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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-05-05, Collections de BAnQ.

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[" ACFAS LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2018 CAHIER SPÉCIAL C Stimuler la recherche disruptive C 3 Scientifiques en quête de liberté C 4 L\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) accueille dès lundi le 86e Congrès de l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) sur le thème de la pensée libre.Un premier congrès sous l\u2019égide de la nouvelle présidente de l\u2019organisation, Lyne Sauvageau.Une responsabilité dont elle dit être très honorée et fière.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale «C e n\u2019est pas rien, un congrès de l\u2019Ac- fas, lance Lyne Sauvageau.Il s\u2019agit quand même du plus grand rassemblement de chercheurs francophones au monde ! On attend 3000 scientifiques représentant toutes les disciplines, à Chicou- timi.Beaucoup de Québécois bien sûr, mais aussi des Canadiens francophones et des gens qui viennent de plus loin encore.C\u2019est une grande fête pour tous les scientifiques que nous sommes.Alors, on est tous un peu fébriles\u2026 » En réalité, L yne Sauvageau ne se souvient pas de l\u2019époque où elle ne connaissait pas l\u2019existence de ce congrès.Depuis qu\u2019elle est entrée à l\u2019université comme étudiante, il a toujours été présent.Pas qu\u2019elle s\u2019y soit rendue chaque année, même si elle avoue avoir assisté à un très grand nombre d\u2019entre eux, mais selon elle, il s\u2019agit d\u2019un événement qui rythme la vie des universitaires québécois.Elle se souvient tout particulièrement du 80e congrès organisé par l\u2019ensemble des universités québécoises et du réseau collégial au Palais des congrès de Montréal.C\u2019était en 2012 et, pour la première fois, l\u2019équipe avait voulu l\u2019ouvrir au grand public avec des colloques susceptibles de l\u2019intéresser, des activités qui lui étaient spécifiquement destinées, et surtout, pour la première fois, Ma thèse en 180 secondes.« Il s\u2019agit de faire comprendre des sujets complexes en trois minutes chrono, rappelle-t-elle.Un vrai concept, on était tellement enthousiastes ! Et puis, avant que le premier étudiant monte sur scène, on s\u2019est dit : \u201cMon dieu, qu\u2019est-ce qu\u2019on a fait là !\u201d Et il l\u2019a fait.C\u2019était bon, c\u2019était fantastique ! Et ça dure depuis ce temps-là.C\u2019est même repris ailleurs, ça rayonne à l\u2019international.On a eu l\u2019audace de le faire et ça a fonctionné ! » De la visibilité pour Chicoutimi Cette même audace a amené une poignée de scientifiques québécois à organiser un premier congrès francophone il y a 86 ans.Celle-là encore en a poussé d\u2019autres à l\u2019amener en dehors de Montréal et de Québec, en région, CONGRÈS DE L\u2019ACFAS Chicoutimi célèbre la pensée libre VOIR PAGE C 4 : PENSÉE Sciences et cultures 86e Congrès de l\u2019Association francophone pour le savoir I S T O C K A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 2 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Aude Marie Marcoux, directrice des publications spéciales, à amarcoux@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.La collaboration université-cégep sous la loupe L\u2019UQAC accueillera un colloque sur la collaboration interordre en recherche E M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale «Ce sera un colloque qui portera beaucoup plus sur le processus de collaboration université-collège que sur les retombées, annonce d\u2019entrée de jeu Stéphane Allaire, cores- ponsable du colloque et professeur en pratiques éducatives à l\u2019Université du Québec à Chicou- timi.Ce qu\u2019on veut explorer, c\u2019est comment se passe cette col- laboration-là, ce qui a amené les établissements à s\u2019associer pour mettre en place des initiatives de collaboration, quels sont les écueils que les gens rencontrent et comment ils réussissent à aplanir ces défis-là.» Pour y parvenir, les organisateurs ont privilégié une formule s\u2019ar ticulant autour de cas concrets.Ainsi, tout au long de la journée, des gens ayant pris part à des activités de collaboration interordre viendront témoigner de leur expérience.Leurs allocutions seront complétées par deux conférences et une table ronde réunissant des invités de renom.«Cette table ronde va se pencher sur un volet prospectif, précise M.Allaire.Elle nous permettra de nous tourner vers l\u2019avenir et de tenter de dégager quelles sont les avenues prometteuses et celles qu\u2019on ne devrait pas emprunter.» Deux cas de figure E n é m e r g e n c e d e p u i s quelques années au Québec, la collaboration entre cégeps et universités s\u2019étend à l\u2019ensemble des secteurs de la recherche et se déploie essentiellement sous deux formes.« Le principal cas de figure qu\u2019on voit, ce sont des projets circonscrits dans le temps, indique M.Allaire.Par exemple, on peut penser à un chercheur universitaire qui prend le lead de l\u2019élaboration d\u2019une demande de financement.Il demande la collaboration d\u2019un collègue dans un collège ; ça peut être sur un an, deux ans, trois ans.Au bout de ça, la collaboration peut mener à d\u2019autres projets ou tout simplement s\u2019éteindre.» Il arrive également que la collaboration interordre se concrétise dans un contexte plus formel, dans le cadre d\u2019une chaire mixte, d\u2019un réseau ou d\u2019un consortium, par exemple.«C\u2019est une forme de collaboration plus durable qui commence à gagner en popularité, mais qui est moins fréquente», signale M.Allaire.L\u2019intensification de ce type de collaboration ne semble pas étrangère à l\u2019adoption par le gouvernement du Québec de la Politique nationale de recherche et d\u2019innovation (PNRI) 2014-2019.«Dans cette politique, on voit apparaître clairement la volonté d\u2019inciter à la coopération et aux collaborations des différents niveaux de l\u2019enseignement supérieur québécois.Il y a une plus- value qui est explicite, qui est recherchée et qui est nommée formellement dans la PNRI.On y fait beaucoup état de la composante recherche appliquée, mais on aborde aussi les questions de recherche fondamentale», relève Céline Desjardins, coordonnatrice de la recherche scientifique à la Fédération des cégeps et conférencière invitée au colloque «Pratiques, enjeux, défis et avenir de la collaboration université-cégep en recherche».Une collaboration pertinente Il faut dire que la collaboration entre cégeps et universités en recherche peut s\u2019avérer pertinente sur plusieurs fronts.Elle favorise notamment la complémentarité des expertises et la pleine utilisation des compétences.« Avec les défis de société auxquels on a à faire face, on a besoin de toute la capacité de recherche du Québec et cette capacité de recherche inclut les chercheurs de cégeps, note Mme Desjardins.Il y a assurément une valeur ajoutée à faire coopérer des gens de différents milieux, dif férents secteurs, avec des expertises développées de façons différentes.» C\u2019est ce qu\u2019estime également M.Allaire : «Quand je regarde la panoplie d\u2019enjeux sociaux auxquels nous sommes confrontés, que ce soit en éducation, en environnement ou autre, il me semble que la mobilisation des forces vives des cégeps et des universités ne peut qu\u2019avoir des retombées positives pour l\u2019ensemble de la société.» Il ajoute que la possibilité de partager des infrastructures fait aussi partie des avantages qu\u2019offre la collaboration interordre.«Prenons l\u2019exemple d\u2019une université qui fait l\u2019acquisition d\u2019un équipement de pointe dans le domaine du génie qui vaut 500 000 $.Pourquoi un cégep ne pourrait-il pas en profiter ?La collaboration permet aux cé- geps et aux universités de se prêter ces équipements-là et d\u2019éviter de coûteux achats dédoublés», résume-t-il.Enjeux et défis Évidemment, la coopération interordre comporte aussi son lot de défis.Au-delà des questions de financement, les différences de fonctionnement entre les cégeps et les universités peuvent constituer des obstacles aux initiatives de recherche collaborative.«Les cégeps et les universités n\u2019ont pas la même organisation du travail, rappelle Mme Desjardins.Par exemple, leurs conventions collectives sont différentes.Ce n\u2019est pas toujours simple de les conjuguer.» « Quand on est professeur d\u2019université, notre tâche inclut un volet de recherche ; au collège, c\u2019est un peu dif férent, ajoute M.Allaire.Pour pouvoir faire de la recherche, les professeurs doivent obtenir des subventions qui leur permettent d\u2019être dégagés de leurs activités d\u2019enseignement.C\u2019est plus compliqué.» Il n\u2019en demeure pas moins que plusieurs établissements d\u2019enseignement supérieur québécois par viennent à mener des recherches collaboratives interordres avec succès.