Le devoir, 15 septembre 2018, Cahier C
[" SYNDICALISME Le Québec de demain Garantir des emplois de qualité, protéger l\u2019accessibilité universelle et la qualité des services publics, développer une économie verte et durable, protéger les emplois des enseignants, fixer le salaire minimum à 15 $ l\u2019heure\u2026 À l\u2019approche des élections provinciales, les syndicats mobilisent leurs membres et rappellent leurs enjeux, leurs visions et leurs priorités.À 15 jours du vote, Le Devoir fait le point sur leurs positions.La FTQ se prépare pour les élections C 2 Austérité On a sacrifié une génération C 5 LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2018 CAHIER SPÉCIAL C S Y N D I C A L I S M E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 S E P T E M B R E 2 0 1 8 C 2 CE QUE LE FUTUR GOUVERNEMENT PEUT FAIRE POUR APPUYER LE DÉVELOPPEMENT DE L\u2019AGRICULTURE ET DE LA FORESTERIE PRIVÉE Protéger les ressources en bâtissant un plan vert agricole Investir dans notre agriculture Taxer les terres et les boisés de façon équitable Aider les jeunes à cultiver leurs propres terres Réduire l\u2019impact de la hausse accélérée des salaires Pour en savoir plus sur les enjeux agricoles et forestiers tout au long de la campagne électorale, visitez le upa.qc.ca M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale « L\u2019 éducation est, bien sûr, la pierre angulaire d\u2019une société qui veut rayonner sur les plans social, culturel et économique.Toutefois, il faut que le prochain gouvernement ait une vision globale du système », af firme Sonia Éthier, nouvelle présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).En effet, les membres de la Centrale sont présents partout, tant dans les secteurs de la petite enfance que dans le réseau scolaire, collégial et universitaire ainsi qu\u2019en santé et services sociaux.Les coupes budgétaires dans le réseau scolaire ont été de presque un milliard de dollars, et Sonia Éthier affirme «que, même si le gouvernement réinjecte 370 millions de dollars, le déficit d\u2019investissement sera toujours de 590 millions de dollars simplement pour revenir aux ressources qu\u2019on avait avant les compressions alors que déjà on était en situation problématique dans le réseau scolaire et collégial».Un même fil conducteur « Il faut que le futur gouvernement r e c o n n a i s s e q u e l e s s o m m e s d\u2019argent investies doivent être suffisantes pour l\u2019ensemble des personnels, que ce soit au réseau scolaire, collégial ou universitaire.On parle ici tant du personnel de soutien que des professionnels », précise la présidente en citant une enquête de l\u2019IRIS menée auprès de plus de 8000 répondants : ils y confirment qu\u2019il y a beaucoup plus d\u2019élèves en dif fi- culté dans les classes que ceux qui sont déjà recensés.« Il faut des ressources professionnelles, il faut une cohésion pour assurer la réussite, c\u2019est primordial », ajoute-t-elle.Depuis quelques années, on constate que, même dans le réseau collégial, il y a de plus en plus d\u2019élèves à besoins particuliers qui, pour réussir, doivent être entourés de personnel de soutien et de professionnels.D\u2019ailleurs, la CSQ ainsi que d\u2019autres organisations membres du Collectif des États généraux de l\u2019enseignement supérieur se montrent surprises que l\u2019enseignement supérieur ne fasse l\u2019objet d\u2019aucun engagement structurant dans la campagne actuelle.Éducation: la CSQ voit tout un système à réorganiser La FTQ se prépare pour les élections É M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale « L a FTQ n\u2019est jamais muette en période électorale, souligne le président de la Fédération, M.Daniel Boyer.Nos façons de faire varient d\u2019une élection à l\u2019autre.Cette année, comme lors des dernières élections au fédéral et au provincial d\u2019ailleurs, on a pris la décision de créer une plateforme de revendications.» C\u2019est depuis juillet 2017 que le Bureau de la FTQ, qui réunit des dirigeants de chacun des grands syndicats affiliés à la Fédération, travaille à l\u2019élaboration de cette dernière.« La plateforme était à l\u2019ordre du jour de chacune de nos réunions, confie M.Boyer.Notre réflexion a été de longue haleine.Après quelques allers-retours avec les instances de nos syndicats affiliés, on a adopté la plateforme lors du Consei l général de la FTQ en février 2018.» 24 revendications clés Comprenant 24 revendications visant l\u2019amélioration des droits et des conditions de vie des travailleurs québécois, la plateforme de la FTQ s\u2019articule autour de quatre grands thèmes : « milieux de travail », « services publics », « économie, emplois et fiscalité » ainsi que « démocratie et langue ».«On aurait pu en avoir 50, mais on a f a i t u n e s y n t h è s e , i n d i q u e M.Boyer.Ce sont des revendications qui, pour la plupart, nous tiennent à cœur depuis longtemps.» L\u2019augmentation du salaire minimum à 15 $ est l\u2019une des demandes prioritaires de la FTQ.D\u2019après la centrale syndicale, une telle hausse profiterait à des centaines de milliers de Québécois tout en permettant le soutien de la consommation des ménages et la croissance économique locale.« C\u2019est sûr qu\u2019on va continuer de taper sur ce clou-là tant que la question ne sera pas réglée », promet le président de la FTQ.Dans le même esprit d\u2019équité, la Fédération réclame que le prochain gouvernement adopte un plan de transition juste vers une économie verte et qu\u2019il prévoie des mesures pour faciliter l\u2019adaptation des travailleurs qui seront touchés par la numérisation de l\u2019économie.« Les ef for ts qui seront faits au cours des prochaines années pour atteindre les cibles environnementales que la planète s\u2019est fixées vont affecter l\u2019économie et les emplois de certaines régions.L\u2019automatisation, la robotisation et le développement de l\u2019intelligence ar tificielle vont aussi transformer le monde du travail.Nous, ce qu\u2019on dit, c\u2019est qu\u2019il faut assurer une transition juste.