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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2018-05-05, Collections de BAnQ.

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[" Contrecœur Stupéfaction devant l\u2019acquittement des accusés Page B 4 Michel David Chronique sur le fédéralisme de guerre Page B 5 C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 Le Devoir d\u2019histoire Êtes-vous Marie-Victorin ou Lionel Groulx?Page B 10 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U A u gré des commémorations et des enjeux du présent, l\u2019examen de ce qu\u2019on a simplement baptisé «Mai 68» n\u2019en finit plus.De ces éclats de quelques mois, qui aurait pu croire qu\u2019on en étudierait encore les facettes 50 ans plus tard?Pour le sociologue Jean-Phi- lippe Warren, peu de gens toutefois s\u2019emploient à revoir de l\u2019intérieur ce qui est survenu au cours de cette année tourmentée, au Québec comme à l\u2019étranger.Selon le professeur Warren, « on réinterprète surtout selon les idéologies » qui traversent notre présent.« Mai 68, c\u2019est fondamental, dit le professeur Warren.C\u2019est le seul moment où ça marche, avec une grève générale et une visibilité énorme.Pour tout le monde, ça devient le point de référence.» Est-ce pour autant une réussite?Oui, si on entend par là que le mouvement s\u2019est répandu à toutes les classes populaires au point d\u2019engendrer une paralysie générale du pays.Mais quelles sont les suites que l\u2019on peut percevoir de ces actions?Là-dessus, tout le monde ne s\u2019entend pas.Il est vrai que cette année riche en bouleversements est dif ficile à analyser et laisse place à plusieurs interprétations, selon les lieux où s\u2019enracinent les révoltes et les mouvements sociaux.L\u2019Acadie Avec la grève générale et des barricades, les étudiants français n\u2019ont pas le même impact sur les consciences que les avancées de leurs vis-à-vis allemands ou italiens.La répression soviétique du mouvement de libéralisation en Tchécoslovaquie n\u2019est pas du même ordre que les manifestations contre la guerre du Vietnam réprimées aux États-Unis.Et comment comparer la répression des étudiants au Japon avec celles dont sont victimes leurs vis-à-vis du Mexique?Si au Québec, en par tie à l\u2019exemple de la France, l\u2019automne 1968 se révèle chaud, il se trouve déjà en Acadie, dès le mois de février, un mouvement social étudiant fringant.L\u2019Acadie, l\u2019Acadie ?! ?, un film de Pierre Perrault et Michel Brault, dont la dif fusion sera empêchée, en témoigne.Des pays ne sont pas touchés par cette vague.C\u2019est le cas de l\u2019Angleterre, pourtant le creuset d\u2019une partie de l\u2019esprit qui préside aux années 1960.« Ils inventent des mo - des, des codes pour la contestation, mais les Britanniques laissent passer.Ils savent que jeunesse se passe.» Comme dans toutes les révolutions, on a prétendu bien vite que celle de Mai était téléguidée depuis l\u2019étranger, au nom du communisme de Moscou.On a dit aussi qu\u2019elle marquait un conflit de générations, ou à tout le moins un temps de renouveau porté par la volonté d\u2019établir de nouveaux rapports de classes, au nom d\u2019un changement de garde entre un ancien et un nouveau monde, sous l\u2019impulsion de mouvements sociaux d\u2019un nouveau type.Au fil du temps, l\u2019analyse de ces événements protéifor - mes varie beaucoup.Mutation du capitalisme Ces dernières années, plusieurs ont soutenu l\u2019idée que Mai 68 a accouché en vérité d\u2019une simple mutation du capitalisme.Dans le Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski et Ève Chiapello présentent l\u2019esprit Mai 68 comme une « critique artiste », fondée sur une idée de la liberté, de l\u2019autonomie et de l\u2019authenticité de soi.Cet esprit de la création de soi, au nom d\u2019un monde plus libre, aurait été transmis dans la suite des choses à l\u2019univers de la publicité, des médias, de la finance, du spectacle, de l\u2019univers d\u2019Internet.Bref, ce mai aurait dérivé jusqu\u2019au capitalisme d\u2019au- jourd\u2019hui, toujours prêt à se revêtir des attributs de la liberté, voire de la révolution, comme si le moindre produit qualifié de «révolutionnaire» avait un lien quelconque avec une volonté profonde de changer la vie.Au nom de la liberté totale de l\u2019individu, la revendication de l\u2019autonomie individuelle va servir de marchepied à l\u2019ascension d\u2019un nouveau capitalisme.Ceux de 1968 qui, parmi les ouvriers notamment, proposaient une critique sociale au nom des exclus et des vaincus de l\u2019ordre dominant se sont retrouvés à s\u2019opposer à ceux dont les aspirations individuelles consistaient moins à changer le monde qu\u2019à revoir comment en profiter à titre individuel.De ce type d\u2019interprétation de Mai 68 a percolé un discours édifié à la gloire de la liber té de l\u2019individu, comme dans Révolte consommée de Joseph Heath et Andrew Potter.L\u2019ancien directeur de l\u2019Institut d\u2019études canadiennes de McGill et son acolyte y soutiennent que la rébellion contre-cultu- relle à laquelle s\u2019abreuve Mai 68 a finalement constitué un moteur parmi d\u2019autres du libéralisme économique.Une confusion entre la nature oppressive de toute forme d\u2019autorité et l\u2019existence de règles indispensables à la vie sociale a paradoxalement constitué le terreau de l\u2019individualisme libéral en lui permettant d\u2019utiliser une critique de la société de masse contre les structures collectives.Non seulement le courant favorisé par Mai 68 n\u2019aurait rien changé au système capitaliste, mais il aurait en fait charrié un nouveau type de conformisme au sein de la société de consommation.Pour Christopher Lasch, dès 1979, nombre de révolutionnaires de ces années « embrassèrent la cause du radicalisme » non «parce qu\u2019elle promettait des résultats pratiques, mais parce qu\u2019elle constituait une nouvelle manière de dramatiser leur moi ».Ce genre d\u2019interprétation est « le plus souvent porté par des penseurs plus à droite, ob- ser ve Jean-Philippe Warren, mais pas seulement par eux».«La thèse de Luc Boltanski, selon laquelle Mai a conduit à moderniser le capitalisme, à le défaire d\u2019un cadre rigide, bref à faire advenir un néocapitalisme libéral» est bien loin des préoccupations de Jean-François Hamel, dit-il en entrevue.Professeur de littérature à l\u2019UQAM, il vient de faire paraître en Fran - ce, aux Éditions de Minuit, Nous sommes tous la pègre, les années 68 de Blanchot.Cet essai consacré à Maurice Blan- chot, un des acteurs les plus radicaux de Mai 68, a reçu nombre de commentaires élogieux.« En tant que professeur à l\u2019UQAM, j\u2019étais aux premières loges du Printemps érable de 2012 puis de 2015.J\u2019ai voulu m\u2019expliquer une tradition anarchisante », dit Jean-François Hamel.Ce n\u2019est pas du tout le sujet de son livre, qui invite plutôt à trouver un sens politique dans les événements mêmes de 1968, autour de cette avant-garde littéraire dans laquelle l\u2019écrivain Blan- chot joua un grand rôle.Une prise de parole « Il existe tout de même des analogies entre ces événe- ments de 1968 et ceux du Québec en 2012, tient à préciser Hamel.Il y a en 2012 comme en 1968 l\u2019ouverture de la crise étudiante à une dimension plus large.En quelque sor te, on trouve là une reprise ou une filiation avec 1968.Les étudiants québécois vont constituer un espace critique des médias et de l\u2019information en investissant la parole grâce à des tracs, à des slogans, à des formats de communication différents.On crée un nouvel espace de circulation des idées, dans une volonté de prise de parole, comme en 1968.» Les murs prennent la parole, comme on le dira à l\u2019époque.«Dans cette volonté de renouveler la communication, les étudiants ne le savaient pas forcément, mais ils recréaient des procédés de 1968 », estime le professeur de littérature.D\u2019une certaine façon, croit Jean-François Hamel, les butoirs de 2012 au Québec seront d\u2019ailleurs les mêmes qu\u2019en 1968.«Devant les mécanismes de la démocratie directe, il était très difficile pour les étudiants de faire comprendre le rôle des por te-parole.Pour af firmer quelque chose, ils devaient retourner en discuter en groupe.Il y avait au fond la même méfiance devant les délégations de la parole en 1968.» En 2012, on assiste à une réhabilitation d\u2019une démocratie perdue, croit le professeur.Selon Jean-Philippe Warren il est cer tain que, d\u2019hier à au- jourd\u2019hui, «Mai 68 reste une référence importante pour qui entend montrer que les jeunes comme la société ne sont pas passifs».Faut-il pour autant commémorer Mai 68 ?En Europe, on a vu apparaître à cette occasion des slogans comme « Fuck mai 1968 : Fight Now ».Ce sens de l\u2019engagement au nom des luttes sociales du présent reste peut-être le reflet le plus éclatant de l\u2019héritage vivant de cette vague de contestations d\u2019il y a 50 ans.Pour plusieurs, Mai 68 n\u2019était au fond qu\u2019une étoile marquant la direction à suivre pour s\u2019efforcer d\u2019atteindre l\u2019inaccessible idéal.Le Devoir Mai 68, une rébellion sans révolution Une année riche en bouleversements, qui laisse place à plusieurs interprétations Dossier \u203a Mai 68, printemps de révolte.Québec: la douce anarchie de 1968.France: la naissance d\u2019un peuple «adolescent».Livres: à lire ou à relire sur le sujet.Événements: la ligne du temps.Pages B 2 et B 3 MICHEL PANSU Photo tirée du livre Mai 68.L\u2019envers du décor de Bruno Fuligni, publié chez Gründ PERSPECTIVES ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Les leaders de Mai 68 haranguent des étudiants devant la gare Saint-Lazare à Paris, lors d\u2019une manifestation de solidarité avec les ouvriers en grève des usines Renault de Flins.Il existe des analogies entre ces événements de 1968 et ceux du Québec en 2012: l\u2019ouverture de la crise étudiante à une dimension plus large Jean-François Hamel, professeur de littérature à l\u2019UQAM « » Mai 68 reste une référence importante pour qui entend montrer que les jeunes comme la société ne sont pas passifs Le sociologue Jean-Philippe Warren « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 MAI 68 PRINTEMPS B 2 22 mars 1968 Le Mouvement du 22 mars, mené par Daniel Cohn-Bendit, occupe la tour administrative de Nanterre pour protester contre l\u2019arrêt des activités du Comité Vietnam.2 mai Journée anti-impérialiste à Nanterre.La faculté est fermée.3 mai L\u2019UNEF (Union nationale des étudiants de Fran ce) et le Mouvement du 22 mars organisent une rencontre à la Sorbonne : début de la première crise estudiantine.6 mai Affrontements dans la nuit, barricades dans le Quartier latin, 945 blessés et 400 arrestations, appel à la grève générale illimitée.9 mai La grogne gagne Strasbourg, Lyon, Nantes, Rennes, Toulouse et Dijon.10 mai Barricades rue Gay- Lussac, 80 voitures incendiées, 720 blessés légers, 367 blessés graves, dont 251 policiers.11 mai Les syndicats CGT, CFDT et FEN appellent à une grève générale pour le 13 mai.Intervention de 6355 policiers durant le week-end.Pompidou annonce la libération des étudiants arrêtés en flagrant délit.13 mai 800 000 manifestants descendent dans les rues à l\u2019appel des syndicats, mais de 300 000 à 400 000 selon la police.C\u2019est la grève générale.18 mai Deux millions de grévistes en France, dont ceux des usines de Renault, de Bil- lancourt et de Flins.20 mai Dix millions de grévistes en France : paralysie des trains, des métros, de la poste, de la collecte des ordures, des journaux, de la télévision et des radios publiques.22 mai La grève est à l\u2019apogée.24 mai Inter vention de De Gaulle : discours à la nation pour annoncer un référendum sur la participation.Nouvelle nuit d\u2019émeutes.25-26 mai Négociations entre le premier ministre Pompidou et les syndicats.J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U M ai 68 n\u2019a pas eu d\u2019effet direct au Québec, estime l\u2019historien Jean Lamarre, auteur d\u2019une histoire du mouvement étudiant québécois de l\u2019époque et de ses relations internationales.À tout le moins, ce ne sont pas des vases communicants.« Mes recherches montrent qu\u2019en mai, le Québec est peu au courant des revendications françaises.» Claude Charron, alors un des leaders étudiants, va même écrire à ses vis-à-vis français pour connaître leurs revendications.« Les étudiants québécois pensent d\u2019abord qu\u2019ils partagent un objectif commun, celui de favoriser un meilleur accès au système d\u2019ensei gnement », rappelle le professeur d\u2019histoire au Collège militaire royal du Canada.Le 11 mai, l\u2019Union générale des étudiants du Québec (UGEQ) envoie un télégramme en appui aux étudiants français.Leurs actions, disent- ils, concernent une réforme de l\u2019éducation supérieure pour laquelle ils luttent eux aussi\u2026 C\u2019est une vision pour le moins étroite de la réalité.Montréal ne compte alors qu\u2019une seule université.Le grand réseau universitaire du Québec n\u2019existe pas encore.La maigre structure en place pour accueillir de nouveaux contingents d\u2019étudiants s\u2019avère tout à fait insuffisante.Pourquoi financer une université anglaise comme McGill alors que tout manque pour la majorité française?Les groupes anglophones de McGill vont eux-mêmes se mobiliser pour dénoncer la soumission de cette université au pouvoir.Dès la fin 1968, on pense à organiser une grande manifestation contre l\u2019élitisme et la bourgeoisie que symbolise McGill, au nom de la décolonisation du Québec et de l\u2019accessibilité de l\u2019éducation.La manifestation aura lieu finalement le 28 mars 1969.Le sociologue Jean-Philippe Warren, auteur d\u2019Une douce anarchie : les années 68 au Québec, considère que Mai 68 a tout de même eu un fort écho ici, ne serait-ce que par un effet de rebondissement.À l\u2019été, les leaders étudiants français sont invités au Québec.Jacques Sauvageot, un des leaders français de Mai, doit en principe venir.Cela ne se fera pas.« Cohn-Bendit va à Toronto en 1969 et s\u2019arrête alors au Québec.Il se rend compte de la particularité du cas québécois.Au Québec, dit-il, j\u2019aurais été nationaliste !» Un accès à l\u2019éducation Au Québec, ce sera plutôt à l\u2019automne que les revendications se feront le plus sentir.Jean Lamarre explique : «Au Québec, les tensions se font sentir à l\u2019automne 1968, en octobre-novem- bre.Quinze collèges sur vingt-trois sont en grève, ainsi que quelques départements universitaires.Certaines facultés aussi.On veut un accès à l\u2019éducation.On veut avoir accès à l\u2019université.Montréal ne compte alors que l\u2019Université de Montréal pour les francophones.Mais tout cela s\u2019articule en faveur de ses propres revendications.» Jean Lamarre n\u2019a pas constaté de rapports particuliers avec l\u2019étranger, si ce n\u2019est un soutien aux étudiants vietnamiens et cubains.Bien avant la grève étudiante de l\u2019automne 1968 au Québec et avant la France en mai, il y eut la grève pour les droits de scolarité en Aca- die à compter du 12 février.Au Québec, dès l\u2019été, on promet un automne chaud.Les nouveaux cégeps vont entrer en grève.