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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-03-30, Collections de BAnQ.

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[" V O L .C I X N o 6 9 L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m Le bras canadien, c\u2019était lui: Rusty Staub Page B 9 Malala revient chez elle, au Pakistan Page A 6 Zeitgeist La sœur samouraï Page B 10 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Nana Mouskouri est au Québec, où elle présentera des spectacles dans la capitale et à Montréal.S Y L V A I N C O R M I E R D\u2019 Elvis à Emmylou, de Dalida à Dylan, de Cohen à Barbara, d\u2019Aznavour à Amy Wi- nehouse, l\u2019interprète inter nationalement grecque aux 300 millions d\u2019albums fait vivre à ses voix préférées une éternelle jeunesse.Nouvel album ce vendredi, spectacles en mai.Entrevue tout de suite.Combientième album ?Elle ne le sait pas, moi non plus.Nana Mous- kouri a une discographie par pays, c\u2019est infini.On estime à 1500 les titres enregistrés : on n\u2019en dressera pas la liste ici.Chose certaine, la chanson-ti- tre de son nouveau disque est du Bob Dylan : Forever Young.Certitude, il y a aussi une forte version du Hallelujah de Leonard Cohen.Un grand ami de Nana, on sait ça aussi.Dylan, Cohen, elle les chante depuis les années 1960.« J\u2019ai passé une soirée avec les deux, une fois, se souvient-elle.Je les ai écoutés discuter d\u2019écriture de chansons, c\u2019était incroyable, je n\u2019oublierai jamais ça ! » Il faut la voir s\u2019animer.Ce n\u2019est plus la Nana Mouskouri qui, à 83 ans, débarque à Montréal pour la promo de Forever Young (on est jeudi après- midi : le tournage de l\u2019émission Tout le monde en parle a lieu le soir).C\u2019est une éternelle jeune femme toute joyeuse à l\u2019idée de par tager un moment béni : « C\u2019était à Los Angeles, après un concert, ils étaient là l\u2019un devant l\u2019autre, deux chercheurs de l\u2019âme.Les mots ne sortaient pas facilement de leur bouche, mais ils étaient réfléchis.Je les regardais, j\u2019étais émue à fond.Cohen demandait à Dylan ce qu\u2019il avait voulu dire dans telle phrase de telle chanson.NANA MOUSKOURI, 60 ANS DE GRATITUDE Jamais n\u2019a déchanté Elle a porté sa voix aux quatre coins du monde, pour mieux nourrir son appétit de toutes les cultures H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa D ans la foulée du jugement Jordan de la Cour suprême, Ottawa se devait de trouver des moyens pour désembourber le système judiciaire et ainsi garantir aux accusés des procès en temps opportun.La réponse est venue jeudi, mais non pas sous la forme attendue : le gouvernement de Justin Trudeau s\u2019en tient pour l\u2019instant à une refonte technique du milieu de la justice, repor tant aux calendes grecques la révision des nombreuses peines minimales instaurées par les conservateurs.Dans son projet de loi C-75, Ottawa abolit les enquêtes préliminaires pour toutes les infractions, sauf celles pouvant déboucher sur une peine à perpétuité, soit le meur tre, l\u2019enlèvement, l\u2019incendie criminel ou les actes commis pour un groupe ter roriste.L\u2019enquête préliminaire est une sorte de préprocès permettant de tester la solidité de la preuve.Son utilité ne fait pas consensus dans le milieu judi- c ia ire : cer tains est iment qu\u2019elle constitue un dédoublement inutile tandis que d\u2019autres croient qu\u2019elle permet de faire tomber les accusations boiteuses.Provinces favorables L\u2019Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan demandaient leur élimination.L\u2019Association du Barreau du Canada s\u2019y opposait, plaidant que les enquêtes préliminaires ne sont utilisées que dans 5 % de toutes les causes traitées par les tribunaux, ne durent en moyenne que deux jours et permettent d\u2019éviter d\u2019éventuels retards en ciblant en amont les erreurs au dossier.Selon Ottawa, il y a eu 9100 enquêtes préliminaires en 2014-2015 et ce nombre chutera de 87 % avec le changement proposé.L\u2019autre réforme consiste à reclassifier les infractions.Le Code criminel est truffé de délits « hybrides » pouvant être traités par voie de procédures sommaires (en cour provinciale) ou par mises en accusation (en Cour supérieure).DÉLAIS JUDICIAIRES Ottawa coupe court à certaines procédures M A R C O F O R T I E R J E S S I C A N A D E A U Des élèves d\u2019écoles secondaires de Montréal et des intervenantes communautaires lancent un cri du cœur : des violences sexuelles surviennent dans les écoles, mais ne sont pas prises au sérieux.Selon ce que Le Devoir a appris, sept élèves, accompagnées de deux intervenantes, sont venues livrer des témoignages troublants en pleine séance du conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), mercredi soir.Elles ont raconté des histoires qui ont bouleversé les commissaires.Les filles ont parlé de fellations faites sous la menace, d\u2019attouchements et d\u2019autres formes d\u2019agressions sexuelles commises par des élèves entre les murs des écoles.Ces étudiantes proviennent de trois écoles secondaires publiques de la CSDM, d\u2019une école secondaire privée et d\u2019une autre école pour des élèves ayant des besoins particuliers.«Les violences sexuelles dans les écoles sont tellement courantes qu\u2019elles deviennent banalisées », dit Émilie Martinak, une des intervenantes qui ont a c c o m p a g n é l e s s e p t élèves lors de leur témoignage devant le conseil de la CSDM, mercredi.Mm e Mar tinak et son équipe ont décidé d\u2019alerter les commissaires pour secouer l\u2019apathie du milieu scolaire \u2014 directions d\u2019école, enseignants et autres membres du personnel.Les plaintes d\u2019élèves restent généralement sans suite, selon elle.Urgence d\u2019agir Mme Martinak coordonne un programme de prévention de l\u2019exploitation sexuelle à la Maison d\u2019Haïti, un organisme communautaire du quartier Saint-Michel, à Montréal.Le projet accompagne chaque année entre 112 et 129 élèves de Montréal.Son constat est accablant : 90 % des participantes disent avoir déjà subi des attouchements dans les écoles, dont 20 % de manière répétitive.Presque toutes les filles disent avoir déjà reçu des photos non sollicitées d\u2019organes génitaux de garçons.Et les cas de fellations obtenues sous la menace et l\u2019intimidation ne sont pas rares, déplore Émilie Martinak.«Le gouvernement a fini par agir contre les violences sexuelles dans les universités quand des femmes ont dénoncé les agressions.Il faut maintenant agir contre les violences sexuelles dans les écoles secondaires», dit Marjorie Villefranche, Violences sexuelles à l\u2019école Des adolescentes témoignent des outrages qu\u2019elles subissent et implorent la CSDM de les aider Le monde \u203a La riposte de la Russie.Moscou a expulsé 60 diplomates américains et fermé un consulat des États-Unis.Page A 7 Actualités \u203a Moins de contrevenants à la loi sur la langue d\u2019af?- chage.L\u2019effet d\u2019un adoucissement des règles?Page A 3 Économie \u203a Le Québec connaît sa plus forte création d\u2019emplois en 15 ans.Nouvelle et analyse.Page B 6 AUJOURD\u2019HUI Avis légaux.B 8 Décès.B 9 Météo.B 5 Mots croisés.A 6 Petites annonces .B 9 Sudoku.A 6 Les agressions prennent diverses formes, de la photo pornographique envoyée à la fellation obtenue sous la contrainte VOIR PAGE A 10 : JUSTICE VOIR PAGE A 10 : MOUSKOURI VOIR PAGE A 10 : VIOLENCES « Moi, je chante entre les lignes, en tout cas c\u2019est un peu ça que j\u2019essaie de faire depuis 60 ans ! » L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 2 À LIRE DEMAIN DOSSIER DU SAMEDI Chemins de foi Alors que les églises se vident, des Québécois de souche se tournent vers des religions comme l\u2019islam, le bouddhisme, le judaïsme.Les raisons de leur conversion sont multiples.Lumière sur ces singuliers chemins de foi.TEXTES LISA-MARIE GERVAIS PHOTOS JACQUES NADEAU P A U L I N E G R A V E L L e Canada a réussi à recruter 24 sommités mondiales en recherche scientifique grâce à de généreuses chaires de recherche.Plusieurs récipiendaires de ces chaires de recherche Canada 150 ont accepté d\u2019abandonner des emplois fort enviables dans des universités prestigieuses en raison du climat social et politique délétère du pays où ils travaillaient.D\u2019autres, des Canadiens expatriés, profitent de la manne pour rentrer au pays.Dans le but d\u2019attirer des chercheurs de haut niveau, le gouvernement du Canada avait prévu dans son budget 2017 un investissement de 117,6 millions de dollars pour un programme de chaires de recherche dénommées Canada 150 en l\u2019honneur du 150e anniversaire du Canada.Dix de ces vingt-quatre chaires fourniront un financement d\u2019un million de dollars annuellement pendant sept ans et quatorze accorderont 350 000$ annuellement pendant sept ans.Alán Aspur u-Guzik, une sommité mondiale dans le domaine de la chimie théorique, quantique et computationnelle, quittera l\u2019Université Harvard en juillet prochain pour l\u2019Université de Toronto.Et il le fera sans regret et avec beaucoup d\u2019enthousiasme.« Pendant longtemps, je n\u2019étais pas satisfait de la façon dont les États-Unis se comportaient po- l i t iquement.Leur manque de civilité et de politesse m\u2019indisposait et plusieurs aspects de la société me rebutaient.L\u2019élection de Trump a catalysé ma décision de partir ailleurs.Je voulais aller là où je me sentirais bien dans la société, et ce fut le Canada.À cela s\u2019ajoute bien sûr le fait qu\u2019on m\u2019y propose une excellente occasion scientifique.«Un autre enjeu est l\u2019incertitude quant au financement de la recherche scientifique étant donné que le gouvernement américain a augmenté le budget voué aux dépenses militaires plus que tous les autres.Le Canada est plus rafraîchissant et inspirant ! » a-t-il confié au Devoir.M.Aspuru-Guzik est très satisfait des conditions qui lui seront accordées à l\u2019Université de Toronto.Il recevra un million par année pendant sept ans, ce qui est «comparable » à ce dont il dispose à Harvard.Incertitude politique Yves Brun, originaire du Nouveau-Brunswick, a effectué son doctorat à l\u2019Université Laval et un stage postdoctoral à l\u2019Université Stanford avant d\u2019être embauché par l\u2019Université de l\u2019Indiana en 1993.Il désirait revenir au pays depuis un cer tain temps.L\u2019élection du président Trump n\u2019est pas la raison principale de son retour au Canada, mais «un des facteurs».« Pour l\u2019instant, l\u2019arrivée de Trump a eu peu de répercussions négatives sur le financement de la recherche fondamentale.Mais il y a quand même beaucoup d\u2019incer ti- tudes.Par contre, le climat so- ciopolitique est très négatif et tout cela m\u2019af fectait.C\u2019était donc tentant de venir dans un pays plus ouvert et qui vient de réinvestir dans la recherche fondamentale», a-t-il affirmé.Alors qu\u2019il bénéficiait de 750 000$ par année à l\u2019Université de l\u2019Indiana, M.Brun verra ses ressources financières doubler à l\u2019Université de Montréal grâce au million de la chaire de recherche Canada 150 ainsi qu\u2019aux programmes sociaux en vigueur au pays \u2014 qui couvrent notamment les frais médicaux \u2014, qui réduiront ainsi les coûts associés à l\u2019embauche du personnel de recherche.Cette chaire lui permettra de « suivre son instinct et d\u2019aller dans des directions qui normalement seraient subventionnées moins facilement ».«En recherche fondamentale, on ne sait jamais quel projet nous conduira à une découverte importante.De plus, je pourrai me consacrer à des projets de longue haleine sans avoir à préparer sans cesse de nouvelles demandes de subvention qui grugent beaucoup de temps.« Avec cette chaire de recherche d\u2019une durée de sept ans, j\u2019ai maintenant les moyens de voir grand et loin!» lance ce spécialiste des bactéries qui travaillera à la mise au point d\u2019antibiotiques et de bioadhésifs.Ouverture des frontières Pour l\u2019Autrichien Josef Penninger, qui mène des travaux en génétique dans l\u2019espoir de découvrir les mécanismes de la pa- thogenèse des maladies, ce sera un retour au Canada, puisqu\u2019il a fait des recherches à Toronto de 1990 à 2004.Les conditions offertes par la chaire de recherche Canada 150 (un million annuellement) sont un peu moins généreuses que celles dont il jouit en ce moment à l\u2019Académie autrichienne des sciences, mais l\u2019Université de la Colombie-Britannique (UBC) ajoutera une contribution qui devrait les rendre comparables.Pour cet Européen qui adhère à «l\u2019ouverture des frontières» et qui «aime les sociétés culturelles et les endroits où les gens d\u2019ailleurs sont les bienvenus», le Canada est un pays où ces valeurs sont très présentes, alors qu\u2019en Europe, l\u2019atmosphère est tout autre depuis l\u2019afflux de migrants.Il croit que «la politique canadienne va dans la bonne direction et est propice à l\u2019innovation».Engagement du Canada Azim Sharif quittera l\u2019Université de la Californie à Ir vine pour l\u2019UBC, où il poursuivra ses recherches en psychologie morale.Il est content de rentrer au pays où il a grandi et fait ses études, mais son retour est aussi motivé par le programme de chaires de recherche qui, à ses yeux, démontre « l\u2019engagement du Canada envers la science, la recherche et l\u2019éducation publique », des valeurs qui lui tiennent à cœur.RECHERCHE Des chercheurs séduits par le climat politique au Canada Les universités recrutent une vingtaine de sommités mondiales grâce à de généreuses chaires de recherche JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE La présidente de la FIQ, Nancy Bédard, s\u2019est réjouie du lancement des projets-pilotes qui faisaient partie d\u2019une entente en 2016.M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec Kathleen Weil écarte la possibilité de légiférer afin d\u2019interdire aux partis politiques d\u2019acquérir des données d\u2019in- ternautes québécois sans leur consentement avant les prochaines élections générales.Le temps manque, selon elle.« Ça prend plus de temps, plus de consultations, etc.L\u2019objectif, c\u2019est [de changer les choses avant] les prochaines élections », a soutenu la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, jeudi.Pour tant, Kathleen Weil a réussi cet hiver à convaincre l\u2019Assemblée nationale d\u2019adopter le projet de loi visant à resserrer l\u2019accès aux documents du Conseil des ministres moins de 30 jours après l\u2019avoir déposé.Mme Weil se donne 10 jours pour trouver un acteur « indépendant » et « crédible » qui pourra s\u2019assurer qu\u2019aucun parti politique ne possède de données à grande échelle (big data) de comportements d\u2019électeurs québécois obtenues sans le consentement de ces derniers.« [Il s\u2019agirait d\u2019une] mesure qui ferait en sorte de rassurer les électeurs par rappor t au fait que la confidentialité de leurs informations personnelles est bien protégée », a-t- elle déclaré près de deux semaines après l\u2019éclatement du scandale Facebook-Cambridge Analytica.Fin de non-recevoir Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) lui a opposé une fin de non-recevoir.Une telle pratique n\u2019est pas prévue à la loi, a-t-il précisé.«Il n\u2019y a aucune loi qui interdit ou balise l\u2019utilisation par les partis politiques de ces don- nées-là », rappelle le professeur au Dépar tement de science politique de l\u2019Université Laval Thierry Giasson.« Si on veut reconnaître des infractions à cer taines pratiques, c\u2019est le législateur, Mme Weil, qui est responsable de la Loi électorale, qui doit lancer un travail de révision de la Loi.» La lecture de la législation française en la matière constitue un bon point de départ, selon lui.Rien n\u2019empêche le DGEQ de convoquer le comité consultatif, qui est formé des formations politiques représentées à l\u2019Assemblée nationale, afin de réfléchir aux modifications à apporter à la Loi électorale, a convenu Mme Weil jeudi.« Avec de la bonne volonté, on est toujours capables d\u2019agir rapidement », a dit de son côté la vice-chef du Par ti québécois, Véronique Hivon, jeudi.Motion de QS Les élus libéraux refusent mordicus d\u2019appuyer, entre- temps, une motion de Québec solidaire visant à contraindre les partis politiques représentés à l\u2019Assemblée nationale à « dévoiler les contrats ou ententes qu\u2019ils ont avec des entreprises de collecte de données».L\u2019élu solidaire Gabriel Na- deau-Dubois soupçonne le gouvernement libéral de chercher à «noyer le poisson».La ministre Kathleen Weil a assuré les médias que le Parti libéral du Québec ne possède pas de données sur des Québécois sans avoir obtenu préalablement leur accord.