Ça ne peut pas se faire sans qu\u2019on mette dans le coup les travailleurs et les travailleuses.Il faut permettre aux gens qui sont là au moment où on se parle d\u2019acquérir les compétences requises par les emplois de demain», soutient M.Boyer.L\u2019institution d\u2019un régime d\u2019assurance médicaments entièrement public figure également au rang des priorités de la FTQ.D\u2019après elle, celui-ci permettrait d\u2019assurer l\u2019accessibilité au médicament pour tous et, du même coup, d\u2019améliorer sa qualité.« On pense que ce sera une bataille de longue haleine, révèle le président de la centrale syndicale.On se doute qu\u2019on n\u2019obtiendra pas ce qu\u2019on veut dans le temps de le dire, mais c\u2019est un combat qu\u2019on juge très important de mener.» En outre, la FTQ revendique une augmentation des taux d\u2019imposition des mieux nantis.Elle souhaite une révision de la fiscalité qui garantisse la juste contribution de tous de même que la mise en œuvre de stratégies musclées pour résoudre le problème de l\u2019évitement fiscal.« On fait face à un écar t sans cesse grandissant entre les plus riches et les plus pauvres de notre société, signale M.Boyer.Il y a quelque chose de malsain dans ça et i l faut tenter de réduire ces écar ts-là.On pense que les plus riches doivent payer leur juste part et, surtout, ne pas bénéficier d\u2019évasion fiscale.Si tout le monde payait sa juste part, on pourrait certainement se payer des services publics de qualité.» L\u2019adoption d\u2019un mode de scrutin mixte proportionnel constitue également une priorité pour la FTQ.« Il nous apparaît inconcevable que, dans une démocratie, le gouvernement qui est majoritaire n\u2019ait pas obtenu la majorité des voix.Ce qu\u2019on pense, c\u2019est qu\u2019il faut rétablir un cer tain équil ibre.I l y a trois partis sur quatre qui sont favorables à cette idée.On espère qu\u2019elle sera mise en œuvre assez rapidement.» Des outils supplémentaires En plus de sa plateforme électorale, la FTQ a préparé un outil comparatif pour permettre à ses membres \u2014 et à la population en général \u2014 de connaître les positions des chefs des quatre par tis représentés à l\u2019Assemblée nationale à l\u2019égard de ses propositions.«On a rencontré les chefs des partis politiques et on les a questionnés sur chacune de ces 24 revendications, précise M.Boyer.Ça n\u2019a pas fonctionné avec M.Couillard ; il a eu des empêchements, mais on a obtenu des réponses des trois autres.À partir de ça, on a préparé un comparatif de chacun des partis.On l\u2019a fait sous forme de tableau.Quand les partis sont favorables à nos revendications, on leur donne un pouce en l\u2019air et, quand ils ne le sont pas, c\u2019est un pouce en bas.» Dans la foulée, la FTQ a aussi réalisé un bilan du gouvernement libéral sortant.Celui-ci évoque notamment la période d\u2019austérité budgétaire et met en lumière différents reculs et ratés dans les domaines de l\u2019éducation, de la santé et des droits des travailleurs.M.Boyer affirme avoir bon espoir que les outils préparés par la FTQ encourageront ses membres à se rendre aux urnes le 1er octobre prochain.« Quand on n\u2019est pas informé et qu\u2019on ne sait pas ce que proposent les par tis, l\u2019intérêt de se rendre aux urnes est toujours limité, relève le président de la FTQ.Quand on le sait, c\u2019est beaucoup plus facile de voter!» Manifestation pour la hausse du salaire minimum à 15 $ à Montréal en octobre 2017.L\u2019augmentation du salaire minimum est l\u2019une des demandes prioritaires de la FTQ.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « On voit que les partis s\u2019en donnent à cœur joie pour faire des annonces qui séduisent les électeurs, les familles et les aînés\u2026 On promet beaucoup de choses, mais au lendemain des élections, qu\u2019en sera-t-il ?» Bien qu\u2019elle l\u2019ait déjà fait par le passé, cette année, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a choisi de ne pas donner de consignes de vote à ses membres à l\u2019occasion des élections générales québécoises.Cela ne signifie pas pour autant qu\u2019elle n\u2019a pas de requêtes à adresser aux partis politiques.Pour les faire connaître, la centrale syndicale a élaboré une exhaustive plateforme électorale.VO I R PAG E C 6 : CSQ G A B R I E L L E B R A S S A R D - L E C O U R S Collaboration spéciale Selon la plus récente « vigie parité » réalisée par Le Devoir, l\u2019élection provinciale en cours présente 47,4 % de femmes candidates, tous par tis confondus.On atteint donc presque la parité.La Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) présentent même plus de femmes que d\u2019hommes, avec respectivement des pourcentages de 51,37 % et 52,54 %.Les femmes se retrouveraient donc en nombre égal à l\u2019Assemblée nationale, si on en croit les statistiques.« Si on présente le même nombre de femmes, mais que la majorité d\u2019entre elles sont des candidates \u201cpoteau\u201d qui n\u2019ont aucune chance de gagner, ce ne peut pas être paritaire.Qui, parmi ces femmes, a de réelles chances d\u2019être élue ?C\u2019est ça qu\u2019il faut observer », soutient Gabrielle Bouchard.La présidente de la FFQ élue à l\u2019automne 2017 af firme également qu\u2019au-delà du nombre, il faut aussi dégager combien de femmes se font élire à des postes d\u2019importance et, si c\u2019est le cas, si elles ont l\u2019espace pour changer les politiques.« Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est une femme en politique qu\u2019on est féministe », affirme Mme Bouchard.Celle qui «soutiendra toujours le fait que des femmes se présentent en politique, sans égard au parti qu\u2019elles choisissent », ajoute par ailleurs qu\u2019elle restera critique des femmes qui accèdent au pouvoir en attaquant les droits des femmes.Pour l\u2019ancienne coordonnatrice de soutien entre pairs et de défense des droits trans au Centre 2110 de lutte contre l\u2019oppression des genres à Concordia, la question à se poser lorsqu\u2019on parle des femmes en politique est : « Y voulons-nous des femmes ou des féministes ?» Si des femmes participent activement aux coupes en soins de santé, ou s\u2019opposent à l\u2019augmentation du salaire minimum, « elles ne jouent alors pas de rôle significatif pour l\u2019avancement des droits des femmes.Au contraire, elles entrent dans le même cercle des compressions de services aux citoyennes et aux citoyens.Et quand ces services sont coupés, ce sont principalement les femmes qui en font les frais », affirme-t-elle.Changer le système Plusieurs raisons expliquent le manque de par t i c ipa t ion des femmes en politique (et dans plusieurs autres sphères).La dif ficile conciliation travail-famille, un environnement hostile majoritairement masculin, le sexisme et la misogynie ordinaires du milieu, le syndrome de l\u2019imposteur ; autant de facteurs souvent mis de l\u2019avant pour expliquer le découragement des femmes à faire le saut dans l\u2019arène politique.« On s\u2019attend à ce qu\u2019une femme soit capable de concilier le travail professionnel, celui de la maison et celui d\u2019être mère si elle a des enfants.Elle aura en plus toujours à défendre plus sa place qu\u2019un homme », déplore Gabrielle Bouchard.Même s\u2019il n\u2019existe pas de recette miracle pour en arriver à une vraie parité en politique, à tous les niveaux, la solution est simple : il faut partir de la base.« C\u2019est un ensemble de gestes qui doivent être posés, indique Mme Bouchard.Les hommes doivent reconnaître les situations où les femmes sont mises à l\u2019écart.Arrêter de parler, écouter activement les femmes et agir en conséquence.» Par exemple, décrit-elle, l\u2019augmentation du salaire minimum à 15 $/h touchera beaucoup plus les femmes que les hommes, car ce sont elles qui vivent la plus grande précarité.« En ayant un peu plus la tête hors de l\u2019eau grâce à cette mesure, peut-être que plus de femmes prendront le temps d\u2019aller à l\u2019école, ou encore de s\u2019impliquer.Il faut éliminer les iniquités à la base », martèle la féministe.Les changements se feront sentir à long terme, mais sont possibles, d\u2019après Mme Bouchard.« Ça prend du temps et ça crée des résistances, mais on finit par y arriver », soutient celle qui a été élue à la tête de la FFQ en étant la première trans- genre à occuper ce poste, non sans quelques heur ts politiques et s o - c i a u x à l \u2019 i n t é r i e u r m ê m e d e l\u2019organisation.Le Conseil de la femme, quant à lui, propose de modifier la Loi électorale du Québec pour obliger les par tis à recruter un minimum de 40 % et un maximum de 60 % de candidats et de candidates, avec des sanctions financières pour les partis qui ne respectent pas la loi.S Y N D I C A L I S M E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 S E P T E M B R E 2 0 1 8 C 3 FIÈRE, AUTONOME ET ENGAGÉE.Avec et pour les profs.M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale D epuis quelque temps, le secteur agricole québécois vit une certaine inquiétude quant à nos voisins du sud.Elle concerne tout d\u2019abord la renégociation du traité de libre-échange, où l\u2019on voudrait voir changer les règles qui protègent notre agriculture, mais aussi les tarifs imposés par les États-Unis à la Chine, tarifs qui ont déjà fait très mal aux producteurs de porc québécois.Dans ce contexte, il est impératif d\u2019agir maintenant pour protéger l\u2019avenir du secteur.Un des moyens d\u2019y parvenir est de rétablir le budget annuel de la Financière agricole du Québec (FADQ) à 630 millions de dollars, explique Marcel Groleau, président général de l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA).« En 2009, le Parti libéral avait convenu que la FADQ était sous-financée et qu\u2019elle avait besoin de ce montant pour faire face à ses obligations.Ce montant permettait de répondre aux exigences en assurances récolte, en gestion des risques et aux besoins de crédit», fait-il valoir.Le secteur a connu de bonnes années en 2010 sur le marché des céréales, et en 2013 dans le secteur des viandes.«C\u2019est alors que la FADQ a commencé à dégager des surplus, et plutôt que de les utiliser pour améliorer les programmes et soutenir les investissements des entreprises agricoles, on a récupéré ces surplus pour les déposer dans le Fonds consolidé », déplore le président en ajoutant qu\u2019aujourd\u2019hui, la FADQ fonc- t ionne avec un budget annuel constamment revu à la baisse.« Ce n\u2019est pas une façon très convaincante de soutenir notre secteur ! argue-t-il.Il faut que la FADQ soit adéquatement financée et que ses surplus puissent s\u2019accumuler.Elle doit avoir plus d\u2019autonomie et son budget doit être établi non pas en fonction des besoins à court terme, mais à moyen et à long termes.» Modulation des augmentations Dans la présente campagne électorale, l\u2019augmentation du salaire minimum est un enjeu important pour l\u2019UPA.Des ajustements accélérés du taux du salaire minimum pour atteindre 14 $ ou 15 $ l\u2019heure auraient beaucoup d\u2019impacts dans le secteur horticole principalement, où tous les employés sont payés au salaire minimum, ce qui représente entre 35 % et 50 % des coûts de fonctionnement de ces entreprises.Selon Marcel Groleau, quand on augmente plus rapidement le salaire minimum que l\u2019inflation, il devient alors impossible de transférer ces coûts dans le marché, sinon les produits importés deviennent compétitifs et les producteurs locaux cèdent leur part du marché : « Non seulement on va finir par perdre les emplois au salaire minimum parce que les entreprises vont cesser d\u2019investir, mais si on perd le marché, ce sont d\u2019autres emplois d\u2019ici qui seront menacés», lance-t-il.L\u2019UPA suggère alors une lente modulation des augmentations ou une compensation qui viendrait éponger les coûts des producteurs, ou encore leur permettre d\u2019étaler sur une plus longue période les augmentations du salaire minimum.