Le devoir, 26 mai 2018, Cahier B
[" S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L e spectre de Marx hante encore les facultés intellectuelles.Karl Marx est né il y a 200 ans.Son Manifeste du parti communiste a été publié il y a 170 ans.Mai 1968, c\u2019était il y a un demi-siècle et on le sait suffisamment, presque trop maintenant.La guerre froide est bel et bien derrière nous et le rideau de fer s\u2019est relevé.Pourtant, selon des enquêtes réalisées depuis le début de la décennie, 60 % des professeurs des universités américaines se disent « libéraux » ou d\u2019« extrême gauche », et 18 % des professeurs de sociologie se définissent carrément comme mar xistes, mar xiens ou néo- marxistes, enfin, quelque chose du genre.« Les humanités étaient autrefois le bastion du conservatisme et ce n\u2019est plus le cas », résume le professeur de sociologie de l\u2019Université Concordia, Jean-Philippe Warren, citant lui-même ces données en provenance d\u2019une société pourtant réputée néoconservatrice.« Les États-Unis comptent, quoi, 0,001 % de citoyens d\u2019extrême gauche ?Un fossé énorme se creuse entre l\u2019enseignement supérieur et le reste de la société.» Rien que dans le giron francophone, depuis février, il y a eu au moins six colloques internationaux sur Marx et ses héritages depuis février, bicentenaire oblige.Le plus récent, intitulé «Marx critique du capital et de la société », était organisé cette semaine à l\u2019UQAM.Le Québec n\u2019est donc pas en reste.« Ici, en philosophie, jusque dans les années 1960, on étudiait le thomisme, poursuit le professeur Warren, spécialiste de l\u2019histoire des idées et des idéologies de son coin du monde.En littérature, on était branché sur le terroir.En histoire, c\u2019est la doxa nationaliste qui dominait.Aujourd\u2019hui, au contraire, dans la foulée des mutations post-68, les humanités se positionnent à l\u2019avant-garde des idéaux, des idées et des théories les plus subversives qui existent au sein de l\u2019université.C\u2019est là qu\u2019on retrouve les étudiants les plus engagés.Le Printemps érable de 2012 a été fait par les étudiants en sciences sociales.En 50 ans, on est passé d\u2019un extrême à un autre.» L\u2019éclatement «post» Pascale Dufour, professeure de science politique à l\u2019Université de Montréal, éclaire cette grande transformation en proposant de renverser la cause et l\u2019ef fet.Oui, dit-elle, les avatars de la « Pensée 68 » et de la « French Theor y » dominent encore les théories sociales, mais précisément parce qu\u2019elles ont été por tées par les luttes sociopolitiques sous-jacentes.« Ce sont les mouvements et l\u2019action qui font avancer la théorie », dit-elle.Elle donne l\u2019exemple du « tournant intersectionnel », cette idée des oppressions multiples et combinées qui pèsent sur les individus genrés ou racisés.« Cette perspective vient de la pratique.Elle vient des Noires aux États-Unis qui ont dit aux Blanches qu\u2019elles ne vivaient pas les mêmes réalités.Les théoriciennes ont ensuite pensé cette réalité.Je suis donc convaincue que les luttes sociales nous précèdent et fournissent des matériaux invisibles qui, tout d\u2019un coup, deviennent visibles dans la théorie.» Ce lien de la recherche-action était évident dans le forum pour « préparer la société après le capitalisme », qui a réuni 300 panélistes de 20 pays pendant quatre jours, du 17 au 20 mai, à Montréal.Les thèmes abordés concentraient aussi le postmodernisme au pur sucre, avec des sections sur le féminisme ou le mouvement LGBT.Benoît Coutu, professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM, en était, comme il participait au colloque montréalais sur Marx.Lui- même pointe vers « l\u2019éclatement postmoderne » comme paradigme dominant actuellement dans son secteur.« Les recherches sont très spécialisées, très ciblées, dit-il.Quand j\u2019étudiais à la fin des années 1990, l\u2019enseignement était donné par des profs post-68 qui avaient navigué dans le marxisme, le structuralisme, la phénoménologie ou l\u2019existentialisme.Maintenant, la production éclatée, multidisciplinaire est beaucoup trop grande pour connaître les commentateurs des commentateurs des commentateurs.C\u2019est exponentiel.» Culture avant tout En anglais, les sciences sociales et humaines sont carrément devenues des cultural studies, comme le montrent les divisions des librairies anglophones, tandis que celles en français restent assez fidèles aux vieilles compartimentations disciplinaires («sciences politiques», «sociologie », «anthropologie », etc.).« On voit tout sous l\u2019angle de la culture, dit M.Coutu, titulaire d\u2019un cours sur l\u2019histoire des idées sociologiques.On laisse les grandes théories générales et l\u2019idée même d\u2019une société comme totalité.» En même temps, lui-même demande de « faire attention aux généralités ».Il souligne qu\u2019au Japon, des départements complets de sciences sociales ou humaines sont éliminés.Le Times Higher Education (THE), qui suit les tendances universitaires mondiales, rappelait jeudi de cette semaine une tendance à la désaffection des « humanités » depuis le début de la décennie aux États-Unis.Les inscriptions se compriment ici aussi.L\u2019an dernier, les études de sciences humaines au cé- gep ont vu les inscriptions diminuer de 3,6 %, et une dizaine de programmes ont été suspendus faute d\u2019élèves en nombre suffisant.« J\u2019ai enseigné dans trois universités québécoises où elles sont mises à mal.Les départements universitaires sont dans l\u2019opérationnalité, l\u2019utilitaire, la recherche de terrain qui ramène des subventions.D\u2019ailleurs, le cours d\u2019introduction sur Marx vient d\u2019être aboli dans mon département.» Marc Angenot, grand spécialiste de l\u2019histoire des idées, a vécu la transformation.Il est arrivé au Québec de sa Belgique natale après la chienlit de l\u2019été 1968.Le professeur émérite de l\u2019Université McGill a publié des dizaines de livres sur les pensées, les idéologies, les théories et le débat, y compris en s\u2019intéressant à tout, mais alors tout ce qui a été publié en France un siècle après la révolution, en 1889, des cartes postales aux dictionnaires.« Le seul avantage d\u2019être un vieux monsieur, c\u2019est qu\u2019on voit les choses qui changent en un demi-siècle, dit-il.L\u2019intellectuel à la française, depuis Zola, était un homme public.Dans la francophonie, la notoriété des grands noms de l\u2019époque comme Sartre, Aron, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu dépassait largement les cercles universitaires.Il n\u2019existe plus, ni dans l\u2019an- glophonie ni dans la francophonie, d\u2019intellectuels connus du public cultivé.C\u2019est fini.Les sciences humaines se sont donc repliées sur leur campus.» Les dépar tements ont beau pencher à gauche, le professeur Angenot préfère mettre en évidence la dissociation du savant et du politique.Jusqu\u2019à la fin du XXe siècle, beaucoup d\u2019intellos s\u2019assumaient aussi comme militants, dit-il, en rappelant qu\u2019au Québec, des professeurs, suivant le vieux modèle « à la française », défendaient farouchement certaines causes publiquement, dont la nationale ou la fédérale.« Dans la société, la droite et la gauche sont malades, le populisme inquiète et les universitaires ne peuvent plus être au service des camps idéologiques, ajoute le professeur Angenot.Leurs options politiques me semblent beaucoup moins évidentes.Les universitaires qu\u2019on inter viewe à Radio-Ca- nada sont des experts.Sami Aoun, de l\u2019Université de Sherbrooke, est un expert du Moyen-Orient.Il a sûrement ses idées à lui, mais il essaie d\u2019être sobre et objectif, et on ne l\u2019interviewe pas à la télévision ou à la radio pour ses prises de position.» Le Devoir Michel David L\u2019intégration des immigrants au centre du débat politique Page B 5 Konrad Yakabuski Une élection, des impôts et des emplois Page B 9 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 Le Devoir de philo La féministe Gayle Rubin et les rapports de domination Page B 10 Humanités numériques, féminismes ou études queer, quels courants dominent maintenant les sciences sociales ?La « French Theory » et la «pensée 68» forment-elles encore le nouveau magistère intellectuel de notre début du XXIe siècle ?Les départements de sociologie, de philosophie ou de sciences politiques sont-ils immanquablement de gauche ?Petit panorama des grandes idées contemporaines.LA RÉVOLUTION DES THÉORIES Quelles idées dominent les sciences sociales ?MARK BLINCH LA PRESSE CANADIENNE Aux courants de pensée ancrés dans des luttes collectives ont succédé des idéologies fondées sur la recherche de l\u2019identité et la protection des minorités.Notamment l\u2019idéologie des identités de genre, ici doublement incarnée par un militant de Black Lives Matter et LGTQ2 lors d\u2019une parade gaie à Toronto.Dossier \u203a La révolution des idées.Théories en stock: celles en ébullition et celles en déclin.Pages B 2 et B 3 French Theory issue de Mai 68 V oilà en fait un des maîtres mots pour comprendre ce qui est à l\u2019œuvre dans les universités occidentales.Dans cette généalogie des idées, des sources allemandes classiques (L\u2019École de Francfort, Heidegger, Nietzsche\u2026) ont influencé des penseurs français (Bourdieu Derrida, Foucault, Lacan, Deleuze, Baudril- lard\u2026) qui ont ensuite été réinterprétés à leur tour dans les centres intellectuels des États- Unis, pour finalement percoler à l\u2019échelle planétaire.Ce vaste courant mondial de la « French Theory » a débuté dans les années 1970 et son influence sur le climat intellectuel se fait encore largement sentir partout.« Nous ne sommes pas encore sortis de cette influence, dit Pascale Dufour, de l\u2019Université de Montréal.Les théoriciens anglophones ont pratiqué l\u2019appropriation décontex- tualisée.Ils sont moins pris dans les débats de chapelle que les Français peuvent l\u2019être.» Le professeur Karen, de l\u2019Université Concordia, donne l\u2019exemple de la progression des influences dans les citations anglophones du philosophe Jacques Derrida.« Il n\u2019est presque pas cité dans les années 1960, commence à percer dans les années 1970, surtout dans les domaines littéraires, et à partir de 1980, c\u2019est l\u2019explosion dans les milieux du cinéma, de la philosophie, de la sociologie, etc.» Le sociologue Benoît Cou - tu, de l\u2019UQAM, observe que la French Theory s\u2019intéresse à l\u2019individu, avec son désir, son corps, son discours et l\u2019inter- texte.« Les grandes str uc- tures explicatives d\u2019autrefois divisaient la société en clas - ses, par exemple.Maintenant, la théorie déconstruit ces catégories pour remonter à l \u2019 individu par ticulier qui veut se réaliser, être recon - nu.On est beaucoup dans la per formance aussi.On met l\u2019accent sur les mar ges, les intersections.» M.Coutu ajoute que des théoriciens plus critiques (comme Luc Boltanski et Ève Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme ou les documentaires d\u2019Adam Curtis) ont évidemment noté la troublante concordance entre cette pensée et le néolibéralisme qui pousse aussi à la réalisation de soi de l\u2019individu performant et réseauté.« On a tout détruit, tout dé- construit, et on se retrouve seul, résume le sociologue.Il faudra bien reconstruire du lien social.Il faudra bien se fédérer et s\u2019unir.» Les savants parlent d\u2019un paradigme pour décrire le discours hégémonique dans un domaine de connaissance.Or, la French Theory, qui se veut en guerre contre les discours hégémoniques, se cache elle- même comme grand récit, explique le professeur Jean-Phi- lippe Warren.« Elle veut dé- construire chacun des grands récits de la société occidentale pour exposer ses oppressions : la science, la religion, la nation, la littérature, etc.C\u2019est une perspective qui explique tout.Et c\u2019est une machine assez efficace pour broyer toute opposition supposée essentia- liste en ramenant les problèmes sous la triade \u201cclass, gender and race\u201d.» Humanités numériques et transhumanisme Les études de l\u2019humain et de la société n\u2019échappent évidemment pas à l\u2019utilisation des outils numériques, mais n\u2019échappent pas non plus à la réflexion sur les transformations que prépare la révolution technologique en cours.Les humanités numériques décrivent cette application de l\u2019informatique (pour faire cour t) dans toutes les disciplines et même comme trans- discipline.Les nouveaux outils ont par exemple révolutionné les études de l\u2019Antiquité en facilitant l\u2019accès à tous les manuscrits en grec ancien connus, maintenant numérisés.Les études abondent aussi sur l\u2019importance des réseaux dans la vie sociale con - temporaine ou à par tir des bases de données dans une foule de domaines.Le courant transhumaniste, né au tournant du siècle, est aussi extrêmement prolifique.Cette tendance pense les transformations technologiques qui changent et améliorent l\u2019humain dans sa nature même, souvent dans une perspective scientiste et technophile.Écologisme et panpsychisme L\u2019idée que notre monde vacille et que nous traversons une crise systémique menaçant la nature et la planète appelant des solutions systémiques se retrouve souvent au cœur de la pensée écologique.Elle décrit des phénomènes scientifiquement et tire des conclusions normatives de ses constatations.Le capitalisme est souvent décrit comme un facteur central des dérèglements majeurs, sans pour autant être le seul responsable de la catastrophe appréhendée.La sensibilité écologique critique aussi les perspectives anthropocentristes, voire an- drocentristes, au point de jonction avec le féminisme par exemple.Le panpsychisme peut s\u2019arrimer à ce courant qui cher - che à repositionner l\u2019humain dans et non contre la nature.Cette théorie de la philosophie de l\u2019esprit af firme que la conscience est une composante fondamentale de la réalité, de la même manière que l\u2019espace et le temps.Les défenseurs du panpsy- chisme (comme Galen Straw- son) attr ibuent donc une forme de subjectivité à toute « unité matérielle », les poissons, les lapins ou les humains.Cela ne signifie évidemment pas que les panpsychistes voient le monde d\u2019une manière anthropomorphique, attribuant des émotions et une volonté aux objets.La conscience attribuée à la matière est simplement vue comme le fait d\u2019avoir un ressenti subjectif, qui peut certainement être très simple et dif- férent du nôtre.Mais que l\u2019on doit comprendre et respecter en tant que tel, au final.Individualisme et théorie queer L\u2019individualisation de la société est un long processus.Le philosophe québécois Charles Taylor explore Les sources du moi (1989) sur plusieurs siècles pour mettre en évidence la pluralité des conditionnements et représentations.Résultat : l\u2019idéal de la réalisation de soi consiste à cultiver son intériorité, à chérir à l\u2019extrême sa liberté tout en ayant le sentiment d\u2019appartenir à la nature.L\u2019individualisation semble toutefois exacerbée dans le monde contemporain.L\u2019accomplissement personnel remplace la socialisation disciplinaire.Seulement, la passion d\u2019être soi, l\u2019euphorie égocentrique et la liberté débridée se paient en angoisse et en dépression, en solitude et en dépendances.Donner sens à sa vie n\u2019a rien d\u2019une sinécure, résume J.C.Kaufmann dans L\u2019invention de soi.Une théorie de l\u2019identité (2004).La sociologie de l\u2019individu tente de comprendre comment chacun ou chacune se constr uit dans le contexte d\u2019appar tenances multiples (genre, racialisation, culture\u2026 ).Le sujet est pensé comme une volonté et une représentation face aux diktats des systèmes d\u2019oppression, le marché, le patriarcat, les classes et les sociétés dominantes.L\u2019Américaine Judith Butler s\u2019inspire des théories de Michel Foucault pour remettre en question les rappor ts de pouvoir constitutifs des identités de genre.Sa théorie queer (« bizarre », « étrange ») s\u2019attaque à la norme hétérosexuelle.Elle dénaturalise les catégories essentielles homme-femme.Elle pense le corps comme un lieu de transgression.