«Les jeunes s\u2019inquiètent de la qualité des cours, du manque de place pour eux.Ils se demandent s\u2019il y aura une place pour eux à l\u2019université.» Ces jeunes se mobilisent pour des objets concrets, par exemple la qualité de la nourriture dans les cafétérias.Il y a aussi une préoccupation importante pour la condition sociale pauvre d\u2019où est issue une partie des étudiants.Quand, le 7 juin, une manifestation est organisée à Montréal pour soutenir les soulèvements en France, une poignée de personnes seulement s\u2019y rendent.« Peut-être qu\u2019on n\u2019a pas mis le paquet pour mobiliser les gens à cet événement, mais il reste que les manifestations contre la guerre du Vietnam ou le racisme reçoivent beaucoup plus d\u2019écho », dit Jean Lamarre.Pas tant que cela d\u2019ailleurs, pense Jean-Philippe Warren.« Il faut arrêter de s\u2019imaginer que les étudiants québécois sont alors portés par de grands enjeux internationaux comme la guerre du Vietnam.Les manifestations en opposition à la guerre ne rassemblent presque personne.» «En 1969, alors qu\u2019on sait ce qui se passe au Vietnam, un sondage indique pourtant que 25 % des étudiants sont pour la guerre, 15% contre et que 60% n\u2019ont pas d\u2019opinion ! » En somme, les étudiants québécois ne forment pas un tout compact, malgré l\u2019image qu\u2019on a voulu en donner dans un regard a posteriori.En même temps, observe Warren, environ 75 % de cette population étudiante va bientôt se montrer favorable aux idées du Par ti québécois de René Lé- vesque.Ce n\u2019est pas l\u2019activité des Black Panthers, des Weather Underground ou de la Black Liberation Army qui domine les conversations.À travers la multitude des groupes qui pullulent alors, au Québec comme à l\u2019étranger, tous les intérêts ne convergent pas dans une seule direction.De la révolte au politique La mémoire de Mai 68 au Québec a été réintégrée dans un grand récit porté par l\u2019élan de la Révolution tranquille.Au point où ce n\u2019est peut- être qu\u2019au Québec que le souvenir de 1968 est aussi heureux, estime Jean-Philippe Warren.Ailleurs, presque partout, cette année turbulente est suivie de contre-courants très forts, notamment dans l\u2019espace politique, note-t-il.À la différence de ce qui se joue en Europe, les ponts entre les étudiants québécois et la constitution d\u2019une élite politique vont apparaître bien vite.D\u2019anciens membres de l\u2019UGEQ seront bientôt propulsés dans l\u2019appareil d\u2019État, dont Bernard Landry, Pierre Marc Johnson, Denis de Belleval, Louise Harel et Claude Charron.Pour Jean Lamarre, le 68 des étudiants québécois n\u2019est pas le début de quelque chose mais plutôt la fin, puisque sa structure va éclater à la suite de profondes divisions et des défections.«Après, le mouvement sera plus réformiste que révolutionnaire.En 2012, avec le Printemps érable, cela ressemble beaucoup à ce qui se passe en 1968.Il y a une mobilisation intense, des revendications, puis une disparition.» Il n\u2019en demeure pas moins, depuis les profondeurs de ce mouvement, une étincelle d\u2019espérance envers l\u2019avenir qui ne cesse de rejaillir au fil du temps.Le Devoir La douce anarchie québécoise de 1968 Une révolte inscrite dans le sillage de la Révolution tranquille PHOTOS ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Des voitures renversées rue Gay-Lussac à Paris, lors de violentes bagarres qui ont opposé des étudiants aux forces de l\u2019ordre dans la nuit du 10 au 11 mai 1968.Un étudiant arrêté le 6 mai 1968 Le leader étudiant Daniel Cohn-Bendit Les suites d\u2019une manifestation à Paris Un af frontement avec la police à Paris Il faut arrêter de s\u2019imaginer que les étudiants québécois sont alors portés par de grands enjeux internationaux comme la guerre du Vietnam.Les manifestations en opposition à la guerre ne rassemblent presque personne.Le sociologue Jean-Philippe Warren « » Une poignée de personnes se rendent à une manifestation à Montréal pour appuyer les soulèvements en France L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 B 3 27 mai Signature des accords de Grenelle attribuant aux syndicats une hausse de 35 % du salaire minimum et une haus - se salariale de 10 %.François Mitterrand, de la FGDS, appelle au départ de De Gaulle et à la création d\u2019un gouvernement de remplacement.29 mai De Gaulle, «disparu» depuis 48 heures en Allemagne au quartier général des Forces françaises, annonce qu\u2019il s\u2019adressera au pays le lendemain.30 mai De Gaulle annonce dans un discours radiodiffusé qu\u2019il ne se retire pas, mais qu\u2019il dissout l\u2019Assemblée nationale.Manifestation monstre en sa faveur sur les Champs- Élysées : quelque 500 000 personnes sont présentes.31 mai Reprise des ser vices publics.16 juin Évacuation de la Sorbonne.23 et 30 juin Les gaullistes remportent les élections avec la plus forte majorité depuis la Ve République.Bilan total des affrontements : quatre morts.Pendant ce temps, dans le reste du monde.Janvier 1968 Révolte étudiante au Japon contre la guerre du Vietnam, occupation durant des mois de l\u2019amphithéâtre Yusada.3 avril Assassinat de Martin Luther King aux États-Unis.5 juin Assassinat de Rober t Kennedy aux États-Unis.Août Les troupes soviétiques pénètrent dans Prague pour mater la révolte amorcée en janvier de la même année.2 octobre Massacre d\u2019étudiants mexicains à Tlatelolco, qui protestaient contre l\u2019autoritarisme du gouvernement.?Illustrations (y compris celle en haut de page) tirées du livre Les années 68, de Patrick et Charlotte Rotman, Seuil.Des étudiants contestataires sur le boulevard Saint-Michel à Paris, le 25 mai 1968 C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris «L a jeunesse étouffait ! » lance un Daniel Cohn-Bendit en colère.Et le général de Gaulle de lui répondre calmement : « Vous me faites rigoler avec votre bourgeoisie.Ce n\u2019est pas moi, c\u2019est vous qu\u2019elle adore ! Vous avez su \u201clibérer\u201d ces pauvres enfants gâtés qui s\u2019ennuyaient tant.» Évidemment, ce dialogue n\u2019a jamais eu lieu puisque le leader de 68 et le libérateur de 44 ne se sont jamais rencontrés.Imaginé par la journaliste Christine Clerc à partir d\u2019interviews et de déclarations réelles, ce texte sera joué dans quelques jours sur la petite scène du Théâtre 14 à Paris.Tiré d\u2019un livre intitulé Le tombeur du général (Allary), il montre que l\u2019unanimité n\u2019est pas faite sur le bilan de ce printemps qui commença le 3 mai par l\u2019occupation de la Sorbonne et s\u2019acheva le 16 juin par son évacuation.Alors que Danny le Rouge dit « n\u2019avoir rien de neuf à ajouter », dans Le Nouveau Magazine littéraire, Raphaël Glucksmann magnifie à nouveau « ce moment de chaos où la marche du monde fit une pause pour laisser libre cours aux rêves les plus fous».À l\u2019opposé, dans une conférence du Figaro, l\u2019ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson ne dénonçait rien de moins qu\u2019un «moment paroxystique du processus de destruction du sens qu\u2019est la modernité ».Dans cette guerre de tranchées, quelques rares chercheurs comme le sociologue Jean-Pierre Le Goff tentent de décrypter ce qui se passait dans la tête des adolescents de cette époque.Le mythe 68 « Le problème, dit-il, c\u2019est qu\u2019on lit Mai 68 à partir des interprétations qu\u2019en ont faites les soixante-huitards qui, après avoir été révolutionnaires dans leur jeunesse, se sont reconvertis dans les médias ou à l\u2019université à partir des années 1980.Ça, c\u2019est la belle histoire racontée aux enfants par les vainqueurs.Ça n\u2019a rien à voir avec la réalité ! » Il suffit en effet de demander à un jeune ce qu\u2019il retient de Mai 68 pour qu\u2019il vous parle du mouvement féministe, de l\u2019écologie et de l\u2019antiracisme.Or, dit Le Goff, si le féminisme existait en mai 1968, il était très minoritaire.Sur les photos de l\u2019époque, les filles sont sur épaules de leur copain et il n\u2019y a pas de femme leader.S\u2019ils critiquent la société de consommation, les émeutiers ont abattu plus d\u2019une centaine d\u2019arbres pour faire des barricades, ce qui n\u2019a rien de très écologiste.Quant aux étrangers, on s\u2019y intéresse en tant que travailleurs immigrés.On est loin du mot d\u2019ordre « Black, Blanc, Beur » qui ne viendra que dans les années 1990.Vingt ans après avoir écrit Mai 1968, l\u2019héritage impossible (La Découverte), qui lui a valu d\u2019être excommunié par la gauche sans être adoubé par la droite, Jean-Pierre Le Goff a senti le besoin de raconter cette jeunesse d\u2019après la guerre qui fera Mai 68 (La France d\u2019hier, Stock).Ces jeunes, dit- il, sont nés entre deux mondes, celui de la France traditionnelle qui se modernisait à toute vitesse et celui de la société des loisirs et de l\u2019information dans laquelle ils allaient basculer.«Ces jeunes ont été élevés dans une filiation historique qui reliait encore les générations à un très long passé.Ils avaient connu le catholicisme avec son dolorisme et son catéchisme doctrinaire.Ils avaient étudié les humanités avec cette image de la France ancestrale, terre des lettres et des arts.Mais, en même temps, les voilà qui entraient dans une société inédite de consommation, de loisir et de mass media.Pour la première fois, le progrès se concrétisait par des objets qui pénétraient dans la vie quotidienne: la voiture, la télévision et le transistor.Cette jeunesse était totalement séduite.Le bonheur était à portée de main.Elle voulait tout de suite ! D\u2019autant plus que la culture rock, celle de l\u2019hédonisme et de la Beat Generation, l\u2019incitait à profiter de la vie maintenant.» Un lac d\u2019impatience Ce nouvel esprit entre alors en collision frontale avec le pouvoir, qui tente tant bien que mal de faire la synthèse entre une nécessaire modernisation de la France et un héritage historique où tout n\u2019est pas à bazarder.Mai 68 est «un lac d\u2019impatience qui ne pouvait que déborder », écrit Jean-Christophe Bailly (Un arbre en mai, Seuil).Personne n\u2019a vu venir cette génération adolescente qui fait irruption pour la première fois sur la scène de l\u2019histoire.«L\u2019adolescence est normalement une période de passage de l\u2019enfance à l\u2019âge adulte, dit Le Gof f.Elle était auparavant beaucoup plus courte.Avec la démocratisation et la massification du secondaire et de l\u2019université, ce qui ne concernait qu\u2019une minorité s\u2019élargit.Et l\u2019adolescence, normalement transitoire et qui finit par rencontrer l\u2019épreuve du réel à un moment donné, va se prolonger.Avec le rock et la culture jeune va se former ce que Paul Yonnet appelait un \u201cpeuple adolescent\u201d.» Avant d\u2019être féministe, écologiste ou antiraciste, Mai 68 va donc porter la marque de cette adolescence.«Interdit d\u2019interdire», «Je prends mes désirs pour des réalités», «Jouir sans entrave», tous ces mots d\u2019ordre sont totalement adolescents, dit le chercheur.Certains en auront d\u2019ailleurs l\u2019intuition.Le sociologue Edgar Morin parle d\u2019un «1789 socio-juvénile».Raymond Aron évoque une «révolution introuvable» et un «marathon de palabres».«Pure logorrhée [\u2026] dont la trop évidente réalité sera reprise par les slogans de la publicité», écrira plus tard le Québécois Pierre Vadeboncœur.Rien de surprenant qu\u2019à Matignon, où l\u2019on veut éviter à tout prix qu\u2019il y ait des morts, on ne comprit rien à cette jeunesse dorée qui érigeait des barricades comme si elle se rejouait 1848.Pompi- dou fera tout pour canaliser le mouvement vers des négociations avec les syndicats qui, eux, ont des revendications.Après six semaines de défoulement, cette jeunesse s\u2019arrêtera subitement pour partir en vacances.Il suffira pour cela à De Gaulle de disparaître pendant 48 heures et de laisser planer le doute sur sa démission.Si elle ne change rien au pouvoir politique, cette culture adolescente va devenir un modèle social et connaîtra un destin extraordinaire en 1980, quand François Mitterrand arrive au pouvoir, dit Le Goff.«Avec la fin des idéologies et l\u2019échec des utopies politiques, les soixante-hui- tards vont se reconvertir.L\u2019extrême gauche s\u2019est cassé la gueule dans les années 1970.Les utopies politiques ne font plus rêver.Le gauchisme culturel va servir de substitut.La question sociale va devenir secondaire au profit des questions culturelles, d\u2019identité et de mœurs.» Laurent Joffrin parle alors de «génération morale».C\u2019est l\u2019époque de We Are the World.Il s\u2019agit de fabriquer un homme nouveau, sans révolution.Au passage, la gauche s\u2019éloignera progressivement des classes populaires que l\u2019on caricature en « beaufs ».C\u2019est cela, pour Jean-Pierre Le Goff, l\u2019héritage impossible de Mai 68.On ne peut pas penser que le monde a commencé en 1968, dit-il.«Le monde d\u2019avant était peut-être dur, mais il n\u2019était pas inhumain, contrairement à ce qu\u2019ont raconté les soixante-huitards.Il avait même des aspects intéressants, notamment dans l\u2019éducation des enfants qui avaient un grand sentiment de liberté et d\u2019insouciance.Aujourd\u2019hui, ils sont au centre, mais on fait peser sur leurs épaules une responsabilité insoutenable.» Dans la pièce de Christine Clerc, de Gaulle prédit à Cohn-Bendit qu\u2019il deviendra animateur de Club Med ou commentateur de foot (il vient justement d\u2019écrire un livre le sujet).