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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-03-31, Collections de BAnQ.

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[" Michel David Le parasite, le Québec et la péréquation Page B 5 Martin Luther King L\u2019héritage cinquantenaire d\u2019un leader Page B 7 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 Le Devoir de philo L\u2019identité québécoise dans toute sa complexité Page B 11 L I S A - M A R I E G E R V A I S «À matin, il y a eu la prière de l\u2019aube, mais j\u2019ai passé \u201ctout drette\u201d.J\u2019ai pas entendu l\u2019alar - me de mon cellulaire.» Diane Rivard, alias Laila, se permet de rigoler en racontant les tribulations de sa nouvelle vie de musulmane.La Sherbrookoise de 62 ans s\u2019enorgueillit d\u2019être «le bébé» des convertis à l\u2019islam de la mosquée A\u2019Rahmane.«Ç\u2019a été tout un cheminement, mais je suis fière de l\u2019être!» Un cheminement inattendu pour cette femme issue d\u2019une famille « très catho », qui avoue avoir mené « une vie rock and roll ».« Quand j\u2019étais fille\u2026 oupelaille », lance-t-elle, évoquant ses démêlés avec l\u2019alcool.Aujourd\u2019hui, elle déguste son moût de pommes avec bonheur tandis que d\u2019autres sirotent un drink ou une liqueur.À Noël, elle a passé outre la tourtière au porc, qu\u2019elle digère mal de toute façon.En décembre, après avoir fait ses vœux (cha- hada), elle s\u2019est mise à porter le hidjab et des chemises à manches longues pour cacher ses bras tatoués.«Je porte le foulard par choix et je n\u2019ai pas honte», déclare-t-elle comme pour couper court à d\u2019éventuelles questions.Mais le voile intégral\u2026 «Non.Wô ! » Pourquoi ?« J\u2019ai toujours été quelqu\u2019un qui cherche un côté spirituel.La religion chrétienne ne m\u2019apportait plus ça », répond Diane Rivard, qui réfléchissait à sa relation avec Dieu, à sa façon d\u2019être en contact avec Lui.Autour d\u2019elle, des femmes non musulmanes ni arabes lui parlaient de l\u2019islam et lui suggéraient d\u2019écouter des récits de converties sur YouTube.Un jour, alors qu\u2019elle était prise dans ses réflexions sur l\u2019islam, elle a eu une révélation.Ça s\u2019est passé dans son auto.Une chanson country jouait à la radio.« J\u2019étais bien.C\u2019est comme si ça me disait \u201cbienvenue à la maison\u201d en dedans de moi.J\u2019ai pris ça comme un signe », ra- conte-t-elle en toute candeur mais avec lucidité.Cœur ou raison?Des parcours comme celui de Diane n\u2019étonnent pas Géraldine Mossière, professeure à l\u2019Institut d\u2019études religieuses de l\u2019Université de Montréal.Il y a autant de récits qu\u2019il y a de convertis.Mais ils partagent certaines caractéristiques, qui n\u2019ont plus grand-chose à voir avec la théorie de la faiblesse psychologique, en vogue il y a 50 ans.«Ce sont généralement des gens qui réfléchissent, qui s\u2019interrogent et veulent faire des choix les plus éclairés possible, avance-t-elle.Souvent, une prise de conscience, un événement marquant, une épreuve comme une maladie ou un décès vont créer des questionnements.» La conversion peut être tantôt rationnelle, tantôt mystique.Et pas besoin d\u2019avoir déjà été croyant.« Le phénomène se calque à la société contemporaine, où les conversions sont plus personnelles, plus individuelles », soutient l\u2019anthropologue de formation.Dans les années 1970, on a vu émerger une fascination de l\u2019Occident pour des cultes venus de l\u2019Orient.Prenons le bouddhisme.Contrairement à l\u2019islam, il incarne le prototype de la religion réflexive, dans la mesure où la méditation demeure très intérieure et personnelle.«Le bouddhisme est attrayant dans sa dimension individualiste.On en revient à la question de l\u2019autorité, très souvent remise en cause dans nos sociétés modernes.» Se convertir à la foi de l\u2019autre Julie Vézina Sabourin a grandi en Montéré- gie dans une famille québécoise type, catholique, mais ne célébrant que les fêtes comme Pâques et Noël.Lorsqu\u2019elle a rencontré son futur mari il y a sept ans, elle s\u2019est convertie au judaïsme, d\u2019abord par amour.« J\u2019ai décidé que ce serait plus facile pour nos enfants et notre vie de famille », a-t-elle expliqué.Sa conversion de type «orthodoxe moderne » CHEMINS DE FOI Les mille et un visages de la conversion religieuse JACQUES NADEAU LE DEVOIR Selon le recensement de 2011, il y aurait au Canada 4000 convertis au bouddhisme, 6500 à l\u2019islamet plus de 80 000 aux traditions protestantes, surtout évangéliques.J\u2019ai toujours été quelqu\u2019un qui cherche un côté spirituel.La religion chrétienne ne m\u2019apportait plus ça.Diane Rivard, alias Laila « » Dossier \u203a Les différents chemins de foi.Islam: entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Judaïsme: les concessions d\u2019une conversion.Bouddhisme: le karma de Kelsang Guènyins.Portrait type: qui change de religion au Québec?Pages B 2 et B 3 Edgar Morin et le sentiment national relève davantage de l\u2019accommodement social que d\u2019une réelle quête spirituelle.« Je suis entourée de Juifs depuis plusieurs années, j\u2019aime leur mode de vie, leur côté famille, comment ils se réunissent.Pour moi, c\u2019est beaucoup plus un mode de vie que j\u2019adoptais », explique cette infirmière de l\u2019Hôpital juif, qui ne se dit pas athée.« La religion juive, ça se transmet par la mère et pour mon mari, c\u2019était important que ses enfants soient élevés dans ça.» Si certains se convertissent pour mieux s\u2019intégrer \u2014 pensons aux Chinois ou même à certains musulmans, Africains d\u2019origine, qui adhèrent au christianisme une fois en Amérique \u2014, d\u2019autres choisissent l\u2019islam pour se rebeller.« L\u2019islam est vu comme la religion de l\u2019altérité par excellence.Quand on l\u2019adopte, on envoie le signal qu\u2019on se dissocie de la majorité», analyse Mme Mossière.La religion de l\u2019Autre fournit un langage pour critiquer le modèle dominant.Au Québec, où il y a une déstructuration du modèle familial et une montée de l\u2019individualisme, «il y a peut-être dans l\u2019islam un aspect communautaire qui peut être attrayant», note la chercheuse, qui a réalisé une étude comparative Qué- bec-France sur les femmes de moins de 30 ans qui se sont converties à l\u2019islam.«Les [convertis] se posent des questions existentielles et ce sont des gens très engagés et impliqués dans des causes humanitaires ou environnementales.» Tisser des liens Il permet aussi de tisser des liens.Un facteur déterminant pour Diane Rivard, qui aime sa nouvelle vie sociale faite de soupers de convertis, de prières en groupe, de réunions entre femmes.«L\u2019autre jour, à la mosquée, des sœurs [converties] s\u2019étaient réunies et m\u2019attendaient avec une boîte de viande halal.Elles s\u2019étaient toutes cotisées pour m\u2019en acheter une.J\u2019en pleurais, raconte-t-elle, encore touchée.Moi, je n\u2019ai pas l\u2019argent pour me payer ça.» Reste que, en 2018, se convertir à une religion comme l\u2019islam demeure un acte courageux.Diane Rivard en sait quelque chose.«Je resterai toujours une Québécoise de souche, mais je suis heureuse maintenant.Et je demande à Dieu, ou Allah, de m\u2019aider à avancer, un pas à la fois.» Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 LES DIFFERENTS B 2 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Julie Vézina Sabourin a vécu le laborieux processus pour se convertir au judaïsme, avant d\u2019embrasser la vie conjugale avec son mari.«Ç a s\u2019est bien passé, mais ouf, je ne sais pas si j\u2019aurais l\u2019énergie de le refaire.» Julie Vézina Sabourin fait allusion au laborieux processus traversé pour se convertir au judaïsme, avant d\u2019embrasser la vie conjugale avec son mari.Non pas que ce fut là un sacrifice immense, mais la nouvelle maman n\u2019en oublie pas moins les efforts qu\u2019elle a consentis.«Une fois, c\u2019est assez», dit-elle, un sourire dans la voix.Car la conversion prend parfois l\u2019allure d\u2019un acte d\u2019abnégation.Après avoir adhéré au courant « orthodoxe moderne» \u2014 parmi d\u2019autres, comme réformé, conservateur, massorti, etc.\u2014, elle a dû adapter son mode de vie, à commencer par la base : manger casher.Les principes du jour du shabbat ont également dû être rigoureusement obser vés, soit le repos, l\u2019abstention de tout usage de l\u2019électricité et de la voiture, pour ne nommer que ceux-ci.En plus de célébrer les fêtes juives \u2014 dont le shabbat en famille « d\u2019accueil » \u2014, Julie Vézina Sabourin a dû commencer à fréquenter régulièrement la synagogue sous le parrainage d\u2019un rabbin, tout en suivant des cours offerts par le Tribunal rabbinique sur les rites et textes sacrés.Un long processus Une conversion peut durer plusieurs années, c\u2019est le Baté dinim (tribunal) qui décide.«Pour moi, ç\u2019a été environ deux ans.Un an et demi de formation, à raison d\u2019un cours par semaine.Il faut que ce qu\u2019on t\u2019enseigne, tu le vives dans ta vie de tous les jours, a expliqué l\u2019infirmière à l\u2019Hôpital juif.Le rabbin te suit et t\u2019observe, il doit faire un compte rendu.Ce côté-là est un peu dur.Tu te sens comme une élève qui passe un test.» Et pour cause.Car il y a un examen final à passer.Une fois obtenue la réponse positive du tribunal rabbinique suit l\u2019ultime étape, le Mikvé.Pendant ce rituel du bain, le ou la converti(e) est immergé(e) trois fois dans l\u2019eau et doit réciter par cœur des bénédictions.« Ça n\u2019a pas été un immense sacrifice pour moi et ç\u2019a bien été, on s\u2019est fait plein d\u2019amis.Mais il y a eu des moments plus dif ficiles.Disons que je suis contente de l\u2019avoir fait.» Et après tout cela ?«David et moi on s\u2019est mariés tout de suite à la fin de la conversion.Si tu es déjà en relation pendant le processus, tu dois te marier à la fin.Ça vient avec ! » Le Devoir Les concessions d\u2019une conversion L ucie Vachon le dit presque avec fier té : elle a eu son « baptême d\u2019islamophobie » dans le temps de la charte des valeurs, en 2013.Elle avait répliqué sur Facebook à des propos haineux envers les musulmans et a reçu des menaces de mort.«Un homme m\u2019a écrit qu\u2019il voulait me buter », raconte la Sherbrookoise qui s\u2019est convertie à l\u2019islam à cette époque et porte le voile depuis.Peu de temps auparavant, elle s\u2019était fait accoster et insulter dans le stationnement d\u2019un hôpital.« J\u2019ai décidé de bien le prendre et je me suis souri à moi-même en me disant : \u201cÇa y est, tu viens de casser la glace.\u201d » Des menaces?«On en a tous eu», laisse tomber Jean-François Therrien, inter venant en soins spirituels qui a fait des études doctorales sur le religieux contemporain et qui est musulman depuis 20 ans.C\u2019est peut-être ce qui explique les réticences des associations de convertis contactées par Le Devoir.Plusieurs personnes, surtout des femmes, ont refusé toute entrevue, même sous le couvert de l\u2019anonymat, par crainte de représailles.Assis avec Lucie dans la salle de prière de la mosquée A\u2019Rahmane de Sherbrooke, Jean- François évoque les vives réactions que suscite son choix de religion.Surtout chez les personnes en fin de vie qu\u2019il accompagne, qui ont pour la plupart baigné dans l\u2019Église catholique.« Quand je leur dis, les gens deviennent terrorisés, même si je les aide et les écoute.Je pense que si j\u2019avais été un tueur en série, ça aurait mieux passé », note ce père de famille de 39 ans, marié à une musulmane d\u2019origine africaine.« Je vois bien que c\u2019est leur compréhension de l\u2019islam à travers les médias.» Mais depuis les attentats à la mosquée de Québec, dont il est un des fondateurs, il reconnaît que le climat a changé.«J\u2019étais traité en terroriste, depuis, je sens qu\u2019on me laisse une chance.» Étranger en son pays Prenant part à la discussion, Line Thibodeau raconte qu\u2019elle ne pensait pas se convertir à l\u2019islam au début 2017, un an après avoir épousé son conjoint d\u2019origine algérienne.Elle n\u2019était pas en quête spirituelle, mais avait tout de même une cer taine ouver ture.« Ça m\u2019est tombé dessus », dit-elle, en racontant qu\u2019un rêve a allumé son étincelle.Le reste \u2014 soit la découverte de la religion à travers le Coran et les rencontres \u2014 s\u2019est enchaîné naturellement.Ce qui s\u2019est avéré moins naturel, c\u2019est le changement radical dans les regards posés sur elle.« Je me suis rendu compte de l\u2019intolérance, du mépris qu\u2019il pouvait y avoir.» À l\u2019hôpital, au restaurant, au magasin.Elle remarque le malaise et l\u2019agressivité dans le ton et les gestes.Le regard des autres femmes est encore plus sévère.« Les femmes québécoises, c\u2019est épouvantable, ça m\u2019a tellement blessée.C\u2019est comme si je les faisais régresser, dit-elle.Bizarrement, la femme baby-boomer me dévisage particulièrement.Une fois sur deux, je me fais regarder de travers par une femme de 60 ans ou plus.» Line s\u2019est sentie étrangère en son pays, du jour au lendemain, comme si elle n\u2019avait jamais été cette infirmière à la résidence des Frères du Sa- cré-Cœur, cette mère de famille qui réside à Sherbrooke.«On se retrouve comme déraciné.Je suis pourtant la même personne.Je suis Québécoise, je mange du sirop d\u2019érable et tout ce que tu veux et ça ne changera pas parce que je suis dans un mariage mixte, souligne-t-elle.Et je continue de faire du pâté chinois aux enfants parce qu\u2019ils sont tannés du couscous!» ajoute-t-elle en rigolant.Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce Les nouveaux convertis à l\u2019islam ne sont pas toujours bien accueillis dans leur nouvelle communauté.Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce, estime Jean- François Therrien, le converti est ni tout à fait l\u2019un ni tout à fait l\u2019autre.« C\u2019est une sorte de purgatoire éternel, dit-il.Être converti, c\u2019est comme si tu avais des comptes à rendre aux Québécois, mais aussi à la communauté musulmane.Il faut être fait fort pour persévérer.» Avant d\u2019ajouter dans un sourire à ses « sœurs » musulmanes : « On ne sera jamais des musulmans de souche ! » Pour cet homme qui parle et lit l\u2019arabe, qui a produit un mémoire sur Tariq Ramadan et réalisé un pèlerinage à la Mecque, il demeure plus facile de faire sa place.Mais il s\u2019en trouvera toujours pour reproduire à leur insu un certain néocolonialisme.