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 LA REVOLUTION B 2 XAVIER GALIANA AGENCE FRANCE-PRESSE La montée de l\u2019écologisme a entraîné une mutation du regard porté sur les espèces vivantes et les écosystèmes.En Inde, le Gange, fleuve sacré, est depuis 2017 reconnu par la loi comme une entité vivante ayant le même statut qu\u2019une personne morale.JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019UQAM organisait un colloque sur le marxisme à l\u2019occasion des 200 ans de la naissance du détracteur du grand capital.DAVID BOILY AGENCE FRANCE-PRESSE Les mouvements animalistes ont entraîné l\u2019interdiction de la chasse à certains mammifères, dont les bébés phoques du Groenland.Théories en stock Les intellectuels tentent encore et toujours de comprendre et d\u2019expliquer les grands changements sociaux.D\u2019où viennent les théories dominantes?Quelles sont-elles?Quels «ismes» gouvernent les courants de pensée actuels?Voici un petit panorama des grandes idées qui agitent aujourd\u2019hui les sciences sociales devenues des cultural studies.Les idées en ébullition T E X T E S : S T É P H A N E B A I L L A R G E O N TASS/AGENCE FRANCE-PRESSE Fidel Castro et Léonid Brejnev aux beaux jours du communisme L\u2019individualisation semble exacerbée dans le monde contemporain.L\u2019accomplissement personnel remplace la socialisation disciplinaire. « Il ne faudrait pas concevoir le genre comme une identité stable, dit une de ses célèbres formules.Le genre consiste davantage en une identité tissée avec le temps par des fils ténus, posée dans un espace extérieur par une répétition stylisée.» (Trouble dans le genre, 1990).Le corps est l\u2019objet de multiples attentions savantes.« On pense les attaques contre le corps comme la victime des mi- croagressions, dit M.Warren.On ne pense plus les oppressions structurelles dans la société.On dit qu\u2019il existe des mi- croagressions partout dans la vie quotidienne pour les individus assiégés par des micropou- voirs.Il y a de l\u2019oppression dans le fait de mettre du mascara le matin, de dire comment marcher à un enfant, de sourciller en entendant un accent\u2026» Jean-Philippe Waren rappelle du même coup la triade d\u2019or des études sociales actuelles organisées autour des concepts de genre, de classes et de race.Jusqu\u2019au tournant des années 2000, les études se concentraient souvent autour du problème de l\u2019égalité.Depuis, elles s\u2019intéressent plus à l\u2019ouverture et aux connexions entre les oppressions.Il faut donc dissoudre les traditions et les institutions, s\u2019ouvrir aux autres, aux immigrants, aux minorités, aux marges, et en même temps comprendre les combinaisons des pouvoirs.« Gender, class and race : ce sont des catégories qui fonctionnent très bien pour étudier les pauvres, les femmes et les dif férents groupes LGBTQ2 puis les populations raciali- sées.Mais ce qui compte pardessus tout, c\u2019est la position à l\u2019intersection de ces situations objectives.Une femme blanche bourgeoise de New York n\u2019est pas automatiquement une oppres- seuse, mais sa bonne philippine est bel et bien opprimée.Les nouvelles théories sont allergiques aux frontières, toutes les frontières poli - tiques et sociales, ça va de soi, mais aussi entre les genres, entre la nature et la culture, l\u2019homme et l\u2019animal, l\u2019humain et les robots, etc.» Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 DES IDEES B 3 MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Le féminisme se conjugue aujourd\u2019hui au pluriel.Divers courants peuvent s\u2019opposer sur certains principes, dont la laïcité.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le nationalisme québécois : un mouvement à son apogée lors du référendum de 1995 WIKICOMMONS La théorie et la pratique « queer » déconstruisent la norme hétérosexuelle.WIKICOMMONS Le glacier de Gangotri, dans l\u2019Himalaya, jouit depuis 2017 du statut d\u2019entité vivante.Mouvements féministes Les mouvements féministes contribuent depuis un siècle à changer la société.La première vague réformiste réclamait des droits civiques, dont le droit de vote.La seconde vague, plus radicale, a ramené la lutte dans le quotidien et l\u2019intime en affirmant que le privé est politique.C\u2019est l\u2019époque des luttes pour le droit à l\u2019avortement ou le divorce par consentement, par exemple.Les ministères de la Condition féminine naissent alors, y compris au Québec.La troisième vague, en développement depuis au moins deux décennies, se veut plus ouverte à la diversité des expériences des fem - mes et aux diverses formes d\u2019oppression.Les études « Les études féministes se sont toujours développées en liant l\u2019action politique et la réflexion, dit la professeure de science politique Pascale Dufour, de l\u2019UdeM.Pour une raison très simple : les femmes n\u2019étaient pas dans les universités.Comme elles étaient à l\u2019extérieur du système politique.La lutte sociale a donc amené les perspectives théoriques à l\u2019intérieur des institutions.» Pour elle, il n\u2019y a pas un, mais des féminismes.« Il faut tout mettre au pluriel.Les théories féministes débattent entre elles.» El les se rassemblent tout de même autour d\u2019u - ne idée, selon la profes- seure Dufour, qui cite sa col lègue Diane Lamou- reux : « Le féminisme est un projet politique d\u2019égalité.Des féministes plus libérales peuvent miser sur l \u2019égal i té for mel le , dans les lois.D\u2019autres visent une égal i té tota le , dans une perspective révolutionnaire.» Les études féministes gonflent.Mme Dufour dirige la mineure du secteur.Un programme de deuxième cycle est en préparation dans son université.Unique au monde Mieux encore, le Réseau québécois en études féministes (RéQEF), soutenu par les fonds de recher - che, rassemble quel que 80 professeures, des militan - tes et des représentantes de groupes de pression, une particularité unique au monde.« Le féminisme est la seule idéologie qui fonctionne, dit Marc Angenot.Les autres idéologies totales sont tombées très malades depuis la chute du mur de Berlin.Il y a en fait plusieurs féminismes, et les féministes peuvent avoir des positions contradictoires, sur le port du voile par exemple.C\u2019est riche pour le débat médiatique.» Nationalisme et socialisme L es idées vivent et meurent aussi dans le champ intellectuel.« En France, le socialisme et le gaullisme se sont effondrés rapidement », note le professeur Marc An- genot, historien des idées, en ajoutant que les sociétés, au contraire des théories évolutives, ne vivent pas de fatalité.« Il ne reste que le néoli- béralisme, qui semble plutôt une gestion technologique d\u2019une société qui ne sait pas où elle va.» Le Québec francophone a longtemps cru marcher vers sa libération nationale et les intellos ont accompagné et théorisé cette option en remplissant des bibliothèques entières.« Le nationalisme s\u2019est effondré au Québec, dit le professeur Angenot.I l étai t pour tant par t i pour longtemps.L\u2019explication généra- tionnelle, dire que c\u2019était un tr uc de baby-boomers et qu\u2019il y avait une date de péremption, comme sur les pots de confiture, ça dit quel - que chose, mais ça ne dit pas grand-chose.« Que les idées émergent, se développent et disparaissent, c \u2019est un constat, pas une explication.Il y a pourtant des idées zombies qui ne meurent pas, cel le de l\u2019Apocalypse par exemple.» Postmodernisme Avons-nous basculé dans une société dif férente de la modernité ?L\u2019idée de la rupture née dans les théories littéraires des années 1960 est conceptualisée en architecture au début des années 1970, puis en « théorie du savoir » dans une synthèse préparée par le philosophe français Jean-François L yotard (décédé i l y a tout juste 30 ans, en avril 1998) à la demande du Conseil des universités du Québec.Les savoirs éclatent et le temps des « grands récits » de la modernité est terminé, dit le texte Les problèmes du savoir dans les sociétés industrielles les plus développées, qui sera republié sous le titre La condition postmo- derne.Lyotard affirme que la mort des explications englobantes de la société moderne (com me celle du mar xisme) délégitimées par l \u2019histoire (le goulag) transforme le savoir en une « marchandise informationnelle ».Le concept a fait for tune dans les universités anglophones.Au tournant du siècle, 20 % des auteurs des principales revues de sociologie de Grande-Bretagne se réclamaient du postmodernisme.Ici, le sociologue Michel Freitag (1935-2009) et ses émules incarnent une pensée cri t ique de la société postmoder ne maintenant concentrée dans le Collectif Société, qui organisait le colloque sur la pensée de Marx cette semaine à l\u2019UQAM.En théorie sociale, les « ismes » str ucturent la pensée.« Tous les machins qui avaient une sor te de drapeau, comme le str uctura- lisme, le fonctionnalisme ou le postmarxisme, se sont dégonflés comme des baudru - ches », dit Marc Angenot, historien des idées de McGill.« Ils ne sont pas remplacés dans la mesure où, dans la vie intellectuelle, les nouveaux \u201cismes\u201d ne forment pas un tout cohérent.» Le Devoir Les idées en déclin Le nationalisme s\u2019est effondré au Québec.Il était pourtant parti pour longtemps.L\u2019explication générationnelle, dire que c\u2019était un truc de baby-boomers et qu\u2019il y avait une date de péremption, ça dit quelque chose mais ça ne dit pas grand-chose.Marc Angenot, historien des idées à l\u2019Université McGill « » A M A E L L E G U I T O N Les données personnelles, ou la revanche d\u2019une Europe désormais à l\u2019initiative en matière de protection de la vie privée ?Alors que Facebook continue à subir, du moins en pressions politiques, le contrecoup du «scandale Cambridge Analytica» \u2014 du nom de cette firme de «marketing» politique proche de l\u2019alt-right américaine, accusée d\u2019avoir siphonné les données de 87 millions d\u2019utilisateurs du réseau social à des fins d\u2019influence \u2014, c\u2019est vers le Vieux Continent que les regards se tournent, y compris aux États-Unis.Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg lui-même, a finalement dû accepter de répondre, mardi à Bruxelles, aux présidents des groupes parlementaires européens.Et le règlement général sur la protection des données (RGPD), qui est entré en vigueur vendredi dans l\u2019ensemble de l\u2019Union, est regardé de près outre-Atlantique.Ce texte, qui impose de nouvelles obligations aux entreprises comme aux administrations et renforce les droits des utilisateurs, va « changer le Web», écrivait Wired en mars.Pour le New York Times, c\u2019est « la plus vaste réforme en matière de législation sur la confidentialité des données de ces vingt dernières années».Nombre d\u2019observateurs s\u2019interrogent sur ses effets à long terme, sur sa capacité à vraiment faire pièce au pouvoir des grandes plateformes numériques américaines.Mais à tout le moins, c\u2019est désormais l\u2019Union européenne qui donne le tempo.Cela n\u2019a pourtant pas été une mince affaire : il a fallu plus de quatre ans aux Vingt-Huit pour se mettre d\u2019accord sur ce texte très disputé, successeur d\u2019une directive de 1995.Annoncé par la Commission en janvier 2012 et confié, côté Parlement, au vert allemand Jan Philipp Al- brecht, inlassable défenseur des droits fondamentaux, le projet de règlement a longtemps patiné.Le documentaire Democracy du Suisse David Bernet, sorti en 2015, témoigne d\u2019un processus sans cesse contrarié, enjeu d\u2019un lobbying intense, et débloqué, à la mi- 2013, par l\u2019ir r uption sur la scène internationale d\u2019un certain Edward Snowden\u2026 Les révélations de l\u2019ancien consultant de la NSA sur la surveillance massive exercée par l\u2019agence de renseignement américaine \u2014 n o t a m m e n t v i a l e p r o - gramme Prism, qui lui permet d \u2019 a c c é d e r a u x d o n n é e s stockées par les géants du Net \u2014 sont en effet venues rebattre les cartes.Mais ce n\u2019est qu\u2019au printemps 2016 que le texte a été définitivement adopté.Fébrilité Avec une entrée en application fixée au printemps 2018, les acteurs concernés \u2014 de l\u2019ar tisan qui gère un fichier client aux acteurs du big data \u2014 avaient donc deux ans pour se mettre dans les clous\u2026 mais il y a eu du retard à l\u2019allumage.En France, « à part les très grandes entreprises qui s\u2019y sont mises début 2016, le travail a commencé, pour les plus gros acteurs, mi-2017, explique Etienne Drouard, avocat associé au cabinet K & L Gates.Et la panique a commencé à s\u2019emparer des PME en novembre et décembre.» L\u2019an dernier, la Commission nationale de l\u2019informatique et des libertés (CNIL) s\u2019en inquiétait d\u2019ailleurs, jugeant la «cote d\u2019alerte » atteinte \u2014 en mars 2017, seules 10 % des entreprises françaises pensaient pouvoir être prêtes le jour J\u2026 Ces derniers mois, études et sondages se sont accumulés, débouchant sur le même constat : la grande majorité des acteurs privés sont en retard.«Bien sûr qu\u2019il faut faire attention à la gestion des données, mais le RGPD risque d\u2019apparaître comme une nouvelle contrainte», glisse-t-on du côté de l\u2019Union des entreprises de proximité (U2P), qui prépare une déclinaison, à destination des patrons de TPE, du guide pratique élaboré par la Banque publique d\u2019investissement (BPI France) et la CNIL.Signe d\u2019une fébrilité certaine, cette dernière a enregistré en avril et mai des pics de connexions à son site Web et d\u2019appels téléphoniques.Et le branle-bas de combat produit des effets de bord.