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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-06-09, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Normal, pas banal et complètement Eddy de Pretto Lire La littérature radicale d\u2019Édouard Louis Vivre Redécouvrir Paris à travers les yeux d\u2019une enfant L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Francos de Montréal Normal, pas banal et complètement Eddy de Pretto.Cinéma Odile Tremblay Les flâneurs Musique Arts visuels Fringe de Montréal Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 12 5 7 18 22 35 14 4 28 30 24 42 44 46 48 50 51 53 Entrevue Dans son troisième roman, Édouard Louis poursuit son exploration de la violence.Indispensables pour l\u2019été Louis Hamelin Polar Critiques Louis Cornellier Voyage Virée père-fille à Paris pour voir la Ville lumière autrement.Escapade Alimentation Restaurant Vin Jardins Santé SOMMAIRE 30 31 33 C U L T U R E Photo de la une du D : Joël Saget Agence France-Presse Illustration de la une Lire : Agence France-Presse ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR n beau soleil intérieur a en son centre une héroïne : Isabelle.Or, ce qui frappe au bout d\u2019un assez court moment dans le film, c\u2019est combien ce sont les hommes qui y parlent.D\u2019abord d\u2019eux-mêmes, longuement.Puis d\u2019Isabelle, décrivant qui elle est, ce qu\u2019elle devrait faire, et comment\u2026 Mais ils ne lui parlent pas à elle, pas vraiment.De telles scènes reviennent, comme un leitmotiv, exacerbant l\u2019impression d\u2019isolement qui se dégage d\u2019Isabelle, une peintre qui cherche à sortir de sa solitude amoureuse.Souvent, la cinéaste Claire Denis (J\u2019ai pas sommeil, Vendredi soir , White material) filme ces hommes à une distance relative, dans un premier temps, tout en captant l\u2019écoute et les réactions d\u2019Isabelle (Juliette Bi- noche) en gros plan : on chemine avec elle.«Ces passages sont davantage des monologues, oui.Il n\u2019y a pas de réel dialogue », explique la cinéaste Claire Denis, jointe à Londres, où elle termine le mixage sonore de son prochain film, High Life, son premier en anglais.Et de poursuivre : «Est-ce que c\u2019est comme ça, ou est-ce que ça illustre la perception d\u2019Isabelle, qui ne trouve pas l\u2019homme avec qui elle pourrait entrer en dialogue ?Ils existent tous, et elle aussi par conséquent, dans un monologue.» D\u2019après Roland Barthes Pas étonnant puisqu\u2019à l\u2019origine du film se trouve un des ouvrages phares de Roland Bar thes : Fragments d\u2019un discours amoureux.Une inspiration plus qu\u2019une source adaptée, on le précise, où l\u2019on peut lire entre autres idées incarnées dans le film : « L\u2019amoureux ne cesse en effet de courir dans sa tête, d\u2019entreprendre de nouvelles démarches et d\u2019intriguer contre lui-même.» L\u2019amoureuse, en l\u2019occurrence, qu\u2019est Isabelle, ne fait que cela dans le film : suranalyser, multiplier les initiatives et se court-circuiter elle-même.« Pour ce film, je savais que je voulais collaborer avec Christine Angot , parce que son écr i ture m\u2019émeut et parce qu\u2019elle possède\u2026 cette capacité d\u2019aborder le dialogue amoureux comme dans les Fragments, mais en le rendant plus spécifique à cette femme », note Claire Denis au sujet de l\u2019auteure de L\u2019inceste, Les désaxés ou encore Rendezvous, connue aussi comme chroniqueuse polémiste à l\u2019émission On n\u2019est pas couché.Verbe et paradoxe Ensemble, les coscénaristes opèrent un détournement, ou peut-être une critique, d\u2019un concept clé énoncé en ouverture de l\u2019essai où Barthes évoque une « place de parole » en précisant qu\u2019il s\u2019agit de la « place de quelqu\u2019un qui parle en lui-même, amoureusement face à l\u2019autre (l\u2019objet aimé), qui ne parle pas».Le film, lui, s\u2019intéresse au contraire à « l\u2019objet » prétendument « aimé » par celui qui parle : c\u2019est Isabelle, que cette cacophonie de l\u2019incommunicabilité renvoie à un silence intérieur assourdissant.Isabelle, qui tente vaille que vaille de faire briller, en elle encore, le soleil du titre.Ce faisant, Claire Denis met en place un intéressant paradoxe.En cela que ce plus récent long métrage est, dans son essence même, très parlé, au sein d\u2019une filmographie qui s\u2019est jusqu\u2019ici beaucoup caractérisée par ses silences.Mais voilà : le résultat est identique, d\u2019où le paradoxe.Jamais autant de mots n\u2019ont-ils traversé un des films de Claire Denis, et pourtant ces mots produisent le même effet que le silence.« Ce qui me fait peur dans les dialogues, c\u2019est qu\u2019on a parfois l\u2019impression qu\u2019ils ne sont là que pour expliquer ce qu\u2019on pourrait ne pas comprendre dans le film, alors que là, avec Christine, il y avait ce travail sur les mots qui, comme on dit en français, reviennent à parler pour ne rien dire.Parler pour ne rien dire, ou dire toujours la même chose.» Ou « tourner en rond », comme l\u2019exprime Isabelle en rentrant d\u2019une soirée lourde avec un acteur qui n\u2019a rien trouvé de mieux pour essayer de la séduire que de lui infliger, ad nauseam, ses doléances professionnelles, existentielles et matrimoniales, dans cet ordre, avec en sous-texte un peu subtil « on va chez toi ?».Émouvante Binoche Cette scène, Juliette Binoche la joue avec un mélange formidable de patience et d\u2019exaspération qui couve.La vedette de Trois couleurs.Bleu et Sils Maria livre dans Un beau soleil intérieur l \u2019une de ses performances les plus émouvantes, les plus riches.« Nous nous connaissions et je l\u2019aime beaucoup, mais nous n\u2019avions encore jamais eu l\u2019occasion d\u2019une Solitude amoureuse La cinéaste Claire Denis revient sur sa collaboration avec Christine Angot et Juliette Binoche sur Un beau soleil intérieur U Ce qui me fait peur dans les dialogues, c\u2019est qu\u2019on a parfois l\u2019impression qu\u2019ils ne sont là que pour expliquer ce qu\u2019on pourrait ne pas comprendre dans le film, alors que là, avec Christine [Angot], il y avait ce travail sur les mots qui, comme on dit en français, reviennent à parler pour ne rien dire CLAIRE DENIS » | 3 C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 rencontre professionnelle.Comme nous avons le même agent, elle a lu une première mouture du scénario et m\u2019a dit tout de suite : \u201cÉcoute, Claire, ce coup-là, c\u2019est moi.\u201d Et j\u2019ai dit : \u201cMais oui.\u201d Juliette est devenue Isabelle sur-le-champ, dans mon esprit.Jusque-là, je ne voyais dans le personnage que Christine et moi.» Il résulte de la rencontre des trois femmes une chronique intime où certaines situations pourraient être comiques si elles n\u2019étaient pas si bouleversantes, voire tragiques.Car ces monologues qui s\u2019entrechoquent sans que s\u2019ouvre un canal de communication rendent la solitude, et la quête amoureuse de la protagoniste, encore plus poignante.Un « vrai amour » Pour le compte, ce film, la cinéaste l\u2019a longtemps envisagé comme ses précédents.« Ce n\u2019est qu\u2019après que j\u2019ai pris la mesure de tous ces mots.Pendant le tournage, j\u2019avais l\u2019impression de les filmer comme des paysages ; de l\u2019air que respiraient les personnages\u2026 Du coup, je n\u2019avais pas l\u2019impression de filmer de la signification, mais plutôt de capter la fragilité du personnage, d\u2019Isabelle.» Isabelle qui attend ce qu\u2019elle appelle le «vrai amour».« Elle attend tellement désespérément que ça fait mal.Ce n\u2019est pas le \u201cgrand amour\u201d qu\u2019elle cherche, car ça, c\u2019est impossible : on le sait, au fond.Mais le \u201cvrai amour\u201d, Isabelle le croit possible, sauf que ça aussi, c\u2019est impossible, cet absolu-là.Il y a des moments dif ficiles, de violence psychologique, que j\u2019ai voulu suggérer par la mise en scène, par les choix de composition, de mouvements de la caméra\u2026 » Le thème de la solitude est récurrent dans l\u2019œuvre de Claire Denis.« J\u2019ai du mal à me voir comme je suis\u2026 Mais peut-être que je ressens ça.Cette solitude », confie la cinéaste qui se tait, pensive.Nuances de solitude On la r e lance en ment ionnant 35 rhums, avec ce père qui vit dans la solitude anticipée à l\u2019approche du départ inévitable de sa fille, dont il est très proche\u2026 « Il y a dans la solitude du père de ce film un choix moral : il faut que je laisse par tir ma fi l le afin qu\u2019elle s\u2019épanouisse.Alors que la solitude d\u2019une femme comme Isabelle, d\u2019une femme comme moi, c\u2019est une solitude voulue, décidée, parce que notre vie est à nous.La solitude des femmes d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas la même que celle que les femmes subissaient autrefois.J\u2019ai ma vie, mon travail, etc.Dans le temps, la v ie de la femme étai t dans la famille, au foyer\u2026 » Du confinement naissait l\u2019isolement.« Et donc aujourd\u2019hui, cette solitude des femmes a beau être voulue et choisie, afin d\u2019être libres\u2026 Ça n\u2019empêche pas qu\u2019elle peut être dure.» Un beau soleil intérieur prend l\u2019affiche le 15 juin.La cinéaste Claire Denis et l\u2019actrice Juliette Binoche ont présenté Un beau soleil intérieur au Festival du film francophone d\u2019Angoulême en août dernier.C\u2019est la première fois que les deux artistes tournaient ensemble.YOHAN BONNET AGENCE FRANCE-PRESSE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 4 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR l a fait ses débuts comme humoriste dans sa Belgique natale, mais depuis plus d\u2019une décennie, son visage de monsieur Tout-le-Monde \u2014 avec un grain \u2014 s\u2019est imposé au cinéma français, où il a multiplié les rôles phares ces dernières années.Ses personnages de pères ser vis à toutes les sauces, dans le poignant Suzanne de Katell Quillévéré, l\u2019amusante Famille Bélier d\u2019Éric Lar tigau (immense succès populaire) ou le dramatique Les cowboys de Thomas Bi- degain, ont fait de François Damiens un acteur à la fois incontournable et difficile à bien cerner.L\u2019interprète vient de passer de l\u2019autre côté de la caméra en tournant Mon ket («mon fils» en bruxellois) avec caméra cachée, dans lequel il joue\u2026 un père mal embouché pour un film qui vient de prendre l\u2019affiche en France.On l\u2019a rencontré à Paris pour son rôle de fils (une fois n\u2019est pas coutume) dans Ôtez-moi d\u2019un doute de Carine Tardieu, comédie sur la filiation dans laquelle il tient la vedette aux côtés de sa compatriote Cécile de France.Le film atterrira chez nous en salle vendredi prochain.Damiens incarne un démineur breton (inspiré d\u2019un personnage réel) qui découvre que son père biologique n\u2019est pas celui qui l\u2019a élevé.Et de partir à la découverte du géniteur auquel il s\u2019attache et qu\u2019il fréquente à l\u2019insu du père adoptif, en découvrant l\u2019amour en cours de route.Le tout sur François Damiens de père en fils Dans Ôtez-moi d\u2019un doute, l\u2019acteur cultive le goût du rire avec un côté sombre C\u2019est la première fois que François Damiens partageait l\u2019écran avec Cécile de France.« C\u2019était très coulant, très facile, très naturel.On a toujours l\u2019impression qu\u2019elle ne joue pas.» SND FILMS I | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Sous la voix de Marie La pièce est le one woman show de la plus célèbre mère du monde, madone en son âge mûr.The Testament of Mary, de l\u2019Irlandais Colm Toibin, fut tiré en partie de sa novella du même titre en lice pour le Booker Prize 2012.Mais, c\u2019est bien pour dire, sa Marie n\u2019a rien de la figure aux teintes pastel léguée par l\u2019Église pour l\u2019édification de ses fidèles : charge émotive, sursauts d\u2019humour, révolte, amertume aussi.Tiens donc ! Sacrilège ?Ça dépend pour qui.Point de vue original sur une femme habituellement muette.Créée d\u2019abord à Dublin, cette pièce avait été jouée à Broadway en 2013, avec Fiona Shaw, mais de fervents croyants s\u2019étaient insurgés, entraînant la clôture du spectacle après deux semaines de roulement.«Tout catholique et Américain craignant Dieu est perturbé par une insensibilité aussi flagrante envers Dieu et sa Sainte Mère», publiait le site America Needs Fatima, pétition à l\u2019appui.De quoi rappeler les remous soulevés par des conservateurs religieux américains et français 30 ans plus tôt à la sortie de La dernière tentation du Christ de Scorsese, tiré du roman de Kazantzakis.Le film avait osé témoigner de l\u2019humanité du Messie en lui prêtant doutes et désirs.Mal lui en prit.Après la houle new-yorkaise, The Testament of Mary fut repris, de son côté, sans casse dans plusieurs villes américaines, à Londres, puis à Paris au Théâtre de l\u2019Odéon en mai 2017, sous lecture de Dominique Blanc.Bel accueil en plus.Marie-José Raymond m\u2019a fait parvenir Le testament de Marie dans une nouvelle traduction française de Claude Fournier.Le duo, qui codirige le projet Éléphant, avait vu la pièce sur Broadway, ému, emballé, prenant avec le producteur François Flamand une option pour la traduire.Elle existe au- jourd\u2019hui en une trentaine de langues.Le 17 juin à 16h, Marie Tifo fera lecture du Testament de Marie, accompagnée par l\u2019orgue-harmonium, à l\u2019église anglicane de Saint-Paul-d\u2019Abbotsford, en Montérégie, temple que le couple Raymond\u2013Fournier a fait classer et dont il soutient la restauration avec l\u2019appui d\u2019un OSBL.Ce texte, vibrant davantage que subversif, avec anachronismes et libertés multiples par rapport aux sources canoniques, est livré par la voix de Marie en exil, traquée par deux évangélistes.Ces derniers, avant de livrer des récits hagiographiques de la vie du Christ, sont en un ton de comédie, avec chassés-croisés, quiproquos et autres procédés plus courants à la scène qu\u2019au cinéma.« Le film possède des ressorts du théâtre de boulevard, et je me suis demandé au début si on allait y croire, confesse François Damiens, mais Carine Tardieu sait y faire et ses indications sont très précises.Elle met la caméra à des endroits inusités, adopte un point de vue original, montrant l\u2019avant et l\u2019après des situations.Avec elle, les à-côtés sont plus révélateurs que l\u2019histoire proprement dite.N\u2019empêche que le grand défi du film était de rendre crédibles des situations a priori abracadabrantes.Quel couple se rencontre en écrasant sur la route un sanglier?» Son personnage le séduisait par ses côtés touchants et durs à la fois.« Il permet aussi de soulever des questions sur les rapports de paternité.Son père n\u2019est pas celui qu\u2019il croyait et il trouve le tour de naviguer à vue dans ces eaux-là, même avec les surprises du parcours.Oui, on peut entraîner le spectateur au-delà du rire.Impossible à mes yeux d\u2019imaginer de comédie sans côtés sombres.» La touche belge Pour la première fois, François Da- miens partageait l\u2019écran avec Cécile de France.«C\u2019était très coulant, très facile, très naturel.On a toujours l\u2019impression qu\u2019elle ne joue pas.» Tous deux font partie d\u2019un vivier d\u2019acteurs belges, y compris Benoît Poelvoorde, que la France a adoptés comme enfants de la maison.«Un humour national d\u2019absurdité nous procure un certain décalage.On est pris dans toutes sortes de gymnastiques mentales qui ont leur charme, semble-t-il.» Ça lui plaît de tourner en province (ici à Vannes, dans le Morbihan, région où il possède une maison) à cause du côté troupe qui lui rappelle celles du théâtre.« On vit en roulotte.On devient une famille.À Paris, chacun retrouve son monde le soir en se coupant du tournage, alors que des échanges naissent sur ces plateaux en circuits fermés.» L\u2019acteur aime passer du drame à la comédie, ou se poser sur une comédie dramatique comme Ôtez-moi d\u2019un doute.Exceptionnel en figure vengeresse purement dramatique dans Les cowboys, il voudrait travailler encore avec le cinéaste Thomas Bidegain, quoique dans le registre de la comédie, où il se sent davantage en terrain connu.Tout au début de sa carrière, François Damiens avait commencé par les caméras cachées, comme animateur piégeant les gens filmés à leur insu.En Belgique, il avait créé en 2000 le personnage de François l\u2019Embrouille, as des canulars, mais sa célébrité chez lui finit par l\u2019empêcher de se déguiser sans être reconnu et il devint acteur.Ça lui a donné l\u2019envie d\u2019utiliser ce procédé de la caméra cachée dans son premier long métrage comme cinéaste, Mon ket, en se transformant physiquement.«Il s\u2019agit d\u2019un film de montage, explique-t-il, où le père sort de prison pour retrouver son fils et croise toutes sortes de gens.C\u2019est aussi, je crois, une sorte d\u2019état du monde.» Cet entretien a été effectué à Paris dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance.Le film possède des ressorts du théâtre de boulevard, et je me suis demandé au début si on allait y croire, mais Carine Tardieu sait y faire et ses indications sont très précises FRANÇOIS DAMIENS » ODILE TREMBLAY quête d\u2019anecdotes piquantes mais conformes à leur vision des faits.« Ils s\u2019imaginent que je ne vois pas leur agacement quand je leur sors une bêtise ou une banalité.Je me souviens de tout.Absolument tout», assure le personnage, doté d\u2019une étonnante force de caractère.Voilà qui revêt, en notre ère de #MoiAussi, toute une charge symbolique\u2026 L\u2019icône égratignée De fait, Marie, en plus de n\u2019avoir pas connu, assure l\u2019Église, les plaisirs de la chair, était demeurée jusque-là réduite à quelques réparties sans sel.Bénie soit entre toutes les femmes celle qui n\u2019a jamais ni péché, ni pensé, ni parlé\u2026 Cette vierge éternellement jeune et belle, figurée jusqu\u2019à plus soif enceinte, maman au poupon ou Pietà éplorée, aura inspiré les plus grands artistes au fil des siècles.Les maîtres du pinceau et de la taille du marbre nourrirent le mythe de la madone irréprochable, à opposer aux femmes impures fourmillant ici-bas.Raphaël, Leonard de Vinci, Michel- Ange, Botticelli, Brueghel l\u2019Ancien, Dürer, Le Titien, Rembrandt, El Greco et consorts lui auront tiré le portrait, sur visage souvent mièvre sous l\u2019auréole, avec ou sans séraphins voletant en arrière-plan.Les plus sublimes musiques épousèrent l\u2019Ave Maria à sa gloire.Muse des muses, plus inspirante à force de transparence.Et si elle s\u2019ouvrait la trappe, pour ainsi dire\u2026 «Je ne me suis moqué de personne, précisait l\u2019an dernier Colm Toibin sur les ondes de France 23.La Marie du Nouveau Testament ne parle pas.J\u2019explorais l\u2019idée qu\u2019elle s\u2019exprime à 80 ans, pour une seule fois.» L\u2019auteur irlandais l\u2019a fait pester contre la résurrection de Lazare, devenu une sorte de zombie au sortir du tombeau.Elle tente d\u2019arracher Jésus aux noces de Cana, mais le trouve avec elle plus distant que les étoiles.Et d\u2019associer les disciples à une bande de désaxés, entraînant son fils loin des siens.«Je veux revivre le temps où rien de ce qui nous est arrivé ne devait arriver.Rien.Pas de miracles, pas de voyages en pleine nuit, pas de fuite dans des refuges, pas ce que je dois affronter maintenant», lance-t-elle, en évoquant son périple vers sa crucifixion.«Oui, j\u2019ai été là presque jusqu\u2019au bout.Je me suis enfuie avant la fin, mais s\u2019il vous faut vraiment des témoins, j\u2019en suis un, et laissez-moi vous dire, quand vous répétez qu\u2019il a racheté le monde, laissez-moi vous dire que ça ne valait pas la peine\u2026 » Or cette humanité du personnage de Marie, nourrie d\u2019imagination comme le profil sous l\u2019auréole, la rend touchante soudain, et beaucoup plus réelle que son icône.À croire que le mythe de la perfection féminine est vraiment moins soluble en ces temps présents\u2026 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 6 | ANALYSE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR était, et de loin, la production le plus attendue cette an- née-là.Un film-événement comme seul Hollywood sait en faire.Ou plutôt, comme seuls une poignée de cinéastes savent en concevoir.Ce film, c\u2019était Le parc jurassique, et son maître d\u2019œuvre, Steven Spielberg.Des dinosaures au grand écran par le réalisateur des Dents de la mer?Fort d\u2019une campagne promotionnelle redoutable et d\u2019effets spéciaux novateurs, ce blockbuster sorti le 11 juin 1993 ramena Spielberg au sommet, en plus d\u2019engendrer une lucrative saga dont le plus récent opus paraît le 22 juin.En le revisitant 25 ans plus tard, on constate combien riche se révèle ce classique moderne sous sa divertissante surface.Campé dans un contexte contemporain, Le parc jurassique (Jurassic Park) relate comment, lors d\u2019une visite-test de son nouveau parc de dinosaures, un milliardaire met sans le vouloir en péril la vie de ses deux petits-enfants, d\u2019un couple de paléontologues, d\u2019un mathématicien, ainsi que celle des membres de sa propre équipe.C\u2019est que, sans surprise pour tout le monde sauf pour le richissime artisan de la catastrophe, les dinosaures ont trouvé le moyen de s\u2019échapper de leur vaste enclos insulaire.Science et imagination Des années après la sortie du film, Steven Spielberg parlait encore avec un enthousiasme débordant, pour la chaîne TCM, de la prémisse du roman de Michael Crichton (concepteur original de Westworld) qui se trouve à l\u2019origine du film.« J\u2019avais beau vouloir, je n\u2019avais jamais trouvé une manière plausible de ramener des dinosaures [au cinéma].Jusqu\u2019au jour où Michael Crichton est parvenu à élaborer une explication scientifique qui rendrait cela presque faisable.En substance, si un moustique avait piqué un dinosaure il y a 100 000 ans et qu\u2019il avait ensuite été figé dans de l\u2019ambre, qu\u2019il y avait été préservé, et qu\u2019on en ait par la suite extrait de l\u2019ADN de tyrannosaure, ne pourrions-nous pas recréer un tyrannosaure ?C\u2019était juste assez de science\u2026 Ça demeure pour moi l\u2019une des combinaisons les plus géniales de science et d\u2019imagination.» Le public et la majorité de la critique furent du même avis.Or, en 1993, Spielberg avait besoin des deux.De fait, ses deux films précédents, la romance surnaturelle Pour toujours (Always) et sa relecture personnelle de Peter Pan Capitaine Crochet (Hook), s\u2019étaient avérés de cuisants échecs, populaire pour le premier, et critique pour le second (que le réalisateur continue de ne pas aimer à ce jour).Une œuvre-somme Ceci expliquant sans doute cela, Le parc jurassique revêt des allures de valeur refuge pour le cinéaste, avec le recul.Car voici un récit qui réunit toutes les forces du cinéaste, qui offrait là une œuvre-somme, voire un best of.La science-f iction et le f i lm d\u2019aventure, ici fusionnés, étaient des genres auxquels il avait déjà donné deux fleurons, soit Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind) et Les aventuriers de l\u2019Arche perdue (Raiders of the Lost Ark).Point crucial : le terrifiant tyrannosaure bénéficiait du même dévoilement graduel que le requin dans Les dents de la mer.À cela s\u2019ajoutait la présence importante d\u2019un regard d\u2019enfant (Tim et Lex), focalisation récurrente dans Le parc jurassique, toujours le plus spielbergien des Spielberg Le classique moderne célèbre ses 25 ans alors que paraît une quatrième suite Fort d\u2019une campagne promotionnelle redoutable et d\u2019effets spéciaux novateurs, ce blockbuster sorti le 11 juin 1993 ramena le cinéaste Steven Spielberg au sommet.PHOTOS UNIVERSAL PICTURES C\u2019 | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L E S F L Â N E U RS Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine C\u2019est un des endroits les plus magiques de l\u2019été à Montréal, près du fleuve, à l\u2019ombre du pont Jacques- Cartier, avec du sable, des cabanes de plage, des jeux pour enfants, des terrains de pétanque, un bar, une cantine, un coin lecture, des animations originales à profusion et même une station astronomique.Le village Au Pied-du- Courant, coloré et communautaire, vient de rouvrir pour une 5e saison estivale, avec de nouveaux aménagements et installations des architectes, designers et artistes liés à La Pépinière, merveilleuse machine à fabriquer de l\u2019espace ludique et participatif.Les pieds presque dans l\u2019eau Entre les séjours, au XIXe siècle, du président des États-Unis William Howard Taft et l\u2019accueil des dirigeants du G7 à La Malbaie ce week-end, un riche passé de villégiature se dessine dans le décor charlevoisien.Les premiers vacanciers venaient y «prendre les eaux» et se ressourcer dans ce vaste bol d\u2019air pur.Le livre Charle- voix, une tradition d\u2019accueil, de François Tremblay, David Mendel et Judy Bross, véritable décharge de mémoire, dévoile, notamment par l\u2019architecture, quelques petits et grands secrets de cette région unique.Bons baisers de Charlevoix The Americans, magnifique série de la chaîne câblée FX qui entremêle le drame conjugal (et familial) et le suspense d\u2019espionnage, a pris fin le 30 mai.Cette histoire d\u2019amour, d\u2019amitiés et de trahisons autour d\u2019un couple d\u2019espions soviétiques (les formidable Keri Russell et Matthew Rhys) pleinement intégrés à la société américaine et très actifs professionnellement pendant l\u2019ère Reagan a été encensée par la critique, mais n\u2019a pas encore été récompensée à sa juste valeur (on lui souhaite quelques Emmys en septembre).Cette œuvre subtile et patiente déclinée en six saisons mérite amplement le détour.L\u2019amour, la patrie et le reste Je suis tombée en librairie sur La leçon de Rosalinde de Mustapha Fahmi, essai publié aux Éditions de La Peuplade.L\u2019auteur, grand shakespearien, enseigne la littérature anglaise à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Et ses réflexions inspirées, l\u2019étendue de ses références culturelles, la pénétration de son esprit mêlées à une simplicité de ton et à une éthique de vie m\u2019ont fait ronronner de bonheur.Il m\u2019a semblé investir au sens le plus noble du terme la profession d\u2019enseignant, comme œuvre de transmission et d\u2019humanisme.Délicieux aussi sont ses aphorismes en clins d\u2019œil.Reflets de lumière la filmographie de Spielberg réalisateur, mais aussi producteur.Dans son ouvrage The Complete Spielberg, Ian Freer allait dans ce sens en 2001 : « En combinant la randonnée implacable de Duel, la menace des Dents la mer, l\u2019émerveillement de Rencontres du troisième type, les sorties d\u2019affaire in extremis des Aventuriers\u2026, le point de vue enfantin de E.T.(et très peu de 1941), ce pourrait être le film le plus spielbergien des films qu\u2019a faits Steven Spielberg.» En 1993, Richard Corliss, du Time, pointait déjà dans cette direction : «Aucun film ne pourrait lui être plus personnel.Avec ses ef fets de seconde génération et sa trame narrative vieille comme le monde, voilà un film dont le sujet est son propre processus, un film à propos de toutes les complexités qu\u2019implique la fabrication d\u2019un divertissement à l\u2019ère de la puce électronique.C\u2019est un film amoureux de la technologie (comme l\u2019est Spielberg), mais qui craint d\u2019être emporté par elle (comme lui).» Une mise à l\u2019épreuve Cela étant, peut-être le thème qui, inconsciemment, raisonna le plus avec celui qui était \u2014 et est \u2014 l\u2019une des figures les plus puissantes d\u2019Hollywood fut celui de l\u2019hybris : ou lorsque l\u2019orgueil mène à la démesure, laquelle conduit à la tragédie.L\u2019hybris possède le milliardaire John Hammond, personnage que Spielberg, fait intéressant, rend très attachant dans le film (avec un Richard Atten- borough aux allures de père Noël), alors qu\u2019il est un vil mégalomane dans le roman.Une partie de son cauchemar pendant la production de Capitaine Crochet (et de 1941 auparavant) avait tenu à cela.Avec Le parc jurassique, Spielberg s\u2019offrait donc une seconde chance de livrer un film non seulement spectaculaire ET personnel, mais d\u2019un calibre encore jamais vu.Autrement dit, on peut y voir une entreprise d\u2019introspection, une manière pour le cinéaste de se prouver à lui- même qu\u2019il avait le talent de ses ambitions immenses, et non qu\u2019il était simplement aveuglé par l\u2019hybris.Mise à l\u2019épreuve réussie, le film étant Avec Le parc jurassique, Spielberg s\u2019offrait une seconde chance de livrer un film non seulement spectaculaire ET personnel, mais d\u2019un calibre encore jamais vu.Autrement dit, on peut y voir une entreprise d\u2019introspection.devenu le plus lucratif de l\u2019histoire (jusqu\u2019à Titanic), et deuxième en Amérique du Nord derrière\u2026 E.T., du même Spielberg.En ajoutant en filigrane un élément satirique quant à la mercantilisation du cinéma hollywoodien par le biais des produits dérivés, Spielberg (se) rappelait en outre qu\u2019il est des limites au concept de cinéma comme commerce si l\u2019on souhaite que le cinéma, tout grand public fut-il, reste un art.Nouvelle période L\u2019hypothèse d\u2019un film-somme incorporant tout ce qui avait jusqu\u2019alors constitué le meilleur de Spielberg se voit davantage renforcée dès lors que l\u2019on considère la suite de l\u2019illustre carrière de ce dernier.Ainsi, en parallèle de la production du Parc jurassique, il en était à prévoir le tournage prochain d\u2019un futur jalon de son œuvre : La liste de Schindler (Schindler\u2019s List), qui parut à la fin de la même année.Après les dinosaures, la Shoah.Steven Spielberg, qui ne put résister à réaliser lui-même une suite décevante au Parc jurassique avant de se borner à produire les suivantes, a ensuite continué de privilégier des projets aux accents plus graves, tels Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan), I.A.Intelligence artificielle (A.I.), Rapport minoritaire (Minority Report), Lincoln, cela, même dans la légèreté apparente des Attrape-moi si tu peux (Catch Me if You Can) et autres Le terminal (The Terminal).Premières amours Le parc jurassique a ainsi clos de façon grandiose une période.La liste de Schindler en a ouvert une autre après que des films comme La couleur pourpre (The Color Purple ; 1984) et L\u2019empire du soleil (Empire of the Sun ; 1987) eussent indiqué le désir du cinéaste d\u2019explorer des voies plus dramatiques.Avec son récent Player One (Ready Player One), une aventure futuriste se déroulant dans un univers nourri à la culture populaire des années 1980, voilà Steven Spielberg qui renoue avec ses premières amours.Les 25 ans de Parc jurassique l\u2019auront peut-être rendu nostalgique ?AMÉLIE GAUDREAU ODILE TREMBLAY DIANE PRÉCOURT STÉPHANE BAILLARGEON L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 8 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Annie est une artiste reconnue pour la vraisemblance extraordinaire de ses maquettes.Dans ses décors miniatures, elle introduit des éléments de mise en scène par le biais de petits personnages.Elle se base sur des constructions et sites locaux, quoiqu\u2019en ce moment, elle s\u2019inspire surtout de sa propre maison, de son mari et de leurs deux enfants.Or, à l\u2019image d\u2019Annie qui «place » les siens dans son monde miniature, une puissance invisible semble les contrôler tous.Cela aurait-il un lien avec les rites secrets auxquels s\u2019adonnait la mère d\u2019Annie, récemment décédée ?Et le malaise sourd d\u2019Annie de se muer en franche terreur dans Héréditaire, un film qui convoque le genre d\u2019iconographie horrifique dont se nourrissent les mauvais rêves les plus prégnants.D\u2019ailleurs, il se dégage d\u2019emblée une impression d\u2019onirisme de ce premier long métrage d\u2019Ari Aster, l\u2019un des plus courus à Sundance.Passé une séquence d\u2019ouver ture brillante qui présente symboliquement Annie et sa famille, les Graham, à l\u2019intérieur de la version réduite de leur propriété, ces derniers semblent de fait évoluer dans une réalité imprégnée de juste ce qu\u2019il faut d\u2019inquiétante étrangeté.C\u2019est dif fus mais indéniable, comme les raisons qui poussent Annie à croire que des phénomènes surnaturels ont cours chez elle.En entrevue, le jeune cinéaste citait Carrie, de Brian De Palma, à titre d\u2019influence majeure.C\u2019est apparent dans ce côté songe éthéré qui vire au cauchemar baroque, mais aussi dans une évocation de la mère et de la fille en figures tour à tour divines et monstrueuses.Affres psychologiques Avant d\u2019en arriver aux déchaînements furieux, Ari Aster bat la mesure avec une lenteur délibérée, égrainant les éléments d\u2019information quant au passé plus trouble qu\u2019il n\u2019y paraît d\u2019une maisonnée marquée par des traumatismes antérieurs au trépas de la mystérieuse aïeule.S\u2019il s\u2019attarde principalement au point de vue d\u2019Annie, Aster recourt volontiers à celui de la fille cadette, Charlie, qui perçoit la première des manifestations bizarres autour d\u2019elle, à celui de Peter, le fils aîné, qui cherche l\u2019isolement, et enfin à celui de Steve, mari et père dépassé par les événements.À ce propos, s\u2019il est une faiblesse à cette œuvre redoutablement conçue et exécutée, c\u2019est ce personnage-là.Moins étof fé, moins écrit que les trois autres, i l apparaît par fois comme une simple fonction narrative et se voit qui plus est impar ti d\u2019actions et de raisonnements pas toujours plausibles, même dans ce contexte narratif particulier.Une lacune qui est cela dit largement compensée par les trois autres membres du clan dont les profils psychologiques se révèlent à la manière de por tes qui s\u2019ouvrent sur d\u2019autres portes ouvrant sur d\u2019autres portes encore.Tous les comédiens s\u2019avèrent justes, mais Toni Collette, qui incarne Annie, est tout bonnement remarquable.Elle parvient à moduler avec une vérité saisissante le parcours de cette femme per turbée qui prend lentement mais sûrement conscience de l\u2019ampleur du danger qui guette.À cet égard, la gradation de l\u2019épouvante obéit, au fond, à ce mécanisme précis.On n\u2019assiste pas tant à une surenchère d\u2019images-chocs qu\u2019à une succession concertée de séquences horrifiantes dont la suivante fait écho à la précédente.Certaines d\u2019entre elles, et on se gardera de les décrire pour en préserver l\u2019impact, ont l\u2019heur de tétaniser.Et si l\u2019on est pétrifié de la sorte, c\u2019est justement parce qu\u2019Ari Aster a su miser sur une construction patiente, aussi minutieuse que le sont les maquettes d\u2019Annie.À l\u2019instar de cette force malveillante qui domine les Graham et les dépasse, le film se joue du spectateur.Un spectateur pris de transe, rythme hypnotique aidant, et qui finit par entrer en symbiose avec les personnages, avec leur sort.Avec leur cauchemar.Héréditaire (V.F.de Hereditary) ?Drame d\u2019horreur d\u2019Ari Aster.Avec Toni Collette, Alex Wolff, Milly Shapiro, Gabriel Byrne, Ann Dowd.États-Unis, 2018, 127 minutes.Péril en la demeure Toni Collette est hallucinante dans un film qui fait l\u2019effet d\u2019un cauchemar éveillé Tous les comédiens s\u2019avèrent justes, mais Toni Collette, qui incarne Annie, est tout bonnement remarquable.ELEVATION PICTURES | 9 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 CRITIQUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Il n\u2019est pas étonnant que Berni Gold- blat, documentariste et citoyen du monde, né en Suède d\u2019une mère suisse et d\u2019un père polonais, désormais établi au Burkina Faso, ait choisi d\u2019aborder pour son premier long métrage de fiction le choc des cultures.Wallay, conte initiatique, suit le parcours d\u2019Ady (Makan Nathan Diarra, trop faible), un adolescent parisien rebelle et délinquant, orphelin de mère, que son père d\u2019origine burkinabée envoie dans son bled natal auprès d\u2019un oncle traditionaliste découvrir une culture différente de la sienne et mûrir si faire se peut.Avec des naïvetés scénaristiques, un rythme inégal, des jeux d\u2019acteurs plus récités que ressentis, ce film, à l\u2019adresse de toute la famille, dégage aussi un charme et touche du doigt des vérités touchantes qui se méritent, car il faut soulever des voiles d\u2019irritation pour les atteindre.