« Lors du pèlerinage à la Mecque, j\u2019ai posé beaucoup de questions à de grands savants d\u2019une littéralité très tranchante et rigoureuse, mais aucunement ajustée au contexte nord-occidental.» Professeure à l\u2019Institut d\u2019études religieuses de l\u2019Université de Montréal, Géraldine Mossière a pu observer cette situation d\u2019exclusion.«L\u2019islam est une religion prosélyte, et les convertis y sont généralement bien accueillis, mais cela ne va pas jusqu\u2019à l\u2019intégration complète.On n\u2019en fera jamais des membres de la communauté à part entière», dit-elle.C\u2019est une tension qui s\u2019exprime notamment au moment du mariage mixte, où les uns ont peur que les enfants perdent leur identité religieuse, ajoute-t-elle.Testés à la dure Conséquence de ce phénomène : l\u2019émergence d\u2019une voix des convertis à l\u2019islam, un mouvement complètement québécois, mais qui demeure marginal.« Ils créent un espace entre les deux et fondent leur propre dynamique communautaire, constate-t-elle.Ils font entendre leur voix de façon de plus en plus affirmée et dissociée des autres musulmans.» Jean-François déplore cette incompréhension envers les convertis.«Ils ne comprennent pas la profondeur de cœur qui nous a appelés.» Soit.Il a appris l\u2019islam à la dure il y a 20 ans, se souvient de la taloche reçue à l\u2019arrière de la tête pour lui indiquer comment s\u2019asseoir dans une mosquée.Lucie a aussi été « testée » par sa nouvelle communauté à coups de passages du Coran et de hadiths, évoquant les actes et paroles du prophète.« Moi, je ne pouvais pas répliquer à ça.C\u2019est comme si un joueur de ping-pong était confronté à un boxeur», raconte-t-elle.Elle a même remis un moment en question son choix.« J\u2019ai été élevée avec de belles valeurs, mais si j\u2019embarque dans quelque chose qui me fait enrager, ça donne quoi ?, dit-elle.J\u2019ai trouvé ma réponse : je ne me suis pas convertie pour les autres, mais pour Dieu.» Un Dieu qui , au fond, peut prendre la forme qu\u2019on veut, croient les trois convertis.« Je dis souvent aux gens que Dieu est un gâteau qu\u2019on peut manger avec les baguettes si on est bouddhiste, avec les mains comme le font les musulmans ou avec la grosse cuillère en bois du catholique, dit Jean-François Therrien.Qu\u2019impor te sa religion, je veux juste que la personne se sente bien quand elle va apparaître devant Dieu au jugement dernier\u2026 et qu\u2019elle ait mis toutes les chan - ces de son côté ! » Le Devoir Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce Des convertis jugés à la fois par leurs proches et par leur communauté d\u2019accueil T E X T E S D E L I S A - M A R I E G E R V A I S Convertis à l\u2019islam France De 1 à 3 % des 4,7 millions de musulmans français États-Unis 21 % des 3,3 millions de musulmans américains Québec 2% des 245 000 musulmans québécois LISA-MARIE GERVAIS LE DEVOIR Complices et nouvelles converties, Diane Rivard et Lucie Vachon partagent leur foi à la mosquée A\u2019Rahmane de Sherbrooke. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 CHEMINS DE FOI B 3 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Posée, Kelsang Guènyin (son nom d\u2019emprunt) raconte comment, il y a huit ans, elle est devenue moi ne bouddhiste.«V eux-tu l\u2019histoire ordinaire ou l\u2019histoire, disons, la plus vraie ?» Kelsang Guènyin \u2014 elle préfère ne pas utiliser son nom de naissance \u2014 est attablée dans un petit resto végéta- lien de Saint-Hyacinthe devant une grande fenêtre qui l\u2019inonde de lumière.Son crâne est rasé, elle porte le shamtab et le donka, des vêtements traditionnels couleur bordeaux et or, et sirote un thé.Posée, elle raconte comment, il y a huit ans, elle est devenue moi - ne bouddhiste.Faite de hasards et d\u2019intuition, l\u2019histoire « ordinaire » met en scène une fonctionnaire fédérale âgée de 57 ans à l\u2019époque, formée en psychologie et en études sur la mort, en congé de travail pour une dépression sévère.Elle venait de déménager à deux pas d\u2019un centre bouddhiste qu\u2019elle n\u2019avait jamais remarqué auparavant.«Tellement de choses ont résonné en moi quand je suis rentrée là », dit celle qui a vécu dans plus d\u2019une dizaine de villes, partout au Canada.« Tout est devenu clair.C\u2019est tellement rare dans une vie.C\u2019est comme si je venais de poser mes valises.» L\u2019histoire «plus vraie » a une couleur : le vert.Sans aucune raison apparente, Kelsang Guè- nyin avait développé une fascination pour cette couleur.Tous ses vêtements étaient verts, elle approchait spontanément les gens portant ce coloris et s\u2019est prise d\u2019amour pour un tableau abstrait dans les tons de rouge et de vert.C\u2019était juste avant de se retrouver face à une affiche du centre bouddhiste voisin faisant état d\u2019une des divinités les plus populaires du bouddhisme tibétain : la Tara verte, « celle qui délivre ».Une divinité qui reviendra plusieurs fois sur son chemin, jusqu\u2019à son ordination.«Ça venait valider ce que j\u2019avais découvert par moi- même et ma vie spirituelle », explique-t-elle.Elle se sentait désormais guidée plutôt que d\u2019errer «au hasard du karma».Besoin de spiritualité Son côté spirituel, elle l\u2019avait toujours cultivé.Même si, comme beaucoup de Québécois, elle avait abandonné la religion quelque part dans les années 1970.« Dans le catholicisme, il y avait un gouffre entre la théorie et la pratique.Je ne voyais pas de lien entre les deux », dit-elle.Jeune collégienne, elle adorait participer aux retraites chez les Pères dominicains de Saint- Hyacinthe et avait même songé à entrer chez les sœurs cloîtrées «pour le silence ».«Mais j\u2019ai eu peur que ce soit une fuite en avant, que ce soit une façon d\u2019éviter les problèmes humains que je ressentais.» Elle s\u2019est alors mise à la recherche d\u2019une spiritualité sans cadre.Libre.« J\u2019ai vécu des expériences, disons\u2026 intéressantes ! » lance-t- elle en éclatant de rire.Dont un jeûne de 25 jours à l\u2019eau.« J\u2019avais une capacité de concentration incroyable ! Mais je me suis réencras- sée avec le temps.» Un culte moderne Ce n\u2019est que 40 ans plus tard qu\u2019elle a embrassé pleinement le bouddhisme, qu\u2019elle dit ne pas avoir vécu comme une conversion à proprement parler.«Pour moi, il n\u2019y a pas vraiment eu de changement.» Elle pratique un culte qu\u2019elle qualifie de «moderne » et n\u2019a pas l\u2019impression d\u2019être une étrangère, puisqu\u2019elle est le plus souvent en compagnie d\u2019Occidentaux de diverses communautés, appelées « sangha».«Comme j\u2019ai vécu dans plusieurs villes, ma sangha est multiple, ce qui est assez rare », explique-t-elle.De toute façon, le bouddhisme n\u2019oblige à rien, insiste-t-elle.« Quand on est bouddhis - te, on n\u2019est pas Bouddha.» Mais le végétarisme s\u2019est imposé pour plus de cohérence.Elle a aussi fait le vœu de ne plus boire d\u2019alcool, ce qu\u2019elle faisait déjà pour des raisons de santé.Elle se rend fréquemment à l\u2019étranger pour des retraites de méditation et prie \u2014 plutôt chante \u2014 deux-trois heures par jour, à son rythme.« Il y a des pratiques reliées au tantra du yoga suprême qu\u2019on fait six fois par jour, mais il n\u2019y a rien d\u2019obligé, insiste-t-elle.L\u2019idée est d\u2019en arriver à ce que le guide spirituel soit constamment dans notre cœur.» Le regard de l\u2019autre L\u2019ordination est une étape toutefois marquée de changements plus importants, soit l\u2019esprit, l\u2019apparence et le nom.C\u2019est là qu\u2019on est con fronté aux regards des autres, reconnaît Kelsang Guènyin.«Souvent, je vois des réactions de personnes dans la rue.À Montréal, les gens vont me sourire, me saluer de la tête ou se joindre les mains comme s\u2019ils se prosternaient devant Bouddha.» Dans une petite ville comme Saint-Hyacinthe, où elle est la seule à porter l\u2019habit des moines bouddhistes, elle voit bien qu\u2019elle est un « personnage ».Mais elle reçoit très peu de réactions hostiles, le bouddhisme étant associé à la compassion et à la solidarité.Kelsang Guènyin ne cache pas qu\u2019elle a causé une certaine onde de choc dans sa famille.Certains vivent bien avec sa conversion, mais ne s\u2019habitueront jamais au changement de nom.Et parfois, elle doit s\u2019habiller en laïque «pour pacifier les esprits».En particulier celui de feu sa mère, une fervente catholique qui avait 96 ans lorsque Guè- nyin est devenue moine.«Elle m\u2019a demandé si j\u2019avais mis Dieu de côté.Elle avait lu dans un livre d\u2019un pape que c\u2019était bien, les autres religions, pourvu qu\u2019on ne mette pas Dieu de côté.» Kelsang Guènyin l\u2019a tout de suite rassurée.« Par après, elle m\u2019a dit qu\u2019elle n\u2019était pas inquiète pour moi.Ç\u2019a été le plus beau compliment qu\u2019elle pouvait me faire», poursuit-elle, saluant la sagesse et l\u2019ouverture d\u2019esprit de sa mère qui a rendu l\u2019âme l\u2019an dernier à l\u2019âge de 102 ans.D\u2019ici à ce qu\u2019elle atteigne cet âge vénérable, Kelsang Guènyin se prend à rêver d\u2019une maison de retraite qui accueillerait des gens comme elle.« J\u2019ai 65 ans, je suis végétalienne, j\u2019ai des problèmes de santé importants.Il n\u2019y a encore rien pour des bouddhistes comme moi, dit-elle.Je ne sais pas encore ce qu\u2019on pourrait faire, mais je planche là-dessus\u2026 dans mon esprit.» Le Devoir Le karma de Kelsang Guènyin Parcours d\u2019une convertie au bouddhisme Qui change de religion au Québec?I l n\u2019existe aucune statistique permettant de chiffrer les conversions religieuses dans le recensement canadien.Mais en croisant des données sur les origines, par exemple « canadienne-française », la langue et la religion déclarée (sans qu\u2019elle soit nécessairement pratiquée), le chercheur et enseignant au Département des sciences des religions de l\u2019UQAM, Frédéric Castel, a tenté de dessiner à gros traits le portrait type du converti et d\u2019expliquer l\u2019ampleur \u2014 somme toute marginale \u2014 du phénomène.Quelle ampleur le phénomène des con - versions a-t-il?On n\u2019est plus dans des mouvements de conversions de masse comme ceux vécus dans les années 1970-1980 au Québec.Il y avait alors des dizaines de milliers de conversions de Canadiens français aux Églises évangéliques.Au- jourd\u2019hui, le nombre de convertis, notamment à l\u2019islam, augmente, mais les convertis à cette religion ne représentent qu\u2019environ 2 % de tous les musulmans (245 000), une proportion stable qui suit la démographie mais qui n\u2019a rien de spectaculaire.Au Canada, il y aurait (recensement 2011) : 4000 convertis au bouddhisme ; 6500 convertis à l\u2019islam ; plus de 80 000 convertis aux traditions protestantes, surtout évangéliques.Y a-t-il un profil type du converti?Je vous dirais qu\u2019il y a des profils de processus.Les gens qui se convertissent au bouddhisme vont passer par une quête personnelle, lire des livres et aller vers la pratique de la méditation.J\u2019appellerais ça le processus spirituel.L\u2019autre est motivé par la recherche d\u2019une communauté, comme c\u2019est le cas pour l\u2019islam.Je l\u2019appellerais le processus social, car il ne vient pas d\u2019une quête qui nous propulse, mais se fait au hasard des rencontres avec un collègue, un voisin, un ami qui pratique une religion.[\u2026] En ce qui concerne le judaïsme, certains vont y adhérer selon la logique de la quête spirituelle, comme c\u2019est le cas dans le mouvement kabbaliste auquel appartient Madonna, mais en majorité, les gens qui vont vers le judaïsme répondent plutôt au mode social.À quel âge les gens se convertissent-ils?Bouddhisme : entre 40 et 50 ans.Parce que l\u2019adoption de cette religion se fait davantage au terme d\u2019une quête personnelle.Il y a aussi un phénomène de génération.Le bouddhisme est présent en Occident depuis plus longtemps, soit les années 1970, avec la méditation, le yoga, le dalaï-lama.C\u2019est le mouvement hippie.Islam : entre 20 et 30 ans.Ici, il y a deux critères.C\u2019est davantage le modèle de la rencontre qui entraîne la conversion.Plus on est jeune, plus on est curieux et ouvert d\u2019esprit.L\u2019islam est arrivé beaucoup plus tard que le bouddhisme au Québec, soit dans les années 1990-2000.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Dans le catholicisme, il y avait un gouffre entre la théorie et la pratique.Je ne voyais pas de lien entre les deux .Comme j\u2019ai vécu dans plusieurs villes, ma sangha est multiple, ce qui est assez rare .« » I S A B E L L E P O R T E R à Québec L\u2019 Immigration au Québec a rarement fait l\u2019objet d\u2019autant d\u2019investissements.Pour 2018-2019, le gouvernement a engagé mardi des fonds supplémentaires de 190 millions sur cinq ans.Les fonds du ministère grimpent de 6,2 % et en plus, le fédéral a bonifié ses transferts annuels de 112 millions, pour un total de près de 500 millions.« C\u2019est majeur », remarquait cette semaine Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).« Du jamais vu », ajoute-t-il.Quant à savoir quel impact cela pourra avoir, c\u2019est une autre histoire.« C\u2019est très dif ficile à évaluer », dit M.Reichhold.Sur les 190 millions promis, la majorité est destinée à la prospection de futurs travailleurs à l\u2019étranger et à des aides aux entreprises (subventions salariales, ser vices de francisation en entreprise).Restent 40 millions de plus pour les services en francisation du ministère et une partie de l\u2019enveloppe de prospection (70 millions) destinée aux organismes locaux pour favoriser le maillage entre employeurs et immigrants.Nulle mention toutefois de la volonté libérale de rétablir les bureaux régionaux du ministère de l\u2019Immigration.Quatre ans après leur fermeture, les libéraux avaient annoncé en décembre leur intention d\u2019y revenir (une « stratégie d\u2019intervention territoriale », dans le jargon du gouvernement).Où en est ce projet ?