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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2018-04-07, Collections de BAnQ.

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[" Recherche LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AVRIL 2018 CAHIER SPÉCIAL C Après de longues années de vaches maigres, le gouvernement fédéral a fait volte-face en injectant près de 4 milliards de dollars dans la recherche.Une annonce saluée par toute la communauté scientifique, d\u2019autant qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un coup isolé, mais bien d\u2019un financement pérenne.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale «T oute la communauté scientifique est heureuse», affirme le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l\u2019Université de Sherbrooke, Jean-Pierre Perreault.« Après plusieurs années dif ficiles, on ne peut qu\u2019applaudir au refinancement de la recherche, d\u2019autant qu\u2019il s\u2019inscrit dans la durée.C\u2019est un signal fort envoyé par le gouvernement, une agréable réponse aux conclusions du rapport Naylor.» Ce rapport, commandé par Justin Trudeau et rendu public il y a tout juste un an, concluait que les années Harper avaient fait très mal à la recherche scientifique puisque, sur dix ans, on avait assisté à une réduction de plus de 30 % du financement par chercheur canadien.Il recommandait notamment un réinvestissement échelonné sur quatre ans dans les organismes subventionnaires.C\u2019est aujourd\u2019hui chose faite.Le budget 2018 de Bill Morneau injecte en effet plus de 3,8 milliards dans le système de recherche du Canada.Ce montant comprend notamment 1,2 milliard sur cinq ans pour les trois conseils subventionnaires, 763 millions pour la Fondation canadienne pour l\u2019innovation et 210 millions pour la création de près de 250 chaires de recherche d\u2019ici 2022.«On voit le sourire sur le visage de nos chercheurs», commente la vice-rectrice à la recherche et à la création de l\u2019UQAM, Catherine Mounier.« C\u2019est du jamais vu ! Il y a une telle effervescence\u2026 Nous sommes d\u2019autant plus ravis, ici à l\u2019UQAM, que, proportionnellement, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada enregistre une plus grosse augmentation de son financement.Or, 80 % de nos chercheurs travaillent dans ces domaines.» Perte d\u2019expertise Mme Mounier explique que, dans les dernières années, environ 25 % seulement des demandes de subventions recevaient une réponse positive.Dès l\u2019an dernier, alors qu\u2019un premier effort avait été consenti par le gouvernement, ce taux était remonté à 40 %, mais le refi- nancement de cette année devrait faire largement augmenter le taux de succès.«Sans subvention, il n\u2019y a pas de recherche possible, indique-t-elle.Or, avoir un trou dans son curriculum, c\u2019est tellement problématique pour un chercheur.C\u2019est difficile de rembarquer par la suite parce qu\u2019il y a forcément une perte d\u2019expertise.» Problématique pour le chercheur et pour tous les membres de son laboratoire.Problématique également pour le développement économique et social d\u2019un pays, estime-t-on tant à l\u2019Université de Sherbrooke qu\u2019à l\u2019UQAM.Les entreprises ont besoin de tout ce savoir développé par les chercheurs afin de prendre de bonnes décisions d\u2019affaires.Les gouvernements se servent de ces données pour comprendre la société dont ils ont la charge.« Les problématiques ne sont pas les mêmes partout dans le monde, explique Catherine Mounier, et il serait donc paradoxal de prendre des décisions en se basant sur les résultats obtenus pour une autre société que la nôtre.» « Les pays développés doivent aujourd\u2019hui transformer leurs économies pour entrer de plain-pied dans la société du savoir, ajoute Jean-Pierre Perreault.Pour cela, nous devons avoir des idées originales.Ça, Prôner une intelligence artificielle responsable C 4 Du bit au qubit, la course à l\u2019ordinateur quantique C 6 REFINANCEMENT Ottawa croit de nouveau à la recherche fondamentale VOIR PAGE C 2 : OTTAWA I S T O C K R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 A V R I L 2 0 1 8 C 2 GÉNIE APPLIQUÉ AU-DELÀ DE LA RECHERCHE, DES RÉSULTATS CONCRETS \u2022 AÉROSPATIALE \u2022 ÉNERGIE \u2022 ENVIRONNEMENT \u2022 INFRASTRUCTURES ET MILIEUX BÂTIS \u2022 MATÉRIAUX ET FABRICATION \u2022 SANTÉ \u2022 TECHNOLOGIES DE L\u2019INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS \u2022 TRANSPORT TERRESTRE Toute l\u2019information sur nos programmes de 2e et 3e cycles à www.etsmtl.ca ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE Université du Québec ACFAS «Nos cerveaux sont nos ressources naturelles» Lyne Sauvageau est devenue la présidente de l\u2019Acfas le mois dernier H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale C ible numéro un de la nouvelle présidente : la relève.Et en premier lieu : faire en sorte que de plus en plus de jeunes Québécois prennent le chemin de l\u2019université.« Parce que nos cer veaux sont nos ressources naturelles, lance-t-elle.Mais pour attirer plus de jeunes dans les laboratoires de recherche, il faut faire rayonner les travaux de ceux qui s\u2019y trouvent déjà.C\u2019est ce que nous nous attelons à faire à l\u2019Acfas.» La jeune présidente rappelle que seul le tiers des 25-34 ans ont un diplôme de premier cycle universitaire et que cela place le Québec en bas de la moyenne des pays de l\u2019OCDE.« C\u2019est une situation que nous ne regardons pas souvent, mais qui justifie pleinement la priorité que l\u2019Acfas accorde à la relève, assume-t- elle, à ses besoins et au rôle fondamental qu\u2019elle joue dans notre système de recherche et dans la société.» Elle raconte ainsi comment, la veille de notre entrevue, elle a assisté à une activité organisée par l\u2019association et qui mettait en vedette plusieurs étudiants dont les recherches ont abouti à un produit pouvant être mis en marché.Les uns ont découver t des probio- tiques susceptibles de remplacer les agents chimiques qui servent de conservateurs dans l\u2019industrie alimentaire et qui sont de plus en plus décriés.Les autres ont réussi à améliorer le moteur électrique.« Ce sont des modèles pour les jeunes qui sont aujourd\u2019hui au secondaire ou au cégep, es- time-t-elle.Ça leur montre que faire un doctorat, ce n\u2019est pas seulement faire des études.C\u2019est aussi avoir des idées concrètes susceptibles de faire avancer la société et, le cas échéant, se lancer en affaires grâce à celles-ci.» La chasse aux fausses nouvelles L\u2019act i v i t é é v o q u é e p a r Mme Sauvageau est le concours Génies en affaires.Mais l\u2019Ac- fas propose d\u2019autres programmes destinés à la relève, comme Ma thèse en 180 secondes ou encore les Journées de la relève en recherche, dont la dernière édition a eu lieu en septembre 2017.Par ailleurs, l\u2019association aide les jeunes chercheurs à mieux communiquer et à mettre en valeur leurs résultats.Car voilà une autre priorité que se fixe la nouvelle présidente : mieux communiquer, vulgariser.