« Je peux le dire et les gens peuvent me croire et ils devraient me croire, mais qu\u2019est- ce que j\u2019en sais.[\u2026] J\u2019aimerais bien que ce soit une tierce partie qui vous le confirme.» Le Devoir QUÉBEC Données personnelles : pas de loi avant les élections, tranche Weil I S A B E L L E P O R T E R à Québec A u terme de longues négociations, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et le ministre Gaétan Barrette ont convenu de lancer dès ce printemps des pro- jets-pilotes sur les ratios pour réduire la charge de travail des infirmières.En CHSLD, dans certains cas, cela pourrait réduire le nombre de patients par infirmière de moitié.À l\u2019heure actuelle, une infirmière travaillant le soir en CHSLD a entre 50 et 64 patients à sa charge et on veut faire passer ce ratio entre 25 et 32 patients.Le rôle des projets-pi- lotes consiste à établir quel est le ratio idéal entre 25 et 32.Le changement proposé est également majeur la nuit : entre 37 et 44 patients par infirmière (au lieu de 75 à 96), mais moins marqué pour les quarts de jour (de 20 à 27 patients au lieu de 25 à 32).«Cette entente, pour les professionnels en soins, c\u2019est enfin l\u2019espoir de régler la surcharge de travail », a déclaré la présidente de la FIQ, Nancy Bédard.Tout sourire à ses côtés, le ministre Gaétan Barrette a parlé du «premier jour» d\u2019une «nouvelle ère».Plus tôt cette semaine, Mme Bédard avait pourtant vivement critiqué le gouvernement parce qu\u2019aucune somme n\u2019avait été prévue dans le budget pour ses membres.Invitée à expliquer son revirement, elle a rétorqué que l\u2019important, « c\u2019est le résultat » et qu\u2019elle aurait aimé « qu\u2019on puisse arriver à ça avant ».Le gouvernement et la FIQ s\u2019étaient entendus dès 2016 pour étudier la possibilité de lancer un projet sur les ratios, le sujet ayant fait l\u2019objet d\u2019une lettre d\u2019entente dans la dernière convention collective.Les négociations à ce sujet se sont toutefois accélérées depuis la levée de boucliers déclenchée par le cri du cœur de la jeune infirmière Émilie Ricard, en janvier dernier.Après les ratios, la négo Au total, dix-sept de ces pro- jets-pilotes seront lancés dans les prochains mois, dont trois d\u2019ici mai, à l\u2019Hôpital général de Lakeshore dans l\u2019ouest de Montréal, au Centre hospitalier de Trois-Rivières (CHAUR) et au CHLSD de Bagotville.Le projet vise à évaluer les ratios dans tous les contextes où les infirmières peuvent travailler.Ainsi, à Montréal, le projet- pilote se fera dans une unité de médecine, alors qu\u2019à Trois-Ri- vières, ce sera en chirurgie.Les projets-pilotes doivent normalement prendre fin à la fin de l\u2019année 2019.Pour les évaluer, les parties comptent s\u2019appuyer sur le SNCT (Safe Nursing Care Tool), un « outil neutre », a dit le ministre, qui a été développé par des dirigeants d\u2019établissements en Grande-Bretagne.Reste à savoir si et quand les nouveaux ratios pourront per- coler dans le réseau.Au dire du ministre, cela pourrait se traduire par l\u2019embauche dans le réseau de centaines, voire de milliers de personnes supplémentaires et des coûts additionnels « dans la centaine de millions de dollars, ou même les centaines de millions».Mais en attendant que ces projets portent leurs fruits, les infirmières continuent de dénoncer leurs conditions de travail actuelles.Cette semaine, dans Chaudière-Appalaches, 1076 d\u2019entre elles ont rejeté en assemblée les dernières offres de leur Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS).À la sortie de son annonce avec le ministre, la présidente de la FIQ lui a d\u2019ailleurs lancé qu\u2019ils allaient devoir se revoir sous peu à cet égard.Le Devoir SANTÉ « L\u2019espoir de régler la surcharge de travail » La FIQ et le ministre Barrette conviennent de lancer des projets-pilotes dès ce printemps Entente de principe avec les 200 sages-femmes Québec s\u2019est finalement entendu avec ses quelque 200 sages-femmes quant au renouvellement de leur convention collective.L\u2019entente de principe a été conclue mercredi soir avec le ministère de la Santé et des Services sociaux.Le principal point en litige portait sur les primes de garde.La Presse canadienne Dix de ces 24 chaires fourniront un financement d\u2019un million de dollars annuellement pendant 7 ans L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 ACTUALITES A 3 C ette semaine, l \u2019Agence France- Presse rapportait la décision du président Emmanuel Macron de rendre un hommage national au gendarme Arnaud Beltrame, mor t égorgé par un djihadiste à Trèbes, près de Carcassonne.Dans la dépêche, chaque fois que le mot « héros » était mentionné, il était soigneusement mis entre guil lemets.Comme si l \u2019on avait peur du terme.Comme s\u2019 i l fal lait s \u2019en distancer.Comme si l\u2019on craignait qu\u2019il nous contamine.C\u2019est dire la pudeur, l\u2019inquiétude même, devant un mot et un homme qui semblent venir tout droit d\u2019une autre époque.Pour ne pas dire d\u2019un autre monde.Et pourtant, il n\u2019y a guère de doute.On a beau retourner l\u2019histoire d\u2019Arnaud Beltrame dans tous les sens, ce soldat est un héros.Il n\u2019aura fallu que vingt minutes à l\u2019escouade de la gendarmerie qu\u2019il commandait pour arriver au supermarché de Trèbes où se déroulaient une prise d\u2019otages et une fusillade qui avait déjà fait plusieurs victimes.Sans attendre, disent les témoins, Beltrame tenta de négocier avec le ter roriste qui utilisait une femme comme bouclier humain.Sans plus, il leva les mains, déposa son arme au sol et proposa de prendre sa place.La femme fut l ibérée quelques minutes plus tard.Mercredi, devant les Invalides, avant l\u2019hommage rendu au militaire, la foule qui s\u2019était massée spontanément le long du cor tège n\u2019avait que faire des guillemets.Elle n\u2019avait aucun doute sur l\u2019héroïsme de celui qui avait donné sa vie pour la patrie.Interrogé au hasard, un passant a décrit Arnaud Beltrame comme « un homme tombé au front [\u2026] qui nous fait renouer avec la France des chevaliers, des résistants, des combattants.Enfin un homme, et quel homme, s\u2019est levé dans cette guerre ».Dans la même veine, Emmanuel Macron a évoqué les figures de Jeanne d\u2019Arc et du résistant Jean Moulin.?Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un héros depuis l\u2019Antiquité sinon un intermédiaire entre les hommes et les dieux ?Ou pour le dire avec les mots d\u2019au- jourd\u2019hui, entre l\u2019humble condition de chacun et ce qui nous dépasse tous.Le héros est issu des rangs des mor tels.Mais il a touché du doigt quelque chose de plus grand que lui.Samedi dernier, un observateur ira même jusqu\u2019à évoquer une forme de «sainteté ».Dans un monde où la célébrité a remplacé l\u2019héroïsme, le profil d\u2019Arnaud Beltrame semble anachronique.Pensez que celui dont le nom nous était inconnu il y a une semaine encore est sorti major de la grande école militaire de Saint-Cyr fondée par Napoléon.Formé au combat comme à la philosophie, il y a reçu une éducation classique à faire dresser les cheveux sur la tête de nos pédagogues.Un de ses camarades racontait qu\u2019à la popote le soir, il dissertait sur la phrase d\u2019Horace : « Il est doux de mourir pour la patrie.» Engagé dans les parachutistes, il avait été cité au combat pour avoir déjà sauvé une ressortissante française à Bagdad.À 33 ans, ce franc-maçon était aussi devenu un fervent catholique.Après s\u2019être marié civilement, il y a quelques semaines, il se préparait à célébrer un mariage religieux.Qu\u2019un passant évoque les chevaliers n\u2019a rien d\u2019un hasard.Une tête aussi bien faite que la sienne aurait dû choisir une école de commerce et devenir trader à la City de Londres.Mais son code de l\u2019honneur mettait le service avant l\u2019enrichissement, le dévouement avant la célébrité.Rappelons au passage que le monde des chevaliers fut aussi celui de l\u2019amour courtois.En ces temps où les hommes ont si mauvaise presse, peut-être vaut-il la peine de rappeler qu\u2019à Trèbes, le 23 mars dernier, un homme qui se faisait une certaine idée du courage a sauvé la vie d\u2019une femme.?À cause des cataclysmes du siècle dernier, où des peuples entiers ont été envoyés à l\u2019abattoir, l \u2019héroïsme est devenu suspect.Faut-i l pour autant le caricaturer ?Ou se contenter de superhéros taillés sur mesure pour le box-office ?Imaginez quel « réac » fini était cet homme qui croyait dans la patrie et la nation.Le temps d\u2019un hommage, le sacrifice d\u2019Arnaud Beltrame nous aura rappelé que ces idées ne sont pas tout à fait mor tes.Et qu\u2019elles pourraient même ressurgir à tout moment et susciter le courage.Mais notre détestation des héros a une autre origine.Dans une école égalitariste où le premier gribouillage d\u2019un enfant est qualifié d\u2019œu- vre d\u2019art, on se tient loin des chefs-d\u2019œuvre qui risquent de forcer l\u2019admiration.Dans un monde où rien n\u2019est plus valorisé que l\u2019expression du moi intérieur, les temps sont durs pour ces héros qui nous obligent au silence et à l\u2019humilité.Nous préférons le culte narcissique des victimes dans lequel chacun peut reconnaître ses propres souffrances sans se sentir redevable à quiconque.Ce culte est même devenu un vaste marché où la concurrence est rude.C\u2019est alors que surgit du fond des âges un Arnaud Beltrame.Comme si la foule l\u2019attendait.Comme s\u2019il avait pour mission de prouver à cette jeunesse islamiste, qui dans de nombreuses banlieues françaises a préféré applaudir l\u2019assassin Radouane Lakdim, qu\u2019elle se trompait de héros.Bref, qu\u2019il ne fallait pas confondre terrorisme et héroïsme.On pensait en avoir fini avec les héros.Il se pourrait bien que non\u2026 Un héros CHRISTIAN RIOUX à Paris K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I L a proportion d\u2019entreprises de l\u2019île de Montréal qui se conforment aux règles d\u2019af fichage public a progressé de manière importante en l\u2019espace de sept ans, révèle une étude publiée jeudi par l\u2019Of fice québécois de la langue française (OQLF).Des résultats encourageants qui s\u2019expliquent toutefois en partie par les nouvelles balises du gouvernement libéral, que certains jugent trop floues.Le rapport de l\u2019OQLF indique qu\u2019entre 2010 et 2017, le taux de conformité des entreprises situées sur l\u2019île de Montréal en matière d\u2019affichage général \u2014 qui comprend à la fois le nom d\u2019entreprise et les messages affichés \u2014 a progressé de six points de pourcentage, passant de 72% à 78%.Cette hausse s\u2019obser ve dans tous les secteurs étudiés, mais le centre-ville et l\u2019ouest de l\u2019île ont connu les augmentations les plus marquées.Le taux de conformité est passé de 69 % à 78 % dans le premier cas et de 63 % à 67 % dans le second.« On voit bien qu\u2019en sept ans, il y a une hausse de conformité très intéressante, mais c\u2019est sûr qu\u2019il y a encore du chemin à parcourir, af firme le président-directeur général de l\u2019OQFL, Robert Vézina, en entrevue au Devoir.De temps en temps, il est important de souligner qu\u2019on fait des gains, que certaines actions semblent porter leurs fruits.Ça nous confirme qu\u2019on est dans la bonne direction.» « On peut voir une nette amélioration quand on regarde l\u2019évolution depuis 2010, confirme le coordonnateur de l\u2019Observatoire national en matière de droits linguistiques, Jérome Tremblay.Mais c\u2019est probablement en grande partie lié aux modifications réglementaires qui ont eu lieu en 2016.[\u2026] Il y a un pas qui a été fait.On pourrait cependant débattre longtemps sur la longueur du pas.» Dans son rapport, l\u2019OQLF reconnaît d\u2019ailleurs que « les nouvelles dispositions réglementaires concernant l\u2019af fichage des marques de commerce pourraient expliquer partiellement les hausses observées entre 2010 et 2017».«Présence suffisante» du français Le nouveau règlement rédigé par le gouvernement libéral est entré en vigueur en novembre 2016.Plutôt que de modifier la Charte de la langue française pour forcer les entreprises à franciser leur nom anglophone à l\u2019aide d\u2019un générique ou d\u2019un descriptif, Québec s\u2019est contenté d\u2019exiger une «présence suffisante » du français sur les façades.Dans le cas fictif d\u2019une boutique de vêtements nommée Coolkids, le règlement prévoit que l\u2019entreprise peut ajouter un générique français (« Les vêtements Coolkids »), un descriptif (« Coolkids : vêtements pour enfants de 0 à 12 ans »), un slogan ou tout autre texte lisible de manière permanente dans le même champ visuel que celui de la marque de commerce.Les entreprises ont jusqu\u2019en novembre 2019 pour se conformer au règlement.«Qu\u2019est-ce qu\u2019une présence suffisante ?C\u2019est ça, le nerf de la guerre, souligne M.Tremblay.Il est où, le minimum ?Est-ce qu\u2019afficher \u201centrée\u201d sur ma porte, quand tout le reste est en anglais, c\u2019est une présence suffisante du français ?On ne le sait pas.[\u2026] Si on voulait vraiment préserver le visage francophone du Québec, il aurait fallu adopter quelque chose qui a plus de mordant.» Plusieurs causes Le patron de l\u2019OQLF admet que le récent règlement peut avoir contribué à la hausse du taux de conformité des entreprises montréa- laises, mais il précise que les commerces au nom anglophone concernés par les nouvelles balises ne représentent qu\u2019une minorité.«Cet aspect réglementaire ne peut pas servir à expliquer toute la hausse de conformité, dit-il.Selon moi, il faut surtout chercher la réponse du côté d\u2019une plus grande sensibilisation des entreprises, des commerces, par rapport à la réglementation sur l\u2019affichage public.» Même s\u2019il est encouragé par les résultats obtenus, l\u2019OQFL note dans son rapport qu\u2019un peu moins du quar t des entreprises de l\u2019île de Montréal (22,5 %) présente toujours un af fichage public non conforme, ce qui démontre «qu\u2019il est nécessaire d\u2019examiner cette question davantage ».Robert Vézina croit que le non-respect des règles peut être lié à une certaine résistance, mais il montre surtout du doigt l\u2019ignorance de cer tains propriétaires.Il estime donc que l\u2019OQLF doit redoubler d\u2019efforts pour mieux les informer.Le Devoir LANGUE D\u2019AFFICHAGE Recul du nombre de contrevenants Les nouvelles règles adoptées par Québec expliquent en partie l\u2019amélioration JACQUES NADEAU LE DEVOIR Un feu rouge brûlé ou l\u2019absence d\u2019un réflecteur vaudra au cycliste une amende de 80$.J E A N N E C O R R I V E A U L a Ville de Montréal et Vélo Québec estiment que les récents amendements au projet de loi sur le Code de la sécurité routière n\u2019ont pas corrigé les incohérences en ce qui a trait aux amendes imposées aux cyclistes.Québec maintient les hausses de plus de 430 % des amendes imposées pour des infractions commises à vélo, et l\u2019administration Plante ne cache pas sa déception.« On est déçus et on est assez mécontents.On enjoint au ministre de réviser ça», a indiqué jeudi Marianne Giguère, conseillère associée aux transports actifs au comité exécutif.« Il est encore temps de coller un peu plus à la réalité montréalaise et de relire les mémoires de tous les groupes montréalais, qui sont tous clairs à cet égard-là.» L\u2019attachée de presse de Valérie Plante a d\u2019ailleurs confirmé au Devoir que le cabinet de la mairesse avait communiqué avec celui du ministre de Transports, André Fortin, pour signifier le mécontentement de l\u2019administration montréalaise.Amendes salées Le projet de loi 165 prévoit notamment que les amendes aux cyclistes, qui variaient entre 15 et 30 $ auparavant, seraient désormais de 80 $ pour une première of fense jusqu\u2019à 100 $ pour une récidive, peu importe l\u2019infraction.Dans leurs mémoires déposés en février dernier, la Ville de Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et Vélo Québec avaient demandé une gradation des amendes en fonction de la gravité de l\u2019infraction.Ces amendes devaient être dissuasives, mais non abusives, avait-on fait valoir.Or, les amendements qui viennent d\u2019être déposés ne modifient pas les montants des amendes, a constaté Vélo Québec.