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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2018-06-18, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CIX NO 135 / LE LUNDI 18 JUIN 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM MUSIQUE Histoire de cœur et de cash Beyoncé et Jay-Z dévoilent l\u2019album Everything is Love PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR N e feignons pas d\u2019être surpris.La parution inopinée, samedi dernier, de ce premier album en duo du plus prestigieux couple du showbiz américain, Beyoncé et Jay-Z, était télégraphiée depuis la diffusion par TMZ en 2014 des images de vi- déosurveillance captées dans un ascenseur montrant la sœur de Queen Bey, Solange, péter un plomb au visage de l\u2019adultère rappeur.Beyoncé et Jay-Z ont ensuite proposé chacun leur album solo vide-cœur, la première avec le ferme Lemonade en 2016, le second avec le contrit 4:44 l\u2019an dernier.Conclusion logique et harmonieuse de l\u2019épisode, Everything is Love est un disque nettement moins bon que la somme de ses parties.De la première à la neuvième chanson, Everything is Love tourne autour de la relation maritale des deux icônes de la pop américaine.Les fans férus de magazines à potins seront sans doute captivés par les confessions, les piques de colère de Madame et les vannes qu\u2019elle prononce à l\u2019attention de Monsieur, notamment sur Lovehappy en fin d\u2019album.Amusant tout ça, mais sans intérêt.La substance du propos de Everything is Love se cache plutôt dans le sous-texte : les deux y règlent INDEX Avis légaux .B2 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B6 Idées.A7 Météo .B6 Mots croisés.B6 Petites annonces .B4 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Violences sexuelles à l\u2019école: le personnel des services de garde laissé en plan | A 2 LISA-MARIE GERVAIS LE DEVOIR À l\u2019approche de la levée du moratoire du programme de parrainage privé qui faisait l\u2019objet d\u2019un examen, divers organismes d\u2019aide aux réfugiés et avocats critiquent sa réforme et exigent du gouvernement qu\u2019il revoie son projet de règlement avant de l\u2019adopter.Selon eux, celui-ci impose aux organisations de parrainage des conditions et un encadrement trop contraignants, qui desserviront les éventuels demandeurs d\u2019asile et élimineront la latitude nécessaire pour répondre aux crises.Le président de For the Refugees (Pour les réfugiés), une organisation sans but lucratif (OSBL) qui défend les demandeurs d\u2019asile politique, croit que les nouvelles règles ne servent qu\u2019à mettre des « bâtons dans les roues » des groupes et organismes de parrainage comme le sien.« On peut comprendre le ministère qui doit composer avec une demande sans précédent de réfugiés », dit Marc-André Séguin, en rappelant qu\u2019il n\u2019y a jamais eu autant de réfugiés dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale.« Mais venir mettre des bâtons dans les roues des organismes capables de répondre à la crise n\u2019est certainement pas la bonne façon d\u2019y faire face.» Si d\u2019autres organisations, notamment la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), plaidaient en faveur d\u2019un meilleur encadrement, l\u2019Association québécoise des avocats et avocates en droit de l\u2019immigration (AQAADI) estime néanmoins que le ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion (MIDI) est allé trop loin et a rendu le « processus d\u2019intégration de ces gens plus compliqué ».« On a beaucoup de mal à comprendre le raisonnement derrière.Et PARRAINAGE PRIVÉ La réforme proposée ne fait pas l\u2019unanimité Venir mettre des bâtons dans les roues des organismes capables de répondre à la crise n\u2019est certainement pas la bonne façon d\u2019y faire face MARC-ANDRÉ SÉGUIN » Pas de spectacle anniversaire rétrospectif pour la clôture des Francos, trentièmes du nom, dimanche soir sur la place des Festivals.On a préféré célébrer les chansons et ceux qui les font : tonnerre de rock pour se rappeler Jacques Higelin en compagnie de Yann Perreau et de Catherine Major notamment (notre photo), voix de femmes pour le répertoire de Luc Plamondon et ses compositeurs.Le compte rendu de Sylvain Cormier sur les plateformes numériques du Devoir.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Des salutations pour finir les Francos SOCIÉTÉ Grâce à Instagram, les tatoueurs s\u2019exposent et recrutent des clients à travers le monde | A 5 VOIR PAGE A 4 : RÉFORME VOIR PAGE A 3 : CASH Beyoncé et Jay-Z au musée du Louvre YOUTUBE es parents d\u2019une fillette de première année, victime d\u2019attouchements inappropriés par un autre élève, dénoncent le manque de suivi et la banalisation du cas par l\u2019école, n\u2019ayant même pas été informés de la situation le jour de l\u2019incident.La Commission scolaire de Montréal (CSDM) admet certaines lacunes, mais répète avoir fait les interventions nécessaires auprès des enfants concernés.En revenant de l\u2019école, le mois dernier, Simone (prénom fictif ) a raconté à sa mère qu\u2019un garçon de l\u2019école avait touché ses parties intimes contre son gré pendant le dîner.La petite a expliqué qu\u2019il avait essayé de lui toucher les seins, les fesses et le vagin, et qu\u2019il avait ses propres mains dans ses culottes.« Je le trouvais extrêmement dégoûtant, je n\u2019arrêtais pas de lui dire : \u201carrête\u201d.Je me sentais mal, nerveuse\u2026 triste », a expliqué la petite dans une vidéo réalisée par sa famille le soir de l\u2019événement.Simone raconte avoir crié pour attirer l\u2019attention d\u2019un éducateur du service de garde, à qui elle a raconté l\u2019événement.Les enfants ont alors été envoyés au bureau d\u2019un responsable et la petite a dû expliquer ce qui s\u2019était passé devant le garçon.Dans la vidéo, la fillette affirme s\u2019être sentie « gênée et stressée » de raconter ce qui s\u2019était passé devant celui qui l\u2019avait touchée.Elle ajoute qu\u2019elle s\u2019est sentie « mal » le reste de la journée et qu\u2019elle n\u2019avait « pas envie de jouer ».Manque de communication Cette intervention groupée a indisposé Marie-Ève (prénom fictif ), la mère de Simone.Mais ce qui l\u2019a grandement troublée, c\u2019est que personne ne l\u2019ait contactée pour la prévenir de l\u2019incident.« Heureusement que ma fille est allumée; on lui a déjà parlé de la notion de consentement.Sinon, je ne l\u2019aurais jamais su.» Dès le lendemain, elle s\u2019est rendue à l\u2019école pour avoir des réponses.« Je ne comprends pas pourquoi personne ne m\u2019a avisée, qu\u2019on ne m\u2019ait pas appelée ou mis une note à l\u2019agenda, déplore Marie-Ève.C\u2019est grave ce qui s\u2019est passé, mais j\u2019avais l\u2019impression que l\u2019école banalisait l\u2019événement.J\u2019étais tout à l\u2019envers et il a fallu que ce soit moi qui coure après l\u2019école pour avoir les suivis.» La direction de l\u2019école a renvoyé Le Devoir au responsable des communications de la Commission scolaire de Montréal, Alain Perron.Ce dernier a d\u2019abord soutenu que les parents avaient été informés le jour même.Sur insistance du Devoir, il est revenu avec une deuxième version, affirmant que, si les parents n\u2019avaient pas été avisés, c\u2019est que la fillette n\u2019avait informé personne de l\u2019événement.Enfin, dans une troisième version, il affirme que les victimes étaient deux et reconnaît que seulement l\u2019une des deux mères avait été informée de la situation au moment où elle est allée chercher sa fille à la fin de la journée au service de garde.« La direction de l\u2019école l\u2019avoue, probablement que ça aurait été bien d\u2019aviser le parent [de Simone] le soir même, mais pour eux, la question était pas mal élucidée, il arrive toutes sortes de choses dans une cour d\u2019école avec les enfants », répond Alain Perron.Selon lui, les événements seraient survenus dans la cour d\u2019école le midi, et non dans la cafétéria, comme l\u2019a raconté l\u2019enfant.Il ajoute que les attouchements seraient limités aux cheveux, aux bras et aux fesses.Si les deux fillettes ont été rencontrées en présence du garçon, c\u2019était uniquement dans le but de savoir ce qui s\u2019était passé, précise-t-il.« Ensuite, la psychoéducatrice a proposé de rencontrer les trois enfants, mais indépendamment, les deux fillettes d\u2019un côté et le garçon de l\u2019autre.Puis elle a proposé aux filles de faire venir le garçon pour que les deux fillettes lui fassent un message clair que ça ne se fait pas.» Il ajoute que la direction d\u2019école « n\u2019a jamais été mise dans le coup » puis - qu\u2019on considérait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un « événement isolé », mais que la directrice devrait téléphoner aux parents de Simone pour connaître les raisons de leur mécontentement.Plus d\u2019une semaine plus tard, Marie-Ève n\u2019avait encore reçu aucun appel.Les parents de Simone avaient également demandé une lettre d\u2019excuse du garçon ou une rencontre avec les parents de celui-ci.Cela ne s\u2019est pas concrétisé.La CSDM assure qu\u2019un suivi est effectué auprès de Simone et de l\u2019autre fillette pour s\u2019assurer que tout va bien.Un protocole spécifique ?Le Devoir rapportait récemment que la violence sexuelle dans les établissements primaires et secondaires était de plus en plus visible et dénoncée, mais que les écoles sont mal outillées pour ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 JESSICA NADEAU LE DEVOIR L\u2019agression de leur fille a été banalisée, dénoncent des parents La direction de l\u2019école que fréquente l\u2019enfant de 6 ans, victime d\u2019attouchements de la part d\u2019un autre élève, n\u2019a pas informé ses parents le jour même de l\u2019incident JESSICA NADEAU LE DEVOIR Les membres du personnel des services de garde dans les écoles ne sont pas impliqués de façon systématique dans les plans de lutte contre l\u2019intimidation et la violence.C\u2019est le constat de l\u2019Association des services de garde en milieu scolaire, qui réclame de la formation et des outils pour ses membres.« C\u2019est à géométrie variable encore au- jourd\u2019hui, déplore Diane Miron, la présidente de l\u2019association.Dans certains milieux, le service de garde est impliqué et fait partie de toutes les étapes du plan d\u2019action, mais, dans d\u2019autres milieux, le personnel de service de garde est mis de côté et n\u2019est pas invité dans la démarche.» Elle rappelle que la violence entre enfants ne survient pas uniquement dans les classes et les corridors, et que les périodes du dîner et de la récréation, surpervisées par les services de garde, sont des moments où les interactions sont grandes entre les enfants et donc propices à des situations conflictuelles.L\u2019association n\u2019a pas de statistiques sur le nombre d\u2019établissements qui mettent de côté le personnel du service de garde, mais affirme avoir des échos en ce sens sur le terrain.