«Ça me plairait», répond celui-ci.Et de Gaulle de conclure : «Vous vous en tirerez toujours [\u2026].C\u2019est pour les autres que je m\u2019inquiète : ces jeunes que vous avez enivrés d\u2019illusions et qui retrouveront bientôt leur chaîne de montage ou leurs cours de sociologie\u2026 Ils avaient besoin d\u2019un grand projet, vous ne leur avez donné qu\u2019une récréation\u2026» Le Devoir La naissance d\u2019un « peuple adolescent » Mai 68 sera l\u2019amorce de changements sociaux plus que politiques Les années 68.Patrick Rotman, Charlotte Rot- man, Seuil, Paris, 2018, 348 pages.C\u2019est un peu comme mettre le grand plat dans un plus grand encore.Car Mai 68 «ne se limite ni dans le temps ni dans l\u2019espace au printemps de ce millésime exceptionnel», écrivent les auteurs de ce bouquin illustré et ambitieux qui invite à décoller le nez de l\u2019épicentre pour saisir l\u2019entièreté d\u2019une secousse sociale, politique, économique et culturelle qui a commencé bien avant, pour finir dans le milieu des années 1970.Tout en photos, en illustrations d\u2019époque et en fragments d\u2019actualité, l\u2019œuvre remonte le fil des nombreuses mutations qui ont donné le la à cet appel radical au changement.La fin de la ruralité, l\u2019avènement de la surconsommation, Tati, John Lennon, la résistance ouvrière face au Capital, la guerre du Vietnam, le cinéma de Godard, Sartre, Dylan, les Stones et le Club Med.Une jolie ratatouille?Oui, pleine de lyrisme, de violence, d\u2019espoir et de désillusion, qui confirme au passage que la révolution de Mai 68 a bel et bien été «rythmée par des airs venus d\u2019ailleurs» et que le bruit de cette révolution a trouvé des échos aussi en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, au Japon\u2026 Mai 68.L\u2019envers du décor.Bruno Fuligni, Gründ, Paris, 2018, 248 pages.Les étudiants de la Faculté de médecine en grève.Daniel Cohn-Bendit devant la Sorbonne, rue Saint-Jacques, à la veille de comparaître devant le conseil de discipline.Du feu dans les barricades, des voitures retournées le long de rues déshabillées de leurs pavés\u2026 Les événements de mai 1968 sont revisités ici en passant par le vaste fonds photographique de France Soir, le quotidien français \u2014 plutôt de centre droit \u2014 dont les journalistes ont été des témoins privilégiés de cette France en mutation.Ces images d\u2019un ras-le-bol, ces clichés de violence, ces espoirs mis en cadre ont été rassemblés par Bruno Fuligni, né le 21 mai 1968, et qui, loin des analyses habituelles sur ce fragment d\u2019histoire, veut simplement sortir de la mythologie du roman national pour montrer les visages «des convaincus et des attentistes, des filous et des profiteurs» et celui d\u2019un bouillonnement saisi ici sur le vif.L\u2019autre héritage de 68.La face cachée de la révolution sexuelle.Malka Marcovich, Albin Michel, Paris, 2018, 209 pages.Libération ou aliénation?Voilà la question que pose l\u2019historienne Malka Marcovich dans ce livre saisissant qui scrute la révolution sexuelle induite par Mai 68 sous l\u2019angle des abus et des dérives qu\u2019elle a aussi fait naître : soumission des femmes, éloge de la pédophilie, justification de l\u2019inceste, marchandisation du corps nu de la femme\u2026 Sous les pavés, il n\u2019y avait pas que la plage, mais aussi beaucoup d\u2019hypocrisie, relate-t-elle, en évoquant une révolution guidée par un faux sentiment de liberté, menée par des hommes pour leur propre plaisir.Chacun de vous est concerné.Dominique Gran - ge, Accordzéâme, Tardi, Casterman, Bruxelles, 2018, 46 pages.En libraire le 24 mai.Tiens, un livre sur Mai 68 qui défie les conventions: un peu livre illustré, un peu souvenirs personnels, avec en prime des chansons enregistrées sur un 33 tours et du vinyle qui accompagne le tout.Objet singulier! Rien de plus normal pour cette œuvre qui allie les chansons de Dominique Grange, figure forte de cette révolution, et les dessins de son mari, Tardi, dont la sensibilité et l\u2019engagement du trait ne sont plus à démontrer.Dès les premières pages, La pègre, chanson écrite dans la foulée de la dissolution des organisations d\u2019extrême gauche et l\u2019avis d\u2019expulsion hors de France de Daniel Cohn-Bendit, dit Dany le Rouge, pourtant né en France de parents juifs allemands, résonne.Il était considéré comme le leader du Mouvement du 22 mars, un des premiers points de bascule dans cette époque sous tension.Grève illimitée, Pierrot est tombé, Gueule noire, Les rivières souterraines\u2026 La liste de lecture est aussi généreuse que teintée, et surtout arrangée aussi par Accordzéâme, complice du couple depuis des années.Fabien Deglise À lire ou à relire Ces jeunes avaient besoin d\u2019un grand projet, vous ne leur avez donné qu\u2019une récréation Le général de Gaulle, dans un dialogue imaginé par la journaliste Christine Clerc à partir d\u2019interviews et de déclarations réelles « » DE REVOLTE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 4 O n va se le dire une bonne fois pour toutes : un mur frontalier \u2014 ou une clôture \u2014 ne règle rien.Sans allégeance politique, indépendamment de toute lecture partisane ou velléité électorale, les données sont là : un mur ne sert pas à enrayer les processus migratoires.Il les freine, les détourne, les enterre à grands frais.Mais il ne dissuade pas le passage.Et ne sécurise pas le territoire national.Puisqu\u2019il y a près de 70 murs construits ou en voie de construction dans le monde, avec plus de 40 000 kilomètres de frontières murées, le chercheur dispose des « laboratoires » nécessaires pour observer, décrypter, analyser l\u2019ef ficacité de ces ouvrages frontaliers aux allures parfois pharaoniques.Les résultats qui ressor tent d\u2019études menées à Montréal en lien avec des groupes de recherche en Europe, aux États-Unis, en Inde, dans le Golfe ne sont pas appuyés sur le fantasme d\u2019un monde ouvert prôné par des alter- mondialistes rêveurs.Ils sont concrets, tangibles.Ils se comptent en espèces sonnantes et trébuchantes \u2014 la ponction que les murs exercent sur les finances publiques \u2014, en pertes d\u2019emplois \u2014 tandis que les économies frontalières sont déstructurées \u2014 et en cadavres \u2014 ceux qui jonchent la frontière.Le long de la frontière mexicano-améri- caine, murée sur un tiers de son tracé et lourdement mil i tar isée de San Diego à Brownsville, les évidences sont là.Il faut voir les tunnels qui sont creusés sous le mur pour acheminer la drogue dans le sens sud- nord, les armes dans le sens nord-sud (car, oui, les flux sont rarement à sens unique).Il faut constater les trous découpés dans les grilles des plaques qui forment le mur en Arizona ou les pylônes par tiellement sciés sur sa por tion texane.I l faut voir les catapultes fixées à même le mur qui en devient le support ou la rampe mobile déployée par-dessus pour y fa ire passer une voiture.Il faut écouter les patrouilleurs frontal iers raconter que l\u2019installation de rasoirs sur le sommet d\u2019un mur est neutralisée en huit jours : il suf fit, disent-ils, d\u2019un sécateur à 12,99 $ acheté chez Lowes pour venir à bout d\u2019un barbelé de 8 millions.En ef fet, non seulement le mur (ou la clôture) est un gouf fre financier dont la construction oscille entre 1 et 6 millions du kilomètre, dont l \u2019entret ien est l \u2019équivalent du coût de maintenance d\u2019un pont ou d\u2019une autoroute (6,5 milliards sur 20 ans, selon une étude du Governement Accountability Office), mais il ne ser t qu\u2019un seul objectif : théâtraliser la frontière.Et l \u2019auditoire cible n \u2019est pas « l\u2019étranger », mais bel et bien la population du pays constructeur.En ef fet, le nombre d\u2019arrestations de migrants ayant franchi irrégulièrement la frontière méridionale des États-Unis est à son plus bas\u2026 depuis 1971, selon le département du Homeland Security.Il est donc pour le moins paradoxal de déployer la garde nationale le long de la frontière alors que, par le passé, cette opération a coûté 1,2 milliard pour 6000 gardes sous Bush et 145 millions pour 1200 gardes sous Obama.Le ratio personnels présents sur le terrain versus nombre d\u2019arrestations de migrants dits illégaux frôle le ridicule, au point où le représentant d\u2019Arizona Ruben Gallego a pu affirmer que le coût de deux arrestations par la garde nationale équivalait au logement d\u2019un vétéran pour une année \u2014 ce qui, vérifié, se situe ef fectivement dans le même ordre de grandeur.?Pourquoi, alors, invoquer l \u2019érection de murs, de clôtures, comme la solution à tous les maux ?Parce que c\u2019est gagnant.Pour le candidat qui veut se faire (ré) élire, pour le gouvernement qui veut asseoir sa légitimité, ou détourner l\u2019attention de sujets gênants.Mais certainement pas pour les citoyens des pays concernés ou pour les habitants des zones frontalières.On pourra parfois voir citée la grande « efficacité » du mur hongrois qui a détourné les flux vers d\u2019autres pays voisins.Outre le fait qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une vision très individualiste dans un monde global où l\u2019ef fet boomerang de toute politique est de plus en plus évident, elle ne saurait être plus par tiale, car elle omet une réal i té prosaïque : le coût de constr uction de la bar rière s\u2019est élevé à 476 millions de dollars et sa sécurisation (car un mur seul ne suf fit pas) a nécessité le déploiement de caméras thermiques, de brigades canines et de 3000 nouveaux agents spécifiquement recrutés pour cette tâche \u2014 la masse salariale doit donc être prise en compte dans le calcul de la fortification de la frontière, ce qui est rarement le cas.Pourquoi parler ici de rendement, de coûts et des bénéfices du mur plutôt que de l\u2019(in) humanité qu\u2019il engendre ?Parce que l\u2019humanité ne se vend pas sur une affiche électorale.Parce qu\u2019à défaut, il faut pouvoir parler le langage du populisme.Pour abattre les murs.Faire le mur PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR Deux ans et demi après le rapport final de la commission Charbonneau, l\u2019acquittement des coaccusés dans l\u2019af faire Contrecœur, dont Paolo Catania (ci- dessus) et Frank Zampino (ci-dessous), accusés de fraude, de corruption et d\u2019abus de confiance, a été prononcé mercredi.ÉLISABETH VALLET Le nombre d\u2019arrestations de migrants ayant franchi irrégulièrement la frontière méridionale des États-Unis est à son plus bas\u2026 depuis 1971, selon le département du Homeland Security J E A N N E C O R R I V E A U L\u2019 acquittement de Frank Zampino et de Paolo Catania prononcé mercredi a provoqué une certaine stupéfaction dans la population et chez les obser vateurs.Les deux hommes étaient accusés d\u2019avoir fomenté un complot pour favoriser Construction F.Cata- nia pour la réalisation du projet immobilier du Faubourg Contrecœur.Ils ont été blanchis.Comment expliquer ce dénouement en queue de poisson ?L\u2019ar restation de Frank Zampino, ex-nu- méro 2 de la Ville de Montréal, et de huit autres personnes en mai 2012 avait été qualifiée de « grand pas dans la lutte contre la corruption ».Les accusations de fraude et de complot \u2014 en plus d\u2019abus de confiance pour Frank Zampino et Paolo Catania \u2014 étaient graves.C\u2019était un important coup de filet pour l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) créée un an plus tôt.« Pour nous, M.Zampino, c\u2019est la tête dirigeante du stratagème.Il a utilisé son influence pour s\u2019assurer que des données soient transmises à Construction F.Catania et, dans une certaine mesure, il s\u2019est assuré que des actions soient prises », avait expliqué le chef du service d\u2019enquête sur la corruption de la SQ, l\u2019inspecteur Denis Morin.Six ans plus tard, dont deux ans de procès, Frank Zampino et cinq de ses coaccusés ont été acquittés sans équivoque par le juge Yvan Poulin.« Un verdict en matière criminelle doit reposer sur des faits tangibles et concrets plutôt que sur des possibilités, des probabilités ou des impressions », a déclaré le juge dans sa décision étof fée qui fa i t 88 pages, réfutant, l\u2019un après l\u2019autre, les arguments de la Couronne.Pourtant, l\u2019enquête journalistique de 2008 sur le dossier du Faubourg Contrecœur et les travaux de la commission Charbonneau avaient dévoilé les éléments d\u2019une intrigue selon laquelle les protagonistes auraient manœuvré pour permettre à Construction F.Catania d\u2019obtenir cet important contrat.La commission Charbonneau révélait notamment que Construction F.Catania aurait reçu des informations privilégiées avant même l\u2019appel de qualification et que son dirigeant, Paolo Catania, entretenait des liens d\u2019amitié avec Frank Zampino, à qui il avait of fer t des cadeaux.S\u2019appuyant sur les témoignages entendus par la commission, le rapport publié en novembre 2015 décrivait des faits troublants concernant les rencontres privées entre MM.Zampino et Catania, la vente du terrain malgré l\u2019opposition de l\u2019expert de la Ville, les coûts surévalués de décontamination du terrain et le changement de statut de la Société d\u2019habitation et de développement de Montréal (SHDM) transformée en organisme privé.Commissions d\u2019enquête et procès criminels Sauf que les preuves pour démontrer ces allégations ont été jugées insuf fisantes, voire inexistantes, par le juge Yvan Poulin.Malgré les 600 documents déposés en preuve et la cinquantaine de témoins appelés à la barre par la Couronne, le juge a estimé que ces éléments ne démontraient pas hors de tout doute raisonnable la culpabilité des accusés.Professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal, Martine Valois souligne que les règles d\u2019admissibilité de la preuve des commissions d\u2019enquête et des procès criminels sont totalement dif férentes.Une commission d\u2019enquête détaille le récit des faits selon une norme de preuve et la prépondérance des probabilités, explique-t-elle.Dans un procès criminel, la poursuite doit faire la preuve hors de tout doute raisonnable que l\u2019accusé est coupable.Il lui faut démontrer l\u2019intention criminelle.«La commission devait dire : voilà ce qui s\u2019est passé et voilà ce qu\u2019il faut changer pour prévenir que des personnes, qu\u2019elles aient des intentions criminelles ou non, refassent la même chose, explique-t-elle.Donc, l\u2019angle d\u2019approche et l\u2019objectif sont complètement différents.» Le juge Poulin a toutefois déterminé qu\u2019aucun élément de preuve ne permettait de démontrer que l\u2019aide financière pour le logement social et abordable était excessive, que le prix du terrain ne correspondait pas à sa valeur marchande, que les coûts de décontamination avaient été malhonnêtement gonflés ou que M.Zampino avait obtenu un avantage personnel substantiel.L\u2019ensemble de ces observations a conduit le juge à acquitter tous les accusés.À qui la faute?Pour Rémy Trudel, professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), ce résultat démontre qu\u2019il y a eu des lacunes sérieuses dans la gestion de ce dossier par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a visiblement mal évalué la qualité de sa preuve.Dans l\u2019esprit de nombreux citoyens, le doute subsiste.« On ne sait s\u2019ils sont coupables ou pas parce que la job a été mal faite, dit-il.Il n\u2019y a pas de gagnant, ni pour les accusés ni pour les enquêteurs ou le système de justice.» Il critique aussi la commission Charbonneau, qui a précédé le procès.L\u2019enquête journalistique qui avait mis au jour le « scandale » du Faubourg Contrecœur en 2008 a été transformée en «spectacle », soutient-il.