« Ça veut dire ceci : qu\u2019il te manque un réflecteur sur ton vélo ou que tu brûles un feu rouge, c\u2019est le même prix », explique Suzanne Lareau, p.-d.g.de Vélo Québec.« On avait recommandé qu\u2019ils haussent les amendes à 50 $.Avec les frais qui s\u2019ajoutent, ça fait autour de 65 $.On trouvait que c\u2019était dissuasif.» Suzanne Lareau ne décolère pas.« On trouve que ça n\u2019a pas de sens.On veut encourager la mobilité durable, mais on va avoir dans le Code de la sécurité routière des mesures qui vont de toute évidence décourager l\u2019usage du vélo », résume-t-elle.Autre absurdité, selon Mme Lareau : un cycliste auquel il manque un réflecteur pourrait recevoir une contravention de 80 $ alors qu\u2019un automobiliste roulant avec un phare brûlé recevra une amende de 60 $.« Je comprends qu\u2019on n\u2019ait pas obtenu tout ce qu\u2019on souhaitait, mais ça, ça m\u2019apparaît carrément abusif », dit-elle.Au cabinet du ministre André Fortin, on rappelle que le projet de loi a été passé au crible par les parlementaires et on maintient le cap quant aux amendes de 80 à 100 $.« Le débat a été fait sur chacun des ar ticles du nouveau Code proposé en étude détaillée par les parlementaires.Nous proposerons donc cette version du Code pour adoption prochainement », a souligné Marie-Pier Richard, attachée de presse du ministre Fortin.Principe de prudence Marianne Giguère déplore aussi que le gouvernement n\u2019ait pas retenu la recommandation de la Ville permettant aux cyclistes de considérer un panneau d\u2019arrêt comme un cédez-le- passage.De même, la Ville réclamait que les cyclistes puissent tourner à droite au feu rouge.« Tout le monde était d\u2019accord, y compris le SPVM, pour dire que ce sont des com- por tements acceptables qui favorisent les transpor ts actifs sans mettre davantage en danger les autres usagers de la route », soutient Mme Giguère.Rappelons qu\u2019en décembre dernier, Québec a présenté son projet de réforme du Code de la sécurité routière qui introduit un principe de prudence à l\u2019égard des plus vulnérables sur la route.Si les amendes aux cyclistes étaient multipliées par cinq, Québec avait consenti à éliminer les points d\u2019inaptitude aux utilisateurs du vélo.Le nouveau Code sera également plus sévère à l\u2019endroit des automobilistes qui utilisent leur cellulaire au volant et de ceux qui ont consommé de l\u2019alcool.Le Devoir INFRACTIONS À VÉLO Montréal et Vélo Québec furieux contre Québec Ils dénoncent à nouveau les amendes abusives et les incohérences du projet de loi A N N A B E L L E C A I L L O U L e terrain laissé à l\u2019abandon au cœur de l\u2019avenue Mont- Royal, entre les rues Boyer et Mentana, reprendra vie dès le mois de mai.L\u2019arrondissement du Pla- teau-Mont-Royal proposera ce printemps aux Montréalais, en effet, de tester trois scénarios d\u2019aménagement pour remplacer l\u2019ancienne station essence Esso, a appris Le Devoir.La place publique s\u2019intégrera définitivement dans le paysage de l\u2019avenue en 2020.Résidents, passants et commerçants ont eu carte blanche pour rêver la place dont ils ont besoin dans ce quartier achalandé de la métropole.Une consultation publique lancée en novembre sur Internet et sur le terrain, sous forme de groupes de discussion, invitait la population à repenser de A à Z ce terrain vague, non loin de la station de métro Mont-Royal.Un millier de personnes ont répondu à l\u2019appel.« Le processus de consultation, c\u2019est l\u2019aspect dont on est le plus fier, se félicite Maeva Vilain, conseillère d\u2019arrondissement.Ça n\u2019arrive plus si souvent que les citoyens puissent s\u2019approprier un espace public et décider de sa vocation.» Plusieurs idées étaient sur la table.Marché public, fontaine, parc pour enfant, coin lecture\u2026 Dif f ic i le de par venir à un consensus quant à savoir comment utiliser cet emplacement.Se rencontrer, se détendre, se divertir : trois concepts d\u2019aménagement distincts, pensés par la firme de design montréalaise Castor et Pollux \u2014 connue pour avoir réalisé les Terrasses Roy \u2014 seront testés tour à tour à compter du 21 mai, et ce, jusqu\u2019à la fin octobre.« C\u2019est important d\u2019avoir un espace public accessible à tous, note Mme Vilain.On a de belles terrasses sur l\u2019avenue Mont- Royal, mais ce n\u2019est pas tout le monde qui peut se payer une bière ou un latté pour relaxer.» Trois essais participatifs Le premier scénario, lancé le 21 mai, of frira un lieu de rencontre aux citoyens, s\u2019inspirant d\u2019une place publique traditionnelle, entourée de verdure et dotée d\u2019une fontaine au centre.Un lieu pour se retrouver et discuter en retrait du bouillonnement de l\u2019avenue, assis sur un banc.Fin juin, la place se transformera en « salon de verdure », conformément au second plan de la firme de design, se voulant avant tout un espace de repos.« On pourra flâner, s\u2019 isoler entre deux bacs à fleurs pour lire au soleil, rafraîchi par des brumisateurs », décrit la conseillère d\u2019arrondissement.À la fin de l\u2019été, le 962 de l\u2019avenue Mont-Royal s\u2019animera davantage pour faire office de lieu de diver tissement, accueillant plusieurs événe- ments et animations.Maeva Vilain se dit particulièrement fière que le développement durable ait été largement mis en avant.Le mobilier sera chaque fois réutilisé d\u2019un concept à l\u2019autre.Des bacs de plantation, qui se trouvaient autrefois sur la rue Prince-Arthur, seront utilisés puisqu\u2019il sera impossible de planter des arbres directement dans le sol, les aménagements étant temporaires.« On va isoler les bacs pour pouvoir garder les mêmes végétaux [dans le projet définitif].Le mobilier des aménagements provisoire sera utilisé dans d\u2019autres projets ensuite, dans des ruelles, des parcs, etc.», précise-t-elle.Participation citoyenne Pendant la période test de six mois, l\u2019entreprise Castor et Pollux récoltera les opinions des citoyens à travers un sondage en ligne et des ateliers participatifs sur le terrain.Elle observera aussi comment chacun s\u2019approprie l\u2019endroit grâce à des caméras installées 24/7.« Ce n\u2019est pas de la surveillance pour faire des rapports sur les incivilités, assure Mme Vilain.C\u2019est vraiment pour que la firme voie comment l\u2019espace est utilisé, c\u2019est important d\u2019avoir une image fidèle à la réalité.[\u2026] Si tel aménagement génère du bruit, là, on fera attention.» Il faudra attendre 2020 pour que la place prenne sa forme définitive.Un concours de design sera lancé en 2019.Pendant ce temps, le dernier scénario, sous le thème «se divertir», restera en place.Au total, ce projet a coûté à la V i l le 218 000 $, de la concept ion aux consulta - tions en passant par l\u2019installation des aménagements.Terrain à l\u2019abandon Après plus de 90 ans de service, la station essence Esso \u2014 qui a appartenu à la famille de Jean-Pierre Ferland \u2014 a plié bagage en novembre 2014, laissant un grand vide sur l\u2019avenue Mont-Royal.L\u2019arrondissement a finalement racheté le terrain en juin 2017 pour 2,5 millions.« Un prix abordable» qui incluait la décontamination et la destruction du bâtiment aux frais de l\u2019entreprise, effectuées en 2016.« Il n\u2019y a pas souvent des occasions sur le territoire pour faire des acquisitions aussi intéressantes que ça », soutient Maeva Vilain.Le Devoir L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 4 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Après plus de 90 ans de service, la station essence Esso a fermé ses portes en novembre 2014, laissant un grand vide sur l\u2019avenue du Mont-Royal.URBANISME Dessinez-vous une place publique Au Plateau-Mont-Royal, ce sont les citoyens qui imagineront l\u2019aménagement d\u2019un parc urbain L I A L É V E S Q U E L a FTQ-Construction vient d\u2019être déboutée par le tribunal, alors qu\u2019elle avait contesté le versement de dommages d\u2019environ 150 000 dollars dans un dossier d\u2019attitude discriminatoire et de mesures de représailles contre un ouvrier de la construction par ses représentants, Bernard « Rambo » Gauthier et Michel Bezeau.Le travailleur victime de ces représailles, Harold Richard, avait déjà eu gain de cause en 2013, après s\u2019être plaint du fait qu\u2019il n\u2019arrivait plus à travailler dans sa région de la Côte-Nord.Il faut dire qu\u2019au dépar t , M.Richard étai t membre de la CSN- Construction.Mais même en changeant d\u2019allégeance pour la FTQ-Constr uct ion, en 2006, sa situation ne s\u2019était guère améliorée.Le tribunal avait conclu que l\u2019employeur de M.Richard, Les Entreprises Nordiques, de même que la FTQ-Construc- tion avaient exercé à son endroit des représailles en raison de son allégeance syndicale.En juillet 2016, le Tribunal administratif du travail avait ordonné à l\u2019entreprise et à la FTQ-Construction de payer à M.Richard des dommages-intérêts compensatoires de 97 672 $ (incluant les intérêts) à titre d\u2019indemnités pour perte de salaire, en plus d \u2019une somme de 50 000 $ à titre de dommages punitifs.Le tribunal avait conclu que « n\u2019eussent été les pressions de la FTQ-Construction, les probabilités qu\u2019il travaille des saisons complètes, comme à son habitude, en 2009, 2010 et 2011 étaient très élevées.Les semaines qu\u2019il réclame pour ces saisons reflètent la durée habituelle de ses embauches passées».La FTQ-Construction avait demandé une révision de cette décision du tribunal.La cause a été entendue en janvier dernier ; le Tribunal administratif du travail vient de rejeter sa requête.« Il faut conclure que le raisonnement du Tribunal est intelligible et qu\u2019il permet de comprendre le fondement de la décision qui ressor t de longs extraits cités », écrit la juge administrative Myriam Bédard.«Tant les conditions d\u2019octroi d\u2019une indemnité de dommages punitifs, au regard de la nature de la loi en cause, que la détermination de la somme accordée, détaillée en plus d\u2019une quinzaine de facteurs à prendre en considération, ont été analysés», ajoute-t-elle.Joint au téléphone jeudi, le directeur général de la FTQ- Construction, Yves Ouellet, a indiqué qu\u2019il analyserait le jugement avec ses procureurs avant de décider s\u2019il interjetterait appel.La Presse canadienne JUSTICE La FTQ- Construction déboutée dans une cause de discrimination J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L e diocèse de Sainte-Anne- de-la-Pocatière tente sans succès de se dépar tir de la Villa Saint-Jean, un bâtiment à l\u2019architecture moderne édifié en 1956.Faute d\u2019un acheteur et d\u2019une législation propre à favoriser sa reconversion, l\u2019édifice risque de passer sous le pic des démolisseurs, s\u2019insurge Action Patrimoine, la plus importante association vouée à la défense du patrimoine bâti et des paysages culturels du Québec.Dans une lettre envoyée à la municipalité, Action Patrimoine se demande pourquoi Sainte- Anne-de-la-Pocatière n\u2019entend pas favoriser la reconversion de ce bâtiment conçu par l\u2019architecte Lucien Mailing et Zbi- gniew Jarnuszkiewicz, son assistant d\u2019origine polonaise.C\u2019est le même architecte, rappelle l\u2019organisme, qui a conçu une partie du campus de l\u2019Université Laval.Jarnuszkiewicz a pour sa part reçu en 2001 la médaille du mérite de l\u2019Ordre des architectes du Québec pour l\u2019ensemble de son œuvre.Propriété du diocèse, l\u2019édifice n\u2019est plus chauffé depuis trois ans afin d\u2019économiser.L\u2019économe diocésain, Yvan Thériault, mandaté pour le diocèse de Sainte-Anne-de-la- Pocatière pour s\u2019exprimer à ce sujet, a indiqué au journal régional Le Placoteux que, «pour nous, une bâtisse qui date de 1956, ça ne fait pas partie du patrimoine, même si elle a été construite par des architectes célèbres».« La vente étant conditionnelle à un changement de zonage, explique Action Patrimoine, nous avons communiqué avec le directeur de l\u2019urbanisme de la Ville pour lui demander de prendre des mesures permettant de considérer la valeur patrimoniale de l\u2019édifice avant de rendre une décision.» Selon Émilie Vézina-Doré, directrice d\u2019Action Patrimoine, « la Ville devrait prendre acte de la valeur du patrimoine moderne », qu\u2019on fixe d\u2019ordinaire dans une période comprise entre 1945 et 1975.Or, à la Ville, pas question de modifier la législation pour assurer la préser vation de l\u2019édifice.Sainte-Anne-de-la-Po- catière s\u2019en remet plutôt à son règlement qui veut que les édifices qui datent d\u2019après 1951 ne bénéficient d\u2019aucune protection particulière.«C\u2019est le règlement », répète le maire Sylvain Hudon en entrevue au Devoir.Il est fort à propos que les gens posent des questions, dit-il.Est-ce à dire que la municipalité n\u2019a pas à considérer les possibilités d\u2019un changement de vocation tout en assurant la préservation du lieu ?« Selon plusieurs personnes, ce serait bon.Mais nous autres, on a un règlement.On a fait un comité.Et puis, 1951, c\u2019est la date retenue.[\u2026] Les architectes sont déçus.» Mais pourquoi cette date de 1951 plutôt qu\u2019une autre ?«On aurait pu mettre 1950.On aurait pu mettre 1959.Il vient un moment donné où on doit fixer une limite.Il y a une part d\u2019arbitraire», admet le maire.Et si la cathédrale du lieu, construite en 1969, appréciée elle aussi pour sa valeur architecturale, était soudain promise à la démolition par son propriétaire, que ferait la municipalité?« On ne pourrait rien faire.Parce que c\u2019est pas dans le règlement.J\u2019ai peut-être l\u2019air de ne pas m\u2019y intéresser, mais j\u2019ai étudié en archéologie classique à l\u2019Université Laval.Je sais qu\u2019il y a des bâtiments qui ne sont plus là.On peut les prendre en photo avant qu\u2019ils disparaissent.» Le maire ne voit d\u2019ailleurs pas ce qu\u2019on pourrait faire de plus au sujet de la Villa Saint- Jean.« Je sais qu\u2019à Montréal on garde la façade de certains vieux bâtiments.Est-ce que c\u2019est ça qu\u2019on devrait faire ?On n\u2019en a pas les moyens.» Selon le maire Hudon, la municipalité de Sainte-Anne-de-la- Pocatière tente de préserver son patrimoine.«On essaie de préserver le plus possible.On a acheté un terrain de l\u2019archevêché, près de la Villa Saint-Jean, pour préserver la nature.» Sylvain Hudon garde confiance qu\u2019un acheteur pour l\u2019édifice se manifeste avant que des travaux de démolition de la Villa Saint-Jean soient entrepris.Le Devoir PATRIMOINE Un édifice signé Lucien Mailing risque la démolition Pourquoi Sainte-Anne-de-la-Pocatière se refuse-t-elle à protéger la Villa Saint-Jean ?Cahier spécial À lire demain Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 82412527-04 Ce Résultats des tirages du : En cas de disparité entre cette liste et la liste officielle de Loto-Québec, cette dernière a priorité.compl.compl.l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s Prochain gros lot (approx.) : Ce soir, 10 MILLIONS $ (approx.) +25 X 100 000 $ GARANTI 2018-03-28 5 000 000 $ 11 12 19 24 28 46 39 05 15 19 22 39 44 12 5909447 1 LOT GARANTI DE 1 000 000 $ ARCHIVES DE LA CÔTE-DU-SUD La Villa Saint-Jean, un bâtiment à l\u2019architecture moderne dessiné par les architectes Lucien Mailing et Zbigniew Jarnuszkiewicz, risque de passer sous le pic des démolisseurs. L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 5 Veuillez prendre note que le lundi 2 avril 2018, Le Devoir ne sera pas publié en raison du congé de Pâques.Nos bureaux seront également fermés.M A R I E - M I C H È L E S I O U I Correspondante parlementaire à Québec L e mouvement #MoiAussi concerne aussi les autochtones du Québec, et ceux-ci se sont dotés jeudi d\u2019un plan d\u2019action contre les violences sexuelles qui propose d\u2019inclure les agresseurs et de privilégier le recours à la justice réparatrice.« On a su apporter nos couleurs », a résumé la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, au terme d\u2019un forum de trois jours qui a réuni 200 délégués des Premières Nations à Québec.Le plan «On guérit ensemble » est culturelle- ment adapté, en ce sens qu\u2019il privilégie « la prééminence et le respect de la vision, la culture, la langue et la spiritualité de chaque Première Nation et l\u2019entière reconnaissance de leurs savoirs et pratiques».Il mise sur l\u2019accessibilité aux services, la mobilisation des communautés et la collaboration avec les partenaires allochtones.Au Canada, le taux d\u2019agressions sexuelles chez les autochtones est presque trois fois plus élevé que celui observé chez les allochtones.Le plan laisse aussi une place aux agresseurs, puisqu\u2019ils font eux aussi partie de la problématique, a rappelé Viviane Michel.