« Maintenir l\u2019importance des faits alors même que de plus en plus d\u2019informations circulent, de plus en plus rapidement et sur toutes sortes de plateformes, précise Lyne Sau- vageau.Faire en sorte que l\u2019on se réfère toujours à des faits et à des résultats de recherche.C\u2019est fondamental dans la société d\u2019aujourd\u2019hui.La recherche donne l\u2019heure juste.El le fa i t contrepoids aux fausses nouvelles.» L\u2019Acfas s\u2019engage donc à encourager les chercheurs à communiquer avec le grand public, car il en va de leur responsabilité sociale.Dans la même veine, elle a mis en place une grille tarifaire spécifique pour encourager le public non universitaire à participer à son grand congrès annuel, et ce, afin qu\u2019un dialogue puisse s\u2019instaurer entre la science et la société.Maintenir le dialogue en français Pour cela, rien de tel que de communiquer en français.Voilà une autre priorité de L yne Sauvageau qui, bien qu\u2019elle comprenne la pression qu\u2019il y a à publier en anglais afin d\u2019élargir son auditoire et de pouvoir échanger avec le monde entier, estime que, si les scientifiques veulent garder leur capacité à travailler avec le terrain, ils ne peuvent le faire au Québec qu\u2019en français.« Dans le domaine de la recherche en éducation, par exemple, les chercheurs sont en relation étroite avec des écoles, des professeurs, des élèves.Ces échanges se font en français.Ici, au Québec, pour maintenir le dialogue avec la société, la langue, c\u2019est le français.» Mme Sauvageau explique par ailleurs que la science passe par des concepts culturels et que ces concepts sont enchâssés dans la langue.Elle indique que ce que recouvre un mot peut différer d\u2019une langue à l\u2019autre et que la science perdrait de sa richesse si elle ne se produisait plus que dans une seule langue devenue universelle.«En se limitant à l\u2019anglais, on limite la science elle- même », résume-t-elle.Sous sa présidence, l\u2019Acfas poursuivra donc son engagement envers la recherche et la diffusion du savoir en français, et cela, dans des « espaces multilingues et ouverts».L\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) a une nouvelle présidente en la personne de Lyne Sauvageau.Détentrice d\u2019un doctorat en santé publique de l\u2019Université de Montréal et d\u2019une maîtrise en science politique de l\u2019Université Laval, Mme Sauvageau était jusque-là vice-présidente à l\u2019enseignement et à la recherche de l\u2019Université du Québec.Elle dévoile au Devoir les priorités de son mandat.ACFAS Lyne Sauvageau est la nouvelle présidente de l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas).En se limitant à l\u2019anglais, on limite la science elle-même Lyne Sauvageon, présidente de l\u2019Acfas « » les chercheurs savent le faire.Mais jusque- là, nous manquions d\u2019argent pour creuser les sujets.» Recherche multidisciplinaire À l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas), on se félicite que ce virage au fédéral se prenne à l\u2019avantage de la recherche fondamentale.La nouvelle présidente, Lyne Sauva- geau, accueille comme une très bonne nouvelle le fait que les chercheurs puissent de nouveau proposer des sujets de recherche basés sur leur curiosité.« C\u2019est comme cela qu\u2019ils aident la société dans laquelle ils vivent à mieux préparer l\u2019avenir, estime-t-elle.Nous avons besoin d\u2019une base de connaissances fondamentales pour mieux appréhender l\u2019inattendu.» Tous trois saluent également la création d\u2019un nouveau fonds pour soutenir la recherche interdisciplinaire, qui reconnaît, selon eux, les nouvelles façons d\u2019exercer le métier de chercheur.Jean-Pierre Perreault fait notamment valoir que, dans plusieurs domaines, l\u2019Université de Sherbrooke travaille de manière transdiscipli- naire.Sur le vieillissement de la population par exemple, les équipes se penchent bien entendu sur les aspects biologiques et médicaux, mais aussi sur la question des chèques de pension, sur la mobilité durable, l\u2019automatisation des maisons pour permettre de garder les personnes âgées à domicile, etc.Sherbrooke profitera également de ce refi- nancement pour développer son expertise en matière de science quantique, de vivre ensemble, de gouvernance, ainsi qu\u2019en médecine.À l\u2019UQAM, l\u2019innovation sociale, l\u2019entrepreneuriat social, le développement durable sont des secteurs qui devraient profiter de cette manne financière.Les recherches féministes également, tout comme les questions éthiques et sociales que pose le développement de l\u2019intelligence artificielle.« Ces expertises vont pouvoir de nouveau être subventionnées », se réjouit Catherine Mounier, tout en soulignant que les années de disette ont fait en sorte que le Canada a perdu de son lustre sur le plan international.Elle note par exemple que la place des chercheurs canadiens dans les grandes publications scientifiques a reculé au cours de la dernière décennie.SUITE DE LA PAGE C 1 OTTAWA Québec : pas de pérennisation des subventions Le budget provincial déposé la semaine dernière à Québec donne lui aussi un petit coup de pouce à la recherche, mais il s\u2019agit en réalité surtout de la reconduite des sommes annoncées l\u2019an dernier dans le cadre de la Stratégie québécoise de la recherche et de l\u2019innovation (SQRI).Le budget Leitão prévoit ainsi une augmentation de 20 millions de dollars accordée aux Fonds de recherche du Québec (FRQ).L\u2019Acfas estime que le SQRI a permis de mettre en lumière la qualité, la diversité et la pertinence de la recherche qui se fait au Québec et l\u2019importance du soutien qui doit être apporté à la relève et à la culture scientifique.L\u2019association tient également à souligner la mesure ponctuelle de soutien aux missions de neuf musées à caractère scientifique et technologique.Mais dans un cas comme dans l\u2019autre, elle souhaite que le gouvernement travaille à la pérennisation des subventions.«Les sommes sont promises pour une durée limitée, explique Lyne Sauvageau.Cela nous pousse à rester très vigilants.La coupe d\u2019un financement pour un laboratoire, cela signifie la fin abrupte des recherches.Nous souhaitons vivement que la volonté du gouvernement de réinvestir de manière soutenue dans la recherche se traduise concrètement et permette à nos chercheuses et chercheurs de répondre aux grands défis de notre société.» Dans un communiqué publié au lendemain du dépôt du budget, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d\u2019université (FQPPU) a également indiqué qu\u2019elle réservait un accueil modéré aux investissements supplémentaires accordés à Québec.Elle rappelle que la contribution provinciale au financement global des fonds destinés aux chercheurs universitaires québécois diminue constamment par rapport à ce que leur accorde le gouvernement canadien.Le président de la FQPPU, Jean-Marie Lafortune, rappelle que l\u2019orientation donnée aux activités de recherche par le financement est déterminante en regard de la maîtrise des leviers du développement et de la satisfaction des besoins de la population.Il déplore ainsi que le gouvernement du Québec baisse les bras en ce domaine.