« C\u2019est ce qui sera mis en avant au colloque, conclut M.Allaire.Ce sera vraiment l\u2019occasion de mieux comprendre comment on peut articuler ces collaborations.On espère que ça sensibilisera les gens à la pertinence de cette pratique et que ce sera une référence pour la suite.» Au Québec, la collaboration entre cégeps et universités en recherche est une pratique de plus en plus courante, mais elle est encore peu documentée.Souhaitant faire la lumière sur cette approche, des représentants de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et de cinq cégeps des régions du Saguenay\u2013 Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ont décidé de s\u2019associer pour orchestrer un colloque sur la question.Intitulé Pratiques, enjeux, défis et avenir de la collaboration université-cégep en recherche, celui-ci sera tenu le 10 mai prochain à l\u2019UQAC dans le cadre du 86e Congrès de l\u2019Association francophone pour le savoir.La recherche au collégial Au Québec, lorsqu\u2019il est question d\u2019activités de recherche menées au collégial, il est souvent présumé qu\u2019il s\u2019agit de recherche appliquée et que celle-ci est réalisée dans des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT).Or, plusieurs chercheurs de cégep œuvrent en dehors des CCTT, et ce, en recherche appliquée comme en recherche fondamentale.Pour documenter cette réalité méconnue, Céline Desjardins, coordonnatrice de la recherche scientifique à la Fédération des cégeps, a entrepris en 2015 une collecte de données par autodéclaration auprès de l\u2019ensemble des cégeps de la province.Celle-ci s\u2019est déroulée dans le cadre des travaux du Comité mixte sur la recherche qui réunissait la Fédération des cégeps et le ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport.Voici un résumé de ses constats.En 2014, soit d\u2019après les plus récentes données disponibles sur le sujet : La totalité des 47 cégeps québécois fait de la recherche à des niveaux qui fluctuent selon différentes situations professionnelles et institutionnelles 37 cégeps ont déclaré des activités de recherche hors CCTT La recherche effectuée dans les cégeps se fait dans tous les secteurs La recherche menée dans les cégeps a eu lieu dans 47 disciplines, dont l\u2019astronomie, l\u2019astrophysique, la criminologie, les mathématiques fondamentales, la philosophie et la psychopédagogie 27% de ces projets de recherche ont été menés en collaboration universités-collèges 50% des cégeps ont été actifs en collaboration interordre A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 3 Le temps d\u2019une semaine, la ville de Saguenay va vivre au rythme du congrès de l\u2019Acfas.L\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) accueille l\u2019événement pour la quatrième fois de son histoire, et c\u2019est toute une région qui se mobilise pour en faire une véritable fête de la science.Vitrine du savoir-faire en région H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale 1 985, 1995, 2005\u2026 logiquement, le Congrès de l\u2019Acfas aurait dû revenir à Chicoutimi en 2015, mais la rectrice de l\u2019UQAC et présidente du comité organisateur, Nicole Bou- chard, explique que son université était alors trop fragilisée pour tenir un événement de cette envergure.«Il y a eu les mesures d\u2019austérité et de nombreuses coupes dans les universités, rappelle-t- elle.Dans une petite communauté comme la nôtre, ça a des conséquences énormes.Nous avons perdu du personnel.» Or, durant toute la semaine du congrès, 200 des 600 membres que compte la communauté universitaire seront mobilisés.Et certains d\u2019entre eux le sont depuis le moment où l\u2019organisation lui a été attribuée, il y a 18 mois.Mme Bouchard a repris le dossier quant à elle en arrivant à la tête de l\u2019université il y a tout juste un an, mais la directrice des communications, Marie Karlynn Laflamme, se souvient très bien de tout le chemin parcouru.« Dès le départ, il faut monter le comité organisateur, in- dique-t-elle, nommer la direction scientifique qui va se pencher sur les colloques, en relation avec le thème qui nous était donné, à savoir la pensée libre.Et puis, il faut très vite coordonner la logistique, les communications, nommer des responsables pour les activités grand public, etc.» Moteur de développement économique Elle note que l\u2019un des grands défis est de recevoir 3000 congressistes dans une ville comme Saguenay, qui ne possède pas toutes les infrastructures nécessaires.Résultat, il faut rapidement entrer en contact avec les restaurateurs pour les convaincre de prendre des réservations plus tôt qu\u2019à l\u2019accoutumée par exemple.Quant aux hôtels, ils sont réservés depuis La Baie jusqu\u2019à Saint-Gédéon.Les deux femmes affirment également qu\u2019un sentiment d\u2019appartenance est apparu à travers la région.Dans les journaux locaux, à la radio, petit à petit le congrès fait son apparition afin que le grand public lui aussi se sente invité à s\u2019y rendre.Car de nombreuses activités sont organisées tout spécifiquement pour lui, afin de démocratiser la science et d\u2019opérer un transfer t de connaissances.Il y aura notamment une balade sur les rives du fjord du Saguenay, une table ronde sur les jeux vidéo, un atelier sur le sexe à l\u2019écran ou encore la visite d\u2019un laboratoire d\u2019étude du cannabis, l\u2019objectif étant de démontrer que la science est partout.« L\u2019organisation d\u2019un tel événement, c\u2019est beaucoup de travail, mais c\u2019est aussi un moteur de développement local, ajoute Mm e Bouchard.Les congressistes vont avoir à se déplacer.Nous sommes aussi en relation avec les offices de tourisme pour déterminer ce qui pourrait leur être proposé.Et pour l\u2019université, c\u2019est l\u2019occasion de montrer qu\u2019il se fait aussi de la bonne recherche en région.» Briser les préjugés La rectrice regrette en effet que les universités en région ne soient souvent considérées que comme des établissements permettant l\u2019accessibilité aux études supérieures à tous les jeunes et moins jeunes vivant en dehors des grands centres urbains, et donc centrés principalement sur l\u2019enseignement.Le Congrès de l\u2019Ac- fas permet, selon elle, de briser les préjugés.«C\u2019est une formidable vitrine de notre savoir-faire à la grandeur du Québec, du Canada et même à l\u2019international, puisque de nombreux congressistes viennent de l\u2019étranger, de la France, de l\u2019Afrique et d\u2019autres pays francophones, souligne-t- elle.Nous ne sommes pas une université régionale, mais une université en région avec aussi une mission de recherche, sur des sujets collés à notre territoire et à notre réalité de ville nordique.» L\u2019UQAC possède ainsi une expertise dans le domaine minier, et notamment sur l\u2019aluminium, sur le dégivrage des avions ou encore sur la forêt boréale.Autant de sujets qui feront l\u2019objet de communications.Nicole Bouchard note d\u2019ailleurs fièrement que 30 % des colloques environ sont dirigés par des chercheurs de l\u2019université hôte.« Je dois dire également que je suis très heureuse du thème qui nous a été attribué, conclut la rectrice.La pensée libre\u2026 dans un monde où il y a beaucoup d\u2019intérêts, c\u2019est un devoir éthique pour les chercheurs que de continuer cet engagement en faveur d\u2019une pensée désintéressée.Le risque pour les universitaires, surtout en période d\u2019austérité, c\u2019est d\u2019être à la solde des entreprises et du privé.Bien sûr, nous devons travailler en collaboration, mais une résistance doit continuer à s\u2019opérer.Nous allons parler de tout cela la semaine prochaine à Chicoutimi et j\u2019en suis très heureuse.» ISTOCK La directrice des communications de l\u2019UQAC, Marie Karlynn Laflamme, note que l\u2019un des grands défis est de recevoir 3000 congressistes dans une ville comme Saguenay, qui ne possède pas toutes les infrastructures nécessaires.E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale L es titres des 22 projets financés par le programme Audace des Fonds de recherche du Québec (FRQ), dévoilés le 30 avril dernier, étonnent, surprennent, parfois déroutent.Ici, un laboratoire sur la forêt urbaine pour la santé.Là, un site sécurisé de recherche en thanatologie pour une approche interdisciplinaire de la mort.Certains piquent la curiosité, comme celui intitulé « explorations clownesques avec les sons de la conscience », ou cet autre affichant son intention d\u2019aborder les enjeux scientifiques, philosophiques, éthiques, politiques et légaux de l\u2019utilisation du microbiome aux fins d\u2019identification judiciaire.Bref, ces projets, financés avec une enveloppe totale de 2,7 millions, sortent des sentiers battus.C\u2019est ce que souhaitaient les FRQ au moment de lancer le premier appel de candidatures de ce nouveau programme lancé l\u2019automne dernier : Audace a été mis sur pied pour stimuler la recherche disruptive.Dans les cinq dernières années, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, remarquait que les projets de recherche visaient pour la plupart à bonifier ou à ajouter à des connaissances déjà acquises.« Étant donné que l\u2019on prend moins de risques, on ne fait pas de grands bonds ou de grandes découvertes qui vont amener une rupture », souligne-t-il.C\u2019est dans la foulée de la création de ce programme de financement et dans l\u2019esprit d\u2019encourager les chercheurs du Québec à faire preuve d\u2019innovation que les FRQ organisent, le 8 mai prochain, dans le cadre du congrès de l\u2019Acfas, le colloque « La recherche hors piste : oser la rupture ».L\u2019événement vise entre autres à sensibiliser la communauté scientifique à l\u2019importance de collaborer, non seulement entre disciplines, mais aussi entre les grands secteurs scientifiques, soit entre les sciences naturelles, le génie, les sciences de la santé, les Stimuler la recherche disruptive Les FRQ parient sur des projets iconoclastes pour provoquer de grands bonds scientifiques ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Un des projets financés par le programme Audace des Fonds de recherche du Québec (FRQ) est consacré à un laboratoire sur la forêt urbaine pour la santé.VOIR PAGE C 6 : RECHERCHE A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 4 Les chercheurs sont-ils libres?Ont-ils pleinement conscience de leur responsabilité scientifique?Plusieurs membres de la communauté universitaire s\u2019interrogeront sur le duo  liberté et responsabilité lors du 86e Congrès de l\u2019Acfas.A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale «L a liberté universitaire, c\u2019est l\u2019idée que les scientifiques sont libres de faire tous les choix qu\u2019ils veulent dans leurs travaux, qu\u2019ils ne sont pas dépendants d\u2019un pouvoir extérieur qui pourrait les corrompre », explique d\u2019emblée Florence Piron, professeure au Dépar te- ment d\u2019information et de communication de l\u2019Université Laval et coresponsable du colloque La liberté universitaire et la responsabilité scientifique : deux valeurs en quête de sens.Émilie Tremblay, doctorante en sociologie à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), coresponsa- ble de l\u2019événement, va dans le même sens.« Il s\u2019agit de la possibilité de s\u2019exprimer, partager ses travaux, faire circuler ses réflexions, communiquer avec les médias, faire sa recherche librement », note-t-elle.Pourtant, dans la réalité, cette liber té semble limitée.« C\u2019est un mythe, il y a en fait énormément de contraintes qui pèsent sur les choix que peuvent faire les chercheurs quant à leur sujet de recherche ou encore leur méthodologie », lance Florence Piron.Elle prend l\u2019exemple du financement sous forme de projets.