« On n\u2019est pas contre l\u2019augmentation du salaire minimum, mais dans notre secteur, on a des précautions à prendre», précise le président de l\u2019UPA.L\u2019UPA demande aussi au futur gouvernement d\u2019aider les jeunes à cultiver leur propre ter re : « Ça prend du capital patient pour les jeunes.Actuellement, les termes du capital disponible pour l\u2019achat d\u2019une ferme tournent autour de 25 ans.C\u2019est malheureux, mais à cause des valeurs de l\u2019actif, c\u2019est trop court », déplore Marcel Groleau.L\u2019UPA demande à ce que les taux d\u2019intérêt des prêts s\u2019étalent sur de plus longues périodes.«On avait des programmes il y a 25 ou 30 ans, mais on les a laissés tomber parce qu\u2019au- jourd\u2019hui les taux d\u2019intérêt sont très bas.Mais les taux actuels ne dureront pas toujours, ça va sûrement augmenter, et sur 25 ans, c\u2019est très difficile de prévoir les taux\u2026» s\u2019inquiète-t-il.Un Plan vert agricole Marcel Groleau est catégorique : « Le secteur agricole a entrepris un virage, on assume nos responsabilités.On est conscients des attentes de la société et de l\u2019importance pour les générations futures de protéger l\u2019environnement.» L\u2019UPA propose donc un Plan vert agricole pour améliorer les pratiques dans le secteur grâce à une moindre utilisation de pesticides et d\u2019herbicides, et avec la protection des bandes riveraines le long des cours d\u2019eau.« Actuellement, on a une réglementation de plus en plus lourde, voire écrasante pour les entreprises agricoles, mais on n\u2019arrivera pas à développer notre agriculture si on se sert juste de la réglementation.Pour arriver à de meilleures pratiques et augmenter notre productivité tout en protégeant l\u2019environnement, il faut investir et accompagner les producteurs en recherche, en transfert des connaissances, en services spécialisés et en rétribution des biens et services écologiques comme le fait l\u2019Europe», explique Marcel Groleau.Le Plan ver t agricole pensé par l\u2019UPA viendrait mieux soutenir la production bio.Les quatre par tis qu\u2019on a rencontrés ont eu une très bonne réception à cette proposition, affirme M.Groleau.On propose le financement du Plan vert agricole en récupérant les contributions que verse le secteur agricole au Plan ver t Québec, soit environ 40 millions de dollars par année.» La dernière proposition de l\u2019UPA concerne la taxation foncière agricole.Comme pour le parc immobilier, elle est basée sur un système d\u2019évaluation: tous les trois ans, selon le marché, la valeur d\u2019une résidence est revue et le montant de l\u2019avis d\u2019imposition s\u2019en suit.«Pour les terres agricoles, c\u2019est la même chose, à la seule différence que la valeur des terres a explosé.Elle a augmenté beaucoup plus vite que la valeur du parc immobilier», souligne le président.Un programme alloue déjà un crédit d\u2019impôt aux agriculteurs, «mais la portion se réduit d\u2019année en année.Il faut revoir le système et le gouvernement devrait assumer une juste part.Il faut revoir la fiscalité foncière agricole parce que ça ne sera plus supportable dans les années à venir», ajoute-t-il.Comme l\u2019actuel ministre de l\u2019Environnement Laurent Lessard ne se représente pas, il y aura un nouveau ministre de l\u2019Agriculture au Québec dans les prochains mois.Marcel Groleau se dit prêt à travailler avec le nouveau gouvernement pour « trouver des solutions aux enjeux importants» en agriculture.Réinvestir en agriculture Le secteur agricole doit aujourd\u2019hui garantir son avenir Pour Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), « la parité pour la parité» n\u2019est pas intéressante si elle n\u2019est pas accompagnée d\u2019une analyse plus poussée.FEMMES ET POLITIQUE La parité\u2026 féministe Des ajustements accélérés du taux du salaire minimum pour atteindre 14 $ ou 15 $ l\u2019heure auraient beaucoup d\u2019impacts dans le secteur horticole principalement, où tous les employés sont payés au salaire minimum, selon Marcel Groleau, président de l\u2019UPA.JACQUES NADEAU LE DEVOIR « Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est une femme en politique qu\u2019on est féministe » M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale S\u2019 il y a une lutte chère à la présidente de la Fédération interprofessionnel le de la santé du Québec (FIQ), c\u2019est bien celle pour l\u2019établissement de ratios du nombre de professionnelles en soins par patient : « C\u2019est la meilleure solution pour notre système de santé puisque l\u2019enjeu majeur, c\u2019est la surcharge de travail chronique, celle qui n\u2019a pas préoccupé le gouvernement, les élus et les gestionnaires, parce qu\u2019ils se concentraient sur les compressions budgétaires, les coupes, le redressement, la structure et la réforme », lance Nancy Bédard.«Ce qui circule dans l\u2019ADN de nos membres, leur première considération, c\u2019est d\u2019être capable de bien soigner leurs patients», explique la présidente, qui demande aux candidats de s\u2019engager à faire voter une loi pour que les gestionnaires aient l\u2019obligation de maintenir des équipes de soins minimales et adaptables au besoin, et offrir la garantie qu\u2019on ne « viendra plus les modifier à cause d \u2019 u n e n o u v e l l e i d é o l o g i e , d e compres sions budgétaires où même parce qu\u2019on est dans un rapport de force lors de négociations.Ce qu\u2019on dit, c\u2019est qu\u2019une loi sur les ratios va permettre d\u2019harmoniser les soins partout au Québec.» Actuellement, des projets-ratios ont été mis en place un peu partout sur le territoire, inspirés de ce qui s\u2019est fait en Californie et en Australie dans l\u2019État de Victoria.Avec ces projets pilotes, Nancy Bédard affirme avoir « réussi à faire admettre et comprendre au ministre qu\u2019il fallait s\u2019occuper du sor t des professionnelles en soins et de la qualité des soins au Québec.Cependant, il faut continuer à lutter jusqu\u2019à ce qu\u2019on ait une loi, sinon on devra toujours se battre pour faire admettre qu\u2019une équipe de soins en 2018 ne peut pas être la même qu\u2019il y a trente ans.» Grâce à des données probantes, Nancy Bédard peut af firmer au- jourd\u2019hui que la surcharge de travail cause