« Dans mon ancienne école, le service de garde était très proactif, et ça allait de soi qu\u2019il fallait une continuité entre les classes et le service de garde, raconte de façon anonyme une éducatrice en milieu de garde qui travaille dans la grande région métropolitaine.Mais dans ma nouvelle école, on ne nous invite pas aux rencontres en lien avec l\u2019intimidation et la violence.Et lorsqu\u2019il y a un problème avec un enfant, on n\u2019est même pas mis au courant, alors qu\u2019on devrait évidemment faire de la surveillance proactive auprès de certains enfants qui ont des com portements problématiques.» Demandes répétées La loi visant à prévenir et à combattre l\u2019intimidation à l\u2019école, adoptée à Québec en 2012, force toutes les écoles à se doter d\u2019un plan de lutte contre l\u2019intimidation et la violence.On y précise que « tout membre du personnel d\u2019une école doit collaborer à la mise en œu- vre du plan de lutte et veiller à ce qu\u2019aucun élève de l\u2019école à laquelle il est affecté ne soit victime d\u2019intimidation ou de violence ».Comment expliquer alors que le per - sonnel des services de garde ne soit pas impliqué systématiquement dans les plans de lutte ?C\u2019est la question que se pose l\u2019association, qui parle d\u2019un « combat » perpétuel pour faire reconnaître la contribution du personnel des services de garde.Déjà, en 2014, l\u2019association levait un INTIMIDATION Appel à une meilleure formation du personnel des services de garde Le personnel en garde scolaire, grâce au lien significatif qu\u2019il déve - loppe avec les enfants, reçoit souvent plus facilement les confi - dences de ces derniers DIANE MIRON » drapeau rouge sur cette lacune dans un mémoire présenté dans le cadre des consultations publiques sur la lutte contre l\u2019intimidation et réclamait que le personnel en garde scolaire soit « obligatoirement intégré » dans la démarche des écoles.« Le personnel en garde scolaire, grâce au lien significatif qu\u2019il développe avec les enfants, reçoit souvent plus facilement les confidences de ces derniers.Il doit donc être en mesure d\u2019intervenir efficacement pour garder la confiance de l\u2019enfant et prendre les actions nécessaires pour résoudre la situation.C\u2019est pourquoi il est primordial que le personnel en garde scolaire, tout comme les autres membres du personnel de l\u2019école, soit inclus dans le plan de lutte contre l\u2019intimidation et la violence à l\u2019école, participe aux activités de prévention et d\u2019intervention et reçoive la formation adéquate à ce sujet.» Dans le cas de Simone (voir autre texte), les attouchements inappropriés sont survenus pendant l\u2019heure du repas, et c\u2019est une intervenante du service de garde qui a été la première à recevoir les dénonciations de l\u2019enfant.La Commission scolaire de Montréal assure au Devoir que les services de garde sont impliqués dans le plan de lutte contre l\u2019intimidation et la violence et que tout le personnel a reçu la formation nécessaire.Les écoles ont recours au plan de lutte contre l\u2019intimidation et la violence pour traiter les cas de violence sexuelle.Mais ce n\u2019est pas suffisant, plaidait récemment une coalition.RÉMY GABALDA AGENCE FRANCE-PRESSE faire face à ce phénomène.Tatou Parisien, spécialiste en intervention auprès des enfants victimes d\u2019agressions sexuelles au CIASF en Outaouais, citait en exemple de mauvaise pratique le fait de mettre la victime face à son agresseur.« On positionne la victime dans une situation relationnelle impossible.Elle a vécu un sentiment d\u2019impuissance innommable pendant les agressions sexuelles; comment peut-on prétendre qu\u2019elle est en mesure d\u2019affirmer sa position devant l\u2019autre personne qui l\u2019a agressée ?C\u2019est une revictimisation en soi.» La présidente de l\u2019Association mont- réalaise des directions d\u2019établissement scolaire, Hélène Bourdages, reconnaissait que « les écoles font avec les moyens du bord, au meilleur de leurs connaissances ».Les écoles ont recours au plan de lutte contre l\u2019intimidation et la violence pour traiter les cas de violence sexuelle.Mais ce n\u2019est pas suffisant, plaidait récemment une coalition d\u2019organismes, dont la Maison d\u2019Haïti et Québec contre les violences sexuelles, qui réclame un protocole spécifique pour les violences sexuelles, comme c\u2019est désormais le cas pour les établissements postsecondaires.L Heureusement que ma fille est allumée; on lui a déjà parlé de la notion de consentement.Sinon, je ne l\u2019aurais jamais su.MARIE-ÈVE (PRÉNOM FICTIF) » Les parents de Simone avaient demandé une lettre d\u2019excuse du garçon ou une rencontre avec les parents de celui-ci.Cela ne s\u2019est pas concrétisé. leurs comptes, faisant front commun devant leurs opposants, parfois en les nommant directement, sinon par des rimes lourdes de sous-entendus.Leurs langues fouettent la Ligue nationale de football américaine (NFL), qui avait offert à Beyoncé l\u2019immense plateforme de son spectacle de la mi- temps du 50e Superbowl en 2016.Elle avait sauté sur l\u2019occasion pour inaugurer son brûlot Formation, se posant ainsi en militante des droits des Afro-Améri- cains.Les temps ont bien changé\u2026 depuis le geste de protestation du quart-ar- rière Colin Kaepernick et la colère du président Trump à l\u2019égard des joueurs de la ligue.Jay-Z avait publiquement appuyé l\u2019athlète; sur le premier extrait, Apeshit \u2014 la meilleure chanson de l\u2019album, une collaboration avec Pharrell Williams et Quavo de Migos, sur une rutilante production trap \u2014, il rappe : « I said no to the Super Bowl/You need me, I don\u2019t need you », confirmant les rumeurs voulant qu\u2019on l\u2019ait approché pour assurer le spectacle de la mi-temps en février dernier.Plus loin, c\u2019est l\u2019organisation des Grammys qu\u2019il raille : « Tell the Grammys fuck that zero for eight shit », rappelant qu\u2019il est reparti bredouille de la dernière cérémonie.La question des inégalités raciales s\u2019immisce à nouveau sur Black Effect (une rythmique mi-trap mi-soul signée Cool & Dre qui nécessitait la présence de Beyoncé pour lui donner un peu d\u2019âme), où Jay-Z évoque la mémoire de Martin Luther King et de Malcom X, mais de manière encore plus intime sur le groove lent et minimaliste de Nice, elle aussi coproduite par Pharrell Williams.Il s\u2019agit là de la meilleure performance individuelle du rappeur sur l\u2019album.Son texte le plus incisif, alors qu\u2019il évoque de récents déboires juridiques reliés à son ancienne ligne de vêtements et, surtout, le travail de certains médias ayant couvert l\u2019affaire en rappelant son passé de petit revendeur de drogue ayant grandi dans les HLM de Brooklyn: «After all these years of drug trafficking, huh/Time to remind me I\u2019m Black again, huh?».Sur la même chanson, Beyoncé s\u2019en prend à son tour à Spotify, rivale de la plate-forme Tidal cofondée par son mari et elle: «If I gave two fucks \u2014 two fucks about streaming numbers/Would have put Lemonade up on Spotify».Or, après l\u2019amour, le second thème majeur du disque est l\u2019étalage des richesses du couple, et le respect que leur statut privilégié impose.«Hundred million crib, three million watch, all facts», se vante Jay-Z sur Boss, une chanson aux tons funk sur laquelle le couple réserve ses attaques (voilées) à l\u2019endroit des collègues du rap game \u2014 on devine que Drake et Kanye West se sentiront visés.Presque chaque chanson fait allusion aux comptes en banque bien garnis et aux avions privés qu\u2019ils possèdent \u2014 notons au passage que le magnifique clip de la chanson Apeshit, chorégraphié par l\u2019étoile belge Sidi Larbi Cherkaoui, a été tourné au musée du Louvre, avec entre autres la Joconde en arrière-plan.Com - me symbole de prestige et d\u2019opulence, on ferait difficilement mieux.Ceux qui lèveront le sourcil devant cette propension du couple multimillionnaire à décrire ainsi leur vie luxueuse passeront malheureusement à côté de leurs motifs.Beyoncé et Jay-Z sont un symbole de la réussite des Noirs dans cette Amérique divisée, et ils le revendiquent avec fierté.Les rimes les plus puissantes de l\u2019album sont servies par Beyoncé, sur la chanson Boss : « My great-great-grandchil- dren already rich/That\u2019s a lot of brown children on your Forbes list».Les Carter, symbole de réussite, symbole d\u2019éman - cipation surtout pour les Afro-Améri- cains, et le plus beau pied de nez qu\u2019ils puissent faire à l\u2019Amérique de Donald Trump.« I can\u2019t believe we made it/This is what we\u2019re thankful for », rappe Bey sur Apeshit.Trilogie pour trilogie, après les albums Lemonade et 4:44, Everything is Love passera à l\u2019histoire comme le Godfather Part III du clan Carter.On a droit à une quarantaine de minutes de grooves assez conservateurs durant lesquels Beyoncé vole de façon évidente la vedette à son mari, même lorsqu\u2019elle rappe \u2014 ce qu\u2019elle fait autant que chanter.Trop souvent, Jay-Z se contente d\u2019apparaître au milieu de chansons avec deux ou trois couplets, rarement spectaculaires; sa présence est encore moins imposante que sur son récent album, 4:44.Ainsi, s\u2019il faut comparer ce premier album du couple à l\u2019avant-gardiste Lemonade ou même à l\u2019album Beyoncé de 2013, force est de reconnaître que la chanteuse a mis l\u2019audace de côté au profit de rythmiques dans l\u2019air du temps, sinon confortablement soul/funk, d\u2019où parviennent à s\u2019éle ver deux ou trois chansons.Everything is Love ?1/2 The Carters Roc Nation ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 Le choix du président À l\u2019époque des préparatifs référendaires de 1995, Jacques Parizeau avait apparemment affirmé dans une conversation privée, devant des ambassadeurs de la Communauté européenne, que le référendum était une cage à homard qui conduisait en quelque sorte l\u2019électeur dans l\u2019eau bouillante.Il n\u2019y a plus aujourd\u2019hui l\u2019ombre d\u2019un référendum en vue.L\u2019idée même de consulter la population est devenue quelque peu suspecte, du moins autrement que par l\u2019entremise de sondages qui, à force de se répéter, conduisent à penser que même les élections se réduisent plus que jamais à de simples formalités techniques.Nous en sommes arrivés à la dictature des sondages, lesquels constituent pourtant une bien curieuse invention qui se substitue au peu qui nous reste de démocratie politique.Depuis les sphères de la publicité, les sondages ont pénétré profondément nos vies au point que nous en sommes venus à négliger d\u2019en remettre en question les fonctionnalités autant que les modalités d\u2019application.Celui qui répond à un sondage est obligé de choisir dans le cadre d\u2019un sujet prédéterminé, même si celui-ci ne fait pas partie de ses préoccupations du moment.