« Les démarches sont en cours », indique-t-on au ministère, en rappelant que 15 millions ont déjà été débloqués à cette fin.L\u2019objectif est « d\u2019of frir des services de proximité axés sur l\u2019accompagnement de la clientèle », précise-t-on.Le ministère doit aussi donner suite au rapport dévastateur de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, qui remettait en question en novembre l\u2019ef ficacité du bien nommé programme Réussir l\u2019intégration.Dans un plan d\u2019action en réponse à la V.G., le ministère prévoit de refondre le programme dans un an, donc après les élections.Facteur de rétention Chose certaine, le grand défi va consister à convaincre les travailleurs immigrants de s\u2019installer pour de bon dans les régions du Québec.Un objectif qui a souvent eu des allures de vœu pieux ces dernières années.Ainsi, seulement 26,5 % des immigrants s\u2019établissent à l\u2019extérieur de Montréal, Québec et Laval.Une proportion qui tombe à 15,1 % si on exclut aussi la Montérégie.Le hic, c\u2019est que c\u2019est en région que se concentre la pénurie de main-d\u2019œuvre qui préoccupe le gouvernement.On estime que pas moins de 1,3 million d\u2019emplois seront à pourvoir d\u2019ici dix ans, dont la majeure par tie à l\u2019extérieur de Montréal, pouvait-on lire dans les documents budgétaires cette semaine.Pendant ce temps, la première ligne s\u2019impatiente.Cette semaine, la direction d\u2019une ressource locale en immigration près de Québec confiait au Devoir à quel point la stratégie du ministère était dure à suivre.« On se demande si l\u2019argent va se rendre à destination », disait la personne qui a requis l\u2019anonymat.Depuis quelques mois, le ministère a lancé des appels de propositions pour une série de nouvelles initiatives, souvent dans des délais très courts, a-t- elle expliqué.Mais les organismes disent manquer de fonds pérennes pour travailler sur l\u2019intégration plus à long terme.« La pénurie de main-d\u2019œuvre, c\u2019est le nouveau thème à la mode.C\u2019est bien de vouloir attirer des travailleurs, mais l\u2019enjeu réel, c\u2019est la rétention des travailleurs.Si on veut les retenir, il faut aussi G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É F aisons ce constat : à l\u2019heure actuelle, les géants du Web tirent d\u2019importants revenus au Canada, ne paient pas d\u2019impôt, ne contribuent pas au système de redevances\u2026 et leur puissance force les gouvernements à investir des fonds publics pour atténuer l\u2019effet déstructurant de leur présence.Ainsi, le budget Leitão présenté mardi contient, entre autres mesures, une enveloppe de 64,7 millions pour aider les médias écrits à traverser la crise qui les affecte.Cela parce que « les journaux ont perdu 65 % de leurs revenus publicitaires annuels, [des] revenus engrangés par des géants américains du Web comme Facebook et Google », constate le Plan économique du Québec.Ou encore cette mesure de 250 millions pour dédommager les « propriétaires de taxis pour la per te de valeur » de leur permis, en chute marquée depuis l\u2019arrivée dans le portrait routier québécois d\u2019Uber \u2014 autre joueur important de la Silicon Valley.En trois ans, la valeur moyenne de revente des permis à Montréal a chuté de 23 %, pour s\u2019établir à 151 000 $.À Québec, la baisse est de plus de 40 %, avec une valeur moyenne actuelle de revente à 107 000 $.Au fédéral, le budget Morneau contenait un investissement de 172 millions sur cinq ans pour maintenir la valeur actuelle du Fonds des médias du Canada (FMC), qui finance des productions locales.La somme est injectée pour compenser la contribution décroissante des câblodistributeurs \u2014 ou, autrement dit, pour atténuer l\u2019ef fet de la migration des habitudes d\u2019écoute vers le Web et les plate- formes de diffusion comme Netflix (un phénomène qui s\u2019accentue, rappelait d\u2019ailleurs vendredi un nouveau rapport de l\u2019Obser vateur des technologies médias).Faire un pas de plus Des mesures nécessaires, disent quatre experts à qui Le Devoir a parlé du sujet vendredi.Mais aussi des mesures révélatrices des problèmes que posent ces géants numériques, qui « offrent du contenu aux Canadiens en marge du système réglementé que l\u2019on connaît », comme le soulignait la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, dans un discours prononcé en septembre dernier.« Ce type de mesures revient au final pour l\u2019État à subventionner les GAFA [acronyme qui désigne notamment Google, Apple, Facebook et Amazon]», dit Pierre Trudel, professeur au Centre de recherche en droit public de l\u2019Université de Montréal et chroniqueur invité au Devoir.« Dans chacun de ces cas de figure, nous avons des entreprises qui viennent jouer sur un terrain pourtant déjà balisé sans respecter les règles du jeu : pas de permis pour Uber, pas de contribution aux productions canadiennes pour Netflix ou pour les plateformes qui pompent les revenus des médias\u2026 » M.Trudel remarque que, « plutôt que d\u2019imposer des règles équitables à tous les joueurs, les gouvernements laissent faire et financent avec les fonds publics les dégâts que cela engendre chez ceux qui jouaient selon les règles ».Pour la fiscaliste Mar wah Rizqy, on vient ainsi « mettre des pansements sur une plaie béante.Je comprends qu\u2019à cour t terme, ça prend de l\u2019aide maintenant.Mais à court et à moyen terme, c\u2019est aussi immédiatement qu\u2019on doit modifier les règles pour que les géants du Web soient assujettis aux mêmes règles fiscales et réglementaires » que les joueurs canadiens, répète la professeure de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l\u2019Université de Sherbrooke.Mme Rizqy a déjà calculé que le Canada s\u2019est privé de près de 700 millions l\u2019an dernier en ne percevant pas les taxes de vente sur les publicités achetées sur Facebook et Google.« Le gouvernement est conscient de ça, mais il n\u2019a pas légiféré pour s\u2019assurer d\u2019avoir un pouvoir fiscal sur ces entreprises», dit-elle.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 4 Le budget Leitão a débloqué des fonds sans précédent cette semaine pour favoriser l\u2019immigration en région.Après des années à constater l\u2019échec des politiques québécoises en ces matières, comment s\u2019y prendra-t-on ?Et surtout, cette fois-ci sera-t-elle la bonne?L\u2019immigration en région en attente d\u2019une direction Québec veut améliorer la répartition de la main-d\u2019œuvre sur le territoire, mais connaît-on les impacts qu\u2019aura le nouveau financement ?Tant le budget fédéral de février que celui du Québec présenté mardi contiennent des mesures qui viennent en aide à des secteurs durement touchés par la force de frappe des géants du Web.Des solutions de court terme qui devront être suivies d\u2019actions plus contraignantes, disent des experts.BUDGET DU QUÉBEC RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Le service de transport Uber a déjà causé bien des maux de tête aux gouvernements, en plus de s\u2019attirer les foudres de l\u2019industrie du taxi partout dans le monde.Uber, on aurait pu comprendre vite que ça allait mettre à mal la valeur des permis de taxi.Dans plusieurs cas, une bonne recherche aurait pu montrer ça.Mais on a laissé faire, l\u2019État n\u2019a pas voulu réagir.Jonathan Roberge, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les nouveaux environnements numériques et professeur à l\u2019INRS (Institut national de la recherche scientifique) « » OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Une proportion de seulement 26,5 % des immigrants s\u2019établissent à l\u2019extérieur des grands centres que sont Montréal, Québec et Laval.Géants du Web: un remède bien Plusieurs mesures viennent compenser le manque à gagner être capable d\u2019intervenir auprès des familles, voir l\u2019intégration de manière globale.» Et encore faut-il cadrer dans les cases du programme, poursuit Suzanne Laroche, qui travaille en immigration dans la MRC de Bécan- cour.En 2016, Mme Laroche et une collègue pro- fesseure de francisation ont créé un OBNL pour mettre en contact des réfugiés des villes et des agriculteurs de la MRC de Bécancour.Vingt-deux personnes (enfants inclus) se sont depuis établies dans les petits villages de For- tierville et Sainte-Françoise, et la MRC veut désormais reproduire le modèle autour.Admissibilité trouble Vendredi, un nouveau groupe de 50 réfugiés de Trois-Rivières prenait le bus avec les deux inter venantes pour aller rencontrer des employeurs ruraux.«On va visiter une ferme avicole, une entreprise de soudure, une entreprise de drainage en pleine expansion, une ferme laitière et une compagnie de mécanique automobile», signale Mme Laroche, en insistant sur le fait que les réfugiés viennent souvent eux-mêmes de la campagne et préfèrent ce genre d\u2019emplois.Le hic, c\u2019est que Mme Laroche est incapable de faire financer son projet par le gouvernement.« On n\u2019entre pas dans les cases.L\u2019enjeu majeur, c\u2019est l\u2019admissibilité des gens qu\u2019on reçoit.Actuellement, dans les programmes du ministère, pour être financé en intégration, il faut aider des personnes qui sont arrivées depuis plus d\u2019un an et moins de cinq ans.» Or, les réfugiés qui participent au projet sont souvent arrivés depuis moins d\u2019un an.«Les immigrants récemment ar rivés sont pris en charge par les organismes partenaires dans les villes.Mais nous, on est en milieu rural.» À défaut d\u2019un soutien financier, la MRC a récemment débloqué une petite somme pour les aider, mais le préfet Mario Lyonnais aimerait davantage de soutien.« J\u2019espère que l\u2019argent du budget va nous aider, mais il faut que l\u2019argent descende à la base, faisait-il remarquer cette semaine.Ça prend du clé en main.Il faut être proche de ces gens-là, il faut être proche des employeurs.» Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 5 C\u2019est bien de vouloir attirer des travailleurs, mais l\u2019enjeu réel, c\u2019est la rétention des travailleurs.Si on veut les retenir, il faut aussi être capable d\u2019intervenir auprès des familles, voir l\u2019intégration de manière globale.Une personne issue de la direction d\u2019une ressource locale en immigration, ayant requis l\u2019anonymat « » F rançois Legault n\u2019est pas le seul à pester contre les énormes sommes que le Québec reçoit au titre de la péréquation.En Alberta aussi, on trouve cela choquant, mais pour raisons diamétralement opposées.Le chef de la CAQ déplore que la faiblesse de son économie le rende si dépendant, tandis que les Albertains le croient trop riche pour justifier l\u2019argent qui lui est versé.Vu de là-bas, il peut en effet sembler anormal que le Québec accapare 11,7 milliards sur les 18,9 milliards qu\u2019Ottawa distribue aux provinces les moins nanties.Cette semaine, Carlos Leitão a présenté un quatrième budget équilibré de suite, malgré une augmentation des dépenses de 5,2 %, alors que celui de l\u2019Alberta a un déficit de 8,8 milliards et ne prévoit le retour à l\u2019équilibre qu\u2019en 2023.Sans parler de l\u2019Ontario.Selon des documents obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information, le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, avait fait préparer un argumentaire pour répondre aux doléances qu\u2019il anticipait de son collègue albertain, Joe Ceci, lors de sa dernière rencontre avec ses homologues provinciaux.Les fonctionnaires de M.Morneau auraient pu s\u2019épargner cette peine en consultant les documents budgétaires du Québec, qui font le point sur la péréquation chaque année.La formule de calcul est jugée inéquitable par son gouvernement, mais elle donne des résultats si avantageux pour 2018- 2019 que M.Leitão a préféré ne pas aborder le sujet dans son discours.Le gouvernement Couillard n\u2019a d\u2019ailleurs pas intérêt à trop s\u2019indigner.Le premier ministre sachant bien que les Québécois ne sont pas aussi attachés que lui aux valeurs canadiennes, son principal argument en faveur du fédéralisme est l\u2019avantage financier que le Québec en tire.?S\u2019il est vrai qu\u2019au total le Québec a droit à la part du lion, il reçoit beaucoup moins par habitant que toutes les autres provinces bénéficiaires, sauf l\u2019Ontario.Les transfer ts fédéraux, y compris la péréquation, représentent plus en pourcentage des revenus budgétaires au Québec (21 %) qu\u2019en moyenne au Canada (19 %), mais c\u2019est bien moins que dans d\u2019autres provinces bénéficiaires, comme l\u2019Île-du- Prince-Édouard (38 %) ou le Nouveau-Bruns- wick (36 %).Vu de l\u2019extérieur, le Québec est un éternel profiteur, une sorte de parasite qui vit aux crochets du reste du pays.S\u2019il était aussi pauvre qu\u2019on le dit, comment pourrait-il autrement s\u2019offrir le meilleur réseau de garderies au pays et les frais de scolarité les plus bas?Si le Québec of fre plus de ser vices que l\u2019Alber ta, c\u2019est parce que les impôts y sont bien plus élevés.Si l\u2019Alberta voulait éliminer son déficit, elle n\u2019aurait qu\u2019à les augmenter.Sa « capacité fiscale » par habitant, c\u2019est-à- dire le revenu qu\u2019elle pourrait obtenir en appliquant le taux de taxation de la moyenne des dix provinces, est de 11 227 $ par rapport à 7 497 $ au Québec.Pour tant, le Québec exige nettement plus de chacun de ses contribuables (9685 $) que l\u2019Alberta (8272 $).La baisse du prix du pétrole a fait chuter ses revenus, mais elle n\u2019en demeure pas moins la province la plus riche.?L\u2019abandon du projet de pipeline Énergie Est a créé beaucoup d\u2019amertume en Alberta.L\u2019automne dernier, Jason Kenney a été élu chef du Parti conservateur uni en promettant, si son parti l\u2019emporte à l\u2019élection de mai 2019, la tenue d\u2019un référendum pour renégocier les termes de la péréquation de manière à exclure les produits pétroliers du calcul.