Le devoir, 12 avril 2018, Cahier A
[" V O L .C I X N o 7 9 L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a La bataille des quotas.Les mesures incitatives n\u2019ont pas amélioré la parité entre les hommes et les femmes dans le milieu des arts.La chronique d\u2019Odile Tremblay.Page B 8 Avis légaux.B 4 Décès.B 6 Météo.B 2 Mots croisés.A 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.A 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m S A R A H R .C H A M P A G N E L e scénario semble presque usé, calqué jusqu\u2019à maintenant sur celui d\u2019avril 2017, il y a un an presque jour pour jour.Une attaque chimique, attribuée rapidement au régime du président syrien, Ba- char al-Assad, par ses détracteurs.Une escalade verbale s\u2019ensuit, entre alliés du régime et puissances de l\u2019autre camp.Puis, un blocage au Conseil de sécurité de l\u2019ONU, la Russie opposant son veto dans le tumulte d\u2019un dialogue de sourds, pour la 12e fois.La riposte occidentale aux attaques chimiques présumées en Syrie serait imminente, selon le président américain, Donald Trump.Une riposte qui s\u2019annonce vaine et SYRIE Une riposte promise aux effets incertains La situation actuelle ressemble à ce qui prévalait il y a un an SYRIA CIVIL DEFENCE/AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad a soulevé l\u2019ire de la communauté internationale.I S A B E L L E P O R T E R à Québec I l n\u2019aura fallu que deux petites minutes à Alexandre Bissonnette pour tuer six personnes et en blesser plusieurs autres avec une arme automatique le 29 janvier 2017, révèlent les enregistrements vidéo des caméras de surveillance présentés mercredi au palais de justice de Québec.Les six vidéos extraites des caméras de surveillance de la grande mosquée montrent à quel point le tueur a agi rapidement : il est 19 h 54 quand il apparaît pour la première fois, marchant vers la mosquée, et 19 h 56 lorsqu\u2019il en sort.On constate dès lors que le sort des victimes s\u2019est joué en quelques secondes.Ainsi, à 19 h53 et 27 secondes, on voit un homme quitter paisiblement le Centre culturel islamique (CCIQ) au terme de la prière du dimanche.C\u2019est seulement quatre secondes plus tard qu\u2019Alexandre Bissonnette entre en scène, faisant des deux prochains hommes à franchir la porte ses deux premières victimes.Frappées par un interdit de dif fusion, ces images ont été présentées par la Couronne sous haute surveillance mercredi après-midi dans le cadre des observations sur la peine.À la demande du juge François Huot, tous les membres du public qui se trouvaient alors dans la salle ont dû confier leur appareil mobile aux agents de sécurité.En matinée, le juge avait ordonné que les vidéos ne soient présentées qu\u2019en cour et ne puissent pas être diffusées par les médias, comme ce ATTENTAT DE QUÉBEC Deux minutes ont suffi au meurtrier Les images ne seront pas diffusées, a tranché le juge François Huot C A T H E R I N E L A L O N D E U n Marc Chagall contre un Jacques-Louis David et deux églises.C\u2019est la transaction artistico-patrimoniale qui se trame actuellement entre trois musées canadiens.Une situation qui ressemble à un jeu de domino ou de Monopoly, et dans laquelle le patrimoine public canadien a peut-être perdu inutilement un Chagall.Suivez le guide : le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) vend aux enchères internationales La tour Eif fel (1929) de Marc Chagall, pour 8 à 10 millions de dollars.Avec ces fonds, le musée veut acquérir le Saint Jérôme (1779) de Jacques-Louis David, peintre officiel de Napoléon, pour 6 millions.La Fabrique No- tre-Dame-de-Québec cède ce tableau pour assurer la pérennité de l\u2019église Notre-Dame-des-Vic- toires et de la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.Or, le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) sont aussi sur les rangs, intéressés par l\u2019acquisition conjointe du David, qui siérait mieux à leurs collections qu\u2019à celle d\u2019Ottawa.Le Saint Jérôme « est en dépôt au Musée de la civilisation depuis de nombreuses années », comme l\u2019explique le directeur général, Sté- phan La Roche.« On a renouvelé l\u2019entente en 2014 pour dix ans.Elle comprend une clause de premier refus : à partir du moment où il y a une offre d\u2019achat pour cette œuvre \u2014 et il y a une of fre sur la table \u2014, nous avons une période de six mois » pour au moins égaler la mise.Le décompte a été déclenché par le MBAC lui-même lorsqu\u2019il a déposé son offre en décembre dernier.« L\u2019of fre d\u2019Ottawa est conditionnelle à la vente de leur Chagall », a confirmé monseigneur Denis Bélanger, curé de la paroisse No- tre-Dame.Il reste donc deux mois au Musée de la civilisation et au MBAM pour peaufiner leur contreproposition.Quelques aspects de l\u2019initiative du musée d\u2019Ottawa étonnent : le MBAC n\u2019a jamais contacté le Musée de la civilisation, dépositaire de l\u2019œu- vre, ni le MBAM, où le Saint Jérôme fait présentement partie de l\u2019exposition Napoléon, jusqu\u2019en mai, selon les directeurs de ces deux institutions.« Généralement, on s\u2019informe mutuellement les uns et les autres entre musées», spécifie M.La Roche.Ensuite, ce Saint Jérôme est tissé beaucoup plus serré dans l\u2019histoire de Québec, du Québec, et même du Musée de la civilisation, qu\u2019à celle d\u2019Ottawa.Car, par le truchement du Musée de l\u2019Amérique francophone, repose au Musée de la civilisation l\u2019immense collection du Séminaire de Québec, dont toute la collection des sœurs Cramail.Toute?Non.«Il y a une seule œuvre qu\u2019elles n\u2019avaient pas donnée au Séminaire, et c\u2019est le Saint Jérôme», rappelle M.La Roche.En 1922, Geneviève et Henriette Un Chagall contre un David et deux églises Le MBAC vend-il trop vite La tour Eiffel, pour un tableau qui serait resté au pays ?MUSÉE DE LA CIVILISATION, COLLECTION DE LA FABRIQUE DE LA PAROISSE DE NOTRE?DAME?DE?QUÉBEC Saint Jérôme, 1779, huile sur toile de Jacques-Louis David (Paris 1748 \u2013 Bruxelles 1825).L\u2019œuvre a fait l\u2019objet d\u2019une succession de ventes et d\u2019héritages en France et aux États-Unis avant d\u2019être offerte en 1922 à la basilique Notre-Dame de Québec.Le MBAC vend un Chagall pour acquérir cette toile que deux autres musées de Montréal et de Québec convoitaient.Cannabis La SAQ a une préférence pour le «pot» québécois Page B 1 Télévision Les jeunes sont ?dèles au poste, quoi que moins nombreux Page B 8 Lire aussi \u203a Les missiles«arrivent»,prévient Donald Trump.Page B 5 VOIR PAGE A 8 : SYRIE VOIR PAGE A 8 : CHAGALL VOIR PAGE A 8 : MEUR TRIER Lire aussi \u203a Une bonne décision?Les avis divergent sur la sagesse d\u2019interdire aux médias de diffuser les vidéos de l\u2019attaque.Page A 2 L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 2 BANC PUBLIC ce soir 19 h 30 Y\u2019A DU MONDE À MESSE demain 21 h telequebec.tv K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I E n décidant mercredi d\u2019interdire la dif fusion publique des enregistrements vidéo de l\u2019attentat survenu il y a un peu plus d\u2019un an à la mosquée de Québec, le juge François Huot a tranché une délicate question qui implique à la fois le droit à l\u2019information, l\u2019intérêt public et le souci de protéger les victimes.S\u2019agit-il d\u2019un jugement raisonnable ou trop sévère ?Les avis des trois experts consultés par Le Devoir divergent.« Il importe aux yeux du tribunal d\u2019établir une distinction très nette entre curiosité malsaine et déplacée et le droit du public à l\u2019information », a écrit le juge pour expliquer son raisonnement.« L\u2019ordonnance portera peu atteinte au droit à la libre expression et à la liber té de presse», a-t-il ajouté, soutenant que « les médias pourront rapporter toute la preuve» et que «le public sera dûment informé et renseigné sur le contenu des enregistrements».Dans son argumentaire, le juge Huot a beaucoup insisté sur l \u2019 impact potentiel des images sur les victimes et leurs enfants.Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdal- lah, a accueilli la décision avec soulagement, tandis que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s\u2019est dite déçue.«On continue de croire que ce n\u2019est pas le rôle des tribunaux de décider ce que les médias devraient diffuser ou non, a affirmé au Devoir son président, Stéphane Giroux.À partir du moment où une preuve est déposée et est publique, notre position a toujours été qu\u2019elle doit être accessible à tous.» Éviter les dérives Pour l\u2019ancien directeur de l\u2019information de Radio-Canada Alain Saulnier, qui enseigne aujourd\u2019hui le journalisme à l\u2019Université de Montréal, la décision rendue par le juge François Huot est la bonne.« Le principe d\u2019obtenir le maximum d\u2019informations et de laisser les médias décider ensuite de ce qu\u2019ils diffuseront et publieront est un principe réel et important, dit-il.Par contre, je ne crois pas que [les images de l\u2019attentat] soient à ce point essentielles pour la compréhension et l\u2019évaluation de la peine du tueur.» À son avis, le fait de rendre publics les enregistrements vidéo aurait pu entraîner certaines dérives.« Le problème, c\u2019est qu\u2019on ne sait pas ce que tous les médias vont en faire.Et moi qui connais assez bien le milieu des médias, je peux vous dire que cer tains d\u2019entre eux auraient eu tendance à aller plus loin que d\u2019autres.» « Bien sûr, on dira que cela crée un dangereux précédent.Mais voilà l\u2019ef fet per vers de choisir par fois les mauvais exemples pour faire une démonstration pédagogique sur l\u2019importance de la liberté de la presse, conclut-il en montrant du doigt le consortium des médias.Les médias se sont en quelque sorte piégés eux-mêmes.» Pas le rôle des tribunaux Le professeur de droit à l\u2019Université de Montréal et spécialiste du droit des médias Pierre Trudel, qui signe également une chronique dans Le Devoir, présume que le juge a pris une décision éclairée après avoir visionné l\u2019ensemble des enregistrements, mais il s\u2019interroge sur l\u2019implication des tribunaux dans ce genre de dossier.« Est-ce que c\u2019est le rôle des tribunaux de déterminer ce que le public a besoin de voir pour comprendre ?Je n\u2019en suis pas convaincu», note-t-il.« Il y a des gens qui vont dire qu\u2019ils n\u2019ont pas besoin de voir les images pour comprendre l\u2019horreur qu\u2019ont vécue les victimes, alors que d\u2019autres peuvent estimer que c\u2019est nécessaire de montrer ça pour nous faire voir l\u2019ampleur de l\u2019horreur et de la tragédie, ré- sume-t-il.En général, dans une démocratie, on va s\u2019abstenir de déterminer ce que le public a intérêt à voir.» Selon M.Trudel, il faut laisser les médias faire ce tri, en acceptant que chacun d\u2019eux s\u2019adresse à un public particulier et peut donc avoir une vision dif férente de ce qu\u2019est l\u2019intérêt public.Pourquoi pas un compromis?Le professeur Marc-Fran- çois Bernier, qui est titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l\u2019Université d\u2019Ottawa, se demande quant à lui si le juge Huot aurait pu faire preuve d\u2019un peu plus de souplesse.« Je ne peux pas dire que je suis surpris.Je me doutais bien que ça irait dans ce sens- là, souligne-t-il.Mais je suis un peu déçu, me disant que le tribunal aurait très bien pu choisir une solution mitoyenne.» Il explique que le juge aurait par exemple pu s\u2019entendre avec les avocats représentant les médias afin que certaines photos tirées des vidéos puissent être diffusées.Selon M.Bernier, le public ne sera cependant pas moins bien informé, puisque la diffusion des enregistrements n\u2019aurait pas permis « de mieux comprendre les choses » et que les journalistes ont obtenu la permission de décrire ce qu\u2019ils ont vu dans la salle d\u2019audience.