À l\u2019heure du souper, a-t-on bien envie de livrer par téléphone son appréciation d\u2019un nouveau jambon qui n\u2019apparaît pourtant d\u2019aucune façon dans l\u2019horizon de notre soirée ?Les sondages posent sans cesse des questions que les gens ne se posent pas forcément, notamment parce qu\u2019ils n\u2019ont pas le temps et que cela ne répond pas à leurs intérêts premiers.Leur diffusion par la suite a pour effet d\u2019enrober la réalité de préoccupations prémâchées.Dans le sondage en effet, ce sont souvent les préoccupations qu\u2019articulent ceux qui les commandent qui se révèlent d\u2019abord et avant tout.Un des effets pervers du sondage est de lisser, voire de biffer carrément, en les légitimant, des problèmes de savoir, de culture, de compétence, de conditions socio-économiques, de sentiment d\u2019impuissance.La vraie cage à homard est peut-être celle-là : croire qu\u2019il n\u2019existe toujours pour seul choix que celui de s\u2019aligner sur la volonté de manger à la manière des plus gros.Dimanche, sur les réseaux sociaux, de nombreux parents se sont dits soulagés d\u2019avoir à nouveau accès à leur service de garde, mais certains n\u2019ont pas caché leur nervosité face à ce retour à la normale.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR FLORENCE SARA G.FERRARIS LE DEVOIR De nombreux parents ont pu pousser un soupir de soulagement dimanche en fin de matinée, alors que la grève générale illimitée, déclenchée le 6 juin dernier dans 57 centres de la petite enfance (CPE) de Montréal et Laval, a été levée.Les conciliateurs du ministère du Travail ont présenté au Syndicat des travailleuses des CPE, affilié à la CSN, et à l\u2019Association patronale des CPE, une recommandation de règlement de leur convention collective.À la demande de ces derniers, son contenu doit toutefois demeurer confidentiel pour les prochains jours.Les parties se sont engagées à la présenter « favorablement » à leurs mandants respectifs.Elle sera ainsi présentée à l\u2019ensemble des travailleuses visées lors d\u2019une assemblée générale extraordinaire la fin de semaine prochaine.D\u2019ici là, la grève, qui a touché plus de 3000 enfants, est tout de même levée et le retour au travail est prévu dès lundi matin.Soulagement et appréhension Malgré le peu d\u2019informations disponibles pour le moment, l\u2019annonce de la fin du débrayage a tout de même suscité beaucoup d\u2019activité sur les réseaux sociaux dimanche.Mais si de nombreux parents se sont dits soulagés d\u2019avoir à nouveau accès à leur service de garde, certains n\u2019ont pas caché leur nervosité face à ce retour à la normale.C\u2019est ainsi le cas de Victoria Came- rota, porte-parole du Recours collectif contre le syndicat des travailleuses de CPE Laval/Montréal qui regroupe 262 personnes.« Nous sommes heureux et soulagés que cette grève soit levée, a fait savoir cette mère de deux enfants.[\u2026] Nous espérons [maintenant] que le retour au CPE sera plaisant et qu\u2019il n\u2019y aura pas trop de tensions entre les éducatrices et les parents.Les conséquences de la grève générale illimitée ont été désastreuses.» D\u2019autres, au contraire, ont plutôt profité de l\u2019occasion pour souligner le travail extraordinaire des éducatrices de CPE et leur apporter leur appui dans leurs démarches, et ce, même si elles leur posent un défi de logistique familiale.« Avec toutes les compressions financières des dernières années, ces éducatrices font des petits miracles au quotidien, souligne Anik Pouliot, mère d\u2019une fillette qui fréquente un CPE montréalais depuis maintenant quatre ans.Si en plus on vient précariser leur travail, je ne sais pas comment elles vont pouvoir continuer à bien s\u2019occuper de nos petits.» Même son de cloche du côté de Ma- rie-Ève Lamontagne, dont les deux enfants sont inscrits dans un établissement lavallois.« Si on souhaite qu\u2019elles fassent bien leur travail, elles doivent être bien.Point final.» Toutes deux membres du groupe Facebook « Parents et citoyens en appui aux travailleuses de CPE Mtl-Laval », qui compte près de 2000 membres, elles estiment que cette grève cache quelque chose de plus profond.Idem pour Jacynthe Voutsinas, mère de deux enfants qui fréquentent un CPE laval- lois depuis le printemps dernier.« Ça en dit beaucoup sur la façon dont on considère celles qui s\u2019occupent de nos enfants au quotidien, laisse-t-elle tomber, visiblement découragée.Mais, je vous le dis, pour moi, ce n\u2019est pas fini.» Rappelons que les points litigieux portaient notamment sur les pouvoirs décisionnels laissés entre les mains des éducatrices, les horaires de travail, les congés sans traitement, de même que la liste de rappel et l\u2019application de l\u2019ancienneté.Avec La Presse canadienne Retour à la normale dans les CPE en grève JEAN- FRANÇOIS NADEAU Si le citoyen a pu être perçu comme un homard et le référendum comme une cage, que dire alors de ces vastes filets à citoyens que tirent derrière eux les sondages ?Le homard se déguste à la table de tous les présidents du globe, même à celle d\u2019un simple représentant de salon, tel le député de Westmount, Jacques Chagnon.Mais est-ce bien ce qui se trouve dans l\u2019assiette de pareils possédants qui illustre le mieux aujourd\u2019hui le déficit démocratique ?Du homard, on fait désormais commerce comme on le fait de simples citoyens.Ainsi lorsque le gouvernement fédéral en vient à fermer des zones de pêche au large de la Gaspésie, ce n\u2019est pas seulement afin de protéger des baleines noires, explique mon collègue Alexandre Shields.Il s\u2019agit de satisfaire le marché états-unien.Les fruits de la pêche doivent désormais se soumettre entre autres choses aux règles du Marine Mammal Protection Act de la législation américaine.Sinon, plus de commerce.Et qui aujourd\u2019hui pourrait bien parvenir à vivre sans homards ?Pas le président de l\u2019Assemblée nationale en tout cas.Chez le poissonnier du coin, l\u2019autre jour, un rare arrivage d\u2019écrevisses, ces mini homards d\u2019eau douce.« Elles viennent d\u2019où, vos écrevisses ?» De Boston, finit-on par me dire.C\u2019est-à-dire là où se joue désormais pour une bonne part le commerce du poisson.« Pourquoi en recevez- vous si peu, des écrevisses ?» Personne n\u2019en achète.Pourtant, c\u2019est bon ! Les Louisianais l\u2019ont bien compris.D\u2019ailleurs, les anciens ici en mangeaient aussi.Il suffisait de les cueillir dans les ruisseaux.La vraie cage à homard est peut-être celle-là : croire qu\u2019il n\u2019existe toujours pour seul choix que celui de s\u2019aligner sur la volonté de manger à la manière des plus gros.Nous sommes sans cesse invités à nous comporter comme ces bancs de capelans qui se précipitent tous dans la même direction, pour peu que des leurres les y invitent.Du homard ou du poulet.Le protectionnisme ou la mondialisation.Trump ou Trudeau.David ou Goliath.Noir ou blanc.Hier encore, la mondialisation suscitait des réserves énormes à cause de ses effets sur les populations locales.Mais il suffit qu\u2019un marsouin américain parle de protectionnisme n\u2019importe comment pour que la mondialisation apparaisse désormais comme la seule option.Un Trudeau passe soudain pour un héros à la chanter, sans qu\u2019il dise pourtant le poids que cet ordre économique fait peser sur ceux qu\u2019il écrase.Dans un entretien publié par Le Devoir du 13 juin, Pascal Lamy, ex-directeur général de l\u2019OMC voudrait faire croire que, n\u2019eût été Trump, la mondialisation n\u2019aurait pas à nous préoccuper : « Ces histoires étaient réputées très ennuyeuses et réservées aux spécialistes.» Le même jour, dans le quotidien Le Monde, le même concède pourtant ceci : « Je n\u2019ai jamais parlé de mondialisation heureuse.La mondialisation est efficiente parce que douloureuse.Plus pour les faibles que pour les forts.Il revient aux politiques sociales d\u2019en tirer les conséquences.» En d\u2019autres termes, à l\u2019heure du triomphe des sondages, le règne du commerce ne promet pas du homard pour tout le monde, mais un affaiblissement social constant qui se trouve facturé aux États.Ce n\u2019est là qu\u2019un des tristes aspects de cette cage dorée dans laquelle on nous a tous jetés.jfn@ledevoir.com Le prestige et l\u2019opulence CASH SUITE DE LA PAGE A 1 es chercheurs l\u2019appellent le P4 : ce laboratoire hautement sécurisé, l\u2019un des deux seuls en Afrique à traiter les virus les plus dangereux, dont Ebola, est situé bien à l\u2019écart des bâtiments principaux du Centre international de recherches médicales de Franceville (CIRMF) au Gabon.« Seules quatre personnes, trois chercheurs et un technicien, sont autorisées à pénétrer dans le P4 », avec un badge d\u2019accès réservé, explique le docteur Illich Mombo, virologue et responsable de ce laboratoire bien particulier, placé sous vidéosurveillance et entouré d\u2019une clôture électrique.Dans l\u2019immense parc de 40 hectares qui abrite le CIRMF en périphérie de Franceville, chef-lieu de la province du Haut-Ogooué (sud-est du Gabon), le P4 a été installé à 800 mètres des autres bâtiments datant des années 1970.Il est interdit de le photographier ou de le filmer.Quand il y pénètre pour « inactiver » des virus suspects et dangereux \u2014 parmi lesquels celui d\u2019Ebola, qui a fait depuis six semaines 28 morts en République démocratique du Congo (RDC) \u2014, le docteur Mombo revêt une combinaison qui le protège des pieds à la tête.Celle-ci sera ensuite détruite, une fois son travail terminé.« Même l\u2019air qu\u2019on respire est filtré», souligne-t-il.Des mesures draconiennes destinées à éviter tout risque de contamination aux effets potentiellement dévastateurs.Matériel moderne et performant Lorsque le virus a été « inactivé », il passe avec d\u2019infimes précautions du P4 vers d\u2019autres laboratoires du CIRMF, où sera déterminée avec une extrême précision sa nature, grâce à un matériel moderne et performant, dont peu de laboratoires dans le monde sont équipés.« Entre l\u2019arrivée d\u2019un échantillon suspect et le rendu des résultats du diagnostic, il faut en moyenne de 24 à 48 heures », selon Illich Mombo.Sur le continent africain, seuls le CIRMF et un centre de recherches de Johannesburg possèdent un laboratoire de ce type.À la suite de l\u2019épidémie d\u2019Ebola en RDC et des risques possibles d\u2019extension à d\u2019autres pays d\u2019Afrique centrale, «nos équipes ont été mises en alerte pour recevoir des échantillons suspects», déclare le directeur général du CIRMF, Jean-Syl- vain Koumba, colonel de l\u2019armée gabo- naise et médecin militaire.« Nous sommes un centre collaborateur de l\u2019Organisation mondiale de la Santé [OMS] pour l\u2019Afrique centrale » pour les fièvres hémorragiques virales et les arboviroses [maladies virales], explique-t-il.« L\u2019OMS nous a contactés pour que nous soyons prêts à recevoir des échantillons de RDC, actuellement traités par l\u2019Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa.» Mais le centre de Franceville ne reste pas les bras croisés en attendant l\u2019arrivée éventuelle de ces échantillons : outre le diagnostic sur les virus, il maintient une activité de « veille passive et active », selon Gaël Darren Maganga, coresponsable de l\u2019unité Émergence des maladies virales du CIRMF.