« L\u2019un des effets non attendus du RGPD, c\u2019est qu\u2019il a généré une guerre nucléaire de la négociation contractuelle entre les entreprises européennes et leurs prestataires américains », explique Étienne Drouard \u2014 les seconds en profitant pour rejeter sur les premières la responsabilité de la conformité au règlement.L\u2019échéance du 25 mai a aussi donné naissance à un business d\u2019un nouveau genre : début mai, la CNIL s\u2019est fendue d\u2019une « alerte » dénonçant « les agissements de sociétés promettant de manière peu scr upuleuse une mise en conformité \u201cclé en main\u201d au RGPD » e t se présen tan t comme «certifiées» par le gendarme de la vie privée\u2026 La situation est manifestement meilleure côté secteur public : « Globalement, l\u2019État est prêt », assure Henri Verdier, le patron de la Direction interministérielle du numérique et du système d\u2019information et de communication de l\u2019État (DINSIC).« Pour l\u2019administration numérique, la seule évolution forte est l\u2019obligation de délivrer une réelle information aux personnes sur les informations recueillies et leurs finalités, une pratique déjà rendue nécessaire par la jurisprudence européenne.» Même très inégalement anticipée et vécue comme un couperet par beaucoup d\u2019acteurs, l\u2019entrée en application du règlement a, en tout cas, déjà commencé à produire des effets pour les utilisateurs, y compris les non-Européens : Apple, par exemple, a annoncé de nouvelles fonctionnalités accessibles à l\u2019ensemble de ses clients.D\u2019autres tentent d\u2019évidence d\u2019en limiter l\u2019impact autant que possible.En avril, Facebook a confirmé à Reuters que les données de ses utilisateurs situés hors d\u2019Europe et d\u2019Amérique du Nord, qui jusqu\u2019ici étaient sous la responsabilité de Facebook Irlande, relèveraient désormais du siège californien : 1,5 milliard de personnes se retrouvent ainsi exclues de la protection du droit européen.D e q u o i r e l a t i v i s e r l e s l o u a n g e s d é c e r n é e s p a r Zuckerberg au RGPD\u2026 Jurisprudence Côté société civile, en tout cas, l\u2019entrée en application du règlement est attendue de pied ferme.En France, l\u2019association La Quadrature du Net s\u2019apprête à saisir la CNIL de plusieurs actions collectives contre les géants américains du Net.S\u2019appuyer sur le texte européen pour engager des procédures juridiques est aussi l\u2019objectif d\u2019une association européenne, NOYB \u2014 acronyme de None of Your Business, «ça ne vous regarde pas» \u2014, lancée par l\u2019Autrichien Max Schrems, juriste et militant de la vie privée.Et pour cause : si le RGPD marque sans conteste une avancée en matière de droits des utilisateurs, beaucoup reste à faire du côté de la jurisprudence.Les grandes plateformes numériques ont toutes annoncé, ces dernières semaines, des mises à jour de leurs conditions d\u2019utilisation : reste à savoir si ces aggiornamentos sont confLa reconstruction prend du temps parce que le séisme n\u2019a pas affecté la classe dirigeanteormes à l\u2019esprit et à la lettre du cadre européen.Notamment dans le cas du réseau social de Mark Zuckerberg, dont les utilisateurs n\u2019ont, par exemple, d\u2019autre choix que de fermer leur compte s\u2019ils ne souhaitent pas que leurs données soient partagées « à travers les produits des entités Facebook, y compris Instagram, What- sApp et Oculus»\u2026 En la matière, comme souvent, le diable se niche dans les détails : selon le règlement, un traitement de données personnelles est autorisé si l\u2019utilisateur y consent librement et en connaissance de cause, s\u2019il est indispensable (à l\u2019exécution d\u2019un contrat ou au fonctionnement d\u2019un service, à une obligation légale ou à la préservation des intérêts vitaux d\u2019une personne), mais également s\u2019il répond aux « intérêts légitimes» d\u2019une entreprise sans empiéter sur les droits fondamentaux d\u2019un individu.Nul doute que les géants de la Silicon Valley, armés de bataillons d\u2019avocats, ont bien en tête les subtilités du texte et ses marges d\u2019interprétation.C\u2019est désormais aux CNIL européennes et aux tribunaux qu\u2019il revient de fixer le curseur entre les intérêts des champions de la data et les droits des citoyens.Libération L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 4 Louis-Philippe Lampron est professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval.Il est notamment spécialiste des droits sur la liberté d\u2019expression.Propos recueillis par Stéphane Baillargeon.Cette semaine, coup sur coup, un tribunal fédéral a interdit au compte Twitter du président américain de bloquer certains commentaires de ses détracteurs, un procès débutait contre le site Infowars, néga- tionniste du massacre d\u2019enfants dans l\u2019école de Sandy Hook, et la NFL a banni la protestation par agenouillement de ses joueurs pendant l\u2019hymne national.Quel est le lien d\u2019un point de vue juridique entre ces trois cas qui concernent la liberté d\u2019expression?Le cas des joueurs de football me semble distinct des deux autres, qui s\u2019inscrivent dans une ère postfactuelle, dans le mouvement de la post- vérité, de la désinformation, finalement.La question des fake news arrive devant les tribunaux avec ces deux cas.Donald Trump est l\u2019égérie de ce mouvement.Il tente de communiquer directement avec le peuple, en se servant des réseaux sociaux pour transmettre son message.Il ne veut plus parler directement aux journalistes ou à certains médias parce qu\u2019il se juge injustement traité par eux.La décision du tribunal fédéral est super intéressante parce qu\u2019elle considère le volet de la liberté d\u2019expression lié à l\u2019accès du public à l\u2019information.Donald Tr ump se retrouve donc coincé dans son propre jeu.Il prétend vouloir transmettre l\u2019information au peuple américain, alors le tribunal lui rappelle qu\u2019il n\u2019y a pas de justification de bloquer l\u2019accès à son compte.L\u2019argument s\u2019est donc retourné contre lui.Avez-vous été surpris par la décision du tribunal?Elle me réjouit.Le public a le droit d\u2019avoir accès à l\u2019information.C\u2019est sur la base de cette diffusion qu\u2019il peut participer à la vie démocratique.À par tir du moment où un élu décide d\u2019utiliser un réseau social pour faire connaître de l\u2019information, il ne peut se mettre à bloquer des utilisateurs.Donald Trump le magnat de l\u2019immobilier pourrait le faire.Pas Donald Trump le président des États-Unis.Jusqu\u2019où peut s\u2019étendre cette logique?Elle doit s\u2019étendre à tous les élus.Le compte de l\u2019élu, en tant que personne publique, doit rester ouvert à tous, surtout aux commentaires critiques à son endroit.Le même principe de la liberté d\u2019expression s\u2019applique-t-il dans l\u2019autre cas, celui du conspirationniste Alex Jones et de son site Infowars, qui nie le massacre et dit que les enfants ne sont pas morts à Sandy Hook en 2012?Infowars est un champion de la désinformation.Pendant la campagne présidentielle, Alex Jones prétendait qu\u2019Hillary Clinton était un suppôt de Satan.Dans ce cas de fake news, il faut se demander comment lutter contre la désinformation faite de mauvaise foi.Au Canada comme aux États- Unis, c\u2019est très difficile de lutter contre ça.M.Jones a le droit de répandre des faussetés.Au Canada, nous avons eu le cas Zundel, un négation- niste qui a été accusé de diffuser de fausses informations en niant la réalité de l\u2019Holocauste.Dans un jugement assez divisé, à quatre juges contre trois, la Cour suprême a tranché en 1992 que la démocratie impliquait le droit de dire tout et n\u2019importe quoi, même de dif fuser des informations que l\u2019on sait fausses.On se retrouve dans une situation semblable avec Alex Jones.C\u2019est donc pour cette raison que les accusations visent l\u2019invasion de la vie privée, des dommages émotionnels l\u2019appât du gain et la diffamation?En droit pénal, on se demande si un crime a été commis et, si oui, comment punir le responsable.Là, on va plutôt se demander si quelqu\u2019un a commis une faute en dif fusant des mensonges qui ont causé des dommages que l\u2019on peut compenser.Ce n\u2019est pas simple.En dif famation, si on est insulté de manière démesurée avec beaucoup de résonance, on peut obtenir des compensations.On peut établir un parallèle avec Jeff Fill i on , an imateur de rad io congédié pour des propos tenus sur le fils d\u2019Alexandre Taillefer.Il y a deux niveaux rattachés à la liberté d\u2019expression.Entre les individus, je peux dire n\u2019importe quoi sans être embêté par l\u2019État.Mais si je répands des mensonges sur quelqu\u2019un, je peux être poursuivi au civil pour diffamation et obtenir réparation.Reste le dernier cas, celui de la NFL.En quoi est-il différent?C\u2019est un cas très, très inquiétant.Le cœur de la liberté d\u2019expression, c\u2019est le droit de critiquer les institutions et les symboles du pouvoir, dont l\u2019hymne national.Là, on a des propriétaires d\u2019équipe qui vont interdire à des joueurs, en majorité Noirs par ailleurs, de protester et d\u2019attirer l\u2019attention du public en mettant le genou au sol pendant l\u2019hymne national parce qu\u2019ils veulent attirer l\u2019attention sur la discrimination systémique aux États- Unis.On est dans un problème de censure.Je rapprocherais ça de la loi 78 adoptée au Québec pendant le Printemps érable pour limiter les manifestations dans les sous- sols, sans perturber la circulation.De même, les joueurs ne peuvent protester qu\u2019en restant au vestiaire, où ça n\u2019attire pas l\u2019attention.On est dans un acte répressif de la liber té d\u2019expression, et ce règlement inquiétant va cer tainement être contesté.Le Devoir Censure et liberté d\u2019expression made in USA Twitter, Infowars et NFL à l\u2019épreuve du droit De révélations en scandales, la confiance envers les géants d\u2019Internet s\u2019est largement fissurée.En réponse, l\u2019Union européenne s\u2019est dotée d\u2019un cadre juridique protecteur et innovant, qui est entré en application vendredi et pourrait faire des envieux.DONNÉES PERSONNELLES L\u2019Europe montre la voie Les géants du Web doivent désormais se conformer à un nouveau cadre juridique DAMIEN MEYERDAMIEN MEYER AGENCE FRANCE-PRESSE Le RGPD impose de nouvelles obligations aux entreprises comme aux administrations et renforce les droits des utilisateurs.Si le RGPD marque sans conteste une avancée en matière de droits des utilisateurs, beaucoup reste à faire du côté de la jurisprudence BRETT CARLSEN GETTY IMAGES La NFL a banni cette semaine la protestation par agenouillement de ses joueurs pendant l\u2019hymne national. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 5 I l y a maintenant 50 ans que la crise de Saint-Léonard a posé brutalement la question de l\u2019intégration des immigrants, qui demeure plus que jamais au centre du débat politique québécois.À l\u2019automne 1968, quand la communauté italienne de cette paisible localité à majorité francophone a refusé d\u2019inscrire ses enfants à l\u2019école française et tenté de s\u2019en approprier une autre où ils pourraient étudier en anglais, c\u2019est le Québec tout entier qui a pris la mesure du problème.Grâce à la «revanche des berceaux», qui s\u2019était traduite par un taux de natalité stupéfiant, l\u2019immigration était restée jusque-là une préoccupation secondaire.La prise de conscience des nouvelles réalités démographiques a causé un choc.En 1989, le documentaire de Lise Payette et Jean-François Mercier, intitulé Disparaître, se voulait la chronique d\u2019une mor t annoncée.Après deux siècles de survivance héroïque, la nation canadienne-française, qui commençait tout juste à se découvrir québécoise, était-elle arrivée à la fin du voyage ?Cette hantise s\u2019est installée à demeure.L\u2019adoption de chaque loi à caractère linguistique a pris des allures de psychodrame.Victimes d\u2019une infériorisation systématique depuis des générations, bon nombre de Québécois en sont arrivés à douter de leur droit à l\u2019affirmation, voire à l\u2019existence collective.En faisant adopter la Charte de la langue française, Camille Laurin voulait exorciser cette peur et il a en partie réussi.Le retour à l\u2019affichage commercial bilingue n\u2019a pas causé la catastrophe que d\u2019aucuns prédisaient.Même si plusieurs de ses articles ont été invalidés par les tribunaux, l\u2019essentiel de la Charte a été maintenu et plusieurs ont cru que la partie allait être gagnée.?De toute évidence, le sentiment d\u2019insécurité demeure.Au train où vont les choses, les questions relatives à l\u2019immigration seront au cœur de la prochaine campagne électorale comme elles ne l\u2019ont jamais été auparavant.La crise des accommodements raisonnables de l\u2019automne 2006 avait bien soulevé les passions, mais la création de la commission Bou- chard-Taylor avait permis de mettre la question entre parenthèses, de sorte que l\u2019élection de mars 2007 avait porté largement sur le bilan du gouvernement Charest.Même si la charte de la laïc i té avait monopol isé la deuxième moitié du bref mandat de Pauline Marois, il en a été très peu question durant la campagne du printemps 2014, bien que de nombreux électeurs l\u2019eussent sans doute à l\u2019esprit.Après des décennies de polarisation entre fédéralisme et souveraineté, le report du référendum devait en principe resituer la dynamique politique québécoise sur un axe gauche-droite, mais la question identitaire n\u2019a pas été évacuée pour autant, bien au contraire.Aux yeux d\u2019un grand nombre de francophones, la création d\u2019un État indépendant devait régler le problème.