« Les médias ont peut-être perdu quelque chose, mais je ne suis pas sûr que l\u2019intérêt public soit perdant.Parce que l\u2019intérêt public et l\u2019intérêt médiatique, ce n\u2019est pas toujours convergent », glisse-t-il.Avec Isabelle Porter Le Devoir ATTENTAT DE QUÉBEC Le juge Huot a-t-il pris une bonne décision ?Les avis divergent sur la diffusion des images de l\u2019attaque MATHIEU BÉLANGER LA PRESSE CANADIENNE Alexandre Bissonnette a plaidé coupable aux douze chefs d\u2019accusation pesant sur lui, soit six de meurtre prémédité et six de tentative de meurtre avec une arme à feu à autorisation restreinte.Les médias ont peut-être perdu quelque chose, mais je ne suis pas sûr que l\u2019intérêt public soit perdant Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l\u2019Université d\u2019Ottawa « » Parité hommes-femmes en politique : les élus disent non à une loi et aux quotas Québec \u2014 La parité hommes-femmes en politique québécoise n\u2019est pas pour demain, selon les informations recueillies par La Presse canadienne mercredi.Les élus de l\u2019Assemblée nationale qui étudient cette question depuis plus de deux ans en sont venus à la conclusion suivante : pas besoin de loi imposant au moins 40% de candidatures féminines et pas question non plus de recommander aux partis politiques d\u2019atteindre des quotas de candidates.Après deux années de discussions, de débats parfois houleux en séances de travail, après avoir épluché 500 réponses reçues à un questionnaire en ligne et entendu de nombreux témoignages lors d\u2019une consultation, la Commission des relations avec les citoyens (CRC) a choisi de privilégier le statu quo dans son rapport, préférant s\u2019en remettre au bon vouloir de chacun pour espérer accroître le nombre de femmes en politique active.Très attendu dans les milieux féministes et les partis politiques, le rapport préliminaire, en cours de rédaction, est prévu en mai et le rapport final, en juin.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 ACTUALITES A 3 I l est toujours un peu gênant d\u2019entendre glorifier un défunt qu\u2019on s\u2019était employé à noircir de son vivant, comme c\u2019est régulièrement le cas en politique.Encore mardi, lors d\u2019un échange à l\u2019Assemblée nationale sur le port de signes religieux, le premier ministre Philippe Couillard s\u2019est réclamé de René Lévesque, alors que les libéraux avaient comparé la Charte de la langue française aux lois nazies lors de son adoption.À l\u2019inverse, les péquistes opposent régulièrement la mollesse de M.Couillard face à Ottawa à la prétendue fermeté de Robert Bourassa, dont ils ne cessaient de dénoncer l\u2019aplaven- trisme quand il était premier ministre.Mercredi, le dévoilement par Le Journal de Montréal du « testament » de l\u2019ancien ministre de l\u2019Économie Jacques Daoust a eu pour effet de faire découvrir aux uns et aux autres les mérites d\u2019un homme qu\u2019on n\u2019avait pas hésité à traîner dans la boue.« Ce que j\u2019apprends, moi, ce matin, dans le testament, c\u2019est qu\u2019il était opposé à la vente des actions d\u2019Investissement Québec dans Rona», a déclaré Jean-François Lisée.Le chef du PQ vient de l\u2019apprendre ?Où diable était-il, à l \u2019été 2016, quand M.Daoust s\u2019époumonait à clamer son innocence ?« Jacques Daoust peut bien répéter à qui veut l\u2019entendre qu\u2019il n\u2019a jamais autorisé cette transaction, mais nous ne sommes pas dupes [\u2026] Jacques Daoust a outrageusement et délibérément menti aux parlementaires », avait déclaré son vis-à-vis péquiste, Alain Therrien.François Legault s\u2019est dit « attristé » par le testament de M.Daoust et « choqué » par la réaction du premier ministre Couillard, mais la CAQ faisait aussi partie de ses détracteurs en 2016.«M.Daoust a menti aux journalistes, aux parlementaires et aux Québécois, il doit démissionner », avait lancé François Bonnardel.?M.Couillard accuse aujourd\u2019hui les partis d\u2019opposition d\u2019avoir sali la réputation de M.Daoust, mais il avait lui-même laissé entendre que son ministre ne lui avait pas dit la vérité, justifiant ainsi son renvoi.Dans son testament, l\u2019ancien ministre estime clairement avoir été victime des manigances du bureau du premier ministre, plus précisément de son chef de cabinet, qui a voulu lui faire porter le chapeau pour une décision qu\u2019il réprouvait.S\u2019il avait accepté de mentir pour couvrir le méfait de son patron, il aurait conser vé son poste, croit-il.M.Daoust avait sans doute ses défauts, mais il n\u2019était pas tombé de la dernière pluie.Il était peut-être un novice en politique, mais il était un vétéran de l\u2019administration publique et connaissait parfaitement la ligne d\u2019autorité au sein du gouvernement.Si son propre chef de cabinet, Pierre Ouellet, s\u2019est senti autorisé à donner le «OK» à Investissement Québec pour la vente de Rona, alors que lui-même s\u2019y opposait, c\u2019est qu\u2019il avait consulté son véritable patron, c\u2019est-à-dire le chef de cabinet du premier ministre, Jean-Louis Dufresne.Encore aujourd\u2019hui, M.Couillard soutient que personne à son bureau n\u2019était au courant de cette transaction, mais cela est tout simplement inconcevable.Après la démission de M.Daoust, les libéraux se sont opposés à ce qu\u2019il comparaisse devant la commission parlementaire convoquée pour tirer l\u2019affaire au clair, tout comme ils ont refusé d\u2019entendre Jean-Louis Dufresne, l\u2019ancien patron de Rona, Robert Dutton, et l\u2019ancien ministre des Finances, Raymond Bachand.De toute évidence, on trouvait que le chapeau faisait très bien à l\u2019ancien ministre.La vente d\u2019une entreprise aussi structurante n\u2019en demeure pas moins une tache gênante sur le bilan économique du gouvernement.?En 2014, M.Couillard avait été très heureux de recruter un ancien président d\u2019Investissement Québec pour compléter son trio économique, aux côtés de Carlos Leitão et de Martin Coiteux, mais la cote de M.Daoust avait rapidement baissé au bureau du premier ministre, où on jugeait que ce «banquier » ne faisait pas très moderne à l\u2019heure de la nouvelle économie.Un de ses fils a déclaré que «certains aimaient moins» son père et qu\u2019ils ont fait en sorte d\u2019avoir sa tête.C\u2019est manifestement ce que pensait M.Daoust, qui attribuait sa disgrâce à son « indépendance intellectuelle et financière».Il est vrai que, derrière une solidarité de façade, il ne se gênait pas pour dire ce qu\u2019il pensait de son gouvernement.En privé, il était très critique de ses politiques d\u2019austérité, qualifiant volontiers d\u2019« idéologue » son collègue du Conseil du trésor.Après sa mutation aux Transports, sa position dans le dossier Uber a également déplu.Au conseil général de mai 2016, la Commission jeunesse avait présenté la multinationale de San Francisco comme la huitième mer veille du monde.M.Daoust voyait plutôt une entreprise délinquante qui se croyait au-dessus des lois.Une faction du PLQ projetait de contester son investiture dans Verdun à la prochaine élection.M.Couillard a réglé le problème autrement.mdavid@ledevoir.com La vérité posthume MICHEL DAVID Q uébec \u2014 Un document rédigé par l\u2019ex-mi- nistre de l\u2019Économie Jacques Daoust, décédé en 2017, indique qu\u2019il n\u2019avait jamais approuvé la vente de RONA et s\u2019était toujours refusé à mentir dans ce dossier, malgré les pressions politiques.Le document obtenu par des médias de Qué- becor indique que M.Daoust était furieux parce qu\u2019on lui avait demandé en haut lieu de dire publiquement qu\u2019il était d\u2019accord avec cette vente d\u2019actions à des intérêts américains par Investissement Québec, alors qu\u2019il ne l\u2019était pas.Il a écrit s\u2019être senti sous forte pression, par la suite, pour qu\u2019il assume cette mauvaise décision, selon ses dires, une décision prise dans son dos.Jacques Daoust a écrit s\u2019être fait piéger par un jeu de coulisses entre son directeur de cabinet, Pierre Ouellet, et l\u2019ancien directeur de cabinet du premier ministre Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne.Le premier ministre a cependant nié mercredi cette version des faits.« C\u2019est clairement établi, parce que tout ça a été vérifié, que personne à mon cabinet, ni bien sûr moi, n\u2019était au courant de cette transaction», a-t-il déclaré en Chambre, alors qu\u2019il était pressé de questions par les chefs des partis d\u2019opposition.Sébastien Daoust, l\u2019un des fils de l\u2019ancien ministre, a confirmé mercredi à la station radiophonique 98,5 FM de Montréal, que certains des passages du document publié par Québe- cor allaient bel et bien dans le sens de ce que son père lui avait communiqué.Il a ajouté qu\u2019il parlait de politique chaque jour avec son père, mais que l\u2019ex-ministre n\u2019aimait pas revenir sur le dossier de la vente de RONA.Les partis d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale ont réagi en disant que le premier ministre Couillard devait assumer sa part de responsabilités dans cette transaction controversée.Le chef de l\u2019opposition officielle, Jean-François Lisée, a qualifié le premier ministre «d\u2019anti-nationaliste économique ».Selon lui, aux yeux de M.Couillard, « l\u2019économie québécoise est à vendre.Et il y a moins de sièges sociaux au Québec maintenant que lorsqu\u2019il est arrivé au pouvoir.» M.Lisée retient de la lettre de M.Daoust que M.Couillard se « fichait » de maintenir une forme de contrôle québécois dans RONA.« M.Daoust, lui, pensait que c\u2019était impor tant pour le Québec, qu\u2019on le garde, et, au fond, le cœur de la question, c\u2019est celui-là», selon M.Lisée.Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dit lui aussi que le premier ministre devait prendre le blâme pour la vente des actions de RONA.« Qu\u2019il assume ! Qu\u2019il assume ! » a scandé le chef caquiste en point de presse.Il reproche au premier ministre de nier l\u2019implication de son cabinet dans la décision.Ce faisant, M.Couillard fait preuve de « condescendance », selon lui.M.Legault avait une question à poser au premier ministre : « Qui, à son bureau, a approuvé la vente des actions de RONA ?» Le premier ministre Couillard est resté de marbre, relançant la balle à ses adversaires qui « ont traîné dans la boue pendant des mois » l\u2019ex-ministre Daoust, lors de l\u2019annonce de cette transaction.Les ministres étaient quant à eux avares de commentaires.Le ministre Robert Poëti a reproché aux journalistes de lui demander sa réaction face à la publication du document, faisant valoir qu\u2019il ne commenterait pas les propos d\u2019une personne décédée qui a connu des difficultés à la fin de sa carrière politique.En mars 2016, les actionnaires de RONA ont approuvé, dans une large majorité, la vente du quincaillier québécois à la chaîne américaine de rénovation Lowe\u2019s, dans le cadre d\u2019une transaction amicale de 3,2 milliards de dollars annoncée deux mois plus tôt.La même année, la vérificatrice générale avait conclu que la vente des actions de RONA avait été autorisée par le gouvernement.Elle précisait que les membres du conseil d\u2019administration d\u2019Investissement Québec considéraient ne pas avoir la latitude nécessaire pour autoriser la vente des actions de RONA sans avoir d\u2019abord obtenu l\u2019accord du gouvernement.Présenté comme une des vedettes économiques de la dernière élection générale, Jacques Daoust avait été élu député de Verdun en avril 2014.Le banquier de carrière avait précédemment été président et chef de la direction d\u2019Investissement Québec de 2006 à 2013.Il est mort en août dernier à l\u2019âge de 69 ans.La Presse canadienne VENTE DE RONA Qui dit vrai ?Le « testament » de Jacques Daoust contredit la version de Philippe Couillard JACQUES NADEAU LE DEVOIR À sa toute première conférence de presse après s\u2019être joint à Québec solidaire, l\u2019ex-chroniqueur Vincent Marissal avait nié avoir «magasiné» auprès d\u2019autres partis politiques, notamment le Parti libéral du Canada.Jacques Daoust M A R I E - M I C H È L E S I O U I Correspondante parlementaire à Québec «Qu\u2019on passe à autre chose.» Voilà ce qu\u2019a suggéré le candidat solidaire Vincent Marissal mercredi soir, quelques instants après qu\u2019il eut reconnu avoir menti au sujet des discussions qu\u2019il a eues avec le Parti libéral du Canada (PLC).« Sur le coup, oui, je n\u2019ai pas dit la vérité.Ne pas dire la vérité, c\u2019est mentir.J\u2019en fais mon mea culpa », a-t-il déclaré aux journalistes, en marge d\u2019un rassemblement de Québec solidaire à l\u2019Impérial de Québec.La «surprise » et l\u2019inexpérience politique l\u2019ont poussé à masquer la vérité, a-t-il admis.« Je demande, maintenant, qu\u2019on passe à autre chose », a-t-il plaidé.