Le devoir, 11 juillet 2018, Cahier A
[" VOL.CIX NO 153 / LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM HISTOIRES DE POLICES Futura, du Bauhaus jusqu\u2019aux étoiles Les polices de caractères ont souvent une histoire étonnante, dans laquelle s\u2019entremêlent enjeux graphiques, économiques et sociopolitiques.Premier texte d\u2019une série estivale consacrée à ce sujet.INDEX Avis légaux.B4 Culture.B7 Décès .A5 Économie .B5 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B3 Mots croisés.B6 Petites annonces.A5 Sports.B1 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Une heure avec « Philou » | A 3 SPORTS La France bat la Belgique et accède à la grande finale en Coupe du monde de soccer B 1 ANDRÉANNE CHEVALIER LE DEVOIR L\u2019action collective contre les CHSDL pour maltraitance, dont la requête d\u2019autorisation a été déposée vendredi, permettra à chaque usager des centres d\u2019hébergement de soins de longue durée qui s\u2019estime victime de mauvais traitements de dénoncer sa condition, sans peur de représailles.Un usager qui ose parler de certains mauvais traitements qu\u2019il reçoit peut en subir des conséquences, ont soulevé tant Daniel Pilote, codemandeur et personne désignée pour représenter les usagers de la requête, qu\u2019ont déposée Me Paul G.Brunet, président du Conseil pour la protection des malades (CPM), et Me Philippe Larochelle.« Personne n\u2019en parle, personne ne se plaint, parce que, quand on est dans une position vulnérable, on ne veut surtout pas déplaire à la personne qui nous prodigue des soins », a affirmé Me Brunet en conférence de presse mardi.« Ça peut [passer] par la mauvaise humeur de la personne qui donne les soins », a témoigné M.Pilote, atteint de dystrophie musculaire, qui vit depuis quatre ans en CHSLD.«Il n\u2019y a pas de procédure plus appropriée que l\u2019action collective» dans ce type de situation, a déclaré Me Larochelle.Des conditions inacceptables Certaines situations que vivent les résidents de CHSDL sont «épouvantables et inacceptables».«Combien d\u2019actions ça va prendre pour que les odeurs nauséabondes [de couches souillées] cessent?» a dénoncé Me Brunet.SANTÉ Vaincre la peur des représailles Une action collective telle que celle déposée contre les CHSLD permet aux plus vulnérables de se défendre contre les mauvais traitements Robert Lepage signera la mise en scène de Kanata, une relecture de l\u2019histoire du Canada et des rapports entre Blancs et autochtones, que lui a confiée le Théâtre du Soleil, à Paris.La pièce sera d\u2019abord jouée en France, en décembre, et traversera de ce côté de l\u2019Atlantique en 2020.Après la polémique entourant SL?V, il faudra voir quel accueil sera fait à la pièce.À lire en page B 8.DAVID LECLEC Kanata fera-t-elle aussi scandale ?MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Nouveau sommet, nouvelles tensions provoquées par les attaques de Donald Trump contre ses alliés.Mais cette fois-ci, au sommet de l\u2019OTAN qui se réunit cette semaine à Bruxelles, les remontrances du président américain seront justifiées, selon des experts en matière de défense.« Les États-Unis ont raison d\u2019être contrariés », tranche Elinor Sloan, de l\u2019Université Carleton.« C\u2019est un engagement que le Canada avait promis de respecter \u2014 tout comme ses alliés \u2014 et qu\u2019il n\u2019a visiblement aucunement l\u2019intention de tenir », renchérit David Perry, de l\u2019Institut canadien des affaires mondiales.OTAN Trump a raison de se plaindre de ses alliés, selon deux experts VOIR PAGE A 3 : POLICES VOIR PAGE A 2 : REPRÉSAILLES VOIR PAGE A 4 : TRUMP En 1969, la NASA a choisi Futura pour la plaque commémorant le passage de la mission Apollo 11 sur la Lune.NASA / AGENCE FRANCE-PRESSE On espère qu\u2019en lançant la procédure, on verra des changements immédiats dans le réseau de santé ME PHILIPPE LAROCHELLE » ISABELLE PARÉ LE DEVOIR nommée Futura, la police volontairement avant-gardiste réussit son pari en bouleversant les codes de la typographie, et elle ira jusqu\u2019à porter le message de la présence humaine sur la Lune.Pas mal pour une création de 1927 ! Omniprésente dans les publicités, Futura, devenue l\u2019égérie typographique de marques emblématiques, est partout.On ne la remarque plus, tant son style a fait école, devenu classique sans l\u2019être vraiment.Pourtant, la police a eu l\u2019effet d\u2019une petite bombe dans le monde de la typographie il y a plus de 90 ans.Son créateur, le graveur allemand Paul Renner, un adepte du Bauhaus et émule de l\u2019architecte Ludwig Mies van der Rohe, décidait, après avoir Avant même l\u2019invention du four à micro-ondes ou du stylo-bille, une fonte futuriste voyait le jour, aspirant à incarner la modernité en toutes lettres.Habilement Sur le site Web de Larochelle avocats, la firme qui porte le dossier, les résidents de tous les CHSDL du Québec (ou leurs proches) peuvent décrire les situations de maltraitance qui les affectent.Ils peuvent aussi cocher parmi la vingtaine de situations ciblées celles qui s\u2019appliquent à eux (par exemple, « je ne suis pas incontinent mais on me force à évacuer dans une couche », « recours abusif aux antipsycho- tiques », « médication mal gérée » ou « hygiène dentaire insatisfaisante »).Déjà, d\u2019autres types de problèmes que ceux indiqués dans la requête ont été soumis au groupe par le public.Il n\u2019est pas exclu que l\u2019action soit bonifiée en ce sens, ou que d\u2019autres établissements ou CHSLD privés y soient inclus, a précisé Me Larochelle.« On peut faire mieux » Les problèmes dans les CHSLD sont décriés depuis longtemps.Tout récemment, la question de la chaleur excessive (plus de 30°C) dans les chambres de certains résidents a d\u2019ailleurs été dénoncée.« Ça fait longtemps qu\u2019on réclame certaines affaires.Nous croyons que les soins et services se sont dégradés depuis quelques années », a affirmé Me Brunet.« Depuis deux ans, il y a beaucoup de maltraitance organisationnelle qui se répercute sur les résidents, a fait remarquer Daniel Pilote.Il manque de personnel et les employés sont épuisés.» « Les gens qu\u2019on représente méritent mieux, a martelé Me Brunet.La dégradation [des soins] atteint un niveau tel qu\u2019on est rendus à invoquer des droits constitutionnels.Le droit à la sécurité, à l\u2019intégrité de la personne, à la dignité, ce sont des droits constitutionnels qui ne peuvent pas être limités par la loi provinciale qui dit \u201cOn vous donne ce qu\u2019on a selon les ressources disponibles\u201d.» « On espère qu\u2019en lançant la procédure, on verra des changements immédiats dans le réseau de santé », a affirmé Me Larochelle.Réactions Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a réagi à la requête en soulignant le travail « d\u2019arrache-pied » effectué par les employés des CHSDL.«Jamais un gouvernement n\u2019a investi autant afin d\u2019améliorer la qualité de vie des gens qui y résident.Pensons par exemple à la révision de l\u2019offre alimentaire ou à l\u2019ajout d\u2019un deuxième bain par semaine pour les résidents qui le désirent.» Le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Dave Turcotte, a dit ne pas être « surpris du tout » par la demande d\u2019action collective.Il a dit souhaiter que le gouvernement Couillard saisisse « l\u2019ampleur de la situation » et agisse le plus rapidement possible.« Nous allons laisser le processus judiciaire suivre son cours, a indiqué de son côté François Paradis, porte-parole de la CAQ en matière de santé.Cela dit, l\u2019annonce de cette action collective est une autre illustration parfaite des 15 années de laisser-aller libéral.Nos aînés sont totalement ignorés.» Du côté de Québec solidaire, la porte-parole Manon Massé trouve « préoccupant de voir que les citoyens et citoyennes doivent passer par une poursuite judiciaire pour rappeler le gouvernement à ses responsabilités.C\u2019est une autre preuve de l\u2019échec [de Philippe Couillard et de son ministre de la Santé] à améliorer la vie de milliers de Québécoises et de Québécois.» La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Nancy Bédard, souhaite que cette procédure « serve d\u2019électrochoc en CHSLD, mais aussi un peu partout dans le système de santé.Le gouvernement a fait la sourde oreille.Il récolte ce qu\u2019il a semé ».L\u2019autorisation de l\u2019action collective pourrait prendre quelques mois.Avec Marie-Michèle Sioui ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 Ace Mortgage Corp.ts H ê r n P o i t a r o p r o C s A e r i a c é h t o yp e c et 2 ère 1 hypothèque : ème Depuis 1959 errain \u2013 Développement T Logement multifamilial Industriel Commercial nalys A Prêt \u2013 $ 250,000.00 à $ 15,000,000.00 Participation au capital Participation \u2013 Immeuble à revenu Financement intérimaire (Bridge ?nancing) Prêt \u2013 achat (balance de vente) e et réponse rapide Agent protégé hone Télép A Co : ntact (514) 731-8585 : aron Bloom D\u2019une controverse à l\u2019autre Quatre enjeux qui ont fait réagir la population \u2014 ou le gouvernement \u2014 au fil des ans Des « patates en poudre » Elles sont devenues le symbole des conditions de vie des résidents de CHSLD, mais aussi des conséquences des restrictions budgétaires, ces « patates en poudre » servies lors des repas dont les coûts moyens avoisinent les deux dollars.Elles ont aussi été synonymes de pressions politiques, assez fortes pour que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, révise l\u2019offre alimentaire des CHSLD à l\u2019automne 2016.Reste que l\u2019abandon du bacon, du chou-fleur ou du veau dans certains établissements aux budgets serrés a permis d\u2019illustrer les impacts des compressions budgétaires sur les personnes vulnérables, dont s\u2019était inquiétée la