« La notion même de projet, c\u2019est une forme de pensée qui a été imposée aux chercheurs, qui se plient constamment à ce genre de contraintes », ex- plique-t-elle.Pour Émilie Tremblay, il existe aussi une certaine pression due à une course à la rapidité.« Il faut vite finir une thèse, vite publier, où est cet espace pour s\u2019arrêter, réfléchir, prendre le temps ?Je ne suis pas sûre que le système le permette », estime-t-elle.Un autre exemple, celui de l\u2019obligation dans certaines disciplines de publier dans des revues dites « qualifiantes » pour pouvoir progresser.« Ces revues-là sont imposées par des ordres professionnels, ce n\u2019est même pas un choix de scientifique », estime Mme Piron.Elle ajoute que les chercheurs pensent qu\u2019il faut absolument publier dans ces revues ayant un haut facteur d\u2019impact.« Pourtant, les études montrent que le facteur d\u2019impact, c\u2019est avant tout un outil marketing, cela ne dit rien sur la qualité des articles qui sont dans une revue, c\u2019est comme un effet de marque », souligne-t-elle.D\u2019un autre côté, puisque la science joue un rôle fondamental dans nos sociétés, se pose la question de la responsabilité des chercheurs.« On s\u2019intéresserait dif ficilement à la liberté sans la responsabilité.C\u2019est une chose d\u2019avoir le droit de dire, de mener une recherche, mais il faut aussi penser aux conséquences, aux enjeux de responsabilité », pense Émilie Tremblay, ajoutant que ce sujet est souvent moins évoqué que la liberté.Elle mentionne que de nombreuses recherches ont des conséquences sur la société.« Dans l\u2019histoire, les recherches qui ont été menées sur les communautés autochtones, par exemple, ont eu des conséquences sur la représentation que l\u2019on se fait de ces communautés, illustre-t- elle.De même, si on s\u2019intéresse à une ressource naturelle qui existe dans un milieu et que, ensuite, celui-ci devient très prisé, cela aura des conséquences sur la vie des gens sur place et sur les espaces.» Redécouvrir son espace de liberté Les par ticipants au colloque tenteront de comprendre quels sont les espaces de liberté réels pour les chercheurs.« Il existe d\u2019autres façons de faire, des espaces de liberté dont les scientifiques ne profitent pas forcément pour agir de façon responsable face à la société », relève la professeure Piron.Elle reprend l\u2019exemple des revues scientifiques.« Au lieu de faire face à cette ser vitude volontaire des chercheurs qui se soumettent aux éditeurs scientifiques, ils pourraient varier les styles de publications.Certains le font, avec des blogues ou encore les revues en libre accès», pense-t-elle.« Il faut aussi sortir du positivisme institutionnel, c\u2019est-à-dire de la tyrannie des données probantes, lance Florence Piron.C\u2019est une façon de produire de la connaissance qui a ses limites, très critiquables, même si elle est intéressante.Mais, il y a une espèce d\u2019hégémonie du positivisme, d\u2019une façon de faire de la science qui vise juste des généralités, qui veulent que le savoir soit décontextualisé, que l\u2019auteur de la recherche soit absent de son travail.» Elle défend d\u2019autres façons de faire, comme la recherche-action.« Une autre science est possible ! » ajoute-t-elle.Par ailleurs, selon les deux chercheuses, la dépendance envers l\u2019argent figure parmi les plus grandes contraintes.« Un autre espace de liberté serait de varier les sources de financement et d\u2019inventer de nouveaux partenariats », lance Florence Piron.Par exemple, en créant des communautés de recherche ou encore en utilisant des outils numériques.« Le Web enlève beaucoup de coûts, on peut faire des webi- naires ou encore des questionnaires complexes en ligne et donc avec zéro subvention », explique la professeure.Les FabLab ou Do-it- yourself biology lab, qui sont des laboratoires ouverts à tous, peuvent aussi faire partie de la solution.Chercheurs, étudiants, enseignants ou membres de la société civile peuvent s\u2019y rendre librement et utiliser du matériel.Scientifiques en quête de liberté MEL EVANS ASSOCIATED PRESS Les participants au colloque tenteront de comprendre quels sont les espaces de liberté réels pour les chercheurs.jusqu\u2019à Moncton, Rimouski et pour la quatrième fois cette année, Chicoutimi.« C\u2019est installé dans la tradition de l\u2019Acfas depuis longtemps, souligne Mme Sauva- geau.On alterne milieu urbain et région.Ce sont les universités qui nous of frent d\u2019organiser le congrès.On se promène ainsi dans toute la province avec notre fête de la science ! » La dif férence en région, c\u2019est que le congrès anime toute la localité et que toute la localité se mobilise dans son organisation.Parce que cela lui offre une visibilité énorme, ajoute la présidente de l\u2019Acfas.Le congrès fait rayonner l\u2019université dans sa région.Il démontre l\u2019importance de sa présence sur le territoire.Et puis, parce que nous recevons des chercheurs du monde entier, la ville peut en attendre des retombées dans l\u2019ensemble de l\u2019espace francophone.Bref, il s\u2019agit là d\u2019une occasion unique pour une région de se montrer sous son meilleur jour.De démontrer aussi qu\u2019elle peut être à l\u2019avant-garde sur certains sujets, de mettre en avant ses forces régionales.Lyne Sauvageau insiste sur le fait que l\u2019UQAC a été la première université à travailler de concert avec les cégeps sur le plan de la recherche.« Cette tradition est ancrée de façon lointaine dans la région et elle a ensuite fait boule de neige, précise-t-elle.Ça a débuté par une Chaire de recherche conjointe en éducation, sur la persévérance scolaire.Cette chaire a donné lieu à la mobilisation de toute la région pour permettre aux étudiants de cheminer et d\u2019accéder à l\u2019université.Plusieurs entreprises ont signé une charte notamment, les engageant à ne pas les faire travail ler plus de dix heures par semaine afin de lutter contre le décrochage.Mais au-delà de la thématique elle-même, c\u2019est ce modèle de recherche collaborative qui est vraiment à mettre en avant.» Enjeux de la recherche Il sera ainsi question de collaboration entre les cégeps et les un ivers i tés durant le congrès.La présidente de l\u2019Ac- fas insiste d\u2019ailleurs particulièrement sur l\u2019importance des colloques consacrés aux enjeux de la recherche.On y débattra de la liber té universitaire et de la responsabilité scientifique, de la possibilité of fer te ou non de faire de la recherche hors des sentiers battus, des enjeux actuels à la croisée de la science, de la technologie et de la société ou encore de la perception que peut avoir le monde non universitaire des doctorants.« Au-delà de la présentation des derniers résultats de recherche, le Congrès de l\u2019Acfas c\u2019est aussi le moment, pour les universitaires, de discuter des enjeux de la recherche, estime Lyne Sauvageau.C\u2019est très précieux.Sur les étudiants au doctorat par exemple, il est important de réfléchir à leur avenir.Nombre d\u2019entre eux ne trouveront pas de poste dans le milieu universitaire ou auront envie d\u2019aller en entreprise.Il est important de se demander comment mieux les préparer à la vie après le doctorat.» Mme Sauvageau note d\u2019ailleurs que le congrès est un moment impor tant pour les chercheurs, mais peut-être encore plus pour les étudiants- chercheurs.Car nombreux sont ceux qui vont y donner leur première communication scientifique.« C\u2019est une pépinière de nouveaux talents qui se présentent ici », souligne-t-elle, tout en indiquant qu\u2019une vingtaine de conseillers sont là pour les accompagner dans cette étape.« Ils les encadrent, ils les préparent, explique-t-elle.Et dans un deuxième temps, ils débriefent avec eux.C\u2019est un moment unique pour les étudiants.Nous avons une attention bienveillante envers eux.» Le but est que chacun res- sor te grandi de cette expérience de congrès, les étudiants, les chercheurs, mais aussi le grand public.Car si tout le monde repart de Chi- coutimi avec le sentiment renforcé que la recherche est essentielle dans leur vie, Lyne Sauvageau rentrera pour sa part à Montréal avec le sentiment du devoir accompli.SUITE DE LA PAGE C 1 PENSÉE «Il faut sortir du positivisme institutionnel, c\u2019est-à-dire de la tyrannie des données probantes.C\u2019est une façon de produire de la connaissance qui a ses limites, très critiquables, même si elle est intéressante.» A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 5 AIDE MÉDICALE À MOURIR L\u2019euthanasie est-elle un droit ou un soin?H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale I l y a ceux qui considèrent que l\u2019euthanasie est un soin.Et ceux qui estiment que c\u2019est un droit.Au Québec, le débat sur l\u2019aide médicale à mourir a fait son apparition avec le Collège des médecins.À l \u2019époque, Michèle Marchand y occupe un poste de conseillère après avoir pratiqué quelques années comme médecin généraliste, puis obtenu un doctorat en philosophie .On est en 2005 et plusieurs cas de suicides aidés par des proches font la manchette.Mme Marchand est mandatée pour mener une réflexion sur l\u2019opportunité de permettre aux médecins de soulager un patient en lui administrant une substance létale, et sur la volonté des médecins de le faire.« Après trois années de consultations, la position que nous avons prise au Collège, c\u2019était que les médecins devraient avoir la possibilité de soulager adéquatement un patient dont la mort est inévitable », explique Michèle Marchand, qui animera lundi, en compagnie de Daniel Weins- tock, directeur de l\u2019Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de l\u2019Université McGill, un colloque sur le sujet.Le Collège borne alors le tout.Pour accéder à l\u2019aide médicale à mourir, les souffrances du patient doivent être dif ficiles à apaiser, celui- ci doit se trouver en fin de vie et être toujours apte à consentir aux soins.