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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-09-22, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Danse Giselle recontée par Dada Lire Les Herbes rouges, la force de la forme Vivre L\u2019île japonaise de Kyushu, effervescente et volcanique rétroviseur embrasse forcément une partie de l\u2019histoire québécoise.« On obser ve les 50 dernières années, où on est rendus, ce qui reste de la Révolution tranquil le, ses échecs, ses réussites.Il y a de la frustration, de l\u2019humour.Puisqu\u2019on a cinq acteurs, on a des visions différentes.Certains sont plus sévères envers le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.D\u2019autres, comme Mireille, disent qu\u2019il y a eu beaucoup d\u2019amélioration.Il y a eu des chicanes.Et c\u2019est ce qui m\u2019intéressait : pas de montrer ce que, moi, je pense d\u2019eux, mais de les laisser se dévoiler.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Entrevue Le classique Giselle reconté par la Sud- Africaine Dada Masilo.Danse Odile Tremblay Cinéma Arts visuels Musique Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 6 5 8 18 35 16 4 24 28 25 42 44 46 48 50 52 54 50 ans des Herbes rouges La force de la forme célè- brée avec une anthologie et un spectacle au FIL.Louis Hamelin Fiction québécoise Entrevue avec Zoé Valdés Fiction Essai Louis Cornellier Voyage Découvrir Kyushu, dans le sud du Japon, hors des sentiers battus.Escapade Alimentation Vin Resto Bière Jeux SOMMAIRE 26 30 32 33 C U L T U R E Photo de la une du D : John Hogg Photo de la une Lire : Marie-France Coallier Le Devoir ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR La richesse de l\u2019âge La nouvelle création de Mani Soleymanlou donne la parole à une génération qui a vécu la transformation du Québec epuis 2011, Mani Soleymanlou construit petit à petit, sans l\u2019avoir vraiment prévu, un chemin théâtral qui l\u2019aura mené du je à l\u2019autre.Une série de spectacles identitaires qui, à partir de son solo autobiographique Un, conduit aujourd\u2019hui l\u2019auteur et metteur en scène à une création où il est, cette fois, totalement en retrait du portrait qu\u2019il croque.Neuf [titre provisoire] pourrait bien être l\u2019ultime pièce du cycle chiffré, et d\u2019une méthode de création basée sur l\u2019enregistrement verbatim de discussions avec les interprètes.« Chose cer taine, c\u2019est le dernier chif fre, parce qu\u2019après, ça devient des nombres », badine le créateur.Il s\u2019avoue fatigué de l\u2019omniprésence actuelle d\u2019une opinion exprimée à tout va.« Je trouve que la démocratisation de la [parole] a un peu tué le poids de la réflexion.C\u2019est ce qui me donne envie de passer à autre chose.Déjà dans cette pièce, il y a un ton un peu différent, parce que j\u2019avais envie d\u2019une écriture qui est moins de l\u2019ordre du langage parlé.D\u2019une œuvre plus écrite.» Il y donne aussi la parole à une génération qui n\u2019est pas la sienne, à travers un beau quintette d\u2019interprètes « vieillissants » : Mireille Mé- tellus, Henri Chassé, Pier re Le- beau, Marc Messier et Monique Spaziani.Après Cinq à sept et Ils étaient quatre, plusieurs acteurs et actrices issus de cette braquette d\u2019âge lui avaient exprimé leur envie de pouvoir, eux aussi, parler en leur propre nom sur scène.« Il y en a même qui m\u2019ont dit qu\u2019à un certain âge, ils sont \u201ccondamnés\u201d à jouer des personnages.» Le cinquantenaire du Théâtre d\u2019au- jourd\u2019hui lui a offert l\u2019occasion idéale de donner une liberté de parole à ces ar tistes âgés de 60 à 70 ans, une génération qui a souvent connu l\u2019ère de la création collective, mais qui n\u2019a plus beaucoup la chance d\u2019exprimer ainsi son point de vue sur scène, avance Soleymanlou.« Si je veux aller au bout de ma recherche sur ce qui nous définit, c\u2019est bien d\u2019écouter ceux et celles qui ont forgé la société dans laquelle on vit ; qui étaient au début d\u2019un changement du Québec.» Les personnages de Neuf sont réunis pour l\u2019enterrement d\u2019un ami.Une situation propice à une confrontation à leurs souvenirs et à leur propre finalité.Et ce regard dans le D On observe les 50 dernières années, où on est rendus, ce qui reste de la Révolution tranquille, ses échecs, ses réussites.Il y a de la frustration, de l\u2019humour.Puisqu\u2019on a cinq acteurs, on a des visions différentes.Certains sont plus sévères envers le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.D\u2019autres, comme Mireille, disent qu\u2019il y a eu beaucoup d\u2019amélioration.Il y a eu des chicanes.MANI SOLEYMANLOU » Neuf [titre provisoire] Texte et mise en scène de Mani Soleymanlou.Une création du Centre du Théâtre d\u2019aujourd\u2019hui et d\u2019Orange noyée, au Centre du Théâtre d\u2019aujourd\u2019hui, du 25 septembre au 20 octobre. | 3 T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Mani Soleymanlou qualifie la comédienne Mireille Métellus de la mémoire du groupe (« c\u2019est elle qui connaît le mieux l\u2019histoire du Québec »).MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Il ne faut rien dire devant Mani, sinon ça se retrouve dans le show.Il observe tout, c\u2019est pas possible.MIREILLE MÉTELLUS » Interprètes en liberté Après avoir nourri sa distribution par des questions, le créateur a enregistré 40 heures de discussions, un verbatim qu\u2019il a réécrit puis campé dans une situation dramatique.« On a parlé de tellement de choses, dit Mireille Métellus.De la mort, du pays, de mon amour de la lecture, de vieillir.D\u2019être fier de bien vieillir.Une discussion très ouverte.» Celle que Soleymanlou qualifie de la mémoire du groupe (« c\u2019est elle qui connaît le mieux l\u2019histoire du Québec ») était déjà rompue à sa méthode grâce à sa participation à Trois.L\u2019auteur taquine son actrice : elle ne le sait pas encore, mais elle aura un nouveau monologue à porter, sur le sexe.« Il ne faut rien dire devant Mani, sinon ça se retrouve dans le show, rigole celle-ci.Il observe tout, c\u2019est pas possible.» Mais si un interprète n\u2019est plus à l\u2019aise avec un discours prononcé, il modifie le texte.« C\u2019est un drôle d\u2019exercice de leur redonner leurs propres mots, retranscrits.Il y a toujours un moment où ils ont l\u2019impression que [ça ne vient] pas d\u2019eux : \u201cj\u2019ai jamais dit ça !\u201d » Explication : la retranscription fige hors contexte une parole qui s\u2019est construite dans le flot d\u2019une discussion, en sautant d\u2019une idée à l\u2019autre.Retranscrite, elle perd cette logique.« Il faut retrouver le chemin.» Dans Neuf, les comédiens portent donc leur propre parole, et deviennent eux-mêmes des personnages.Un processus auquel Mireille Métel- lus a pris goût.«Mais c\u2019est vrai que la première fois, c\u2019était difficile de parler de moi, sans être derrière un masque.C\u2019est plus engageant.» « Je vois que c\u2019est plus difficile pour eux, intervient son metteur en scène.C\u2019est une impudeur.La moindre chose est compromettante.Il faut faire confiance à la machine théâtrale, au filtre qui s\u2019installe.» Car en représentation, on n\u2019est jamais vraiment soi-même, rappelle le créateur, qui prend plaisir à ainsi « brouiller les pistes ».Pourquoi ces acteurs chevronnés, qui n\u2019ont plus rien à prouver, se sou- mettent-ils à cette mise en danger ?C\u2019est ce que Mani Soleymanlou juge extraordinaire.Le créateur est impressionné par l\u2019habileté et le savoir de son expérimentée distribution.Et à entendre ses aînés jaser corps, vieillesse et politique, le « jeunot » de 36 ans en profite pour recueillir des perles de sagesse.« Avoir accès à tant de vécu et d\u2019émotions accumulées sur scène, c\u2019est d\u2019une richesse extraordinaire.Et j\u2019ai été étonné de la détente avec laquelle ces acteurs vieillissent.Il y a une belle acceptation de l\u2019âge, de la vie et du moment présent.Je trouve ça très encourageant et j\u2019espère pouvoir vieillir avec autant de lucidité.» « Pourquoi se mettre à nu devant les gens comme ça ?rétorque Mireille Métellus.On n\u2019a pas fini de vivre.Tant qu\u2019on n\u2019est pas six pieds sous terre, on peut encore essayer de nouvelles choses.Et le théâtre nous permet ça.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D a n s e 4 | Musique(S) du feu Dimanche 30 sept.2018, 15 h Salle Pierre-Mercure - Métro Berri-UQAM Concert hommage aux compositeurs Gilles Tremblay et François Morel ( ) Ensemble de la SMCQ Walter Boudreau, chef ) ( Entrée libre Une présentation de la Société de musique contemporaine du Québec smcq.qc.ca ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Nos improbables existences Catherine Gaudet prend un nouveau virage aux motivations existentielles La pièce montre comment cinq individus \u2014 Caroline Gravel, Francis Ducharme, Leïla Mailly, James Phillips et Dany Desjardins, ici en répétition \u2014 tentent de s\u2019extirper de leur quotidien et d\u2019accéder à un état de conscience plus ouvert en créant des sortes de rituels.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR est avec un rapport renouvelé à la création et au spectateur que Catherine Gaudet amorce un nouveau cycle.Connue pour la frontalité de ses pièces, la chorégraphe laisse de côté l\u2019aspect confrontant qui caractérisait ses précédentes créations (Tout ce qui va revient, Au sein des plus raides ver tus) pour chercher à plonger le spectateur dans un autre état de C\u2019 conscience et un autre espace-temps.« Je suis entrée en studio portée par un nouvel élan, avec un regard frais», affirme la créatrice, qui prend en l\u2019occurrence ses distances avec la théâtralité qu\u2019elle affectionnait tant.« Je ne m\u2019attendais pas à avoir envie de créer autrement.Je pensais même revenir à mes bases, mais j\u2019étais incapable de voir les interprètes entremêlés dans l\u2019espace et être dans une forme qui n\u2019était pas assez claire.C\u2019est comme si mon regard était déshabitué à la complexité de ce qui pouvait se passer en studio.» Elle a adhéré alors à son élan premier et s\u2019est centrée sur la composition de formes simples circulaires et en spirale, et des mouvements d\u2019aller-retour.L\u2019af fadissement du merveilleux, titre volontairement littéraire, présage une tension entre deux extrêmes.Le merveilleux, pour Catherine Gaudet, se loge dans le simple fait d\u2019être et d\u2019exister sur cette planète, cette chimie improbable des éléments d\u2019où surgit la vie.«Les danseurs sont des êtres qui sont exactement au point central entre le merveilleux et la prison de leur condition.Dans la pièce, ils sont comme des oracles.Les époques, les civilisations, les humanités les traversent.Je leur donne la consigne de se décoller de l\u2019affect et d\u2019incarner les images qui leur viennent, mais d\u2019une manière détachée.Ils sont prisonniers de leur condition d\u2019humain, celle qui les pousse à répéter éternellement les mêmes schémas.Ce qui fait en sorte que dans nos vies, notre perspective rapetisse, qu\u2019on ne voit que les soucis du quotidien sans plus considérer l\u2019aspect improbable de notre incarnation.» Temps circulaire et cycles À travers un basculement constant entre fadeur et merveilleux, la pièce montre comment cinq individus \u2014 Dany Desjardins, Francis Ducharme, Caroline Gravel, Leïla Mailly, et James Phillips \u2014 tentent de s\u2019extirper de leur quotidien et d\u2019accéder à un état de conscience plus ouvert en créant des sortes de rituels.L\u2019idée d\u2019un temps circulaire est mise de l\u2019avant, tandis que les lignes de temps des individus s\u2019entremêlent à la ligne de l\u2019humanité : « Nos petits temps individuels, ces cercles concentriques qui s\u2019additionnent, créent le temps de l\u2019humanité », affirme la créatrice.D\u2019où le choix d\u2019établir un lien entre des images à la fois quotidiennes et banales et la vision d\u2019une fresque, forme qui, dans l\u2019histoire de l\u2019art, sert à représenter et fixer une époque.Intimement lié à la circularité du temps, le cycle est devenu un thème central de sa création.« Les cycles font le lien avec ce constat du merveilleux, cette espèce de cycle de vie et de naissance, de commencement et de fin, une circularité incessante qui crée l\u2019univers dans lequel on vit.Pour moi, c\u2019est une manière de me rattacher à la sensation du grandiose et à ce qui nous dépasse.» Quant aux œuvres qui l\u2019ont influencée, Catherine Gaudet nomme la conception du temps dans The Arrival, film de Denis Villeneuve, ainsi que le chef- d\u2019œuvre de Kubrick, 2001, l\u2019odyssée de l\u2019espace.Un tournant serein Jusqu\u2019alors, la créatrice s\u2019attachait à faire vaciller le masque social et son vocabulaire chorégraphique impliquait une esthétique de la défaillance.Une démarche singulière qui a fait son renom.Ce nouveau tournant, même s\u2019il implique une prise de risque, reflète pourtant un rapport à la création beaucoup plus serein pour la chorégraphe : «Avant, le fait de me mettre en représentation en tant qu\u2019ar tiste me confrontait beaucoup.Ça me faisait violence et ça imprégnait mes pièces.C\u2019est comme si, par le passé, je sentais qu\u2019il n\u2019y avait pas de place à l\u2019échec.Ça me terrifiait et j\u2019avais un peu envie de me rebeller contre ça.» Même si elle observe une tentative de réhabilitation du droit à l\u2019échec dans les discours entourant l\u2019art du spectacle, dans le système actuel, cette place fondamentale reste chimérique à ses yeux : « On vit dans une société du spectacle.Surtout à cette époque-ci, on vit de spectacle en spectacle.Ta réputation dans le milieu tient jusqu\u2019à la prochaine création », conclut-elle en assurant que, désormais, elle se sent personnellement dégagée de cette pression et prête à élargir ses perspectives.L\u2019affadissement du merveilleux Une chorégraphie de Catherine Gaudet (Lorganisme) avec Dany Desjardins, Francis Ducharme, Caroline Gravel, Leïla Mailly et James Phillips.À l\u2019Agora de la danse, du 26 au 29 septembre.