« La veille passive consiste à aller faire un prélèvement sur un animal mort à la suite d\u2019une sollicitation, la veille active à aller nous-mêmes sur le terrain faire des recherches et des prélèvements », explique-t-il.Les équipes du CIRMF, où travaillent et vivent 150 personnes, se consacrent à 60 % à la recherche.Elles s\u2019intéressent aussi de très près aux chauves- souris, « réservoir potentiel du virus Ebola », selon le Dr Maganga.Elles vont ainsi régulièrement en capturer sur tout le territoire gabonais pour prélever sur elles des échantillons de salive, de matières fécales et de sang.« Cela reste des hypothèses, mais la transmission à l\u2019homme peut se faire par contact direct, par exemple des griffures dans des grottes, ou par manipulation des grands singes infectés à la suite de la consommation des fruits contenant la salive des chauves-souris », explique le virologue.La consommation de viande de singe et autres animaux de brousse est courante en Afrique centrale.Créé en 1979 par l\u2019ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba pour étudier l\u2019hypofécondité dans son pays, le CIRMF a par la suite étendu ses activités à la recherche contre le sida, le paludisme, le cancer, les virus et les maladies tropicales négligées qui, selon l\u2019OMS, affectent un milliard de personnes dans le monde.Il est financé par l\u2019État gabonais ainsi que par la coopération française.Sa réputation attire de nombreux chercheurs, étudiants et stagiaires venus d\u2019Afrique, d\u2019Asie, d\u2019Europe et des États-Unis.STÉPHANE BARBIER À FRANCEVILLE AGENCE FRANCE-PRESSE dans nos rencontres, les gens du MIDI n\u2019étaient pas capables de nous expliquer le pourquoi de toutes ces règles », a dit son président, Jean-Sébas- tien Boudreault.Des règles plus contraignantes Par exemple, le projet de règlement modifiant la loi sur l\u2019immigration viendra obliger les organisations, fondations privées, églises, etc., à avoir exercé leurs activités depuis au moins deux ans afin d\u2019être autorisés à être garant dans le programme de parrainage privé du Québec.Elles devront posséder au moins 10 années d\u2019expérience, acquises dans les 15 dernières années, et s\u2019engager à parrainer un nombre minimal de personnes, qui doivent être d\u2019au moins trois nationalités différentes.« Cette approche, purement quantitative, ne laisse place à aucune flexibilité administrative permettant au MIDI d\u2019accorder à des OSBL de qualité ce statut hautement préférentiel », écrit Me Séguin, dans une lettre ouverte envoyée au Devoir.En vertu des nouvelles règles, son organisation For the Refugees n\u2019aurait pas pu s\u2019occuper du dossier des anges gardiens d\u2019Edward Snowden, ces résidents de Hong-Kong qui, disant avoir subi des représailles du gouvernement hongkongais, ont demandé l\u2019asile au Canada.« Si on n\u2019avait pas pu bénéficier de la latitude qu\u2019offrait l\u2019ancien programme, ces réfugiés se retrouveraient sans option possible au Canada ni ailleurs dans le monde », a déclaré Me Séguin.Dans un mémoire déposé lors de la période de consultation, le Barreau du Québec a lui aussi critiqué les nouvelles conditions du programme de parrainage.Il recommande carrément d\u2019éliminer la règle imposant les organismes à parrainer des gens de trois nationalités différentes, qu\u2019il estime « contraire aux obligations du Québec en matière d\u2019accueil de réfugiés ».Selon lui, cette exigence forcera un OSBL « à travailler dans différents territoires et à prévoir du personnel capable de répondre aux besoins de différentes nationalités et cultures de ressortissants étrangers », ce qui représente un lourd fardeau logistique et financier, qui empêchera des organisations de parrainage à continuer leurs activités.Groupes de 2 à 5 personnes En plus des OSBL, de petits groupes de 2 à 5 personnes peuvent parrainer des réfugiés au Québec.Ces groupes devront désormais présenter de solides garanties financières en plus d\u2019accompagner leur demande d\u2019un plan d\u2019accueil et d\u2019intégration.Ce plan exige d\u2019expliquer comment la ou les personnes parrainées s\u2019établiront dans leur région et comment s\u2019organisera la recherche d\u2019emploi.Un rapport d\u2019établissement devra aussi être fourni dans les trois mois suivant l\u2019arrivée des réfugiés.Selon Me Boudreault de l\u2019AQAADI, cela compliquera les choses, voire découragera certains groupes de 2 à 5 personnes de parrainer au privé.Cet avocat de plus de 15 ans de pratique en droit de l\u2019immigration a lui-même parrainé son conjoint syrien grâce à un groupe privé, une démarche qui n\u2019avait rien de facile.« C\u2019est déjà compliqué de faire une demande de refuge pour quelqu\u2019un.Et là, en plus, on rajoute des règles et des plans d\u2019intégration », déplore-t-il.LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 ACTUALITÉS A 4 Critiques envers les nouvelles règles du parrainage privé RÉFORME SUITE DE LA PAGE A 1 À la TCRI, on est plutôt satisfait des nouvelles règles encadrant le parrainage, notamment parce qu\u2019elles visent à empêcher les abus qui se produisaient.« Ça ne pouvait pas continuer comme ça, c\u2019était un peu le bar ouvert », note le directeur général, Stéphan Reichhold.« Il y avait vraiment un commerce d\u2019achat de places de parrainage qui s\u2019était constitué, et le MIDI n\u2019avait aucun outil pour agir.» Jusqu\u2019ici, il n\u2019était pas illégal qu\u2019une riche famille de Syriens, établie en Arabie saoudite par exemple, paie un organisme en échange du parrainage d\u2019un de leur membre.M.Reichhold ne voit pas non plus de problèmes à ce qu\u2019on oblige les organismes voulant parrainer à s\u2019ouvrir à d\u2019autres nationalités.Selon lui, ça viendrait corriger « un certain déséquilibre », notamment concernant les pays africains, auxquels peu d\u2019organismes de parrainage s\u2019intéressent.Après un an de moratoire durant tou te l\u2019année 2017, le programme de parrainage n\u2019a pas rouvert au début de 2018 comme prévu, le MIDI ayant plutôt annoncé une prolongation de sa suspension jusqu\u2019à l\u2019été pour mieux le réformer.Suivant la publication du projet de règlement dans la Gazette officielle le 28 mars dernier et les consultations requises, les modifications devraient entrer en vigueur à la mi-août.L GABON Dans un bastion du combat contre Ebola Le P4, laboratoire ultrasécurisé situé à Franceville, se consacre à la recherche sur les virus dangereux Les équipes du CIRMF s\u2019intéressent notamment de très près aux chauve-souris, « réservoir potentiel du virus Ebola ».STEVE JORDAN AGENCE FRANCE-PRESSE Les petits groupes de 2 à 5 personnes voulant parrainer des réfugiés au Québec devront désormais présenter de solides garanties financières Sur le continent africain, seuls le CIRMF et un centre de recherches sud-africain possèdent un labo de ce type SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 Instagram et le monde des instatoueurs es tatoueurs forment sur le réseau social Instagram une communauté à part entière, trouvant une plateforme idéale pour mettre en évidence leur style, pour séduire de nouveaux clients et pour communiquer entre eux.Avec 800 millions d\u2019utilisateurs qui partagent chaque jour 100 millions de photos et 4 milliards de mentions « J\u2019aime », Insta- gram, soigné et plus clair que Facebook, est aussi plus intime.Rien de surprenant à ce que les photos de corps, d\u2019athlètes, de mannequins ou de tatoués, y prennent une place importante.Le succès est tel que certains, à l\u2019image de Maxime Büchi et son profil TTTism, répertorient les plus belles créations, créant une sorte de groupe d\u2019influence, offrant son expertise et partageant sa visibilité.«Sur ce profil particulier, on n\u2019a pas des millions d\u2019abonnés, explique le tatoueur, fondateur du studio Sang Bleu à Londres.Mais en parlant des tatoueurs, on touche à tout un réseau secondaire de professionnels, ultra-actifs à tous les niveaux.» Cette efficacité, Jack Watts, 29 ans, qui travaille chez Sang Bleu, en est convaincu : « C\u2019est un moyen irremplaçable de rencontrer des artistes qui m\u2019inspirent, mais qui vivent parfois à des milliers de kilomètres.Avant l\u2019explosion d\u2019Instagram, j\u2019écrivais des lettres et j\u2019envoyais des dessins imprimés.Ce que je continue d\u2019ailleurs à faire.Mais c\u2019est clair que l\u2019instantanéité du réseau nous rapproche et rend les gens plus accessibles.» Influence sur le style Tomber amoureux des dessins d\u2019un tatoueur et découvrir qu\u2019il travaille à Hawaï peut se révéler un peu frustrant.Le réseau social prend alors son rôle de fa- cilitateur : « Je suis très actif dans les conventions, pour lesquelles les tatoueurs ont toujours eu pour habitude de voyager.Mais avec Instagram, on peut entrer en contact avec un mec n\u2019importe où et l\u2019inviter à travailler quelques jours dans son studio, c\u2019est fou!» Un enthousiasme partagé par son collègue Dan Felton.S\u2019il estime qu\u2019il suit un millier de tatoueurs sur Insta- gram, il insiste sur le fait qu\u2019une centaine d\u2019entre eux sont devenus des amis.« C\u2019est réellement une communauté.Avant, il fallait espérer qu\u2019ils auraient un peu de temps à te consacrer pour te parler dans une convention.» Le fait de suivre autant d\u2019autres tatoueurs a-t-il une influence sur son style ?« Oui, c\u2019est sûr, on note des trucs sur la manière de travailler, des palettes de couleurs.» Mais le partage de compétences a ses limites.« On ne donne pas beaucoup de conseils, c\u2019est un milieu assez fermé, où il faut tout de même savoir se protéger\u2026 » Ruby Quilter, 26 ans, tatoue depuis qu\u2019elle a 20 ans.Pour cette Londo- Plus glamour et efficace que Facebook, Instagram fédère les tatoueurs du monde entier.Cette communauté très active partage ainsi ses créations, mais augmente aussi le nombre de ses clients.ALEXANDRE CORBAT LE TEMPS L ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Férue de comptes Instagram consacrés aux artistes du tatouage, Isabelle se découvrait il y a près d\u2019un an une passion pour le style d\u2019un tatoueur espagnol.Dans quelques jours, elle fera ses valises et s\u2019envolera vers l\u2019Espagne pour confier son avant-bras à l\u2019aiguille experte de son artiste préféré, Cristian Casas, dont la liste d\u2019attente s\u2019étire jusqu\u2019à un an.« Beaucoup de gens font ça.Mon fil Instagram regorge de personnes qui vont dans divers pays rencontrer des artistes pour se faire tatouer.Moi, cet artiste, ça m\u2019a pris trois mois pour le convaincre, en lui écrivant par messagerie électronique, en \u201clikant\u201d toutes ses publications sur Instagram.Puis un jour, il m\u2019a répondu : « Quand viens-tu en Espagne ?» J\u2019ai attendu sa confirmation un mois avant d\u2019acheter mon billet d\u2019avion », explique Isabelle, qui ajoutera bientôt cette « œuvre » corporelle à une autre réalisée sur le même bras par son artiste fétiche de Montréal, Michaël Cloutier.Pour cette adepte, le tatouage est avant tout un art.En s\u2019abonnant aux comptes de divers artistes sur Insta- gram, elle a fini par percer la bulle du petit monde des artistes tatoueurs et par connaître les genres et les styles de chacun.