«Ces trois conditions découlent du fait que nous avons considéré la chose comme un soin et non comme un droit, souligne l\u2019ex-conseillère.Après un débat de société qui, à l\u2019époque, avait été salué pour la sérénité avec laquelle il avait été mené, l\u2019Assemblée nationale a accouché en 2014 d\u2019une loi qui reprenait en grande partie les recommandations du Collège des médecins.» Euthanasie et suicide assisté Une loi qui permettait surtout de ne pas avoir à ouvrir le Code criminel, qui relève du fédéral.Sauf que, quelques mois plus tard, la Cour suprême du Canada est invitée à se pencher sur un cas de suicide assisté.En février 2015, elle prend l\u2019arrêt Carter, qui conclut non seulement que celui-ci devrait être décriminalisé, mais en plus, qu\u2019il ne devrait pas être réservé aux personnes en fin de vie.« La Cour suprême considère en effet que le Code criminel allait à l\u2019encontre de plusieurs droits fondamentaux, notamment celui de choisir sa propre mor t, explique Michèle Marchand.Sauf que le gouver nement Trudeau n\u2019a pas suivi cette recommandation, puisqu\u2019il a inscrit le critère de fin de vie dans la loi fédérale.» Le Québec se retrouve ainsi aujourd\u2019hui avec deux lois, l\u2019une au provincial, l\u2019autre au fédéral , assez ident iques puisque les critères d\u2019obtention sont les mêmes mais différentes dans le sens que Québec permet l\u2019euthanasie (acte exécuté par le corps médical) alors qu\u2019Ottawa opte pour le suicide assisté (le corps médical prescrit un produit létal, mais c\u2019est le patient lui-même qui se l\u2019administre).Deux lois très dif férentes également dans la manière dont elles ont été adoptées.L\u2019une, à partir d\u2019un débat public mené de prime abord par les médecins, l\u2019autre à la suite d\u2019une décision juridique de la Cour.Au Québec, on est dans le domaine des soins, au Canada, du droit.«Et c\u2019est pour cela que le débat se rouvre aujourd\u2019hui au Québec, indique Mme Marchand.Il y a d\u2019un côté les militants, qui considèrent que c\u2019est une question de liberté individuelle, d\u2019autonomie et que rien ne devrait empêcher une personne de demander l\u2019aide médicale à mourir.Ceux-là estiment d\u2019ailleurs qu\u2019Ottawa ne respecte pas l\u2019arrêt Carter en intégrant le critère de fin de vie dans la loi.Et de l\u2019autre, il y a ceux qui pour toutes sortes de raisons étaient foncièrement contre l\u2019aide médicale à mourir, qui prédisaient toutes les dérives, et qui voient en la réouverture du débat, la justification de leurs craintes.» 1% des morts C\u2019est tout le consensus qui part en éclats, chacun considérant que son point de vue n\u2019avait pas été entendu durant les consultations menées au Québec.« Jusqu\u2019à quel point ce tournant juridique risque-t-il de faire dérailler le débat au Québec?questionne la conseillère en éthique médicale.Était-il naïf de croire en notre capacité de penser librement?L\u2019objectif du colloque est de prouver par l\u2019exemple que le débat peut se poursuivre, pas nécessairement avec les mêmes idées, mais avec la même liberté.» Le défi est cependant risqué, admet-elle.Certains des premiers défenseurs de la loi québécoise \u2014 parmi lesquels le juriste Jean-Pierre Ménard et sur tout Véronique Hivon, à l\u2019époque ministre déléguée aux Services sociaux et rapporteuse de la loi \u2014 ont été invités à venir préciser l\u2019évolution de leur pensée et à en débattre.Même parmi eux, le choix de la prudence ne fait plus l\u2019unanimité, et certains plaident maintenant pour une plus grande ouver ture, notamment pour les personnes qui ne sont pas en fin de vie, qui vivent notamment avec un handicap, et celles qui subissent des souffrances psychologiques.Mais le colloque sera aussi l \u2019 o c c a s i o n d e p r é s e n t e r que lques résu l ta ts de r e - cherche, même s\u2019il y en a trop peu, regrette l\u2019ex-conseillère.« Avant la loi, il était difficile de faire des recherches sur une pratique illégale, com- prend-elle, mais force est de constater que nous n\u2019avons aujourd\u2019hui pas beaucoup plus de données.Il serait intéressant par exemple d\u2019étudier les demandes refusées pour savoir ce que les patients font valoir et pourquoi i ls n\u2019entrent pas dans les critères.Ce que l\u2019on sait, c\u2019est que l\u2019aide médicale à mourir représente environ 1 % des morts.C\u2019est à peu près la même chose que dans les autres pays ayant légalisé l\u2019euthanasie ou le suicide assisté.Bref, ce n\u2019est pas la catastrophe que les opposants prédisaient.» Pour réfléchir sur de tels sujets, il faut avoir l\u2019audace d\u2019avancer des idées, conclut Michèle Marchand.Mais aussi le courage de les défendre et, peut-être, l\u2019humilité d\u2019en changer au fur et à mesure des discussions, à la suite de l\u2019acquisition de nouvelles données de recherche, ou à la lumière des expériences nouvelles vécues sur le terrain.Et c\u2019est aussi à tout cela que doit servir un congrès comme celui de l\u2019Acfas.Le Congrès de l\u2019Acfas célèbre cette année la pensée libre.Une bien belle occasion, selon Michèle Marchand, ex-conseillère en éthique clinique auprès de la direction générale du Collège des médecins et aujourd\u2019hui retraitée, de discuter de la manière dont le débat sur l\u2019aide médicale à mourir a pu être mené il y a quelques années au Québec pour aboutir à une loi.Et comment il revient aujourd\u2019hui sur le devant de la scène dans un affrontement entre ceux qui considèrent que le texte va trop loin et ceux qui, au contraire, prônent une plus grande ouverture.ISTOCK L\u2019aide médicale à mourir représente environ 1 % des morts.C\u2019est à peu près la même chose que dans les autres pays ayant légalisé l\u2019euthanasie ou le suicide assisté.Au Québec, on est dans le domaine des soins, au Canada, du droit A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 6 Le travail est un lieu de réalisation personnelle, mais il peut également laisser des traces d\u2019atteintes psychologiques.Dans le cadre du 86e Congrès de l\u2019Acfas, plusieurs chercheurs vont partager leurs réflexions sur les effets de l\u2019organisation du travail sur le sain maintien en emploi de ses acteurs.A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale P lus de la moitié des absences pour causes psychologiques au travail sont liées directement ou semi-directement à l\u2019emploi.Cette donnée provient de l\u2019Enquête québécoise sur des conditions de travail, d\u2019emploi et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST), menée, entre autres, par Michel Vézina, de l\u2019Institut national de santé publique du Québec, qui sera présent au colloque 424 de l\u2019Acfas intitulé «Enjeux humains et psychosociaux du travail ».«Longtemps, on a considéré que le problème c\u2019était le travailleur, l\u2019individu», rappelle Jacinthe Doues- nard, professeure au Département des sciences économiques et administratives à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et responsable du Laboratoire de recherche et d\u2019intervention sur les incidents critiques en milieu de travail, à l\u2019origine du colloque.Il est donc temps de regarder du côté de l\u2019organisation du travail, puisque les taux de détresse psychologique, d\u2019épuisement professionnel, de stress post-traumatique, ou encore de suicides liés au travail sont en montée fulgurante depuis une dizaine d\u2019années.« Les programmes dans les organisations sont axés sur l\u2019être humain depuis tant d\u2019années, ce qui revient à faire porter la faute aux individus », estime la professeure.En tant que psychologue organisationnelle et enseignante dans un département d\u2019administration, Mme Douesnard pense qu\u2019il est nécessaire de s\u2019adresser aux futurs gestionnaires, et non uniquement aux psychologues.«Les gestionnaires doivent prendre conscience de l\u2019impact qu\u2019ils peuvent avoir sur la santé des travailleurs», explique-t-elle.Un colloque pour bien comprendre « Le travail n\u2019est pas neutre », lance Jacinthe Douesnard.Le colloque débutera par le lancement du livre Enjeux humains et psychosociaux du travail, publié sous sa direction aux éditions des Presses de l\u2019Université du Québec.« Le livre est un ajout pour éclairer la problématique liée au mal-être au travail », décrit-elle.L\u2019ouvrage propose en fait une réflexion autour de la santé psychologique en contexte professionnel, de la prévention au retour au travail.Il aborde aussi la gestion en situation d\u2019urgence, la violence et les dysfonctions sociales ainsi que certaines réalités des femmes au travail.Ce livre constituera le fil rouge de l\u2019événement, et presque tous les auteurs seront présents pour aborder le thème de leur chapitre respectif.Par ailleurs, la chercheuse explique la montée de la souffrance au travail par plusieurs facteurs.Tout d\u2019abord, le soutien social entre collègues, aujourd\u2019hui mis à mal.En cause : le télétravail, les évaluations individualisées et annuelles, qui font que la prime dépend de sa performance au détriment de ses collègues, ou encore les horaires fractionnés.«Plus les travailleurs sont isolés, plus ils sont privés de ce soutien très naturel que sont les collègues », explique Mme Douesnard.L\u2019absence de moment commun pour échanger ou la rotation dans les équipes de travail nuit au bien-être au travail.«Nous sommes de plus en plus isolés au travail, souvent à cause de décisions où on va faire primer la rentabilité de l\u2019entreprise et perdre quelque chose de très humain », déplore-t-elle.Cela remet aussi en question la reconnaissance de ses pairs, pourtant très importante pour le bien-être psychologique.«Qui de mieux placé qu\u2019un collègue pour nous féliciter?La portée de cette reconnaissance a été mesurée dans les études, elle est immense», explique la chercheuse.En outre, il y a exactement 40 ans, le Livre blanc sur la santé et la sécurité au travail au Québec était publié.Le colloque permettra de revenir sur le chemin parcouru depuis 1978.« Que la santé-sécurité au travail inclue la santé psychologique est déjà un grand pas, aussi grand que le premier de reconnaître la santé physique du travailleur, souligne Jacinthe Douesnard.On ne doit pas se tuer à gagner sa vie et ne pas être atteint non plus dans sa santé psychologique.» Comportements antisociaux Les différentes problématiques liées aux inconduites en milieu de travail seront abordées lors de la présentation «Comportements antisociaux au travail : état de la recherche et avenues de prévention », menée par François Courcy, Guillaume Daigneault, Laetitia Larouche, de l \u2019Université de Sherbrooke, et Caroline Aubé, de HEC Montréal.