«La commission Charbonneau a créé un certain préjudice aux accusés parce que les informations journalistiques ont été transformées en spectacle, dit M.Trudel.C\u2019était délicieux.J\u2019ai écouté ça.C\u2019était présenté jour après jour en pleine télé avec de bons acteurs.» Mais la formule d\u2019une commission d\u2019enquête soulève plusieurs enjeux, selon lui.« Ça nous pose une question de société : qu\u2019est-ce que la présomption d\u2019innocence en 2018 ?Il y a eu la révolution de l\u2019information et de la circulation de l\u2019information.On doit absolument entreprendre une réflexion très poussée sur ce que signifie la présomption d\u2019innocence en 2018 et sur ce que ça devrait être.» Selon lui, la commission Charbonneau aurait dû tenir ses travaux à huis clos.Martine Valois croit que les commissions peuvent permettre de cerner des stratagèmes et d\u2019y remédier.« La population veut voir des gens en prison, mais de mon point de vue, la lutte contre la corruption, ce n\u2019est pas par des procès criminels qu\u2019on va la faire.» D\u2019autant, rappelle-t-elle, que les crimes économiques sont des infractions très difficiles à prouver car leurs auteurs laissent peu ou pas de traces.Les recommandations d\u2019une commission d\u2019enquête, comme celle présidée par France Charbonneau, incitent les autorités à mettre en place des mécanismes de contrôle qui peuvent contrer les malversations.Mme Valois cite la création de l\u2019Autorité des marchés publics chargée de surveiller la composition des comités de sélection et l\u2019administration de l\u2019octroi des contrats publics.« Quand on sait qu\u2019on est surveillés, on est plus gênés d\u2019agir contre la loi », note-t-elle.La Couronne pourrait porter en appel la décision rendue mercredi.Mais l\u2019acquittement des accusés risque d\u2019augmenter la pression sur l\u2019UPAC et le DPCP, et d\u2019autres procès sont en cours, dont celui de Nathalie Normandeau et de Marc-Yvan Côté, souligne Mme Valois.Elle craint que les deux organisations se sentent contraintes d\u2019agir plus rapidement dans les autres dossiers : «Ça peut être contre-productif.» Le Devoir PROCÈS FAUBOURG CONTRECŒUR Un dénouement en queue de poisson L\u2019acquittement de Frank Zampino et de Paolo Catania a créé une onde de choc La population veut voir des gens en prison, mais de mon point de vue, la lutte contre la corruption, ce n\u2019est pas par des procès criminels qu\u2019on va la faire Martine Valois, professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 5 D e nombreux qualificatifs ont été utilisés pour décrire les travers du fédéralisme canadien.On a parlé de fédéralisme dominateur, impérial, prédateur et même vampirique, mais le « fédéralisme de guerre » est une nouveauté.Les mots de la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, ont peut-être dépassé sa pensée, mais elle est manifestement exaspérée par l\u2019intransigeance d\u2019Ottawa dans le dossier du cannabis.Dès le départ, le gouvernement Couillard n\u2019a pas caché sa réticence à l\u2019égard de sa légalisation, et l\u2019indifférence de Justin Trudeau aux préoccupations des provinces n\u2019a rien fait pour arranger les choses.Tant qu\u2019à pelleter les problèmes dans leur cour, Ottawa aurait au moins pu les laisser libres de choisir les solutions.Un simple délai semble déjà être trop demandé.Les Québécois sont partagés quant à la culture à domicile.Sans douter de sa sincérité, on peut penser qu\u2019à cinq mois de la prochaine élection, le gouvernement Couillard n\u2019entend pas laisser à la CAQ le monopole de la ligne dure.L\u2019objectif est de créer un système qui va sortir le crime organisé du marché, a expliqué M.Trudeau.Autrement dit, il croit préférable de laisser les moins de 18 ans, qui n\u2019auront pas accès aux points de vente légaux, cultiver leur propre pot plutôt que d\u2019enrichir le pusher du coin, quitte à laisser les provinces se débrouiller avec les propriétaires qui ne veulent pas voir leur immeuble abriter une plantation.De l\u2019avis général, la limite de quatre plants prévue dans le projet de loi fédéral sera impossible à faire observer.?Le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, est un habitué des pèlerinages à Ottawa, qui sont généralement une per te de temps.S\u2019il a trouvé une oreille attentive au Sénat, M.Tr u- deau est resté inébranlable.En février dernier, M.Fournier avait tenté de résoudre la contradiction entre le projet de loi fédéral et celui qui est à l\u2019étude à l\u2019Assemblée nationale en énonçant un de ces sophismes dont lui seul a le secret: «La loi fédérale prévoit que cinq plants ne sont pas autorisés.Zéro, c\u2019est moins que cinq.» Les tribunaux nous réservent parfois des surprises, bonnes ou mauvaises, mais il serait étonnant qu\u2019ils se laissent convaincre par une pirouette de ce genre.Les propos que M.Trudeau a tenus jeudi traduisaient parfaitement le paternalisme dont Ottawa fait preuve dans le dossier du cannabis, comme il l\u2019a fait à de multiples reprises dans le passé : «L\u2019approche qu\u2019on a préconisée et qu\u2019on met en avant dans la loi fédérale, c\u2019est la bonne.Et c\u2019est celle-ci qu\u2019on s\u2019attendra à ce que les gens suivent.» Ottawa a raison, point.M.Trudeau a pourtant une belle occasion de pratiquer l\u2019asymétrie à peu de frais.Ceux qui ont cru que le départ de Stephen Harper allait changer la dynamique des relations fédérales- provinciales étaient dans l\u2019erreur.?Depuis ses débuts comme recherchiste libéral à la commission Bélanger-Campeau, Jean- Marc Fournier a toujours été mêlé d\u2019une façon ou d\u2019une autre au dossier constitutionnel.Le rapport qu\u2019il a publié l\u2019an dernier sous le titre « Québécois, notre façon d\u2019être Canadiens » illustre très bien la fuite en avant qui a caractérisé son approche.À la veille de quitter la scène politique, il a eu un sursaut de franchise.Ce fameux fruit qui refusait de mûrir est encore à naître, a-t-il admis cette semaine.« Le fruit, pour qu\u2019il apparaisse sur la plante, il faut d\u2019abord que la plante reprenne de la vigueur, et le dégel permet au moins à la plante de commencer à prendre de la vigueur.» Misère ! Lui par ti, qui au PLQ va faire au moins semblant de s\u2019intéresser à la Constitution ?D\u2019ailleurs, peu importe le parti, qui aura intérêt à en parler au cours de la prochaine campagne électorale ?Lucie Charlebois peut toujours dénoncer le « fédéralisme de guerre », mais les libéraux sont bien incapables d\u2019y changer quoi que ce soit.Tout ce que M.Couillard pourra faire, s\u2019il est réélu, sera de désigner quelqu\u2019un pour courir les colloques universitaires à la place de M.Fournier, en espérant faire croire que le Canada anglais n\u2019a pas enterré le dossier de façon définitive.François Legault a compris qu\u2019il lui fallait sortir des limbes constitutionnels, mais faire campagne sur son « Nouveau projet nationaliste » l\u2019exposerait à devoir expliquer ce qu\u2019il ferait dans l\u2019hypothèse probable où sa demande de nouveaux pouvoirs se heurterait à un refus, et lui-même n\u2019en a sans doute aucune idée.Le PQ n\u2019a évidemment aucun désir de réformer le fédéralisme, mais le report du référendum constitue un aveu de son incapacité à convaincre les Québécois d\u2019en sortir et la perspective de quatre années de conflit avec Ottawa risque d\u2019en effaroucher plus d\u2019un.Le fédéralisme de guerre MICHEL DAVID Ceux qui ont cru que le départ de Stephen Harper allait changer la dynamique des relations fédérales- provinciales étaient dans l\u2019erreur JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Jean-Marc Fournier croit avoir contribué à briser « le tabou» sur la spécificité de la nation québécoise au cours des onze derniers mois.M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec «L e fruit n\u2019est pas mûr » pour amorcer de nouvelles discussions constitutionnelles avec le Rest of Canada (ROC), répète inlassablement le Par ti libéral du Québec depuis quinze ans.Or, le ministre des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, a avoué cette semaine qu\u2019il n\u2019y a ni fruit, ni fleur, ni bourgeon ayant éclos sur l\u2019arbre constitutionnel depuis le référendum sur l\u2019indépendance du Québec de 1995.«Je vous propose que le fruit apparaisse, mais pour qu\u2019il apparaisse, encore faut-il qu\u2019il y ait une plante qui le soutienne.Et pour que cette plante puisse prendre de la vigueur, encore faut-il qu\u2019il y ait dégel.Vous avez attendu un fruit dans le silence ; depuis un an, on entend le dialogue qui reprend.Vous devriez voir comme moi cette pousse arriver », a-t-il déclaré à la presse parlementaire mercredi.Force est de constater que l\u2019élu libéral sait filer la métaphore végétale \u2014 ou manier la langue de bois.M.Fournier attribue en grande partie ce «dégel » de la relation entre les Québécois et les autres Canadiens à la Politique d\u2019affirmation du Québec et de relations canadiennes qui a été dévoilée à la veille du 150e anniversaire de la fédération canadienne.Le désintérêt affiché par le chef du gouvernement fédéral, Justin Trudeau, et la plupar t des premiers ministres provinciaux et territoriaux ne l\u2019offense pas.Pas pour le moment.Il prend toutefois soin de mentionner que la première ministre de l\u2019Ontario, Kathleen Wynne, des sénateurs et des députés fédéraux représentant le Québec ainsi que les chefs du Parti conservateur du Canada et du Nouveau Parti démocratique «ont témoigné publiquement de leur intérêt pour reprendre le dialogue sur les relations canadiennes».En multipliant les « discussions » auprès de la société civile canadienne, M.Fournier croit avoir contribué à briser « le tabou » sur la spécificité de la nation québécoise \u2014 et l\u2019absence de la signature du Québec au bas de la Loi fondamentale de 1982 \u2014 au fil des onze derniers mois, ce qui n\u2019est pas une mince af faire, à l\u2019écouter.« Il y a comme une reprise d\u2019intérêt pour la chose », es- t ime-t - i l .« Les modif icat ions constitutionnelles sans crise ne seront possibles que lorsque les Québécois et les autres Canadiens se connaîtront mieux et auront multiplié leurs liens de solidarité », a-t-il répété.« Une éventuelle reprise des pourparlers constitutionnels [\u2026] suivra une compréhension renouvelée du sens de notre union », avait aver ti le premier ministre Philippe Couillard lors du dévoilement de la Politique.« Une conférence constitutionnelle [\u2026] pour que tout le monde y aille, il faut qu\u2019il y ait une pression non seulement politique, mais également de la société civile.» Le chef du gouvernement québécois n\u2019a pas pour autant l\u2019ambition de prendre l\u2019initiative de nouvelles négociations constitutionnelles.Mais si jamais d\u2019autres voulaient s\u2019en charger \u2014 les nations autochtones, par exemple \u2014, i l profiterait de l \u2019occasion pour soumettre les demandes dites traditionnelles du Québec : reconnaissance constitutionnelle de la Nation québécoise, participation du Québec à la nomination de ses trois juges à la Cour suprême, droit de veto sur les modifications constitutionnelles d\u2019importance, attribution d\u2019un statut constitutionnel à l\u2019entente en matière d\u2019immigration et encadrement par la Constitution du « pouvoir fédéral de dépenser » dans les champs de compétence exclusifs des provinces.Il y a fort à parier que l\u2019adhésion de la nation québécoise à la Constitution de 1982 ne figurera pas dans la plateforme électorale du PLQ.Le programme du PLQ en matière de relations canadiennes épousera sans doute les grandes lignes du Plan d\u2019action du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC) présenté par le député ministre sortant Jean-Marc Fournier mercredi dernier.Assor ti d\u2019une enveloppe budgétaire de 2,4 millions, le Plan d\u2019action 2018-2022 vise à « renforcer concrètement les liens qui unissent les Québécois et les autres Canadiens et d\u2019établir ainsi les conditions du dialogue sur l\u2019avenir du vivre ensemble dans la fédération canadienne » (voir encadré).«Patient, pas passif» La Coalition avenir Québec reproche au gouvernement libéral d\u2019avoir amorcé un « dialogue long et passif ».«Les Québécois ont besoin de faire des gains rapidement à l\u2019intérieur de la fédération canadienne », a fait valoir le député ca- quiste Simon Jolin-Barrette en commission parlementaire cette semaine.L\u2019élu « nationaliste » s\u2019est dit étonné de lire dans la documentation fournie par le SQRC que M.Fournier avait « rencontré ou téléphoné à sept reprises » seulement à des membres du gouvernement fédéral au cours de la dernière année.Le Québec est «patient, pas passif », a rétorqué M.Fournier rappelant qu\u2019il n\u2019y a pas seulement le dialogue entre le gouvernement du Québec et les milieux politiques du Canada à intensifier, mais également le dialogue entre le gouvernement et la société civile canadienne, ainsi que le dialogue entre les citoyens québécois et ceux d\u2019ailleurs au Canada.Le « dialogue patient » por tera ses fruits, a-t-il promis.Cela dit, le canal de communication entre les décideurs politiques de Québec et d\u2019Ottawa, autant au pouvoir que dans l\u2019opposition, est perfectible, convient le vétéran de la politique québécoise.À cet égard, M.Fournier a soutenu devant la commission des institutions de l\u2019Assemblée nationale que la désignation d\u2019un représentant du gouvernement québécois dans la capitale fédérale par le gouvernement Marois a été une erreur.«Ottawa, c\u2019est à côté d\u2019ici.On peut y aller autant comme autant.J\u2019étais là la semaine passée.Je n\u2019ai pas besoin d\u2019un délégué là-bas qui fait des antichambres quand je peux aller m\u2019asseoir devant des comités et exprimer viva voce ce que je veux dire au nom des Québécois», a-t-il fait valoir.D\u2019ailleurs, il rappelait mercredi soir avoir témoigné devant le comité des af faires juridiques et constitutionnelles du Sénat canadien afin de défendre le pouvoir des provinces de prohiber, si elles le désiraient, la production de cannabis récréatif à domicile.Le Sénat a fait sienne sa proposition.La bataille n\u2019est pas terminée pour autant, a-t-il pris soin de mentionner.Il n\u2019a pas pu mieux dire.Le lendemain, le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a balayé la possibilité que les provinces interdisent la possession de plants de marijuana à la maison.Il s\u2019est dit disposé à se battre devant les tribunaux pour voir la compétence fédérale en la matière reconnue.La ministre Lucie Charlebois a dissuadé Ottawa de pratiquer un « fédéralisme de guerre ».Légalisation du cannabis, accueil des migrants irréguliers, possibilité que des projets de pipeline se concrétisent sans l\u2019appui de la ou des provinces concernées : les accrochages entre Québec et Ottawa se sont multipliés depuis l\u2019énoncé de la Politique d\u2019affirmation du Québec.Le gouvernement québécois croit qu\u2019il est temps que M.Trudeau désigne un « lieutenant québécois » au sein de son équipe ministérielle.