« Je comprends la joute, je comprends que vous posiez ces questions-là, mais ça fait presque deux semaines que je suis en politique et je n\u2019ai pas débattu une seule fois d\u2019un enjeu de fond», a-t-il déploré.Lors de l\u2019annonce de sa candidature, le 3 avril, Vincent Marissal avait nié avoir discuté d\u2019une éventuelle candidature avec le PLC.«Non, il n\u2019y a pas eu d\u2019offre de services», avait- il affirmé quand des journalistes l\u2019avaient questionné sur les discussions sérieuses qu\u2019il aurait entretenues avec les libéraux de Justin Trudeau.« Je connais beaucoup de monde au Parti libéral, de fait je connais beaucoup de monde dans tous les partis », avait-il poursuivi.« Sachez qu\u2019au cours des 15 dernières années, tous les partis fédéraux, provinciaux et même municipaux, sauf le Parti conservateur \u2014 qui visiblement avait compris quelque chose \u2014, tous ces partis-là, au cours des 15 dernières années, m\u2019ont approché d\u2019une façon ou d\u2019une autre », avait-il déclaré.Dans une entrevue subséquente, il s\u2019est défendu d\u2019avoir «magasiné » avant de faire le saut avec Québec solidaire.Des « faux-fuyants» Sauf que son discours a ensuite évolué, pour faire place à l\u2019aveu de « contacts » avec le bureau du premier ministre Justin Trudeau, puis à la reconnaissance qu\u2019une circonscription \u2014 Outremont \u2014 avait été envisagée afin qu\u2019il y présente sa candidature.Mercredi soir, avant de plonger dans un bain de foule avec quelque 800 militants solidaires, le candidat Marissal a bouclé la boucle.« Je comprends que mon début n\u2019a pas été très bon, je le reconnais », a-t-il déclaré.« Mes mots étaient mal choisis, c\u2019était des faux-fuyants et je suis ici notamment pour rencontrer les gens de Québec solidaire, pour leur parler et leur faire sentir que je suis totalement avec eux.» Pressé de questions, l\u2019air circonspect, il a aussi reconnu avoir été approché par le Nouveau parti démocratique il y a quelques années.« On a pris une bière, j\u2019aimais beaucoup Jack Layton, mais ce n\u2019est pas allé plus loin que ça», a-t-il dit au sujet du défunt chef néodémocrate, qui avait fait le chemin jusqu\u2019à Montréal pour le rencontrer.Devant les militants réunis à Québec, le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a dénoncé les « attaques incessantes » visant Vincent Marissal.«C\u2019est normal, quand on veut se lancer en politique, de se poser des questions», a-t-il aussi déclaré aux journalistes.« Ce qui nous définit, c\u2019est la décision qu\u2019on prend.» Dans la valse-hésitation de l\u2019ex-chroniqueur de La Presse, mais surtout dans sa décision de grossir les rangs solidaires, le jeune élu a dit déceler une des forces du parti qu\u2019il représente à l\u2019Assemblée nationale.« Moi, je suis très fier d\u2019être dans un parti politique où on ne rallie pas seulement des indépendantistes purs et durs, mais aussi des gens qui se posent des questions, et qui doutent, et qui hésitent », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois.Le Devoir QUÉBEC SOLIDAIRE Vincent Marissal avoue avoir menti Le candidat souhaite tourner la page sur ses premiers pas en politique C Y R I L J U L I E N à San Francisco J U L I E C H A R P E N T R A T à Washington P endant dix heures d\u2019auditions mardi et mercredi, Mark Zuckerberg a défendu vigoureusement Facebook et a refusé de remettre en cause le modèle économique du réseau social, renvoyant ainsi la balle aux parlementaires qui souhaiteraient imposer une forme de régulation du secteur, que lui- même juge « inévitable ».Costume et cravate sombres, les yeux rougis par la fatigue, le p.-d.g.de Facebook est passé mercredi sur le gril d\u2019une commission parlementaire à la Chambre des représentants, qui l\u2019ont assailli de questions.Il a tenté, comme la veille au Sénat, de déminer le terrain après des semaines de critiques virulentes.Au menu essentiellement : la lutte contre la manipulation politique et la protection des données personnelles des utilisateurs après le retentissant scandale Cambridge Analy- tica, du nom de la firme britannique qui a mis la main sur les données personnelles de dizaines de millions d\u2019utilisateurs à leur insu.Comme il l\u2019avait déjà fait à plusieurs reprises, Mark Zuckerberg, prudent, a fait amende honorable pour les «erreurs» passées, et a écouté sans broncher les remontrances des parlementaires lui demandant des comptes et menaçant de réguler Internet et les réseaux sociaux.Il ne s\u2019est pas montré hostile sur le principe, tout en prenant soin d\u2019élargir la problématique au-delà de Facebook.« L\u2019impor tance d\u2019Internet grandit dans le monde et je pense inévitable une certaine forme de régulation», a-t-il dit, tout en af firmant que celle-ci devait être « étudiée attentivement » pour ne pas entraver les petites sociétés.Il s\u2019est aussi montré fataliste, prévenant que « même 20000 personnes » ne peuvent pas regarder tous les contenus sur le réseau pour les filtrer.C\u2019est pour lui une façon de signifier que Facebook fait des ef forts, mais que la balle est désormais dans le camp des législateurs.À la défense du modèle Le représentant Frank Pal- lone, entre autres, a appelé le Congrès à « prendre des mesures immédiates pour protéger notre démocratie ».« Les aver tissements étaient partout.Pourquoi personne ne les a vus?» a-t-il demandé.« Ces auditions sont une étape importante pour l\u2019avenir des réseaux sociaux.C\u2019est une première étape vers l\u2019écriture d\u2019une réglementation indispensable », estime Jennifer Grygiel, spécialiste du sujet à l\u2019Université de Syracuse.Mais pour l\u2019association de consommateurs Consumer Watchdog, l\u2019exercice n\u2019était guère motivé que par un problème de « relations publiques».Pendant les deux auditions, Mark Zuckerberg a expliqué inlassablement comment fonctionnait le réseau social et a affirmé que Facebook « ne vend pas de données » aux annonceurs publicitaires.Il a aussi défendu bec et ongles le modèle économique de son réseau social, qu\u2019il juge «sûr» et qui ne constitue en rien un « monopole » selon lui, malgré ses plus de deux milliards d\u2019utilisateurs.L\u2019échange entre les parlementaires et le jeune dirigeant a par fois tourné au dialogue de sourds, tant certains élus, en particulier au Sénat mardi, semblaient mal maîtriser les enjeux technologiques et économiques du débat.« Personne ne pourra réglementer ef ficacement Facebook tant que les législateurs n\u2019auront pas une connaissance juste de comment il fonctionne », a commenté Danna Young, enseignante en communication à l\u2019Université du Delaware.Quant à M.Zuckerberg, « il est atteint à la fois des syndromes Frankenstein et Peter Pan.Il est dépassé par sa création et fait dans le même temps preuve d\u2019une naïveté, vraie ou fausse, qui [nous por te à nous inter roger] », résume Olivier Er tzscheid, chercheur en sciences de l\u2019information à l\u2019Université de Nantes.Agence France-Presse L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 4 Luc Ferrandez à la défense du Grand Prix de F1 Montréal a approuvé mercredi matin l\u2019octroi du contrat de 60 millions au Groupe Geyser inc.pour la réfection des paddocks de Formule 1 au circuit Gilles-Villeneuve.La facture est élevée, mais elle est justifiée, estime le responsable des grands parcs de l\u2019administration Plante, Luc Ferrandez, qui a qualifié l\u2019événement de «grande fête populaire» à Montréal.L\u2019élu a fait valoir que le Grand Prix de F1 avait un impact positif important pour la métropole et que près de la moitié des spectateurs qui venaient assister à la course chaque année provenaient de la région montréalaise.Le Devoir Elsie Lefebvre à la barre de La Ruche Montréal Elsie Lefebvre a été nommée directrice de La Ruche Montréal, une plateforme de financement participatif.Des rumeurs couraient sur la possibilité que l\u2019ex- députée péquiste et ancienne conseillère municipale fasse un retour en politique.Mais celle-ci a plutôt choisi de mettre son expérience au profit de La Ruche, un organisme sans but lucratif qui, depuis son lancement en 2013, a permis d\u2019amasser 2,4 millions pour le développement de nouveaux projets au Québec.Mme Lefebvre a été conseillère de Villeray de 2009 à 2017.Le Devoir Une septième accusation contre Bruce McArthur Toronto \u2014 Une septième accusation de meurtre prémédité a été déposée, mercredi, contre le présumé tueur en série du village gai de Toronto.Bruce McArthur a comparu par visioconférence mercredi matin.La Couronne a alors déposé une nouvelle accusation de meurtre au premier degré, liée à la mort d\u2019Abdulbasir Faizi.Selon des documents judiciaires, la police croit que l\u2019accusé a tué M.Faizi autour du 29 décembre 2010, à Toronto.Le paysagiste de 66 ans était déjà accusé du meurtre prémédité de six hommes ayant des liens avec la communauté LGBTQ de Toronto.La Presse canadienne VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Action collective contre le bruit des avions Une action collective visant les nuisances sonores est autorisée.Le groupe Les pollués de Montréal-Trudeau (LPDMT) a annoncé mercredi que la Cour supérieure du Québec l\u2019a autorisé à exercer ce recours judiciaire contre Aéroports de Montréal, NAV-Canada et le ministère fédéral des Transports.Il réclame une atténuation du bruit généré par les avions au-dessus des quartiers montréalais, ainsi qu\u2019une « juste indemnisation».Les normes en matière de bruit aéronautique ne sont pour l\u2019instant pas rendues publiques, reproche également le collectif de citoyens, une question sur laquelle a décidé de se pencher la juge Chantal Tremblay.P A U L I N E G R A V E L L undi prochain, le 16 avril, la NASA lancera TESS, un petit télescope spatial qui amorcera une chasse aux exopla- nètes qui sont présentes près de nous.Il sera ainsi plus facile de les étudier et de savoir si elles hébergent la vie.C\u2019est la fusée Falcon-9 de la société SpaceX qui propulsera dans l\u2019espace le Transiting Exo- planet Survey Satellite (TESS ou Satellite de relevé d\u2019exoplanètes en transit).Équipé de quatre caméras, le TESS ratissera toute la voûte céleste à la recherche d\u2019exoplanètes, c\u2019est-à-dire de planètes gravitant autour d\u2019une autre étoile que notre soleil.Hier, lors la première rencontre annuelle de l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) à l\u2019Université de Montréal, TESS était sur toutes les lèvres.Et on comprend pourquoi.TESS permettra de détecter et de localiser des exoplanètes très près de notre soleil, soit à aussi peu que 20 à 30 années-lumière de la Terre.Les milliers d\u2019exoplanètes connues à ce jour et qui pour la plupart ont été découvertes par le télescope Kepler sont situées à des distances atteignant 400 années-lumière, explique René Doyon, directeur de l\u2019iREx.Or, «comme les planètes détectées par TESS seront plus près de nous, cela permettra de déterminer la composition de leur atmosphère à l\u2019aide du télescope James Webb et d\u2019y rechercher des biosignatures», dit-il.Contrairement au télescope Kepler, qui a posé son regard pendant quatre ans en continu sur une seule et même petite portion du ciel, TESS observera l\u2019ensemble du ciel, bande par bande, consacrant 27 jours d\u2019observation à chaque bande de ciel, et ainsi de suite, pendant deux ans.Plusieurs centaines de planètes À l\u2019instar du télescope Kepler, TESS repérera les exopla- nètes par la méthode des transits, laquelle permet de détecter les planètes par l\u2019obscurcissement qu\u2019elles engendrent sur leur étoile lorsqu\u2019elles passent devant elle.«En passant devant l\u2019étoile autour de laquelle elle gravite, l\u2019exoplanète obstrue une petite surface de l\u2019étoile.Comme nous connaissons assez bien le rayon des étoiles, la surface obstruée nous renseignera sur la taille de la planète.Puis, avec les données que nous obtiendrons ensuite à l\u2019aide d\u2019autres instruments, comme SPIRou qui amorcera ses mesures sous peu, nous pourrons connaître la masse de cette exoplanète, ce qui nous permettra de déterminer la densité de la planète et ainsi de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019une planète rocheuse ou gazeuse», explique ce professeur de l\u2019Université de Montréal.En mesurant le temps écoulé entre deux obscurcissements de l\u2019étoile, les chercheurs pourront déterminer le temps mis par la planète pour accomplir une révolution complète autour de celle-ci.