« Instagram, c\u2019est un musée portable du tatouage.On peut y voir les réalisations du monde entier, c\u2019est une source d\u2019inspiration pour savoir ce qu\u2019on veut », explique celle qui a mis dix ans à « choisir » son premier artiste.Avec l\u2019arrivée d\u2019Instagram, les tatoueurs les plus en vue sont eux aussi souvent sur la route, à la rencontre de clients sur divers continents ou de salons consacrés aux tatouages.Membre du groupe The Arts Corporation, Mi- chaël, qui a embrasé l\u2019épaule d\u2019Isabelle d\u2019une tête d\u2019aigle écarlate enveloppée de fleurs de cerisier, s\u2019est rendu en Allemagne, en Irlande du Nord et à Paris pour essaimer ses tatouages au réalisme altéré à tendance graphique.Dès le pied posé en Espagne, Isabelle mettra le cap sur les Asturies pour aller à la rencontre de Cristian et entamer un marathon de gravure sur peau d\u2019une durée de six à huit heures, avec une idée approximative de l\u2019œuvre qui naîtra sur son épiderme.« Je lui ai dit que je voulais un personnage féminin.Mais c\u2019est lui qui décide entièrement du look final.C\u2019est un acte de confiance, car je connais ce qu\u2019il fait.On ne dirait pas à un peintre qu\u2019on admire comment et quoi peindre avant d\u2019acheter ses toiles.C\u2019est la même chose.» Si des Québécois vont à l\u2019étranger pour livrer leur peau aux virtuoses de la peinture sur chair, l\u2019inverse est aussi vrai.Des artistes montréalais connus, dont Michaël Cloutier, F is the Key, Eilo Martin, David Brown et Yann Black, voient aussi débarquer des ressortissants de France et d\u2019ailleurs rêvant d\u2019immortaliser à Montréal leur fantasme pictural cutané.En plus de leurs valises, ils repartiront chez eux avec un peu de leur passion sous la peau, une passion née d\u2019un premier coup de cœur virtuel.Faire ses valises en quête du tatouage de ses rêves À Montréal, Michaël Cloutier a embrasé l\u2019épaule d\u2019Isabelle, qui partira bientôt en Espagne pour ajouter une autre œuvre à son bras.MICHAËL CLOUTIER Il n\u2019y a rien de surprenant à ce que les photos de corps, d\u2019athlètes, de mannequins ou de tatoués prennent une place importante sur Instagram, qui réunit 800 millions d\u2019utilisateurs partageant chaque jour 100 millions de photos et 4 milliards de mentions « J\u2019aime ».MIGUEL SCHINCARIOL AGENCE FRANCE- PRESSE nienne aussi, le fait de passer des heures sur Instagram a influé sur son style : « Je regarde énormément de photos de tatouages.Je pense que ça induit une compétition en même temps qu\u2019une émulation et force les gens à se distinguer.» Contrairement à la plupart des comptes de tatoueurs, la jeune femme continue à se mettre en scène, non seulement dans les stories mais également sur ses photos.« À mon avis, c\u2019est important de montrer un peu sa personnalité.Je pense que ça rassure les clients, que ça peut les aider à imaginer comment se déroulera la séance.» Accrocher le client Maître d\u2019enseignement et de recherche en sciences de la communication à l\u2019Université de Fribourg, Bruno Asdou- rian observe que si Ruby postait au départ seulement des parties de son corps tatouées, elle se montre désormais en entier, de manière à inspirer confiance, un aspect important de la relation entre le tatoueur et son futur modèle.Et une stratégie qui peut aussi se révéler efficace commercialement.« La démarche de se mettre en scène et de montrer son studio permet de mieux cerner son style de vie.Du coup, les clients peuvent s\u2019identifier à elle.» La tatoueuse abonde dans ce sens.« Tout est publicité aujourd\u2019hui.L\u2019attention des internautes est très mouvante.Il faut tout faire pour l\u2019accrocher.» Dan Felton rappelle qu\u2019avant l\u2019avènement des réseaux sociaux les gens qui allaient dans un studio de tatouage y découvraient les dessins souvent pour la première fois.« Il y avait encore une stigmatisation du tatouage.Une bonne partie du travail consistait à rassurer les clients.Aujourd\u2019hui, la majorité d\u2019entre eux sont familiarisés avec ce que je fais, ils savent exactement ce qu\u2019ils veulent.Je dois leur expliquer ce qu\u2019il est possible de faire ou pas.Ce qui peut se compliquer avec ceux qui ont l\u2019impression d\u2019être des experts parce qu\u2019ils passent beaucoup de temps sur Insta ! » En revanche, le réseau offre un avantage immense pour la clientèle étrangère.Plus besoin forcément de prendre un billet d\u2019avion pour San Francisco pour bénéficier des talents d\u2019un artiste en particulier, ceux-ci ayant gagné en mobilité.« Au bout d\u2019un moment, tu peux avoir épuisé le potentiel dans la région où tu travailles, poursuit Jack Watts.Avec Instagram se forme une communauté internationale de gens qui aiment ton style.Et quand tu vas travailler ailleurs, tu remplis ton agenda rapidement.» Soigner son image Ce qui veut dire aussi que, pour soigner son image, la mise en scène des photos peut prendre du temps.« Personnellement, j\u2019utilise un bon appareil.J\u2019édite ensuite mes photos pour corriger les couleurs, explique Ruby Quilter.C\u2019est important, parce que les noirs ont l\u2019air violets ou roses à cause du sang qui affleure juste après la séance.Il faut que le tatouage ressemble le plus possible à ce qu\u2019il va donner en vrai.Et puis je fais aussi quelques stories en vidéo, que je poste en fin de journée ici à Londres, de manière à toucher le plus possible de clients américains.» « Il y a effectivement un détournement de la fonction de base d\u2019Insta- gram, confirme Mélissa Baudrillart, assistante au MediaLab de l\u2019Université de Genève.On voit aujourd\u2019hui que cette plateforme, comme Facebook, prend un virage commercial, offrant désormais la possibilité d\u2019afficher des liens cliquables.Depuis peu de temps, des blogueuses peuvent ainsi taguer les objets qu\u2019elles portent.Ce qui permet aux personnes que cela intéresse d\u2019accéder directement sur les sites des marques.Pour les services, comme dans le cas des studios de tatouage, c\u2019est encore plus simple\u2026 » Stephane Devidal officie à Lausanne au 242 et à Sang Bleu Zurich.Il prend cet aspect de son travail avec décontraction.« Ma seule communication passe par Insta, d\u2019où viennent tous mes clients.Depuis quelques mois, j\u2019ai remarqué que mon compte fonctionne moins bien, apparemment à cause du nouvel algorithme mis en place depuis le rachat de la plateforme par Facebook.Pour l\u2019instant, ça roule, mais j\u2019hésite à payer une publicité pour améliorer ma visibilité.» Cet ancien étudiant des Beaux-Arts souligne que, si le réseau permet de se trouver une famille d\u2019artistes, « il peut aussi plomber le moral.On peut avoir l\u2019impression d\u2019avoir fait du mauvais travail si on ne récolte pas des centaines de likes.Et puis il faut savoir quitter son écran.L\u2019inspiration vient de partout.Instragram, c\u2019est très bien.Ce n\u2019est pas pour ça qu\u2019il faut arrêter de se plonger dans les livres et de visiter les musées ! » C\u2019est un moyen irremplaçable de rencontrer des artistes qui m\u2019inspirent, mais qui vivent parfois à des milliers de kilomètres.JACK WATTS » LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 ÉDITORIAL A 6 LE DEVOIR // FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Luce Julien Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Vice-président des ventes publicitaires Mark Drouin Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Directrice de l\u2019information Marie-Andrée Chouinard Directeur de l\u2019information numérique Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet La culture revêt pour le Québec une importance fondamentale.À ce titre, il importe qu\u2019on reconnaisse à son gouvernement les pouvoirs exclusifs qui lui sont nécessaires pour assumer ses responsabilités.» Dans le préambule de la première politique culturelle, datant de 1992, la ministre des Affaires culturelles, Liza Frulla, affirmait sans ambages que le Québec devait prendre les commandes de sa destinée en matière de culture.Ne cherchez pas une pareille profession de foi nationaliste dans la nouvelle version de la politique, actualisée la semaine dernière par le premier ministre, Philippe Couillard, et la ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit.Celle-ci a dévoilé un plan d\u2019action « historique », assorti d\u2019investissements de 601 millions de dollars.C\u2019est une annonce en partie électoraliste.L\u2019Assemblée nationale fait relâche jusqu\u2019aux élections.Elle ne pourra pas procéder aux modifications législatives qu\u2019exige le plan d\u2019action.Les partis d\u2019opposition ne sont pas liés par l\u2019annonce, et ils proposeront en temps utile leurs visions respectives sur l\u2019importance qu\u2019ils accordent à la culture et à son rayonnement dans un monde de plus en plus tourné vers le numérique.Les adversaires des libéraux seraient bien mal venus de faire table rase de deux années de réflexion et de consultations.La nouvelle politique et le plan d\u2019action, bien qu\u2019ils soient imparfaits, ont reçu un appui massif du milieu de la culture.Or, s\u2019il est une chose que la ministre fédérale du Patrimoine, Mélanie Joly, a démontrée avec éloquence, c\u2019est le péril de se mettre l\u2019industrie culturelle et les artistes à dos.La politique de 2018 ne renie pas ses origines.La culture est d\u2019abord pensée pour les citoyens, dans une perspective historique voulant que le français demeure le socle fondateur de notre identité collective.Elle remet au goût du jour la valorisation des artistes comme les passeurs de la culture et de l\u2019enracinement.Elle fait même un pas de plus en consacrant l\u2019alliance de la culture, de la famille et de l\u2019éducation, entre autres par le financement des sorties culturelles.Cette politique a toutefois deux défauts.D\u2019une part, à l\u2019instar de la réforme de la loi sur l\u2019accès à l\u2019information, elle arrive beaucoup trop tard dans le mandat de Philippe Couillard, ce qui provoque une déception d\u2019autant plus grande que les attentes étaient élevées.D\u2019autre part, elle effleure à peine les défis qui consistent à faire rayonner la culture et à la rendre dé- couvrable par les algorithmes qui dictent nos choix à l\u2019ère du numérique.Les grandes institutions étatiques telles que la SODEC et le CALQ, de même que toute l\u2019industrie de la culture, ont tout un travail pour adapter leurs règles de financement et leurs stratégies de distribution, dans un contexte marqué par la transformation radicale des habitudes de consommation et l\u2019exode des revenus vers des géants transnationaux.Le Conseil du patronat du Québec (CPQ), qui a réservé un accueil positif à la politique culturelle, rappelle d\u2019ailleurs à ce sujet que le poids économique de la culture (3,4 % du PIB québécois et 176 000 emplois) est en recul.L\u2019industrie de la musique, pour ne nommer que celle-ci, accuse des pertes évaluées à 