« Honnêtement, ce serait utile qu\u2019il y ait un responsable politique de ces relations avec le Québec.Je le crois », a déclaré M.Fournier à cinq mois de son départ de l\u2019Assemblée nationale.Le Devoir AFFIRMATION Les métaphores tantôt végétales, tantôt guerrières du ministre Fournier L\u2019avancement du dialogue constitutionnel avec Ottawa serait au point mort Les trois orientations du Plan d\u2019action 2018-2022 Privilégier une diplomatie intérieure proactive dans la conduite des relations canadiennes du Québec Renforcer les capacités d\u2019analyse stratégique du SQRC Bonification de la représentation du Québec au Canada Mise en place d\u2019un programme de formation en relations canadiennes pour les fonctionnaires Alimenter le dialogue entre le gouvernement du Québec et les représentants de la société civile ailleurs au Canada Financement de missions du premier ministre et de ministres québécois dans le ROC Soutien renforcé à la francophonie canadienne Favoriser les échanges entre les citoyens et les groupes de la société civile du Québec et d\u2019ailleurs au Canada Élargissement de la portée du Programme de soutien à la recherche en affaires intergouvernementales et d\u2019identité québécoise Financement accru au Centre de la francophonie des Amériques (CFA) Une allégeance québécoise à laquelle s\u2019additionne une appartenance canadienne représente la réalité identitaire d\u2019une vaste majorité de Québécois, réalité dont les racines plongent jusqu\u2019au cœur de l\u2019histoire de notre nation.Le Canada est un pays riche de sa diversité, qui doit aujourd\u2019hui en reconnaître toutes les dimensions et accueillir les différences nationales.Extrait de la Politique d\u2019affirmation «Québécois, notre façon d\u2019être canadiens» « » M É L A N I E H O U É à Beyrouth L\u2019 ef fer vescence bat son plein au QG de campagne des candidats indépendants de Kelna Beirut à Hamra, dans l\u2019ouest de la capitale libanaise.À la veille du scrutin législatif, l \u2019équipe est sur le qui-vive.Pendant que des bénévoles publient les dernières vidéos des porte-à-porte de leurs huit candidats, d\u2019autres s\u2019af fairent à rassembler les autocollants estampillés de leur logo.Ibrahim Mneimneh, en lice pour les élections, organise sa prochaine visite de terrain, les yeux rivés sur son portable.Pendant que les quelque 1000 aspirants députés s\u2019invectivent par médias interposés, les électeurs af fichent leur soutien à leur favori sur leur tee-shirt, la plage arrière de leur voiture ou encore la devanture de leur magasin.À l\u2019aide de haut-parleurs, des véhicules dif fusent slogans et chants partisans à la gloire de leur candidat.La fer veur est palpable.Et pour cause : c\u2019est la première fois depuis neuf ans que les Libanais sont appelés à renouveler leur Parlement.Occuper le terrain En 2013, 2014 et 2017, les députés sortants, majoritairement issus de la coalition du 14 mars menée par le Courant du futur du premier ministre, Saad Hariri, s\u2019étaient maintenus au pouvoir en repoussant systématiquement la date du scr utin.« Nous avons l\u2019occasion de changer la donne, nous devons saisir notre chance », lance Ibrahim Mneimneh, qui espère faire entendre sa voix auprès d\u2019un électorat excédé par le degré de cor r uption de ses élus.D\u2019après un rapport de l\u2019ONG Transparency International publié en février, la perception de la corruption au Liban arrive au 143e rang dans un classement de 180 pays.Une nouvel le lo i é lecto - rale, qui a introduit en juin le système de la propor tion- nelle, suscite l\u2019espoir de la société civile.Une quinzaine de listes composées d\u2019indépendants, sur les 77 listes en lice à travers le pays, ont déposé leur candidature.Mais face à l\u2019ef fusion générale, le candidat de Kelna Beir ut préfère garder son calme.En 2016, sa candidature aux municipales sous la bannière de Beyrouth Madinati avait soulevé une fer veur qui ne s\u2019était pas traduite dans les urnes.Il espère cette année que l \u2019abol i t ion du scr ut in majoritaire jouera en sa faveur.« Certes, il y a un changement, dit-il, mais la nouvelle loi a été conçue de manière à conser ver les intérêts de l\u2019establishment.» Devant ce constat, la seule option de son équipe reste d\u2019occuper le terrain.Tous les jours, militants et candidats par tent à la rencontre des électeurs.« Vous êtes satisfait de la situation dans le pays ?» lance Ibrahim à Ahmad, un commerçant, à quelques rues de sa permanence.« Non, pas vraiment », répond le jeune homme avant d\u2019écouter le candidat dérouler son programme.Dans un pays régi par un partage confessionnel du pouvoir, au bord de la faillite économique et où les services publics sont presque inexistants, Ibrahim Mneimneh défend la vision d\u2019un État fort et l\u2019abolition de la confessionnalisation de la vie politique qui, d\u2019après lui, favorise le clientélisme et les divisions au sein de la société.« Il prône le changement, c\u2019est bien », réagit Ahmad.Si les idées du candidat rencontrent un certain écho, la plupart des passants restent sceptiques.« Je suis d\u2019accord avec lui, mais je voterai pour Hariri.Il y a trop de conflits dans la région, on a besoin de notre leader pour nous protéger», commente un homme.Et bien que séduit, Ahmad n\u2019est pas certain de voter pour Mneimneh.« Je déciderai le moment venu», glisse-t-il.Incidents violents « Il y a une demande populaire pour les partis de l\u2019establishment, analyse Joseph Ba- hout, chercheur au Carnegie Endowment à Washington.Il ne faut pas croire que ces derniers la dominent de façon autoritaire ! Les personnes qui, entre deux élections, critiquent le système, revotent pour les mêmes candidats pour des calculs rationnels d\u2019intérêt.» La structuration de la société en communautés religieuses promeut la figure du chef au Liban.Dans certains quartiers, la culture du bastion est si for tement ancrée que des candidats ayant formé des listes d\u2019opposition au leader local ont été victimes d\u2019agressions.C\u2019est le cas d\u2019un colistier de la candidate Khouloud Wattar, qui a accolé son af fiche de campagne sur son immeuble à Tariq el-Jdide, fief beyrouthin du parti de Saad Hariri.L\u2019aspirante députée raconte : « Il a été attaqué parce qu\u2019il a refusé de retirer son af fiche.Après avoir menacé de brûler son ap- par tement, des personnes l\u2019ont bousculé pendant que d\u2019autres frappaient son fils au visage.L\u2019armée est intervenue, mais l\u2019a elle-même battu avant de l\u2019arrêter.» Il reste dif ficile de quantifier le nombre de ces incidents violents, mais certains y voient le signe d\u2019un frémissement de la classe politique, menacée par la loi électorale qu\u2019elle a elle-même adoptée.Joseph Bahout ne partage pas cet avis.« L\u2019establishment n\u2019a rien à craindre, estime le politologue.Le nouveau mode de scrutin donne l\u2019illusion d\u2019offrir des chances à de nouvelles figures d\u2019émerger, mais ce présupposé a volé en éclats du fait de la culture politique locale.» Ibrahim Mneimneih n\u2019a pas été agressé, mais il reconnaît une tentative de soudoiement.Le candidat refuse cependant de croire à une sclérose de la vie politique libanaise.Conscient que les candidats issus de la société civile ne seront pas majoritaires dimanche au Parlement, il croit en ses chances d\u2019effectuer une percée dans les urnes.À l\u2019échelle nationale, ils sont une centaine d\u2019indépendants à nourrir le même espoir.Libération L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 6 AV I S L É G AU X E T A P P E L S D \u2019 O F F R E S AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.POUR NOUS JOINDRE avisdev@ledevoir.com Tél.: 514-985-3344 // Fax : 514-985-3340 www.ledevoir.com/services-et-annonces/avis-publics www.ledevoir.com/services-et-annonces/appels-d-offres HEURES DE TOMBÉE Les réservations doivent être faites avant 15 h pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi : Réservations avant 11 h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis de la clôture de l'inventaire des biens de la succession de madame Jeannette Gi- roux, décédée à Rivière-Rouge le 26 mars 2017.Ledit inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude BERGERON DORAIS NOTAIRES S.E.N.Cau 700, avenue Sainte-Croix, Montréal, Québec, H4L 3Y3.Me Nathalie Fortier, notaire AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE (Avis dans un journal : C.c.Q., art.795, al.2) Prenez avis qu'Yvette AUBIN, en son vivant domiciliée au 5440, rue Sherbrooke, appartement 201, Montréal (Québec) H1V 1A1 est décédée Montréal le 11 novembre 2017.Un inventaire de ses biens a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Gabriel Perron- Oddo, notaire, situé au 7575, route Transcanadienne, bureau 106, Saint-Laurent (Québec) H4T 1V6.Donné ce deux mai 2018.Louis PELLERIN, liquidateur CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis que Anne ROBERT (aussi connue comme Anne Jocelyne ROBERT), en son vivant domiciliée au 445, avenue Elm, Westmount, Québec, est décédée le 21 mars 2017 à Montréal.Un inventaire de ses biens a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Sylvie Beaupré, notaire, sise au 276, rue St-Jacques, bureau 822, Montréal, Québec, H2Y 1N3.À la veille du scrutin du 6 mai, le premier depuis neuf ans, les candidats indépendants s\u2019accrochent à l\u2019espoir d\u2019accéder au Parlement.Mais si leurs idées séduisent, elles ne représentent pas une réelle menace pour l\u2019establishment politique.ÉLECTIONS AU LIBAN La société civile à l\u2019assaut des urnes Les indépendants tenteront dimanche de déloger les politiciens établis, dans le premier scrutin à avoir lieu depuis neuf ans JOSEPH EID AGENCE FRANCE-PRESSE Une pancarte électorale à l\u2019ef figie du premier ministre, Saad Hariri (au centre), côtoie celles de l\u2019actuel ministre de l\u2019Intérieur, Nohad Machnouk, dans un quartier résidentiel de Beyrouth.Dans un pays régi par un partage confessionnel du pouvoir, au bord de la faillite économique et où les services publics sont presque inexistants, Ibrahim Mneimneh défend la vision d\u2019un État fort et l\u2019abolition de la confessionnalisation de la vie politique C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris E mmanuel Macron n\u2019aura pas attendu d\u2019être de retour au pays.C\u2019est de Canberra qu\u2019il annonça dans une entrevue au magazine Forbes la suppression de l\u2019« exit tax », créée par Nicolas Sarkozy afin de pénaliser les entrepreneurs qui transféraient leur foyer fiscal à l\u2019étranger.Mais, dans la soirée, on n\u2019en parlait déjà plus.Car, le même jour, le président réagissait aux violences qui avaient caractérisé les manifestations du 1er Mai, en n\u2019oubliant pas de tancer au passage le président de La France insoumise, Jean- Luc Mélenchon.Tout cela pendant que son ministre de l\u2019Économie, Bruno Lemaire, annonçait des mesures pour rendre l\u2019épargne retraite plus attractive.En pleine grève des chemins de fer et d\u2019Air France, le président avait à peine foulé le sol de l\u2019Australie qu\u2019il s\u2019envolait cette fois pour la Nouvelle-Calédonie.À fond de train C\u2019est à ce r ythme infernal que celui que l\u2019on surnomme Jupiter dirige la France.Les annonces ne cessent de se succéder depuis le 7 mai 2017, date à laquelle les Français l\u2019ont élu lors d\u2019un second tour gagné d\u2019avance face à la candidate du Front national, Marine Le Pen.Un an plus tard, le président n\u2019a la confiance que de 41 % des Français.Dans n\u2019importe quel pays, cette popularité en berne serait une catastrophe.Mais pas en France.Au contraire, Emmanuel Macron fait mieux que la plupart de ses prédécesseurs.Un an après son élection, Nicolas Sarkozy n\u2019avait plus la confiance que de 32% des Français, alors que François Hollande n\u2019avait le soutien que de 24% d\u2019entre eux.En un an, celui qui aurait reconnu être entré à l\u2019Élysée « par ef fraction », tant son élection déjoua tous les pronostics, a déjà mis en chantier une trentaine de réformes, pour la plupar t économiques.De la réforme du Code du travail à celle de la formation professionnelle, en passant par celle de la SNCF et de l\u2019accueil des migrants, les projets de loi se succèdent à l\u2019Assemblée nationale, où les députés semblent réduits au rôle de faire-valoir.Ainsi va la Ve République.Emmanuel Macron « donne le sentiment que les choses avancent, qu\u2019elles se débloquent.Quitte à laisser penser que tout vient d\u2019en haut, que pour remettre en mouvement le pays, il ne faut pas hésiter à le rudoyer », déclarait au quotidien La Croix le directeur du dépar tement Opinion de l\u2019IFOP, Jérôme Fourquet.Qu\u2019à cela ne tienne, le président assume entièrement cette posture bonapar tiste.Il fut d\u2019ailleurs le premier à utiliser l\u2019adjectif « jupitérien» dans une entrevue accordée au magazine Challenge en octobre 2016.