«Puis, en connaissant la distance à laquelle se trouve la planète et la luminosité de son étoile, il sera possible de savoir si la planète en question se trouve dans la zone habitable, c\u2019est-à-dire une zone ni trop chaude ni trop froide qui se situe à une distance suffisante de l\u2019étoile pour permettre l\u2019existence de l\u2019eau sous forme liquide à la surface de la planète, explique le chercheur.«TESS devrait détecter plusieurs centaines de petites planètes ayant une taille intermédiaire entre celle de la Terre et celle de Neptune, dont une bonne douzaine dans la zone habitable, qui sont celles qui nous intéressent le plus «Ces superterres et mininep- tunes sont les plus nombreuses et, curieusement, elles n\u2019existent pas dans notre système solaire», prédit M.Doyon.Le Devoir ASTRONOMIE Un satellite à la chasse aux exoplanètes RÉSEAUX SOCIAUX Zuckerberg au Congrès : des excuses, des promesses, mais pas de révolution Les avertissements étaient partout.Pourquoi personne ne les a vus ?Frank Pallone, représentant démocrate du New Jersey « » L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 5 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Quelques centaines d\u2019étudiants ont manifesté mercredi après-midi pour fustiger la direction de McGill en la sommant de reconnaître le problème de harcèlement sexuel sur le campus.L I S A - M A R I E G E R V A I S D es centaines d\u2019étudiants se sont rassemblés sur le campus de l\u2019Université McGill mercredi pour critiquer les ratés de cet établissement et ceux de l\u2019Université Concordia dans la gestion de plaintes pour violence sexuelle.Manifestant haut et fort leur exaspération, les étudiants ont particulièrement fustigé la direction de McGill, la sommant de reconnaître le problème, d\u2019élaborer une vraie politique et de tenir une enquête indépendante sur les allégations d\u2019agressions sexuelles visant des professeurs de la Faculté des arts.Dans un ultimatum, ils ont demandé aux dirigeants de l\u2019université de s\u2019exécuter d\u2019ici lundi, sans quoi ils s\u2019adresseront directement à la ministre de l\u2019Enseignement supérieur, Hélène David.«Si vous ne reconnaissez pas d\u2019ici lundi qu\u2019il y a un problème avec les politiques, les procédures [de dépôt de plainte] et le climat sur le campus, et que vous ne vous engagez pas à lancer une enquête externe sur le bureau de la doyenne [de la Faculté] des arts, nous vous dénoncerons au cabinet de la ministre David pour avoir contrevenu au projet de loi 151.Et nous [lui] demanderons d\u2019inter venir ! » a crié à une foule exaltée Connor Spencer, de l\u2019Association étudiante de l\u2019Université McGill.Au cours de ce rassemblement, plusieurs femmes issues de groupes représentant les minorités visibles (noires, autochtones, etc.) sont venues spontanément prendre la parole pour déplorer l\u2019attitude de certains de leurs professeurs masculins et «blancs».Étudiante de 3e année en économie, Chidera a raconté son malaise face à un professeur connu de la communauté étudiante et soupçonné de harcèlement sexuel.«Son bureau a été déménagé hors du campus, ce qui est censé être techniquement \u201cOK\u201d, a-t-elle expliqué.Sauf que j\u2019ai dû y aller et je me suis sentie vraiment mal à l\u2019aise quand il a fermé la porte derrière moi.Ça a af fecté mes notes dans son cours.» Après l\u2019intervention de la jeune femme devant la foule, quelqu\u2019un a demandé à chacun de lever la main s\u2019il croyait savoir de qui il s\u2019agissait.Plus d\u2019une centaine de mains se sont levées.Processus de plainte Une lettre ouverte rendue publique la semaine dernière a reçu jusqu\u2019à ce jour l\u2019appui de 2000 personnes et de 85 groupes étudiants.On y critique la mauvaise gestion des plaintes pour harcèlement sexuel déposées à l\u2019endroit de membres du corps professoral de cinq départements, soit histoire, philosophie, science politique, psychologie et études islamiques.Ces professeurs continuent d\u2019enseigner, a rappelé Connor Spencer.« Quand je suis entrée à McGill, en première année, on m\u2019a donné une liste de professeurs desquels je devais me tenir loin\u2026 pour ma sécurité.» Selon elle, la direction de McGill sait très bien de qui il s\u2019agit mais ne fait rien.« On nous dit qu\u2019il n\u2019y a pas assez de preuves pour démarrer une enquête », a dit Mme Spencer.Réponse de l\u2019université Pour l\u2019année 2016-2017, l\u2019université a reçu quatre plaintes pour harcèlement sexuel \u2014 en baisse de moitié par rapport à l\u2019année précédente \u2014 et deux d\u2019entre elles ont fait l\u2019objet d\u2019une enquête.McGill dit qu\u2019aucune plainte n\u2019a été dirigée vers un professeur «dans le cadre de la politique sur le harcèlement», mais il se peut que des étudiantes se soient adressées directement à un doyen de faculté.Plusieurs étudiants disent par ailleurs ne pas avoir confiance en ce processus et craignent les répercussions sur leur carrière post-académique.Dans un courriel envoyé à sa communauté, la direction de l\u2019Université McGill a dit reconnaître qu\u2019il peut être « extrêmement dif ficile » de dénoncer la violence sexuelle ou de soumettre une plainte officielle.Elle a toutefois rappelé que, dans la dernière année, el le a fait beaucoup pour « améliorer les réactions » à de telles situations sur les campus, notamment à travers son Comité de mise en œuvre de la Politique contre la violence sexuelle et le Groupe d\u2019étude sur la violence sexuelle sur les campus qui devront soumettre un rappor t d\u2019ici l\u2019automne 2018.Quant à l\u2019Université Concor- dia, elle a consenti, au début du mois de janvier, à lancer une enquête à propos d\u2019allégations d\u2019inconduites sexuelles visant plusieurs de ses professeurs, et un examen du climat dans tous les secteurs de l\u2019établissement.Le Devoir VIOLENCES SEXUELLES Des étudiants exaspérés devant l\u2019inaction des universités McGill et Concordia H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa U ne fois de plus, la Cour suprême est appelée en renfort pour trancher un litige politique.Le chef du Nouveau Par ti démocratique fédéral, Jag- meet Singh, propose en effet qu\u2019Ottawa soumette au plus haut tribunal du pays un renvoi pour demander qui, du gouvernement fédéral ou d\u2019une province, a le der nier mot lorsqu\u2019il s\u2019agit de construire un oléoduc interprovincial.Il espère ainsi apaiser les tensions à propos du projet Trans Mountain de Kinder Morgan.« Nous demandons au gouvernement fédéral de se faire partenaire de la Colombie-Britannique et de soumettre un scénario de référence conjoint à la Cour suprême afin que les Canadiens puissent voir que les politiciens sont capables de travailler ensemble dans l\u2019intérêt national », a lancé M.Singh au cours d\u2019un point de presse.Un renvoi prend la forme d\u2019une ou de plusieurs questions posées par un gouvernement aux juges.M.Singh propose que la question soit rédigée conjointement par Ottawa et Victoria.I l suggère aussi que l\u2019Alberta et les Premières Nations soient consultées sur la formulation de la question.Ottawa ferme la porte Mais Ottawa n\u2019est pas ouvert à cette proposition.« Nous n\u2019avons pas besoin de renvoyer quoi que ce soit à la Cour suprême alors que nous savons déjà que c\u2019est de compétence fédérale», a indiqué le ministre des Finances, Bill Morneau, au terme d\u2019une rencontre avec la première ministre albertaine, Rachel Notley.« Ce n\u2019est pas une façon de procéder qui nous apparaît sensée.» Au bureau de Mme Notley, on se limite à dire qu\u2019on «veut plus de clar té et des délais plus courts, pas plus de confusion et des délais plus longs».Le bureau du premier ministre britannocolombien John Horgan n'a pas voulu commenter directement la proposition de M.Singh.Mais il a rappelé avoir déjà fait une proposition semblable et qu\u2019elle avait été rejetée par Ottawa.Le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé en 2016 le projet Trans Mountain.Ce projet de 7,4 milliards consiste à dédoubler un oléoduc existant afin d\u2019en tripler le débit.Le second tuyau sera construit à même l\u2019emprise de celui déjà en place sur 73 % du tracé.Le trafic pétrolier au large de Vancouver, de cinq bateaux par mois à l\u2019heure actuelle, pourrait augmenter à 34.Accélérer le processus En vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, le transport interprovincial relève de l\u2019autorité du gouvernement fédéral.Les provinces, elles, ont compétence en matière d\u2019environnement.Le gouvernement néodémo- crate de la Colombie-Britannique, opposé au projet, invoque ses prérogatives environnementales pour retarder la réalisation du Trans Mountain.Le premier ministre Hor- gan a promis de soumettre un renvoi de son propre cru pour savoir qui, d\u2019un point de vue constitutionnel, devrait avoir le dernier mot.Une province ne peut que déposer un renvoi à ses tribunaux, renvoi pouvant ensuite faire l\u2019objet d\u2019un appel à la Cour suprême du Canada.C\u2019est pour sauter l\u2019étape provinciale que M.Singh demande à Ottawa d\u2019intervenir.« Cela accélérera le processus », a indiqué M.Singh.Même si le processus sera plus rapide, il ne le sera pas assez au goût de Kinder Morgan.L\u2019entreprise a annoncé dimanche qu\u2019elle n\u2019irait pas de l\u2019avant avec le projet à moins d\u2019obtenir des garanties d\u2019ici le 31 mai.Or le délai moyen pour trancher une cause à la Cour suprême a été de 12 mois en 2017.Sans compter que rédiger des questions prend du temps : le gouvernement de M.Horgan, qui a promis un renvoi en février, n\u2019a toujours pas rédigé les siennes.Le NPD divisé Inter rogé à de multiples reprises à ce sujet, M.Singh a refusé de dire s\u2019il espérait, avec sa proposition, tuer le projet de manière indirecte en le retardant.M.Singh s\u2019oppose au pipeline Trans Mountain.Ce projet divise la famille néodémocrate, qui dirige à la fois l\u2019Alberta, favorable au projet, et la Colom- bie-Britannique, qui s\u2019y oppose.M.Singh n\u2019a pas parlé à Rachel Notley avant sa sortie.Le Devoir OTTAWA Trans Mountain : Singh appelle la Cour suprême à la rescousse M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec L\u2019 Assemblée nationale a appelé mercredi Ottawa à mettre sur pied «dans les plus brefs délais » une commission d\u2019enquête publique sur les circonstances de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic dans laquelle 47 personnes ont péri, le 6 juillet 2013.Les municipalités de Lac- Mégantic, de Nantes et de Frontenac mettaient quant à elles la dernière touche à une nouvelle proposition de voie de contournement afin de la soumettre jeudi aux gouvernements canadien et québécois.Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a réitéré mercredi sa promesse de dévoiler « les détails » du projet de voie de contournement d\u2019ici le 5e anniversaire de la catastrophe.Il n\u2019a toutefois pas commenté l\u2019appel lancé par l\u2019Assemblée nationale.Les élus québécois ont adopté à l\u2019unanimité mercredi une motion en ce sens.«C\u2019était le temps», a fait valoir l\u2019instigateur de la motion, Nicolas Marceau, quelques jours après la fin des procédures criminelles intentées contre la compagnie ferroviaire Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA) dans la foulée des événements du 6 juillet 2013.«Il n\u2019y a pas de coupables.On ne connaît pas toutes les raisons du déraillement.On ne peut pas sortir d\u2019une tragédie de cette ampleur-là avec absolument rien», a poursuivi l\u2019élu péquiste.La situation commande, selon lui, un «véritable examen» de « tout ce qui s\u2019est passé » ainsi que de la législation et de la réglementation encadrant les activités ferroviaires au pays «Le droit de savoir» Le député de Mégantic, Ghislain Bolduc, a appuyé la motion malgré quelques réticences.«J\u2019ai été plus difficile à convaincre qu\u2019eux [les autres députés libéraux]», a-t-il confié dans un entretien avec Le Devoir.« Les gens de Mégantic ont bien souffert.Chaque fois qu\u2019on joue dans ce film-là, ça [touche] toujours à l\u2019âme et au cœur des gens qui ont perdu des amis, qui ont perdu des membres de leur famille», a-t-il souligné.L\u2019élu libéral plaide aujourd\u2019hui pour « le droit de savoir et de comprendre» de la population de Lac-Mégantic.