« Les chômeurs albertains ne devraient pas transférer de la richesse au Québec », disait-il.Selon lui, cette exclusion diminuerait la contribution al- bertaine de 10 milliards.Valable pour cinq ans, une nouvelle formule de calcul entrera en vigueur le 1er avril 2019 et les modifications annoncées par Bill Morneau dans son dernier budget ne prévoient pas ce changement qui concerne les revenus pétroliers, pas plus qu\u2019elles ne répondent aux doléances du Québec relativement aux dividendes versés par Hydro-Québec, dont le maintien dans l\u2019assiette des ressources naturelles a entraîné un manque à gagner cumulatif de 3,3 milliards depuis 2009-2010.M.Kenney peut bien râler, mais il n\u2019a aucun moyen de forcer la main à Ottawa.Les provinces non bénéficiaires de la péréquation ne versent aucune somme à celles qui en bénéficient.Elle est financée par les revenus prélevés directement par le gouvernement fédéral auprès des contribuables de toutes les provinces.Elle ne fait pas vraiment l\u2019objet de négociations.Le gouvernement fédéral écoute avec plus ou moins d\u2019attention les représentations des provinces, mais il a tout le loisir d\u2019imposer sa volonté, comme il l\u2019a fait l\u2019an dernier dans le cas du Tranfer t canadien en santé alors que le prétendu front commun des provinces s\u2019est écroulé aussitôt formé.Aussi bien s\u2019y faire, ce n\u2019est pas demain la veille que les choses vont changer.Le parasite MICHEL DAVID « Puisqu\u2019elles n\u2019ont jamais été assujetties à l\u2019impôt nulle part, ces entreprises ont pu en profiter pour engranger les profits, les faire fructifier et devenir des géants du Web : résultat, on a maintenant devant nous des supranationales», remarque-t-elle.Professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), Pier-André Bouchard St- Amant estime lui aussi « parfaitement légitime que l\u2019État donne une forme de soutien » à des industries dont le modèle d\u2019affaires est ébranlé.Si on n\u2019agit pas, dit-il, « on perd quelque chose qui n\u2019est pas compensé ».« Si on prend l\u2019exemple médiatique, on est dans une situation où le producteur de contenu n\u2019est pas rémunéré, mais où le diffuseur l\u2019est.Un journal produit un article, mais c\u2019est Facebook qui obtient les revenus publicitaires.C\u2019est un problème, et c\u2019est la même chose en culture.» En retard L\u2019État a certainement un « rôle d\u2019agent protecteur à jouer », note pour sa part Jonathan Roberge, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les nouveaux environnements numériques et professeur à l\u2019INRS (Institut national de la recherche scientifique).« C\u2019est aussi classique que l\u2019État soit en retard par rapport aux technologies, où les compagnies avancent très rapidement.Mais là, les législateurs sont en retard et pris dans une forme de panique\u2026 » Jonathan Roberge s\u2019étonne que l\u2019État n\u2019applique pas un «certain principe de précaution» devant les différentes nouvelles technologies.Le délai de réaction est très long, note-t-il.«C\u2019était couru que le régime de copie privée [un système de redevances basé sur les ventes de CD vierges] allait se planter» avec la montée en popularité de l\u2019écoute en ligne, illustre M.Roberge.« Uber, on aurait pu comprendre vite que ça allait mettre à mal la valeur des permis de taxi.Dans plusieurs cas, une bonne recherche aurait pu montrer ça.Mais on a laissé faire, l\u2019État n\u2019a pas voulu réagir.On a fait le contraire d\u2019appliquer un principe de précaution, comme si l\u2019État était nonchalant et qu\u2019il encourageait inconsciemment ces bouleversements.» Marwah Rizqy illustre cette lenteur à réagir en rappelant que «cette supposée nouvelle économie existe depuis plus de 20 ans maintenant ».Netflix a été fondée en 1997, eBay en 1995, et iTunes Store est en ligne depuis 2003, entre autres.Et maintenant?Mais bon: le défi est là aujourd\u2019hui, très évident dans plusieurs secteurs d\u2019activités.Et si Pierre Trudel se dit d\u2019accord avec l\u2019idée que l\u2019État assure «au minimum une transition», il doute de la prise de conscience réelle des gouvernements.« Je ne suis pas convaincu.On est encore dans une logique de pompier : on essaie d\u2019éteindre les feux.Une bonne politique numérique dirait : \u201cVoici les objectifs publics qu\u2019on a.Vous, les nouveaux joueurs, vous voulez jouer sur notre territoire ?Vous devez contribuer à la redéfinition des manières par lesquelles on va respecter nos objectifs.\u201d » C\u2019est un peu ce que Mélanie Joly disait en entrevue au Devoir il y a deux semaines : «Le problème fondamental est que les GAFA ne reconnaissent pas leurs responsabilités.Ils ne reconnaissent pas l\u2019ampleur de leur pouvoir, due à leur taille, à leur portée et à leur impact dans les secteurs comme le journalisme et la culture.Il y a un changement fondamental de culture que les GAFA doivent faire, parce que c\u2019est [présentement] très préoccupant.» En attendant, cela coûte cher\u2026 tant à l\u2019État qu\u2019aux industries qui essuient des pertes de revenus importantes.Le Devoir Si le Québec offre plus de services que l\u2019Alberta, c\u2019est parce que les impôts y sont bien plus élevés LISA-MARIE GERVAIS LE DEVOIR En décembre dernier, des immigrants se sont rendus jusqu\u2019à Val d\u2019Or, en Abitibi, où ils ont visité des usines dans le cadre d\u2019une journée de rencontre avec des employeurs potentiels.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le phénomène de la migration des habitudes d\u2019écoute vers le Web et les plateformes de dif fusion comme Netflix se confirme de plus en plus chaque année.peu efficace engendré par les GAFA, mais Québec et Ottawa omettent de régler le problème à la racine L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 6 AV I S L É G AU X E T A P P E L S D \u2019 O F F R E S AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre con - nais sance de votre annonce et nous signaler immé dia - tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.Avis légaux et appels d\u2019offres TOMBÉES SPÉCIALES CONGÉ PASCAL Jour de non publication : Lundi 2 avril 2018 TOMBÉE : Publication du mardi 3 avril : Réservation et matériel le vendredi 30 mars avant 11 H TOMBÉES RÉGULIÈRES Les réservations doivent être faites avant 15 H pour les publications deux (2) jours plus tard.Publication du lundi : Réservations avant 11 H le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 H le vendredi Téléphone : 514-985-3452 Télécopieur : 514-985-3340 Courriel : avisdev@ledevoir.com Avis de la première assemblée (paragraphe 102(4) de la Loi) Dans l\u2019affaire de la faillite de : 9104-6151 Québec Inc., corporation légalement constituée ayant eu sa place d\u2019affaires au 130, rue Lavoisier, Château - guay (Québec).Faillie AVIS est par les présentes donné que la faillite de 9104-6151 Québec Inc est survenue le 22 mars 2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 12 avril 2018 à 14h00 au bureau du syndic.Ce 23e jour de mars 2018 PRIMEAU PROULX ET ASSOCIÉ INC., Syndics autorisés en insolvabilité Sylvain Proulx, CPA, CA, SAI Syndic administrateur 103-3410, Chemin de Chambly Longueuil (Qc) J4L 1N8 Tél.: (450) 670-1040 Téléc.: (450) 670-1542 Syndics de faillite et gestionnaires autorisés en insolvabilité L o u i s L a n g e v i n i n c .Syndic autorisé en insolvabilité 2500, boulevard Casavant Ouest, bureau 102, Saint-Hyacinthe, (Québec) J2S 7R8 T 450 250-0500 F 450 250-0501 langevinsyndic.ca LOUIS LANGEVIN INC.Syndic autorisé en insolvabilité à l\u2019actif de 9354-8485 Québec inc.et Succession de feu Michel Kingsley Louis Langevin, CPA, CA, CIRP Responsable de l\u2019actif Avis est par les présentes donné que la faillite de Succession de feu Michel Kingsley domicilié au 2655, rue Sainte-Catherine, app.4, Saint-Hyacinthe, Québec J2S 6A2 est survenue le 27 mars 2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 10 avril 2018 à 13 h 30, au bureau du syndic, 2500 boul.Casavant Ouest, bureau 102, Saint-Hyacinthe, Québec.Fait à Saint-Hyacinthe, le 27 mars 2018.Dans l\u2019affaire de la faillite de : 9354-8485 QUÉBEC INC.« A la forge moderne Saint-Dominique » Avis est par les présentes donné que la faillite de 9354-8485 Québec inc.ayant déjà fait affaires au 1373, rue Principale, Saint-Dominique, Québec J0H 1L0 , est survenue le 27 mars 2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 16 avril 2018, à 11 h, au bureau du syndic, 2500, boul.Casavant Ouest, bureau 102, Saint-Hyacinthe, Québec.Fait à Saint-Hyacinthe, le 27 mars 2018.Loi sur la faillite et l\u2019insolvabilité Avis de la première assemblée des créanciers Dans l\u2019affaire de la faillite de : SUCCESSION DE FEU MICHEL KINGSLEY C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris L e président français aura donc brisé le lourd silence qu\u2019il entretenait depuis son élection.Mercredi, dans la cour de cette nécropole militaire, rendant hommage au lieutenant-colonel Arnaud Bel- trame, Emmanuel Macron n\u2019a pas déçu.Il a identifié comme rarement on l\u2019avait fait avant lui ce qu\u2019il nomme « l\u2019hydre islamiste » qui sème la terreur en France.Ces mots étaient attendus depuis des mois par une majorité de Français.« Ce ne sont pas seulement les organisations terroristes, les armées de Daech, les imams de haine et de mort que nous combattons, a-t-il déclaré.Ce que nous combattons, c\u2019est aussi cet islamisme souterrain [\u2026] qui, sur notre sol, endoctrine par proximité et corrompt au quotidien.» De belles paroles?La semaine précédant l\u2019attentat, une centaine d\u2019intellectuels venus de tous les horizons avaient signé une tribune dans Le Figaro dénonçant le « séparatisme islamiste » dans lequel ils disaient voir « un nouveau totalitarisme » qui « menace la liber té en général ».La veille du discours, même un journal de gauche comme Le Monde désignait l\u2019islamisme comme l\u2019« angle mort de Macron ».Et le journaliste de se demander : « [.] le silence d\u2019Emmanuel Macron est-il tenable ?» Pour tant, la poussière du discours n\u2019était pas retombée que l\u2019on apprenait que le ministre de l\u2019Intérieur, Gérard Col- lomb, venait de s\u2019entendre avec celui des Cultes en Algérie, Mohamed Aïssa, pour la venue en France de cent imams algériens à l\u2019occasion du ramadan.Les ministres assurent qu\u2019ils seront triés sur le volet.Mais personne ne se fait d\u2019illusion sur des religieux venus d\u2019un pays où les athées sont persécutés, où l\u2019apostasie peut être punie de cinq ans de prison et où des jeunes filles sont assassinées parce qu\u2019elles ne portent pas le voile.En juin 2017, lors d\u2019une rencontre avec le Conseil français du culte musulman, Emmanuel Macron avait pourtant expliqué qu\u2019il souhaitait mettre fin à la venue en France d\u2019imams étrangers.Cet exemple pose toute la question de l\u2019« indécision » du gouvernement sur un sujet où les Français attendent sur tout des gestes concrets.Car, au-delà du courage exceptionnel du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, le massacre de Trèbes a été ressenti comme un aveu d\u2019impuissance.Il n\u2019a fallu que quelques heures pour apprendre que, comme tant d\u2019autres, le djihadiste était fiché S (pour «sûreté de l\u2019État») depuis 2014.Un rendez-vous était même prévu avec lui dans les semaines qui viennent.Les mois passent, le groupe État islamique a été vaincu en Syrie, mais les Français constatent que la menace terroriste ne faiblit pas.Le quotidien Le Monde révélait cette semaine qu\u2019entre celui de Trèbes et le précédent, à Marseille le 1er octobre dernier, les ser vices de renseignement avaient déjoué pas moins de six projets d\u2019attentat.Entre ceux qui ont échoué, ceux qui ont réussi ou qui ont été déjoués, la France aura donc connu pas moins de deux projets d\u2019attentat par mois depuis un an.Or, une étude récente de l\u2019Institut français des relations inter nationales (IFRI) le confirme, le profil type du dji- hadiste est assez facile à dessiner.Il s\u2019agit généralement d\u2019un jeune des banlieues pauvres qui a frayé dans la petite délinquance.C\u2019est souvent un multirécidiviste.Français ou pas, il est généralement issu d\u2019une famille maghrébine de confession musulmane.Dans de nombreux cas, son nom est connu des services de renseignement.Leur efficacité n\u2019est d\u2019ailleurs pas en cause puisque, sur 78 projets d\u2019attentat depuis le début du conflit syrien, 50 ont pu être déjoués.Alors, que répondre aux 58 % de Français qui jugent que le président et le premier ministre ne mettent pas tout en œuvre contre la menace terroriste ?Ils sont aussi 83 % à réclamer l\u2019expulsion des fichés S étrangers.Et 87 % à plaider pour une forme de rétention administrative des plus dangereux, comme le propose le président des Républicains Laurent Wauquiez qui accuse Macron de «naïveté ».La droite française continue en ef fet à réclamer cette mesure en dépit du fait que, le 17 décembre 2015, le Conseil d\u2019État avait rappelé que « nul ne peut être détenu arbitrairement » et que toute loi visant à interner les personnes dites « radicalisées » serait jugée inconstitutionnelle.Sans compter l\u2019opposition des responsables des ser vices de renseignement, pour qui la possibilité de suivre les fichés S demeure une importante source d\u2019information.Interdire le salafisme?Cette semaine, l\u2019ancien premier ministre Manuel Valls en a rajouté en proposant d\u2019interdire ouvertement le salafisme.Cela permettrait, dit-il, de fermer plus facilement les mosquées qui propagent cette forme extrême de l\u2019islam ainsi que d\u2019emprisonner ou d\u2019expulser ceux qui s\u2019en réclament.Manuel Valls avait pour tant jugé impossible de mettre en œuvre une telle interdiction lorsqu\u2019il était premier ministre.