400 millions depuis 2004, en raison de la montée des pla- teformes de diffusion en continu telles que Spotify.Il n\u2019y a pas de moment plus important dans l\u2019histoire du Québec pour réclamer le rapatriement des pleins pouvoirs en matière de culture.Curieusement, le premier ministre Couillard a abandonné cette revendication historique du Québec portée par des gouvernements péquistes et libéraux.Les sceptiques diront que le Québec est bien servi.Il reçoit un peu plus du tiers des subsides fédéraux en culture alors que son poids démographique représente moins du quart de la population canadienne.Les artistes apprécient également le fait d\u2019avoir accès à deux guichets pour accéder au financement.Ces arguments passent sous silence les menaces qui pèsent sur le rayonnement de la culture francophone.La maîtrise d\u2019œuvre de la culture déborde les simples considérations budgétaires.Il s\u2019agit d\u2019un tout par lequel deviendra possible l\u2019élaboration d\u2019un cadre législatif et fiscal unifié en vertu duquel l\u2019ensemble des acteurs qui tirent profit du rayonnement de la culture contribueront à son financement.L\u2019attentisme d\u2019Ottawa dans la révision de la loi sur la radiodiffusion et ses tergiversations en ce qui a trait à l\u2019équité fiscale dans le commerce en ligne témoigne des risques inhérents au dédoublement des centres décisionnels.Le Québec serait mieux servi s\u2019il avait le plein contrôle de son destin en matière de culture.Il en va de l\u2019essor de l\u2019exception culturelle française en Amérique du Nord, dans le respect des droits des minorités il va sans dire, dans une ère de grandes mutations.YVAN ALLAIRE PRÉSIDENT EXÉCUTIF DE L\u2019INSTITUT SUR LA GOUVERNANCE DES ORGANISATIONS PRIVÉES ET PUBLIQUES (IGOPP) Les conseils d\u2019administration des organisations, qu\u2019elles soient cotées en Bourse, sociétés d\u2019État, centres hospitaliers, universités ou autres organismes publics, sont maintenant constitués d\u2019une majorité de membres indépendants.Cette norme de « bonne » gouvernance, rigoureusement observée, a certes contribué à un certain assainissement de la gouvernance des sociétés, mais ne s\u2019est pas avérée la panacée escomptée par certains.Les agences de réglementation et tous les observateurs de la gouvernance durent admettre que l\u2019indépendance des membres du conseil et leur expérience de gestion dans des secteurs d\u2019activité sans similarité avec l\u2019organisme à gouverner étaient des facteurs nettement insuffisants pour assurer une gouvernance efficace.Les membres des conseils doivent également posséder des compétences et une expérience à la mesure des enjeux et des défis précis de la société qu\u2019ils sont appelés à gouverner.Ils doivent également être perçus comme intègres et dignes de confiance par les parties prenantes de la société.C\u2019est ce qu\u2019on entend par la crédibilité du conseil.Un conseil d\u2019administration n\u2019est crédible que dans la mesure où une grande partie de ses membres peuvent soutenir un échange avec la direction sur des aspects de la performance et sur les multiples facteurs qui exercent une influence dynamique sur cette performance.Ce type de questionnement suppose, de la part du conseil, une fine et systémique compréhension de l\u2019organisation.À notre époque, les membres du conseil ne peuvent devenir ni demeurer crédibles s\u2019ils ne maîtrisent pas l\u2019immense réservoir d\u2019informations qu\u2019offre Internet afin de se doter de sources indépendantes de renseignements.Plus un organisme est complexe, plus il est difficile pour un administrateur d\u2019être crédible, comme cela fut démontré dans le secteur financier au cours des années menant à la crise de 2008.Processus actuel de sélection L\u2019approche traditionnelle en matière de sélection de membres pour le conseil consiste à établir un catalogue des expertises professionnelles que l\u2019on souhaite rassembler au conseil.La recherche de candidats et candidates inclut habituellement la sélection d\u2019un certain nombre de cadres supérieurs (à la retraite ou toujours en poste) de diverses autres sociétés.Cette démarche risque de ne pas aboutir à un conseil crédible.La grande faiblesse de ce processus provient d\u2019une présomption non fondée selon laquelle une expérience de gestion dans des secteurs sans similarité avec celui de l\u2019organisme à gouverner reste utile et valable pour le conseil.La recherche de nouveaux candidats pour le conseil devrait débuter plutôt par l\u2019étude de secteurs d\u2019activité proches de celui dans lequel œuvre la société du point de vue de ses enjeux, de ses critères de succès, de son horizon temporel de gestion, de la nature et de l\u2019importance de ses parties prenantes, de son mode financier.Des cadres et dirigeants ayant acquis leur expérience dans de tels secteurs d\u2019activité pourront plus rapidement et facilement maîtriser les aspects essentiels d\u2019un organisme œu- vrant dans un secteur « semblable » tout en demeurant « indépendants ».Si, au moment de se joindre au conseil, des nouveaux membres ne peuvent se réclamer d\u2019une haute crédibilité dans le secteur, il est important qu\u2019ils puissent investir le temps nécessaire, qu\u2019ils possèdent la formation nécessaire et la rigueur intellectuelle requise pour acquérir dans des délais raisonnables un bon niveau de crédibilité\u2026 et le maintenir.Renouvellement du conseil La quête d\u2019un conseil diversifié et « renouvelé » a fait émerger des politiques visant à imposer aux membres de conseils un âge limite (de 70, de 72 ou de 75 ans) ou une durée maximale de mandat de 15 ans, ou les deux.Les politiques de la sorte ne sont pas optimales, bien qu\u2019elles soient de toute évidence beaucoup plus faciles à mettre en œuvre et suscitent moins d\u2019animosité que le fait de demander à un membre sa démission par suite de l\u2019évaluation de sa crédibilité.Si le président du conseil et le comité de gouvernance souhaitent sincèrement rehausser la crédibilité du conseil, ils doivent évaluer les membres en fonction de leur niveau de connaissance de la société qu\u2019ils ont la responsabilité de gouverner.C\u2019est beaucoup demander, mais il s\u2019agit là d\u2019une mesure nécessaire pour produire des conseils d\u2019administration qui sont plus crédibles et capables de créer de la valeur pour toutes les parties prenantes de la société.La crédibilité d\u2019un conseil est la pierre d\u2019assise (et peut-être la pierre philosophale longuement recherchée !) de la gouvernance efficace.De plus, la sélection, la formation et la rétention de membres crédibles sont devenues l\u2019enjeu dominant et le défi incontournable de la gouvernance au XXIe siècle.Des conseils d\u2019administration indépendants, mais aussi crédibles LIBRE OPINION POLITIQUE CULTURELLE Et les pouvoirs ?« BRIAN MYLES LETTRES Quelle solution au drame des migrants ?Christian Rioux affirme dans les pages du Devoirque la solution au drame des migrants qui risquent leur vie en tentant de rejoindre l\u2019Europe est, « tant pour les migrants que pour l\u2019Europe, le rétablissement des frontières et leur respect le plus strict ».La réponse humanitaire ne permettra jamais de régler le problème, dit-il, puisque, en rendant les traversées plus sécuritaires, elle augmentera forcément le nombre de migrants prêts à tenter leur chance.Cette façon d\u2019aborder le problème occulte complètement la question de fond : pourquoi un si grand nombre de personnes choi- sissent-elles de quitter leur demeure, leurs amis, leurs familles, leur patrie, et mettent-elles leurs vies et celles de leurs enfants en danger pour tenter de rejoindre les rives de l\u2019Europe ?L\u2019ampleur de ces sacrifices est à la mesure de l\u2019ampleur des souffrances de ceux et celles qui s\u2019y prêtent.On parle ici de désespoir.M.Rioux insiste sur l\u2019importance de distinguer les « véritables réfugiés » des autres, c\u2019est-à- dire des réfugiés économiques, qui eux méritent d\u2019être repoussés aux frontières.Mais le désespoir humain n\u2019engendre-t-il pas certaines obligations morales qu\u2019il soit l\u2019effet de menaces politiques ou économiques ?[.] Véronica Ponce Montréal, le 15 juin 2018 Réplique du chroniqueur Chère lectrice, Vos propos sont malheureusement démentis par le fait que ce ne sont pas les plus miséreux qui quittent leur pays ainsi que par les taux de croissance que connaît l\u2019Afrique.Aujourd\u2019hui, les famines naturelles y ont pratiquement disparu.Restent les guerres évidemment, mais qui ne justifient pas ces migrations économiques largement motivées, non par la misère croissante, mais par l\u2019attrait d\u2019une richesse qui s\u2019affiche aujourd\u2019hui impunément sur les écrans du monde.En vous remerciant de votre lettre, Christian Rioux Correspondant du Devoir à Paris La commissaire à l\u2019éthique et Pierre Paradis La décision de l\u2019Assemblée nationale d\u2019annuler la pénalité imposée par la commissaire à l\u2019éthique au député Paradis est une honte.On a reproché au prédécesseur de Mme Mignolet d\u2019avoir été trop mou, mais lorsque celle-ci fait un geste courageux, l\u2019Assemblée nationale (on devrait dire les députés libéraux) la désavoue.Il y a quelque chose de pourri en ce royaume.Et le premier ministre d\u2019y aller de son grain de sel (ou de sable) pour dire que le pauvre député Paradis aurait été lésé dans ses droits.Mais il y a les faits : le député Paradis louait un appartement dans lequel habitaient également sa fille majeure, le conjoint de celle-ci et leur enfant.Le député n\u2019occupait qu\u2019une chambre de cet appartement, pour lequel il recevait une allocation de 1 500 $ par mois du gouvernement.Sa fille majeure et son conjoint étaient logés aux frais de l\u2019État.[\u2026] Quelle hypocrisie, quelle honte ! On vient de discréditer la fonction de commissaire à l\u2019éthique, on vient de commettre un véritable acte de sabotage à son endroit.[\u2026] Le geste de l\u2019Assemblée est lourd de conséquences, non seulement parce qu\u2019il donne l\u2019absolution à quelqu\u2019un qui ne la mérite pas, mais aussi et surtout parce qu\u2019il constitue un dangereux précé- dent, qui rendra plus difficile à l\u2019avenir le travail du commissaire à l\u2019éthique.C\u2019est une véritable honte.André Painchaud Saint-Jérôme, le 17 juin 2018 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 A 7 IDÉES SCOTT MCKAY CHARGÉ DE COURS À L\u2019ESG-UQAM, EX-CHEF DU PARTI VERT DU QUÉBEC, EX-DÉPUTÉ DU PARTI QUÉBÉCOIS ET AUTEUR DU LIVRE POUR UN QUÉBEC VERT ET BLEU.Le gouvernement de Justin Trudeau a choqué le Canada entier par sa spectaculaire nationalisation de l\u2019oléoduc Trans Mountain.La décision va-t-elle à l\u2019encontre de l\u2019Accord de Paris ou per- mettra-t-elle plutôt au Canada de respecter ses engagements climatiques ?On sait que Justin Trudeau cherche à concilier deux objectifs contradictoires: la production de pétrole provenant des sables bitumineux et la réduction des gaz à effet de serre (GES).