des augmentations d\u2019assurances salaire, beaucoup d\u2019accidents de travail et de nombreux départs: «Il y a trois catégories de professionnelles en soins : les jeunes qui se demandent si elles ne devraient pas retourner étudier, celles qui ont entre 11 et 20 ans d\u2019expérience et qui tous les jours se demandent si elles pourront se rendre jusqu\u2019à la prochaine fin de semaine sans tomber en congé de maladie et le dernier tiers, ce sont celles qui voient arriver la retraite et qui comptent les jours et ne veulent pas en faire un de plus.» Toujours selon les chif fres de la FIQ, les ratios ne demanderaient pas de nouveaux inves t i ssements puisqu\u2019en quelques années, ces mesures s\u2019autofinanceraient : « Au- jourd\u2019hui, l\u2019augmentation majeure des incidents et des erreurs de médication entraîne des dépenses incroyables facilement évitables.Même chose pour l\u2019assurance salaire qui s\u2019accroît en raison des congés de maladie directement liés à la surcharge de travail.Le pire, c\u2019est de ne rien faire et de penser que les méthodes vieilles de 20 ans vont changer le cours des choses.Les ratios sont la solution», réitère Nancy Bédard.Outre les ratios, une autre bataille chère à la FIQ est l\u2019accessibilité à la première ligne de soins : « Au Québec, les compétences des professionnels en soins ne sont pas exploitées au maximum, elles ne sont pas mises au profit des patients.Il faut décloisonner les services pour que le monopole de l\u2019accès aux soins ne soit plus réser vé aux médecins », explique la présidente.Les infirmières praticiennes spécialisées peuvent garantir à la population un accès efficace aux soins et aux ser vices et notamment dans les CLSC.L\u2019idée que la prochaine ministre de la Santé soit une femme plaît à Nancy Bédard : «Pendant 15 ans, on a eu un règne de médecins, le cheminement des candidates est dans le domaine de la santé, mais leurs parcours sont différents.Je souhaite qu\u2019avec une femme au pouvoir on puisse franchement voir la dif fé- rence.Je serais portée à y croire et à leur donner une chance.» S Y N D I C A L I S M E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 S E P T E M B R E 2 0 1 8 C 4 Se syndiquer pour améliorer son quotidien MEILLEURES CONDITIONS DE TRAVAIL RESPECT DES DROITS SANTÉ ET SÉCURITÉ DU TRAVAIL 1 800 947-6177 sesyndiquer.quebec Une loi sur les ratios: une solution idéale pour le réseau de la santé M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale Q uand elle entend les discours des dif férents chefs de parti, Carolle Dubé, la présidente de l\u2019Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), ne sait pas « ce que la population va bien pouvoir faire avec tout ça.Il y a déjà une certaine méfiance et une perte de croyance envers les politiciens, je trouve qu\u2019on a une campagne qui n\u2019aide pas.Ça manque de profondeur », lance-t-elle.L\u2019Alliance représente 55 000 membres, tous employés du réseau public de la santé et des services sociaux et occupant plus d\u2019une centaine de titres d\u2019emploi distincts parmi le personnel professionnel et technique dans les domaines du diagnostic, de la réadaptation, de la nutrition, de l\u2019intervention psychosociale, du soutien clinique et de la prévention.« On veut sensibiliser nos membres et la population en général aux enjeux de santé qui nous concernent tous », affirme la présidente, qui souhaite que « nous votions tous pour la santé.» Dans un document préparé à l\u2019attention de ses membres, l\u2019APTS présente ses propositions, qui se déclinent en quatre volets : la santé de la population, du personnel, des femmes et du réseau en tant que tel.«Au cours des dernières années, les gouvernements qui se sont succédé ont effectué de nombreuses réorganisations au sein du réseau de la santé et des ser vices sociaux », raconte la présidente.Ces restructurations ont grandement af fecté la santé de la population en réduisant les budgets des CLSC et des services à domicile et de psychothérapie, avance-t-elle.« Les CLSC ont été tellement dénaturés dans les dernières années, depuis l\u2019époque du virage ambulatoire, se désole Carolle Dubé.C\u2019était pourtant une richesse collective au Québec.» Mme Dubé aimerait voir le rôle des CLSC revalorisé afin que ceux-ci puissent récupérer leur mission de prévention et agir sur les déterminants sociaux de la santé.« Il faut investir dans la prévention, démocratiser le réseau, faciliter l\u2019accès aux services et mieux les financer », rappelle-t-elle.Améliorer les conditions des femmes Les femmes sont au cœur du réseau de la santé et des services sociaux, non seulement à titre d\u2019usa- gères, mais également comme employées du réseau de la santé et des services sociaux.« Elles représentent 87 % de nos membres », explique la présidente qui souhaite voir adopter rapidement une loi sur la conciliation famille-travail-études ainsi que l\u2019augmentation du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure : « L\u2019impact de la diminution des mesures mises en place a toujours été beaucoup plus important pour les moins bien nantis.On sait que, malheureusement, encore aujourd\u2019hui, une grande partie de ces gens sont des femmes.» Pour l\u2019APTS, la santé du personnel est elle aussi assez inquiétante.Dans un sondage réalisé auprès de ses membres, six personnes sur dix se sont dites en détresse.« Les milieux de travail sont de plus en plus difficiles, que ce soit en centre jeunesse ou en centre de réadaptation en déficience intellectuelle.Dans les soins à domicile, le personnel est souvent confronté à une clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale.Les besoins sont immenses», précise la présidente.Dans ce sens, les propositions de l\u2019APTS visent la diminution de la détresse psychologique en assurant un milieu de travail attrayant.On souhaite aussi que des ressources humaines s\u2019ajoutent sur le terrain afin de réduire la surcharge.