protectrice du citoyen dès le lancement de la réforme Barrette, en 2014.Le bain hebdomadaire En 2015 et 2016, les médias ont mis au jour les histoires de résidents de CHSLD devant se tourner vers un « marché noir » de bains ou le sociofi- nancement afin d\u2019obtenir plus que le bain hebdomadaire auquel ils avaient droit.S\u2019il a d\u2019abord défendu la méthode du nettoyage à la débarbouillette, le ministre Barrette s\u2019est finalement résigné, en 2017, à permettre aux résidents qui le souhaitent d\u2019obtenir un second bain hebdomadaire.Des allégations concernant des « quotas de couches », qui auraient contraint les employés à ne changer les culottes d\u2019incontinence qu\u2019au moment où celles-ci sont pleines, ont par ailleurs été démenties par une enquête de la protectrice du citoyen, en 2017.De longs délais d\u2019attente En septembre 2017, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a qualifié le manque de places dans les CHSLD de « criant », en plus de constater une « augmentation des délais d\u2019attente » et un « resserrement des critères d\u2019admissibilité ».Elle a déploré l\u2019« effet domino » de cette pénurie de places, qui s\u2019illustre notamment par la suruti- lisation des ressources intermédiaires \u2014 contractuelles \u2014 ou les déménagements forcés de prestataires.Le ministère de la Santé ne divulgue pas le délai moyen pour obtenir une place en CHSLD en 2017-2018, avançant que cette information est « non disponible ».En date du 31 mars 2016, 3500 personnes attendaient une place en CHSLD au Québec.Les soins se seraient dégradés depuis deux ans REPRÉSAILLES SUITE DE LA PAGE A 1 Me Philippe Larochelle, Me Paul G.Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, et Daniel Pilotte, codemandeur de l\u2019action collective.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR CHSLD, LA BATAILLE EST ENGAGÉE À bout de souffle Délai de six minutes pour nourrir les patients, locaux malpropres, plaies de lit en raison de soins déficients : divers employés et résidents de CHSLD ont dénoncé les conséquences du manque de temps dont disent souffrir les travailleurs de ces ressources d\u2019hébergement.L\u2019action collective déposée par le Conseil de la protection des malades y fait écho en évoquant la « surcharge » et l\u2019épuisement du personnel de CHSLD, tel qu\u2019il a été exposé dans les médias au fil des ans.En mars, devant l\u2019indignation populaire, le ministre Barrette a accepté de lancer des projets-pilotes visant à diminuer les ratios infirmière-patients.En CHSLD, l\u2019objectif est de faire passer le ratio \u2014 établi à 50 à 64 patients par infirmière \u2014 à 25 à 32 patients.Le Devoir 2 $ C\u2019est le coût moyen d\u2019un repas en CHSLD. ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 MARCO FORTIER LE DEVOIR Il a été un « défenseur prudent » au hockey dans sa jeunesse.Il a renoncé à son rêve de devenir archéologue parce que son père trouvait que ça manquait de sérieux.Et il trouve Gaétan Barrette « un peu bourru ».À deux mois et demi du scrutin d\u2019octobre, Philippe Couillard a joué le jeu d\u2019une entrevue en direct avec l\u2019humoriste Marie-Lyne Joncas, mardi soir au Zoofest à Montréal.Si le premier ministre voulait créer une bonne impression, il peut dire mission accomplie.Les rires ont fusé dans la petite salle du Monument-National durant cette prestation d\u2019une heure.L\u2019intervieweuse ne connaît rien à la politique \u2014 « pour moi, René Lé- vesque est un boulevard », a-t-elle dit d\u2019entrée de jeu.Elle en a profité pour lancer des questions un peu champ gauche sur un ton familier \u2014 elle est passée du vouvoiement au tutoiement et a appelé le premier ministre Philippe, Phil et Philou.Tout cela en sirotant une bouteille de vin blanc avec son illustre invité.On a appris que Suzanne Pilote, la femme de Philippe Couillard, ne se gêne pas pour critiquer des décisions du gouvernement.Le premier ministre, lui, a été invité à nommer un défaut de son ministre de la Santé : « Mon ami Gaétan, disons qu\u2019il est un peu bourru, a-t-il dit.C\u2019est bien des fois de brasser des choses, mais à un moment donné, il faut laisser reposer, c\u2019est comme la cuisine.» Parler aux électeurs En montant sur la scène du Zoofest, le premier ministre cherchait à raffiner son image de personnage un peu froid et distant, estime le politologue Thierry Giasson, de l\u2019Université Laval.« Cette stratégie de communication est courante.Ça fait partie des figures imposées de la politique.Les politiciens cherchent à s\u2019adresser directement à leur public, sans le filtre des journalistes », dit le professeur au Département de science politique de l\u2019Université Laval et chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique.À deux mois et demi des élections provinciales, Philippe Couillard veut se présenter sous un jour favorable et avoir l\u2019air sympathique, estime ce spécialiste de l\u2019image.Le chef libéral a choisi un spectacle d\u2019humour, quintessence de la culture populaire québécoise, pour passer son message.S\u2019il tentait de parler directement aux électeurs, Philippe Couillard adopte néanmoins une stratégie de communication tout à fait traditionnelle, loin des populistes de droite, estime Thierry Giasson.Il rappelle que le conservateur Doug Ford vient d\u2019être élu premier ministre de l\u2019Ontario en évitant les grands médias d\u2019information, décrits comme des adversaires politiques.Donald Trump a accédé à la Maison- Blanche avec la même stratégie consistant à s\u2019adresser directement à sa base Une heure avec « Philou » Couillard Le premier ministre raffine sa stratégie électorale sur les planches du Zoofest électorale, sans passer par les journalistes « corrompus ».Doug Ford a gagné sans même offrir un autobus de campagne aux médias qui voulaient le couvrir.Il ne répondait pas aux questions des journalistes parce qu\u2019il avait peur de faire dérailler sa campagne.C\u2019est déprimant.J\u2019espère qu\u2019aucun parti ne fera ça au Québec », dit Thierry Giasson.Le bon docteur L\u2019humoriste Marie-Lyne Joncas a bien souligné que les journalistes du Québec ne peuvent que rêver de s\u2019asseoir une heure avec le premier ministre.Les chefs politiques du Québec entretiennent des relations généralement cordiales avec la presse, mais ils ne se Philippe Couillard a joué le jeu d\u2019une entrevue en direct avec l\u2019humoriste Marie-Lyne Joncas, mardi soir au Zoofest à Montréal.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Pour moi, René Lévesque est un boulevard MARIE-LYNE JONCAS » Futura, prophète hors de son pays reçu une commande de la fonderie Bauer, de donner naissance à une fonte entièrement tournée vers l\u2019avenir, dépouillée des vestiges du passé.Coup d\u2019éclat : il balaie audacieusement les empattements des lettres et insuffle à ses caractères l\u2019aérodynamisme d\u2019une carlingue effilée, inspiré par l\u2019industrialisation ambiante.Il travaillera trois ans pour arriver à une version définitive, épurée, tout aussi efficace que rectiligne.Typographie de type « bâton », Futura fait table rase du passé et puise dans l\u2019esthétique du « Less is more » promue par Van der Rohe, père du modernisme.Ses courbes sont inspirées de cercles parfaits, ses angles, de triangles équilatéraux, et ses lettres de bas-de-casse s\u2019élèvent pour flirter avec les majuscules.Publiée en 1927, Futura fait un tabac, dépasse son aînée Helvetica, en « portée et [en] popularité », incarnant l\u2019utopie du progrès, rapportent Alexandre Dumas de Rauly et Michel Wlassikoff dans Futura, une gloire typographique.« J\u2019ai consciemment éradiqué toutes ces petites parties qui s\u2019insinuent dans le design quand la forme s\u2019inspire de l\u2019écriture », expliquait Renner, dont les propos étaient rapportés dans Grafik Magazine en 2005.Le créateur de Fu- tura estime que la police n\u2019a pas à imiter l\u2019écriture manuscrite, comme c\u2019est le cas pour plusieurs autres.Il supprime sciemment toute référence calligraphique de ses créations, même dans les majuscules, notamment dans les boucles du J et du G, simplifiées à l\u2019extrême.Il innove en dotant le E de trois barres d\u2019égale longueur.Le diable est dans les détails, comme on dit.Honni en son pays La toute moderne police éblouit à ce point qu\u2019elle est rapidement plagiée.Des concurrents créent des copies aspirant à autant de modernité.Mais son style et son succès font grincer des dents le régime nazi qui, lui, embrasse le retour à la lettre gothique.Après avoir affiché clairement ses couleurs de gauche et virulemment dénoncé le nazisme, Renner, tout comme l\u2019école du Bauhaus, est honni et devient persona non grata dans son pays.Le régime lui retire son poste à l\u2019Université de Munich en 1933 et l\u2019assigne à résidence.Même si son créateur est banni, Fu- tura sera prophète hors de son pays.Dès 1938, la fonte est choisie pour illustrer l\u2019exposition que le Musée d\u2019art moderne de New York consacre au Bauhaus, pour l\u2019ensemble des textes.Elle trouve rapidement preneur en Amérique, terre du progrès, où le New Bauhaus revit à Chicago.Très vite, elle devient l\u2019une des plus utilisées dans les années 1950.En 1958, revers du sort, Volkswagen cristallise son succès en l\u2019adoptant pour son audacieuse publicité « Das Auto », signant le retour et la réhabilitation de la police d\u2019origine teutonne en Allemagne.Son modernisme, intemporel, traverse à ce point les époques que la NASA a choisi Futura pour porter le message de l\u2019humanité sur la plaque de commémoration posée sur la Lune par la mission Apollo 11 en juillet 1969.