«Moi, personnellement, et le gouvernement, nous n\u2019avons rien à cacher.Et si une enquête pouvait amener des éclaircissements, des nouvelles informations à la population de Lac-Mé- gantic qui a été durement touchée, tant mieux.On est pour la transparence», convient-il à moins de trois mois du 5e anniversaire de la tragédie.Selon M.Bolduc, une commission d\u2019enquête publique serait l\u2019occasion de revoir la «gestion [au sens] large des réseaux ferroviaires au Canada» \u2014 les « façons de faire », les « standards», etc.\u2014 et non uniquement les défaillances humaines et techniques relevées les 5 et 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic.«Et, est-ce que c\u2019est mieux cinq ans plus tard?» La Coalition de citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mé- gantic (CCDESF) se réjouit de l\u2019appui de l\u2019Assemblée nationale à sa demande d\u2019enquête publique.Faciliter le deuil « De savoir que l\u2019ensemble des députés ont voté unanimement cette fois, ça fait chaud au cœur des Méganticois », a fait valoir le porte-parole de la CCDESF, Rober t Bellefleur, mercredi soir.« La tragédie de Lac-Mé- gantic n\u2019est pas un accident de parcours.C\u2019est la résultante de l\u2019abandon [du secteur ferroviaire] du gouvernement au profit des entreprises », estime-t-il.La tenue d\u2019une commission d\u2019enquête publique, ainsi que la construction d\u2019une voie de contournement faciliteraient à coup sûr le deuil des sur vivants du déraillement du train fantôme de la MMA, est-i l persuadé.« Notre population pourra alors mieux dormir la nuit », a conclu M.Bolduc.Le Devoir TRAGÉDIE DE LAC-MÉGANTIC L\u2019Assemblée nationale réclame une commission d\u2019enquête publique à Ottawa Jagmeet Singh lorgne Outremont Ottawa \u2014 Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, n\u2019écarte pas la possibilité de se présenter à l\u2019élection partielle d\u2019Outremont lorsque Thomas Mulcair aura quitté son siège.«Je suis toujours ouvert à écouter l\u2019avis des gens quand une élection partielle s\u2019ouvre.Et je considérerai toujours toutes les options qui s\u2019offrent à moi», a affirmé M.Singh au sujet de l\u2019élection qui sera déclenchée lorsque son prédécesseur, M.Mulcair, prendra sa retraite cet été.«On jongle avec l\u2019idée», a confirmé le lieutenant québécois du NPD, Alexandre Bou- lerice.«Ce serait audacieux.Ce serait osé.» Une candidature de M.Singh à Outremont aurait, admet-il, des pour et des contre.Une victoire enverrait un «message fort sur la force du NPD» au Québec et sur l\u2019importance de la province pour le chef.En revanche, la partielle d\u2019Outremont serait risquée puisque M.Singh, qui était auparavant député provincial en Ontario, a «peu de liens avec Montréal, peu de racines dans la communauté locale» a convenu M.Boulerice.Le Devoir Jagmeet Singh Dimanche, la société texane Kinder Morgan a jeté une bombe sur le champ de bataille du projet d\u2019expansion de pipeline Trans Mountain.Toutes les dépenses non essentielles liées au projet ont été suspendues jusqu\u2019au 31 mai, date à laquelle l\u2019entreprise veut que toute incertitude soit levée par les gouvernements fédéral, albertain et britanno-colombien.Alberta est dans tous ses états et multiplie les menaces de représailles contre sa voisine.Pour vendre son pétrole ailleurs qu\u2019aux États-Unis, elle a besoin de cet accès à la mer.La première ministre néodémocrate, Rachel Notley, y joue son avenir.Elle a sauté dans le train du plan canadien contre les changements climatiques en échange de l\u2019autorisation de ce projet.En Colombie-Britannique, le gouvernement néodémocrate minoritaire de John Horgan répète qu\u2019il ne fait que respecter sa promesse électorale de tout faire pour tenter d\u2019arrêter ce projet.Il dit défendre les intérêts de sa province.Soutenu par les verts, il ne peut reculer sans voir son gouvernement tomber.À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau est au pied du mur.Il jure depuis un an que ce projet de 7,4 milliards se réalisera, qu\u2019il est dans l\u2019intérêt national, mais il n\u2019a toujours pas dit comment il fera respecter l\u2019autorisation donnée en 2016.Kinder Morgan cherche visiblement à faire pression sur Ottawa, bien qu\u2019elle ne blâme explicitement que la Colombie-Britannique, dont les manœuvres dilatoires rendent ses actionnaires nerveux.Elle veut que le gouvernement Horgan abandonne son idée de réglementer la quantité de pétrole lourd transitant dans le futur pipeline.M.Horgan a déjà un peu reculé.A?n que le vin de sa province ait à nouveau accès au marché albertain, il a accepté de demander d\u2019abord aux tribunaux s\u2019il a le pouvoir d\u2019agir ainsi, ce que personne ne croit.Cela peut prendre beaucoup de temps.Le NPD fédéral suggère qu\u2019Ottawa et la C.-B.soumettent la question directement à la Cour suprême.Ce serait à considérer.?Ottawa n\u2019a pas envisagé un tel renvoi, car personne ne conteste sa compétence en matière de pipelines interprovinciaux.Tout le monde veut toutefois savoir comment il la fera respecter.Toutes les options seraient sur la table : investissements dans le projet, retenue des transferts, adoption de mesures législatives\u2026 On évite toutefois de parler du pouvoir déclaratoire que certains commentateurs et politiciens lui conseillent d\u2019invoquer.Il s\u2019agit d\u2019un des pouvoirs très centralisateurs inscrits dans la Constitution.Il permet au gouvernement fédéral d\u2019étendre sa compétence législative sur des projets ou entreprises qui relèvent normalement des provinces, mais qu\u2019Ottawa estime être dans l\u2019intérêt général du Canada.On l\u2019a fait pour le rail, par exemple.Redonner droit de cité à ce pouvoir alors qu\u2019il est tombé en désuétude et n\u2019a pas été utilisé depuis 1961 serait une erreur monumentale.Cela braquerait les provinces puisque ce serait une réaf?rmation d\u2019un déséquilibre en faveur du fédéral et au détriment du fédéralisme coopératif.Et ce serait mettre le feu aux poudres pour rien.Le fédéral peut déjà imposer ses vues dans ses domaines de compétence.Ce sont des raisons politiques qui le tempèrent la plupart du temps.Heureusement ! Dans le cas de Trans Mountain, le gouvernement Trudeau sait qu\u2019il ne peut sortir le rouleau compresseur sans renier ses engagements à l\u2019endroit des autochtones, sans tailler en pièces son image de partisan de l\u2019environnement et sans mettre en péril les efforts canadiens contre les changements climatiques.Et que, peu importe le résultat, il perdra des votes dans les deux provinces.Il ne peut gagner, car il a fait un pari impossible : encourager le développement des sables bitumineux et protéger l\u2019environnement en même temps.La réponse à cet imbroglio ne peut être que politique et l\u2019ultimatum de Kinder Morgan n\u2019aide en rien la résolution de cette équation complexe dont aucun gouvernement ne maîtrise toutes les variables.Surtout pas les tribunaux ni les opposants.L\u2019entreprise dit pourtant avoir besoin, pour continuer, d\u2019une victoire claire devant la Cour d\u2019appel fédérale dans des dossiers qui seront tranchés bientôt.Mais pas un politicien ne peut dicter l\u2019issue d\u2019un litige! Et encore moins la stratégie des citoyens et autochtones opposés au projet, fouettés par l\u2019échéance du 31 mai qu\u2019ils voient maintenant comme une ligne d\u2019arrivée.Ils vont continuer à manifester, à dé?er les injonctions, à se faire arrêter.L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Une place pour la permaculture?Le gouvernement du Québec a dévoilé, dans la première semaine d\u2019avril, sa politique bioalimentaire.Cette politique comporte un volet de soutien au développement du biologique.L\u2019objectif est d\u2019amener le secteur biologique à doubler la superficie en culture d\u2019ici 2025.Un montant de 7 millions de dollars bonifie la Stratégie de croissance de ce secteur.Le secteur biologique contribue à la vitalité des territoires et of fre une réponse aux attentes de la population québécoise, selon le communiqué du 5 avril du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation intitulé Mise en valeur des territoires.La permaculture représente une voie intéressante en matière d\u2019agriculture.Elle consiste à créer des habitats soutenables pour les humains en suivant les modèles de la nature.La permaculture est inspirée à la L I B R E O P I N I O N S É B A S T I E N B É L A N D Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université de Montréal J U L I E N B U R E A U Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université Laval S E R G E L A R I V É E École de psychoéducation de l\u2019Université de Montréal L e plagiat dans les travaux universitaires n\u2019est pas un phénomène rare.Alors que les universités commencent à prendre le problème au sérieux, l\u2019ampleur du phénomène se révèle.Selon certains chercheurs, près de 40% des étudiants universitaires auraient déclaré avoir déjà plagié pour au moins un travail durant leurs études, une proportion gardée relativement stable au cours des dernières décennies.Et nous ne serions pas étonnés d\u2019apprendre que ce pourcentage est en dessous de la réalité.Le plagiat peut prendre plusieurs formes, mais elles ont généralement en commun l\u2019appropriation, sans crédit, du travail ou des idées d\u2019une autre personne.Le fait que des étudiants tentent de plagier sous-entend l\u2019existence d\u2019un objectif et d\u2019un possible raccourci pour atteindre cet objectif.Ainsi, celui qui plagie veut obtenir quelque chose de plus en réduisant les efforts investis : par exemple, plagier en vue d\u2019obtenir une note plus élevée qui fera augmenter les chances d\u2019être accepté dans un programme contingenté, ou plagier pour tenter de réussir un cours pour lequel on n\u2019a pas mis l\u2019effort nécessaire.En 2010, Stanley Fish écrivait dans le New York Times que le plagiat serait surtout une obsession venant des gens qui œuvrent dans le milieu universitaire, mais on s\u2019y intéresserait moins (ou différemment) à l\u2019extérieur de ce milieu.Le problème avec cette vision est qu\u2019elle ébranle l\u2019impor tance de l\u2019ef for t individuel comme critère de réussite.Tant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur du contexte éducatif, nous croyons que le plagiat est un problème grave et qu\u2019une solution s\u2019impose.Si le plagiat est généralement sanctionné sur une base individuelle, il prend tout son sens dans le rapport aux autres.Un individu qui triche en plagiant obtient un avantage injuste sur ses pairs.Bien plus grave que l\u2019idée de faute morale, le plagiat en tant qu\u2019injustice permet une compréhension plus profonde de l\u2019enjeu : les personnes qui plagient brisent les fondements de l\u2019université.Pourquoi le plagiat est (encore) un problème important Plusieurs pistes de réponses peuvent être proposées ici.Nous en offrons trois qui semblent par t icul ièrement intéressantes.D\u2019abord, dans les sociétés individualistes qui valorisent les droits de propriété et l\u2019idée de l\u2019auteur unique, le plagiat est généralement vu comme une tare.Néanmoins, des gens qui ont plagié font toujours of fice de figures d\u2019autorité dans leur domaine.Par exemple, la célèbre primatologue Jane Goodall a été dénoncée par le Washington Post en 2013.Dans son ouvrage Seeds of Hope, des passages étaient tirés intégralement de Wikipé- dia et d\u2019autres sites Internet.Même accusée formellement de plagiat, cela n\u2019empêche pas Goodall d\u2019être toujours une scientifique en vue dans les médias, ce qui envoie un curieux message aux étudiants intéressés par une carrière scientifique.