\u2026 Maintenant! Je recule de quelques pas, fonce vers l\u2019abîme, et pousse de toutes mes forces en jetant les bras au ciel.Je reste suspendu dans les airs.Tout est calme, silencieux.» Avec courage, sous le regard encourageant de son grand frère, un petit «mouline l\u2019air de ses bras» et s\u2019élance comme l\u2019oiseau de la falaise pour plonger dans le lac, comme un poisson, et retrouver son frérot.Ce récit simple d\u2019Yves Nadon sous-tend avec délicatesse le thème de la fratrie en mêlant le courage et le jeu.L\u2019écriture est portée par un souffle poétique et mise en images par le réalisme envoûtant de Jean Claverie.La ligne pure détaillant les personnages posés sur un décor organique \u2014 où la roche et le ciel sont en fusion naturelle \u2014 nous propulse au cœur de ce moment intense vécu par les enfants.La complémentarité entre le texte et les images témoigne d\u2019un réel souci esthétique et narratif.Marie Fradette AUTOBIOGRAPHIE Debout ?Rose McGowan HarperCollins, 2018, 249 pages L\u2019autobiographie de l\u2019actrice Rose McGowan, star qui a semé les germes du mouvement #MeToo en dénonçant pour agression sexuelle le producteur de films Harvey Weinstein, se dévoile ici comme un manifeste.Ce douloureux cri du cœur est plus qu\u2019un règlement de comptes à l\u2019égard de celui qu\u2019elle décrit comme «Le Monstre», mais une dénonciation tous azimuts des dérives d\u2019Hollywood et de son caractère toxique.Un milieu qu\u2019elle assimile à une secte, une mafia, un clan tissé serré qui ferme les yeux sur ses propres démons, protège les «monstres» et nourrit les fantasmes tordus d\u2019une jeunesse qui s\u2019y abreuve.McGowan pose un regard acerbe sur cet univers du paraître qui a tout fait pour la formater et faire fondre son identité.Ce livre coup-de-poing rejette les miroirs tendus par Hollywood, un milieu qu\u2019elle juge responsable de l\u2019émulation de la culture du viol sur les écrans.Un pavé qui révèle ce que cache le vernis du monde des stars.Nécessaire.Isabelle Paré L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E L i r e F i c t i o n a m é r i c a i n e 2 8 | Durant dix mois, Owen (photo) et Stephen King se sont plongés dans l\u2019écriture, le premier envoyant une partie du récit que le second réécrivait et continuait, puis renvoyait au premier qui répétait l\u2019exercice.CODY SMITH ENTREVUE MANON DUMAIS LE DEVOIR hez les King, on ai me parler d\u2019histoires, d\u2019intrigues, de structure narrative.Il y a quel - ques années, l\u2019écrivain Owen King révèle ainsi à son père, le maître de l\u2019horreur Stephen King, qu\u2019il a eu l\u2019idée d\u2019une histoire où toutes les femmes ne se réveilleraient plus.«Pour moi, c\u2019était une histoire pour lui», se rappelle Owen King, joint par téléphone par Le Devoir plus tôt cette semaine.« J\u2019imaginais la pure anarchie qui découlerait de cette prémisse et je me disais que cela n\u2019était pas du tout dans la veine de ce que j\u2019écris habituellement.J\u2019insistais donc pour que mon père s\u2019en serve, mais c\u2019est lui qui a fini par me convaincre d\u2019écrire Sleeping Beauties avec lui.» À l\u2019instar de son frère aîné, l\u2019écrivain de fantastique et d\u2019horreur Joe Hill, Owen King allait donc lui aussi signer une œuvre à quatre mains avec son illustre père.Au dire du benjamin King, la collaboration s\u2019est faite de façon naturelle et, malgré ses appréhensions, il a rapidement trouvé le ton et le rythme.«Nous étions sur la même page.J\u2019ignore si c\u2019est génétique, mais nous avions sensiblement les mêmes idées pour les intrigues, les revirements.C\u2019était une expérience remarquablement plaisante.» Durant dix mois, Owen et Stephen King se sont plongés dans l\u2019écriture de Sleeping Beauties, le premier envoyant une partie du récit que le second réécrivait et continuait, puis renvoyait au premier qui répétait l\u2019exercice.Au cours du processus, où il n\u2019y aurait eu aucune dispute, le fils n\u2019hésitait pas à dire à son père qu\u2019il doutait de certaines de ses idées ni à imposer les siennes.Lors d\u2019une entrevue accordée à la chaîne ABC en septembre dernier, Stephen King a d\u2019ailleurs avoué qu\u2019il ne pouvait rien refuser à Owen puisque celui-ci était le plus jeune de ses trois enfants : « J\u2019espère bien !» a lancé à la blague le principal intéressé Les deux auteurs ont si bien com biné leurs idées et leur style que, une fois le roman terminé, ni l\u2019un ni l\u2019autre ne parviennent à reconnaître les seg ments qu\u2019ils ont chacun écrits.«Je ne voulais pas qu\u2019on puisse détecter qu avait écrit telle ou telle partie du livre C\u2019est drôle parce que mon père m\u2019a raconté que, lorsque Peter Straub e lui ont écrit la suite du Talisman, Ter ritoires, Peter lui a dit qu\u2019il devrai écrire un peu à la manière de mon père et que mon père devrait un peu écrire à la manière de Peter.Je pense que c\u2019est ce qui arrive normalemen lors d\u2019une collaboration : en unissan leurs voix, les écrivains se rencontren à mi-chemin.Je crois que c\u2019est ce qu est arrivé entre mon père et moi.» Tel père, tel fils ?Même s\u2019il avait déjà flirté avec le fan tastique et le surnaturel dans son re cueil Who Can Save Us Now?: Brand New Superheros and their Amazing (Short) Stories, Owen King admet qu\u2019i se sentait plus à l\u2019aise d\u2019explorer une veine plus comique, plus légère comme dans son roman Double Fea ture, où il met en scène un cinéaste qu a honte de son père, acteur de série B.« J\u2019ai un énorme respect pour les gens qui adorent les livres de mon père et je n\u2019ai jamais voulu écrire dans la même veine tant que je ne m\u2019y sentirais pas totalement investi e satisfait.Je n\u2019aurais pas voulu qu\u2019on Owen et Stephen King à quatre mains sur le fantastique Le père et le fils imaginent dans Sleeping Beauties un monde abandonné par les femmes C Nous étions sur la même page.J\u2019ignore si c\u2019est génétique, mais nous avions sensiblement les mêmes idées pour les intrigues, les revirements.C\u2019était une expérience remarquablement plaisante.OWEN KING » | 2 9 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L\u2019écriture en héritage Owen marchant sur les traces de son père Stephen King.La filiation n\u2019est pas nouvelle dans le monde littéraire.Quatre exemples de ces histoires qui s\u2019écrivent parfois en famille.Stephen King et Joe Hill Avant de s\u2019associer avec son fils Owen, Stephen King a collaboré avec son fils Joe Hill, écrivain d\u2019horreur et de fantastique.Ainsi, tous deux ont coécrit Plein gaz (2009), court roman paru dans une anthologie dédiée au scénariste Richard Matheson (La maison des damnés), et la nouvelle In the Tall Grass (2012).Mary et Carol Higgins Clark En plus de jumeler leurs plumes pour cinq romans, dont Trois jours avant Noël (2000) et Ce soir, je veillerai sur toi (2001), la reine du polar Mary Higgins Clark et sa fille Carol ont respectivement réuni leurs héroïnes fétiches, Alvi- rah Meehan et Regan Reilly, dans trois romans: Le voleur de Noël (2004), La croisière de Noël (2006) et Le mystère de Noël (2008).Jean-Paul et Raphaël Enthoven Partageant une passion pour l\u2019auteur d\u2019À la recherche du temps perdu, l\u2019écrivain et éditeur Jean-Paul Enthoven et son fils philosophe Raphaël ont joint l\u2019utile à l\u2019agréable en cosignant le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust (2013).Peyo et Thierry Culliford Lorsque son père Pierre Culli- ford, dit Peyo, meurt en 1992, Thierry Culliford reprend les aventures des Schtroumpfs (auxquelles il collaborait depuis 1983) et relance celles de Johan et Pirlouit et de Benoît Brisefer.Owen et Stephen King (photo) ont si bien combiné leurs idées et leur style que, une fois le roman terminé, ni l\u2019un ni l\u2019autre ne parviennent à reconnaître les segments qu\u2019ils ont chacun écrits.CODY SMITH é.me e g- e ui e.a et rit n u e nt nt nt ui n- e- dg il e e, a- ui .s n e e et n s Depuis que la mystérieuse Evie Black a assassiné sauvagement deux dealers de crack, de troublants événements surviennent à Dooling, petite ville des Appa- laches.Dès que les femmes s\u2019endorment, un cocon se forme sur leur visage et leurs mains.Et gare à celui ou celle qui les réveillera.Alors que le phénomène surnommé la fièvre Aurora se répand dans le monde, on croit qu\u2019Evie, la seule à pouvoir dormir et se réveiller, est à la fois la source et la solution du problème.À l\u2019instar des personnages féminins de Sleeping Beauties, il y a de fortes chances que le lecteur lutte désespérément contre le sommeil afin de ne pas devoir abandonner la lecture de ce captivant livre écrit à quatre mains.Se déclinant en courts chapitres qu\u2019on dévore jusqu\u2019à s\u2019user la rétine, ce roman choral au souffle épique ne manque certes pas de moments étranges, violents et cauchemardesques, pas plus que de répliques cocasses, corsées et assassines.Peuplé de femmes fortes qui ne s\u2019en laissent pas imposer par les hommes, telles la brave shérif Lila Norcross et les truculentes détenues de la prison de Dooling, le roman semble porter les germes du mouvement #MeToo.Bien qu\u2019Owen prétende que lui et son père ont seulement voulu coller à la réalité et non signer un roman féministe, à travers les agissements, les propos et les revendications de ses protagonistes féminines, Sleeping Beauties traduit avec éclat le trop-plein des femmes face aux inconduites des hommes.Alors qu\u2019une à une les femmes sont transportées dans un nouveau monde sans hommes, dans le monde réel, c\u2019est littéralement l\u2019apocalypse.Si les uns se repentent et que d\u2019autres préfèrent s\u2019enlever la vie, certains hommes en profiteront pour assouvir leurs bas instincts.S\u2019ils laissent planer l\u2019idée que l\u2019harmonie entre les genres peut exister, Owen et Stephen King font comprendre que tout peut éclater à tout moment dans une finale au charme faussement lyrique.Manon Dumais Où sont les femmes?Sleeping Beauties ?1/2 Stephen et Owen King, traduit de l\u2019anglais par Jean Esch, Albin Michel, Paris, 2018, 828 pages croie que je triche ou que je veuille me mettre en avant de cette façon.Quand est arrivé Sleeping Beauties, je croyais que j\u2019allais y parvenir.Cela dit, je ne perçois pas ce livre comme un roman d\u2019horreur, même s\u2019il y a des éléments effrayants.» Ayant écrit le scénario de l\u2019émission- pilote, Owen King est « raisonnablement optimiste» quant à l\u2019adaptation de Sleeping Beauties pour la télévision.Pour ce qui est d\u2019une suite éventuelle au roman, c\u2019est une tout autre histoire.« Il pourrait y avoir une suite que nous écririons ensemble.Nous pourrions aussi écrire autre chose.Cela dit, mon père travaille constamment à des projets, alors que j\u2019aime bien prendre du temps entre chaque projet.On verra ce qui arrivera.J\u2019aime l\u2019idée que le roman se termine sur une note ambiguë.Je trouve ça triste que les suites soient si populaires », conclut Owen King, qui planche sur un roman aux éléments surnaturels, lequel sera très différent de Sleeping Beauties et de ses livres précédents.e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L i r e 3 0 | Le rose de l\u2019horreur Les crimes des nazis n\u2019ont plus beaucoup de secrets.La Shoah demeure, à raison, le symbole de l\u2019horreur absolue.On ne peut pas penser, au- jourd\u2019hui, à l\u2019étoile jaune que les juifs devaient porter dans les pays occupés par l\u2019Allemagne sans trembler.On sait un peu moins, cependant, que, dans leur rage de créer une «race pure», les nazis ont transformé en ennemis de la «race aryenne» une foule de groupes, les Roms, notamment, assimilés à des sous-humains.En 1939, un programme de «meurtres par compassion» a aussi mené à l\u2019assassinat de nombreux enfants handicapés de moins de trois ans.Sans être un secret, la persécution des homosexuels par les nazis demeure une tragédie moins connue de cette histoire.Ce n\u2019est qu\u2019en 1972, avec la parution du livre-témoignage Les hommes au triangle rose, de Josef Kohout, un homosexuel autrichien rescapé des camps de concentration, que ce drame a été mis au jour.Avant 2001, le gouvernement allemand ne reconnaissait même pas les gais maltraités à cette époque comme des victimes du régime nazi.La chasse aux gais En racontant ces tristes événements avec compassion et simplicité dans Marqués du triangle rose (Septentrion, 2018, 164 pages), l\u2019écrivain canadien- anglais Ken Setterington livre un essai de vulgarisation historique particulièrement émouvant et très instructif.Salué par plusieurs prix littéraires au Canada anglais et aux États-Unis, ce livre bouleversant s\u2019adresse notamment aux adolescents, mais sera lu avec profit par tous.Au début du XXe siècle, rappelle Setterington, Berlin s\u2019impose comme la «capitale homosexuelle d\u2019Europe», alors que la vie est dure pour les gais presque partout ailleurs.Une loi allemande de 1871, le paragraphe 175, interdit les rapports sexuels entre hommes, mais est rarement appliquée.Un médecin juif allemand, Magnus Hirschfeld, mène des recherches sur la sexualité humaine, défend les droits des homosexuels et lance une pétition, en 1897, pour faire annuler le paragraphe 175.Il reçoit l\u2019appui des Albert Einstein, Hermann Hesse, Thomas Mann et Rainer Maria Rilke.Sans succès.L\u2019arrivée d\u2019Hitler au pouvoir, en 1933, sème la terreur dans la communauté gaie.Les nazis, en effet, craignent que l\u2019homosexualité masculine, qu\u2019ils abhorrent, soit héréditaire ou contagieuse.Les lesbiennes, qu\u2019ils méprisent, les inquiètent moins.Ils ferment les bars et les publications rattachés à cette communauté et procèdent à des rafles.«Nous, les gais, on était chassés comme des animaux», expliquera, des décennies plus tard, Rudolf Brazda, survivant de Buchenwald.Tout au début des attaques contre eux, les homosexuels allemands espéraient que la présence d\u2019Ernst Röhm, chef des SA, dans l\u2019entourage immédiat d\u2019Hitler les protégerait du désastre.Röhm, considéré alors comme « le deuxième homme le plus puissant d\u2019Allemagne », était homosexuel.Il ne survivra pas à « la Nuit des longs couteaux» de 1934.L\u2019année suivante, le régime nazi durcit le paragraphe 175 et décrète «que même l\u2019intention d\u2019un individu, ou une pensée homosexuelle, [est] illégale ».On arrête les gens sur la base de commérages ou d\u2019insinuations et on utilise cette loi dans le but d\u2019éliminer tout individu considéré comme un adversaire du régime.Pour échapper à cette terreur, les homosexuels s\u2019enrôlent dans l\u2019armée ou se marient pour cacher leur identité.Ça ne suffira pas toujours.Une longue libération Afin d\u2019humaniser ce récit caractérisé par l\u2019inhumanité du nazisme, Sette- rington relate l\u2019histoire individuelle de six hommes condamnés à porter le triangle rose dans les camps.Pour avoir été amoureux d\u2019une personne de leur sexe, ces six jeunes hommes connaîtront l\u2019horreur de la prison, de la torture et des camps de concentration.Ils ont survécu, mais, insiste Setterington, «des milliers d\u2019hommes sont morts à cause de leur homosexualité ».Un des six, l\u2019Allemand Peter Flinsch, condamné à la prison pour avoir embrassé un subalterne lors d\u2019une fête de Noël en 1942, s\u2019installera d\u2019ailleurs au Québec, dans les années 1950, et travaillera comme directeur artistique à la télévision de Radio-Canada.Il est mort en 2010.Même à la libération, les porteurs du triangle rose ne l\u2019ont pas eue facile.Traités comme des criminels plus que comme des victimes, ils ont été laissés en prison jusqu\u2019à la fin de leur peine.En Allemagne de l\u2019Ouest, le paragraphe 175 n\u2019a été aboli qu\u2019en 1969.Les homosexuels victimes du nazisme ne sont sortis de l\u2019anonymat que dans les années suivantes, parfois bien plus tard.Setterington, dans son épilogue, affirme avoir écrit ce livre afin que le combat «pour que les gais puissent mener une vie normale» se poursuive, notamment dans les pays, nombreux, où ils sont encore persécutés.Avec lui, on ne peut qu\u2019espérer «réellement que les choses iront mieux pour la jeunesse gaie dans le monde entier».Louis Cornellier Chronique CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Quartier New Liverpool, Lévis, 1902.La construction du pont de Québec est confiée depuis bientôt un an à la compagnie américaine Phœnix Bridge.Y travaillent : des pères de famille de la région de Québec, des Américains, des Irlandais et des Mohawks, ces derniers étant insensibles, disait-on, au vertige.Les travaux vont bon train jus - qu\u2019en 1907, moment où le pilier est de la structure s\u2019ef fondre, tuant 76 hommes.C\u2019est la première de deux catastrophes qui feront entrer le pont dans la légende.Ce moment tragique marque le point de départ du nouveau roman de Daniel Mativat, Le marcheur du ciel.Tel un conteur qui réchauf fe son auditoire, le narrateur introduit ici l\u2019histoire de son arrière- grand-père, Léo Hardy, qui a pris part à la cons truction du géant de fer.Dans une réel le volonté de conser ver le souvenir, le petit-fils transmet à son tour un récit qu\u2019on lui a raconté.