« Lorsqu\u2019un agresseur est passé en cour, il faut qu\u2019il aille faire son temps en prison.Mais la personne n\u2019a jamais travaillé son problème et nous, on a des façons propres à nous qui amènent le changement chez un être », a-t-elle déclaré, en rappelant le caractère « punitif » des systèmes de justice québécois et canadien.Des crises qui font les manchettes À la base de l\u2019élan ayant mené au forum : la crise de Val-d\u2019Or.Au terme de celle-ci, en novembre 2016, 12 femmes ayant porté plainte contre des policiers se sont heurtées à une décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas envoyer leurs dossiers devant les tribunaux, faute de preuve suffisante.Dans une réflexion sur l\u2019ensemble de la crise, une observatrice indépendante a conclu au « racisme systémique » des forces de l\u2019ordre à l\u2019égard des autochtones.Aussi en trame de fond, un constat répété devant la Commission d\u2019enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec, et qui veut que le système \u2014 policier, judiciaire \u2014 échoue à protéger les femmes autochtones.«On la voit un peu partout, la méfiance qu\u2019on a envers la justice parce qu\u2019on est des femmes autochtones », a rappelé Viviane Michel jeudi.« Je pense qu\u2019on s\u2019en va peut-être vers notre propre système de justice, qui est peut-être plus de la justice réparatrice et qui répond à nos attentes», a-t-elle avancé.Également dans l\u2019actualité, un reportage de Radio-Canada levant le voile sur les agressions sexuelles de femmes inuites par des travailleurs contractuels \u2014 et sur les propos d\u2019un juge de Val-d\u2019Or, Jean-Pierre Gervais, qui a dit de la culture inuite qu\u2019elle était « laxiste » et « libertine ».« J\u2019ai regardé ça avec beaucoup de tristesse.J\u2019ai trouvé ça triste, décourageant, mais ce n\u2019est pas l\u2019ensemble de la réalité inuite non plus », a déclaré le ministre des Affaires autochtones, Geof f Kelley, en marge du forum.Devant la foule, il s\u2019est engagé à ce que « l\u2019ensemble du gouvernement » prenne connaissance du travail effectué au cours du forum.Sa collègue à la Condition féminine, Hélène David, a promis de rencontrer les groupes autochtones dans le cadre des consultations visant à mettre à jour le Plan d\u2019action gouvernemental en matière de violence conjugale, qui est venu à échéance l\u2019an dernier.Le Devoir VIOLENCES SEXUELLES Des autochtones dans la foulée de #MoiAussi M A R I E - M I C H È L E S I O U I Correspondante parlementaire à Québec Ç a aura pris 20 ans de négociations et les noyades de deux fillettes, mais la communauté attikamek de Manawan, dans Lanau- dière, aura finalement son ambulance, a annoncé le ministère de la Santé jeudi.Depuis le 1er septembre 2016, la nécessité d\u2019obtenir une ambulance avait pris davantage de signification pour le chef de Manawan, Jean- Roch Ottawa, et les maires des villes avoisinant sa communauté.Cette journée-là, la noyade de Sakay-Ann Ottawa, huit ans, a bouleversé la communauté de 2000 personnes, qui s\u2019est trouvée à revivre des événements survenus huit ans plus tôt.Le 3 septembre 2009, la mort par noyade de Jaylia Jacob, deux ans, avait mis en lumière la déficience des services ambulanciers à Mana- wan.Il avait fallu un peu plus d\u2019une heure avant qu\u2019une ambulance arrive dans la communauté, puis une autre avant que la fillette soit admise dans un CLSC.C\u2019est finalement six heures et demie après que Jaylia Jacob est tombée dans l\u2019eau qu\u2019elle a pu être admise dans un hôpital de Montréal.Son décès a été constaté le lendemain matin.Déjà, à l\u2019époque, le coroner Jean Brochu suggérait de «réfléchir à des moyens de réduire» les délais des ambulances, précisant néanmoins ne pas être «certain» que la diminution de ceux-ci aurait pu améliorer les chances de survie de l\u2019enfant.Colère et discrimination Devant la Commission sur les relations entre les autochtones et certains services publics, le père de Jaylia Jacob a témoigné il y a dix jours concernant cet épisode.«Parce que nous sommes des autochtones, nous n\u2019avons pas droit aux mêmes services», a déploré Jean-Roch Ottawa.Dans l\u2019attente d\u2019un geste de Québec, le chef attikamek a dit croire que sa communauté était victime de discrimination.Les maires des villes voisines se sont ralliés à sa cause, notamment parce que l\u2019envoi d\u2019une ambulance vers Mana- wan signifiait jusqu\u2019ici que leur région se retrouvait à découvert.Mais voilà : après les avoir ignorés dans une première annonce concernant l\u2019ajout d\u2019ambulances en novembre, Québec a finalement choisi d\u2019assurer la desserte ambulancière de Manawan.«Le ministre a pris la décision qui s\u2019imposait, au nom de l\u2019équité et de la justice, s\u2019est réjoui Jean-Roch Ottawa.En plus d\u2019assurer notre sécurité, la présence d\u2019une ambulance à Mana- wan permettra assurément d\u2019agir plus tôt dans les moments les plus critiques et pourra potentiellement sauver des vies.» Le Devoir SANTÉ La communauté attikamek de Manawan obtient une ambulance JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le conseiller Normand Bellefleur Junior, l\u2019avocat Alain Arsenault et la nièce du père Joveneau, Marie-Christine Joveneau, ont annoncé le dépôt d\u2019une demande d\u2019autorisation d\u2019action collective contre la congrégation religieuse jeudi matin, en Cour supérieure.Cour suprême : la cause contre la Congrégation de Sainte-Croix sera entendue Ottawa \u2014 Une deuxième action collective contre la Congrégation de Sainte-Croix pour les sévices sexuels commis par certains de ses membres n\u2019ira pas de l\u2019avant tant que le plus haut tribunal du pays n\u2019aura pas eu son mot à dire.Jeudi matin, la Cour suprême du Canada a fait savoir qu\u2019elle entendrait cette cause.L\u2019automne dernier, la Cour d\u2019appel du Québec avait donné ainsi le feu vert à une action collective.On ignore pour l\u2019instant à quelle date le plus haut tribunal du pays entendra la cause.La Presse canadienne La Fondation de l\u2019Hôpital général juif embauche Coderre Quelques jours après avoir été embauché comme conseiller spécial auprès de l\u2019entreprise Stingray, Denis Coderre a accepté de devenir ambassadeur pour la Fondation de l\u2019Hôpital général juif.L\u2019ancien maire de Montréal travaillera avec le conseil d\u2019administration de la Fondation, qui œu- vre à amasser des fonds pour l\u2019hôpital.«Je suis fier et ravi que Denis Coderre se joigne à notre équipe.[\u2026] Son expérience impressionnante dans le domaine public renforcera nos efforts en soutien de l\u2019Hôpital général juif», a indiqué le président du C.A.de la Fondation, Edward Wiltzer.Le Devoir A N N A B E L L E C A I L L O U U n groupe de victimes présumées d\u2019agressions sexuelles commises par des membres des Oblats de Marie-Immaculée a déposé une demande d\u2019autorisation d\u2019action collective contre la congrégation religieuse jeudi matin, en Cour supérieure.Proposée par le cabinet d\u2019avocats Arsenault & Lemieux, la demande fait suite à des allégations d\u2019inconduites qui auraient été commises par les pères Alexis Joveneau et Omer Proven- cher dans des communautés innues de la Basse-Côte-Nord.La demande est représentée par Noëlla Mark, une Innue d\u2019Unamen Shipu, anciennement La Romaine.Elle affirme avoir été agressée sexuellement pendant plusieurs années, dès ses 9 ans, par le père Alexis Joveneau.Décédé en 1992, le religieux a œuvré pendant 39 ans dans la communauté, « considéré comme le véritable chef ».« La Congrégation est responsable des dommages subis par la demanderesse et les membres du groupe et [\u2026] savait ou devait savoir que le père Alexis Joveneau agressait sexuellement des personnes sous sa responsabilité », peut-on lire dans le document.Des indemnités en dommages moraux de 300 000 $ par victime sont réclamées.Peur, anxiété, problèmes de consommation, difficultés dans les relations intimes, « de nombreuses personnes ont vécu et vivent encore beaucoup de difficultés à la suite de ces agressions.Des traumatismes ont marqué chaque victime et l\u2019ensemble de notre communauté », déplore Noëlla Mark dans une lettre, n\u2019ayant pu se présenter à la conférence de presse jeudi.La communauté a ouvert une cellule de crise la semaine dernière et accueilli au moins six psychologues et travailleurs sociaux supplémentaires pour écouter la population.D\u2019autres victimes?S\u2019il a d\u2019ores et déjà rencontré une trentaine de victimes alléguées, d\u2019autres pourraient à leur tour briser le silence, assure Me Arsenault, qui doit se déplacer prochainement dans trois autres communautés.Toute personne qui aurait été agressée sexuellement par des Oblats entre 1950 et 2018 peut ainsi se joindre à l\u2019action collective.Le «prix à payer» pourrait toutefois diminuer dans le cas de négociations avec la congrégation religieuse.« Les Oblats ont dit vouloir discuter, ce qu\u2019on prendra en compte pour qu\u2019il y ait une compensation plus rapide, mais ça peut faire diminuer les montants d\u2019argent ».Plus tôt ce mois-ci, la congrégation a présenté ses excuses aux victimes et mis en place une ligne d\u2019écoute à leur intention.Un geste salué jeudi par le conseiller Normand Bellefleur Junior, venu appuyer les démarches pour obtenir « reconnaissance, justice et guérison».« C\u2019est un grand pas pour nous de nous libérer de l\u2019emprise [du père Alexis Joneveau] », a- t-il dit.Le religieux bénéficiait d\u2019une grande confiance au sein de la communauté.À tel point qu\u2019il aura fallu à Noëlla Mark attendre novembre 2017 avant d\u2019agir, «n\u2019ayant pas l\u2019autorisation des \u201caînés\u201d de la communauté d\u2019Unamen Shipu qui [le] vénéraient», peut-on lire dans la requête.Briser le silence Pour Me Arsenault, cette requête est la première étape, pour « que les gens se libèrent ».« Je répète souvent aux victimes que la vérité, ça fait mal, mais le silence, ça tue.» Plus de 30 ans après avoir quitté Unamen Shipu, Marie-Christine Joveneau a décidé de raconter son histoire.Elle est venue de Belgique pour appuyer les démarches lancées contre son oncle, qui l\u2019aurait « agressée toutes les nuits pendant neuf mois » en 1981, l\u2019année de ses 21 ans.« Dire la vérité, c\u2019est tellement libérateur, et je n\u2019aurais pas eu le courage de le dénoncer si Noëlla n\u2019avait pas commencé à témoigner en décembre dernier », a-t-elle confié.Agressions sexuelles en Basse-Côte-Nord : les Oblats visés par une demande d\u2019action collective On la voit un peu partout, la mé?ance qu\u2019on a envers la justice parce qu\u2019on est des femmes autochtones Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec « » L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 L E M O N D E A 6 Une militante végane condamnée pour «apologie du terrorisme » Toulouse \u2014 Une militante de la cause animale, qui avait publié un message injurieux à l\u2019égard d\u2019un boucher tué dans les attentats de vendredi dernier dans le sud-ouest de la France, a été condamnée jeudi à sept mois de prison avec sursis pour «apologie du terrorisme».«Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste?Pas moi, j\u2019ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice», avait publié la militante végane sur Facebook, trois jours après la mort dans la localité de Trèbes du boucher du supermarché Super U, Christian Medves, une des quatre victimes du djihadiste Ra- douane Lakdim.Le message avait ensuite été retiré.Dans son réquisitoire, la magistrate a expliqué que c\u2019était le droit de la prévenue d\u2019avoir une philosophie de vie particulière, mais qu\u2019elle ne pouvait oublier qu\u2019elle vivait dans un État de droit avec des règles qui s\u2019appliquent à tout le monde.Agence France-Presse Les deux Corées en sommet le 27 avril Séoul \u2014 Les deux Corées se sont mises d\u2019accord jeudi sur la date du 27 avril pour un sommet rarissime, peu après les débuts de Kim Jong-un sur la scène internationale avec une visite surprise en Chine.Ce sommet entre le dirigeant nord-coréen et le président sud-coréen, Moon Jae-in, seulement le troisième du genre, doit précéder un face-à-face historique avec le président américain, Donald Trump, en mai.«Conformément à la volonté des deux dirigeants, le Sud et le Nord sont convenus de tenir le Sommet 2018 Sud- Nord le 27 avril à la Maison de la paix sud-coréenne de Panmunjom », selon un communiqué de presse commun.C\u2019est dans ce village frontalier situé dans la Zone démilitarisée qui divise la péninsule que fut signé l\u2019armistice de la guerre de Corée (1950-1953).M.Kim sera ainsi le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol sud-coréen depuis la fin de la guerre.Les deux précédents sommets intercoréens, en 2000 et 2007, avaient eu lieu à Pyongyang.Agence France-Presse B E N O Î T F A U C H E T È V E S Z E F T E L à Paris « I l y a une exaspération» : au lendemain de la marche blanche en hommage à une octogénaire juive tuée en plein Paris, des Français juifs se demandent «qui sera» la prochaine victime de l\u2019antisémitisme, même si beaucoup ne veulent pas céder à l\u2019inquiétude.Depuis le meurtre de Mireille Knoll, 85 ans, «on se demande tous qui sera le prochain, on regarde autour de nous, on est plus vigilants», confie à l\u2019AFP Aurélie Sitbon, 29 ans.Deux hommes, dont un voisin familier de Mme Knoll, ont été inculpés et écroués mardi pour « homicide volontaire » à caractère antisémite après la découverte vendredi du corps de la vieille dame, frappé de 11 coups de couteau et en partie carbonisé, dans son appartement incendié à Paris.Un dirigeant de la première communauté juive d\u2019Europe témoigne d\u2019un sentiment d\u2019«exaspération».« Il y a une forte inquiétude due au fait que malgré les efforts des responsables politiques, les choses empirent : pas tant du point de vue statistique, mais dans la violence des actes commis, comme le cas de Mme Knoll en est le triste exemple», explique Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié.De fait, si les actes antisémites ont été pointés en repli en 2017 (-7%) pour la troisième année de suite, cette baisse globale cache mal l\u2019augmentation des faits les plus graves (+26% des violences, incendies, dégradations, tentatives d\u2019homicide\u2026).La minorité juive, qui représente moins de 1% de la population, est la cible d\u2019un tiers des faits de haine recensés.Depuis 2006, «onze juifs ont été assassinés parce que juifs », souligne l\u2019historien Marc Knobel.«C\u2019est un antisémitisme qui s\u2019explique par la jalousie, des frustrations, la montée des préjugés et l\u2019image que certains peuvent avoir du conflit israélo- palestinien », analyse-t-il, évoquant une haine due aussi « à l\u2019islamisme, au djihadisme».Hostilité diffuse et préjugés Catherine, 51 ans, est dévorée par « l\u2019angoisse » au point de ne « plus dormir la nuit ».Cette mère de cinq enfants, qui vit dans un logement social dans le XIXe arrondissement de Paris, dit se heurter à une « hostilité » dif fuse de la part de voisins musulmans.Récemment, l\u2019appartement familial a été cambriolé, et cette auxiliaire de puériculture ne peut s\u2019empêcher de se demander : « Est-ce parce que, comme on est juifs, on est censés avoir de l\u2019argent ?» Dans l\u2019enquête sur la mort de Mireille Knoll, qui vivait pourtant modestement dans un logement social, les poli- c iers pr iv i légient la p iste d\u2019un vol ayant viré au meurtre , qui reste entouré de zones d\u2019ombre.