À l \u2019 instar de Goodall , les étudiants peuvent également utiliser les nouvelles technologiques pour plagier, et ce, d\u2019au moins deux façons.Premièrement, Internet a fait décupler l \u2019accessibi l i té à des masses d\u2019information importantes, augmentant du coup les occasions de plagier.Deuxièmement, sur les réseaux sociaux, des individus of frent leurs anciens travaux contre rémunération.Ces travaux peuvent ensuite être utilisés dans des cours comparables au sein de plusieurs universités.Enfin, les règlements pour sanctionner le plagiat existent, mais ceux-ci ne sont pas perçus comme un frein à plagier.Quelques études ont d\u2019ailleurs démontré que les étudiants croient que les chances de se faire prendre sont faibles.N\u2019y aurait-il pas lieu de s\u2019interroger sur la crédibilité de tels règlements auprès des étudiants qui plagient ?Que faire?Selon nous, il faut attaquer le problème de deux façons.Tout d\u2019abord, on s\u2019attaque au plagiat comme on s\u2019attaque à une injustice : en la nommant comme telle et en empêchant qu\u2019elle soit une norme.En s\u2019assurant que les étudiants sont sensibilisés à la portée de leurs actions de plagiat, il sera plus difficile pour eux d\u2019agir de la sorte en ignorant les conséquences.Ensuite, on s\u2019attaque au plagiat comme à un problème structurel.Là où c\u2019est possible, il s\u2019agira de modifier les pratiques superficielles d\u2019évaluation des apprentissages qui permettent aux étudiants de prendre des raccourcis dans leurs engagements scolaires.Ces avenues sont coûteuses mais vont de soi lorsque l\u2019on considère que le plagiat est un phénomène qui n\u2019a pas sa place dans nos universités.Les coûts de la mise au jour du plagiat ne sont pas qu\u2019économiques.S\u2019attaquer de front à ce problème et cesser de l\u2019ignorer aura aussi pour effet d\u2019augmenter le nombre de cas rapportés, ce qui est potentiellement destructeur pour la réputation d\u2019une université.Toutefois, puisque nous connaissons maintenant de plus en plus la réelle ampleur de ce problème, il nous apparaît malhonnête de se garder la tête dans le sable et de croire que le nombre de cas réel est marginal.Nous croyons que le statu quo est intenable et qu\u2019il faut s\u2019attaquer au problème de façon sérieuse.Chères universités : un peu de courage ! L\u2019ampleur du plagiat dans les universités FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET fois de pratiques ancestrales et de développements scientifiques les plus récents.L\u2019éthique de la permaculture tourne autour de principes tels que le respect de la terre, le souci des gens, le partage équitable des ressources pour les humains et les animaux.L\u2019idée à la base de la permaculture est de s\u2019inspirer des processus de la nature pour aller dans leur sens.Cela semble d\u2019autant plus pertinent que l\u2019empreinte écologique des humains sur la Terre est telle qu\u2019il faudrait repenser les modes d\u2019utilisation des ressources.On n\u2019a qu\u2019à songer au fait que, depuis 1986, la consommation des humains dépasse les capacités de la Terre à renouveler les ressources.On peut également songer à l\u2019accroissement des déchets, à l\u2019augmentation de la pollution de toutes sortes, au déclin de la biodiver- sité, à l\u2019accroissement continu des gaz à effets de serre, etc.Il serait très souhaitable que des ressources soient affectées au soutien de la permaculture, tout en étant conscientss que ce mode de fonctionnement représente un changement important auquel les humains sont confrontés.Serons-nous capables de relever ce défi ?Je l\u2019espère.Nicole Moreau Québec, le 10 avril 2018 Mères porteuses À propos du débat sur les mères porteuses, je retiens cette af firmation de Luce Bellefeuille (Le Devoir, 4 avril 2018) : «Une filiation non biologique compte une part d\u2019ombre qui s\u2019inscrit dans la psyché de l\u2019enfant.» Contrairement aux auteurs de l\u2019article intitulé « Au delà du cliché de la location d\u2019utérus » (Le Devoir, 9 avril), je ne crois pas que ce soit une tempête médiatique que de souligner le «malaise d\u2019une partie de la population face à ce phénomène » (Luce Bellefeuille).Les auteurs parlent de « tabou » (qui cherche à cacher quoi ?) et de « positions idéologiques entourant la rétribution des mères porteuses».Vaudrait-il mieux que le commun des mortels ne se pose pas de questions et laisse toute la place aux scientifiques et aux juristes ?Je me demande qui dresse un portrait réducteur avec un vocabulaire comme «procédure », «processus», «plan financier », «dépenses admissibles ou non admissibles», etc.Permettez-moi aussi de m\u2019interroger sur le sens de l\u2019affirmation suivante : « Il est ainsi démontré que les parents maintiennent très souvent les contacts avec la femme porteuse »\u2026 Il apper t malheureusement que des scientifiques ne posent que les questions auxquelles la science peut répondre.Qu\u2019en est-il du choix éthique ?Jean-Denis Garceau Montréal, le 9 avril 2018 L\u2019 PIPELINE TRANS MOUNTAIN On se calme ! MANON CORNELLIER Un individu qui triche en plagiant obtient un avantage injuste sur ses pairs.Bien plus grave que l\u2019idée de faute morale, le plagiat en tant qu\u2019injustice permet une compréhension plus profonde de l\u2019enjeu . L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).C L A U D I E W A G N E R - L A P I E R R E Étudiante au doctorat en droit à l\u2019Université Laval e 4 avril dernier, les trois partis de l\u2019opposition tenaient une conférence de presse dans le but de demander au gouvernement québécois d\u2019abolir le délai de prescription applicable aux actions civiles pour agression sexuelle.Bien qu\u2019il soit tout à fait acceptable de remettre en cause la validité de la prescription pour les dossiers d\u2019agression sexuelle, certaines des informations avancées au soutien d\u2019une telle position tant par les partis politiques que par les médias se révèlent erronées.Il semble donc opportun de les signaler.Le Québec fait cavalier seul et il est l\u2019une des seules provinces où il existe toujours un délai de prescription pour de tels dossiers.C\u2019est faux.Cer taines prov inces ont ef fect ivement choisi d\u2019abolir les délais de prescr ipt ion en mat ière d\u2019agressions sexuelles.Néanmoins, la Colombie-Britannique a plutôt abrogé le délai de prescription uniquement dans le cas où les agressions seraient perpétrées sur des mineurs.Par conséquent, le délai de prescription de deux ans est tou jours applicable lorsque l\u2019agression a eu lieu à l\u2019âge adulte.D\u2019autres, comme les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et Terre-Neuve, ont choisi d\u2019abolir la prescription lorsque la victime était en mesure de prouver un lien de dépendance avec son agresseur.Si tel n\u2019est pas le cas, les victimes disposent d\u2019un délai de deux ans pour intenter leur action.Au Québec, le délai de 30 ans est appl icable dans tous les cas d\u2019agress ions sexuelles.Le délai aujourd\u2019hui applicable est de 30 ans.C\u2019est faux.La situation est beaucoup plus complexe.Il est vrai que le délai a été modifié en 2013, passant de 3 à 30 ans.Hélas ! Pour bon nombre de victimes, les modifications ne sont pas d\u2019application rétroactive.Ainsi, toute victime ayant fait le lien entre ses préjudices et les agressions sexuelles avant le 23 mai 2010 ne peut bénéficier du nouveau délai de 30 ans.C\u2019est donc le délai de droit commun, soit de 3 ans, qui est applicable en majeure par tie aux victimes du passé.Une fois le délai écoulé, il n\u2019y a plus de recours possible.Il s\u2019agit en fait d\u2019une demi-vé- rité.Normalement, c\u2019est en effet la conséquence de l\u2019écoulement du délai de prescription.Cependant, il est possible d\u2019invoquer l\u2019impossibilité psychologique d\u2019agir, un concept développé par les tribunaux dans les 20 dernières années.Une victime qui a fait le lien entre ses préjudices et les agressions sexuelles, mais qui n\u2019a pas été en mesure d\u2019intenter une action pourrait justifier son inaction en invoquant avoir été dans un état de crainte si cela était le cas.Évidemment, il lui reviendra d\u2019en faire la preuve.Maintenant que ces faits sont rétablis, il nous est loisible de nous réjouir du fait que plusieurs (les trois partis de l\u2019opposition, des avocats et des victimes) s\u2019entendent sur les changements à appor ter au sein du système judiciaire.Ce n\u2019est, par contre, pas la première fois qu\u2019une pareille réforme est proposée : Option nationale et la Coalition avenir Québec avaient même déjà déposé des projets de loi allant dans ce sens.Même son de cloche du côté des derniers bâtonniers, du Protecteur du citoyen et ainsi de suite.Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?Une chose est cer taine, si l \u2019 imprescr ipt ib i l ité des actions civiles pour agressions sexuelles est le choix que fait le législateur, des règles particulières devront être envisagées en matière de succession.Il serait en ef fet aberrant de voir des par ticuliers être poursu iv is après, par exemple, une décennie pour les crimes allégués de leurs ancêtres.Enfin, le problème demeure entier, même avec l\u2019abolition de la prescription, pour les victimes du passé, si le législateur ne décide pas de rendre cette abolition rétroactive .Voilà ce sur quoi cette nouvelle « coalition » devrait mettre son énergie.Au-delà de la prescription, il ne faut pas oublier qu\u2019il y a aussi un problème d\u2019accès à la justice pour ces victimes.Prescription et violences sexuelles : une information de qualité est essentielle A L E X A N D R E A P R I L , W A F A A N I A R D I N E D A N E , M A R T I N L E P A G E , D A N I E L T A R D I F, A L A I N T O U T L O F F Membres du comité de rédaction du programme ont parues récemment dans les pages du Devoir deux lettres ouvertes au ton inutilement alarmiste au sujet de la révision du programme d\u2019études Sciences de la nature au cégep.L\u2019une annonçait « le chaos» et l\u2019autre la « décapitation » du programme actuel, et par extension, la mise en péril de la formation scientifique de base des jeunes Québécois et l\u2019avenir même des cégeps.Au moins trois rectifications s\u2019imposent.Contrairement à ce qu\u2019affirme M.Richer, il est faux de prétendre que cette révision ne vise qu\u2019à augmenter les taux de réussite et à faciliter l\u2019entrée à l\u2019université des étudiants en sciences de la santé.Le comité de rédaction a suivi un processus rigoureux et itératif, en s\u2019appuyant sur un document qui a établi les attentes des universités.La principale préoccupation qui a animé les membres du comité tout au long de ces travaux était celle d\u2019améliorer la qualité de la formation, et ce, en regard des attentes des universités.Une telle affirmation de la part de l\u2019auteur est dénuée de fondement et traduit une méconnaissance du processus de révision.Le même auteur suggère que des pressions politiques agiraient sur la révision du programme, avec pour objectif de faire disparaître la formation de base et peut-être même la formation préuniversitaire au cégep.Cette insinuation laisse planer un doute sur l\u2019intégrité du comité et le sérieux de la démarche, tout en suggérant qu\u2019il y aurait des intentions inavouées.Loin d\u2019avoir été l\u2019objet d\u2019une quelconque pression d\u2019ordre politique, les enseignants du comité ont même été agréablement surpris d\u2019avoir les coudées aussi franches dans la réalisation de leur mandat.La seule représentante du ministère au comité de rédaction avait pour rôle de s\u2019assurer de la coordination des travaux entre les instances consultatives du programme (le comité-conseil et le Comité des enseignantes et des enseignants), du respect des balises techniques liées au format d\u2019écriture et à leur insertion dans un document ministériel officiel.Nous l\u2019af firmons tous d\u2019une seule voix : le processus s\u2019est déroulé sans aucune ingérence politique ! Pourquoi une telle méfiance ?Et surtout, pourquoi l\u2019alimenter à ce stade-ci de la consultation?Document de 2014 En réalité, le processus de révision prend appui sur un document publié en 2014 et qui visait, après consultation des universités, à établir le profil attendu des diplômés des programmes de sciences.Ce document de près de 100 pages dresse un portrait assez détaillé de ce qui est attendu du programme révisé.Le profil ayant été jugé insatisfaisant sur le plan des contenus disciplinaires par les deux comités consultatifs, le ministère est retourné en consultation auprès des universités, et en 2015 le profil initial fut complété par une autre étude apportant des précisions sur ces contenus.Ici, une nuance s\u2019impose : un programme ne se limite pas à une liste de contenus.Il prétend à plus : il a des visées de culture générale, de formation citoyenne, de conscience environnementale, etc.Il ne vise pas qu\u2019à satisfaire les exigences étroites, aussi légitimes soient-elles, d\u2019un établissement universitaire en particulier.