À cause des coûts pour réduire les émissions de GES des sables bitumineux, il importe d\u2019obtenir le meilleur prix possible sur les marchés et, pour cela, les pipelines sont considérés par plusieurs comme le mode de transport le plus économique et le plus sécuritaire.Compte tenu du poids de l\u2019industrie, affranchir l\u2019économie canadienne du pétrole représente un défi colossal.Seulement en Alberta, le pétrole génère plus de quatre fois plus de valeur économique que l\u2019électricité au Québec, et crée près de six fois plus d\u2019emplois directs.Le secteur est tellement important dans l\u2019économie canadienne et dans la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes que réduire, voire éliminer, la production de pétrole issu des sables bitumineux est un projet pharaonique.Quelle que soit l\u2019orientation que prendra le Canada, le pétrole demeurera source de débats et de tensions.Pourtant, les politiques de transition à mettre en œuvre devront recueillir un large appui dans la population, ainsi qu\u2019un engagement à long terme.Gouvernance du virage vert Des scientifiques indépendants, regroupés dans le «Dialogue pour un Canada vert », considèrent la gouvernance comme un enjeu central pour la réussite de la transition énergétique.Plutôt qu\u2019un rapport fondé sur les technologies, leurs recommandations concernent les barrières sociales, politiques et organisationnelles, qu\u2019ils considèrent comme « le principal frein, aujourd\u2019hui, à cette transition.» L\u2019arrogance d\u2019Ottawa face aux gouvernements locaux est un frein à la mobilisation et à la coopération.Pourtant, le Conseil canadien des ministres de l\u2019Environnement, regroupant des élus La difficile transition énergétique du Canada La nationalisation de l\u2019oléoduc Trans Mountain démontre l\u2019ampleur de l\u2019enjeu de la transition énergétique du Canada.JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE PATRICE BÉGIN ENSEIGNANT DE FRANÇAIS ET DE LITTÉRATURE À L\u2019ÉCOLE SECONDAIRE HENRI-BOURASSA On me demande souvent pourquoi j\u2019ai choisi l\u2019enseignement alors que plusieurs autres possibilités s\u2019offraient à moi.Chaque fois qu\u2019on me pose cette question, je ferme les yeux et, là, je vois des visages et des sourires.Je revois tout cela et, là, je sais.Je sais pourquoi je fais ce travail.Je sais pourquoi je le ferai probablement toujours.Pour vivre des sensations fortes, certains font du parachute.Moi, j\u2019enseigne le français et la littérature à une centaine d\u2019adolescents dans une école publique de Montréal-Nord.Et tout se passe bien.Au cours de ma carrière, j\u2019ai dû enseigner à près de 3000 jeunes de tous les niveaux, de presque tous les milieux.J\u2019enseigne au secondaire, mais j\u2019ai aussi donné quelques charges de cours au cégep.J\u2019ai travaillé au privé et au public.J\u2019ai enseigné dans des milieux très aisés alors que l\u2019école où je travaille maintenant a un indice de défavorisa- tion de 10 (sur 10).J\u2019ai commencé ma carrière en enseignant à des élèves en grande difficulté alors que, maintenant, j\u2019enseigne à des élèves du Programme d\u2019éducation internationale.Ces expériences semblent très différentes, mais elles ont pourtant toutes un point en commun : les élèves.Au- jourd\u2019hui, j\u2019aimerais leur rendre hommage et leur témoigner toute ma gratitude, toute mon affection.Je commencerai en disant que, contrairement à ce que l\u2019on entend trop souvent, il y a beaucoup de bons jeunes.Des jeunes intéressés, intéressants, curieux et ouverts.Des jeunes engagés, soucieux de leur bien-être et de celui des autres.Des jeunes préoccupés par leur réussite et désireux de contribuer à l\u2019amélioration de leur collectivité.Des jeunes avec cette lumière qui brille dans les yeux.Cette lumière qui traduit leur soif d\u2019apprendre, de grandir, de prendre leur place.Leur soif de vivre.Enseigner, c\u2019est se jeter dans le vide.Vous savez, c\u2019est angoissant une rentrée scolaire.L\u2019excitation, la nervosité que l\u2019on ressent quand on entre en classe pour la première fois et que l\u2019on voit tous ces regards dirigés vers nous\u2026 Le silence qui se fait entendre quand la cloche sonne pour la première fois\u2026 Et là, il faut briser la glace.Gagner leur confiance, établir sa crédibilité, créer des liens, développer une complicité.Et c\u2019est là que le voyage commence\u2026 Certains se demandent peut-être ce que c\u2019est, un bon élève ou un bon groupe.Pour ma part, cela n\u2019a rien à voir (ou si peu) avec les résultats scolaires.Moi, je suis dans l\u2019enseignement pour le côté humain et j\u2019aime bien l\u2019humanité des jeunes.J\u2019aime leur naïveté et leur candeur.J\u2019aime aussi leur côté rebelle, leurs remises en question, leurs changements d\u2019humeur.J\u2019aime les aider à trouver qui ils sont.Vous savez, quand on leur propose quelque chose de stimulant et quand on leur fait confiance, les jeunes nous déçoivent rarement.Hommage aux jeunes allumés d\u2019aujourd\u2019hui J\u2019ai vécu des moments mémorables auprès de mes élèves.Ensemble, on a organisé des joutes oratoires.On est allé en Grèce et à New York ensemble.On a passé des soirées au théâtre ensemble, on a dîné ensemble et cette année, on est allé à l\u2019opéra ensemble.(Parfois, je crois que ma femme aimerait aller étudier dans ma classe afin qu\u2019on fasse plus de choses ensemble\u2026) Ensemble, on a réalisé plus d\u2019une vingtaine de capsules Web d\u2019Info-HB.Ensemble, on a « monté » près d\u2019une quinzaine de galas d\u2019excellence.Et là, vous devriez les voir, ces jeunes animateurs, du haut de leurs 14 ou 17 ans, « affronter » un auditoire de 500 personnes.Vous devriez voir leur fierté (leur tristesse aussi) lorsque les rideaux se ferment à la fin de la soirée et qu\u2019ils réalisent ce qu\u2019ils ont accompli.Les jeunes n\u2019ont peur de rien.Pour eux, tout est possible.Ils ne se mettent pas les barrières que l\u2019on s\u2019impose parfois en tant qu\u2019adultes.Je me souviens du temps où j\u2019enseignais le journalisme.Je demandais à mes élèves de trouver une personne qui avait des choses à raconter et de réaliser une entrevue avec elle.Et là, en toute naïveté, certains me disaient qu\u2019ils voulaient faire une entrevue avec Pauline Marois, Jean Charest ou encore, José Théodore (alors gardien de but des Canadiens de Montréal).J\u2019étouffais alors un fou rire, mais je me disais qu\u2019il ne fallait pas assassiner Mozart.Eh bien, vous savez quoi?Ils les ont réalisées, ces entrevues ! Ç\u2019a été, pour moi, une expérience formidable ainsi qu\u2019une belle leçon d\u2019humilité.Aujourd\u2019hui, laissez-moi remercier tous ces jeunes que j\u2019ai croisés dans une classe, sur une scène, dans un corridor ou sur un terrain de football.J\u2019aimerais leur dire qu\u2019ils ont su faire de moi un meilleur enseignant et une meilleure personne.Merci pour tous vos sourires, merci pour les détours que vous faites pour venir me dire bonjour ou pour me parler entre deux cours.Merci d\u2019embarquer dans mon univers et d\u2019accepter ce que je vous propose.Merci d\u2019être exigeant envers moi.Merci de me remettre en question.Merci de me proposer des romans, de me faire partager vos rêves, vos peurs et vos soucis.Merci pour vos marques d\u2019affection et vos sourires complices.Merci de faire en sorte que j\u2019aime encore passionnément ce que je fais.Je me souviens du jour où, lors d\u2019une entrevue pour un poste d\u2019enseignant, on m\u2019a posé LA question: «Pourquoi l\u2019enseignement?» Je me souviens avoir répondu, en toute modestie, que j\u2019étais dans l\u2019enseignement parce que je croyais que je pouvais faire une différence dans la vie de quelqu\u2019un.Mais aujourd\u2019hui, après avoir été en contact avec tous ces jeunes, j\u2019ai aussi compris que j\u2019étais dans l\u2019enseignement parce qu\u2019ils faisaient une différence dans la mienne\u2026 En terminant, chers élèves, je lève mon verre aux bons souvenirs.Malgré les années qui passent, malgré la cinquantaine qui frappe à ma porte, vous me permettez de rester jeune.Vivez.Rêvez.Soyez des libres penseurs.Soyez vous-mêmes.Soyez heureux là où vous êtes, maintenant.du fédéral, des provinces et des territoires, démontre qu\u2019il est possible de créer des espaces de dialogue productifs.Le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques pose une base de discussion flexible.La crédibilité des processus d\u2019évaluation et d\u2019examen public des impacts environnementaux des projets représente aussi un défi.En matière de débat public, les initiatives en cours devront sérieusement s\u2019amplifier.Par exemple, l\u2019an dernier, Ressources naturelles Canada a invité la population à faire connaître ses idées sur l\u2019avenir énergétique en participant en ligne ou en personne à des comités et à des ateliers.La démarche, Génération Énergie, a accouché d\u2019un rapport faisant état de pistes pour une vision de l\u2019avenir énergétique.Si la nationalisation du pipeline Trans Mountain n\u2019est pas une subvention, c\u2019est quand même 3,3 milliards de dollars d\u2019aides fiscales et de subventions que le Canada consacre chaque année à la consommation et au développement des hydrocarbures.De cette somme, 300millions de dollars viennent du gouvernement du Québec.Il faut recycler ses sommes dans la décarbonisation.Il faut aussi faire payer aux pétrolières le coût du carbone selon le principe pollueur-payeur.Les sommes récoltées par la vente de quotas d\u2019émissions ou par une taxe sur le carbone devraient être investies en économies d\u2019énergie, électrification des transports et autres combustibles à faible émission de GES.Les ressources non renouvelables peuvent assurer des bénéfices durables à transmettre aux générations futures, mais les revenus qu\u2019elles procurent doivent être investis dans un fonds souverain ou appliqués à la dette publique.Utiliser l\u2019exploitation des hydrocarbures pour financer les budgets courants, c\u2019est comme payer l\u2019épicerie avec sa carte de crédit.La nationalisation de l\u2019oléoduc Trans Mountain démontre l\u2019ampleur de l\u2019enjeu de la transition énergétique du Canada.Relever les défis de l\u2019Accord de Paris et de la décarbonisation exige bien plus que des vœux pieux.Il faut investir massivement en matière d\u2019innovation et d\u2019adoption à grande échelle de technologies propres, quitte à utiliser les revenus de la pollution pour y arriver.Cela requiert surtout un fantastique effort de mobilisation des forces vives de la grande mosaïque canadienne.Une mobilisation qui saura se hisser au-delà de la partisanerie politique et du clivage entre les États et les régions.Pas si facile, n\u2019est-ce pas?Quand on leur propose quelque chose de stimulant et quand on leur fait confiance, les jeunes nous déçoivent rarement PATRICE BÉGIN » Utiliser l\u2019exploitation des hydrocarbures pour financer les budgets courants, c\u2019est comme payer l\u2019épicerie avec sa carte de crédit ACTUALITÉS A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com LEDEVOIR // LE LUNDI 18 JUIN 2018 E N B R E F Dernier blitz avant la partielle dans Chicoutimi-Le Fjord Les candidats à l\u2019élection partielle fédérale de Chicoutimi-Le Fjord ont effectué dimanche un dernier blitz en vue du scrutin de lundi.Cette élection a été rendue nécessaire à la suite de la démission du député libéral Denis Le- mieux.Un sondage publié la semaine dernière a donné plus de 36 % des intentions de vote au candidat conservateur, Richard Martel, ancien entraîneur de l\u2019équipe de hockey junior des Saguenéens de Chicoutimi.Il devance la libérale, Lina Boivin, qui recueillerait 20 % d\u2019appui.Catherine Bouchard Tremblay du Bloc québécois obtiendrait près de 9 %, contre 6 % pour le candidat néo-démocrate Éric Dubois, et 3 % pour Lynda Youde, du Parti vert.La Presse canadienne CAQ : le neuropédiatre Lionel Carmant candidat Après quelques mois de réflexion, le neuropédiatre Lionel Carmant a confirmé dimanche qu\u2019il tentera de se faire élire sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ) et il assure que les sondages encourageants pour le parti n\u2019ont rien eu à voir dans sa décision de faire le saut en politique active.