« J\u2019assume totalement cette «verticalité» du pouvoir» qu\u2019autorise la Constitution, a-t- il répété dans un récent entretien à La Nouvelle Revue française.Et le président de conclure : « Je suis très lucide sur le fait que ce sont les Français qui m\u2019ont « fait » et non un par ti politique.» Emmanuel Macron estime donc n\u2019avoir de comptes à rendre qu\u2019à eux! Porté par la croissance Il faut dire que le plus jeune président de la Ve République est porté par une conjoncture économique on ne peut plus favorable.Du moins si on la compare à la crise financière qu\u2019avait dû af fronter Nicolas Sarkozy et à la stagnation de l\u2019ère Hollande.La croissance de 2 % enregistrée en 2017 est inédite depuis 2011.Si les entreprises ont accéléré leurs investissements, le chômage, lui, a légèrement régressé, ce qui a permis d\u2019améliorer l\u2019équilibre des comptes publics.Là aussi légèrement.De là à croire que ces progrès sont largement dus aux réformes de son prédécesseur, il y a un pas que plusieurs ont franchi, à commencer par François Hollande lui-même.La France profite en ef fet d\u2019une embellie dans la zone euro, la Banque centrale européenne ayant relevé ses prévisions de croissance de 1,8 % à 2,3 % pour 2018.Selon plusieurs économistes, l\u2019économie française surfe donc sur les mesures prises il y a quatre ans par François Hollande, même si la plupar t notent la continuité des politiques.Un secret bien gardé par le président lui-même, qui cherche avec succès à se démarquer de son prédécesseur.Sa posture autoritaire face aux cheminots de la SNCF et aux manifestants du 1e r Mai dissimule pour tant mal son échec à évacuer les 200 zadistes de Notre-Dame- des-Landes malgré l\u2019abandon du projet d\u2019aéroport.Une faiblesse que l\u2019opposition tente d\u2019exploiter tant bien que mal.Sur ce plan, Emmanuel Macron jouit aussi d\u2019une conjoncture qu\u2019aucun de ses prédécesseurs n\u2019aurait pu imaginer.La presse française ironise en évoquant « un mariage et quatre enter re- ments » pour décrire l\u2019éclatement de l\u2019opposition entre le PS, La France insoumise, Les Républicains et le Front national (bientôt rebaptisé Rassemblement national).Une cacophonie qui donne pratiquement au président le monopole de la parole.Le défi de cette opposition sera de se réorganiser à temps pour les élections européennes de 2019, sous peine de voir triompher un président qui est pourtant loin de représenter l\u2019opinion de la majorité des Français sur l\u2019Europe.L\u2019échec européen Si Emmanuel Macron brille à Canberra et à Washington, il n\u2019en va pas de même à Ber- l in et à Br uxelles.Un an après sa marche du Louvre au son de l\u2019hymne européen, il a dû déchanter.Après les élections allemandes et italiennes, ses propositions de relance de l\u2019Union européenne se heur tent à un refus poli des Allemands, qui ne veulent rien savoir ni d\u2019un ministre des Finances européen ni d\u2019augmenter le budget de Bruxelles.Après avoir misé sur le mauvais cheval, le candidat du SPD Martin Schulz, Emmanuel Macron se retrouve devant un nouveau ministre des Finances allemand, Olaf Scholz, qui n\u2019entend pas rompre avec son prédécesseur.Même all iée aux sociaux-démocrates, Angela Merkel est aujourd\u2019hui tenue en joue par la droite de son propre par ti (CSU) et l \u2019extrême droite (AFD) devenue le premier parti d\u2019opposition au Bundestag.Macron avait commis la même erreur que « Nicolas Sarkozy en son temps, le mimétisme politique stérile, en y associant celle commise par François Hollande, le refus timoré de la confrontation », estimait récemment la chroniqueuse Amandine Crespy dans l\u2019hebdomadaire belge Le Vif/L\u2019Express.À peine élu, Emmanuel Macron avait annoncé qu\u2019il ne faudrait pas le juger avant la mi-mandat.L\u2019année qui commence sera donc cruciale.Au menu: réforme du régime des retraites et des hôpitaux, prélèvement à la source de l\u2019impôt et création d\u2019un service national obligatoire d\u2019un mois pour les jeunes.Malgré une dénonciation de l\u2019«hydre islamiste», nombre de Français des milieux populaires déplorent le silence du président sur le communautarisme qui gangrène les banlieues françaises.Un silence qui contribue à entretenir cette image de bobo parisien qui lui colle à la peau.Quelque 80% des Français estiment en effet qu\u2019Emmanuel Macron «ne comprend pas la situation des habitants des zones rurales», selon un sondage BVA.« Son problème principal, dans l\u2019immédiat, c\u2019est que l\u2019opposition de droite est par venue à le faire passer pour un représentant des métropoles connectées et multicultura- listes, confirmait l\u2019essayiste Brice Couturier dans une entrevue au Figaro.Un wonder- boy de la mondialisation, ignorant « les territoires ».Mais la grande question, c\u2019est de savoir s\u2019il saura répondre aux attentes et à l\u2019exaspération de ceux qui ont voté pour les extrêmes en 2017.Il est bien trop tôt pour le dire.» Le Devoir FRANCE L\u2019an 1 d\u2019Emmanuel Macron Les annonces ne cessent de se succéder depuis le 7 mai 2017, date d\u2019élection du jeune président L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 7 Directrice de la philanthropie et des partenariats ?nanciers Mme Collet dirigera les activités de philanthropie du Devoir en collaboration avec le conseil d\u2019administration des Amis du Devoir.Son parcours en communication institutionnelle et auprès d\u2019entreprises culturelles s\u2019ajoute à une solide expérience en développement de partenariats financiers, en recherche de commandites et en sollicitation de dons.Elle a occupé divers postes au sein de la Fondation de BAnQ, notamment la direction générale au cours des deux dernières années.Elle a conçu plusieurs activités-bénéfices qui ont connu un franc succès.Chef des technologies M.Coutu, quant à lui, dirigera le développement technologique.Il travaillera étroitement avec la rédaction et les différents services du journal.Jusqu\u2019à tout récemment, M.Coutu était directeur principal des TI chez Québecor Médias.Il possède plus de vingt ans d\u2019expérience en gestion de projets, en planification d\u2019infrastructure informatique, en implantation de nouvelles technologies ainsi qu\u2019en gestion budgétaire.Ayant œuvré principalement dans les médias, M.Coutu est à même de bien saisir les enjeux du virage numérique dans la presse écrite.Avis de nomination M.Brian Myles, directeur du Devoir, est heureux d\u2019annoncer les nominations de Marie-Claude Collet à titre de directrice de la philanthropie et des partenariats financiers ainsi que de Sylvain Coutu à titre de chef des technologies.Sylvain Coutu Marie-Claude Collet À propos du Devoir Le Devoir a été fondé le 10 janvier 1910 par le journaliste et homme politique Henri Bourassa.Le quotidien indépendant n\u2019appartient à personne.Le Devoir anime le débat public et produit de l\u2019information de qualité depuis plus d\u2019un siècle dans une totale indépendance.PHILIPPE LOPEZ AGENCE FRANCE-PRESSE Le président n\u2019a la confiance que de 41% des Français, mais il ne semble pas y avoir lieu de paniquer : un an après son élection, Nicolas Sarkozy n\u2019avait la confiance que de 32% de la population, alors que François Hollande n\u2019avait le soutien que de 24% de celle-ci.Après les élections allemandes et italiennes, ses propositions de relance de l\u2019Union européenne se heurtent à un refus poli des Allemands, qui ne veulent rien savoir ni d\u2019un ministre des Finances européen ni d\u2019augmenter le budget de Bruxelles e ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, a dévoilé, mercredi dernier, le plan d\u2019action 2018-2022 de la Politique d\u2019af?rmation du Québec.Ce fut également l\u2019occasion pour lui de présenter un bilan de cette initiative lancée il y a près d\u2019un an.Un bilan dont la modestie est en phase avec les visées gouvernementales.Pour Jean-Marc Fournier, qui a annoncé qu\u2019il ne se représentait pas aux prochaines élections, l\u2019exercice, qui a fait l\u2019objet d\u2019un simple point de presse, prenait les allures d\u2019un dernier tour de piste, en quelque sorte, sur un sujet auquel l\u2019étudiant à la maîtrise, puis le conseiller politique, puis le député et, en?n, le ministre a consacré ré?exions et énergies, c\u2019est-à-dire la place du Québec dans un Canada uni.À la surprise des journalistes présents, le ministre en a pro?té pour enterrer la métaphore du « fruit qui n\u2019est pas mûr » qu\u2019avait popularisée le premier ministre Jean Charest il y a plus de dix ans pour quali?er l\u2019impossibilité d\u2019entamer des discussions avec le reste du Canada a?n que la nation québécoise, ou son ersatz, la société distincte, soit reconnue dans la Constitution.Ainsi, le fruit n\u2019a pu mûrir depuis la présentation de la politique d\u2019af?rmation en juin dernier puisque « le fruit, pour qu\u2019il apparaisse sur la plante, il faut d\u2019abord que la plante reprenne de la vigueur, et le dégel permet au moins à la plante de commencer à prendre de la vigueur », a-t-il illustré dans une de ses circonvolutions dont on pourrait peut-être s\u2019ennuyer un jour.Évidemment, de passer d\u2019un fruit à une plante qui émerge du dégel peut passer pour un recul, ou une régression, mais le ministre voit les choses autrement: ce dégel est un accomplissement.Sur le plan politique, Jean-Marc Fournier a cité le discours que Kathleen Wynne a prononcé à l\u2019Assemblée nationale \u2014 elle a dit vouloir contribuer à la discussion \u2014 ainsi que les ouvertures manifestées par le Nouveau Parti démocratique et le Parti conservateur.Il est dif?cile de juger de la valeur de cette politique puisque ses objectifs sont de l\u2019ordre des bonnes intentions ; elle ne vise qu\u2019à contribuer au dialogue entre le Québec et le reste Canada, à lui « faire mieux connaître le Québec et sa spéci?cité ».Comme si c\u2019était son ignorance de la réalité québécoise qui était en cause.L\u2019intitulé même de la politique \u2014 «Québécois, notre façon d\u2019être Canadiens» \u2014 est ambigu: être soi-même, c\u2019est une façon d\u2019être quelqu\u2019un d\u2019autre.Elvis Gratton en perdrait son latin.L\u2019acquittement de Frank Zampino, Paolo Catania et quatre coaccusés dans le dossier du Faubourg Contrecœur est un sérieux revers pour l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).À la source de l\u2019échec?Les méthodes de recrutement des témoins repentis.l faut remonter au recrutement du témoin vedette de la Couronne, l\u2019ex-ingénieur Michel Lalonde, pour trouver la source de l\u2019échec du procès intenté aux responsables de la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur, un épisode peu glorieux auquel la commission Charbonneau avait consacré un chapitre dans son rapport.Michel Lalonde, porteur de valises et organisateur d\u2019élections clefs en main, incarnait tout ce qu\u2019il y a de plus détestable dans le développement des affaires.Il y a une dizaine d\u2019années déjà, il a senti la soupe chaude lorsque les policiers de l\u2019escouade Marteau (l\u2019ancêtre de l\u2019UPAC) ont amorcé leur enquête sur le trucage des contrats publics à Bois- briand.Il s\u2019est vite mis à table, obtenant une immunité de poursuite en échange de sa collaboration.Un avantage inestimable.Il fut un temps où les choses étaient plus simples.Le « témoin repenti» acquérait son statut de collaborateur de la justice après avoir plaidé coupable aux accusations portées contre lui.En échange de son témoignage, il pouvait obtenir des incitatifs ?nanciers, des mesures de protection dans les affaires de crime organisé et la perspective d\u2019une sentence clémente.En conservant un faux statut de témoin civil, Michel Lalonde a évolué en dehors de ce système dont les organisations policières dénaturent la lettre et l\u2019esprit depuis quelques années.Il n\u2019est pas le seul dans cette situation.Confrontés à la complexité des enquêtes sur la corruption (un crime inodore, incolore et en apparence sans victime), les enquêteurs ont fait preuve d\u2019une certaine créativité pour délier des langues.Ce faisant, les témoins tels que Lalonde ont été placés dans une relation de sujétion par rapport aux policiers.Lalonde avait tout intérêt à raconter aux policiers l\u2019histoire qu\u2019ils souhaitaient entendre.D\u2019ailleurs, dans ses premières déclarations à la police, il ne mentionnait pas le nom de Frank Zampino, ex-président du comité exécutif dans l\u2019administration Tremblay.Sa version des faits était évolutive et contredite par des preuves indépendantes.Résultat?La valeur du témoignage de Lalonde vaut moins que la marchandise d\u2019un magasin à un dollar.C\u2019est d\u2019autant plus gênant que celui-ci était le socle fondateur sur lequel le DPCP a bâti sa preuve.Voilà qui appelle à un examen sérieux des méthodes de recrutement et d\u2019encadrement des témoins repentis, marquées par un laxisme évident.Le ?asco est d\u2019une ampleur inquiétante.Dans sa décision, le juge Yvan Poulin sermonne le DPCP.Un verdict en matière criminelle doit reposer «sur des faits tangibles et concrets plutôt que sur des possibilités, des probabilités ou des impressions».Les travaux de la commission Charbonneau ont démontré de nombreuses irrégularités dans la vente des terrains du Faubourg Contrecœur à l\u2019entrepreneur Paolo Catania, en suivant la trace des enveloppes brunes, du copinage entre élus et entrepreneurs et du ?nancement politique illicite.Il revenait au DPCP d\u2019en faire la preuve, hors de tout doute raisonnable cette fois, en se basant sur ses propres moyens.Il ne suf?sait pas de plaider que la version des accusés était « invraisemblable, inconcevable et peu crédible», comme l\u2019a fait le DPCP.Il fallait le prouver! La dif?culté de faire la preuve d\u2019une fraude dans un contexte de corruption systémique et le fait que les mœurs, coutumes et règles de l\u2019époque étaient différentes de celles du jour ne peuvent servir d\u2019excuse.Le procès des accusés dans le dossier du Faubourg Contre- cœur devait être «emblématique», avait dit le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière.C\u2019est en effet l\u2019emblème d\u2019un échec cuisant de l\u2019UPAC et du DPCP.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 B 8 EDITORIAL L E T T R E Privilège de député Il y a quelque temps, nous apprenions dans les médias que les députés du Québec bénéficient d\u2019une allocation non imposable d\u2019un maximum de 15 300 $ pour payer leurs frais de séjour lorsqu\u2019ils siègent à Québec s\u2019ils habitent à plus de 50 kilomètres de la Capitale-Nationale.Nous apprenions aussi que Sylvain Pagé, député de Labelle, en a profité pour acheter non pas un, mais deux condos à Québec.Remarquez que cela est tout à fait légal et que mon député n\u2019a pas hésité à le révéler aux journalistes qui interrogeaient les élus à ce propos.Depuis, il y a eu une motion de Québec solidaire adoptée à l\u2019unanimité afin que tous les avantages et les privilèges des membres de l\u2019Assemblée nationale soient rendus publics.Selon les explications de Sylvain Pagé, le premier condo était trop petit pour ac- L I B R E O P I N I O N J U L I E N L A F L A M M E P I E R R E - A N T O I N E H A R V E Y Économistes et chercheurs associés à l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) D ans une lettre d\u2019opinion parue mardi, Norma Kozhaya, vice-présidente du Conseil du patronat du Québec (CPQ), écarte du revers de la main les conclusions de notre étude sur l\u2019impact pour l\u2019économie des régions d\u2019une hausse du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure.Reprenant le mantra défaitiste patronal, elle affirme que «ce sont ceux qu\u2019on tente d\u2019aider qui seront les premières victimes, c\u2019est-à-dire les personnes à faible revenu».Notre étude montre qu\u2019une hausse du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure entraînerait une augmentation globale de la masse salariale des personnes à bas salaire de 2,2 à 3,4 milliards de dollars.Ces calculs tiennent compte à la fois des per tes d\u2019emploi appréhendées et de l\u2019augmentation de la masse salariale des travailleurs et travailleuses à bas salaire qui conser veront leur emploi.Nous constatons que les ef fets positifs d\u2019une telle hausse (gains salariaux) seraient de 9 à 11 fois plus importants que ses effets négatifs (pertes d\u2019emplois).Mme Kozhaya semble suggérer que nous avons volontairement sous-estimé l\u2019ampleur des per tes d\u2019emplois