« Les comportements antisociaux au travail [CAAT] regroupent tous comportements volontaires d\u2019un membre d\u2019une organisation qui va contrevenir aux règles en place et qui présentent une menace soit pour l\u2019organisation, soit pour ses membres.On parle d\u2019un ensemble assez complexe d\u2019inconduites », explique Guillaume Daigneault, interne en psychologie organisationnelle à l\u2019Université de Sherbrooke.La dif ficulté avec ce sujet est que, souvent, dans la littérature comme dans les médias, ce sont les inconduites « plus spectaculaires » qui sont mentionnées.« Quand on entend parler de grandes fraudes dans des organisations ou de violence physique ou sexuelle, généralement il y a plus d\u2019attention, raconte Guillaume Dai- gneault.Mais on se rend compte qu\u2019il y a des inconduites que l\u2019on détecte moins, mais qui causent beaucoup de dommages à la santé psychologique.» Il prend l\u2019exemple de l\u2019incivilité : simplement ignorer un collègue ou oublier de l \u2019 inviter à quelques reprises.Ces petits gestes peuvent en fait beaucoup nuire à la santé psychologique.Il mentionne aussi l\u2019existence d\u2019un nombre assez important de « psychopathes à cravate » : les personnes dans les milieux de travail qui vont se servir de ces conduites subtiles pour avoir un contrôle ou un pouvoir.Puisque les travaux de recherche proviennent de disciplines différentes, les auteurs de ce chapitre ont cherché à faire un tour d\u2019horizon.« Nous proposons un mélange des recherches afin de voir comment nous pouvons poursuivre », explique M.Daigneault.«On ne doit pas se tuer à gagner sa vie» sciences sociales et les arts.« L\u2019idée, c\u2019est vraiment d\u2019approcher un objet de recherche en mettant à contribution des disciplines différentes, mais aussi de développer une méthodologie et une approche, au départ et en amont, pour se questionner sur un objet de recherche», explique Denise Pérusse, directrice aux défis de société et aux maillages intersectoriels au bureau du scientifique en chef du Québec.«On veut un croisement encore plus élevé afin de générer de nouvelles façons d\u2019aborder les choses ou même d\u2019en arriver à une nouvelle approche en se contaminant entre disciplines.» La recherche intersectorielle n\u2019est pas nouvelle.Les neurosciences en sont un par fait exemple.Récemment, au Québec, la Chaire de recherche pour le développement de pratiques innovantes en art, culture et mieux-être à l\u2019Université du Québec à Montréal s\u2019inscrit dans ce genre de philosophie.« On pense que si l\u2019on réussit à produire ces rapprochements, on peut même amener à la création de nouvelles disciplines », considère Jean-Pierre Vidal, conseiller stratégique du bureau du scientifique en chef.Ce dernier donne en exemple, dans l\u2019histoire de la science, le rapprochement entre la biologie et la physique qui a débouché sur la biophysique.Parmi les maillages inusités vus ailleurs dans le monde, il évoque le programme Arts at CERN, par lequel l\u2019organisation à la tête du grand collision- neur de hadrons, à Genève, tient une résidence d\u2019artistes afin que ses derniers nourrissent leurs recherches.« Ça prend toujours un certain temps.C\u2019est toujours plus compliqué, plus dif ficile.Il faut apprendre le langage de l\u2019autre, souligne Rémi Quirion au sujet de la dynamique de la recherche intersectorielle.C\u2019est vraiment comme apprendre le mandarin pour quelqu\u2019un qui parle français.» Les approches méthodologiques se révèlent parfois profondément différentes.« Ça demande de part et d\u2019autre d\u2019être créatif et de faire preuve de beaucoup d\u2019ouverture, dit-il.On espère que tout ça va nous amener plus loin pour trouver des solutions originales à nos problématiques de recherche.» L\u2019un des défis, aux yeux du scientifique en chef, demeure de valoriser cette démarche, alors que le système de recherche et d\u2019enseignement supérieur est structuré et articulé autour de disciplines.«Parfois, l\u2019écueil ne vient pas nécessairement de l\u2019administration universitaire, mais peut venir même de ses collègues les plus proches », ajoute-t-il, évoquant que la compétition et la pression pour publier dans des revues savantes incitent parfois les jeunes chercheurs à se concentrer sur des problèmes précis à travers une démarche plus conventionnelle.Les FRQ continueront de financer de la recherche disciplinaire, mais ils ont créé le programme Audace pour encourager plus de scientifiques à oser s\u2019aventurer dans cette recherche intersectorielle.« Il faut avoir des systèmes de mérite ou de récompense qui vont aussi valoriser ce genre d\u2019approche », insiste Rémi Quirion.Néanmoins, cette manière d\u2019aborder la science semble déjà enthousiasmer plusieurs chercheurs.Pour la première édition d\u2019Audace, l\u2019organisme subventionnaire a reçu pas moins de 200 candidatures.Et les FRQ af fichent déjà leurs intentions de reconduire le programme.L\u2019organisme subventionnaire se montre conscient de son pari : cer tains des projets financés déboucheront peut-être sur des échecs.« Il faut prendre des risques, dit le scientifique en chef.La recherche, ça devrait être un peu ça aussi.» SUITE DE LA PAGE C 3 RECHERCHE ISTOCK Les taux de détresse psychologique, d\u2019épuisement professionnel, de stress post-traumatique ou encore de suicides liés au travail sont en montée fulgurante.«Nous sommes de plus en plus isolés au travail, souvent à cause de décisions où on va faire primer la rentabilité de l\u2019entreprise et perdre quelque chose de très humain» A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 7 NOUS FAISONS AVANCER LA SOCIÉTÉ Le savoir-faire, la créativité et l\u2019innovation de nos chercheurs façonnent le Québec et notre monde.Grâce à eux, avancées spectaculaires, transferts technologiques et réalisations L\u2019Université Laval, au cœur de nos vies.ulaval.ca | #FiertéUL \u2022 Université du Québec à Montréal \u2022 Université du Québec à Trois-Rivières \u2022 Université du Québec à Chicoutimi \u2022 Université du Québec à Rimouski \u2022 Université du Québec en Outaouais \u2022 Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue \u2022 \u2022 \u2022 École de technologie supérieure \u2022 Télé-université www.uquebec.ca Le réseau de l\u2019Université du Québec En 50 ans, les dix établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont aux Québécois : \u2022 une plus grande accessibilité à l\u2019enseignement supérieur; basé sur les besoins des milieux; \u2022 un essor culturel, social et Ancré au Québec, ouvert sur le monde Rouyn-Noranda Gatineau Trois-Rivières Montréal Québec Saguenay Rimouski E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale L e 20 avril 2017, la Ville de Rigaud déclare l\u2019état d\u2019urgence.La r iv ière des Ou- taouais déborde, inonde plusieurs centaines de maisons et force l\u2019évacuation de centaines de personnes.Un an plus tard, les recherches montrent que les outils que la municipalité avait à sa disposition pouvaient difficilement la préparer à l\u2019ampleur de la catastrophe : les crues ont largement dépassé les limites des zones qui étaient considérées comme à risque d\u2019être inondées seulement une fois par cent ans.« Soit les cartes de risque ne sont carrément plus à jour, soit elles ont été réalisées dans des conditions où on n\u2019avait jamais ou très rarement vu ce genre d\u2019événement », observe Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l \u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche stratégique sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques.Ce constat a été établi après une analyse des images enregistrées par le satellite Ra- darsat-2 au moment de la montée des eaux, qui a permis de cartographier la progression de la crue sur le territoire.Avec l\u2019équipe du Centre pour l\u2019étude et la simulation du climat à l\u2019échelle régionale, M.Gachon mène une recherche sur les inondations de 2017 à la demande de la Ville de Rigaud.Le climatologue par tagera cer taines de ses conclusions le 10 mai prochain, lors du Colloque sur les risques naturels au Québec, au moment où les changements climatiques laissent présager un changement dans le régime de précipitations.Le 1er mars dernier, le ministre de la Sécurité publique, Mar tin Coiteux, a annoncé, dans son Plan d\u2019action en matière de sécurité civile relatif aux inondations, un investissement de 20,5 millions pour actualiser la cartographie des zones inondables de certaines municipalités.« Ce sont des peanuts à l \u2019échel le du ter r i - toire québécois, juge néanmoins Philippe Gachon.Les car tes de risque, ça prend un cer ta in t rava i l scientifique.Ça ne se fait pas sur le coin d\u2019une table.» Le gouvernement du Québec a aussi accordé 6,9 millions à l\u2019organisme Ouranos pour qu\u2019il réalise des travaux de recherche sur les zones inondables.Philippe Gachon déplore que Québec ne verse pas plutôt des sommes dans des fonds de recherches auxquels les universités pourraient faire appel à travers une démarche transparente et équitable.Une telle approche permettrait, selon lui, de monter des équipes de recherches qui travailleraient de manière plus objective sur des solutions à long terme et qui intégreraient plusieurs disciplines.Car les inondations ne sont pas seulement un problème d\u2019aléas météorologiques, in- siste-t-il.Les facteurs de vulnérabilité et d\u2019exposition, notamment en ce qui concerne les infrastructures, doivent être pris en compte.Il croit par ailleurs que les systèmes de sur veillance ne doivent pas se cantonner aux prévisions d\u2019aléas météorologiques, mais aussi fournir des informations sur la probabilité des impacts que ces derniers pourraient avoir sur le territoire.Il déplore que le Centre d\u2019expertise hydrique du Québec (CEHQ) et le ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) manquent d\u2019informations sur la suite des événements météo à partir du début de l\u2019hiver, comme la quantité de neige tombée, le taux de saturation des sols et la pénétration du gel dans le sol, qui permettent de donner une image plus complète des risques.