« Ici, des hommes de la Terre ont pris pied pour la première fois sur la Lune, juillet 1969.Nous sommes venus dans un esprit pacifique au nom de toute l\u2019humanité », clame Futura en toutes lettres au reste de l\u2019univers.Pour Raphaël Daudelin, designer associé chez Studio FEED, une firme spécialisée en design graphique et en typographie, Futura et toute sa famille sont devenues au fil des décennies les ambassadrices d\u2019une grande catégorie.Bien qu\u2019elle trahisse aujourd\u2019hui sa date de naissance et son inspiration moderniste, elle peut s\u2019avérer encore très moderne selon le contexte dans lequel elle est utilisée.« Cette police va toujours exister, même si elle traîne l\u2019esthétique d\u2019une époque.Elle peut très bien être ré- inter prétée de façon moderne », affirme ce graphiste, qui en apprécie les graisses fortes, comme on dit dans le métier.C\u2019est-à-dire les caractères gras, plus que les lettres minces et longilignes.Incarnation du futur, la police sera aussi choisie par le réalisateur Stanley Kubrick pour les affiches de ses films 2001 : A Space Odyssey et Eyes Wide Shut.Dès ses débuts, IKEA en a fait la police fétiche de son logo planétaire.Son abandon par le géant suédois du meuble en kit pour Verdana, une fonte faite sur mesure par Microsoft pour les supports numériques, a même soulevé un tollé en 2009.Aujourd\u2019hui, plusieurs marques cultes continuent d\u2019accoler leur image à son classicisme indémodable, de Canal + à Red Bull, en passant par Louis Vuitton, Dolce & Gabbana, Calvin Klein\u2026 POLICES SUITE DE LA PAGE A 1 S\u2019il tentait de parler directement aux électeurs, Philippe Couillard adopte néanmoins une stratégie de communication tout à fait traditionnelle, loin des populistes de droite, estime Thierry Giasson Incarnation du futur, la police sera choisie par le réalisateur Stanley Kubrick pour les affiches de ses films 2001 : A Space Odyssey et Eyes Wide Shut.Paul Renner travaillera trois ans pour arriver à une version définitive de Futura.gênent pas pour utiliser d\u2019autres tribunes considérées comme moins « négatives ».« J\u2019ai eu un beau coup de cœur pour vous », a ainsi dit Marie- Lyne Joncas à « son » député \u2014 elle est originaire de Roberval, la circonscription du premier ministre.Le bon docteur Couillard a eu beau jeu de cultiver son personnage de surdoué, qui a commencé ses études en médecine à 16 ans et qui a sauvé des « centaines » de vies.Mais il a pris soin de préciser qu\u2019il se sent plus utile en politique.Les métiers de médecin et de politicien sont cependant difficiles, a expliqué Philippe Couillard : « La politique, c\u2019est comme la médecine, on traite un patient et la famille est souvent pas contente.» Cet engagement, c\u2019était celui des pays membres de l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique Nord d\u2019investir l\u2019équivalent de 2 % de leur produit intérieur brut en matière de défense.La cible ne date pas d\u2019hier.Elle était évoquée dès les lendemains de l\u2019attentat du 11 septembre 2001 aux États-Unis.Mais après l\u2019annexion de la Crimée par la Russie, les partenaires de l\u2019OTAN ont convenu d\u2019y souscrire sur papier.Quatre ans plus tard, seulement 4 des 29 pays membres la respectent.Une situation qu\u2019ont maintes fois dénoncée les Américains, mais que Donald Trump semble refuser de tolérer encore longtemps.Cible politique La cible de 2 % est avant tout politique.Elle ne traduit pas réellement les contributions apportées par chacun, ni leur capacité militaire ou leur volonté de participer aux missions les plus risquées, nuance Elinor Sloan, qui est professeure de relations internationales à l\u2019Université Carleton.Mais l\u2019objectif n\u2019est pas pour autant uniquement symbolique, insiste-t-elle.Car de tels investissements mènent à un développement des capacités militaires des pays de l\u2019OTAN \u2014 ce dont a besoin l\u2019alliance de l\u2019Atlantique Nord.Autrement, les États-Unis continueront de devoir compenser les lacunes de leurs alliés, comme ils l\u2019ont fait en Libye ou en Afghanistan, où leurs partenaires n\u2019avaient pas toutes les aptitudes nécessaires pour mener à bien les missions.« Les États-Unis doivent combler le vide actuellement », fait remarquer Mme Sloan, spécialiste de l\u2019OTAN.Elle prévient que les pays membres n\u2019ont d\u2019autre choix que de prendre acte des doléances de longue date des Américains.« L\u2019OTAN ne survivra pas sans les États-Unis.Historiquement, toute la raison d\u2019être de l\u2019OTAN était de lier les États-Unis et le continent européen pour éviter une troisième guerre mondiale en Europe.» Or, le président américain a haussé le ton à l\u2019approche du sommet.« Les pays de l\u2019OTAN doivent payer PLUS, les États-Unis doivent payer MOINS.Très injuste ! » arguait-il sur Twitter.Donald Trump a même envoyé une lettre à ses homologues, les sommant d\u2019augmenter leurs budgets et les prévenant qu\u2019autrement, il serait « de plus en plus difficile de justifier, auprès des citoyens américains », que certains pays ne respectent pas leurs engagements.Justin Trudeau, de passage en Lettonie en route vers Bruxelles mardi, est resté de glace.« Il n\u2019est pas prévu de doubler notre budget de défense », a tranché le premier ministre.Le Canada à 1,36 % Si les États-Unis dépensent 3,6 % de leur PIB en matière de défense, seuls trois autres pays dépassent de peu la cible du 2 % \u2014 dont le Royaume-Uni.Le Canada se trouve en milieu de peloton, avec des investissements équivalant à 1,36 % de son PIB.L\u2019Allemagne est l\u2019unique autre grande puissance à se classer derrière le Canada, à 1,24 %.« Ce sont ces deux pays que vise Trump », note Elinor Sloan.D\u2019autres mesures Les membres de l\u2019OTAN ont cependant raison, selon elle, de dire que cette mesure n\u2019est pas la seule qui devrait compter.Car le Canada affiche malgré tout le sixième budget de défense en importance, en chiffres absolus, et possède la huitième armée.À titre comparatif, la Grèce figure au deuxième rang du classement des budgets de défense par rapport à son bien plus petit PIB \u2014 à 2,38 % \u2014, mais elle n\u2019a pas une grande force déployable rapidement à offrir à l\u2019OTAN.D\u2019autres notent que les États-Unis déboursent une fortune pour leur défense nationale (près de 686 milliards $US cette année, contre 29 milliards pour le Canada, selon les chiffres de l\u2019OTAN), mais que ces sommes ne servent pas seulement aux efforts de l\u2019OTAN, mais à se protéger sur plusieurs fronts sur les côtes atlantique, pacifique et au large de l\u2019Alaska.« C\u2019est vrai », convient l\u2019analyste en défense David Perry.« Mais c\u2019est un raisonnement qu\u2019on pourrait appliquer \u2014 quoique dans une moindre mesure \u2014 à plusieurs autres alliés.» La France, par exemple, doit protéger ses territoires outre-mer dans le Pacifique et les Caraïbes.Elle verse 1,8 % de son PIB à ses budgets de défense, comparativement aux 3,6 % des États-Unis.Un allié de chaque instant Le gouvernement de Justin Trudeau martèle que le Canada a bonifié ses dépenses en matière de défense (ce qui ne lui permettra toujours pas d\u2019atteindre le fameux 2 %) et qu\u2019il a en outre été de toutes les missions de l\u2019alliance depuis sa création.« L\u2019OTAN n\u2019a entrepris aucune mission, en tant qu\u2019alliance, sans les États-Unis », fait remarquer Elinor Sloan.David Perry note de son côté que les contributions du Canada n\u2019étaient pas toujours les plus grosses parmi les alliés.À l\u2019heure actuelle, un millier de soldats canadiens participent aux activités de l\u2019OTAN, tandis que 30 000 soldats américains se trouvent en Europe.« Nous avons mené de bonnes opérations pour l\u2019alliance.Mais je m\u2019inquiète parfois du fait qu\u2019on tombe un peu trop dans l\u2019autocongratulation, dans la mesure où d\u2019autres mènent les mêmes efforts que nous et investissent plus d\u2019argent.» Elinor Sloan et David Perry s\u2019entendent pour dire que la mesure choisie par l\u2019OTAN pour évaluer les investissements de ses pays membres n\u2019est pas parfaite.Mais les solutions de rechange seraient encore plus complexes et subjectives.« C\u2019est le moindre dénominateur commun sur lequel les partenaires ont réussi à s\u2019entendre », résume David Perry.LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 ACTUALITÉS A 4 Photo : Mathieu Dupuis RÉSERVEZ veloquebecvoyages.com 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 506 Rimouski La Pocatière Départ Trois-Pistoles Rivière-du-Loup Fleuve Saint-Laurent en partenariat avec Découvrez le Bas-Saint-Laurent à vélo, du 4 au 10 août ! Roulez sur un parcours grandiose dans le Bas-Saint-Laurent, avec le grand air du ?euve qui s\u2019ouvre vers l\u2019Atlantique.Beau parcours, bonne bou?e et le chef Jean Soulard à titre d\u2019ambassadeur de la 25e édition.Voilà une recette gagnante pour des vacances réussies ! « L\u2019OTAN ne survivra pas sans les États-Unis » TRUMP SUITE DE LA PAGE A 1 CLÉMENT ZAMPA JEROME CARTILLIER À BRUXELLES AGENCE FRANCE-PRESSE Donald Trump a bousculé mardi ses alliés européens, estimant que sa rencontre avec Vladimir Poutine, la semaine prochaine, pourrait être plus facile que le sommet de l\u2019OTAN mercredi et jeudi à Bruxelles, qui s\u2019annonce tendu.