« Ces organisations [sala- fistes] savent par faitement échapper à la justice en dissimulant leur véritable nature, avait-il déclaré en 2015.Car vous n\u2019ignorez pas que la liberté de conscience en France est une liberté fondamentale, consacrée par tous nos principes et nos textes.» Sans recourir à de nouvelles lois, les tribunaux français pourraient néanmoins interdire du territoire français les étrangers qui commettent des crimes ou des délits graves, estime le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, Thibault de Montbrial.Rappelons qu\u2019Ahmed Hanachi, qui a égorgé deux jeunes filles devant la gare Saint-Charles à Marseille en octobre, avait été mis en cause pour port d\u2019arme illégal, trafic de drogue et vol à l\u2019étalage.Alors que son expulsion avait été requise à plusieurs reprises, elle n\u2019a jamais été appliquée.Dans Le Figaro, Montbrial souligne que la Nor vège vient d\u2019adopter le principe de la déchéance de nationalité pour les terroristes qui détiennent une double nationalité.En France, l\u2019ancien président François Hollande avait proposé une mesure semblable après l\u2019attentat du Bataclan.Mais il avait dû faire face à la fronde de son propre par ti.D\u2019aucuns rappellent aussi qu\u2019après les attentats de Bruxelles, les autorités avaient décrété un réexamen serré de toutes les auto- r isat ions concer nant les centaines d\u2019associations sans but lucratif de Molenbeek, un quartier de Bruxelles gangrené par l\u2019islamisme.Un quartier en sécession Les repor ters qui se sont rendus sur place affirment que Radouane Lakdim a pourtant grandi dans un quartier qui ne ressemble en rien à Molen- beek.Depuis des années, les gouvernements ont en effet dépensé des dizaines de millions d\u2019euros pour la rénovation du quar tier Ozanam de Carcassonne.Immédiatement après l\u2019attentat, les journalistes y ont pourtant été violemment accueillis par des jeunes qui applaudissaient aux meurtres de leur ancien coreligionnaire.La presse française décrit un endroit où les policiers sont régulièrement menacés et ne peuvent intervenir.Un secteur où, en 2013, un incendie criminel avait failli détruire la chapelle et où les caillassages de voitures sont habituels.Des habitants témoignent d\u2019une vie quotidienne où une minorité de petits trafiquants, dont faisait partie Lakdim, a pris le pouvoir.Depuis son élection, Emmanuel Macron a soigneusement évité d\u2019aborder ces questions délicates.Les mêmes qui ont salué son discours aux Invalides réclament aujourd\u2019hui qu\u2019il sor te du flou et clarifie ses positions sur les sources et les causes du terrorisme.L\u2019excellent politologue Olivier Duhamel résumait assez bien la question dans Libération : « C\u2019est un sujet sur lequel on aimerait bien entendre enfin Emmanuel Macron nous exposer en détail sa doctrine : comment, à l\u2019épreuve des attentats, concilier unité nationale, laïcité et communautarisme ?» Le Devoir FRANCE Un silence qu\u2019il fallait briser Les Français attendaient que le président prenne au sérieux l\u2019enjeu islamiste, ce qu\u2019il a finalement fait cette semaine LUDOVIC MARIN AGENCE FRANCE-PRESSE Mercredi, le président français, Emmanuel Macron, a assisté à une cérémonie nationale en hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s\u2019était substitué à une des otages faites lors de l\u2019attaque terroriste perpétrée à Trèbes, le 23 mars.Ce que nous combattons, c\u2019est aussi cet islamisme souterrain [\u2026] qui, sur notre sol, endoctrine par proximité et corrompt au quotidien Emmanuel Macron « » PHOTOS ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Le 28 août 1963, lors de l\u2019imposante Marche sur Washington \u2014 250 000 personnes se donnent alors rendez-vous dans la capitale américaine \u2014, King prononce son célèbre discours « I have a dream».J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U C e jour-là, le pasteur King avait passé une par tie de la journée à attendre un permis de manifester de la Ville de Memphis, au Tennessee.L\u2019idée était de racheter une manifestation qui avait mal tourné quelque temps auparavant.Le 28 mars 1968, il a pris la tête d\u2019un cortège à Memphis.Une soixante de personnes sont blessées.Un jeune homme est tué.Devant cet échec, King croit bon de revenir à Memphis pour réparer les pots cassés.Le 4 avril, King prépare une nouvelle manifestation.Il est six heures.King marche au balcon de sa chambre du Lorraine Motel.Des menaces de mort, il en reçoit beaucoup.Les supréma- cistes blancs seraient trop heureux de le voir disparaître.La mor t a déjà failli le prendre alors qu\u2019une femme noire l\u2019avait atteint d\u2019un coup de feu en 1958.Et puis en ce jour d\u2019avril 1968, un tir, sans qu\u2019on sache tout de suite d\u2019où il est parti, le cloue au sol dans une mare de sang.Surprise, sa garde rapprochée n\u2019y croit pas.Le tueur, un raciste du nom de James Earl Ray, sera arrêté le 8 juin 1968, alors qu\u2019il est en cavale en Angleterre, muni de faux papiers.L\u2019annonce de la mort de King propulse une large portion des États-Unis dans des manifestations qui vont durer des jours\u2026 Né en 1929, fils d\u2019un pasteur avant de le devenir à son tour, Mar tin Luther King fils est connu du monde entier dès 1955.Il apparaît telle une fi- gure-clé dans le mouvement d\u2019opposition à la ségrégation raciale qui se structure aux États- Unis.Devant la discrimination raciale institutionnalisée, ce pasteur prône l\u2019usage de l\u2019action pacifique, inspiré dans une certaine mesure par l\u2019exemple de Gandhi.Il mène la résistance dans la ville de Montgomery, à la suite du refus d\u2019une jeune femme, Rosa Parks, de laisser son siège à un Blanc dans un autobus, au nom du racisme institutionnalisé.Dans le bouillonnement du début des années 1960, il apparaît comme l\u2019une des figures publiques les plus connues.La mesure de sa célébrité se constate notamment dans un effet de miroir, à travers l\u2019espionnage et la surveillance dont il est l\u2019objet.King est épié par des opposants autant que par le gouvernement.Sa vie sexuelle est étalée dans les médias en vue de le placer dans l\u2019embarras.Le FBI veut se débarrasser de lui par tous les moyens.L\u2019an passé, Donald Trump avait d\u2019ailleurs ordonné qu\u2019on dé- classifie des documents où l\u2019on tente de relier Luther King à des groupes communistes et où on lui prête une multitude d\u2019affaires à connotation sexuelle, y compris avec la chanteuse militante Joan Baez.Ce document de l\u2019État a été rédigé trois semaines avant le meurtre de King.Un rêve américain À l\u2019été 1963, à l\u2019occasion d\u2019une grande marche à Washington qu\u2019il a organisée, Luther King lance son célèbre «I have a dream».Le 28 août, devant le Lincoln Memorial, le pasteur King s\u2019adresse à 250 000 personnes.Son discours sera longtemps après présenté tel un temps for t du XXe siècle, un monument d\u2019art oratoire soigneusement préparé.En vérité, quelques minutes avant de s\u2019adresser à la foule immense, King change encore et encore son texte.Il n\u2019a cessé de le modifier.Et c\u2019est à la dernière minute que cette figure de rhétorique du « Je fais un rêve» s\u2019impose à lui comme le liant nécessaire à une argumentation qu\u2019il a déjà tant de fois exposée sur d\u2019autres tribunes.Ses mots grondent du tumulte de l\u2019instant qui les a fait naître.Si aujourd\u2019hui on en parle beaucoup, il a longtemps été évoqué sans pour autant que son texte soit disponible.Il ne sera publié intégralement pour la première fois qu\u2019en 1983! C\u2019est cette fable du rêve qui vient en quelque sorte assurer, au travers des trémolos de sa voix, la vérité du propos.King dit en somme que ce n\u2019est pas lui qui parle, mais un rêve.Donc quelque chose de plus grand que lui dont il n\u2019est au fond que l\u2019interprète.Ce rêve, il le situe au cœur du projet américain, dont il devient pour l\u2019occasion en quelque sorte que le porte-voix.Ce ressort rhétorique ancien, King l\u2019emploie magnifiquement.« Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons af fronter des dif ficul- tés aujourd\u2019hui et demain, je fais pourtant un rêve.C\u2019est un rêve profondément ancré dans le rêve américain.Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : \u201cNous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux.\u201d Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d\u2019esclaves pourront s\u2019asseoir ensemble à la table de la fraternité.» King rend donc vrai, par sa présence charnelle, par sa voix un peu compassée aussi, le rêve des gens réunis à Washington à l\u2019appel de son nom.Il garantit de sa présence, près du monument à Abraham Lincoln, celui-là même qui a déboulonné l\u2019esclavage, la réalité d\u2019un rêve qui s\u2019avance au cœur de l\u2019Amérique.Par l\u2019usage de la fiction qu\u2019implique l\u2019évocation d\u2019un rêve, King sait se faire éminemment politique.En poétisant sous le grand chapiteau du rêve, il politise un discours.Il dit au fond ce qu\u2019est le fait de gagner en projetant une image de ce qui doit arriver au jour du triomphe de ses idées.Ce rêve de victoire devient alors une ressource d\u2019intelligibilité de luttes qui doivent encore être menées au nom de l\u2019avenir.Et c\u2019est bien pourquoi, à l\u2019occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, on évoque encore son nom.Le nom de King était encore sur toutes les lèvres à l\u2019occasion de la marche récente des étudiants à Washington pour protester contre le manque de contrôle des armes à feu aux États-Unis.Sommet À la suite de ce discours de 1963, King se trouve au sommet de sa reconnaissance sociale.Mais en 1968, le vent a déjà tourné.La nouvelle génération se montre plus sensible à un mode d\u2019action directe, tel que prôné par un mouvement comme les Black Panthers.King s\u2019avère aussi moins consensuel qu\u2019on ne le croyait.Il provoque des remous en se prononçant contre la guerre du Vietnam, au nom de son pacifisme.Or la majorité de la population noire soutient l\u2019intervention, malgré plusieurs opposants notables, dont King justement ou le boxeur Mohamed Ali.Au point de vue personnel, King perd ainsi du terrain dans l\u2019opinion depuis au moins quatre ans.Appuyé au départ dans ses revendications par une élite blanche progressiste, il s\u2019éloigne d\u2019elle désormais à force de concevoir que le pouvoir doit aussi être repensé par une distribution raciale qui tient compte de l\u2019oppression de classe.Aussi, en 1968, à la veille de sa mort, en est-il à organiser pour le mois d\u2019avril une grande marche des pauvres à Washington.King entend faire de cette marche un formidable révélateur des problèmes sociaux de l\u2019Amérique tout entière.Pour King, c\u2019est le système qui était le problème.Ce qui n\u2019est pas si dif férent des constats que dressent les protestataires d\u2019aujourd\u2019hui, notait cette semaine le New York Times en rappelant que King fait désormais l\u2019objet d\u2019un véritable culte.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 7 Veuillez prendre note que le lundi 2 avril 2018, Le Devoir ne sera pas publié en raison du congé de Pâques.Nos bureaux seront également fermés.La Ville de Montréal fera une place au nom de Martin Luther King dans sa toponymie.Une motion à cet ef fet a été accueillie favorablement par le conseil municipal.Reste à savoir quel espace public sera désormais gratifié du nom de ce militant des luttes sociales assassiné un 4 avril, il y a cinquante ans cette année.En 1964, le pasteur King est lauréat du prix Nobel de la paix pour son implication dans la lutte contre la ségrégation raciale.Il est alors âgé de 35 ans.Un héritage cinquantenaire Un demi-siècle après son assassinat, le leader des droits civiques demeure un révélateur des problèmes sociaux actuels Par l\u2019usage de la fiction qu\u2019implique l\u2019évocation d\u2019un rêve, King sait se faire éminemment politique.En poétisant sous le grand chapiteau du rêve, il politise un discours. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 B 8 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Dominic Champagne a traduit le discours prononcé par Robert Kennedy au moment de la mort de Martin Luther King avec l\u2019aide de Normand Baillargeon.Ce texte sera lu par le comédien Vincent Graton lors d\u2019une soirée du Théâtre À bâbord ! le 4 avril à la Comédie de Montréal, dans le cadre de la Semaine mondiale d\u2019action contre les paradis fiscaux.D O M I N I C C H A M P A G N E Auteur et metteur en scène l y a 50 ans Le 4 avril 1968 Martin Luther King était assassiné À l\u2019époque, Robert Kennedy venait de se lancer Dans une campagne vers la présidence des États-Unis.Et ce soir-là, Lui qui depuis le jour de l\u2019assassinat de son frère, Cinq ans plus tôt, Avait vécu hanté par les questions profondes Du sens à donner à sa propre vie Du sens de son devoir et de son engagement politique (Notamment dans la lutte contre les inégalités qui minaient son pays) Lui qui savait bien que celui ou ceux qui avaient éliminé son frère (Et les raisons qui avaient motivé son assassinat) Risquaient fort bien de se dresser aussi contre lui S\u2019il décidait de se lancer dans la course à la présidence, Ce soir du 4 avril, Bob Kennedy se rend dans le ghetto noir d\u2019Indianapolis Pour y prononcer un discours.La police a déjà avisé son équipe qu\u2019elle ne serait pas en mesure De garantir sa protection et sa sécurité.Sur l\u2019arrière d\u2019un camion où il est monté Il fait face à une communauté d\u2019hommes et de femmes Composée majoritairement de Noirs.C\u2019est lui qui va leur annoncer la tragédie qui vient d\u2019éclater.Pour saluer la mémoire de Martin Luther King Je voudrais ce soir vous redire les mots de Robert Kennedy Qui allait, 63 jours plus tard, être à son tour assassiné.Robert Kennedy « J\u2019ai une bien mauvaise nouvelle à vous apprendre, Une bien mauvaise nouvelle pour tous nos concitoyens Et pour toutes les personnes qui aiment la paix Où qu\u2019elles soient dans le monde.Martin Luther King a été assassiné ce soir à Memphis, Tennessee.Martin Luther King a consacré sa vie À l\u2019amour de ses frères humains et à la justice Et il est mort en se consacrant à cette cause.En ce jour dif ficile, En ces temps dif ficiles pour les États-Unis, Il est peut-être avisé de se demander : Quelle sorte de nation est-ce que nous sommes?Et dans quelle direction voulons-nous aller?Pour ceux parmi vous qui sont Noirs, Sachant que de toute évidence des Blancs sont responsables, Je comprends que vous puissiez être remplis d\u2019amertume et de haine Et du désir de vous venger.Notre pays peut aller dans cette direction-là.Aller vers une plus grande polarisation : Les Noirs avec les Noirs, Les Blancs avec les Blancs, Pleins de haine les uns envers les autres\u2026 Ou nous pouvons aussi, Comme Martin Luther King l\u2019a fait, Nous donner la peine d\u2019essayer de comprendre Et de trouver le moyen de remplacer cette violence, Cette tache de sang qui s\u2019étend à travers tout le pays, Par un effort de compréhension, de compassion et d\u2019amour.Pour ceux qui parmi vous sont Noirs Et qui seraient tentés, Devant l\u2019injustice d\u2019un tel acte, De se laisser remplir Par la haine et la méfiance Contre les Blancs, Tout ce que je peux dire c\u2019est : je ressens Dans mon propre cœur Les mêmes sentiments Que vous ressentez.Un membre de ma propre famille a été assassiné Et il l\u2019a été par un homme blanc.Mais nous devons faire un effort aux États-Unis Pour comprendre.Afin de traverser ces temps dif ficiles.Mon poète préféré s\u2019appelait Eschyle Et il a écrit ceci : \u201cMême dans notre sommeil La douleur qu\u2019on n\u2019arrive pas à oublier Tombe goutte à goutte sur notre cœur, Jusqu\u2019à ce que, dans notre désespoir, Contre notre volonté, À travers la terrible grâce de Dieu, Vienne la sagesse.