À la suite de la production de ces deux études, un autre comité, lui aussi formé d\u2019enseignants et d\u2019enseignantes, a procédé à une analyse comparative de ces attentes avec la version actuelle du programme.Ce comité a énoncé un certain nombre de recommandations qui allaient guider le comité de rédaction.La première stipulait clairement que le programme devait être réécrit en respectant l\u2019approche par compétences et l\u2019approche programme.Ces deux approches sont au cœur de tous les programmes collégiaux depuis 1993.Tous les travaux réalisés dans le cadre de la révision ont été présentés aux comités consultatifs.Des enquêtes complémentaires ont été réalisées et le comité de rédaction a été élargi à 15 enseignants pour l\u2019élaboration des compétences d isc ipl ina ires .À notre connaissance, jamais un processus de révision de programme n\u2019aura été aussi consultatif que celui-ci.Est-ce que le projet de programme dérange?Il est probable que oui.Il propose une redistribution de l\u2019importance relative des disciplines et est susceptible de bousculer les habitudes en place.Après tout, l\u2019actuel programme Sciences de la nature a très peu évolué depuis près de 50 ans, soit l\u2019âge du réseau collégial.Par contre, pourquoi parler de décapitation, alors que les 900 heures de formation répar ties sur quatre sessions d\u2019études sont maintenues?L\u2019expression est exagérée et nous espérons qu\u2019elle n\u2019est que la manifestation d\u2019une inquiétude quant à la nouvelle distribution des heures de formation.La parole est présentement donnée aux acteurs du milieu qui, après une période de consultation prolongée, sont invités à formuler leurs commentaires sur l\u2019actuel projet de programme.Le comité de rédaction prendra le temps nécessaire pour analyser les résultats de la consultation et apportera certainement les modifications qui s\u2019imposeront.Nous jugeons que les affirmations inutilement alarmistes sont plus susceptibles de nuire que d\u2019aider le processus de consultation en cours.Ainsi, dans un souci de scientificité minimale et de civisme élémentaire, il serait avisé de ne pas professer de faussetés sur la démarche en cours.Sciences de la nature: des amalgames faciles et non fondés R A C H A D A N T O N I U S Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal ettre une norme religieuse au cœur du fonctionnement des institutions publiques qui ont un pouvoir coercitif n\u2019est absolument pas une mesure d\u2019ouverture antiraciste.En ef fet, le hidjab ne peut être réduit au statut de symbole.Les courants religieux et politiques qui en font la promotion le présentent, en situation de migration, comme un symbole qui est librement choisi.Il signifierait simplement qu\u2019on a une identité musulmane, au même titre que d\u2019autres signes, tels que le nom que l\u2019on porte par exemple.En tant que symbole, sa régulation relèverait d\u2019une intrusion indue de l\u2019État dans la façon dont les femmes choisissent de s\u2019habiller.Mais dans les sociétés à majorité musulmane, ce n\u2019est pas du tout en tant que symbole qu\u2019il a été propagé.C\u2019est plutôt en tant que norme de comportement, qui est porteuse de valeurs.Il fait l\u2019objet depuis 50 ans de discussions religieuses de fond, d\u2019études, d\u2019injonctions, de significations contestées et de luttes politiques.Personne n\u2019en fait la promotion pour des raisons autres que religieuses: ce sont des arguments religieux qui sont présentés, discutés, analysés, réfutés.Et, bien sûr, ces arguments ne font pas consensus.Mais, au-delà de ces arguments, une chose demeure : l\u2019enjeu qui se joue autour du hidjab n\u2019est pas celui d\u2019un caprice vestimentaire.Il s\u2019agit bien de la mise en œuvre, de façon souple ou rigide, d\u2019une norme religieuse.Et les revendications du droit de le porter sont des revendications de droits religieux.Conviction religieuse Même si les pressions sociales de l\u2019entourage ont quelquefois un impact, c\u2019est en général par conviction religieuse que la plupart des femmes le portent : conviction qu\u2019il constitue une obligation, ou alors conviction que c\u2019est un choix d\u2019exprimer sa croyance religieuse comme on l\u2019entend.Mais dans les deux cas, le réfé- rent est religieux.Si ce n\u2019était pas par conviction religieuse, le port du voile aurait varié autant que tout autre vêtement, au gré de la température, de l\u2019état d\u2019esprit, des occasions sociales, etc.Ce n\u2019est pas le cas.La constance du port du voile exprime une norme plus stable que le reste des vêtements.Il n\u2019est pas du même ordre qu\u2019un pendentif qu\u2019on attache autour du cou ou du poignet.Ni symbole de soumission, ni symbole d\u2019inégalité, ni d\u2019égalité non plus, ni symbole d\u2019obscurantisme social.On ne peut dire ce qu\u2019il symbolise tellement ses significations sont variables.Les discours hostiles au voile qui sont fondés sur de faux arguments ne font pas avancer le débat, bien au contraire.Les femmes qui le portent en Occident sont généralement affirmatives, peuvent même être combatives dans leurs luttes pour l\u2019égalité et anticonformistes dans la pratique de leur carrière ou de leur sport préféré.En conséquence, il serait malvenu de réguler la mise en œuvre de cette norme religieuse: toute citoyenne a le droit d\u2019exprimer dans son apparence les normes religieuses auxquelles elle croit.Mais voilà : dans l\u2019exercice de ses fonctions, une policière n\u2019est pas juste une citoyenne.C\u2019est la représentante d\u2019une institution qui a un pouvoir coercitif.Les lois qui encadrent son travail ont été établies par des Parlements successifs, mis au pouvoir démocratiquement par l\u2019ensemble des citoyens et citoyennes et non pas par un groupe religieux spécifique.Cette policière a le pouvoir de faire appliquer ces lois de façon coercitive.En ayant af faire à une policière, il faut bien savoir à quel système de lois elle se réfère.C\u2019est pour cela que les policiers et policières ont un uniforme, mais que les employés de l\u2019État, par exemple, n\u2019en ont pas.Normes dif férentes Il faut non seulement que les policiers et les policières adhèrent au système de lois qu\u2019ils appliquent, mais aussi, et c\u2019est fondamental, qu\u2019ils manifestent cette adhésion, ou du moins qu\u2019ils ne manifestent pas leur adhésion à un système de normes autre qui aurait préséance sur celui qu\u2019ils représentent.Or tous les discours religieux qui incitent au port du hidjab expriment des normes dif férentes de celles qu\u2019une policière montréalaise doit faire appliquer et af fir- ment la préséance de ces normes sur les autres systèmes de normes « humains ».Une policière qui af fiche un autre système de normes, même variable, qui pourrait même être libérateur pour elle, mais qui n\u2019est pas celui qui a été déterminé par des processus démocratiques, et en vertu duquel l\u2019État lui a donné un pouvoir de coercition, n\u2019a pas la légitimité pour faire appliquer ce système coercitif.Même si on fait abstraction de tous les débats qui entourent le hidjab dans les sociétés à majorité musulmane et des méthodes plus ou moins coercitives par lesquelles il a été popularisé, et même si l\u2019on considère que porter le hidjab est un choix libre et protégé par la Constitution, le problème demeure entier pour une policière qui détient un pouvoir coercitif défini par des lois civiles.Af firmer par son vêtement l\u2019adhésion à un système de normes autres \u2014 qu\u2019elle estime supérieures \u2014 que celles qu\u2019elle doit faire appliquer est hautement problématique.Il faut donc espérer que nos élus cesseront de faire de la politique identitaire en voulant récolter quelques votes par-ci par-là.Une politique identitaire qui se prétend favorable aux minorités demeure une politique identitaire, et non pas une politique progressiste.Oui, il faut arrêter de s\u2019éner ver devant toute expression du retour au religieux qui caractérise de nombreuses cultures à travers la planète.Mais il faut savoir où mettre les limites.Les institutions qui ont un pouvoir de coercition direct et explicite, comme la police, la GRC ou les juges, doivent absolument conserver une apparence de neutralité normative.C\u2019est une garantie de légitimité d\u2019un système déjà trop fragilisé.Une policière représente une institution S ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Dans l\u2019exercice de ses fonctions, une policière n\u2019est pas juste une citoyenne.L M L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 A V R I L 2 0 1 8 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S son impact, limité, selon plusieurs analystes, dont le professeur Thomas Juneau.Cette frappe à venir pourrait cependant repositionner les États- Unis dans cette guerre qui dure depuis sept ans, croit quant à lui le politologue Sami Aoun.Les tirs croisés étaient encore, au moment d\u2019écrire ces lignes, confinés à Twitter et au Conseil de sécurité des Nations unies.Le président Trump a accusé la Russie d\u2019être le partenaire d\u2019un «animal qui tue son peuple avec du gaz et qui aime cela», faisant référence au président al-Assad.Dans une déclaration, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié l\u2019attaque présumée de samedi dernier de «mise en scène» destinée à protéger les terroristes.L\u2019ampleur des représailles ne s\u2019était donc pas encore éclaircie.«Au point où l\u2019on en est, quelle que soit la décision que Trump prendra, il n\u2019y a aucune bonne option.Quoi qu\u2019il fasse, ça aura un impact limité sur le conflit et ne changera pas l\u2019équilibre des forces en présence», affirme le spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa Thomas Juneau.Les frappes chirurgicales du 7 avril 2017, en réponse aux attaques chimiques sur des civils de la ville de Khan Cheikhoun, «n\u2019ont visiblement pas dissuadé Assad d\u2019utiliser des armes chimiques», remarque-t-il, écartant ainsi la possibilité d\u2019un effet dissuasif.Aucun «scénario ne permettrait aux États-Unis de faire une différence sur le conflit», dit ainsi M.Juneau.« Si la frappe se déroule plutôt dans des séquences de trois ou quatre jours, à l\u2019image de l\u2019opération Renard du désert en Irak en 1998, elle pourrait affaiblir assez le régime pour l\u2019obliger à retourner aux négociations de Genève», ajoute quant à lui le professeur à l\u2019Université de Sherbrooke Sami Aoun.Mais si la riposte américaine se borne à un «acte de revanche et de discipline», elle ne changera pas le cours de la guerre, dit-il.Puissances en terrain étranger Tel un « déjà-vu », les photos d\u2019enfants asphyxiés et de civils en fuite dans un nuage réputé toxique se répètent.Que les attaques s\u2019avèrent ultérieurement confirmées ou non, ce nouveau cortège funèbre remet de la pression sur le président américain.Son prédécesseur, Barack Obama, avait tracé, le 20 août 2012, cette «ligne rouge», faisant planer la menace «d\u2019énormes conséquences» si le régime d\u2019al-Assad employait des armes chimiques.Une ligne rouge que l\u2019on sait aujourd\u2019hui maintes fois franchie, sans pour autant forcer un engagement significatif des Américains en Syrie.La perspective d\u2019une action militaire des États- Unis, soutenus par la France et probablement le Royaume-Uni, s\u2019inscrit cette fois dans un contexte extrêmement difficile entre l\u2019Occident et la Russie, principal allié du président syrien.Quant au Canada, le premier ministre Justin Trudeau n\u2019entend pas participer à une nouvelle action militaire contre le régime de Bachar al-Assad, selon Radio- Canada.Les relations ont déjà été passablement dégradées par l\u2019affaire de l\u2019ex-espion russe Sergueï Skripal empoisonné par un agent innervant en Angleterre le 4 mars.«Le scénario le plus crédible est que les Américains veuillent consolider leurs acquis dans l\u2019est de la Syrie, une partie du territoire sous contrôle des Kurdes et de quelques groupes arabes connus pour leur loyauté à l\u2019Arabie saoudite», croit M.Aoun.Il y voit aussi une «montée de lait des démocraties occidentales de mettre une limite à Poutine \u201cl\u2019effronté\u201d, qui est allé loin dans la déstabilisation et l\u2019humiliation, maintenant dans l\u2019affaire Skripal».La possibilité d\u2019une ingérence russe dans l\u2019élection présidentielle de 2016 fait en effet présentement l\u2019objet d\u2019une enquête.