«Quelle est la part de vérité et d\u2019affabulation dans celle-ci ?Je l\u2019ignore.Vous savez comment étaient les Canadiens d\u2019autrefois.Des conteurs pleins d\u2019imagination, de grands \u201cpar- leux\u201d, des jongleurs de mots, des \u201cpelleteux\u201d de nuages, des décro- cheurs d\u2019étoiles qui ne se gênaient pas pour prendre des libertés avec le réel.Toujours est-il que c\u2019est vous qui jugerez.» Tout jeune, Léo Hardy fait ainsi par tie de ces équipes qui doivent travailler sur le chantier du futur pont.D\u2019abord sous l\u2019eau \u2014 où son père vient de perdre la vie \u2014 et dans les airs, sans attache sur les poutres de métal.Il est témoin des deux catastrophes, puis du pacte étrange entre un « homme en noir » et le contre- Le diable est dans la structure Daniel Mativat raconte les dessous de la désastreuse construction du pont de Québec JEUNESSE Le marcheur du ciel ?Daniel Mativat, Montréal, Pierre Tisseyre, 2018, 136 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Essais étrangers Le feu et la fureur.Trump à la Maison Blanche Michael Wolff/Robert Laffont 1/2 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 2/17 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 4/108 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019aveni Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/27 Le Roundup face à ses juges Marie-Monique Robin/Écosociété \u2013/1 Les hommes du Kremlin Mikhaïl Zygar/Cherche Midi \u2013/1 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 5/51 Face à l\u2019anthropocène.Le capitalisme fossile et la crise.Ian Angus/Écosociété 9/2 Vers une économie à trois zéros : zéro pauvreté, zéro.Muhammad Yunus/Lattès 7/2 Paroles d\u2019honneur Laetitia Coryn | Leïla Slimani/Les Arènes \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/73 Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire Sébastien Proulx/Septentrion 2/3 Le peuple rieur.Hommage à mes amis Innus Serge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 3/17 Lettres biologiques.Recherches sur la sexualité humaine frère Marie-Victorin/Boréal 4/5 Avant je criais fort Jérémie McEwen/XYZ 6/3 Discours de réception du prix Nobel Jean Barbe/Leméac \u2013/1 La fin des exils.Résister à l\u2019imposture des peurs Jean-Martin Aussant/Atelier 10 5/17 Osons l\u2019école.Des idées créatives pour ranimer notre.U.Cavenaghi | S.Isabelle/Château d\u2019encre \u2013/1 Le totalitarisme pervers d\u2019une multinationale au pouvoir Alain Deneault/Écosociété \u2013/1 10 Manipulés.Se libérer de la pseudo main invisible.Thierry C.Pauchant/Fides \u2013/1 Romans étrangers Sleeping beauties Stephen King | Owen King/Albin Michel \u2013/1 La disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker/Fallois \u2013/1 Origine Dan Brown/Lattès 2/23 Lumière noire Lisa Gardner/Albin Michel 1/10 La femme à la fenêtre A.J.Finn/Presses de la Cité 3/4 La disparue de la cabine n° 10 Ruth Ware/Fleuve 4/4 L\u2019amie prodigieuse \u2022 Tome 4 L\u2019enfant perdue Elena Ferrante/Gallimard 5/2 Couleurs de l\u2019incendie Pierre Lemaitre/Albin Michel 9/10 Darker.Cinquante nuances plus sombres par Christian E.L.James/Lattès 6/14 Dans la cave Minette Walters/Robert Laffont \u2013/1 Romans québécois Au chant des marées \u2022 Tome 2 La vie sur l\u2019Île Verte France Lorrain/Guy Saint-Jean 1/2 Le temps de le dire \u2022 Tome 3 Les années fastes Michel Langlois/Hurtubise 3/2 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 9 Justiciers Anne Robillard/Wellan 2/5 Les portes du couvent \u2022 Tome 3 Fleur de cendres Marjolaine Bouchard/Les Éditeurs réunis 4/3 Affaires privées Marie Laberge/Québec Amérique 7/20 Il y aura des morts Patrick Senécal/Alire 5/18 La petite maison du sixième rang \u2022 Tome 2 Rose Micheline Dalpé/Goélette 6/5 Le dernier chalet Yvon Rivard/Leméac \u2013/1 La petite maison du sixième rang \u2022 Tome 1 Victorine Micheline Dalpé/Goélette 8/5 Hôtel Lonely Hearts Heather O\u2019Neill/Alto \u2013/1 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 Du 12 au 18 mars 2018 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG Palmarès www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 9-14 mai État de New York et Philadelphie au printemps Dernière chance ! Musée des beaux-arts, Fondation Barnes, Musée Rodin, Jardins Longwood, Yannick Nézet-Séguin et l\u2019opéra Tosca, L\u2019Institut culinaire d\u2019Amérique, les musées de Binghamton 9 juin Ottawa - Trésors impressionnistes au musée 27 juin Morrisburg (Ontario) - un concert dans une église et l\u2019histoire des villages engloutis : un rendez-vous ! 14 juillet Québec - Berthe Morisot, femme impressionniste POÉSIE Le revers ?Roxane Desjardins, Les Herbes rouges, Montréal, 2018, 96 pages Il serait sans doute plus facile de se taire, de choisir le confort des discours rassurants, voire du silence.Ce serait mal connaître la poète Roxane Desjardins, qui continue d\u2019« enfiler la sévérité des af franchies » entre les pages de ce troisième livre, habitée qu\u2019elle est par la volcanique conviction que renoncer à soi sur l\u2019autel de l\u2019amour est une violence à combattre.Le renoncement de soi \u2014 elle n\u2019en peut plus \u2014 est la posture à laquelle tous les récits confinent par défaut les femmes, sans leur demander leur avis.L\u2019intime ne pourrait être davantage politique que dans ces poèmes aussi précis qu\u2019une menace murmurée entre les dents serrées.Avec une absence de lyrisme digne d\u2019un rapport de police rédigé par une enquêtrice particulièrement assoif fée de justice, l\u2019auteure de Ciseaux (prix Émile-Nelligan, 2014) et du récit Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire n\u2019épargne aucun des participants de cette «chorégraphie » qu\u2019est l\u2019amour (bien que sans commettre l\u2019erreur de ramener au même plan puissants et soumis).Peu importe le prix à payer, il faudra mettre fin à toutes les docilités.Le féminisme porte ici le galvanisant espoir d\u2019un séisme d\u2019envergure, minant tous les pouvoirs, pas que celui de l\u2019homme dans l\u2019alcôve de la cellule amoureuse (dont il est plus immédiatement question).« [J]\u2019aurais écrasé les consignes / (ces larmes répandues à la hâte) / reviré les tables / léché mes sœurs / changé les draps / et tout semblerait parfait / enveloppé de métaphores douces / êtes-vous contents garçons lourds / êtes-vous prêtes à vous taire ?» demande en fin de course une Roxane Desjardins fatiguée.Bien que l\u2019emploi du conditionnel semble indiquer un sérieux doute et qu\u2019une récente revue de presse permette de croire que « non » demeure encore la réponse à cette question, rien n\u2019interdit d\u2019un instant croire aux riches brasiers qu\u2019allume parfois la poésie.Dominic Tardif La fin de la docilité Les travaux de construction du pont de Québec vont bon train jusqu\u2019en 1907, moment où le pilier est de la structure s\u2019effondre, tuant 76 hommes.C\u2019est la première de deux catastrophes qui feront entrer cette structure dans la légende.LA PRESSE CANADIENNE / ARCHIVES NATIONALES DU CANADA maître chargé de terminer la cons - truction.Depuis cette entente, le pont de Québec est toujours en place.L\u2019histoire fictive de ce jeune homme permet de vivre, de l\u2019intérieur, l\u2019immense défi que constituait cette constr uction au début du XXe siècle.Les conditions de travail difficiles de ceux que l\u2019on appelait les cochons de sable, ces hommes qui, sous l\u2019eau, étaient chargés de pousser la boue afin que les piliers puissent s\u2019asseoir sur le roc, ou encore de ces skywalkers, ces « marcheurs du ciel » qui devaient travailler en hauteur face à des vents par fois violents, nous plongent d\u2019un coup dans ce passé réel.L\u2019écriture très imagée de Daniel Mativat et son sens du rythme con - tribuent à la richesse de ce roman qui donne la parole aux ouvriers, mais aussi à ces Amérindiens qui ont participé à la construction.Le personnage de Big John, con - tremaître sur le chantier, « ironwor- ker depuis trois générations», est un digne représentant de ces hommes fiers prêts à faire face à la peur jusque dans la mort.Authentique Mohawk du « clan du loup », i l rejette d\u2019ai l leurs le mythe de l\u2019Indien qui n\u2019a pas le vertige, assurant plutôt que c\u2019est avant tout une question d\u2019honneur.Soucieux et respectueux des traditions et des peuples qui ont bâti le Québec, l \u2019auteur du Monstre d\u2019Obedjiwan (2013) se fait véritable passeur d\u2019un pan de notre passé culturel et social.Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 32 | CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Alors que le journal médical britannique The Lancet lançait, en février dernier, un pavé dans la mare en montrant du doigt l\u2019état de santé déplorable des populations autochtones du Canada, voici un livre qui frappe encore plus fort.C\u2019est la relation globale entre le gouvernement canadien et les Premières Nations qui est dénoncée ici de façon fort efficace à travers une traque policière s\u2019étendant de la capitale canadienne jusqu\u2019au Nunavik.Sur fond de spéculation foncière et de « vengeance terroriste » à saveur historique, Maureen Martineau nous amène à plonger dans une relation aussi trouble que nauséabonde.La quatrième enquête de Judith Allison l\u2019amène encore une fois sur les traces de l\u2019écoterroriste Jacob Le- bleu, qui était déjà au cœur de L\u2019activiste.Le jour des morts, le roman pré- cédent de Martineau, publié chez le même éditeur.Pendant qu\u2019elle participe à une formation antiterroriste organisée par la GRC, la sergente-dé- tective Allison assiste en direct à une série d\u2019attentats perpétrés à Gatineau autour de ce qui reste des quartiers populaires situés près de l\u2019ancienne usine d\u2019allumettes de la E.B.Eddy dans le Vieux-Hull.Elle y flairera rapidement la signature de Lebleu.Mais voilà que l\u2019action se transporte à Salluit, un village situé près de Puvir- nituq dans le Nunavik, où l\u2019on vient de retrouver le cadavre de Noah Cain, le fidèle complice de l\u2019activiste; Judith est réquisitionnée d\u2019office.Sur les traces de Lebleu, elle prendra brutalement conscience de la réalité surréaliste de la vie des populations autochtones dés- œuvrées oscillant entre la survie, l\u2019alcool et les vapeurs d\u2019essence.Le tableau que trace ici Maureen Marti- neau en fera frémir plusieurs.Frappée de plein fouet par la misère inhérente qui sévit dans ces contrées inhospitalières, Judith Allison croise bientôt la piste d\u2019un innommable salopard, Reynald Plourde.Elle découvre qu\u2019il est l\u2019assassin de Noah Cain et qu\u2019en plus de vendre l\u2019alcool à prix fort, c\u2019est aussi lui qui deale le fentanyl auprès des jeunes autochtones\u2026 L\u2019enquêteuse établira même un lien très clair entre ce trafic et les spéculations immobilières qui ont engendré l\u2019action de Jacob Lebleu dans la région de la capitale canadienne.On ne vous dira évidemment rien de la finale absolument éblouissante du roman ni du lien étrange unissant Judith Allison et Jacob Lebleu; c\u2019est une des pistes les plus riches du roman et vous aurez le bonheur de la découvrir en même temps que l\u2019enquêteuse.Surtout que l\u2019écriture limpide de Maureen Martineau incorpore avec plaisir à son récit des fragments du passé trouble du Vieux-Hull, où les tractations immobilières et l\u2019ambition de politiciens véreux ont pu s\u2019exprimer librement pendant longtemps.C\u2019est peut-être le temps qu\u2019elle a passé au Théâtre Parminou qui a suscité chez Maureen Martineau ce fort penchant pour les causes sociales et la dénonciation de l\u2019injustice institutionnalisée.Maintenant que la solidité de son personnage principal est bien établie, on est curieux de voir si les prochaines enquêtes de Judith Allison iront dans le même sens.Écoterrorisme et spéculation foncière Maureen Martineau varlope les profiteurs dans une enquête fascinante au cœur du Grand Nord L\u2019enquête de Judith Allison se transporte au Nunavik, au cœur de populations autochtones oscillant entre la survie, l\u2019alcool et les vapeurs d\u2019essence.CAROLINE MONTPETIT La ville allumette ?1/2 Maureen Martineau, VLB, Montréal 2018, 398 pages CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR En choisissant de faire le portrait de son pays natal à travers la voix d\u2019un enfant, Elnathan John par vient à aborder de front la violence et l\u2019injustice qui y sont inhérentes sans jamais tomber dans le pathos, avec une habileté et une légèreté dignes de Dickens ; un véritable exploit.Planté en 2003 dans une ville au nord du Nigeria, où les tensions entre les dif férents groupes religieux sont palpables, le roman dépeint avec une impressionnante sensibilité les doutes, les choix déchirants et les innombrables deuils qui peuplent le quotidien d\u2019un adolescent grandissant dans un monde où l\u2019extrémisme et la vengeance sont omniprésents.À la fois tragique et comique, le premier roman d\u2019Elnathan John raconte la puissance du courage, de l\u2019humilité et de la bonté, et permet par le fait même d\u2019ouvrir les yeux sur la réalité et la richesse de cette région et de cette culture méconnue dont les échos incomplets ne nous parviennent qu\u2019à travers les atrocités commises par Boko Haram.Dantala («né un mardi » en haous - sa) traîne dans les r ues avec les voyous de Bayan Layi, fume la wee- wee sous les baobabs et fait les 400 coups au service du Petit Parti, duquel il espère recevoir une rémunération et un avenir meilleur.Poursuivi par les policiers, il sera forcé de fuir, trouvant refuge à Sokoto auprès d\u2019un imam salafiste paisible et charismatique, au côté duquel il évitera le piège de la radicalisation.Le ton du récit est dénué de sensationnalisme.Particulièrement laconique, il par vient tout de même à émouvoir.La narration, formée des pensées naïves et authentiques du jeune Dantala, attendrit, fait sourire et permet de se laisser toucher et imprégner par cet univers d\u2019une violence à première vue insoutenable.« Je me suis aperçu que, depuis le jour où j\u2019ai interrompu la bagarre entre Jibril et le chauf feur, personne n\u2019ose essayer de défier mon autorité.Éloge de la bonté pour survivre au chaos Elnathan John raconte le passage à l\u2019âge adulte dans un Nigeria aux tensions religieuses sont latentes Le roman d\u2019Elnathan John dépeint la réalité d\u2019une culture dont les échos ne nous parviennent qu\u2019à travers les atrocités commises par Boko Haram.AMINU ABUBAKAR AGENCE FRANCE-PRESSE Né un mardi ?Elnathan John, traduit de l\u2019anglais (Nigeria) par Céline Schwaller, Métailié, Paris, 2018, 268 pages | 3 3 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Pour tous les âges et tous les niveaux Musique d\u2019épouvante Jeudi 29 mars 19h30 Conservatoire de Montréal Penderecki no 1-2 Gubaidulina no 4 Crumb Black Angels www.quatuormolinari.qc.ca T : 514-527-5515 4750 ave Henri Julien Montréal Il est intéressant de constater que ce n\u2019est pas le fait que Sheikh me présente comme son adjoint qui a poussé les gens à me respecter, mais le fait de fouetter et de gifler deux adultes en public.Je ne comprends pas les gens.» Ici, pas de morale ni de rhétorique.Seulement un jeune homme qui, à travers l\u2019apprentissage du Coran et des langues, découvre et élabore ses propres définitions de l\u2019amitié, de la foi, de la loyauté, de la sexualité et des premiers émois de l\u2019amour, offrant par le fait même un enseignement crucial qui transcende les frontières et les cultures.Palpitant et agité par les nombreux rebondissements qui ponctuent le quotidien d\u2019une région instable, région menacée autant par l\u2019extrémisme religieux que par les aléas de dame Nature, Né un mardi est avant tout une leçon d\u2019ouverture, de courage et d\u2019humilité, qui rappelle que la bonté, l\u2019éducation et l\u2019amitié offrent une bouée solide pour ne pas sombrer dans le cercle vicieux du chaos, de la peur et de la colère.CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Dans son autobiographie, De vous à moi (Éditions Baker Street), publiée en français en 2011, le dramaturge américain Tennessee Williams s\u2019y souvenait de sa première rencontre avec Françoise Sagan.C\u2019était en avril 1955 à sa résidence floridienne du 1431 Ducan Street à Key West.La romancière française, alors âgée de 19 ans, était de passage aux États-Unis pour la sortie de son premier bouquin, Bonjour tristesse.Elle avait été invitée dans la ville insulaire par Carson McCullers, au- teure du livre Le cœur est un chasseur solitaire, une intime de Williams, lequel allait devenir par la suite un grand ami de Sagan.« Il y avait dans ses jeunes yeux de la résolution et de l\u2019humour [\u2026], écrit-il.C\u2019était le soir quand j\u2019ai fait sa connaissance.Je m\u2019étais demandé si, le lendemain matin, je la trouverais devant sa machine à écrire, en train de se colleter à un nouveau roman, avec une énergie compulsive.Eh bien, pas du tout.Le lendemain matin, elle est allée nager et prendre un bain de soleil, l\u2019après-midi, nous sommes par tis pêcher en haute mer et, le soir venu, elle s\u2019est mise au volant de ma voiture de spor t et l\u2019a conduite si vite, avec un sourire si joyeux, que j\u2019ai dû la mettre en garde contre la police de la route.Je crois que la passion de la vitesse est un signe de bonne santé chez les jeunes artistes : cela indique qu\u2019ils ont déjà compris qu\u2019il leur fallait tenir la meute à distance.» Sous le soleil printanier de la Floride, entre mondanités dans le jardin sous les arbres tropicaux, conversations sur les hauts et les bas du succès, sur l\u2019angoisse de la création, et évitement des poules sauvages courant, encore aujourd\u2019hui, dans les rues de la charmante ville de l\u2019extrême Sud américain, ce rapprochement avait finalement tout pour devenir un roman.Et c\u2019est là l\u2019heureuse démonstration qu\u2019en fait Brigitte Kernel dans Jours brûlants à Key West, récit imaginaire fortement inspiré par les 15 jours que Françoise Sagan a passés là, à manger du dolphin \u2014 nom donné au mahi- mahi, ce poisson à la chair tendre \u2014 en compagnie de son amie romancière affectée par l\u2019aigreur et la maladie, du dramaturge en train de fignoler l\u2019écriture de La chatte sur un toit brûlant et de l\u2019amant de Williams, l\u2019acteur Frank Merlo.C\u2019est ce dernier d\u2019ailleurs qui, huit ans plus tard, et à l\u2019aube de quitter le monde des vivants, fait revivre dans ce livre ce fragment de socialisation au cœur d\u2019une époque culturelle- ment faste et d\u2019une ville à l\u2019oisiveté contagieuse.Ses souvenirs sont confiés à une certaine B., dont la correspondance avec son éditeur sur l\u2019avancement de la démarche et sur l\u2019état de santé du confident rythme un récit où se rencontrent aussi la richesse d\u2019une documentation et celle d\u2019une écriture qui saisit avec précision l\u2019esprit des gens, d\u2019un temps et du lieu.Le tout est en équilibre, juste, entre l\u2019adoration des principaux sujets et leur inscription dans une trame narrative vivante, r ythmée par les tensions et les attractions qu\u2019elle expose, et qui, au final, se savoure avec le même plaisir que l\u2019obser vation d\u2019un coucher de soleil depuis le quai du Mallory Square, à Key West.Le jour où Françoise Sagan a rencontré Tennessee Williams Brigitte Kernel met en roman un instant torride de socialisation sous le soleil de Key West Françoise Sagan en 1954 AGENCE FRANCE-PRESSE Jours brûlants à Key West ?1/2 Brigitte Kernel, Flammarion, Paris, 2018, 268 pages ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR mployez le mot « survie » devant Gabriel Robichaud.Il vous renverra systématiquement au visage le mot « vie ».Bien que le voyage dans lequel nous entraîne son Acadie Road traverse une Acadie de la précarité éternelle, il y a aussi très souvent entre les pages de ce récit de voyage en terres natales le portrait d\u2019une Acadie de tous les jours, et non de la tragédie linguistique annoncée.«Il faut se méfier de toujours parler de survie, parce qu\u2019au-delà de la survie, il y a aussi une vie.Si t\u2019es toujours sur le mode de la survivance, c\u2019est clair que tu t\u2019essouffles», explique le Monctonois, aujourd\u2019hui installé à Montréal.«Tu ne peux pas toujours lutter pour ta sur vie, il faut que tu vives! Mais il faut aussi éviter de penser que tout va bien, parce que dans ce temps-là tu t\u2019assois, pis c\u2019est à ce mo- ment-là que ça devient dangereux.» « Et si j\u2019y étais resté / J\u2019en aurais même pas parlé », chantait le défunt Denis Richard, des mots que Robi- chaud lui emprunte en exergue, afin de rappeler une évidence : de la distance naît la perspective.C\u2019est l\u2019exil qui l\u2019aura contraint à dire cette aca- dienneté à laquelle tous ceux qui croisaient sa route le renvoyaient, en le bombardant de questions.« Je me suis beaucoup promené dans la francophonie canadienne ou à l\u2019international au cours des dernières années et il a souvent fallu que je me définisse par rapport à l\u2019Acadie, ou que je définisse l\u2019Acadie pour les autres », se rappelle-t-il en brandissant ce livre aux allures de carnet de bord, débordant de noms de villes, de villages, de routes et de monuments historiques.Parlons d\u2019une tentative de sublimation du banal.