\u201d Ce dont nous avons besoin aux États-Unis Ce n\u2019est pas d\u2019être divisés Ce dont nous avons besoin aux États-Unis Ce n\u2019est pas de la haine Ni de la violence, ni du mépris des lois Ce dont nous avons besoin, C\u2019est d\u2019amour et de sagesse.Et de compassion les uns envers les autres.Et d\u2019un élan de justice Envers ceux qui souffrent encore dans notre pays.Qu\u2019ils soient Blancs ou qu\u2019ils soient Noirs.Je vous demanderais donc En rentrant chez vous ce soir De dire, bien entendu, Une prière pour la famille de Martin Luther King, Mais aussi, Et c\u2019est plus important encore, D\u2019en dire une pour notre pays, Pour ce pays que nous aimons tous Et pour cet amour et cette compassion dont j\u2019ai parlé.Nous pouvons espérer que les choses s\u2019arrangeront dans ce pays.Nous aurons des moments dif ficiles, Nous en avons eu dans le passé, Et nous en aurons encore dans l\u2019avenir.Ce n\u2019est pas la fin de la violence, Ce n\u2019est pas la fin du mépris des lois, Ce n\u2019est pas la fin du désordre.Mais la grande majorité des Blancs Et la grande majorité des Noirs En ce pays Veulent vivre les uns avec les autres Et faire en sorte d\u2019améliorer la qualité de nos vies Et que la justice règne pour tous les êtres humains.Consacrons-nous, dans nos actes et dans nos prières, À cet idéal que les Grecs ont nommé il y a des siècles : \u201cDompter la sauvagerie de l\u2019homme Et rendre le monde meilleur\u201d [\u2026] Merci beaucoup.» C\u2019est un politicien désespéré qui prononce ce soir-là Cet appel ému à l\u2019amour et à la compréhension.Un homme qui sait, en son for intérieur, Que ça aurait pu être lui, la cible.Mais ce soir-là, partout des émeutes ont éclaté Dans les grandes villes américaines, Sauf dans les rues d\u2019Indianapolis.L\u2019année de l\u2019assassinat de John F.Kennedy en 1963 Était aussi l\u2019année du célèbre I have a dream de Martin Luther King.Nous sommes les contemporains du rêve Et de la mort du rêve.Et ce soir, dans l\u2019écho de la grandeur et de la misère de ce rêve D\u2019égalité et de justice, Nous avons le devoir De dépasser le cynisme politique dont nous sommes les témoins, De dépasser l\u2019absence de morale Malgré la violence qui frappe À coups de balles ou à coups de bombes Et aussi à coups de coupures dans les liens qui nous unissent, Dans le partage de la richesse Comme dans tout ce qui provoque l\u2019appauvrissement De millions d\u2019êtres humains.Malgré la mort qui continue de frapper, Nous avons le devoir de continuer de rêver.Rêver que la justice peut progresser Et qu\u2019elle va progresser si on s\u2019y met.Rêver que nous pouvons ensemble relever les défis Et passer au travers des temps difficiles Pour faire arriver plus d\u2019amour et plus de partage Plus de démocratie Et plus d\u2019égalité.50 ANS DE L\u2019ASSASSINAT DE MARTIN LUTHER KING Nous avons le devoir de continuer de rêver I AGENCE FRANCE-PRESSE Martin Luther King en 1966 à Paris L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).V oilà ce qui se passe dans ce pays dont la diversité est devenue la marque de commerce quand un homme blanc s\u2019interroge sur le bien-fondé d\u2019une initiative gouvernementale visant à combattre le racisme et la discrimination envers des populations traditionnellement marginalisées.Une guerre de gazouillis s\u2019ensuit et les opinions politiques se durcissent.Le député conservateur Maxime Bernier a déclenché une avalanche de critiques en rabrouant le gouvernement Trudeau après que ce dernier eut alloué 23 millions de dollars dans son dernier budget à la promotion du mult icultural isme et à l \u2019organ isat ion de consultat ions en vue d\u2019une « nouvelle approche nationale contre le racisme ».S\u2019y ajouteront 19 millions pour les jeunes noirs dits à risque et 6 millions de plus pour que Statistique Canada recueille davantage de données sur les minorités.Dans un gazouillis, M.Ber- nier a dit : « Je pensais que lutter contre la discrimination avait pour but de traiter tout le monde de la même façon.Pas de catégoriser certains Canadians [sic] comme \u201cracialisés\u201d.C\u2019est quoi ce jargon horrible ?Une autre façon pour les libéraux de créer des divisions qu\u2019ils pourront exploiter ?» M.Bernier a vite été rappelé à l\u2019ordre par la députée libérale Celina Caesar-Chavannes, qui l\u2019a sommé de mettre au rancart son privilège et de «se la fermer ».Elle s\u2019est ensuite excusée du ton de sa réplique.Mais le mal \u2014 ou le bien, c\u2019est selon \u2014 était fait.Mme Caesar-Chavannes, qui est noire, s\u2019est elle-même fait traiter de raciste sur les réseaux sociaux pour avoir évoqué le privilège blanc de M.Bernier.Des milliers de Canadiens se sont portés à la défense de la députée et le mot-clic #HereForCelina a vu le jour sur Twitter.La BBC au Royaume-Uni a même remarqué le phénomène et Mme Caesar-Chavannes, élue pour la première fois en 2015, s\u2019est servie de l\u2019incident de cette semaine pour solliciter des dons.Elle a gagné sa circonscription de Whitby en banlieue est de Toronto par moins de 2000 voix, et les conservateurs d\u2019Andrew Scheer aimeraient bien reprendre cette circonscription en 2019.Si on peut reprocher aux libéraux de Justin Trudeau de faire preuve de rectitude politique extrême à des fins électoralistes, cela semble faire l\u2019affaire des conservateurs, qui exploitent la colère grandissante des hommes blancs qui sont fatigués de se faire accuser de tous les maux de la société.Ce n\u2019est pas pour rien que les sondages démontrent que l\u2019appui aux libéraux chez les hommes a chuté depuis l\u2019élection de 2015.Les troupes de M.Trudeau visent à combler l\u2019écart en misant sur les femmes, les progressistes et les minorités visibles afin de préserver le pouvoir en 2019, ce qui ne laisserait pas beaucoup de place pour le NPD.«Nous devons chaque jour faire un effort délibéré pour reconnaître les préjugés que nous avons, en par ticulier ceux dont nous ne sommes pas conscients », a constaté M.Trudeau en soulignant la Journée internationale pour l\u2019élimination de la discrimination raciale, le 21 mars dernier.La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a récemment annoncé que contrairement à ce que le gouvernement a laissé entendre dans les jours suivant le budget, les consultations sur le racisme systémique que son ministère mènera ne seront pas publiques \u2014 le risque d\u2019un dérapage étant trop grand.Après tout, le racisme dit inconscient, le racisme systémique, l\u2019islamophobie et l\u2019intersectionnalité sont tous des phénomènes dont les définitions ne font pas l\u2019unanimité.Mais ces consultations seront néanmoins une occasion pour le gouvernement Trudeau de tâter le pouls en privé des groupes d\u2019intérêts représentant des minorités afin d\u2019incorporer leurs revendications dans l\u2019élaboration d\u2019une nouvelle politique de multiculturalisme et de lutte contre le racisme, politique dont il compte se vanter lors de la campagne de 2019.Dans les années 1970, les souverainistes québécois accusaient Pierre Trudeau d\u2019avoir fait instaurer le multiculturalisme of ficiel afin de réduire les Québécois à une minorité ethnique parmi les autres au Canada.Son fils y verrait plutôt l\u2019incarnation du pays post-na- t ional que sera i t devenu le Canada du XXIe siècle dans le branding libéral.Si personne ne représente mieux le privilège dont ont bénéficié les hommes blancs que Justin Trudeau, le premier ministre a trouvé l\u2019astuce par faite pour éviter que l\u2019on réclame aussi sa tête en vertu de son statut de privilégié.Il est devenu le champion incontesté de la lutte contre toute for me de rac isme, conscient et inconscient.On ne doit jamais minimiser le racisme qui existe dans notre société ni sous-estimer les défis auxquels font face les minorités visibles et autochtones.Mais en y mettant trop l\u2019accent, le gouvernement Trudeau semble n\u2019avoir qu\u2019un objectif en tête : diviser pour mieux régner.Les blues de l\u2019homme blanc KONRAD YAKABUSKI L O U I S C Ô T É Professeur associé à l\u2019École nationale de l\u2019administration publique onviés à célébrer la fête de Pâques, les chrétiens commémorent ces jours-ci la résurrection de Jésus-Christ, cet événement qui constitue le cœur de leur foi et fonde leur espérance dans un accomplissement à venir.Qu\u2019en est-il de nous, modernes qui avons cessé de croire ?Peut-on espérer quand on ne croit plus ou sommes-nous voués à la désespérance ?Dans le dernier quart du XXe siècle, non seulement les espérances fondées sur les Grands Récits, qui, à l\u2019instar du marxisme, interprétaient l\u2019histoire de l\u2019humanité comme un long chemin vers l\u2019émancipation, se sont évanouies, mais la confiance naïve dans les progrès de l\u2019humanité s\u2019est érodée.Taries, les idéologies fortes porteuses d\u2019utopies ont fait place ou bien à des idéologies faibles qui nous immergent dans un présent qui ne connaît de futur qu\u2019une poursuite indéfinie des processus techno-économiques existants, nous engageant dans un désespoir qui revêt la forme de l\u2019ennui, ou bien à de nouvelles idéologies fortes, mais porteuses, celles-là, de contre-uto- pies.Ces dernières varient selon qu\u2019elles s\u2019adonnent à un catastrophisme qui milite pour l\u2019évitement du pire et ressasse les lieux communs de la pensée réactionnaire (disparition de l\u2019authenticité du monde naturel, idée de décadence, prophétie d\u2019un effondrement du monde moderne sous la pression de la technique, méfiance vis-à- vis de la rationalité scientifique et rejet du projet de maîtrise des processus naturels) ou à l\u2019idéalisation d\u2019un passé plus ou moins mythique qu\u2019elles cherchent à réinventer.On peut pourtant réapprendre à rêver d\u2019un avenir autre, plausible et désirable.Non pas des rêves d\u2019évasion dont l\u2019ef fet ne peut être que paralysant, mais des rêves qui, plutôt que de se détourner de la réalité, regardent au contraire dans sa direction, identifiant les possibles inscrits dans la situation présente.Il ne s\u2019agit pas de fixer un sens à l\u2019histoire à la façon des religions qui, quoi qu\u2019elles affirment, ont bien conçu et non reçu les significations et l\u2019orientation qu\u2019elles proposent, mais plutôt de dégager et de reconnaître le sens de l\u2019évolution historique, de comprendre le passé et sur cette base d\u2019anticiper l\u2019avenir, et de pouvoir ainsi décider de notre action selon nos idéaux, mais en ayant pied dans le réel.Le recul nécessaire nous est aujourd\u2019hui permis grâce aux connaissances sociohistoriques qui sont nôtres et aux cadres interprétatifs dans lesquels elles s\u2019inscrivent.Un monde désenchanté Modernes, nous devons apprendre à vivre dans un monde désenchanté, dépouillé de toute promesse d\u2019un paradis après la mort ou d\u2019une société sans classes.Toutefois, si l\u2019irréversibilité du temps et notre finitude se révèlent indépassables, l\u2019espérance peut pourtant tenir en laisse notre souci de la mort et nous permettre de mobiliser nos énergies collectives.Cette espérance ne doit pas être confondue avec la confiance aveugle dans l\u2019avènement d\u2019un monde meilleur.Elle doit conjuguer notre aspiration à un idéal désirable, à un espoir instruit des possibilités réelles de la transformation du monde.Bien sûr, pour substituer l\u2019espoir à la crainte ou à la monotonie, il faut éviter de nous laisser aveugler par les événe- ments conjoncturels et adopter une perspective prenant en compte les processus qui s\u2019inscrivent dans le long terme.Car il n\u2019est pas assuré que les déséquilibres économiques doivent continuer à s\u2019accentuer, précipitant l\u2019économie mondiale de crise en crise, que les États doivent poursuivre leur pratique d\u2019austérité, malmenant le tissu social et économique de leurs sociétés, que l\u2019élargissement et l\u2019amplification des inégalités doivent l\u2019emporter durablement, que les dégâts écologiques doivent s\u2019accroître jusqu\u2019à mettre en danger la planète, que l\u2019insécurité doive se faire endémique et que les populismes et les autoritarismes doivent prévaloir.Certaines transitions silencieuses en cours offrent des appuis pour une évolution autre de nos sociétés.C\u2019est ainsi qu\u2019à travers les luttes sociales actuelles, se constitue une utopie concrète inédite, basée sur le projet d\u2019un nouveau modèle de développement fondé sur le développement durable.Pour une avancée possible de la démocratie, nous devons relever la responsabilisation des individus \u2014 des individus qui s\u2019avèrent moins conformistes, plus critiques, plus innovateurs \u2014 ainsi que leur capacité et leur disposition à coopérer, et l\u2019ouverture et la densification des sociétés civiles.