« Au- jourd\u2019hui, on est plus le fils de son époque que le fils de son père », lui lance avec à-propos une bonne sorcière en esquissant son portrait.Avec des images très belles de Mar tin Rit qui rendent la beauté âpre du pays et une musique exceptionnelle de Vincent Segal sur instruments et accords burkinabés mariés à d\u2019autres partitions du monde, ce classique film d\u2019apprentissage adolescent se double de l\u2019exploration d\u2019une culture méconnue à travers une perspective qui ne verse jamais dans le misérabilisme.Ady, qui snobe d\u2019abord tout le monde, apprendra que son billet de retour lui sera livré s\u2019il change son comportement, avant de peu à peu se laisser séduire par l\u2019univers étrange qui s\u2019ouvre à lui.Une merveilleuse danse au village, une pêche sur le lac, des routes semi-désertiques, des jeux érotiques esquissés avec une jeune fille, des visages éclairés par le mystère, les yeux sombres de l\u2019oncle qu\u2019Ady finira par sauver de la noyade, les rituels de la sorcière ouvrent des avenues radieuses que le cinéaste ne parcourt pas toujours avec maîtrise.Ces étapes d\u2019une évolution adolescente se jouent sur mélange de lucidité, d\u2019innocence et de maladresses scénaristiques, en sincérité évidente.L\u2019initiation à l\u2019âge adulte du personnage passe ici par le besoin de connaître ses origines.Cette vérité essentielle mérite de résonner aux oreilles du jeune public d\u2019ici, s\u2019il accepte de se laisser désarçonner au détour par les lourdeurs de Wallay.Wallay ?1/2 Drame de Berni Goldblat.Avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué, Josephine Kabore, Mounira Kankolé.France\u2013 Burkina Faso\u2013Qatar, 87 minutes.Plongée vers soi sur la terre des aïeux Film d\u2019apprentissage naïf mais sincère, Wallay s\u2019attache aux beautés du Burkina Faso Ce film d\u2019apprentissage adolescent se double de l\u2019exploration d\u2019une culture méconnue à travers une perspective qui ne verse jamais dans le misérabilisme.BATHYSPHERE PRODUCTIONS CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Deux choses que l\u2019on a souvent tendance à oublier concernant Jodie Foster : son aisance implacable à jouer les héroïnes déterminées (The Silence of the Lambs, Panic Room, Flightplane, etc.), et celle à manier la langue française.Jamais elle n\u2019en abuse dans Hotel Ar temis, premier film de Drew Pearce, surtout connu comme scénariste et producteur, principalement à la télévision et dans le domaine des jeux vidéo.Il y a d\u2019ailleurs une part d\u2019amusement survitaminé dans cette vision futuriste de Los Angeles, nettement moins flamboyante que celle de Ridley Scott dans Blade Runner, mais tout aussi chaotique étant donné le nombre de coups de feu que l\u2019on entend et les incendies d\u2019immeubles illuminant le ciel du centre-ville.Le caractère futuriste se décline surtout dans la manière dont se pratique la médecine dans cet hôtel d\u2019un autre âge, dont la décoration de certaines pièces évoque parfois celle de l\u2019Overlook dans The Shining de Stanley Kubrick, mais en format réduit.Ce palace en décrépitude fait à la fois office d\u2019hôpital et de bunker, un endroit très sélect où de puissants escrocs peuvent se faire soigner en toute impunité.Quant aux autres, policiers, bandits de grand chemin, itinérants ou simples citoyens, ils sont condamnés à errer dans une ville où la loi et l\u2019ordre ont pris la poudre d\u2019escampette.L\u2019établissement est tenu d\u2019une main de fer par «The Nurse» (Foster, solide), qui a fait des lieux sa demeure \u2014 autant dire une prison puisqu\u2019elle n\u2019en sort jamais, prise de panique à l \u2019idée qu\u2019elle pour rait mettre le nez dehors.Ses puissants patients viennent à elle, le plus souvent amochés après quelque violente bagarre, et deux d\u2019entre eux, des frères inséparables, amorceront le dérèglement de cette mécanique médicale jusque-là bien huilée.Au milieu de ce jeu de cache-cache, où le monde extérieur se résume à de sombres ruelles et à des bretelles d\u2019autoroutes, divers résidents se croisent, chacun ayant quelque chose à cacher, et donc constamment sur leurs gardes.Bien protégée par sa routine et des directives immuables, l\u2019infirmière zélée, habitée par des visions en apparence oniriques, commence à baisser la garde, provoquant malgré elle un désordre sanglant.Avant de devenir un immense carnage, ce petit ballet de mensonges et de trahisons est souvent dominé par la détermination farouche de Jodie Foster, très à l\u2019aise dans la peau d\u2019héroïnes à la fois détestables et bienveillantes.Plongée dans des climats crépusculaires et étouffants, spectatrice d\u2019affrontements entre protagonistes au profil diversifié (du mastodonte au gringalet en passant par la femme fatale), elle reste au centre de cette succession de règlements de compte dans un univers où plus rien ne tient, mis à part le pouvoir de l\u2019argent et celui des trafics d\u2019influence.Hotel Artemis, métaphore de l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui, ou de celle qui se prépare à chaque nouvelle tuerie de masse?Drew Pearce cherche d\u2019abord à rendre le séjour efficace et trépidant, convoquant quelques figures connues (Jeff Goldblum, Zachary Quinto) aux côtés d\u2019autres qui rêvent de se tailler une meilleure place (Sofia Boutella, Charlie Day et sur tout Sterling K.Brown en crapule athlétique).Au passage, il of fre la rédemption aux âmes tourmentées et repentantes : dans ce registre également, Jodie Foster possède un réel talent.Hotel Artemis ?Thriller de Drew Pearce.Avec Jodie Foster, Sterling K.Brown, Sofia Boutella, Dave Bautista.États-Unis\u2013 Grande-Bretagne, 2018, 94 minutes.Bunker, palace, hôpital Une Los Angeles du futur qui ressemble beaucoup à l\u2019Amérique désordonnée d\u2019aujourd\u2019hui Hotel Artemis est dominé par la détermination farouche de Jodie Foster.GLOBAL ROAD ENTERTAINMENT L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | Les nouveautés sont en rose Deadpool 2 (V.O.et V.F.) ?Le plus irrévérencieux des superhéros n\u2019a rien perdu de sa verve ni de son mordant.Cette fois, Deadpool vient en aide à un adolescent doté de superpou- voirs qui risque de mal tourner pour avoir été torturé.Il est une gravité sous-jacente dans les thèmes du film, qui accède, c\u2019est une belle surprise, à une maturité inattendue.Cela, sans changer l\u2019ADN de l\u2019impertinent Dead- pool, qui fait fi de la rectitude politique, en apparence, pour mieux célébrer la diversité, dans les faits.Oui, il brise encore le 4e mur en se moquant, ici d\u2019un cliché, là d\u2019un retournement paresseux, ce qui désamorce tout reproche et rend l\u2019ensemble irrésistible.Les références satiriques à Marvel et à DC abondent, les clins d\u2019œil cinématographiques désopilants aussi, et plusieurs vedettes font des apparitions cocasses.Enfin, imparti d\u2019un meilleur budget, Deadpool 2 a davantage d\u2019ampleur, visuellement, sans que les enjeux plus intimes perdent au change.François Lévesque ayant accédé au statut d\u2019icône de la culture populaire.La construction narrative est plus rigoureuse que celle du Dernier Jedi de Rian Johnson.À cet égard, les spectateurs qui tiennent ce récent opus pour modèle resteront sur leur faim avec cet antépisode-ci.François Lévesque Désobéissance (V.O.s.-t.f.de Disobedience) ?Au décès de son père rabbin, une photographe regagne la communauté juive orthodoxe qu\u2019elle a fuie et qui l\u2019a depuis tenue pour morte.Sur place, elle renoue avec une ancienne amante devenue l\u2019épouse de son cousin.Avec Désobéissance, Sebastián Lelio signe son premier long métrage en langue anglaise.Récit d\u2019émancipations multiples, cette œuvre allusive et subtile, remarquablement jouée, n\u2019en est pas moins une de la continuité, l\u2019auteur y réitérant sa passion pour les personnages féminins marginalisés après Gloria et Une femme fantastique (avec protagoniste sexa qui revit et trans- genre qui renaît, respectivement).Une marginalité dont Lelio démontre à quel point elle est superficielle et injuste car tributaire de diktats sociaux, religieux.Ses préoccupations humanistes n\u2019ont sans doute jamais été aussi apparentes que dans ce Désobéissance.Un acte qui constitue parfois le meilleur des choix.François Lévesque Solo, une histoire de Star Wars (V.F.de Solo : a Star Wars Story) ?On craignait le pire pour Solo, une histoire de Star Wars.Or, contre toute attente, le résultat est très divertissant.Un rappel que du bon vieux savoir- faire est parfois ce qui convient le mieux à un projet.On renoue avec Han Solo en tout jeune homme orphelin dans un contexte évoquant Oliver Twist à la sauce spatiale.Le film est conçu comme un western campé dans un contexte de space opera.L\u2019ensemble séduit par son mélange de révérence envers les épisodes originaux et sa capacité à étoffer un personnage Les fantômes d\u2019Ismaël ?1/2 Voilà 20 ans que Carlotta, grand amour tourmenté d\u2019Ismaël, s\u2019est volatilisée.Mais voici qu\u2019au moment où il succombe au charme discret de Sylvia, la disparue reparaît, son mystère lui faisant manteau.Les spectres se bousculent dans Les fantômes d\u2019Ismaël, d\u2019Arnaud Desplechin, hantant l\u2019histoire comme l\u2019image: flotte l\u2019influence d\u2019Hitchcock, de Bergman.D\u2019ellipses en montage associatif, la construction est typiquement virtuose.Les temporalités se télescopent, revêtent une structure gigogne\u2026 Desplechin continue ainsi de faire croître une œuvre foisonnante au sein de laquelle les films s\u2019interpellent et se font écho, reliés par des personnages récurrents déclinés en maintes variations, celles-ci enracinées dans un terreau autobiographique poétisé par l\u2019auteur, approche dont il dote son alter ego, qui est cinéaste.En cela, il s\u2019agit peut-être du film le plus intime de Desplechin.Car les fantômes d\u2019Is- maël, ce sont d\u2019abord les siens.François Lévesque Normandie nue ?1/2 Philippe Le Guay (Molière à bicyclette, Floride) ne manque ni d\u2019humour, ni d\u2019esprit, ni de sensibilité, et tout ça se vérifie à nouveau dans cette comédie à caractère social que l\u2019on pourrait dire «à l\u2019anglaise».Pour secouer l\u2019opinion publique devant la crise du monde agricole, le maire d\u2019un village de Normandie accepte la proposition Héréditaire (V.F.de Hereditary) ?À la mort de sa mère, une femme secrète, Annie, voit sa famille assaillie par des phénomènes inquiétants.Un malaise sourd se mue en terreur dans Héréditaire, film qui convoque le genre d\u2019iconographie horrifique dont se nourrissent les mauvais rêves les plus prégnants.Un certain onirisme prévaut d\u2019ailleurs dans ce premier long métrage d\u2019Ari Aster, les personnages évoluant dans une réalité crédible, mais imprégnée juste de ce qu\u2019il faut d\u2019inquiétante étrangeté.C\u2019est diffus mais indéniable, comme les raisons qui poussent Annie à croire au surnaturel.On n\u2019assiste pas tant à une surenchère d\u2019images-chocs qu\u2019à une succession concertée de séquences horrifiantes dont certaines ont l\u2019heur de tétaniser.À l\u2019instar de cette force malveillante qui domine Annie et les siens, le film se joue du spectateur.Un spectateur pris de transe, rythme hypnotique aidant, et qui finit par entrer en symbiose avec les personnages, avec leur sort.Avec leur cauchemar.François Lévesque CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le documentaire The First Monday in May, d\u2019Andrew Rossi, décrit en détail l\u2019organisation de l\u2019événement mondain le plus couru, le plus médiatisé et le plus flamboyant aux États-Unis : le bal du Metropolitan Museum of Art de New York.Comme ni vous ni moi n\u2019y serons jamais invités, ce film explique pourquoi les stars s\u2019y bousculent, tandis que d\u2019autres paieraient cher pour s\u2019y faire voir.Les héroïnes de Debbie Ocean 8, de Gary Ross (Seabiscuit, The Hunger Games), n\u2019ont pas reçu d\u2019invitation, mais rien ne va les empêcher de par ticiper à la fête, et sur tout d\u2019y trouver leur compte.Mais d\u2019où sortent ces cambrioleuses de stature olympique ?D\u2019abord des succès de Steven Soderbergh qui, avec Ocean\u2019s Eleven (2001) et deux autres variations sur le même thème, a renouvelé de belle façon un film au parfum de 1960 qui mettait en vedette Frank Sinatra et Dean Martin, visiblement tourné entre deux dry martini.So- derbergh en a fait de véritables festins pour les yeux et d\u2019étourdissants manèges pour brigands patentés.Il n\u2019agit ici qu\u2019à titre de producteur, mais la filiation est évidente, même si Debbie Ocean 8 n\u2019atteint jamais la virtuosité d\u2019antan, Gar y Ross optant pour la légèreté, et une absence délibérée d\u2019adrénaline : nous sommes plus près de la charmante chorégraphie que des pirouettes dangereuses.Cela s\u2019explique par le talent de la sœur de Danny Ocean, qui bientôt sortira de prison, déterminée à tirer un trait sur son passé criminel.Mais c\u2019est bien mal connaître Debbie (Sandra Bullock, maîtresse du jeu), qui fera du magasinage extrême, et illicite, entre les rayons du célèbre Bergdorf Goodman, donnant ainsi le ton à tout ce qui va suivre.Car l\u2019arna- queuse a dans sa mire un magnifique collier de la maison Cartier, qu\u2019une jeune star (Anne Hathaway, dans une interprétation autoparodique) pourrait porter à l\u2019occasion du bal de ce musée à l\u2019orée de Central Park.Un tel coup ne se planifie pas en solitaire, on s\u2019en doute, Debbie appelant à la rescousse les amies d\u2019autrefois, dont l\u2019impertinente Lou (Cate Blanchett en récréation) et plusieurs partenaires féminines d\u2019âges divers et de compétences variées, allant de la haute couture (Helena Bonham Car ter, névrosée comme dans un film de Woody Allen) au piratage informatique (la chanteuse Rihanna, le maillon faible).Rapidement s\u2019enclenche une mécanique narrative familière, celle de la présentation (fort amusante) de chaque protagoniste en action, ainsi qu\u2019une belle enfilade de prouesses en vêtements griffés \u2014 on n\u2019aura jamais vu un tel étalage de robes depuis les jours glorieux d\u2019Elizabeth Taylor dans Cléopâtre.Gary Ross, qui signe également le scénario avec Olivia Milch, a décidé d\u2019en mettre plein la vue, et avec pareil sujet dans un cadre aussi glamour, la commande n\u2019était pas bien exigeante.Mais sait-il insuffler un quelconque sentiment de peur, de fébrilité, de danger, pendant l\u2019exécution de ce coup fumant dans une des plus grandes institutions culturelles du monde?Il a visiblement autre chose à faire, réglant de manière méthodique cet imposant embouteillage de stars qui, disons-le, rigolent ferme, sans pour autant se dépenser sans compter.Ce n\u2019est pas le but de la manœuvre dans Debbie Ocean 8, archétype de la production estivale d\u2019une réjouissante vacuité, distillant un plaisir contagieux où l\u2019arnaque devient un des beaux-arts, le cabotinage, une nécessité, et où l\u2019harmonie des couleurs et des tissus est aussi essentielle que le minutage d\u2019un cambriolage.Debbie Ocean 8 (V.F.de Ocean\u2019s 8) ?1/2 Thriller de Gary Ross.Avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter.États-Unis, 2018, 110 minutes.L\u2019arnaque griffée Un superbe alignement de stars pour un cambriolage digne d\u2019un grand défilé de mode Mais d\u2019où sortent ces cambrioleuses de stature olympique ?WARNER BROS. | 1 1 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Héréditaire d\u2019Ari Aster FILMOPTION INTERNATIONAL d\u2019un grand photographe de déshabiller toute sa communauté au milieu d\u2019un champ pour en faire une image emblématique.Le projet causera bien des malaises, on s\u2019en doute, prétexte à évoquer d\u2019autres réalités du monde rural, dont l\u2019exode des jeunes et l\u2019arrivée des citadins arrogants.Un charmant film choral affichant quelques maillons faibles, dont celui impliquant un publicitaire parisien, mais débordant d\u2019humanité et d\u2019enthousiasme, François Cluzet battant la mesure avec son assurance coutumière.André Lavoie prentissage à la fois maladroite, sincère, touchante et culturellement respectueuse, à travers les beautés et mystères du pays.Le jeu des acteurs est plus récité que ressenti, mais certaines scènes très belles, une musique exceptionnelle et un message du retour aux racines pour pouvoir mûrir ont des charmes qui peuvent toucher un jeune public, s\u2019il accepte les limites stylistiques de Wallay.Odile Tremblay peu tout cela à la fois, clinique très privée digne des plus grandes forteresses n\u2019acceptant que des patients triés sur le volet, préférablement de riches crapules.Celle que tous surnomment The Nurse (Jodie Foster) veille sur les lieux avec une poigne de fer, elle qui ne sort jamais de cet endroit au cœur de Los Angeles, celui d\u2019un futur chaotique.Il suffira que cette femme austère et tourmentée baisse momentanément la garde pour que s\u2019installe un désordre d\u2019abord angoissant, et vite très sanglant.Pour ce premier passage derrière la caméra, Drew Pearce, d\u2019abord scénariste et producteur, offre un divertissement pétaradant, et accessoirement une métaphore d\u2019une Amérique déréglée \u2014 celle d\u2019aujourd\u2019hui annonçant tristement celle de demain.André Lavoie Numéro une ?1/2 Approchée par un réseau de femmes d\u2019influence souhaitant faire d\u2019elle la première dirigeante d\u2019une société du CAC 40, principal indice boursier français, une ingénieure devient la cible d\u2019un milieu largement mâle et sexiste.Instructif sans être didactique, Numéro une se révèle passionnant, Tonie Marshall proposant une visite guidée dans les coulisses du pouvoir en mettant en lumière ses arcanes misogynes.La musique appuie un peu le côté thriller, mais Emma- nuelle Devos est brillante dans le rôle principal.Le scénario distille une information foisonnante qui rend compte de l\u2019expérience féminine dans les hautes sphères décisionnelles occupées par des hommes qui préféreraient rester entre eux.En somme, le film parvient à faire ressentir ce que c\u2019est, au quotidien, que d\u2019affronter un barrage d\u2019hostilité souvent invisible, intangible, mais presque infranchissable.Presque.François Lévesque La chute de Sparte ?Érudit bien au-delà de ses années, Steeve n\u2019en patauge pas moins dans des émois typiques de son âge: premier amour, intimidation, détresse insoupçonnée\u2026 Et bien sûr les parents qui ne comprennent rien.Dans cette adaptation du roman de Biz, coscéna- riste avec le réalisateur Tristan Du- bois, on surutilise la voix hors champ, priorisant le verbe au détriment du potentiel visuel.La population étudiante bigarrée rend toutefois crédible l\u2019univers de «Gaston Miron», école fictive, et l\u2019un des nombreux hommages au poète.Pierre Falardeau a aussi droit à son coup de chapeau.À cet égard, la charge sociopolitique très mûrie à la narration s\u2019arrime parfois mal à l\u2019innocence de Steeve dans l\u2019action.Lorsqu\u2019on lui donne la chance de livrer des répliques plutôt que de commenter à distance, bref, quand le film le laisse exister à l\u2019image, le jeune Lévi Doré s\u2019avère formidable.Il compose un Steeve cultivé, ouvert et sensible.On peut imaginer pire modèle.François Lévesque Wallay ?1/2 Ce premier long métrage fiction de Berni Goldblat, tourné pour l\u2019essentiel au Burkina Faso, est une fable d\u2019ap- Hotel Artemis ?S\u2019agit-il d\u2019un bunker, d\u2019un palace ou d\u2019un hôpital?Hotel Artemis, c\u2019est un Identités ?1/2 Attrape-moi si tu peux du pauvre, ce second long métrage du polyvalent et opiniâtre Samuel Thivierge s\u2019inspire en partie du drame vécu par sa famille.À la fois scénariste, réalisateur et producteur, le jeune acteur se met en scène dans le rôle d\u2019un décrocheur qui devient arnaqueur sous la gouverne d\u2019un expert en la matière (Samy Naceri, faux).Bientôt, il aura dans sa mire l\u2019auberge familiale d\u2019un propriétaire crédule (Gilbert Sicotte, sous-utilisé).Bénéficiant de la photographie léchée d\u2019Alexandre Bussière, Identités se révèle un thriller peu crédible.Manon Dumais Sur la plage de Chesil (V.F.de On Chesil Beach) ?Angleterre, 1962.Malgré la révolution sexuelle, Edward (Billy Howle, solide) et Florence (Saoirse Ronan, nuancée) se sont mariés chastes.Au moment de consommer leur mariage, Florence signifie à son époux maladroit que les plaisirs de la chair lui font peur, voire horreur.Adaptation du roman d\u2019Ian McEwan, qui en signe le scénario, cet émouvant mais rigide mélodrame de Dominic Cooke, plus rompu au théâtre qu\u2019au cinéma, traite avec sensibilité de la condition féminine et des conséquences de l\u2019éducation, du poids de la religion et de la pression sociale sur la sexualité.Manon Dumais Debbie Ocean 8 (V.F.de Ocean\u2019s 8) ?1/2 Steven Soderbergh n\u2019est plus tout à fait à la barre de l\u2019univers criminel qu\u2019il a puisé à partir d\u2019un film pas très réussi des années 1960 mettant en vedette Frank Sinatra et Dean Martin.Ocean\u2019s Eleven et ses deux suites ont connu un succès mérité, et c\u2019est maintenant au tour de Gary Ross (Seabiscuit, The Hunger Games) de donner un nouveau souffle à l\u2019affaire, cette fois avec une distribution étoilée d\u2019actrices de tous les âges et de tous les horizons.Sandra Bullock, ici en sœur de Danny Ocean, et son alliée Cate Blanchett s\u2019invitent au célèbre bal du Metropolitan Museum of Art de New York, cherchant à dérober un collier de la maison Cartier porté par une Anne Hathaway sur le mode de l\u2019autoparodie.Tout cela constitue un formidable prétexte pour voir des stars s\u2019amuser comme dans une cour d\u2019école, mais pour la plupart en vêtements griffés ! Ce n\u2019est jamais très enlevant, mais toujours pétillant et réjouissant.André Lavoie Tout le monde debout ?Un Casanova sur le retour tente de séduire une jeune aide-soignante en feignant la paraplégie.Mais voilà qu\u2019il s\u2019éprend plutôt de sa sœur, qui est vraiment handicapée.Et la supercherie de durer.Loin de décons- truire une certaine image du séducteur macho opérant sous un vernis de sophistication, ce premier film écrit et réalisé par Franck Dubosc, aussi vedette, se complaît dans une vision étriquée et passéiste des rapports amoureux.Porté sur la facilité, le scénario recourt à une révélation peu plausible pour excuser l\u2019inexcusable, avec le jeu conquérant d\u2019Alexandra Lamy permettant presque de croire à l\u2019invraisemblable perfection de son personnage.Les seconds rôles, eux, se résument à des clichés : la bimbo pas si sotte, la secrétaire maladroite amoureuse du patron, l\u2019ami gai sage et forcément volage\u2026 À une autre époque, c\u2019eût pu être digeste.Là, c\u2019est pénible.Ou lorsqu\u2019on confond ringardise et charme suranné.François Lévesque La reine de la fête (V.F.de Life of the Party) ?1/2 Deanna (Melissa McCarthy, drôle et tendre), quadragénaire fraîchement divorcée, s\u2019inscrit à la même université que sa fille (Mollie Gordon) afin de terminer ses études en archéologie.La panique s\u2019installe lorsque son ex (Matt Walsh), sur le point de se remarier, menace de lui couper les vivres.Comédie gentille et conventionnelle sur l\u2019empowerment au féminin écrite par McCarthy et son mari Ben Falcone (Tammy, The Boss), La reine de la fête ressasse tous les clichés du film de campus avec une pléthore de godiches et de pimbêches.Bonne fête des Mères quand même.Manon Dumais Club de lecture (V.F.de Book Club) ?1/2 Imaginez quatre grandes vedettes formant un club de lecture pour y dévorer Jane Austen ou Marguerite Yourcenar.La chose est en partie réalité dans Book Club, mais le beau quatuor de stars jette son dévolu sur Fifty Shades of Grey.Pour elles commence une nouvelle étape de leur vie, plus folichonne, mais la trajectoire de ces femmes d\u2019âge mûr ne surprendra pas les habitués du cinéma de la regrettée Nancy Meyers (It\u2019s Complicated, The Holiday) à qui Bill Holderman rend un hommage appuyé avec cette enfilade d\u2019intérieurs chics.Cette comédie constitue surtout un prétexte pour mettre en valeur des actrices dont chacune porte un pan important du cinéma américain, à commencer par l\u2019impériale Jane Fonda aux côtés de la toujours débonnaire Diane Keaton.La prochaine fois, elles devraient tout de même prendre un soin plus méticuleux à choisir leurs lectures.André Lavoie La ch\u2019tite famille ?1/2 Devant la nouvelle comédie de Dany Boon, beaucoup de spectateurs d\u2019ici vont parfois se sentir comme des Parisiens devant un film québécois: désespérément en quête de sous-titres.Le ch\u2019ti, on le connaît pourtant, grâce à son film à succès, Bienvenue chez les Ch\u2019tis.Il ne s\u2019agit pas vraiment d\u2019une suite, mais d\u2019une nouvelle visite dans cette région du nord de la France, avec en prime un clash des cultures avec la bonne société parisienne.Déguisé en couturier renommé, Valentin (Boon) fait tout pour masquer son passé prolo et son accent méprisé de tous, mais l\u2019arrivée tonitruante de sa famille (alors que tous le croient orphelin!) va bousculer son existence.Comme à son habitude, il mélange sentimentalisme et humour burlesque, faisant l\u2019apologie du terroir, mais évidemment sauvé par les bonnes manières des gens de la capitale.Et même si parfois on a autant de mal à la comprendre que tous les autres, la chanteuse Line Renaud triomphe sans partage dans cette sympathique lutte des classes qui ne réinvente jamais le genre.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e F r a n c o s d e M o n t r é a l 1 2 | Ce qu\u2019il sait, le jeune homme de 25 ans, ce dont il est certain depuis l\u2019adolescence, c\u2019est la nécessité de trouver un mode d\u2019expression.V.DUCARD J\u2019ai raconté mes histoires le plus simplement possible.Tant mieux si ça parle à des gens de tous âges, et pas seulement à des ados.Si ça questionne, si ça dérange un peu, si ça contribue à faire tomber des cloisons, je suis plus que ravi.EDDY DE PRETTO » | 1 3 C u l t u r e F r a n c o s d e M o n t r é a l L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 POUR ANNONCER : 514 985-3454 BON VOYAGE d é t e n t e u r d \u2019 u n p e r m i s d u Q u é b e c Circuit Andalousie entre Culture et Traditions Guidé en français * départs garantis 8 jours / 7 nuits Circuit Les lacs italiens Guidé en français * départs garantis 8 jours / 7 nuits E S P A G N E I T A L I E À partir de 2 540$ À partir de 2 685$ Prix par personne, base double.Inclus : hébergement, visites, pension complète, vols internationaux | Non-inclus : Frais OPC Le groupe VIP 2055, rue Peel, suite 525 Montréal (QC) H3A 1V4 Tél.: 514 844-3616 ou 1-866-713-4439 info@legroupevip.com www.legroupevip.com Prix en vigeur jusqu\u2019au 30 juin 2018 m i s d u Q u é b e c d é t e n t e u r d \u2019 u n p e r LES CLASSIQUES - DROIT AU CŒUR ! 12 JUIN, 20H ANDRÉ LAPLANTE et le Rolston String Quartet 14 JUIN, 20H : MILLION DOLLAR TRIO Ilya Kaler, Amit Peled et Alon Goldstein avec Marina Thibeault 16 JUIN, 20H NEW YORK PHILHARMONIC QUARTET Première canadienne ! 17 JUIN, 15H30 12 violoncelles ! Denis Brott et ses amis.Salle Pollack 555 Sherbrooke Ouest festivalmontreal.org 514 489-7444 BILLETS À PARTIR DE 28$ (à l\u2019achat de 4 billets) LES VENDREDIS JAZZ TD OLIVER JONES, porte-parole 15 JUIN, 20H GRACE\u2019S JOY PARTY Grace Kelly et son quatuor ENTREVUE SYLVAIN CORMIER LE DEVOIR out s\u2019est passé tellement vite.De sa banlieue de Créteil jusqu\u2019à la francophonie au grand complet, on a l\u2019impression que ça s\u2019est joué en une année.Quelques apparitions dans des pubs, et puis un mini-album, Kid, en novembre 2017, et la Victoire de la « révélation scène » en février 2018, et l\u2019album Cure le mois d\u2019après.La suite en vrac : le branle-bas médiatique, la critique éblouie, les salles remplies.Aux Francos, on l\u2019avait d\u2019abord programmé à L\u2019Astral, mais très vite, on a compris qu\u2019un MTelus suf firait tout juste.Vite, vite, Eddy de Pretto a été bombardé phénoménal.Un cas.Une singularité.Mais qui donc est ce gars, cet inclassable qui chante et rappe dans la même respiration, ce gars qui ne ressemble ni à un chanteur ni à un rappeur, cet extraterrestre qui n\u2019appartient à aucun genre ?Qui est ce type hors normes ?« Quelqu\u2019un de très normal », dit-il Normal, pas banal et complètement Eddy de Pretto Un MTelus archiplein attend le rappeur-chanteur français, nouveau champion de l\u2019affirmation de soi doucement au bout du fil.Il le dit et il le chante.Quand Eddy de Pretto chante «Je suis absolument normal / Complètement banal » dans la bien- nommée Normal, il répond d\u2019abord aux matamores de l\u2019adolescence, ces détenteurs de la norme qui ont voulu le « vider à coups de hache », le «tuer» de leurs «remarques», qui résumaient son homosexualité à un état «contre nature, oh la belle injure!» L\u2019étrangeté, comprend-on, c\u2019est le succès.Quand on finit par se parler, de son « smar tphone » à l\u2019île de la Réunion jusqu\u2019à mon ancestral combiné branché dans le mur, c\u2019est le statut de vedette phénoménale qui correspond à la définition d\u2019anormalité (on devait s\u2019attraper à l\u2019aéroport, entre l\u2019enregistrement et l\u2019embarquement, tellement il n\u2019a plus de temps).« Je suppose que c\u2019est normal quand on fait ce métier et que le succès arrive, en tout cas j\u2019essaie de gérer ça le plus normalement possible\u2026 » Après tout, la popularité, si exponentielle soit-elle, n\u2019est pas usurpée.«Je pense que c\u2019est un tout.Je refuse l\u2019idée selon laquelle tout se résumerait au fait d\u2019être [comme on lit partout] \u201cle premier homosexuel qui fait le pont entre la chanson française et le rap\u201d.Je pense que ça tient à une manière de dire les choses, à une façon d\u2019être sur scène, à tout ce que je suis, quoi.Mais j\u2019essaie de ne pas trop analyser.Moi, je vis mon rêve, je le vis au maximum.Tout en gardant la tête froide, parce que tout est toujours à reconfirmer, spectacle après spectacle\u2026 ça peut s\u2019arrêter demain!» Ce qu\u2019il sait, le jeune homme de 25 ans, ce dont il est certain depuis l\u2019adolescence, c\u2019est la nécessité de trouver un mode d\u2019expression.De tout dire au grand jour.Le plus publiquement possible.« J\u2019ai eu ce besoin qui est devenu très naturel d\u2019af firmer avec fierté qui je suis, ce que je ressens.Et il se trouve que ce besoin a été partagé, et que ça arrivait au bon moment.» Cette dernière année plus que jamais, l\u2019idée même de ce qui est normal ou pas normal est en pleine révolution.«Et ça concerne finalement un peu tout le monde\u2026 » Faire tomber les cloisons Écouter Cure, en cela, c\u2019est se reconnaître, c\u2019est marcher dans son propre chemin miné, entre perceptions de soi et des autres.C\u2019est tout exposer, y compris l\u2019envie de se cacher, comme dans la chanson Desmurs (ça s\u2019écrit en un mot) : « Je ne peux bluffer mes blessures, quand tu t\u2019approches, ben c\u2019est l\u2019émoi / Je ne peux bluf fer mes fêlures, quand tu t\u2019approches je n\u2019suis plus là.» Les diktats de la virilité dans Kid, la souffrance d\u2019être «un grand sac d\u2019os / qui fera genre parmi les rires », rien n\u2019est évité.« J\u2019ai raconté mes histoires le plus simplement possible.Tant mieux si ça parle à des gens de tous âges, et pas seulement à des ados.Si ça questionne, si ça dérange un peu, si ça contribue à faire tomber des cloisons, je suis plus que ravi.» Pour le décrire, sur tout ici où il n\u2019a pas encore eu la visibilité d\u2019un Hubert Lenoir, on le situe quelque part entre Pierre Lapointe et Stro- mae.« En effet, il y a des similitudes.Vous savez, moi, je ne cherche pas à me définir, à me catégoriser.Ce sont les gens autour qui le font.Et ça, c\u2019est normal : appelez-moi ce que vous voulez ! » Il promet que l\u2019on fera vraiment connaissance au MTelus.Sur scène avec un seul accompagnateur (à la batterie) et son smartphone, la proposition est très volontairement mi- nimaliste.« Je tiens absolument à que l\u2019on puisse entendre le propos, le verbe.Il n\u2019y a pas de fioritures visuelles ni musicales.Je veux que ce soit assez direct, frontal, brut.Pour moi, c\u2019est un tête-à-tête, comme sur un ring, où je dois aller conquérir les âmes et les cœurs.Mon challenge, c\u2019est d\u2019aller chercher les gens un à un, c\u2019est ce qui m\u2019excite et me galvanise à mort.» Eddy de Pretto En spectacle au MTelus dimanche 10 juin à 19h30, Clara Luciani en première partie.T L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C l a s s i q u e 14 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR Le 2 juin 1968, André Mathieu était retrouvé mort à son domicile.Après une croisade militante de 15 années en faveur de sa redécouverte, le pianiste Alain Lefèvre a enfin suscité des émules : Jean-Michel Dubé et Jean-Philippe Sylvestre.« Il faut qu\u2019on soit plus que trois à le jouer ! C\u2019est un compositeur qui en vaut la peine.Il fait partie de notre patrimoine, c\u2019est notre répertoire à nous.» Le cri du cœur n\u2019est pas celui d\u2019Alain Lefèvre, mais celui de Jean- Michel Dubé, pianiste québécois de 26 ans.Trois ?Eh oui ! En 2015, lors de son départ pour la Grèce, Alain Lefè- vre semblait jeter l\u2019éponge, du moins au Canada, se désolant, dans sa dernière entrevue au Devoir, de ne voir personne reprendre le flambeau.On avait même compris qu\u2019il ne jouerait plus Mathieu ici.Alain Lefèvre a été entendu : il n\u2019est plus seul, puisque le Québec compte désormais deux autres ardents défenseurs de la musique de Mathieu : Jean-Michel Dubé et Jean- Philippe Sylvestre.Mardi 12 juin, ce dernier reprendra le Concer to de Québec à Mont-Royal dans le cadre du Festival Classica avec le Métropolitain et Alain Trudel.Quant à Alain Lefèvre, jeudi, il créera enfin à Montréal le Concerto romantique (le 3e) dans le cadre d\u2019un concert des Francos.Pour cet hommage, le pianiste sera associé à l\u2019Orchestre de la Francophonie et a invité Diane Dufresne, Marc Labrèche, Florence K et Catherine Major.Mathieu à 13 ans Si ça se trouve, Jean-Philippe Sylvestre est tombé dans Mathieu avant Alain Lefèvre, car il était un tout jeune pianiste de 13 ans, en 1993, quand Jean-Claude Labrecque lui a proposé de par ticiper à son documentaire André Mathieu, musicien.« J\u2019ai ensuite joué un répertoire plus classique et mis Mathieu de côté », avoue Sylvestre au Devoir.Tout au contraire, Mathieu est arrivé au début du parcours professionnel de Jean-Michel Dubé : « Je me suis intéressé à ce compositeur parce que j\u2019ai gagné un concours qui m\u2019a donné la chance d\u2019enregistrer un disque.Plutôt que d\u2019enregistrer Beethoven, je voulais m\u2019intéresser à un compositeur peu joué.» Et c\u2019est bien ainsi que l\u2019on peut caractériser la musique de Mathieu, en dépit du battage médiatique.« Sur mon premier CD, 13 des 24 œuvres n\u2019avaient jamais été jouées, sauf par André Mathieu lui-même », résume Jean- Michel Dubé.Le coup de foudre a eu lieu de manière totalement différente pour les deux ar t istes.Jean-Michel Dubé s\u2019est plongé dans des par ti- tions éditées par Bruno Laplante et France Duval dans le cadre de l\u2019Anthologie de la musique québécoise des Éditions du Nouveau Théâtre.