À partir du moment où il deviendrait clair pour tout le monde que le Québec était une société essentiellement française, où le bilinguisme et le multiculturalisme à la canadienne n\u2019avaient pas leur place, la question de l\u2019intégration des immigrants ne se poserait plus.Soit ils accepteraient les règles de leur pays d\u2019accueil, tout en l\u2019enrichissant de leur diversité, soit ils iraient s\u2019installer ailleurs.Même pour ceux qui hésitaient à rompre les liens avec le Canada, l\u2019indépendance constituait une sor te de police d\u2019assurance au cas où.Maintenant que cette perspective s\u2019est éloignée, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, il devient de moins en moins certain que la société québécoise a la capacité, voire la volonté, d\u2019imposer son modèle aux nouveaux arrivants.?La désaffection des francophones envers le PLQ ne s\u2019explique sans doute pas uniquement par son laisser-faire sur les questions identi- taires, mais le contraste avec l\u2019appui massif dont il bénéficie chez les non-francophones permet de penser qu\u2019il y est pour beaucoup.Le fédéralisme du premier ministre Couil- lard est trop inconditionnel pour qu\u2019il ose exiger les conditions auxquelles il pourrait être aménagé pour rassurer les francophones, et la pitoyable saga de la loi 62 sur la neutralité religieuse de l\u2019État a démontré qu\u2019il n\u2019est pas même prêt à utiliser les moyens dont le Québec dispose actuellement.Le sentiment d\u2019insécurité que ressentent ceux qui se tournent vers les solutions proposées par la CAQ, que seul un État souverain pourrait d\u2019ailleurs appliquer, devient d\u2019autant plus fort que le besoin économique auquel répond l\u2019immigration devient plus criant.Le mythe des « voleurs de jobs » a volé en éclats.Dans un Québec vieillissant, l\u2019apport de la main-d\u2019œuvre immigrante est devenu une nécessité.Partout, y compris dans les régions, les entreprises lancent des SOS.Même si la question de l\u2019intégration des immigrants n\u2019est pas nouvelle, les Québécois n\u2019ont jamais été soumis à un tel niveau de tension entre l\u2019insécurité culturelle et les impératifs de l\u2019économie.La solution n\u2019est pas simple.mdavid@ledevoir.com Un problème de tension MICHEL DAVID C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris E n 1957, la Ville éternelle avait fait sonner ses cloches pour souligner le traité de Rome, à l\u2019origine de la Communauté économique européenne (CEE).Presque 60 ans plus tard, c\u2019est de Rome que vient la principale menace à cette même union et à l\u2019euro.Normal, dira-t-on, pour un pays qui a été abandonné par celle-ci au moment de la crise des migrants et qui a exactement le même PNB par habitant qu\u2019au moment de la création de la monnaie unique\u2026 il y a 18 ans ! Six ans après la crise de la dette grecque, deux ans après le Brexit, un an après le bras de fer avec la Hongrie et la Pologne, l\u2019Europe est à l\u2019aube d\u2019un nouveau choc frontal avec l\u2019un de ses pays membres.Et pas n\u2019importe lequel.Cette fois, c\u2019est la troisième puissance économique et la seconde puissance industrielle de l\u2019Union européenne qui défie Bruxelles.Depuis un demi-siècle, l\u2019Italie n\u2019avait-elle pas la réputation d\u2019être le pays le plus favorable à l\u2019Europe ?La formation d\u2019une étonnante coalition entre les populistes du Mouvement 5 étoiles (M5S) de Luigi Di Maio et la Ligue d\u2019extrême droite de Matteo Salvini annonce pourtant un affrontement sans précédent en Europe.Les mots doucereux du nouveau président du Conseil, Guiseppe Conte, un professeur de droit jusque- là inconnu du grand public, n\u2019auront trompé personne.Pas plus que ses appels à «dialoguer avec les institutions européennes» et à «confirmer la place de l\u2019Italie en Europe ».Rome contre Bruxelles Même si Bruxelles tente aussi de temporiser, l\u2019af frontement s\u2019annonce inévitable sur plusieurs points de l\u2019accord de gouvernement, un document de 58 pages signé cette semaine par la Ligue et le M5S.En politique étrangère, le nouveau gouvernement cherche à réhabiliter la Russie comme « interlocuteur stratégique » alors que les sanctions économiques contre Moscou devaient être automatiquement renouvelées à la fin du mois de juin.Autre sujet de friction, l\u2019accord veut favoriser le « Made in Italy» et réclame la ratification par le Parlement italien de tous les traités de commerce signés par Bruxelles.Le nouveau gouvernement pourrait donc faire obstacle à ceux qui ont récemment été conclus avec le Mexique et le Japon.Mais, c\u2019est sur la dette italienne, qui atteint 132 % du PIB, que le bras de fer semble déjà engagé.À l\u2019encontre de toutes les règles budgétaires européennes, le programme de gouvernement prévoit une relance de type keynésien.Au menu, on trouve à la fois une augmentation des dépenses (création d\u2019un revenu citoyen, annulation de la réforme des retraites) et une réduction des taxes (introduction d\u2019un flat tax, ou impôt uniforme, et annulation de la hausse de la TVA).Les économistes évaluent à 100 milliards les nouvelles dépenses qui feront passer le déficit public bien au-dessus de la barre des 3 % fixée par Bruxelles.Déjà, les milieux financiers ont réagi.L\u2019écart entre les taux d\u2019emprunt italien et allemand sur dix ans a franchi vendredi la barre des 200 points.«Le message de la Commission européenne est très clair : il est important que l\u2019Italie continue à maintenir des politiques fiscales et macroéconomiques responsables », a déclaré le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.Pourtant, si Bruxelles garde pour l\u2019instant son calme, c\u2019est parce qu\u2019elle sait que le nouveau gouvernement devra composer avec le président Sergio Mattarella.Celui-ci a d\u2019ailleurs fixé deux lignes rouges : le respect des engagements européens et de la discipline budgétaire.Une sortie de l\u2019euro?Face à une alliance aussi hétéroclite que celle qui unit la Ligue et le M5S, on s\u2019attend en effet à ce que Mattarella exerce tous ses pouvoirs.Or, la Constitution italienne lui confère un grand nombre de prérogatives.En Italie, le président a le pouvoir de nommer les ministres, de dissoudre les chambres et de censurer les lois.C\u2019est notamment à cause de lui que la nomination de l\u2019économiste eurosceptique Paolo Savona à l\u2019Économie suscite une telle polémique.Ce vieux routier soutenu par Matteo Salvini a été membre du gouvernement dans les années 1990.Ancien partisan de l\u2019euro, il s\u2019est depuis longtemps repenti.Depuis, il a plaidé pour la mise en place de mécanismes de sortie de la monnaie unique et décrit celle-ci comme une « cage allemande » destinée à « coloniser » les autres pays européens.Même si l\u2019accord du gouvernement ne contient aucune mention d\u2019un référendum sur l\u2019euro, de nombreux économistes estiment que l\u2019alliance eurosceptique qui s\u2019apprête à prendre les commandes de l\u2019Italie ne peut que représenter un sérieux défi pour la gouvernance de la zone.En Italie, « il n\u2019existe plus à l\u2019heure actuelle aucun politicien important et populaire pour défendre vraiment la gestion actuelle de la zone euro », écrit sur le site Atlantico l\u2019économiste Christophe Bouillaud de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Grenoble.En évoquant publiquement la création de mini-bons du Trésor (mini-BOT) dans l\u2019éventualité où ils ne pourraient plus financer leur dette par les moyens normaux, les nou- Tiziana FABIveaux dirigeants italiens adressent un message clair à Bruxelles, croit l\u2019économiste.Advenant une situation de crise, ils ne plieront pas comme les Grecs l\u2019ont fait en 2015! Même s\u2019il n\u2019est pas à l\u2019ordre du jour, croient les économistes, le scénario d\u2019une sortie de l\u2019Italie de l\u2019euro ne peut être totalement exclu.Du moins cette sortie est-elle plus crédible que celle de la Grèce.N\u2019est-ce pas Matteo Salvini qui avait désigné l\u2019euro comme un « crime contre l\u2019humanité » ?Selon Bouillaud, l\u2019importante base industrielle du pays (plus importante que celle de la France) fait en sorte qu\u2019advenant une confrontation avec Bruxelles, l\u2019Italie aurait «beaucoup de choses à gagner d\u2019une sortie de l\u2019euro».Ce qui donne du coup à l\u2019Italie un pouvoir de négociation sans commune mesure avec celui que détenait la Grèce.Les secteurs bancaires français et allemand n\u2019ont en effet aucun intérêt à voir s\u2019ef fondrer les banques de la deuxième puissance industrielle de l\u2019Union.Un compromis souverainiste « Il faut savoir que Matteo Salvini comme Luigi Di Maio ont un rapport à l\u2019euro qui est complètement démystifié, déclarait au Figaro Lenny Benbara, directeur de la publication Le Vent se lève.En sortir n\u2019est ni une obsession ni un tabou.Cependant, leur position sur le sujet dépendra essentiellement de l\u2019intérêt qu\u2019ils y trouvent, et rien ne dit que celui-ci sera le même pour les deux partis.» Pour le politologue Marc Lazar, que Le Devoir avait longuement interviewé au moment des élections italiennes, c\u2019est le souverainisme qui constitue le point commun entre la Ligue et le M5S.Selon lui, les deux mouvements sont en train de refonder complètement la politique italienne avec pour objectif de devenir des deux principaux partis italiens et Tiziana FABIde se partager le marché électoral comme le faisaient avant eux le Parti démocrate de Matteo Renzi et Forza Italia de Silvio Berlusconi.Une rivalité qui rend d\u2019autant plus improbable une alliance de longue durée.Quelle que soit la durée de vie du nouveau gouvernement italien, le politologue Dominique Reynié ne voit dans celui-ci que le dernier épisode de la montée d\u2019une colère qui ébranle aujourd\u2019hui l\u2019Europe de Rome à Budapest.« Le choix qui s\u2019offre à nous est limpide, déclarait-il au Figaro.Ou bien les gouvernants européens se montrent capables de répondre rapidement aux attentes exprimées électorale- ment, ou bien les coalitions populistes de gouvernement se multiplieront, jusqu\u2019à faire tomber l\u2019euro et donc l\u2019Europe.» Le Devoir L\u2019Italie relance la crise européenne Le programme du nouveau gouvernement italien pose un véritable défi à l\u2019Europe et à l\u2019euro PHOTOS TIZIANA FABI AGENCE FRANCE-PRESSE Une murale de l\u2019artiste TVBOY, à Rome, dépeint le leader du M5S, Luigi Di Maio, embrassant le chef de la Ligue d\u2019extrême droite, Matteo Salvini.La formation d\u2019une étonnante coalition entre les deux mouvements annonce un af frontement sans précédent en Europe.Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont en commun le souverainisme, selon le politologue Marc Lazar.L\u2019adoption de chaque loi à caractère linguistique a pris des allures de psychodrame L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 6 AV I S L É G AU X E T A P P E L S D \u2019 O F F R E S AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre con - nais sance de votre annonce et nous signaler immé dia - tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.POUR NOUS JOINDRE avisdev@ledevoir.com Tél.: 514-985-3344 Fax : 514-985-3340 www.ledevoir.com/ services-et-annonces/ avis-publics www.ledevoir.com/ services-et-annonces/ appels-d-offres HEURES DE TOMBÉE Les réservations doivent être faites avant 15 h pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi : Réservations avant 11 h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis que JOYCE ANNE GOLDA WOOD, en son vivant domiciliée au 5445 Place Che- nier, Montreal, Quebec, H1K 3Z1, est décédée à Montréal le 27 novembre 2017.Un inventaire de ses biens a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés, à SUSAN WOOD, située au 5445 Place Chenier, Montreal, Quebec, H1K 3Z1.Donné ce 9 mai 2018.Susan Wood et Nancy Wood, liquidateurs Avis de demande dissolution Prenez avis que la personne morale sans but lucratif Mission Patrimoine Religieux ayant son siège au 12055 rue Grenet Montréal province de Québec H4J 2J5, demande au Registraire des entreprises du Québec la permission de se dissoudre.Nancy Prada, secrétaire trésorière DEMANDES DE DÉROGATIONS MINEURES Les personnes intéressées sont priées de noter qu\u2019elles pourront être entendues par les membres du conseil d\u2019arrondissement qui statueront, en vertu du Règlement sur les dérogations mineures (CA-24-008), sur des demandes approuvant : - pour le bâtiment occupant les lots 1 340 566 et 2 203 668 du cadastre du Québec, actuellement aux 355, boulevard De Maisonneuve Ouest et 350- 360, avenue du Président-Kennedy, une dérogation permettant la construction d\u2019un bâtiment ne respectant pas les conditions prévues pour le mode d\u2019implantation contigu requis par le secteur, qui comprend un débarcadère et qui ne comprend aucun quai de chargement, et ce, en dérogation aux articles 58, 381, 583 et 584 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1187303002]; La séance du conseil d\u2019arrondissement au cours de laquelle seront étudiées ces demandes aura lieu le mardi 12 juin, à 18 h 30, à la Salle du conseil, 800, boulevard de Maisonneuve Est.Toute personne qui désire obtenir des renseignements relativement à ces demandes peut communiquer avec la Direction de l\u2019aménagement urbain et des services aux entreprises au 514 872-9545 et en mentionnant le numéro de dossier indiqué précédemment.Montréal, le 26 mai 2018 Le Secrétaire d\u2019arrondissement, Me Domenico Zambito Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC DEMANDES DE DÉROGATION MINEURE Les personnes intéressées sont priées de noter qu\u2019elles pourront être entendues par les membres du conseil d\u2019arrondissement qui statueront, en vertu du Règlement sur les dérogations mineures (CA-24-008), sur des demandes approuvant : - pour le bâtiment portant le numéro 87, rue Ontario Ouest, une dérogation permettant l\u2019implantation d\u2019un équipement mécanique sur la façade Est du bâtiment, et ce, notamment en dérogation à l\u2019article 381 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) et à l\u2019article 6 du Règlement modifiant le règlement sur la construction d\u2019un atrium et sur l\u2019occupation du bâtiment situé au 87, rue Ontario Ouest (98-176) [1183332003]; - pour le bâtiment situé au 1800, rue Bercy, une dérogation permettant la construction d\u2019une piscine et d\u2019un équipement récréatif en cour avant, et ce, en dérogation à l\u2019article 381 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1186255007]; - pour le bâtiment occupant les lots 1 340 566 et 2 203 668 du cadastre du Québec, actuellement aux 355, boulevard De Maisonneuve Ouest et 350- 360, avenue du Président-Kennedy, une dérogation permettant la construction d\u2019un bâtiment ne respectant pas les conditions prévues pour le mode d\u2019implantation contigu requis par le secteur, qui comprend un débarcadère et qui ne comprend aucun quai de chargement, et ce, en dérogation aux articles 58, 381, 583 et 584 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1187303002]; - pour le bâtiment portant le numéro 700, rue Saint-Antoine Est, une dérogation permettant un quai de chargement d\u2019une profondeur de 10 m, au lieu de 16 m, et ce, en dérogation à l\u2019article 579 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1180607002]; - pour le bâtiment portant le numéro 1800, avenue McGill Collège, une dérogation permettant un revêtement de toiture de couleur brune, au lieu de blanche, et ce, en dérogation à l\u2019article 128.1 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1180607003].La séance du conseil d\u2019arrondissement au cours de laquelle seront étudiées ces demandes aura lieu le mardi 12 juin 2018, à 18 h 30, à la salle du conseil, 800, boulevard De Maisonneuve Est, rez-de-chaussée.Toute personne qui désire obtenir des renseignements relativement à ces demandes peut communiquer avec la Direction de l\u2019aménagement urbain et des services aux entreprises au 514 872-9545 et en mentionnant les numéros de dossier indiqués précédemment.Fait à Montréal, le 26 mai 2018 Le secrétaire d\u2019arrondissement, Domenico Zambito, avocat Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC DEMANDES D\u2019AUTORISATION D\u2019EXERCER UN USAGE CONDITIONNEL Les personnes intéressées