« C\u2019est fondamental, indique Phi l ippe Gachon.Vingt millimètres de pluie qui tombent sur un sol qui est saturé, ça n\u2019a pas du tout le même effet que sur un sol sec ou une rivière très basse.» Réagir pour atténuer les drames humains Outre la prévention, la réaction face aux inondations peut s\u2019avérer cruciale.Près d\u2019un an après les événements du printemps dernier, certains sinistrés de Rigaud habitaient toujours dans un hôtel.Danielle Maltais, professeure à l\u2019Université du Québec à Chicou- timi (UQAC), a obser vé de loin ces événements, mais elle a amplement documenté le s t r e ss pos t - t r aumat ique , l\u2019anxiété et la dépression chez les sinistrés touchés par les inondations de l\u2019été 1996 au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean.Huit ans après les événements, elle obser vait encore des dif fé- rences significatives entre la santé psychologique des sinistrés et des non-sinistrés.Comment répondre pour limiter ces drames humains ?« Il faut faire en sor te que les gens soient le plus rapidement possible informés des fonds qu\u2019ils vont obtenir pour rénover leur maison et la reconstruire ou si leur maison va être détruite », signale la chercheuse.Elle ajoute que les gens touchés doivent sentir que des intervenants psychosociaux sont présents pour les écouter.« Il ne faut pas attendre que les gens demandent de l\u2019aide, précise-t- elle.Il faut vraiment aller vers eux.Il faut se promener dans les r ues, faire du por te-à- porte, aller dans les hôtels où sont logés les sinistrés.» Elle signale que des gens insatisfaits du soutien reçu présentaient généralement ensuite un moins bon état de santé psychologique que ceux satisfaits de l\u2019aide qui leur avait été accordée.Dans le cas des inondations du Saguenay\u2013 Lac-Saint-Jean, les personnes insatisfaites avaient sur tout été assistées par leur entourage, tandis que celles satisfaites avaient obtenu le renfort de bénévoles ou d\u2019inconnus.Même si elle ne diminue pas les manifestations dépressives, cette perception positive du soutien semblait faciliter l\u2019adaptation des victimes.Danielle Maltais insiste sur l\u2019importance d\u2019offrir de l\u2019aide plusieurs mois après que les caméras de télévision ont quitté les lieux de la catastrophe.« C\u2019est surtout lors du retour à la vie normale que les gens ont besoin de soutien », observe-t-elle.« Les recherches montrent que c\u2019est probablement deux ans plus tard que le pic des problèmes de santé apparaît.» Quant à la question de permettre ou non aux sinistrés de se reconstr uire sur des berges désormais considérées comme à risque, elle concède qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une décision difficile.« Les gens qui retournent vivre dans leur ancien domicile s\u2019en sor tent mieux que ceux qui sont relo- calisés », signale-t-elle.Dans le cas d\u2019un déménagement, elle insiste sur l\u2019importance de permettre aux sinistrés d\u2019être des « acteurs actifs dans la prise de décision » et de les consulter sur le nouvel endroit où ils seront déplacés.Sommes-nous bien préparés aux catastrophes naturelles?Les inondations du printemps dernier ont remis la question à l\u2019ordre du jour Les conséquences de Mégantic Les jeunes de la communauté de Lac-Mégantic âgés de 10 à 25 ans, près de quatre ans après la catastrophe ferroviaire qui a secoué leur région, ont davantage d\u2019idées suicidaires et de pensées d\u2019automutilation que la plupart des personnes de leur âge.C\u2019est ce que montrent les données, qui seront détaillées lors d\u2019un colloque prévu le 9 mai prochain sur les suites de cette tragédie, obtenues lors d\u2019une recherche sur laquelle a travaillé Danielle Maltais.Parmi les élèves du deuxième cycle du primaire dans la communauté, plus de 17 % ont sérieusement pensé à se blesser et 15 % ont eu au moins une fois des pensées suicidaires.Un jeune du secondaire sur cinq a eu des pensées d\u2019automutilation, tandis que plus du tiers des filles et le quart des garçons du secondaire ont eu des pensées suicidaires.Les adolescents exposés directement à la tragédie ont été deux fois plus nombreux à avoir des pensées d\u2019automutilation et des pensées suicidaires que les autres de la communauté.Chez les jeunes adultes de moins de 25 ans, une personne sur cinq a eu des pensées d\u2019automutilation, et une sur quatre des pensées suicidaires.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Près d\u2019un an après les événements du printemps dernier, des sinistrés de Rigaud habitaient toujours à l\u2019hôtel.Outre la prévention, la réaction face aux inondations peut s\u2019avérer cruciale A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 8 www.pulaval.com du 7 au 11 mai 2018 A à l\u2019UQ C L PU ez-nous sur les r Suiv éseaux sociaux A N D R É L A V O I E Collaboration spéciale H éritage impor tant de la Révolution tranquille, les cégeps sont périodiquement remis en question, établissements d\u2019enseignement singuliers en Amérique du Nord, d\u2019où cette méfiance parfois tenace.Le réseau de l\u2019Université du Québec (UQ), créé officiellement le 18 décembre 1968, n\u2019est pas non plus à l\u2019abri des critiques.Johanne Jean, présidente de l\u2019UQ depuis juillet 2017, elle-même fière diplômée de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) avant d\u2019y enseigner et d\u2019en avoir été la rectrice pendant 13 ans, s\u2019applique depuis longtemps à défendre son caractère unique et essentiel.«La journée où l\u2019on va arrêter de discuter des préjugés à l\u2019égard de l\u2019UQ, je vais m\u2019inquiéter !» lance-t-elle au téléphone dans un grand éclat de rire.Sur un ton plus sérieux, elle admet que cet impressionnant réseau, qui compte dix établissements répartis un peu partout dans la province, « n\u2019a pas 150 ou 300 ans, mais 50».Et alors que l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) fut fondée en 1969, l\u2019UQAT, la plus jeune, fut créée en 1983, avec entre les deux plusieurs écoles et instituts, comme la TELUQ, l\u2019INRS, l\u2019ENAP, l\u2019ETS, et les universités situées dans les capitales régionales comme Trois-Rivières (UQTR), Gatineau (UQO), Sa- guenay (UQAC) et Rimouski (UQAR).La bataille des diplômes À l\u2019aube des festivités soulignant les 50 ans de l\u2019UQ, Jo- hanne Jean trouve le moment bien choisi pour rappeler des faits trop souvent occultés, et mettre en garde citoyens et élus convaincus que la bataille des diplômes est gagnée au Québec.«En 1971, environ 5% de la population adulte possédait un diplôme universitaire ; en 2016, c\u2019est 20,5%», souligne la présidente de cette organisation qui a décerné près de 700 000 diplômes depuis sa fondation, et ce, dans les 750 programmes disponibles parmi les 10 établissements du réseau.Cette augmentation, si impressionnante soit-elle, ne la satisfait pas.«Le travail n\u2019est pas fini, d\u2019autant plus que nous sommes encore en dessous des moyennes ontarienne et canadienne», déplore celle qui demeure profondément convaincue que, pour un individu autant qu\u2019une société, les études universitaires n\u2019ont rien d\u2019un luxe.Et elle salue le courage des fondateurs de l\u2019UQ qui, dès le départ, ont développé les établissements en favorisant à la fois les études de premier, deuxième et troisième cycles, en plus de la recherche.« On ne peut les dissocier, et c\u2019est encore plus important en 2018 d\u2019avoir des créneaux de recherche qui couvrent l\u2019ensemble du territoire québécois.» C\u2019est à cela que s\u2019applique le réseau de l\u2019UQ, d\u2019abord dans ce déploiement régional, mais aussi en faisant en sorte que chaque entité soit en phase avec son milieu, sa communauté.«L\u2019océanographie à Rimouski, ça fait toute la dif férence, car pour l\u2019UQAR, c\u2019est important d\u2019être près des gens qui ont besoin de ces recherches.Même chose pour le secteur de l\u2019environnement minier et de la foresterie à l\u2019UQAT, et ce, dès sa fondation, ce qui n\u2019empêche pas les partenariats avec d\u2019autres établissements du réseau, comme l\u2019UQAM ou l\u2019UQO.Nos chercheurs trouvent des solutions à des problèmes, et elles circulent partout à travers le monde.» Pénurie à l\u2019horizon Avant la tenue d\u2019un important colloque en novembre prochain sur le passé, le présent et sur tout l \u2019avenir de l\u2019UQ, des questions pressantes occupent sa présidente et, par ricochet l\u2019ensemble de la société québécoise.« Les besoins de main-d\u2019œuvre, je trouve que l\u2019on ne s\u2019y attarde pas assez, et il va falloir y réfléchir rapidement », selon Jo- hanne Jean.Par sa proximité, sa fine connaissance du milieu où chaque établissement est implanté, l\u2019UQ peut inverser une tendance jugée très inquiétante.«Quand on parle de pénurie de main-d\u2019œuvre, on revient souvent à la question de la formation professionnelle », regrette la présidente, sor tant quelques chiffres pour élargir le débat.