« C\u2019est Bruno Laplante, le père de ma copine et éditeur des partitions, qui m\u2019a intéressé à André Mathieu.I l m\u2019a donné la piqûre », révèle Jean-Michel Dubé, séduit par Les André Mathieu et ses nouveaux romantiques Cinquante ans après la disparition du pianiste, la reconnaissance de sa musique est en bonne voie Concerts de la semaine Ballet Opera Pantomime.La très inventive jeune compagnie Ballet Opera Pantomime (BOP), créée par Hubert Tanguay-Labrosse et Alexis Raynault, présente Nero and The Fall of Lehman Brothers, «opéra fiscalo-baroque» de l\u2019Américain Jonathan Dawe.Cet opéra mêle à l\u2019univers du Wall Street d\u2019avant le krach boursier de 2008 les personnages de la Rome antique.Le krach sera mis en parallèle avec le grand incendie de Rome en 68, et le livret comprendra des extraits d\u2019audiences sénatoriales.À tester.Billets: bop- bop.ca et sur place.Du 14 au 17 juin à 20h, salle Guillet de l\u2019église Notre- Dame-du-Saint-Rosaire, dans Villeray.Festival de musique de chambre.Qu\u2019il est loin, le festival d\u2019antan ! Déjà, en 2017, il restait une ossature, mais illuminée par l\u2019intégrale Beethoven des Dover.Il reste, en 2018, un festival de six jours avec trois soirées et deux après-midi classiques, débutant mardi à 20h avec un concert d\u2019André Laplante et le Quatuor Rolston.Rayon de lumière : deux aubaines sous forme de concerts gratuits à la salle Pollack.Mardi, à 17h, les Rolston jouent Different Trains de Reich et le 7e Quatuor de Chostakovitch et le vendredi 15, à midi, le violoncelliste Amit Pe- led jouera les Suites nos 1 à 3 de Bach et des œuvres de Bloch.Du 12 au 17 juin, salle Pollack.Jean-Philippe Sylvestre est peut-être tombé dans la musique de Mathieu avant Alain Lefèvre, car il était un tout jeune pianiste âgé de 13 ans, en 1993, quand Jean-Claude Labrecque lui a proposé de participer à son documentaire André Mathieu, musicien.ANDRÉ CHEVRIER | 1 5 C u l t u r e C l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Mathieu est arrivé au début du parcours professionnel de Jean-Michel Dubé : « Je me suis intéressé à ce compositeur parce que j\u2019ai gagné un concours qui m\u2019a donné la chance d\u2019enregistrer un disque.Plutôt que d\u2019enregistrer Beethoven, je voulais m\u2019intéresser à un compositeur peu joué.» CRILA LAFOREST abeilles piquantes, l\u2019une des œuvres de jeunesse de Mathieu.« Ce sont les œuvres de jeunesse qu\u2019Alain Le- fèvre n\u2019avait pas jouées qui m\u2019ont le plus touché.Les gros chars, c\u2019est extraordinaire, parce que le jeune André Mathieu était fasciné par les locomotives.Il allait voir les trains, sentait les vibrations.Son sens figuratif à cet âge m\u2019a littéralement renversé.» Pour Jean-Philippe Sylvestre, le coup de foudre a été auditif : « Je suis retombé amoureux d\u2019André Mathieu et de son art quand je l\u2019ai entendu jouer.Georges Nicholson m\u2019avait prêté des extraits d\u2019André Mathieu jouant son œuvre.Les génies, on les entend tout de suite.» À par tir de là, il s\u2019est replongé dans les partitions.Mais l\u2019écoute domine le processus.« Mathieu a une façon très à lui : il joue beaucoup avec la métrique, les changements de rythmes.Cela crée un style qui n\u2019appartient qu\u2019à lui, une sor te de phrase déstructurée.» Dans son approche, Sylvestre cherche à retrouver cette « vibration excitante là » et résume : « Un pianiste a sa touche personnelle, mais je veux respecter le compositeur le plus possible, donc respecter cette vibration caractéristique.Et afin que l \u2019auditeur reçoive le message de cette rythmique changeante, il faut que le tempo soit relativement rapide.» Musique de chambre Jean-Michel Dubé interprétera Mathieu en récital au Festival Lachine le 2 juillet.Ce récital, intitulé Mathieu et ses influences romantiques, il l\u2019a joué 37 fois déjà, mais en variant le programme.« J\u2019ai deux heures de répertoire solo d\u2019André Mathieu dans les doigts, donc je peux changer d\u2019un concert à l\u2019autre.» Dubé a aussi joué le Prélude romantique, entre l\u2019opus 90 de Beethoven et La vallée d\u2019Ober- mann de Liszt, en récital à France Musique, où il a été recommandé par Philippe Cassard.Cet été, avec des musiciens des Violons du Roy, Jean-Michel Dubé abordera la musique de chambre aux festivals de Sainte-Pétronille (île d\u2019Orléans) et Musique et autres mondes d\u2019Ottawa.« Les par titions sont à Ottawa.Il y a plein d\u2019œuvres.Il faut travailler dans les manuscrits, mais il suffit de fouiller et on trouve.Et quand on le découvre, on se dit que c\u2019est un compositeur qui en vaut la peine.» Jean-Philippe Sylvestre s\u2019attarde au même corpus.Il vient de donner un concert au Festival Classica avec un quatuor formé d\u2019Andrea Tyniec, de Marc Djokic, d\u2019Elvira Misbak- hova et de Stéphane Tétreault.« Les par titions sont nébuleuses, mais très belles.On ne sait pas comment va être le produit final, mais il y a ce mal-être, cette détresse romantique et une grande poésie.L\u2019univers de la musique de chambre présente une autre facette de Mathieu, quelque chose qui surprend les auditeurs.» Cette dif fé- rence radicale, Le Devoir l\u2019avait notée à propos du Trio et du Quintette, des partitions inattendues.« Vous avez écrit un jour que Mathieu, ce sont de grandes mélodies mais pas de structure.Oui, on ne vibrera pas à la même place que dans la musique de Bach, mais on vibre quand même ! » nous dit Jean-Philippe Sylvestre, qui vient d\u2019enregistrer le 4e Concer to , en nous promettant ce swing que nous avions tant apprécié dans son Concerto de Québec.Quant à Jean-Michel Dubé, qui vient de voir paraître un second volume de pièces pour piano seul (Espace 21), il rêve avant tout de voir des œuvres perdues ressurgir des caves ou des greniers.Jean-Philippe Sylvestre Au Festival Classica, le 12 juin à Mont-Royal.Le 14 juin : participation au Pianothon du Centre Phi : six heures de piano à compter de 16h (Classica).L\u2019événement 50e d\u2019André Mathieu Alain Lefèvre et ses invités : Diane Dufresne, Marc Labrèche, Florence K et Catherine Major avec l\u2019Orchestre de la Francophonie.À la Maison symphonique le 14 juin dans le cadre des Francos de Montréal.Jean-Michel Dubé Le 2 juillet au Festival Lachine, le 11 juillet à Music and Beyond (Ottawa) et le 9 août à Musique de chambre à Sainte-Pétronille. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e Ja z z 1 6 | ENTREVUE SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR mmet Cohen est un pianiste américain de 28 ans qui se singularise par une virtuosité qui n\u2019est pas sans rappeler celle qui distingua en leur temps Oscar Peterson, Art Tatum, Bud Powell ou Elmo Hope.En d\u2019autres mots, et non les gros évidemment, il est expansif là où les pianistes d\u2019ECM et d\u2019autres maisons de disques sont économes.Bref, Cohen ne boude ni son plaisir ni le nôtre.Au cours d\u2019un entretien, cet homme, qui accompagnera au Upstairs les saxophonistes Houston Person et Benny Golson ainsi que la chanteuse Veronica Swift durant le prochain Festival de jazz, a confié qu\u2019il cultivait une admiration profonde pour les anciens.Il est obsédé par la transmission des connaissances entre générations.Là où bien des jeunes crient à hue et à dia pour prendre la place des vieux, Cohen s\u2019emploie au contraire à la leur redonner.«Chez moi, cela relève de la fidélité la plus marquée qui soit.La véritable éducation vient de la fréquentation de gens comme Benny Golson, qui est un véritable héros pour moi.On a tous besoin de mentors.» Cette soif pour les savoirs confectionnés et entretenus par les anciens l\u2019a amené à poursuivre une aventure particulière et aux résultats méritant la mention « À écouter sans faute ».Voilà : il y a quelques années, le saxophoniste Cory Weeds de Vancouver, qui est aussi le fondateur de la meilleure étiquette jazz qui soit de ce côté- ci de la frontière, soit Cellar Live, a demandé à Cohen s\u2019il voulait enregistrer un album.«Après y avoir réfléchi, je lui ai proposé de faire une série de disques avec des maîtres du jazz.D\u2019où le titre \u201cMasters Legacy Series\u201d.» Emmet Cohen, le pianiste au service des autres Au disque, le jeune Américain est espansif et ne boude ni son plaisir ni le nôtre Emmet Cohen est obsédé par la transmission des connaissances entre générations.JOHN ABBOTT En spectacle cette semaine Belle affiche samedi soir au Upstairs : le vétéran pianiste Jeff Johnston sera à la tête d\u2019un quintet formé de l\u2019excellent Kevin Dean à la trompette, de Christine Jensen au saxophone alto, du solide Dave Watts à la contrebasse et du tout aussi excellent Dave Laing à la batterie.Prix du billet : 15 $ pour le spectacle qui commence à 20 h 30, 10 $ pour celui de 22 h 15.E Le premier de la série en question, d\u2019ailleurs remarquable, a été fait avec Jimmy Cobb, le batteur de Miles Davis, de Nat Adderley et de quantité d\u2019autres.« Pour le deuxième, j\u2019ai demandé à Ron Carter.Ensuite, nous avons enregistré avec le saxophoniste George Coleman, le batteur Tootie Heath et Benny Golson.Je l\u2019ai accompagné à plusieurs reprises au Jazz Standard.Il apprécie mon jeu.Ces productions devraient sortir au cours des prochains mois.» Outre ces enregistrements, l\u2019obsession évoquée plus haut lui a permis de jouer avec Jimmy Heath, Billy Hart, Kurt Elling, Bryan Lynch et beaucoup d\u2019autres en plus d\u2019être membre des trios Tip City du contrebassiste Christian McBride, du batteur Ali Jackson, du quartet Herlin Riley, et d\u2019avoir joué plusieurs fois avec Houston Person.« Je le connais depuis pas mal de temps.Je le vois le plus souvent possible.On apprend beaucoup à ses côtés.» L\u2019homme étant bardé de diplômes, notamment de la Manhattan School of Music, il enseigne ici et là, entre autres au Lincoln Center de New York.«Je suis un travailleur acharné.Je planche sur divers projets car, fondamentalement, ce que j\u2019aime le plus, c\u2019est apporter la musique aux gens.» Fondamentalement, Emmet Cohen, 28 ans, reste un pianiste virtuose sans l\u2019esbroufe, sans les effets de manche.Pour s\u2019en convaincre, il suffit d\u2019écouter Emmet Cohen Featuring Jimmy Cobb sur Cellar Live. | 17 C u l t u r e D i s q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 POP-ROCK It\u2019s A New Day Tonight ?Michael Rault, Sleepless Records Parlant du nouvel album de Ray La- Montagne à la chronique disques de l\u2019émission Culture Club à la radio d\u2019État, j\u2019essayais la semaine dernière de définir ce qui rend certaines propositions particulièrement irrésistibles pour les pétris de décennies de pop-rock dans mon genre : quelque chose comme un art chansonnier «entre la familiarité et la réinvention».Cela s\u2019applique parfaitement à ce Michael Rault, Torontois que je découvre à son troisième album : c\u2019est fou ce qu\u2019il entrelace dans ses airs, ses arrangements, ses mélodies.Cent albums en un.Il y a du Badfinger dans I\u2019ll Be There, du Lennon époque Plastic Ono Band dans la chanson-titre, du Wings et du ELO dans Sleep With Me, et tellement d\u2019autres allusions tout partout, du Raspberries, du Rembrandts, du Bangles, du Merry-Go-Round (échos du vénéré Emitt Rhodes) et même du James Taylor dans la moustache.Et pourtant, pourtant, et c\u2019est là l\u2019exploit, c\u2019est tout le temps du Michael Rault.Juste à temps pour l\u2019été.Sylvain Cormier CLASSIQUE Prokofiev for Two ?Sergeï Babayan et Martha Argerich, DG 479 9854 Évidemment, un critique musical devrait éviter d\u2019employer le mot «parfait », mais\u2026 Ce disque, paru en mai au Canada, contre fin mars ailleurs, s\u2019est fait attendre.Sergeï Babayan, à l\u2019égard duquel nous avions usé d\u2019un autre mot tabou, celui de «génie », lorsqu\u2019il nous visita au Festival Bach, est le maître d\u2019œuvre de la chose, même si tous les béotiens (pas de mal à la candeur, tant qu\u2019elle ne prétend pas au professionnalisme) y verront le nouveau CD de Martha Argerich enregistré avec un quidam.Le grand Babayan a été le transcripteur inspiré de ces 12 mouvements de Roméo et Juliette et autres danses de Hamlet, Guerre et paix, Eugene Oneguine et La Dame de Pique.Son jeu ne pâlit pas face à celui d\u2019Arge- rich.La complicité pianistique de 25 ans étincelle dès les plages 3 et 4, Danse matinale et Querelle.Allez quérir ces vertiges pianistiques (Juliette enfant ou Sérénade du matin) que personne d\u2019autre au monde que ces deux artistes là ne pourrait nous donner.Désolé, mais c\u2019est la définition de la perfection.Christophe Huss FOLK LUMP ?1/2 LUMP, Dead Oceans Fruit d\u2019une collaboration entre la prodigieuse Laura Marling et Mike Lindsay du groupe «folktronica» Tunng, LUMP ressemble d\u2019abord à un laboratoire permettant à l\u2019auteure-compositrice-inter- prète d\u2019explorer sa voix, son style d\u2019écriture, son jeu de guitare fin, dans un contexte totalement différent du folk plutôt classique grâce auquel elle nous a enchantés.Sur ce bref premier album en tandem (quoique profitant du talent de quelques instrumentistes invités), Lindsay tricote des orchestrations élec- tronifiées nourries de Moog, d\u2019instruments à vent, de batteries, d\u2019effets de studio simples et efficaces, pour donner un semblant d\u2019atmosphère krautrock aux compositions de Marling.Si sa voix est toujours aussi scintillante, c\u2019est la manière, l\u2019interprétation, qui est transformée par l\u2019écrin musical: elle occupe un registre d\u2019émotion plus restreint, usant de répétitions, de mélodies plus linéaires, comme si elle se laissait elle- même bercer par les grooves étonnants (on dirait Giorgio Moroder au synthé sur Hand Hold Hero!) de son collaborateur.Sept chansons, une demi-heure de chansons qui s\u2019écoutent toutes seules.Philippe Renaud AVANT-GARDE Soil ?Serpentwithfeet, Tri Angle Records / Secretly Canadian Impossible de résister au charme et aux audaces de ce premier album complet du New-Yorkais serpentwith- feet (Josiah Wise), même lorsqu\u2019il dérive dans le mélodrame, comme sur la chanson fragrant, qui s\u2019ouvre sur ces strophes: «I called all your ex-boy- friends and asked them for a kiss / I needed to know if they still carried your fragrance».Remarquez, il n\u2019y a de toute façon jamais de retenue sur cet album fragile et sensible, ni dans la voix unique du chanteur, bercé dans le gospel, passionné par le R\u2019n\u2019B contemporain autant que par l\u2019univers musical de Björk \u2014 trois références qui définissent bien le son de soil.Ainsi, le falsetto gracieux et singulier de Wise se pose sur des rythmiques décons- truites, parfois habillées d\u2019orgues et d\u2019arrangements vocaux, comme sur la pastorale whisper qui ouvre si bien l\u2019album.Sur seedless, à la rythmique clinquante signée Clams Casino (A$AP Rocky, Lil B), l\u2019auteur-compositeur-in- terprète renoue avec les atmosphères plus torturées de son premier EP blisters.On écoute avec l\u2019impression de découvrir une voix vraiment unique.Philippe Renaud AMERICANA Downey to Lubbock ?Dave Alvin et Jimmie Dale Gilmore, Yep Roc Rencontres.On trouve des disques, on découvre des artistes sur scène et, bien souvent, on a l\u2019impression que ces disques, ces artistes, nous attendaient.Ce n\u2019est pas affaire d\u2019âge ni de distance : onze ans et mille milles séparent le Downey de Dave Alvin du Lubbock de Jimmie Dale Gilmore.Le rockeur des Blasters (groupe formé en 1978) et le fol- keux des Flatliners (fondés avec Joe Ely et Butch Hancock en 1972), copains depuis pas si longtemps, se sont rendu compte qu\u2019ils avaient le blues, le folk-blues et le R\u2019n\u2019B en commun, et qu\u2019ils en avaient été imprégnés dans le même lieu mythique : l\u2019Ash Grove de Los An- geles.C\u2019est donc là qu\u2019ils sont allés chercher la matière de ce magnifique album, créant quelques chansons de leur cru, ravivant du Lloyd Price (Lawdy Miss Clawdy), du folk hippie (Get Together), du Lightnin' Hopkins et même du Woody Guthrie troublant d\u2019actualité (Deportee).Ce n\u2019est pas seulement une rencontre heureuse : c\u2019est l\u2019Amérique encore possible.Sylvain Cormier SOUL The Golden Octave ?1/2 Witch Prophet, 88 Days of Fortune Cofondatrice et directrice du collectif hip-hop torontois 88 Days of Fortune, l\u2019auteure-compositrice-inter- prète Witch Prophet (Ayo Leilani) offre un nourrissant et intrigant premier album de chansons originales conjuguées au néo-soul, au hip-hop douillet (excellente et incantatoire Manifest et sa boucle de trompette), au funk langoureux (belle ambiance rétro sur Stars), au R\u2019n\u2019B ésotérique et aux rythmes électroniques, comme sur l\u2019extrait Reprogram et son groove deep house goûteux à souhait.Sur les thèmes de l\u2019autono- misation (empowerment) et de la spiritualité, Leilani chante d\u2019un ton serein, chaleureux et assuré, épaulée par une poignée de producteurs et compositeurs, parmi lesquels le Montréalais Sikh Knowledge.Elle est un peu la réponse canadienne (et queer) à Erykah Badu, dans son interprétation libre et moderne des musiques populaires afro-améri- caines, jusque dans sa voix tout en dentelle.En concert le vendredi 15 juin à la Casa del Popolo, à l\u2019invitation du festival Suoni per il Popolo.Philippe Renaud POST-PUNK Constant Image ?1/2 Flasher, Domino Difficile de dire si le post-punk voilé et ténébreux de Flasher est un trip rétro ou une trame très actuelle accompagnant l\u2019anxiété générale de l\u2019époque.Le jeune trio originaire de la capitale états-unienne, remarqué grâce à un premier EP fort bien élaboré en 2016, offre sur ce premier long un savant mélange de pop vitaminé à la sauce A-ha, en moins bonbon, (Pressure, Skim Milk) et un shoegaze enrobé de guitares « fuzzy» rappelant My Bloody Valentine (Go, Harsh Light, Punching Up).Le chant, tâche partagée par le guitariste Taylor Mullitz (anciennement de Priests) et le bassiste Daniel Saperstein, aidés en arrière-plan par la batteuse Emma Baker, se délie comme un enchantement, conférant à la fois force et vulnérabilité au trio qui parle des pièges du travail et du quotidien des minorités sexuelles.C\u2019est à la fois plein de puissance et d\u2019insécurités, empressé et à découvert, tout en nuances.À découvrir sur scène le 12 juin à la Brasserie Beaubien.Sophie Chartier CLASSIQUE Dag Wirén ?Orchestre symphonique d\u2019Islande, Rumon Gamba, Chandos CHSA 5194 Admirateurs de Sibelius et de Nielsen, accourez! Avec la musique du Suédois Dag Wirén (1905-1986), nous ne sommes pas dans le futile et la découverte pour la découverte.Certes, cette musique reste épigonale, mais un épigone de ce calibre plaira à tous ceux qui explorent la musique nordique.Wirén, un réactionnaire, fuit le modernisme et cultive une «musique absolue» qui descend «de Bach, Mozart et Nielsen».Comme beaucoup d\u2019érudits du genre, il est à la fois spongieux (absorbant beaucoup d\u2019idiomes) et personnel.La Symphonie no 3 (1943-1944) me fait beaucoup penser à Sibelius, notamment la 5e Symphonie dans la lutte finale (mais la fin du 1er mouvement doit à la 5e de Nielsen et le mouvement lent, entièrement à Nielsen).D\u2019autres compositeurs parfois inattendus sont convoqués, tel Debussy, dans le finale du Divertimento (1953-1957), en extrait sur les plateformes numériques du Devoir.La virevoltante et spirituelle Sérénade opus 11 est du pain béni pour un ensemble tel qu\u2019I Musici.Bref, il y a dans ce SACD bien du grain à moudre.Christophe Huss L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 8 | GRAND ANGLE JÉRÔME DELGADO LE DEVOIR Bovril.Le nom du célèbre bouillon d\u2019origine animale est désormais, à Montréal, celui d\u2019un bouillon de culture.Le bâtiment à l\u2019angle des avenues du Parc et Van Horne, jadis gîte de la compagnie Bovril, est occupé par une diversité de locataires, dont des ar tistes.Dif ficile par contre d\u2019imaginer que s\u2019y cache aussi une galerie d\u2019ar t : aucune enseigne ne l\u2019annonce.Fondée en 2016, Raising Cattle \u2014 ou « élevage du bétail » \u2014 n\u2019est pas qu\u2019une galerie de plus dans le paysage montréalais.Nichée au 5e étage de l\u2019édifice Bovril, elle ne fait pas dans la vente d\u2019œuvres et n\u2019a que des heures d\u2019ouver ture très limitées.« Sur rendez-vous seulement », lit-on sur le site Web.Raising Cattle est née, selon Jackson Slattery, son cofondateur et désormais seul maître à bord, de la noble idée de rapprocher artistes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.« Les États-Unis sont si près et il nous a paru étrange qu\u2019il y ait si peu d\u2019échanges entre les milieux de l\u2019art des deux pays », dit cet Australien arrivé à Montréal par amour pour une Québécoise.Le local de la galerie est en réalité l\u2019atelier de Slattery, lui-même artiste.La double fonction s\u2019explique pour des questions d\u2019économie et la conversion de l\u2019une vers l\u2019autre se fait naturellement tant l\u2019endroit, petit, a des airs de cube blanc.C\u2019est aussi la raison pour laquelle la dizaine d\u2019expositions qui y ont été présentées n\u2019étaient accessibles qu\u2019un jour par semaine.« Le matin, je sors mon mobilier et mes af faires que j\u2019entrepose au bout du corridor, puis j\u2019accroche les œuvres.Le soir, je fais l\u2019inverse.» La voie de garage Des galeries comme Raising Cattle, qui poussent là où on ne les attend pas, il y en a de plus en plus à Montréal.L\u2019atelier d\u2019artiste qui se transforme en aire d\u2019exposition a un autre exemple, pas loin du Bovril, sur la r ue Bellechasse \u2014 la galerie Soon.tw, désormais un incontournable.Ces cas semblent presque confor tables en comparaison de ceux des galeries aux noms audacieux Vie d\u2019ange et Calaboose \u2014 prison, en français, ou plus précisément taule \u2014, qui ont choisi comme toit\u2026 un garage.L\u2019état d\u2019usure, l\u2019aspect rêche des murs et le vide sont leur attrait.Autre point commun : s\u2019établir en marge des lieux habituels.Raising Cattle se trouve certes dans le Mile- End, mais loin du boulevard Saint- Le nouveau souffle des galeries de poche Quand des lieux inusités et marginaux tels que des garages servent de galeries d\u2019art Photo du haut : Vue de l\u2019exposition Hopping the Twig à Calaboose.Photo du bas : Vue de l\u2019exposition Four Pillars à L\u2019Inconnue.CALABOOSE/ SANDRA LAROCHELLE Laurent et du Pôle de Gaspé.Rues résidentielles, voire difficiles d\u2019accès \u2014 la rue Marconi choisie par Vie d\u2019ange\u2026 Et si la galerie surgit au bord d\u2019une avenue fréquentée, celle- ci est presque une autoroute, dans un no man\u2019s land : L\u2019Inconnue donne rendez-vous sur le boulevard Crémazie, avec vue (et ouïe) sur le trafic de la Métropolitaine.« La galerie de poche, dans un espace incongru, comme un garage déchu, c\u2019est vraiment inspirant, note Hubert Marsolais, collectionneur et restaurateur, lui-même à l\u2019origine du resto huppé comme espace d\u2019exposition (le Club Chasse et Pêche).Cette nouvelle génération de galeristes, par fois des artistes eux-mêmes ou de très jeunes, fait un travail très intéressant.» Hubert Marsolais a presque pris ces galeries sous son aile.Du moins, il en a invité quelques-unes à sortir de leurs murs le temps d\u2019une exposition dans des espaces commerciaux vacants de la rue Laurier.L\u2019événement Épisode Laurier (voir encadré) respire le même air incongru que celui des galeries.« J\u2019aime l\u2019esprit communautaire derrière cette idée d\u2019investir un lieu, de le faire revivre.Imaginer de la poésie dans le désaf fecté, c\u2019est un complément, pas un remplacement », estime l\u2019homme for t de la | 19 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 « Allégorie comique autour de Napoléon est nappé de moments burlesques rappelant le cinéma muet.» Pierre Blais À L\u2019AFFICHE ! NapoléonEnApparte restauration montréalaise, pour qui la présence de traces d\u2019une vie antérieure est un attrait.Sentiment d\u2019urgence Qu\u2019est-ce qui anime ces jeunes galeries sans le sou (à quelques exceptions près)?Si pour Jackson Slattery, il s\u2019agit du besoin de se trouver une famille, pour Daphné Boxer, de Vie d\u2019ange, c\u2019est l\u2019attrait de l\u2019expérimentation.«Nous sommes une rare galerie où l\u2019on peut créer directement sur place [on-site], dit-elle.Notre lieu est vraiment impur, constamment sale.Nous n\u2019étions pas sûrs que les artistes apprécieraient, mais au contraire, ils ont aimé [sa] différence.» Garrett Lockhart, de Calaboose, résume ces initiatives à un certain sentiment d\u2019urgence.L\u2019urgence de s\u2019approprier un lieu unique, d\u2019une autre époque, condamné à disparaître, à l\u2019instar du garage de Vie d\u2019ange, sous son aspect br utaliste et sa forme en trapèze.Mais aussi l\u2019urgence de partager.L\u2019exposition inaugurale de Calaboose en novembre 2017 \u2014 un solo du peintre Vincent Larouche \u2014 découle en ef fet de cette instinctive nécessité.«Vincent Larouche avait tellement de peintures dans son studio, que je lui ai dit qu\u2019il fallait exposer son travail.Je ressentais l\u2019urgence de le montrer », raconte Garrett Lockhart, artiste lui aussi.Le nom de la galerie lui est venu chez un collègue qui cherchait un conteneur où entreposer des œu- vres.Lockhart a eu l\u2019image d\u2019un casier, ou d\u2019une prison.Après, c\u2019est Da- nica Pinteric, avec qui il a fondé Calaboose, qui a trouvé l\u2019endroit idéal dans Saint-Henri : un garage résidentiel, avec une minuscule fenêtre et suf fisamment grand pour y garer une voiture.Nouveau modèle ?Chacune des galeries a sa propre histoire, ses objectifs, ses raisons.Le choix de la marge n\u2019est pas pour l\u2019éternité, chaque fois.Leila Greiche, directrice de L\u2019Inconnue, adore le local qu\u2019elle a déniché à l\u2019ombre de l\u2019autoroute, son deuxième après une année dans Saint-Henri.Le plancher aux dalles vert lime, elle ne le changera pas.Mais celle qui court déjà les foires nord-américaines rêve d\u2019ouvrir une seconde galerie, dans une plus grande ville.Garrett Lockhar t estime qu\u2019à Montréal, comme à Toronto, où les Épisode Laurier La faillite d\u2019une boulangerie, le déménagement d\u2019une boutique et d\u2019autres histoires ont laissé des trous dans l\u2019avenue Laurier Ouest.Elle n\u2019est pas la première artère commerciale à afficher ce triste visage, mais elle est celle qui servira de test à l\u2019entrepreneur et friand d\u2019art Hubert Marsolais.Épisode Laurier consiste à transformer quatre de ces anciens commerces en galeries.L\u2019exposition de quatre jours aura une suite lorsque le restaurateur ouvrira son hôtel-boutique-galerie sur la même avenue.Épisode Laurier se poursuit jusqu\u2019à dimanche.À gauche : Rachel Maclean, The State of Happinell à Vie d\u2019ange.En bas : la Raising Cattle a pris racine dans l\u2019édifice Bovril.Vue d\u2019installation à l\u2019intérieur.VIE D\u2019ANGE/ MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR/RAISING CATTLE nouvelles galeries portent des noms tels que Bunker ou Little Sister, un nouveau vent souffle sur l\u2019art contemporain.Il ne condamne pas l\u2019actuel réseau de galeries marchandes et centres d\u2019artistes, mais qualifie le modèle de Calaboose et de ses similaires d\u2019un nécessaire do-it-yourself.« L\u2019histoire des centres d\u2019artistes au Canada est importante, mais ils sont devenus des institutions [tenues aux subventions].Il faut éviter la bureaucratie et travailler plus directement avec les ar tistes.Le modèle qu\u2019on propose deviendra peut-être un jour institution, mais l\u2019intérêt est de tester quelque chose.On est un nouvel intermédiaire.» Ce nouvel intermédiaire ne vend pas, mais offre une plateforme Web dont se servent les artistes pour se vendre eux-mêmes.Il faut encore que ces galeries, encore toutes jeunes, survivent.Calaboose vient de perdre son garage de la rue Sainte- Émilie, mais ses fondateurs ne perdent pas espoir.Et, admettent-ils, ils ont fait une première demande de bourse en vue du Prix de la relève du Conseil des arts de Montréal.L\u2019obtenir leur permettra de se dénicher une nouvelle minuscule prison.Quelques adresses Calaboose, nouveau site à venir.L\u2019Inconnue, 233, boulevard Crémazie Ouest.Raising Cattle, 6201, avenue du Parc, no 505.Soon.tw, 305, rue de Bellechasse, local 101.Vie d\u2019ange, 6820, rue Marconi. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 2 0 | CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019exposition en cours est le fruit inaccoutumé d\u2019une carte blanche offerte par René Blouin à des artistes invités.Il s\u2019agit de Simon Belleau, de Nicolas Lachance, de Jean-François Lauda et de Jérôme Nadeau, le quatuor derrière la galerie Soon.tw.Le galeriste a vu en eux l\u2019occasion de souligner, en ce 70e anniversaire du Refus global, les initiatives d\u2019artistes au Québec qui, depuis les années 1940, proposent une diffusion autogérée de l\u2019art.Récemment décoré de l\u2019Ordre du Canada, le galeriste en sait quelque chose, lui qui, dans les années 1970, fut de Véhicule Art, un des premiers centres d\u2019ar tistes.Ils sont par dizaines aujourd\u2019hui répar tis sur le territoire et à constituer la forme établie de l\u2019autogestion, une situation qui évolue avec les nouvelles manières de faire expérimentées par une autre génération d\u2019ar tistes.Soon.tw fait par tie de cette mouvance, ainsi que Vie d\u2019Ange, dont un des membres du duo instigateur, Eli Kerr, signe pour l\u2019exposition à la galerie René Blouin un texte sur le phénomène, apportant à la réflexion de nécessaires nuances.Arrivée inopinément, l\u2019invitation lancée aux artistes par le galeriste n\u2019a cependant rien d\u2019ar tificiel.Le pont existait déjà avec Nicolas La- chance, qui y est représenté, et avec d\u2019autres artistes de la galerie qui ont une relation avec Soon.tw et ses gars, par un projet d\u2019exposition (Pierre Dorion) ou par l\u2019enseignement (Geneviève Cadieux à Concordia, où Belleau et Nadeau sont passés).Réseau af finitaire et reconnaissance mutuelle préludent donc cette exposition qui, bien que rafraîchissante, ne jure pas avec le genre de la maison.Dans l\u2019œil dé- férent des jeunes ar tistes, elle est d\u2019ailleurs vue comme une institution faisant l\u2019histoire.Temporalité complexe Temps et mémoire sont convoqués tant par le contexte de l\u2019exposition \u2014 et son titre d\u2019inspiration proustienne \u2014 que par les œuvres des quatre garçons dont les univers bien distincts dialoguent savamment dans un espace ouvert, excluant les ensembles monolithiques.Temporalité non linéaire, confusion des âges technologiques et matérialité trompeuse Ruines et survivance dans le faire de quatre artistes René Blouin offre carte blanche au quatuor de la galerie Soon.tw Photo du haut : vue d\u2019installation, Du côté de chez Soon, à la galerie René Blouin.Photo du bas : Jérôme Nadeau, The Less Orpheus, 2018.PHOTOS SIMON BELLEAU sont d\u2019ailleurs le ferment des œuvres et leur sujet.D\u2019entrée de jeu, une sculpture de Belleau le dit sous la forme d\u2019une horloge grand-père appropriée et détournée.Son devenir organique la fait désormais se passer des aiguilles rassurantes qui égrenaient le temps.Les œuvres accusent ainsi des processus lents et des gestes parcimonieux ou obstinément répétés.Objets et images sont alors soustraits de la logique productiviste et des rappor ts instantanés devenus la norme.Pour ses tableaux, Lachance décante la matière, la pulpe de papier de duplicatas, et multiplie les passages d\u2019un régime visuel à un autre, intégrant moulage et sérigraphie à une archéologie inventée, qui révèle des manifestations désuètes de l\u2019ère industrielle en plus d\u2019indiquer la présence de l\u2019artiste et son faire.Des personnages habitent le nouveau corpus qui renvoie entre autres au thème de la danse macabre, pour qui nul n\u2019échappera à la mort.L\u2019iconographie traditionnelle la montre visitant les mortels qu\u2019elle invite dans une farandole, dont l\u2019artiste a retenu les fragments isolant le motif des mains, tendues l\u2019une vers l\u2019autre.L\u2019interstice créé raconte un moment qui n\u2019est pas scellé et insiste sur le Du côté de chez Soon À la galerie René Blouin, 10, rue King, à Montréal jusqu\u2019au 7 juillet C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 FESTIVAL D\u2019OPÉRA DE QUÉBEC 24 juillet au 6 août 2018 FESTIVALOPERAQUEBEC.COM SU R L E R A DA R La vénération du quotidien chez Gathie Falk Elle a fêté ses 90 ans en janvier dernier et vient de publier ses mémoires.L\u2019artiste multidisciplinaire Gathie Falk y retrace son parcours artistique \u2014 qui comprend entre autres 55 expositions individuelles à travers le pays et à l\u2019étranger \u2014, récit entrecoupé de chapitres où elle parle de moments marquants de sa vie et de ses liens avec sa famille.Falk y traite de sa première exposition de peinture en 1962 à la Vancouver Art Gallery, de ses sculptures en céramique et de ses environnements réalisés à partir de 1966, de ses débuts dans la performance en 1968, de son retour à la peinture en 1977 après une visite à Padoue pour y admirer les œuvres de Giotto.Ses performances marquèrent en particulier son époque.On pouvait y voir Falk « manger un œuf, lire un livre, boire du thé, laver son visage, mettre du maquillage, couper ses cheveux »\u2026 Cela fit dire aux historiens de l\u2019art que son travail porte sur la vénération du quotidien.Nicolas Mavrikakis Apples, etc.An Artist\u2019s Memoir Gathie Falk avec Robin Laurence, Figure 1 Publishing, Vancouver, 2018, 218 pages En anglais contact potentiel, une résistance à la force mortifère.Elle n\u2019est pas sans rappeler que les opérations de moulage, d\u2019empreinte et de trace captées par l\u2019artiste maintiennent ainsi certaines réalités dans la survivance.Fait main Le fait main est une valeur cardinale partagée par Nadeau et Lauda, qui réactualisent le langage de l\u2019abstraction.Le premier travaille à partir de la photographie, minant la nature référentielle de la technique pour affirmer une réalité autonome s\u2019incarnant dans l\u2019opacité de la matière.Par des manipulations et une pratique inhabituelle des procédés, l\u2019artiste complique l\u2019identification de la cause de l\u2019image, lui conférant une riche portée énigmatique.Les petits formats adoptés alimentent le sens du secret des œuvres qui ne se rangent ni totalement du côté de l\u2019analogique ni du numérique et qui présentent des airs de famille avec la peinture, la gravure et même le tissage.Dans une impression sur bannière perforée, Nadeau agrandit l\u2019échelle d\u2019une image qu\u2019il a délestée de ses informations, des ablations curieusement génératrices qui, du vide, en densifient la présence.