« Des gens épuisés quittent le travail pour des congés de maladie et ceux qui restent doivent affronter une charge de travail énorme.J\u2019ai peur que les jeunes soient rebutés par un milieu de travail si difficile.» La présidente de l\u2019APTS en est convaincue : il est possible de démocratiser le réseau de la santé et des services sociaux tout en améliorant les ser vices à la population.« La dernière chose dont avait besoin le Réseau, c\u2019était de se faire réformer encore une fois ! s\u2019exclame Carolle Dubé.Cette dernière réforme s\u2019est faite dans un contexte de compressions budgétaires alors qu\u2019il aurait fallu investir pour bien la gérer.De plus, les gens n\u2019ont presque pas été consultés.Pour faire des réformes impor tantes dans les structures d\u2019établissements, ça prend la collaboration des travailleurs.» L\u2019APTS suggère d\u2019instaurer un moratoire sur toute forme de réorganisation des services, de démocratiser le Réseau et de revaloriser les espaces de débats.Pour elle, il est indispensable de respecter les forums de consultation dans lesquels le personnel peut s\u2019exprimer.« On a besoin de revenus supplémentaires, pas de plus de coupes », dit -elle, suggérant au prochain gouvernement de lutter contre les paradis f iscaux, une façon de mieux financer le réseau.Dans les prochaines semaines, le calendrier électoral sera chargé pour les membres de l\u2019APTS, qui iront à la rencontre des candidats et des électeurs.Et le 2 octobre prochain, Carolle Dubé voudra sans attendre rencontrer la nouvelle ministre de la Santé.La priorité des priorités: un Québec en santé! Sans réinvestissement, le réseau de la santé restera moribond Une loi établissant des ratios minimums entre le nombre de professionnelles en soins et le nombre de patients assurerait de meilleurs services sans surcharger les infirmières, selon la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.GETTY IMAGES S YND I C A L I SME L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 S E P T E M B R E 2 0 1 8 C 5 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Catherine Girouard, chargée de projets des publications spéciales, à cgirouard@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.1 8 1 9 - 0 1 8 Chacun des quatre grands partis politiques a sa vision et ses propositions afin d\u2019aider un système d\u2019éducation québécois qui semble avoir de la difficulté à garder la tête hors de l\u2019eau.Entre compressions, financements, gratuité scolaire ou encore abolition des commissions scolaires, que pense le corps professoral?«On a sacrifié une génération d\u2019élèves sur l\u2019autel de l\u2019austérité» A D I L B O U K I N D Collaboration spéciale L a Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE), qui regroupe près de 34 000 enseignants travaillant dans environ 800 écoles essentiellement situées à Montréal, à Laval, dans les Basses-Laurentides, en Ou- taouais et en Montérégie, refuse de donner des consignes de vote à ses membres.Cependant, elle n\u2019a pas décidé de rester passive par rapport aux élections et a mis en place une plate- forme en ligne permettant de comparer les différents partis du point de vue des questions d\u2019éducation.Sur cette plateforme, les inter- nautes peuvent consulter les propositions des partis en ce qui a trait au système éducatif répar ti en cinq catégories : les ser vices à l\u2019élève, les programmes et l\u2019organisation scolaire, la gouvernance et le financement, la condition enseignante et les formations, les autres propositions, comme la lutte contre l\u2019analphabétisme, formulées par le PQ, le PLQ et QS.Que pense la FAE de l\u2019abolition des commissions scolaires proposée par la CAQ?«Qu\u2019un parti veuille remettre en question le réseau, ça fait partie du processus démocratique, explique Sylvain Mallette, président et porte-parole de la FAE.Cependant, ce type de propositions ne doit pas avoir pour ef fet la création de réformes qui n\u2019ajoutent pas de financement ou qui réduisent le financement de l\u2019éducation.» Malgré cette politique de neutralité vis-à-vis du choix électoral de ses membres, la FAE formule tout de même trois recommandations à l\u2019intention du futur parti au pouvoir : un meilleur financement de l\u2019éducation, de meilleures conditions de travail et une reconnaissance des compétences des professeurs.L\u2019argent, le nerf de la guerre La première revendication de la FAE touche au financement du réseau des écoles publiques.Le président de la fédération dénonce les compressions budgétaires s\u2019élevant à 1,5 milliard de dollars au cours des dix dernières années.Selon M.Mallette, l\u2019argent injecté dans l\u2019éducation ne peut pas être considéré comme un réel financement.« Le gouvernement ne réinvestit pas ; il remet de l\u2019argent qui a été enlevé dans le système, dénonce- t-il.À ce rythme de remboursement, nous devrions revenir au même niveau qu\u2019il y a 10 ans en 2021.[\u2026] Le premier ministre a beau le nier, il n\u2019y a personne dans le réseau qui prétend que les compressions budgétaires n\u2019ont pas eu d\u2019effets.» Le président de la FAE rapporte que le budget accordé aux commissions scolaires n\u2019est pas suf fisant pour pallier les différents problèmes auxquels font face les élèves : handicap physique, décrochage scolaire, problème d\u2019attention, besoins en orthophonie, etc.Pour lui, les professeurs et les élèves sont placés dans des situations insoutenables dans lesquelles on demande aux professeurs de faire des choix pour les services aux élèves.«Pendant ce temps-là, on a sacrifié une génération d\u2019élèves sur l\u2019autel de l\u2019austérité», se désole M.Mallette.La FAE note aussi que les compressions budgétaires ont eu pour effet de rendre impossible, pour les commissions scolaires, le respect de la Loi sur l\u2019instruction publique, qui stipule que toute personne a «droit, dans le cadre des programmes offerts par la commission scolaire, aux autres services éducatifs, complémentaires et particuliers».Parallèlement à ces compressions, M.Mallette dénonce un système qui, selon lui, encourage la concurrence déloyale entre écoles privées et publiques.