« Ce qui était terrible, c\u2019est que l\u2019un des auteurs disait à l\u2019autre : \u201cC\u2019est une juive, elle doit avoir de l\u2019argent\u201d», a commenté le ministre français de l\u2019Intérieur, Gérard Collomb.Dans son dernier rapport, la Commission nationale consultative des droits de l\u2019homme (CNCDH) notait une « persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les juifs à l\u2019argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme».En cette veille de Pessah, la Pâque juive, Akiva, 19 ans, qui étudie en Israël mais est rentré chez ses parents pour les fêtes, se dit «horrifié de ce qui s\u2019est passé », mais se sent « en sécurité en France ».Et Raphaël d\u2019abonder : « C\u2019est un beau pays, la France, et je me sens avant tout Français.» Agence France-Presse ANTISÉMITISME Entre exaspération et refus de céder à l\u2019inquiétude En France, la minorité juive, qui représente moins de 1 % de la population, est la cible d\u2019un tiers des faits de haine recensés PTV AGENCE FRANCE-PRESSE Face au premier ministre, Malala a longuement rappelé combien l\u2019éducation des filles et l\u2019indépendance des femmes étaient une priorité de sa lutte.S O L È N E C H A L V O N à Islamabad P our la première fois depuis 2012, la militante pour les droits des femmes et Prix Nobel de la paix, âgée de 19 ans, revient dans son pays.En dépit d\u2019une hostilité toujours vive.Cinq ans après son départ du Pakistan, entre la vie et la mort, Malala Yousafzaï n\u2019est plus une enfant.L\u2019adolescente de 14 ans qui avait été évacuée de toute urgence au Royaume- Uni, après qu\u2019un taliban pakistanais lui eut tiré une balle dans la tête, a grandi.Ses traits poupins ont fait place à un visage dessiné, sa voix est davantage affirmée, sa pudeur, plus adulte.Malala Yousafzaï réajuste souvent son voile rose et bleu entre chaque intervention.« C\u2019est fou, elle est devenue femme », souffle un journaliste pakistanais après une première apparition publique.Entre ses adieux au Pakistan dans des conditions dramatiques et son retour au pays, l\u2019ado qui défiait les talibans et militait pour la scolarisation des filles sur un blogue de la BBC a vécu un « miracle », selon ses propres mots.Celui de la guérison.Elle s\u2019est remise de ses blessures.Elle est allée au lycée à Birmingham, a intégré la prestigieuse université d\u2019Oxford.Elle a surtout été distinguée en 2014 du prix Nobel de la paix.Jeudi matin, c\u2019est donc en invitée d\u2019État que Malala Yousaf- zaï a été reçue à la résidence du premier ministre.Un dessin de son visage était projeté sur un écran géant, derrière son pupitre.Le chef du gouvernement, Shahid Khaqan Abbasi, a alors loué « l\u2019enfant de tous les Pakistanais », à qui la nation voue un « respect total ».Chacune des inter ventions de la jeune femme a été ponctuée d\u2019applaudissements nourris.Très émue, Malala Yousafzaï n\u2019a pu retenir ses larmes.«Tant de fois, depuis cinq ans, j\u2019ai regardé au travers des vitres des avions, des voitures.J\u2019espérais voir apparaître le Pakistan\u2026 Il est enfin là, je suis tellement heureuse.[\u2026] Si cela avait été possible, je ne l\u2019aurais jamais quitté», a-t-elle dit, mentionnant à plusieurs reprises « un rêve devenu réalité » ou « le plus beau jour de [sa] vie».Malala Yousafzaï est pourtant arrivée de nuit, dans le secret, et elle ne restera que quatre jours au Pakistan.Une cohorte de policiers l\u2019entoure dans chacun de ses déplacements.D\u2019après un membre de sa famille contacté par Libération, il n\u2019est pas prévu qu\u2019elle quitte la capitale Islamabad, la ville la plus sûre du pays, pendant son séjour.Même pour se rendre dans la vallée du Swat, dont elle est originaire, et qu\u2019elle dit tant aimer.Où l\u2019on a attenté à sa vie.Car la Prix Nobel de la paix est encore menacée aujourd\u2019hui, malgré l\u2019affaiblissement sur le terrain des talibans pakistanais, qui ont voulu la réduire au silence.Portée aux nues par la frange libérale de la population pakistanaise, elle est aussi la cible récurrente des « Jamatiye » \u2014 un terme populaire désignant initialement les électeurs du parti religieux Jamaat-e-Islami, mais qui recouvre désormais les Pakistanais conser vateurs au sens large.Dans la classe moyenne, et même parmi les gens éduqués, son discours est perçu comme antireligieux et vendu à l\u2019Occident.En 2015, un livre, I Am Not Malala, I Am Muslim, I Am Pakistani («Je ne suis pas Ma- lala, je suis musulmane, je suis pakistanaise»), avait même été édité en opposition à son autobiographie, I Am Malala.À ces détracteurs s\u2019ajoutent les conspirationnistes de tous bords, depuis les « analystes » des plateaux télé qui nient son agression jusqu\u2019aux montages vidéo des internautes sur Facebook\u2026 Et maintenant You- Tube : fermé de 2012 à 2016 par la justice pakistanaise à cause d\u2019une vidéo «blasphématoire», le site retrouve progressivement une large audience au Pakistan.Les « Malala Haters» («ceux qui détestent Ma- lala»), ainsi qu\u2019ils s\u2019autoprocla- ment, s\u2019en donnent à cœur joie.Sur Twitter, certains inter- nautes la traitent de «larbin», de «propagandiste en location» ou d'«agent des forces antipakista- naises».Mais la plupart d\u2019entre eux préfèrent saluer le retour d\u2019une « légende vivante», une «unificatrice du pays».Face au premier ministre, Malala a longuement rappelé combien l\u2019éducation des filles et l\u2019indépendance des femmes étaient une priorité de sa lutte, et a demandé un changement de mentalités de la part des Pakistanais.Les 6 millions de dollars qu\u2019elle dit avoir investis dans son pays via sa fondation ne seront pas de trop.Le Pakistan, dont la population est de plus de 200 millions d\u2019habitants, croît de quatre millions chaque année.Parallèlement, 42% des adultes y sont analphabètes, selon les dernières statistiques officielles.Au Balouchistan, sa province la plus pauvre, seules 24% des femmes savent lire et écrire.Libération Les larmes de Malala Yousafzaï à son retour au Pakistan La Prix Nobel de la paix a revu pour la première fois depuis 2012 son pays Dans la classe moyenne, et même parmi les gens éduqués, son discours est perçu comme antireligieux et vendu à l\u2019Occident L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 LE MONDE A 7 A N A Ï S L L O B E T à Moscou P A U L I N E F R O I S S A R T à Londres M oscou a annoncé jeudi l\u2019expulsion de 60 diplomates américains et la fermeture du consulat des États- Unis à Saint-Pétersbourg, en riposte aux mesures équivalentes prises par Washington après l\u2019empoisonnement d\u2019un ex-agent double r usse en Grande-Bretagne.Convoqué jeudi soir au ministère russe des Affaires étrangères, l\u2019ambassadeur des États- Unis en Russie, Jon Huntsman, a été « informé du contenu de ces mesures de représailles envers les États-Unis», a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.Elles « incluent l\u2019expulsion du même nombre de diplomates et le retrait de l\u2019accréditation du consulat général des États-Unis à Saint-Péters- bourg », dans le nord-ouest de la Russie, a-t-il annoncé lors d\u2019une conférence de presse.Ces mesures répondent à l\u2019expulsion par les États-Unis de 60 « espions » russes et à la fermeture du consulat russe à Seattle dans le cadre de mesures de rétorsion après l\u2019empoisonnement le 4 mars de l\u2019ex-agent russe Sergueï Skri- pal et de sa fille Ioulia sur le sol britannique.Sur les 60 diplomates américains expulsés par la Russie, 58 sont des employés de l\u2019ambassade des États-Unis à Moscou et 2 du consulat général des États-Unis à Ekaterin- bourg (Oural), a précisé le ministère des Af faires étrangères dans un communiqué.Ces personnes « ont été déclarées persona non grata pour leurs activités incompatibles avec leur statut diplomatique.Elles doivent quitter le territoire r usse d\u2019ici le 5 avril 2018 », selon le communiqué.Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Saint- Pétersbourg doit être « libéré entièrement d\u2019ici au 31 mars», a indiqué le ministère.Les États-Unis ne sont pas les seuls visés par ces mesures de représailles : « en ce qui concerne les autres pays, [la réponse de Moscou] sera aussi pour tous identique par rappor t au nombre de personnes qui quitteront la Russie », a assuré M.Lavrov.Au total, plus de 140 diplomates russes en Europe, en Amérique du Nord, en Ukraine ou en Australie ont été expulsés en soutien à Londres, qui accuse Moscou d\u2019avoir empoisonné l\u2019ex-espion russe.«Les mesures de représailles seront identiques, et pas seulement », a promis M.Lavrov, sans donner plus de précisions.Haro sur les Anglo- Saxons « Pour rétablir la vérité », la Russie a demandé la convocation d\u2019« une session extraordinaire du Conseil exécutif de l\u2019OIAC (l\u2019Organisation pour l\u2019interdiction des armes chimiques) », a indiqué M.La- vrov, appelant les Occidentaux à avoir «une conversation honnête » avec la Russie.Un refus « serait une confirmation de plus que tout ce qui se passe n\u2019est qu\u2019une grossière provocation», a-t-il affirmé.L\u2019empoisonnement de Ser- gueï et Ioulia Skripal a provoqué une profonde crise diplomatique et suscité des mesures de rétorsion contre la Russie coordonnées entre Occidentaux, sans précédent même à l\u2019époque de la guerre froide.Moscou, qui affirme n\u2019avoir aucun lien avec cet empoisonnement, s\u2019estime victime d\u2019une politique « antirusse » de la Grande-Bretagne.« Les Anglo-Saxons forcent tout le monde à suivre une politique antirusse », a dénoncé M.Lavrov, qualifiant les expulsions de diplomates russes de décisions « prises sous for te pression des États-Unis et de la Grande-Bretagne ».Les menaces, proférées par l\u2019ambassadeur Jon Huntsman, de l\u2019éventuelle saisie de biens appartenant à l\u2019État russe sur le sol américain « entraîneront une dégradation encore plus grave de nos relations, avec de grandes conséquences pour la stabilité mondiale », a prévenu le ministère russe des Affaires étrangères.L\u2019état de Ioulia Skripal, victime comme son père d\u2019un empoisonnement à l\u2019agent neurotoxique selon Londres, «s\u2019améliore rapidement», a indiqué l\u2019hôpital où elle est soignée avec son père depuis qu\u2019ils ont été retrouvés empoisonnés à Salisbury, dans le sud-ouest de l\u2019Angleterre.Selon le média britannique BBC, Ioulia Skripal, 33 ans, est consciente et en état de parler.« Elle n\u2019est plus dans un état critique », a déclaré Christine Blanshard, directrice médicale de l\u2019hôpital de Salisbury.La Russie « a enfin été informée par les autorités britanniques de l\u2019état de santé de Ioulia Skripal », de nationalité russe, s\u2019est félicité M.Lavrov, ajoutant que Moscou avait « encore une fois demandé à avoir accès» à la jeune femme.Agence France-Presse Affaire Skripal : la Russie riposte Moscou expulse 60 diplomates américains et ferme le consulat américain à Saint-Pétersbourg DMITRI LOVETSKY ASSOCIATED PRESS Le consulat des États-Unis à Saint-Pétersbourg A L E X A N D E R M A R T I N E Z M A R G I O N I B E R M Ú D E Z à Valencia L a colère montait jeudi au Venezuela, au lendemain d\u2019une des pires mutineries de son histoire, durant laquelle 68 personnes sont mor tes dans un incendie dans un commissariat surpeuplé de Valencia (nord), nouvel épisode d\u2019un fléau qui touche l\u2019Amérique latine.Jeudi, sous un soleil de plomb, des familles aux visages graves et avides d\u2019informations étaient toujours agglutinées devant les portes du commissariat principal de la capitale de l\u2019État de Carabobo, a constaté l\u2019AFP.«On ne me laisse pas passer pour voir s\u2019il est mort ou pas ! » criait, désespérée, Maria, dont le fils est détenu.Des barrières métalliques étaient disposées devant une des entrées, carbonisée, de cet édifice en briques et tout en longueur.«Hier [mercredi], on m\u2019a remis le corps de mon neveu et je suis là aujourd\u2019hui depuis six heures du matin pour qu\u2019on me rende sa carte d\u2019identité» afin de pouvoir l\u2019enterrer, a déclaré à l\u2019AFP Carmen Varela.« Il n\u2019a pas été brûlé, on lui a tiré dans la tête.De ce qu\u2019on peut voir, ça a été un massacre», a-t-elle dénoncé.Jets de pier res, bousculades, cris, pleurs et évanouissements : mercredi soir, des heurts ont opposé des proches des détenus à la recherche de nouvelles et les forces de l\u2019ordre à proximité du bâtiment.Jusqu\u2019ici, aucune liste avec les noms des victimes n\u2019avait été fournie par les autorités.Les Nations unies se sont dites jeudi «consternées» et ont demandé à Caracas de mener une enquête «efficace» pour déterminer la cause du drame.« Les États sont garants de la vie et de l\u2019intégrité physique des personnes privées de liberté », a souligné le bureau du haut-commissaire aux droits de l\u2019homme.Le Venezuela est en plein marasme économique et social, en grande partie à cause de la chute des cours du pétrole, dont il tire 96 % de ses revenus.Outre la pénurie généralisée, cela se traduit par une hyperinflation attendue à 13 000 % en 2018 par le FMI.La veille, après plusieurs heures d\u2019incertitude, le procureur général Tarek William Saab avait confirmé tard dans la nuit de mercredi à jeudi le nombre de victimes.« Face aux terribles événe- ments survenus dans le commissariat principal de l\u2019État de Carabobo, où un incendie présumé a fait 68 morts, nous avons désigné quatre procureurs [\u2026] pour éclaircir ce qui s\u2019est passé», a déclaré Tarek William Saab, sur son compte Twitter.M.Saab n\u2019a pas précisé les circonstances de la tragédie, mais l\u2019ONG «Une fenêtre vers la liber té », qui défend les droits des prisonniers, assure que l\u2019incendie a été provoqué par un groupe de détenus qui cherchait à s\u2019évader.«Les détenus ont tenté de kidnapper deux policiers.Voyant qu\u2019ils n\u2019y arrivaient pas, ils ont déclenché une émeute et ont décidé d\u2019incendier des matelas en pensant qu\u2019on leur ouvrirait alors les portes.Mais les grilles sont restées fermées», a déclaré jeudi à l\u2019AFP le directeur de cette ONG, Carlos Nieto.Les pompiers ont dû ouvrir un trou à l\u2019arrière de l\u2019édifice pour que les prisonniers puissent sor tir.« Cer tains sont morts brûlés et d\u2019autres par asphyxie », a ajouté M.Nieto, selon qui quelque 200 détenus se trouvaient dans le bâtiment.Surpopulation La surpopulation dans les prisons du Venezuela oblige les forces de l\u2019ordre à utiliser les commissariats comme lieux de détention de longue durée.Or, selon la loi, la détention ne doit pas excéder 48 heures dans ces locaux.Le surpeuplement représente 400 % de la capacité d\u2019accueil au Venezuela.« S\u2019il faut responsabiliser quelqu\u2019un, c\u2019est l\u2019État pour négligence, car il utilise ces dépôts [de la police] comme des prisons, alors qu\u2019ils ne sont pas faits pour ça», a-t-il estimé.Le procureur général a promis une enquête rapide pour « établir les responsabilités » dans ce drame.Au moins 388 personnes sont mortes depuis 2011 dans les prisons vénézuéliennes, selon les chif fres of ficiels et ceux des ONG de défense des droits de la personne.Agence France-Presse La colère monte au Venezuela, après la mutinerie mortelle THOMAS SAMSON AGENCE FRANCE-PRESSE La semaine dernière, l\u2019ex-président avait été mis en examen pour les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007.Des expulsions « injustifiées », dit Washington Washington \u2014 Les expulsions de diplomates américains annoncées jeudi par la Russie sont « injustifiées» et Washington se réserve le droit d\u2019y répondre, a indiqué Heather Nauert, porte- parole du département d\u2019État.Mme Nauert a souligné que les «options étaient en train d\u2019être examinées».Elle a également estimé que Moscou avait «décidé de s\u2019isoler encore davantage » en expulsant 60 diplomates américains et en fermant le consulat des États-Unis à Saint-Péters- bourg.En décembre 2016, Barack Obama avait expulsé 35 agents russes pour punir Moscou de son ingérence dans l\u2019élection présidentielle américaine.Le secrétaire général des Nations unies, António Gu- terres, s\u2019est inquiété jeudi du fait que les tensions actuelles entre les États-Unis et la Russie commençaient à ressembler à celles de la guerre froide.S O P H I E D E V I L L E R M E H D I C H E R I F I A à Paris A vis de tempête pour Nicolas Sarkozy : l\u2019ex-président français a été renvoyé devant la justice dans une af faire de corruption active et de trafic d\u2019influence révélée par des écoutes téléphoniques, une semaine après avoir été mis en examen pour les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007.L\u2019ancien chef de l\u2019État est renvoyé aux côtés de son avocat Thierry Herzog et de l\u2019ex- magistrat Gilber t Aziber t.Tous trois le sont pour « corruption active » et « trafic d\u2019influence ».Les deux derniers le sont aussi pour « violation du secret professionnel », a-t-on appris de sources proches du dossier, confirmant une information du journal Le Monde.Les avocats de Nicolas Sar- kozy, Pierre Haïk et Jacqueline Laf font, ont indiqué à l\u2019AFP qu\u2019ils allaient faire appel du renvoi de leur client.Dans cette affaire, il est reproché à Nicolas Sarkozy d\u2019avoir tenté d\u2019obtenir en 2014, par l\u2019entremise de son avocat, des informations secrètes auprès de Gilbert Azibert, alors haut magistrat à la Cour de cassation, dans une procédure où il demandait la restitution de ses agendas, saisis dans une affaire d\u2019abus de faiblesse présumé à l\u2019égard de la milliardaire Liliane Bettencourt, qui s\u2019était soldée par un non-lieu.