À grande échelle aussi, la série de peintures de Lauda procède quant à elle à l\u2019accumulation audacieuse de noirs profonds sur les toiles évidées dans leurs pourtours d\u2019où surgissent timidement les couleurs en signes irréguliers.C\u2019est par Belleau que vient la plus singulière des contributions, avec ses objets altérés qui franchissent le règne du vivant, évoquant l\u2019ère an- thropocène.Ses œuvres répar ties dans l\u2019espace agissent comme de puissants liants poétiques avec les autres.Au sol, des gants de baseball \u2014 encore le motif de la main \u2014 se mutent en crabes indolents sortant de leur dormance.La fiction de lendemains post-apocalyptiques pointe ici et là.Un vétuste climatiseur repose sur un des flancs ; en son sein, une serviette de bain repliée octroie une dimension organique à l\u2019automate qui fait tourner sur rouleaux un ciel ennuagé sorti de l\u2019imagerie d\u2019un classique du jeu vidéo.Sisyphien, le mouvement renforce l\u2019absurdité de la fragile étiquette inscrivant « 2:54 ».L\u2019objet, qui interpelle la tradition des machines célibataires à la Duchamp, trouve un complément dans l\u2019œuvre suivante, qui présente une culture en sac de champignons reishi dont la vitalité reproductive s\u2019affirme par la poudre colorée d\u2019une multitude de spores.Sur le chemin du retour, le regard croise une petite photo en noir et blanc (Nadeau) de la béance ouverte d\u2019une grotte, une allusion au mythe du labyrinthe, un des récits, avec ceux des métamorphoses, dont sont pétries plusieurs œuvres réunies.Le fil d\u2019Ariane tendu par les artistes opère, un succès qu\u2019il faudrait aussi mettre sur le compte de leur complicité qui donne envie de les suivre, dans leur pratique individuelle comme dans leurs activités chez Soon.tw.Gathie Falk en pleine création.Photo tirée du livre Apples, etc.FIGURE 1 PUBLISHING « excellent » banc d\u2019essai, lorsque l\u2019on commence sa carrière.Le Théâtre Globe Bulle Rouge y présente d\u2019ailleurs un troisième spectacle consécutif, après Rashômon et Trouver l\u2019eau si belle de Simon Boulerice.En direct de l\u2019univers C\u2019est dans un planétarium que Marie Ayotte a subi sa première crise d\u2019anxiété existentielle, à huit ans.« J\u2019ai réalisé tout d\u2019un coup que j\u2019étais si peu dans tout ça.L\u2019univers était tellement immense que peu importe ce que j\u2019allais faire, de grandiose ou pas, je n\u2019allais rien changer.Cela m\u2019a marquée pendant très longtemps.» Dans sa pièce, une expérience anxieuse se croise avec le récit d\u2019une visite dans l\u2019un de ces lieux impressionnants, avec ses guides énonçant de véritables données scientifiques.Selon Andrée-Anne Giguère, l\u2019une des trois interprètes, ce spectacle sensoriel va affecter différemment chaque spectateur : «On n\u2019en ressort pas nécessairement avec un sens précis d\u2019une histoire qui nous a été racontée, mais avec des sensations qu\u2019on a vécues.» Outre de nombreux stimuli sonores et visuels, ce show immersif propose aussi un jeu avec le public.« On ne le met pas dans une position inconfortable, mais on va l\u2019interpeller de diverses façons afin de vraiment créer une expérience unique à chacun, note l\u2019auteure.Personnellement, ce que je n\u2019aime pas au théâtre, c\u2019est d\u2019avoir l\u2019impression que ma présence en tant que spectatrice ne change absolument rien.Qu\u2019on pourrait montrer une vidéo de la scène, ce serait exactement pareil.C\u2019est pourquoi je suis allée chercher des ar tistes en performance.» Les interprètes de Planétarium n\u2019y incarnent pas vraiment des personnages.« C\u2019est nous sur scène, dans notre vulnérabilité, indique la comédienne.J\u2019ai déjà fait des crises de panique, donc je me reconnais dans le texte.Et toutes les trois, on manipule une caméra en direct pour créer des univers.Ce qui nous ramène aussi au moment présent, sur la scène.» Afin de traduire la sensation de noyade qu\u2019éprouve Marie Ayotte lors d\u2019une crise d\u2019anxiété, les images du spectacle puisent dans la similarité entre les fonds marins et l\u2019espace, « deux immensités encore très peu explorées ».Responsable des projections, Andrée-Anne Giguère a eu l\u2019idée de la manipulation d\u2019éléments dans des bacs d\u2019eau pour former ces visions.« C\u2019est intéressant d\u2019en voir la création en direct : si le spectateur regarde juste l\u2019écran, il voit une galaxie.Mais s\u2019il observe les actrices, il constate plutôt qu\u2019elles ont étendu des brillants dans de l\u2019eau\u2026 » On peut donc choisir soit la magie, soit la réalité.L\u2019auteure désire explorer la faculté de l\u2019art scénique de laisser chacun «faire son propre montage.Un spectateur veut juste se laisser envelopper par les images et la musique?Il peut le faire.Il peut vraiment créer sa propre expérience.C\u2019est toute la beauté, pour moi, du théâtre».ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR e l\u2019auteure à la régisseuse, en passant par les con - ceptr ices techniques : que des femmes.La petite production du Théâtre Globe Bulle Rouge (Histoires d\u2019homme, Trois histoires de mer, vues au Prospero intime) et du Théâtre Dé-chaînés s\u2019est donné ce rare mandat d\u2019une équipe entièrement féminine, un geste délibéré en opposition à la sous-représentation que l\u2019on sait.D\u2019autant que sa création s\u2019appuie sur la science, un autre domaine dominé par les hommes.Si le propos n\u2019est pas genré et que la pièce s\u2019adresse à tous, cette composition a une résonance intéressante puisque Planétarium traite d\u2019anxiété, explique l\u2019auteure et metteure en scène Marie Ayotte.Qu\u2019est-ce que c\u2019est, d\u2019être assaillie constamment par des doutes et des idées autodéprécia- trices « dans une société où, déjà, il faut se composer une façade, montrer qu\u2019on ne va pas se faire piler sur les pieds, sur tout dans des domaines plus masculins?On ne veut pas paraître faible.Mais la dichotomie est dure à porter».La dramaturgie au féminin est parfois vue comme axée sur nos « petits sentiments », déplore-t-elle.« Pour prouver qu\u2019on peut faire du théâtre qui challenge, on doit être encore plus forte et foncer.» La créatrice, qui a fait ses classes notamment au Théâtre Tout Court, livre ici sa première longue pièce.Planétarium explore une réalité qu\u2019elle- même vit, ayant subi une grave crise anxieuse il y a un an: «Je me suis ramassée à l\u2019hôpital, certaine que j\u2019étais en train de mourir.» La démarche artistique de Marie Ayotte repose sur un désir de vérité totale, «sans enjoliver».«Bien sûr, toute vérité dans une œuvre artistique est un mensonge, dans la mesure où on met certaines choses en lumière \u2014 on fait des choix.Mais tout ce qui est dit [vient] de sentiments, d\u2019événements que j\u2019ai vécus, afin d\u2019être le plus authentique possible.» Son objectif est de créer une expérience immersive grâce à laquelle les spectateurs souffrant de ce problème répandu pourront se sentir moins seuls.Et d\u2019essayer de faire ressentir aux autres ce que signifie vivre avec l\u2019anxiété.Un mal « dif ficile à imaginer » et encore en butte au jugement.Et le festival Fringe s\u2019avère un L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e Fe s t i va l S t -A m b r o i s e F r i n g e d e M o n t r é a l 2 2 | L\u2019angoisse de l\u2019infiniment grand La création Planétarium traite d\u2019anxiété à travers une expérience immersive Trois spectacles dans l\u2019air du temps Guédailles.Cette production du féministe Théâtre des Laides semble tomber pile, à l\u2019heure du mouvement #MeToo.S\u2019inspirant de témoignages réels, la création de Catherine Morrissette traite de solidarité féminine face à divers abus.Du 9 au 17 juin, à la salle Jean-Claude Germain.La débarque.Le comédien et auteur Thierry Leblanc, lui, tente une «décons- truction de la masculinité toxique» sous la forme d\u2019un interrogatoire policier.Du 9 au 17 juin, au studio Jean-Valcourt du Conservatoire.Projet Trolls.Apocalypse 2.0 : Wina Forget a puisé dans de réels commentaires vicieux sur Internet pour nourrir sa satire politique, où les trolls prennent le visage de zombies\u2026 Au MAI, jusqu\u2019au 17 juin.Marie Ayotte et Andrée- Anne Giguère, respectivement auteure et interprète de Planétarium, qui sera jouée dans le cadre du Fringe.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR D Planétarium Texte et mise en scène de Marie Ayotte, une production de Théâtre Globe Bulle Rouge, en collaboration avec Théâtre Dé-chaînés, à la salle Jean-Claude Germain, du 11 au 17 juin LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Lectures d\u2019été 25 livres indispensables pour les vacances Entrevue La littérature radicale d\u2019Édouard Louis L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é 2 4 | Pinsonia (1500-2011) ?Rodolphe Lasnes, Leméac, Montréal, 2018, 240 pages Un journaliste enquête sur la mort d\u2019un ami cinéaste.Ses découvertes vont le confronter aux mensonges et aux faux-semblants qui façonnent parfois les États.Ce que Christian Desmeules en a dit : « Mélangeant roman noir, récit historique et uchronie tropicale, à coups de détails criants de vérité et d\u2019habile fumisterie, Rodolphe Lasnes arrive à construire un univers parfaitement maîtrisé.» Les querelleurs ?France Théoret, La Peuplade, Chicoutimi, 2018, 152 pages Un éditeur qui a la certitude d\u2019avoir fait l\u2019histoire et un écrivain qui surjoue son importance s\u2019affrontent sur fond de réédition.Ce que Fabien Deglise en a dit : «Chronique fine et caustique d\u2019un combat de coqs en terrain judiciaire, le livre dresse le portrait délicieusement vitriolique de la suffisance, des manipulations et des jeux de domination, très mâles, dont aime se gausser un certain pan lettré du féminisme auquel l\u2019auteure revendique depuis des années une appartenance.» La fatigue des fruits ?Jean-Christophe Réhel, L\u2019Oie de Cravan, Montréal, 2018, 84 pages Un recueil de poésie qui revendique le droit à la fatigue.Ce que Dominic Tardif en a dit : «Réhel s\u2019entête à décrire les aspects les plus prosaïques d\u2019une vie où les allers-re- tours vers la clinique se font trop nombreux pour que chacun d\u2019entre eux devienne un événement.Sa fatigue, c\u2019est aussi l\u2019usure prématurée d\u2019un corps ayant rarement le luxe d\u2019un jour de repos.» Vingt-cinq coups de cœur pour un été À l\u2019approche des vacances, les critiques du Devoir vous proposent une sélection de livres qui les ont fait vibrer depuis le début de l\u2019année.Première escale : les fictions et non-fictions du Québec.Le marcheur du ciel ?Daniel Mativat, Montréal, Pierre Tisseyre, 2018, 136 pages Dans ce roman pour adolescents, un homme raconte l\u2019histoire de son arrière-grand-père qui a participé à la construction du pont de Québec au début du XXe siècle.Ce que Marie Fradette en a dit : «L\u2019écriture très imagée de Daniel Mativat et son sens du rythme contribuent à la richesse de ce roman qui donne la parole aux ouvriers, mais aussi à ces Amérindiens qui ont participé à la construction.» Récolter la tempête ?Benoît Côté, Triptyque, Montréal, 2018, 342 pages La grande tragédie de l\u2019adolescence se joue ici sur les terres banales de Saint-Hyacinthe.Ce qu\u2019Anne-Frédérique Hébert-Dolbec en a dit : «Dans un langage extrêmement travaillé dans lequel tous les adolescents des années 1990 débusqueront une pointe de poésie, le compositeur québécois donne vie avec un réalisme saisissant aux questionnements, aux pertes de repères, aux rejets des conventions, aux inévitables déceptions et aux déchirements identitaires qui jonchent le passage vers l\u2019âge adulte.» Douze ans en France ?1/2 Mélikah Abdelmoumen, VLB, Montréal, 2018, 224 pages Entre 2005 et 2017, une Québécoise née à Chicoutimi vit à Lyon en France.Elle en a ramené un récit politique.Ce que Dominic Tardif en a dit : «Après avoir un temps idéalisé le Québec depuis cette France qui la tyrannisait, l\u2019expatriée déchantera d\u2019un coup en apprenant la nouvelle de l\u2019attentat à la mosquée de Québec, en janvier 2017.» | 2 5 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 De concert ?1/2 Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard, Singeon, La mauvaise tête, Montréal, 2018, 92 pages C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un concert à la Sala Rossa, haut lieu de la musique marginale à Montréal, racontée à huit mains par un groupe de joyeux bédéistes.Ce que Dominic Tardif en a dit: «Que ce soit pour nourrir sa misanthropie en observant les autres spectateurs, sortir de son corps, se mettre dans le trouble ou dans l\u2019espoir de frencher un inconnu avant que le soleil ne se lève, le rock demeure le plus fidèle des alliés.» Il n\u2019y a pas d\u2019erreur : je suis ici ?1/2 Éléonore Létourneau, XYZ, Montréal, 2018, 154 pages Un designer d\u2019objets au bord du gouffre va revoir Venise avec l\u2019intention d\u2019y mourir.Ce que Fabien Deglise en a dit : «Le texte donne l\u2019impression d\u2019une syntonie étrange avec le Lento Cantabile Semplice d\u2019Henryk Gorecki (Symphonie no 3, opus 36) ou avec la langueur funeste de quelques chansons d\u2019Alain Bashung.[\u2026] L\u2019écriture précise, aiguisée et juste de la jeune romancière livre une solide cartographie de l\u2019âme humaine sondée dans cette fragilité que la maladie parfois installe.» Nos silences ?1/2 Wahiba Khiari, XYZ, Montréal, 2018, 94 pages La décennie noire en Algérie racontée par une femme qui en a été une des grandes victimes.Ce que Fabien Deglise en a dit : «Le roman de Wahiba Khiari est bref.Sa charge évocatrice, elle, cultive toutefois l\u2019effet durable, en portant l\u2019angoisse de ces bruits qui annonçaient le pire le soir autour des maisons et l\u2019incompréhension mâtinée de résignation sur les visages d\u2019un peuple en train de laisser son humanité se faire submerger par l\u2019histoire.» Alice marche sur Fabrice ?Rosalie Roy-Boucher, Éditions de Ta Mère, Montréal, 2018, 165 pages Dans ce premier roman, une jeune fille cherche à dissoudre son chagrin d\u2019amour sur le chemin de Compostelle.Ce que Dominic Tardif en a dit : «Pour emprunter au vocabulaire d\u2019Offenbach, le ton de ce roman est celui d\u2019un rock de velours, hurlé entre tendresse et sarcasme, par une jeune femme refusant de baisser les bras.» Un mal terrible se prépare ?Laurent Lussier, La Mèche, Montréal, 2018, 240 pages Dans la forêt laurentienne, un jeune campeur trouve une chauve-souris morte et devient bénévole au sein d\u2019un réseau d\u2019urgence pour la faune.Ce que Dominic Tardif en a dit : « Faux thriller environnemental, roman d\u2019apprentissage, portrait d\u2019un homme se laissant porter par les événements ; Un mal terrible se prépare se dérobe à toutes les descriptions et donne souvent à son lecteur l\u2019impression d\u2019avoir gobé une grosse poignée de champignons hallucinogènes.» Dans un hamac : l\u2019une des bonnes façons de profiter de la lecture estivale KARL-JOSEF HILDENBRAND AGENCE FRANCE-PRESSE VOIR PAGES 26 ET 27 : LA SUITE DE NOS INDISPENSABLES DE L\u2019ÉTÉ L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é 2 6 | Mettre le monde dans ses bagages Vingt-cinq coups de cœur, seconde escale: les fictions d\u2019ailleurs Le fer et le feu ?1/2 Brian Van Reet, traduit de l\u2019anglais par Michel Lederer, Éditions de l\u2019Olivier, Paris, 2018, 299 pages Critique de la guerre et de l\u2019engagement militaire américain à l\u2019étranger par ses visages humains.Ce qu\u2019Anne- Frédérique Hébert-Dolbec en a dit : «En choisissant de montrer la guerre dans toute son humanité, ni noire, ni blanche, à travers ses convictions autant que ses désillusions, Brian Van Reet offre un premier roman poignant et intemporel qui encourage à ouvrir les yeux au-delà des faibles échos qui nous parviennent de ces violents conflits.» Le lambeau ?Philippe Lançon, Gallimard, Paris, 2018, 512 pages Survivant de l\u2019attentat à Charlie Hebdo, l\u2019auteur raconte sa lente reconstruction.Ce que Christian Desmeules en a dit : «Avec ce récit calme et puissant, Lançon effectue une plongée dans le temps à la recherche de sa mémoire lointaine.[\u2026] On ne trouvera pas d\u2019amalgames et encore moins de colère dans Le lambeau \u2014 si l\u2019auteur en éprouve, rien ne transparaît le long des cinq cents pages de son récit.» Le pouvoir ?Naomi Alderman, traduit de l\u2019anglais par Christine Barbaste, Calmann-Lévy, Paris, 2018, 400 pages Dans un monde au futur incertain, l\u2019apparition d\u2019un étrange pouvoir renverse le rapport de force entre les hommes et les femmes.Ce que Fabien Deglise en a dit : « Redoutable critique des emportements féministes du moment, le bouquin de Naomi Alderman tient en haleine de la première à la dernière page, avec sa diversité de personnages qui incarnent les différentes facettes d\u2019une dérive prévisible.» My Absolute Darling ?Gabriel Tallent, traduit de l\u2019anglais par Laura Derajinski, Gallmeister, Paris, 2018, 464 pages Dans le nord de la Californie, une jeune fille issue d\u2019une famille recluse se bat pour devenir elle-même.Ce que Christian Desmeules en a dit: «Chronique d\u2019une relation empoisonnée qui prend la forme insoutenable et mensongère d\u2019un \u201camour absolu\u201d, le roman de l\u2019Américain de 31 ans [\u2026] est surtout un récit d\u2019apprentissage accéléré gonflé de sève et de violence.[\u2026] Un voyage au cœur des ténèbres à la puissance rare, servi par une écriture sensuelle et minutieuse.» Les amants polyglottes ?Lina Wolff, traduit du suédois par Anna Gibson, Gallimard, Paris, 2018, 300 pages Une trentenaire à la vie sentimentale abîmée trouble sa vie en détruisant un manuscrit confié à un critique littéraire obèse.Ce que Fabien Deglise en a dit : « Les amants polyglottes laisse l\u2019ignominie dévoiler la poétique de son visage et donne cette voix littéraire, habitée par la délicatesse et la précision à une faune humaine figée dans la médiocrité de certains déterminismes.» Le ministère du Bonheur suprême ?Arundhati Roy, traduit de l\u2019anglais par Irène Margit, Gallimard, Paris, 2018, 544 pages Au cœur de l\u2019Inde, ce roman social et politique suit la trajectoire de personnages brisés dans un monde qui l\u2019est tout autant.Ce que Christian Desmeules en a dit : « Sous le regard sensible et aiguisé de l\u2019écrivaine, qui n\u2019hésite pas [\u2026] à multiplier les voix et les points de vue, le Vieux Delhi devient une ruche immense animée d\u2019un va-et-vient incessant, un désordre organisé à la logique complexe.Le concentré d\u2019un pays immense et pluriel.» | 2 7 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 3 fois dès l\u2019aube ?Aude Samama et Denis Lapière, d\u2019après Alessandro Baricco, Futuropolis, Paris, 2018, 100 pages Deux personnages, un homme, une femme, se rencontrent trois fois dans trois chambres d\u2019hôtel différentes.Ce que Fabien Deglise en a dit : « Il y a quelque chose des toiles d\u2019Edward Hopper qui traverse la proposition graphique de cette œuvre singulière mettant en dessin l\u2019étrange roman d\u2019Alessandro Baricco Trois fois dès l\u2019aube.Sublime.» Voleur, espion et assassin ?Iouri Bouïda, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, Paris, 2018, 336 pages L\u2019auteur passe par la fiction pour raconter son enfance vécue dans une petite ville près de Kaliningrad.Ce que Christian Desmeules en a dit : «Avec humour et profondeur, Iouri Bouïda, longtemps journaliste dans l\u2019enclave soviétique et poète frénétique qui écrivait des \u201cvers au kilomètre\u201d, a mis beaucoup de lui-même dans cette autobiographie en forme d\u2019épique roman d\u2019apprentissage.» Mon frère ?Daniel Pennac, Gallimard, Paris, 2018, 130 pages Daniel Pennac rend hommage à son grand frère, Bernard, sans qui il ne serait jamais entré en littérature.Ce que Fa- bien Deglise en a dit : «La tristesse et l\u2019angoisse du vide y sont magnifiquement dépassées et laissent surtout la place à une réflexion simple et sensible sur la part de l\u2019autre en soi et sur le mystère de ces attachements familiaux, de ces liens solides qui s\u2019installent entre des êtres capables au bout d\u2019une vie passée ensemble de se connaître, oui, mais finalement très peu.» Plus jamais seul ?1/2 Caryl Férey, Gallimard «Série Noire», Paris, 2018, 320 pages L\u2019ex-flic borgne Mc Cash doit concilier enquête et vacances en famille.Ce que Michel Bélair en a dit : « Cette intrigue extrêmement solide aux ramifications étonnantes repose avant tout sur une écriture époustouflante et une série de personnages hors du commun.[\u2026] Son écriture est vive, lancinante, souvent vitrio- lique, à l\u2019image du caractère et du verbe de son personnage principal.» 4 3 2 1 ?1/2 Paul Auster, traduit de l\u2019anglais par Gérard Meudal, Actes Sud/Leméac, Arles/Montréal, 2018, 1020 pages Un personnage, quatre versions de sa jeunesse qui traverse la fin des années 1940 jusqu\u2019au début des années 1980 dans une Amérique en mutation.Ce que Fabien De- glise en a dit : «Exercice de style sur la mouvance des identités, journal d\u2019un New-Yorkais savourant les possibles que l\u2019énergie d\u2019une mégalopole lui offre [\u2026], cartographie intime des ramifications, ce mégaroman a les phrases longues et les digressions nombreuses sur l\u2019être, le devenir.» Le serpent de l\u2019Essex ?1/2 Sarah Perry, traduit de l\u2019anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois éditeur, Paris, 2018, 382 pages Une jeune veuve quitte Londres et s\u2019intéresse à la légende d\u2019un monstre marin dans une petite ville de l\u2019Essex.Ce que Manon Dumais en a dit : «Si le programme paraît lourd au premier abord, l\u2019écriture élégante et vive de cette native de l\u2019Essex a tôt fait de charmer le lecteur.Surtout si celui-ci a au préalable un penchant avoué pour les romans de Dickens, de Hardy, des Brontë et d\u2019Austen.» Jours brûlants à Key West ?1/2 Brigitte Kernel, Flammarion, Paris, 2018, 268 pages En 1955, Françoise Sagan passe 15 jours à Key West chez son ami Tennessee Williams.L\u2019instant devient ici une fiction.Ce que Fabien Deglise en a dit : « Le tout est en équilibre, juste, entre l\u2019adoration des principaux sujets et leur inscription dans une trame narrative vivante, rythmée par les tensions et les attractions qu\u2019elle expose, et qui, au final, se savoure avec le même plaisir que l\u2019observation d\u2019un coucher de soleil depuis le quai du Mallory Square, à Key West.» L\u2019homme aux deux ombres ?1/2 Steven Price, traduit de l\u2019anglais par Pierre Ménard, Alto, Montréal, 2018, 736 pages Un détective privé opiniâtre part à la recherche d\u2019un homme que son père a poursuivi jusqu\u2019à sa mort.Ce que Manon Dumais en a dit : «On est saisi par la richesse des sombres tableaux que n\u2019aurait pas reniés Arthur Conan Doyle.Tandis que sa description de l\u2019Amérique renvoie à Mark Twain, c\u2019est l\u2019esprit de Charles Dickens qui flotte discrètement dans les ruelles londoniennes peuplées d\u2019enfants cadavéreux.» La saison du farniente, mais aussi la saison de la lecture PEDRO RUIZ LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é 2 8 | ENTREVUE DANIELLE LAURIN COLLABORATRICE LE DEVOIR À PARIS l a 25 ans.Il est sociologue.Et écrivain.Ses livres, des romans coups- de-poing à cheval entre la sociologie et l\u2019écriture de l\u2019intime, sont traduits à travers le monde.« J\u2019ai écrit d\u2019abord dans un lieu d\u2019insurrection contre la littérature, et je continue », affirme Édouard Louis, attrapé au vol il y a quelques jours dans un café parisien par FaceTime.Il arrivait d\u2019une tournée de conférences et de lectures aux États-Unis, il s\u2019apprêtait à par tir pour l\u2019Allemagne : il est professeur invité pour l\u2019été à l\u2019Université de Berlin.Ça tombe bien.Une adaptation théâtrale de son nouvel opus, Qui a tué mon père, prend l\u2019affiche à Berlin.Après un ouvrage collectif qu\u2019il a dirigé sur le sociologue Pierre Bour- dieu, l\u2019un de ses mentors, Édouard Louis a semé l\u2019émoi en France il y a quatre ans avec un premier roman ouvertement autobiographique, En finir avec Eddy Bellegueule.Dans un langage cru, il racontait comment, dans le petit village pauvre du nord de la France où il est né et a grandi, il a été victime de harcèlement et malmené parce qu\u2019efféminé, homosexuel.Il décrivait aussi son quotidien au sein d\u2019une famille démunie, d\u2019un père violent porté sur l\u2019alcool.A suivi Une histoire de la violence, dans laquelle Édouard Louis revenait sur le viol et la tentative de meurtre dont il a été victime dans son appartement parisien un soir de Noël, agression pour laquelle il a por té plainte.Il cherchait en écrivant à comprendre l\u2019origine de la violence chez son agresseur.Dans Qui a tué mon père, l\u2019auteur poursuit son approfondissement des mécanismes de la violence, de la domination et de l\u2019exclusion.À la lumière de la vie de son père.« Paradoxalement, c\u2019est parce que je ne vis plus la même vie que mon père que je peux en parler», indique Édouard Louis, né Eddy Bellegueule : il a changé d\u2019identité civile en 2013, après avoir tourné le dos à son milieu.C\u2019est à la lecture de Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, qu\u2019il a décidé d\u2019adopter le nom de Louis, prénom du héros dans la pièce.Et c\u2019est au cinéaste Xavier Dolan, qui a adapté cette pièce, que l\u2019écrivain a dédié son nouveau livre.Juste la fin du monde raconte l\u2019histoire de Louis qui revient dans sa famille après des années d\u2019absence et qui ne sait plus comment communiquer avec les gens avec qui il a vécu.Qui a tué mon père raconte le retour d\u2019Édouard Louis auprès de son père, alors qu\u2019il tente de rétablir la communication entre eux.Un chemin différent «Il n\u2019y avait pas eu de dispute en particulier, explique l\u2019auteur, tout simplement nos vies avaient pris un chemin différent.Moi, je faisais des études, mon père n\u2019avait jamais étudié ; je vivais à Paris, mon père n\u2019avait jamais quitté la région de son enfance ; je passais mes journées à lire Toni Morrison, et mon père, après avoir subi à l\u2019usine un grave accident qui lui avait broyé le dos, passait ses journées à balayer les rues pour ramasser les déchets des autres.On avait une vie tellement différente qu\u2019on n\u2019arrivait plus à communiquer.» Entre 15 et 20 ans, c\u2019est-à-dire le quart de sa vie à ce moment-là, il n\u2019a plus parlé à son père.C\u2019est à lui qu\u2019il s\u2019adresse aujourd\u2019hui dans son bref et fragmentaire ouvrage.Il revient sur le choc qu\u2019il a éprouvé lorsqu\u2019il l\u2019a aperçu après plusieurs années.L\u2019homme de 50 ans, le corps déchu, lui est apparu comme un vieillard.«Quand j\u2019ai ouvert la porte de la maison de mon père que je n\u2019avais pas revu depuis cinq ans, précise Édouard Louis, je l\u2019ai vu qui avait du mal à marcher, du mal à respirer.C\u2019était impossible de ne pas être révolté, de ne pas être dégoûté, et de ne pas réinterroger mon rapport à lui, de ne pas le revoir d\u2019une autre manière.» La distance physique et intellectuelle qui s\u2019était établie entre eux au fil des ans lui a permis de mieux voir son père, de mieux saisir sa situation, argue-t-il.« J\u2019ai pu constater à quel point il est scandaleux qu\u2019un homme ne puisse pas manger tous les jours, qu\u2019il ne puisse pas se soigner parce que l\u2019État ne rembourse pas tous les médicaments.» Un réquisitoire politique Qui a tué mon père, sans point d\u2019interrogation, se lit comme une accusation.Un réquisitoire.Une façon pour le fils de demander réparation au nom du père ?L\u2019auteur s\u2019en prend aux décisions politiques de restrictions budgétaires, passées et présentes, qui touchent les plus pauvres.« Tu appartiens à cette catégorie d\u2019humains à qui la politique réserve une mort précoce », écrit-il.Et plus loin : « L\u2019histoire de ta souf france porte des noms.» Édouard Louis cite nommément ceux qu\u2019il juge en grande partie responsables de la situation de son père, dont Chirac, Sar- kozy, Hollande, Valls, Macron\u2026 Le jeune homme admet que cette façon de faire n\u2019est pas courante en littérature.« Ce sont des choses qui, d\u2019habitude, sont difficiles à dire en littérature.On se dit que la littérature mérite mieux.Et moi, je me dis justement : \u201cSi c\u2019est difficile de les mettre en littérature, si ça ne paraît pas comme immédiatement littéraire, il faut justement le faire\u201d.Si on veut faire une littérature nouvelle, dif fé- rente, une littérature radicale, il faut remettre en cause la littérature.» Un livre politique, Qui a tué mon père, forcément.Mais aussi, mais d\u2019abord, l\u2019histoire d\u2019un homme, aux La littérature radicale d\u2019Édouard Louis Dans Qui a tué mon père, l\u2019auteur poursuit son approfondissement des mécanismes de la violence Entre 15 et 20 ans, Édouard Louis n\u2019a plus parlé à son père.C\u2019est à lui qu\u2019il s\u2019adresse aujourd\u2019hui dans son bref et fragmentaire ouvrage.ARNAUD DELRUE I J\u2019ai toujours l\u2019impression que plus on parle des problèmes du monde, plus on a de chances de rendre le monde un peu plus beau ÉDOUARD LOUIS » | 2 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C\u2019est un roman court qui tient du monologue presque théâtral, à peine littéraire.L\u2019auteur nous prévient : « Je n\u2019ai pas peur de me répéter, parce que ce que j\u2019écris, ce que je dis ne répond pas aux exigences de la littérature, mais à celles de la nécessité et de l\u2019urgence, à celles du feu.» Une complainte et une déclaration d\u2019amour y convergent autour de la figure du père, celui d\u2019Édouard Louis.Un père ouvrier, alcoolique et violent qui, après avoir été posé en intimidateur dans En finir avec Eddy Bellegueule, son premier roman, devient ici la victime d\u2019un système, le visage humain des politiques sociales délétères de la France, un homme abîmé qu\u2019un fils cherche à comprendre, à défendre et même à réhabiliter.Éloge des oubliés, Qui a tué mon père fait entrer le lecteur dans l\u2019intimité d\u2019une famille de la France d\u2019en bas, celle qui se lève tôt, qui travaille dans le cambouis, qui méprise les petits garçons se comportant comme des filles et qui défend des valeurs conservatrices sans en saisir les conséquences sur ses proches.Troisième roman attendu du romancier social, l\u2019objet s\u2019enlise très vite dans ses banalités, dans ses anecdotes familiales sans grande envergure qui finissent par se perdre dans une mise en accusation soudaine de plusieurs figures politiques \u2014 Emmanuel Macron, Hollande, Valls, El Khomri, Sarkozy \u2014 à qui l\u2019auteur attribue la responsabilité des maux qui ont abattu son père après un accident de travail à l\u2019usine.Avant, dans une litanie au « tu », Édouard Louis a reproché à son paternel ses silences, ses scènes, sa dureté, en se demandant s\u2019il est normal ainsi pour lui de l\u2019aimer.La complexité de la victime face à son bourreau, effleuré par la vacuité du propos.Dans une époque qui carbure à la confidence et à la quête d\u2019authentique par la mise à nu facile, ce journal d\u2019un gémissant devrait trouver faci lement sa place.Même si son seul et unique intérêt est sans doute sa brièveté.Fabien Deglise Les lamentations d\u2019Eddy CRITIQUE Qui a tué mon père ?1/2 Édouard Louis, Seuil, Paris, 2018, 90 pages.En librairie le 12 juin.yeux de son auteur.« L\u2019histoire d\u2019un homme qui a été harcelé, persécuté et détruit par la politique, par les décisions politiques.» L\u2019histoire d\u2019un homme traversé par la violence, nécessairement.Édouard Louis explique ainsi cette violence du père bourreau de son enfance qu\u2019il lui arrivait de détester : « Quand vous vivez d\u2019humiliations permanentes, dans une pauvreté permanente, que les gouver ne- ments, les dirigeants n\u2019arrêtent pas de dire que vous êtes paresseux, fainéant, que si vous en êtes là c\u2019est parce que vous n\u2019avez pas assez travaillé, quand vous êtes insulté tout le temps\u2026 vous finissez par être agressif.Et mon père, qui a été humilié toute sa vie, avait cette violence qui le traversait.» L\u2019écrivain-sociologue raconte que, dans son enfance, quand son père avait trop bu, l\u2019homme se mettait à pleurer en disant : « Mais je ne sais pas pourquoi je suis si violent.» « En fait, il sentait bien que le monde mettait tellement de violence en lui qu\u2019il finissait par la reproduire avec sa femme, avec ses enfants.» Édouard Louis ne nie pas qu\u2019il y a là un problème.Ce n\u2019est pas son propos.«Ce que je veux dire dans Qui a tué mon père, c\u2019est qu\u2019on peut être victime non seulement de la violence qu\u2019on reçoit sur soi, mais de la violence qu\u2019on exerce.» La violence, sous toutes ses for - mes, il n\u2019a pas fini d\u2019en parler.« Malheureusement », glisse-t-il, piteux.Mais comment faire autrement quand on vit dans le monde actuel ?« En tout cas, moi, je suis sans cesse interpellé par ce qui se passe.La France d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une guerre contre les pauvres, d\u2019une guerre contre les classes populaires, du fait d\u2019enlever le plus possible d\u2019aide sociale aux pauvres.Je suis vraiment dégoûté par le gouvernement aujourd\u2019hui en France.» Pessimiste, Édouard Louis ?« J\u2019ai toujours l\u2019impression que plus on parle des problèmes du monde, plus on a de chances de rendre le monde un peu plus beau.» Pour lui, tous les grands livres du XXe siècle et du début du XXIe siècle, de même que tous les grands mouvements politiques, ont parlé de choses qui ne marchaient pas, de problèmes, de violence.« Les mouvements marxiste, féministe, gai, antiraciste, sont des mouvements qui ont dit qu\u2019en tant que femme, arabe, noir, gai, trans\u2026 vous avez des vies produites dans la violence, il y a des choses auxquelles vous n\u2019avez pas accès, auxquelles d\u2019autres ont accès.Et à partir de ce moment-là, il faut changer les choses.» I l c i t e a u s s i e n e x e m p l e L e deuxième sexe.«Ça parle de la laideur du monde, de la laideur de la domination masculine, et c\u2019est justement parce que Simone de Beauvoir traite de cette laideur qu\u2019elle a pu créer par ce livre un petit peu plus de beauté dans la vie des femmes.» À la fin de Qui a tué mon père s\u2019engage un dialogue entre le père et le fils.Le père dit : «Tu as raison, je crois qu\u2019il faudrait une bonne révolution.» C\u2019est la dernière phrase du livre.L\u2019auteur revient sur le choc qu\u2019il a éprouvé lorsqu\u2019il a aperçu son père après plusieurs années.L\u2019homme de 50 ans, le corps déchu, lui est apparu comme un vieillard. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é 3 0 | Les jours comptés de l\u2019ironie Vous rédigez un tweet nocturne dans lequel vous comparez une Afro-Américaine à un hybride procréé par « les Frères musulmans et la Planète des singes ».Le grand réseau de télévision dont vous êtes une figure de proue vous désavoue et vous perdez votre populaire émission.Normal.