«Je suis avec la CAQ depuis 2011, j\u2019ai hésité à faire le saut en politique en 2012, mais je ne me sentais pas prêt, j\u2019avais d\u2019autres choses à faire en médecine.Maintenant, je pense que j\u2019avais fait tout ce que je pouvais au niveau médical, puis j\u2019avais le goût de me lancer en politique», a-t-il déclaré.En compagnie du chef caquiste François Legault, M.Carmant a annoncé qu\u2019il se présenterait dans la circonscription de Taillon, en Montérégie, un bastion du Parti québécois.La Presse canadienne VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Le virage de la social-démocratie Pour la gauche danoise, l\u2019immigration massive est incompatible avec l\u2019État providence J\u2019ai déjà serré la main de François Mitterrand.C\u2019était à l\u2019Élysée vers 1983.Je ne peux pas croire que son parti soit au- jourd\u2019hui presque sur le point de disparaître.» Henrik Sass Larsen était alors président des jeunesses sociales- démocrates danoises.Il avait à peine vingt ans.Toute l\u2019Europe avait alors les yeux tournés vers le Parti socialiste français, dit-il, un parti devenu un tiers parti depuis la dernière présidentielle et dont le nom du chef, Olivier Faure, ne dit à peu près rien à personne.« Ce qui arrive aux socialistes français est pour nous un terrible avertissement », dit ce député de gauche, ancien ministre du Développement économique.« Partout, la social-démocratie est en crise, dit-il, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni\u2026 Partout où elle n\u2019a pas su relever le défi de l\u2019immigration ! » Larsen a grandi dans la banlieue ouvrière de Taastrup, près de Copenhague, ou son père était cimentier sur la construction.« À l\u2019époque, dit-il, on jouait au foot avec les enfants turcs.Ça se passait plutôt bien.Puis le nombre d\u2019immigrants a augmenté et les femmes se sont mises à porter le voile.Beaucoup se sont mariés entre eux.On pensait que le temps jouait en faveur de l\u2019intégration, mais on se trompait.» Un parti ouvrier sans ouvriers Aujourd\u2019hui, Henrik Sass Larsen applaudit au geste de l\u2019Italien Matteo Sal- vini, qui vient de refuser l\u2019accueil à un navire chargé de migrants.Avec de nombreux sociaux-démocrates danois, il est à l\u2019origine du virage à 180 degrés qu\u2019a pris son parti sur la question de l\u2019immigration après sa défaite en 2015 sous la direction de sa jeune présidente Mette Frederiksen.Cette diplômée en Études africaines n\u2019a pas hésité à rompre avec ses alliés traditionnels sur cette question cruciale.Comme le dit le manifeste du parti, « comme sociaux- démocrates, nous croyons que nous devons aider les réfugiés, mais il nous faut aussi [\u2026] trouver l\u2019équilibre entre l\u2019aide aux gens dans le besoin et la nécessité d\u2019assurer la cohérence du pays tout en préservant le haut niveau de mesures sociales qui caractérise notre société ».Depuis trois ans, le parti a voté la plupart des mesures adoptées au Parlement de Christiansborg pour restreindre l\u2019immigration.En mai dernier, c\u2019est sans hésitation que les élus sociaux-démocrates se sont prononcés en faveur de l\u2019interdiction du port de la burqa dans les lieux publics.Sur ces questions, le parti partage un véritable consensus, non seulement avec les libéraux au pouvoir, mais aussi avec le Parti du peuple danois dont la plateforme a toujours été radicalement opposée à l\u2019immigration.Depuis une vingtaine d\u2019années, ce parti grugeait de plus en plus l\u2019électorat populaire des sociaux-démocrates.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si le lent déclin du parti a commencé autour de 1995, année de la fondation du Parti du peuple, trois ans après un premier référendum où les Danois rejetèrent le traité de Maastricht.Il en faudra un second, en 1993, pour forcer le Danemark à intégrer finalement le marché unique.Il aura fallu attendre 20 ans pour que la défaite de la première ministre Thor- ning-Schmidt provoque un choc salutaire, dit le député social-démocrate Mattias Tesfaye.« C\u2019est là qu\u2019on s\u2019est aperçus que, si on avait obtenu 26 % du vote général, on ne faisait plus que 21 % chez les électeurs syndiqués.Or, dans un pays syndiqué à 70 % où le parti a toujours été lié au mouvement ouvrier, ça n\u2019avait pas de sens ! On était en train de devenir le parti de la petite bourgeoisie des villes alors que les classes populaires nous laissaient tomber.» Retour aux origines À 37 ans, ce fils d\u2019un réfugié éthiopien a été briqueteur et syndicaliste avant d\u2019être élu au Parlement dans une banlieue ouvrière de l\u2019ouest de Copenhague.D\u2019ailleurs, rappelle-t-il, cela faisait presque 30 ans que les maires des localités ouvrières d\u2019Ishoj, de Brondby et d\u2019Albertslund s\u2019opposaient à la politique d\u2019ouverture des frontières prônée par la direction du parti depuis les années 1980.«Mais on les traitait de racistes.La nouvelle direction du parti a récemment reconnu qu\u2019ils avaient eu raison.» Dans un livre intitulé Welcome Mus- tafa, qui a eu un certain retentissement dans la gauche danoise, Mattias Tesfaye explique que la gauche est loin d\u2019avoir toujours eu cette opinion sur l\u2019immigration.«Au contraire, dans les années 60, les syndicats étaient résolument opposés à l\u2019ouverture des frontières afin de protéger les salaires et le marché de l\u2019emploi, dit-il.C\u2019est le patronat qui a fait pression pour qu\u2019on laisse entrer des travailleurs étrangers.Et nous, on a plié.» Selon le député, la social-démocratie s\u2019est alors écartée de sa politique traditionnelle sous l\u2019influence des idées libertaires et de l\u2019individualisme des années 1960.« On doit beaucoup de choses à cette époque, comme la reconnaissance des droits des femmes et des gais.Mais l\u2019ouverture des frontières fut une erreur.Il est temps de le reconnaître.» Pour la gauche danoise, l\u2019ouverture des frontières à l\u2019immigration entre en contradiction flagrante avec la préservation d\u2019un État social fort.« Quand je vois certains quartiers de Copenhague aujourd\u2019hui où les communautés coexistent sans se mélanger et où la richesse côtoie la pauvreté la plus abjecte, je me dis que ça ressemble aux États- Unis, pas au Danemark.Une forte redistribution sociale exige une solidarité incompatible avec des sociétés parallèles.Ce n\u2019est pas ça la social-démocratie ! » Les sirènes du populisme ?Dans la gauche danoise, le cas de la Suède sert souvent de repoussoir.Comme la France, le pays a vu apparaître des ghettos ethniques dans les banlieues de la plupart de ses grandes villes.La sociale démocratie y a d\u2019ailleurs amorcé un lent déclin.Pour Tesfaye, ce débat fait rage dans de nombreux partis sociaux-démocrates, comme en Autriche, aux Pays bas, en Belgique et même en Suède.«Un parti qui n\u2019est pas capable de discuter ouvertement de ces questions ne sert à rien.C\u2019est la survie de l\u2019État providence qui est en jeu ! » Mais ce virage ne fait pas l\u2019affaire de tous.Même si l\u2019opposition est au- jourd\u2019hui très minoritaire au sein du parti, elle se manifeste à l\u2019extrême gauche.Pour l\u2019anthropologue Peter Hervik, le Parti social-démocrate ne fait ainsi que céder aux sirènes du populisme.« Au Danemark, les sociaux- démocrates sont maintenant main dans la main avec le Parti du peuple, dit-il.Ils n\u2019ont fait que reprendre leurs idées en exagérant les problèmes de l\u2019immigration.Ils invoquent de prétendues \u201cvaleurs danoises\u201d en se créant des boucs émissaires.Le Danemark est peut-être une société ouverte, mais seulement pour ses propres citoyens.» S\u2019il est vrai que les sociaux-démocrates se sont rapprochés du Parti du peuple, « ce dernier s\u2019est aussi rapproché du centre et il a considérablement adouci son programme », estime le politologue Jorgen Goul Andersen.C\u2019est notamment vrai sur les questions sociales.La plupart des observateurs estiment que, si l\u2019an prochain les sociaux-démocrates remportaient les élections, ils pourraient même gouverner avec le soutien implicite du Parti du peuple.Le choc serait certainement ressenti dans toute la social- démocratie européenne.Au moment où l\u2019Italie refuse à un bateau chargé de migrants d\u2019accoster, l\u2019immigration déchire l\u2019Europe tout entière.Le Devoir est allé voir où en était ce débat au Danemark, un des tout premiers pays européens à s\u2019interroger sur l\u2019immigration massive.Deuxième texte d\u2019une série de trois.CHRISTIAN RIOUX À COPENHAGUE LE DEVOIR Des Danois anti-islam, membres de l\u2019association PEGIDA, manifestaient à Copenhague en 2015.Le parti social-démocrate a fait un virage à 180 degrés sur la question de l\u2019immigration, notamment afin de séduire l\u2019électorat des classes populaires.SOPHIA JULIANE LYDOLPH AGENCE FRANCE-PRESSE/SCANPIX DENMARK Le Danemark est peut- être une société ouverte, mais seulement pour ses propres citoyens PETER HERVIK, ANTHROPOLOGUE » « Grève des grutiers lundi ?Les grutiers de tout le Québec pourraient être en grève toute la journée lundi, selon ce qu\u2019ont rapporté plusieurs médias dimanche en début de soirée.Ils souhaiteraient ainsi manifester leur mécontentement face aux changements de règles qui, depuis le 14 mai , permettent, entre autres, l\u2019embauche de travailleurs n\u2019ayant pas obtenu le diplôme d\u2019études professionnelles de grutier.La Commission de la construction a indiqué, dans un communiqué, avoir «été alertée par plusieurs signalements qui confirment l\u2019organisation de moyens de pression de la part des grutiers».Toujours selon la Commission, ce débrayage, couplé aux autres moyens de pression déployés depuis le début du mois, pourrait avoir «des impacts majeurs sur le déroulement et l\u2019échéancier de grands projets» de construction.Le Devoir "]
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