«On dit tout le temps, en enseignant la langue, qu\u2019il faut être fier du français : \u201cSoyez fiers, soyez fiers\u201d», note l\u2019auteur de La promenade des ignorés et des Anodins.«Herménégilde Chias- son répète souvent que se faire dire \u201cSois fiers\u201d, c\u2019est comme se faire dire \u201cAime-moi\u201d.Il faut expliquer pourquoi il faudrait en être fiers, de notre identité, de notre langue.C\u2019est quand une identité devient concrète, grâce aux chansons, aux poèmes, aux films, qu\u2019on peut réellement en être fiers.» L\u2019Acadie de la poésie Traversée en voiture d\u2019une Acadie aux frontières floues, Acadie Road reprend à son compte une stratégie employée par bien des pionniers de la littérature acadienne, pour qui il apparaissait impératif, afin d\u2019enfin exister, de nommer le territoire.Le clin d\u2019œil au mythique Acadie Rock (1973) de Guy Arsenault, un des textes fondateurs de l\u2019Acadie poétique, ne tient d\u2019ailleurs pas du hasard.«À cause que si l\u2019Acadie n\u2019était pas sujet à poème / l\u2019Acadie ne serait pas », rappelle Robichaud dans son soufflant Manifeste diasporeux.« Il y a une nouvelle colère en Aca- die », se réjouit l\u2019homme de théâtre en célébrant l\u2019électrique irrévérence rock d\u2019un groupe comme Les Hôtesses d\u2019Hilaire ainsi que les vers par fois tempétueux de Jonathan Roy, Sébastien Bérubé, Joannie Thomas et Monica Bérubé.Après s\u2019être distanciée pendant plusieurs années de la révolte de ses origines et de ses premiers livres écrits sur les cendres chaudes de la grève de 1968 à l\u2019Université de Moncton, la poésie acadienne renouerait donc avec l\u2019indignation de ses pères.Voici une Acadie refusant de n\u2019être qu\u2019un simple caillou dans les souliers des fonctionnaires, ou de jouer les bêtes de cirque auprès de médias québécois mesurant mal le mépris d\u2019un discours qui réduirait l\u2019Acadie au chiac.« Mais je ne suis pas du genre à prôner la révolution permanente, précise Robichaud.J\u2019ai toujours pensé que c\u2019était mieux de résister en ayant l\u2019air de faire un salut, tout en offrant un petit \u201cfuck you\u201d par en dessous.» «À Hartland / Un record Guinness // Le plus long pont couver t au monde // Je ne suis pas encore certain / Que c\u2019est ce que je couvrirais / à Hartland», raille Gabriel Robichaud dans un des passages les plus caustiques d\u2019Acadie Road, témoignage sans filtre du parcours de celui pour qui ce serait manquer de respect aux siens que d\u2019adoucir le trait, sous prétexte que l\u2019Acadie a déjà été suffisamment fragilisée par l\u2019histoire.« Y a ben des places / Que je ne nommerai pas / Pas pour les ignorer / Mais par ignorance», signale-t-il aussi, comme pour dédouaner la sévérité de son regard, mais aussi pour souligner qu\u2019il se conjugue en tout temps à un amour profond de son peuple.Il arrivera tôt ou tard à Assimiléville, où «soit t\u2019es francophone / soit tu l\u2019étais».À quoi ressemble ce village à la fois fictif et trop vrai ?« Assimiléville, ce n\u2019est pas un lieu précis, c\u2019est une peur, une douleur, un cauchemar, qui heureusement n\u2019existe pas trop encore dans la réalité.Assimiléville, c\u2019est ce que je ressens quand je mets les pieds dans une école où on fait la promotion du français en disant : \u201cTu perds ton français, tu perds de l\u2019argent.\u201d Si c\u2019est juste pour des raisons économiques que le français doit exister, il ne vivra pas.C\u2019est quand la langue devient un prétexte à autre chose qu\u2019on oublie qu\u2019elle est vivante.» Même si vous n\u2019aurez pas à lui tordre un bras pour l\u2019entendre critiquer la promotion très timide du français à laquelle se livre le gouvernement néo-brunswickois, ou l\u2019absence de couverture par RDI de la fusillade de Moncton en juin 2014, Gabriel Robi- chaud demeure convaincu que « la façon la plus ef ficace de combattre tous ceux qui tentent d\u2019étouf fer la francophonie en milieu minoritaire, c\u2019est de s\u2019obstiner à vivre ».L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L i r e Po é s i e 3 4 | Gabriel Robichaud et la nouvelle colère acadienne Le poète arpente dans Acadie Road les frontières floues de son identité Pour Gabriel Robichaud, la façon la plus efficace de combattre ceux qui tentent d\u2019étouffer la francophonie en milieu minoritaire est de s\u2019obstiner à vivre.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR Acadie Road Gabriel Robichaud, Éditions Perce- Neige, Moncton, 2018, 148 pages Assimiléville, ce n\u2019est pas un lieu précis, c\u2019est une peur, une douleur, un cauchemar, qui heureusement n\u2019existe pas trop encore dans la réalité GABRIEL ROBICHAUD » E | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C U L T U R E AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR « Les itinérants, on les voit, mais on ne les regarde pas ! » Le créateur et réalisateur de la courte série documentaire Les Canadiens errants, Vincent Audet-Nadeau (Les accrocheurs, La vie après la shop), en est venu à ce constat lorsqu\u2019il a eu l\u2019idée de ce projet, après avoir été témoin d\u2019une agression au couteau entre deux itinérants à la station de métro Berri- UQAM à l\u2019heure du dîner.«Personne ne réagissait.Les gens contournaient l\u2019agresseur et l\u2019homme qui essayait de se défendre.» À travers les trois épisodes de la série, il a suivi pendant plusieurs mois le quotidien de trois francophones qui n\u2019ont pas de domicile fixe : Robert à Ottawa, Jacques à Vancouver, et Pascal, un peu par tout au pays.À ces trois personnages centraux s\u2019ajoutent quelques « itinérants » et personnes aux prises avec des problèmes de logement, que l\u2019on croise dans un épisode ou deux.« Mes personnages, tout ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est un déracinement », explique le réalisateur, qui a consacré en tout presque trois ans à ce projet documentaire.Itinéraire(s) chargé(s) Vincent Audet-Nadeau a rencontré à Moncton celui qui deviendrait le personnage qui permettrait de lier tous les thèmes qu\u2019il souhaitait aborder dans sa série : Pascal, un « pouceux » qui a traversé le Canada d\u2019est en ouest une vingtaine de fois et qu\u2019il compare à « un personnage de Jack Arrêts sur des déracinés Récits de l\u2019itinérance et de l\u2019instabilité à travers le portrait de ceux qui les vivent au quotidien Kerouac ».La série accompagne ce débrouillard verbomoteur, qui se qualifie lui-même « d\u2019itinérant, mais avec un itinéraire très chargé » dans son périple à travers le pays, s\u2019arrêtant dans des villes où il a ses habitudes, des amis, des petits boulots qui lui permettent de survivre.Cet homme sans âge est un voyageur infatigable visiblement usé par la vie, mais résilient et habité par une joie de vivre qui force l\u2019admiration.Il joue le guide, louvoyant à travers les méandres de la vie de sans-abri dans les grandes villes canadiennes où il s\u2019arrête, aidant ainsi à mieux comprendre, du moins en par tie, les causes de l\u2019itinérance.« Dans le premier épisode, Pascal dit que tout ce qu\u2019il voit de commun chez les itinérants, c\u2019est le manque d\u2019amour», explique le réalisateur qui agit également à titre de narrateur de la série.«Ce sont des gens qui, à l\u2019intérieur d\u2019eux, sont blessés, brisés.» On le découvre assez rapidement à l\u2019écoute des témoignages de Robert, ancien militaire ayant servi en Irak, atteint du choc post-traumatique, qui s\u2019est retrouvé à la rue quatre ans plus tôt après avoir été expulsé de son logement, et du très sensible Jacques, enfant de la DPJ au lourd casier judiciaire, extrêmement méfiant envers les institutions et organismes d\u2019aide.Il habite une tente dans un parc de Vancouver et passe ses journées à dessiner « de la science-fiction » et à fumer de la marijuana pour ne pas « péter les plombs ».On les suivra dans leurs efforts plus ou moins fructueux pour améliorer leur sort.Une affaire de logement, mais pas seulement\u2026 Ainsi, le premier épisode met en lumière le programme Logement d\u2019abord, visant à trouver un toit aux itinérants pour ensuite inter venir sur les autres aspects de leur vie.Cette mesure de la SPLI (Stratégie des partenariats de lutte contre l\u2019iti- nérance) instaurée par le gouvernement fédéral en 2014 a été très critiquée au Québec, « alors qu\u2019elle a été vraiment présentée comme la panacée dans le reste du Canada », d\u2019expliquer Vincent Audet-Nadeau.On rencontre dans la série quelques bénéficiaires de ce programme, qui leur a permis de s\u2019extirper de la rue, mais qui ne leur a pas nécessairement permis de régler tous leurs problèmes\u2026 Robert en est une illustration éloquente, lui à qui on a trouvé un toit grâce à ce programme et à sa persévérance, mais est laissé à lui-même depuis que son agente de logement a quitté son emploi.Le réalisateur critique cette approche qui donne l\u2019impression que « la personne itinérante va rentrer dans le système et tout le monde va être content et tout va être beau ».« Il faut, comme collectivité, faire tout ce qu\u2019on peut pour soutenir ces personnes-là, poursuit-il, mais d\u2019abord et avant tout, il faut réaliser que ces personnes sont un miroir de ce qu\u2019on est comme gang.» Le deuxième épisode, consacré aux aléas de la crise du logement qui touche les grandes villes canadiennes, laisse un peu de place à deux personnages qui détonnent de ceux croisés dans le reste de la série.Willy-Michou est un journaliste bu- rundais qui a trouvé refuge à Vancouver et a toutes les misères du monde à se trouver un minuscule logement malgré le fait qu\u2019il ait un emploi.Sa femme et ses trois enfants s\u2019apprêtent à venir le rejoindre\u2026 Grâce au soutien des membres de sa communauté religieuse, il arrivera à trouver un logement convenable, même si , dans un autre contexte, il n\u2019arriverait pas à se le payer.À Toronto, on suit Allison, une femme qui a jadis connu la pauvreté et est devenue millionnaire grâce à la flambée des prix de l\u2019immobilier.Elle possède plusieurs immeubles dans la région, dont certains qu\u2019elle loue à des sans-abri.Après une tournée de quelques logements laissés dans un état pitoyable par ce type de locataires, son envie sincère de venir en aide à des gens dans le besoin est mise à mal.Dans ce portrait global assez sombre arrivent par moments à poindre des rayons de lumière.Le dernier épisode, qui porte pourtant sur l\u2019isolement social dont sont victimes les personnes itinérantes par rapport au reste de la société, peut laisser espérer que les choses iront mieux pour Jacques et Robert.Pascal, lui, reste égal à lui-même, toujours occupé à partir pour quelque part.Et aux dernières nouvelles, Vincent Audet-Na- deau, qui a montré à tous ses acteurs la série avant sa diffusion, confirme qu\u2019ils vont plutôt bien.Pascal au pays de Kananaskis, en Alberta PHOTOS VINCENT AUDET-NADEAU Les Canadiens errants RDI, mardi, mercredi et jeudi, 20h Dans le premier épisode, Pascal dit que tout ce qu\u2019il voit de commun chez les itinérants, c\u2019est le manque d\u2019amour VINCENT AUDET-NADEAU » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | ÉMILE PROULX-CLOUTIER MARÉE HAUTE Les 4 et 20 avril à 20 h « [ Il ] écrit comme personne, joue comme pas un et nous fait des chansons qui ne ressemblent qu\u2019aux siennes, ce qui est en soi un exploit.» Monique Giroux, ICI Musique.theatreoutremont.ca 514 495-9944, poste 1 17-18 THÉÂTRE DENISE-PELLETIER 14 AVRIL 4 AVRIL JILL CONNELL UNE PIÈCE BILINGUE DE MIREILLE MAYRAND-FISET TRADUCTION FRANÇAISE ET DRAMATURGIE AVEC SASCHA COLE ET FRÉDÉRIC LEMAY PRODUCTION IT COULD STILL HAPPEN O U T R A G E À L A R A I S O N DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 ENTREVUE MANON DUMAIS LE DEVOIR râce à la popularité de Like-moi !, Guillaume Lambert ne passe plus inaperçu.Dans la rue, les gens le montrent du doigt en riant ou lui crient « Ross-Toupin ! ».Fort de la crédibilité que lui a apportée la série à sketchs de Marc Brunet, ayant récolté des critiques élogieuses pour son premier long métrage, Les scènes for tuites, sor ti en janvier, et à quelques jours du lancement de la deuxième saison de la websérie L\u2019âge adulte, on pourrait croire que le polyvalent trentenaire ne doute de rien.Pour tant, celui qui publiait en 2015 Satyrisias : mes années romantiques confie avoir le complexe de l\u2019imposteur.« Le doute créatif me tient en vie, j\u2019ai besoin de cette petite angoisse que je cultive pour ne pas tenir les choses pour acquises.Mon début de carrière a été assez lent et je suis Guillaume Lambert et le danger tranquille Le blond de Like-moi ! retrouve les Noël dans la 2e saison de L\u2019âge adulte conscient que la roue tourne et que ça peut arrêter.Je suis assez en paix avec ça.Je suis conscient que je vis des belles années et qu\u2019un projet comme Like-moi ! n\u2019arrive pas vingt fois dans une carrière, que L\u2019âge adulte s\u2019est faite dans des conditions idéales.Je suis dans les premières fois de tout : premier roman, première série, premier long métrage.Il y a une effervescence qui est le fun.» Quatre ans après s\u2019être mis en scène dans « une réflexion sur l\u2019artiste imbu de lui-même qui se met en danger », Le Guillaume Lamber t Show, l\u2019envie de se dépasser, de se réinventer, de repousser les cadres habite toujours l\u2019acteur, auteur, scénariste et réalisateur.«Je suis attiré par une forme de danger tranquille.Je ne suis pas rendu à faire du Lars Von Trier, je ne suis pas non plus dans la douleur de l\u2019artiste, parce que je n\u2019y crois pas tellement, mais je suis beaucoup dans l\u2019expérimentation.» Joyeux Noël Ce désir d\u2019expérimenter l\u2019a amené à créer L\u2019âge adulte, série existentialiste centrée sur la fratrie Noël, les Les funérailles de Bastien avec Alex, Amélie, Léonard, Lucille- Maude, Max, Shanel-Magali, Shonda et Tom MAUDE-SOULIÈRES G C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 METTI Partenaires officiels En collaboration avec Crédit de l\u2019œuvre : Alberto Giacometti, Homme qui marche I, 1960.Bronze, 180,5 x 27 x 97 cm.© Succession Alberto Giacometti/SODRAC pour le Canada (2018) 8 f é v r i e r \u2013 1 3 m a i 2 0 1 8 * Promotion valide les samedis, de 13 h 30 à 17 h, du 10 février au 12 mai 2018.Présentation requise d\u2019une pièce d\u2019identité et d\u2019une carte d\u2019accès Desjardins (débit).Le billet le plus cher sera facturé.Achetez un billet et obtenez en un gratuitement * profitez d\u2019un accès prioritaire à la billetterie et courez la chance de gagner un catalogue.Alberto présente jumeaux non identiques Tom (Lambert) et Alex (Mikaël Gouin) et leur cadette Lucille-Maude (Sarah Anne Parent), ainsi que sur leur père Léonard (Richard Fréchette).« Je voulais affirmer mon ton et ma signature avec L\u2019âge adulte, faire une espèce de kaléidoscope.Dans mon écriture, je m\u2019approche un peu de la bande dessinée, avec des cases fermées, c\u2019est très peu découpé.Je voulais faire huit épisodes comme Toutes des connes, consacrer un épisode à chaque personnage, à partir d\u2019un événement, d\u2019un choc.» Alors que le changement d\u2019orientation sexuelle d\u2019Alex entraînait une onde de choc au sein de son entourage dans la première saison, cette fois, c\u2019est la mort de Bastien (Marc Beaupré), l\u2019ex de Tom, qui bouleverse le clan Noël et ses proches.Rappelons aussi que le dernier épisode de L\u2019âge adulte marquait l\u2019entrée en scène de l\u2019infirmière Shonda Diallo (Sharon James), demi-sœur d\u2019Alex, Tom et Lucille-Maude.Dès le premier épisode de la deuxième saison, on fera donc la connaissance de Shantel (Marie- Aimée Cadet), mère de Shonda et amour de jeunesse de Léonard, et de Shanel-Magali (Leïla Donabelle Kaze), f i l le de Shonda ayant le même âge que sa demi-tante Lucille- Maude.Les relations seront d\u2019ailleurs tendues entre les deux jeunes femmes.Père du petit Rosaire qu\u2019il a eu avec sa meilleure amie Virginie (Geneviève Boivin-Roussy), Tom, qui n\u2019a pas l\u2019instinct paternel, apprendra avec stupeur qu\u2019il hérite de l\u2019enfant à venir de Bastien.« Je voulais m\u2019amuser avec des personnages qui s\u2019obstinent à faire incessamment ce qu\u2019ils ne veulent pas faire dans la vie, qui font les mauvais choix.En fait, j\u2019essaye de faire un triptyque sur le rappor t à l \u2019autre, la 1 r e saison étant cel le d\u2019Alex, la 2e saison, celle de Tom, et la 3e saison, déjà en développement, celle de Lucille-Maude.» Un nouveau aux commandes Ayant mis en scène la première saison, François Jaros, réalisateur du court métrage écrit par Guillaume Lamber t, Toutes des connes, a dû céder sa place à Guillaume Lonergan (Émilie) afin de réaliser la comédie de Rafaëlle Germain, En tout cas.« La 2e saison, qui nous amène un an plus tard, est dynamisée par l\u2019arrivée de Guillaume, qui a chaussé les souliers de François avec beaucoup d\u2019aisance.Les personnages, qui ont changé, qui ont vieilli, y apparaissent un peu moins statiques.Guillaume, qui était fan de l\u2019émission, est un réalisateur d\u2019expérience qui est souvent arrivé sur des deuxièmes saisons.Il est donc très habile à décoder une série et à la refaire sans la dénuer de son âme.» À l\u2019instar de François Jaros, Guillaume Lonergan a dû se plier à un horaire de tournage chargé : « On tourne environ 35 scènes par jour, pour un total de 250 scènes en 14 jours.C\u2019est comme faire un blitz de théâtre.On a prouvé qu\u2019on pouvait faire du cinéma en ligne.Je ne crois pas que L\u2019âge adulte serait très bon à la télé ; les demi-heures seraient trop chargées, on s\u2019essouf flerait.Le Web me permet de proposer une forme plus originale.Si on regarde les huit épisodes de la série en rafale, il y a quelque chose du long métrage.J\u2019aime créer des sacs de chips : quand tu mets la main dedans, il faut que tu le finisses.Je suis content que les gens regardent la série en rafale et j\u2019espère que les gens vont repar tir de la 1re saison pour regarder la 2e saison.» Tout en développant la troisième saison de L\u2019âge adulte, Guillaume Lambert travaille sur son prochain long métrage, dans lequel il aimerait explorer la crise de la cinquantaine, l\u2019insatisfaction et l\u2019humiliation.« J\u2019ai aussi le goût d\u2019avoir du fun et de faire des affaires niaiseuses, des biopics cheaps comme on en a fait sur Britney Spears et Michael Jackson.J\u2019ai déjà joué Denis Bouchard jeune dans la finale d\u2019Annie et ses hommes, alors je voudrais faire son biopic, avec Karine Gonthier-Hyndman en Céline Dion, Ludivine Reding en Julie Masse et Mikaël Gouin en Étienne de Passillé.Pour l\u2019instant, c\u2019est plus une bonne joke autour d\u2019un verre entre amis, mais j\u2019aimerais vraiment ça le faire ! » À venir sur une plateforme numérique ?L\u2019âge adulte Tou.tv, dès mercredi L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI CAMERAPERSON (3) É.-U.2016.Documentaire de Kirsten Johnson.- La réalisatrice, qui a tenu la caméra dans de nombreux documentaires engagés, revient sur son travail des 25 dernières années.PBS (WETK) 12h UNE SÉPARATION (2) Iran.2011.Drame d\u2019Asghar Farhadi avec Peyman Moadi, Leila Hatami, Sareh Bayat.