À un autre niveau, nous pouvons noter les facteurs qui sont susceptibles de favoriser à terme une coopération internationale favorable à une gestion commune des biens publics mondiaux et à un codéveloppement : un certain pragmatisme de la part des grandes puissances que leurs intérêts pourraient inciter à la modération et une inscription progressive, même si difficile, des sociétés non occidentales dans les dynamiques sous- tendant la modernité, ce qui augure d\u2019une convergence graduelle possible des valeurs dans la société internationale.Il nous faut ici encore éviter de nous laisser aveugler par les événe- ments conjoncturels et adopter une perspective prenant en compte les processus qui s\u2019inscrivent dans le long terme.L\u2019avenir, des raisons d\u2019espérer M A R C A N D R É B O D E T Professeur agrégé en science politique à l\u2019Université Laval algré la bonne tenue de l\u2019économie québécoise, le taux de croissance de notre produit intérieur brut est au- jourd\u2019hui insuffisant pour permettre à l\u2019État d\u2019honorer de manière satisfaisante les hausses systémiques de nos dépenses publiques.Les trois piliers que sont la santé, l\u2019éducation et les services sociaux sont soit plombés par un sous-financement délétère, soit de plus en plus onéreux pour nos moyens collectifs limités.Il nous faut une stratégie gagnante, et vite.La littérature sur le sujet, notamment les travaux marquants du sociologue Gosta Esping- Anderson, nous permet de réfléchir aux options qui s\u2019offrent à nous.En gros, nous devons répondre à trois questions : Qui doit payer pour nos services publics ?Qui doit fournir ces services ?Qui peut bénéficier de l\u2019aide de l\u2019État ?Au regard des succès et échecs de pays comparables au nôtre, il semble évident que seul un régime où la taxation et l\u2019impôt financent les activités, où l\u2019État supervise la fourniture de services et où ces services sont universels peut nous permettre de maximiser le bien-être de tous.La social-démocratie est en effet la solution la plus sûre.Différents modèles de financement sont utilisés à travers le monde.Certains États privilégient l\u2019imposition des revenus du travail et la taxation de la consommation pour garnir une assiette fiscale.D\u2019autres misent davantage sur la tarification pour financer, du moins en partie, un bouquet de services donnés.Finalement, il y a des cas de figure où l\u2019État laisse le marché déterminer en totalité ou en partie la quantité et la qualité des services offerts.Il me semble évident que l\u2019imposition des revenus et la taxation sont l\u2019option la plus logique, du moins pour les services publics qu\u2019on veut s\u2019offrir.En effet, cela assure une participation fiscale large en fonction des moyens de chacun.De plus, cela évite d\u2019exclure ou de limiter l\u2019accès aux services aux plus démunis, principaux bénéficiaires à court terme d\u2019un État-providence performant.Certains diront que trop de Québécois ne paient pas ou pas assez d\u2019impôts pour participer à cet effort.Peut- être.Mais il s\u2019agit alors d\u2019ajuster les leviers fiscaux disponibles en conséquence.Compétition entre fournisseurs Il est incontestable que la compétition entre les fournisseurs de services améliore l\u2019efficacité d\u2019un système.Mais cette compétition peut se vivre hors d\u2019un marché concurrentiel classique.Il est tout à fait possible d\u2019offrir une plus grande indépendance aux acteurs locaux (écoles, hôpitaux, CPE, etc.) en s\u2019assurant d\u2019une reddition de comptes et d\u2019une responsabilité robuste.De plus, l\u2019État (ou des associations à but non lucratif) a un avantage indéniable sur les entreprises : il n\u2019a pas besoin de générer un profit.Il peut donc offrir des services de qualité équivalente ou supérieure à coûts moindres puisque la marge bénéficiaire de l\u2019entreprise n\u2019a pas à être intégrée à la structure de coûts.Pourquoi payer ces 5% ou 10% de plus?Un ser vice public disponible à tous et au même prix a plusieurs avantages.Premièrement, la gestion des activités y est beaucoup plus simple.L\u2019information y circule mieux et il devient inutile de mettre en place des structures visant à contrôler l\u2019accès.Mais on oublie trop souvent un autre avantage tout aussi important.En effet, un service universel est beaucoup plus légitime pour les citoyens, surtout pour les contribuables plus aisés qui ont alors le sentiment que leurs impôts et taxes servent aussi à améliorer leur propre sort.Un service pour tous a donc plus de chances d\u2019être valorisé dans la sphère publique et conséquemment d\u2019être financé de manière adéquate par des gouvernements désireux de plaire à un large électorat.Cela ne veut pas dire que la social-démocratie est une solution magique.Le fantasme scandinave d\u2019une partie de la gauche québécoise mérite d\u2019être tempéré, notamment par une étude plus critique des performances de ces pays trop souvent idéalisés.Les défis organisationnels et logistiques d\u2019un régime social-démocrate sont importants.Il faut donc une fonction publique de grande qualité \u2014 peut-être moins nombreuse mais mieux rémunérée \u2014 pour s\u2019assurer que la machine ne déraille pas.Mais il demeure que ce modèle est la solution la plus sûre pour garantir la sauvegarde de notre État-providence.La social-démocratie comme solution la plus sûre M C FILIPPO MONTEFORTE AGENCE FRANCE-PRESSE Un ouvrier illumine une croix avant une procession de Pâques menée par le pape François à Rome.Peut-on espérer quand on ne croit plus ou sommes- nous voués à la désespérance ? Les dernières données sur les morts par surdose d\u2019opioïdes sont décourageantes : près de 3000 entre janvier et septembre 2017, soit 45 % de plus que pour la même période en 2016.À ce rythme, a prédit mardi l\u2019Agence de santé publique du Canada, le nombre de décès par surdose pourrait dépasser 4000 en 2017, plus que dans les accidents de la route.Désireux de freiner le phénomène, le gouvernement fédéral a annoncé la veille qu\u2019il facilitera l\u2019accès à des traitements de substitution.Un pas bienvenu, mais encore insuffisant.a crise des opioïdes est une question complexe qui requiert une réponse correspondante : interventions d\u2019urgence, prévention des maladies transmissibles et des surdoses, accès à des traitements ef?caces, contrôle plus serré des prescriptions, lutte contre la contrebande.Confrontés à une crise qui ne fait que s\u2019ampli- ?er d\u2019année en année, les gouvernements multiplient les actions sur tous ces fronts.Il est de plus en plus convenu que, pour ce qui est des usagers et toxicomanes, il s\u2019agit d\u2019un enjeu de santé publique.C\u2019est cette logique qui a inspiré les programmes d\u2019échange de seringues et les traitements à la méthadone, puis l\u2019autorisation très restreinte d\u2019héroïne pharmaceutique, l\u2019ouverture de centres d\u2019injection supervisée et la distribution de plus en plus large de naloxone.Malgré tout, le ?éau s\u2019aggrave.En Colombie-Britannique, où la crise sévit plus sévèrement qu\u2019ailleurs et où est né le premier centre d\u2019injection supervisée canadien, on ne s\u2019illusionne plus.Si la réduction des méfaits est le principe directeur de cette lutte, il faut aller plus loin.Ce que veulent les responsables de la santé publique de la province et le maire de Vancouver est la décriminalisation de la consommation et de la possession simple de toutes les drogues a?n, entre autres, d\u2019enrayer la peur qui décourage trop de toxicomanes à chercher de l\u2019aide.Le chef du Nouveau Parti démocrate, Jagmeet Singh, leur a emboîté le pas, puis son parti lors de son dernier congrès.Bien que cela ne fasse pas consensus, le caucus libéral fédéral a soumis une résolution prioritaire en ce sens qui devrait être débattue dans deux semaines, lors du congrès du parti à Halifax.L\u2019idée n\u2019est pas saugrenue, comme le démontre l\u2019exemple portugais.Ce pays a, en 2001, décriminalisé toutes les drogues a?n de juguler une ?ambée de morts par surdose d\u2019héroïne.Une personne prise en possession d\u2019une petite quantité de drogue pour consommation personnelle comparaît seulement devant un «panel de dissuasion» composé d\u2019intervenants sociaux.Les récidivistes se font prescrire des traitements de substitution.La stratégie a porté ses fruits puisque le nombre de morts par surdose y est maintenant le plus bas de l\u2019Europe de l\u2019Ouest et cinq fois inférieur à la moyenne de l\u2019Union européenne.Quant au tra?c, il est toujours illégal et combattu.?Interpellé plusieurs fois sur le sujet, le gouvernement Trudeau a toujours écarté l\u2019idée.Comme l\u2019ont con?é au Devoir certains députés, la légalisation de la marijuana est la priorité et ne veut pas faire dérailler ce train.Mais il faut rappeler que décriminaliser n\u2019est pas légalisé.L\u2019annonce faite lundi par le gouvernement s\u2019inscrit tout de même dans cette approche axée sur la santé publique.Les règles entourant la prescription de méthadone seront assouplies pour permettre à tous les médecins d\u2019en prescrire, et pas seulement quelques-uns.L\u2019administration d\u2019héroïne pharmaceutique, souvent la seule solution pour des toxicomanes résistants à tout autre traitement, pourra se faire ailleurs qu\u2019en milieu hospitalier.Les toxicomanes pourront recevoir leur dose dans des centres de traitements et cliniques autorisés.Il s\u2019agit d\u2019un pas important, mais même ajouté à tout le reste, il ne suf?t pas.Il faut faire en sorte que les toxicomanes ne soient plus des criminels aux yeux de la loi.Il en va de leur propre sécurité.On l\u2019a vu récemment à Saskatoon, où des tra?quants ont vendu de la cocaïne contaminée au fentanyl, causant plusieurs morts.Le chef de police a nommé publiquement les responsables et invité leurs clients à rapporter la drogue à un poste de police, avec la promesse, bien sûr, de ne pas les arrêter.S\u2019ils n\u2019avaient pas été des criminels au sens de la loi, cet appel serait allé de soi.Comme au Portugal, il faut envisager au Canada la décriminali- sation de la consommation et de la possession simple de toutes les drogues illégales, car la toxicomanie est une question de santé avant tout, comme nous le rappelle cruellement la crise actuelle.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 B 10 EDITORIAL L E T T R E S Y a-t-il un pilote sur le Saint-Laurent?Plusieurs ports canadiens sont en demande de subvention et d\u2019autorisation pour accaparer le marché des conteneurs sur le Saint-Laurent.Cependant, la capacité actuelle des ports du Saint- Laurent est amplement suf fisante pour satisfaire le marché canadien.Le surplus de capacité, que l\u2019on veut augmenter pour transporter des marchandises qui ne font que passer par le Canada afin de desservir le marché américain, contribue peu à l\u2019économie canadienne tout en apportant des contraintes supplémentaires pour l\u2019environnement.Ce coup de pouce à l\u2019industrie américaine ne devrait pas être soutenu par les impôts des Canadiens.Par ailleurs, si le marché américain convoité est divisé entre les dif férents ports canadiens, il y a de fortes chances qu\u2019aucun d\u2019eux ne sera en mesure de rentabiliser un éventuel agrandissement portuaire.Cautionner plusieurs projets provoquera la mise en place d\u2019équipements globalement surdimensionnés et qui risquent d\u2019être mal entretenus, car à l\u2019image du Port de Québec, ces agrandissements portuaires n\u2019auront pas la capacité de générer les revenus suffisants pour entretenir adéquatement leurs infrastructures.L I B R E O P I N I O N J E A N - C L A U D E R A V E T Rédacteur en chef de Relations, auteur de Le désert et l\u2019oasis.Essais de résistance P âques.La fête de la vie, c\u2019est entendu.Il y a de la lumière dans cette fête.Une dose de beauté, de bonté, de louange, de joie vivifiante : la victoire de la vie sur la mor t.Celle de la beauté sur la laideur, de la bonté sur le mal, de la fragilité sur la puissance.Ça se fête.Les cloches des églises carillonnent et annoncent la bonne nouvelle, « évangile », en grec.Nouvelle bouleversante \u2014 bonne nouvelle aux pauvres, est-il précisé, donnant la clé de lecture, fulgurante, qu\u2019on ne peut passer sous silence sans en édulcorer le sens, comme on l\u2019a fait trop souvent, par compromissions avec le pouvoir et l\u2019ordre établi.La Pâque s\u2019illumine avec la joie des pauvres \u2014 des humiliés, des exclus, des outragés, des spoliés.Avec leur dignité retrouvée, leurs souffrances accueillies et pansées, la lutte courageuse et tenace pour la justice.Elle est fête de la lumière dans la nuit.De la bonté au cœur du mal et des injustices.De la beauté à travers la laideur.Car la lumière n\u2019est pas sans les ténèbres où elle luit.Ni la bonté sans le mal où elle fleurit ni la beauté sans la laideur, inextricablement liée à elle dans l\u2019histoire, notre histoire humaine.Mais ni les ténèbres, ni le mal, ni la laideur, ni la haine n\u2019ont le pouvoir d\u2019étouffer l\u2019amour, d\u2019écraser totalement la vie.Tel est le message de Pâques qui résonne aujourd\u2019hui comme une bouffée d\u2019espérance.Pâques, c\u2019est la mémoire de Jésus, qui anime l\u2019attention aux êtres blessés et souffrants, la mémoire du don de la vie qui libère des chaînes, la mémoire subversive de la lutte contre un ordre social qui exclut et humilie, contre une oligarchie vorace qui s\u2019accapare la richesse et le pouvoir.Un souffle vivifiant qui émane du tombeau \u2014 où on aurait voulu enfermer Jésus pour le faire taire à jamais \u2014 inespérément vide, libérant la parole muselée, les rêves écrasés, le courage d\u2019agir contre les forces qui sèment la mort et s\u2019érigent en destin implacable : pensons à la désertification des sols, à la contamination des océans, à la pollution de l\u2019air, au pillage des ressources, au disposit i f technique de contrôle, à la mainmise sur le vivant, à l\u2019ins- trumentalisation de l\u2019humain, à la marchandi- sation du monde, à l \u2019écar t abyssal qui se creuse en une infime minorité de riches et les pauvres \u2014 huit milliardaires possèdent autant que la moitié de l\u2019humanité\u2026 Attention particulière aux pauvres Quelle est cette bonne nouvelle qui se confond avec la rumeur de Dieu qui cour t parmi les pauvres comme une « résurrection », un appel à se tenir debout devant l\u2019adversité et à résister ?C\u2019est que les chemins d\u2019humanité à travers les forces de mort qui continuent de nous assaillir et de cadenasser nos vies et la société passent par une attention particulière aux pauvres.Ce ne sont pas les riches, comme ils nous le laissent croire, à grand renfort médiatique, qui sont por teurs de l\u2019avenir du monde, mais les témoins souffrants d\u2019une vie qui, pour être vraiment « vivante », pleinement humaine, doit être centrée sur la solidarité, le partage, l\u2019entraide, l\u2019amour.Et que l\u2019argent, la technique, le pouvoir n\u2019ont de valeur qu\u2019au service de cette vie, et que toute autre finalité qui leur serait assignée fait d\u2019eux des idoles qui servent la mort, comme en témoigne, en particulier, la crise écologique qui menace les écosystèmes et les conditions mêmes de l\u2019existence humaine.Ce que Pâques dévoile, d\u2019une manière bouleversante, c\u2019est la joie qui réside dans une existence habitée par le souci d\u2019autrui, de la vie, la plus fragile, de la Terre qui nous nourrit.D\u2019une vie simple et par tagée.La gratitude d\u2019être « pauvres », accueillis et redevables à la vie, êtres de manque et de désir, as- soif fés de paix et de justice \u2014 et d\u2019avoir toujours plus de choses \u2014, s\u2019accomplissant dans des relations signifiantes de solidarité, de réciprocité, d \u2019amit ié , de tendresse, d\u2019amour : des liens vivants avec le vivant, source de vie.Pâques fait rouler la pierre du tombeau qui enferme dans l\u2019isolement, l\u2019es- seulement, l\u2019appropriation, la domination, l\u2019autosuffisance et l\u2019indif