À la radio, en direct, vous poussez une blague d\u2019une vulgarité et d\u2019un mauvais goût aussi renversants que navrants à propos d\u2019un musicien et animateur noir.Vous êtes tenu, au minimum, de présenter des excuses en ondes.Dans les deux cas, on a un professionnel des ondes qui, croyant faire de l\u2019humour, a laissé dépasser le jupon de ses grossiers préjugés raciaux.Or, on ne rit pas avec l\u2019humour : l\u2019effet comique est devenu si délicat à manier en public qu\u2019il est sans doute appelé à devenir un domaine réservé, une compétence aussi exclusive que celles du plombier et du maçon, chasse gardée de quelques provocateurs à gages.Les politiciens, exilés du royaume du of f the record depuis que tout est on the record, l\u2019ont déjà compris.Bref, la bêtise élémentaire et la totale absence de subtilité de ces deux-là les condamnaient au suicide professionnel.Examinons un troisième cas.Dans Le hibou dans tous ses états (Éditions de l\u2019Olivier, 2018, traduit de l\u2019américain par Thierry Beauchamp), version française d\u2019un livre de David Se- daris paru en 2013 et qui, comme les cinq précédents, a probablement fait la liste des best-sellers du New York Times, l\u2019auteur, un homosexuel qui n\u2019en fait pas un mystère, écrit : «Mon premier mec était noir, mais ça ne prouve pas que je n\u2019ai pas de préjugés, ça montre seulement que j\u2019aime les gros culs.» Essayez de ne pas rire en arrivant à la fin de cette phrase.Plus difficile encore : essayez de ne pas ressentir, après avoir ri, le plus léger soupçon de culpabilité, de ne pas sentir passer, lisant par-dessus votre épaule, le feu brûlant du regard en forme de puissant projecteur de la collectivité électronique et de sa majorité morale.Première réaction : on a le droit d\u2019écrire ça aux États-Unis ?D\u2019associer un trait physique péjoratif (même si ça dépend effectivement des goûts\u2026) à une minorité ethnique sans déclencher la moindre controverse ?C\u2019est que le Sedaris en question est un humoriste, présenté CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est une histoire toute simple ; enfin, presque.Laura, une jeune femme mariée à un écrivain célèbre, disparaît sans prévenir tout juste avant de publier son premier roman.Campagne publicitaire, disent les mauvaises langues.Enlèvement ou disparition volontaire, pense tout de suite le commissaire Maurizi chargé de l\u2019enquête.Enquête que nous suivons pas à pas, un peu comme si Andrea Camil- leri tenait son lecteur par la main pour lui montrer la voie ; à 93 ans bien sonnés, le vieux maître sicilien nous fera même emprunter quelques chemins de traverse insoupçonnés\u2026 C\u2019est ainsi qu\u2019avec Maurizi, le lecteur suivra Laura, toujours avec quelques jours de retard, tout au long d\u2019un bizarre pèlerinage à travers l\u2019Italie.Avec lui, en lisant les lettres qu\u2019elle a laissées et en rencontrant les gens qu\u2019elle a fréquentés, cette traque plongera dans le passé d\u2019une femme dont la silhouette insaisissable prendra une dimension de plus en plus complexe.On devinera assez rapidement qu\u2019elle est toujours vivante puis - qu\u2019elle semble s\u2019amuser à laisser des traces de son improbable périple : on retrouve son auto sous un pont entre Pise et Florence, puis un colis est envoyé de Venise, et plus tard une lettre de Padoue\u2026 L\u2019enquête prend un tournant décisif lorsque Maurizi s\u2019intéresse à la thèse en histoire de l\u2019ar t de Laura qui por te sur une fresque de Fra Angelico : Noli me tangere (« Ne me touche pas », phrase qu\u2019aurait dite Jésus à Marie-Madeleine le jour de sa résurrection).Son interprétation de la scène \u2014 et l\u2019intuition fulgurante qu\u2019elle dévoile \u2014 est au cœur de l\u2019intrigue.La raison de sa disparition La piste se brouille toutefois lors - qu\u2019une somme impor tante se retrouve dans le compte de banque de la disparue\u2026 pour disparaître au profit d\u2019une ONG brésilienne.De plus en plus discrètement en chas - se, Maurizi découvre enfin la raison du parcours de Laura sur le chemin des dif férentes versions du Noli me tangere et, du même coup, on saisira la raison profonde de sa disparition.Rideau.Rideau parce qu\u2019il y a quelque chose de très théâtral dans ce récit en forme de quête existentielle ; tout se déroule en courts chapitres d\u2019à peine quelques pages présentant les faits comme les personnages qui s\u2019ajoutent au dossier de l\u2019enquête de Maurizi.Et on passe ensuite à la scène suivante.Au début, le lecteur devra se méfier car il arrive que les «entrées» au dossier ne suivent pas nécessairement l\u2019ordre chronologique, mais plutôt le rythme auquel le commissaire Maurizi découvre chacun des éléments.Partout toutefois, l\u2019écriture de Ca- milleri atteint des sommets d\u2019élégance et de densité ; encore plus dans les passages traitant des différentes versions du Noli me tangere racontant la scène entre Marie-Madeleine et Jésus au cimetière de Gethsémani.Les habitués de Camilleri déploreront peut-être l\u2019absence de Montal- bano, son enquêteur fétiche, mais cela passera rapidement en voyant s\u2019accumuler une à une toutes les pièces du dossier\u2026 comme si l\u2019on menait soi-même l\u2019enquête dans ces territoires intimes et fragiles qui nous définissent aussi.Enquête théâtrale sur une disparition Andrea Camilleri suit à la trace une femme partie à la recherche d\u2019elle-même Nous suivons cette enquête un peu comme si Andrea Camilleri nous tenait par la main ; à 93 ans, le maître sicilien nous fera même emprunter quelques chemins de traverse insoupçonnés.AGF LEEMAGE ÉDITIONS METAILIEÉ Noli me tangere Ne me touche pas ?Andrea Camilleri, traduit de l\u2019italien par Serge Quadruppani, Métailié, Paris, 2018, 139 pages LOUIS HAMELIN ainsi et reconnu comme tel.Mais alors, ça lui donne le droit de faire, dans un livre, le genre de blagues pour lesquelles madame Barr et l\u2019oubliable animateur de radio dont j\u2019oublie le nom ont été obligés de se laver la bouche avec du savon?D\u2019abord, on doit convenir qu\u2019il y a une différence entre se fendre d\u2019une allusion égrillarde à un stéréotype éculé et comparer quelqu\u2019un à un étron ou à un chimpanzé.Mais la saillie de Sedaris illustre assez bien le genre de corde raide sur laquelle avance son écriture.Si son premier amant avait été juif, aurait-il osé parler de son grand nez crochu?Peut-être bien, après tout.Car aucun tabou n\u2019est de taille devant la forme de subversion discursive qu\u2019opère l\u2019ironie, il suffit que celle-ci \u2014 c\u2019est-à-dire l\u2019intention \u2014 soit évidente.Or, David Sedaris est moins un humoriste patenté qu\u2019un ironiste accompli, il évolue dans le registre de l\u2019intelligence satirique plutôt que dans celui du gag primaire de type pipi-caca, et c\u2019est toute la différence.«Manière de se moquer en disant le contraire de ce qu\u2019on veut faire entendre», dit Le Petit Robert de ce piège hérité de l\u2019arsenal rhétorique de la Grèce antique : l\u2019ironie.L\u2019ironie est affaire de contexte, de résonance, elle demande à être décodée.Il n\u2019est pas conseillé d\u2019en user hors du cercle constitué par les gens qui vous connaissent bien : amis, lecteurs, etc.Le travail intellectuel qu\u2019elle demande, l\u2019intimité de la communication qu\u2019elle suppose sont précisément ce qui la bannit de la communion superficielle des réseaux sociaux.Son ambivalence déstabilise.On la condamne de plus en plus ouvertement.L\u2019ironie, comme refuge de l\u2019esprit, est un espace menacé.Dans la phrase citée plus haut, Se- daris se moque en fait allègrement des gens qui, «se [vantant] de leur indifférence à la couleur de la peau», lui servent des arguments imparables, du genre : «Comment puis-je être raciste alors que mon premier petit ami était noir ?» Si on dit seulement ce qu\u2019on veut bien laisser entendre, est-ce vrai pour autant ?La confession des préférences anatomiques de Sedaris passe là-dessus comme une couche de décapant.Il écrit des essais personnels en forme de journal de bord de ses voyages, de ses séances de signature en librairie (la vie de David Sedaris donne l\u2019impression d\u2019être une longue tournée de promotion) et de ses résidences à l\u2019étranger : en Normandie et dans la campagne anglaise, entre autres.D\u2019un intérêt inégal, mais d\u2019une lecture globalement réjouissante.Il y a même de l\u2019humour involontaire, comme quand des condoms (rubbers) deviennent en français des «élastiques».Pissant. | 3 1 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 29,95 $ ch LA TRILOGIE DE L\u2019ÉTÉ : À LIRE ABSOLUMENT ! La Symphonie du hasard, de Douglas Kennedy Les drames et les secrets d\u2019une famille américaine, avec pour toile de fond le bouillonnement social des années 60-70 et les grands remous de l\u2019Histoire.Un souffle brûlant traverse cette saga romanesque d\u2019une ampleur inédite.CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Son visage vous est peut-être familier.C\u2019est qu\u2019en 2015, il a monté les marches du célèbre Palais des festivals et des congrès de Cannes en compagnie du réalisateur Jacques Audiard, récompensé de la Palme d\u2019or pour le superbe Dheepan, dans lequel Antonythasan Jesuthasan campe le rôle principal.Peu connaissent le talent d\u2019écrivain de ce puissant acteur, auteur de quatre romans et de plusieurs recueils de nouvelles, dont Friday et Friday est le premier traduit en français.Les six récits contenus dans ce recueil sont avant tout la mémoire d\u2019un exil.À travers des personnages fictifs marginaux dont les excentricités rappellent par moments le théâtre absurde, Jesuthasan témoigne des déchirures et de l\u2019isolement qui ont ponctué son parcours \u2014 de son expérience d\u2019enfant soldat au sein du Mouvement de libération des Tigres tamouls, au Sri Lanka, à une longue errance conclue par une demande d\u2019asile politique en France.Entre la perle de l\u2019Orient et la Ville lumière, de la détresse et la résilience des camps de réfugiés à la violence de Jaf fna, l\u2019auteur ef face les frontières pour mieux montrer le mouvement perpétuel qui définit l\u2019existence des exilés.À travers six portraits, il réalise l\u2019exploit d\u2019attester du destin d\u2019un peuple déchiré par plus de 20 ans de guerre.On y fait la connaissance de Diana la ronde, pétrifiée par le bruit des bombes; de 37 mouvements de rébellion tamouls prêts à tout pour prendre le pouvoir; d\u2019un homme qui fait le tour du monde à la découverte des prostituées ; d\u2019un prisonnier encombrant inspiré de nouvelles de Tolstoï et de Maupassant ; d\u2019un demandeur d\u2019asile floué ; d\u2019un mendiant du métro La Chapelle à Paris; et de Layla, la mystérieuse voisine du numéro 7, rattrapée par l\u2019Oiseau jaune et un passé militant.La mélancolie et la colère Chacune de ces petites parcelles d\u2019histoire pourrait, comme toute nouvelle réussie, faire l\u2019objet d\u2019un roman entier, tant les personnages esquissés sont d\u2019une fascinante complexité, tant leur destin d\u2019apparence burlesque semble promettre d\u2019innombrables autres aventures.Ici, la mélancolie et la colère ne se cachent pas sous des euphémismes poétiques et autres mythes exotiques.«Si en lisant cette histoire, un sourire vous vient aux lèvres à un moment ou un autre, cela signifie que l\u2019âme du narrateur est d\u2019une insondable noirceur.À moins que ce ne soit vous, chers lecteurs, dont l\u2019âme est corrompue.» Les sévices de la guerre, la violence des bombes, les chocs post- traumatiques, les passeurs, les mensonges, les années d\u2019instabilité, la lutte pour la survie de la mémoire et le rejet constant dont sont victimes les sans-papiers sont exposés tels qu\u2019ils sont, tel le quotidien qu\u2019ils deviennent chaque jour pour des millions d\u2019hommes et de femmes.Friday et Friday est l\u2019œuvre d\u2019un écrivain dont le courage d\u2019outrepasser les tabous et de faire con naître la vérité n\u2019a d\u2019égal que le talent poétique et l\u2019ar t de créer des personnages puissants par leur vulnérabilité, inoubliables par leur résilience, faisant ainsi lumière sur une guerre civile méconnue et humanisant au passage le visage de centaines de millions de migrants sur lesquels on ne peut plus fermer les yeux.La mémoire de l\u2019exil Antonythasan Jesuthasan raconte le destin du peuple tamoul à travers six nouvelles Peu de gens connaissent le talent d\u2019écrivain de l\u2019acteur Antonythasan Jesuthasan, auteur de quatre romans et de plusieurs recueils de nouvelles, dont Friday et Friday est le premier traduit en français.CINDY SASHA Friday et Friday ?Antonythasan Jesu- thasan, traduit du tamoul (Sri Lanka) par Faustine Imbert- Vier, Élisabeth Se- thupathy et Farhaan Wahab, Zulma, Paris, 2018, 141 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L i r e L e c t u r e s d \u2019é t é 32 | En toute reconnaissance Carnet de citations plutôt littéraires ?Gilles Archambault, Boréal, Montréal, 2018, 152 pages Il y a déjà dans le «plutôt » ponctuant le sous-titre de ce « carnet de citations plutôt littéraires » toute la tendre autodérision de Gilles Archam- bault, qui sait la nature parfaitement superfétatoire d\u2019un tel projet.Pourquoi donc rendre publiques les phrases soigneusement consignées depuis 1965 dans ce carnet bleu foncé of fer t par son ami Claude Mathieu ?Le narcissisme que suppose pareil étalage ne lui ressemble pas tellement.« Un écrivain n\u2019écrit pas pour ses tiroirs », explique le vieil homme, même s\u2019il ne cessera de douter \u2014 Gilles Archambault étant Gilles Ar- chambault \u2014 de la pertinence de ce florilège de passages glanés chez Cioran, Yourcenar, Jacques Brault ou François Ricard.Qu\u2019il soit rassuré : il y a un plaisir certain à emprunter un instant ses yeux et à faire siennes les sensibilités de cet amateur de phrases limpides, éternellement méfiant face aux expérimentations formelles et aux effets de mode.La citation est ici le maigre butin du lecteur vorace, qui aspire non pas à plastronner en société (ou sur les réseaux sociaux), mais à conser ver le souvenir du dialogue (parfois soporifique, rarement épipha- nique) que suppose toute lecture.Les paragraphes dans lesquels l\u2019écrivain commente ces citations regroupées par thème forment ainsi quelque chose comme l\u2019autobiographie d\u2019un lecteur qui, au crépuscule de sa vie, doit bien admettre qu\u2019il ne consacrera pas à Joyce, Saint-Simon, Zola ou Proust tout le temps qu\u2019ils auraient mérité.La littérature est avant tout chez Archambault un rapport au temps, qui ne peut que finir par manquer.L\u2019incorrigible mélancolique esquisse même au détour d\u2019un de ces suaves préambules des phrases à ajouter à notre propre carnet bleu.« Les écorchés vifs revenus de tout, et qui ont de la mémoire, écrivent souvent avec une grâce que n\u2019ont pas les esprits béats.» Voilà une citation indubitablement littéraire.Cher Monsieur, veuillez ranger le «plutôt».Dominic Tardif Lire avec les yeux CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR En 1949, le naturaliste et ethnologue Jacques Rousseau (1905-1970), né en banlieue de Montréal, découvre, grâce à son guide innu, l\u2019un des derniers secrets de la géographie québécoise : les mystérieux monts Otish au nord-est du lac Mistassini et, « en plein centre du massif, une vallée de rêve ».Henr y David Thoreau, en contemplant notre Saint-Laurent des hauteurs du Maine, avait compris pourquoi, selon les Amérindiens, la montagne était sacrée.L\u2019éblouissement de Rousseau, l\u2019un des premiers scientifiques québécois qui, influencés par les autochtones, ont réhabilité la noble nature sauvage, dans ses dimensions minérale, végétale, animale et, bien sûr, humaine, prolongeait celui de l\u2019écrivain américain du XIXe siècle, son illustre devancier.Les deux figurent parmi les explorateurs qui ont inspiré l\u2019anthropologue et randonneuse Nathalie Le Coz dans Le Québec à 5 km/h, son guide érudit et illustré des sentiers actuels et des rivières canotables.Plus qu\u2019un avant-goût des vacances estivales, le livre est une invitation à une aventure intérieure.L\u2019anthropologue y rappelle la «nostalgie des espaces sauvages » dans l\u2019Europe romantique qui fuyait le rationalisme des Lumières.Revivre la Nouvelle- France en marchant sur les traces de Champlain ou de Radisson compte peu par rapport à la conscience écologique très contemporaine acquise par les longues promenades en pleine nature.Nathalie Le Coz explique avec finesse qu\u2019«aux États-Unis, de l\u2019acharnement à repousser la \u201cfrontière\u201d en abattant la forêt pour installer la famille et l\u2019église a surgi son contraire : la reconnaissance toujours plus profonde du wilderness comme repère identitaire, comme temple naturel de l\u2019Amérique où il est bon de se recueillir ».L\u2019attirance vers un panthéisme informel lui permet d\u2019affirmer : « Pour la première fois dans l\u2019histoire, la marche est vécue comme une expérience esthétique, sinon spirituelle.» En lien avec cette évolution de l\u2019imaginaire s\u2019illustrent Henri-Gus- tave Joly de Lotbinière, premier ministre libéral du Québec (1878-1879), défenseur de nos forêts, et, dès 1895, le gouvernement québécois qui crée le parc national du Mont-Tremblant, à l\u2019exemple du parc américain de Yellowstone.Nathalie Le Coz résume bien le changement de mentalité : « Les adeptes d\u2019un certain tourisme d\u2019aventure emboîtent le pas aux travailleurs forestiers.» Mais cela serait incomplet sans la démocratisation des loisirs of ferts par la nature vierge.Nathalie Le Coz en est consciente lorsqu\u2019elle rapporte qu\u2019à un médecin élitiste, membre d\u2019un club privé de pêche, qui, sur un ton condescendant, lui demandait s\u2019il avait peur des « sauvages », le naturaliste Napoléon-Alexandre Comeau (1848-1923), encore adolescent, répondit : « Je connais les sauvages.J\u2019ai passé toute ma vie avec eux.» La forêt inviterait à la fraternité universelle.Le mystère des forêts québécoises Au-delà de la beauté et de l\u2019immensité, Nathalie Le Coz discerne une leçon dans la nature Un caribou solitaire sur la rivière Péribonka.Tiré du livre Le Québec à 5 km/h.LUCIE CLOUTIER / FIDES Le Québec à 5 km/h Sur les sentiers et rivières des explorateurs ?Nathalie Le Coz, Fides, Montréal, 2018, 176 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/118 Le feu et la fureur.Trump à la Maison Blanche Michael Wolff/Robert Laffont 3/12 Une loyauté à toute épreuve.Vérité, mensonge, éthique.James B.Comey/Flammarion Québec 2/6 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 5/37 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 6/27 Bad féministe Roxane Gay/Édito 8/4 Ces hommes qui m\u2019expliquent la vie Rebecca Solnit/Olivier \u2013/1 Le bouddhisme a raison Robert Wright/Flammarion \u2013/1 Carnets d\u2019une féministe rabat-joie Erin Wunker/PUM \u2013/1 Les leçons du pouvoir François Hollande/Stock \u2013/1 Essais québécois Parler vrai Manon Massé/Écosociété 1/2 Jeux de coulisses Annie Trudel/Homme 3/4 De l\u2019avantage d\u2019être né Jacques Godbout/Boréal 2/3 Miley Cyrus et les malheureux du siècle Thomas O.St-Pierre/Atelier 10 4/3 25 mythes à déboulonner en politique québécoise Michel C.Auger/La Presse 5/7 Demain le Québec.Des initiatives inspirantes pour un.Collectif/La Presse 7/7 En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 6/83 Le manifeste des parvenus Julia Posca/Lux 8/3 Faire l\u2019économie de la haine (édition revue et augmentée) Alain Deneault/Écosociété 10/2 Un dimanche à ma fenêtre Christian Vézina/Somme toute \u2013/1 Romans étrangers Une fille comme elle Marc Levy/Robert Laffont 1/2 La jeune fille et la nuit Guillaume Musso/Calmann-Lévy 2/6 Dernière danse Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/4 Sur un mauvais adieu Michael Connelly/Calmann-Lévy 4/4 La disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker/Fallois 6/10 Le cas Fitzgerald John Grisham/Lattès 5/4 La fille de Maggie Joanna Goodman/Guy Saint-Jean 7/6 Le labyrinthe des esprits Carlos Ruiz Zafón/Actes Sud \u2013/1 Signe de vie José Rodrigues dos Santos/HC 8/4 Après tout Jojo Moyes/Milady 10/6 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 4 Les embellies Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/4 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 10 La tourmente Anne Robillard/Wellan 2/3 Le bonheur est passé par ici Francine Ruel/Libre Expression 3/3 Yamaska, Julie Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 4/9 Yamaska, Hélène Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 6/9 Yamaska, Réjanne Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 5/9 Autoportrait de Paris avec chat Dany Laferrière/Boréal 9/7 Les paroissiens de Champs-de-Grâce \u2022 Tome 2 Le temps.Carole Auger-Richard/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Soupers de filles Pascale Wilhelmy/Libre Expression \u2013/1 La coiffeuse de Dieu attend un enfant Marc Fisher/Druide \u2013/1 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 Du 28 mai au 3 juin 2018 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG Palmarès De la petite trouvaille à l\u2019objet de collection lussier-art-africain.com Sur rendez-vous 514 484-7154 ART AFRICAIN Masque \"kpelie\" Sénoufo, Côte-d'Ivoire.H: 31 cm Dans le Vieux-Montréal, le journal du lieutenant d\u2019Étiolles, héros de la Nouvelle-France, vient d\u2019être exhumé.À sa lecture, sa descendante découvre combien s\u2019apparentent leurs destins, au-delà des siècles\u2026 © M o n i c R i c h a r d En librairie Un roman de Marie-Josée Poisson mariejoseepoisson.com © M o n i c © M o n i © M © © © a r R i c h a d d Manon du peuple On peut avoir bien des réserves à l\u2019égard de Québec solidaire (QS) et de sa députée vedette, Manon Massé.J\u2019en ai.Ce parti et sa porte- parole féminine incarnent, en effet, une gauche tatillonne qui semble incapable de consentir à quelque compromis que ce soit, comme on l\u2019a vu dans l\u2019échec du projet de convergence avec le Parti québécois (PQ).Massé, de plus, professe parfois un féminisme immodérément belliqueux, comme dans ce texte du 8 mars 2018, publié dans Le Devoir, qui accusait la « clique » masculine au pouvoir à Québec depuis trente ans d\u2019être indifférente au sort des femmes.La semaine suivante, Jennifer Drouin, candidate du PQ qui se définit elle aussi comme « féministe et lesbienne », répondait à Massé que « tous les gains obtenus par les femmes, au Québec comme ailleurs dans le monde, ont été réalisés par l\u2019alliance de féministes avec des hommes réformistes et progressistes », que l\u2019union valait donc mieux que l\u2019affrontement en cette matière et qu\u2019il ne fallait pas confondre le Parti libéral du Québec et le PQ.On peut donc, oui, avoir des réserves à l\u2019égard de QS et de sa co- porte-parole, dont le souverainisme conditionnel flirte souvent avec un multiculturalisme fractionnel et moralisateur, mais il faut leur accorder un grand mérite : ils n\u2019ont pas oublié, eux, les gens du bas de l\u2019échelle, ceux qui luttent au quotidien pour vivre dans la dignité.La classe de Manon «Je viens défier ce qu\u2019on attend d\u2019une femme, même homosexuelle, qui fait de la politique, écrit Manon Massé dans Parler vrai (Écosociété, 2018).Je porte mon trousseau de clés à la ceinture, des blousons de cuir, quand la norme est au tailleur.Identité de genre, mais aussi de classe, la classe populaire, dans un monde qui tend à mettre tout le monde dans le même panier de la \u201cclasse moyenne\u201d.» Si on a beaucoup parlé, dans les médias, de la «différence » de la députée solidaire quant à son identité sexuelle, à son genre, on a moins insisté sur son identification aux classes populaires.Pourtant, sur le plan politique, la chose est tout aussi, sinon plus, importante.Tous les partis politiques n\u2019en ont, depuis des années, que pour la classe moyenne, comme si elle résumait la LOUIS CORNELLIER quasi-totalité de la population.Or, il y a aussi des pauvres, au Québec, des exclus du jeu social ordinaire.Parce qu\u2019il n\u2019a pas peur d\u2019en parler, de leur parler et de parler pour eux, QS mérite des applaudissements.«Aujourd\u2019hui, écrit Manon Massé en évoquant la cérémonie de son assermentation du 2 mai 2014, j\u2019ai voulu faire entrer le monde ordinaire par la grande porte de l\u2019Assemblée nationale: la maison du peuple.» Pagnol avait sa Manon des sources; le Québec, aujourd\u2019hui, a sa Manon du peuple.Dans Parler vrai, cette dernière raconte avec sincérité et simplicité le parcours qui l\u2019a menée à cet engagement politique.Ce témoignage lui permet d\u2019aller au-delà de l\u2019image folklorique que lui réservent les médias.Le récit de son enfance heureuse de jeune fille sportive aux allures de tomboy \u2014 c\u2019est elle qui le dit \u2014, dans une famille catholique et modeste originaire de Windsor, émeut.À 18 ans, Manon tombe amoureuse et quitte sa famille, désormais installée à Boucherville, pour aller vivre à Montréal.Elle mettra des années avant de dire la «vérité» à ses parents, qui, après une première réaction de refus, accepteront la situation avec grâce.De la théologie à la lutte Son parti pris pour les plus faibles, Manon Massé l\u2019a développé en s\u2019engageant dans la pastorale scolaire et en étudiant en théologie.«C\u2019est l\u2019école de Madeleine Parent, de Michel et Simonne Monet-Chartrand, toutes formées à l\u2019analyse critique à travers la foi », note-t-elle au passage, en pratiquant l\u2019écriture inclusive.Un extrait de l\u2019Évangile de Matthieu \u2014 « j\u2019ai eu faim et vous m\u2019avez donné à manger » \u2014, mon préféré, soit dit en passant, lui fait comprendre que sa place est dans la lutte avec les exclus.Comme animatrice communautaire dans le Centre-Sud de Montréal, elle découvre que les problèmes de logement et d\u2019alimentation doivent être au cœur du combat pour la dignité.Sa rencontre avec Françoise David, en 1994, déterminera la suite des choses.Écrit en collaboration avec Jéré- mie Bédard-Wien, responsable des communications de QS \u2014 l\u2019anglicisme « implémentation» ne fait certainement pas partie du vocabulaire de Massé, qui se réclame du français populaire et, par deux fois, du «patrimoine » québécois \u2014, ce livre, qui présente aussi plusieurs bonnes solutions en santé, en éducation et en environnement préconisées par QS, est celui d\u2019une femme de gauche tenace, convaincue qu\u2019«on a assez fait preuve de complaisance envers ceux et celles qui ont tout [et que] c\u2019est au tour des derniers d\u2019être les premiers».Il y a là, malgré les réserves qui demeurent, quelque chose d\u2019admirable et de nécessaire. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C U L T U R E KARL RETTINO-PARAZELLI LE DEVOIR L\u2019un des plus grands événements sportifs de la planète est sur le point d\u2019envahir nos écrans.Tous nos écrans.Dès jeudi, les Québécois mordus de soccer \u2014 et ceux qui le deviennent une fois tous les quatre ans \u2014 pourront suivre la Coupe du monde de la FIFA présentée en Russie grâce à un nouveau service lancé juste à temps par le Réseau des spor ts (RDS), nouveau détenteur des droits de diffusion en français.Après avoir présenté la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud et celle de 2014 au Brésil, Radio- Canada s\u2019est fait ravir les droits de diffusion de l\u2019événement planétaire par RDS, qui les a acquis pour un montant non dévoilé.La chaîne spor tive sera le dif fu- seur francophone of ficiel des 64 matchs du tournoi, alors que TSN (The Sports Network) assurera la couverture anglophone.Les abonnés auront donc accès à tout le contenu sur les chaînes télévisées RDS et RDS 2, de même que sur les plate- formes mobiles de RDS.Afin de s\u2019adapter aux nouvelles habitudes d\u2019écoute des consommateurs, RDS profitera également de la Coupe du monde pour lancer un nouveau service permettant à quiconque de payer un abonnement mensuel pour avoir accès à toute la programmation de RDS sur les plateformes mobiles.« RDS Direct » constitue une option supplémentaire s\u2019of frant aux amateurs de sport québécois, fait valoir la station.« L\u2019accès aux plate- formes numériques qui est of fer t aux abonnés télé de RDS deviendra disponible à ceux qui ne sont pas abonnés à RDS », résume Rober t Turcotte, le vice-président programmation, médias interactifs et développement des affaires chez RDS.Ce ser vice d\u2019abonnement mensuel, à la manière de Netflix ou de l\u2019Extra de Tou.tv, sera également offert pour TSN.Des milliards de téléspectateurs Contrairement à la Coupe du monde de 2014, lors de laquelle l\u2019application mobile de Radio-Canada permettait de regarder les matchs gratuitement, il faudra donc payer d\u2019une façon ou d\u2019une autre pour suivre celle de 2018 en français.En raison du décalage horaire avec la Russie, la plupar t des rencontres seront dif fusées en avant- midi.Le match d\u2019ouver ture opposant l\u2019équipe locale à l\u2019Arabie saoudite sera présenté jeudi à 11 h, heure de l\u2019Est, tandis que, lors de la phase de groupes, les Québécois pourront généralement suivre un match en direct le matin, un autre en fin d\u2019avant-midi et un troisième en début d\u2019après-midi.La finale aura lieu le dimanche 15 juillet à 11 h.Selon les chif fres de la FIFA, la Coupe du monde présentée il y a quatre ans au Brésil a attiré plus de 3,2 milliards de téléspectateurs à travers la planète.La finale Argentine- Allemagne a quant à elle été regardée par près d\u2019un milliard de personnes, si on inclut tous ceux et celles qui ont suivi le match pendant au moins une minute.Au Québec, Radio-Canada dit avoir enregistré près de trois millions de visites sur son application mobile et son site Web pendant toute la durée du tournoi, et rapporte que près de 1,3 million de personnes ont été au rendez-vous pour la grande finale.Du soccer sur tous les écrans RDS lance un nouveau service d\u2019abonnement mensuel à temps pour la Coupe du monde En raison du décalage horaire avec la Russie, la plupart des rencontres seront diffusées en avant-midi.PAVEL GOLOVKIN ASSOCIATED PRESS Rober t Turcotte espère que les cotes d\u2019écoute seront à la hauteur de ses attentes cette année, mais il refuse de dévoiler une cible précise.Il affirme par ailleurs qu\u2019il n\u2019est pas en mesure de faire un lien direct entre la présentation de la Coupe du monde 2018 et une hausse des abonnements à RDS, puisque la chaîne est déjà présente dans plusieurs foyers québécois.«De par la pénétration très grande de RDS, avoir la Coupe du monde ne fait que renforcer le mandat de la station, c\u2019est-à-dire présenter les meilleurs événements de spor t à nos abonnés ici au Québec et au Canada», souligne-t-il.D\u2019autres options Pour ceux et celles qui n\u2019ont pas l\u2019intention de s\u2019abonner à RDS, il y a bien sûr la possibilité de regarder les matchs dans les nombreux bars, cafés et restaurants qui présenteront la compétition du début à la fin.Pour les propriétaires de ces établissements, la diffusion de la Coupe du monde n\u2019entraîne pas de frais supplémentaires, indique Marie-Ève Francœur, por te-parole chez Bell.« Les clients PME de Bell propriétaires de bars, de cafés, de restaurants, etc., pourront présenter la Coupe du monde dans leurs établissements.Ils devront simplement s\u2019assurer d\u2019être abonnés aux chaînes qui diffuseront l\u2019événement en direct.» Il ne vous reste donc qu\u2019à choisir l\u2019endroit que vous préférez selon l\u2019ambiance recherchée\u2026 et l\u2019équipe que vous soutenez.À chaque partisan son endroit Quelques suggestions d\u2019établissements montréalais qui diffuseront la Coupe du monde France L\u2019Barouf, 4171, rue Saint-Denis Allemagne Bier Markt, 1221, boulevard René-Lévesque Ouest Angleterre Burgundy Lion, 2496, rue Notre-Dame Ouest Brésil Rodízio Brasil, 160, rue Notre-Dame Est Mexique La Matraca, 4607, rue Saint-Denis L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 3 6 | GRAND ANGLE MANON DUMAIS LE DEVOIR e 9 décembre 2001, l\u2019auteur de polars américain Michael Peterson compose le 911 afin d\u2019annoncer qu\u2019il vient de découvrir au pied de l\u2019escalier de sa résidence sa deuxième épouse, Kathleen, gisant inconsciente dans son sang.Lorsque les premiers secours arrivent, la femme est morte et le sang a séché depuis longtemps.L\u2019homme devient très tôt le suspect principal et l\u2019affaire fait les délices des médias locaux.Peu de temps après, HBO et Canal + commandent un film de deux heures sur cette saga judiciaire au réalisateur français Jean-Xavier de Lestrade, lauréat d\u2019un Oscar en 2002 pour Un coupable idéal, documentaire portant sur un adolescent afro-améri- cain injustement accusé de meurtre.Le cinéaste ne se doutait pas, qu\u2019à l\u2019instar de Truman Capote avec son roman true crime De sang froid en 1966, il allait créer un nouveau genre: la série documentaire true crime.Une saga de 17 ans Ayant gagné la confiance des avocats et de la famille Peterson, Jean-Xavier de Lestrade, passionné par cette sombre affaire, filme des centaines d\u2019heures de discussions.Au fil des années, les coups de théâtre se multiplient.En 2003, Michael Peterson est jugé coupable de meur tre et condamné à la prison à perpétuité.En 2004, même si HBO a quitté le navire et que sa boîte de production fait faillite, le cinéaste livre une série documentaire de huit épisodes de 45 minutes, Soupçons (The Staircase).Or, l\u2019affaire Peterson prend une nouvelle tournure puisqu\u2019en 2011, l\u2019écrivain est libéré sous caution.À sa série devenue culte, Jean-Xavier de Lestrade ajoute un nouveau chapitre de deux heures en 2013, « Soupçons : la dernière chance».En 2017, Michael Peterson doit subir un nouveau procès, mais celui-ci est annulé.En 2018, la plateforme Netflix, forte du succès phénoménal de Making a Murderer (2015), série Le true crime à son apogée Surfant sur la vague, Netflix réchauffe Soupçons, la première série du genre L documentaire tournée sur dix ans par Moira Demos et Laura Ricciardi, offre à ses abonnés une version mastérisée des épisodes originaux de Soupçons agrémentée d\u2019un prologue de trois nouveaux épisodes.Sur différentes tribunes, Jean-Xa- vier de Lestrade, qui souhaite maintenant se consacrer à la fiction, a affirmé ressentir une sensation d\u2019inachevé.Qui sait s\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019autres épisodes si cette saga judiciaire ne connaît pas d\u2019autres rebondissements.Une voie ouverte par O.J.En créant la série documentaire true crime, Jean-Xavier de Lestrade a pour ainsi dire changé le visage de la télévision et révélé le côté sombre des téléspectateurs.De fait, après s\u2019être repu pendant des années de séries policières de fiction inspirées de vrais crimes, telles les franchises à succès de Dick Wolf, Law & Order et Chicago Fire, les spectateurs, sans doute sous l\u2019influence de la téléréalité, veulent du vrai.Finies les séries où l\u2019on résout un meurtre en moins d\u2019une heure chaque semaine avec des personnages pittoresques travaillant avec de l\u2019équipement à la fine pointe de la technologie sur fond de musique pop ou rock à la Bones, CSI ou NCIS! Qui n\u2019était pas rivé à son écran le 7 juin 1994 alors qu\u2019O.J.Simpson, acteur de la franchise L\u2019agent fait la farce et ex-star du football, fuyait à bord d\u2019une Ford Bronco blanche les policiers qui le soupçonnaient des meurtres de son ex-femme Nicole Brown et de son ami Ronald Goldman?Qui ne se souvient pas de son spectaculaire procès que plusieurs ont suivi avec le même engouement qu\u2019on suit la quotidienne District 31?Plus de deux décennies plus tard, Simpson a fait l\u2019objet de plusieurs séries et films, dont la série mettant vedette Cuba Gooding Jr.dans le rôle- titre, Inside Look : The People vs O.J.Simpson, American Crime Stor y, d\u2019Aaron I.Naar (2016-2017), gagnante d\u2019un prix Emmy en 2016, et le documentaire-fleuve d\u2019Ezra Edel- man, O.J.: Made in America (2016), lauréat de l\u2019Oscar du meilleur documentaire l\u2019an dernier.Fleurant la bonne af faire, Dick Wolf a même changé sa technique et renouvelé Law & Order, transformée en série d\u2019anthologie de vrais crimes ayant bouleversé l\u2019Amérique, Law & Order : True Crime, laquelle portera sur les frères Menendez, accusés d\u2019avoir tué leurs parents en 1989.Catharsis ou schadenfreude ?Pourquoi donc s\u2019intéresser à des histoires scabreuses, sordides et sanglantes ?De la même manière dont certains raffolent les films d\u2019horreur, c\u2019est une façon d\u2019apprivoiser ses propres peurs, ses pires craintes sans danger \u2014 sauf peut-être celle de ne plus dormir la nuit pour cause d\u2019écoute en rafale.Mieux encore, les séries true crime offrent une plongée dans un monde que nous connaissons pour la plupart par le biais de la fiction pure et dure.Or, grâce à une série telle que Soupçons, on comprend mieux pourquoi les procès s\u2019éternisent et pourquoi certaines af faires ne sont jamais résolues.Cela dit, il ne faut pas oublier que le tout est présenté selon le point de vue du réalisateur.On satisfait aussi le voyeur ou l\u2019amateur de potins en nous lorsque ces histoires de meurtres concernent des gens riches et célèbres, qu\u2019ils soient accusés, comme O.J.Simpson ou l\u2019homme d\u2019af faires Robert Durst (The Jinx, d\u2019Andrew Ja- recki, 2015), ou victimes, comme Versace (Inside Look : The Assassination of Gianni Versace, American Crime Story) ou Tupac Shakur et Notorious B.I.G.