- Après le départ de son épouse, un homme entre en conflit avec la jeune mère qu\u2019il a engagée pour prendre soin de son père atteint de la maladie d\u2019Alzheimer.ARTV 13h LE CLIENT (4) (The Client), É.-U.1994.Drame policier de Joel Schumacher avec Brad Renfro, Susan Sarandon, Tommy Lee Jones.- Une avocate défend un adolescent qui refuse de révéler à la police ce qu\u2019un avocat de la mafia lui a confié avant de se suicider.V 14h LES DIVINS SECRETS DES PETITES YA-YA (5) (Divine Secrets of the Ya-Ya Sisterhood), É.-U.2002.Comédie dramatique de Callie Khouri avec Sandra Bullock, Ellen Burstyn, Fionnula Flanagan.- Trois copines d\u2019enfance tentent de réconcilier leur amie excentrique avec sa fille.MAX 15h30 THOR \u2013 UN MONDE OBSCUR (4) (Thor \u2013 The Dark World), É.-U.2013.Drame fantastique d\u2019Alan Taylor avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Christopher Ec- cleston.- Un dieu nordique venu d\u2019une planète éloignée vole au secours de son amie astrophysicienne qui a été exposée à une antimatière puissante convoitée par un seigneur maléfique.TVA 15h45 CLANCHES! (4) (Speed), É.-U.1994.Drame policier de Jan De Bont avec Keanu Reeves, Sandra Bullock, Dennis Hopper.- À Los Angeles, un jeune policier de l\u2019escouade tactique s\u2019efforce de secourir les passagers d\u2019un autobus piégé qui ne peut rouler à moins de 80 kilomètres à l\u2019heure.VRAK 16h STAR TREK VERS LES TÉNÈBRES (4) (Star Trek Into Darkness), É.-U.2013.Science-fiction de J.J.Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cum- berbatch.- À bord du vaisseau Enterprise, le capitaine Kirk et son second Spock pourchassent un surhomme renégat qui s\u2019est réfugié dans une zone dangereuse.V 18h30 ORIGINE (2) (Inception), É.-U.2010.Science-fiction de Christopher Nolan avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Marion Cotillard.- Un espion industriel, hanté par la mort de sa femme, est chargé d\u2019implanter dans le rêve d\u2019un homme d\u2019affaires une idée qui l\u2019incitera à démanteler l\u2019empire financier bâti par son père.MAX 20h30 POPULAIRE (4) Fr.2012.Comédie de Régis Roinsard avec Déborah François, Romain Duris, Bérénice Bejo.- En 1958, une jeune femme se fait embaucher par un assureur de Lisieux qui, impressionné par sa vitesse dactylographique, veut faire d\u2019elle une championne de cette discipline.ARTV 21h LES CITRONNIERS (3) Isr.2008.Drame social d\u2019Eran Riklis avec Hiam Abbass, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael.- Une veuve palestienne s\u2019oppose à la coupe de ses citronniers pour assurer la sécurité d\u2019un ministre israélien, venu s\u2019installer en face de sa plantation.TFO 21h TRANSE (4) (Trance), G.-B.2013.Thriller de Danny Boyle avec James McAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson.- Ayant oublié, à la suite d\u2019un coup à la tête, l\u2019endroit où il a caché un tableau volé, un commissaire-priseur est soumis par ses complices aux traitements d\u2019une hypnothérapeute.V 21h15 MÉCHANTE SOIRÉE! (4) (Date Night), É.-U.2010.Comédie sentimentale de Shawn Levy avec Tina Fey, Steve Carell, Mark Wahlberg.- S\u2019étant fait passer pour d\u2019autres afin d\u2019obtenir une table dans un restaurant chic de New York, un couple sans histoire est pris en chasse par des malfaiteurs.VRAK 22h LES PROMESSES DE L\u2019OMBRE (3) (Eastern Promises), É.-U.2007.Thriller de David Cronen- berg avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel.- À Londres, une sage-femme qui enquête sur la mort d\u2019une prostituée juvénile découvre un réseau de trafic humain dirigé par la pègre russe.TQ 22h LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE (4) Fr.2008.Comédie policière de Pascal Thomas avec Catherine Frot, André Dussollier, Claude Rich.- Se faisant passer pour une cuisinière, une châtelaine enquête sur le meurtre d\u2019une femme dans une résidence habitée par un vieillard acariâtre et ses enfants à couteaux tirés.TFO 22h44 L\u2019ENLÈVEMENT 2 (5) (Taken 2), Fr.2012.Thriller de Olivier Megaton avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen.- À Istanbul, un ancien agent de la CIA est kidnappé par des criminels albanais qui veulent venger leurs proches tués par lui quelques années plus tôt.TVA 23h PARLEZ-MOI DE LA PLUIE (4) Fr.2008.Comédie dramatique d\u2019Agnès Jaoui avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze.- De retour dans son patelin natal afin d\u2019y lancer sa carrière en politique, une écrivaine féministe se remet en question au contact de deux documentaristes désorganisés qui tournent un film sur elle.VIE 23h UNE FEMME EST UNE FEMME (4) Fr.1960.Comédie de Jean-Luc Godard avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Jean-Paul Belmondo.- Devant le refus de son amant de lui donner un enfant, une jeune femme le menace de se trouver un ami plus compréhensif.TFO 0h36 LE DISCOURS DU ROI (4) (The King\u2019s Speech), G.-B.2010.Drame historique de Tom Hooper avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter.- Dans les années 1930, l\u2019amitié inattendue entre le duc de York, futur George VI, et le thérapeute qui l\u2019a aidé à surmonter son défaut d\u2019élocution.RC 2h DIMANCHE LA THÉORIE DE L\u2019UNIVERS (4) (The Theory of Everything), G.-B.2014.Drame biographique de James Marsh avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, Charlie Cox.- Le destin hors du commun de Stephen Hawking, physicien anglais atteint en 1963 de la maladie de Lou Gehrig, rendu célèbre en 1988 par la parution de son livre A Brief History of Time.TVA 10h L\u2019HISTOIRE DE PI (3) (Life of Pi), É.-U.2012.Aventures d\u2019Ang Lee avec Suraj Shar- ma, Irrfan Kahn, Adil Hussain.- L\u2019aventure en mer d\u2019un adolescent indien, voguant sur un canot de sauvetage en compagnie d\u2019un féroce tigre du Bengale.ARTV 12h MERCI PATRON! (4) Fr.2016.Documentaire de François Ruffin.- Un journaliste aide deux chômeurs endettés, licenciés d\u2019une usine de produits de luxe délocalisée en Pologne, à prendre une revanche sur leur ancien patron.TV5 13h LA MOMIE (5) (The Mummy), É.-U.1999.Aventures de Stephen Sommers avec Brendan Fraser, Rachel Weisz, John Hannah.- Partis à la recherche d\u2019une cité perdue en Égypte, un Américain et une Anglaise ressuscitent une momie vieille de trois mille ans.TVA 13h45 PASSAGER 57 (5) (Passenger 57 ), É.-U.1992.Thriller de Kevin Hooks avec Wesley Snipes, Bruce Payne, Tom Sizemore.- Alors qu\u2019il voyage comme simple passager, un spécialiste en sécurité aérienne voit son avion détourné par des pirates de l\u2019air.Z 14h PINOCCHIO (3) É.-U.1940.Film d\u2019animation d\u2019Hamilton Luske.- Une fée exauce le souhait d\u2019un vieux sculpteur en donnant vie à une marionnette à l\u2019effigie d\u2019un petit garçon.RC 15h ORIGINE Voir samedi, 20h30.MAX 15h30 LE PORTEUR D\u2019EAU (5) (The Waterboy), É.-U.1998.Comédie de Frank Coraci avec Adam Sandler, Kathy Bates, Henry Winkler.- Le porteur d\u2019eau d\u2019une équipe de football devient un joueur redoutable en extériorisant sa rage d\u2019éternel souffre-douleur.V 16h30 MEET THE PATELS (4) É.-U.2014.Documentaire de Geeta Patel.- Une cinéaste indo-américaine documente les efforts de son frère pour trouver une épouse indienne qui saura répondre aux exigences de leurs parents.PBS (WETK) 17h LES DIVINS SECRETS DES PETITES YA-YA Voir samedi, 15h30.MAX 18h30 L\u2019AFFAIRE PÉLICAN (4) (The Pelican Brief), É.-U.1993.Thriller d\u2019Alan J.Pakula avec Julia Roberts, Denzel Washington, Sam Shepard.- Une étudiante en droit devient la cible d\u2019assassins après avoir rédigé un exposé sur le meurtre mystérieux de deux juges de la Cour suprême.V 18h30 UNE BOUTEILLE DANS LA MER DE GAZA (4) Can.2011.Comédie dramatique de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalabi, Hiam Abbass.- À la suite d\u2019un attentat suicide survenu près de chez elle, une adolescente israélienne en quête de réponses entreprend une correspondance avec un jeune Palestinien.TQ 21h LOUIS CYR \u2013 L\u2019HOMME LE PLUS FORT DU MONDE (4) Can.2013.Drame biographique de Daniel Roby avec Antoine Bertrand, Rose-Maïté Erkoreka, Guillaume Cyr.- Au tournant du XXe siècle au Québec, le destin d\u2019un fils d\u2019ouvrier canadien-français doté d\u2019une force physique inouïe.ARTV 21h INDIGÈNES (3) Fr.2006.Drame de guerre de Rachid Bouchareb avec Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem.- Durant la Seconde Guerre mondiale, les soldats des colonies subissent affronts et persécutions de la part de l\u2019armée française qui les a recrutés.TFO 21h LA MATRICE RECHARGÉE (4) (The Matrix Reloaded), É.-U.2003.Science-fiction d\u2019Andy et Larry Wachowski avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss.- Trois combattants cherchent dans un monde parallèle virtuel le moyen de contrer les menées d\u2019une entité qui menace l\u2019humanité.MP 23h WEEK-END À ZUYDCOOTE (4) Fr.1964.Drame de guerre de Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo, Catherine Spaak, Jean-Pierre Marielle.- En juin 1940, pendant l\u2019évacuation de Dunkerque, un soldat français cherche à s\u2019embarquer avec les troupes anglaises.TFO 23h06 KING KONG (3) É.-U.2005.Drame fantastique de Peter Jackson avec Naomi Watts, Adrien Brody, Jack Black.- Au début des années 1930, une équipe de cinéma découvre une île du Pacifique habitée par des dinosaures et un gorille géant.TVA 23h15 LES CITRONNIERS Voir samedi, 21h.TFO 01h12 ATTILA MARCEL (4) Fr.2013.Comédie fantaisiste de Sylvain Chomet avec Guillaume Gouix, Anne Le Ny, Bernadette Lafont.- Grâce aux pouvoirs magiques de la tisane d\u2019une voisine musicothérapeute, un pianiste muet fait remonter à sa mémoire les traumatismes de son enfance.RC 1h25 LE GOÛT D\u2019UN PAYS (4) Can.2016.Documentaire de Francis Legault.- Gilles Vigneault et Fred Pellerin partagent leur passion pour le sirop d\u2019érable et le peuple qui le produit, au fil d\u2019une réflexion chorale sur l\u2019avenir du pays.ARTV 2h LUNDI UN CHÂTEAU EN ITALIE (5) Fr.2013.Comédie dramatique de Valéria Bruni Tedeschi avec Valéria Bruni Tedeschi, Louis Garrel, Filippo Timi.- Une actrice quadragénaire instable, issue d\u2019une riche famille italienne, entame une liaison avec un jeune confrère français.TQ 13h TROUBLE EN DOUBLE (4) (Big Business), É.-U.1988.Comédie de Jim Abrahams avec Bette Midler, Lily Tomlin, Michele Placido.- L\u2019entreprise où elles travaillent étant menacée, deux sœurs vont protester devant l\u2019assemblée des actionnaires, dirigée par deux sœurs avec qui elles ont une ressemblance frappante.VIE 13h MAUVAIS SANG (2) Fr.1986.Drame poétique de Léos Carax avec Denis Lavant, Juliette Binoche, Michel Piccoli.- Engagé pour cambrioler le coffre d\u2019un laboratoire, un jeune voleur est fasciné par la maîtresse de son chef.TFO 21h LA DANSE DE LA RÉALITÉ (3) Chil.2013.Comédie dramatique de Alejandro Jodorowsky avec Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Jeremias Herskovits.- Au début des années 1930 au Chili, les expériences d\u2019un jeune garçon et de son père, un émigré juif russe qui s\u2019est mis en tête d\u2019assassiner le président tyrannique du pays.ARTV 0h INDIGÈNES Voir dimanche, 21h.TFO 0h24 LES CITRONNIERS Voir samedi, 21h.TFO 2h30 MARDI DOUTE (4) (Doubt), É.-U.2008.Drame psychologique de John Patrick Shanley avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams.- Dans les années 1960, une religieuse qui dirige une école du Bronx accuse un prêtre d\u2019abuser du premier élève afro-américain admis dans l\u2019établissement.VIE 13h RADICAL GRACE (4) É.-U.2015.Documentaire de Rebecca Parrish.- Par leur action militante féministe, trois religieuses américaines réclament des réformes au sein de l\u2019Église catholique.PBS (WETK) 20h DOLORES (3) É.-U.2017.Documentaire de Peter Bratt.- Portrait de Dolorès Huerta, cofondatrice du premier syndicat d\u2019agriculteurs américains dans les années 1950, injustement reléguée dans l\u2019ombre au profit de son collègue César Chavez.PBS (WCFE) 21h SECTION SPÉCIALE (4) Fr.1975.Drame social de Costa-Gavras avec Michel Lonsdale, Louis Seigner, Claude Piéplu.- À la suite de l\u2019assassinat d\u2019un officier allemand à Paris sous l\u2019Occupation un tribunal d\u2019exception reçoit pour mission de condamner à mort des « terroristes ».TFO 21h L\u2019HISTOIRE DE PI Voir dimanche, 12h.ARTV 23h MAUVAIS SANG Voir lundi, 21h.TFO 0h27 L\u2019HOMME QU\u2019ON AIMAIT TROP (5) Fr.2014.Drame de André Téchiné avec Catherine Deneuve, Guillaume Canet, Adèle Haenel.- Le fille d\u2019une propriétaire de casino disparaît sans laisser de traces après avoir trahi sa mère sur les conseils d\u2019un avocat volage et arriviste.TVA 0h35 INDIGÈNES Voir dimanche, 21h.TFO 2h30 MERCREDI CARTE VERTE (4) (Green Card), Aust.1990.Comédie sentimentale de Peter Weir avec Gérard Depardieu, Andie MacDowell, Bebe Neuwirth.- Un Français, qui veut tirer profit du mariage en blanc qu\u2019il a contracté avec une Américaine, doit cohabiter avec elle afin de tromper un enquêteur de l\u2019immigration.VIE 13h RADICAL GRACE Voir mardi, 20h.PBS (WETK) 14h ZÉRO MOTIVATION (5) Isr.2014.Comédie dramatique de Talya Lavie avec Dana Ivgy, Nelly Tagar, Shani Klein.- Sur une base militaire au beau milieu du désert, des soldates israéliennes s\u2019amusent à tuer le temps.TFO 21h SECTION SPÉCIALE Voir mardi, 21h.TFO 0h14 MAUVAIS SANG Voir lundi, 21h.TFO 2h14 JEUDI LE DON (4) (The Gift), É.-U.2000.Drame fantastique de Sam Raimi avec Cate Blanchett, Giovanni Ribisi, Keanu Reeves.- Après avoir contribué à faire condamner l\u2019auteur présumé d\u2019un meurtre, une voyante devient persuadée qu\u2019il était innocent.VIE 13h DOLORES Voir mardi, 21h.PBS (WETK) 14h LA MATRICE \u2013 RÉVOLUTIONS (4) (THE Matrix \u2013 Revolutions), É.-U.2003.Science-fiction d\u2019Andy et Larry Wachowski avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving.- Des humains réfugiés dans une ville souterraine subissent l\u2019assaut d\u2019une armée de machines.MP 16h30 LES DEUX AMIS (4) Fr.2015.Comédie sentimentale de Louis Garrel avec Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani, Louis Garrel.- Un comédien raté demande à son meilleur ami de l\u2019aider à séduire une jolie commis, ignorant que celle-ci doit se rapporter tous les soirs à la prison, où elle purge une peine légère.TFO 21h MAN WITH A PLAN (4) É.-U.1996.Comédie satirique de John O\u2019Brien avec Fred Tuttle, Bill Blachly, Joe Tuttle.- À la recherche d\u2019un emploi, un vieux fermier candide du Vermont tente de se faire élire au Congrès américain.PBS (WETK) 21h30 LOUIS CYR \u2013 L\u2019HOMME LE PLUS FORT DU MONDE Voir dimanche, 21h.ARTV 22h LA DESCENTE (4) (The Descent), G.-B.2005.Drame d\u2019horreur de Neil Marshall avec Shauna MacDonald, Natalie Mendoza, Alex Reid.- Lors d\u2019une expédition de spéléologie, six jeunes femmes se retrouvent coincées dans une caverne habitée par d\u2019horribles créatures humanoïdes.Z 23h QU\u2019EST-CE QU\u2019ON A FAIT AU BON DIEU?(4) Fr.2013.Comédie de Philippe de Chauveron avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Élodie Fontan.- Un couple de bons catholiques de province accepte mal que ses quatre filles aient décidé d\u2019épouser des hommes de races et de religions différentes.TVA 23h35 ZÉRO MOTIVATION Voir mercredi, 21h.TFO 0h15 SECTION SPÉCIALE Voir mardi, 21h.TFO 1h59 VENDREDI LA MATRICE \u2013 RÉVOLUTIONS Voir jeudi, 16h30.MP 12h ROCK\u2019N NONNE (5) (Sister Act), É.-U.1992.Comédie d\u2019Emile Ardolino avec Whoopi Goldberg, Maggie Smith, Kathy Najimy.- Afin de protéger une chanteuse de variétés témoin d\u2019un meurtre, un policier la cache dans un couvent où elle doit se déguiser en nonne.TVA 13h MAUVAISE FRÉQUENTATION (5) (Bad Company), É.-U.2002.Comédie policière de Joel Schumacher avec Anthony Hopkins, Chris Rock, Matthew Marsh.- Un agent de la CIA doit remplacer son coéquipier mort en service par le frère jumeau de ce dernier, un petit revendeur fantasque.MAX 20h PIERROT LE FOU (2) Fr.1965.Comédie dramatique de Jean-Luc Godard avec Jean- Paul Belmondo, Anna Karina, Dirk Sanders.- Un homme marié s\u2019enfuit avec une amie qui fait partie d\u2019un groupe terroriste.TFO 21h WADJDA (4) 2012.Drame d\u2019Haifaa Al Mansour avec Waad Mohammed, Reem Abdullah, Abdullrahman Al Gohani.- À Riyad, une fillette téméraire et anticonformiste s\u2019inscrit à un concours de récitation coranique dans le but d\u2019amasser la somme nécessaire à l\u2019achat d\u2019une bicyclette.TQ 23h30 LOUIS CYR \u2013 L\u2019HOMME LE PLUS FORT DU MONDE Voir dimanche, 21h.RC 23h45 LES DEUX AMIS Voir jeudi, 21h.TFO 00h23 LIBELLULE (5) (Dragonfly), É.-U.2002.Drame fantastique de Tom Shadyac avec Kevin Costner, Kathy Bates, Jacob Vargas.- Un urgento- logue reçoit des messages de l\u2019au-delà provenant de son épouse morte dans un accident au Venezuela.TVA 1h35 VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE?(5) (Fright Night), É.-U.2011.Comédie d\u2019horreur de Craig Gillespie avec Anton Yelchin, Colin Farrell, David Tennant.