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 A V R I L 2 0 1 8 C 3 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Aude Marie Marcoux, directrice des publications spéciales, à amarcoux@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.FEMMES EN SCIENCES ET EN GÉNIE Vers la fin du «baiser de la mort»?Le gouvernement fédéral investira 21 millions pour accroître la diversité et la présence des femmes A N N I C K P O I T R A S Collaboration spéciale « P our moi, Marc Lépine n\u2019était qu\u2019un fou.Mon père m\u2019avait toujours dit que si je travaillais fort, je pouvais faire tout ce que je voulais dans la vie, et j\u2019en étais totalement convaincue.Alors, après ce drame, j\u2019ai simplement poursuivi mon chemin et j\u2019ai fait ma place dans le domaine du génie, qui était alors un monde d\u2019hommes », raconte Michèle Prévost, qui œuvre à Polytechnique depuis maintenant une trentaine d\u2019années.Véritable pionnière dans la gestion de l\u2019eau potable par les municipalités, cette professeure titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines est devenue, au fil des ans, une figure incontournable du domaine, tant au Canada que sur la scène internationale.Elle fait partie de ceux qui ont été appelés à la rescousse après la tragédie de Walker- ton en 2000, cette petite ville ontarienne frappée par la pire épidémie à la bactérie E.coli de l\u2019histoire du Canada: plus de 2000 personnes sont tombées malades et sept d\u2019entre elles sont décédées après avoir bu de l\u2019eau du robinet.«Cet événement malheureux a toutefois permis à tout le monde de prendre conscience de différents risques de contamination et a mené à une refonte majeure des façons de traiter l\u2019eau potable en partant de la source jusqu\u2019au robinet», explique-t-elle.Elle travaille depuis activement à faire évoluer les normes, ici et ailleurs dans le monde.Une représentativité « inacceptable» Michèle Prévost a donc vu beaucoup d\u2019eau couler sous les ponts, au sens propre comme au figuré.À son arrivée à Polytechnique, alors qu\u2019elle avait trois enfants, aucun congé parental ne figurait dans la convention collective ni dans les programmes sociaux.«Pour une femme qui voulait faire carrière en sciences tout en ayant une famille, c\u2019était très difficile.Arrêter ses travaux pour prendre un congé de maternité signifiait de prendre du retard par rapport aux collègues masculins et d\u2019entamer une progression plus lente et différente pour le reste de sa carrière.En somme, c\u2019était comme le baiser de la mort.» Aujourd\u2019hui, grâce à des battantes comme elle qui ont fait tomber les barrières dans tous les domaines de la science, les femmes peuvent maintenant mieux concilier travail et famille, même si l\u2019exercice demeure un défi.Cependant, la proportion de femmes au sein du corps professoral demeure faible, une représentativité que Michèle Prévost juge « inacceptable ».De plus, même si le taux de réussite des femmes en génie est le même que celui des hommes, les femmes sont moins nombreuses à demander des bourses de recherche par exemple.Parce qu\u2019on est en 2018 C\u2019est pourquoi elle se réjouit, comme bien des scientifiques au pays, du fait que le budget fédéral 2018 prévoit de consacrer 21 millions de dollars sur cinq ans à l\u2019accroissement de la diversité dans les sciences, y compris la représentativité des femmes : 6 millions de dollars seront affectés à des enquêtes destinées à recueillir des données améliorées sur les chercheurs et 15 millions ser viront à mettre en œuvre des programmes qui valorisent l\u2019égalité et la diversité parmi les chercheurs des établissements d\u2019enseignement postsecondaire partout au pays.Pour attirer et retenir les chercheurs de pointe en début de carrière dans ces derniers, le budget de 2018 propose un nouvel investissement de 210 millions de dollars sur cinq ans et de 50 millions de dollars par année par la suite pour le programme des chaires de recherche du Canada afin de soutenir les chercheurs en début de carrière tout en assurant une plus grande diversité parmi les chercheurs sélectionnés et un nombre accru de femmes nommées à des chaires de recherche du Canada.Appelé à se « réinventer », le Conseil national de recherche du Canada souhaite aussi éliminer tout obstacle involontaire à la participation des chercheuses et entrepreneures à ses programmes.Faire tomber les barrières (encore) Car des obstacles involontaires, il en existe encore, confirme la chercheuse.« Par nature, on dirait que beaucoup de femmes sont un peu comme les subventions\u2026 elles ne viennent pas cogner à la porte, il faut aller les chercher ! » illustre-t-elle.Elle a elle-même appris à cogner aux portes.Elle se souvient que lorsqu\u2019elle a fondé la Chaire de recherche en eau potable en 1992, elle a hérité de deux laboratoires\u2026 vides ! Rapidement, grâce à une subvention en équipement du CRSNG, elle a pu acquérir ses premiers outils analytiques, bâtir ses premiers pilotes et démarrer sa recherche, qu\u2019elle codirige désormais avec son collègue, le professeur Benoit Barbeau.Depuis, grâce à la Fondation canadienne pour l\u2019innovation (FCI), elle a pu fonder en 2003 le Centre de recherche, développement et validation des technologies et procédés de traitement des eaux (CREDEAU), qui a formé plus de 400 étudiants œuvrant aujourd\u2019hui au sein d\u2019entreprises et d\u2019institutions du savoir au pays.La combinaison des programmes fédéraux (chaires industrielles, FCI et programmes de chaires du Canada) lui permet aujourd\u2019hui d\u2019attirer les meilleurs talents à Montréal, comme la professeure Sarah Dorner, recrutée aux États- Unis, de même que la professeure Françoise Bichai, qui vient tout juste de se joindre à l\u2019équipe.Actuellement, la Chaire s\u2019intéresse entre autres aux nouveaux polluants qui se retrouvent dans les cours d\u2019eau, comme les algues, et à la problématique du plomb dans l\u2019eau potable, qui est d\u2019ailleurs un enjeu de santé publique à Montréal, où le réseau d\u2019aqueducs nécessite des réfections majeures.Michèle Prévost dit avoir été longtemps contre les programmes de discrimination positive visant par exemple l\u2019accroissement des femmes en sciences et génie, comme le propose maintenant le gouvernement fédéral avec ce budget.