| 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 «Quand on va au cinéma, on lève la tête.Quand on regarde la télévision, on la baisse », disait Jean-Luc Godard, en étreignant de son siège le panorama du grand écran.L\u2019expérience cinéphilique donne désormais par-dessus le marché l\u2019occasion de lever la tête de son cellulaire et de sa tablette, en embrassant un horizon plus large que celui d\u2019une enveloppe brune ou d\u2019un timbre-poste.Sous multiplication des miniplate- formes où les films compriment leur substance, la naissance d\u2019une salle de cinéma est devenue un acte de résistance et de foi.Alors quand deux d\u2019entre elles, Cinéma Moderne et le Cinéma du Musée, voient le jour dans notre métropole à une semaine d\u2019intervalle, on sent ses antennes osciller entre perplexité et espoir.Est-ce que ça va marcher ?Lundi dernier, en plein Mile-End, au 5150 boulevard Saint-Laurent, Cinéma Moderne venait au monde.54 sièges et une programmation diversifiée entre classiques et primeurs pour public adulte ou enfantin, avec café bar afférent, dont les consommations se transportent devant l\u2019écran.Le lieu, à la fine pointe côté son et image et projecteurs, servira durant le jour souvent de studio de mixage et de colorisation pour la boîte Post-Moderne.Il entend accueillir aussi des événe- ments privés, des festivals, miser sur la diversification des sources de revenus pour garder le cap.Et pourquoi pas, après tout ?En fermant un peu les yeux là-bas, on se croirait de retour aux beaux jours du Parallèle et du café Méliès, avant 1999, sous le règne de Claude Chamberlan, du temps où la salle à la faune bourdonnante n\u2019avait pas encore pris ses quartiers au défunt Excentris.Même si l\u2019époque romantique du coude-à-coude perpétuel devant les gars des vues appartient au folklore de la Main et autres lieux chauds du septième art montréalais, le pari des cinémas indépendants de quartier comme espaces de vie, de rencontres et d\u2019événements spéciaux reprend de la graine.Après tout, une jeune clientèle bohème, artiste et branchée hante le Mile-End.Reste à percer les bulles du temps où chacun s\u2019enferme.Roxanne Sayegh, qui dirige Cinéma Moderne avec Alexandre Domingue, évoque un projet viable et fragile, appelé à s\u2019adapter tout en souplesse aux besoins de la clientèle.Des petites salles vouées à des Lever la tête au cinéma ODILE TREMBLAY propositions cinématographiques de qualité existent ailleurs, remarquez, tels le Station Vu dans l\u2019Est ou le Dollar Cinema dans N.-D.-G.À plus vaste échelle, le Beaubien et le Cinéma du Parc se sentaient seuls sur leurs îles respectives.Depuis le temps que des projets de nouvelles salles naissaient, mouraient, poireautaient sous rumeurs et déceptions, on avait fini par croire à un mauvais génie acharné sur Montréal.Le rêve de relance du Quartier- Latin par MK2 se sera effondré après que la maison française eut perdu son procès contre Cineplex, qui continue à l\u2019opérer.Un manque d\u2019éducation au septième art dans les écoles fait trembler l\u2019avenir du film d\u2019auteur.L\u2019âge moyen des spectateurs a augmenté devant ces œuvres-là, qui peinent à faire salle comble.Où est la relève du public ?Mais trêve de mélancolie ! Certains refusent d\u2019avaliser le déclin des audiences du septième art indépendant en nos terres.Le chemin du musée Mardi prochain, le Cinéma du Musée ouvrira devant nous ses portes au MBAM sur Sherbrooke.Il s\u2019invite sur le site de l\u2019ancien auditorium Maxwell- Cummings, longtemps utilisé par Fantasia et autres rendez-vous de films, dûment rebaptisé, désormais rénové «high-tech», sur programmation quotidienne.Le tout sous la gouverne de Mario Fortin, déjà à la tête du Beau- bien et du Cinéma du Parc.294 places, rien de moins.Les étudiants de McGill et de Concordia sont une clientèle courtisée à deux pas, mais le but consiste à ratisser plus large.Depuis la fermeture du Parisien à l\u2019Excentris, Mario Fortin gémissait, jugeant le manque d\u2019écrans néfaste pour Montréal, où les films ne tiennent pas l\u2019affiche assez longtemps pour trouver leur pleine audience.Ses propres salles marchent mieux que le Quartier-Latin, faut dire.Il connaît la musique.Autant lui faire confiance.Le Cinéma du Musée, voué aux clientèles francophone et anglophone par sous-titrage, fonctionnera en réseau, lancera des films art et essai de prestige en primeur in situ avant de leur offrir une seconde vie au Beau- bien et au Cinéma du Parc.Il accueillera des festivals, très bientôt celui du Nouveau Cinéma, liant parfois des projections aux expositions du Musée des beaux-arts de Montréal.On souhaite la meilleure des chances à tout ce beau monde, touchant du bois, histoire de conjurer les sirènes des nouvelles plateformes, Netflix et compagnie.La ville a du chemin à rattraper en matière de cinéphilie.Rêvons qu\u2019il lui reste assez de souffle pour entreprendre en levant la tête, seule et avec d\u2019autres, les enivrants pèlerinages devant les grands écrans, ceux qui s\u2019ancrent dans la mémoire pour longtemps.Les danseurs sont des êtres qui sont exactement au point central entre le merveilleux et la prison de leur condition.Dans la pièce, ils sont comme des oracles.Les époques, les civilisations, les humanités les traversent.Je leur donne la consigne de se décoller de l\u2019affect et d\u2019incarner les images qui leur viennent, mais d\u2019une manière détachée.CATHERINE GAUDET » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D a n s e 6 | Q&R La chorégraphe d\u2019Afrique du Sud Dada Masilo aime décorseter les grands classiques du ballet.Pointes ôtées et tutus bas \u2014 elle en orne les hommes plutôt que les femmes dans un fluide mélange des genres qui fait fi des traditions \u2014, elle conserve les histoires des Roméo et Juliette, Carmen ou Lac des cygnes (passé ici en 2016) pour les reconter en points de vue et gestes contemporains, mâtés de pas de danse africaine.Cette fois, c\u2019est Giselle (Jean Coralli et Jules Perrot, 1841), ballet romantique par excellence, qu\u2019elle passe au tordeur Dada.Discussion sur la recontextualisation et la réappropriation.Giselle recontée par Dada La chorégraphe sud-africaine Dada Masilo décorsette les classiques à force de contemporain, de danse africaine et de mélange des genres ENTREVUE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Pourquoi cet intérêt à revisiter les classiques du ballet ?J\u2019aime les classiques.Entre autres, parce qu\u2019ils m\u2019ont formée, à travers le ballet et la danse contemporaine.Plus jeune, je dansais beaucoup des œuvres abstraites, où les corps ne sont finalement rien d\u2019autre que bou- geants et mouvants dans l\u2019espace \u2014 ce qui est bien.Mais je voulais plus, je voulais faire plus, et m\u2019exprimer davantage.Je me suis tournée vers les classiques à cause de leur trame narrative.J\u2019adore les narrations.J\u2019adore raconter des histoires.Et avec mon background en ballet, ça marchait très très bien pour moi.Maintenant, je les réinterprète : je les monte pour parler des problématiques actuelles, qui ont cours maintenant, en 2018.Je dévêts les classiques de leurs robes de contes de fées et les ramène dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, afin que chacun puisse entrer en relation avec cette œuvre dans une optique de 2018 plutôt que de 1840.Et pour la gestuelle et la musique ?Je pars de la chorégraphie et la reconstruis d\u2019une manière contemporaine.Je fusionne et utilise différentes techniques \u2014 dans Giselle, il y a du contemporain, un peu de ballet, pas beaucoup, et une danse traditionnelle issue de ma culture, le tswana \u2014 pour créer et composer différentes dynamiques, et parce que c\u2019est un défi d\u2019apprendre quelque chose de nouveau.Ici, j\u2019ai travaillé pour la première fois avec un compositeur [Philip Miller].Comme je voulais camper ma Giselle aux racines de l\u2019Afrique, c\u2019était important qu\u2019il y ait des voix africaines et des percussions.Et pourquoi Giselle ?Souvent, je trouve que les classiques du ballet victimisent les femmes.La femme y est douce, gracieuse, peureuse, amoureuse, et toujours elle pardonne.Dans ce monde qui est au- jourd\u2019hui le nôtre, un monde assez dur, disons-le, assez dur pour les femmes, je crois et pense qu\u2019il est temps de donner la puissance aux femmes [empowerment], de leur | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L E S F L Â N E U RS Dès le début de sa prolifique carrière, Amélie Nothomb a étonné autant par la fulgurance de son talent que par l\u2019excentricité de sa personne et ses confessions farfelues.Qui est-elle vraiment?Difficile à dire puisque le personnage médiatique qu\u2019elle a habilement créé se confond avec la femme qu\u2019elle est réellement.Aussi fascinant qu\u2019agaçant, La bouche des carpes, recueil d\u2019entretiens menés de 1995 à 2001 par l\u2019écrivain et plasticien belge Michel Robert avec la romancière qui est devenue son amie, nous la révèle dans toute sa vulnérabilité et sa perversité.Les facéties d\u2019Amélie Avant de mourir, les comédiens Gilles Pelletier et Françoise Graton ont gravé sur la pellicule l\u2019infinie tendresse de leurs amours vieillissantes.Cela a donné un court métrage lumineux, Anatomie, réalisé et scénarisé par Patrick Bossé, qu\u2019on peut trouver sur le site de l\u2019ONF.Au cours des huit minutes presque muettes du film, sur une douce musique du groupe Forêt, les secondes s\u2019étirent au rythme des respirations.Les vieux amants dansent, caressent leurs bras ridés, croisent leurs pieds aux orteils tordus d\u2019arthrite, embrassent leurs fronts chargés de souvenirs, dans une acceptation bienveillante de l\u2019âge et de sa richesse.Un film à voir pour apprendre à vieillir, pour apprendre à aimer.Magnifique.L\u2019amour en cadeau Après avoir rigolé des erreurs de français dans le monde du sport, le chroniqueur Olivier Niquet (La soirée est encore jeune) lance, lundi, Le club des mal cités, son deuxième recueil de citations \u2014 il y en a près de 400 \u2014 aussi véridiques que rigolotes.Au cœur de l\u2019exercice: la politique et les différents joueurs qui y naviguent.Les classiques «pogo dégelé» ou «roue à trois boutons» s\u2019y retrouvent, mais le livre va beaucoup plus loin, soulignant les dérapages des uns et l\u2019incompétence des autres.Exagérations, lapsus, langue de bois ou langues fourchues alternent dans une mise en page éclatée.Assister à Rigoletto, populaire opéra aux arias connus universellement, c\u2019est, au mieux, s\u2019offrir le plaisir de comparer avec de précédentes versions cette œuvre phare de Verdi.Or, celle de l\u2019Opéra de Montréal, mise en scène de Michael Cavanagh, est la plus dynamique qu\u2019il m\u2019ait été donné de voir.J\u2019ai goûté les voix du ténor René Barbera en duc au cœur d\u2019artichaut et de la sensible soprano Myriam Leblanc en blanche figure du sacrifice comme la direction musicale du chef Carlo Montanaro.Goûter aux voix Trésors de la langue (fourchue) ODILE TREMBLAY PHILIPPE PAPINEAU MANON DUMAIS CAROLINE MONTPETIT Dada Masilo (2e à gauche) interprète Giselle, entourée de danseuses.JOHN HOGG laisser savoir qu\u2019elles sont fortes, qu\u2019elles n\u2019ont plus à avoir peur de leur force\u2026 afin qu\u2019elles ne soient plus seulement des humains soumis, obéissants.Je pense que nous devons, femmes, trouver notre propre force.Et c\u2019est pourquoi Giselle me semblait nécessaire.Je ne voulais pas qu\u2019elle soit une victime, je ne voulais pas la montrer comme ça.Ça semble un paradoxe.Giselle est un archétype romantique féminin : elle aime jusqu\u2019à la folie, jusqu\u2019à en mourir, Albrecht, qui lui cache qu\u2019il est fiancé à une autre.Les fantômes des jeunes fiancées défuntes, les wi- lis, moitié-fées moitié-harpies, planent.Giselle les rejoindra, Albrecht le trompeur sera sauf.Ici, vos wilis sont autant hommes que femmes, et « l\u2019acte blanc» vire au rouge.Vous travaillez encore l\u2019androgynie.Pourquoi ?J\u2019aime estomper les limites parce que je n\u2019aime pas les cadres ni les boîtes, et je trouve que nous aimons tous trop, en général, comme humain, mettre les autres dans des petites cases, les étiqueter.J\u2019aime casser ces barrières-là.Et je crois que nous ne pourrons jamais être égaux si nous n\u2019arrivons pas à sortir ces cadres et cases du paysage \u2014 les femmes d\u2019un côté, les hommes de l\u2019autre.C\u2019est une manière d\u2019égaliser, en quelque sorte, d\u2019harmoniser, de sortir de cette hiérarchie qui sous- entend que les hommes sont plus forts que les femmes, etc.En travaillant ces grandes œuvres, comment décidez-vous de ce que vous y gardez et de ce que vous refaites ?C\u2019est toujours une question intéressante.Nous nous sommes assis, et nous avons, avec la compagnie, beaucoup discuté ce sujet.Ça se fait en regardant beaucoup, en visionnant la version classique, en observant comment l\u2019histoire se déplie, en observant ce qui n\u2019appartient pas à ce que nous voulons dire\u2026 Mais je cherche aussi à rester collée à l\u2019histoire, à la narration originale de Giselle, car je crois que c\u2019est important.Et en même temps, tout ce que j\u2019estime non nécessaire, je ne l\u2019utilise pas.Les émotions sont importantes, dans votre travail et pour vous.Yeah.Pourquoi ?Parce que je nous vois comme des êtres « sentants » et sensibles [we are feeling beings], et quand un public se décide, se déplace et vient me voir, c\u2019est important qu\u2019il ressente quelque chose \u2014 tristesse, colère, rire, joie\u2026 peu importe.Conter des histoires, c\u2019est chercher à rejoindre les gens aussi, intérieurement, intimement, pas seulement en surface.C\u2019est très important pour nous aussi en tant que performeurs [Mme Ma- silo danse elle-même Giselle].Sur scène, si nous ne donnons pas nos émotions, les spectateurs ne les sentiront pas.Nous avons, nous, danseurs, d\u2019abord à sentir et à ressentir.Et maintenant ?Nous avons une longue tournée de Giselle à terminer, mais je travaille déjà sur le Sacre du printemps.Pourquoi ce classique-là ?Parce que la musique de Stravinky me rend folle [rires].Dans le bon ou le mauvais sens ?Les deux [rires].Il suffit qu\u2019une chose me semble impossible pour que j\u2019aie envie de m\u2019y attaquer, de la rendre possible.Est-ce que votre appropriation des classiques est un geste politique ?Je ne commence jamais à travailler d\u2019un point de vue politique.Je m\u2019attaque à quelque chose qui m\u2019intéresse, et je comprends et suis consciente que les gens vont le lire à leur manière, peut- être politiquement.Je travaille seulement d\u2019un point de vue d\u2019artiste intéressée à réinterpréter les classiques.C\u2019est politique, ce l\u2019est, je ne peux retirer cet aspect de mon travail; mais comme chorégraphe, ce n\u2019est pas mon intention.Mon intention, c\u2019est de me challenger comme conteuse [story teller], danseuse et chorégraphe; prendre un classique, très populaire et connu, et de voir comment je peux raconter autrement cette histoire.La reconter.Giselle De et avec Dada Masilo, avec 14 danseurs.Présentée par Danse Danse, à Place des Arts, du 25 au 29 septembre.Atelier de danse pour tous, guidé par Dada Masilo (en anglais), à Place des Arts, le 29 septembre à 14h.Inscription sur le site dansedanse.ca. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 8 | ENTREVUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Laura Bari, la faiseuse de rêves La documentariste clôt sa trilogie sur la métamorphose par l\u2019art avec deux survivantes de sévices sexuels Celle qui s\u2019appuie sur la poésie et la métaphore pour aborder des sujets difficiles estime que l\u2019art et le cinéma sont les meilleures thérapies.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Je pars de l\u2019idée que nous sommes tous des survivants.Mais certains sont des êtres super exceptionnels, des boys ou girls next door dont l\u2019histoire est incroyable.Je m\u2019intéresse aux héros ordinaires.» Professeure au cégep, poète dans l\u2019âme, apôtre de la cause des enfants, Laura Bari est aussi cinéaste.Une documentariste au style unique, empreint de réalisme magique.Son troisième long métrage, Primas, peut être ancré dans le drame social le plus terrible (les sévices sexuels sur des mineures), les teintes d\u2019onirisme dégagent de l\u2019espoir et même du bonheur.Rocio et Aldana ont subi, à des kilomètres de distance, des histoires d\u2019horreur.La première a été kidnappée, violée et abandonnée en flammes, laissée pour morte par son bourreau.Elle a survécu et a accepté de se livrer à la caméra cinq ans après les faits.La seconde a été agressée pendant des années par son propre père.La peur et la honte l\u2019assaillaient, mais elle a fini par dénoncer l\u2019homme.Quand la cinéaste l\u2019a appris, elle commençait à tourner avec Rocio.Primas réunit ces deux cousines éloignées, en toute logique.Celle qui s\u2019appuie sur la poésie et la métaphore pour aborder des sujets difficiles estime que l\u2019art et le cinéma sont les meilleures thérapies.Y compris pour elle, Laura Bari, sœur du père d\u2019Aldana.« Il faut transformer les immondices en poésie, c\u2019est très clair pour moi, af firme-t-elle.Je veux que le processus de construction d\u2019un imaginaire et l\u2019ensemble des solutions » | 9 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Il faut transformer les immondices en poésie, c\u2019est très clair pour moi.Je veux que le processus de construction d\u2019un imaginaire et l\u2019ensemble des solutions créatives d\u2019un projet transforment les gens, les personnages, l\u2019équipe, le public.LAURA BARI » créatives d\u2019un projet transforment les gens, les personnages, l\u2019équipe, le public.» Pas de victimes Un film peut changer les mentalités.Mais ne dites pas à la réalisatrice d\u2019origine argentine, Minou de son vrai prénom, que celui-ci s\u2019inscrit dans la mouvance #MoiAussi.« Je ne veux pas qu\u2019on voie mes personnages en victimes.Je dirais plutôt #Respecto, #Basta, dit-elle.C\u2019est Aldana qui me l\u2019a fait comprendre, alors qu\u2019on était au festival de Mar del Plata.Elle s\u2019est enflammée lorsque quelqu\u2019un a avancé le mot \u201cvictime\u201d.Pour Aldana, je les traitais comme des personnes, qui avaient vécu [certaines choses].» Ses personnages, deux de ses nièces, elle ne les aurait pas vraiment connus si ça n\u2019avait pas été de ses projets cinématographiques.Deux de ses documentaires, ce Primas qui prendra l\u2019affiche à la fin du mois et le précédent, Ariel (2013), ont été tournés en grande par tie dans ses terres natales.Des terres où on l\u2019appelle volontiers « Minou Noel », tellement la grandeur d\u2019âme fait sa réputation.Généreuse, Laura Minou Bari ?Demandez-lui pour quelle raison elle a choisi, il y a 25 ans, de s\u2019établir à Montréal, elle vous expliquera d\u2019abord pendant 15 minutes pourquoi elle a quitté l\u2019Argentine.Peu importe la question, sa réponse sera ponctuée d\u2019anecdotes, de souvenirs, de détours, de «Oh! là» et autres interjections interdites de publication.C\u2019est l\u2019enregistreuse qui n\u2019en pouvait plus ; elle s\u2019est arrêtée, pleine à craquer.« Mon énergie me rend insupportable, reconnaît la cinéaste.Je suis la première qui se lève, la dernière qui se couche.» C\u2019est ce qui lui permet de tomber sur des moments inattendus, des « synchronismes », comme el le les qual i f ie , qui lui tombent du ciel.« Le phoque, le phare, la pleine lune, c\u2019est super kitsch, mais c\u2019est ce à quoi j\u2019ai eu droit, raconte-t-elle, au sujet de la séquence qui ouvre et ferme Primas.L\u2019animal s\u2019est mis à bouger, a pris la position fœtale.Je le croyais mourant, alors qu\u2019il respirait.J\u2019ai tourné pendant 45 minutes.» Six heures à huis clos Laura Bari travaille avec une équipe de cinq personnes, mais c\u2019est elle qui tient la caméra, parfois la perche de son.Elle fait aussi le montage.Son rapport à l\u2019œuvre est très personnel.Et comme ses sujets relèvent de l\u2019intime, ça se tient.Surtout avec Primas.Une des scènes dont elle est le plus fière réunit pour la première fois les deux cousines.Le f i lm roule depuis 40 minutes et elles se racontent leurs douloureux passés.Ça sert aussi le spectateur, qui ne connaît pas encore vraiment les faits.« La caméra a brûlé, dit celle qui a filmé à huis clos durant\u2026 six heures.Je leur ai seulement dit de se parler, entre elles.Si elles voyaient la caméra, de faire comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un arbre et de continuer.C\u2019était ma seule indication.» Des moments de grandes émotions, entre pleurs et rires, drames et joies, abondent dans le long métrage.Laura Bari en a pris conscience à force de le présenter dans des festivals.Les gens l\u2019enlacent, pleurent avec elle, y compris des hommes.Prix du public au Festival interna- cional de cine de Mar del Plata, Prix du jury à Toulouse et à Istanbul, ce « film éprouvant » a fait le tour de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique latine, s\u2019arrêtant en Grèce, en Pologne, au Pérou.Au Québec aussi, notamment aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal en 2017, et tout juste il y a quelques jours au Festival de cinéma de la Ville de Québec.Primas conclut une trilogie consacrée à des survivants et commencée avec le garçon aveugle d\u2019Antoine (2009).Des survivants à qui Laura Bari lance le défi de réaliser un projet, un rêve.« Je suis une dream travel filmmaker, une faiseuse de rêves.Tu as un rêve, on le fait », dit l\u2019enseignante au Cégep du Vieux Montréal en techniques d\u2019éducation à l\u2019enfance. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Ce sera bientôt la fin des classes et pour Léonie, Léo, la fin des études secondaires.L\u2019été qui sera bientôt là s\u2019annonce déterminant puisque ce sera, possiblement, le dernier qu\u2019elle passera dans ce patelin qu\u2019elle abhorre.Mais voilà, Léo ne sait trop ce qu\u2019elle entend faire de son avenir, plus intéressée qu\u2019elle est à vivre le présent.Et, de fait, c\u2019est dans cet entre-deux, dans cette période de flottement où il puise une matière dramatique insoupçonnée, que Sébastien Pilote campe La disparition des lucioles, sacré meilleur film canadien au TIFF.Il s\u2019agit du troisième long métrage du cinéaste, qui a confié avoir voulu écrire et réaliser un film plus léger que ses précédents.C\u2019est le cas, mais cela ne fait pas de La disparition des lucioles un opus mineur pour autant.Au contraire, La disparition des lucioles revêt toutes les caractéris- t iques d\u2019un f i lm char nière.Les grands thèmes chers à l\u2019auteur sont là, mais présentés autrement en une forme de renouveau interne aussi sain que réjouissant.Ainsi, après Le vendeur et Le démantèlement, où les protagonistes étaient des hommes en fin de parcours, l\u2019un, vendeur de voitures forcé à un bilan existentiel auquel il n\u2019est pas préparé, l\u2019autre, fermier qui se résout à vendre terre, troupeau et maison, Pilote s\u2019attarde-t-il plutôt au destin d\u2019une jeune fille pour qui tout commence.La continuité, car elle est là, réside dans ce que, comme ses prédécesseurs, La disparition des lucioles s\u2019intéresse de près à la relation père- fille(s).Si ce n\u2019est qu\u2019ici, distinction fondamentale, ce n\u2019est plus au point de vue du père que s\u2019arrime l\u2019auteur, mais à celui de la fille.Léo, héroïne Il en résulte, sans mauvais jeu de mots quant au titre, un côté lumineux, vivifiant.Cela, même lorsque Léo (Karelle Tremblay), une misanthrope autoproclamée, affirme n\u2019aimer ni le monde ni les gens en dépit de ses efforts les plus vaillants.Il faut dire qu\u2019elle a de quoi être prématurément aigrie.En effet, on impute la fermeture d\u2019une usine, principal moteur économique local, à son père, Sylvain (Luc Picard), président du syndicat qui s\u2019est, depuis, exilé dans le Nord.Animateur de radio populiste dans la région, Paul (François Papineau), devenu le beau- père de Léo, a nourri cette perception (la morosité économique dans les petites villes est en toile de fond de tous les films de Pilote).À ces deux figures paternelles, l\u2019une, absente et idéalisée, l\u2019autre, présente et détestée, s\u2019ajoute une troisième : Steve (Pierre-Luc Brillant), adules- cent qui vivote en donnant des cours de guitare depuis le sous-sol de maman, où il réside toujours.Extrêmement bien construit, le film verra Léo régler ses comptes avec ladite figure paternelle en affrontant, chacun leur tour, les trois hommes en orbite autour de sa vie, de son récit.Écriture maîtrisée Récit que Sébastien Pilote raconte avec un style plus coloré qu\u2019à l\u2019accoutumée, à dessein.Il se dégage de La disparition des lucioles un côté suranné, rétro, absolument irrésistible car ni trop subtil ni trop appuyé, avec, au premier chef, la musique orchestrale de Philippe Brault, entre Herr- mann et Legrand, qui vient magnifier la banalité du contexte en un contraste éblouissant.Dans le même ordre d\u2019idées, avec ses couleurs primaires croquantes, le maître directeur photo Michel La Veaux recrée un look technicolor d\u2019antan qui s\u2019inscrit en faux avec la morne modernité ambiante.On pense également à ces deux scènes dans un diner, lieu connoté s\u2019il en est, où se déroulent la rencontre, puis les adieux faits sans être formulés, entre Léo et Steve.De tels choix exemplifient combien Pilote maîtrise l\u2019écriture, jouant de motifs récurrents et de répétitions pour mieux boucler ses boucles narratives.Prenez, encore, ces trois scènes lors desquelles Léo, après un mois de leçons, joue de la guitare à Sylvain, puis à Paul, puis à Steve, avec chaque fois des teneurs dramatiques différentes, mais complémentaires.La disparition des lucioles compte parmi ces œuvres qui, sous des dehors de quotidienneté et de tranquillité, recèlent maints tourments et bouleversements.Feu intérieur Toutes choses que Sébastien Pilote traite, dans sa direction d\u2019acteurs, tous excellents au demeurant, en privilégiant l\u2019économie plutôt que l\u2019effusion.On en veut pour preuve cette scène lors de laquelle, au cours d\u2019une nuit de complicité amicale au ter rain de basebal l où travai l le Léo, Steve, dans l\u2019expectative, l\u2019ob- ser ve non parce qu\u2019il s\u2019apprête à lui faire des avances, mais parce qu\u2019 i l se demande si c \u2019est là ce qu\u2019elle attend de lui.Léo lui répond avec un signe de dénégation à peine perceptible à l\u2019issue duquel l\u2019enchantement nocturne reprend ses droits sans malaise aucun.Cette séquence, d\u2019une délicatesse folle, met en valeur le talent exceptionnel tant de Pierre-Luc Brillant que de Karelle Tremblay.Toutefois, c\u2019est d\u2019abord sur les épaules de cette dernière que repose le film.Dotée d\u2019une présence peu commune, Karelle Tremblay suggère chez Léo un feu contenu qui, le moment venu, jaillira.C\u2019est dire que sous ses dehors d\u2019intériorité, Karelle Tremblay est, dans La disparition des lucioles , incandescente.La disparition des lucioles ?Comédie dramatique de Sébastien Pilote.Avec Karelle Tremblay, Pierre-Luc Brillant, François Papineau, Marie- France Marcotte, Luc Picard.Québec, 2018, 96 minutes.L\u2019autre déesse des mouches à feu La disparition des lucioles de Sébastien Pilote consacre une Karelle Tremblay magnifique La disparition des lucioles compte parmi ces œuvres qui, sous des dehors de quotidienneté et de tranquillité, recèlent maints tourments et bouleversements.LES FILMS SÉVILLE | 1 1 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 UNE CRÉATION POUR LA SCÈNE DE PIERRE YVES LEMIEUX \u2014 D\u2019APRÈS LE ROMAN DE MISE EN SCÈNE ALICE RONFARD AVEC Valérie Blais Patrice Coquereau Larissa Corriveau Benoît Drouin-Germain Emmanuel Schwartz À l\u2019affiche ! TNM.QC.CA \u2014 Élie Castiel, revuesequence.org IL FAUT COMMENCER PAR SE RÉJOUIR DU RETOUR D\u2019ALICE RONFARD AU TNM.[\u2026] LA DISTRIBUTION, SANS FAILLES, EST BRILLAMMENT MENÉE PAR EMMANUEL SCHWARTZ EN VOLTAIRE.\u2014 Christian Saint-Pierre, Le Devoir LES COMÉDIENS, TOUS EXCELLENTS.LA PIÈCE EST FURIEUSEMENT D\u2019ACTUALITÉ.\u2014 Evelyne Charuest, Gravel le matin, R-C, ICI Première [\u2026] UNE BRILLANTE ADAPTATION DU ROMAN DE VOLTAIRE.\u2014 Sophie Jama, quebec.huffingtonpost.ca MISE EN SCÈNE FORMIDABLE ET TRÈS ALERTE D\u2019ALICE RONFARD.