- Découvrant que son voisin est un vampire, un adolescent tente de le détruire avec l\u2019aide d\u2019un spécialiste des sciences occultes.RC 1h55 L\u2019HISTOIRE DE PI Voir dimanche, 12h.ARTV 2h LES PROMESSES DE L\u2019OMBRE Voir samedi, 22h.TQ 2h49 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 PLUTON - ACTE 3 LA 2e PORTE À GAUCHE | TRACES-HORS-SENTIERS « Interprètes matures pris dans l\u2019orbite de jeunes créateurs.» OPUS 1 Interprète Benoit Lachambre Chorégraphe Dana Michel OPUS 2 Interprète Peter James Chorégraphe Katie Ward 22.23.24 + 27.28.29.30.31 MARS 2018 \u2013 20 H Théâtre La Chapelle, Scènes contemporaines 3700 rue Saint Dominique, MTL BILLETTERIE 514 843-7738 RECHERCHE.CRÉATION.PRODUCTION.DIFFUSION danse-cite.org © Claudia Chan Tak / Danse-Cité À L\u2019AFFICHE DÈS LE 23 MARS À LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE UN FILM DE Bruno Boulianne AVEC Gilles Gagné d \u2019a p r è s l e r o m a n d e une création de Étienne Lepage Catherine Vidal Evelyne Brochu, Henri Chassé, Francis Ducharme David Strasbourg, Rebec ca Vachon renaud lacelle-bourdon, Simon L acroix avec Paul Ahmarani , Frédéric Blanchette Dominique Leclerc, Mach a Limonchik, Paul Savoie À l\u2019affiche ! tnm.qc.ca Texte Étienne Le page Mise en scène Cather ine Vidal conception Geneviève Lizotte, Elen Ewing, Ale xandre Pilon-Guay, Francis Rossignol, Angelo Bars etti Assistance à la mise en s cène Alexandra Sut to Production Théâtre d u Nouveau Monde MANON DUMAIS LE DEVOIR L\u2019horreur en couleurs Après lui avoir consacré quelque dix minutes dans Apocalypse, la Première Guerre mondiale, les réalisateurs Isabelle Clarke et Daniel Costelle revisi- tent plus longuement la bataille de Verdun, laquelle a fait plus de 700 000 victimes entre février et décembre 1916, bien que peu d\u2019images de celle- ci soient disponibles.De fait, ce n\u2019est que vers la fin de la bataille que des caméramans purent se rendre sur place, mais aucun assaut n\u2019a pu y être filmé.Narré par Mathieu Kassovitz, divisé en deux épisodes, Apocalypse Verdun est donc truffé d\u2019extraits de films de fiction, dont Verdun, visions d\u2019histoire (1928), de Léon Poirier, et des batailles reconstituées par des Allemands.Si ce nouveau volet de la populaire série documentaire a une fois de plus soulevé le débat autour de la colorisation d\u2019images d\u2019archives et de la spectacularisation de la guerre, il rappelle également qu\u2019il y a des limites à étirer la sauce.Apocalypse Verdun TV5, mardi, 20h; jeudi, 1h30 L\u2019avare Après Ridley Scott (Tout l\u2019argent du monde), Danny Boyle (Slumdog Millionaire) s\u2019intéresse aussi à l\u2019affaire Getty, qui fit couler beaucoup d\u2019encre en 1973, en lui consacrant une série de dix épisodes.Lorsque son petit-fils (Harris Dickinson) est kidnappé par la mafia calabraise, le richissime J.Paul Getty (Donald Sutherland) annonce qu\u2019il ne versera pas un sou aux ravisseurs et confie l\u2019affaire aux bons soins de son bras droit (Brendan Fraser) et de sa bru (Hilary Swank).Rien ne va plus lorsque ces derniers envoient à la famille une oreille du jeune homme.Trust FX, dimanche, 22h Être ou ne pas être acteur Bill Hader, l\u2019hilarant Stefon de SNL, fait ses débuts à la réalisation en signant trois épisodes de la nouvelle série Barry, qu\u2019il a créée avec Alec Berg (Silicon Valley).L\u2019acteur y incarne un tueur à gages du Midwest qui se découvre un talent insoupçonné pour le théâtre après s\u2019être installé à Los Angeles.Les choses iront en se corsant lorsque Barry voudra conjuguer son métier et sa nouvelle passion.Barry HBO, dimanche, 22h30 SU R VOS ÉC R A N S \u2013 3 0 0 J O U RS E T 3 0 0 N U I TS D\u2019H O R R E U R Le visionnement de la semaine Le fond du baril, il est au centre correctionnel Madison, en Indiana, théâtre de la série documentaire Girls Incarcerated.C\u2019est là que se retrouvent les adolescentes condamnées à la réclusion pour des mois, voire des années dans le cas de Najwa Pollard, coincée là parce qu\u2019elle n\u2019a tout simplement nulle part où aller ensuite.La série en huit épisodes suit une dizaine de jeunes filles d\u2019environ 17 ans, propulsées du côté sombre de la loi par un passé bardé d\u2019abandons et de relations toxiques.La caméra est franche, laisse les jeunes sujets s\u2019exprimer et sait se retirer quand la tension monte.Ici, on a choisi la croissance des jeunes filles plutôt que la brutalité de leur passé, un choix futé qui donne envie de s\u2019impliquer.Valérie Duhaime Girls Incarcerated Netflix, dès maintenant L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 03/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Lâcher prise Ruptures Les pays d'en haut Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur La Voix: Extra Coeur et bras L'échappée / Je n'oublie pas Chicago Fire: Caserne 51 TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc Formule Diaz Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Danser gagner Rire et délire Mets-y le Ça décolle Scorpion Le show de Rousseau Danser gagner ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50 Champion Journal FR Mixeur Champions Chic, chic! 1910, Paris sous les eaux 22h05 Félix Amiot Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Transports Enchères Secrets souterrains Phénomènes vus de l'espace R.I.S, police scientifique Comédie Club CANAL VIE La belle gang ByeMaison Quoi ton plan?Une vie de géant Survivre / Damian et Randi Conquête maison / La finale La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Red Wings de Détroit c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Boardwalk ICI ARTV Le temps d'une paix Info, sexe PaparaGilles Les dieux de la danse Nous autres, les autres Dehors EXPLORA Chauves-souris en danger Alex+Tyler, éco Suprême animal Repères À l'épreuve d'une tribu Étincelles de génie Reco.l'histoire Z Remorquage Dans l'net Les pires chauffards québécois Sleepy Hollow Animal Kingdom The Leftovers (v.f.) Star Trek: Voy.SAVOIR Face à Face uniVERT Découvertes Santé! Autisme Un grand pas 21h50 De neuf uniVERT Monde Saint-Laurent TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Conseils Carte de visite MAUVAIS SANG (1986) avec Juliette Binoche, Michel Piccoli.Carte de visite Planète Le corps humain Namibie Big Bang Propagande téméraire Arts backstage Vu sur terre / Tanzanie Faits divers CBC CBCNews On the Money Coronation St.Coronation St.The Coronation Caught / Bone Dog CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Voice / The Battles Part Three The Good Doctor / More CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Kevin Can Wait Man Plan Big Brother Canada Chicago Med / Best Laid Plans Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition American Idol / Hollywood Week The Good Doctor / More News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Kevin Can Wait Man Plan Super Donuts Biblically Scorpion / Foul Balls Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Into the Night: Portraits of Life and Death Business UNIS Pense vite! Cracks du lab Voyage Oiseaux Hors circuits À plein gaz Chars Peaky Blinders Canada, nature HBO 17h45 Bright Lights 19h25 Barry The Zen Diaries of Garry Shandling Partie 1 de 2 Here and Now / Wake Bill Maher TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match LMB Baseball / Cardinals de St.Louis c.Blue Jays de Toronto (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 03/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Le Téléjournal 22h55 Luc L.TVA TVA nouvelles VLOG La Voix / La deuxième ronde des Duels 21h15 La vraie nature 22h15 Obèse 22h45 TVANou.Cinéma TQ Curieux Bégin Deux hommes en or Les francs-tireurs UNE BOUTEILLE DANS LA MER DE GAZA 22h50 Like! 23h20 F.Diaz V Cinéma L'AFFAIRE PÉLICAN (1993) avec Denzel Washington, Sam Shepard, Julia Roberts.ARRACHÉE À MON ENFANT (2016) Nicole De Boer.ICI RDI Enquête Le National Les grands reportages Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Second Regard Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Tendance 22h45 Échos-L.Journal/ L\u2019invité CANAL D Comédie Club Docu-D / Patsy Transport Déroute Transports Cauchemar sur l'autoroute L'ombre CANAL VIE Une vie de géant J'aurais donc dû, docteur! La vie avec des quintuplées Encan et flip au Texas À vos marques À vos marques Décore ta vie RDS 15h00 Golf (D) Sports 30 Monde sport Images/sec.En route 2018 Tennis (D) Sports 30 HISTORIA Récupérateurs Récupérateurs La justice dans le sang La justice dans le sang Poirier enquête Poirier enquête Détroit: bêtes d'acier Fous bolides ICI ARTV C'est juste de la TV La soirée est (encore) jeune Crescendo / Les auditions LOUIS CYR: L'HOMME LE PLUS FORT DU M.Un magazine Juste du web EXPLORA S'aime chien Curiosités Le refuge de l'espoir Alex+Tyler, éco Prouesses ingénierie / Komatsu Planète techno Découverte Sexplora Z Maripier! P.Lemieux En prison Prêt sur gage Les hors-la-loi du volant Sleepy Hollow Garage T'es pas game Américars SAVOIR Monde Dactylo Planète Terre 10 découvertes FutureMag Électron/ Thèse uniVERT Ombre doute 22h20 1763 Connaissance L'inis reçoit TFO Subito texto Top!/ Top! Boum, canon Danse rêves Mosquée Citoyen monde INDIGÈNES (2006) avec Samy Naceri, Jamel Debbouze.Cinéma Planète Thomas Pesquet, l'étoffe d'un héros Le Yukon à la rame Jets privés: Trafics de haut vol Trois soldats allemands Tété ou Dédé?CBC The Junos Effect The Junos Preshow The 2018 Juno Awards CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal The Big Bang The Big Bang Lucifer The Detail / Wake Up Call Deception / Escapology National News GBL 15h00 Golf (D) Global News TheSimpsons Instinct / Wild Game NCIS: Los Angeles Timeless / Hollywoodland Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos American Idol / Auditions Deception / Escapology News at 11 CBS 16h30 NCAA Basketball (D) 60 Minutes Instinct / Wild Game NCIS: Los Angeles Madam Secretary 3 News PBS (33) The Coroner A Place to Call Home Call the Midwife Call the Midwife Masterpiece Classic / Dark Angel UNIS Fous des animaux Philippe Bond Chair de poule Chair de poule Radio enfer Radio enfer Galaxie près Galaxie près Peaky Blinders HBO Cinéma Chris Gethard: Career Suicide Michelle Wolf: Nice Lady Here and Now / Wake Silicon Valley Barry High Main TVA Sports 16h00 Hockey Le TVA sports RAW Kevin Raphael FIS Snowboarding - Coupe du monde Big Air Le TVA sports Boxe 03/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Deuxième chance Notre vie / Traditions familiales Le Téléjournal Info, sexe Dre Grey TVA TVA nouvelles SAN ANDREAS (V.F.) (2015) Dwayne Johnson.20h45 LUCY (V.F.) (2014) Scarlett Johansson.TVA nouvelles Cinéma TQ FESTIN DE REQUIN (2007) 19h35 Panda Microphone Belle et Bum LES PROMESSES DE L'OMBRE (2007) V Cinéma STAR TREK: VERS LES TÉNÈBRES (2013) avec Zachary Quinto, Chris Pine.21h15 TRANSE (2013) avec Rosario Dawson, Vincent Cassel, James McAvoy.ICI RDI La Semaine verte Le National Le National Découverte Le Téléjournal La grande traversée La Facture Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche prochain Les copains d'abord: en Bretagne Voisins/ Voisins Journal/ L\u2019invité CANAL D Déroute Garage d'élite Mayday / Transmission fatale Comédie Club Festival Grand Rire Galas ComediHa! 2015 Déroute CANAL VIE Conquête maison / La finale La réno Mini-maisons De taudis à logis Survivre / Josh et Alethea The Affair (v.f.) Cinéma RDS Sports 30 24CH glace Golf - WGC: Match Play 3e ronde Sports 30 /21h45 Antichambre 22h45 Sport30 23h15 Sport30 HISTORIA De l'acier et du feu De l'acier et du feu Aux armes! Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Détroit ICI ARTV Info, sexe PaparaGilles Pour l'amour du country La soirée est (encore) jeune POPULAIRE (2012) avec Déborah François, Romain Duris.Défier la magie EXPLORA Animo Pharmachien Suprême animal INUK EN COLÈRE (2017) 21h45 Vu ciel Détourner Sexplora Légendes Z Milot Land Science T'es pas game Wasteland Seuls et tout nu Robot Wars Six En prison SAVOIR Migrations et / Conférence Reportage Géo 19h50 Echo Ombre doute 20h50 1763 Monde Dactylo Face à Face uniVERT TFO Subito texto Top!/ Top! Flip Danse rêves Mosquée Citoyen monde LES CITRONNIERS (2008) Hiam Abbass.22h45 LE CRIME EST NOT.Planète 17h00 Himmler Devoir d'enquête Les ambassadrices de l'espoir Vu sur terre Namibie Big Bang Rêver le futur CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Red Wings de Détroit c.Maple Leafs de Toronto (D) Hockey / Los Angeles vs Edmonton (D) CTV CTV News Montreal W5 / TBA Songs and Stories / Jann Arden SANDRA BROWN'S WHITE HOT (2016) Shenae Grimes-Beech.National News GBL Global News Global National Best of Border Best of Border CENTER STAGE: ON POINTE (2016) Peter Gallagher.Private Eyes Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend OVER THE HEDGE (2006) avec Wanda Sykes, Bruce Willis.20/20 News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight Bull / Bring It On 48 Hours 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Want My Wife Secrets of the Six Wives Death in Paradise Austin City UNIS Trait d'humour Blanche Double identité Peaky Blinders Fortitude Rencontre HBO 17h55 The Young Pope 18h55 The Young Pope 19h55 The Young Pope THE WIZARD OF LIES (2017) Robert De Niro.Cinéma TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Capitals de Washington c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 Kevin 23h15 TVA sp.S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Il y a sur nos scènes des voix capables de faire vibrer le tissu social plus sûrement que ne le font les discours politiques interchangeables ou les leçons économiques paternalistes.Il est réjouissant, à la veille de la Journée mondiale du théâtre, de voir s\u2019aligner un aréopage de créateurs à la voix forte, gracieuseté d\u2019Artv, qui fait ainsi coup double ce lundi.Le gros morceau de cette soirée est Nous autres, les autres, joli film choral qui suit sur près d\u2019un an les trajectoires de création de cinq artistes d\u2019ici : Olivier Choinière, Olivier Kemeid, Sasha Samar, Emmanuel Schwartz et Mani Soleymanlou.Le réalisateur Jean-Claude Coulbois a l\u2019oreille fine, il a su capter et organiser la pensée mobile et complexe qui a émergé de ses échanges avec ceux qui explorent avec tant d\u2019intelligence notre «nous» sur scène.Le rythme est parfois inégal, anémiant certaines confidences, en magnifiant d\u2019autres.Idem pour les extraits que l\u2019on a choisis avec soin, mais dont la force de frappe varie.Reste une réflexion limpide et oxygénante qu\u2019il fait bon entendre.Même si on s\u2019étonne d\u2019avoir tant de grain à moudre tout en restant aussi consensuel et masculin, sans même une créatrice pour mettre son grain de sel.Artv enchaîne avec la captation de Dehors de Gilles Poulin-Denis, sur le thème du déchirement entre l\u2019ouverture à l\u2019autre et le repli sur soi.Pièce dure et touffue, Dehors af fiche des failles sur le plan de l\u2019écriture et de la mise en scène, mais reste pétrie de bonnes intentions et bourrée d\u2019idées ambitieuses.Un combo tonique.Nous autres, les autres et Dehors Artv, lundi dès 21 h.En rattrapage sur Tou.tv.Deux coups de théâtre Artv se fait une scène lundi avec un spécial théâtral jumelant documentaire et pièce SU R VOS ÉC R A N S Ciné du Vendredi saint Il fut un temps pas si lointain où la télévision publique canadienne diffusait tout d\u2019un coup la minisérie de six heures réalisée par le cinéaste italien Franco Zeffirelli racontant la vie du Christ telle que décrite dans le Nouveau Testament.Il est toujours possible de voir (ou de revoir) cette fresque mettant en vedette un Jésus aux yeux bleus, interprété par l\u2019acteur anglais Robert Powell.En complément de programme, un autre classique du cinéma « pascal » signé Cecil B.DeMille mettant en vedette Charlton Heston.Jésus de Nazareth et Les dix commandements Prise 2, vendredi, dès 13h ARTV | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 03/30 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Gars, fille Virtuose / Karim Ouellet Prière de ne pas Guillemets Magnifiques Le Téléjournal Dehors TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre Laurent Paquin / Mike Ward TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passager Électrons Curieux Bégin Un chef à la cabane Le festival d'été de Québec reçoit Belle et Bum Like-moi! V Souper parfait Détestables L'arbitre SQ 911 BLOOD SPORT: TOUS LES COUPS SONT PERMIS (1987) Atomes ICI RDI Le Téléjournal RDI économie Le National Tout le monde Les grands report Le Téléjournal Le Téléjournal Le Téléjournal TV5 17h50 Champion Journal FR Les flots / Thaïlande Le plein de sensations / Dubaï Champions Au service Journal/ C à dire CANAL D R.I.S, police scientifique Amour fatal / L'affaire Porter Opération Police Motard espion Délateurs / Donald Lavoie Frontières CANAL VIE La vie avec des quintuplées Quoi ton plan?Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Une vie de géant ByeMaison Ouvrez, jamais Chalet RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 Trajectoires / Alex Tanguay 25 ans d'émotions L'antichambre (D) Sports 30 24CH glace HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Les montagnards Les montagnards Les montagnards L'acier et feu ICI ARTV Le temps d'une paix Mission X / Sortir de l'ombre Dre Grey, leçons d'anatomie Info, sexe PaparaGilles C'est juste de la TV Faits Divers EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Reconstruire l'histoire Concevoir l'impossible Sexplora Gagner Épreuve tribu Z Remorquage Dans l'net Maripier! P.Lemieux Milot Land Week-end Garage Prêt sur gage Infiltration Banshee (v.f.) SAVOIR Au coeur du cinéma québécois Apostrophes 20h15 Universc Secrets Électron/ Thèse Encore plus FutureMag 10 découvertes Un grand pas TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse tes rêves / Coup bas PIERROT LE FOU (1965) avec Anna Karina, Dirk Sanders, Jean-Paul Belmondo.Planète Les tueurs de la république Namibie Big Bang So France Paris grouille-t-il?Devoir d'enquête Rêver le futur CBC CBC News Network Rick Mercer Coronation St.marketplace Hello Goodbye the fifth estate CBC News: The National On the Money CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot / Mum's the Word Marvel's Agents of S.H.I.E.L.D.Blue Bloods / Close Calls CTV National GBL Global News Global National E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver / Riley + Airplane Hawaii Five-0 Chicago Fire Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Once Upon a Time / Sisterhood Marvel's Agents of S.H.I.E.L.D.20/20 News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight MacGyver / Riley + Airplane Hawaii Five-0 Blue Bloods / Close Calls Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Yankee Soundbreaking Soundbreaking Soundbreaking UNIS Pense vite! Bizarroscope Galaxie près Galaxie près Radio enfer Radio enfer Chair de poule Chair de poule Philippe Bond Crème/ Temps HBO 16h20 U2 Tour 18h50 Becoming Warren Buffett 20h20 THE HITCHER (1985) Rutger Hauer.Silicon Valley Barry Strike Back TVA Sports 17h30 #Lavoie Début MLB LMB Baseball / Yankees de New York c.Blue Jays de Toronto (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 03/29 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Infoman 1res fois / Fabien Cloutier Enquête Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur J.E.L'EXPÉRIENCE Messmer / Mathieu Baron Adib Alkhalidey TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue 100% Animal Génial! Mc$ween Microphone Dans les médias Poldark / Adversité Chroniques V Souper parfait Danser gagner APB: Alerte / Bas les masques NCIS: Los Angeles / Déchaîné L'amour est dans le pré Le show de Rousseau Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50 Champion Journal FR Au bonnheur des vaches Des racines et des ailes / Au fil de la Durance Taïga Journal/ C à dire CANAL D Galas ComediHa! 2015 Michelle ou la vie sauvage Les dossiers de la NASA Hantise / Secrets enfouis Docu-D / Jésus: ADN recherché CANAL VIE La belle gang La vie avec des quintuplées Proprio Proprio À vos marques À vos marques Mini-maisons Ouvrez, jamais La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Panthers de la Floride c.Sénateurs d'Ottawa (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Chasseurs Chasseurs Détroit: bêtes d'acier Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Nos ancêtres les extraterrestres Extraterrestres ICI ARTV Le temps d'une paix Info, sexe PaparaGilles Esprit critique Faits Divers LOUIS CYR: L'HOMME LE PLUS FORT DU M.EXPLORA Bons baisers de l'île Maurice Animal Fight Club / Le chaos Océania / Il nage avec les ours Structures à hauts risques Repères La magie du cosmos Z Remorquage Dans l'net Seuls et tout nu Robot Wars Maripier! T'es pas game Les hors-la-loi du volant LA DESCENTE SAVOIR Santé! Découvertes Un grand pas 19h50 De neuf 21e Siècle Cent regards Sociologie uniVERT Québec monde Planète Terre Révolte TFO Amélie Top!