(Unsolved, de Kyle Long, 2018).Lorsque ces séries s\u2019intéressent à des gens dits ordinaires, telle Amanda Knox (2016), de Rod Black- hurst et Brian McGinn, sur cette étudiante accusée puis acquittée du meurtre d\u2019un autre étudiant en Italie, cer tains éprouvent une joie malsaine, ce que les psychanalystes appellent schadenfreude.Ainsi se ré- jouissent-ils de voir des gens semblables à eux succomber à leurs pulsions à leur place.Construites comme des fictions avec ses bons et ses méchants, les séries true crime procurent encore plus de bonheur chez le spectateur lorsqu\u2019elles présentent des récits qui continuent d\u2019évoluer dans la réalité, comme c\u2019est le cas avec Soupçons et Making a Murderer.Tandis qu\u2019ils attendent impatiemment la prochaine saison, ils échafaudent leurs propres théories et hypothèses quant à la résolution de l\u2019histoire en suivant le tout dans les médias.Comme quoi la réalité dépasse parfois la fiction.Soupçons (V.F.de The Staircase) Sur Netflix | 37 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 M O N T R E A L BA R O Q U E .C O M 5 1 4 8 4 5 - 7 1 7 1 UNE SOMPTUEUSE PANOPLIE DE SES PLUS EXTRAVAGANTES ET INTIMES ŒUVRES ! En 2018, la plateforme Netflix, forte du succès phénoménal de Making a Murderer (2015), offre à ses abonnés une version mastérisée des épisodes originaux de Soupçons agrémentée d\u2019un prologue de trois nouveaux épisodes.PHOTOS NETFLIX Une scène de Soupçons, du réalisateur français Jean-Xavier de Lestrade L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI LE RÈGNE DU FEU (4) (Reign of Fire), É.-U.2002.Drame fantastique de Rob Bowman avec Christian Bale, Matthew McConaughey, Izabella Scorupco.- Dans un futur post-apocalyptique, des humains réfugiés dans un château fort sont en proie aux attaques de dragons.MP 11h LA MUSE (4) (The Girl), G.-B.2012.Drame biographique de Julian Jarrold avec Toby Jones, Sienna Miller, Imelda Staunton.- La relation obsessionnelle du cinéaste Alfred Hitchcock avec l\u2019actrice Tippi Hedren, vedette de ses films Les oiseaux et Pas de printemps pour Marnie.ARTV 12h OCEAN\u2019S THIRTEEN (4) É.-U.2007.Thriller de Steven Soderbergh avec George Clooney, Brad Pitt, Al Pacino.- À Las Vegas, un criminel et sa bande planifient le cambriolage du casino appartenant à l\u2019homme qui a bafoué l\u2019honneur d\u2019un des leurs.CTV 14h LA DÉFENSE LINCOLN (4) (The Lincoln Lawyer), É.-U.2011.Drame judiciaire de Brad Furman avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei, Ryan Phillippe.- Un avocat connu pour sa clientèle de petits escrocs accepte de défendre un riche séducteur de Beverly Hills accusé de tentative de meurtre sur une prostituée.V 14h ROMY ET MICHELE, REINES DE LA SOIRÉE (4) (Romy and Michele\u2019s High School Reunion), É.-U.1997.Comédie de David Mirkin avec Mira Sorvino, Lisa Kudrow, Janeane Garofalo.- Deux copines un peu paumées font croire qu\u2019elles mènent la grande vie afin de bien paraître lors d\u2019une réunion d\u2019anciens de leur école.V 16h30 BATMAN ET ROBIN (5) (Batman & Robin), É.-U.1997.Drame fantastique de Joel Schumacher avec George Clooney, Arnold Schwarzenegger, Uma Thurman.- Deux justiciers masqués doivent combattre un criminel qui congèle ses victimes et une botaniste dont les baisers sont fatals.V 18h30 R.E.D.2 (4) (Red 2), É.-U.2013.Comédie d\u2019espionnage de Dean Parisot avec Bruce Willis, Mary-Louise Parker, John Malkovich.- Des agents secrets à la retraite mettent leurs ressources en commun afin de retrouver à Moscou une arme de destruction massive créée durant la guerre froide.TVA 20h30 TOMBÉ DU CIEL (3) (October Sky), É.-U.1999.Drame biographique de Joe Johnston avec Jake Gyllenhaal, Chris Cooper, Laura Dern.- En 1957, le passage de Spoutnik incite un adolescent de West Virginia à construire des fusées, malgré la désapprobation de son père.TQ 21h HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN (3) Fr.2000.Thriller de Dominik Moll avec Laurent Lucas, Sergi Lopez, Mathilde Seigner.- Un père de famille en vacances renoue avec un ancien copain de lycée dont l\u2019extrême bienveillance finit par devenir inquiétante.TFO 21h BATMAN À JAMAIS (4) (Batman Forever), É.-U.1995.Drame fantastique de Joel Schumacher avec Val Kilmer, Tommy Lee Jones, Jim Carrey.- Un justicier s\u2019oppose à un redoutable duo de criminels possédant un appareil qui permet de lire dans les pensées.V 21h15 LÉVIATHAN (3) (Leviafan), Rus.2014.Drame d\u2019Andrei Zviaguintsev avec Alexey Serebryakov, Roman Madianov, Vladimir Vdovichenkov.- Un père de famille russe lutte contre une mesure d\u2019expropriation inique imposée par un maire corrompu.TFO 23h CAPITAINE PHILLIPS (3) (Captain Phillips), É.-U.2013.Thriller de Paul Greengrass avec Tom Hanks, Barkhad Abdi, Barkhad Abdirahman.- En 2009 au large de l\u2019Afrique, des pirates somaliens prennent d\u2019assaut un navire de marchandises battant pavillon américain.TVA 23h15 LA FEMME INVISIBLE (4) (The Invisible Woman), G.-B.2013.Drame biographique de Ralph Fiennes avec Ralph Fiennes, Felicity Jones, Kristin Scott Thomas.- Au sommet de sa carrière et à la tête d\u2019une famille de dix enfants, l\u2019écrivain Charles Dickens s\u2019éprend de l\u2019actrice Nelly Ternan, alors âgée de 18 ans.RC 23h40 LE COUP DE GRÂCE (4) (The Fighter), É.-U.2010.Drame sportif de David O.Russell avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Melissa Leo.- Un aspirant champion du monde des poids mi-moyens voit ses rêves de gloire compromis par sa mère et gérante, pas toujours avisée, ainsi que par son entraîneur et demi-frère, toxicomane.TQ 0h58 PÉPÉ LE MOKO (3) Fr.1937.Drame policier de Julien Duvivier avec Jean Gabin, Mireille Balin, Charpin.- Un criminel se réfugie dans le quartier de la casbah à Alger pour échapper à la police.TFO 1h25 LOVELACE (5) É.-U.2013.Drame biographique de Rob Epstein avec Amanda Seyfried, Peter Sarsgaard, Sharon Stone.- La vie et la courte carrière dans l\u2019industrie de la pornographie de Linda Boreman, alias Linda Lovelace, vedette du film-culte Deep Throat.RC 1h40 BROKEN ARROW (V.F.) (4) (Broken Arrow), É.-U.1996.Aventures de John Woo avec John Travolta, Christian Slater, Samantha Mathis.- Un pilote de l\u2019armée de l\u2019air américaine s\u2019empare de deux missiles nucléaires pour les vendre à un groupe terroriste.TVA 1h45 DIMANCHE NORMAL (4) É.-U.2003.Drame de Jane Anderson avec Tom Wilkinson, Jessica Lange, Hayden Panettiere.- Un père de famille d\u2019âge mûr annonce à son épouse qu\u2019il veut subir une opération pour changer de sexe.ARTV 12h HÉROS (2) Chin.2002.Drame épique de Zhang Yimou avec Jet Li, Tony Leung Chiu Wai, Maggie Cheung Man Yuk.- Vers 220 avant J.-C., un guerrier raconte au roi de Qin comment il a empêché trois assassins notoires d\u2019attenter à sa vie.Z 14h BABE (3) Aust.1995.Comédie fantaisiste de Chris Noonan avec James Cromwell, Magda Szubanski.- Grâce aux conseils d\u2019une chienne et à sa propre débrouillardise, un porcelet nouvellement arrivé dans une ferme apprend à garder les moutons.TVA 14h30 CARTOGRAPHIE DES NUAGES (4) (Cloud Atlas), All.2012.Chronique de Tom Tykwer avec Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent.- Les destins interreliés, par- delà les époques, d\u2019un notaire, d\u2019un musicien, d\u2019une journaliste, d\u2019un éditeur, d\u2019une serveuse clonée et d\u2019un berger.V 14h30 LES AVENTURES DE KIT KITTREDGE (5) (Kit Kittredge \u2013 An American Girl), É.-U.2008.Comédie dramatique de Patricia Rozema avec Abigail Breslin, Julia Ormond, Chris O\u2019Donnell.- Dans les années 1930 à Cincinnati, une fillette rêvant d\u2019être journaliste documente dans ses articles les bouleversements provoqués par le krach boursier.RC 15h LE CHEVALIER NOIR (3) (The Dark Knight), É.-U.2008.Drame fantastique de Christopher Nolan avec Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart.- Alors qu\u2019un procureur zélé vient d\u2019être nommé à Gotham, le Joker sème l\u2019anarchie dans la ville et force Batman à se démasquer.V 18h INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT (4) (Indiana Jones and the Temple of Doom), É.-U.1984.Aventures de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Kate Capshaw, Ke Huy Quan.- En 1935, un archéologue aventureux enquête sur d\u2019étranges agissements dans le palais d\u2019un maharadjah.TVA 19h DÉCHARGE (4) Can.2011.Drame de mœurs de Benoît Pilon avec David Boutin, Sophie Desmarais, Isabel Richer.- Un ex-délinquant, devenu entrepreneur en gestion de déchets à Montréal, est confronté à ses démons en voulant sauver une adolescente toxicomane qui fait le trottoir pour un gang de rue.ARTV 21h BIUTIFUL (3) Esp.2010.Drame d\u2019Alejandro Gonzalez Inarritu avec Javier Bardem, Maricel Alvarez, Hanaa Bouchaib.- Se sachant atteint d\u2019un cancer en phase terminale, un Barcelonais qui trempe dans différentes magouilles tente de mettre de l\u2019ordre dans sa vie.TFO 21h02 HYENA ROAD \u2013 LE CHEMIN DU COMBAT (5) (Hyena Road), Can.2015.Drame de guerre de Paul Gross avec Rossif Sutherland, Paul Gross, Clark Johnson.- En Afghanistan, un tireur d\u2019élite et un agent du renseignement canadien cherchent à obtenir l\u2019aide d\u2019un moudjahidine légendaire.V 21h15 IL Y AURA DU SANG (2) (There Will Be Blood), É.-U.2007.Chronique de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Kevin J.O\u2019Connor.- Au tournant du XXe siècle en Californie, l\u2019ascension d\u2019un prospecteur de pétrole ambitieux et misanthrope appelé à croiser le fer avec un prédicateur illuminé.TQ 21h32 BARBECUE (5) Fr.2014.Comédie d\u2019Éric Lavaine avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti.- En rébellion depuis qu\u2019il a subi un infarctus, un bourgeois quinquagénaire quitte son emploi et devient odieux envers sa femme et ses amis, réunis pour les vacances dans les Cévennes.TVA 22h45 MARIAGES (4) Can.2001.Drame psychologique de Catherine Martin avec Marie-Ève Bertrand, Guylaine Tremblay, Mirianne Brûlé.- À la fin du XIXe siècle, une jeune femme promise au couvent s\u2019éprend du fiancé de sa nièce.TFO 23h30 FLEUR DE NEIGE ET L\u2019ÉVENTAIL SECRET (5) (Snow Flower and the Secret Fan), Chin.2011.Drame historique de Wayne Wang avec Gianna Jun, Li Bingbing, Vivian Wu.- Dans la Chine du XIXe siècle et celle de notre époque, deux amies de longue date traversent des moments difficiles qui mettent leur relation en jeu.RC 0h05 LE GRAND MAÎTRE (4) H.-K.2012.Drame biographique de Wong Kar-wai avec Tony Leung Chiu-Wai, Zhang Ziyi, Chang Chen.- Depuis les années 1930 jusqu\u2019aux années 1950, l\u2019histoire de Ip Man, grand maître du kung-fu et mentor de Bruce Lee.RC 1h50 LUNDI L\u2019AILE OU LA CUISSE (4) Fr.1976.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Coluche, Julien Guiomar.- L\u2019éditeur d\u2019un guide gastronomique est en lutte contre le président d\u2019une chaîne de restaurants.RC 9h CONFIDENCES TROP INTIMES (4) Fr.2003.Drame sentimental de Patrice Leconte avec Sandrine Bonnaire, Fabrice Luchini, Michel Duchaussoy.- Une femme instable confie ses problèmes conjugaux à un conseiller fiscal austère qu\u2019elle prend à tort pour son nouveau psychologue.RC 14h L\u2019INFORMATEUR (4) (Inside Man), É.-U.2006.Drame policier de Spike Lee avec Denzel Washington, Clive Owen, Jodie Foster.- La mission d\u2019un détective négociant la libération d\u2019otages par des braqueurs de banque est compromise par une émissaire du président de l\u2019institution.TQ 21h UNE JEUNE FILLE (4) Can.2013.Drame psychologique de Catherine Martin avec Ariane Legault, Sébastien Ricard, Marie-Ève Bertrand.- Une intimité inattendue se tisse entre une adolescente montréalaise en fugue et le fermier gaspésien qui l\u2019accueille chez lui.TFO 21h FOREVER PURE (4) G.-B.2016.Documentaire de Maya Zinshtein.- En 2012, le réputé club de football Beitar de Jérusalem embauche deux joueurs musulmans, au risque de provoquer la colère de leurs supporteurs.PBS (WETK) 22h TOMBOY (3) Fr.2011.Drame psychologique de Céline Sciamma avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson.- Une fille de dix ans aux allures androgynes se fait passer pour un garçon auprès des enfants de son nouveau voisinage.ARTV 23h30 BIUTIFUL Voir dimanche, 21h02.TFO 0h MARDI LE BONNET DE LAINE (4) (The Wool Cap), É.-U.2004.Drame de Steven Schachter avec William H.Macy, Keke Palmer, Don Rickles.- Muet à la suite d\u2019un traumatisme, le surintendant alcoolique d\u2019un immeuble vétuste tente d\u2019obtenir la garde de la fille abandonnée d\u2019une ex-locataire toxicomane.VIE 13h 8 MILE (3) É.-U.2002.Drame de mœurs de Curtis Hanson avec Eminem, Kim Basinger, Brittany Murphy.- Vivant dans un quartier pauvre de Detroit, un jeune ouvrier blanc aspire à devenir une vedette de la musique hip-hop.MP 20h UN CONTE DE NOËL (2) Fr.2008.Drame psychologique d\u2019Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Jean-Paul Roussillon.- Une famille réunie pour les Fêtes doit faire face à la grave maladie de la mère, ainsi qu\u2019au retour du cadet excentrique après cinq années de bannissement.TFO 21h DÉCHARGE Voir dimanche, 21h.ARTV 23h SÉJOUR À WANDERLUST (4) (Wanderlust), É.-U.2011.Comédie de David Wain avec Paul Rudd, Jennifer Aniston, Justin Theroux.- En route vers Atlanta, un couple new-yorkais qui vit des déboires professionnels se retrouve par hasard dans une communauté nouvel âge.TVA 23h35 UNE JEUNE FILLE Voir lundi, 21h.TFO 0h30 BIUTIFUL Voir dimanche, 21h02.TFO 2h INTRUSION (4) (Trust), É.-U.2010.Drame de David Schwimmer avec Liana Liberato, Clive Owen, Catherine Keener.- Une adolescente de bonne famille mais dénuée de confiance en elle se laisse prendre au jeu d\u2019un prédateur sexuel sur Internet.TQ 2h10 MERCREDI LA FAMILLE ADDAMS (4) (The Addams Family), É.-U.1991.Comédie fantaisiste de Barry Sonnenfeld avec Anjelica Huston, Raul Julia, Christopher Lloyd.- Des escrocs tentent d\u2019usurper l\u2019immense fortune d\u2019une famille d\u2019excentriques qui cultivent le goût du macabre.RC 9h LES DAMES DE DAGENHAM (4) (Made in Dagenham), G.-B.2010.Comédie dramatique de Nigel Cole avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Miranda Richardson.- En 1968 en Grande-Bretagne, une ouvrière de l\u2019usine Ford lutte pour l\u2019obtention d\u2019un statut et d\u2019un salaire équivalents à ceux de ses collègues masculins.RC 14h 8 MILE Voir mardi, 20h.MP 16h30 LES 3 P\u2019TITS COCHONS (5) Can.2007.Comédie dramatique de Patrick Huard avec Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge, Paul Doucet.- Tandis que leur mère repose à l\u2019hôpital dans un profond coma, trois frères connaissent diverses mésaventures conjugales et extraconjugales.TQ 21h SANG ET OR (3) Iran.2003.Drame social de Jafar Panahi avec Hussein Emadeddin, Kamyar Sheissi, Azita Rayeji.- À Téhéran, une accumulation de frustrations et d\u2019humiliations amène un modeste livreur de pizza à commettre un geste désespéré.TFO 21h NIGHT WATCH: LES GARDIENS DE LA NUIT (5) Rus.2004.Drame fantastique de Timur Bekmambetov avec Konstantin Khabensky, Vladimir Menshov, Viktor Verzhbitsky.- En 2004 à Moscou, la lutte reprend entre les forces de la Lumière et les monstres de la nuit, après une trêve de six siècles.Z 22h PARTICLE FEVER (3) É.-U.2013.Documentaire de Mark A.Levinson.- En 1992, six chercheurs au Grand Collisionneur de hadrons, en Suisse, tentent de confirmer l\u2019existence du boson de Higgs.PBS (WETK) 22h LE SEIGNEUR DES ANNEAUX: LA COMMUNAUTÉ DE L\u2019ANNEAU (2) (The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring), É.-U.2001.Drame fantastique de Peter Jackson avec Elijah Wood, Ian McKellen, Viggo Mortensen.- Un groupe d\u2019humains et de personnages fabuleux entreprennent un périple pour détruire un anneau magique convoité par un sinistre seigneur.TVA 23h05 UN CONTE DE NOËL Voir mardi, 21h.TFO 0h30 JEUDI LE PACTE DE GROSSESSE (4) (The Pregnancy Pact), É.-U.2009.Drame de Rosemary Rodriguez avec Madisen Beaty, Thora Birch, Nancy Travis.- L\u2019enquête d\u2019une journaliste sur l\u2019épidémie de grossesses dans son ancienne école secondaire prend une tournure inattendue.V 12h30 L\u2019HOMME DES HAUTES PLAINES (4) (High Plains Drifter), É.-U.1973.Western de Clint Eastwood avec Clint Eastwood, Walter Barnes, Verna Bloom.- Un inconnu consent à assumer la protection d\u2019un village mais impose aux habitants d\u2019étranges conditions.TQ 21h AIMER, BOIRE ET CHANTER (4) Fr.2013.Comédie d\u2019Alain Resnais avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Sihol.- Trois femmes de la campagne anglaise mettent leurs mariages en péril en se laissant séduire par un ami commun, condamné par la maladie.TFO 21h DÉCHARGE Voir dimanche, 21h.ARTV 22h SANG ET OR Voir mercredi, 21h.TFO 00h30 BON COP BAD COP (4) Can.2006.Comédie policière d\u2019Érik Canuel avec Patrick Huard, Colm Feore, Lucie Laurier.- Au cours d\u2019une enquête pour meurtre, un policier montréalais se voit forcé de faire équipe avec un homologue torontois.RC 0h35 CONTE DE NOËL Voir mardi, 21h.TFO 2h13 VENDREDI JOYEUSES FUNÉRAILLES (4) (Death at a Funeral), É.-U.2010.Comédie de Neil LaBute avec Chris Rock, Martin Lawrence, Zoe Saldana.- Les funérailles du patriarche d\u2019une famille afro-américaine sont perturbées par une série d\u2019incidents, ainsi que par les révélations d\u2019un inconnu de race blanche au sujet du défunt.TVA 13h SEPT ANS DE RÉFLEXION (2) (The Seven Year Itch), É.-U.1954.Comédie de Billy Wilder avec Tom Ewell, Marilyn Monroe, Evelyn Keyes.- Au cours d\u2019une canicule à New York, un homme profite de l\u2019absence de son épouse pour flirter avec sa voisine, une blonde capiteuse.RC 14h LES MONDES DE RALPH (4) (Wreck-It Ralph), É.-U.2012.Film d\u2019animation de Rich Moore.- Las d\u2019être un vilain de jeu vidéo, un démolisseur part à la conquête d\u2019une médaille de héros dans un autre jeu, bouleversant du coup l\u2019univers des arcades.RC 19h LE MÉCANO (5) (The Mechanic), É.-U.2011.Thriller de Simon West avec Jason Statham, Ben Foster, Tony Goldwyn.- Après avoir été forcé d\u2019assassiner son mentor, un tueur à gages apprend le métier au fils du défunt assoiffé de vengeance, qui ignore sa responsabilité dans ce meurtre.TVA 20h LE JOUR SE LÈVE (2) Fr.1939.Mélodrame de Marcel Carné avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry.- Un ouvrier est poussé au désespoir quand il apprend l\u2019infidélité de celle qu\u2019il aime.TFO 21h RAMBO (5) (First Blood), É.-U.1982.Drame de Ted Kotcheff avec Sylvester Stallone, Brian Dennehy, Richard Crenna.- Un vétéran du Vietnam est traqué par la police dans une région boisée.V 21h DÉCHARGE Voir dimanche, 21h.RC 23h05 KIDNAPPÉE (5) (Stolen), É.-U.2012.Thriller de Simon West avec Nicolas Cage, Josh Lucas, Danny Huston.- À sa sortie de prison, un cambrioleur réformé tente de retrouver sa fille kidnappée par son ancien acolyte.TVA 23h05 AIMER, BOIRE ET CHANTER Voir jeudi, 21h.TFO 0h30 TRANSIT (5) É.-U.2011.Thriller d\u2019Antonio Negret avec Jim Caviezel, James Frain, Elisabeth Rohm.- Après avoir dissimulé en catastrophe leur butin dans le véhicule d\u2019une famille, quatre truands qui ont braqué un fourgon blindé traquent puis terrorisent les paisibles vacanciers pour le récupérer.TVA 1h05 NORMAL Voir dimanche, 12h.ARTV 1h30 SANG ET OR Voir mercredi, 21h.TFO 2h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 MANON DUMAIS LE DEVOIR La crème de la scène En direct du Radio City Music Hall, Sara Bareilles et Josh Groban animent dimanche la 72e remise des prix Tony.Se trouvent en tête des finalistes les comédies musicales Mean Girls et SpongeBob Square- Pants, avec 12 nominations chacune, et les pièces Angels in America et Harry Potter and the Cursed Child, avec respectivement 11 et 10 mises en nomination.Andrew Lloyd Web- ber (Jésus-Christ Superstar, Evita, Le fantôme de l\u2019opéra) et Chita Rivera, qui créa le rôle d\u2019Anita dans West Side Story à Broadway en 1957, recevront chacun un Tony honorifique.Le mois dernier, Bruce Springsteen recevait un Tony spécial pour son spectacle Springsteen on Broadway.The 72nd Annual Tony Awards CBS, CTV, dimanche, 20h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 L E S OS CA R D E L A S C È N E Le visionnement en continu de la semaine Qu\u2019ont en commun la danse contemporaine et la science-fiction ?La websérie Eve 2050, qui nous transporte à une époque où le corps humain n\u2019est plus tout à fait celui qu\u2019on connaît.Évoquant La matrice, Tron et 2001 : l\u2019odyssée de l\u2019espace, cette série de cinq épisodes de cinq minutes met en scène la danseuse Sophie Breton sur une chorégraphie d\u2019Isabelle Van Grimde, qui signe également la direction artistique.Lancée le 16 mai, la websérie réalisée par Davai sera par la suite déclinée sous forme d\u2019installation interactive avec performances en septembre à l\u2019Agora de la danse, puis transformée en une œuvre scénique en 2019.Eve 2050 vangrimdecorpssecrets.com Jeunes résistants Fidèle à elle-même, la chaîne TV5 propose un documentaire dévoilant une page méconnue de la Seconde Guerre mondiale.Cette semaine, c\u2019est au tour des courageux cadets de Saumur, qui, pendant trois jours, luttèrent contre la cavalerie allemande malgré l\u2019armistice annoncé par Pétain en juin 1940.Et malgré le fait qu\u2019ils n\u2019étaient que 2000 jeunes hommes sans grande expérience contre 20 000 féroces soldats.Ponctué d\u2019émouvants témoignages de ces héros de la résistance, Ces gamins-là de Jean-Paul Fargier relate leurs faits héroïques à l\u2019aide de dessins d\u2019époque et de reconstitutions historiques.Ces gamins-là TV5, lundi, 21h Staline et le ballon rond Que l\u2019on attende impatiemment ou non la 21e Coupe mondiale de football, ce documentaire du scénariste- réalisateur Nicolas Jallot pourrait bien séduire les amateurs de foot et ceux que ce sport ennuie.Alliant extraits d\u2019archives, témoignages et analyses, Football, arme du KGB retrace les origines des célèbres clubs de foot russes, le Dynamo, formé à l\u2019origine de membres du KGB, et le Spartak, composé d\u2019hommes du peuple, dont certains, tels les quatre frères Starotsine, furent envoyés au goulag par Beria, le bras droit de Staline.On ne rigolait pas avec le sport en URSS\u2026 Football, arme du KGB ICI RDI, jeudi, 20h CHARLES SYKES ASSOCIATED PRESS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 06/10 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte Les Poilus Faire un tour?/ Michel Charette Le beau dimanche Le Téléjournal 22h35 Papara 23h05 Country TVA TVA nouvelles Les Gags INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT (1984) Harrison Ford.21h15 François Morency 22h15 TVANou.22h45 BARBECUE (2014) TQ De garde 24/7 / Sans répit Mc$ween Banc public Y'a du monde à messe IL Y AURA DU SANG (2007) Daniel Day-Lewis.V LE CHEVALIER NOIR (2008) avec Heath Ledger, Morgan Freeman, Christian Bale.21h15 HYENA ROAD: LE CHEMIN DU COMBAT (2015) Paul Gross.ICI RDI Le Téléjournal Vocation Le National Les grands reportages Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Second Regard Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Champions 22h45 Échos-L.Journal/ L\u2019invité CANAL D Michelle ou la vie sauvage Galas ComediHa! 2015 Docu-D / Enfants de la F1 Docu-D Convoi de l'extrême / En piste Douanes: Can CANAL VIE Donnez au suivant Devenus En famille La vie avec des quintuplées Vie de tournée Catastrophe 22h40 Ouvrez Roulotte RDS Le PGA tour Sports 30 Grand Prix F1 Images/sec.LMB Baseball / Yankees de New York c.Mets de New York (D) Sports 30 HISTORIA Fous bolides Fous bolides Chopper Route 66 Les moteurs Les moteurs Détroit / Une voiture à bon prix Bing Bang Bing Bang As de l'aviation ICI ARTV Monsieur Selfridge ICI on chante Les dieux de la danse DÉCHARGE (2010) David Boutin.22h35 La vie U2 Live EXPLORA S'aime chien Superpouvoirs Le refuge de l'espoir Planète colère Planète techno Étincelles de génie Découverte Sexplora Z Pros du ticket Chasseurs Forgerons Prêt sur gage Les pires chauffards québécois Plus dur Plus dur Les enragés Rapide et mill DernierBazou SAVOIR Monde Dactylo Mémoires/ VOD Routes science 20h15 De neuf Électron/ Jeux Nomade mers L'inis reçoit.Claude Lelouch Connaissance Apostrophes TFO Amélie Subito texto Flip Conseils Mosquée Citoyen monde BIUTIFUL (V.F.) (2010) avec Javier Bardem, Hanaa Bouchaib, Maricel Alvarez.Planète 17h30 So Fr.Hollywood Homicide Éoliennes: la bataille du vent Sous le radar / Harcèlement L'ombre d'un doute 7 merveilles ind.CBC 17h00 WALKING WITH DIN.To Be Announced LNH Hockey / Vegas vs Washington (D) CBCNews CTV CTV News Montreal The $100,000 Pyramid The 72nd Annual Tony Awards National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Bull / Light My Fire Private Eyes SEAL Team / Rolling Dark Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Celebrity Family Feud The $100,000 Pyramid To Tell the Truth News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes The 72nd Annual Tony Awards 3 News PBS (33) The Coroner / Those in Peril A Place to Call Home Secrets of the Manor House NORTHANGER ABBEY (2007) Felicity Jones.22h35 Secrets Manor House UNIS Bouffe en cavale Les fermiers / L'hiver D'un rire à l'autre Radio enfer Radio enfer Balade Tor.Balade Tor.Unis le chant HBO 16h45 Agnelli I Am Evidence Real Time With Bill Maher Westworld / Kiksuya Succession Last Week TVA Sports 17h30 RAW Le TVA sports Destination Coupe Stanley LNH Hockey / V.G.K./Was.(D) Dave Morissette en direct 06/09 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal À la valdrague 1001 vies Partie 2 de 2 Enfants de la télé / Diane Jules Outlander / Culloden 22h10 Journal Pharmach Pêcheurs TVA TVA nouvelles LE ROYAUME INTERDIT (2008) avec Jackie Chan, Jet Li.RED 2 (V.F.) (2013) avec Helen Mirren, Bruce Willis.22h45 TVANou.Cinéma TQ LE CLUB DES CINQ EN PÉRIL (2013) 19h40 5,80m Belle et Bum TOMBÉ DU CIEL (1999) avec Chris Cooper, Jake Gyllenhaal.Poldark V Cinéma BATMAN ET ROBIN (1997) avec Arnold Schwarzenegger, George Clooney.21h15 BATMAN À JAMAIS (1995) avec Tommy Lee Jones, Val Kilmer.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR La vie secrète des chansons Qui sera le prochain grand pâtissier?Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Enchères Enchères Enchères Défi moto à Phoenix Galas ComediHa! 2015 Galas ComediHa! 2015 Déroute CANAL VIE Rénover Quoi ton plan?Quoi ton plan?Quoi ton plan?Les 7 petits Johnston Qui vit ici?Agents The Affair (v.f.) Vedette RDS Au 19e Sports 30 Grand Prix F1 F1 Course automobile - Grand Prix du Canada Qualifications Les Soirées Classiques Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Truck non stop Truck non stop FantomWorks FantomWorks Beautés d'acier Beautés d'acier Mordus ICI ARTV Prochains Rétroviseur Pour l'amour du country Appelez mon agent / Norman Notre vie / Conseils de père Notre vie / Pour ton bien Faits Divers EXPLORA Animo Pharmachien Les derniers loups d'Éthiopie La Seconde Guerre mondiale vue du ciel Cerveau Sexplora Mégast.nazies Z Rapide et mill Comédie Cobaye humain Seuls et tout nu Fallait pas essayer / Catapulte Opérations spéciales Prêt sur gage SAVOIR Face à Face Reportage Géo 19h50 Nature L'ombre d'un doute Monde Dactylo Semaine Verte Jeux/ De neuf Découvertes TFO Amélie Subito texto Flip Conseils Mosquée Citoyen monde HARRY: UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN (2000) LÉVIATHAN Planète 7 merveilles ind.Les routes du crime / Réunion Sur la route en Australie Vu sur terre / Hawaï Crash Investigations Fantômes CBC CBCNews marketplace The Nature of Things Still Standing Still Standing THE BANG BANG CLUB (2010) Malin Akerman.JustForLaughs CTV CTV News Montreal W5 The Crossing The Crossing The Detail / Off the Path National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Ransom / Hardline Home to Win / The Master Plan Houdini & Doyle Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend The Crossing The Crossing 20/20 News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight Ransom / Hardline 48 Hours 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Want My Wife Doctor Blake / The Open Road Death in Paradise Austin City UNIS Hooké Filles de moto Nos étés Devenir adulte Hors série LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES (2017) L'espionne HBO 18h05 KING IN THE WILDERNESS (2018) CB Strike: Cuckoo / Episode 2 Westworld / Les Ecorches CLEAR HISTORY (2013) Eva Mendes.TVA Sports Pilote Le TVA sports Boogeyman Avant-match LMS Soccer / Montreal Impact c.FC Dallas (D) Vérité de la rue Le TVA sports LMB Baseball S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR S\u2019il est un sport envers lequel les préjugés sont particulièrement tenaces, c\u2019est bien le cheerleading, qui est devenu au fil des décennies bien plus qu\u2019un complément « décoratif » aux matchs d\u2019équipes sportives, souvent masculines\u2026 C\u2019est ce que s\u2019emploie habilement et ef ficacement à montrer cette série documentaire en huit épisodes, qui emprunte la forme assez classique d\u2019un récit chronologique d\u2019une année dans la vie d\u2019un groupe d\u2019athlètes, ici les trois équipes d\u2019élite de l\u2019école de cheerleading montréalaise Flyers All-Starz.Ce récit est construit autour de quelques membres de ces équipes, certains au profil moins prévisible dans ce genre de sport (un homme dans la cinquantaine, un grand jeune homme qu\u2019on imaginerait plutôt dans une équipe de basketball), des propriétaires de l\u2019école, qui sont aussi entraîneurs des équipes d\u2019élite.Ceux- ci se confient à la caméra entre deux séquences d\u2019entraînement intense ou de compétition sur le déroulement de leur saison de «cheer», sur leurs motivations, sur leur perception de ce sport, particulièrement dur sur les corps, et parfois les esprits, l\u2019activité exigeant une discipline de fer et un esprit d\u2019équipe sans faille.Il ne faut pas se fier au premier épisode, très chargé parce qu\u2019il met en place un lexique attaché à ce spor t, essentiellement en anglais, pour se forger une opinion sur cette série, qui adopte un rythme et un ton plus posés dès le deuxième épisode.Ceux qui n\u2019arrivent pas à s\u2019habituer au jargon de ce sport peuvent consulter la capsule Cheerleading 101 , disponible sur Véro.tv.Cheerleading Tou.tv et Véro.tv dès maintenant et Artv mardi, dès 19h (deux épisodes en rafale) Athlètes accomplis Cheerleading déboulonne efficacement quelques mythes sur ce sport à l\u2019image stéréotypée SU R VOS ÉC R A N S S\u2019affranchir de la noirceur Repartie bredouille au dernier Gala Québec Cinéma, cette adaptation cinématographique du célèbre roman du regretté Gaétan Soucy réalisée par Simon Lavoie (Le torrent, Laurentie) se retrouve à la télévision à peine six mois après son trop court passage en salle.On vous souhaite que votre petit écran ne le soit pas trop pour profiter pleinement de la mise en image magnifique de ce récit d\u2019émancipation d\u2019une jeune fille de la noirceur ambiante.La petite fille qui aimait trop les allumettes UNIS, samedi, 21h, rediffusion, lundi, 1h 06/11 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Rétroviseur Les chefs! Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Anne TVA TVA nouvelles Sucré Salé Les Gags Coeur et bras Ma maison bien-aimée Les petits doués TVA nouvelles 22h35 Sucré 23h05 Histoire TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Électrons Point doc À COMMUNIQUER 23h05 Messe V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire La trappe Permis chanter Scorpion / La zone 51 L'affaire O.J./ La Dream Team Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR Mixeur Champions Femmes de dictateurs Ces gamins-là Un village français Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Étrange météo Des idées payantes Danger dans l'espace Le péché originel Trésor inca CANAL VIE Au chalet Au chalet Docteur, suis-je normal?/ Alan Donnez au suivant Devenus En famille Les 7 petits / Rénos-repos Urgences RDS 17h00 Le 5 à 7 L'antichambre (D) LMB Baseball / Cubs de Chicago c.Brewers de Milwaukee (D) Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Pirates et trésors La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Boardwalk ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Les 5 prochains ICI on chante Yann Perreau Nouveau Prise de son EXPLORA Créatures lumineuses B comme bestioles / Insectes S'aime chien Repères Vivre loin du monde / Alaska L'évolution de nos gènes Mystérieux Z S'coucher Prêt sur gage Lizard Lick Comédie Cobaye humain Animal Kingdom The Leftovers (v.f.) / J'habite ici maintenant SAVOIR Face à Face Découvertes DeGarde 36.9° TDAH Santé! Nomade mers Découvertes Monde Routes science TFO SallyB./ Sally B.Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Boum, canon Amélie UNE JEUNE FILLE (2013) Sébastien Ricard.Amélie 22h55 Boum Planète Objectif 2050 Crash Investigations Semeurs d'espoir en terres arides Arts backstage Vu sur terre / Tasmanie Arts backstage CBC CBCNews On the Money To Be Announced CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang SPECTRE (2015) avec Christoph Waltz, Léa Seydoux, Daniel Craig.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore Man Plan Ransom / The Artist Elementary Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Jimmy Kimmel NBA Countdwn NBA Basketball / Cleveland vs T.B.A.(D) CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Mom Man Plan Super Donuts Biblically Elementary Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow Independent Lens / Forever Pure UNIS Galaxie près Cochon dingue Mauvais karma Mauvais karma Trait d'humour Cow-boy urbain Jeunes philanthropes Hooké HBO 17h35 DON'T TALK TO IRENE Last Week Wyatt Cenac Real Time With Bill Maher Section 60 Arlington Westworld / Kiksuya Succession TVA Sports 17h30 Destination Coupe LMB Baseball / Rays de Tampa Bay c.Blue Jays de Toronto (D) D.Morissette 22h45 TVA sp.23h15 GolfMag TOU.TV | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 06/15 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal LES MONDES DE RALPH (2012) Fatale-Station Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Sucré Salé L'arme fatale / Repos forcé LE MÉCANO (2010) avec Ben Foster, Jason Statham.TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Passager Format familial Cuisine futée, Cuisine futée, Un chef à la cabane Y'a du monde à messe Banc public Belle et Bum V Souper parfait Souper parfait L'arbitre Code 111 911 RAMBO (1982) avec Brian Dennehy, Sylvester Stallone.Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chasseurs / Vietnam Thalassa Habiter le Le sexe autour du monde Journal/ C à dire CANAL D Situation A.P.Agents Amour fatal / Sutorius Délateurs / Patrick Hénault Un tueur si proche Jumeaux diaboliques Scènes crime CANAL VIE Minichefs au défi Donnez au suivant Devenus Amour aveugle Proprio Proprio Dr Dee vétérinaire en Alaska Vendre rénover RDS 17h00 Le 5 à 7 Avant-match FIFA Soccer / Portugal c.Espagne - Coupe du monde Groupe B Après-match L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Perdus en Alaska Les trappeurs du Klondike Les montagnards Les montagnards Les montagnards Les armuriers ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Mission X Notre vie / Conseils de père Notre vie / Pour ton bien Faits Divers Le siège EXPLORA Superpouvoirs Alex+Tyler, éco Planète techno Pharmachien Mystérieux vestiges Churchill's Toyshop Sexplora Stupidité Stupidité Z S'coucher Prêt sur gage Dans l'net Remorquage Remorquage Remorquage Remorquage Prêt sur gage Les pires chauffards québécois jobs fous SAVOIR L'avenir de Radio-Canada Apostrophes: Littérature et résistance Secrets Électron/ Idées Encore plus FutureMag MTL innovante Nomade mers TFO SallyB./ Sally B.Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Boum, canon Amélie LE JOUR SE LÈVE (1939) Jean Gabin.22h35 Le Puits Amélie Planète Services secrets Crash Investigations La route des armes Hollywood Homicide Les routes du crime Fantômes CBC CBCNews On the Money JFL: Gags Coronation St.marketplace Hello Goodbye Secret Path CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang American Ninja Warrior / Miami City Qualifiers Blue Bloods / Pain Killers CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Keep Going Hawaii Five-0 First Dates First Dates Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Quantico / Heaven's Fall What Would You Do?20/20 News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight UndercoverBoss:Celeb Hawaii Five-0 Blue Bloods / Pain Killers Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Breaking Big Great Performances at the Met / Tosca UNIS Galaxie près Cochon dingue Balade Tor.Balade Tor.Radio enfer Radio enfer D'un rire à l'autre Mauvais karma Mauvais karma Ciné tout court HBO 17h35 Women 18h45 Agnelli Last Week TIG NOTARO: BOYISH GIRL I.Real Time With Bill Maher C.B.Strike TVA Sports Le TVA sports MLB: moments LMB Baseball / Washington Nationals c.Blue Jays de Toronto (D) Le TVA sports CollXtion Le TVA sports 06/14 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Malheurs Prière de ne pas Les échangistes Le Téléjournal Sports TVA TVA nouvelles Sucré Salé Chicago Fire / Le purgatoire MÉCHANT MENTEUR (2011) Adam Sandler.TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Banc public De garde 24/7 À COMMUNIQUER F.-tireurs V Souper parfait Souper parfait Imposteurs Marvel: Agent Carter Chicago Police Chicago Police / Boomerang Atomes ICI RDI Le National 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Instinct Sauvage Racines et ailes / Du pays Rennais à la presqu'île de Crozon 22h05 Les secouristes Journal/ C à dire CANAL D Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Un tueur si proche Docu-D / Les moustiques CANAL VIE Propriétaire et prospère Les 7 petits / Rénos-repos Une vie de géant La dépression, puis après.Maison flot.Espaces Normal?RDS 17h00 Le 5 à 7 Avant-match FIFA Coupe du monde / Russie c.Arabie Saoudite Groupe A Après-match L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Les as de l'aviation Légendes Légendes Légendes Légendes Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Les 5 prochains Hubert & Fanny Le siège DÉCHARGE (2010) David Boutin.EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Le retour des pygargues Recyclage: La grande illusion Curiosity / Crash aérien Repères Rêver le futur Z S'coucher Prêt sur gage Seuls et tout nu Pros du ticket Chasseurs Opérations spéciales FRISSONS 3 (2000) Courteney Cox Arquette.SAVOIR 36.9° DeGarde Nomade mers Routes science Idées/ Nature Mémoires/ VOD Dactylo Découvertes Québec monde Semaine Verte DeNeuf/ Nature TFO SallyB./ Sally B.Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Boum, canon Amélie AIMER, BOIRE ET CHANTER (2014) Sabine Azéma.Amélie Planète Services secrets Les routes du crime / Réunion L'ombre d'un doute Chefs de guerre Arts backstage Gr.réalisateurs Vu sur terre CBC CBCNews On the Money 22 Minutes Coronation St.Back in Time for Dinner Crawford Little Dog CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon The Big Bang The Big Bang Quantico CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight The Wall / Tomeka and Andre Superstore Will & Grace S.W.A.T./ Radical Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Jimmy Kimmel NBA Countdwn NBA Basketball / T.B.A.vs Cleveland (D) CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Life in Pieces S.W.A.T./ Radical Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour WIND: A Struggle for the Character of Vermont Bardo: Night Bardo: Night Soundstage / Cornerstones of Rock Business UNIS Galaxie près Cochon dingue Cow-boy urbain Garde-manger Nos étés Unis par le chant Philanthropes HBO 17h55 Last Wk 18h25 Tokyo George Lopez Succession Westworld / Kiksuya Wyatt Cenac Last Week Bill Maher TVA Sports Le TVA sports L'Impact LMB Baseball / Rays de Tampa Bay c.Yankees de New York (D) Le TVA sports CollXtion Le TVA sports 06/13 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes L'Épicerie Dans l'oeil du dragon Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Jesse TVA TVA nouvelles Sucré Salé Campagne Oeufs d'or Malaises Boomerang Esprits criminels TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Électrons Point doc À COMMUNIQUER V Souper parfait Souper parfait Lucifer / Le dernier repas NCIS: Los Angeles CSI: Miami / Mauvaises graines CSI: Miami Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Partir Autrement en famille Envoyé spécial 21 jours / Itinérant: Hugo Journal/ C à dire CANAL D Défi moto à Phoenix Remorqueurs Garage d'élite Parker: Sa ruée vers l'or Cauchemar sur l'autoroute Isolés et en péril Hommes bois CANAL VIE Propriétaire et prospère Shed de gars, shed de fille Espaces Rénover Vendre ou rénover / Rozelle Agents Qui vit ici?Urgences RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre (D) Le sommet À comm.Hors-jeu 2.0 Images/sec.Sports 30 Sports 30 Russie 2018 HISTORIA Les montagnards Les armuriers Les armuriers De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu L'acier et feu ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix ICI on chante Pour l'amour du country Enquêtes internes Mozart jungle 23h05 Mozart EXPLORA Animo Planète colère Chauves-souris en danger La Semaine verte Que mangera-t-on / Food 3.0 ADN supermédecin Évolution Z S'coucher Prêt sur gage Milot Land Forgerons Plus dur Plus dur Les enragés Rapide et mill NIGHT WATCH: LES GARDIENS DE LA NUIT SAVOIR Encore plus Électron/ Idées Découverte 19h40 Oser FutureMag MTL innovante Mémoires/ VOD Reportage Géo 22h20 Idées 36.9° DeGarde TFO SallyB./ Sally B.Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Boum, canon Amélie SANG ET OR (2003) avec Kamyar Sheisi, Hossain Emadeddin.Amélie Planète Services secrets Crash Investigations Les routes du crime / Best of Faites entrer l'accusé / La voix de Laurent Gravité zéro CBC CBCNews On the Money To Be Announced LNH Hockey / Washington vs Vegas (D) CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang MasterChef Criminal Minds Code Black / Home Stays Home CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Mary Kills People Mary Kills People / Fatal Flaw Reverie Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs The Goldbergs Modern Family Am.Housewife Shark Tank News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Survivor: Ghost Island SEAL Team / Collapse Code Black / Home Stays Home Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Travelscope Yankee Nature / Fabulous Frogs Nova Particle Fever UNIS Galaxie près Cochon dingue Motel, No Vacancy Filles de moto Hooké Devenir adulte Hors série Les fermiers / L'hiver Cow-boy HBO 18h15 Bill Maher 19h15 ARTHUR MILLER: WRITER (2017) Arthur Miller.Last Week Wyatt Cenac Succession VICE TVA Sports 17h30 Destination Coupe Stanley LNH Hockey / Was./V.G.K.(D) D.Morissette 23h15 RAW 06/12 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Les pêcheurs Galas ComédiHa! 2017 Les échangistes / Roger Léger Le Téléjournal Sports/ Directeu TVA TVA nouvelles Sucré Salé Ninja Warrior: Le parcours ultime / Finales à Cleveland Du talent à revendre TVA nouvelles 22h35 Sucré 23h05 Mission.TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Électrons Point doc Poldark Chroniques du crime américain Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Tout s'embellit Taxi payant QUAND LA DEMOISELLE D'HONNEUR S'EN MÊLE (2016) Allume-moi Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Nos 5 Sens La vie secrète des lacs Le sexe autour du monde Profilage / Le prisonnier Journal/ C à dire CANAL D Douanes: Can Douanes: Can Douanes: Can Douanes: Can Le convoi de l'extrême Michelle ou la vie sauvage Le trésor de Pablo Escobar Australie: Ruée CANAL VIE Au chalet Au chalet Maux mystères Vie de tournée Dr Dee vétérinaire en Alaska César à la rescousse Urgences RDS 17h00 Le 5 à 7 En route 2018 Direction: Russie 2018 FINA Plongeon L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Mordus Mordus Profession: brocanteur Profession: brocanteur Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Cheerleading Cheerleading Appelez mon agent / Norman Hubert & Fanny Le siège DÉCHARGE EXPLORA Le refuge de l'espoir B comme bestioles / Araignées Découverte Mégastructures nazies Entrailles Boeing Formule 1 Z S'coucher Prêt sur gage Fallait pas essayer Training Day / Casting sauvage Killjoys Vikings Op Spéciale SAVOIR DeNeuf/ Nature Reportage Géo 19h20 Idées Québec monde CORIM Ombre doute 21h25 VOD Apostrophes: Littérature et résistance Connaissance TFO SallyB./ Sally B.Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Boum, canon Amélie UN CONTE DE NOËL (2008) avec Jean-Paul Roussillon, Catherine Deneuve.Planète Services secrets Les routes du crime Retrouvez la nature / Indonésie Crash Investigations Le prix des mots CBC CBCNews On the Money To Be Announced CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang The Big Bang MasterChef Can./ Pop- Up Star World of Dance CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Voices Bull / Gag Order NCIS: New Orleans Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Bachelorette The Last Defense News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Voices Bull / Gag Order 48 Hours: NCIS Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Guest of House Outdoor Civilizations / Paradise on Earth American Experience Frontline / Life on Parole Business UNIS Galaxie près Cochon dingue Fous animaux Ça va brasser! NUIT DE NOCES (2001) François Morency.Ciné tout court Filles de moto HBO 17h10 MAUDIE (2016) 19h10 Bill Maher 20h10 Last Wk 20h40 W.Cenac 21h10 Succession 22h10 Bl./Sea VICE Westworld TVA Sports 17h30 Destination Coupe LMB Baseball / Red Sox de Boston c.Orioles de Baltimore (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I CBC CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Le concept de cette téléréalité à saveur documentaire est tout simple : on prend une famille nucléaire de la classe moyenne et on lui fait vivre pendant toute une semaine une décennie telle qu\u2019elle pouvait être vécue au quotidien à la maison.Back in Time for Dinner, qui a d\u2019abord connu plusieurs déclinaisons sur les ondes de la BBC, permet à la famille Campus de Mississauga, en Ontario, d\u2019abandonner pendant six semaines leurs habitudes d\u2019alimentation, de loisirs, leur garde-robe, et dans un cas en particulier, les activités professionnelles pour faire un tour dans les années 1940, 1950, 1960, 1970, 1980 et 1990 à l\u2019intérieur de leur maison banlieusarde, redécorée selon les standards de chacune des décennies.Exit les bidules électroniques en tous genres, les électroménagers modernes qui rendent supportables les tâches ménagères, et surtout la répartition équitable desdites tâches\u2026 Car au-delà des « ar tifices » des modes vestimentaires, des tendances culinaires parfois franchement saugrenues, voire dégoûtantes, qui ont marqué les 70 dernières années en Amérique du Nord, on remarque rapidement la charge de travail énorme qu\u2019ont dû abattre les femmes au foyer, sur tout dans les décennies 1940 et 1950, alors que l\u2019époux pourvoyeur attend\u2026 ou s\u2019amuse.L\u2019écart est encore plus frappant dans la mesure où la famille qui s\u2019est prêtée à cet éclairant exercice avait déjà tendance à inverser certains rôles traditionnels de la domesticité.Voilà donc une téléréalité loin d\u2019être inutile, qu\u2019il serait d\u2019ailleurs fort intéressant de voir dans une adaptation francophone qui intégrerait certains aspects propres à la culture québécoise.Back in Time for Dinner CBC, jeudi 20h Voyager dans le temps à la maison Cette série permet à une famille d\u2019aujourd\u2019hui de vivre le quotidien de six décennies en six semaines L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e Voya g e 4 2 | REPORTAGE GARY LAWRENCE COLLABORATEUR LE DEVOIR À PARIS \u2014 Papa ! Regarde, là ! \u2014 Oui ?\u2014 C\u2019est écrit « Baise l\u2019État » sur le mur.C\u2019est dégueulasse ! \u2014 Bienvenue à Paris, ma chérie.Quand j\u2019ai caressé le projet de faire découvrir la Ville lumière à ma fille, je m\u2019attendais à ce qu\u2019elle attire mon attention sur des choses que je ne voyais plus pour les avoir vues dix fois, et qui frapperaient ses puérils yeux vierges \u2014 la grâce des arcs-boutants de Notre-Dame, les bouches de métro de Guimard, les façades hauss- maniennes, les moucharabiehs mécaniques de l\u2019Institut du monde arabe\u2026 Or, ce sont souvent des trucs inattendus qui ont capté son attention : des tags anarchistes, cer tes, mais aussi l\u2019image d\u2019une gravure de mode en lingerie fine (« C\u2019est vulgaire ! »), des gendarmes armés jusqu\u2019aux dents qui l\u2019ont effrayée (« T\u2019inquiète, c\u2019est aux méchants qu\u2019ils veulent faire peur »), des noms de lieux qui l\u2019ont interloquée («C\u2019est ça, la Seine ?Mais il est où, le théâtre?»).En cinq jours, grâce à elle, j\u2019ai fait du lèche-vitrines devant toutes les pâtisseries situées sur notre chemin, je me suis arrêté devant chaque musicien qui jalonnait notre parcours (puis j\u2019ai vidé mes poches dans leur chapeau) et j\u2019ai remarqué tous les mendiants que j\u2019ai croisés Voir la tour Eiffel pour la première fois, en vrai, de loin.PHOTOS GARY LAWRENCE À Paris avec papa Virée père-fille pour redécouvrir la Ville lumière à travers les yeux d\u2019une enfant Exit le zoo de Vincennes, foin du parc Astérix et rien à cirer du musée Grévin : quand notre journaliste visite Paris avec sa fille de 9 ans, c\u2019est pour y redécouvrir ses grands classiques\u2026 et se rappeler qu\u2019il n\u2019y a (presque) que des avantages à bourlinguer avec son enfant.En cinq jours, grâce à elle, j\u2019ai fait du lèche- vitrines devant toutes les pâtisseries situées sur notre chemin GARY LAWRENCE » (en versant plus d\u2019oboles que jamais, sous peine de subir les terribles foudres de ma fille).En plus de redevenir sensible aux drames humains qui taraudent le grand théâtre de l\u2019inhumanité, j\u2019en suis presque venu à apprécier de petites bêtes que j\u2019ai en horreur.\u2014 Mais puisque je te dis que ce sont des rats volants ! \u2014 C\u2019est pas gentil ! Je les aime, moi, les pigeons ! En entrant dans certains lieux emblématiques, comme l\u2019église Saint- Germain-des-Prés, j\u2019ai même eu droit à d\u2019étonnantes révélations.\u2014 Regarde, chérie, c\u2019est la plus vieille église de Paris ! \u2014 Ah.Et quand est-ce qu\u2019on visite une pagode ?\u2014 ?! ?\u2026 \u2014 Ben oui, tu sais bien que je suis bouddhiste ! En calquant mes intérêts sur ceux de ma fille, j\u2019ai aussi examiné assidûment tous les Renoir accrochés au musée d\u2019Orsay (tandis qu\u2019elle les prenait tous en photo) ; lu toutes les inscriptions accompagnant les artefacts de la collection égyptienne du Louvre ; et découvert de jolies métaphores en déambulant dans le Quartier latin : « Regarde comme c\u2019est beau, ce chemin qui rétrécit ! » de s\u2019exclamer ma minidouce en s\u2019engouffrant dans une ruelle étroite.Partir à Paris avec son enfant, c\u2019est aussi faire des choses qu\u2019on n\u2019aurait pas nécessairement faites, dans d\u2019autres circonstances.Dans mon cas, cela signifiait magasiner aux Champs-Ély- sées (et y délier allègrement mon gousset) ; me faire embobiner par un portraitiste raté à Montmartre (30 ans d\u2019expérience et encore me faire enfi- rouaper); acheter huit bérets en guise de souvenirs pour les copines; et payer 3$ le macaron chez Ladurée («Mais, papa, c\u2019est tellement bon!»).Rendu là, ce n\u2019est même plus de l\u2019amour inconditionnel, c\u2019est de l\u2019amour aveugle.Autour d\u2019Amélie C\u2019est d\u2019abord à travers Le fabuleux destin d\u2019Amélie Poulain que ma fille a connu Paris, alors un petit pèlerinage thématique s\u2019imposait aussi.Dans un couloir de métro, j\u2019ai commencé par vérifier s\u2019il n\u2019y avait pas de photos ratées oubliées dans un photomaton, avant de sor tir au métro Blanche et de remonter la rue Lepic\u2026 jusqu\u2019au Café des Deux Moulins.Un peu vieillot et kitsch, l\u2019endroit est fréquenté par un mélange intrigant de vieux piliers et de touristes provenant de partout (« Je parle anglais toute la journée, bientôt il faudra que je parle chinois !» de râler le placier bête comme ses pieds).D\u2019où le duo crème brûlée/chocolat chaud à 10euros et la pinte de bière à 9euros.Non loin de là, nous avons repéré l\u2019épicerie de Monsieur Collignon- face-de-fion (ou tête-à-gnons, c\u2019est selon) : très ressemblante à l\u2019extérieur mais décevante à l\u2019intérieur, avec ses produits santé branchouillés.Par la suite, c\u2019est en vain que nous avons cherché Monsieur Quincam- poix (quoique lui nous a peut-être aperçus avec sa lunette d\u2019approche), depuis la terrasse située devant la basilique du Sacré-Cœur, toujours aussi ravissante.« Il y a trois cents marches pour aller au sommet du dôme.Tu te sens d\u2019attaque ?» Elle est partie comme une flèche, me laissant pomper l\u2019huile derrière.Une fois là-haut, l\u2019expression de son visage m\u2019a coupé le souffle bien plus net que l\u2019a fait l\u2019escalier en colimaçon.« Papa ! C\u2019est la tour Eiffel, là-bas ! » Le lendemain, munis de nos billets coupe-file (essentiels pour ne pas poireauter des heures à la queue leu leu), nous y étions.Jadis, je ne m\u2019étais rendu qu\u2019au premier palier, aujourd\u2019hui doté d\u2019un plancher translucide ; cette fois, je suis monté au sommet avec ma microamoureuse, pour réaliser que l\u2019expérience n\u2019est rien de moins qu\u2019époustouflante \u2014 y compris l\u2019ascension elle-même.De là-haut, nous avons vu la Seine se frayer un chemin dans Paris, le dôme doré des Invalides émerger de la blanche trame parisienne, l\u2019Arc de triomphe triompher comme jamais de l\u2019Étoile, la tour projeter son ombre sur le XVIe et la basilique du Sacré-Cœur se profiler au loin.« Tu vois, c\u2019est là que nous étions, hier ! » Quelque chose me dit que bien des synapses sont nées sous sa blonde chevelure.Naïf, moi ?Alors que je pensais surtout revoir Paris à travers les yeux intacts de mon enfant, c\u2019est ma propre naïveté renouvelée que j\u2019ai retrouvée en revi- sitant certains lieux emblématiques de la Ville lumière : les fabuleuses mosaïques et le plafond de Chagall de l\u2019opéra Garnier, les ponts et les bouquinistes gref fés à la Seine, la réelle joliesse de la place des Vosges, l\u2019église Saint-Julien-le-Pauvre\u2026 Seuls rendez-vous manqués : les Catacombes (la longueur de la file était innommable), la virée en bateau-mouche (idem), Versailles (à défaut de voir la galerie des glaces, nous en avons dégusté plusieurs), le Grand Palais (qu\u2019attend-on pour donner libre accès à l\u2019incroyable verrière de ce chef-d\u2019œuvre ?) et le Père-La- chaise (de toute façon, ma fille ne connaît ni Jim, ni Yves, ni Édith).Mais finalement, c\u2019est la thématique Amélie Poulain qui nous a rattrapés, au terme du séjour.Au sympathique restaurant La Marine, près du joli canal Saint-Martin, la carte proposait un risotto aux morilles et sot-l\u2019y- laisse, cette délicieuse pièce de volaille qu\u2019un père déguste avec son petit-fils, dans une des scènes finales du film, après avoir renoué avec sa fille avec laquelle il s\u2019était brouillé.À Paris, j\u2019ai moi aussi retrouvé mon enfant.Mais contrairement à ce père dans Le fabuleux destin d\u2019Amélie Poulain, je ne l\u2019avais jamais perdue.L\u2019auteur était l\u2019invité d\u2019Air France et de l\u2019Office de tourisme et des congrès de Paris.| 4 3 Vi v r e Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 À savoir Plusieurs transporteurs relient Montréal à Paris, mais c\u2019est Air France qui le fait le plus souvent, trois fois par jour durant la belle saison.Malgré les récentes tribulations, aucun préavis de grève n\u2019a été donné depuis le 9 mai.Récemment rouvert après des rénovations très réussies, l\u2019hôtel Magellan est une valeur sûre, dans le XVIIe arrondissement.Excellent service, chambres fonctionnelles et lits tout confort.À 5 minutes du métro Pereire, et à compter de 150$/nuit.Parmi les innombrables guides offerts pour des escapades familiales à Paris, soulignons l\u2019excellent Cartoville Paris en famille (Galli- mard) ; Paris Partir en famille (Lonely Planet) ; et Paris Enfants par quartier (L\u2019Indispensable).Pour sortir des pavés battus : Paris Exotique (Le Routard) et Balades secrètes à Paris (Hachette).Tous sont vendus à la librairie Ulysse (guidesulysse.com).Renseignements : parisinfo.com Le Louvre vu du le musée d\u2019Orsay KARL RETTINO-PARAZELLI LE DEVOIR ulien Croteau-Dufour et Valentina Côté ne sont pas des athlètes d\u2019exception.Jusqu\u2019à l\u2019été dernier, ils utilisaient leur vélo un peu comme tout le monde, pour aller faire l\u2019épicerie ou pour rendre visite à des amis.C\u2019était avant qu\u2019ils décident de prendre la route en septembre pour relier Montréal et Lima, au Pérou, sur deux roues.«C\u2019est un peu un mythe de penser qu\u2019il faut avoir une forme physique idéale, affirme Julien, dans la fin vingtaine.Il faut y aller tranquillement et respecter son corps.» Depuis leur départ, sa copine Valentina et lui ont franchi plus de 10 000 kilomètres et traversé une dizaine de pays.Ils n\u2019ont pas encore atteint leur destination finale, mais ils savent déjà qu\u2019ils sont en train de vivre l\u2019une des plus belles expériences de leur vie.L\u2019idée de départ était de se rendre au Pérou pour visiter la famille de Va- lentina, qui y a habité pendant dix ans.Mais à mesure que le projet a pris forme, le couple a décidé d\u2019y donner un sens plus large.« On voulait faire les choses différemment pour éviter de faire comme les autres blogues de vélo qui parlent seulement du nombre de kilomètres parcourus», explique Julien.Après réflexion, l\u2019eau est devenue le fil conducteur de leur périple.Cette ressource essentielle, dont le Québec regorge, a occupé leur esprit en visitant des pays qui en manquent et a alimenté les discussions avec les L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | Traverser les Amériques sur deux roues Deux couples de Québécois ont tout laissé derrière eux pour découvrir le continent Carnets de voyage Julien et Valentina Lieu de départ : Montréal Destination : Lima, Pérou Rythme: entre 30 et 80km par jour, selon les conditions Hébergement : camping, auberges, réseau des Warm Showers Gilles et Louise Lieu de départ : Laval Destination : Terre de Feu, Argentine Rythme: entre 80 et 100km par jour sur le plat et entre 50 et 75km par jour en montagne Hébergement : auberges, hôtels, réseau des Warm Showers Deux couples de Québécois qui ne se sont jamais rencontrés ont décidé au même moment de tout laisser derrière eux et d\u2019enfourcher leur vélo pour traverser les Amériques.Après avoir avalé des milliers de kilomètres, ces aventuriers appartenant à deux générations différentes démontrent qu\u2019il suffit d\u2019être déterminé pour partir à la découverte d\u2019un monde insoupçonné.Depuis leur départ, Julien Croteau- Dufour et Valentina Côté ont franchi plus de 10 000 kilomètres et traversé une dizaine de pays.Ci-contre : en Colombie ; à droite : dans le désert de Tehuacan, au Mexique.COLLECTION PERSONNELLE Page de droite, en bas : pour les Lavallois Gilles Lavoie et Louise Lauzon, l\u2019idée de visiter l\u2019Amérique centrale a commencé à germer dans leur esprit il y a environ cinq ans.COLLECTION PERSONNELLE J | 4 5 Vi v r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Cartes de navigation collectives Avis aux amateurs de navigation: avec l\u2019application de cartes maritimes Wavve, vous pouvez découvrir de nouveaux plans d\u2019eau et connaître les endroits trop peu profonds pour permettre à votre bateau de passer, tout en profitant des renseignements ajoutés à la carte par les autres utilisateurs (points d\u2019intérêt, quais, etc.).Vous pouvez même activer une option vous permettant de localiser en temps réel vos amis ou d\u2019autres navigateurs qui utilisent Wavve.Comme l\u2019application a été développée à Toronto, les cartes collaboratives contiennent beaucoup plus d\u2019informations en Ontario et sur la côte est américaine: à vous d\u2019en ajouter au Québec! L\u2019application est disponible seulement pour les appareils Apple, et coûte 1$ par mois ou 6$ par année après une brève période d\u2019essai.Wavve Wavve Boating inc.Jamais trop de photos d\u2019animaux Vous adorez partager sur les réseaux sociaux des photos de vos animaux, mais parfois, vous avez l\u2019impression que vous en faites un peu trop?L\u2019application Petbar pourrait devenir votre nouvel exutoire.Celle-ci est faite spécifiquement pour partager des photos et courtes vidéos de vos animaux de compagnie, à qui vous créez un profil.Vous verrez dans votre fil d\u2019actualités d\u2019autres animaux en action, et vous pourrez les suivre ou contacter directement leur propriétaire.Il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019un bel outil pour quiconque aimerait adopter un animal donné et parler au préalable à quelqu\u2019un qui possède ce type d\u2019animal avant de faire le saut.À noter que l\u2019application n\u2019existe que depuis quelques mois et ne compte pas beaucoup d\u2019utilisateurs pour le moment.Petbar Onpoint Holdings Pty Ltd Camille Dauphinais-Pelletier PETBAR gens qu\u2019ils ont croisés sur leur route.« Comme touriste, tu te rends compte à quel point l\u2019accès à l\u2019eau est un enjeu central.Les gens n\u2019avaient aucune gêne à nous en parler et ça ouvrait des discussions sur d\u2019autres réalités, comme l\u2019environnement ou la politique », raconte Julien.Une foule de surprises Pour se préparer à leur grand voyage, le couple a fait le tour de la Gaspésie à vélo l\u2019été dernier, mais ce n\u2019était rien comparativement à ce qui les attendait.Ils se sont servis de la côte est américaine pour « faire leurs classes», avant d\u2019endurer une chaleur intense au Mexique et en Amérique centrale, pour ensuite être rattrapés par la saison des pluies.Sans compter les interminables montées et le vent, l\u2019un des plus grands ennemis du cycliste.« Encore au- jourd\u2019hui, on ne sait pas comment ça va se passer jusqu\u2019à Lima, dit Julien.Les routes sont remplies de surprises.» Des surprises, Julien et Valentina en ont aussi trouvé aux abords de la route, lorsqu\u2019ils ont décidé de poser leur vélo pour échanger avec les habitants intrigués, curieux, mais surtout très accueillants.«Au Honduras, sans doute l\u2019un des pays les plus pauvres d\u2019Amérique centrale, on était sur le point de payer notre hébergement lorsqu\u2019un homme en moto taxi nous a proposé de nous héberger chez lui gratuitement, se rappelle Julien.Pour relever la réputation de son pays qui n\u2019a pas bonne presse, il s\u2019est fait un devoir d\u2019accueillir les voyageurs à vélo.Il voulait aussi aider sa petite-fille à apprendre l\u2019anglais.» Julien et Valentina n\u2019auront pas parcouru toute la route à vélo, se permettant quelques trajets en autobus ou en bateau, par obligation ou par nécessité, puisqu\u2019ils veulent être à Toulouse en juillet pour assister au mariage de leurs amis.Mais ce ne sera pas la fin de leur aventure: ils ont l\u2019intention de terminer l\u2019année en beauté en parcourant ensuite les routes de la France pendant deux mois.Tout vendre et partir Gilles Lavoie, 59 ans, et Louise Lau- zon, 55 ans, n\u2019en sont pas à leur premier voyage.Mais pour eux aussi, cette traversée des Amériques à vélo était inimaginable il y a quelques années à peine.L\u2019idée de visiter l\u2019Amérique centrale a commencé à germer dans l\u2019esprit de ces Lavallois il y a environ cinq ans.Puis, en 2015, ils ont pris la décision de faire les choses en grand : vendre leur condo et leurs avoirs pour se rendre à vélo jusqu\u2019à la Terre de Feu, à extrême sud de l\u2019Argentine.«Ce qui nous a convaincus, c\u2019est le rêve de parcourir les Amériques au r ythme du vélo, de rencontrer les gens, de découvrir des cultures, l\u2019histoire des pays et de démontrer que, quel que soit votre âge, il est possible d\u2019accomplir vos rêves », souligne Gilles, en précisant que sa femme et lui sont des «cyclistes amateurs».Comme Julien et Valentina, les deux cinquantenaires ont décidé de laisser leur trajet évoluer au fil des rencontres, des contraintes et des possibilités.«Pour nous, voyager, c\u2019est d\u2019avoir tous les sens ouverts.À mon avis, il y a une différence entre avoir vu et avoir compris un pays.La meilleure façon de comprendre le pays, c\u2019est de le faire à vélo», insiste-t-il.Faire tomber les barrières Jusqu\u2019à maintenant, rien n\u2019a arrêté le couple.Ni l\u2019ef for t physique, ni la crainte sécuritaire, ni la barrière de la langue.« On avait suivi quelques cours d\u2019espagnol au Québec, mais avec la pratique, notre espagnol est devenu très bon», se réjouit Louise.« Il faut casser la barrière qui dit que l\u2019Amérique du Sud, c\u2019est dangereux, renchérit Gilles.Il y a des précautions de base à prendre.On ne roule jamais de soir, par exemple, mais on ne s\u2019est jamais sentis menacés tout au long du trajet.» Les cyclistes ont profité de leur passage dans différents pays pour échanger avec les locaux, mais aussi pour s\u2019attarder aux enjeux qui les préoccupent.Au Nicaragua, ils ont notamment rendu visite à une association qui soutient l\u2019éducation des jeunes.«Il y a eu une époque où les Québécois se disaient qu\u2019ils étaient nés pour un petit pain.Avec le temps, on a réalisé qu\u2019on est capables.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils sont encore dans cette période où ils doivent apprendre à se faire confiance, constate Gilles.Et je pense que ça passe par l\u2019éducation.» Gilles et Louise ne savent pas s\u2019ils verront le sud de l\u2019Argentine, puisque dans leur cas, c\u2019est le travail qui les appelle en janvier prochain.Mais au- jourd\u2019hui, ils assurent que la destination finale n\u2019a aucune importance.«Notre carnet est rempli d\u2019adresses et de noms de personnes qui vont venir nous visiter, dit Gilles.Ce sera à notre tour de leur monter notre pays, pour les remercier.» Il faut casser la barrière qui dit que l\u2019Amérique du Sud, c\u2019est dangereux.Il y a des précautions de base à prendre.On ne roule jamais de soir, par exemple, mais on ne s\u2019est jamais sentis menacés au long du trajet.GILLES LAVOIE » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | REPORTAGE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR À MAGOG était en 2012 ou en 2013.La mémoire de Frédéric Simon hésite, peut-être parce qu\u2019elle préférerait avoir oublié.« On anticipait notre première récolte, mais il y a eu un gros gel printanier.Ici, juste là, c\u2019est devenu lunaire.En juin, c\u2019était brun à la grandeur.Tout était mort », se rappelle le cofondateur du vignoble Pinard et filles, en désignant d\u2019un grand geste las le champ devant lui, qui a depuis retrouvé bonne mine.« Disons qu\u2019à ce moment-là, on s\u2019est demandé en s\u2019il vous plaît ce qu\u2019on était venus faire ici.» « C\u2019est parce qu\u2019on aime ça, le trouble ! » lance l\u2019associée de Frédéric, son amoureuse Catherine Bélan- ger, avec au visage un sourire espiègle permettant de croire qu\u2019elle cumule une enviable expérience en la matière.Mais ça ressemble à quoi, le trouble, demandez-vous?Ça ressemble à de la vigne européenne (Vitis vinifera), une espèce exigeant des soins quasi monastiques, que plantait le duo ici à Magog en 2011, avec pour seul soutien un système D affûté par des décennies en restauration, un amour fou du vin et les conseils de leurs amis des Pervenches à Farnham.« Disons qu\u2019on savait que les vini- fera, il fallait les enterrer l\u2019hiver, mais on n\u2019avait pas vraiment prévu que c\u2019était six semaines de plus de travail à l\u2019automne et quatre au printemps», raconte le jeune vigneron, dans la bouche de qui les vins québécois avaient très rarement déclenché de feu d\u2019artifice.Le grand barbu attribuait alors cette insipidité aux vignes hybrides à L\u2019art de se donner du (beau) trouble, selon Pinard et filles Visite à Magog chez les libres-penseurs du vin québécois, dont on se dispute les quilles Frédéric Simon et son amoureuse, Catherine Bélanger PHOTOS ANNICK SAUVÉ Il faut que je laisse le raisin me raconter l\u2019histoire qu\u2019il veut me raconter FRÉDÉRIC SIMON » C\u2019 | 47 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Pour annoncer dans ce regroupement Contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS Écoutez toute la série dès maintenant?: LeDevoir.com/balado NOUVEAU BALADO partir desquelles les « vinos » locaux sont traditionnellement élaborés, parce qu\u2019elles tolèrent mieux le froid et fructifient davantage, bien qu\u2019il faille savoir composer avec des « acidités dans le tapis».« Si c\u2019était bon, les hybrides, on le saurait », répondait habituellement Frédéric à ceux qui s\u2019étonnaient de son intrépidité (ou de son inconscience).Pourquoi alors Pinard et filles travaille-t-il désormais aussi des fruits hybrides, cultivés sur une terre en location ?« C\u2019est ta chance de te rétracter ! » s\u2019exclame Catherine, hilare.« Ma nouvelle réponse, je ne suis pas sûr qu\u2019elle va faire plus plaisir », prévient celui qui a cofondé et codi- rigé le restaurant Les Cons Servent et a exploité pendant 15 ans l\u2019a gence de vins Insolite.Catherine Bélanger mène quant à elle toujours la double vie campagne-béton, et partage son temps entre le vignoble et ses deux adresses montréalaises, Pullman et Moleskine.Le couple a deux filles de six et neuf ans.«Ce que je dirais aujourd\u2019hui, c\u2019est que si les gens savaient vinifier les hybrides, on l\u2019aurait su.L\u2019ancienne garde, au Québec, c\u2019était souvent des gens en deuxiè me carrière qui avaient fait de l\u2019argent et ils arrivaient avec des référents bien personnels.Ils engageaient un œno- logue français en lui disant : \u201cJe plante du frontenac [de la vigne hybride] parce que ça résiste au gel, mais j\u2019aimerais que ça goûte le bordeaux.\u201d Parfait, mais pour arriver à ce résultat-là, faut que tu levures, que tu chaptalises, que tu désacidi- fies, que tu réacidifies, que tu enzymes [des procédés auxquels certains vignobles soumettent le moût].Ça don ne du vin, oui, mais c\u2019est du vin techno.À la fin, c\u2019est comme si tu prenais une chèvre et que tu la déguisais en cochon.» Bio, mais pas bio «Si je voulais être plus politically correct, ajoute-t-il, je dirais que si les hybrides, t\u2019essaies pas de leur faire exprimer autre chose que ce que ça peut exprimer », en tentant de sublimer leur acidité plutôt que d\u2019à tout prix la gommer, « c\u2019est pas toujours parfait, mais au moins, c\u2019est vrai ».Frédéric Simon prononce le mot « artisanal » comme d\u2019autres leur sacerdoce.Le vigneron ne sait jamais avant les vendanges quel type de vin \u2014 rouge, blanc, orange \u2014 il créera au chai, et produit rarement un même vin deux fois.