«Il faut faire attention à ne pas pousser le cynisme trop loin.On ne peut pas prouver qu\u2019un président veut détourner l\u2019attention des problèmes internes, mais on peut le suggérer», commente le professeur Juneau.Donald Trump veut, dans tous les cas, «démontrer qu\u2019il est plus fort et plus dur que le président Obama», ajoute-t-il.La guerre continue L\u2019appui de la Russie, notablement de sa force aérienne, ainsi que de l\u2019Iran a contribué à sécuriser une partie significative du territoire aux mains du régime d\u2019al-Assad dans les deux dernières années.Ainsi, l\u2019ouest du pays, cette «Syrie utile» qui regroupe plus de 80% de la population et contient les cinq villes principales, est considéré sous contrôle officiel depuis la reconquête complète d\u2019Alep en décembre 2016.La fin des combats est encore loin malgré cela, répète M.Juneau.«Oui, l\u2019opposition diminue en termes de territoires qu\u2019elle contrôle.Certains groupes ont quitté la Ghouta dans les dernières semaines, mais il reste des milliers de combattants [du groupe] État islamique très expérimentés et convaincus», observe-t-il.L\u2019autre certitude, partagée par M.Aoun, est que la chute du président al-Assad est hautement improbable.«On n\u2019a aucun indice d\u2019une vision articulée et globale du gouvernement Trump de la Syrie, et de la région, affirme-t-il, mais quand on s\u2019engage dans une guerre, on n\u2019est surtout pas sûrs que les plans décidés à l\u2019avance ne changeront pas en cours de route.L\u2019imprévisibilité est une certitude.» Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 SYRIE qui se fait en temps normal pour les éléments de preuve utilisés devant les tribunaux.«L\u2019ordonnance portera peu atteinte au droit à la libre expression et à la liberté de presse», avait-il dit en soulignant que les journalistes présents pourraient ensuite en relater le contenu.«Les médias pourront rapporter toute la preuve.[\u2026] Le public sera dûment informé et renseigné sur le contenu des enregistrements.» Avant la présentation des vidéos dans la salle d\u2019audience, le magistrat a enjoint les gens du public à ne pas rester pour la regarder.« Je ne peux m\u2019empêcher, non pas comme juge mais comme homme, de vous conseiller d\u2019y penser deux ou trois fois avant de visionner ces images », a-t-il dit en s\u2019adressant aux proches des victimes en particulier.Parlant « d\u2019images difficiles et brutales», il a ajouté : «à mon humble avis, elles vous apporteront bien peu dans le processus de guérison que vous avez amorcé.Mon humble conseil serait de vous éviter bien de la peine en les visionnant.» Finalement, une trentaine de personnes sont restées dans la salle, dont une veuve, le président de la mosquée, Mohamed Labidi, et Ay- men Derbali, l\u2019un des blessés, resté lourdement handicapé.Plusieurs pleuraient pendant la présentation détaillée qu\u2019en a faite la Couronne.Pendant ce temps, derrière la vitre qui le séparait du public, Alexandre Bissonnette est resté assis, tête baissée, sans qu\u2019on puisse voir son regard.Méthodique et stratégique L\u2019homme de 28 ans a plaidé coupable aux accusations de meurtres qui pesaient contre lui.Le tribunal doit maintenant déterminer la durée de sa peine d\u2019emprisonnement, et c\u2019était au tour de la Couronne de commencer à présenter ses arguments, mercredi.Dans l\u2019analyse qu\u2019il a faite des vidéos, le procureur Thomas Jacques a parlé d\u2019un «carnage » et a décrit les « gestes atroces » perpétrés par Alexandre Bissonnette.Il a attiré l\u2019attention du juge sur le fait que le meurtrier avait rechargé son arme à quatre reprises, en retournant à chaque fois dans le portique de la mosquée, un «endroit plus sécuritaire pour lui ».Cette façon de procéder, a-t-il dit, lui a permis « de retourner de nouveau poursuivre son carnage à l\u2019intérieur de la grande mosquée ».Une opération qu\u2019il a répétée «stratégiquement » et «de façon méthodique ».Le ministère public compte réclamer « une peine qui reflète l\u2019ampleur du crime commis et [les] conséquences de ces événements tragiques», avait déclaré M.Jacques un peu après les aveux de culpabilité de l\u2019homme de 28 ans la semaine dernière.D\u2019au minimum 25 ans, la peine pourrait s\u2019élever jusqu\u2019à 150 ans en cumulant les condamnations pour chacun des meurtres.Des enfants et des héros La présentation de la vidéo a aussi permis d\u2019éclaircir le rôle joué par celui que les policiers avaient pris à tort pour un second tireur.Bénévole au CCIQ, Mohamed Belkhadir était sorti un peu avant les autres pour déneiger les marches menant au stationnement « afin de s \u2019assurer que les fidèles qui sor tent de la grande mosquée ne se blessent pas en sortant », a expliqué le procureur.Or, M.Belkhadir se trouvait du côté est, alors qu\u2019Alexandre Bissonnette est arrivé de l\u2019autre côté de la mosquée, à l\u2019ouest.Alerté par un couple qui avait entendu des coups de feu, M.Belkhadir s\u2019est ensuite caché pour appeler la police.Le téléphone en main, on le voit revenir sur les lieux du drame et trouver deux hommes sur le sol.On le voit poser son manteau sur l\u2019une des deux victimes, « afin de le garder au chaud », lorsque les premiers policiers arrivent sur les lieux, l\u2019arme au poing.« Il n\u2019a vu que l\u2019arme braquée sur lui », a expliqué le procureur Jacques.« Ignorant qui était le suspect, il a pris panique.Croyant qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019individu qui avait causé tout le carnage dont il avait pris connaissance, il s\u2019est enfui.» C\u2019est alors qu\u2019il a été arrêté.Le ministère public a aussi insisté sur le courage de celui que plusieurs ont qualifié de héros au lendemain du drame.Les caméras de surveillance montrent en effet l\u2019épicier Azze- dine Soufiane se jeter sur Alexandre Bisson- nette, près du portique, avant d\u2019être abattu.Une autre caméra permet de voir en outre les gens chercher à se cacher dans une minuscule pièce sans porte, au fond de la salle.Les images révèlent également la présence de trois garçons qui jouent par terre tranquillement à l\u2019entrée de la salle, avant que ne retentissent les premiers tirs et que des hommes viennent les chercher en courant.Une autre caméra montre qu\u2019une fillette se trouvait au milieu de la zone de tir, au fond de la salle de prière.Au terme de la présentation des vidéos, le juge a ajourné l\u2019audience d\u2019un ton grave en souhaitant une bonne soirée à tous, avant la reprise des travaux jeudi matin.À la sortie de la salle, le président de la mosquée, Mohamed Labidi, a expliqué aux journalistes que la décision de regarder ces images avait été pour lui un choix « déchirant », mais qu\u2019il avait d\u2019abord voulu rester pour bien jouer son rôle de porte-parole.« Je voulais avoir la vraie version.» Et d\u2019ajouter qu\u2019il voulait aussi «voir le côté héroïque de personnes comme Az- zedine Soufiane ».En sanglots, il a aussi parlé du courage de Mohamed Belkhadir, qui est revenu porter secours aux victimes, et de Saïd Akjour, qui est parti à la poursuite du tireur malgré sa blessure.« Malgré qu\u2019ils [fussent] complètement démunis devant des armes automatiques, ils ont essayé de faire de leur mieux.Et ça, c\u2019est vraiment très droit.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MEURTRIER Cramail avaient offert cette huile sur toile afin de relancer la collection de la Fabrique Notre- Dame, partie en fumée dans l\u2019incendie de la cathédrale cette année-là.Le don a été officialisé en 1938.Finalement, contrairement à ce qu\u2019avançait Marc Mayer, directeur général du MBAC, dans nos pages il y a quelques jours, le David ne va pas quitter le Canada.Au contraire, le propriétaire tient à ce qu\u2019il reste au pays.«Dès le départ, ça faisait partie du discernement de la paroisse et de celui de notre hiérarchie », a énoncé monseigneur Bélanger.«Ça n\u2019aurait pas marché autrement.» « Ce tableau viendrait compléter la collection du Séminaire de Québec.Il [jouit] d \u2019une grande importance nationale et identitaire », énumère Stephan La Roche, et il est « lié à l\u2019histoire d\u2019immigrantes françaises qui ont fait des dons importants, qui ont fait beaucoup pour développer le goût de l\u2019art à Québec et au Québec ; à l\u2019histoire de l\u2019éducation religieuse et culturelle de Québec et du Québec ; et lié à la Fabrique, donc à la cathédrale de Québec.En plus d\u2019être d\u2019un grand artiste et d\u2019une grande valeur.On devrait considérer que ce tableau reste à Québec et au Québec.» David contre Goliath Nathalie Bondil, directrice générale et conser vatrice en chef du MBAM, et M.La Roche travaillent donc main dans la main.Les deux directeurs ont d\u2019ailleurs déposé au ministère de la Culture une demande de classement du Saint Jérôme comme objet patrimonial en début de semaine.« On veut trouver une solution de collaboration, de copropriété, et c\u2019est déjà symboliquement très fort », et inédit au Québec, indique Mme Bondil, « pour conserver le patrimoine dans sa province, pour pouvoir le partager plus largement.Est-ce qu\u2019on va y arriver ?Ça, je ne peux pas le dire.» Car les moyens sont inégaux.« Il faut comprendre que d\u2019un côté, vous avez le musée d\u2019Ottawa qui reçoit 8 millions d\u2019argent public chaque année pour ses acquisitions, qui est le seul musée à recevoir des sous du fédéral », explique madame Bondil.«Nous, on a de l\u2019argent uniquement de dons privés pour nos acquisitions.Et c\u2019est huit fois moins.Et on a quatre comités là-dessus.C\u2019est une grosse dif férence.On ne joue pas à armes égales.C\u2019est pour ça qu\u2019on se met à deux pour le David, sinon on n\u2019est pas capables [de l\u2019acquérir], et on va aller au privé chercher des mécènes.» Le Musée de la civilisation a refusé de son côté de dévoiler le montant de son fonds d\u2019acquisition.Est-il inférieur à 8 millions de dollars par année?«Oui », répond Stéphan La Roche sans arriver à se retenir de pouffer de rire.«Ça, je peux dire ça ! » Québec contre Ottawa « Pourquoi, quand vous avez 8 millions d\u2019argent public pour les acquisitions, vous vendez une œuvre, un Chagall ?Huit millions, c\u2019est beaucoup ! On est là, conservateurs, pour enrichir les collections, pas pour les vendre », indique celle qui a été à la tête du succès de Chagall : couleur et musique à Montréal, l\u2019exposition la plus visitée du Canada en 2017, avec 300 000 visiteurs.« C\u2019est une situation totalement inédite », poursuit Mme Bondil.« J\u2019avoue que je ne comprends pas.L\u2019idéal serait de pouvoir conserver un très beau Chagall au MBAC ; de conserver un très beau David de jeunesse \u2014 pourquoi pas à trois, à la limite, puisqu\u2019on est déjà deux musées ?\u2013 et qu\u2019il y ait une subvention pour la cathédrale Notre-Dame de Québec.Ce serait le scénario idéal.Trouver des façons de conserver le patrimoine d\u2019ici.Il y a peut-être des solutions de collaboration et de transparence pour mettre nos énergies ensemble afin que tout soit préservé sur le sol canadien.» Il semble toutefois qu\u2019il soit trop tard pour que La tour Eif fel de Chagall reste propriété canadienne.Le tableau a déjà quitté le pays avec une licence d\u2019exportation permanente.Il est en consignation auprès de la prestigieuse maison de ventes Christie\u2019s depuis plusieurs mois.L\u2019huile a été montrée à Londres du 20 au 28 février dernier, pour mousser l\u2019intérêt des acheteurs, à Hong Kong du 31 mars au 4 avril, et est en chemin vers New York, où elle sera mise aux enchères le 15 mai prochain.Les annulations de consignation ou de vente ne peuvent se faire chez les maisons d\u2019enchères qu\u2019en payant une large part de la commission du vendeur, qui se chiffre, pour un tableau de cette valeur, à plusieurs millions.Le Musée des beaux-arts du Canada n\u2019a pas répondu aux nombreuses questions du Devoir.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 CHAGALL JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a réagi positivement à la décision du juge François Huot d\u2019empêcher la dif fusion par les médias des images captées par les caméras de la mosquée où Alexandre Bissonnette a commis son crime."]
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