/ Top! Flip Motel Monstre Lightning Point / Micro-ondes LES DEUX AMIS (2015) Golshifteh Farahani.23h15 Citoyen Planète Les tueurs de la république Devoir d'enquête Philippe Pétain Une martyre iranienne Arts backstage Gr.réalisateurs Vu sur terre CBC CBCNews On the Money marketplace Coronation St.Dragons' Den Little Dog Comedy Fest CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal Grey's Anatomy The Big Bang Young Sheldon Station 19 / Contain the Flame Criminal Minds CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother Canada Will & Grace A.P.Bio S.W.A.T./ Crews Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Station 19 / Contain the Flame Scandal / The Noise News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Life in Pieces S.W.A.T./ Crews Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Poetry Out Loud Beyond Bernie Senate 74 This Land Is Your Land (My Music) Business UNIS Pense vite! Monde Couleurs locales Chez nous Voyage Blanche Les encanteurs Vu intérieur Goût du pays HBO Cinéma 18h50 Lira's Real Time With Bill Maher Here and Now / Wake Westworld / The Stray Westworld / Dissonance Theory 23h05 America TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Bruins de Boston (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports L'Impact 03/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 L'Épicerie Enfants de la télé / Jean Pagé Cheval-Serpent Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Oeufs d'or JMP: Torture Partie 2 de 2 Esprits criminels TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Format familial Point doc / Arrachées à Daech Les francs-tireurs Microphone Chef cabane V Souper parfait Rire et délire Danser gagner Danser pour gagner / Le direct Chicago Justice Le show de Rousseau Danser gagner ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50 Champion Journal FR Partir Autrement en famille Envoyé spécial Les flots Journal/ C à dire CANAL D Transports 24CH glace Déroute Garage d'élite Australie: La ruée vers l'or Frontières / Le loup et l'ours Docu-D Michelle ou la CANAL VIE La belle gang Survivre / Damian et Randi De taudis à logis Vendre ou rénover: Chalet Design V.I.P.Mini-maisons La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LAH Hockey / Rocket de Laval c.Marlies de Toronto (D) L'antichambre (D) Sports 30 Hors-jeu 2.0 HISTORIA Atelier restauration / Au feu! L'atelier de restauration De l'acier et du feu / Le pandat De l'acier et du feu Aux armes! Poirier enquête ICI ARTV Le temps d'une paix / Le R-100 Céline, au-delà du rêve Pour l'amour du country Olivier Mozart jungle 22h35 Mozart 23h20 Cordes EXPLORA L'insaisissable carcajou Animo S'aime chien La Semaine verte La face cachée des seins Musclé mon cerveau Étincelles Z Remorquage Dans l'net Garage Ça passe Science Wasteland Week-end Milot Land Silicon Valley Défi limo AEON FLUX SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte DeNeuf/ Idées FutureMag 10 découvertes Planète Terre Reportage Géo 22h20 L'ONU Santé! Découvertes TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse tes rêves ZÉRO MOTIVATION (2014) avec Nelly Tagar, Dana Ivgy.23h15 Citoyen Planète Le corps humain Namibie Big Bang Devoir d'enquête Entrer l'accusé / Le magot de Marcelle Bouvard Faits divers le mag CBC CBCNews On the Money 22 Minutes Coronation St.Burden of Truth Just for Laughs CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Criminal Minds Law & Order: S.V.U.Designated Survivor / Summit CTV National GBL 17h30 News Global National Big Brother Canada Survivor: Ghost Island SEAL Team / In Name Only Madam Secretary Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Alex, Inc.Modern Family Splitting Up Designated Survivor / Summit News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Survivor: Ghost Island SEAL Team / In Name Only Criminal Minds Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Globe Trekker / Hawaii Nature / Leave It to Beavers Nova / The Great Math Mystery WWII Mega Weapons Business UNIS Pense vite! Top science Vu intérieur Goût du pays Bouffe en cavale / Miel Double identité Géants des profondeurs À plein gaz HBO 17h30 THE STEPS (2015) 19h15 VICE 19h55 Bill Maher 20h55 It's Me 21h35 Thought Crimes Silicon Valley TVA Sports #Lavoiedubé Avant-match LNH Hockey / Panthers de la Floride c.Maple Leafs de Toronto D.Morissette 22h45 RAW 03/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 La Facture Unité 9 Hubert & Fanny Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur Lachés lousses O' / Comment te dire adieu L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Cuisine futée, National Geographic Poldark / Adversité Chroniques du crime américain Deux hommes V Souper parfait Danser gagner Taxi payant Taxi payant Une place à prendre Le dernier navire / Coup d'état Le show de Rousseau Danser gagner ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50 Champion Journal FR Planète sable Apocalypse Verdun Le sexe autour du monde Tandem Journal/ C à dire CANAL D Phénomènes vus de l'espace Nature sauvage Cauchemar autoroute / Coincé Mayday Fugitifs Australie: Ruée CANAL VIE La belle gang Mini-maisons Mini-maisons Encan et flip au Texas Vendre ou rénover au Québec Quoi ton plan?Idées-grandeur La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Islanders de New York c.Sénateurs d'Ottawa (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Fièvre encans ICI ARTV Le temps d'une paix La soirée est (encore) jeune Info, sexe PaparaGilles Le directeur de nuit Faits Divers Cinéma EXPLORA Vivre avec les loups Le refuge de l'espoir Découverte La valse des continents Aliens: Premier contact Concevoir Z Remorquage Dans l'net Les hors-la-loi du volant Les vampires originels Penny Dreadful (v.f.) The Strain / Transformation Infiltration SAVOIR 18h20 L'ONU Reportage Géo 19h20 L'ONU Québec monde CORIM Voir autrement 21h20 Métiers Au coeur du cinéma québécois Vues d'UQAM La bibliothèqye TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Lightning Point Carte de visite SECTION SPÉCIALE (1975) avec Roland Bertin, Louis Seigner.Carte de visite Planète Le corps humain Devoir d'enquête Belles et rebelles Namibie Big Bang Made in France CBC CBCNews On the Money Hello Goodbye Coronation St.Rick Mercer 22 Minutes Schitt's Creek Workin' Moms CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Roseanne Roseanne The Voice For the People CTV National GBL 17h30 News Global National Rise / What Flowers May Bloom NCIS / Death From Above Bull / Bad Medicine NCIS: New Orleans Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Roseanne Roseanne Black-ish Splitting Up For the People News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Death From Above Bull / Bad Medicine NCIS: New Orleans Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Points North Outdoor MAKERS / Women in Business Independent Lens / Dolores Business UNIS Pense vite! L'humour c'est secondaire Ça va brasser! Les encanteurs Chez nous Friendly Manitoba Crème/ Temps 22h45 Formal Oiseaux HBO Cinéma Becoming Warren Buffett The Zen Diaries of Garry Shandling Partie 2 de 2 22h20 Barry / Chapter One HereNow TVA Sports 17h30 #Lavoie Jays LMB Baseball / Cardinals de St.Louis c.Blue Jays de Toronto (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports M A R D I J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I CANAL D CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR «Histoire quelque peu boiteuse.Mise en scène approximative.Thème intéressant.Interprétation naturelle.» C\u2019est en ces termes polis que le critique Rober t-Claude Bérubé commentait le médiocre film d\u2019aventures Roar, dont le tournage fut sans doute le plus périlleux de l\u2019histoire du cinéma, tous pays confondus.De fait, pas moins de 90 acteurs et membres de l\u2019équipe furent blessés au cours du tournage.Il faut dire qu\u2019outre l\u2019acteur, scénariste et réalisateur Noel Marshall, sa femme, Tippi Hedren, sa belle-fille Melanie Griffith ainsi que ses fils John et Jerry, les principales vedettes de Roar étaient des félins.Pendant près d\u2019une décennie, le couple Hedren-Marshall a rassemblé quelque 150 lions, tigres, guépards, cougars et panthères avec l\u2019intention de tourner un film racontant le quotidien d\u2019une famille vivant au milieu des fauves.L\u2019idée était originale en soi, mais le résultat, qui a notamment failli coûter la vie au directeur photo Jan De Bont (Speed, Twister), fut désastreux.Ayant été cruellement éprouvée par Hitchcock lors du tournage des Oiseaux, Tippi Hedren devait presque s\u2019ennuyer du volatile sur le plateau.Sorti en 1981, le film suscite toujours la curiosité et le documentaire qui y est consacré, Roar : un tournage cauchemardesque, regorge d\u2019anecdotes rocambolesques, d\u2019extraits d\u2019archives spectaculaires et de témoignages tantôt amusants, tantôt émouvants.En résulte une fascinante et mémorable anti-leçon de cinéma.Roar: un tournage cauchemardesque Canal D, mercredi, 22h; vendredi, 13h; samedi, 4h ; mardi, 9h Féroces félins, famille fêlée En 1981, Noel Marshall bouclait le tournage du film le plus dangereux de l\u2019histoire pastel écaillées.Ici sommeille un Tegucigalpa fait de cantines bon marché, de barbiers volubiles, de salles de billard et de vendeuses de baleadas, ces crêpes aux haricots rouges et fromage qui constituent le plat national.Pour le réalisateur César Hernandez, «il flotte une vraie atmosphère de nostalgie dans ces lieux du vieux centre».Il vient de tourner une vidéo musicale pour le groupe Pablo Santo dans plusieurs de ces endroits emblématiques du siècle dernier : un hôtel discret pour jeunes couples, un magasin d\u2019occasion tenu par un Palestinien, un orfèvre ou un restaurant chinois.«Les décennies 1950 à 1970, c\u2019est probablement l\u2019âge d\u2019or du centre- ville», estime Maria Teresa Agurcia, chargée des relations communautaires pour l\u2019organisme Vuelve al Centro (retour au centre), destiné à faire revivre la vieille ville.Le marché Los Dolores, situé à côté de la magnifique église du même nom, est un de ces lieux incon- L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 REPORTAGE VALÉRIAN MAZATAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR À TEGUCIGALPA egucigalpa, c\u2019est le genre de lieu que l\u2019on connaît pour répondre à la question de Trivial Pursuit : «Quelle est la capitale du Honduras?» C\u2019est une ville pratiquement inconnue, oubliée des brochures touristiques \u2014 consacrées aux îles de la Baie \u2014 et oubliée des médias internationaux, qui scrutent l\u2019autre grande ville, San Pedro Sula, rebaptisée «capitale mondiale du meurtre» en 2012.Il serait exagéré de recommander un détour pour visiter Tegucigalpa.Pour autant, il serait dommage de ne pas profiter d\u2019un passage par la ville, pour affaires ou en transit, afin de découvrir quelques secrets du centre- ville historique.Un point sur la sécurité d\u2019abord.Après avoir trôné en tête des pays les plus violents au monde, le Honduras a vu sa situation s\u2019améliorer, même si la moyenne nationale des homicides est encore de 11 meurtres par jour\u2026 Le centre-ville historique fait par tie des zones touristiques plus surveillées, et il est relativement sûr de s\u2019y promener en journée, tout en restant aux aguets, et sans trop exhiber ses richesses.L\u2019âge d\u2019or La vieille ville est typique de l\u2019Amérique latine : une place centrale avec sa cathédrale et quelques ar tères commerciales piétonnes.Tout autour, un labyrinthe de petites rues étriquées et de bâtiments aux couleurs Tuer le temps à Tegucigalpa Comment apprécier une escale dans la capitale du Honduras Il flotte une vraie atmos - phère de nostalgie dans les lieux du vieux centre CÉSAR HERNANDEZ » V I V R E T tournables où le temps paraît suspendu.Ici, peu de fruits et légumes, mais une concentration d\u2019échoppes de tout et surtout de rien, des jouets aux objets religieux, en passant par les piñatas, les brassières et les lunettes de soleil.On y vient surtout pour les cantines où l\u2019on s\u2019accoude au comptoir pour le plat du jour: soupe aux fruits de mer ou aux tripes, côtes de porc fumées, ou poulet grillé aux bananes plantain.D\u2019ici, on poursuivra vers l\u2019avenue piétonne à l\u2019ouest et le dispensable Musée de l\u2019identité nationale, ou vers l\u2019est et le parc central.C\u2019est le cœur d\u2019un vaste projet de rénovation entrepris par la mairie pour changer la tuyauterie des rues et enterrer les fils électriques.Pour Vuelve al Centro, c\u2019est un premier pas dans la «reconquête du centre».L\u2019organisme, fondé il y a deux ans par un groupe immobilier, se concentre aussi sur le retour des créateurs et va inaugurer en juin la Casa Quinchon, « le plus grand espace de cotravail d\u2019Amérique centrale», une ancienne usine rénovée avec murs végétaux, ca- mions-restaurants et café à volonté.Pour l\u2019instant, les créateurs et les artistes se réunissent ailleurs, notamment au Café Paradiso.Dans ce véritable havre de paix à la déco très surchargée, on pourra goûter au café du nord du pays, manger une bouchée ou piocher dans la collection de livres de | 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Une vue sur Tegucigalpa depuis la colline El Picacho qui surplombe la ville.À droite : un vendeur de glace pilée au sirop dans le parc La Leona.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD 1 : le marché Los Dolores ; 2 : Tito Aguacate ; 3 : Duncan Mayan ; 4 : le café Paradiso ; 5 : le parc La Leona GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR poésie.Pour trouver le Paradiso, rien de plus simple, il suffit de demander l\u2019arbolito, le petit arbre, un Araucaria haut de 20 mètres dressé seul au milieu de son rond-point.«On a grandi ensemble, ç\u2019a toujours été un point de rendez-vous pour les habitants», témoigne Elena Vindel, une comédienne qui a grandi dans le centre-ville.À flanc de colline s\u2019étend le quartier historique et bohème La Leona (la lionne), qui doit son nom à une femelle puma qui s\u2019y promenait il y a quelques siècles.C\u2019est le quartier le plus charmant de la ville, le Mont- mar tre de Tegucigalpa, avec ses rues pavées et pentues, ses escaliers de pierre et ses maisons coloniales.Le parc La Leona, qui accueille artistes, retraités et amoureux, of fre aussi une vue panoramique sur la ville.Début 2017, des croix ont été peintes sur les arbres, et le mot s\u2019est propagé que la ville voulait les couper.Les voisins se sont mobilisés, les croix ont été repeintes par des artistes\u2026 et les arbres sont toujours là.La lumière de fin de journée y est magnifique, mais il est temps de redescendre pour découvrir deux enseignes mythiques de la ville figées dans les années 1970.Chez Tito Aguacate, di-t-on, poètes, peintres et ambassadeurs viennent «déguster» la calambra (la crampe), un célèbre remède pour les lendemains de veille à base de gin, de vin rouge et de jus de citron\u2026 Enfin, le Duncan Mayan, institution fondée en 1896, accueille les couples venus danser la bachata, les piliers de comptoir et les amateurs de soccer.Pour rentrer chez vous, demandez à une serveuse d\u2019appeler un taxi pendant que vous terminez votre flan coco, spécialité de la maison. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Vous rêvez de grimper jusqu\u2019au camp de base de l\u2019Everest, de parcourir la Mongolie à cheval ou de pagayer aux îles grecques ?Des agences spécialisées dans le tourisme d\u2019aventure s\u2019occupent de tout grâce à des forfaits incluant le service d\u2019installations touristiques locales, les hébergements, les permis d\u2019accès au territoire, le billet d\u2019avion et même, par fois, l\u2019encadrement d\u2019un guide québécois.Ça tombe bien : nous sommes entrés dans l\u2019ère du slow travel, une tendance qui consiste à voir moins et voir mieux en voyage.Visiter un pays en marchant, pédalant ou pagayant dans son arrière-pays est donc tout indiqué pour ce touriste nouveau genre.D\u2019ailleurs, une étude réalisée sur le site de Booking.com révèle que plus de 50 % des répondants disent vouloir inclure la randonnée pédestre dans leur itinéraire.Dans les années 1970 déjà, on lorgnait l\u2019Ouest \u2014 Rocheuses canadiennes et grands parcs américains \u2014 pour pratiquer nos activités favorites hors de nos frontières.Quel - ques agences spécialisées, rarissimes, osaient un ou deux voyages annuels pour amener une poignée de randonneurs québécois vers d\u2019autres horizons.Aujourd\u2019hui, une dizaine d\u2019entreprises du genre se disputent un marché petit, certes, mais en progression constante.Visa pour l\u2019aventure: trouvez l\u2019agence En route vers le sommet du Kilimandjaro NATHALIE SCHNEIDER | 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 HÔTEL MANOIR VICTORIA VIEUX-QUÉBEC PÂQUES À L\u2019HÔTEL MANOIR VICTORIA ! Bientôt le printemps et bientôt Pâques ! Vous planifiez célébrer la fête avec votre famille à Québec ?L\u2019Hôtel Manoir Victoria, au cœur du Vieux Québec, est votre adresse de choix.Vous apprécierez le confort douillet de cet hôtel historique entièrement rénové, son accueil sympathique et dévoué et les nombreux services qui vous sont offerts sous un même toit.Pour vos emplettes de Pâques, visitez les chocolatiers de la rue St-Jean ou optez pour le sucre à la crème aux épices et le caramel à la fleur de sel du Comptoir boréal situé à l\u2019entrée de l\u2019hôtel.Et pourquoi pas inviter les membres de votre famille à La Table du Manoir pour déguster un copieux buffet préparé par l\u2019équipe du réputé Chef Arnaud Marchand ?Pour relaxer, offrez-vous un soin santé-beauté au SPA du Manoir et prélassez-vous à la piscine.Restez deux jours ou plus et économisez jusqu\u2019à 30% sur le prix de votre chambre.À partir de 149$ par nuit en occupation double, plus taxes applicables.Pour plus détails, visitez notre site web www.manoir-victoria.com \u2022 1-800-463-6283 POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT CONTACTER ÉVELYNE DE VARENNES AU 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS Mais, surtout, cette industrie hy- perspécialisée déborde désormais de propositions tous azimuts.Si certaines destinations sont toujours attrayantes \u2014 Pérou, Népal, Tanzanie, Thaïlande, Maroc \u2014, on voit débouler sur le marché des of fres étonnantes, voire franchement originales : kayak au Groenland, trekking en Éthiopie ou sur l\u2019île de Baffin, alpinisme au Kirghizistan ou cyclotourisme léger (bikepacking) en Asie du Sud-Est.« Les voyages de plein air sont soumis à des modes, explique Richard Rémy, président fondateur de Karavaniers.L\u2019ascension du Kilimandjaro est toujours aussi populaire, de même que le Pérou en général.Chez nous, le Groenland en kayak ou à pied est un succès qui se confirme année après année.» Sans compter les fluctuations de la sécurité mondiale, qui jouent un rôle important dans le choix d\u2019une destination : présentement, l\u2019Europe ou le Japon a bien meilleure presse que les pays du Maghreb, par exemple, où la situation est jugée trop instable.Il arrive cependant que cer taines destinations soient victimes de leur succès.En se popularisant, la prestation offerte perd un peu ce qui en faisait son charme : l\u2019impression d\u2019y être seul au monde.Aussi, quand le pouvoir d\u2019attraction d\u2019une destination « explose » soudainement, les ressources disponibles locales ne peuvent répondre adéquatement aux besoins fulgurants : «Le boom touristique des dernières années en Islande a fait passer le nombre de guides de plein air de 10 à 200 dans certaines agences.La compétence de beaucoup d\u2019entre eux ne pouvait être garantie.Résultat : elles ont dû gérer des plaintes », ajoute Richard Rémy.Une agence, pour quoi faire ?Un problème d\u2019autant plus crucial qu\u2019il concerne la sécurité même des voyageurs.