« En 2017, un nouvel emploi sur deux exigeait un diplôme collégial ou universitaire.Selon Emploi-Québec, en 2024, les trois quarts des nouveaux emplois vont exiger un diplôme collégial ou universitaire.Et quand on sait que ça prend six ans pour former un ingénieur forestier, deux ans au cégep et quatre ans au baccalauréat, il faut vraiment se relever les manches ! » À ce défi important s\u2019ajoutent ceux du numérique et des nouvelles technologies.Ils ont favorisé l\u2019accessibilité aux études universitaires avec la formation à distance \u2014 la TE- LUQ fut d\u2019ailleurs une pionnière en ce domaine \u2014, mais « changent nos approches en e n s e i g n e m e n t e t e n r e - cherche, et ce n\u2019est pas fini.L\u2019UQ devra s\u2019adapter rapidement, et sera capable de le faire », conclut Johanne Jean.UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Un réseau indispensable au service de l\u2019éducation On a tous besoin de savoir POUR AGIR FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DE LA RELÈVE Nos sincères félicitations aux gagnants ! Presses de l\u2019Université du Québec LES PRESSES DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC SONT HEUREUSES DE REMETTRE TROIS BOURSES D\u2019EXCELLENCE D\u2019UNE VALEUR DE 4 000$ CHACUNE À : Jeanne Lagacé-Leblanc Étudiante au doctorat en psychoéducation à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières Projet : Mesures d\u2019accommodements dans les établissements postsecondaires québécois : ef?cacité perçue et in?uence sur l\u2019expérience scolaire selon les étudiants ayant un TDAH Shady Rahayel Étudiant au doctorat en psychologie à l\u2019Université du Québec à Montréal Projet : Anomalies de la matière grise dans le trouble comportemental en sommeil paradoxal idiopathique Corentin Montiel Étudiant au doctorat en psychologie communautaire à l\u2019Université du Québec à Montréal Projet : L\u2019évaluation du programme Sentinelles québécois en prévention du suicide Le concours des bourses d\u2019excellence des PUQ est géré par la Fondation de l\u2019Université du Québec (FUQ).Visitez notre blogue au PUQ.CA pour plus d\u2019informations.NOUS SERONS À L\u2019ACFAS DU 7 AU 11 MAI, KIOSQUE 7 ET 8 ! LOUISE BILODEAU 2017 Johanne Jean, présidente de l\u2019UQ L\u2019empathie semble atténuer la souffrance des personnes vers qui elle est exprimée, mais aussi favoriser le bien-être de ceux qui l\u2019éprouvent.C\u2019est pourquoi plusieurs chercheurs se penchent sur l\u2019empathie à la douleur chez les professionnels de la santé, afin que les services de soins de santé deviennent plus humains, tant pour les patients que pour les soignants.E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale L es professionnels de la santé auraient davantage tendance à faire preuve d\u2019empathie et à adopter une approche centrée sur le patient lorsque la douleur d\u2019une personne souf frant d\u2019une maladie chronique présente des signes visibles.Émilie Paul-Savoie a découvert l\u2019importance de cet état de fait dans son projet de recherche au doctorat en sciences cliniques à l\u2019Université de Sherbrooke.« On ne s\u2019attendait pas à ce que ça ressorte aussi significativement dans les données», souligne celle qui est désormais professeure adjointe et directrice du Mi- croprogramme en évaluation et en gestion de la douleur dans le même établissement d\u2019enseignement supérieur.La chercheuse s\u2019était servie de cinq vidéos dans lesquelles de véritables patients aux prises avec une maladie chronique racontaient leurs symptômes et leur quotidien.Dans tous les cas, ils affirmaient que la douleur ressentie, sur une échelle d\u2019un à dix, dépassait cinq.Deux d\u2019entre eux, l\u2019un atteint d\u2019arthrite rhumatoïde et l\u2019autre du syndrome douloureux régional complexe, présentaient des déformations physiques.Par la suite, 21 infirmières et 21 médecins ont visionné les enregistrements.Sans savoir que leur empathie était évaluée, ces derniers répondaient ensuite aux questions de la chercheuse et expliquaient les traitements, les services, la prise en charge ou l\u2019accompagnement qu\u2019ils mettraient en place pour chacun des patients.Les réponses des soignants ont été filmées, pour être ensuite analysées par d\u2019autres observateurs indépendants.Conclusion : les professionnels de la santé penchaient moins pour une approche centrée vers le patient lorsque la maladie chronique, malgré l\u2019intensité de la douleur, ne se manifestait pas par des symptômes apparents.« Les professionnels, sans nécessairement le vouloir, ne vont pas leur donner le même traitement ou un traitement avec autant d\u2019empathie », note la chercheuse, dont les résultats seront présentés le 8 mai prochain par sa directrice de thèse, Sylvie Lafrenaye, lors du colloque « Des fondements aux implications sociales, l\u2019empathie au cœur d\u2019un monde plus humain», présenté dans le cadre du Congrès de l\u2019Acfas.La neuro-imagerie pour comprendre l\u2019empathie Les clés pour comprendre ces phénomènes pourraient être révélées par l\u2019imagerie cérébrale.Josiane Jauniaux, doctorante en psychologie à l\u2019Université Laval et coorganisatrice du colloque, réalise actuellement une méta-ana- lyse sur les études de neuro-imagerie fonctionnelle au sujet de l\u2019empathie à la douleur.Elle souligne que, lorsque les participants à des études voient, par exemple, l\u2019image d\u2019une main coincée dans une porte, les régions activées dans leur cerveau ne sont pas nécessairement les mêmes que lorsqu\u2019ils observent seulement les expressions faciales d\u2019une personne exprimant sa douleur.Les percées dans les outils d\u2019imagerie cérébrale permettent de plus en plus de distinguer les différentes composantes de l\u2019empathie.La dimension affective et émotive tendrait à solliciter dans le cerveau les régions du cortex cingu- laire antérieur et du cortex insulaire.Dans une étude menée par Philip Jackson, professeur à l\u2019École de psychologie de l\u2019Université Laval, l\u2019activation de ces régions était atténuée chez les professionnels de la santé avec plusieurs années d\u2019expérience, « ce qui pourrait suggérer certaines modulations dans leur activité cérébrale associées à l\u2019empathie », souligne-t-il.Ces constats ne signifient pas pour autant que, à force d\u2019observer à répétition de la douleur chez les autres, les professionnels de la santé deviennent moins empathiques.Peut-être s\u2019adaptent-ils.Dans une autre étude, publiée en 2017 dans la revue Biological Psychology, Philip Jackson a constaté que, lorsque l\u2019on demandait à des participants combien de temps ils voulaient consacrer à une personne souffrante, l\u2019activité cérébrale des professionnels de la santé se distinguait de ceux du groupe contrôle : elle impliquait davantage des régions comme le cortex cingulaire postérieur, associées à la dimension cognitive de l\u2019empathie, soit celle qui nous aiderait à nous mettre dans les souliers de l\u2019autre.Les professionnels de la santé, s\u2019ils ressentaient en général moins de détresse que les personnes du groupe contrôle en voyant une personne en douleur, avaient en fait tendance à offrir davantage d\u2019aide.Mais Philip Jackson admet que cette démonstration d\u2019empathie se révèle peut-être différente sur le terrain, lorsque les sujets ef fectuent leur travail dans un système de santé sous pression.Ressentir et exprimer de l\u2019empathie Émilie Paul-Savoie, dans ses recherches, a quant à elle remarqué qu\u2019il n\u2019y avait pas de corrélation entre le degré d\u2019empathie que les professionnels de la santé s\u2019attribuaient et celui observé de l\u2019extérieur.«Un professionnel qui s\u2019autoévalue lui-même comme étant très empathique dans un questionnaire ne va pas nécessairement démontrer une aussi grande empathie, et l\u2019inverse est aussi vrai, signale-t-elle.On peut être empathique, mais pas nécessairement en mesure de communiquer cette empathie.» Sensibiliser les professionnels de la santé à cette donne, tout comme au biais associé à la visibilité de la douleur, s\u2019avère important à ses yeux.Dans la littérature, plusieurs études tendent à prouver que, lorsqu\u2019un professionnel de la santé exprime de l\u2019empathie, les patients ont davantage tendance à écouter, à rapporter leurs préoccupations et leurs symptômes et à respecter le plan de traitement établi.Mais l\u2019empathie pourrait aussi aider les soignants eux-mêmes, comme le laissent croire d\u2019autres résultats de la recherche d\u2019Émilie Paul- Savoie.À l\u2019aide du questionnaire, elle a constaté que les soignants en épuisement professionnel étaient ceux qui présentaient le moins d\u2019empathie, tandis que ceux qui ressentaient le plus d\u2019empathie étaient moins épuisés.Émilie Paul- Savoie considère deux hypothèses, qui ne s\u2019excluent pas mutuellement : soit l\u2019épuisement professionnel entraîne une diminution de l\u2019empathie, soit l\u2019empathie constitue un facteur de protection contre l\u2019épuisement professionnel.«On penche un peu plus vers la deuxième hypothèse », signale-t-elle.La raison ?La dimension de l\u2019accomplissement professionnel pesait lourd dans les données qu\u2019elle a collectées.Elle interprète qu\u2019éprouver de l\u2019empathie, en plus d\u2019empêcher la monotonie au travail, engendre une meilleure relation avec le patient, qui écoute et participe mieux à son plan de traitement.«Tout ça va être très valorisant pour le professionnel de la santé», juge-t-elle.Vers des services de soins plus humain ISTOCK Plusieurs études tendent à prouver que, lorsqu\u2019un professionnel de la santé exprime de l\u2019empathie, les patients ont davantage tendance à écouter, à rapporter leurs préoccupations et leurs symptômes et à respecter le plan de traitement établi. A C F A S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 M A I 2 0 1 8 C 9 Les chercheurs et les étudiants de l\u2019Université McGill sortent des sentiers battus, et leur quête les mène aux quatre coins du Québec : de Montréal au Nunavik, du mont Saint-Hilaire à Sainte-Anne-de-Bellevue, de Gatineau à Lac-Mégantic, et, bien sûr, jusqu\u2019à Chicoutimi.Nous sommes ?ers de participer au 86e Congrès annuel de l\u2019Acfas à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et saluons nos chercheurs qui mettent leur créativité et leur talent au service de tous les Québécois.NOTRE LABORATOIRE EST IMMENSE Ci-dessus : Éva Payette, étudiante au premier cycle, capture des insectes à la Réserve naturelle Gault de l\u2019Université McGill, au mont Saint-Hilaire.(Photo : Alex Tran) J E A N - F R A N Ç O I S V E N N E Collaboration spéciale E n 2016, Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l\u2019École des affaires publiques et communautaires de l\u2019Université Concordia, a ef fectué trois séjours à Rimouski afin d\u2019étudier de plus près l\u2019intégration d\u2019étudiants de l\u2019île de la Réunion.Les cégeps de l\u2019Est- du-Québec et l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR) comptent un bon nombre d\u2019étudiants de ce département français de l\u2019océan Indien, notamment en raison de protocoles d\u2019ententes bilatéraux favorisant leur mobilité.