À l\u2019origine de ce dossier, des écoutes téléphoniques de l\u2019ancien président avaient été dili- gentées dans une autre enquête, celle sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.Celle-ci lui a valu la semaine passée, après plus de 24 heures de garde à vue, d\u2019être mis en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens ».M.Sarkozy, qui a dénoncé une « manipulation grossière », a été placé sous contrôle judiciaire et n\u2019a notamment plus le droit de rencontrer d\u2019autres protagonistes du dossier, dont ses proches Claude Guéant et Brice Hortefeux.Grâce aux écoutes, les enquêteurs s\u2019étaient aperçus que l\u2019ex-chef de l\u2019État et son avocat communiquaient grâce à des téléphones por tables acquis sous une fausse identité, notamment celle de Paul Bismuth pour M.Sarkozy.Dans son réquisitoire, signé le 5 octobre, le parquet national financier (PNF) avait réclamé la tenue d\u2019un procès et comparé les méthodes de l\u2019ancien président à celles d\u2019« un délinquant chevronné ».Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog « ont régulièrement évoqué les moyens de tirer avantage de la présence au sein même de la Cour de cassation d\u2019un haut magistrat qui leur était dévoué, rapidement identifié comme étant Gilbert Azibert », soulignait le PNF.Quant au haut magistrat, il «a tenté de tirer avantage de la situation en sollicitant et en obtenant, en guise de récompense et de contrepartie, l\u2019intervention de Nicolas Sarkozy au soutien de sa candidature pour un poste judiciaire à Monaco», ajoutait le ministère public.M.Azibert n\u2019a toutefois jamais été nommé dans la principauté.Dans un communiqué, les avocats Pierre Haïk et Jacqueline Laffont ont déploré la signature de cette ordonnance de renvoi, datée du 26 mars, alors qu\u2019une procédure est encore pendante, dénonçant «une incongruité judiciaire ».Le 3 novembre, ils ont en effet déposé un recours en nullité contre le réquisitoire du PNF.Or, ce recours sera examiné le 25 juin par la chambre de l\u2019instruction de la cour d\u2019appel de Paris.« Nous sommes scandalisés par le traitement particulier qui est réser vé à l\u2019ancien président.Pourquoi a-t-on voulu se précipiter et le renvoyer en procès alors qu\u2019il y a encore des points de droit fondamentaux à examiner dans cette affaire?» a déploré Jacqueline Laffont.Le code de procédure pénale autorise les magistrats instructeurs à prendre une ordonnance de renvoi, même si un réquisitoire est contesté par la défense.«Dans la pratique, il est vrai que c\u2019est assez rare.Les juges d\u2019instruction ont-ils souhaité accélérer les choses pour que le recours contre le réquisitoire et celui contre l\u2019ordonnance soient examinés au cours de la même audience ?» s\u2019est inter rogée une autre source proche du dossier.Nicolas Sarkozy a déjà été renvoyé début 2017 devant le tribunal correctionnel pour le financement illégal de sa campagne électorale de 2012, avec treize autres protagonistes.La date de leur procès n\u2019est pas encore fixée.Agence France-Presse FRANCE Sarkozy devant la justice pour trafic d\u2019influence En visite-surprise et chorégraphiée à Pékin, Kim Jong-un est allé se rabibocher avec son homologue chinois, Xi Jin- ping, en prévision de son sommet annoncé avec Donald Trump.Le jeune dictateur nord-coréen joue bien ses cartes, confinant la Maison-Blanche à un mode réactif, après un an de tensions militaires.a visite de Kim Jong-un signale une embellie dans des relations qui se sont compliquées ces dernières années entre la Corée du Nord et la Chine ; mais elle marque aussi, et peut-être surtout, la volonté de Pékin de faire savoir qu\u2019il n\u2019est pas question pour Xi Jinping de rester spectateur du grand ballet diplomatique qui se déroule sous son nez.En ce sens, l\u2019homme fort nord-coréen a moins été invité par le président chinois que convoqué.Sous le régime de Kim Jong-un, arrivé au pouvoir en 2011, Pyongyang a mené quelque 85 essais de missiles, dont l\u2019un aurait coïncidé par bravade avec le sommet du BRIC qui s\u2019est tenu en septembre dernier en Chine.Pékin n\u2019apprécie certainement pas pareille accélération des programmes de développement militaire nord-coréen dans la mesure où cela bouscule le fragile équilibre régional.Pas plus que Pyongyang n\u2019a aimé voir le grand frère chinois se mettre non seulement à voter systématiquement pour des sanctions économiques au Conseil de sécurité de l\u2019ONU, mais à les appliquer avec de plus en plus de fermeté.Sous les politesses et les superlatifs qui ont marqué cette visite par ailleurs quali?ée d\u2019« inof?cielle» par Pékin, il y avait donc un bras de fer et un rappel à l\u2019ordre.M.Xi n\u2019aura sans doute pas manqué de rappeler à Kim Jong-un, si tant est que ce dernier ait besoin qu\u2019on le lui rappelle, que 90% du commerce extérieur nord-coréen passe par les relations avec la Chine.Bref, qu\u2019il ne lui faudrait quand même pas oublier que le régime nord-coréen dépend pour beaucoup de Pékin pour sa survie et sa stabilité.Reste qu\u2019en surface du moins, Kim continue de tirer son épingle du jeu avec cette escapade à Pékin, sa première sortie \u2014 connue \u2014 à l\u2019étranger depuis 2011.Il y a longtemps qu\u2019il voulait s\u2019y rendre.Voici que cet homme, hier paria, peut maintenant prétendre traiter d\u2019égal à égal avec le président chinois comme avec le président américain.Ce qui constitue en soi un revirement stupé?ant.?En l\u2019occurrence, Kim Jong-un et Xi Jinping ont aujourd\u2019hui tous les deux intérêt, par impératif de solidarité antiaméricaine, à accorder leurs violons dans la perspective du sommet sans précédent qui doit en principe réunir d\u2019ici la ?n du mois de mai les présidents nord-coréen et américain.Le Nord-Coréen est allé à Pékin chercher le soutien de la Chine pour l\u2019après-sommet, comme on est loin de pouvoir attendre de ce sommet des résultats concrets, considérant l\u2019immense fossé qui sépare Pyongyang de Washington sur la question de la dénucléa- risation.Entendu que M.Trump entretient des chimères s\u2019il croit pouvoir convaincre à terme Pyongyang de renoncer à l\u2019arme nucléaire sans contreparties majeures \u2014 ce qu\u2019accréditent des informations qui font état cette semaine d\u2019une intensi?cation des activités à Yongbyon, le principal site nucléaire nord-coréen.Une lecture réaliste de cet après-sommet oblige donc à penser que la suite des choses risque fort de passer par une nouvelle séance d\u2019escalade militaro-verbale que ne se priveraient pas d\u2019encourager un faucon comme John Bolton, nouveau conseiller à la sécurité fraîchement nommé par M.Trump.Ce qui fera toujours l\u2019affaire de Pékin dans la mesure où il est fondamental pour elle de contenir l\u2019in?uence des États-Unis en Asie.L\u2019historique con?it intercoréen est utile à cette entreprise, à condition qu\u2019il ne dégénère pas.Aussi, la Chine encourage depuis longtemps les États-Unis à ouvrir le dialogue avec Pyongyang, question d\u2019apaiser les tensions géopolitiques, tout en espérant que ce dialogue ne débouchera jamais sur la réuni?ca- tion des Corées.Elle se mé?e d\u2019emblée de la possibilité qu\u2019un accord diminue son in?uence dans la péninsule.Avant le possible sommet avec M.Trump, il y aura celui, certain, avec le président sud-coréen, Moon Jae-in, dont la date vient d\u2019être ?xée au 27 avril.On s\u2019attend à ce que la Corée du Nord veuille aussi organiser plus tard cette année d\u2019autres semblables sommets avec la Russie et le Japon.Où mènera cette opération de charme diplomatique?Elle pourrait servir à briser son isolement et à déjouer les injonctions occidentales de dénucléarisation.Il n\u2019est pas non plus interdit de penser que cette offensive diplomatique est le signe que le jeune Kim Jong-un a décidé d\u2019engager la Corée du Nord dans un projet de modernisation comme l\u2019a fait en son temps Deng Xiaoping pour la Chine.Une modernisation à la chinoise où l\u2019ouverture économique cohabite avec le verrouillage politique et social.C\u2019est un modèle qui commence à avoir fait ses preuves.L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A 8 EDITORIAL L E T T R E S Desjardins : quelques nuances\u2026 essentielles Pour l\u2019abonné du Devoir et administrateur de ma caisse locale que je suis, il devient exigeant de se soustraire aux critiques à l\u2019égard du Mouvement Desjardins.Ce qui est le plus exaspérant est cette tendance à porter un jugement sur la nature coopérative de l\u2019organisation en procédant par amalgame.Désolé pour ces critiques, mais avec une fine lecture des règles d\u2019actions coopératives, Desjardins est et reste une coopérative : la propriété de l\u2019organisation est collective ; le pouvoir repose sur la règle d\u2019un membre, un vote ; le par tage des résultats se fait selon l\u2019usage des services (prêts, dépôts) ou en ristourne collective de type investissement dans des projets structurants au bénéfice de la communauté, et le patrimoine de l\u2019organisation qui est de plusieurs milliards de dollars est simplement inaliénable.Faites le test, aucun concurrent de Desjardins ne le passe ! Dans le contexte de la rapide transformation de l\u2019industrie des services financiers et des habitudes de consommation por tée par la vague numérique, je conviens qu\u2019un défi important de Desjardins est de trouver le point d\u2019équilibre « intergénérationnel » : des jeunes qui réalisent l\u2019essentiel de leurs transactions en mode virtuel, des aînés pour qui l\u2019accès à un guichet reste la norme.De plus, la fermeture de guichets dans certains milieux peut avoir un impact sous-estimé quant à la pérennité de ces milieux de vie.Le dialogue et la recherche de solutions novatrices associant les élus municipaux me semblent incontournables.L I B R E O P I N I O N D A N I E L L E B O U É Vice-présidente du Conseil interprofessionnel du Québec et présidente de l\u2019Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec L\u2019 Institut du Québec (IQ) a diffusé lundi dernier son plus récent rapport, La reconnaissance des diplômes obtenus à l\u2019étranger.L\u2019une des clés de l\u2019intégration des immigrants au Québec.Ce rapport, qui vient tracer certaines pistes d\u2019action devant permettre au Québec de faire face au vieillissement de sa population et aux défis reliés au taux de chômage historiquement bas que nous connaissons actuellement, nous apparaît grandement incomplet.Alors que l\u2019Institut présente le processus de reconnaissance des diplômes effectué par les ordres professionnels comme étant presque « la seule » réponse au défi démographique, il s\u2019agit plutôt, selon nos données, d\u2019une réponse très partielle.En effet, moins de 10 % des 50 000 immigrants en 2016-2017 ont demandé à rejoindre un ordre professionnel.Rappelons-nous qu\u2019un ordre professionnel a pour mission de protéger la population en garantissant la compétence des personnes ayant un permis de pratique dans une profession donnée.Les balises qu\u2019il se donne sont adoptées par le gouvernement du Québec et l\u2019ordre doit les appliquer avec une grande diligence afin de s\u2019assurer que les immigrants possèdent les compétences équivalentes à celles des personnes formées au Québec.Les équipes en place pour l\u2019admission aux 46 professions souhaitent intégrer rapidement un maximum de personnes compétentes, mais aucun sacrifice ne sera fait sur l\u2019évaluation de la qualité des candidatures reçues.Des recommandations déjà en place Le rapport de l\u2019IQ se permet de faire plusieurs recommandations au gouvernement et aux ordres professionnels.Je suis heureuse au- jourd\u2019hui de répondre que plusieurs de celles-ci sont déjà mises en œuvre.En effet, pour la majorité des professions régies par un ordre, il est possible pour la personne immigrante d\u2019obtenir une reconnaissance de ses diplômes à par tir de son pays d\u2019origine.Ce processus est indépendant du processus d\u2019immigration et s\u2019entame dès le dépôt d\u2019une demande d\u2019analyse auprès de l\u2019ordre concerné.Le délai pour l\u2019analyse d\u2019un dossier par un ordre professionnel est, en moyenne, de moins de trois mois.L\u2019IQ suggère également d\u2019accélérer le traitement des dossiers en comparant d\u2019autres candidats de la même origine.Cette pratique est déjà courante au sein de plusieurs ordres, qui s\u2019assurent cependant d\u2019analyser d\u2019autres facteurs que le simple diplôme avant de déterminer les étapes à franchir pour l\u2019obtention d\u2019un permis de pratique.L\u2019expérience professionnelle et les acquis expérientiels ont également une influence sur le reste du chemin à parcourir.Plusieurs chantiers sont en cours afin d\u2019améliorer la trajectoire d\u2019intégration en emploi des professionnels formés à l\u2019étranger.Le Conseil travaille conjointement avec tous les acteurs du Pôle de coordination pour l\u2019accès à la formation en plus de collaborer avec Qualification Montréal et le gouvernement du Québec dans la mise sur pied d\u2019un guichet unique devant rassembler toute l\u2019information sur la reconnaissance des acquis et compétences et la rendre facilement disponible pour les personnes immigrantes.De plus, le Conseil documente actuellement la situation des candidats formés à l\u2019étranger afin de fournir un portrait complet et fidèle de la situation.Ces travaux permettront de conseiller le gouvernement dans la mise en œuvre de solutions durables pour faciliter l\u2019intégration des néo-Québécois aux 46 ordres professionnels.Malgré tous ces travaux, je tiens également à rappeler une réalité trop souvent occultée : un ordre professionnel n\u2019est pas une entreprise garantissant des emplois dans un domaine, ni pour les candidats étrangers ni pour les candidats québécois.Les ordres professionnels travaillent avec rigueur dans plusieurs volets de cet important dossier et je trouve dommage qu\u2019un organisme sérieux comme l\u2019Institut du Québec véhicule encore des préjugés basés sur des analyses partielles et une étude bien incomplète de la situation.Une réponse partielle sur les diplômes obtenus à l\u2019étranger FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Ne perdons jamais de vue que Desjardins, avec la taille de son sociétariat, soit plus de 60 % de la population du Québec \u2014 quelque chose d\u2019unique au monde en matière de pénétration d\u2019une organisation coopérative \u2014, est aussi le reflet de notre société : traversée par des débats, des tendances.Au final, bien que perfectible, la dose de démocratie qu\u2019insuffle l\u2019organisation à l\u2019économie me rend fier ! Jean-Pierre Girard Montréal, le 29 mars 2018 ce motif que le raisonnement est faillible.Dans cette logique de marché, il est normal que les entreprises privées doivent payer les stages car, contrairement au gouvernement, ce ne sont pas ces dernières qui paient la formation du travailleur.Plus encore, les entreprises tirent un profit personnel du travail des stagiaires.Dans le cas des enseignants, c\u2019est la société qui tire un profit du travail des enseignants, compétences qu\u2019elle a financées afin de rendre les citoyens autonomes.Ce raisonnement est d\u2019autant plus inquiétant que notre société pense de plus en plus l\u2019université comme un marché classique.Il suffit de regarder les mots utilisés : marché de l \u2019enseignement, baisse ou hausse de la clientèle, mesure de la performance des enseignants, optimisation des classes, etc.Avec cette nouvelle pierre posée sur l\u2019édifice de l\u2019université, on continue lentement, mais sûrement, à assimiler la population à une logique de marché.Il ne reste qu\u2019un pas à franchir pour choisir la privatisation plutôt que la gratuité.La toile se tisse.Pourtant, on aurait pu décider de prendre ces millions pour se rapprocher encore plus de la gratuité scolaire ou encore pour améliorer les conditions de travail des enseignants.Québec solidaire se lèvera heureux, ce matin, de cette victoire ; pourtant, en faisant le jeu du Parti libéral, il ne se rend pas compte que cela s\u2019éloigne notablement des principes socialistes qu\u2019il prône.Après des coupes de 172 millions, ces 15 millions me semblent réellement mal investis.Stéphane Chiarello, enseignant en gestion des ressources humaines, UQTR Le 29 mars 2018 PÉNINSULE CORÉENNE Kim Jong-un, de paria à maître du jeu L GUY TAILLEFER Une rémunération pour des stages ?Pourquoi cette décision est-elle illogique?Dans une société sociale-démo- crate, se battre pour la gratuité scolaire est un objectif principal.Il s\u2019agit d\u2019offrir une égalité des chances à tous les citoyens.