Être déçu par l\u2019encadrement professionnel d\u2019un voyage organisé en autobus est regrettable certes.En haute montagne ou en rivière, le résultat peut être dramatique ; le guide de plein air a souvent la vie de ses clients entre les mains.Faire affaire avec une agence plutôt qu\u2019avec un producteur en tourisme d\u2019aventure local, au Mexique ou en Patagonie, c\u2019est « la garantie de pouvoir disposer d\u2019un meilleur encadrement, renchérit François-Xavier Bleau, président de Terra Ultima.En plein air, le guide, c \u2019est la plus-value d\u2019un voyage, c\u2019est ce qui garantit les normes de sécurité, la qualité de leadership, d\u2019interprétation du territoire, le bon équipement, etc.» En 2014, en effet, l\u2019Association des guides de montagne canadiens a commencé à accréditer des guides de montagne québécois aux normes mondiales (supra-élevées) de la randonnée pédestre.« Seulement une poignée de candidats peuvent accéder annuellement à cette série de formations et d\u2019examens extrêmement exigean - te », dit-on chez Terra Ultima, dont tous les guides sont accrédités.Et si l\u2019aventure ne tourne pas comme espéré, l \u2019agence dispose d\u2019une bonne assurance en responsabilité civile, une carte maîtresse pour les professionnels du voyage aventure.Le prix à payer\u2026 L\u2019arrivée récente des gros joueurs français dans le petit monde du tourisme d\u2019aventure \u2014 Terres d\u2019Aventure et Allibert \u2014 a permis de mieux satisfaire la clientèle avec un nombre accru de départs confirmés (une centaine par semaine chez Allibert), le «nerf de la guerre» de l\u2019industrie.«Elle a eu aussi pour ef fet de mettre fin à la guerre des prix que se livraient les agences québécoises entre elles », ajoute François-Xavier Bleau.Reste que ces voyages ont un prix: plus de 8000$ pour l\u2019ascension du Kili- mandjaro (17 jours) ou 6000$ pour un mois de trekking au Népal, billet d\u2019avion inclus.Un prix que toutes les bourses ne peuvent pas nécessairement s\u2019offrir et qui explique la raison pour laquelle certains voyageurs négocient le tarif à la baisse avec les producteurs locaux.«Mais attention, prévient Richard Rémy, il y a une dimension éthique à magasiner à outrance le prix d\u2019un voyage.Il faut payer le vrai prix que coûte l\u2019embauche d\u2019un guide local, d\u2019un porteur, d\u2019un cuisinier et du billet d\u2019avion !» Le président fondateur de Karavaniers affirme payer mieux les entreprises locales que certains clients qui achètent leur voyage sur place! \u2026 et à reverser La grande tendance de l\u2019heure, c\u2019est le voyage en groupe privé, le voyage scolaire et, surtout, le voyage «pour une cause».Une croissance fulgurante, si l\u2019on en croit cer tains voyagistes.Quand le tourisme caritatif est apparu avec des expéditions en montagne, on pensait à une mode passagère.Une dizaine d\u2019années plus tard, il est toujours populaire et joue un rôle actif dans le financement de fondations pour des banques alimentaires ou pour la recherche médicale.À mesure que ce type de voyage va se populariser sous la portée grandissante du Net, il faudra que les agences s\u2019adaptent à des exigences de plus en plus pointues de la part des consommateurs : activités nouvelles, voies d\u2019accès inusitées, prestations originales.Bref : il leur faudra rivaliser\u2026 d\u2019originalité ! Pour bien choisir son agence S\u2019informer auprès des agences de la formation du guide accompagnateur (le cas échéant), de l\u2019équipe locale, de la compétence des guides locaux, des protocoles de sécurité mis en place, des assurances de l\u2019entreprise et de l\u2019équipement utilisé (tentes, premiers soins, entre autres).Vérifier que l\u2019agence respecte les règles du tourisme durable et responsable, c\u2019est-à-dire que les bénéfices générés reviennent en grande partie aux communautés d\u2019accueil et que les principes du Sans trace sont exécutés à la lettre.Poser des questions sur la politique de «Compensation carbone» de l\u2019agence, c\u2019est-à-dire que l\u2019agence reverse 1% du prix du voyage à l\u2019organisme mondial 1% for the Planet (en guise de contribution à des associations de protection environnementale).Plus les consommateurs poseront la question, plus les agences seront encouragées à adopter cette mesure.onepercentfortheplanet.org L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | REPORTAGE CATHERINE FERLAND COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC l s\u2019agit, en quelque sorte, d\u2019une alliance naturelle.Le Louis XIII, fleuron de la maison Rémy Martin, est l\u2019un des cognacs les plus prestigieux au monde.Le Château Frontenac, avec son allure altière et imposante, est l\u2019hôtel de luxe le plus photographié de la planète.En cette année où il célèbre son 125e anniversaire, l\u2019emblématique établissement vient d\u2019être intronisé au sein des for te- resses Louis XIII, un titre mondial très convoité.Pour l\u2019occasion, un jéroboam de cristal protégé d\u2019une somptueuse vitrine fabriquée sur mesure a été installé à l\u2019entrée du restaurant Le Champlain.Le cognac est une appellation propre à la région française du même nom.Il s\u2019agit d\u2019une eau-de-vie créée à partir de vins provenant de cépages cultivés en Charente et en Charente-Maritime, distillée deux fois dans un alambic, puis vieillie en tonneau de chêne.La qualité du sol influence celle des vins et eaux-de-vie qui y sont élaborés.Ainsi, les calcaires sédimentaires engendrent des vignes exceptionnelles dont sont notamment issus le champagne, le xérès et le cognac.Si, grâce à son sol riche en craie, la région de Cognac est la terre d\u2019élection d\u2019un des spiritueux les plus réputés au monde, il n\u2019en a pas toujours été ainsi.Les vins de Charente présentent en effet une acidité qui a longtemps été considérée comme une tare.Pendant des siècles, on s\u2019y ravitaillait plus volontiers en sel qu\u2019en jus de la treille ! C\u2019est par la distillation que le miracle Louis XIII s\u2019installe à Québec Pour ses 125 ans, le Château Frontenac obtient un titre mondial très convoité en matière de cognac s\u2019est produit, au début du XVIIe siècle.Alors que les eaux-de-vie devaient généralement être additionnées d\u2019herbes ou d\u2019autres aromates, on remarqua que celles de Charente étaient excellentes telles quelles.Vieilli dans des tonneaux de chêne du Limousin, le « vin brûlé » de Cognac touchait au sublime.Un produit de luxe venait de naître.Tout comme la qualité du sol, le bois contribue en effet de manière remarquable au bouquet du vieux cognac.Rien d\u2019étonnant à ce que les six zones de la région se fassent les chantres de ces deux éléments: Borderies, Fins Bois, Bons Bois, Bois Ordinaires, Petite Champagne et Grande Champagne.C\u2019est dans cette dernière qu\u2019est élaboré le cognac Louis XIII.Le cognac existe certes depuis trois siècles, mais le Louis XIII est à peine plus âgé que le Château Frontenac.Créée en 1874 par Paul-Émile Rémy Le cognac existe certes depuis trois siècles, mais le Louis XIII est à peine plus âgé que le Château Frontenac.SIMON CÔTÉ I [Le cognac Louis XIII et le Château Frontenac] partagent un héritage d\u2019excellence et de souci du raffinement ROBERT MERCURE » Tout comme la qualité du sol, le bois contribue en effet de manière remarquable au bouquet du vieux cognac | 47 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 L A R EC E T T E D E L A ST Y L I ST E C U L I N A I R E M A R I E- É L A I N E T H I BAU LT Cailles rôties, pesto de menthe et de grenade Pour 4 personnes Ingrédients 4 cailles royales 1 c.à thé de cumin moulu ½ c à thé de cannelle moulue 1 pincée de piment de Cayenne 1 c.à thé de sucre brun 1 c.à thé de sel Pesto de menthe et de grenade 1 tasse de menthe fraîche hachée ½ tasse de grains de grenade 1 c.à soupe d\u2019échalote fraîche hachée 1 tasse d\u2019huile d\u2019olive 1 c.à soupe de mélasse de grenade 2 c.à soupe de parmesan râpé 1 c.à thé de zeste de citron + 1 c.à soupe de jus de citron 1 petite gousse d\u2019ail Sel au goût Préparation 1.Préchauffer le four à 400°F.2.Mélanger le cumin, la cannelle, le piment de Cayenne, le sucre et le sel.3.Arroser les cailles d\u2019un peu d\u2019huile d\u2019olive, les enrober ensuite du mélange d\u2019épices et enfourner sur une plaque de cuisson pendant environ 25 à 30 minutes.4.Dans un bol, mélanger la menthe, les grains de grenade, l\u2019échalote hachée, l\u2019huile d\u2019olive, la mélasse de grenade, le parmesan, le zeste et le jus de citron.5.Râper l\u2019ail dans le mélange, bien incorporer à l\u2019aide d\u2019une cuillère et saler.6.Napper les cailles de pesto.7.Servir avec une salade, de quinoa ou encore du riz sauvage.Marie-Élaine Thibault est conceptrice et styliste culinaire.Pour la suivre : marielenfer.com ; instagram.com/maryhellyeah MARIE-ÉLAINE THIBAULT Martin, cette eau-de-vie est, dès le dépar t, élaborée dans le but d\u2019en faire un étendard du luxe et de l\u2019art de vivre à la française.Un nom de monarque est de mise pour nommer un cognac qui se retrouve bientôt à la table des puissants de ce monde, notamment à celles de nombreuses cours royales et impériales d\u2019Occident.Tout débute avec des raisins du cépage ugni blanc, mêlés d\u2019un peu de colombard, soigneusement égrappés au moment du pressage pour éviter des tannins indésirables.On en tire un vin légèrement acide et faiblement fermenté.Une robe acajou Deux distillations sur lies sont réalisées, puis des décennies de vieillissement en tierçon (fût de chêne du Limousin) et de soigneux assemblages confèrent au Louis XIII ses élégants arômes évoquant notamment la myrrhe, la rose séchée, la figue et la prune.Sa robe acajou est mise en valeur par un écrin de cristal à la forme intrigante.Les carafes s\u2019inspirent en fait d\u2019une flasque de métal perdue il y a plus de quatre cents ans sur le champ de bataille de Jarnac.Réalisés grâce au travail simultané de 11 maîtres verriers, les précieux récipients sont soigneusement souf flés à la bouche, ornés à la main \u2014 les cols sont décorés d\u2019or 20 carats \u2014 et numérotés.Des œuvres d\u2019art en soi.La fier té se lisait dans le regard d\u2019Olivia Tran, directrice de la mar - que Louis XIII Canada, et de Robert Mercure, directeur général du Fair- mont Le Château Frontenac, alors qu\u2019ils accueillaient en grande pompe la vingtaine d\u2019invités de cette soirée élégante marquant l\u2019intronisation de l\u2019établissement au réseau des forteresses Louis XIII.Au Canada «Louis XIII est honoré de conférer le titre prestigieux de for teresse au Fairmont Le Château Frontenac, a déclaré Olivia Tran.Le réseau hôtelier Fairmont est l\u2019un de nos partenaires les plus appréciés depuis longtemps, et nous nous réjouissons à l\u2019idée de tisser des liens encore plus solides avec le Château Frontenac et sa clientèle.» Cette association semble aller de soi, les deux partenaires partageant « un héritage d\u2019excellence et de souci du raf finement », a ajouté Robert Mercure.Le Château devient de ce fait l\u2019un des dépositaires of ficiels de ce cognac et obtient le privilège de posséder un magnum (1,5 l) et un jéroboam (3 l) de Louis XIII.Cet honneur s\u2019assortit de responsabilités : en tant que for teresse, l\u2019établissement s\u2019engage à par tager avec sa clientèle le savoir-faire et le riche patrimoine de la marque à travers la manière de le servir et de favoriser une dégustation exceptionnelle.On trouve quelques for teresses Louis XIII au Canada, dont le Fair- mont Pacific Rim à Vancouver et le restaurant 360 à Toronto, mais le Fairmont Le Château Frontenac est le seul véritable château de ce cénacle d\u2019établissements luxueux.Voyage dans le temps Pour marquer cette intronisation, les invités ont eu droit au champagne ainsi qu\u2019aux excellents produits de Acadian Sturgeon and Caviar, du Nouveau-Brunswick.L\u2019assemblée a ensuite profité d\u2019une expérience gastronomique, où le Louis XIII était relevé par les mets créés par le chef Stéphane Modat afin d\u2019of frir des accords audacieux avec le capiteux nectar.Ce cognac qui chatoie dans les verres de cristal a été distillé il y a plusieurs décennies déjà, près d\u2019un siècle pour être exact.Ceci revient à dire que l\u2019envoûtante eau-de-vie d\u2019au- jourd\u2019hui est le travail de plusieurs générations de maîtres de chai.Un véritable voyage dans le temps qui se hume et se savoure\u2026 lentement.Les carafes s\u2019inspirent d\u2019une flasque de métal perdue il y a plus de 400 ans sur le champ de bataille de Jarnac L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 4 8 | CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Verdun semble être devenu la nouvelle terre promise pour les jeunes restaurateurs.Le prix des loyers y est sûrement pour quelque chose, les changements démographiques aussi.Ce Pigor est l\u2019exemple parfait de ce qui se fait en ce moment dans le quartier.Ce qui se fait de bien, je veux dire ; je fais de mon mieux pour éviter de vous parler de mauvaises adresses.Celle-ci en est une bonne.Vendredi soir.Chez nous, certains vendredis soir, Marie invite ses amies, se met au piano et elles chantent.Les soirs où Les femmeuses chantantes s\u2019époumonent, je m\u2019arrange pour être ailleurs.Ce ven- dredi-là, trois autres veufs de la clé de sol avaient choisi de joindre leur ailleurs au mien.Direction Pigor.Petit local chaleureux, accueil à l\u2019avenant.La musique est juste à la limite du rouge sur mon sonomètre.Julie Anna vient nous proposer de nous rafraîchir avec quelques-unes de ces boissons af friolantes sur la carte des vins et bières.Souriante et appliquée, elle nous détaille le menu.De sa cuisine à aire ouverte, le chef observe.Moi, j\u2019observe le chef observer tout en prêtant une oreille attentive aux explications méticuleuses de Julie Anna.J\u2019observe aussi que mes trois commensaux paraissent très heureux d\u2019avoir choisi de m\u2019accompagner chez Pigor.Et le plaisir ne fait que commencer.Sept plats froids, huit chauds, le tout suivi de deux desserts dignes de mention ; la carte du Pigor est suffisamment cour te pour que ni les clients ni les cuisiniers ne s\u2019y perdent.Elle est suf fisamment étof fée pour que les premiers devinent que ces derniers savent cuisiner.Du moins sur le papier, ce qui est déjà prometteur.Ici, les promesses seront tenues, et même plus sur certaines assiettes.Dans les propositions de froid, deux très bonnes assiettes, une excellente et une, disons, quelconque.Commençons par les bonnes : un tataki de thon présenté dans un bouillon au miso très léger, en ronde autour d\u2019une belle gelée d\u2019érable et décoré de légumes croquants passés à la mandoline.Sur le même second podium, une salade tiède de choux de Bruxelles, quelques lardons pour épouser le chou, trois ou quatre copeaux de parmesan et quelques croûtons de pain de campagne.Les câpres frites annoncées étaient cachées.Ou alors très discrètes.Trop.Sur le podium central, un superbe carpaccio de dorade en très fines tranches, relevé d\u2019une vinaigrette au citron vert et d\u2019une gelée de chardonnay au miel.Un plat parfait.Tenez, je vous en parle, j\u2019en ai presque les larmes aux yeux.Un plat froid moins enthousiasmant, lire « fade », qui a valu une vilaine grimace du « mer veilleux Georges », dixit madame Tremblay, et notre réprobation générale : saumon mi-cuit.En description, « salicornes de la Gaspésie » et « espuma au citron » étaient appétissants, mais ont dû se perdre dans un banc de neige de la rue Wellington.Toujours souriante, Julie Anna ap- por te deux plats chauds impeccables, un troisième qui m\u2019a laissé perplexe et un quatrième qui a stupéfié la tablée.Le premier impeccable : magret de canard rôti, écrasée de topinambour au beurre, sauce au canard.Notes du critique : 1.La poudre d\u2019olive était-elle vraiment nécessaire ?2.Le mot « sapin » était-il là pour faire joli seulement ?Deuxième impeccable : risotto à l\u2019encre de seiche, poulpe et radis rouge.Note du critique : la pieuvre devait être amie avec le saumon, aussi insipide l\u2019une que l\u2019autre.Ma perplexité au sujet du troisième est venue du fait que le plat annonçait «macreuse de bœuf » et plus Une autre belle adresse verdunoise Ce Pigor est l\u2019exemple parfait de ce qui se fait de bien en ce moment à Verdun.Une bonne adresse.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR | 4 9 Vi v r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Croisière Voyage d\u2019affaires 24/7 Voyage d\u2019exception Voyage sur mesure Voyage familial Voyage de groupe Service personnalisé 1410, rue Stanley, suite 409, Montréal (QC) H3A 1P8 514-284-3366 7, Place du Commerce, suite 105, Île-des-Soeurs/Verdun (QC) H3E 2B5 514-761-5561 FRANCINE MARTIN Présidente voyageregence.com Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 23 ANS ! CIRCUIT TANZANIE& ZANZIBAR \u2013 16 JRS Départ : novembre 9 950 $ - 500 $ = 9 450 $ GRAND TOUR PORTUGAL & MADÈRE \u2013 22 JRS Départ : 22 sept.6 845 $ - 300 $ = 6 545 $ CIRCUIT EUROPE DE L\u2019EST & CENTRALE -24 JRS Départ 10 sept : 6 695 $ - 150 $ = 6 545 $ LES PERLES DES BALKANS \u2013 20 JRS Départ 10 sept 6 645 $ - 200 $ = 6 445 $ SPLENDEURS DE L\u2019ITALIE \u2013 22 JRS Départs septembre : 6 794 $ - 400 $ = 6 394 $ ANGLETERRE ÉCOSSE IRLANDE - 23 JRS Départs 5 et 15 sept.: 7 999 $ - 300 $ = 7 699 $ GRAND TOUR DE FRANCE \u2013 26 JRS Départ : 8 septembre 8 298 $ - 300$ = 7 998 $ CIRCUIT ESPAGNE PORTUGAL \u2013 25 JRS Départ : 25 septembre : 7 675 $ - 300 $ = 7 375 $ L\u2019INDE DES GRANDS EMPIRES \u2013 29 JRS Départ : 2 nov.8 339 $ - 400 $ = 7 939 $ LA GRANDE ARGENTINE \u2013 21 JRS NOUVEAU CIRCUIT Départs 2018 : 5 oct.& 3 nov.Petit Groupe.10 710 $ - 200 $ = 10 510 $ MAGNIFIQUE ÉGYPTE PHARAONIQUE \u2013 18 JRS Nouveaux départs : 25 oct.& 7 nov.7 770 $ - 300 $ = 7 470 $ Permis du Québec PRÉSENTATIONS CONFÉRENCES Dimanche le 8 avril Hôtel Ruby Foo\u2019s, 2655 Boul.Decarie 10h00 Remise documents Russie départ mai 11h30 Magnifique Égypte Pharaonique 18 JRS 13h00 Grande Argentine, Patagonie 20 JRS 14h00 Splendeurs de l\u2019Italie 22 JRS 15h00 Angleterre Écosse Irlande 23 JRS V OYA G E Z L \u2019 E S P R I T L I B R E L\u2019ACHAT-RACHAT CITROËN RÉSERVEZ AVANT LE 31 MARS ET ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 150 $ ! 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L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Vi v r e S a n t é 5 0 | LAURIE NOREAU COLLABORATRICE LE DEVOIR es écrans solaires nous évitent bien des coups de soleil et of frent une protection optimale contre le cancer de la peau.Mais ils s\u2019avèrent aussi nocifs pour l\u2019environnement et nuisent aux récifs coralliens.Heureusement, des solutions existent pour combiner notre protection solaire avec celle de l\u2019environnement.Il peut sembler presque ironique qu\u2019un produit censé nous protéger soit autant dangereux pour un autre organisme.C\u2019est pourtant le cas.Une étude américaine a révélé qu\u2019un ingrédient entrant dans la composition des crèmes solaires provoquait la mort de cer tains coraux.La molécule en cause : l\u2019oxyben- zone, le composé qui filtre les rayons ultraviolets et les empêche d\u2019atteindre notre peau.On le retrouve dans pratiquement tous les écrans solaires vendus en pharmacie.Pendant la baignade, la crème solaire perd de son adhérence et se retrouve en grande quantité dans l\u2019eau.Bon an, mal an, ce sont près de 14 000 tonnes de crème solaire qui se retrouvent dans les océans du monde entier.L\u2019oxybenzone s\u2019accumule et entraîne des modifications importantes dans l\u2019ADN des coraux, empêchant une croissance adéquate.Pour les coraux adultes, cela entraîne leur blanchiment, un état qui les rend très vulnérables.Sans surprise, les conséquences les plus dramatiques ont lieu autour des zones touristiques.Certaines destinations soleil bloquent maintenant l\u2019accès aux plages pour les touristes qui se sont badigeonnés d\u2019écrans solaires contenant des composés toxiques.D\u2019autres offrent aux voyageurs des échantillons de crème non nocive pour l\u2019environnement.Mais ce composé ne se retrouve pas seulement dans les océans.Il atter rit aussi dans les eaux usées, les usines de filtration ne réussissant pas à éliminer toutes les traces d\u2019oxybenzone.