« Il y a l\u2019OTAN, le Royaume-Uni [\u2026] et il y a Poutine », a énuméré le président américain, des jardins de la Mai- son-Blanche, avant d\u2019embarquer pour une tournée européenne de plus d\u2019une semaine.Et de poursuivre : « Franchement, Poutine pourrait être le plus facile de tous.Qui l\u2019aurait pensé\u2026 » M.Trump rencontrera lundi son homologue russe à Helsinki, pour un premier sommet bilatéral historique, quelques jours après une réunion avec ses alliés de l\u2019OTAN, qui s\u2019attendent à être mis sous pression sur le partage des dépenses de défense.Le président américain n\u2019a de cesse de réclamer aux Européens d\u2019accroître leurs dépenses militaires afin de respecter leur engagement de les porter à 2 % de leur PIB en 2024.Peu avant son arrivée à Bruxelles, il a, depuis l\u2019avion présidentiel Air Force One, enfoncé le clou, allant jusqu\u2019à suggérer que les pays qui ne respectent pas leurs engagements « remboursent » aux États-Unis, alors que la notion même d\u2019arriérés n\u2019existe pas dans le fonctionnement de l\u2019Alliance.« De nombreux pays de l\u2019OTAN, que nous sommes censés défendre, non seulement ne tiennent pas leur engagement de 2 %, ce qui est bas, mais depuis des années sont défaillants dans leurs paiements qu\u2019ils ne versent pas.Vont-ils rembourser les États-Unis ?», a tweeté le tempétueux président américain.Depuis lundi, il prépare le terrain en enchaînant les messages vindicatifs.« Les pays de l\u2019OTAN doivent payer PLUS, les États-Unis doivent payer MOINS.Très injuste ! », a-t-il lancé mardi avant son départ pour l\u2019Europe.« Ce n\u2019est pas juste pour le contribuable américain.» Les États-Unis ont assumé un peu moins de 72 % des dépenses de l\u2019OTAN en 2017 : 686 milliards de dollars sur un total de 957 milliards de dollars dépensés par ses 29 membres pour leur défense.Trump bouscule ses alliés avant le sommet de l\u2019OTAN RIGA, Lettonie \u2014 Le Canada n\u2019a pas l\u2019intention de doubler son budget de défense, a insisté le premier ministre Justin Trudeau, mardi, malgré les appels répétés de Donald Trump à tous les pays de l\u2019OTAN pour qu\u2019ils atteignent leurs objectifs fixés en 2014.M.Trudeau a qualifié cet objectif de 2 % du produit intérieur brut de « raccourci facile » et d\u2019« instrument limité » pour mesurer l\u2019engagement d\u2019un pays à l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique Nord (OTAN).En visitant mardi les troupes canadiennes à la base militaire d\u2019Adazi, près de Riga, la capitale de la Lettonie, M.Trudeau a réitéré la rhétorique d\u2019Ottawa: il est toujours possible de mettre plus d\u2019argent dans la défense, mais il faut aussi tenir compte des gestes concrets faits par les différents partenaires de l\u2019OTAN.Le premier ministre avait confirmé plus tôt mardi que la participation du Canada à la mission de l\u2019OTAN en Lettonie serait prolongée de quatre ans, jusqu\u2019en 2023.De plus, le nombre de militaires consacrés à cette mission sera augmenté de 85, pour atteindre 540 soldats.Le premier ministre Trudeau a fait ces annonces mardi à Riga après sa rencontre avec son homologue letton, Maris Kucinskis.La Presse canadienne Le Canada prolonge sa mission en Lettonie SOMMET DE L\u2019OTAN Le premier ministre Justin Trudeau a fait un arrêt en Lettonie, où il est allé saluer les militaires canadiens, avant de se rendre au sommet de l\u2019OTAN, à Bruxelles.ROMAN KOKSAROV ASSOCIATED PRESS 2400 policiers et 1000 militaires ont été mobilisés en Belgique pour assurer la sécurité durant le sommet de l\u2019OTAN. LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 ACTUALITÉS A 5 AVIS DE DÉCÈS *Librairie Bonheur d'Occasion* achète à domicile livres de qualité en tout genre.514 914-2142 www.bonheurdoccasion.com Couple clinicien (H3H 1S2) sont à la recherche d'un/e travailleur/se autonome a?n de gérer leur pratique à titre d'ajoint/e administrative.CV: Jeremiemartin@live.ca VOTRE ORDINATEUR B0GUE OU RALENTIT ?Mise à jour et réparation P.C., Mac et portables.10 ans d'exp.Service à domicile.514 573-7039 Julien 307 LIVRES ET DISQUES 450 EMPLOIS DIVERS 515 INFORMATIQUE ET BUREAUTIQUE 450 EMPLOIS DIVERS 450 EMPLOIS DIVERS ADJOINTE ADMINISTRATIVE Salaire entre 20$ et 23$/h Assurances collectives et possibilité de fonds de pension.Diplôme d\u2019études collégiales en bureautique ou l\u2019équivalent.Plus de 5 années d\u2019expérience.Bilingue, français et anglais, parlés et écrits.Niveau avancé des logiciels de la suite Ms Of?ce.Rédaction de documents et de rapports de ventes.Soutien aux ventes.?Veuillez envoyer votre c.v.ggodin@matelasmirabel.ca RICHARD SARGENT THANAPORN PROMYAMYAI À MAE SAI AGENCE FRANCE-PRESSE Après deux semaines piégés dans le noir d\u2019une grotte inondée, réfugiés sur un étroit promontoire, les 12 jeunes footballeurs thaïlandais et leur entraîneur sont tous sortis sains et saufs au terme d\u2019une périlleuse opération de secours.Des plongeurs étrangers et de la marine thaïlandaise ont extrait mardi après-midi les quatre derniers enfants et leur entraîneur de 25 ans en les guidant le long des boyaux inondés à la visibilité nulle et dans les étroits passages dans lesquels il fallait se faufiler.Les quatre derniers plongeurs de l\u2019équipe de sauvetage, dont un médecin, sont eux aussi ressortis mardi soir, selon Narongsak Osottanakorn, le chef de la cellule de crise.L\u2019opération aura duré trois jours, les enfants étant évacués chacun par deux plongeurs professionnels, sur un parcours très difficile, supposant de longs passages de plongée.Le parcours semé d\u2019embûches prenait cinq heures à un plongeur aguerri.Les huit premiers enfants sortis dimanche et lundi, hospitalisés, sont « en bonne santé », selon un responsable du ministère de la Santé publique.« Tout le monde est en bonne santé mentale.» Les enfants ont subi des examens radiologiques et des tests sanguins.Deux garçons qui présentaient des signes de pneumonie ont reçu des antibiotiques et sont dans un « état normal », selon le responsable de la santé publique, précisant qu\u2019ils resteraient tous en observation à l\u2019hôpital pendant une semaine, dans un premier temps en quarantaine.Les enfants ont reçu de l\u2019étranger des messages de soutien de célébrités aussi diverses que le président américain, Donald Trump, la star du football Lionel Messi et le gourou américain de la technologie Elon Musk.Mardi soir, la première ministre britannique, Theresa May, a été une des premières à saluer, sur Twitter, le « courage de tous ceux qui ont été impliqués » dans l\u2019opération, alors que ce sont des plongeurs anglais qui ont découvert les enfants.THAÏLANDE Les enfants de la grotte tous sauvés GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR Les violentes manifestations déclenchées par la décision (suspendue depuis) du gouvernement haïtien de hausser les prix des carburants a fait une première victime politique : le ministre de la Communication et de la Culture a en effet annoncé sa démission du gouvernement mardi.Guyler C.Delva \u2014 journaliste de métier \u2014 a confirmé par Twitter qu\u2019il «présentera [au président Jovenel Moïse sa] démission dans les prochaines heures».Il sera resté en poste moins de quatre mois.M.Delva a néanmoins réitéré sa conviction selon laquelle le président a une « vision extraordinaire pour ce pays ».Même s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un message forcément bref, plusieurs ont noté que Guyler C.Delva n\u2019a pas soufflé mot du premier ministre Jack Guy Lafontant dans son tweet.M.Lafontant est la cible des critiques les plus vives pour sa gestion d\u2019un dossier qui a mis sens dessus dessous la capitale depuis vendredi \u2014 et fait au moins quatre morts.Mardi, le vice-président de l\u2019Assemblée nationale, Gary Bodeau, a demandé publiquement que M.Lafon- tant cède sa place et retourne pratiquer la médecine.« C\u2019est un grand médecin.La nation lui sera reconnaissante.Mais comme premier ministre, il a fait son temps.» Le président Moïse n\u2019échappe pas non plus aux appels à la démission.Ceci parce que le gouvernement a annoncé discrètement vendredi après- midi une augmentation soudaine des prix de l\u2019essence (38%), du diesel (47%) et du kérosène (51 %).Ces hausses, qui découlent d\u2019une entente avec le Fonds monétaire international (FMI), devaient entrer en vigueur dès samedi.Le premier ministre a toutefois annoncé la suspension de la mesure au plus fort des manifestations, le jour même.Prévisible Cette flambée de violence \u2014 et la colère contre le gouvernement \u2014 étaient prévisibles, estimait mardi l\u2019écrivaine haïtienne Yanick Lahens dans un échange écrit avec Le Devoir.« Quand la mauvaise gouvernance se caractérise par une absence d\u2019intelligence politique, sociale et économique, doublée de corruption, elle ne peut déboucher que sur la violence », pense Mme Lehens, jointe à Port-au-Prince.«Il y a certainement des mains malveillantes et malfaisantes derrière ces événe- ments.Soit! Mais les émeutes n\u2019auraient pas pris une telle ampleur si le terreau ne s\u2019y prêtait pas.La frustration de la population, et particulièrement celle des jeunes, est réelle \u2014 et pour cause!» Normalité relative À travers ces constats, Yanick Lahens fait tout de même valoir qu\u2019il y a «beaucoup de jeunes qui continuent de faire vivre en beauté et en intelligence le cœur de Port-au-Prince.Il faut le souligner.» Dans la capitale, justement, la vie reprenait tranquillement son cours, mardi.« La circulation de véhicules a repris, mais n\u2019est vraiment pas digne d\u2019un mardi normal », indiquait au Devoir Patrick Payin, un photographe de Port- au-Prince.Ce dernier évoquait une situation qui s\u2019améliore, mais qui demeure compli- Deux corps recouverts d\u2019un drap restent dans la rue devant un magasin pillé et incendié au cours des émeutes qui ont éclaté samedi à Port- au-Prince.DIEU NALIO CHERY AGENCE FRANCE-PRESSE quée: plusieurs stations d\u2019essence sont encore fermées, notamment.Par contre, «les camions de distribution d\u2019eau ont commencé à approvisionner les points de vente», notait-il.L\u2019ambassade du Canada est pour sa part demeurée fermée mardi, pour la deuxième journée de suite.