«Leurs programmes sont vraiment dynamiques et comme la culture a changé et que les femmes sont plus présentes qu\u2019auparavant, le tout me semble très positif pour l\u2019avenir.» Lors de la tuerie de Polytechnique en 1989, au terme de laquelle 14 étudiantes en génie ont brutalement trouvé la mort, Michèle Prévost n\u2019était pas sur les lieux.Mais son bureau, lui, n\u2019était qu\u2019à quelques pas d\u2019une des classes où les jeunes femmes ont été abattues\u2026 Cette tragédie, qui a visé des femmes souhaitant travailler dans le domaine des sciences, n\u2019a jamais freiné les ardeurs de Michèle Prévost, professeure titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal.POLYTECHNIQUE Michèle Prévost (3e en partant à droite de la 3e rangée), dans son laboratoire entourée de ses étudiants Grâce à des battantes comme elle, les femmes peuvent maintenant mieux concilier travail et famille R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 A V R I L 2 0 1 8 C 4 E M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale I l y a près de quatre ans, des chercheurs de l\u2019École de technologie supérieure (ETS), de la Faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal (UdeM) et du Flint Animal Cancer Center de la Colorado State University convenaient d\u2019unir leurs expertises en fabrication additive et en chirurgie oncologique vétérinaire pour tenter de créer des endoprothèses personnalisées pour les chiens.Intitulé Novel Limb Sparing Surgery Using Individualized 3D-Printed Implants in Dogs, leur projet-pilote s\u2019est avéré très prometteur.Déjà, cinq patients canins atteints d\u2019ostéosarcome ont pu bénéficier d\u2019implants créés sur mesure pour leur anatomie.C\u2019est à l\u2019initiative du docteur Bertrand Lussier, chirurgien vétérinaire, professeur titulaire à l \u2019UdeM et chercheur associé au Centre de recherche du CHUM en chi- r urgie expérimentale et en maladies rhumatismales, que le projet est né.Ayant réalisé de multiples chirurgies orthopédiques canines, M.Lussier était à la recherche de solutions pour améliorer le traitement chirurgical de l\u2019ostéosarcome chez le chien.« Ber trand Lussier savait q u e l \u2019 E T S é t a i t e n t r a i n d\u2019aménager un laboratoire d\u2019impression 3D \u2014 le premier de ce type-là au Canada dans une université.Il nous a c o n t a c t é s , m o n c o l l è g u e Yvan Petit et moi, pour que nous essayions de créer par fabrication additive une en- doprothèse personnalisée pour des chiens atteints d\u2019ostéosarcome », indique Vladimir Brailovski, éminent spécialiste des matériaux, de la conception et des procédés de fabrication ainsi que professeur en génie mécanique à l\u2019ETS.Une tumeur complexe à traiter Il faut savoir que cette tumeur cancéreuse est assez fréquente chez les chiens de grandes races et de races géantes.Touchant principalement la médullaire des os longs des pattes (radius, humérus, tibia, fémur), elle engendre une boiterie et occasionne des douleurs chez les chiens qui en sont atteints.Lorsqu\u2019ils ne sont pas traités, ces derniers meurent en général dans les cinq mois suivant le diagnostic.Or, les options de traitement de l\u2019ostéosarcome sont pour le moment assez limitées et souvent très invasives.Une des avenues empruntées est la chirurgie pour préserver le membre (limb-sparring).Elle consiste à retirer la partie atteinte par la tumeur et à remplir le défaut créé dans l\u2019os par un implant métallique.« Ce qui est disponible actuellement sur le marché pour réaliser cette opération, c\u2019est une plaque métallique étroite qui est trouée pour y insérer des vis et qui s \u2019at - tache à un autre morceau », précise le docteur Bernard Séguin, chir urgien vétéri - naire spécialisé en oncologie au Flint Animal Cancer Center et l\u2019un des membres du projet-pilote.« Ce morceau de métal là n\u2019est fait qu\u2019en deux dimensions, c\u2019est-à-dire 98 ou 122 m i l l i m è t r e s , p o u r s u i t - i l .Lorsqu\u2019on fait la chirurgie, on enlève souvent plus d\u2019os qu\u2019on l \u2019aurait voulu parce que la plus petite dimension est trop grande pour nos besoins.Il arrive aussi que 122 mi l l imèt r es , ce so i t t r op cour t et que ça nous empêche d\u2019utiliser cette technique.Mais ce n\u2019est pas le seul problème.Comme la plaque doit être vissée, il y a dif férentes composantes à assembler.Il faut aussi plier l \u2019 implant pour l \u2019adapter à l\u2019anatomie du chien.Ça fait beaucoup de manipulations.» Le taux élevé de complication sur venant suite à cette intervention constitue également un enjeu.D\u2019après la plus récente étude parue sur le sujet, 96 % des chiens qui la subissent en vivent au moins une.Une prothèse imprimée en 3D Peu de temps après la requête du docteur Lussier, les chercheurs de l\u2019ETS, en collaboration avec Anatolie Timer- can, étudiant à la maîtrise en génie mécanique à l\u2019ETS, se sont mis au travail.En se basant sur les principes d\u2019ingénierie inverse, ils ont développé un processus leur permettant de créer des endoprothèses personnalisées par impression 3D.Leur démarche nécessite l\u2019utilisation de CT-scans effectués sur les deux pattes avant des chiens atteints.«On part du fichier obtenu lors de l\u2019imagerie et on le transfère dans un format que les ingénieurs peuvent traiter», explique M.Brailovski.Des modèles numériques des os du patient sont ainsi créés.Puis, une opération de miroir est réalisée sur le radius sain, qui est subséquemment positionné et orienté de la même manière que le radius atteint.«On procède ensuite à l\u2019opération de façon virtuelle et on retire les tissus endommagés en suivant les consignes du chirurgien, indique l\u2019ingénieur.Après, dans un autre environnement, on crée un implant à l\u2019aide de logiciels de conception assistée par ordinateur.On crée aussi un guide, donc un outil chirurgical, qui permet de prendre une position par rapport à un repère anatomique.» Une fois l\u2019endoprothèse et le guide de coupe approuvés par le docteur Séguin, ceux-ci sont envoyés à l\u2019impression.« Pour l \u2019 implant , on tra - vaille avec la fabrication additive \u2014 l\u2019impression 3D \u2014 à par tir de poudres métal- l iques.Pour ce qui est du guide, il est aussi imprimé, mais il est fait en plastique », souligne M.Brailovski.Après quelques étapes de finition qui incluent notamment un traitement thermique, un polissage mécanique et un nettoyage dans un bain à ultrasons, l\u2019endoprothèse et le guide de coupe sont expédiés aux États-Unis au docteur Séguin.L\u2019ensemble du processus prend en général entre 14 et 21 jours.Des résultats encourageants C\u2019est en septembre dernier que le docteur Séguin a réalisé la première opération avec une endoprothèse personnalisée fabriquée à l\u2019ETS.Depuis, quatre autres patients se sont ajoutés à la liste et le vétérinaire se dit heureux des résultats obtenus.« Pour le chirurgien, ça fait vraiment une grande dif fé- rence parce que l\u2019implant va comme un gant et qu\u2019il n\u2019y a aucune modification à apporter, confie-t-il.Ça réduit pas mal le temps d\u2019opération.Pour le chien, il est encore trop tôt pour le dire, d\u2019autant plus qu\u2019on n\u2019a pas la puissance statistique pour l\u2019appuyer, mais à ce jour, il semble y avoir moins de complications qu\u2019avec un implant traditionnel.Nos résultats préliminaires sont extrêmement encourageants.» Bien qu\u2019il ne considère pas l\u2019endoprothèse personnalisée comme une panacée, le docteur Séguin estime qu\u2019elle recèle un grand potentiel.« C\u2019est une prothèse qui demeure en métal et qui ne règle pas tous les problèmes, mais c\u2019est un excellent début.Ce qui reste à faire, c\u2019est de trouver la meilleure composition possible de matériaux pour réduire au maximum le risque de complications, notamment les infections.Il faut aussi améliorer le temps de fabrication, parce que l\u2019ostéosarcome peut endommager l\u2019os rapidement, donc on doit opérer très vite après le diagnostic.Si on y parvient, c\u2019est sûr que ce sera une amélioration majeure pour les chirurgiens et les patients.» Très enthousiaste devant les possibilités qu\u2019offre la fabrication additive, M.Braidilovski espère pour sa part que le projet mènera à de futures initiatives dans le domaine médical.