À partir du moment où cette société paie pour la scolarisation des citoyens, il devient incontournable de demeurer dans la même idéologie afin de réfléchir à la possible implantation d\u2019une rémunération des étudiants pour les stages.Ici, les futurs enseignants se voient rémunérés selon le principe qu\u2019ils exécutent un travail qui serait normalement rémunéré.Or ce raisonnement oublie de prendre en considération le fait que les études ont été payées par le même portefeuille qui paiera pour des stages rémunérés.C\u2019est comme si, en tant que parent, vous payiez les études de votre enfant tout au long de sa vie et que, le jour où il fait un stage, vous lui versiez en plus une rémunération.De quelle logique est issue cette décision ?Il semblerait que le gouvernement ait copié la logique de marché.C\u2019est pour L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L e 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette s\u2019est rendu, armé, dans une mosquée de Québec.Il a déchargé son arme sur des individus de confession musulmane qui y priaient, tuant six personnes.Mercredi, M.Bis- sonnette a plaidé coupable à six chefs d\u2019accusation de meurtre au premier degré et à six autres chefs de tentative de meurtre.M.Bissonnette, selon un ancien camarade d\u2019université, s\u2019est déjà dit « hostile aux non- Blancs et aux non-chrétiens immigrants ».Les mandats de perquisition rendus publics mercredi révèlent qu\u2019il était « en accord avec les propos de Donald Trump à l\u2019effet de bloquer toute immigration ».Après avoir plaidé coupable, il a toutefois af firmé ne pas être islamo- phobe.Par cette affirmation, M.Bissonnette a symbolisé l\u2019un des grands dilemmes du racisme : les personnes qui le perpétuent se convainquent souvent du contraire.Connaissez-vous la technique « J\u2019suis pas raciste, mais\u2026 » ?Les comédiens de l\u2019émission Like-moi à Télé-Québec l\u2019ont brillamment exposée dans un sketch hilarant par son absurdité et son fond de vérité : « T\u2019as juste à dire \u201cmais\u201d après \u201cj\u2019suis pas raciste\u201d, pis ensuite tu peux être super raciste.» Pourquoi ?Parce que, selon Like-moi, « tu peux pas être raciste si tu viens de dire que t\u2019es pas raciste ».Cette technique permet à quiconque en fait l\u2019utilisation de se prémunir de tout reproche de racisme\u2026 même dans les cas les plus évidents.Ne peut-on pas déduire qu\u2019Alexandre Bisson- nette a assassiné des musulmans de la région de Québec justement en raison de leur religion ?Par la reconnaissance de sa culpabilité, il a admis que son geste avait été prémédité et délibéré.Il a ainsi avoué être l\u2019auteur d\u2019une des pires tueries de l\u2019histoire du pays, alors que bien des individus auraient nié bec et ongles.J\u2019ai lu sa lettre aux victimes des familles : un honnête repentir.Après tout le courage dont a dû faire preuve M.Bissonnette pour demander pardon, on aurait cru que reconnaître son islamophobie aurait été une formalité.Eh non! Pourquoi?J\u2019ai déjà écrit dans ces pages qu\u2019en raison de l\u2019image très négative qu\u2019on a du racisme, une personne raciste a souvent de la dif ficulté à concilier qu\u2019elle puisse à la fois être humaine et entretenir des pensées ou avoir des propos racistes.J\u2019ajouterais deux commentaires pour approfondir la réflexion.Premièrement, le racisme n\u2019est pas un délit comme le vol, qu\u2019on peut tangiblement observer.Un voleur qui se fait prendre la main dans le sac aura peu d\u2019arguments pour se justifier.Quant au racisme, oui, il peut se traduire par des attitudes, des paroles ou des gestes concrets.Mais il est d\u2019abord une manière de penser, consciente ou inconsciente, qui conçoit une hiérarchie de certains groupes d\u2019humains par rapport à d\u2019autres.Hautement intangible et sujet à interprétation.Parce qu\u2019un même comportement peut être motivé par une multitude de facteurs, il devient dès lors plus facile de s\u2019imaginer toutes les raisons pour fuir l\u2019étiquette «raciste», peu importe nos faits et gestes.Alexandre Bissonnette, en refusant d\u2019admettre son islamophobie, dit qu\u2019il est «plutôt une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une sorte de forme horrible de désespoir».Or, ces pensées et ces émotions l\u2019ayant habité n\u2019excluent pas l\u2019islamophobie.Elles coexistent main dans la main.En le niant, M.Bis- sonnette refuse de voir en pleine face la zone d\u2019ombre en lui qui l\u2019a mené à commettre le pire.N\u2019ayons crainte.Le ciel ne tombe pas sur la tête de ceux qui reconnaissent leur racisme.Dans la dernière édition de son magazine, le National Geographic a déclaré : «Pendant des décennies, notre couverture était raciste.Pour nous élever au-dessus de notre passé, nous devons le reconnaître.» Le magazine ne s\u2019en porte que mieux.Deuxièmement, il y a un problème à ce qu\u2019une personne catholique définisse ce qu\u2019est ou n\u2019est pas l\u2019islamophobie.Tout comme il y a un problème à ce qu\u2019un homme définisse ce qu\u2019est la misogynie.Il s\u2019agit là de comprendre que les personnes en position de privilège ne doivent pas définir, à la place des personnes désavantagées, la nature des injustices que subissent ces personnes.Sinon, les gens qui provoquent en premier lieu les injustices pourraient les définir de manière à ne jamais en reconnaître l\u2019existence.C\u2019est ce qui se passe ici.Même si la reconnaissance de culpabilité d\u2019Alexandre Bissonnette ne réparera pas le tort causé aux victimes et à leurs proches, il est en partie un soulagement puisqu\u2019il évitera un procès douloureux.Et, oui, certains pourraient se satisfaire qu\u2019Alexandre Bissonnette paie pour son crime.Toutefois, les sanctions pénales n\u2019ont pas qu\u2019une fonction punitive.Elles permettent aussi d\u2019affirmer à quelles normes nous sommes attachés dans notre société.Ici, il est important que notre mémoire collective reconnaisse que le geste d\u2019Alexandre Bissonnette était empreint d\u2019islamophobie, et que notre société ne saurait le tolérer.J\u2019suis pas raciste, mais\u2026 FABRICE VIL L O U I S E L A N G E V I N D O M I N I Q U E G O U B A U Avocats et professeurs à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval n député libéral fédéral mont- réalais entend présenter en mai prochain un projet de loi d\u2019intérêt privé pour permettre la rémunération des mères porteuses au Canada.Même si ce projet de loi a peu de chances de devenir loi, il relance tout de même le débat.En réalité, le député af firme ce que plusieurs savent déjà : même s\u2019il est interdit par la loi fédérale sur la procréation assistée de rémunérer les mères porteuses et les intermédiaires, tout comme les « donneurs » de sperme et les «donneuses» d\u2019ovules, les mères porteuses reçoivent des «cadeaux», et de toute évidence davantage, en plus d\u2019être remboursées pour leurs dépenses raisonnables (cette question du remboursement des dépenses baigne d\u2019ailleurs depuis plus de dix ans dans un flou total puisqu\u2019on attend toujours le règlement fédéral à ce sujet).Le député affirme aussi que des «femmes pauvres peuvent améliorer leur situation financière en devenant mères por teuses, du moment qu\u2019elles font un choix sans contrainte» (selon un article de La Presse canadienne).Il souligne aussi que son projet de loi «est en ligne droite avec le programme féministe du gouvernement libéral et que les femmes devraient être en contrôle de leur corps» (selon Le Devoir).Selon cette logique affligeante, un gouvernement féministe devrait permettre à des femmes pauvres de devenir mères porteuses au nom du respect de leur capacité décisionnelle\u2026 On imagine déjà le centre d\u2019emploi local afficher de telles offres d\u2019emploi ! Protection des personnes La pratique des mères porteuses est marginale au Canada, peut-être moins de 1 % des naissances, mais elle dérange.Il n\u2019existe pas de statistiques à ce sujet au Canada ni d\u2019études sur les réalités socio-économiques des mères porteuses.Des études devraient être menées pour mieux comprendre la situation réelle des femmes qui en arrivent à de telles solutions.Un certain nombre de Canadiens et de Canadiennes font appel à des agences intermédiaires et vont à l\u2019étranger pour trouver une mère porteuse, généralement dans des pays plus pauvres.Cette réalité aussi devrait être mieux documentée.Dans ce débat, on entend souvent la phrase « puisqu\u2019il suffit de toute façon d\u2019aller à l\u2019étranger pour payer une mère porteuse, autant accepter l\u2019idée de la rémunération chez nous ».Avec de tels arguments, autant renoncer d\u2019emblée aux valeurs qui fondent notre société, comme celle de la protection des personnes et de la non-commercialisa- tion de la procréation.Un gouvernement féministe devrait-il vraiment permettre à des femmes «pauvres», pour reprendre le terme du député, d\u2019arrondir leurs fins de mois par la location de leur utérus?Il ne s\u2019agit pas ici de remettre en question la capacité décisionnelle de ces femmes ou de toutes les femmes.Les Canadiennes jouissent de l\u2019autonomie procréative : les enfants que je veux, si je le veux.Mais on peut s\u2019interroger sur un phénomène qui cible certaines femmes plus vulnérables.Au Canada, on ne vend pas son sang ; on le donne.On ne vend pas ses organes ; on les donne, justement pour éviter l\u2019exploitation de cer taines personnes.Le féminisme, peu importe ses courants, peut-il être instrumentalisé pour permettre à des femmes de se sortir de la pauvreté, à des personnes ou à des couples de réaliser leur désir et, en passant, à des agences intermédiaires de s\u2019enrichir ?Poser la question, c\u2019est y répondre.L\u2019histoire des femmes témoigne du contrôle et de l\u2019exploitation de leurs capacités procréatives.La contraception efficace et l\u2019avortement libre ont permis aux femmes de choisir et de penser leur vie en dehors des maternités à répétition.Mais les anciennes contraintes à la maternité semblent se présenter aujourd\u2019hui sous de nouveaux habits.Les hommes et les femmes jouissent d\u2019un droit de se reproduire, mais pas d\u2019un droit à l\u2019enfant.Un discours comme celui de ce député, en mal de publicité, laisse miroiter un droit de s\u2019acheter un enfant.Féminisme, mères porteuses et femmes pauvres : un amalgame douteux R O B E R T B E R N I E R Et ses collègues professeurs de physique au collège Lionel-Groulx* e système d\u2019éducation québécois est passé par de nombreuses réformes : Renouveau pédagogique au primaire et au secondaire.C\u2019est cette fois au tour du niveau collégial, en commençant par le Programme d\u2019études préu- niversitaires en sciences de la nature (SN).Ce programme est celui qui mène soit aux sciences de la santé (médecine, soins infirmiers, pharmacologie, etc.), soit aux sciences pures (physique, chimie, biologie, etc.) ou encore aux sciences appliquées et génie.C\u2019est dire l\u2019importance névralgique de ce programme pour la relève scientifique du Québec.En notre période de post-vérité et de fake news, on ne peut pas surestimer la formation à une pensée scientifique.Pensez, dans le domaine de la santé publique, à tant de situations où les pseudosciences remplacent la science: par exemple les campagnes anti-vaccins.Et à cet apport à la vie économique du Québec: la formation de travailleurs hautement spécialisés.On sait que, dans plusieurs secteurs de pointe, on éprouve une difficulté croissante à recruter qui oblige à se tourner de plus en plus vers l\u2019étranger.Une réforme majeure est toujours un moment de déstabilisation, un passage à risque: on le voit dans le secteur de la santé.On ne devrait pas se permettre de lancer une réforme majeure sans des raisons majeures de le faire.Nous entrevoyons deux retombées négatives du projet dans sa présente formulation: abaissement du niveau de la formation en SN et perte d\u2019uniformité du contenu de ce DEC d\u2019un cégep à l\u2019autre.Surtout, nous pensons que le risque encouru ne répond à aucune crise diagnostiquée.Compétences transversales Le mouvement dans les officines du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur (MEES) qui mène à cette proposition de réforme commence en 2008, lorsqu\u2019une enquête conclut que les programmes de SN n\u2019auraient pas poussé suffisamment loin la grande idée du Renouveau pédagogique: le développement et l\u2019évaluation des compétences transversales.Dans un livre consacré à la question du Renouveau pédagogique, le philosophe Normand Baillargeon dit de ces compétences transversales que « leur existence est en effet fort douteuse ».Ce qui est en accord avec tout l\u2019effort mené en épistémologie depuis les années 1700 et jusqu\u2019aux neurosciences contemporaines.« Apprendre » veut dire associer une connaissance nouvelle à des connaissances anciennes bien établies.Pour cela, encore faut-il disposer de connaissances claires, ce qu\u2019apportent justement les savoirs disciplinaires et les exercices répétés, ceux-là mêmes que le projet dans sa forme présente aurait pour résultat de diminuer considérablement.En 2014, une étude (Éduconseil) tenta de définir le profil que devrait avoir l\u2019élève sortant du programme SN.Il y est question de compétences transversales, de savoir-être, d\u2019habiletés et d\u2019attitudes : de quoi faire rêver.Mais il est bien peu question de connaissances.Les universitaires consultés en ont dit que ces compétences deva ient être vues comme des « visées à atteindre », mais sur le long cycle des études, du primaire à la fin de l\u2019université.Les mêmes universitaires reconnaissent par contre que « les élèves diplômés des programmes d\u2019études préuniversitaires en sciences sont bien préparés ».Quelle serait alors la motivation majeure pour cette réforme majeure et risquée ?Ces études portant plus sur des savoir-être et habiletés que sur des savoirs disciplinaires, le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur commanda une autre étude en 2015.Dans celle-ci, les universitaires consultés ont jugé « essentiels » et « préalables exigés » nombre de savoirs disciplinaires que la réforme propose de rétrograder à « facultatifs ».Et par quoi propose-t-on de remplacer ces savoirs disciplinaires ?Par des savoir-être, des sa- voir-agir et des habiletés : toutes choses très difficiles à définir et, par conséquent, très difficiles à évaluer.Toutes choses faisant partie des paradigmes pédagogiques dits « construc- tivistes » que la vaste majorité des études en pédagogie ont démontré être contre-produc- tifs, surtout à l\u2019endroit des élèves présentant les plus grands besoins.Risque d\u2019un DEC non unifié Si les universitaires consultés soutiennent que la formation des élèves est adéquate, ils considèrent cependant que celle-ci varie trop d\u2019un cégep à l\u2019autre.Or, le projet de réforme ne ferait qu\u2019empirer cette situation puisque l\u2019allocation de près du tiers des périodes serait désormais laissée de façon locale au choix des différents cégeps.Il faut qu\u2019un DEC soit un DEC partout au Québec.Nous croyons que c\u2019est à une période de chaos que ce projet de réforme convie nos cé- geps et nos élèves.Tous les cours et tous les manuels scolaires auraient à être réécrits.Chaos qui, si l\u2019on en croit les résultats négatifs du Renouveau pédagogique au primaire et au secondaire, n\u2019aura pas pour récompense une amélioration de la préparation des élèves à leur entrée à l\u2019université, bien au contraire pensons- nous déjà pouvoir prédire.Nous avons exprimé nos craintes.Nous sommes ouverts à une discussion franche avec le ministère et nous espérons que nous serons entendus.