À Ottawa, le cabinet de la ministre des Affaires étrangères renvoyait les journalistes à un communiqué diffusé la veille par le Core Group (composé de six pays, en plus des Nations unies, de l\u2019Organisation des États américains et de l\u2019Union européenne), où on « exhorte les autorités nationales à engager un dialogue approfondi et inclusif avec tous les autres acteurs clés du pays afin de ramener le calme, de promouvoir la cohésion sociale et d\u2019assurer la sécurité des personnes et des biens ».Par ailleurs, Air Transat pourra évacuer ce mercredi un groupe d\u2019une dizaine de voyageurs qui devaient normalement rentrer au Québec dimanche dernier.Le voyagiste était jusqu\u2019ici incapable d\u2019assurer la sécurité de la navette devant faire le trajet entre l\u2019hôtel et l\u2019aéroport (deux heures de route).HAÏTI Une première victime politique « Les émeutes n\u2019auraient pas pris une telle ampleur si le terreau ne s\u2019y prêtait pas », estime l\u2019écrivaine Yanick Lahens LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es promoteurs immobiliers de la Rive-Sud, dans la région de Montréal \u2014 et les municipalités qui les appuient \u2014, qui projettent de remblayer l\u2019habitat d\u2019un minuscule amphibien, la rainette faux-grillon, viennent de perdre une importante manche.La Cour fédérale a jugé que le décret d\u2019urgence, adopté par Ottawa pour protéger cette espèce menacée, est constitutionnel et qu\u2019il ne constitue pas une expropriation déguisée.Il s\u2019agit d\u2019une avancée majeure pour la protection des espèces en péril sur des terres privées alors que le gouvernement québécois n\u2019assume ses responsabilités environnementales à cet égard que sur les terres publiques.Avec ce décret d\u2019urgence portant sur un territoire de 2 km2 qui chevauche trois municipalités de la Monté- régie \u2014 Candiac, La Prairie et Saint-Philippe \u2014, le gouvernement fédéral empêche la destruction du milieu humide qui abrite une des cinq populations de ces grenouilles dans le sud du Québec.L\u2019espèce a déjà perdu 90 % de son habitat en raison du développement immobilier.Le Groupe Maison Candiac, de Maryo Lamothe, qui a lancé la poursuite et qui est un des promoteurs visés par le décret, ne comprend manifestement pas que cette malheureuse bestiole puisse lui barrer le chemin et l\u2019empêcher de jouir de son droit de propriété.Il entend contester la décision, jusqu\u2019en Cour suprême s\u2019il le faut, a-t-il affirmé à La Presse.Il y a un an, quand Ottawa a adopté le décret d\u2019urgence, le gouvernement Couillard s\u2019était rangé derrière les promoteurs et les municipalités à la faveur d\u2019un compromis bancal qui, sur le plan de la protection de l\u2019espèce, n\u2019avait pas de sens, selon des experts.Le ministre de l\u2019Environnement, David Heurtel, avait poussé des cris d\u2019orfraie en dénonçant cette « approche unilatérale » et cet accroc au « fédéralisme coopératif ».Citant des décisions de la Cour suprême, le juge René LeBlanc, de la Cour fédérale, souligne que la protection de l\u2019environnement, « un des principaux défis de notre époque », ne figure pas dans la liste des compétences respectives contenue dans la Constitution et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « matière obscure » qui ne peut être répartie entre les deux ordres de gouvernement « sans un grand chevauchement et une grande incertitude ».Certes, il est humiliant pour le gouvernement québécois de se voir imposer une interdiction par Ottawa qui, tel un gouvernement supérieur, agit comme « filet de sécurité » \u2014 c\u2019est l\u2019expression du juge \u2014 en palliant des manquements.On comprend que le gouvernement fédéral garde la main haute sur les espèces transfrontalières et les oiseaux migrateurs.Mais pour cette rainette qui ne s\u2019éloigne pas de plus de 300 mètres de son lieu de reproduction, c\u2019est en premier lieu la responsabilité du gouvernement québécois d\u2019y voir.En ce sens, les deux ordres de gouvernement ont signé en 2012 une entente de collaboration pour la protection et le rétablissement des espèces en péril au Québec.La biodiversité est une préoccupation commune à l\u2019humanité, la protection de l\u2019environnement, une valeur fondamentale, écrit le juge, rappelant que l\u2019activité humaine serait la cause principale de la période actuelle d\u2019extinction de masse, « la sixième depuis l\u2019origine de la vie sur Terre ».Citant un collègue, il poursuit en affirmant qu\u2019il existe au- jourd\u2019hui « une notion juridique et universelle voulant que les espèces sauvages et les écosystèmes fassent partie du patrimoine mondial ».Au lieu de s\u2019accommoder d\u2019une forme de tutelle fédérale, le gouvernement québécois devrait assumer toutes ses compétences, y compris sur les terres privées.Le gouvernement libéral a évoqué vaguement cette possibilité.Il faut qu\u2019elle devienne réalité.Association des communicateurs scientifiques du Québec* Si rien n\u2019est fait rapidement, les élèves de nombreuses écoles québécoises pourraient passer la prochaine année scolaire sans sorties ni activités éducatives scientifiques.Depuis le début de juin, et malgré une directive publiée par le ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, un « flou » subsiste sur la question des frais afférents à facturer ou non aux parents des élèves pour ces sorties et activités.Le ministre et la Fédération des commissions scolaires du Québec se renvoient en vain la balle à ce sujet, et c\u2019est ultimement une « table nationale » qui veillera à (re)définir la gratuité en milieu scolaire.Inutile de dire que les conclusions de cette table ne seront pas connues de sitôt\u2026 L\u2019Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACS) et les organismes de culture scientifique déplorent la situation, car l\u2019été est la période où les programmes se mettent en place dans les écoles et où les enseignants reçoivent le budget alloué aux activités pour l\u2019année.Or, on apprenait récemment que des sorties culturelles sont annulées, selon le cri d\u2019alerte lancé par des organismes culturels le 18 juin (RIDEAU, TUEJ et la SMQ ), et des musées de sciences s\u2019inquiètent avec raison : le Musée de l\u2019ingéniosité J.Armand Bombardier a perdu l\u2019entente qu\u2019il avait avec l\u2019école secondaire locale et le Musée du Fjord, de son côté, craint de perdre la plupart de ses réservations scolaires et anticipe d\u2019importantes pertes de revenus.De nombreux enseignants ont également manifesté leur regret de ne pouvoir renouveler leurs abonnements aux magazines scientifiques Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium, qu\u2019ils utilisent pourtant abondamment en classe, et ce, par manque de précisions sur les budgets pour l\u2019année scolaire à venir.L\u2019importance de la culture scientifique dans la société n\u2019est pourtant plus à démontrer, et son acquisition est d\u2019autant plus fondamentale chez les jeunes publics.Pour éveiller leur curiosité, certes, et parce que les activités de culture scientifique génèrent souvent l\u2019étincelle à l\u2019origine d\u2019une carrière scientifique.Mais aussi et surtout pour que les jeunes comprennent le monde dans lequel ils grandissent et pour qu\u2019ils apprennent à l\u2019interroger.Si on apprend tôt le « comment » et le « pourquoi » des choses, si on est initié tôt au raisonnement scientifique, on développe un esprit critique, on prend des décisions éclairées et on devient un citoyen avisé.Les organismes de culture scientifique contribuent directement à cet apprentissage.Dans un avis publié en 2013, le Conseil supérieur de l\u2019enseignement rappelle leur rôle important pour « stimuler l\u2019intérêt des élèves et soutenir les enseignants de science et de technologie » (p.74).Le Conseil rappelle en outre que les organismes « ont déployé des efforts importants dans le contexte du renouveau pédagogique afin d\u2019adapter leurs ressources et leurs services aux besoins des enseignants et aux exigences du programme de science et technologie» et souligne que ces efforts doivent être « encouragés » et « appuyés » (p.74).Il y a urgence d\u2019agir, et c\u2019est pourquoi l\u2019ACS et les organismes de culture scientifique demandent aux commissions scolaires et au ministre Proulx de s\u2019entendre rapidement sur des balises claires, afin de ne pas priver les élèves de sorties et d\u2019activités scientifiques et de permettre aux organismes de jouer leur rôle fondamental de soutien pédagogique aux écoles.La culture scientifique, disait Fernand Seguin en 1988, « c\u2019est la remise en question, c\u2019est un regard neuf sur les choses sans prendre les résultats pour définitifs ».En d\u2019autres termes, « c\u2019est le sens de la liberté ».Si les décideurs et les autorités ministérielles ne s\u2019entendent pas à court terme, ce sera une année gaspillée pour la transmission de cette liberté à nos enfants.