« Déjà, la personnalisation, c\u2019est quelque chose d\u2019exceptionnel, mais il n\u2019y a pas que ça, conclut-il.C\u2019est une technologie qui permet de créer des structures architecturées à microstructure complexe et d\u2019utiliser les matériaux les plus avancés.Dans le domaine médical, ses applications peuvent être multiples.» Quand l\u2019impression 3D améliore les traitements chirurgicaux Des chercheurs de l\u2019ETS ont développé des endoprothèses personnalisées pour les chiens Orienter les travaux de recherche en intelligence artificielle vers le bien commun: voilà l\u2019objectif affiché par le regroupement de recherches HumanIA.Pour l\u2019une de ses coordonnatrices, la professeure au Département d\u2019informatique de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) Marie-Jean Meurs, la clé pour y arriver réside dans les collaborations entre les différentes disciplines.E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale Pour prendre en considération les enjeux éthiques qui émergent de l\u2019intelligence artificielle, Marie-Jean Meurs travaille, dès qu\u2019elle démarre des projets de recherche, avec des juristes, des philosophes et des éthiciens.«Je pourrais faire des mathématiques appliquées et de l\u2019informatique théorique, déléguer la dimension éthique à mes collègues et ne pas m\u2019en préoccuper, en me disant que je fabrique de jolis moteurs, puis que les autres vont décider du contexte éthique dans lequel ils les utilisent.» Mais cela ne lui ressemble pas.Depuis le début de sa carrière, sa démarche a pris un virage fort différent.«Il se trouve que mon intérêt de recherche, en intelligence artificielle, c\u2019est vraiment dans le cadre d\u2019une recherche multidisciplinaire, où je préfère partir des problèmes, puis sélectionner des approches d\u2019intelligence artificielle qui vont s\u2019adapter, pour le mieux, aux problèmes qu\u2019on rencontre.Dans cette démarche, la collaboration entre les disciplines m\u2019apparaît indispensable.» Cette démarche permet notamment de respecter ou de répondre à des principes éthiques dès la conception d\u2019un algorithme, d\u2019une base de données ou de tout autre outil technologique.Le projet de recherche Legalia, qu\u2019elle dirige avec Hugo Cyr, doyen de la Faculté de science politique et de droit de l\u2019UQAM, et Sebastien Gambs, professeur au Département d\u2019informatique de l\u2019UQAM, est révélateur.Avec comme objectif de développer une éthique de l\u2019intelligence artificielle dans les domaines du droit et de la justice, il met à contribution des partenaires universitaires issus de domaines aussi variés que les études internationales, les sciences juridiques, la responsabilité sociale et environnementale en gestion, les sciences politiques et la linguistique.« Mon approche, c\u2019est d\u2019adjoindre systématiquement aux projets de recherche des gens qui viennent d\u2019un domaine où ils ont l\u2019habitude de se poser ce genre de questions, de les écouter et de les faire participer à la réflexion.C\u2019est très enrichissant.» Discrimination Avec Hugo Cyr et Sebastien Gambs, ainsi que Dominic Martin, professeur au Département des organisations et des ressources humaines, elle dirigera aussi, dès l\u2019été 2018, un projet de recherche sur l\u2019égalité, la discrimination et l\u2019intelligence artificielle.La question de la discrimination se révèle particulièrement intéressante puisque les outils d\u2019aide à la décision et les systèmes automatisés de décision ont le potentiel de détecter et d\u2019enrayer les biais discriminatoires, mais aussi de les amplifier s\u2019ils ne sont pas conçus avec soins.Elle met en exergue la question de la qualité et de la variété des données avec lesquelles sont entraînés les algorithmes.« C\u2019est très compliqué, assure-t-elle.Ce n\u2019est pas toujours possible d\u2019avoir des données qui vont être équilibrées.» Un autre champ de recherche qui touche l\u2019éthique de l\u2019intelligence artificielle, dans lequel elle est présentement très active, concerne l\u2019apprentissage d\u2019informations socialement pertinentes tout en protégeant la vie privée et la sécurité des individus.Un des défis consiste à empêcher, même lorsque les données sont anony- misées, d\u2019identifier des personnes en reconstruisant des liens entre les informations.« Ce n\u2019est pas toujours évident, affirme-t-elle, parce que si vous enlevez trop d\u2019informations ou de données, vous n\u2019avez plus rien.Si vous n\u2019en enlevez pas assez, vous ratez votre objectif parce que vous apprenez des choses qui permettraient d\u2019identifier, par exemple, des patients dans le contexte de la santé.» Prôner une intelligence artificielle responsable ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE Endoprothèse personnalisée par impression 3D (haut) et guide de coupe (bas) Prévenir la dépression grâce à l\u2019IA JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019un des projets de recherche de Marie-Jean Meurs vise à détecter les signes avant-coureurs de dépression et d\u2019anorexie à l\u2019aide de textes publiés par des internautes dans des forums et des réseaux sociaux.Si les modérateurs de certains forums sont alertés rapidement, ils peuvent intervenir auprès des gens en danger.Marie-Jean Meurs réalise des recherches pour que l\u2019intelligence artificielle respecte des principes éthiques, mais aussi pour qu\u2019elle serve d\u2019outil pour résoudre des problèmes de société.L\u2019un de ses projets de recherche vise à détecter les signes avant-coureurs de dépression et d\u2019anorexie à l\u2019aide de textes publiés par des in- ternautes dans des forums et des réseaux sociaux.Actuellement, elle réalise des jeux d\u2019entraînement et des tests à l\u2019aide d\u2019un corpus de données fourni par la conférence internationale eRIsk de l\u2019initiative CLEF.Les données proviennent des sous-sections de la plateforme sociale Reddit, qui s\u2019apparente à un regroupement de forums de discussions.«En plus de détecter si effectivement quelqu\u2019un est en phase de dépression ou s\u2019en approche, un des enjeux supplémentaires est de le détecter le plus tôt possible, avec le moins de publications possible, indique Marie-Jean Meurs.Si les modérateurs de certains forums sont alertés rapidement, ils peuvent facilement intervenir auprès des gens susceptibles d\u2019être en danger.» Ces démarches pourraient déboucher sur un outil qui avertirait des modérateurs, qui n\u2019ont pas le temps de lire tous les textes générés sur leur plateforme, si des utilisateurs ont besoin d\u2019être orientés vers du soutien ou des ressources psychologiques. R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 A V R I L 2 0 1 8 C 5 UNIVERSITÉ CONCORDIA Vers un campus nouvelle génération A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale «C\u2019 est un changement de paradigme », estime Guylaine Beaudr y, nommée vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique.Celle qui est aussi directrice et bibliothécaire en chef de l\u2019Université Concordia a la lourde tâche de coordonner la future stratégie numérique de l\u2019établissement.Cette stratégie constitue l\u2019un des cinq projets majeurs à Concordia dans sa volonté de devenir « une université de nouvelle génération ».