*Ont aussi signé cette lettre : Hacène Abeidia, Stéphanie Codsi, Ousseynou Diop, Mathieu Fontaine, Daniel Fortier, Benoit Gosselin, Marie- Élisabeth Sicard et François Vervaet.En éducation, une réforme qui mène à un chaos L U FRED DUFOUR AGENCE FRANCE-PRESSE La pratique des mères porteuses est marginale au Canada, peut-être moins de 1 % des naissances, mais elle dérange. L E D E V O I R , L E V E N D R E D I 3 0 M A R S 2 0 1 8 A 10 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S directrice de la Maison d\u2019Haïti.Comme à l\u2019université, elle estime qu\u2019un protocole clair est essentiel dans toutes les écoles secondaires pour accueillir les plaintes, mener les enquêtes, sanctionner les agresseurs et accompagner les victimes.«Les filles qui dénoncent un attouchement ne sont pas prises au sérieux, dit Émilie Martinak.Elles se font dire par les surveillants \u201cJe n\u2019ai rien vu\u201d ou \u201cTu l\u2019as cherché\u201d.Les écoles ont tendance à fermer les yeux et à blâmer les victimes.» Les directions d\u2019école collaborent néanmoins avec la Maison d\u2019Haïti et d\u2019autres groupes communautaires pour prévenir les violences sexuelles, souligne l\u2019intervenante.La CSDM interpellée La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, dit avoir été émue par ce qu\u2019elle a entendu mercredi soir.« Les élèves ont été très courageuses.Elles voulaient des ressources, elles ont été entendues», dit-elle au Devoir.Mme Harel Bourdon précise qu\u2019une sexologue vient d\u2019être embauchée pour former le personnel des écoles et «mieux outiller nos milieux» pour faire face à ce type de situation.Car elle le reconnaît, il est possible que les plaintes des victimes ne soient pas bien reçues dans certaines écoles.«On travaille beaucoup à outiller, parce qu\u2019on a 16 000 employés, donc en fonction de la personne à laquelle la jeune fille va parler, c\u2019est important que le plus grand nombre soit outillé.Et ce qu\u2019on veut, de plus en plus, c\u2019est cibler auprès des jeunes vers qui ils peuvent aller.» En ce moment, les écoles de la CSDM traitent ces cas à l\u2019aide du protocole contre l\u2019intimidation et la violence.En fonction de ce protocole, selon les dossiers, les victimes seront accompagnées pour porter plainte à la police et seront soutenues sur le plan psychologique.« Mais il faut qu \u2019elles dénoncent, répète Mme Harel Bourdon.Et ce que les jeunes filles sont venues nous dire [mercredi], c\u2019est que parfois elles ont peur, elles ne comprennent pas bien leurs sentiments et leurs émotions et ne vont pas dénoncer.[\u2026] Le mouvement #Me- Too, ça a touché tout le monde.Si des femmes adultes ont peur de dénoncer, imaginons une jeune fille de 13-14 ans, qui n\u2019a pas tous les outils et qui est dans une crise d\u2019adolescence.» Réflexion sur les moyens Est-ce que les écoles secondaires pourraient avoir un protocole spécifique pour traiter les violences sexuelles, comme c\u2019est désormais le cas dans les cégeps et les universités ?C\u2019était aussi une demande du groupe Citoyenneté Jeunesse lors des consultations sur le projet de loi 151, qui s\u2019applique dans les établissements postsecondaires.Catherine Harel Bourdon n\u2019est pas fermée à l\u2019idée.« Ça va être beaucoup aux intervenants et à la sexologue de nous guider.Si on voit qu\u2019on a beaucoup de jeunes qui dénoncent des événements et qu\u2019on sent le besoin de pousser plus loin le protocole pour bonifier certaines interventions plus précisément sur la question des agressions sexuelles, on va le faire.» La présidente de la CSDM souligne également que les violences sexuelles ne sont pas uniques à un quartier ou à une école, mais que c\u2019est « un phénomène social qui peut arriver dans tous les milieux».Un phénomène répandu Au Centre d\u2019aide aux familles latino-américaines, un organisme qui accompagne les jeunes dans plusieurs écoles de Montréal, on confirme qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un phénomène bien présent dans les écoles secondaires.«Oui, il y a des agressions, on ne peut pas le cacher, et ce n\u2019est pas juste dans une école, mais dans plusieurs écoles », répond la directrice, Cecilia Escamilla.Selon elle, lorsque les jeunes femmes portent plainte, la réponse est bonne.«Les travailleurs sociaux font le suivi, et vite, on ne laisse pas les jeunes filles dans le vide.Mais ce qui manque, dans les écoles, ce sont des programmes de prévention contre les agressions sexuelles.» La commissaire indépendante Violaine Cousineau dit avoir été « bouleversée » par les témoignages des élèves.«Elles sont venues nous dire qu\u2019il y a des agressions sexuelles dans nos écoles, c\u2019est extrêmement troublant.Ça nécessite une réponse musclée et immédiate, comme l\u2019an dernier dans les universités», dit-elle.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 VIOLENCES Et Dylan le regardait sans répondre.Il a fini par citer une phrase de Cohen et lui demander ce que lui avait voulu dire\u2026 Ils ont fini par rire et se dire l\u2019un à l\u2019autre : \u201cIl va falloir qu \u2019on apprenne à l ire entre les l ignes\u2026\u201d C\u2019était magnifique ! » Des lunettes qui rient Et Nana Mouskouri d\u2019éclater d\u2019un rire cristallin, presque enfantin.Avez-vous déjà vu rire des lunettes ?Devant elle, on a l\u2019impression que ses fameuses lunettes sont branchées à même sa tête, amplifient tout ce qu\u2019elle dit, tout ce qu\u2019elle ressent.« Moi, je chante entre les lignes, en tout cas c\u2019est un peu ça que j\u2019essaie de faire depuis 60 ans ! » Sourire à lunettes.« Il y a 60 ans presque jour pour jour, je lançais mon premier disque ! » Et l\u2019interprète d\u2019ajouter, sur sa lancée : « Cohen me disait : \u201cIl y aura toujours une autre chanson\u2026\u201d Il cherchait la chanson de la vraie vérité.Je suppose que je cherche la même chose dans l\u2019interprétation.» Écouter ce nouvel album absolument remarquable pour sa justesse émotionnelle dans la retenue, c\u2019est constater que l\u2019interprétation n\u2019est pas affaire de doubles saltos arrière car- pés autour de la note.Qu\u2019elle échantillonne le répertoire d\u2019Elvis Presley (In the Ghetto) ou d\u2019Emmylou Harris (Lonely Street), qu\u2019elle « ose Barbara » (Dis, quand reviendras-tu ?) ou les Beatles (rien de moins que Hey Jude), les mélodies et même les inflexions d\u2019origine demeurent inchangées.Ça devient pourtant du Nana Mouskouri à tous les coups, il suf fit qu\u2019elle chante.«C\u2019est très important, pour moi, ne pas trahir la version originale.Je crois qu\u2019il faut respecter la mélodie et les paroles.Ce sont des voies d\u2019accès vers le sens profond des choses.» « J\u2019ai compris très tôt que la chanson, si j\u2019allais vers elle plutôt que d\u2019essayer de l\u2019amener vers moi, était mon meilleur moyen de comprendre non seulement ce que l\u2019auteur veut transmettre, mais aussi la culture d\u2019un pays.J\u2019ai chanté dans plusieurs, plusieurs langues, j\u2019ai toujours inclus dans mon spectacle au moins une chanson du pays où je me produisais : le mandarin en Chine, le taïwanais à Taïwan, et les dialectes autant que possible.» À son premier spectacle au Québec, Nana Mouskouri interprète Un Canadien errant.« C\u2019était obligatoire pour moi ! » À ces mots, ses yeux déjà grands s\u2019agrandissent encore.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019être une planète observée au télescope.« Je crois que je suis une insatiable de culture.Je n\u2019ai jamais perdu mon appétit d\u2019apprendre : si j\u2019ai tant voyagé, c\u2019est pour nourrir ça.Aller chanter en Nouvelle-Zélande, pour moi, c\u2019était l\u2019occasion d\u2019apprendre une chanson maori.Ma vraie richesse, ce n\u2019est pas tellement d\u2019avoir vendu tant d\u2019albums, c\u2019est d\u2019avoir connu la culture des îles des Caraïbes [elle reprend ici le Jamaica Farewell popularisé par son ami Harry Belafonte], et la culture hawaïenne [Lei Pi- kake]\u2026 Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est l\u2019âme.» Amy et Ella En exergue du livret de l\u2019album, elle cite Platon : « La musique est une loi morale, elle donne une âme à nos cœurs, des ailes à la pensée, un essor à l\u2019imagination.» Encore faut-il savoir prendre soin de soi : la carrière musicale est impitoyable, le potentiel d\u2019usure prématurée immense, ce dont les fins tragiques des Amy Winehouse, Elvis, Dalida et Barbara témoignent.« J\u2019ai su dès le début que cette voix que j\u2019avais était un don précieux, et que je devais y faire très attention.Je me suis protégée, mes années de chant classique m\u2019ont donné les moyens de préserver ma voix.» Elle chante encore toutes ses chansons dans la clé d\u2019origine, et les interprétations du nouvel album sont données dans le registre de Paul McCartney (pour Hey Jude) autant que dans le registre de Marlene Dietrich (pour Lili Marlene).« Je me suis appliquée à ne pas pousser ma voix à bout.Ella Fitzgerald disait ça aussi, qu\u2019il ne fallait pas abîmer sa voix : même à la fin, malgré ses ennuis graves de santé, son timbre et son registre n\u2019avaient pas changé.» Elle ajoute, un ton plus bas : « Je crois qu\u2019il faut aussi trouver sa joie.Quand je chante Love Is a Losing Game d \u2019Amy W inehouse, j\u2019entends sa détresse, c\u2019est terrible.L\u2019amour, quand on l\u2019a, il faut l\u2019entretenir.On ne met pas ça dans la poche en se disant, voilà, je le possède.Il faut se donner la chance de comprendre ce qu\u2019on a.Oui, l\u2019amour peut être un \u201closing game\u201d, le métier de chanteuse aussi, on peut se mettre à boire, tout peut arriver, mais je cro is auss i qu \u2019on a du pouvo ir sur so i - même.J\u2019ai toujours été bien entourée, j\u2019ai eu beaucoup de chance, mais j\u2019ai aussi contribué à cette chance.» Et Nana Mouskouri sourit tendrement.Et je le jurerais, les lunettes me font des clins d\u2019œil.Le Devoir FOREVER YOUNG Nana Mouskouri Mercury/Universal La chanteuse sera en spectacle à Québec le 18 mai (salle Louis-Fréchette), à Montréal le lendemain (Maison symphonique) ; elle présentera également une classe de maître à l\u2019Université McGill le 20 mai.SUITE DE LA PAGE 1 MOUSKOURI Grosso modo, les infractions débouchant sur une peine de deux ans de prison ou moins sont traitées par procédure sommaire.Ottawa rehausse ce seuil à 10 ans.Cette mesure permettra d\u2019accélérer la cadence, d\u2019une par t parce que les procédures sommaires se déroulent sans jury, et d\u2019autre part parce que les accusés ont plus tendance à plaider coupables parce que les peines maximales prévues y sont moins lourdes.En outre, sans trop qu\u2019on sache pourquoi, les procédures en cour provinciale se déroulent en général plus vite, ont indiqué les fonctionnaires lors d\u2019une séance d\u2019information.Le gouvernement fédéral entend enfin désembourber le système en évitant la rejudicia- risation des prévenus.Les accusés remis en liberté en attente de leur procès moyennant le respect de certaines conditions (s\u2019abstenir de boire de l\u2019alcool ou respecter un couvre- feu) peuvent, en cas de non-respect des conditions, faire l\u2019objet de nouvelles accusations.Ces cas enlisent le système : en Nouvelle- Écosse, 68 % des détenus le sont pour non-respect des conditions, avait indiqué au Devoir un fonctionnaire.Le projet de loi permettra aux policiers de renvoyer de telles personnes directement, sans déposer d\u2019accusation, devant un juge qui déterminera s\u2019il doit y avoir ou non sanction.Le juge pourrait aussi décider de revoir les conditions pour qu\u2019elles soient mieux adaptées à la condition du prévenu (par exemple, revoir son heure de couvre-feu pour qu \u2019elle corresponde à l\u2019heure de passage de son autobus).«Une fois adopté, ce projet de loi aura un effet réel sur les délais judiciaires », a assuré la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould.La ministre a fait valoir que l\u2019élimination des enquêtes préliminaires avait aussi l\u2019avantage de protéger les victimes en leur épargnant d\u2019avoir à raconter deux fois leur version des faits.« Ce changement réduira la revictimisation.» L\u2019arrêt Jordan rendu en 2016 plafonne, au nom du droit des accusés d\u2019être jugés dans un délai raisonnable, à 30 mois la durée maximale d\u2019attente pour un procès en Cour supérieure.Depuis, au moins cinq accusés de meurtre, dont trois au Québec, ont échappé à leur procès pour cause de délais indus.La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, a déploré que ce projet de loi arrive presque deux ans après le fameux jugement.« On aurait pu faire des gestes bien avant.[\u2026] Malheureusement, c\u2019est un peu tard.» Peines minimales absentes Le projet de loi d\u2019Ottawa s\u2019illustre toutefois par l\u2019absence de la réforme pénale promise par les libéraux en campagne électorale.La lettre de mandat de Mme Wilson-Raybould stipule clairement qu\u2019elle doit « réviser les changements apportés depuis dix ans à notre système de justice pénale ainsi que les réformes de la détermination des peines ».D\u2019abord prévue pour le printemps 2016, puis ce printemps, cette réforme ne fait plus l\u2019objet d\u2019un échéancier quelconque.La ministre a refusé de s\u2019engager à la présenter d\u2019ici l\u2019élection de 2019.« C\u2019est un domaine incroyablement complexe, a-t-elle plaidé tout en assurant qu\u2019elle n\u2019abdiquait pas.Nous allons continuer à travailler à une réforme pénale d\u2019une manière responsable, en écoutant mes homologues et en travaillant avec eux dans les provinces.» Le Code criminel canadien contient 72 peines minimales, principalement pour des infractions à caractère sexuel ou liées à la drogue et aux armes à feu.Un très grand nombre de celles-ci ont été instaurées par les conservateurs de Stephen Harper.Certaines ont déjà été invalidées par les tribunaux parce que jugées trop sévères.« Nous allons continuer de surveiller ce que les tribunaux ont à dire à propos des peines minimales », a d\u2019ailleurs mentionné la ministre.Elle a assuré que ce n \u2019est pas la crainte d\u2019être accusée de mollesse envers les criminels qui la retient d\u2019agir.C\u2019est précisément parce que la ministre ne fait rien à ce sujet que les conservateurs appuient le projet de loi.« On est satisfait qu\u2019ils n\u2019aient pas touché aux peines minimales », explique le député Pierre Paul-Hus.À l\u2019inverse, le NPD déplore cette absence.« Tout le système est congestionné par une décision politique qui a été prise sous l\u2019ancien gouvernement Harper, estime Peter Julian.C\u2019est pour cette raison-là que les libéraux ont promis justement ces réformes lors des élections de 2015.Le fait qu\u2019ils n\u2019ont rien touché là-dedans continue de provoquer ce blocage qu\u2019on voit dans le système judiciaire.» Conservateurs et néodémocrates applaudissent à l\u2019abolition des enquêtes préliminaires.Les peines minimales contribuent pour beaucoup à l\u2019enlisement du système judiciaire parce que les accusés se sachant exposés à une peine sévère ont moins tendance à plaider coupables.Avec Marie Vastel Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 JUSTICE Le gouvernement de Justin Trudeau n\u2019est pas resté insensible à la cause de Colten Boushie.La mort de cet autochtone est restée impunie, car l\u2019accusé, Gerald Stanley, a été acquitté en février dernier par un jury entièrement blanc.Son avocat s\u2019était prévalu de son droit à la récusation péremptoire pour écarter cinq jurés d\u2019apparence autochtone.Les récusations péremptoires sont des droits accordés en nombre égal aux avocats de la Couronne et de la défense pour rejeter un juré potentiel sans motif.Avec son projet de loi C-75, Ottawa abolit ce droit.«Cela rendra les jurys plus représentatifs des communautés», a soutenu la ministre de la Justice, Jody Wilson-Ray- bould.Seules les récusations avec motif seront encore possibles, mais ce sont désormais les juges qui trancheront si les motifs sont valables ou pas.À l\u2019heure actuelle, ce sont les deux premiers jurés qui le décident.Comme on doit leur expliquer comment procéder, cela contribue aussi à prolonger les procédures.La fin des récusations péremptoires VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Émilie Martinak et Marjorie Villefranche, de la Maison Haïti, soutiennent du mieux qu\u2019elles le peuvent les jeunes filles victimes de violences sexuelles à l\u2019école.Mais c\u2019est l\u2019école et la commission scolaire qui devraient être en première ligne, expliquent-elles."]
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