« Il faut que je laisse le raisin me raconter l\u2019histoire qu\u2019il veut me raconter», explique celui qui se plaît à parler de vin en termes de récit.Malgré un champ dans lequel même pas un tracteur n\u2019entre, encore moins des produits chimiques, Pinard et filles ne détient pas de certification biologique, un choix politique du vigneron, selon qui « on devrait plutôt imposer une taxe d\u2019épandage à ceux qui utilisent de la saloperie.Tu achètes de la saloperie, tu paies pour ta saloperie.Tu utilises du jus de bras comme nous?Ben tu paies rien».Leurs vins ne sont ni collés ni filtrés, d\u2019où leurs couleurs parfois joliment ondoyantes.Vous aurez compris que Frédéric Simon aime autant révéler le fond de sa pensée que de goûter celui des bouteilles, un indomptable franc-parler qui agace peut-être ses collègues.En novembre dernier, Josée di Sta- sio employait lors d\u2019un épisode tourné chez lui les mots « vignoble biologique ».Le lundi matin venu, une inspectrice du Conseil des appellations ré- ser vées et des termes valorisants faisait sonner son téléphone et le sommait de se rétracter, après avoir reçu plusieurs plaintes.« On a obtempéré et on a écrit sur le Web que nos vins sont issus d\u2019une culture bien logique », précise-t-il, avec un soupçon d\u2019insolence au coin des lèvres.« J\u2019ai appelé le Conseil pour m\u2019assurer que les mots bien et logique sont encore gratuits dans le dictionnaire.» Pas le bouchon facile Il existe des galeries qui contiennent moins d\u2019œuvres d\u2019ar t que le chai de Pinard et filles, dont les murs sont constellés de dessins de Marc Séguin.Le sceau d\u2019approbation du peintre, qui pond une étiquette nouvelle pour chacune des cuvées en échange de quelques caisses, aura sans doute aidé à propulser la marque dès l\u2019arrivée sur les tables montréalaises de ses premières bouteilles, millésimées 2015.En mars dernier, le magazine américain Bon Appétit plaçait son Chardonneret (chardonnay et savagnin) parmi la liste des «11 Natural Wines That Taste as Good as They Look » sans que Frédéric et Catherine sachent exactement comment ce jus avait bien pu aboutir dans le verre de la journaliste.Dire non aux assoif fés accapare une bonne partie des journées de la paire, qui privilégie pour l\u2019instant les restaurants et bars à vins (ainsi que quelques boutiques).Une pan- car te « Fermé » trône au bord du chemin des Pères, afin de signaler à l \u2019agrotouriste en goguette que contrairement à la plupart des voisins, Pinard et filles n\u2019accueille pas de visite.Résultat : Catherine et Frédéric n\u2019ont pas vraiment la chance de boire leurs pinards plus souvent que le noceur moyen.« L\u2019autre fois, ra- conte-t-il, Marc [Séguin] me dit : \u201cDemain, je reçois des amis à la maison et j\u2019ouvre tous les 2016.Douze bouteilles, one shot.\u201d J\u2019étais un peu jaloux, parce que moi, je n\u2019ai jamais fait ça.Une fois que ce n\u2019est plus dans la cuve, je n\u2019ai pas le bouchon facile.J\u2019ai dit à Marc : \u201cLa prochaine fois, invite-moi !\u201d » Les vins de Pinard et filles ne sont ni collés ni filtrés, d\u2019où leurs couleurs parfois joliment ondoyantes.Disons qu\u2019on savait que les vinifera, il fallait les enterrer l\u2019hiver, mais on n\u2019avait pas vraiment prévu que c\u2019était six semaines de plus de travail à l\u2019automne et quatre au printemps FRÉDÉRIC SIMON » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 4 8 | CRITIQUE CATHERINE FERLAND COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC La scène gastronomique de la Vieille Capitale commence (enfin !) à se diversifier, s\u2019ouvrant à ses micro- terroirs aussi bien qu\u2019aux cultures du monde.Dans une formule qui connaît une grande popularité au Japon, voici que Québec compte sa première véritable izakaya, ou taverne japonaise.Cap sur le quartier Saint- Roch pour découvrir l\u2019Honô Izakaya.Tsukemono Il faut savoir que les izakayas sont à Tokyo ce que les pubs sont à Londres ou les bistrots à Paris.Selon certaines estimations, le Japon en compterait environ 20 000.On y sert de la bière, des cocktails, du saké et des plats froids ou chauds, plus ou moins sophistiqués et qui, bien souvent, sont placés entre les convives pour être partagés.Nous ferons donc honneur à cette pratique en commandant des apéros et plusieurs tsukemonos à picorer de concert, ce qui nous permettra d\u2019explorer plus amplement le menu.À noter qu\u2019il est très facile de faire diviser les factures pour refléter le nombre de convives.Sociabilité nippone Chacun savoure d\u2019abord une soupe miso.Les jolis récipients bien fumants révèlent un bouillon aux arômes subtils, agrémenté de dés de tofu, d\u2019oignon vert et de palourdes.C\u2019est l\u2019une des meilleures misos que j\u2019ai pu déguster ces dernières années.La conversation va bon train, alors qu\u2019on pioche allègrement dans le plat d\u2019edamames au poivre du Sichuan, ce qui engourdit agréablement la bouche.L\u2019ambiance étonne.Pour ce resto d\u2019une trentaine de places, les propriétaires ont voulu créer une ambiance urbaine et décontractée, voire minimaliste, avec un décor où dominent les planches nues, le mur de briques laissant deviner le tracé de l\u2019ancien escalier et, bien sûr, l\u2019espace bar où s\u2019attablent amis et collègues le temps d\u2019un verre ou deux.Tout ici évoque la simplicité et la camaraderie\u2026 une simplicité qui est cependant loin d\u2019être zen : au contraire, la musique américaine un brin trop for te concurrence les conversations.Heureusement, mon cocktail \u2014 opportunément nommé « Test de stress » \u2014, composé de cocchi rosa, de jus d\u2019orange, de thé vert et de ginger ale, contribue à ajuster mon humeur au bruit ambiant.Au cours de la soirée, nous testerons aussi le « Vert cheval » (tequila Cazadores, Cointreau, avocat, orgeat de riz soufflé et lime) ainsi que le «B & B » (hydromel Beez de la ferme Desrochers, Sochu, liqueur de litchi Nusbaumer, Maurin Quina et citron), de belles réalisations qui font d\u2019ailleurs l\u2019unanimité autour de la table ! Terre ou mer ?Nous poursuivons cette roborative collation avec les kakiages, ou légumes tempura, présentés sous forme de galettes façonnées de légumes râpés et mises en panure, puis coiffées d\u2019une mayonnaise épicée.Or, l\u2019ensemble s\u2019avère un peu lourd et indubitablement trop « frit », oblitérant presque totalement les saveurs végétales.Les yakitoris se déclinent en plusieurs propositions, tant viande que poisson ou légumes.À chaque commande, le serveur apporte deux brochettes, ce qui permet facilement de séparer entre deux, trois voire quatre convives.Tour à tour défilent à notre table le negima (morceaux de cuisses de poulet et échalotes ; excellent), le buta- bara (flanc de porc ; gras à souhait, mais ô combien goûteux !), le miso sake (saumon mariné au miso; je sais que l\u2019expression est galvaudée, mais il fond véritablement dans la bouche), le poireau (grillé de cette manière, ce légume révèle tout son caractère) et enfin le miso wakasagi (éperlans marinés au miso ; un mets qui fait beaucoup penser à des anchois).Sucré ou umami?Pour le dessert, mon homme se laisse tenter par un brownie façon mochi accompagné d\u2019une boule de crème glacée au sésame, tandis que j\u2019opte pour la crème brûlée au thé vert, question de pouvoir goûter à tout.Mangé seul, le brownie m\u2019apparaît bien ordinaire, avec une texture un peu pâteuse en bouche, mais il devient plus intéressant lorsqu\u2019on y mêle la crème glacée.Quant à la crème brûlée, sa saveur très prononcée de thé ver t semble bien ennuyeuse à mes papilles.C\u2019est comme s\u2019il manquait quelque chose (note herbacée ?Épice ?Agrume ?Alcool ?) Honô Izakaya, un pub urbain à la japonaise Pour ce resto d\u2019une trentaine de places, les propriétaires ont voulu créer une ambiance urbaine et décontractée, avec un décor où dominent les planches nues.Le mur de briques laisse deviner le tracé de l\u2019ancien escalier.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR | 4 9 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 LA MAÎTRISE DES CLASSIQUES L A R EC E T T E D U C H E F M I C H A E L TOZ Z I Frosé au melon d\u2019eau et aux fraises Pour 4 cocktails Ce cocktail saura vous rafraîchir lors d\u2019une chaude journée d\u2019été.Ingrédients 2 tasses de vin rosé 2 tasses de melon d\u2019eau, tranché en cubes, surgelé 1 tasse de fraises, surgelées 1 1/2 tasse de glaçons 1/4 tasse de Campari ou d\u2019Apérol 1/4 tasse de jus de citron 2 c.à soupe de miel (facultatif) Préparation Mixer tous les ingrédients dans un mélangeur jusqu\u2019à ce que le résultat soit homogène et ait la consistance d\u2019une slush.Répartir dans quatre verres et servir immédiatement.MICHAEL TOZZI pour dérider tout ça.Mais je conçois ici qu\u2019il s\u2019agit de mes goûts personnels et qu\u2019on puisse apprécier ces desserts tels quels.Mon verdict final ?Je ne crois pas que j\u2019y retournerais pour manger un repas complet.En revanche, je fréquenterais volontiers l\u2019Honô Izakaya pour ce qu\u2019il est : un lieu sympa où partager quelques cocktails et bouchées (choisies) entre amis.Honô Izakaya ?1/2 $$ 670, rue Saint-Joseph Est, Québec À la manière des tavernes japonaises, ce lieu sympathique remplit bien sa mission première : offrir des consommations et des bouchées à partager (essayez les brochettes de saumon ainsi que le poireau!), entre collègues ou entre amis, en toute simplicité et bonne humeur.Les plus : Lieu sympathique qui remplit très bien sa mission première : offrir des consommations et des collations à partager, en toute simplicité et bonne humeur.Les moins : Peu nombreux au menu, les desserts manquent de relief.Si vous recherchez la quiétude et un certain décorum, ce n\u2019est pas un resto pour vous.Pas de réservations.Coût pour deux, nourriture seulement, avant taxes : 53$ Coût total pour deux (incluant alcool, taxes et service) : 105$ L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e Vi n 5 0 | Moins de 16 $ L\u2019Orpailleur Blanc 2017, Dunham, Québec (15,45$ \u2013 704221) A-t-il besoin de présentation?La surprise est tout de même de taille dans ce millésime porté par une espèce de jubilation fruitée très contagieuse.L\u2019ensemble y est radieux et joue avec brio le contraste sucre/acidité tout en se préservant un esprit de légèreté, de sincérité.Tout simple, mais diable qu\u2019il provoque l\u2019apéro ! (5) ?1/2 La surprise Benjamin Bridge NV, Nouvelle-Écosse, Canada (29,95$ \u2013 13593239) Étonnant.Ce mousseux sent les grands espaces, des espaces libres et larges parfumés à l\u2019essence de crachin de mer, de pomme verte et de citron.Étonnant, car ce lieu, finement concentré en bouteille, est d\u2019un réalisme implacable, d\u2019une vitalité sans bornes.Des horizons à vous ouvrir les yeux, les papilles et le cœur ! (5 +) ?Le blanc Domaine de Reuilly «Les Pierres Plates» 2015, Loire, France (24,75$ \u2013 11463810) Si le rosé était enlevant, ce blanc sec à base de sauvignon trace avec cette même fougue et intégrité fruitée.Ce bio se permet même finesse et précision, équilibre, vitalité et longueur.Une solution de remplacement heureuse aux sancerres, même si tous deux raffolent du petit chèvre chaud en salade.Vachement, pardon, «chèvrement» estival, tout ça! (5) ?Le rouge Au fil de soi 2015, Clos Bagatelle, Saint-Chi- nian, Languedoc, France (20,45$ \u2013 13298029) Une analogie?Le saint-chinian m\u2019a toujours laissé cette impression d\u2019un homme qui ne s\u2019était pas fait la barbe depuis trois jours.Un certain charme peut-être, mais tout de même un rien abrasif.Le visage est par contre ici glabre et satiné de texture, tant les tanins frais et mûrs charment et régalent.Une caresse! Quel que soit le genre, d\u2019ailleurs.(5) ?Le bio Château La Lieue Rosé 2017, Coteaux Varois en Provence, France (17,80$ \u2013 11687021) Le cépage cinsault possède un sens, une espèce d\u2019intuition naturelle, pour le rosé qui semble sans équivoque.À l\u2019image d\u2019un Christophe Huss pour la musique classique, par exemple.La famille Vial ne manque pas de réflexes non plus.Toujours cette appétence radieuse, ce fruité intègre, bien vivant, de belle densité.Si j\u2019aime?J\u2019adore! (5) ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E CRITIQUE JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR La finale du Concours du meilleur sommelier des Amériques se déroulait le 24 mai dernier, antichambre au Concours du meilleur sommelier du monde qui aura lieu, lui, l\u2019année prochaine en Belgique.Nos candidats québécois ?Carl Villeneuve-Lepage et Pier-Alexis Soulières, officiant respectivement au restaurant Toqué ! et au restaurant La Chronique à Montréal.Nos deux vaillants pisteurs d\u2019arômes et gymnastes de la langue avaient alors à se mesurer à 22 autres candidats provenant des Amé- riques (du Nord, centrale et du Sud).L\u2019expertise québécoise ?Elle brillait une fois de plus puisque Pier- Alexis Soulière et Carl Villeneuve-Le- page obtenaient respectivement la première et la troisième position, alors que l\u2019Argentin Martin Bruno se faufilait entre les deux.Je me suis entretenu avec Carl Villeneuve-Lepage sur son formidable métier.Qu\u2019est-ce qui vous motive à participer à un concours de cette envergure?Je veux dire: ne serait-ce pas plus simple de demeurer à la maison en sirotant calmement un bon verre de pinot noir?Ce serait effectivement plus simple, mais j\u2019ai aussi entrepris de cultiver ma levure pour faire mon pain, alors que je pourrais simplement aller en acheter à l\u2019épicerie! Les concours génèrent une grande motivation à me préparer, à étudier, à déguster et à toujours découvrir.Le chemin qui nous mène sur un podium est la partie la plus importante du processus.De plus, on apprend énormément sur soi- même quant à la dimension mentale, sur sa gestion du stress, par exemple, lorsqu\u2019on procède à une épreuve de service qui dure très peu de temps en situation de quart de finale.Peut-on réellement déguster objectivement dans de telles situations où la tension est à son comble?Avez-vous un secret bien caché à révéler aux lecteurs du Devoir?Lors de la finale du concours, la première dégustation à laquelle nous étions soumis était un vin rouge.En y mettant le nez, je savais à peu près de quoi était fait ce vin.Lorsque ça arrive en concours, bien que sur le coup nous ne pouvons en être à 100% sûrs, on entre dans notre gymnastique de dégustation : on pratique cette séquence pendant plusieurs mois et cela devient comme un autre membre de notre corps à force de répétitions.Petit secret : une lecture que je n\u2019ai pas eu le temps de terminer avant le concours mais qui m\u2019a fait beaucoup réfléchir quant aux attentes que l\u2019on a envers soi-même lorsqu\u2019on s\u2019impose des situations de performance : Atteindre sa zone d\u2019excellence, par Claude Webster.N\u2019importe qui ayant à donner des conférences, des entrevues, des prestations musicales ou théâtrales, toutes situations qui demandent à se soumettre à des situations sous pression, devraient avoir lu ce livre.Comment envisagez-vous l\u2019après- concours?Vous remettez ça pour une prochaine fois?Je prendrai cer tainement une petite pause pour profiter de l\u2019été, de mon jardin, peut-être même pour construire un four à pain en argile dans ma cour ! La suite est déjà à peu près écrite, étant donné le Concours du meilleur sommelier du monde qui aura lieu au printemps 2019 à An- vers, en Belgique.J\u2019y serai en tant que Meilleur sommelier du Canada [un titre gagné l\u2019automne dernier] et je compte bien aborder ce concours d\u2019une façon encore plus appliquée que ce que j\u2019ai fait jusqu\u2019à maintenant.C\u2019est là le bonheur d\u2019acquérir l\u2019expérience de compétition.Enfin, quel serait votre coup de cœur du moment à proposer à tous ces lecteurs qui ne détestent pas du tout un bon verre de vin?J\u2019aurais envie de leur suggérer de sortir de leur zone de confort en faisant confiance aux conseillers de la SAQ et de goûter à des vins qui viennent de régions moins classiques, à des cépages qu\u2019ils ne connaissent pas: un assyrtiko de Santorini, par exemple, ou un loureiro portugais.Personnellement, j\u2019aime bien les blancs frais en ce début d\u2019été pour aller avec des asperges; c\u2019est le moment de l\u2019année où elles sont les plus délicieuses.guideaubry@gmail.com La sommellerie québécoise brille une fois de plus ! De gauche à droite : Pier-Alexis Soulière, Martin Bruno et Carl Villeneuve- Lepage CONCOURS DU MEILLEUR SOMMELIER DES AMÉRIQUES Les concours génèrent une grande motivation à me préparer, à étudier, à déguster et à toujours découvrir.Le chemin qui nous mène sur un podium est la partie la plus importante du processus.CARL VILLENEUVE- LEPAGE » | 5 1 Vi v r e Jar d i n s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 BILLET LISE GOBEILLE COLLABORATRICE LE DEVOIR Belles et colorées, les fleurs sont trop souvent vues comme de simples éléments de décoration dans les plats, et pour tant ! Cer taines goûtent le citron, d\u2019autres, l\u2019origan ou encore la bergamote, le concombre ou le poivre.La diversité de leur saveur est étonnante.Et loin d\u2019être exceptionnelles, plusieurs se trouvent déjà dans votre boîte à fleurs ou dans votre potager et n\u2019attendent que d\u2019être cueillies.En voici trois pour vous allécher, car il y en a plus de 250 à découvrir.La première, le bégonia, est parmi les plantes annuelles les plus populaires au Québec.Non seulement ses fleurs sont comestibles, mais ses tiges le sont également.Leur texture croquante en surprendra plus d\u2019un.Quant à son goût citronné, il se marie agréablement aux poissons, aux salades, ainsi qu\u2019à tous les desserts fruités.Comme le bégonia se décline sous deux formes, retombante ou érigée, il peut se cultiver aussi bien dans un panier qu\u2019au parterre.Il a également l\u2019avantage de croître à l\u2019ombre comme au soleil.La plante suivante est une vivace aux fleurs extravagantes : la mo- narde.Deux espèces, chacune ayant un goût bien caractéristique, se consomment.La première, la Monarda fistulosa, est indigène au Québec.Ses fleurs roses ont un puissant goût d\u2019origan.Tandis que la deuxième, la Monarda didyma, a des fleurs rouges qui goûtent la bergamote.Leurs feuilles aussi sont comestibles.On utilise ces plantes selon leur arôme pour parfumer les tisanes, les fromages en crème, le beurre, ou alors on les saupoudre sur la viande, le poisson grillé ou les légumes.Cette vivace se cultive en sol drainé, mais comme elle souffre rapidement de la sécheresse, on doit veiller à bien l\u2019arroser.Elle croît au soleil, mais s\u2019adapte à la mi-ombre.Une autre de ses qualités : les insectes pollinisateurs et les colibris l\u2019adorent ! Enfin, la dernière est une vivace qui enjolive nos jardins de ses fleurs violacées dès la fin du printemps : la ciboulette.Séchée ou fraîche, elle est délicieuse dans les salades, le beurre, les viandes et tutti quanti.La fleur de ciboulette fraîche a un goût similaire à sa tige, mais en nettement plus prononcé.Quand elle est séchée, son goût est plus discret.La ciboulette préfère le soleil, mais croît également à la mi-ombre.Si on souhaite qu\u2019elle se ressème, on laisse les fleurs monter en graines.Excellente plante compagne, son odeur éloigne les pucerons, les scarabées japonais, les chrysomèles, les araignées rouges et la mouche de la carotte.Et, comme pour les monardes, ses fleurs attirent les pollinisateurs.Des fleurs comestibles pour aromatiser vos plats Une vivace qui enjolive nos jardins de ses fleurs violacées : la ciboulette.Séchée ou fraîche, elle est délicieuse dans les salades, le beurre, les viandes et tutti quanti.De son côté, la monarde est une vivace aux fleurs extravagantes.La Monarda di- dyma a des fleurs rouges qui goûtent la bergamote.LISE GOBEILLE À LIRE Des fleurs dans votre assiette Nathalie Beaudoin, Multimondes, Montréal, 288 pages Ce beau livre vous guidera à travers la culture d\u2019une panoplie de fleurs comestibles qui apporteront fraîcheur, couleur et saveurs à vos plats.Sa présentation aérée et ses jolies illustrations en font un guide agréable à consulter.Grâce aux nombreux tableaux, l\u2019information recherchée se trouve rapidement.Par exemple, vous voulez savoir si les fleurs de bourraches se mangent?Vous aurez la réponse en une seconde dans le tableau des fleurs comestibles.De plus, on découvre comment et quand procéder à la récolte et comment concocter les différentes préparations de base.L\u2019auteure propose également les meilleurs accords de fleurs et de plats avec d\u2019appétissantes recettes.Une excellente idée.Par ailleurs, très utile pour ne pas s\u2019intoxiquer, il y a, à la fin du livre, une liste de fleurs non comestibles.Plus de 250 fleurs ont été répertoriées dans ce guide, un travail impressionnant.Au jardin cette semaine Depuis la semaine dernière dans le sud du Québec, la chenille de la teigne du poireau a fait son apparition.Il est donc temps, si ce n\u2019est pas déjà fait, de traiter avec du Bacillus thuringiensis ssp kurstakii, ou Btk.Ce produit se trouve en jardine- rie.Quant à la livrée des forêts qui en est à sa troisième et probablement dernière année d\u2019infestation, ouf! elle peut également être traitée avec du Btk ou ramassée manuellement, quand c\u2019est possible, et éliminée.Ses plantes préférées sont les peupliers faux trembles, l\u2019érable à sucre, les saules et le chêne rouge.Atelier aux Jardins du Grand- Portage.Le 16 juin, Yves Gagnon, jardinier de renom, donne un atelier dans son jardin sur le jardinage écologique.jardinsdugrandportage.com Soupers et brunchs au potager sur le toit.Pour une sortie originale, ne manquez pas les soupers et les brunchs organisés par La Ligne verte sur le plus grand toit potager bio au Canada, celui du IGA Extra Duchemin dans l\u2019arrondissement de Saint-Laurent.La formule comprend une intéressante visite du potager et un délicieux repas préparé avec les produits du toit par la chef Maurin Aurellano Frelick. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 CROISIÈRES par Les rabais pour les résidents Canadiens s\u2019appliquent sur le prix de la croisière seulement et sont sujets à disponibilité au moment de la réservation.L\u2019EXPÉRIENCE TOUT-INCLUS PRESTIGE : - Vols aller-retour de Los Angeles à Papeete - Cabines avec vue mer - Boissons alcoolisées incluses et pourboires prépayés Résidents du Canada : économisez 10% à 25% sur votre croisière 2018 et 2019 ! { } Découvrez les superbes îles du Paci?que Sud, de la Polynésie française aux îles Cook et Fidji.Pour les itinéraires et les prix, contactez-nous ! info@collectionneursdevoyages.com 514 730-9293 n s e o * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Tous nos circuits comprennent : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides accompagnateurs francophones.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.Vous en avez 3 ou 4 jours à : BOSTON, à partir de 265 $* 4 jours à : PHILADELPHIE, à partir de 389 $* 4 jours à : WASHINGTON, à partir de 359 $* 6 jours à : CHICAGO, à partir de 589 $* pour les week-ends de la Saint-Jean et de la fête du Canada.Prix courant.Jamais de supplément pour ces congés fériés.assez de la monotonie?Départs tous les vendredis, à partir de 205 $* NEW YORK, l\u2019été, vous réserve plein de surprises! 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Les Perles des Balkans \u2013 20jrs Départ 10 septembre (4 places) 6645 - 400$ = 6245$ Voyage culturel pour découvrir l'histoire le patrimoine de ces pays passionnants Ljubjana 2 nts, Bled,Grotte de Skocjan Lipica , Opatija 2 nts , Rovinj, Vodnjan Pula, Zadar 2 nts , PN de Krka, Sibenik Primosten Burnji, Split, Orebic, Korcula Dubrovnick 2 nts, Budva , Mostar Zagreb 3 nts, 49 repas , Hôtels 4* Croisières, petit Groupe Circuit Espagne Portugal \u2013 25jrs Départ 22 septembre (4 places) 7675$ - 300$ = 7375$ Ce voyage vous invite à visiter sans courir Les richesses de ces 2 pays : Lisbonne 3 nts, Evora, Coimbra, Fatima, Porto, Vallée du Douro 1 nt Salamanque, Avila , Ségovie , Madrid 3 nts Tolède, Cordoue 2 nts , Séville 2 nts Grenade 2 nts, Alicante 2 nts Barcelone 3 nts 46 repas, Hôtels 4*, 3 sup , guidé en français Écouteurs durant tout le circuit.Petit Groupe P e r m i s d u Q u é b e c Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département publicité au 514.985.3399 ou publicite@ledevoir.com | 5 3 Vi v r e S an t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 JOËLLE CURRAT COLLABORATRICE LE DEVOIR st-ce que vous êtes connecté ?Pour beaucoup de gens, la réponse à cette question pourrait être: «Oui, j\u2019ai une connexion Internet », ou « je possède un téléphone intelligent ».Pour les adeptes du earthing ou du grounding, cela signifie avoir un contact physique et direct avec la Terre.Cette pratique, connue en français sous les noms d\u2019« enracinement » ou d\u2019« ancrage », consiste essentiellement à marcher pieds nus sur le sol afin de bénéficier des courants électriques parcourant la surface du globe.Il est indéniable que marcher pieds nus sur une plage, par exemple, procure une sensation de bien-être et un regain d\u2019énergie.Mais existe-t-il réellement un transfert d\u2019énergie entre le sol et le corps avec des effets notables sur la santé ?«C\u2019est un fait que le corps humain est conducteur d\u2019électricité, commente Mohamad Sawan, une sommité dans le domaine des dispositifs médicaux intelligents et professeur à l\u2019École polytechnique de Montréal.On sait aussi que la Terre est entourée de champs magnétiques remplis de par ticules électriques.En toute logique, il est concevable que des échanges et une recherche d\u2019équilibre entre le corps physique et les champs magnétiques terrestres se produisent.» Des études portant spécifiquement sur le earthing effectuées entre autres par Gaétan Chevalier, de l\u2019Université de Californie à Irvine, mentionnent quant à elles de nombreux bienfaits sur la santé, comme une amélioration de la qualité du sommeil, une réduction du stress, une meilleure circulation du sang et une diminution des inflammations et de la douleur chronique.Le gars du câble Si le contact avec la Terre fait partie intégrante de la culture amérindienne ou chinoise depuis belle lurette, c\u2019est un fermier du Montana du nom de Clinton Ober qui l\u2019a remis au goût du jour il y a quelques années.Ayant travaillé dans l\u2019installation de câbles, Ober avait appris que la mise à la terre des systèmes électriques était nécessaire afin d\u2019éviter toute interférence des champs magnétiques extérieurs.Selon lui, le même principe pouvait être appliqué aux êtres humains.Partant de l\u2019observation que, dans notre monde moderne, notre lien direct avec le sol a quasiment disparu, ne serait-ce d\u2019abord à cause des chaussures que nous portons, il entreprit des recherches pour confirmer son hypothèse.Puis il s\u2019associa avec le docteur Stephen Sinatra, un cardiologue spécialisé en médecine intégrative, et publia Connectez-vous à la Terre.Peut-être la découverte la plus importante sur la santé ! à propos des interactions entre le sol et le corps humain et de recherches cliniques sur le earthing.Comment se « grounder » ?Pour se lier davantage à la planète, il s\u2019agit donc de marcher pieds nus sur le sol.Un acte simple et naturel pour les humains que nous sommes.Il existe pourtant des cours pour apprendre à « s\u2019enraciner ».Nathalie Augot, une ancienne ingénieure dans l\u2019industrie pharmaceutique devenue coach, a conçu une formation dans ce domaine.« La pratique de l\u2019ancrage m\u2019avait été conseillée par un thérapeute afin de résoudre des problèmes personnels.Elle consiste à marcher pieds nus sur le sol en imaginant des racines sous la plante des pieds, comme celles d\u2019un arbre.Ayant un esprit cartésien, j\u2019ai d\u2019abord essayé la technique, puis, comme j\u2019ai constaté qu\u2019elle fonctionnait pour moi, j\u2019ai voulu la par tager.Pour qu\u2019elle soit vraiment efficace, j\u2019y ai intégré des exercices de qi gong, de méditation et des postures de yoga.» À la suite des recherches menées sur le earthing, des fabricants américains se sont inspirés de ces découvertes et ont créé des objets conducteurs pour ef fectuer une mise à la terre afin de garder le contact avec le sol à l\u2019intérieur d\u2019une maison.Au Canada, c\u2019est Earthing Canada qui distribue ces différents gadgets sur Internet : matelas, tapis, timbres, kits et prises électriques (entre 8 $ et 300 $).Au dire de l\u2019importateur lui- même, ces dispositifs fonctionnent avec certaines personnes et pas avec d\u2019autres.Il est donc recommandé de bien se renseigner à leur sujet et de les tester, si l\u2019on désire s\u2019en procurer.Finalement, rien ne vaut un contact direct en marchant pieds nus sur notre bonne vieille Terre ! Avoir les pieds sur terre Marcher pieds nus sur le sol est un acte simple qui procurerait une multitude de bienfaits Prendre racine en quatre étapes Conseillé notamment aux gens qui pensent trop, cet exercice permet de se «grounder» davantage.\u2014 Marcher pieds nus sur le sol.\u2014 Fermer les yeux et se concentrer sur sa respiration, ou pratiquer la méditation de la pleine conscience pour celles et ceux qui la connaissent.\u2014 Sentir que le torse est comme un tronc d\u2019arbre et que des racines se prolongent par l\u2019intermédiaire des jambes jusque dans la terre.Porter son attention aux sensations sous la plante des pieds.\u2014 Imaginer que ces racines se prolongent jusqu\u2019au centre de la Terre pour se nourrir d\u2019énergie qui remonte jusqu\u2019au corps physique et le recharge.La pratique du earthing ou du grounding, connue en français sous les noms d\u2019« enracinement » ou d\u2019« ancrage », consiste essentiellement à marcher pieds nus afin de bénéficier des courants électriques parcourant la surface du globe.ISTOCK E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | GRILLE BLANCHE GRILLE DES FÉRUS SUDOKU MOTS FLÉCHÉS | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES MOTS CROISÉS DU SAMEDI Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 402 Horizontalement I.Presse-citron.II.Aoûtat.Nouba.III.Sudation.Sir.IV.Tiédir.Ope.V.Il.Enerva.Ru.VI.Clé.Emiettée.VII.Hess.Es.Bar.VIII.Essonnien.Gé.IX.Elut.Roman.X.Rassasiement.Verticalement 1.Pasticheur.2.Rouillés.3.Eude.Esses.4.Stade.Sols.5.Satiné.Nua.6.Etirements.7.Risi.8.Innove.Ere.9.To.Pat.Nom.10.Ruse.Tb.Me.11.Obi.Reagan.12.Narguèrent.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 403 1.Particulièrement désagréable.2.Mettre au propre en surface.3.Epuisé.Point de départ.4.Gravée pour laisser sa trace.5.Ne laisse pas le poisson indifférent.Passage aménagé.6.Traverse Chartres.Entailla.7.Un peu ridicule.Mesure en jaune.Petit coup de blanc chez les Helvètes.8.Dresse la planche.Personnel.9.Sont aussi au courant des confidences.Bientôt fêté.10.Mari en mauvais état.Fait appel chez les chasseurs.11.Accord du Nord.Philosophe allemand.12.Vient d\u2019arriver.Attaque le cheval au jarret.I.Ouverte avant de prendre une décision importante.II.Bien dans sa peau.La petite est la plus chère.III.Ça s\u2019affiche mal sous la Coupole.Circule librement en Iran.IV.Parcouru ou dévoré.Le maître et ses élèves.V.Mit en bonne place.Verts au cimetière.Interjection.VI.Mettre à l\u2019abri des courants.Bonne direction.VII.Sans la moindre connaissance.Se développe aux dépens des glandes.VIII.Dramatique fermeture intérieure.Partie de l\u2019examen.IX.Précède le plus ultra.D\u2019un autre temps.X.Tremblent sous le choc.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde CITATION MYSTÉRIEUSE L\u2019INTERVALLE Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque mot (incluant l\u2019ajout ou le retrait d\u2019une lettre), trouver les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.AV I O N S B I D O N S MOTS IMAGES Associez deux mots pour former une expression imagée.ENFANT FAIRE BLANCHIR COMPTER PASSER BATTRE DÉS AVOCAT DIABLE CASSEROLE BALLE PIPÉS COULPE ARGENT BELLE BEURRE 1.2.3.4.5.6.7.8.SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS SUDOKU : SOLUTION DU DERNIER NUMÉRO GRILLE DES FÉRUS CITATION MYSTÉRIEUSE Personne n'est jeune après quarante ans mais on peut être irrésistible à tout âge.(Coco Chanel) L\u2019INTERVALLE PITRES / PIRES / MIRES / MINES / AINES LES ANAGRAMMES basson - snobas - basons / quatre - quarte - traque - taquer musclera - clameurs / soupir - ripous / espoir - proies - poires MOT IMAGE L\u2019affaire est dans le sac / Être aux abonnés absents / Appeler un chat un chat / S\u2019attirer les foudres / Lâcher les baskets / Un temps de chien / Cœur sur la main / Huile de coude / Conception de la grille blanche, de la grille des férus et des mots fléchés : Étienne Hannequart-Ferron.M LT I U E G N N E E AT I I I E G L O N R R C E O U L S S S I R E AT 1.2.1.2.1.3.2.1.3.2.4.1.2.1 7 3 0 Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1 7 3 0 1 7 3 0 1 7 3 0 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I N / 2 0 1 8 Jean Barbe Discours de réception du prix Nobel Discours « Entre vous et moi, j\u2019ai eu du plaisir à parcourir ce discours vrai destiné à d\u2019imaginaires dignitaires.Parce que ce Barbe qui écrit si bien nous permet, en ne perdant pas de vue la mort d\u2019un père ou les propos d\u2019un Le Clézio, de garder au moins un espoir, celui de \u201climiter les dégâts\u201d.» Franco Nuovo, Voir MTL « Ce premier livre d\u2019Isabelle Jubinville, qui a elle aussi longtemps été libraire, prend la forme d\u2019une berceuse racontée à un enfant, dans laquelle un personnage nommé Tod est tourmenté par des femmes monstrueuses.Une fable moderne, et majestueusement racontée.» Pierre-Alexandre Buisson, Ton Barbier Marilyse Hamelin Maternité, la face cachée du sexisme Essai « [Marilyse Hamelin] scrute courageusement tous les angles.Son \u201cplaidoyer pour l\u2019égalité parentale\u201d est truffé de vérités qui font mal.Il a été écrit par une nullipare, et c\u2019est tant mieux.Une mère ne peut pas se permettre ce genre d\u2019ouvrage sans écorcher un peu sa \u201creligion\u201d au passage.» Josée Blanchette, Le Devoir « Après un recueil de poésie, July Giguère a écrit un touchant premier roman, Et nous ne parlerons plus d\u2019hier, sur un homme qui fuit et une jeune femme qui se cherche.[\u2026] [Elle] réussit habilement à nous faire sentir le vertige de la réalité.Pas un mot ne dépasse ou ne manque.» Mario Cloutier, La Presse « Ce roman comme un labyrinthe, où Michel Tremblay mêle une langue orale et un discours intérieur d\u2019une touchante simplicité, narrative qui sonne un glas d\u2019une grande tagnes et donne à Marcel, cet éternel condamné privé de douceur, une sensibilité universelle.» Geneviève Tremblay, Le Devoir « Mise en garde : ce livre n\u2019est pas une bio à proprement parler et c\u2019est parfait comme ça.En fait, c\u2019est du René Homier-Roy tout André Lussier l\u2019homme de plume idéal pour dences.Ça s\u2019entend comme ça se lit.Et c\u2019est passionnant.» Sylvain Ménard, Journal Métro July Giguère Et nous ne parlerons plus d\u2019hier Roman René Homier-Roy, avec la complicité de Marc-André Lussier Moi Biographie Michel Tremblay Le peintre d\u2019aquarelles Roman Isabelle Jubinville Cruelle berceuse Roman PASSEZ CHEZ VOTRE LIBRAIRE ! POUR DE BONNES VACANCES, "]
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