« Avant tout, pour faire une distinction importante, il faut comprendre que la stratégie numérique n\u2019est pas une stratégie de technologie de l\u2019information, cela ne concerne pas les infrastructures, le serveur ou les réseaux », précise Mme Beaudry.Ce qui se cache derrière cette stratégie est bien plus large, puisqu\u2019elle doit amener l\u2019ensemble de la communauté universitaire à faire une transition vers une culture numérique.« Nous voulons aller au-delà des outils en tant que tels», ajoute-t-elle.« Quand nous sommes passés du manuscrit à l\u2019imprimé, au début, il s\u2019agissait en fait d\u2019une reproduction de l\u2019écriture\u2026 Et depuis, tous nos fonctionnements sont copiés de l\u2019imprimé, donc aujourd\u2019hui nous voulons quitter ce mimétisme technologique », explique Guylaine Beaudry.En comparant avec Gutenberg, la vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique souhaite montrer que le processus de Concordia permettra d\u2019entrer pleinement dans la culture numérique.« Nous voulons laisser derrière nous les choses auxquelles nous sommes habituées, les réflexes de l\u2019imprimé et savoir travailler avec les données massives, la réalité virtuelle ou encore la réalité augmentée », développe-t-elle.Elle ajoute que l\u2019objectif n\u2019est pas de transformer Concordia en une université en ligne, mais bien de s\u2019imprégner des nouveaux outils numériques.Parler à la communauté Le 23 mars dernier, Concor- dia a inauguré sa nouvelle bibliothèque Webster, après trois ans de rénovations et de travaux d\u2019agrandissement.Un lieu nouvelle génération, où les visiteurs sont accueillis par des clips vidéo et qui of fre davantage d\u2019espaces de travail pour les étudiants.Les nouvelles technologies y sont aussi très présentes, avec, par exemple, un studio de visualisation et un « bac à sable technologique », où l\u2019on peut utiliser des imprimantes 3D, des casques de réalité virtuelle ou encore des caméras vidéo 360 degrés.« Pour la rénovation de notre bibliothèque, nous avons ouver t des canaux de communication et de consultation avec la communauté », explique Guylaine Beaudr y, déjà à la bar re de ce vaste chantier.D\u2019ailleurs, c\u2019est sans doute son travail pour Webster qui a poussé les responsables à la nommer vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique.En vue de la future stratégie numérique, tout comme pour la bibliothèque, Mme Beaudry a lancé une vaste consultation auprès des étudiants, professeurs et membres du personnel de l\u2019Université.Des groupes de discussion ont été organisés et des entretiens individuels vont se dérouler au cours des prochaines semaines.«Nous nous sommes organisés pour avoir une représentation d\u2019un maximum de profils dif férents », commente-t-elle.Une troisième phase de consultation, constituée d\u2019ateliers créatifs, est aussi prévue.Penser la stratégie Avant les consultations, l\u2019équipe a mené un inventaire des outils, des pratiques et des formations de Concordia.«Cet inventaire a été une entreprise importante », commente Guy- laine Beaudry.Aussi, un cycle de huit conférences sur le futur numérique a été organisé.Des personnalités du monde de l\u2019informatique sont venues, telles que Marie-Josée Lamothe, de Google, pour une conférence intitulée «S\u2019adapter à un monde numérique qui est là pour rester » ou encore Félix Lajeu- nesse, diplômé de Concordia et qui travaille en réalité virtuelle.Cette série d\u2019événements s\u2019achèvera le 24 avril prochain avec le professeur Yoshua Ben- gio, de l\u2019Université de Montréal, qui parlera évidemment d\u2019intelligence artificielle.«Ces conférences sont très populaires et cela permet de mobiliser tous les membres de la communauté universitaire », note Mme Beaudry.En outre, au mois de mars, un grand sondage a été mené auprès de tous les étudiants.Celui-ci a été conçu par l\u2019institut britannique Gestalt International Study Center (GISC), et les questions portaient sur l\u2019apprentissage des étudiants.L\u2019objectif était de savoir s\u2019ils considèrent en savoir assez sur le plan du numérique pour être prêts pour leur carrière, mais aussi comment ils interagissent avec leurs professeurs, ou encore s\u2019ils préfèrent apprendre avec les outils en ligne.«Le sondage couvre une panoplie de sujets et nous avons un taux de réponse extraordinaire.Nous regardons actuellement les résultats préliminaires sur l\u2019expérience numérique de nos étudiants », souligne Mme Beaudry.Pour finir, Guylaine Beaudry indique aussi dresser un état des lieux, afin de savoir ce qui se fait ailleurs.«Après avoir regardé à l\u2019interne, on va regarder à l\u2019externe, dans d\u2019autres universités et grandes institutions, pour voir si nous pouvons apprendre des meilleures pratiques», explique-t-elle.Plan de match Ce travail devrait aboutir début juin, et l\u2019équipe s\u2019attaquera à la rédaction d\u2019une feuille de route dès l\u2019automne.Celle-ci devrait se détailler en plusieurs blocs, divisés en sous-actions.«Tout sera prêt pour le mois de décembre, avec le budget final », assure la vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique.S\u2019il est encore trop tôt pour s\u2019avancer quant aux résultats, puisque les consultations sont encore en cours, Mme Beaudr y peut d\u2019ores et déjà dire que plusieurs membres de la communauté ont exprimé le besoin de mieux connaître les outils qui sont à leur disposition, mais aussi qu\u2019ils ont beaucoup de questions sur la littératie et l\u2019éthique numérique.« Il ne faut pas surestimer la connaissance des outils numériques», conclut-elle.L\u2019Université Concordia souhaite établir une culture numérique nouvelle génération en son sein.Un virage aussi audacieux que nécessaire, qui concerne l\u2019ensemble de la communauté universitaire.UNIVERSITÉ CONCORDIA Un logiciel interactif présenté dans le nouveau studio de visualisation de la bibliothèque Webster L\u2019objectif n\u2019est pas de transformer Concordia en une université en ligne, mais bien de s\u2019imprégner des nouveaux outils numériques R E C H E R C H E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 A V R I L 2 0 1 8 C 6 E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale D es appareils mécaniques et électroniques sont branchés à un cylindre suspendu par un échafaudage.À l\u2019intérieur de celui-ci, des dispositifs sont refroidis jusqu\u2019à des températures extrêmes frisant le zéro absolu (environ -273 degrés Celsius) par un réfrigérateur à dilution qui produit un grand vacarme.