potentielles.Pourtant, l\u2019hypothèse de 2 % de pertes d\u2019emplois représente l\u2019estimation la plus négative issue des recherches récentes au Québec.Le CPQ avait lui-même commandé une recherche à la firme Da- meco qui arrivait à des résultats plus optimistes que les nôtres.Réalisée en 2016 à l\u2019aide d\u2019un modèle d\u2019équilibre général, cette recherche prévoyait des per tes d\u2019emplois oscillant entre 0,2 % et 1,3 % des emplois visés.C\u2019est donc dire que, si nous nous étions basés sur les résultats de l\u2019étude du CPQ, nous serions arrivés à des retombées encore plus positives.Retombées positives La vice-présidente du CPQ juge irréaliste l\u2019hypothèse selon laquelle « les entreprises devraient comprendre qu\u2019il est dans leur intérêt de mettre ce pouvoir d\u2019achat dans les mains des consommateurs, puisque \u201cplus de salaire = plus de consommation = plus de chif fre d\u2019affaires\u201d ».Pourtant, le mérite d\u2019avoir établi une telle équation revient non pas à nous, mais à d\u2019illustres économistes, dont le Britannique John Maynard Keynes.Selon Mme Kozhaya, nous af firmons que la hausse globale de la masse salariale additionnelle sera uniquement dépensée dans des entreprises à bas salaire.C\u2019est pour tant faux.Si nous croyons qu\u2019une partie des nouveaux revenus touchés par les bas salariés sera très certainement dépensée dans de tels commerces (pensons aux épiceries ou aux commerces de détail en général), d\u2019autres secteurs bénéficieront aussi d\u2019une hausse de leur pouvoir d\u2019achat, comme celui de la construction résidentielle par exemple.Il s\u2019agit d\u2019après nous d\u2019impacts économiques positifs dont il importe de tenir compte.Nous pensons en outre que les entreprises à bas salaire pourraient bénéficier de certains avantages en procédant à des augmentations salariales.D\u2019une part, un salaire plus alléchant facilite l\u2019attraction et la rétention de la main-d\u2019œuvre.En 2014- 2015, Emploi Québec estimait que le taux de roulement annuel de l\u2019industrie de l\u2019hébergement et de la restauration atteignait 21%, une proportion qui s\u2019avère considérable.D\u2019autre part, un meilleur salaire engendre généralement une meilleure motivation des employés, ce qui est aussi très important dans les industries où le service à la clientèle est primordial.Enfin, Mme Kozhaya aborde l\u2019enjeu de la pauvreté.Elle souligne que le salaire minimum actuel, à 12 $ l\u2019heure, assure un revenu disponible qui permet une couverture des besoins de base adéquats, selon la Mesure du panier de consommation.Or, pour sortir de la pauvreté, il est nécessaire non seulement d\u2019avoir les moyens de se procurer l\u2019essentiel, mais aussi d\u2019avoir une véritable marge de manœuvre financière et une autonomie économique.Ne serait-il pas juste qu\u2019une personne qui travaille à temps plein au salaire minimum puisse échapper réellement à la pauvreté ?Les indicateurs de sortie de pauvreté, comme le « revenu viable » élaboré par l\u2019IRIS ou encore le « risque de pauvreté » tel que défini par l\u2019Union européenne, nous indiquent les seuils à atteindre pour dépasser la simple couverture des besoins de base.Cer tes, un salaire minimum à 15 $ l\u2019heure entraînerait quelques effets indésirables dans les premières années de son implantation.Or, dans le contexte d\u2019un marché du travail dynamique, avec un très bas taux de chômage et une croissance soutenue des inégalités, notre étude met en lumière le fait que les avantages seraient bien plus nombreux que les inconvénients.L\u2019impact positif de la hausse du salaire minimum FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Chef des technologies SYLVAIN COUTU Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET cueillir son fils venu étudier à Québec.Ce qui m\u2019interpelle et me choque dans cette histoire, c\u2019est qu\u2019en tant qu\u2019enseignante dans cette région des Hautes-Laurentides durant plus de vingt ans, j\u2019ai vu de très nombreux parents se priver et se serrer la ceinture afin, non seulement de payer des études avancées à leurs jeunes, mais aussi de payer pour leur logement ou leurs frais de séjour à l\u2019extérieur de la région, et ce, sans aide gouvernementale, sinon un maigre crédit d\u2019impôt possible de 8 % pour les droits de scolarité et rien pour le logement.Alors, non seulement les députés ont-ils droit à de généreuses allocations non imposables pour se loger et, semble-t-il, loger des membres de leur famille aux frais des contribuables, mais ils peuvent, en plus, en tirer profit ! Qu\u2019ils aient droit à une compensation pour leurs frais de séjour à Québec, je veux bien, mais qu\u2019ils réclament le maximum pour acheter des propriétés et les revendre ou encore les conserver une fois leur carrière politique terminée, je trouve ça pour le moins excessif.Le prochain gouvernement, quel qu\u2019il soit, devrait abolir ce genre de privilèges pour ne conserver qu\u2019une allocation permettant aux élus de louer un appartement ou de choisir de demeurer à l\u2019hôtel.Certains députés ont déjà opté pour la location ou l\u2019hôtel par goût personnel ou par conviction et ils réclament donc beaucoup moins que le fameux maximum de 15 300 $.Je crois que Sylvain Pagé, député de Labelle, qui se vante toujours de faire de la politique autrement, a encore raté une belle occasion de le faire en choisissant le beurre et l\u2019argent du beurre alors qu\u2019il représente l\u2019une des régions les plus défavorisées du Québec.Danielle Paquin Nominingue, le 1er mai 2018 LUTTE CONTRE LA CORRUPTION Échec emblématique POLITIQUE D\u2019AFFIRMATION DU QUÉBEC Fini le fruit, place au dégel I L BRIAN MYLES ROBERT DUTRISAC L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).P I E R R E M O U T E R D E Sociologue et essayiste près Françoise David, c\u2019est donc au tour d\u2019Amir Khadir de céder le pas ou, à tout le moins, d\u2019annoncer qu\u2019il ne se représentera pas comme député de Québec sol ida ire dans Merc ier en octobre 2018.Certes, à la dif férence du ministre Martin Coiteux et de bien d\u2019autres, il ne s\u2019en est pas tenu à l\u2019argument passe-partout des raisons familiales et il a af firmé qu\u2019il continuera à militer activement au sein de QS.Il n\u2019en demeure pas moins que son départ sonne pour Québec solidaire comme la fin d\u2019une certaine époque, ou peut-être plus justement comme le passage de bâton entre une génération et une autre, expression de ce nécessaire renouvellement dont tout par t i do it fa ire preuve s\u2019il veut rester\u2026 vivant.C\u2019est d\u2019ailleurs ce sur quoi Amir Khadir se plaît à insister.Si l\u2019on veut lutter contre la personnalisation et les dérives du pouvoir, si l\u2019on veut rester cohérent avec les valeurs de la gauche, il faut bien pouvoir \u2014 après 12 ans de politique à la tête de QS \u2014 montrer l\u2019exemple et par conséquent laisser la place à d\u2019autres.Et ce n\u2019est pas là un simple argument de circonstance.Déjà, il y a quelques années, au moment où Françoise David avait été élue et où se posait la question de qui serait dès lors « le porte- parole député » de QS ainsi que son représentant au débat des chefs, Amir Khadir avait de lui-même laissé la place, arguant que dans un par ti féministe comme QS, c\u2019était quelque chose qui allait de soi.En fait, depuis la naissance de QS \u2014 et même auparavant au se in de l \u2019Un ion des forces progressistes \u2014, cela a toujours été une de ses préoccupations et correspond sans doute à un trait de sa personnalité, aussi étonnant qu\u2019il puisse paraître à ceux et celles qui voient d\u2019abord en lui quelqu\u2019un ne mâchant pas ses mots et prenant un malin plaisir à pour fendre les puissants ou encore à jouer au frondeur intempestif et iconoclaste.(Rappelez-vous l\u2019épisode de ce soulier lancé en 2008 contre une photo du prés ident George W.Bush !).En effet, il a toujours voulu s\u2019assurer que les différentes sensibilités ou partis pris au sein de QS puissent arriver à cohabiter en bonne intelligence, mieux encore, convivialement ! Et qu\u2019importe si bien souvent il prenait ses aises vis-à-vis des sentiments dominants existant au sein de QS pour, de son propre chef, aller porter son soutien à tel ou tel groupe critiqué ou encore réconforter tel individu stigmatisé, faisant tout pour discrètement atténuer les pots cassés, poussant chacun à mettre de l\u2019eau dans son vin, à chercher coûte que coûte le consensus, de manière toujours très pragmatique.Très proche en cela, d\u2019ailleurs, d\u2019une certaine culture québécoise.Bien intégré à la vie québécoise C\u2019est là l\u2019étonnant : Iranien d\u2019origine, mais arrivé avec sa famille à l\u2019âge de dix ans à Montréal, il a su, tout en préser vant sa culture première, s\u2019intégrer parfaitement à la vie québécoise, en métissant de manière très originale traditions et savoirs d\u2019ici et de là-bas.Que l\u2019on songe par exemple au fait qu\u2019il ait très vite embrassé (dès son passage en 2000 comme candidat au Bloc québécois) la cause indépendantiste du Québec, ou encore qu\u2019il ait su relativiser bien pragmatiquement \u2014 au nom des accommodements raisonnables \u2014 la question du voile dont il sait pourtant tout ce qu\u2019il représente d\u2019intégrisme crasse dans son pays d\u2019origine.Mais plus que tout, il a su préserver en lui cette approche politique si propre aux gens du Sud, eux qui savent que ce n\u2019est qu\u2019en luttant d\u2019arrache-pied, qu\u2019en ayant le courage de se tenir debout contre vents et marées qu\u2019on pourra desserrer quelques-uns des cruels et injustes rapports de force qui, par le truchement de la mondialisation capitaliste contemporaine, pèsent sur le destin de leur pays.Cette approche-là, il ne l\u2019a jamais perdue, quitte à se lancer tout seul, en franc tireur, dans la bagarre, loin des consignes de son parti.C\u2019est elle qui lui a non seulement permis de trouver les mots justes pour dénoncer en 2008 les exactions de Henri-Paul Rousseau de la Caisse de dépôt et placement du Québec ou les arrogances hautaines d\u2019un Lucien Bou- chard en 2011, ou encore d\u2019un Gaétan Barrette en 2018.C\u2019est elle qui, en 2012, lui a permis de défendre l\u2019idée de « désobéissance civile », puis d\u2019affronter la tête haute la tempête médiatico-politique qui s\u2019est déchaînée autour de lui quand, en plein Printemps érable, sa fille a été arrêtée et sa maison perquisitionnée par la police.Une boussole pour Québec solidaire Et c\u2019est cette approche \u2014 mâtinée par son sens du consensus \u2014 qu\u2019on souhaiterait qu\u2019elle ne manque pas à l\u2019avenir à QS.Car avec le recul du temps, on ne peut qu\u2019admirer ce patient travail politique auquel il a participé conjointement avec Françoise David, en construisant un parti de gauche qui, à la différence de tant d\u2019autres formations semblables de par le monde, a su, loin des divisions déchirantes et sans perdre son âme, croître et rassembler chaque fois plus d\u2019adhérents, au point d\u2019être aujourd\u2019hui capable de peser de manière non négligeable sur la scène politique du Québec.Et à l\u2019heure où la nouvelle direction de QS cherche ses marques, peine parfois à trouver sa boussole, entre l\u2019ouverture nécessaire et le maintien d\u2019une identité forte (pensez à l\u2019affaire Marissal), il vaudra la peine de se souvenir de ce sens de l\u2019intervention politique si originale, fait tout à la fois de larges aspirations démocratiques et d\u2019intransigeantes volontés de ruptures.En n\u2019oubliant ni l\u2019un ni l\u2019autre.Sans cela, il n\u2019y aura pas de Québec solidaire\u2026 vivant.Amir Khadir, une approche combative et consensuelle L O U I S E H A R E L Ex-députée, ex-ministre, ex-chef parlementaire et ex-présidente de l\u2019Assemblée nationale ors de mon élection en 1981, je ne voyais pas la nécessité d\u2019une loi sur la par ité.Nous formions, les hu it femmes élues, 6,6 % de l\u2019Assemblée nationale, une nette amé l iorat ion en regard du 0,9 % d\u2019avant 1976 .J \u2019ava is confiance que nous allions constamment progresser, le mouvement des femmes étant for tement mobilisé et les chefs de par t i étant consentants .Nous all ions poursuivre inexorablement, pensa is- je, notre avancée jusqu\u2019à la par ité.En 2005, 24 ans plus tard, lorsque la professeure Manon Tremblay me demande d\u2019écrire la préface de Québécoises et représentation parlementaire aux Presses de l\u2019Université Laval, j \u2019écris avec inquiétude que « les reculs ne sont pas im - possibles ».Le recul se produira effectivement dès 2007 : des 40 femmes députées qui formaient alors 32 % de l\u2019Assemblée, pourcentage le plus élevé, atteint également en 2012, elles ne seront plus que 27 %, et 29 % actuellement.Le plafond du tiers : un plafond de verre Depuis 1976, soit depuis 42 ans, jamais nous n\u2019avons réussi à dépasser ce plafond du tiers.Selon les études consultées, ce plafonnement se vit à l\u2019échelle de tous les groupes qui, ayant connu de la discrimination, sont en marche vers l\u2019inclusion.Le groupe majoritaire, de façon systémique et involontaire, se protège de sa propre transformation en maintenant ses façons de faire.Dépasser ce plafond du tiers et se mettre en route vers la zone paritaire (sans recourir aux quotas) ne se fait pas sans résistance, parce que cela signifie basculer dans l\u2019inconnu d\u2019une nouvelle majorité et de ses possibles nouvelles règles.Je prends la gestion du temps comme exemple prosaïque.Depuis des temps immémoriaux, l\u2019Assemblée nationale avait cette fâcheuse habitude de siéger sans arrêt, jour et nuit, durant 72 heures, parfois 96 heures ou plus.La présence des femmes députées, qui, unanimement, détestaient cette façon de faire, a eu une influence certaine sur la modification du calendrier pour mieux planifier les travaux et siéger, avec plus de concentration, à des heures raisonnables, tout en tenant compte des semaines de relâche scolaire.Une loi sur la parité, entre 40 % et 60 %, lancerait un puissant signal de changement ir révocable, appliqué cette fois dans tous les domaines de la vie parlementaire et du débat politique.Vaincre la résistance des partis Le maillon le plus faible, et pourtant le plus déterminant, dans la chaîne de présence des femmes au Parlement est celui du recrutement de can- d idates par les par t is pol i - tiques.Sans parler de quotas pour les femmes, la zone paritaire viendrait pallier le fait que des candidats se précipitent dès qu\u2019une place se li - bère alors que les candidates hésitent longuement à pénétrer dans l\u2019univers politique, se considérant à tort comme inadéquates et mal préparées.La rudesse de la joute politique amène