sont priées de noter qu\u2019elles pourront être entendues par les membres du conseil d\u2019arrondissement qui statueront, en vertu de la procédure des usages conditionnels du Règlement d'urbanisme de l'arrondissement de Ville-Marie (01-282), sur les demandes approuvant : pour l\u2019unité 3109 du bâtiment portant le numéro 1288, avenue des Canadiens-de-Mont- réal, l'usage « résidence de tourisme », et ce, conformément au paragraphe 7° de l\u2019article 136 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1164869003]; pour le bâtiment portant le numéro 1379, rue Ontario Est, l'usage « résidence de tourisme », et ce, conformément au paragraphe 7° de l\u2019article 136 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1186255008]; pour le bâtiment portant le numéro 320, rue Notre-Dame Est, l\u2019usage « bâtiment abritant un nombre illimité de logements » au niveau du sous-sol et au rez-de-chaussée comme déjà autorisé aux étages, et ce, conformément au paragraphe 8° de l\u2019article 136 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1184869009]; La séance du conseil d\u2019arrondissement au cours de laquelle seront étudiées ces demandes aura lieu le mardi 12 juin 2018, à 18 h 30, à la salle du conseil, 800, boulevard De Maisonneuve Est, rez-de-chaussée.Toute personne qui désire obtenir des renseignements relativement à ces demandes d\u2019autorisation peut communiquer avec la Division de l\u2019urbanisme de la Direction de l\u2019aménagement urbain et des services aux entreprises au 514 872-9545 et en mentionnant les numéros de dossiers indiqués précédemment.Fait à Montréal, le 26 mai 2018 Le secrétaire d\u2019arrondissement, Domenico Zambito, avocat Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC M A R C O F O R T I E R à Langtang, au Népal L\u2019image est saisissante.Au détour d\u2019un sentier, on arrive devant un champ de pierres, de roc et de glace à perte de vue.Jusqu\u2019au 25 avril 2015, il y avait ici un village de montagne.Il n\u2019en reste plus rien.Rien d\u2019autre qu\u2019une vaste étendue grise.Ce jour-là, il y a trois ans, le hameau de Langtang, au cœur de l\u2019Himalaya, a été rayé de la carte, enseveli sous des tonnes de débris qui se sont détachés du flanc de la montagne ; 175 personnes ont péri dans la tragédie.Plusieurs corps n\u2019ont pas été retrouvés.Ils reposent sous la couche de débris de cinq à dix mètres d\u2019épaisseur qui a englouti le village.Cette avalanche \u2014 comme des centaines d\u2019autres \u2014 a été déclenchée par le plus puissant séisme en près d\u2019un siècle au Népal, un petit pays de 30 millions d\u2019habitants coincé entre l\u2019Inde et la Chine.Le tremblement de terre d\u2019une magnitude de 7,9 a tué plus de 9000 personnes et en a laissé 3,5 millions sans abri.Trois ans plus tard, les cicatrices du séisme restent béantes dans la capitale, Kat- mandou, et dans la vallée du Langtang, région isolée à la frontière du Tibet, accessible seulement à pied ou en hélicoptère.Le Népal est un pays balafré.Le tremblement de terre a remué les bâtiments, les paysages et les âmes.La reconstruction se fait à la manière népalaise \u2014 un des pays les plus pauvres d\u2019Asie : un peu n\u2019importe comment.Lentement.Comme si l\u2019intervention divine de Ganesh ou de Bouddha allait tout régler.« On ne peut pas se fier au gouvernement pour prendre le leadership de la reconstruction », résume Ghyalbu Ta- mang, qui travaille à la fromagerie de yak établie à Kyanjin Gompa, le village le plus reculé dans la vallée du Lang- tang, à 3800 mètres d\u2019altitude.Sa voix tremble lorsqu\u2019il se remémore le séisme.I l a perdu onze membres de sa famille, dont son père et sa mère, dans la tragédie (mais ses cinq enfants et sa femme ont survécu).« La terre tremblait si fort que j\u2019avais de la misère à tenir debout.Trois ans plus tard, mes enfants font encore des cauchemars», dit-il.Ghyalbu Tamang a réussi à rénover sa maison avec les moyens du bord, dont l\u2019aide de 300 000 roupies (3600 $CAN) fournie par l\u2019État.Pour arrondir leurs fins de mois, sa femme et lui hébergent des randonneurs, mais le tourisme a baissé de 25% depuis le séisme.Tombés au combat Loin des foules qui se ruent vers le camp de base de l\u2019Everest ou de l\u2019Annapurna, le Lang- tang reste un secret bien gardé de l\u2019Himalaya.Les trekkeurs qui s\u2019aventurent dans la vallée découvrent des paysages grandioses et des villages accueillants, établis à l\u2019ombre du Lang- tang Lirung, dont le sommet enneigé culmine à 7234 mètres.La vallée, située près de l\u2019épicentre du séisme de 2015, reste marquée par la tragédie.Partout, des glissements de terrain et des avalanches ont tout em- por té sur leur passage.Ces fractures restent visibles dans le paysage.Le village de Ghora- tabela, par exemple, n\u2019est plus qu\u2019un amas de tôle tordue et de débris de pierres et de bois.L\u2019avalanche a tout saccagé.D\u2019autres hameaux \u2014 comme le bien nommé Bambou Village \u2014 émergent à nouveau autour de gigantesques blocs de roc (de la taille d\u2019un autobus) qui ont déboulé de l\u2019Himalaya.Même les arbres sont tombés au combat : près de l\u2019ancien village de Langtang, sur le flanc de la montagne, des milliers de conifères gisent au sol, mis K.-O.par le séisme\u2026 Un pays à reconstruire La catastrophe a détruit des milliers de bâtiments.Le gouvernement du Népal a fait le décompte : 767 705 ménages sont admissibles à une aide financière pour rénover ou reconstruire leur maison.Mais à peine 12 % des bâtiments ont été reconstruits.L\u2019aide internationale promise de 4 milliards de dollars arrive au compte- gouttes, faute d\u2019un État fiable pour superviser les travaux.La main-d\u2019œuvre qualifiée et les matériaux de construction manquent aussi cruellement.Les traces du séisme restent visibles dans la capitale, Kat- mandou.Une série de temples du quartier historique de Dur- b a r S q u a r e s o n t t o m b é s c o m m e d e s c h â t e a u x d e car tes.Le palais Hanuman Dhoka, dont les murs du XVIe siècle arborent de larges fissures, survit grâce à l\u2019aide du gouvernement japonais.Dans les quar tiers popu- l a i r e s a u t o u r d e D u r b a r Square, des bâtiments de trois étages penchent dangereusement vers la rue.Ils se maintiennent debout grâce à de bons vieux « deux par quatre » accotés contre les murs.Ces immeubles vont-ils s\u2019effondrer sur les passants?Peut- être que oui, peut-être que non.Entre-temps, la vie continue.Il y a des questions que le Népal n\u2019a pas le luxe de se poser.Vu avec des yeux d\u2019Occidental, ce pays est un extraordinaire chaos.Une image vient à l\u2019esprit : les centaines de fils électriques entortillés comme des spaghettis au-dessus des ruelles étroites de la capitale.Par fois, un fil coupé frôle la tête des piétons.Risque-t-on l\u2019électrocution ?Peut-être que oui, peut-être que non\u2026 Lutte des classes «Vous avez raison, il y a une façon bien népalaise de faire les choses », dit en riant Man- jushree Thapa, auteure népal a i s e é t a b l i e à T o r o n t o .L\u2019image romantique du «gentil peuple hindou qui accueille les randonneurs avec le sourire » cache un cul-de-sac politique.«La reconstruction prend du temps parce que le séisme n\u2019a pas affecté la classe dirigeante.Les gens les plus touchés par le séisme sont les pauvres qui vivaient dans les maisons les plus fragiles», dit cette auteure à la plume acérée.Les castes dirigeantes représentent 15 % de la population, mais gardent leur emprise sur le pays malgré la démocratie naissante (et malgré l \u2019abol i t ion du système de castes il y a un demi-siècle).« Plutôt que d\u2019aider les pauvres qui ont tout perdu, la classe dirigeante a développé l\u2019obsession de contrôler l\u2019argent de l\u2019aide internationale.Elle a mis en place une énorme bureaucratie sous prétexte d\u2019empêcher les étrangers d\u2019envahir le Népal.Le problème, c\u2019est que les gens peu éduqués ou établis dans des régions isolées sont analphabètes et ne parlent souvent même pas le népalais.Ils sont incapables de remplir la paperasse pour obtenir de l\u2019aide financière », dit Manjushree Thapa.«L\u2019État n\u2019a pas à cœur l\u2019intérêt de la population, mais pour la première fois depuis des années, il y a matière à être optimiste: la nouvelle Constitution prévoit la création d\u2019un régime fédéral.Le but était de donner le moins de pouvoir possible aux provinces, mais je pense que les tenants de la centralisation ont mal fait leur travail! Les administrations locales auront du pouvoir.Plus on enlève du pouvoir à la caste dominante à Katman- dou, plus il y a d\u2019espoir», dit-elle.Le Devoir Carnet de voyage en pays fracturé Trois ans après le séisme dévastateur, le Népal peine à panser ses plaies MARCO FORTIER LE DEVOIR La vallée de Langtang, située près de l\u2019épicentre du séisme de 2015, reste marquée par la tragédie.La reconstruction prend du temps parce que le séisme n\u2019a pas affecté la classe dirigeante Manjushree Thapa, auteure népalaise établie à Toronto « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 7 NOUVEAU BALADO Découvrez «?Le mythe start-up?», notre balado en 6 épisodes, qui suit la vie d\u2019une entreprise étape par étape, avec ses hauts et.ses bas?! Qui n\u2019a pas un jour rêvé de créer sa propre entreprise?LeDevoir.com/balado AUJOURD\u2019HUI Écoutez le quatrième épisode de la série?: Les concours Près d\u2019une centaine de kilomètres de canaux traversent la ville de Londres.D\u2019abord consacrés au transport des marchandises, ces ouvrages ont ensuite servi à la navigation de plaisance avant de devenir, pour de plus en plus de gens, une solution à la crise du logement.C L A U D E L É V E S Q U E à Londres Àl\u2019abri d\u2019une circulation automobile folle, une promenade le long des anciens chemins de halage permet de découvrir, au milieu des canards et des cygnes, des quartiers qu\u2019on ne fréquenterait pas autrement.Ceux-ci vont du très huppé au semi-rural en passant par des zones industrielles en voie d\u2019embourgeoisement.La découverte ne doit pas s\u2019arrêter au bâti, car rien n\u2019interdit d\u2019engager la conversation avec les occupants de ces péniches étroites justement appelées narrow- boats, qui s\u2019alignent le long des rives, amarrées en double file dans les secteurs les plus convoités.Cette population «flottante» gagne à être connue.«Je ne dirais pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une communauté dans le sens où nous partagerions toutes nos valeurs ou les mêmes buts dans la vie, mais il est certain qu\u2019on se fait des amis.Une règle non écrite dit que vous pouvez frapper à la porte de votre voisin si vous avez besoin d\u2019aide», explique Katharine Pearson, une femme dans la trentaine qui a adopté ce style de vie il y aura bientôt un an.Il est difficile d\u2019établir le nombre exact de ces semi-nomades, qu\u2019on surnomme parfois les «gitans de l\u2019eau».Plus de 10 000 péniches «résidentielles» circulent sur les canaux de Londres.La majorité de leurs occupants en ont fait leur principal, sinon leur unique, logis.Plus de la moitié sont obligés de changer de point d\u2019amarrage toutes les deux semaines parce qu\u2019ils ne peuvent pas, ou ne veulent pas, débourser les 12 000livres sterling par an (l\u2019équivalent du loyer d\u2019un petit appartement) qui leur donneraient droit à un site permanent.La plupar t des embarcations, dont le prix moyen se situe autour de 50 000livres, sont modestes; plusieurs sont déglinguées mais présentent de belles touches artistiques; presque toutes portent sur le toit un vélo et quelques bricoles, souvent du bois ramassé sur la rive, parfois un panneau solaire.Elles sont affublées de tous les noms imaginables, allant de Muffin à Romeo et Juliette en passant par l\u2019incontournable Noah\u2019s Arch.Une solution à la crise du logement J\u2019ai rencontré Katharine Pearson fin janvier, alors qu\u2019elle aidait ses voisins du moment à s\u2019amarrer en double file dans le Regent\u2019s Canal, la pièce maîtresse du réseau, à mi-chemin entre la gare King\u2019s Cross et les écluses de Camden.Fonctionnaire municipale, passionnée de littérature, elle a perdu l\u2019été dernier le logement subventionné qu\u2019elle occupait avec sa partenaire et les deux jeunes enfants de cette dernière.« Nous n\u2019avions pas les moyens de louer ou d\u2019acheter un appartement dans la capitale», dit- elle.Elle a vu une solution à son problème en se promenant le long du canal.Elle a ensuite trouvé son bateau sur Internet.Katharine n\u2019avait aucune expérience de la navigation, mais elle connaissait quelques personnes qui en avaient.En règle générale, les «gitans de l\u2019eau» sont assez jeunes.Les femmes sont bien représentées.Montana, la jeune vingtaine, se débat avec deux copines pour amarrer convenablement le bateau que de forts vents poussent dans la mauvaise direction.Une dizaine de mètres plus loin, une autre embarcation s\u2019est carrément posée en travers du canal : ses propriétaires auront du mal à la sortir de ce mauvais pas.Les trois jeunes femmes font depuis deux semaines l\u2019essai du bateau qu\u2019un ami leur a prêté pendant ses vacances.Montana songe à s\u2019en procurer un pour y vivre.Hannah Anketell est photographe.Elle travaille dans le centre de Londres.Quand je l\u2019ai rencontrée, en hiver elle aussi, elle faisait, avec sa mère et deux amis, l\u2019essai d\u2019un bateau de 40 pieds qu\u2019elle avait l\u2019intention d\u2019acheter.Elle se propose de vivre seule dans sa péniche «parce que les logements ne sont plus abordables à Londres».En une décennie, les prix ont presque doublé dans la capitale britannique.Un appartement d\u2019une seule chambre à coucher coûte facilement un demi-million de livres.Il est à peu près impossible de payer moins de 700 livres par mois pour vivre dans une simple chambre en partageant la cuisine et la salle de bains avec trois ou quatre personnes.Ian rentre d\u2019Écosse où il a passé Noël parce qu\u2019il a de la famille dans cette région.Il possède une belle péniche, un peu plus large que la plupart des narrowboats.Il vit sur ce bateau qu\u2019il a acheté il y a deux ans et demi après avoir été «forcé» de vendre sa maison.Il travaille à Londres dans les technologies de l\u2019information.Il possède un poêle au charbon qui fait moins de fumée qu\u2019un poêle à bois, mais qui produit plus de CO2.Il arrive que des riverains se plaignent de la «pollution» produite par les petits bateaux.