*La liste des signataires et membres du conseil d\u2019administration de l\u2019Association est publiée sur nos plateformes numériques.Lettre à une grande chanteuse Chère Betty Bonifassi, Comment va ta voix, cette voix qui m\u2019a subjuguée, émue jusqu\u2019à la moelle, dans Les triplettes de Belle- ville ?Je te découvrais alors, et pour moi tu as été et tu es encore « la chanteuse des chanteuses ».Je n\u2019en ai connu qu\u2019une autre comme toi : Maurane, pour qui chanter aussi « musicalement » est hors de l\u2019ordinaire.Je t\u2019ai suivie jusqu\u2019à Lomax, impressionnée par tes recherches pour un projet que tu portais dans tes tripes depuis des années et qui devint ce superbe album, puis SL?V, ce show\u2026 que je n\u2019ai pas pu voir, entendre, ressentir, à cause de l\u2019ignorance et de la victimisation des protestataires.Sans oublier la volte-face du FIJM, qui a ainsi donné raison à cette dérive alarmante de la ritournelle fort populaire « le monde change, il faut l\u2019accepter ».Voici une expression d\u2019Hannah Arendt que je trouve parfaite pour décrire les dérives que nous vivons : « La dégradante obligation d\u2019être de son temps ».Pour finir, Betty, Comment va ton cœur ?Il a dû arrêter de battre jeudi soir à la sortie du Théâtre du Nouveau Monde Il a dû tomber dans un nid-de- poule Et, du coup, c\u2019est le pied qui s\u2019est cassé.J\u2019avais mes billets pour le vendredi, donc je n\u2019ai pas vu le show ! Déjà, j\u2019étais en colère en lisant dans les journaux les revendications de ces ignorants du processus de création chez les artistes.Je le connais, ce processus, c\u2019est comme une grosse éponge qui va et vient dans la vie en absorbant et en observant la comédie humaine et qui, en se tordant les boyaux, fait ressortir de ses entrailles dans une grande expiration les résultats de ses inspirations et la liberté de ses expressions : une liberté qui ne vendra jamais\u2026 enfin, pas encore.Il faut donc se battre pour la sauvegarder.Oui, on a bafoué la liberté d\u2019expression.Je dirais plus, la liberté « d\u2019inspiration » de grands artistes, Betty Bonifassi, Robert Lepage, et toute l\u2019équipe de SL?V.Je vous salue, je vous embrasse et je suis persuadée que je verrai sous peu votre spectacle, que nous verrons SL?V, car on est des milliers à vous attendre sans pancarte, sans slogan, l\u2019esprit ouvert, comme le fut le vôtre pendant vos répétitions.Louise Forestier Le 9 juillet 2018 Pas de sorties scientifiques pour les élèves à la rentrée ?LIBRE OPINION LETTRES ESPÈCES MENACÉES Ottawa à la rescousse La goutte d\u2019eau qui a fait déborder le vase », disait mardi dans nos pages le professeur Roromme Chantal, de l\u2019Université de Moncton.Le fait est qu\u2019Haïti est en état de crise politique, sociale et économique permanent et que la catastrophe sans fin dans laquelle se trouve sa population passe généralement inaperçue.Si, donc, la colère exprimée ces derniers jours par la rue haïtienne contre les élites déconnectées a surpris par son ampleur, il ne faut pas pour autant s\u2019étonner que la décision du gouvernement, tenu en laisse par le FMI, de cesser de subventionner l\u2019essence, le diesel et le kérosène ait déclenché un tollé.Crise politique : Jovenel Moïse, homme d\u2019affaires et ex-p.-d.g.de zone franche, a été élu président fin 2016 à l\u2019issue d\u2019un processus électoral bancal, avec un taux de participation d\u2019à peine plus de 20 %.Légitimité ?Inexistante, sauf aux yeux de la « communauté internationale » \u2014 les États-Unis, le Canada, la France.Sa « victoire » est le fruit d\u2019une sinistre farce électorale caractéristique de la « transition démocratique » inaugurée par l\u2019éviction du pouvoir de Jean-Bertrand Aristide en février 2004 avec la bénédiction de ladite communauté internationale.Qu\u2019en l\u2019occurrence le premier ministre Jack Guy Lafontant soit démis par le Parlement aux fins de porter le chapeau de bouc émissaire n\u2019y changera rien.Le désordre politique ne s\u2019en trouvera tout simplement qu\u2019amplifié.Crise sociale et économique : d\u2019un ouragan à l\u2019autre, Haïti n\u2019est jamais arrivée à se relever du tremblement de terre de janvier 2010 qui a fait plus de 200 000 morts et 1,5 million de sans-abri.Six Haïtiens sur dix vivent sous le seuil de pauvreté.À chaque catastrophe naturelle sa menace d\u2019épidémie de choléra.Avec le résultat que, sur fond de corruption et de dysfonctionnement politique, les Haïtiens vivent dans un état d\u2019insécurité alimentaire généralisée, suivant un modèle néolibéral qui mesure le développement à la croissance du tourisme, de l\u2019exploitation minière et du nombre de zones franches.Ce qui n\u2019est pas loin de revenir à prétendre améliorer le sort de la population en transformant le pays en atelier de misère.C\u2019est un modèle, en tout cas, qui détruit le monde agricole \u2014 avec, à la clé, dumping de riz et de cacahuètes américains subventionnés.« En Haïti, nous n\u2019avons plus la maîtrise de notre pays », affirmait dans une entrevue l\u2019écrivain Lyonel Trouillot.Un pays accablé, certes, mais porté par un peuple qui ne renonce pas à relever la tête.ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu GUY TAILLEFER « HAÏTI La rage au cœur ROBERT DUTRISAC D A 7 LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 IDÉES Directeur de l\u2019information par intérim Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Jean-François Chassay Département d\u2019études littéraires, UQAM Dans sa biographie de Samuel Beckett, James Knowlson rappelle que l\u2019écrivain, malgré de nombreuses demandes au long de sa vie, a toujours interdit que sa pièce En attendant Godot soit jouée par des femmes.Motif : « Les femmes n\u2019ont pas de prostate.» Malgré ma grande admiration pour Beckett, j\u2019ai toujours trouvé que ce refus était un sommet de bêtise.Pourtant, au vu de ce que je lis au- jourd\u2019hui, Beckett semblait dénoncer l\u2019appropriation culturelle, même si, évidemment, il ne représente pas une communauté et n\u2019a rien d\u2019un dominé.Mais ce que son attitude révèle tient à l\u2019idée d\u2019une propriété intellectuelle : on ne pouvait interpréter son œuvre autrement qu\u2019à sa manière.Ou, disons-le autrement, il y a des limites à ne pas franchir.Ces limites deviennent de plus en plus contraignantes.De son côté, l\u2019essayiste Roland Barthes a déjà exprimé sa fascination de voir, en Afrique du Nord, une représentation d\u2019une pièce de Racine jouée par des Arabes.Soudain, la pièce était transfigurée, l\u2019interprétation, avec des accents aussi différents, lui donnait une tout autre coloration.L\u2019équipe aurait-elle été mieux de ne pas monter cette pièce, écrite par un parfait représentant du pays colonisateur ?Et quand Gertrude Stein publie ce magnifique texte qui porte sur une jeune Afro- Américaine, Melanchta, dans Three Lives, fait-elle de l\u2019appropriation culturelle ?Selon les critères actuels, il faudrait répondre que oui.Ces exemples anecdotiques me permettent d\u2019en venir aux débats qui entourent la représentation de la pièce SL?V montée par Robert Lepage et, appelons un chat un chat, sa censure.Le fait qu\u2019une interprétation de la réalité qui déplaise à certains groupes au- jourd\u2019hui puisse être vouée aux gémonies, puis interdite est inquiétant.Certains opposants peuvent avoir des arguments articulés et convaincants dans leur critique de la pièce, je n\u2019en disconviens pas.Mais la censure, en soi, apparaît comme un véritable problème.Je lisais dans Le Devoir les propos d\u2019un intervenant qui affirmait qu\u2019il y a de nombreuses raisons d\u2019interdire l\u2019expression d\u2019opinions, dans le cas de propos diffamatoires véhiculant la haine.Le rapprochement avec une œuvre artistique est dangereux.Quand tel animateur de radio attaque personnellement un individu de manière dégradante, en s\u2019en prenant à sa personne, on peut « interdire l\u2019expression d\u2019opinions », il s\u2019agit d\u2019une attaque ad homi- nem.Mais qui va imposer des limites à ce que l\u2019imagination a le pouvoir de révéler, de déplacer, de critiquer dans les discours sociaux, à partir de quels critères ?En quoi un roman est-il l\u2019expression d\u2019une « opinion », comme s\u2019il s\u2019agissait de ramener l\u2019imaginaire, l\u2019écriture, la langue, uniquement à une position idéologique morale ?La fiction est une forme de savoir qui permet de penser le monde autrement qu\u2019à travers les différentes disciplines constituées, dites « objectives ».À partir de quels critères d\u2019objectivation va- t-on lui imposer des règles ?Indignation Arrêtons-nous une seconde au spectacle de Robert Lepage.Je ne l\u2019ai pas vu, comme la plupart des gens qui le critiquent, ce qui rappelle la situation qui prévalait à l\u2019époque des attaques contre Les fées ont soif il y a quarante ans.On retrouve le même sentiment profond d\u2019indignation chez les accusateurs.Son spectacle mettait essentiellement des Blancs en scène.Je ne sais pas si ce choix se justifiait d\u2019une manière ou d\u2019une autre dans l\u2019esprit du spectacle, mais on peut considérer a priori que c\u2019était malhabile.En tout cas, c\u2019est mon point de vue que je partage avec plusieurs critiques du spectacle.Il y a tout lieu de défendre, dans l\u2019espace social, la place et les droits des minorités, y compris bien sûr des artistes, non seulement longtemps bafoués mais qui le sont encore souvent aujourd\u2019hui.Les traditionnelles critiques d\u2019une bonne partie des chroniqueurs campés à droite sur l\u2019échiquier politique, critiques selon lesquelles les minorités occuperaient trop d\u2019espace dans le discours actuel, relèvent de la démagogie et, disons-le franchement, du men- «SL?V» Des défauts de la vertu Ceux qui ont dénoncé la pièce défendent une cause vertueuse, n\u2019en doutons pas.Le problème tient à ce que la censure se fait toujours au nom de la vertu.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR songe quand on analyse nombre de statistiques sur lesquelles je ne m\u2019arrête pas ici, mais qui sont éclairantes.Cependant, le problème avec la censure tient justement à ce qu\u2019on ne cherche jamais à censurer ce avec quoi nous sommes d\u2019accord.Personne n\u2019ira manifester en masse avec des pancartes devant les bureaux d\u2019un éditeur qui publie un roman sirupeux et didactique qui nous raconte que la pédophilie, ce n\u2019est pas gentil.