« Dans un laboratoire comme ici, on sort l\u2019artillerie lourde », lance dans le sous-sol du pavillon des sciences de l\u2019Université de Sherbrooke Michel Pioro-Ladrière, professeur de physique et directeur adjoint de l\u2019Institut quantique.L\u2019objectif ultime : faire passer l\u2019ordinateur quantique de la théorie à la réalité.C\u2019est le grand rêve de l\u2019informatique moderne : créer un appareil avec une puissance de calcul incomparable à celle des ordinateurs d\u2019aujourd\u2019hui en domptant la physique quantique.Car les lois de la physique à l\u2019échelle de l\u2019infiniment petit se révèlent déroutantes : un même électron peut notamment exister dans plusieurs états à la fois et se retrouver à plusieurs endroits à la fois.Physiciens et ingénieurs collaborent ici pour tirer profit de ces propriétés au bénéfice de l\u2019informatique.Du bit au qubit Dans nos ordinateurs actuels, les transistors bloquent ou laissent passer un courant électrique, ce qui engendre un 0 ou un 1.C\u2019est ce qu\u2019on appelle un bit.Ces signaux sont envoyés un à la suite de l\u2019autre.Or, en s\u2019appuyant sur la physique quantique, il est possible de superposer un 1 et un 0 en même temps.C\u2019est ce qu\u2019on appelle un qubit.« Un ordinateur quantique va faire plusieurs calculs en parallèle », précise Alexandre Blais, directeur de l\u2019Institut quantique, en vulgarisant dans son bureau les bases théoriques de cet ambitieux projet à l\u2019aide d\u2019un crayon et d\u2019un tableau.« Pour être capable de simuler un ordinateur quantique de 300 qubits avec un ordinateur classique, il faudrait prendre chaque atome de l\u2019univers visible et déclarer que c\u2019est un transistor.Et on n\u2019en aurait même pas assez.» Alexandre Blais montre un processeur quantique de forme circulaire, en saphir et en aluminium, de 4 qubits.Sa conception découle d\u2019une théorie qu\u2019il avait développée avec une équipe en 2004, durant ses études postdoctorales à l\u2019Université Yale.Son design permet d\u2019échanger des informations entre des qubits sur un centimètre, une distance «gigantesque ».« Il y a une transition de la physique quantique vers la physique classique quand les corps deviennent trop gros.Et trop gros, ce n\u2019est pas grand- chose.Ce qu\u2019on veut faire, c\u2019est combattre cette tendance à la nature de revenir à la physique classique.Pour ça, il faut trouver des trucs, des astuces.» Des progrès insuffisants Dans les derniers mois, IBM a annoncé avoir atteint 50 qubits, tandis que Google a évoqué un prototype de 72 qubits.Mais c\u2019est encore loin d\u2019être suffisant pour parler d\u2019un ordinateur quantique ou pour supplanter la puissance des appareils actuels, souligne Alexandre Blais.Il ajoute que dans les manipulations quantiques, une erreur entre un 0 et un 1 survient encore environ une fois sur cent.« Ce n\u2019est pas acceptable.On ne peut pas faire un ordinateur qui fonctionne comme ça.» De plus, les qubits demeurent fragiles : ils peuvent être maintenus dans leur état quantique sous des températures extrêmement froides, un champ magnétique puissant et à l\u2019abri de tout bruit durant à peine 100 microsecondes.Même si Alexandre Blais assure qu\u2019on peut faire beaucoup dans ce cour t laps de temps, il considère qu\u2019« il faut améliorer ça».« Il y a beaucoup de défis d\u2019ingénierie, mais à la base, il reste aussi beaucoup de recherche fondamentale pour trouver de meilleures façons », signale-t-il.L\u2019équipe de l\u2019Institut quantique continue de plancher sur des calculs et de nouveaux designs de circuits, tout en simulant des modèles à l\u2019aide du superordinateur Mammouth, situé sur le campus.« Nos montages sont faits pour contrôler quelques qubits et, à l\u2019Institut, on a des projets pour faire des montages qui seront capables d\u2019en contrôler beaucoup plus », souligne Michel Pioro-Ladrière au sujet des expérimentations dans les laboratoires.« À force d\u2019avoir de plus en plus de qubits, on va peut-être découvrir des choses inattendues.Sur papier, il n\u2019y a rien qui empêche l\u2019ordinateur quantique.À ce stade-ci, avec quelques qubits, tout fonctionne selon les règles du jeu.Il est possible que cela change en court de route.Si ça ne fonctionne pas, c\u2019est parce qu\u2019il y a quelque chose qui est fondamentalement faux avec la mécanique quantique et on va faire des découvertes fondamentales.D\u2019un point de vue scientifique, c\u2019est capital.Et si ça fonctionne, tant mieux, on va se rendre à l\u2019ordinateur quantique.» La course à la sécurité La sécurité constitue l\u2019une des raisons pour lesquelles Alexandre Blais juge important que le Québec et le Canada demeurent dans la course à la conception de l\u2019ordinateur quantique.Si d\u2019autres pays en détenaient un, ils pourraient facilement briser la cryptographie protégeant nos communications numériques.En revanche, le posséder fournirait la solution pour sécuriser nos informations contre des appareils aussi puissants.Mais l\u2019informatique quantique ouvre davantage d\u2019horizons.Sa puissance pourrait notamment résoudre des problèmes complexes d\u2019optimisation, comme ceux dans la gestion d\u2019une flotte aérienne commerciale.Il aiderait aussi à simuler\u2026 des systèmes quantiques.« Ça semble ennuyeux», admet le physicien, avant de citer des répercussions concrètes, comme dans la synthèse de nouvelles molécules pour des médicaments ou la conception de matériaux su- praconducteurs.Et c\u2019est sans compter les utilités dont on ne se doute pas encore.Après tout, l\u2019ENIAC, le premier ordinateur américain dévoilé en 1946, avait été conçu pour calculer des trajectoires balistiques.On connaît la suite.Du bit au qubit, la course à l\u2019ordinateur quantique P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale P renons une molécule simple, comme l\u2019acétylène (C2 H2) dont la structure est linéaire (H-C-C-H).Excitons cette molécule en lui faisant absorber de l\u2019énergie, soit des photons.Cela provoque une réaction chimique et la molécule perd sa structure linéaire et adopte plutôt une structure triangulaire, ce qui transforme la molécule d\u2019acétylène en une molécule de vinylidène.Imaginons maintenant que cette réaction chimique a pu être filmée.Truc de prestidigitateur ?Eh bien non, il s\u2019agit d\u2019une expérience réussie par François Légaré, chercheur et professeur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019INRS.L\u2019expérience sur la molécule d\u2019acétylène a été réalisée dans le Laboratoire de sources femtosecondes (Advanced Laser Light Source ou ALLS) du centre situé à Varennes.« Nous avons réussi à filmer le bris et la formation de liaisons chimiques induites par des photons », explique François Légaré, dont l\u2019un des champs d\u2019expertise est la photochimie qui porte sur l\u2019interaction entre la lumière et les molécules chimiques.Bien que concluantes, ces expériences, de l\u2019aveu même de François Légaré, ne sont pas entièrement satisfaisantes.« Nous avons réussi parfaitement à déterminer le mouvement et la position des atomes, poursuit-il, mais pour ce qui est du déplacement et de la position des électrons, nos résultats sont moins précis.» Mais en quoi est-il important de déterminer le déplacement et la position des électrons ?