\u2014 Francine Grimaldi, Samedi et rien d\u2019autre, R-C, ICI Première VOILÀ QUI RÉCHAUFFE L\u2019ÂME ! \u2014 Franco Nuovo, Radio-canada.ca CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Les partis pris cinématographiques de Pascale Ferland dans Pauline Julien, intime et politique, s\u2019inscrivent dans sa démarche, intimiste elle aussi, manifeste dans des documentaires délicats comme L\u2019immortalité en fin de compte ou Adagio pour un gars de bicycle.C\u2019est encore sur la pointe des pieds qu\u2019elle avance, cette fois dans l\u2019univers de cette artiste à la fougue exceptionnelle, dont même la chevelure ébouriffée en disait long sur la passion qui l\u2019animait.La cinéaste a trouvé en Pauline Julien bien plus qu\u2019un sujet à biographie édifiante, ou un prétexte pour faire défiler des figures importantes qui ont côtoyé cette chanteuse pas comme les autres, celle qui avait souvent l\u2019âme à la tendresse, mais aussi au combat, pour la cause des femmes, et celle de l\u2019indépendance du Québec.On lui avait vite accolé l\u2019étiquette de «pasionaria», et 20 ans après sa mort par suicide, le 1er octobre 1998, impossible de la retirer tant se bousculent les souvenirs de ses interprétations vibrantes, de son jeu incandescent (elle était d\u2019abord comédienne, et cela a admirablement servi la chanteuse), et du choix jamais banal des auteurs qu\u2019elle interprétait (de Vigneault à Vian, en passant par Anne Sylvestre, une sœur de scène).Ferland se plaçait ainsi devant un monument, mais n\u2019avait pas l\u2019intention d\u2019adopter une posture conventionnelle.Mis à par t la présence d\u2019un ami intime de Julien, Alan Glass, qui n\u2019apporte que quelques balises biographiques, toute la place est accordée à celle qui a mis du temps à se faire un nom ici, à cause de son absence du Québec dans les années 1950.Quelques décennies plus tard, elle l\u2019aura conquise, victime ensuite de la tiédeur des Québécois pour le projet souverainiste auquel elle était associée, même si elle se défendait bien d\u2019être une artiste politique.Et c\u2019est souvent ce que l\u2019on entend dans cette succession d\u2019entrevues (dont plusieurs en anglais !) accordées tout au long de sa carrière, parfois dans un contexte personnel, parfois dans la froideur des studios.Mais peu importe le cadre, toute notre attention est rivée sur cette femme aussi déterminée que rongée par l\u2019angoisse, indignée par les injustices, qualité essentielle quand on chante (si bien) Bertolt Brecht et Kurt Weill.À ces morceaux choisis s\u2019en superposent d\u2019autres, éblouissants, une déferlante de photographies souvent d\u2019un sublime noir et blanc qui donne la mesure de la prestance de celle qui était aussi d\u2019une farouche exigence, et pas seulement qu\u2019envers elle-même.On y voit et entend la fougueuse, mais aussi l\u2019amoureuse, d\u2019abord mariée au comédien Jacques Galipeau, avec qui elle aura deux enfants, Pascale et Nicolas, puis liée à la vie à la mort au poète et politicien Gérald Godin.Cette liaison, dont les débordements et les pieds de nez aux conventions relèvent quasiment du mythe, est évoquée à travers leur correspondance par les voix solides, aux inflexions nuancées, de Dominique Quesnel et Marc Béland.Tout cela forme une cartographie qui ne s\u2019embarrasse jamais de dates, de repères précis et encore moins d\u2019anecdotes, laissant causer l\u2019artiste en début de carrière jusqu\u2019aux dernières années avant que les mots lui manquent, victime d\u2019aphasie dégénérative.Véritable kaléidoscope cinématographique, hommage à une immense interprète, et à ses chansons comme autant d\u2019emblèmes de son engagement, Pauline Julien, intime et politique cerne moins une vie bien remplie qu\u2019une âme angoissée, débordante d\u2019ambition, mais jamais au prix de vulgaires compromis.En somme, un portrait singulier sur un esprit libre et vagabond.Pauline Julien, intime et politique ?Documentaire de Pascale Ferland.Québec, 2018, 77 minutes.Celle qui a trop aimé Pérégrinations émouvantes dans la vie, l\u2019œuvre et les passions de Pauline Julien Une déferlante de photographies, souvent d\u2019un sublime noir et blanc, donne la mesure de la prestance de celle qui était aussi d\u2019une farouche exigence.RONALD DESMARAIS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | D \u2019 A P R È S L A U R E N T G A U D É M i s e e n s c è n e e t m u s i q u e : R o l a n d A u z e t C o p r o d u c t i o n L e G r o u p e d e l a V e i l l é e e t C i e .A c t O p u s A V E C G A B R I E L A R C A N D E T T H I B A U L T V I N Ç O N Partenaire de production ÉCOUTEZ NOS DÉFAITES END CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Sujet d\u2019une criante actualité, l\u2019épuisement professionnel constitue un véritable fléau, n\u2019attaquant pas seulement les travailleurs, mais tout leur entourage : l\u2019humeur morose et les pertes de revenus ne font rire personne.Qu\u2019un cinéaste de fiction s\u2019y intéresse n\u2019a rien de surprenant.Qu\u2019il s\u2019agisse de Michel Jetté, voilà une surprise, dans la mesure où il nous avait surtout habitués à des plongées dans des univers glauques et criminels (Hochelaga, Histoire de pen, BumRush), lui qui avait débuté au cinéma avec une œuvre résolument poétique, Le lac de la lune , peu connue mais d\u2019un charme certain.Burn out, ou la servitude volontaire se présente comme la dissection d\u2019une descente aux enfers, cauchemar accentué par l\u2019enfilade de décors beiges et impersonnels que traversent les personnages, particulièrement un couple sur qui Jetté focalise toute son attention.Oubliez les motards et les danseuses: Michelle (Jézabel Drolet) travaille dans une banque, et son conjoint Louis (Emmanuel Auger, un habitué du cinéaste) est technicien en télécommunications, volant au secours d\u2019entreprises aux abois.Michelle af fiche beaucoup plus d\u2019ambition que Louis, rêvant d\u2019atteindre les plus hauts sommets, mais hantée par le départ dramatique de sa collègue qui avait emprunté le même chemin dangereux, étouffée par les dettes, exaspérée par l\u2019apparent détachement de son conjoint.La solution passerait-elle par une auberge en Gaspésie dont Lorraine (France Pilotte), la sœur de Michelle, veut se départir à bon compte ?Si beaucoup de gens reconnaîtront des réalités familières \u2014 le taux d\u2019endettement des Canadiens est suffisamment élevé pour cela ! \u2014, la démonstration, elle, ne suscitera ni adhésion ni enthousiasme.Car au-delà de la modestie des moyens déployés pour illustrer cette débâcle psychologique, c\u2019est la somme dégoulinante d\u2019effets visuels qui étonne.Images au ralenti ou en noir et blanc, fermeture de l\u2019iris, intertitres en abondance, cette surcharge suscite beaucoup de lassitude alors qu\u2019elle semblait vouloir épingler la servitude de ces personnages.Ajoutez à cela des images récurrentes (dont ces nombreux gros plans de viande crue, de poissons et de fruits de mer) au symbolisme appuyé, ainsi que des dialogues redondants, et vous avez là un drame aux enjeux éparpillés entre onirisme et réalisme.Michel Jetté voulait sûrement s\u2019égarer dans de nouveaux sentiers, mais ceux fréquentés par les crapules et les bandits de grand chemin lui réussissaient davantage.Burn out, ou la servitude volontaire ?Drame de Michel Jetté.Avec Jézabel Drolet, Emmanuel Auger, Paul Dion, France Pilotte.Québec, 2018, 114 minutes.Bungalow blues La tyrannie de la performance vue à travers un couple au bord de la crise de nerfs On retrouve un couple de citadins empêtré dans le besoin de surperformer, la femme ne sachant répondre aux attentes de ses patrons, tandis que son conjoint se retrouve face à des problèmes technologiques hors de son contrôle.FORBAN FILMS | 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 PROUESSES ET ÉPOUVANTABLES DIGESTIONS DU REDOUTÉ PANTAGRUEL DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 D\u2019APRÈS L\u2019ŒUVRE DE FRANÇOIS RABELAIS TEXTE ET ADAPTATION GABRIEL PLANTE MISE EN SCÈNE PHILIPPE CYR PRODUCTION THÉÂTRE DENISE-PELLETIER AVEC PAUL AHMARANI NATHALIE CLAUDE RENAUD LACELLE-BOURDON CYNTHIA WU-MAHEUX ET LA VOIX DE DANY LAFERRIÈRE 26 SEPT.\u2013 20 OCT.THÉÂTRE DENISE-PELLETIER CRITIQUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Quatorze ans après son brûlot anti- George W.Bush, Fahrenheit 9/11, voici que le trublion américain Michael Moore s\u2019en prend à Donald Trump dans un documentaire au titre miroir Fahrenheit 11/9 ; tous deux échos au roman dystopique de Ray Bradbury Fahrenheit 451, publié en 1953 et porté à l\u2019écran par Truffaut.De références à autoréférences, une flamme s\u2019est perdue, même si ce film tragicomique est certainement son plus percutant des dernières années.Démarrant en coup de poing, avec la campagne et l\u2019élection de Trump, sur montage-choc, à la fois manipulateur et jouissif, ce documentaire prêche aux convertis tout en visant chacun qui suit la saga de la Maison- Blanche au quotidien.De l\u2019année au pouvoir de cet ahurissant président des États-Unis, Moore, adversaire naturel de Trump, expose ses méfaits davantage qu\u2019il les charge à fond de train.On y voit à quel point la corruption, la vulgarité, le harcèlement sexuel et le mensonge ont toujours parsemé la vie de Trump, la présidence lui permettant de persuader ses fidèles que ces maigres détails sont de peu d\u2019importance, tout ressort moral extirpé de leurs esprits.Un constat d\u2019échec global Les comparaisons entre Trump et Hitler, sur images d\u2019archives du Troisième Reich et superpositions de têtes et de voix, amusent plus qu\u2019autre chose par leur outrance, mais ces leçons à tirer du fascisme font réfléchir.Sinon, Hillary Clinton, Ivanka Tr ump et le cercle des conseillers hagards ainsi que des dictateurs étrangers ayant gravité dans cette téléréalité politique sont appelés à la barre des témoins, d\u2019un côté ou de l\u2019autre.L\u2019indignation de Moore a quelque chose de tonique dans un pays n\u2019ayant pas encore dégommé son roi des fous, mais le règne chaotique de Trump méritait à lui seul une œuvre entière.Hélas ! Le documentariste s\u2019éparpille et perd sa charge en courant plusieurs lièvres à la fois.Les problèmes de l\u2019eau contaminée dans sa ville natale de Flint occupent un pan excessif du film en diluant ses propos, tout comme la prise de parole des adolescents contre les tueries dans leurs écoles.Par ailleurs, le narcissisme du cinéaste, heureux de se mettre en scène à tout bout de champ, reflète celui de Donald Trump ; leurs deux silhouettes à casquettes devenant symboles de combats divergents, quand Moore eût mieux fai t de s\u2019effacer devant le modèle dépeint, dont on n\u2019apprend finalement pas grand-chose de neuf.Plus révélateur se révèle le constat d\u2019échec global de l\u2019appareil politique et social américain, témoignant d\u2019une désillusion lucide du documentariste militant.Moore suit pourtant plusieurs figures de l\u2019ombre qui combattent un système où les malades ne sont pas protégés et où les armes font la loi comme au temps du Far West.Les thèmes de ses films précédents trouvent ici leur point d\u2019orgue, mais dans une veine plus désenchantée, comme s\u2019il ne savait plus comment changer les choses, malgré ses appels constants à la résistance.Le camp démocrate en prend pour son rhume.Barack Obama et Bill et Hillar y Clinton se voient accusés d\u2019avoir bordé le lit de Trump, en cédant aux attraits de la corruption ou en expulsant des immigrés clandestins.Quant aux médias, trop contents d\u2019avoir eu le bonbon Trump à se mettre sous la dent, le réalisateur pourfend leur hypocrisie.Dans Fahrenheit 11/9, c\u2019est un Michael Moore plus malheureux que pugnace qui reprend la caméra, à bout de souffle.Fahrenheit 11/9 ?Documentaire de Michael Moore.États-Unis, 2018, 125 minutes.Michael Moore, ce militant fatigué On retrouve le cinéaste plus malheureux que pugnace dans Fahrenheit 11/9 Le narcissisme du cinéaste, heureux de se mettre en scène à tout bout de champ, reflète celui de Donald Trump ; leurs deux silhouettes à casquettes devenant symboles de combats divergents.TVA FILMS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose La tendresse (V.F.de La tenerezza) ?1/2 On garde un souvenir ému de certains films de l\u2019Italien Gianni Amelio (Lamerica, Le voleur d\u2019enfants).Malgré la distance et le temps (le cinéma italien n\u2019a plus trop la cote en nos contrées), les retrouvailles en valaient la peine.Avec La tenerezza, il continue d\u2019aborder ses thèmes de prédilection, dont celui des enfances blessées, dressant aussi un portrait peu flatteur de son pays aujourd\u2019hui.Mais il s\u2019agit surtout d\u2019une traversée douloureuse, celle d\u2019un avocat à la retraite, et acariâtre, forcé de nouer des liens avec une famille de son immeuble, de qui il devient plus proche que de ses deux enfants, pleins de ran- cœur à son égard.Ce voisinage prendra une tournure étonnante, voire tragique, le tout se déroulant à Naples, ville aux mille beautés, dont plusieurs usées par le temps et la négligence.Un peu à l\u2019image des clans qui peuplent ce film émouvant, étonnant, où l\u2019architecture apparaît comme un personnage à part entière.André Lavoie We the Animals ?Alors qu\u2019il sent sourdre en lui un profond sentiment d\u2019aliénation, Jonah, 9 ans, fuit son quotidien difficile en consignant écrits et dessins dans un cahier qu\u2019il garde jalousement.L\u2019inspirent, pêle-mêle, les rapports violents entre ses parents, la différence qui se fait jour entre ses frères et lui, ce voisin adolescent sur lequel son regard s\u2019attarde de plus en plus souvent\u2026 Adaptant le roman autobiographique de Justin Torres, Jeremiah Zagar libère un flot quasi onirique d\u2019événe- ments clés et d\u2019ellipses.La charge à la fois éthérée et sauvage, l\u2019atmosphère fiévreuse qui prévaut autour de cet «enfant chargé de songes» s\u2019incarnent avec une âpreté poétique.Habité, le petit Evan Rosado dégage une assurance admirable face à une caméra qui ne le lâche guère.Par le truchement de son regard bleu-vert, l\u2019on s\u2019immerge dans une enfance hantée où la création clandestine tient lieu de lumière intermittente.Un film fragile et magnifique.François Lévesque La douleur ?1/2 Emmanuel Finkiel adapte Marguerite Duras avec admiration et respect, mais sans soumission aux diktats du cinéma de l\u2019Occupation.Avec des moyens modestes, il reconstitue l\u2019attente douloureuse de la jeune romancière, entre 1944 et 1945, s\u2019imaginant le pire à propos de son mari, Robert Antelme, un résistant tombé aux mains des nazis.Le cinéaste apparaît tout entier dévoué aux déchirements intérieurs de cette femme incarnée par Mélanie Thierry, ne cherchant jamais à imiter cette figure légendaire.Paris semble parfois Madeline\u2019s Madeline ?1/2 Les salles de répétition peuvent-elles se transformer en espaces psychothé- rapeutiques?Plusieurs acteurs l\u2019ont déjà avoué, et la cinéaste Josephine Decker semble convaincue que oui, à en juger par sa démarche singulière et exigeante dans ce drame étouffant.Madeline, une belle adolescente métissée et douée pour le jeu dramatique, reçoit toute l\u2019attention d\u2019une metteure en scène au sourire machiavélique.La mère de la jeune fille tente Mandy (V.O.) ?1/2 D\u2019animal blessé, Nicolas Cage passe à bête sanguinaire dans ce cauchemar baroque imaginé par Panos Cosmatos: une performance qui doit être vue pour être crue.Campée en 1983, l\u2019action est régie par un mouvement inhabituel.Des moments de langueur quasi contemplative se resserrent jusqu\u2019à engendrer une tension intenable, voire se soldent par des éruptions de violence débridée.Jaillit l\u2019hémoglobine alors que Cage se venge d\u2019un gourou et de ses sbires après que ceux-ci eurent enlevé son aimée.