« Nous cherchons à mieux cerner les enjeux de la mobilité étudiante dans le contexte d\u2019efforts faits au Québec et au Canada pour régionaliser l\u2019immigration, laquelle tend à se concentrer dans les grands centres, explique Chedly Bel- khodja.Nous nous intéressons non seulement au séjour d\u2019études, mais aussi à la rétention de ces étudiants dans la région après l\u2019obtention de leur diplôme.» Le chercheur participe d\u2019ailleurs à une étude similaire à l\u2019Université de Saint-Boniface, à Winnipeg, alors que d\u2019autres chercheurs l\u2019imitent dans des universités anglophones ailleurs au Canada.C\u2019est d\u2019ailleurs pendant ces vingt années passées à l \u2019Univers i té de Moncton qu\u2019il a commencé à s\u2019intéresser à la mobilité étudiante.« Les inscriptions des étudiants acadiens tendaient à diminuer et l\u2019université a développé des stratégies pour recruter davantage à l\u2019international, se remémore-t-il.Cela a transformé le campus.Il n\u2019est pas rare maintenant de voir certaines petites universités dans lesquelles les étudiants étrangers représentent 15 ou 20 % de l\u2019effectif.» Un projet exigeant Le professeur a profité de ses séjours à Rimouski pour mener de nombreuses entrevues semi-dirigées avec des administrateurs et des employés de l\u2019UQAR et du cégep de Rimouski, ainsi qu\u2019auprès de responsables municipaux et de cer tains étudiants.I l suit plus p a r t i c u l i è r e m e n t deux étudiants, un Réunionnais et une Française, avec lesquels il a mené plusieurs entretiens, en plus d\u2019échanger des courriels et des messages texte.Il a donc pu voir l\u2019évolution de ces deux étudiants, qui ont terminé leurs études, mais habitent encore dans la région.« Les résultats de l\u2019étude montrent l\u2019utilité des protocoles bilatéraux pour régionaliser l\u2019immigration, avance le chercheur.C\u2019est très frappant de voir que des jeunes de 18 ou 19 ans viennent ici non seulement avec l\u2019intention d\u2019étudier, mais aussi avec l\u2019espoir de s\u2019établir et, dans certains cas, de faire leur vie au Québec.» Un projet exigeant pour des jeunes qui se retrouvent très loin de leur famille, dans de petites villes où ils ne retrouvent pas nécessairement beaucoup de ressortissants de leur pays.Au départ, les étudiants étrangers ont tendance à se réunir avec leurs collègues venus du même pays.Certains tendent aussi à se confiner au campus.Cependant, Chedly Belkhodja a constaté que les étudiants français et réunion- nais s\u2019intégraient plus facilement et montraient une réelle volonté de sortir du campus et de vivre dans la ville.La possibilité pour les étudiants étrangers de travailler à l\u2019extérieur de l\u2019université joue un rôle important en ce sens.Cela leur permet de rencontrer des gens nés au Québec ou ailleurs et de se créer un réseau plus étendu.Les associations étudiantes jouent aussi ce rôle et le chercheur souligne que bien des étudiants étrangers n\u2019hésitent pas à s\u2019y engager.Les établissements d\u2019enseignement s\u2019ef forcent par ailleurs d\u2019offrir un encadrement pour aider les étudiants réu- nionnais à apprivoiser un enseignement et des modes d\u2019évaluation parfois passablement différents de ceux qu\u2019ils ont connus chez eux.Trouver un emploi L e c é g e p d e R i m o u s k i compte sur l\u2019appor t annuel d\u2019environ 400 étudiants provenant de l\u2019extérieur de son territoire pour tenter de maintenir le nombre d\u2019inscrits à environ 3000, soutenait la direction lors des travaux d\u2019élaboration de son plan stratégique 2017- 2022.De son côté, l \u2019UQAR comptait 408 étudiants internationaux à l\u2019automne 2017, dont 217 au premier cycle, soit environ 6 % du total de ses inscrits, selon le Bureau de coopération interuniversitaire.Le cégep de Matane, lui, affichait son plus for t contingent d\u2019étudiants étrangers à l\u2019automne 2017, avec 246 inscriptions sur les 705 étudiants de l\u2019établissement.Comme à Rimouski, une bonne par tie d\u2019entre eux provenaient de l\u2019île de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Nouvelle-Calédonie et de la Martinique, des dépar tements ou territoires d\u2019outre-mer de la France, ce qui tend à démontrer l\u2019apport des ententes bilatérales avec ces territoires.Reste que l\u2019établissement à plus long terme en région passe par l\u2019emploi.« S\u2019ils ne trouvent pas un travail à la fin de leurs études, ces jeunes quitteront la région, soit pour aller vers une plus grande ville ou pour retourner chez eux », confirme Chedly Belkhodja.UNIVERSITÉ CONCORDIA Attirer l\u2019immigration en région avec les études postsecondaires J E A N - F R A N Ç O I S V E N N E Collaboration spéciale V ous passez devant un local du pavillon Lio- nel-Groulx de l\u2019Université de Montréal et y apercevez une dizaine d\u2019étudiants jouant à des jeux vidéo.Du moins, c\u2019est ce que vous croyez avoir vu.« Ils ne jouent pas, ils travaillent ! » précise Bernard Perron, professeur d\u2019histoire de l\u2019art et d\u2019études cinématographiques à l\u2019Université de Montréal.Bienvenue dans l\u2019univers des études vidéoludiques.Le jeu vidéo est arrivé dans nos vies quelque part dans les années 1970, s\u2019installant dans les arcades avec les bornes Computer Space et Pong et dans nos salons avec la console Odyssey de Magnavox.De Pong et Space Invaders à Pokémon Go, Candy Crush ou World of Warcraft, l\u2019évolution a été fulgurante.Ces cinquante années d\u2019histoire sont le terrain de jeu (pardon, de travail) des chercheurs et des étudiants du Laboratoire universitaire de documentation et d\u2019observation vidéoludiques (LUDOV), que dirige Bernard Perron.Archéologie médiatique Depuis 2011, LUDOV se consacre à l\u2019enseignement et à la recherche en histoire des jeux vidéo.« Il s\u2019agit d\u2019amener les étudiants à réfléchir à ce que sont les jeux vidéo et aux dif fé- rentes formes artistiques et techniques qu\u2019ils ont prises au fil des décennies, lesquelles ont dicté l\u2019expérience vécue par les joueurs », explique Bernard Perron.LUDOV possède l\u2019une des plus vastes collections de consoles, de jeux vidéo et d\u2019accessoires au monde.On y retrouve de grands classiques (Atari, Coleco, Nintendo, Sega, Playstation, XBox ou Wii), et d\u2019autres consoles aux noms moins évocateurs pour les profanes, comme Magnavox ou Famicom.S\u2019ajoutent à cela plus de 3600 jeux vidéo et près de 250 accessoires.De quoi faire saliver les « retrogamers », ces passionnés des anciens jeux vidéo.D\u2019autant plus que LUDOV tente de les acquérir dans leur emballage d\u2019origine, comme l\u2019édition achetée récemment de Quest for the Rings, un hybride jeu de plateau/jeu vidéo datant de 1981.Faire fonctionner et maintenir en état ces jeux représente de sérieux défis.Il faut, par exemple, s\u2019assurer de posséder les ordinateurs et les systèmes d\u2019exploitation sur lesquels peuvent fonctionner les vieux jeux.«Nous opérons un laboratoire, pas un musée, rappelle Bernard Perron.Notre objectif n\u2019est pas simplement de montrer les jeux; nos étudiants et chercheurs doivent pouvoir y jouer, dans des conditions similaires à celles vécues par les joueurs originaux.» Le laboratoire possède donc les nombreuses évolutions de Windows et de vieux ordinateurs comme le Commodore Vic-20, Apple IIc ou le Tandy RadioShack TRS-80.Naissance d\u2019une culture Les jeux vidéo ne font pas que jouer, ils font aussi parler.Des «critiques de jeux vidéo» sont d\u2019abord apparues dans les médias, bientôt suivies de magazines entiers consacrés à cet art ludique, avant que le discours des fans et des joueurs eux-mêmes explose avec l\u2019avènement d\u2019Internet.L\u2019évolution du jeu vidéo s\u2019accompagne ainsi de l\u2019essor d\u2019une culture.Les chercheurs de LUDOV (Bernard Perron, Dominic Arsenault et Carl Therrien) ont étudié de près quatre grandes communautés discursives (fans et joueurs, travailleurs de l\u2019industrie, critiques et journalistes, universitaires).Il s\u2019agissait d\u2019examiner comment les palmarès, textes d\u2019opinion, essais, critiques audiovisuelles, etc., structurent la conception des genres vidéoludiques et sélectionnent les œu- vres qui les représentent.« Ça prend du temps avant qu\u2019un genre se cristallise, explique le professeur.Lorsque DOOM est arrivé, on parlait de \u201cjeu à la première personne\u201d et non de \u201cjeu de tir à la première personne\u201d.C\u2019est venu plus tard.» De la même manière, le terme survival horror est utilisé en 1996 pour Resident Evil, mais pas pour Alone in the Dark, sorti quatre ans plus tôt et maintenant considéré comme le père du frisson vidéoludique moderne.De nos jours, le jeu vidéo a migré vers les téléphones intelligents et les tablettes.Il s\u2019est aussi beaucoup ouvert aux joueurs occasionnels en se simplifiant.Il y a un monde entre s\u2019acharner à gagner une partie de Civilization et jouer à Pokémon Go ou à Candy Crush.L\u2019apparition des jeux en réseau et des aventures se déroulant dans un monde ouvert modifie aussi radicalement le rapport au jeu.Le joueur n\u2019est plus isolé dans son sous-sol et son parcours n\u2019est plus linéaire.Il peut errer à son gré dans un univers, y entreprendre des quêtes et y faire des rencontres.Le rôle du jeu lui-même a évolué.« Nous ne sommes pas tant passés à une société des loisirs qu\u2019à une société du jeu, avance Bernard Perron.Il est présent partout, notamment en éducation et dans la vie quotidienne.Des enfants confinés dans une voiture ne subissent pas quatre heures de route, ils passent plutôt quatre heures à jouer.C\u2019est devenu une manière de vivre le temps.» LABORATOIRE UNIVERSITAIRE DE DOCUMENTATION ET D\u2019OBSERVATION VIDÉOLUDIQUES Les jeux vidéo, c\u2019est du sérieux ISTOCK Selon Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l\u2019École des affaires publiques et communautaires de l\u2019Université Concordia, il n\u2019est pas rare maintenant de voir certaines petites universités dans lesquelles les étudiants étrangers représentent 15 ou 20 % de l\u2019effectif.Le cégep de Matane, lui, affichait son plus fort contingent d\u2019étudiants étrangers à l\u2019automne 2017, avec 246 inscriptions sur les 705 étudiants de l\u2019établissement THOMAS SAMSON AGENCE FRANCE-PRESSE Le LUDOV possède, outre une vaste collection de consoles, quelque 3600 jeux vidéo et près de 250 accessoires. à Chicoutimi Université du Québec CRÉER DE FAIRE VIVRE L\u2019EXPÉRIENCE UQAC AUX PARTICIPANTS FIÈRE DU 86e CONGRÈS DE L\u2019ACFAS 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