Être pour la liberté d\u2019expression seulement quand elle nous arrange, c\u2019est refuser la liberté d\u2019expression.On est agacé, électrisé, choqué par ce qui, bien souvent, ne nous plaît pas et fait débat.C\u2019est bien ce qui se produit, ici, un débat.On ne devrait pas s\u2019en plaindre.Liberté d\u2019expression Ceux qui ont dénoncé la pièce défendent une cause vertueuse, n\u2019en doutons pas.Le problème tient à ce que la censure se fait toujours au nom de la vertu.De l\u2019Église catholique au pouvoir soviétique à travers les règles du réalisme socialiste, en passant par le nazisme ou la traque de l\u2019ayatollah Khomeini contre Salman Rushdie à propos des Versets sataniques, c\u2019est toujours la vertu qui est le point de départ de la mise à l\u2019index.Rappelons, dans ce dernier cas, celui de Salman Rushdie, que la fatwa lancée par le guide de la révolution portait sur l\u2019aspect blasphématoire du roman envers l\u2019Islam, ce qui justifiait sa condamnation et celle de son auteur.Toute interprétation peut se défendre, mais disons que celle-là était discutable et pas très étayée\u2026 Mais même si cela avait été le cas, selon quel principe n\u2019aurions-nous plus le droit d\u2019adopter un point de vue critique envers une religion monothéiste ?Ces religions ont quand même représenté un sacré [sic !] pouvoir dans l\u2019Histoire, et pas toujours pour le mieux ! Si, au nom de la liberté d\u2019expression, on a beaucoup défendu Rushdie, certains, déjà en 1989, l\u2019ont quand même accusé de ne pas tenir compte de la sensibilité des gens et de ne pas avoir écrit une fiction politiquement correcte.Il fallait brider son imagination et bien se conduire pour ne pas déplaire.Ces gens étaient minoritaires il y a trente ans.Est-ce que ce serait encore le cas aujourd\u2019hui ?J\u2019ai bien peur que le pourcentage de ceux qui prendraient le parti d\u2019une des dictatures les plus sauvages de la deuxième moitié du XXe siècle contre Rushdie serait bien important.Il n\u2019y a jamais de justification pour défendre la censure.On n\u2019est pas d\u2019accord, alors on débat, et c\u2019est très bien.Si on ouvre la porte à la censure en croyant que «notre» vertu l\u2019exige, on ouvre la porte aux pires excès.Ce n\u2019est pas compliqué: il n\u2019y a qu\u2019à regarder l\u2019histoire de l\u2019humanité pour s\u2019en convaincre.Rémi Bachand Professeur de droit international et membre du Centre d\u2019études sur le droit international et la mondialisation du Département des sciences juridiques de l\u2019UQAM Depuis son arrivée, le gouvernement Trump s\u2019est évertué à décrire tous les accords conclus par les gouvernements précédents de « very bad deals », l\u2019ALENA et l\u2019OMC (comme institutions plutôt que comme accords en tant que tels) n\u2019ayant pas fait exception à la règle.Ensuite, les dernières semaines ont vu une attitude extrêmement agressive à l\u2019endroit de la Chine, à un point tel où l\u2019on parle désormais de « guerre commerciale ».Ces deux aspects de la politique commerciale états-unienne méritent réflexion.Le principal argument avancé pour critiquer l\u2019OMC et l\u2019ALENA concerne la balance commerciale déficitaire des É.-U.qui serait la preuve de leur dysfonction.Ces arguments nous laissent suspicieux.Rappelons d\u2019abord que les principaux objectifs des É.-U.lors de la négociation de ces accords concernaient essentiellement la propriété intellectuelle, la libéralisation des services (notamment financiers) et la protection des investissements à l\u2019étranger, objectifs ayant été atteints à différents niveaux pour l\u2019OMC ou l\u2019ALENA.En échange, leurs partenaires voulaient un meilleur accès à leur marché et la création de mécanismes de règlement des différends efficaces.C\u2019est sur cette base que l\u2019ALENA et l\u2019OMC ont été créés.Il n\u2019est donc pas anormal qu\u2019ils n\u2019aient pas contribué à éliminer le déficit commercial des É.-U.Ce déficit ne signifie donc pas que l\u2019OMC et l\u2019ALENA soient des very bad deals pour les É.-U., pour autant évidemment que l\u2019on se situe dans une analyse construite autour des « intérêts nationaux ».Deuxièmement, il est ironique que les É.-U.utilisent les outils protectionnistes de ces institutions pour « défendre » des secteurs de l\u2019industrie nationale (telles que les machines à laver le linge), alors que c\u2019est par centaines que des secteurs économiques névralgiques de pays « en développement » ont été anéantis à cause de ce type d\u2019accord ou à cause d\u2019institutions financières internationales qui les ont obligés à s\u2019ouvrir à la concurrence étrangère.On a d\u2019ailleurs assisté dernièrement à un épisode pathétique où les É.-U.ont menacé le Rwanda, l\u2019Ouganda, la Tanzanie et le Kenya d\u2019exclusion de l\u2019AGOA (accord donnant un accès préférentiel au marché états-unien à certains pays africains) du fait qu\u2019ils avaient malencontreusement décidé d\u2019augmenter les droits de douane sur les importations de vêtements usagés venant des É.-U.parce que celles-ci étaient en train de détruire leur propre industrie textile.Paradoxes de la politique commerciale états-unienne On peut enfin souligner que certaines décisions du gouvernement Trump lui- même risquent d\u2019avoir un effet néfaste sur la balance commerciale : comme plusieurs l\u2019ont souligné, la récente baisse d\u2019impôts aura vraisemblablement un impact négatif sur la balance des paiements puisque le gouvernement devra emprunter (puis rembourser grâce à des exportations) pour remplacer les impôts qui ne seront plus perçus.Enfin, le rapatriement du capital actuellement à l\u2019étranger, promu par la réforme fiscale, aura possiblement un effet haussier sur le dollar, affectant ainsi négativement les exportations et positivement les importations.Le cas de la Chine Trump a raison sur un point : la Chine est, sinon sur le point de remplacer les É.-U.comme première puissance économique mondiale, au moins en train de rogner férocement ses parts de marché.Ainsi, alors qu\u2019elle comptait en 1997 pour 2,5 % des exportations mondiales de marchandises, elle en était à 14,2 % en 2015, dépassant ainsi les É.- U.(9,4 %).Pour les flux d\u2019investissement à l\u2019étranger, ces chiffres passèrent de 0,5 % (1997) à 8,7 % (2015).On peut donc comprendre que les impérialistes sentent de la pression.C\u2019est dans ce contexte que Washington accuse Pékin de « tricher » quant aux règles de l\u2019OMC.Pourtant, c\u2019est déjà au moins 16 décisions de l\u2019Organe de règlement des différends (ORD) de l\u2019OMC qui ont convenu de pratiques illicites des É.-U.concernant la très technique, mais particulièrement importante question de la «réduction à zéro» en matière de droits antidumping, enjeu jadis central dans l\u2019un des différends portant sur le bois d\u2019œuvre.Malheureusement, 16 ans après la première affaire, les É.-U.n\u2019ont toujours pas mis leur législation en conformité avec les accords et le Canada vient de porter à nouveau cette question devant l\u2019ORD.Plusieurs autres exemples (acier, aluminium, etc.) récents ont par ailleurs fait les nouvelles.Il est également ironique que ceux qui ont le plus affirmé la supériorité du modèle néolibéral s\u2019effraient devant la compétitivité de leur rival qui s\u2019est bâtie sur le modèle de l\u2019interventionnisme.S\u2019exprimant sur le différend É.- U.\u2013Chine concernant les incitatifs (voire l\u2019obligation) qu\u2019ont les entreprises étrangères de partager leurs savoirs technologiques avec leurs partenaires locaux, l\u2019économiste David Kotz faisait dernièrement remarquer que, d\u2019une part, ces entreprises ont toujours le choix d\u2019investir ou non en Chine ; d\u2019autre part, que cette pratique est justement au cœur de la politique industrielle ayant permis l\u2019émergence spectaculaire de l\u2019économie chinoise.Pour le citer : « La théorie économique néo- libérale prétend qu\u2019une politique industrielle affaiblit l\u2019économie d\u2019un pays parce qu\u2019elle met l\u2019État dans la situation où il doit prendre des décisions concernant les activités économiques qui devraient être encouragées \u2014 décisions que seul le marché devrait prendre.De la même façon, elle insiste pour dire que les entreprises publiques sont inférieures aux entreprises privées et qu\u2019elles ne peuvent que nuire à une économie étatique.Mais lorsque confrontés à l\u2019émergence chinoise, les néolibéraux oublient leurs dogmes et se mettent à crier à la concurrence injuste ! » On a beau critiquer Trump, on doit reconnaître la menace que représente la Chine pour l\u2019impérialisme états- unien sur le plan économique.Cela dit, on peut se demander si sa turpitude ne va pas accélérer le remplacement des É.