À la période choisie, le cinéaste emprunte surtout, en la magnifiant, une esthétique rétro; une certaine naïveté dramatique aussi.Comme son prédécesseur, le tout aussi psychédélique Beyond the Black Rainbow, Mandy est d\u2019abord un gros «trip formel» dont l\u2019argument apparaît un brin mince pour justifier deux heures de film, rythme inusité ou pas.À sa décharge, Cosmatos offre une vision macabre suffisamment originale pour se suffire à elle-même.François Lévesque La librairie de mademoiselle Green (V.F.de The Bookshop) ?1/2 En 1959, dans un village insulaire anglais, une libraire déterminée devient la cible d\u2019une riche et influente femme ayant des visées sur l\u2019édifice où elle a ouvert son commerce.En filigrane de cette adaptation du roman de Penelope Fitzgerald: une critique acerbe des puissants qui, plutôt que d\u2019aider à l\u2019épanouissement de leurs communautés, en favorisent au contraire l\u2019incurie.La cinéaste Isabel Coixet s\u2019en remettant à une approche mesurée, les émotions que dissimulent les uns et les autres s\u2019en trouvent, par effet de contraste, exacerbées.Ce détachement de façade aide en outre à faire passer certaines facilités mélodramatiques.Conséquente, Coixet traite les élans romantiques avec un flegme idoine, avec pour résultat une empathie accrue envers des personnages qui expriment du bout des lèvres des désirs impossibles.Emily Mortimer porte le film avec une assurance tranquille face à une Patricia Clarkson glaçante de fausse douceur.François Lévesque La disparition des lucioles, comédie dramatique de Sébastien Pilote LES FILMS SÉVILLE La disparition des lucioles ?L\u2019été s\u2019amène et Léo, 17 ans, tâche de ne pas penser à l\u2019avenir, préférant le présent.Sur un coup de tête, elle apprend la guitare auprès de Steve, adu- lescent insouciant et troisième figure paternelle après Sylvain, père absent idéalisé, et Paul, beau-père présent et détesté.Reprenant un thème de prédilection, le rapport père-fille, Sébastien Pilote s\u2019arrime pour la première fois au point de vue de la seconde après avoir privilégié celui du premier dans Le vendeur et Le démantèlement.Léo, héroïne, réglera ses comptes avec ladite figure, avec ces trois hommes en orbite autour de sa vie, de son récit.Récit que l\u2019auteur raconte avec plus de couleur et de légèreté qu\u2019à l\u2019accoutumée.En résulte un côté suranné, rétro, irrésistible, avec musique orchestrale grandiose et effets technicolor discrets, en faux avec la morne modernité.Dotée d\u2019une présence peu commune, Karelle Tremblay suggère chez Léo un feu contenu qui, le moment venu, jaillira.François Lévesque Fahrenheit 11/9 ?Quoique plus réussi que ses derniers documentaires, Fahrenheit 11/9, du trublion américain Michael Moore, charge contre Donald Trump, malgré un brûlant démarrage, se dilue sans garder sa force de frappe.Le film tragi- comique suit plusieurs lièvres à la fois, s\u2019égare en route, et malgré des parallèles provocateurs entre Trump et Hitler, ne nous apprend pas grand-chose de neuf sur le locataire de la Maison- Blanche.Son constat d\u2019échec de la société américaine dans l\u2019ensemble, règne des démocrates y compris, est plus saisissant, témoignant aussi d\u2019une détresse militante, par-delà ses appels à la résistance.Odile Tremblay Pauline Julien, intime et politique ?La vie de Pauline Julien pourrait être un condensé de l\u2019histoire du Québec moderne.Pascale Ferland a plutôt privilégié une démarche impressionniste, nous offrant un magnifique portrait dominé par les mots, la voix et la présence incandescente de cette artiste vouée à la cause des femmes et de l\u2019indépendance du Québec.Mis à part un ami de longue date de la chanteuse décédée par suicide le 1er octobre 2018, pas d\u2019entrevues, si ce n\u2019est des extraits d\u2019entretiens de toutes les époques où Julien s\u2019exprime avec clarté, même en anglais!, sur ses rêves et ses angoisses.Pour raconter ce parcours singulier, abrupt, Pascale Ferland préfère ses grandes chansons (L\u2019âme à la tendresse, Jack Monoloy, Mommy) et de multiples photographies, avec à l\u2019arrière-plan les voix rassurantes de Dominique Quesnel et Marc Béland lisant la correspondance de Julien avec Gérald Godin, le politicien-poète dont elle fut la conjointe.Moins une chronique de son existence tumultueuse qu\u2019une belle radiographie de son âme d\u2019artiste.André Lavoie 13, un ludodrame sur Walter Benjamin ?L\u2019expérimenté documentariste Carlos Ferrand (Americano) \u2014 40 ans derrière la caméra \u2014 signe un essai audacieux sur l\u2019exil parisien du philosophe Walter Benjamin.L\u2019Allemagne vient de tomber sous le régime du Troisième Reich, et l\u2019intellectuel marxiste et juif fuit en France, terre d\u2019un de ses auteurs fétiches, Charles Baudelaire.Le réalisateur québécois ne se contente pas de livrer un portrait de son sujet.Il explore sa pensée éclatée par un document fragmenté et disparate, construit avec des images tournées pour l\u2019occasion, des archives et des séquences animées peu banales.Jérôme Delgado grouillant et agité, vu le plus souvent à travers le regard anxieux, désespéré, et contradictoire de celle qui a tiré un grand livre, La douleur, de cette expérience singulière, ici revisitée dans la délicatesse et la mélancolie.André Lavoie de la mettre en garde, femme d\u2019une grande anxiété maladive, ce qui pousse davantage Madeline vers celle aux allures de gourou.Dans un style où le rêve et la réalité se confondent, porté par une caméra intrusive, au plus près des personnages comme si New York, haut lieu du théâtre américain, n\u2019existait pas, cette plongée dans l\u2019adolescence et l\u2019ivresse de la scène ne laissera personne indifférent.Surtout les étudiants en art dramatique\u2026 André Lavoie C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 ADMIREZ PLUS DE 350 OBJETS EMBLÉMATIQUES À POINTE-À-CALLIÈRE Jusqu\u2019au 4 novembre 2018 En collaboration avec Une exposition réalisée par Pointe-à-Callière, cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, en collaboration avec le Museo Egizio de Turin (Italie).S t a t u e d e l a d é e s s e M o u t © M u s e o E g i z i o , T u r i n PLUS DE 250 000 VISITEURS DEPUIS L\u2019OUVERTURE DE L\u2019EXPOSITION ! L\u2019amour à la plage ?Existe-t-il une limite d\u2019âge pour aimer?Les quatre snowbirds en vedette dans L\u2019amour à la plage ne croient pas à une date de péremption pour les élans du cœur, encore moins ceux du corps! Dans un décor de pacotille, celui d\u2019un motel comme il en existe de moins en moins en Floride, tombant sous le pic des démolisseurs, deux hommes et deux femmes acceptent avec abandon, parfois en versant quelques larmes, le jeu des confidences.Même à 70 ans, ils évoquent l\u2019espoir de trouver le grand amour\u2026 et surtout de le savourer longtemps.Or, la mort, la maladie, la situation conjugale et «la nature qui fait que les choses descendent» (!), tout cela complique la dynamique sentimentale.Les cinéastes Judith Plamon- don et Lessandro Socrates observent ce curieux tango de l\u2019amour et de la mort sous un soleil radieux, les pieds dans le sable fin.André Lavoie Qu\u2019est-ce qu\u2019on attend ?En France, il existe encore des lieux de résistance qui s\u2019apparentent au célèbre village gaulois des aventures d\u2019Astérix.L\u2019un d\u2019entre eux se nomme Unger- sheim, en Alsace, où se déploie depuis moins d\u2019une décennie une importante transition écologique: énergies renouvelables, agriculture biologique\u2026 et retour du cheval ainsi que de la calèche comme bus scolaire! Documentariste, mais d\u2019abord et avant tout journaliste d\u2019enquête, Marie-Monique Robin, celle qui a fait trembler l\u2019industrie agrochimique (Le monde selon Monsanto), passe en revue toutes les initiatives de ce lieu inspirant et donne la parole aux principaux acteurs de ce changement.La démonstration s\u2019avère exhaustive, parfois trop près du long reportage formaté ou du film à thèse plutôt que du documentaire soucieux d\u2019humanisme, et surtout de cinéma.André Lavoie Burn out, ou la servitude volontaire ?L\u2019épuisement professionnel est un sujet tristement à la mode, d\u2019une grande pertinence.Michel Jetté, que l\u2019on connaît surtout pour ses incursions dans les milieux criminels (Hochelaga, Histoire de pen, BumRush), a décidé de s\u2019égarer dans les dédales du drame psychologique et les névroses de la classe moyenne surendettée.Il observe les aléas d\u2019un couple (Jézabel Drolet et Emmanuel Auger) aussi malheureux au travail qu\u2019à la maison, sombrant peu à peu dans leurs obsessions de performance, avec la peur de ne jamais remonter à la surface.La démonstration, visuellement surchargée d\u2019effets et de symboles, n\u2019est jamais convaincante, souvent brouillonne, accentuée par des dialogues lourdement explicatifs.André Lavoie Playing Hard.Quand le jeu devient réalité ?L\u2019industrie du jeu vidéo, c\u2019est une affaire de création, mais aussi de gros sous, et comme pour celle du cinéma, les deux se font la lutte! Le cinéaste Jean-Simon Chartier a obtenu un accès privilégié aux studios d\u2019Ubisoft à Montréal, et tout particulièrement à l\u2019équipe derrière For Honor, un jeu imaginé par Jason VandenBerghe, artiste se proclamant incompris.Il croyait enfin l\u2019être grâce au producteur Stéphane Cardin et au directeur de marque Luc Duchaine, mais ce compagnonnage, observé pendant quelques années, témoigne des enjeux psychologiques liés à cette folle entreprise qui, à un moment, comptait 500 employés répartis dans cinq studios à travers le monde, dont en Chine et en Inde.Un documentaire qui porte moins sur la mécanique du jeu que celle des relations humaines dans ce grand bocal technologique, celles-ci donnant une réelle profondeur à ce monde d\u2019illusions.André Lavoie Déchaînée (V.F.de Peppermint) ?1/2 Dix ans après Taken, ce film de gros bras avec un Liam Neeson, alors totalement à contre-emploi, le cinéaste français Pierre Morel reprend la formule, et cette fois la féminise avec l\u2019aide de Jennifer Garner, pas étrangère à ces univers athlétiques (Elek- tra, la série Alias).Cette petite variation sur le même thème, celui du parent aux abois devant sa famille blessée, reprend tous les clichés du genre, s\u2019aventurant dans un Los An- geles où les armes circulent plus facilement que les individus.Et bien sûr, tous ceux qui entourent cette héroïne ayant mis cinq ans à opérer sa transformation en déesse du carnage (ça fera sûrement l\u2019objet d\u2019une suite), qu\u2019ils soient policiers ou trafiquants de drogues, vont goûter à sa médecine.Celle-ci a d\u2019ailleurs un arrière- goût prononcé de déjà-vu.André Lavoie Gueule d\u2019ange ?1/2 Ce n\u2019est pas la première fois que Marion Cotillard joue à la prolétaire paumée, et elle était sublime chez les Dar- denne (Deux jours, une nuit).Dans le premier long métrage de Vanessa Filho, elle en fait cette fois des tonnes, croulant sous les maquillages outranciers, les robes trop serrées et les bouteilles d\u2019alcool.Ici en mère indigne, elle abandonne sa fille de 8 ans sur un coup de tête, geste cohérent pour une femme aux comportements aussi erratiques.Cette chronique d\u2019une famille dysfonctionnelle est portée par la dévotion de Cotillard, et celle aussi d\u2019une cinéaste qui ne mesure pas toujours ses effets.Au point d\u2019ailleurs d\u2019en oublier l\u2019intériorité de personnages dont la mission était de nous tirer les larmes.Mission plus ou moins réussie.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Un étonnant fil conducteur traverse la salle d\u2019exposition du centre Dazibao.D\u2019une œuvre à l\u2019autre, d\u2019un écran à l\u2019autre, on retrouve la même langueur, la même simplicité et la même présence, si on peut dire, du hors-champ.Il est étonnant, ce fil, parce que Dazibao ne présente pas une seule exposition, portée par un thème et signée par un commissaire, mais trois solos.Les trois projets auraient peut- être gagné à être chapeautés d\u2019un beau et éloquent titre.Mais, dans le fond, ce détail importe peu.C\u2019est bel et bien un fil qui accueille les visiteurs ; celui qui occupe le centre de l\u2019œuvre Dénouement (2011) d\u2019Ismaïl Bahri.Cette courte vidéo à un seul plan séquence et filmée par une caméra statique parle de division et de rencontre, de distance et de rapprochement, de contraste et de fusion.Tout ce qui est évoqué passe par ce seul fil et par la manière dont on arrive à le lire.Cet inoffensif trait noir au milieu d\u2019une page blanche est peut-être un barbelé dans un champ enneigé, de ceux qui délimitent avec violence un territoire.Mais il peut s\u2019agir aussi, tout simplement, d\u2019une ficelle qui, entre tension et relâchement, finit par être mise en boule.En nœud.Par une belle économie de moyens, Ismaïl Bahri réussit à imprégner de géopolitique son langage formel.L\u2019ar tiste parisien d\u2019origine tunisienne, dont on peut également voir une œuvre à la Galerie de l\u2019UQAM (l\u2019exposition Soulèvements), dénonce très subtilement.Dans Dénouement, vidéo très apaisante, il n\u2019est pas tant question de solutions et d\u2019issues.Mais plutôt de détails et d\u2019éléments cachés : il faut d\u2019abord comprendre le nœud d\u2019une histoire, ou d\u2019un conflit, avant d\u2019en arriver à son dénouement.Dictature et militantisme Le non-dit et les histoires oubliées font par tie de la démarche de Miriam Sampaio, une artiste montréa- laise occupée à travailler autour de ses origines judéopor tugaises.