« Mettre le doigt sur la cause de la dégradation d\u2019un récif corallien en zone touristique n\u2019est pas évident.Par contre, on peut certainement concevoir une situation de stress cumulatifs : rejets des eaux usées des hôtels, présence de bateaux et de motomarines, produits de soins corporels comme la crème solaire, ou encore pesticides appliqués dans les parcs et les terrains de golf des sites de villégiature », constate Richard Saint-Louis, professeur spécialisé en pollution des environnements aquatiques à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Il n\u2019y a pas que la crème solaire Les écrans solaires : amis ou ennemis ?Pour s\u2019y retrouver Chercher des crèmes solaires contenant du dioxyde de titane ou de l\u2019oxyde de zinc dans la liste d\u2019ingrédients médicinaux.Éviter celles contenant de l\u2019oxybenzone ou de l\u2019octinoxate.Écrans solaires biodégradables ou biologiques fabriqués au Québec: Les produits Druide, La Coursière et ATTITUDE.Une étude américaine a révélé qu\u2019un ingrédient entrant dans la composition des crèmes solaires provoquait la mort de certains coraux.ROMEO GACAD AGENCE FRANCE-PRESSE L | 5 1 Vi v r e S an t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 que l\u2019on met ainsi au pilori : les rouges à lèvres, mascaras et shampooings contiennent aussi, pour la plupart, de l\u2019oxybenzone.Des risques pour l\u2019humain ?Si ce composé est si nocif pour les coraux, qu\u2019en est-il pour l\u2019humain ?Même si le lien n\u2019a pas été clairement établi, certaines études avancent que ces filtres chimiques pourraient pénétrer dans notre peau et agir comme perturbateurs endocriniens, c\u2019est-à- dire interférer avec le fonctionnement normal de certaines hormones.Cela a d\u2019ailleurs conduit l\u2019Union européenne à limiter la concentration d\u2019oxybenzone dans les produits cosmétiques et elle songe maintenant à en interdire totalement l\u2019utilisation.Chez Santé Canada, aucune décision n\u2019a été prise à cet égard et cet ingrédient est toujours autorisé.Où donner de la tête en tant que voyageur?Car avec le soleil qui brille de plus en plus fort, pas question de laisser tomber la crème solaire lors d\u2019une journée à la plage.Pour combiner protection de l\u2019environnement et protection solaire, il est maintenant possible de se tourner vers des écrans solaires biodégradables.Des produits bios En effet, devant ce problème de coraux défraîchis, plusieurs entreprises ont mis au point des produits sans oxybenzone.Parmi ceux-ci, l\u2019entreprise québécoise Druide basée à Saint-Laurent qui fabrique un produit utilisant des filtres UV minéraux plutôt que chimiques.Au lieu d\u2019inclure l\u2019oxybenzone, on le remplace par le dioxyde de titane ou l\u2019oxyde de zinc, deux molécules tout aussi efficaces pour bloquer les rayons UV, mais qui ne constituent pas une nuisance pour les récifs coralliens.La prudence est toutefois de mise, car comme l\u2019explique Nathalie Delaunay, attachée scientifique aux laboratoires Druide, il existe deux familles de particules minérales: les nanoparti- cules et les microparticules.«Toutes nos crèmes solaires sont formulées avec des microparticules de dioxyde de titane et d\u2019oxyde de zinc.Des études ont démontré que les na- noparticules sont susceptibles de diminuer la population des coraux et d\u2019augmenter leur stress alors que les microparticules, qui sont plus grosses, n\u2019auraient pas d\u2019effet», nuance-t-elle.Pendant la baignade, la crème solaire perd de son adhérence et se retrouve en grande quantité dans l\u2019eau.Bon an, mal an, ce sont près de 14 000 tonnes de ce produit qui sont repérées dans les océans du monde.ANNIE SPRATT UNSPLASH Certaines destinations soleil bloquent l\u2019accès aux plages pour les touristes badigeonnés d\u2019écrans solaires avec des composés toxiques.D\u2019autres offrent aux voyageurs des échantillons de crème non nocive pour l\u2019environnement.L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Les zombies, c\u2019est bon pour la santé L\u2019application Zombies, Run! vous propose de transformer vos courses à pied en missions pour sauver le monde.Dès le premier épisode de ce jeu immersif, qui requiert simplement que vous couriez avec vos écouteurs sur la tête, vous êtes parachutés dans une zone infestée de zombies, et devez vous rendre au camp Abel Township, où se trouvent d\u2019autres survivants, tout en amassant divers objets (bandages, médicaments) en chemin.Au début, on vous encourage simplement à courir rapidement puisque vous êtes suivis par des zombies, mais l\u2019histoire prend de l\u2019expansion au fil des épisodes, et le succès de l\u2019immersion est tel qu\u2019il a convaincu de grands auteurs, comme Margaret Atwood, d\u2019écrire quelques épisodes.À noter que le jeu est offert en anglais seulement.Zombies, Run ! Six to Start Où va donc cet avion?Vous êtes-vous déjà demandé où allait cet avion qui passait au-dessus de votre tête ?FlightRadar24 permet de passer de la spéculation à la certitude.L\u2019application montre le nombre étourdissant d\u2019avions qui se promènent en temps réel partout sur la planète.Vous pourrez ainsi apprendre que cet engin qui passe au-dessus de votre appartement de Vil- leray est un petit vol en provenance de Toronto, savoir que des chanceux viennent de s\u2019envoler vers Reykjavik ou encore suivre vos amis qui décollent pour l\u2019Europe.En cliquant sur le vol de votre choix, vous pouvez aussi avoir des détails sur le modèle de l\u2019avion, la compagnie aérienne à laquelle il appartient ou encore son heure prévue d\u2019arrivée.Bel outil pour les curieux ! FlightRadar24 FlightRadar24 AB Camille Dauphinais-Pelletier SIX TO START L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 POURBOIRES PRÉPAYÉS GRATUITS \u2013 valeur maximale de 9 200 $US SOINS MÉDICAUX À BORD GRATUITS INTERNET ILLIMITÉ GRATUIT SERVICE DE BUANDERIE GRATUIT ÉVÉNEMENTS EXCLUSIFS DANS LES PORTS D\u2019ESCALE GRATUITS FORFAIT VISA GRATUIT LIVRAISON DES BAGAGES GRATUITE SÉJOUR D\u2019UNE NUITÉE DANS UN HÔTEL DE LUXE AVANT LA CROISIÈRE GRATUIT TRANSFERTS ALLER-RETOUR GRATUITS FORFAIT PRESTIGE* EXCLUSIF Plus une prime au choix: GRATUIT - jusqu\u2019à 78 excursions terrestres GRATUIT - Forfait breuvages GRATUIT - crédit à bord maximal de 7 800 $US Les primes s\u2019appliquent à une cabine et peuvent varier selon la durée de l\u2019itinéraire TARIFS DE LA CROISIÈRE 2 POUR 1 Vol aller-retour en PREMIÈRE CLASSE* Rabais maximal de 70 % LES TARIFS DE L\u2019OFFRE SPÉCIALE POURRAIENT ÊTRE MODIFIÉS LE 1ER OCTOBRE 2018 MIAMI-SAN FRANCISCO 8 JANVIER 2020 | 180 JOURS AUTOUR DU MONDE EN 180 JOURS Tarif Spécial Autour du Monde Cabine avec balcon - 74 699 $CA par pers.*Visitez OceaniaCruises.com/terms pour plus de détails.MAR184080 CONTACTEZ INFO@COLLECTIONNEURSDEVOYAGES.COM OU 514 730 9293 Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 23 ANS ! P e r m i s d u Q u é b e c SPLENDEURS DE L\u2019ITALIE \u2013 22 JRS \u2013 DÉPART 17 MAI 2018 3 annulations dont : 2 occupations double & 1 occupation simple sans supplément simple.6 294 $ par personne Souvent copiés, jamais égalés ! 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OUEST CANADIEN & Stampede de Calgary DIMANCHE 25 MARS 2018 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS CUBA HISTOIRE ET CULTURE Du 19 novembre au 3 décembre 2018 TERRES DES ANDES LE DÉSERT D\u2019ATACAMA (CHILI) & LE SALAR D\u2019UYUNI (BOLIVIE) PROLONGATION À L\u2019ÎLE DE PÂQUES Du 4 au 22 octobre 2018 MYANMAR & LAOS Du 11 janvier au 1 février 2019 PÉROU & BOLIVIE DUO MYTHIQUE AU COEUR DE LA CULTURE ANDINE Du 12 au 31 octobre 2018 ASIE CENTRALE CHINE, KIRGHIZISTAN, KAZAKHSTAN, OUZBÉKISTAN Du 7 au 30 octobre 2018 LE MEXIQUE DES TROIS CULTURES Du 6 au 25 février 2019 11h00 11h00 12h45 12h45 14h30 14h30 Hâte au printemps?PARTEZ à New York ou à Boston n s e o * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides francophones.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 NEW YORK Pâques, vendredi 30 mars et samedi 31 mars, à partir de 225 $* Fête des Patriotes, vendredi 18 et samedi 19 mai, à partir de 225 $* BOSTON, Pâques, vendredi 30 mars, à partir de 389 $* Fête des Patriotes, vendredi 18 mai, à partir de 389 $* vous amène ailleurs.CONSULTEZ NOTRE SITE POUR TOUTES LES DATES DE DÉPARTS MYANMAR LE PÉLERINAGE DES SOURIRES 04 AU 23 NOV 2018 L\u2019auenticité encore préservée.WWW.ROUTESDUMONDE.COM \u2022 514-842-1888 SPÉCIALISTE CIRCUITS EN PETITS GROUPES ET VOYAGES SUR MESURE CULTURE - NATURE - AUTHENTICITÉ POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT CONTACTER ÉVELYNE DE VARENNES AU 514 985-3454 / edevarennes@ledevoir.com BON VOYAGE | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Moins de 16 $ Dornier The Pirate of Cocoa Hill 2015, Afrique du Sud (15,50$ \u2013 10679361) L\u2019assemblage (7 cépages !) pourra en déconcerter plus d\u2019un, mais le résultat demeure tout à fait cohérent, pour ne pas dire savoureux.Est-ce la syrah ou le petit verdot qui inscrivent cette touche de Zan (confiserie à la réglisse) et de créosote à l\u2019ensemble?Toujours est-il que la couleur est d\u2019encre et les tanins frais, juteux et sphériques.Côtes levées au barbecue?(5) ?1/2 La surprise Porto Tawny 20 ans, Taylor Fladgate, Douro, Portugal (69,75$ \u2013 149047) Après une remarquable dégustation des vintages 1995, 2004 et l\u2019extraordinaire 2015 (à venir !) de cette belle maison anglaise, ce 20 ans s\u2019est installé avec toute la majesté voulue.Les équilibres oxydatifs, sans assécher ni brûler, envoûtent sous des flaveurs amples de caramel, de noix, de gingembre, de tabac.Superbe ! ?Le blanc Roussette du Bugey 2015, G.Dubreuil, France (22,55$ \u2013 13471522) Tout à l\u2019est de Lyon, la gastronomie file elle aussi le parfait bonheur dans cette appellation Bugey où la roussette est reine.On croirait traverser ici un verger où pommiers, poiriers et pêchers sont en fleur tant la trame aromatique séduit.Un blanc sec, peu acide et tout en rondeur, d\u2019un charme irrésistible.(5) ?Le rouge Les Halos de Jupiter 2016, Côtes du Rhône, France (17,90$ \u2013 11903619) L\u2019étroite collaboration de l\u2019œnologue Philippe Gambie et de Michel Gassier assure la thématique des «Halos de Jupiter» en se déclinant sur les meilleures appellations rhodaniennes.De juteux mais aussi vieux grenaches éraflés (complétés de syrah) livrent un fruité tout en nuances et en douceur, d\u2019une remarquable franchise.(5) ?© Le bio Château Grinou Réserve 2015, Bergerac, France (18,80$ \u2013 896654) Les stocks s\u2019envolent, mais assurez-vous d\u2019en déboucher une bouteille sur votre gigot du vendredi soir car ce merlot contente et rassasie.La robe juvénile est profonde et les arômes fruités sont ensoleillés, mais c\u2019est surtout en bouche que le moelleux ajoute au charme.C\u2019est frais, de corps moyen, de bel équilibre.(5) ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E CRITIQUE JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Nous avions traité ici même, il y a peu de temps, du profil à la fois subtil et changeant adopté par le sangiovese dans ses terres de Toscane, plus spécifiquement en appellation Chianti Clas- sico, Brunello di Montalcino et Vino Nobile di Montepulciano.Poursuivant sur leur lancée, les Amis du vin du Devoir s\u2019attablaient cette semaine pour voir en quoi le grand riesling affichait, lui, ses différences parmi l\u2019élite des triples « A » que sont les terroirs d\u2019Autriche, d\u2019Allemagne et d\u2019Alsace.L\u2019origine du cépage paraît différer selon les sources.Mais il semble que la date de 1435 soit plausible dans le Rheingau allemand, même si le terme ruesseling était déjà mentionné en Alsace en l\u2019an 1348.Marqueur de terroir comme pas un, le riesling est, et je cite les auteurs de l\u2019atlas Wine Grapes (ecco), « l\u2019un des cépages blancs les plus exaltants, révélant avec une rare acuité l\u2019expression de sa situation géographique tout en étant, et cela, quels que soient ses nombreux indices de sucrosité, parmi ceux dont la longévité est la plus élevée ».Si le pirate, en l\u2019occurrence le Riesling 2016 Tantalus de la vallée de l\u2019Okanagan (31,50 $ \u2013 12456726 \u2013 (5) ?1/2), a unanimement été identifié en raison de son approche axée sur le fruité, sans toutefois l\u2019expression minérale des collègues européens, le « visage » respectif des terroirs de chacun des pays s\u2019est tout de même confirmé par tous sans trop d\u2019hésitations.Déclinons.Riesling Trocken 2015, Schlossgut Diel, Nahe, Allemagne (25 $ \u2013 13347919).Cette dynamique maison familiale livre une version impeccable du scintillant riesling.La légère pointe de gaz carbonique avive plus encore la nuance minérale évidente du terroir.C\u2019est bien sec, tonique, floral.Incontournable.(5) © ?Moyenne du groupe : ?Riesling Sprinzenberg 2016, Geyer- hof, Kremstal, Autriche (28,90 $ \u2013 12131551).Sucez une poignée de cailloux ronds et vous voilà déjà salivant ce riesling de belle ampleur, plutôt sec de ton, à la fois tendre et épicé.Jubilatoire.(5) ?Moyenne du groupe : ?Riesling Roche volcanique 2015, Zind-Humbrecht, Alsace, France (40,25 $ \u2013 13422165).Une autre leçon de terroir, mais aussi d\u2019humilité, où l\u2019homme s\u2019incline pour mieux faire place au discours hautement minéral.Un bio très sec (2 g) un rien austère, à la fois dense et fumé, relevé d\u2019une intrigante note de purée de poire sur la longue finale.Une leçon de vin ! (10+) © ?Moyenne du groupe : ?Riesling Loibenberg 2012, Pichler- Krutzler, Wachau, Autriche (57 $ \u2013 12296128).L\u2019expression est dense, détaillée, complexe, et le vin est sec et très minéral.Un seigneur qui affiche finesse d\u2019esprit et volonté manifeste.Grand riesling, très racé.(5+) © ?Moyenne du groupe : ?1/2 Riesling Hocheimer Hölle Kabinett Trocken 2016, Künstler, Rheingau, Allemagne (33,50 $ \u2013 11607596).S\u2019il n\u2019y en avait qu\u2019un\u2026 ce trocken serait la référence.Mélange de sève, de puissance, de corps, avec un caractère fruité rond et épicé qui porte longuement le palais.Tout y est ! (5+) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 Riesling Wachenheimer Rechbächel Riesling Trocken 2016, Dr Bürklin- Wolf, Pfalz, Allemagne (38,50$ \u2013 12490377).Cette maison réputée pratiquant la biodynamie écrit avec une sensibilité aiguë le grand livre des rieslings où chacun des chapitres résume l\u2019expression du grand cépage avec un panache assumé.Très haute précision sur une base de vin sec, détaillé, vivant et long en bouche.Une approche plus spirituelle que physique.(10+) © ?Moyenne du groupe : ?1/2 Riesling Muenchberg 2015, André Os- tertag, Epfig, Alsace, France (65,25 $ \u2013 739821).Tout le monde a été «scié » sur place tant l\u2019énergie de ce grand vin s\u2019est emparée des nez, des palais et de l\u2019imagination de chacun.Hautes fréquences minérales et fruité profond, substantiel, presque tannique.Un concentré de terroir, pour ne pas dire de savoir, celui des moines qui se penchaient déjà sur son berceau dès le XIIe siècle.Grand, tout simplement.(10+) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 guideaubry@gmail.com Le triple « A » des grands rieslings Vignoble pentu en Moselle JEAN AUBRY L\u2019origine du cépage paraît différer selon les sources.Mais il semble que la date de 1435 soit plausible dans le Rheingau allemand, même si le terme ruesseling était déjà mentionné en Alsace en l\u2019an 1348. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | GRILLE BLANCHE GRILLE DES FÉRUS SUDOKU MOTS FLÉCHÉS | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES MOTS CROISÉS DU SAMEDI Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 392 Horizontalement I.Petits-beurre.II.Epanouis.Hum.III.Ripou.Osmose.IV.Ecarté.Ou.Hr.V.Mu.Gelures.VI.Pria.Uretère.VII.Ti.Nessus.On.VIII.Isaïe.Is.Suc.IX.Omis.Edentée.X.Nénette.Bées.Verticalement 1.Péremption.2.Epicurisme.3.Tapa.Ain.4.Inorganisé.5.Toute.Ee.6.Su.Elus.Et.7.Bio.Ursidé.8.Essoreuse.9.Muets.Nb.10.Rhô.Se.Ste.11.Rush.Rouée.12.Emergences.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 393 1.On aimerait bien pouvoir le consommer sans modération.2.Vélos en piste.Peut aider à s\u2019en sortir.3.Pas bien poli.Claque ou pagaille, mais il faut l\u2019éviter.4.Pour apprendre à lire.5.Exerça sa force.Affluent du Danube.6.Personnel.A belle allure.7.Attestée.Personnel.8.Sans la moindre expression.Jasent et jacassent.9.Pour tracer droit.Fume au Japon.10.Circule librement en Iran.Bien arrivée chez nous.11.Excédent à surveiller de près.Bon conducteur.12.Aide à préparer le classement.I.Quand le corps récupère tous nos problèmes.II.Bonne à échanger.Bien descendu.III.Sur le terrain mais plus en ligne.Stratégie en noir et blanc.A mesuré le rayonnement.IV.Négation.Débarque du chef-lieu du Calvados.V.Facilite les essais.Capitula à Appomattox.Pris en sortant.VI.Louée pour être exploitée.Grave chez les dames.VII.Suite organisée.Ses éléphants ont trouvé aujourd\u2019hui leur cornac.Conjonction.VIII.Sacrement.IX.Réduire.Planteur de vignes.Protection du chevalier.X.Calme les plus excités.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde CITATION MYSTÉRIEUSE L\u2019INTERVALLE Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque mot (incluant l\u2019ajout ou le retrait d\u2019une lettre), trouver les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.B U T E S E N F E R MOTS IMAGES Associez deux mots pour former une expression imagée.ROUGE PRESSÉ AVOIR SE FENDRE CERISE DONNER TOMBER RACONTER POIRE PÊCHE TOMATE GÂTEAU CHATAÎGNE BANANE SALADES CITRON 1.2.3.4.5.6.7.8.SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS SUDOKU : SOLUTION DU DERNIER NUMÉRO GRILLE DES FÉRUS CITATION MYSTÉRIEUSE Estimer correctement son degré d\u2019ignorance est une étape saine et nécessaire.(Hubert Reeves) L\u2019INTERVALLE SATAN / SATIN / PATIN / PÂTIS / BÂTIS LES ANAGRAMMES Chantera - Canthare - Rechanta / Coincher - Conchier - Corniche / Complaisent - Complaintes - Contemplais / Tapirat - Partait - Partita / Tarsiennes - Renaissent - Reniassent MOT IMAGE Dur de la feuille / Yeux en amande / Tomber dans les pommes / Avoir la guigne / Casse-noix / Fauché comme les blés / Prendre de la graine / Pissenlits par la racine Conception de la grille blanche, de la grille des férus et des mots fléchés : Étienne Hannequart-Ferron.E N H S T C A R T I S E A ERINRVSEAT R E GA M I T R E S I M N A 4.5.1.3.2.1.3.2.1.2.3.4.1.2.3.1.2.3.1 7 1 9 Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1 7 1 9 1 7 1 9 1 7 1 9 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 M A R S / 2 0 1 8 Billets en ligne: espacepourlavie.ca VIAU À L\u2019AFFICHE PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN "]
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