férence, et ouvre le chemin de la création et de la liberté.Or, notre société est plus que jamais celle des riches qui nient leur pauvreté fondamentale, qui s\u2019érigent en dominateurs et en maîtres absolus du vivant, une société qui fait l\u2019éloge du star-system et de ses fantasmes égocentriques.Le pouvoir, l\u2019argent, la technologie alimentent leur illusion mortifère, la voracité des multinationales, leur volonté de contrôle, la réduction des êtres comme du vivant à des choses, à des marchandises qu\u2019on peut user, abuser et jeter après usage.Le culte de leurs idoles nous entraîne à toute vitesse dans l\u2019impasse écologique et civilisa- tionnelle dont les pauvres seront la première victime, et l\u2019humanité entière la suivante.Si Pâques signifie bien victoire sur la mort, ce n\u2019est pas pour nous tourner vers la vie après la mort.Mais pour nous engager dès à présent contre les forces létales qui ravagent la terre des vivants et poussent à des manières destructrices de « vivre ».Pour nous sortir de notre torpeur, de notre soumission aux idoles de mort et entrer dans le combat pour la vie digne, la vie belle, la vie bonne, transformant les blessures en failles d\u2019où jaillit la puissance de la vie.Pâques est vraiment une bonne nouvelle aujourd\u2019hui.Méditation pour le temps de Pâques FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L\u2019arrivée par le canal de Panama de marchandises provenant d\u2019Asie sur de plus gros navires avantage indéniablement le port de New York pour acheminer des marchandises vers le Mid-West américain.Son positionnement favorable offre même de la concurrence pour les marchandises en destination ou en par tance de la région centrale du Canada.La possibilité de contrecarrer ces avantages est faible, car le mode actuel de concurrence entre les por ts canadiens ne permet pas à ces derniers de gérer adéquatement ce nouveau défi.Il est nécessaire d\u2019accorder un meilleur potentiel de rentabilité à un seul port en lui garantissant une masse critique de clients qui lui permettrait de financer lui-même la mise en place d\u2019installations plus performantes.Le ministère des Transports fédéral doit exiger une évaluation environnementale stratégique s\u2019appliquant à l\u2019ensemble des projets en cours, ce qui lui permettrait d\u2019obtenir un meilleur éclairage sur les choix possibles en attendant qu\u2019une meilleure intégration des por ts du Saint-Laurent, recommandée par les spécialistes en matière de transport maritime, se réalise.Ce faisant, il démontrerait qu\u2019il y a, enfin, un pilote sur le Saint-Laurent.Georges Cyr Beauport, le 28 mars 2018 Qu\u2019en est-il de l\u2019honneur aujourd\u2019hui?Quand on regarde la vie publique actuelle, principalement la vie politique et médiatique, y retrouve-t-on l\u2019honneur ?Mais qu\u2019est-ce que l\u2019honneur ?Selon le Petit Larousse, l\u2019honneur est « un ensemble de principes qui incitent à mériter l\u2019estime de soi et des autres », et la parole d\u2019honneur « engage la dignité de la personne ».Avant de faire une déclaration publique, de formuler une opinion ou de fournir une information, les personnes qui animent la vie publique devraient peut-être les faire passer par le filtre de l\u2019honneur, ce qui suppose, selon la philosophe Hannah Arendt, la capacité de dialoguer avec soi-même et de penser.Selon elle, « celui qui ne connaît pas les rapports entre moi et moi-même (au cours desquels nous examinons ce que nous disons et faisons) ne sera pas gêné de se contredire ; cela signifie qu\u2019il ne voudra jamais rendre compte de ce qu\u2019il dit ou fait ».Les personnes occupant la scène publique auraient avantage à réfléchir à cette phrase d\u2019Hannah Arendt af in, pour cer taines, de tenter de retrouver un peu d\u2019honneur.Daniel Vinet Montréal, le 27 mars 2018 CRISE DES OPIOÏDES Les grands moyens L MANON CORNELLIER L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 LE DEVOIR DE PHILO B 11 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.A L A I N L A V A L L É E Professeur à la retraite du cégep Édouard-Montpetit C omplexe, l\u2019identité humaine doit à la fois relier et intégrer trois aspects : l\u2019identité de l\u2019individu, l\u2019identité biologique de l\u2019espèce humaine, l\u2019identité sociale culturelle (familles, nations), décrivait le sociologue Edgar Morin.La culture joue un rôle clé dans l\u2019identité, car elle est l\u2019émergence majeure propre à la société humaine.« Dès sa naissance, l\u2019individu commence à intégrer l\u2019héritage culturel qui assure sa formation, son orientation, son développement d\u2019être social.Cet héritage se combine avec son hérédité biologique », écrit le philosophe dans L\u2019identité humaine tome V, «La méthode».Les prescriptions (croyances, valeurs, normes) et interdictions de chaque culture modulent l\u2019expression de l\u2019hérédité biologique de chacun.Avec Jacques Nantel et Pierre Duhamel, Jean-Marc Léger a publié, fin 2016, Le code Québec, un livre qui a pour objectif d\u2019actualiser le portrait identitaire des Québécois.Cette recherche utilise des techniques récentes d\u2019analyse de données, dont la sémiomé- trie, un outil utilisé pour décrire les systèmes de valeurs des individus.La sémiométrie vise à recueillir le cognitif et l\u2019affectif, à savoir le sens d\u2019un mot et la charge émotive dont il est porteur pour un individu.Elle permet d\u2019approcher à la fois le conscient et le moins conscient de l\u2019individu et par-delà, de la population étudiée.Ces techniques ont permis d\u2019extraire sept facteurs, sept traits identitaires caractérisant les Franco-Québécois.Ils sont animés par un trait majeur, la joie de vivre qu\u2019ils pratiquent de diverses manières : bonne bouffe, humour et comédie, fêtes et festivals.C\u2019est le premier et plus impor tant trait identitaire, celui de chercher à être heureux, de vivre le moment présent.Les six autres traits significatifs sont : consensuel, villageois, détaché, créatif, victime, fier.Contradictions et situations complexes De nombreux sondages ont relevé des contradictions apparentes dans les attitudes et comportements des Québécois.Léger en relève une douzaine, dont : « Pourquoi sommes- nous si heureux, mais critiquons-nous autant ?» « Pourquoi aimons-nous tant discuter, mais évi- tons-nous les vrais débats ?» Prenons cette dernière contradiction.Elle se clarifie si on met en relation certains traits mis en évidence par Léger, dans ce cas-ci : consen- suel, villageois, victime, détaché.Les Québécois aiment discuter parce que collectivement, ils ont appris à chercher des consensus.L\u2019une des sources de ce trait réside dans notre voisinage avec les peuples amérindiens, qui pratiquaient une culture qui s\u2019appuyait sur les consensus.Dès 1603, nos ancêtres français ont fait alliance avec les peuples algonquiens.De nombreux autres traités de paix de 1603 à 1763 ont construit une Amérique franco-amérin- dienne, dont la Grande Paix de Montréal de 1701, signée avec 40 peuples amérindiens.Ce trait consensuel prend aussi source dans la dispersion sur un grand territoire de petites communautés éloignées.Dans un milieu écologique souvent dif ficile, les villageois se devaient de pratiquer la solidarité (la division peut constituer un drame pour une petite communauté isolée).Ceci a favorisé l\u2019émergence de pratiques consensuelles de gestion (mutuelles de protection, coopératives, regroupements volontaires de marchands, etc.) au fondement d\u2019une partie de l\u2019économie québécoise.La recherche de consensus est aussi présente dans le domaine social (tables de concertations) et même lors de certains sommets de l\u2019État.L\u2019incapacité proverbiale des Québécois à tenir de vrais débats s\u2019éclaire si on tient compte du trait de victime.Les premiers colons et coureurs des bois n\u2019étaient pas très obéissants à l\u2019égard des autorités françaises d\u2019outre-mer et étaient plutôt indépendants et fiers.Après 1763, la situation a changé.Les autorités britanniques ont pris le contrôle sur les plans politique et économique, avec la complicité de la hiérarchie catholique.Les Québécois ont dû retourner dans leurs terres.Il s\u2019est alors développé une culture du « c\u2019est la faute des autres » : faute des Anglais, faute des curés, puis faute des gouvernements, etc.Une culture du fatalisme, de la crainte de l\u2019échec, bref une culture de victime.En joignant au tout le trait identitaire détaché (grand parleur, petit faiseur), on éclaire la contradiction apparente.Parce que consen- suels, les Québécois aiment discuter, aborder les problèmes, mais ils ne semblent « pas capables de tenir de vrais débats ».Devenus exagérément consensuels, ils craignent la « chicane qui divise », d\u2019où une hantise à trancher un problème, à le régler collectivement.Les contradictions apparentes mises en évidence par Léger sont le fr uit de relations complexes vécues au cours de quatre siècles en Terre d\u2019Amérique par ce peuple provenant majoritairement de France.Ces relations complexes séculaires entre individus et sociétés ont façonné l\u2019âme nationale et généré ces paradoxes existentiels.Les caractéristiques d\u2019une relation complexe La complexité réfère au mot complexus qui veut dire « relié », « tissé ensemble ».Comme l\u2019a montré Edgar Morin, la relation qui se tisse entre individu et société est complexe, car elle est à la fois holographique, dialogique et récursive.Edgar Morin applique la métaphore de l\u2019hologramme à l\u2019organisation sociale.Cela signifie que l\u2019individu est dans la société et que la société est inscrite d\u2019une certaine façon dans l\u2019individu.Léger souligne que chaque individu est porteur à des degrés divers des sept traits iden- titaires.L\u2019individu vit dans la culture, et celle-ci vit en lui.Pour le sociologue, une relation dialogique est à la fois complémentaire et antagoniste.Dans Le code Québec, Léger avance que chaque génération serait animée par une dualité d\u2019éléments à la fois antagonistes et complémentaires, comme si « le yin et le yang » étaient à l\u2019œuvre dans l\u2019âme québécoise.La génération silencieuse (née avant 1945) a oscillé entre la tentation d\u2019un repli sur soi villageois et la quête de consensus d\u2019ouverture.Les millénariaux (nés entre 1982 et 2000) sont animés par des pulsions de fierté, une ambition de conquérir le monde.Ils ne doivent pas négliger que demeure tapie dans l\u2019ombre la victimisation (c\u2019est la faute des autres).Les recherches de Léger lèvent le voile à la fois sur des qualités de l\u2019âme québécoise (heureux, créatif, fier) et sur des défauts moins avouables, sur une part d\u2019ombre de la psyché québécoise (détaché, victime).Enfin, Edgar Morin soulignait le caractère récursif de l\u2019identité humaine.Dans sa recherche, Léger montre que les sept traits iden- titaires sont liés dans une grande boucle récursive.On pourrait montrer qu\u2019il y a aussi de multiples boucles constituant des cercles vertueux ou des cercles vicieux, et des influences régulatrices ou encore inhibitrices entre ces traits.Se réapproprier son histoire humaine L\u2019équipe de Léger utilise parfois l\u2019expression ADN pour référer aux sept traits identitaires des Québécois.L\u2019expression ADN ne peut être qu\u2019une métaphore.La force de la recherche de l\u2019équipe de Léger, c\u2019est d\u2019entrouvrir vers une pensée complexe.Ils ont repéré sept traits identitaires des Québécois, puis les ont inscrits dans une recherche qui à la fois distingue et relie.Elle invite à relier les traits identitaires entre eux, les générations entre elles, et à relier les individus au contexte écologique, politique, économique, socioculturel, linguistique pour comprendre comment des situations complexes s\u2019y sont façonnées dans le temps, influant sur les comportements et attitudes.Cette ouverture vers une pensée complexe permet de mieux comprendre les Québécois, mais comme l\u2019écrit Morin dans son testament philosophique \u2014 Connaissance, ignorance, mystère (2017) \u2014, même la connaissance complexe ne peut éliminer l\u2019incer titude.En matière d\u2019identité culturelle, il n\u2019y a pas de déterminisme en jeu.Pour Léger, les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui portent en eux les victoires et les échecs de leurs parents, de leurs ascendants, leurs espoirs, leurs émotions et leurs blessures.D\u2019où l\u2019importance primordiale de replonger dans son passé pour éclairer son présent et se projeter dans l\u2019avenir.Pour Morin, « il faut rejeter le cosmopolitisme sans racines [\u2026], tous les ré-enracine- ments ethniques ou nationaux sont légitimes, à condition qu\u2019ils s\u2019accompagnent du plus profond ré-enracinement dans l\u2019identité humaine terrestre.Le ressourcement dans le passé culturel est pour chacun une nécessité identitaire profonde ».L\u2019identité n\u2019est ni de droite ni de gauche.Elle est façonnée par des traces de complexités vécues.?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com.Pour lire ou relire les a n c i e n s t e x t e s d u D e v o i r d e p h i l o : www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo L\u2019identité québécoise dans toute sa complexité Pour le sociologue Edgar Morin, l\u2019enracinement profond dans l\u2019identité humaine est compatible avec le sentiment national TIFFET Le sociologue Edgar Morin applique la métaphore de l\u2019hologramme à l\u2019organisation sociale.Cela signifie que l\u2019individu est dans la société et que la société est inscrite d\u2019une certaine façon dans l\u2019individu.JEAN LARAMÉE L\u2019auteur est professeur à la retraite du cégep Édouard-Montpetit.Il faut rejeter le cosmopolitisme sans racines [\u2026], tous les ré-enracinements ethniques ou nationaux sont légitimes, à condition qu\u2019ils s\u2019accompagnent du plus profond ré-enracinement dans l\u2019identité humaine terrestre.Le ressourcement dans le passé culturel est pour chacun une nécessité identitaire profonde.Edgar Morin « » B 12 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 M A R S E T D I M A N C H E 1 E R A V R I L 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S PRESTIGE CHARME & DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com WESTMOUNT Unités disponibles au Westmount Square\u2026 Contactez-nous ! 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