À Dazibao, elle présente l\u2019installation en quatre écrans I am the Daughter of Dead-fathers (2018).Sampaio cultive le passé par le choix de ses outils \u2014 ici, du film Super 8, puis du 16 mm.Il en résulte des images hachurées, au grain très présent, comme vieillies.L\u2019installation propose dif férentes vues d\u2019un centre de détention abandonné, vues baignant dans une profonde obscurité.Seuls quelques traits lumineux, ou quelques soudaines sources de lumière, révèlent l\u2019état des lieux.Le centre de détention, situé à Lisbonne, était celui de l\u2019ancienne police d\u2019État, alors que le Portugal vivait l\u2019époque du régime fasciste de l\u2019Estado Novo.Il y a de bonnes raisons de croire que dans ce vétuste édifice, on y pratiquait la torture.Le site est désormais l\u2019objet de promoteurs immobiliers.Les condos de luxe apparaissent à l\u2019horizon, alors que le passé trouble, et ses horreurs et injustices, seront plus que jamais enfouis dans l\u2019oubli.Les images de Miriam Sampaio ne disent pas tout ça.Elles donnent cependant l\u2019impression que l\u2019on découvre l\u2019intérieur d\u2019une épave.Le trio d\u2019expositions se conclut avec le diptyque Two Cabins (2011) de James Benning.Le documentariste de Milwaukee, grosse pointure dans le domaine du cinéma expérimental, propose deux films 16 mm, à la fois similaires et distincts.Dans chacun d\u2019eux, il s\u2019agit d\u2019un long plan fixe sur une fenêtre ouverte, laissant voir une nature luxuriante.Les sons ambiants et le mouvement des feuilles r ythment à eux seuls la demi-heure de projection.Actif depuis les années 1970, Ben- ning est connu pour son cinéma faussement passif.Sa pratique artistique, rappelle Dazibao, «consiste à prendre le temps d\u2019observer et écouter avec plus d\u2019acuité ce qui nous entoure ».Son approche, dit-on, « implique une réelle participation au monde».Le projet Two Cabins en est un bel exemple.Il juxtapose deux univers, l\u2019un en murs blancs et neutres, l\u2019autre en planches en bois for tes en nœuds.Pour l\u2019occasion, Benning a constr uit la réplique de deux cabanes, celle de Henr y David Thoreau, le philosophe précurseur de la simplicité volontaire, et celle de Theodore John Kaczynski, le militant écologiste et néo-luddite, reconnu coupable de 16 attentats mortels.Peu importe quel intérieur correspond à quel personnage, l\u2019opposition de ces deux figures somme toute marginales et radicales conduit à penser aux libertés et responsabilités individuelles, à leurs limites et portées.Il n\u2019y a pas de réponse simple aux questions que soulève la contemplation de ces deux images pourtant réconfortantes.Le fil qui sépare le modèle du monstre, la gauche de la droite, la mémoire de l\u2019oubli, est par fois si peu tranchant.Dénouement / Two Cabins // I am the Daughter of Dead-fathers Ismaïl Bahri / James Benning // Miriam Sampaio.À Dazibao, 5455, avenue de Gaspé, espace 109, jusqu\u2019au 3 novembre.Un fil d\u2019images et de non-dits Dazibao réunit trois projets subtilement politisés C\u2019est bel et bien un fil qui accueille les visiteurs ; celui qui occupe le centre de l\u2019œuvre Dénouement (2011) d\u2019Ismaïl Bahri.ISMAÏL BAHRI | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR Le pouvoir des images est-il un leurre ?Plus spécifiquement, les arts visuels par eux-mêmes peuvent-ils vraiment inciter les citoyens à agir politiquement ?L\u2019artiste serait-il plutôt relativement impuissant devant la folie de ses contemporains ?Et nous ne parlons pas de ces moments d\u2019apparent et super ficiel chaos, mais bien plus de ces temps \u2014 que les da- daïstes critiquaient judicieusement \u2014 où la société veut s\u2019imposer, avec une violence sourde, l\u2019autoritarisme, la pureté et l\u2019exclusion comme valeurs profondes.La semaine dernière, nous vous parlions de Soulèvements, exposition à l\u2019UQAM, parcours d\u2019œuvres qui rendent compte de la propagation \u2014 entre autres, par l\u2019image \u2014 des émotions exaltantes et inspirantes des contestations politiques.Au même moment \u2014 signe que notre époque est inquiète \u2014, au moins une autre exposition à Montréal traite des liens entre ar t et politique.Au centre VOX, cette problématique est cependant posée différemment.Le pouvoir en jeu dans les images Il est ici question de montrer comment les artistes tentent de réfléchir aux faiblesses, aux vides et aux excès juridiques de nos sociétés.La commissaire Marie-Josée Jean s\u2019inspire avec intelligence de la pensée de Cornelius Castoriadis (1922-1997), qui prétend qu\u2019« un processus de création continu, producteur de nouvelles significations imaginaires, [est] susceptible de transformer les positions institutionnelles».Cela peut être le cas avec l\u2019œuvre Tribunal sur le Congo de Milo Rau, sorte de pièce de théâtre politique, procès fictif, tribunal du peuple où des citoyens viennent témoigner sans avoir peur de la loi.Rau présente l\u2019artiste comme un recréateur de tissu social, comme un défenseur de communautés qui semblent être abandonnées par le droit international et la justice, même au niveau local.L\u2019artiste a tenu un pari incroyable.Il a réussi à réunir un nombre impressionnant de témoins, simples citoyens, mais aussi membres du gouvernement qui, depuis plus de 20 ans, sont les acteurs volontaires ou involontaires de la guerre civile au Congo.Ce faisant, Rau recrée un dialogue social que la justice aurait eu, seule, du mal à implanter.Grâce au statut \u2014 hors-norme?\u2014 de l\u2019art, il semblerait que des questions politiques complexes puissent être abordées.Journaliste, homme de théâtre, élève du sociologue Pierre Bourdieu, Milo Rau a depuis 2007 développé son International Institute of Political Murder, un type de théâtre et de cinéma documentaires basés sur la reconstitution (reenactment) de moments politiques ou sociaux très lourdement chargés.Cela va de l\u2019œuvre Les Derniers jours des Ceausescu (2009) à la recréation des émissions de propagande de la Radio-Télévision libre des Mille collines durant le génocide rwandais dans Hate Radio (2011).Même si nous aurions aimé en savoir plus sur les conditions de possibilité de ce film, sur les tractations qui ont permis sa réalisation, ce Tribunal sur le Congo est une vidéo troublante de 100 minutes, qui permet de mieux comprendre les enjeux économiques, miniers et minés du conflit congolais.Dans cette exposition, il faut aussi souligner l\u2019intervention de l\u2019artiste John Boyle-Singfield, qui met en scène le droit aux images dans nos sociétés où, finalement, celles-ci ne circulent pas si facilement.En utilisant des séquences trouvées sur Internet, il a recréé le documentaire Baraka (1992) de Ron Fricke, film explorant les cinq continents de la planète.Notre époque de mondialisation ne devrait-elle pas de facilement permettre la réalisation d\u2019un tel projet ?À voir le résultat, on comprend que les images de notre Terre sont avant tout la propriété de grandes compagnies qui, comme Getty Images, Corbis Images, Shutterstock ou Vi- deoblocks, en monnayent l\u2019usage.Comme l\u2019écrit Marie-Josée Jean, elles s\u2019approprient ainsi « les droits d\u2019usage d\u2019un patrimoine visuel mondial».Et il faudra aussi aller voir cette exposition pour les œuvres du Collectif Agence, de Carlos Amorales, de Jill Magid et de Carey Young\u2026 Voici une présentation où les œu- vres sont tout aussi passionnantes intellectuellement que légalement.Elles nous montrent que l\u2019image ne doit pas être pensée d\u2019une manière indépendante et autonome, qu\u2019elle est toujours en train de dialoguer avec un contexte social et historique qui est bien plus fort que sa représentation par l\u2019image (ou par le texte).C\u2019est une évidence, mais, malheureusement, elle est contestée de nos jours par le discours dominant et commun, tout comme par le discours spécialisé sur l\u2019art.Voilà un point de vue qu\u2019il faudra méditer et qui sera développé dans les autres volets de cette série d\u2019expositions dont on peut voir ici la première partie.Nous attendrons la suite avec grande impatience.L\u2019imaginaire radical : le contrat social Commissaire : Marie-Josée Jean.Au Centre de l\u2019image contemporaine VOX jusqu\u2019au 15 décembre.Le bien commun, une question d\u2019imaginaire ?La commissaire Marie-Josée Jean met en scène les liens entre art et droit chez VOX Milo Rau, Tribunal sur le Congo, film documentaire, image fixe, 2017 MILO RAU SU R L E R A DA R Barbares et toujours actuels, les Poèmes de Jean McEwen JÉRÔME DELGADO LE DEVOIR Il y a vingt ans, le peintre mont- réalais Jean McEwen (1923- 1999) lançait son chant du cygne, un coup de tonnerre intitulé Poèmes barbares (1997- 1998).Le corpus d\u2019une trentaine d\u2019huiles, magnifié par sa maîtrise de la couleur \u2014 des couleurs saturées et des associations inusitées entre elles \u2014, résonne encore avec éclat.C\u2019est le constat qu\u2019il faut tirer devant la douzaine de Poèmes barbares réunis une fois de plus, vingt plus tard, à la galerie Simon Blais.La série, «véritable exaltation de la couleur », comme le qualifiait l\u2019historienne de l\u2019art Constance Naubert-Riser dans le catalogue publié à l\u2019époque par Les 400 coups, place Jean McE- wen dans la ligne directe des coloristes postimpressionnistes, Gauguin en premier lieu.À noter qu\u2019il est encore possible de se procurer des exemplaires de cette publication, l\u2019outil de référence en ce qui a trait à la dernière décennie de McE- wen.Le peintre, lui, s\u2019est éteint en janvier 1999, à peine quelques jours après la fin de l\u2019expo.Poèmes barbares De Jean McEwen, à la galerie Simon Blais, 5420, boulevard Saint-Laurent, jusqu\u2019au 6 octobre Voici une présentation où les œuvres sont tout aussi passionnantes intellectuellement que légalement Jean McEwen, Odeur-de-papillon, 1998 GUY L\u2019HEUREUX L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e 1 8 | ENTREVUE SYLVAIN CORMIER COLLABORATEUR LE DEVOIR homas Hellman au bout du fil.On est lundi, en fin d\u2019après-midi.Je lui dis que tout de suite après notre conversation, j\u2019embraye, direction Maison symphonique : il y a le spectacle d\u2019adieu de Joan Baez, qui va bien sûr chanter du Dylan et du Woody Guthrie et l\u2019histoire de Joe Hill le syndicaliste sacrifié.Je lui dis aussi que j\u2019ai encore en tête Retour à Walden, l\u2019album que Richard Séguin a distillé des écrits et de la vie de Henr y David Thoreau.Paru il y a deux petites semaines.Et je lui dis qu\u2019il n\u2019y a pas de hasard si c\u2019est maintenant que paraît le deuxième disque de Rêves américains, sa série parlée-chantée sur les illusions perdues de l\u2019histoire du continent.Après La ruée vers l\u2019or, c\u2019est au tour de La Grande Crise.Je lui dis enfin que ça me secoue dans mon inertie, ces voix conjuguées si calmes et si décidées à la fois, cette volonté commune de faire entendre l\u2019histoire au présent.« On ne s\u2019est pas consultés, Joan, Richard et moi, précise Thomas en riant.Personne ne cherche à donner un cours d\u2019histoire, mais il y a des textes qui méritent d\u2019être lus et relus, comme ceux de Steinbeck et de Thoreau, et des récits qui doivent être transmis, comme celui de ma grand-mère\u2026 » Thomas est ainsi le dépositaire temporaire des histoires racontées par Margaret Alma «Poop- sie » Hellman (1911-2010) : ses deux albums de Rêves américains, et le spectacle en résultant, constituent en cela un legs personnel et un bagage collectif, le grand héritage d\u2019une tradition orale qui donne aux écrits leur véritable relief.« Quand j\u2019étais petit, j\u2019allais visiter ma grand-mère américaine.Je m\u2019asseyais à côté d\u2019elle et pendant des heures et des heures, elle me racontait des histoires.» Toutes sortes d\u2019histoires : ce qu\u2019elle avait vécu, ce qu\u2019elle avait vu, les gens qu\u2019elle avait côtoyés, de Leon Ray Livingstone, le fameux « hobo écrivain » des années 1930, jusqu\u2019au sénateur Joe McCar thy, le notoire chasseur de communistes des années 1950.Rien de moins que la traversée du XXe siècle en une série d\u2019épisodes, narrée par Poopsie au hasard des réminiscences.«Toutes ces histoires ont composé dans ma tête une immense tapisserie faite de mille petits bouts d\u2019histoire, cousus au fil des récits, d\u2019un fil à l\u2019autre, tapisserie que j\u2019essaie de reproduire comme je peux, pour tenter d\u2019éclairer l\u2019histoire avec un grand H.Comment rendre compte de la pauvreté pendant la crise des années 1930 ?En donner vraiment la mesure ?J\u2019ai compris en l\u2019écoutant que c\u2019est souvent un détail qui m\u2019en disait le plus long\u2026 » Ainsi place-t-il sa grand-mère en scène dans la très parlante pièce intitulée Dix boîtes de Cornflakes : « Quand ma grand-mère m\u2019emmenait au magasin Pick n\u2019Save de Wauwatosa, Wisconsin, elle sortait sa collection de \u201ccoupons\u201d et achetait dix boîtes de Cornflakes.Je lui demandais : \u201cGrandma, est-ce que tu vas manger dix boîtes de Corn- f lakes ?\u201d Et e l le me répondai t : \u201cYou didn\u2019t live through the Great Depression, big boy.T\u2019as pas vécu la crise, toi.