« Je ne vise pas les écoles accueillant des enfants handicapés, précise-t-il.Mais les écoles privées sont en grande partie financées par le public alors qu\u2019elles n\u2019accueillent que 12 % des élèves.» Pour ce dernier, un financement stable et prévisible est nécessaire afin de répondre aux besoins.De meilleures conditions de travail La FAE dénonce aussi les faibles salaires des enseignants au Québec.Elle considère qu\u2019on demande aux professeurs d\u2019en faire plus avec moins.Les enseignants du Québec ont en ef fet les salaires les moins élevés au pays, ceux-ci étant de 10 000 $ à 20 000 $ plus bas que la moyenne canadienne, selon Statistique Canada.Une nouvelle période de négociations devrait être ainsi bientôt enclenchée.Le syndicat reproche la non-reconnaissance de la profession de la part du gouvernement, qui la déclare comme étant une priorité, mais qui ne coopère pas au moment des négociations.M.Mallette ne veut cependant pas avancer de chif fres concrets, qui seront amenés lors de prochaines négociations : selon lui, il ne faut pas seulement discuter de la charge de travail, mais aussi des conditions afin de lutter contre une détresse psychologique montante.En effet, il estime qu\u2019il existe un taux de désertion de près de 25 % chez les enseignants dans les cinq premières années de pratique.Le taux d\u2019absentéisme et les invalidités de longue durée augmenteraient aussi.Le nombre d\u2019élèves par classe est aussi un aspect à prendre en compte pour améliorer les conditions de travail et d\u2019enseignement.«On bourre les cours et nous avons par fois jusqu\u2019à 40 ou 50 élèves par classe! dé- nonce-t-il.Les gens qui disent le contraire font de l\u2019aveuglement volontaire», estime le président de la FAE.La FAE demande aussi un investissement dans les infrastructures en décrivant le parc immobilier comme ayant été laissé à l\u2019abandon.Et la reconnaissance ?La dernière revendication, soit la reconnaissance des compétences du corps professoral, semble être la plus absente des programmes des partis politiques.Pour ce professeur d\u2019histoire depuis 28 ans, l\u2019expérience se construit au quotidien et au fil des années.« Malheureusement, on dit aux professeurs quoi faire et comment le faire, explique-t- il.Il faut s\u2019assurer que les corps enseignants soient capables de choisir les approches pédagogiques adaptées à leurs élèves.» Pour M.Mallette, cette ingérence dans le travail ne s\u2019attaque pas au vrai problème, tout en ignorant la source des potentielles vraies solutions : les enseignants.Il dénonce notamment la façon dont la formation est amenée dans le débat.Selon lui, cela laisse entendre que les professeurs ne se forment pas.«On ne fait que montrer du doigt les professeurs au lieu d\u2019adapter le réseau d\u2019éducation.» Bien qu\u2019il ne veuille pas donner de consignes de vote à ses membres, le président semble désabusé par ces élections : « Au stade actuel de la campagne, les promesses formulées par les par tis nous semblent être bien plus des promesses qu\u2019une vraie volonté de faire de l\u2019école publique une priorité nationale.» « Le premier ministre a beau le nier, il n\u2019y a personne dans le réseau qui prétend que les compressions budgétaires n\u2019ont pas eu d\u2019effets » Le président de la FAE rapporte que le budget accordé aux commissions scolaires n\u2019est pas suffisant pour pallier les différents problèmes auxquels font face les élèves : handicap physique, décrochage scolaire, problème d\u2019attention, besoins en orthophonie, etc.ISTOCK S Y N D I C A L I S M E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 S E P T E M B R E 2 0 1 8 C 6 QUI DIT RATIOS DIT SÉCURITÉ.Infirmières Infirmières auxiliaires Inhalothérapeutes Perfusionnistes cliniques ?qsante.qc.ca Le 1er octobre, je vote pour la santé É L E C T I O N S 2 0 1 8 pourunreseauensante.com M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale T raditionnellement, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ne donne pas de consigne de vote à ses membres, « mais on fait tout le reste et on ne se gêne pas pour critiquer les politiques économiques, publiques et sociales, faire le bilan du gouvernement sortant et mettre sur la place publique nos préoccupations et nos aspirations, le tout dans une logique de politique non partisane», explique d\u2019entrée de jeu le président, Jacques Létourneau.Dans la présente campagne électorale québécoise, la CSN a choisi une approche déconcentrée : elle invite les militants de toutes les régions à interpeller leurs candidats sur la base du document Voir loin, viser juste, un manifeste adopté au dernier congrès de 2017 où apparaissent cinq principaux enjeux chers à la CSN et à son président.Voici ses commentaires \u2014 dans le désordre \u2014 sur l\u2019importance de la garantie d\u2019emploi de qualité et d\u2019un salaire décent, sur l\u2019universalité, l\u2019accessibilité et la qualité des services publics, sur la réforme de la Loi sur les normes du travail, sur les changements climatiques et sur la démocratie qui, selon lui, «est particulièrement malmenée ces jours-ci en Occident, où l\u2019on remarque des petites tendances à l\u2019autoritarisme.» Manque d\u2019initiatives «Le débat sur les finances publiques est d\u2019une pauvreté absolue ! » s\u2019inquiète le président, qui rappelle que le gouvernement fait aujourd\u2019hui des milliards de surplus alors qu\u2019il y a deux ans on disait que c\u2019était la catastrophe.En effet, la CSN croit que, malgré les réinvestissements annoncés, ces derniers seront loin de compenser les compressions passées.Selon lui, afin de résoudre le sous- financement des ser vices, il faut augmenter les revenus de l\u2019État selon lui.Et le contexte est idéal pour mettre en place une véritable fiscalité équitable : « parce qu\u2019on est en surplus budgétaire et, en faisant les efforts nécessaires, on peut y arriver.» Toutefois, Jacques Létourneau craint que la volonté ne soit pas au rendezvous: «Le Parti libéral s\u2019est payé notre tête ! On a carrément ri de nous autres ! », ajoute-t-il.