«Mais que dire de ces nouvelles tours d\u2019habitation qui bloquent le soleil et qui tuent tous les poissons?» rétorque-t-il en montrant les hauts immeubles qui ont poussé dans le quartier Mile End.Le River & Canal Trust, l\u2019organisme sans but lucratif responsable des quelque 2000 miles de canaux et de cours d\u2019eau navigables de la Grande-Bretagne, fait de son mieux pour arbitrer les conflits.Les deux jeunes bénévoles que j\u2019ai rencontrés sur un chemin de halage ne semblaient pas craindre une nouvelle source de pollution.Au contraire, ils ont vanté la qualité de l\u2019eau, ajoutant que les nids construits sous les ponts ont transformé les canaux en autoroutes pour les abeilles en voie d\u2019extinction ! Hannah Anketel et ses amis venaient de franchir un étroit tunnel non éclairé long de près de 1 mille quand elles ont amarré leur péniche près de King\u2019s Cross.Le Regent\u2019s Canal, construit au début du XIXe siècle, compte deux de ces souterrains pour bateaux.Les points d\u2019entrée ressemblent aux portes de l\u2019enfer.«Ce n\u2019est pas si difficile de manœuvrer le bateau.Au début, on zigzague et c\u2019est un peu épeurant, affirme Katharine Pearson.Heureusement, nous avons rencontré un navigateur expérimenté qui nous a donné quatre heures de son temps.Tout ce que nous avons pu lui offrir pour le mal qu\u2019il s\u2019est donné, c\u2019est du macaroni au fromage.Mais il ne voulait rien en retour.» «Nous avons rencontré des gens formidables dès le début, poursuit-elle.Nous sommes devenus amis avec des Brésiliens amateurs de musique et de grillades.Nous devons nous revoir l\u2019été prochain.Je n\u2019aurais pas vécu ce genre d\u2019expérience si j\u2019avais habité dans un flat.Cela compense amplement les ennuis mécaniques.» Un mode de vie «Il faut se déplacer souvent, charger du charbon et apprendre toutes sortes de choses, ajoute Katharine Pearson.Je considère que ce mode de vie est honnête en ce sens que vous devez absolument résoudre tous les problèmes sans tarder.Les défis peuvent cependant se transformer en expériences agréables», ajoute-t-elle.Chez les gens qui habitent sur l\u2019eau, il y a une maxime qui dit : le plus beau jour, c\u2019est quand tu achètes ton bateau\u2026 mais aussi quand tu le vends.De nouvelles perspectives s\u2019ouvrent quand on devient un gitan de l\u2019eau.Mais les nombreuses difficultés finissent par peser lourd.Aux problèmes techniques s\u2019ajoutent des complications quand vient le temps de voter, d\u2019inscrire les enfants à l\u2019école, de prendre son courrier, etc.L\u2019hiver dernier a été rigoureux au Royaume- Uni.Les habitants des canaux se sont souvent cloîtrés dans leurs embarcations comme dans des tanières à cause du froid.Little Venice, un carrefour aquatique plutôt enchanteur dans l\u2019ouest de la ville, a même gelé en partie pendant quelques jours en mars.Londres n\u2019est pas Venise, mais ar rivent quelques rayons de soleil et ses canaux reprennent vie joyeusement.Collaborateur Le Devoir Au royaume des «gitans de l\u2019eau » Le coût exorbitant du logement force des milliers de Londoniens à vivre dans des péniches PHOTOS CLAUDE LÉVESQUE Un site d\u2019amarrage permanent peut facilement coûter 12 000 livres sterling par année.Les embarcations portent souvent sur le toit un vélo, des bricoles, du bois ramassé sur la rive.Je n\u2019aurais pas vécu ce genre d\u2019expérience si j\u2019avais habité dans un flat.Cela compense amplement les ennuis mécaniques.Katharine Pearson « » ue le président Donald Trump annonce jeudi l\u2019annulation de son sommet du 12 juin à Singapour avec Kim Jong-un n\u2019a surpris qu\u2019à moitié.Qu\u2019il rouvre vendredi la porte à la tenue de la rencontre n\u2019était pas plus inattendu.L\u2019homme a pour ainsi dire ?ni de nous étonner.Et comme elle s\u2019articule en dehors des sentiers battus de la diplomatie traditionnelle, la relation que Trump et Kim ont développée est marquée au sceau d\u2019une improvisation singulière.Il est à espérer que leurs pirouettes ?niront par jeter les bases de perspectives concrètes de paix.En maître du jeu, le régime nord-coréen a eu cette semaine des accès de colère contre le «modèle libyen» évoqué par le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, puis par le vice-président Mike Pence.Une solution qui avait vu Mouammar Kadha?être ?nalement renversé après avoir renoncé à son programme nucléaire en 2003 dans l\u2019espoir que soient levées les sanctions occidentales contre la Libye.Les emportements de Pyongyang auront ser vi à avertir M.Trump de tenir en laisse ses faucons.Encore qu\u2019il n\u2019est pas interdit de penser que l\u2019opaque dictature de Kim Jong-un n\u2019est pas homogène non plus et que sur lui aussi s\u2019exercent des pressions provenant de l\u2019aile la plus dure du régime.Toujours est-il que Pyongyang a posé ces dernières semaines une série de gestes tangibles de bonne volonté.Il a stoppé les essais nucléaires et balistiques, libéré trois ressortissants américains et fermé, il y a quelques jours, le site d\u2019essais nucléaires de Punggye-ri \u2014 sans obtenir la moindre contrepartie américaine, sauf pour quelques ?atteries de la part de M.Trump et une ouverture très ténue à l\u2019idée d\u2019une approche étapiste de la dénu- cléarisation de la Corée du Nord.Il ne faut pas perdre de vue que la Chine est en cette affaire un joueur incontournable.C\u2019est un grand poker triangulaire.Le président chinois, Xi Jinping, a rencontré M.Kim deux fois en moins d\u2019un mois et demi, après l\u2019avoir complètement ignoré depuis son arrivée au pouvoir en 2011.Pékin veut pouvoir tirer pro?t du rapport de force que Pyongyang a établi avec Washington.Si la Chine veut voir se calmer les tensions dans la péninsule coréenne, elle ne veut pas pour autant qu\u2019un éventuel apaisement diminue son in- ?uence dans la région.La Corée du Nord ne sait que trop bien, de son côté, que son développement passe par la Chine.Le président sud-coréen, Moon Jae-in, ne renoncera pas quant à lui à jouer les intermédiaires et à tendre la main à Kim.Une main que Pyongyang s\u2019est en fait vite trouvé à ressaisir en se déclarant disposé à dialoguer avec Washington malgré l\u2019annulation du sommet.Ni Kim ni Trump n\u2019ont envie de rompre le rapprochement qui se dessine.En 1990, le gouvernement du Québec, jugeant qu\u2019une trop forte proportion d\u2019immigrants s\u2019établissait à Montréal, faisait de la régionalisation un des objectifs stratégiques de sa politique d\u2019immigration et d\u2019intégration.Presque trente ans plus tard, nous devons constater que la situation n\u2019a pas changé ; les divers plans d\u2019action gouvernementaux furent des échecs.ette semaine, le premier ministre Philippe Couillard, ?anqué du ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a dévoilé la Stratégie nationale sur la main-d\u2019œuvre 2018-2023.Le Québec à l\u2019ère du plein-emploi, qui prévoit un investissement considérable \u2014 1, 3 milliard en cinq ans \u2014 dans un bouquet de 47 mesures.On apprenait que le gouvernement libéral prévoit que les nouveaux arrivants occuperont 22 % des quelque 1,3 million emplois créés au cours de la prochaine décennie.C\u2019est donc dire l\u2019importance qu\u2019il accorde à l\u2019apport des immigrants dans ce contexte de plein-emploi.Le ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, David Heurtel, qui a annoncé qu\u2019il quittera le navire à la faveur des prochaines élections, brillait par son absence.Mais en décembre dernier, il annonçait la réouverture de bureaux régionaux du MIDI, doublés d\u2019« antennes » du ministère en région.Le gouvernement les avait tous fermés dans un élan d\u2019austérité.À ce jour, ces bureaux et antennes ne sont pas fonctionnels.Ce fut évidemment une bourde de fermer ces points de service et de plani?cation alors qu\u2019on ne pouvait ignorer que les entreprises en région, bien davantage que celles de la grande région métropolitaine, seraient aux prises avec des pénuries de main-d\u2019œuvre, et que les régions, d\u2019une façon générale, étaient lourdement touchées par le déclin démographique.Les dif?cultés actuelles n\u2019ont rien d\u2019accidentel : elles étaient clairement prévisibles.Or le gouvernement libéral n\u2019en est pas à une incohérence près ; il a aboli les centres locaux de développement (CLD) qui auraient été fort utiles dans les circonstances actuelles.La majorité des nouveaux emplois à pourvoir seront situés à l\u2019extérieur de la région de Montréal.Depuis trente ans, plusieurs familles d\u2019immigrants se sont établies en région, sur tout dans des villes de moyenne taille comme Sherbrooke, Trois-Rivières ou Gatineau ; on ne parle pas de petits villages isolés.Certaines de ces familles sont restées \u2014 environ 30 % à Sherbrooke, par exemple, selon l\u2019évaluation d\u2019un organisme de soutien de ces nouveaux arrivants \u2014, les autres sont retournées à Montréal ou ont déménagé leurs pénates dans d\u2019autres provinces.Se voir offrir un emploi est certes essentiel, mais il est crucial que les besoins familiaux et sociaux de ces travailleurs soient pris en compte par le milieu et par l\u2019État.Ce qui n\u2019est pas le cas.Un exemple parmi d\u2019autres : les commissions scolaires en région, empêtrées dans des règles budgétaires inadaptées, n\u2019arrivent même pas à franciser correctement les élèves issus de l\u2019immigration.La base, quoi ! De nombreuses études montrent que c\u2019est une erreur d\u2019adopter une approche strictement économique quand il est question d\u2019attirer \u2014 et surtout de retenir \u2014 des immigrants en région.Une approche humaniste s\u2019impose.Ce n\u2019est pas l\u2019argent qui manque : Québec peut compter cette année sur 112 millions de plus de la part d\u2019Ottawa.Mais voilà, telle une poule sans tête, le gouvernement libéral, qui excelle à se ?xer des cibles de tout ordre, ne suit pas un plan cohérent en matière de régionalisation de l\u2019immigration.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 B 8 EDITORIAL L E T T R E S Vélos infantilisés Très heureux de voir que les chicanes à vélo posent de plus en plus problème à la majorité.Ces maudites chicanes ont connu d\u2019autres déclinaisons aussi stupides, du genre : «Toi, tu fais du vélo, des fois, il faut que tu marches à côté, ou bien on va te faire ralentir de force avec des infrastructures incontournables »\u2026 Toujours pour la sécurité de ces demeurés de cyclistes, la Société des ponts Jacques- Cartier et Champlain résiste à autoriser l\u2019usage hivernal des pistes cyclables du pont en nous faisant languir avec des études qui durent une éternité.En fait, ce qui dans tout ça dérange fondamentalement, et ce n\u2019est pas que sur le pont, bien que ce soit la goutte qui fasse déborder le vase des installations cyclistes boiteuses, c\u2019est l\u2019infantilisation des gens qui se donnent la peine d\u2019opter pour le transport dynamique et qui se font niaiser tandis que les automobilistes, qui accaparent autrement plus d\u2019espace public en causant de graves préjudices sanitaires et environnementaux, eux vont comme bon leur semble.Personne n\u2019aurait l\u2019idée folle de décréter le pont dangereux à la conduite hivernale et de le condamner sur une base saisonnière, ou encore d\u2019installer des chi- L I B R E O P I N I O N D R H U G O V I E N S Président de l\u2019Association médicale du Québec L es chiffres font peur : plus de la moitié des aînés prennent des médicaments potentiellement inappropriés au Canada, selon une nouvelle étude de l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS).Au Québec, 25 % d\u2019entre eux se font prescrire des somnifères.Mais comment s\u2019en étonner ?Les médicaments sont remboursés par les assurances publiques, mais pas la psychothérapie, la physiothérapie ou le soutien social.Et si ces statistiques ne sont pas nouvelles, elles confirment une tendance lourde des dernières années.Nous médicamentons beaucoup nos aînés au Canada dans nos établissements de soins de longue durée.Et nous médicamentons surtout les plus pauvres.Se poser les bonnes questions La polypharmacie fait du mal à nos aînés.Lors du dernier congrès national de Choisir avec soin, une des conférencières, la Dre Dee Mangin, a présenté un tableau de la situation qui mériterait d\u2019être mieux connu : nos aînés meurent à cause des médicaments qu\u2019ils prennent en trop grand nombre.En raison des interactions de ces médicaments, des chutes qu\u2019ils entraînent ou de la dif ficulté que les personnes âgées ont à les éliminer de leur sang, c\u2019est comme si chaque jour nous faisions monter des aînés dans un avion avant de faire s\u2019écraser celui-ci au sol, a- t-elle précisé.Ces morts sont évitables ! Elles découlent des attentes de la population en matière de gestion de la douleur, de l\u2019insomnie ou de la santé mentale.Elles s\u2019inscrivent aussi dans une tendance plus large de « surmédicalisation » dans laquelle la société québécoise a plongé tête première\u2026 suivant en cela de près nos voisins du sud.Agir sur les bons leviers Vous m\u2019avez déjà entendu parler des contrecoups du surdiagnostic et du sur- traitement sur notre système de santé.Cela nous coûte cher en argent, et aussi en vies.Les médecins sont de plus en plus nombreux à agir, appliquant la dé- prescription quand c\u2019est possible et nécessaire.Certains patients commencent aussi à poser les bonnes questions, mises en avant par la campagne Choisir avec soin, en demandant par exemple à leur professionnel de la santé s\u2019il y a des options plus simples et plus sécuritaires que les médicaments.Ce n\u2019est pas toujours le cas, mais ça peut l\u2019être.Et ces options doivent être accessibles.Le médecin n\u2019a pas réponse à tous les maux.La population doit l\u2019apprendre et le comprendre.En médicalisant tous nos problèmes, de la moindre douleur lombaire à des insomnies passagères, nous engorgeons le système de santé, qui ne suf fit plus à répondre à la demande ni aux coûts.Nous devons entamer une discussion sur ce qui est médicalement indiqué.