« Parce que les électrons sont la colle des liens chimiques, ex- plique-t-il.Lors d\u2019une réaction chimique, des liens chimiques se brisent et se forment, ce qui implique que les électrons, la colle, se réarrangent aussi.» Et pourquoi filmer les électrons et les noyaux ?« Parce que cela va permettre d\u2019aug- m e n t e r n o t r e c a p a c i t é à mieux comprendre le fonctionnement des réactions chimiques », souligne-t-il.Difficultés technologiques Mais filmer une réaction chimique à la hauteur des électrons et des noyaux pose une série de défis technologiques.D\u2019abord, nous sommes ici dans le monde de l\u2019ultra-petit et surtout de l\u2019ultra-rapide.Par exemple, l\u2019électron d\u2019un atome d\u2019hydrogène peut faire le tour complet de l\u2019atome en 152 atto- secondes.Rappelons qu\u2019une at- toseconde est un milliardième d\u2019un milliardième de seconde, soit 10-18 seconde.« Pour pouvoir saisir et filmer une réaction chimique qui se déroule dans des durées aussi courtes, explique François Légaré, il faut être en mesure de pouvoir produire et émettre des pulsations lumineuses, ou flashs, de durées similaires.» E t p o u r c o m p l i q u e r l a chose, l\u2019émission d\u2019une seule pulsation lumineuse ne suffit pas, il faut être en mesure d\u2019en émettre deux, et ces deux pulsations doivent être parfaitement synchronisées.« C\u2019est que la première pulsation lumineuse sert à déclencher la réaction chimique, précise-t-il, et la deuxième pulsation lumineuse sert à sonder la réaction chimique.» Pour réaliser ce haut fait d\u2019armes, François Légaré s\u2019est tourné vers la technologie des lasers.Il existe plusieurs sortes de lasers ayant dif férentes fonctions, allant de la chirurgie ophtalmologique à la métallurgie en passant par l\u2019épilation.Mais les principes de base demeurent les mêmes.Le principal principe physique du laser provient de la physique quantique et se nomme l\u2019émission stimulée.Lorsqu\u2019un atome absorbe un photon, il devient excité.Pour revenir à son état fondamental, il doit émettre un photon de la même longueur d\u2019onde que ce lu i absorbé .C \u2019es t l\u2019émission spontanée.L\u2019émission stimulée se produit lorsqu\u2019un atome excité reçoit un photon dont la longueur d\u2019onde aurait permis de l\u2019exciter s\u2019il avait été dans son état fondamental; ce photon peut alors déclencher une sorte de désexci- tation de l\u2019atome.L\u2019atome va alors émettre un second photon, de même longueur d\u2019onde que celui qu\u2019il a reçu, mais dans la direction et la même phase que le premier.L\u2019atome excité devient alors une sorte de photocopieuse à photons.Un laser comprend essentiellement trois principaux éléments : une source d\u2019énergie, un milieu amplificateur, c\u2019est-à- dire une cavité dans laquelle se trouvent les atomes à exciter, et un jeu optique, des miroirs, qui permet des allers-retours de la lumière dans le milieu à exciter.En résulte l\u2019émission d\u2019un rayon lumineux composé de photons qui sont de même nature et qui vont dans le même sens.Pour arriver à fabriquer un laser capable d\u2019émettre un rayon à pulsation courte, François Légaré et son équipe se sont servis d\u2019un laser de table qu\u2019ils ont ensuite transformé, d\u2019abord en adoptant un autre mode et milieu d\u2019amplification et en modifiant le jeu optique.«Cela nous a permis de mettre en place un laser qui émet des pulsations lumineuses de l\u2019ordre de la femtoseconde », précise François Légaré, la femto- seconde étant le degré qui précède l\u2019attoseconde.Few-cycle inc.Le laser développé par François Légaré a non seulement permis à ce dernier de réaliser ses expériences d\u2019imageries moléculaires, mais il a aussi fait des petits.En effet, un ancien associé de recherche, Bruno Schmidt, a fondé une entreprise, few-cycle inc., afin de commercialiser ce type de laser.«Lorsque l\u2019on va dans un laboratoire étranger, par exemple, en Allemagne, l\u2019on constate qu\u2019un fort pourcentage des instruments est d\u2019origine allemande.Par contre, dans nos laboratoires, la majorité des instruments est importée.Pourquoi ne pas commercialiser nos propres inventions ?C\u2019est ce que cherche à faire few-cycle.» La clientèle visée en est une de créneau.«Few-cycle cherche à vendre ce laser à d\u2019autres chercheurs universitaires qui pourraient mettre à profit cet instrument pour leurs propres recherches, précise-t-il.Et cela ne concerne pas que l\u2019imagerie moléculaire ; d\u2019autres disciplines, je pense notamment à celle des matériaux condensés, pourraient s\u2019en servir.» L\u2019imagerie moléculaire comme un film L\u2019homme qui voulait voir les électrons danser Un nouveau pavillon L\u2019Institut quantique de l\u2019Université de Sherbrooke possédera bientôt son propre pavillon.Pour sa construction, il a reçu en janvier dernier un financement de 13 millions octroyé par le gouvernement du Québec et le Fonds canadien de l\u2019innovation (FCI).Cette somme s\u2019ajoute aux 33,5 millions sur sept ans accordés à l\u2019Institut quantique en 2015 par le gouvernement fédéral à travers le Fonds d\u2019excellence en recherche Apogée.Alexandre Blais espère toujours une entrée d\u2019argent supplémentaire pour concrétiser le pavillon qu\u2019il a en tête.Ce dernier possédera des plateformes ouvertes, soit des laboratoires, notamment avec des installations pour effectuer des expériences à très basse température, qui seront accessibles pour plusieurs chercheurs, collaborateurs et partenaires.«En ce moment, on est dans un vieux bâtiment avec une vieille façon de faire de la recherche, souligne Michel Pioro- Ladrière.On veut démocratiser les laboratoires, les décloisonner.On veut que les théoriciens soient en contact avec les expériences et les expérimentateurs en contact avec les théoriciens.» En plus de réunir les physiciens et les ingénieurs en un seul édifice, des espaces communs seront aménagés pour qu\u2019ils se rencontrent plus souvent.«Avec ce bâtiment, on veut vraiment favoriser la collision d\u2019idées, poursuit-il.C\u2019est vraiment important pour qu\u2019émergent de nouvelles façons de faire, de nouvelles approches en technologie quantique auxquelles les gens n\u2019ont pas encore pensé.On est encore à la pointe de l\u2019iceberg.Il y a encore beaucoup de choses à découvrir.» UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE Vue de l\u2019intérieur du cylindre Gradfairs 4 Voir clair dans le rôle de l\u2019eau Percer les secrets des interactions entre l\u2019eau et les écosystèmes pour mieux conserver le territoire ?Une idée brillante.«Nous avons réussi à filmer le bris et la formation de liaisons chimiques induites par des photons.Nous avons réussi parfaitement à déterminer le mouvement et la position des atomes, mais pour ce qui est du déplacement et de la position des électrons, nos résultats sont moins précis.» JOSÉE LECOMPTE Vue d\u2019une partie du laboratoire de source femtoseconde de l\u2019INRS "]
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