-U.comme première puissance économique par la Chine.Dans ce contexte, il sera intéressant de voir si la Chine cherchera à dominer les institutions actuelles ou préférera les remplacer par d\u2019autres, façonnées par elle.Plus important, ce contexte constitue une énième occasion pour remettre le modèle de l\u2019État néolibéral face à ses contradictions et pour le contester sur la base de celles-ci.Donald Trump SAUL LOEB AFP On a beau critiquer Donald Trump, on doit reconnaître la menace que représente la Chine pour l\u2019impérialisme états-unien sur le plan économique LEDEVOIR // LE MERCREDI 11 JUILLET 2018 ACTUALITÉS A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com Ariane Mnouchkine, metteure en scène et animatrice du célèbre Théâtre du Soleil à Paris, a demandé, pour la première fois de l\u2019histoire de la troupe fondée en 1964, à un autre artiste d\u2019y faire une mise en scène : Robert Lepage.Kanata, une relecture « de l\u2019histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et autochtones », sera donc présenté en décembre à Paris et en 2020 au Québec.Entrevue avec Ariane Mnouchkine sur l\u2019emprunt, l\u2019inf luence, la plongée dans l\u2019Autre et la compassion nécessaires au théâtre.CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Le Théâtre du Soleil, c\u2019est déjà une histoire de voyages.C\u2019est là, en création collective, à partir d\u2019improvisations germant des comédiens, sous la direction d\u2019Ariane Mnouchkine, qu\u2019ont été créés un Agamemnon en kathakali, un Richard II influencé de kabuki, de nô et de bunaraku japonais, un Tartuffe transposé dans le Maghreb musulman du XXe siècle, pour ne nommer que quelques-unes de la vingtaine d\u2019œu- vres, souvent événements, composées par l\u2019équipe de La Cartoucherie.Kanata, explique Ariane Mnouchkine en vidéoconférence, « est fait avec le Théâtre du Soleil ; la chair humaine, c\u2019est nous.Les techniciens, les vidéastes sont Canadiens, parce que Robert a une telle expérience de cette recherche-là, et qu\u2019ils sont magistraux.Mais les corps vivants qui seront sur scène seront ceux de chez nous ».Trente-cinq comédiens d\u2019origines multiples.Une troupe métissée et française à la fois « parce qu\u2019on s\u2019est beaucoup battu pour les papiers, avec des comédiens qui viennent d\u2019un peu partout\u2026 sauf d\u2019Amérique du Nord.» Ce qui, pour Mme Mnouchkine, n\u2019est pas un problème.Au contraire.« Ce sera toujours un acteur qui va jouer Hamlet ; et il n\u2019a pas besoin d\u2019être Danois.Je dirais qu\u2019il vaut mieux qu\u2019il ne le soit pas.» Pourquoi ?« Parce que le théâtre a besoin de distance, de transformation, de cette quête, de ce chemin de l\u2019imagination.Il ne peut pas y avoir \u2014 j\u2019utilise le terme plutôt dans le sens bouddhiste que chrétien \u2014 de compassion sans imagination.On ne peut pas parler de fraternité si on n\u2019imagine pas son frère ou sa sœur.» Pour cela, poursuit la créatrice, un chemin profond doit être fait en documentation.Mais le plus important reste l\u2019imagination, « c\u2019est-à-dire s\u2019imaginer parfois l\u2019inimaginable, comme Auschwitz ou l\u2019esclavage ; effectivement des domaines qui, pour être imaginés, nécessitent un génie », détaille main, c\u2019est l\u2019humain.Et nos in-diffé- rences, c\u2019est-à-dire ce qui ne nous est pas différent, est bien plus important.Le racisme, c\u2019est mettre l\u2019importance dans l\u2019inimportant, dans [une couleur de peau] ou dans la forme d\u2019un nez.Si « Nous, Juifs », si « Nous, Noirs », on commence à entrer dans ces schémas- là, par légitime amertume, par légitime indignation du passé, on va reproduire et d\u2019une façon aussi irrémédiable des souffrances folles, absurdes.» L\u2019effet, croit Mme Mnouchkine, sera boomerang.« Les interdictions vont devenir réciproques.Attention au phénomène Classified People ! Il n\u2019y a pas d\u2019interdiction de représentation mutuelle de l\u2019humain.» Elle illustre : « [L\u2019auteure et fidèle collaboratrice aux textes] Hélène Cixous un jour m\u2019a dit : \u201cTu sais, il n\u2019y a pas de paix juste.\u201d Pour faire la paix, il faut accepter qu\u2019il y ait, qu\u2019il y a eu, qu\u2019il y aura hélas ! des crimes impunis et des héros non reconnus.C\u2019est très difficile à avaler.Si on veut pour faire la paix que la justice aille jusqu\u2019au point de radicalité absolue, et bien c\u2019est réenclencher un cycle immédiatement.Et c\u2019est peut-être un peu ce que je veux dire: attention! La limite est là pour ne pas réenclencher à l\u2019inverse un cycle aussi destructeur que l\u2019a été ce premier, qui doit rester inoubliable, et être reconnu, étudié.» Reconnaître son histoire ?Est-ce que ce sera important que les autochtones d\u2019Amérique du Nord reconnaissent leur histoire dans Kanata ?Ce qui serait très important, hésite-t- elle, pesant et cherchant ses mots, serait qu\u2019ils reconnaissent le salut que le Théâtre du Soleil veut leur adresser.« Jusqu\u2019à présent, on a toujours eu cette chance.Les Cambodgiens, quand ils ont vu [L\u2019histoire terrible mais inachevée de] Norodom Sihanouk, [roi du Cambodge], ils n\u2019en sortaient pas seulement bouleversés, mais revoyant tout, ayant reconnu tout, et il n\u2019y avait dans toute la distribution pas un seul Cambodgien.Dans Le dernier caravansérail aussi, Allemands, Irakiens, Iraniens se reconnaissaient.Dans L\u2019indiade, aussi.Ce qui sera important, c\u2019est qu\u2019on nous dise \u201cVous nous avez compris, vous avez compris, et vous avez compris parce que vous avez su imaginer ce que ça pouvait bien vouloir dire.\u201d » E N B R E F La Couronne s\u2019oppose à la libération de Tony Accurso La Couronne s\u2019est opposée, mardi, à la remise en liberté de Tony Accurso, qui a porté en appel son verdict et sa sentence.La procureure de la Couronne, Me Magalie Cimon, a soutenu qu\u2019une telle libération minerait la confiance du public envers le système judiciaire.En juin, M.Accurso a été reconnu coupable d\u2019avoir participé à un système de partage de contrats à Laval.Ce stratagème a duré 14 ans, a rappelé la Cou- Les blindés de Riyad en Cour suprême OTTAWA \u2014 Daniel Turp contestera la vente de blindés canadiens à l\u2019Arabie saoudite en Cour suprême.Après avoir été débouté en Cour d\u2019appel fédérale, le professeur et ex-député a annoncé qu\u2019il demanderait au plus haut tribunal du pays d\u2019entendre son appel afin d\u2019invalider l\u2019autorisation de ce contrat par Ottawa.La Cour d\u2019appel fédérale a déclaré, comme la Cour fédérale avant elle, que «le ministre [des Affaires étrangères] n\u2019a pas exercé sa discrétion de manière déraisonnable» en approuvant les permis d\u2019exportation de blindés légers vers Riyad.M.Turp rejette cette interprétation qui revient à dire, selon lui, «que le ministre peut donner une importance plus grande aux questions de commerce qu\u2019aux questions de droits fondamentaux».Le contrat de 15 milliards avait été approuvé par le gouvernement de Stephen Harper, mais les permis d\u2019exportation ont été signés par le gouvernement Trudeau.Le Devoir ronne.Ayant écopé d\u2019une peine de quatre ans de prison, M.Accurso est incarcéré depuis la semaine dernière, mais il demande à être libéré.Son avocat, Me Marc Labelle, a fait valoir que le crime de nature économique qui lui était reproché était sans violence et remontait à 2010.Selon lui, Tony Ac- curso ne présente pas de risque de fuite.La juge Manon Savard a pris le dossier en délibéré.Le Devoir Ariane Mnouchkine, nommant en exemple le roman Vie et destin de Vas- sili Grossman, qui réussit à faire entrer le lecteur « dans la chambre à gaz.C\u2019était [un sujet] interdit, mais lui le fait, et du coup ces pages deviennent sacrées pour moi ».« Nous, Noirs » Pour Ariane Mnouchkine, l\u2019art, par définition, c\u2019est « l\u2019emprunt, l\u2019influence, le voyage des cultures, je dirais presque le caravanisme.Les cultures ont voyagé avec les épices, avec la soie, avec les envahisseurs\u2026 » Avec le sucre ?« Non, avec le sucre, c\u2019est l\u2019esclavage qui a voyagé, ce n\u2019est pas pareil\u2026 Sans l\u2019influence de la musique balinaise à l\u2019Exposition universelle de 1889, Debussy et Ravel auraient fait une musique différente.On ne peut pas nier 2000 ans d\u2019histoire des cultures.Il n\u2019y a pas de gitans, de guitares, de flamenco [sans voyages].Tout le monde s\u2019approprie ce qu\u2019il a aimé de la tribu voisine ; parfois avant ou après l\u2019avoir envahie, parfois massacrée\u2026 » Celle qui revient de Rio, au Brésil, y a vu sur une caserne la devise des pompiers : « Rien de ce qui est humain ne nous est indifférent ».Mme Mnouchkine poursuit.« Nous, nous sommes acteurs, rien de ce qui est humain ne nous est indifférent.L\u2019hu- Les Amérindiens du Canada lus par Lepage et Mnouchkine Entrevue avec l\u2019âme du Théâtre du Soleil sur Kanata, future épopée canado-autochtone Sous la direction de Robert Lepage, les comédiens du Théâtre du Soleil proposeront en décembre à Paris une relecture de l\u2019histoire du Canada.DAVID LECLERC Conseillers autochtones sur Kanata « Cette question est surréaliste », s\u2019étonne Ariane Mnouchkine quand on demande les sources autochtones de la recherche pour Kanata.« Quand le Théâtre du Soleil fait un spectacle, il se documente ! Il va à l\u2019école ; que cette école soit Shakespeare ou les migrants ou le Cambodge.On apprend un peu la langue, on voit des gens de toutes les classes de la société qu\u2019on essaie de raconter.Parce que le théâtre, c\u2019est l\u2019art de la métamorphose, de la métaphore et de l\u2019incarnation.Et [il faut de] l\u2019amour là-dedans, cet appétit pour l\u2019autre, ce besoin de l\u2019autre, ce chemin de la connaissance.Par exemple, pendant six mois, pour Le dernier caravansérail (Odyssées), je suis allée un weekend sur deux à Sangatte [le centre d\u2019accueil pour les migrants cherchant à passer au Royaume-Uni] faire des interviews de migrants, de passeurs.» Pour Kanata, tous les comédiens et la costumière sont venus au Québec et à Banff.Ils ont rencontré Cee Jai Williams, travailleuse sociale, ex-prostituée, ex-toxicomane et seule survivante des 49 victimes de Robert Pickton ; Margo Kane, auteure et comédienne ; Stephen Lyntton, ex-pensionnaire des Indian Residential Schools ; Cor- leigh Powderface, de la nation Stoney Nakoda, intermédiaire vers les cultures autochtones de l\u2019Ouest ; Cowboy Smithx, cinéaste ; Sandra Lalonde, spécialiste en danse amérindienne.Robert Lepage et ses collaborateurs artistiques ont rencontré, à Wendake, Marcel Godbout, Sonia Gros-Louis, Guy Sioui Durand, Christian Laveau ; aussi, le traducteur vers le Mohawk Wahiakeron Gilbert.S\u2019ajoutent les témoignages de quatre ex-pensionnaires des Indian Residential Schools."]
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