À partir de quand un mal de dos nécessite-t- il une injection de cortisone et pendant combien de temps cette béquille peut-elle et doit-elle être utilisée ?Un traitement contre la perte de cheveux peut être médicalement indiqué.Doit-il pour autant être couvert ?Ce sont des questions que l\u2019on ne se pose pas.Avant sa dissolution, le Commissaire à la santé et au bien-être travaillait à la nécessaire révision du panier de services en santé.Un exercice dif ficile que le Québec ne peut éviter.Les par tis politiques sont en campagne.C\u2019est le temps ou jamais de parler de cet enjeu.Nous devons, comme société, faire des choix, et les médecins doivent participer à cet important exercice pour qu\u2019il soit basé sur des données probantes.Les aînés meurent de notre incapacité à revoir le panier de services FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Chef des technologies SYLVAIN COUTU Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET canes à auto pourtant nécessaires \u2014 on voit fréquemment le témoin lumineux destiné à indiquer sa vitesse au conducteur af ficher des vitesses avoisinant même les 80 km/h tandis que 50 km/h est la vitesse permise\u2026 Il est temps de donner un coup de guidon cohérent et complet pour redonner une dignité aux cyclistes tout en faisant une prévention adulte en aparté.Ramon Vitesse Le 25 mai 2018 vous êtes aussi et donne à croire que vous n\u2019avez toujours pas réalisé la gravité de l\u2019acte pour lequel vous avez plaidé coupable.Parce que cette vidéo \u2014 qui ressemble à une tentative désespérée de réhabiliter votre image \u2014 constitue un double affront, d\u2019autant que vous l\u2019annoncez comme la première d\u2019une série à venir\u2026 Mauvais goût, bonjour ?Se garder une petite gêne \u2014 à défaut de garder le silence \u2014 aurait été, dans les circonstances où vous n\u2019avez pas encore commencé à purger votre peine, la moindre des élégances.Mais peut-être êtes- vous incapable d\u2019une telle grâce et que ceci explique cela.Quoi qu\u2019il en soit, je vous annonce of ficiellement que nous sommes maintenant entrés dans une toute nouvelle ère qu\u2019on appelle « post- #MeToo » et que cette nouvelle ère (ce nouvel air ?) invite les hommes et femmes du monde entier à se regarder et à repenser leurs rôles respectifs dans nos sociétés qui sont depuis toujours fondées sur des rapports de pouvoir et de domination.Je n\u2019ai aucun doute que vous puissiez un jour participer vous aussi à ce grand mouvement, mais d\u2019ici là, je sors définitivement votre nom de ma playlist.Robert Campeau Le 24 mai 2018 RÉGIONALISATION DE L\u2019IMMIGRATION Un échec avéré CORÉE DU NORD Démêlés triangulaires C Q GUY TAILLEFER ROBERT DUTRISAC Un scoop pour Luck Mervil Cher Luck Mervil, J\u2019ai toujours admiré l\u2019artiste que vous êtes.Je garde un souvenir ému de votre rôle de Clopin dans la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris.Et je continuais d\u2019écouter jusqu\u2019ici avec bonheur l\u2019album Ti Peyi a, un bijou en son genre.Mais depuis la vidéo « Les mots dits » que vous avez diffusée sur YouTube hier, j\u2019ai perdu toute envie de vous écouter.Parce que vous insistez une fois de plus sur les dix- sept ans «et demi » de la femme que vous avez abusée.Parce que vous vous posez en victime (des médias, notamment) et que cette victimisation discrédite l\u2019auteur de la chanson Le goût des jeunes filles que L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).À chaque élection fédérale depuis la fin des années 1970, l\u2019avenir des bureaux locaux de l\u2019Agence du revenu du Canada devient un enjeu majeur de la campagne dans les circonscriptions québécoises où se retrouvent des milliers d\u2019électeurs qui travaillent pour cette agence si mal aimée par la plupart des contribuables canadiens, mais qui fournit néanmoins des emplois de qualité dans de petites villes éloignées des grands centres.Il en est ainsi depuis que Jean Chrétien, à l\u2019époque où il fut ministre des Finances dans le gouvernement de Pierre Trudeau, a eu l\u2019idée de transférer des emplois de l\u2019ARC de la région d\u2019Ottawa vers des endroits qui se colletaient alors avec des taux de chômage élevés.Celui qui se surnommait « le petit gars de Shawinigan» a su s\u2019assurer de la localisation d\u2019un centre fiscal de l\u2019ARC dans cette ville, dans sa propre circonscription.C\u2019était en pleine campagne référendaire, en avril 1980, que M.Chrétien a fait l\u2019annonce de la construction d\u2019un autre bureau de l\u2019ARC à Jonquière, au coût de 17 millions de dollars, ou 53 millions en dollars d\u2019aujourd\u2019hui.Une fois devenu premier ministre en 1993, M.Chrétien a continué d\u2019appuyer le centre fiscal dans sa circonscription.Lors de la commission Gomery en 2004, on apprit qu\u2019une entreprise du bailleur de fonds libéral Joe Morselli gérait la cafétéria du centre fiscal de Shawinigan.Depuis son inauguration en 1979, le bureau de l\u2019ARC à Shawinigan, reconverti en 2017 en Centre national de vérification et recouvrement (CNVR), emploie autour de 1000 personnes dans des postes parmi les mieux rémunérés de la région.Ces employés ont beau avoir connu les ratés du système de paie fédéral Phénix, ils tiennent à ces emplois, tout comme les politiciens locaux.Lors des élections fédérales de 2015, le député libéral aspirant de Saint-Maurice\u2013Champlain s\u2019est engagé à protéger l\u2019avenir du centre fiscal de Shawinigan.Il pouvait compter sur un appui de taille dans la tenue de cette promesse.« Je vais aider François-Philippe Champagne lorsqu\u2019il sera député pour que ça reste ouvert, a insisté M.Chrétien, qui faisait alors campagne avec M.Champagne devant l\u2019édifice de l\u2019ARC.On n\u2019a pas bâti ça pour rien.» Parmi toutes les raisons pour lesquelles les libéraux de Justin Trudeau ont réservé une fin de non-recevoir à la demande du Québec d\u2019entreprendre des négociations en vue de l\u2019instauration d\u2019une déclaration de revenus unique, l\u2019utilité électorale des emplois de l\u2019ARC reste parmi les plus importantes.On a beau insister sur l\u2019importance de la lutte contre l\u2019évasion fiscale, que seule l\u2019ARC peut livrer en faisant le partage des données fiscales avec des gouvernements étrangers, c\u2019est la présence fédérale en région qu\u2019Ottawa tient à préserver.Le gouvernement Trudeau vient d\u2019investir des millions dans la modernisation du bâtiment de l\u2019ARC à Shawinigan pour en faire la reconversion en CNVR.Le nombre d\u2019emplois y est ainsi passé de 900 à 1135, selon les chiffres du syndicat cités dans les médias locaux.Lors de l\u2019annonce du changement de vocation du centre de Shawinigan, qui traitait auparavant les déclarations des particuliers, la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, a dit : «Nous reconnaissons l\u2019importance du centre fiscal et confirmons notre intention d\u2019y demeurer très longtemps.» Que diront les conservateurs et les néodémo- crates, dont les partis favorisent une déclaration de revenus unique, aux électeurs de ces circonscriptions où l\u2019ARC a une présence importante?Ou ont-ils déjà cédé la victoire dans ces circonscriptions aux libéraux ?M.Champagne, étoile montante dans le gouvernement Trudeau dont il est le ministre du Commerce international depuis 2017, semble bien sûr indélogeable dans Saint-Maurice\u2013Champlain.Mais les conservateurs du chef Andrew Scheer souhaiteraient faire des gains dans d\u2019autres circonscriptions où se retrouvent des bureaux de l\u2019ARC au Québec, dont Trois-Rivières, où le maire sortant est pressenti pour devenir candidat du PCC.Il serait hypocrite de la part des conservateurs de promettre de maintenir les bureaux de l\u2019ARC advenant la mise en place d\u2019une déclaration de revenus unique administrée par Revenu Québec.Après tout, la Commission de révision permanente des programmes du gouvernement de Philippe Couillard, présidée par l\u2019ancienne ministre libérale Lucienne Robillard, a déjà déterminé l\u2019obligation des Québécois de produire deux déclarations de revenus chaque année comme le dédoublement le plus important entre les deux ordres de gouvernement.Pour un parti qui préconise une saine gestion des dépenses publiques, le PCC peut difficilement soutenir le maintien de deux bureaucraties là où une seule suffirait.Cela dit, M.Scheer s\u2019est rangé derrière le maintien de la gestion de l\u2019offre même si, du point de vue strictement économique, elle est loin d\u2019être le plus efficace des modes de production.M.Scheer fera-t-il à d\u2019autres acrobaties politiques en ce qui concerne les bureaux de l\u2019ARC?Après tout, comme le disait M.Chrétien, on n\u2019a pas bâti ça pour rien.Des impôts et des emplois KONRAD YAKABUSKI H A R V E Y M E A D Auteur de Trop tard.Fin d\u2019un monde et début d\u2019un nouveau (Écosociété, 2017) oanne Liu, présidente de Médecins sans frontières, a utilisé l\u2019expression « l\u2019éléphant dans la pièce» récemment dans un point de presse couvert par Le Devoir, en faisant référence au défi des personnes en situation de déplacement forcé sur la planète.Avec cette image, elle soulignait, que, souvent, nous ne voyons pas les problèmes avant qu\u2019il ne soit trop tard et que nous nous attaquons à de moindres maux sans voir les crises venir.De fait, la récente crise humanitaire des réfugiés et des migrants, qui pourrait toucher deux millions de personnes, a réussi, d\u2019une part, à déstabiliser toute l\u2019Europe et, d\u2019autre part, à déstabiliser d\u2019une tout autre façon les États-Unis.Liu parle de ses visites dans différents camps mis en place pour accueillir les réfugiés en dehors des territoires des pays riches, et insiste sur la présence de quelque 60 millions de personnes en déplacement forcé dans le monde à l\u2019heure actuelle, selon certaines évaluations.Et cela ne tient pas compte du fait que de deux ou trois milliards de personnes sont confrontées à de grandes inégalités ; le rêve de partir pour un pays sûr, et riche, est bien vivant dans l\u2019esprit de bien de ces personnes.La crise des inégalités Nous parlons régulièrement aussi de cette autre crise humanitaire, notant que des inégalités importantes existent entre les populations des pays riches et celles des pays pauvres, ainsi qu\u2019à l\u2019intérieur même des pays riches.Dans le premier cas, la crise est presque abstraite ; dans les pays riches, elle ne semble pas avoir de répercussions sur la vie en société.Dans ces pays, l\u2019impératif est de poursuivre la croissance de la production.Depuis maintenant trois quarts de siècle, nous n\u2019avons que cela au programme et depuis des siècles, nous composons avec la croissance de nos populations qui l\u2019accompagne.C\u2019est au point où il nous semble presque naturel qu\u2019il en soit ainsi.Sauf que les choses changent.Le vieillissement de la population et la recherche de nouveaux immigrants pour y remédier nous mettent devant une situation qui nous force à la réflexion.L\u2019objectif est de recruter des travailleurs immigrants qualifiés pour pourvoir les postes disponibles.Dans un monde d\u2019inégalités dominé par les pays riches, nous recherchons les éléments les mieux formés des populations des pays pauvres pour répondre à nos besoins ; le succès dans cet effort ne peut qu\u2019aboutir à un affaiblissement des sociétés dans lesquelles nous aurons puisé les nouveaux immigrants.La réflexion : notre modèle économique en cause Finalement, nous sommes devant deux facettes d\u2019un modèle économique dissimulées pendant de nombreuses années.La croissance économique dépend en grande partie de la croissance démographique, celle du bassin de travailleurs qui deviennent des consommateurs.Une autre facette du modèle est son recours aux ressources naturelles \u2014 sans parler des écosystèmes \u2014 inhérent à l\u2019augmentation de la production et de la consommation.Pendant longtemps, depuis \u2014 on peut presque dire \u2014 la « découverte» de l\u2019Amérique et de l\u2019Afrique, le modèle a été approvisionné par ces nouveaux continents riches en ressources naturelles et dépourvus, pensions-nous, de populations autochtones qui les utilisaient.Le fait que les pays d\u2019où sont tirées les ressources qui ont alimenté les économies des pays riches soient restés pauvres est à l\u2019origine des inégalités actuelles.Bref, nous sommes émus par le sort des réfugiés et des migrants qui traversent les frontières depuis quelques années maintenant, mais l\u2019idée de les recevoir chez nous \u2014 dans nos sociétés développées \u2014 ne passe pas facilement la rampe, surtout lorsqu\u2019il est question de reconnaître qu\u2019un grand nombre de ces personnes déplacées le sont par la force.Nous sommes émus par les inégalités et par les images de la pauvreté qui sont transmises constamment par les médias, mais l\u2019idée de faire des gestes afin de réduire les sources de ces inégalités et de cette pauvreté ne résiste pas à l\u2019épreuve de la réalité puisqu\u2019il s\u2019agirait d\u2019atteintes aux fondements de notre système économique et social.Au contraire, nous cherchons les moyens d\u2019attirer chez nous les meilleures ressources humaines d\u2019autres pays, question de compenser en partie la chute de la croissance démographique qui affecte nos sociétés.Ce faisant, nous ne nous posons jamais la question suivante : quelle est la taille optimale de notre population ?L\u2019impératif économique implique une croissance illimitée de la population et des capacités de production.Les perturbations chez nous Nous faisons face à des défis dans notre quotidien sans être véritablement préoccupés par les défis qui se cachent derrière eux.Nous ne voyons pas « l\u2019éléphant dans la pièce », éléphant dont la grosseur est fonction de l\u2019ampleur des perturbations sociales actuelles dans les pays pauvres, du nombre considérable de migrants potentiels ou de l\u2019impact de nos politiques de sélection des travailleurs immigrants.La situation risque d\u2019entraîner des perturbations sociales chez nous, à un point tel que les récents problèmes associés aux migrants et aux réfugiés, ou encore les pénuries de main-d\u2019œuvre, apparaîtront comme de la petite bière.L\u2019enjeu n\u2019est pas de trouver des pays d\u2019accueil pour ces personnes, mais d\u2019intervenir en amont pour atténuer les inégalités mondiales qui expliquent, du moins, en bonne partie, les déplacements.Liu n\u2019aborde pas cet enjeu de front, tellement il apparaît évident, peut-on présumer, tandis que les solutions, elles, sont difficiles à concevoir.La croissance démographique, « l\u2019éléphant dans la pièce » N O O M A N E R A B O U D I Professeur adjoint à l\u2019École d\u2019études politiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa e 6 mai dernier, les Tunisiens ont organisé leurs premières élections municipales démocratiques.La couverture médiatique internationale s\u2019est arrêtée au faible taux de participation et à l\u2019abstention des jeunes.Aussi vraies qu\u2019elles soient, ces deux réalités ne doivent pas être l\u2019arbre qui cache la forêt.Elles ne doivent pas minimiser la valeur du nouvel exploit que la deuxième République tunisienne vient de réussir.Sans égard à la nature et aux significations des résultats, il est indéniable que le succès de l\u2019organisation des élections municipales, toujours sous la supervision d\u2019une instance indépendante des deux pouvoirs exécutif et législatif, est en soi une nouvelle étape dans la consolidation du processus démocratique en Tunisie.Maturité politique Sur le plan politique, le faible taux de participation et l\u2019abstention des jeunes sont certes un signe du désenchantement des Tunisiens envers une transition qui jusqu\u2019à maintenant n\u2019a pas répondu à leurs attentes économiques et sociales.Combiné à la percée remarquable des listes indépendantes, il peut être interprété aussi comme un message de sommation à destination de l\u2019élite politique, particulièrement aux deux partis de droite au pouvoir que sont les conser vateurs religieux d\u2019Ennahda et les conservateurs économiques (malgré leur libéralisme politique) de Nidha Tounis.Ce cri de sommation est manifestement un signe de maturité politique dans