les partis, de façon consciente ou incons- c iente, à fa ire d\u2019abord confiance au modèle domi - nant, y compris dans ses apparences.Je ne sais combien de fois je me suis entêtée à passer outre aux commentaires sur le timbre trop féminin de ma voix qui enlève de l\u2019autor ité , me d isa it-on .La présence d\u2019un plus grand nombre de femmes modifiera it non seulement cette norme, ma is b ien d\u2019autres stéréotypes associés aux attributs masculins.Les partis politiques sont la clé de voûte pour aplanir les obstacles qui persistent et qui maintiennent, souvent à leur insu, la sous-représentation des femmes.Cela s\u2019avère d\u2019autant plus justifié que les partis sont maintenant très largement financés par des fonds publics auxquels les femmes contribuent à égalité.Une loi sur la zone paritaire enverrait un signal puissant, comme le fut, en 2011, la loi du gouvernement Charest sur la parité hommes-femmes au sein des conseils d\u2019administration des sociétés d\u2019État, loi qui fait maintenant consensus en raison des nombreux bénéfices qui lui sont reconnus.Un traitement de choc s\u2019impose maintenant « Les façons de faire la politique », la « culture masculine du débat politique fondée sur l\u2019idée de combat et de joute », que le directeur du Devoir invite à modifier dans son éditorial du 30 avril, ne changeront pas sans la contrainte d\u2019une loi sur la parité.La transformation de l\u2019Homo politicus nécessite un changement de paradigme, un traitement de choc.C\u2019est le phénomène de la poule et de l\u2019œuf : sans une présence accrue des femmes au Parlement, il n\u2019y aura pas de véritable changement de cette «culture masculine» qui a imprégné l\u2019exercice du pouvoir, et sans changement de culture, ce ne sera pas plus attrayant d\u2019être candidates.Nous en sommes rendus là dans notre épopée de l\u2019émancipation et de la conquête du pouvoir politique par les Québécoises.Nous devons avec lucidité reconnaître que nous faisons du surplace depuis une décennie et que notre pusillanimité laisse le problème entier à la génération suivante.Contrairement à ce que nos mères et nos grands-mères nous ont légué ! Un traitement de choc s\u2019impose pour favoriser la parité A GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Amir Khadir a annoncé vendredi qu\u2019il ne se représentera pas aux prochaines élections provinciales.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Des 40 femmes députées qui formaient en 2007 32 % de l\u2019Assemblée nationale, elles ne sont plus que 29 % actuellement.Si l\u2019on veut lutter contre la personnalisation et les dérives du pouvoir, si l\u2019on veut rester cohérent avec les valeurs de la gauche, il faut bien pouvoir \u2014 après 12 ans de politique à la tête de QS \u2014 montrer l\u2019exemple et par conséquent laisser la place à d\u2019autres « » L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 B 10 LE DEVOIR D \u2019HISTOIRE TIFFET Transposées aujourd\u2019hui, leurs inclinaisons respectives seraient sans doute qualifiées de «mondialiste» chez Marie-Victorin et d\u2019« identitaire» dans le cas de Groulx.Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.L U C C H A R T R A N D Journaliste C ertains personnages de notre histoire continuent de nous influencer longtemps après leur disparition, et ce, souvent à notre insu.C\u2019est le cas des deux intellectuels québécois les plus importants de la première moitié du XXe siècle, l\u2019abbé Lionel Groulx et le frère Marie-Victorin.Chacun avait forgé sa vision distincte des stratégies visant à l\u2019émancipation des Canadiens français.Transposées aujourd\u2019hui, leurs inclinaisons respectives seraient sans doute qualifiées d\u2019« identitaire» dans le cas de Groulx et de « mondialiste » chez Marie-Victorin.Bien que l\u2019on puisse qualifier les deux hommes de «nationalistes», le contraste entre eux est marqué.Lionel Groulx, prêtre et historien, est un apôtre du réveil de la « race » par la valorisation presque mystique de son histoire, de ses origines françaises et catholiques.Toute sa vie, il aura voulu mettre ses compatriotes à l\u2019école de « notre maître le passé » \u2014 titre, en 1924, d\u2019un recueil de ses textes \u2014 de manière à créer par l\u2019histoire une source de fierté et d\u2019identité.Pour Marie-Victorin, scientifique, le destin national doit battre au rythme de la modernité et embrasser le monde en marche.En 1941, il cite dans une lettre à sa sœur «un petit mot effroyablement juste de ce grand génie », Léonard de Vinci : « Ne soyons pas dupes du passé.» Cette boutade illustre bien la volonté de Marie-Victorin de se distancer d\u2019un nationalisme animé par la nostalgie d\u2019une supposée grandeur perdue.Frère des Écoles chrétiennes, Marie-Victorin développe autour de lui une équipe de jeunes chercheurs dont la mission est de donner au Canada français des compétences en sciences naturelles et d\u2019ainsi participer à une conquête des leviers économiques.Dans ce pays de ressources naturelles, il plaide pour qu\u2019on forme des géologues, des ingénieurs, des forestiers ou des biologistes marins afin d\u2019acquérir la maîtrise du développement.« Nous récusons le rôle de nègres blancs », clame-t-il trois décennies avant que Pierre Vallières ne reprenne cette figure de style dans son ouvrage Nègres blancs d\u2019Amérique.La jeunesse des années 1930 Marie-Victorin veut réformer l\u2019éducation et s\u2019y emploie à tous les niveaux.À l\u2019Université de Montréal, il mène le combat pour moderniser l\u2019établissement, faire grandir la Faculté des sciences et diversifier les débouchés d\u2019une élite jusque-là fortement confinée aux professions libérales.Il devient même l\u2019animateur d\u2019un mouvement de jeunesse, les Cercles des jeunes naturalistes, dans lequel des milliers d\u2019élèves sont initiés à la science.Son étudiant Jacques Rousseau en fit le précurseur de la Révolution tranquille : « En 1930, on semait ; en 1960, on récoltait.» Lionel Groulx exerce sur une grande partie de la jeunesse des années 1930 un leadership indéniable, que ce soit par ses écrits dans L\u2019Action nationale ou par ses conférences.La langue, notamment, est au cœur de ses combats.La lutte pour le bilinguisme dans la fonction publique fédérale sera menée sans relâche et il se bat pour chaque pouce de ter rain.Groulx veut des timbres-poste bilingues et réclame partout des services en français.Il est le champion de la défense des droits des francophones hors Québec.Il se livre aussi à une critique de la Confédération canadienne et veut voir ses compatriotes construire au Québec un véritable État français (pas forcément hors du Canada).En ce sens, Groulx aussi annonce les années 1960.Cependant, les accents divergent presque en toutes choses : progressistes chez Marie-Victo- rin, conservateurs chez Groulx.On devine au- jourd\u2019hui, par ses Lettres biologiques (Boréal) sur la sexualité humaine, que Marie-Victorin \u2014 mort prématurément en 1944 \u2014 n\u2019aurait pas récusé la libération des mœurs survenue après 1960.Par contraste, Lionel Groulx, mort en 1967, assista au début de la Révolution tranquille et s\u2019en trouva ébranlé, la décrivant comme un « séisme mystérieux ».Défense ou repli identitaire Réformateur radical, Marie-Victorin reconnaît que le clergé, en isolant le peuple canadien- français, l\u2019a sauvé de l\u2019assimilation, mais il croit que le temps du nationalisme défensif est révolu.Il est convaincu \u2014 et c\u2019est peut-être la clef de son nationalisme ouvert \u2014 que le Québec est un État «dont la persistance et l\u2019avenir semblent hors de doute ».C\u2019est armé d\u2019une telle assurance qu\u2019il affronte le monde extérieur.L\u2019essence de son combat national consiste donc à renforcer le Québec par l\u2019éducation, clef de sa prise en main.C\u2019est un avant-gardiste radical, qui dénonce sans relâche le repli sur soi et les « lignes Maginot » culturelles (en référence à cette fortification censée rendre la France imprenable et que les armées d\u2019Hitler contournèrent par la Belgique).Il écrit : « On ne peut empêcher l\u2019intercommunication, les échanges journaliers d\u2019idées entre les peuples.» Il fréquente les scientifiques de McGill et de Har vard.Il a voyagé en Europe, en Afrique, aux États-Unis et dans les Antilles.Il parle couramment l\u2019anglais, connaît l\u2019espagnol et, conscient de ce que, par leur puissance, « les États-Unis ont désaxé le monde », il note qu\u2019en matière scientifique, « notre bibliographie doit être surtout américaine et de langue anglaise ».De telles propositions sont bien sûr aux antipodes de la pensée de Groulx, toute vouée à conserver la pureté de l\u2019« âme » nationale des Canadiens français.Son nationalisme se nourrit d\u2019un passé magnifié et exalté ; tout ce qui peut le corrompre \u2014 les mariages mixtes, le jazz ou le Coca-Cola \u2014 doit être écarté.Dans le contexte particulier des années 1930, alors que l\u2019antisémitisme est exacerbé un peu partout dans le monde occidental, le juif est présenté par Groulx comme une menace pour cette âme et « l\u2019internationalisme juif comme un des plus dangereux agents de dissolution morale et sociale à travers le monde ».La politologue Esther Delisle a suscité la polémique voici une vingtaine d\u2019années en avançant que cet antisémitisme était « consubstantiel » au nationalisme de Groulx et de ceux qui subissaient son influence \u2014 en par ticulier parmi des journalistes du Devoir de l\u2019époque.Autrement dit, que le nationalisme identitaire ne peut se développer sans utiliser un «Autre » \u2014 le juif en ce temps, le musulman de nos jours, pourrait-on se demander ?\u2014 comme repoussoir permettant de définir la nation contre ce qu\u2019elle n\u2019est pas.Des exper ts de Groulx, comme son biographe Charles-Philippe Courtois, reconnaissent, mais nuancent, la « part de responsabilité » de l\u2019historien dans le courant anti-juif de l\u2019époque et y voient une dimension plutôt mineure de sa pensée.Sans trancher ce débat, on peut cer tes considérer que l\u2019idéologie de Groulx s\u2019ar ticule autour d\u2019un rejet des influences extérieures.Chez le biologiste Marie-Victorin, la mixité et le métissage, bien que présentés comme un « problème » sur lequel il réfléchit, demeurent des réalités à étudier, sur les plans biologique et psychologique, comme il le fait dans ses multiples voyages.Le mélange racial de Cuba, pays où il a beaucoup voyagé, le fascine et il se demande, en 1939 : « Cuba sera-t-il plutôt une autre expérience, d\u2019où sortira un peuple nouveau dont le devenir nous échappe complètement ?» Dansereau et ses maîtres Groulx et Marie-Victorin ne s\u2019affrontent pas publiquement.Cependant, la tension entre eux est révélée par l\u2019expérience de Pierre Danse- reau, un « disciple » qui a fréquenté les deux hommes.Dansereau les présenta justement comme les deux modèles qui s\u2019of fraient à la jeunesse de son temps.Étudiant à l\u2019Université de Montréal au début des années 1930, le futur écologiste occupa la présidence du mouvement Jeune Canada, se réclamant de Groulx, qui les conseille.Les membres de Jeune Canada affichaient un antisémitisme aux accents par fois virulents, ce qui conduira certains de ses membres, comme André Laurendeau, à s\u2019en excuser publiquement après la Deuxième Guerre mondiale.Pierre Dansereau prendra ses distances beaucoup plus tôt et, en 1936, il démissionne du mouvement.Il « traverse », si on peut dire, chez Marie-Victorin.Dans ses échanges avec ce dernier, dont on ne connaît pas les détails mais dont on sait qu\u2019ils ont porté sur l\u2019action de Jeune Canada, Dansereau déclare vouloir adopter un nationalisme « plus sain ».Il choisit l\u2019agronomie, rejoindra le Jardin botanique et deviendra un des plus illustres savants de sa génération, contribuant à l\u2019échelle internationale à établir la jeune science de l\u2019écologie.La même année, Lionel Groulx écrit une lettre à Pierre Dansereau qui permet de saisir combien il se méfie de la petite révolution académique pilotée par Marie-Victorin : « J\u2019estime que l\u2019institution n\u2019a pas pour but suprême de faire de nos jeunes gens des savants, mais d\u2019abord des Canadiens français et des catholiques.Tout notre enseignement, au surplus, doit se subordonner à ces fins.Nos universités ne doivent pas être des institutions d\u2019esprit cosmopolite.» Où sont les héritiers?Ces dernières années, on entend se multiplier les appels à redécouvrir l\u2019œuvre de Groulx.Ce message émane de chroniqueurs qui croient que la nation est menacée par l\u2019immigration et qui veulent « sauver les meubles » en remettant la question identitaire au cœur du débat.Groulx est aussi remis à l\u2019honneur dans certains de ces groupes qui pratiquent la «vigilance face à l\u2019islam radical ».L\u2019étranger qui menace a changé de visage, mais il sert toujours de repoussoir.On parle aujourd\u2019hui d\u2019identité plutôt que d\u2019âme.La pureté de la race a été remplacée par la sauvegarde des « valeurs ».Le cosmopolitisme est devenu mondialisation multiculturelle.Même des mouvements contre le racisme sont présentés comme des idéologies venues de l\u2019étranger.Dans ce contexte, où sont ceux qui font écho au nationalisme ouvert de Marie-Victorin ?On les trouve sans doute un peu partout.Ils sont là où s\u2019affirme le Québec concrètement : dans les arts, dans les sciences ou dans les entreprises qui se démarquent sans complexe dans une société mondialisée.On les retrouve également dans la jeunesse québécoise qui est en rupture avec l\u2019angoisse de sa disparition nationale.Il serait toutefois pertinent de voir s\u2019articuler une pensée claire contemporaine de ce nationalisme ouvert à une époque où l\u2019autre courant parle haut et fort.?Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir d\u2019histoire : https ://www.le- devoir.com/motcle/le-devoir-d-histoire Êtes-vous Marie-Victorin ou Groulx ?Marie-Victorin et Lionel Groulx ont incarné deux courants \u2014 souvent divergents \u2014 de la pensée nationale qui continuent de coexister de nos jours J\u2019estime que l\u2019institution n\u2019a pas pour but suprême de faire de nos jeunes gens des savants, mais d\u2019abord des Canadiens français et des catholiques.Tout notre enseignement, au surplus, doit se subordonner à ces fins.Nos universités ne doivent pas être des institutions d\u2019esprit cosmopolite.L\u2019abbé Lionel Groulx « » On ne peut empêcher l\u2019intercommunication, les échanges journaliers d\u2019idées entre les peuples Le frère Marie-Victorin « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S B 11 PRESTIGE CHARME & DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 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