« Ce gouvernement a mis en place une logique sur le plan des finances publiques et, au- jourd\u2019hui, il n\u2019y a plus personne qui remet ça en question ou, si on le fait, c\u2019est bien timidement.» Le secteur manufacturier préoccupe par ticulièrement la CSN, puisqu\u2019il a été passablement malmené ces dernières années.À la merci de la mondialisation et de la concurrence internationale, on a vu disparaître des milliers d\u2019emplois de qualité partout au Québec, dit-il.«Ça fait plusieurs années qu\u2019on répète aux gouvernements fédéral et provincial d\u2019être proactifs.Ils pourraient s\u2019inspirer des réglementations européennes qui obligent les entreprises à respecter des quotas d\u2019emploi », rappelle Jacques Létourneau qui déplore le manque d\u2019initiative : «Hydro- Québec a accepté sans sourciller que des emplois soient délocalisés à la suite de la fermeture de General Electric à La Prairie, un sous-traitant d\u2019Hydro.Même chose pour la Davie à Québec, qui est incapable d\u2019obtenir sa juste part de contrat\u2026 » Pour le président, une vraie politique manufacturière et industrielle « doit faire preuve de perspective plutôt que d\u2019être à la remorque des sautes d\u2019humeur de Donald Trump.» Responsabiliser Quand vient le temps de parler environnement et changements climatiques, Jacques Létourneau est clair : «Responsabiliser les entreprises, c\u2019est un minimum!» Dans son manifeste, la CSN en convient, il n\u2019est pas toujours facile d\u2019aborder les questions environnementales.Pourtant, selon la Confédération, il est possible de développer une vision qui conjugue les emplois, le soutien des personnes et la protection de l\u2019environnement.Comment?En faisant des pressions sur le gouvernement afin que tous les moyens soient mis en œuvre pour atteindre la cible de réduction des gaz à effet de serre.«On n\u2019a pas le choix, on ne peut pas sauvegarder nos emplois en ne faisant rien.L\u2019industrie évolue aujourd\u2019hui dans un contexte de développement durable».Jacques Létourneau fait un lien avec les problèmes auxquels le secteur des papiers et forêts et celui de la métallurgie ont déjà été confrontés ; « à l\u2019époque, il y a eu des transformations dans les procédés de production et on a alors impliqué les travailleurs parce que ce sont eux qui détiennent la compétence et la connaissance du travail, rappelle-t-il.Aujourd\u2019hui, pour atteindre les cibles, mettre sur pied quelque chose d\u2019innovant et qui s\u2019appuie sur l\u2019expertise des travailleurs, ça ne serait pas un luxe!» Impossible de parler d\u2019environnement sans aborder le sujet du transport collectif et de la mobilité en région.«Sérieusement, si on veut parler de grands chantiers de développement durable pour le Québec, il me semble qu\u2019on devrait réfléchir davantage à ce secteur », propose le président.«Tout le monde parle de la classe moyenne et de la famille ; c\u2019est une bonne nouvelle ! Mais ça prend des mesures structurantes et il faut modifier la Loi sur les normes du travail pour permettre la conciliation fa- mille-travail, ajout-t-il.Ce que propose la CSN sur le sujet va bien au- delà de la hausse du salaire minimum, qu\u2019elle juge nettement insuffisante pour sortir les gens de la pauvreté.Lorsqu\u2019il est question de la réforme de la Loi, la CSN souhaite qu\u2019elle permette une meilleure couverture et qu\u2019elle mette fin aux disparités de traitement.«Le Parti libéral a fait un petit pas en annonçant une augmentation du nombre de jours de congés payés et l\u2019ajout d\u2019une troisième semaine de vacances», précise Jacques Létourneau qui ajoute «qu\u2019il faudra plus qu\u2019une politique de boîte à lunch pour offrir aux familles des conditions qui leur permettent de concilier leurs responsabilités familiales et leur travail».Vivement des mesures structurantes! Le secteur manufacturier préoccupe particulièrement la CSN, puisqu\u2019il a été passablement malmené ces dernières années.GETTY IMAGES « On veut retrouver le même fil conducteur dans tous les secteurs où il faut plus de financement », répète Sonia Éthier, qui rappelle qu\u2019un enjeu important pour la CSQ est la décentralisation de la gestion des ressources humaines : « La loi 10 a fait en sorte de concentrer les pouvoirs entre les mains d\u2019un seul ministre, et les conseils d\u2019administration sont menottés.Il faut redonner plus de pouvoir aux établissements.» À l\u2019occasion de la présente campagne électorale, la CSQ a mis en ligne sur son site un tableau comparatif de nombre d\u2019engagements des dif férents partis.Il permet de voir où se situent les partis sur les enjeux les plus significatifs pour la CSQ.Dans le but d\u2019obtenir des réponses claires de la part des candidats, la CSQ a fait parvenir un questionnaire interpellant les chefs sur des sujets chauds.« Pour l\u2019instant, on a eu des réponses de la part de Québec solidaire et de la Coalition avenir Québec, mais on attend toujours celles du Parti québécois et du Par ti libéral », s\u2019étonne Sonia Éthier qui précise : « On les a questionnés entre autres sur le tarif unique en CPE et sur la maternelle 4 ans, sur le financement en éducation et on leur a demandé quelles étaient leurs intentions pour améliorer les conditions de travail et d\u2019exercice ainsi que leur point de vue sur la reconnaissance de l\u2019expertise.» « Présentement, on voit que les partis s\u2019en donnent à cœur joie pour faire des annonces qui séduisent les électeurs, les familles et les aînés\u2026 On promet beaucoup de choses, mais au lendemain des élections, qu\u2019en sera-t-il ?Est-ce que le parti qui formera le prochain gouvernement mettra en action ses promesses de campagne ?» lance Sonia Éthier avec prudence.S U I T E D E L A PAG E C 2 CSQ On constate que, même dans le réseau collégial, il y a de plus en plus d\u2019élèves aux besoins particuliers qui, pour réussir, doivent être entourés de personnel de soutien et de professionnels.ISTOCK "]
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