une société qui commence à peine à s\u2019habituer à la pratique et au comportement démocratiques.Ce constat se confirme par la percée des indépendants, qui ont réussi à rafler 33 % des sièges des 350 conseils municipaux.38% de jeunes et 48% de femmes En plus d\u2019avoir permis aux indépendants de participer librement au scrutin et de changer les modalités de la polarisation politique du pays, le nouveau mode de scrutin adopté pour les municipales a provoqué une petite révolution.Non seulement a-t-il permis de rajeunir l\u2019élite gouvernante des administrations locales, puisque 38 % des membres des conseils municipaux ont moins de 35 ans, mais il a aussi ouvert aux femmes presque la moitié des sièges, 48 % d\u2019entre eux exactement.Un véritable tremblement de terre politico-institutionnel dans une société patriarcale et à l\u2019intérieur d\u2019une culture (selon les régions) très conservatrice.Le nouveau code électoral municipal n\u2019a pas oublié de protéger le droit des personnes handicapées et à besoins spéciaux de participer à la gestion des affaires publiques locales.Toutes les listes qui se présentent à toute élection locale sont obligées par la loi d\u2019avoir au moins une personne de cette catégorie sociale vulnérable.Les élections municipales du 6 mai en Tunisie ont débouché à cet égard sur un résultat qui n\u2019est pas peu éloquent : 144 membres des conseils municipaux démocratiquement élus seront des personnes handicapées ou à besoins spéciaux, dont 15 étaient des têtes de liste.Démocratie participative au niveau local Quelques jours avant l\u2019organisation du scrutin municipal, le Parlement tunisien a fini la rédaction et l\u2019adoption du code des collectivités locales.Ce code a été rédigé dans le même esprit progressiste que celui de la Constitution de janvier 2014.C\u2019est une véritable révolution institutionnelle et administrative dans une société traditionnellement très hiérarchisée où le pouvoir fut pendant des siècles une prérogative du centre.Il s\u2019agit d\u2019un outil de décentralisation et de démocratie par ticipative qui permet aux citoyens et à la société civile tunisienne de participer directement à la gouvernance de leurs localités, les autorisant même à exiger des référendums sur les décisions à prendre pour gérer leurs affaires.Les Tunisiens ont incontestablement le droit d\u2019être fiers de ce qu\u2019ils ont accompli en si peu de temps et avec une étouffante crise économique.Depuis sept ans, et après avoir chassé courageusement du pouvoir un des régimes les plus odieux des temps modernes, celui de Ben Ali, ils n\u2019ont cessé de résoudre leurs différends politiques par le dialogue et de régler leurs conflits par les urnes dans une région où les litiges se règlent souvent par les armes et dans un environnement régional et géopolitique qui, à l\u2019exception de l\u2019Algérie qui a toujours soutenu la Tunisie, est ouvertement hostile à leur expérience démocratique.Une vraie maturation démocratique en Tunisie J L HASSENE DRIDI ASSOCIATED PRESS Le succès de l\u2019organisation des élections municipales en Tunisie est une nouvelle étape dans la consolidation du processus démocratique du pays. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 LE DEVOIR DE PHILO B 10 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à par tir des thèses d\u2019un penseur marquant.V A L É R I E C A Y O U E T T E - G U I L L O T E A U Professeure de philosophie au Cégep de Limoilou Que ce soit par le mouvement #MeToo, la té- lésérie Unité 9 ou l\u2019ar resta- tion récente d\u2019élèves relativement au partage de photos à caractère sexuel, une problématique s\u2019est récemment imposée à nous : les rapports de pouvoir multiples qui s\u2019exercent sur le corps des femmes.Nous apprenions d\u2019ailleurs que les études féministes universitaires gagnaient de plus en plus en popularité, même chez les étudiants masculins (Le Devoir , 3 mai 2018).Celles-ci, connues plus largement sous le terme « Études queer et de genre », sont largement inspirées de la théoricienne Gayle Rubin.Dans son ar ticle « Marché aux femmes » datant de 1975, Gayle Rubin, née en 1949, est une des premières à employer le terme « genre » comme construction sociale pour le distinguer de celui de «sexe», qui fait davantage référence aux données biologiques.Reprenant des idées de Lévi- Strauss, Marx et Engels, elle y af firme que les principales causes de l\u2019oppression des femmes sont à chercher dans le système de parenté (structure des familles, mariage, etc.) et la division genrée du travail.Faisant écho à Simone de Beauvoir, elle réaffirme que la domination masculine est une construction sociale et non un phénomène naturel.Elle en appelle à une « révolution de la parenté» qui ne peut que nous faire penser aux récentes revendications féministes sur la charge mentale, les congés parentaux, la reconnaissance du travail invisible, etc.Puis, en 1984, dans Penser le sexe, elle invite à réfléchir sur l\u2019oppression des minorités sexuel les et je t te les bases d\u2019une « théorie radicale de la sexualité ».Publié en français dans le recueil Surveiller et jouir, anthropologie politique du sexe (en référence à l \u2019ouvrage de Michel Foucault Surveiller et punir), elle af firme que les institutions religieuses, politiques et juridiques ainsi que les sciences comme la médecine et la psychiatrie ont participé à la répression de la diversité sexuelle en fixant les limites de ce qui est normal ou anormal.« Le domaine de la sexualité définit des interactions politiques, des formes d\u2019inégalité et d\u2019oppression qui lui sont propres.Comme c\u2019est le cas pour les autres aspects du compor tement humain, les formes institutionnelles concrètes qui régissent la sexualité, en n\u2019importe quel l ieu et à n\u2019 impor te quelle époque, sont des produits de l\u2019agir humain.Elles sont traversées par des conflits d\u2019intérêts et des manœuvres politiques, tant délibérés qu\u2019accidentels.En ce sens, le sexe est toujours politique.[\u2026] », écrit-elle.L\u2019automne dernier, le cours complémentaire de philosophie du Cégep Limoilou intitulé « Sexes et pouvoir » fut au cœur de cette réflexion.En effet, ce qui devait être un exercice banal devient subitement très concret.Il était demandé d\u2019analyser la campagne publicitaire d\u2019un bar environnant.On pouvait y voir de jeunes écolières sexy, bouteil les d\u2019alcool for t en main, invitant à une soirée intitulée Back to School.La direction du Cégep reçut une plainte et l\u2019enseignante fut mise en demeure de renoncer à l\u2019activité pédagogique.La discussion en classe fut riche et instructive.Elle tourna principalement autour de trois axes : le phénomène sociétal de l\u2019hypersexualisation, la liberté d\u2019expression artistique et l\u2019éthique publicitaire.L\u2019hypersexualisation Ce terme réfère au fait de donner un caractère sexuel à un comportement ou à un produit qui n\u2019en a pas en soi.Par exemple, un bar de strip-tease qui fait la promotion de ses activités avec des références sexuelles explicites ne fait pas d\u2019hypersexualisation, car ses activités sont de facto sexuelles.Par contre, une compagnie de gomme à mâcher produisant des publicités à connotation sexuelle participe à une hypersexualisation de la société, car il n\u2019y a pas de liens directs entre leurs produits et la sexualité.« Mais l\u2019hypersexualisation est partout de nos jours ! » objecta un étudiant.En ef fet, car faire croire à une personne qu\u2019elle aura plus de pouvoir d\u2019attraction sexuelle est un bon argument de vente.« Est-ce si grave ?» se questionna une autre.Pour répondre à cette question, nous devons recourir à des études en psychologie et en sociologie.L\u2019une d\u2019elles, publiée en 2009 par Lucie Poirier et Joane Gagnon, montre un lien entre l\u2019hyper- sexualisation sociétale et la violence faite aux femmes.« En ef fet, un nombre grandissant de magazines, vidéos, calendriers, jouets, vedettes de la chanson, sites Internet pornographiques et publicités de toutes sor tes accentuent quotidiennement le message que le corps des filles et des femmes peut être utilisé, exploité, vendu, agressé.» De plus, cela contribuerait à une sexualisation plus précoce et imposerait des stéréotypes sexuels réducteurs et asservissants, comme nous pouvons le lire dans l\u2019excellent ouvrage de Lili Boisvert Le principe du Cumshot, le désir des femmes sous l\u2019emprise des clichés sexuels.La liberté d\u2019expression artistique Mais ces photos sont-elles avant tout esthétiques et les artistes n\u2019ont-ils pas droit à la liberté d\u2019expression ?Sur ce point, les qualités esthétiques de la publicité étaient incontestables.Comme l\u2019une des femmes présentes sur cette publicité nous l\u2019indiquait : les poses adoptées évoquaient l\u2019esprit vintage de la pin-up américaine.Celle-ci n\u2019était-elle pas un modèle d\u2019émancipation de la femme ?Le mouvement néoburlesque actuel nous interpelle aussi : les femmes y participant affirment se réap- proprier leurs corps.Par contre, la publicité analysée ne présentait pas des femmes matures et libérées, mais de jeunes filles sexy en uniformes d\u2019école secondaire.Cela relève plutôt de l\u2019industrie pornographique.Et qu\u2019en est-il de la liberté d\u2019expression?Bien qu\u2019elle soit protégée par les chartes des droits, elle connaît certaines limites.La diffamation peut être punissable.Les appels à la haine ou les menaces sont illégaux.Il existe aussi des balises visant à assurer l\u2019ordre public ou à protéger la santé de la population.À cet égard, les batailles de l\u2019industrie du tabac pour défendre leurs publicités sont célèbres.Mais leur combat fut en grande partie perdu: l\u2019intérêt de la santé publique a prévalu.Dans la même optique, le Québec s\u2019est doté d\u2019une loi sur la publicité des boissons alcooliques qui limite la liberté d\u2019expression des entreprises.Il est ainsi interdit de faire une publicité qui présente la consommation d\u2019alcool comme un facteur de valorisation, qui a recours à des mineurs ou qui fait allusion à un personnage fictif ou réel associé aux mineurs.De plus, afin de démontrer sa volonté de prendre ses responsabilités sociales au sérieux, l\u2019industrie des boissons alcooliques s\u2019est dotée d\u2019un code d\u2019éthique.Il énonce que « la communication et l\u2019emballage ne doivent en aucune manière être sexistes [\u2026] » ou « contenir des images de personnes qui sont ou qui ont l\u2019air d\u2019être âgées de moins de 25 ans [\u2026 ]».Le bar en cause a d\u2019ailleurs reçu un blâme du Conseil d\u2019éthique de l\u2019industrie québécoise des boissons alcooliques.Cette loi est-elle trop restrictive et l\u2019atteinte à la liber té d\u2019expression, trop importante ?Ce type de questions déchire les féministes.Pour sa part, Gayle Rubin affirmerait sans doute qu\u2019il s\u2019agit effectivement d\u2019une forme de censure.Elle n\u2019aurait pas voulu que la professeure retire son activité, encore moins que des poursuites judiciaires soient entreprises contre elle.Mais elle aurait sans doute soutenu que la dénonciation de cette publicité relève d\u2019un conservatisme peu productif qui n\u2019aide pas la cause des femmes et celle des minorités sexuelles.Transformation radicale À propos de la pornographie et de la prostitution, Gayle Rubin reconnaît qu\u2019historiquement, ces industries ont été des lieux de domination masculine et hétéro- sexiste.Par contre, pourquoi vouloir l\u2019abolition de ces industries plutôt que d\u2019y voir la possibilité pour les femmes d\u2019y prendre leur place de façon libre et égalitaire ?Ainsi, elle n\u2019en appelle pas à l\u2019interdiction de la pornographie et au retour de la censure.Elle croit plutôt à la transformation radicale de la pornographie en vue de la réappropriation du pouvoir des femmes sur leurs corps.« Puisque la sexualité est un point central de la relation entre les genres, une bonne part de l\u2019oppression vécue par les femmes est exprimée et constituée par la sexualité.[\u2026] L\u2019industrie du sexe est loin d\u2019être un paradis féministe.Elle y reflète le sexisme qui est à l\u2019œuvre dans la société en général.Il nous faut analyser les manifestations de l\u2019inégalité entre les genres propres à l\u2019industrie du sexe et nous y opposer.Mais cela ne signifie pas qu\u2019il faille supprimer le sexe commercial», écrit-elle dans Surveiller et jouir.A contrario , on pourrait aussi af firmer que les restrictions visant la publicité sont justifiées puisque nous bénéficions collectivement d\u2019un système de coopération qui assume les coûts reliés à la santé publique et impose de ce fait même des responsabilités sociales importantes.Que l\u2019on puisse ou non parler d\u2019une véritable « culture du viol », il n\u2019en demeure pas moins que les faits sont là : le corps des femmes est encore et toujours utilisé par des instances dominantes.Si l\u2019on veut vivre dans une société véritablement égalitaire et libérée des violences sexuelles, il faut la réformer, car comme l\u2019affirme Gayle Rubin : « Le sexe est toujours politique.» ?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@le- devoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo Le corps des femmes soumis à des rapports de domination Rejetant la censure, l\u2019anthropologue féministe Gayle Rubin prône une réappropriation de la pornographie par les femmes TIFFET Dans son article « Marché aux femmes » datant de 1975, Gayle Rubin est une des premières à employer le terme «genre» comme construction sociale pour le distinguer de celui de « sexe», qui fait davantage référence aux données biologiques.Elle af firme que les principales causes de l\u2019oppression des femmes sont à chercher dans le système de parenté et la division genrée du travail.JASMINE GUILLOTEAU L\u2019auteure est professeure au Cégep de Limoilou.Gayle Rubin affirme que les institutions religieuses, politiques et juridiques ainsi que les sciences comme la médecine et la psychiatrie ont participé à la répression de la diversité sexuelle en fixant les limites de ce qui est normal ou anormal L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 M A I 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S B 11 PRESTIGE CHARME & 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com T 514 789 2889 realta.ca EN VEDETTE SUR RENDEZ-VOUS À LOUER Ville Marie | 3982 Côte-des-Neiges app.A53 529 000 $ Ville Marie | 1001 Mount-Royal app.1106 395 000 $ Vieux Montréal | 370 St-André app.603 349 000 $ Pointe-aux-Trembles | 1338 28e Avenue 339 000 $ L\u2019Assomption | 690 Point-du-Jour 289 000 $ Saint-Sulpice | 731-731A Bord-de-l\u2019Eau 545 000 $ Lac Brome | 123 Baie de Rock Island 979 000 $ Côte-St-Luc | 6803 Heywood app.303 549 000 $ Outremont | 1190 Van Horne 2500 $ / MOIS Outremont | 828 Querbes app.207 1850 $ / MOIS Outremont | 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