\u201d Et elle ramenait les dix boîtes de Cornflakes dans son garde-manger où il y avait déjà cinquante boî tes de thon et deux cents cannes de pickles.» Migrants de la misère, d\u2019hier à aujourd\u2019hui Les chansons des Gene Autry, Merle Travis, Edgar Yipsel Harburg, Jay Gorner, Hedy West, les textes de Steinbeck et Thoreau viennent prêter main-for te à Hellman et à sa grand-mère dans la finition de la tapisserie.Pour les contours, surtout.« C\u2019est mon complément de recherches\u2026 » résume Hellman.On s\u2019étonne de découvrir que Gene Au- try, le cowboy chantant du western cinématographique, ait si justement décrit les tempêtes de poussière qui forcèrent l\u2019exode de centaines de milliers de gens vers la Californie : La grande tapisserie de Thomas Hellman Raconter les plus irrespirables heures de l\u2019Amérique pour se donner du souffle Pour l\u2019artiste, il ne s\u2019agit pas de se poser en juge, mais bien de mettre l\u2019histoire et l\u2019art à contribution dans le tintamarre ambiant.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR T Rêves américains, tome 2 La Grande Crise Thomas Hellman, L-Abe.En spectacle au Lion d\u2019Or le 26 septembre, dans le cadre du Festival international de littérature (FIL). L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 géant de l\u2019Art moderne Calder Alexander Calder : Un inventeur radical | À VOIR DÈS MAINTENANT ! Grand bienfaiteur En collaboration avec Une exposition conçue, organisée et mise en tournée par le Musée des beaux-arts de Montréal en collaboration avec la Calder Foundation.| L\u2019exposition a reçu l\u2019appui du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d\u2019indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.| Alexander Calder, Aluminum Leaves, Red Post [Feuilles d\u2019aluminium, poteau rouge], 1941.The Lipman Family Foundation.© 2018 Calder Foundation, New York / Artists Rights Society (ARS), New York / SOCAN, Montréal.Photo courtesy Whitney Museum, New York « Si j\u2019ai une chose à vous dire à propos d\u2019Alexander Calder, c\u2019est que ses œuvres sont à vivre ! » \u2014 Evelyne Charuest, ICI Radio-Canada Première, Gravel le matin «Dust, dust, dust in the sky / Dust on the trail / Dust in my eyes / Dust, dust, can\u2019t see the light.» Ça met la table pour évoquer Les raisins de la colère, le roman de John Steinbeck, qui décrit la vie de ces migrants de la misère, victimes du «nuage rouge » aboutissant dans des camps de réfugiés qui les attendaient en lieu et place du paradis rêvé.« Le dust bowl, commente Hellman, c\u2019était surtout une crise écologique causée par l\u2019homme par la surexploitation du territoire.En arrachant partout l\u2019herbe à bison pour cultiver, on a asséché les terres\u2026 » Migrants ?Crise écologique ?Des mots criants d\u2019actualité.L\u2019actualité des années 1930 et l\u2019actualité de maintenant.« C\u2019est l\u2019évidence, pour peu qu\u2019on plonge dans l\u2019histoire : on revit constamment les mêmes drames humains, causés par d\u2019autres humains.Adolf Hitler a été influencé par Henry Ford, lequel croyait vraiment aider les gens à sortir de la misère grâce au travail à la chaîne, et Donald Trump se voit comme un \u201cCitizen Kane\u201d, le personnage du film d\u2019Orson Welles inspiré par William Randolph Hearst, magnat de la presse à potins et grand manipulateur de masses\u2026 » Pour Hellman, il ne s\u2019agit pas de se poser en juge, mais bien de mettre l\u2019histoire et l\u2019art à contribution dans le tintamarre ambiant.« J\u2019espère créer des zones de résonance et de réflexion.Donner aux gens du temps, la possibilité de se pencher à leur rythme sur ce qui s\u2019est passé et ce qui est en train de se passer.» Il a travaillé avec des gens «qui aiment que l\u2019histoire et la musique se répondent», des as instrumentistes et choristes pour qui « les silences comptent pour beaucoup dans les arrangements»: ses fidèles Olaf Gundel et Sage Reynolds, mais également Jordan Officer, Erik West-Millette, Emilie Clepper, le quatuor Esca.Pour Thomas Hellman, cet album «parfois très sombre» cherche constamment la lumière, et ses «constats très durs» sont portés par des musiques plutôt douces, atmosphériques et bienfaisantes.«J\u2019ai cherché à rendre le propos clair, et la musique belle.Pour moi, c\u2019est essentiel.» Agresser l\u2019oreille ne sert à rien, comprend-on.Ça rend sourd.Les gens se referment comme des huîtres.« Il faut bien au contraire donner du courage et de l\u2019espoir, même quand on fait la démonstration du pire.» Certes faut-il constater une situation pour la dépasser, vivre le découragement pour se mobiliser à nouveau, mais tout est dans la manière de dire.Sur disque autant que sur scène, la proposition de Hellman se veut un point de départ.« Je souhaite que ça dépasse le public de ceux qui suivent ce que je fais.Je voudrais que ça donne envie aux gens de parler de tout ça autour d\u2019eux, et que ça se propage.Que la grande tapisserie de l\u2019expérience humaine s\u2019agrandisse encore.Que de nouvelles histoires inspirantes s\u2019ajoutent aux histoires de ma grand-mère.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR remier successeur de Bernard Labadie, le violoncelliste, claveciniste et chef d\u2019orchestre Jonathan Cohen donne cette semaine ses premiers concerts en tant que directeur musical des Violons du Roy.C\u2019est avec le contre-ténor Anthony Roth Costanzo que Jonathan Cohen amorce cette semaine en concert à Québec et à Montréal son premier mandat de trois années à la tête des Violons du Roy.Vendredi était d\u2019ailleurs lancé le premier disque de Jonathan Cohen et des Violons du Roy.Sur étiquette Decca Gold, la branche américaine de Decca, ils interprètent avec Roth Costanzo le programme juxtaposant des airs de Händel et de Philip Glass proposé cette semaine.Repéré au Concours musical international de Montréal en 2012, Roth Costanzo, qui a remporté Operalia la même année, est régulièrement invité au Metropolitan Opera.L\u2019exploration Ce disque ne préfigure pas un changement d\u2019étiquette et de stratégie d\u2019enregistrement pour les Violons du Roy.« Il n\u2019y a pas de stratégie ci- blée », confirme Jonathan Cohen au Devoir.« Nous ne sommes pas des artistes Decca Gold.J\u2019ai été invité par Anthony Roth Costanzo et, à mon tour, j\u2019ai invité les Violons du Roy », résume le chef, qui ajoute avoir « beaucoup aimé » et « été impressionné » par « le travail avec Decca Gold ».« Je ne sais rien du futur », dit le nouveau directeur musical à propos de la politique d\u2019enregistrement des Violons du Roy.« Nous sommes libres de discuter avec qui nous voulons, les por tes sont ou- ver tes sans relation formelle avec quelque étiquette que ce soit.» Ces discussions peuvent impliquer Atma ou Hyperion.Jonathan Cohen note d\u2019ailleurs qu\u2019« en pratique, les orchestres n\u2019ont plus de contrats avec les maisons de disques ; ce sont les chefs et les solistes qui amènent les ensembles avec eux».Le projet Glass-Händel, enregistré à l\u2019été 2017, lance d\u2019emblée le sujet le plus brûlant : la dif ficulté des Violons du Roy (en matière commerciale et d\u2019image) de sortir du créneau baroque et classique.Est-ce souhaitable aux yeux du nouveau directeur musical, et comment compte-t-il y parvenir ?Jonathan Cohen ouvre l\u2019après-Labadie Le chef amorce cette semaine son premier mandat à la tête des Violons du Roy Concerts de la semaine Garbage Concerto ! L\u2019Orchestre symphonique de Laval et Alain Tru- del ouvrent leur saison, mercredi, avec un concert dont la tête d\u2019affiche évidente est la Symphonie fantastique de Berlioz.Mais l\u2019objet sonore de curiosité est tout autre: le Garbage Concerto de Jan Järv- lepp, un concerto de 1995 pour grand orchestre et cinq percussionnistes, frappant sur «des objets du quotidien que l\u2019on retrouve dans le recyclage».Le Garbage Concerto est la pièce la plus inter- nationalement jouée du compositeur canadien né à Ottawa en 1953.Le 26 septembre, à 19h30, à la salle André-Mathieu de Laval Le Vénézuélien.Rafael Payare est Vénézuélien.L\u2019Orchestre de l\u2019Ulster en Irlande du Nord l\u2019a fait directeur musical en 2017, trois ans après l\u2019avoir nommé chef principal.Il vient de décrocher le poste de directeur musical à San Diego.Il a dirigé le Philharmonique de Vienne à l\u2019âge de 35 ans en 2015 et a été réinvité il y a quatre mois, satisfecit officiel de l\u2019institution sur Twitter à l\u2019appui.Il dirige pour la 1re fois l\u2019OSM, et ce sera dans l\u2019Héroïque de Beethoven.Le 27 septembre, à 10h30 et 20h, à la Maison symphonique de Montréal Le violoncelliste, claveciniste et chef d\u2019orchestre Jonathan Cohen en répétition avec les Violons du Roy.ATWOOD PHOTOGRAPHIE P « Je ne cherche pas à nous sortir du baroque et du classique, mais quand un orchestre possède un sens harmonique aussi aiguisé, il est très évidemment nécessaire d\u2019appliquer ce sens à un répertoire élargi.Quand nous jouons Philip Glass, la musique de Glass bénéficie de ces qualités.Il en va exactement de même pour Britten, par exemple.» Jonathan Cohen le martèle : «Mon but n\u2019est pas d\u2019amener l\u2019orchestre ailleurs.Le répertoire baroque et classique nous est naturel.Mon but n\u2019est donc pas de jouer des symphonies de Mahler en engageant des musiciens supplémentaires.Nous avons une spécificité d\u2019orchestre de chambre.Il faut la cultiver et l\u2019utiliser dans d\u2019autres répertoires que l\u2019on explore.Les musiciens sont d\u2019ailleurs demandeurs de cette exploration.» À quatre bras Jonathan Cohen juge cette première saison « représentative » de sa personnalité.« Je regarde le programme et c\u2019est bien moi ; je travaille avec des artistes et des solistes créatifs : Avi Avital, le violoncelliste Nicolas Altstaedt\u2026 » Au passage, le chef nous réserve une primeur en parlant de sa « première collaboration avec Marie-Nicole Lemieux », qu\u2019il « attend avec impatience » pour « bientôt ».Vérification faite, Jonathan Cohen vient de lever le voile sur une association qui marquera la saison prochaine\u2026 Lors de la présente saison 2018- 2019, la Chapelle de Québec, le chœur associé aux Violons du Roy, est à la fête.Les choristes seront dirigés par leur directeur artistique et fondateur, Bernard Labadie, y compris à Carnegie Hall dans la Messe en si de Bach, mais aussi par Jonathan Cohen dans La création de Haydn en février 2019.« L\u2019implication de la Chapelle de Québec dépendra des ressources dont nous disposons.Ce sont de gros projets, mais il est évident que nous voulons en faire le plus possible.Je suis, moi aussi, heureux de diriger le chœur.Entre Bernard et moi, nous couvrons cette saison la Messe en si de Bach, la Messe du couronnement de Mozart et La création de Haydn ! C\u2019est très important et j\u2019espère que nous continuerons.En tout cas, nous sommes sur la même ligne, Bernard Labadie fait un travail formidable en tant que directeur artistique de la Chapelle de Québec et je suis très heureux qu\u2019il soit responsable de cela.Nous allons miser sur cela et construire.» Le projet que Jonathan Cohen a déjà pris à bras- le-corps est éducatif, avec une implication accrue des enfants d\u2019âge scolaire dans la vie quotidienne des Violons du Roy.« Ce sera le cas avec notre programme Vivaldi en début de saison.J\u2019aimerais aussi impliquer les enfants pour La création.En fait, je souhaite avoir deux ou trois projets chaque saison pour lesquels je pourrai développer des interactions avec les jeunes auditeurs d\u2019âge scolaire, les inviter aux répétitions, développer des programmes pour encourager leur connaissance de la musique.Ils sont notre futur et l\u2019orchestre est très par tant pour travailler avec les enfants.» La chose qui restera à creuser pour le chef est la différence acoustique entre les salles montréalaises et le Palais Montcalm de Québec, avec des problèmes de balance, notamment pour les concerts avec clavier donnés à la salle Bourgie.Comme Jonathan Cohen n\u2019a pas encore dirigé à la Maison symphonique de Montréal, i l lui reste encore d\u2019autres équilibrages à découvrir.Les trois saisons r isquent de passer très vite pour le chef anglais de 41 ans, qui œuvre par ailleurs comme directeur fondateur de son ensemble Arcangelo, comme chef associé des Arts Florissants, le mythique ensemble baroque de William Christ ie , et de l \u2019Orchestre de chambre de Saint Paul.On lui souhaite la bienvenue.C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Cohen en cinq dates 1998 Jonathan Cohen (né en 1977) obtient son diplôme de l\u2019Université de Cambridge.2008 William Christie lui offre de diriger les Arts Florissants à l\u2019Opéra comique.Il devient ensuite son chef associé.2010 Cohen crée son propre orchestre : Arcangelo.2016 Débuts à Glyndebourne, dans Les noces de Figaro, et aux Prom\u2019s de Londres.2018 Débuts comme directeur musical des Violons du Roy (nomination en 2016).Glass-Händel : le premier disque et des concerts C\u2019est par l\u2019entremise du contre-ténor vedette aux États-Unis Anthony Roth-Costanzo que les Violons du Roy et Jonathan Cohen se retrouvent édités par Decca Gold, dans un projet artistique urbain et moderniste bon teint associant des airs de Händel et de Philipp Glass : une fusion glacée et déterminée, très professionnellement réalisée, dont on attendra de se convaincre définitivement en salle dans la semaine qui vient, mercredi à Québec et samedi à la Maison symphonique de Montréal.Decca 481 7190 Histoires et contributions de la communauté juive Exposition jusqu\u2019au 11 novembre 2018 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | RÉENREGISTREMENTS In the Blue Light ?1/2 Paul Simon, Columbia / Sony Samedi, au Flushing Meadows Corona Park, a lieu la performance finale de la tournée d\u2019adieu de Paul Simon : retour à l\u2019origine, littéralement, pour le p\u2019tit gars du Queens.Il y chantera Me and Julio Down by the Schoolyard, assurément : « Goodbye to Rosie, the queen of Corona\u2026 » Un album de réenregistrements l\u2019aura précédé : c\u2019est la grande bâtisse de ses chansons que le copain d\u2019enfance d\u2019Artie Garfunkel a explorée pour l\u2019occasion, et dans tous les coins des objets d\u2019art ont été dénichés.Dommage collatéral des compilations d\u2019immortelles, les « chansons d\u2019albums » s\u2019effacent : injustice ici réparée en partie.Simon et ses as musiciens \u2014 du guitariste jazz Bill Frisell au fidèle batteur Steve Gadd \u2014 ont dépoussiéré les merveilleux ouvrages que sont les Rene Magritte With Their Dog After the War, Questions for the Angels, Darling Lorraine, Some Folks Lives Roll Easy.Dix titres : pour ainsi dire un échantillon.Redécouvertes ou révélations ?Les deux.Idoine point d\u2019orgue.Sylvain Cormier PUNK-ROCK Heaven ?1/2 Dilly Dally, Dine Alone records Évoluer de façon plus «goth» mais en même temps plus «bien-être », c\u2019est possible ?Trois ans après un premier album remarqué, Sore, qui avait élevé le groupe de Torontois au rang de «nouveau Hole », la bande de Katie Monks montre une nouvelle maturité.Sobriété, confiance en soi, sentiment d\u2019accomplissement, santé mentale sont ici abordés, dans un emballage plus en rondeur.Le caractéristique cri rauque de Monks \u2014 qui se présente désormais en robe de mariée victorienne (adieu, vieux t- shirts pourris) \u2014 mène des chansons plus posées, plus raffinées techniquement, dotées d\u2019une finition presque douce.Comme ce satin brillant sur la pochette.On croirait que les membres se sont mis à écouter en boucle U2 ou Coldplay (I Feel Free).Que ceux qui avaient été charmés par Sore ne s\u2019alarment pas trop : les clins d\u2019œil aux Pixies, à Pavement et, évidemment, à Hole, n\u2019ont pas été complètement éclipsés.Et Monks crie toujours.Fiou.Sophie Chartier POP Chris ?Christine and The Queens, Universal Beaucoup d\u2019encre coulera pour analyser le look masculin de «Chris», ses cheveux courts, le récit qu\u2019Hé- loïse Letissier articule dans ses superbes clips et l\u2019affirmation de la force de sa féminité à travers l\u2019androgyne image qu\u2019elle projette au- jourd\u2019hui.Tout ça serait vain sans de solides chansons ; réjouissons-nous, ce second album de l\u2019auteure-compo- sitrice-interprète française ne contient que ça.Sur le plan de l\u2019esthétique musicale autant que de l\u2019écriture, Chris constitue un formidable bond en avant en comparaison à Chaleur humaine, paru en 2014 : sa pop électronique gagne ici en sophistication, ses refrains sont tous délicieux, le ton généralement doux d\u2019une admirable justesse.Avec ses propres productions, plus rêvasseuses, et celle, boogie-funk/late disco du nouveau collaborateur Damon Garrett Riddick (Dâm-Funk), Letissier déploie sa vision, raffinée et moderne, de la chanson française.Or, Chris n\u2019est pas un album double, mais plutôt deux fois le même disque, un en anglais, l\u2019autre en français.Philippe Renaud ROCK Modern Pain, Part 1 ?1/2 André Papanicolaou, Indépendant La douleur a beau être moderne, ses nouvelles chansons reluquent plutôt du côté de la pop britannique d\u2019il y a vingt, vingt-cinq, trente ans, et ce changement de continent, après avoir baigné dans la pop-rock américaine, lui va comme un gant \u2014 cette ligne de basse à la New Order qui habite la chanson-titre nous happe dès les premières mesures.Trois ans après avoir offert l\u2019album Strange Nights, l\u2019auteur, compositeur, interprète, réalisateur et guitariste au timbre chaud (collaborateur attitré de Vincent Vallières, pour ne nommer que lui) réapparaît avec ce minialbum autoproduit, magnifiquement autoréalisé, sur lequel il joue de presque tous les instruments.Les rythmiques synthétiques pas trop appuyées et les orchestrations donnent de l\u2019air à ses compositions, qui coulent de source.Sa voix est ici plus rocailleuse et suave, confortable dans l\u2019atmosphère dream pop de Hook Figure et un brin plus groovy de Restless Soul, cette dernière évoquant par le tempo plus soutenu et la guitare rythmique franche le bon vieux son de Manchester et Creation Records.Philippe Renaud CLASSIQUE Ludwig van Beethoven ?1/2 Andrew Wan et Charles Richard- Hamelin, Ana- lekta AN 28794 C\u2019est très bon.La question est : à quel point?Et là, la surprise est énorme.Car, étonné par l\u2019intraitable aplomb, l\u2019élégance, le galbe sonore et l\u2019imperturbable logique, je me suis pris au jeu et j\u2019ai ressorti les intégrales ; Gru- miaux-Haskil, Perlman-Ashkenazy (surcoté), Zukerman-Barenboïm et autres.J\u2019ai écouté les Canadiens Steven Staryk, Corey Cerovcek et Andrew Dawes, les vedettes du moment (Radulovic, Capuçon, Ibraghimova) et les versions d\u2019inspiration baroque.Et voici ce qui tient vraiment.En historique: Szigeti-Arrau.En intégrales modernes: Dumay-Pires et Kremer- Argerich.Et les «historiquement informés» : Faust-Melnikov.En Canadien: la 6e Sonate, couplée à la Kreutzer, par James Ehnes, dans un CD isolé Onyx.Voilà donc le niveau, stratosphérique, auquel évoluent Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin dans ce CD, dont le seul défaut est la captation par les micros de la respiration du violoniste.Mais la couleur timbrique, qui concourt à l\u2019éminence de cette nouveauté, est si irrésistiblement belle qu\u2019on l\u2019acceptera.Christophe Huss FREAK FOLK Boy From My Dream ?1/2 Field Medic, Run For Cover Field Medic est un jeune fou du folk.Cheveux indisciplinés, guitare et banjo comme des montures infatigables, voix intimiste autant que je- m\u2019en-foutiste, il représente cette liberté du folk comme sait le faire la côte ouest américaine \u2014 façon beatnik, quelques décennies plus tard.Ce Boy From My Dream n\u2019a peut-être que quatre pièces, mais il a autant de gueule que Songs From the Sunroom, son premier album, paru il y a un an.Kevin Sullivan (son nom véritable) sait écrire les poids et les intérieurs de son âge en peu de mots, dans une poésie qui rebrasse le décousu d\u2019une jeunesse en légère perdition.Ici, les pièces sont exclusivement acoustiques, tranquilles, toujours fidèles à l\u2019effet brouillon de sa musique.Alors que Dock of the Harbor réfléchit à l\u2019errance, la pièce-titre révèle une certaine nostalgie, ou douleur peut-être, de constater la mort de ce « jeune garçon de son rêve» \u2014 lui-même, dans une autre vie.Voilà un folk d\u2019extrémités, celui qui vous trouve dans un coin noir pour rallumer ce petit quelque chose qui s\u2019était éteint.Geneviève Tremblay CLASSIQUE Ludwig van Beethoven ?Orchestre symphonique de Pittsburgh, Reference Recordings FR 728 SACD Les vétérans Blomstedt et Haitink étant mis «hors concours», Manfred Honeck est-il le plus grand chef de l\u2019heure?Il est en tout cas celui dont les disques, dans le grand répertoire, sont les plus excitants et les plus passionnants.Si un facétieux ou un Machiavel avait publié cette Héroïque en prétendant qu\u2019il s\u2019agissait de la redécouverte miraculeuse d\u2019un concert perdu du défunt Carlos Kleiber, que n\u2019aurait-on lu et entendu sur la preuve irréfutable du génie et de la suprématie absolue de ce chef ! Honeck réconcilie bombe énergétique et orchestre symphonique.Cette dose d\u2019explosi- vité nous l\u2019avions entendue, mais avec des formations plus petites (Paavo Järvi, Deutsche Kammerphilharmo- nie).Moins brutal que Järvi, Honeck renoue avec une tradition sonore «européenne» riche (cordes, cors), dans une approche rugueuse cherchant les frottements harmoniques.Dans l\u2019histoire, Scherchen, Matacic, Szell, Gie- len et Dohnanyi sont les grands devanciers de cette version, plus opulente sur le plan sonore.Un CD et SACD renversant.Christophe Huss PSYCH FOLK Quiet River of Dust, Vol.1 ?1/2 Richard Reed Parry, Secret City Que fait un Richard Reed Parry lorsqu\u2019il n\u2019est pas en studio ou en tournée avec Arcade Fire ?Non, il ne collectionne pas les estampes japonaises, mais presque.Il étudie les mythes fondateurs du Japon, approfondit les folklores immémoriaux de sa propre culture celte.Immersion dans le temps, l\u2019espace et les sons.Ça peut sembler onirique en soda, mais le fait est que le musicien y trouve la matière de compositions à la fois riches et apaisantes.On se croirait par moments dans La vallée, le film initiatique de Barbet Schroeder, baignant dans le Pink Floyd de 1972.Mélodies hypnotiques, ambiance psychédélique, habillage oriental, c\u2019est aussi nourri par des recherches en musique électroacoustique.« I was in the rain with the rain in me », chante Parry.Ce ton-là.Niveau de conscience transcendant, sensations exacerbées, on n\u2019est pas loin du buvard d\u2019acide au déjeuner.Le monde selon Perry, pour peu qu\u2019on s\u2019en imbibe, peut mener très loin.En soi comme ailleurs.Sylvain Cormier LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Entrevue Zoé Valdés parle sexe, amour et politique à Cuba 50 ans des Herbes rouges La force de la forme oulevard LaSalle, Verdun.« Il ne veut vraiment pas se faire interviewer », blague Jean-Simon DesRochers dans l\u2019appartement de François Hébert, quartier général de facto des Herbes rouges.Le vénérable éditeur, notoirement discret, parlemente au téléphone avec un imprimeur depuis une vingtaine de minutes, pendant que patientent à table l\u2019auteur de La canicule des pauvres et la poète Roxane Desjardins, collègue éditrice d\u2019Hé- bert depuis janvier 2007 et dauphine d\u2019une entreprise éditoriale soulignant ces jours-ci son 50e anniversaire.« C\u2019est d\u2019abord à la recherche d\u2019étonnements que se sont employés les frères Hébert », écrit le tandem dans la préface de La poésie des Herbes rouges, une anthologie de 460 pages alignant dans l\u2019ordre chronologique un texte prélevé dans chacun des livres de poésie parus depuis cinq décennies à cette exigeante et (souvent) déflagrante enseigne (qui donne également dans la fiction, le théâtre et l\u2019essai).Un travail monastique ayant supposé une relecture de l\u2019ensemble de ce pan du catalogue, qui sera aussi célébré le 26 septembre au Festival international de la littérature, lors de La volière est un oiseau de milliards de têtes, un spectacle événementiel conçu par Dany Boudreault réunissant une quinzaine d\u2019auteurs, dont José Acquelin, Daphnée Azoulay, François Charron, Corinne Cheva- rier, Marcel Labine et le très rare René Lapierre.«Le plus fascinant, c\u2019est de constater que les écrivains communiquent entre eux, qu\u2019il y a des débats qui naissent à travers les livres», observe Roxane Desjardins au sujet de sa traversée exhaustive des quelques bibliothèques trônant dans le coin de la pièce où l\u2019on se trouve, et dans laquelle logent entre autres les œuvres de Roger Des Roches, Huguette Gau- lin, Carole David et Benoit Jutras.« Même chez les auteurs qui ne se parlent pas, poursuit-elle, on voit L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L i r e Po é s i e 2 4 | ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Les Herbes rouges et la force de la forme La maison célèbre ses 50 ans avec une anthologie et un spectacle événementiel au FIL L\u2019éditeur François Hébert, l\u2019auteur Jean-Simon DesRochers et la poète Roxane Desjardins MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR B La poésie des Herbes rouges Roxane Desjardins et Jean-Simon DesRochers, Les Herbes rouges, Montréal, 2018, 460 pages | 2 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Si le Québec\u2026 Le 1er octobre, lors de la sixième élection générale tenue dans la république dont Jacques Parizeau et Lucien Bouchard ont jeté les fondations en 1996, j\u2019irai voter pour Jean- François Lisée à la présidence, puisqu\u2019il est le seul, parmi les chefs des principaux partis en lice, à avoir une réelle stature d\u2019homme d\u2019État.Sur la seconde section de mon bulletin de vote, pour choisir le représentant de mon comté à l\u2019Assemblée nationale, je cocherai la case de la candidate de Québec solidaire, puisque c\u2019est le seul des quatre principaux partis à promettre de faire du réchauffement climatique sa priorité des priorités, le seul qui semble prêt à proclamer, en ce chaud et humide début d\u2019automne 2018, une situation d\u2019urgence nationale.C\u2019est, du moins, ce que je ferais si le Québec avait dit oui à la souveraineté en octobre 1995.Et tant qu\u2019à rêver, rêvons : les libéraux seront écrasés comme en 1976, la CAQ échouera à remporter une majorité de voix et de députés, et maintenant que l\u2019héritage colonial du parlementarisme anglais aura enfin été liquidé et remplacé par un véritable régime démocratique, les 45 élus d\u2019un PQ miraculé n\u2019auront plus qu\u2019à s\u2019allier aux 20 solidaires catapultés à Québec par le scrutin proportionnel pour former une majorité de gauche qui aura la confiance du parlement.Toujours une province Oui, oui, je sais\u2026 Le référendum a été perdu, ou volé, peu importe.Le Québec est toujours une province, dont le provincial premier ministre peut se féliciter publiquement d\u2019une appartenance fédérale qui consacre la réduction de ses pouvoirs : «Au- jourd\u2019hui, le gouvernement fédéral ne donnerait pas cette entente-là au Québec», a-t-il dit de l\u2019accord sur l\u2019immigration conclu en 1991 avec Ottawa.Nous régressons collectivement et ça fait l\u2019affaire de notre plus haut dirigeant?Couillard ou le cocu content.Et si le Québec avait dit oui (Fides, 2018) ?C\u2019est la question que le géographe, romancier et ex-chroniqueur de tourisme au Devoir, Normand Ca- zelais, s\u2019est posée pour nous, obligé d\u2019emprunter, pour y répondre, le détour consolateur de la fiction.Son uchronie commence le 30 octobre 1995.Dans le cadre du référendum sur la «souveraineté-partenariat » organisé par une coalition formée du PQ, du Bloc de la belle époque et de l\u2019ADQ de Mario Dumont, l\u2019option du LOUIS HAMELIN Oui a coiffé le Non par un poil \u2014 Ca- zelais n\u2019a pas voulu mettre de chiffres sur le fil du rasoir ; de toute manière, la Loi sur la clarté n\u2019existe alors que dans le cerveau d\u2019un nerd appelé Stéphane Dion.Donc le Grand Soir est arrivé, et comme tout est tellement plus facile quand ça va bien, Parizeau livre un discours à la hauteur de l\u2019Histoire.Ensuite, les événements s\u2019enchaînent assez rondement : reconnaissance du nouvel État par la France, réaction résignée du Rest of Canada, où va rapidement s\u2019imposer un réalisme économique favorable à une participation du ROC aux négociations menées par leur épouvantail préféré, le bon vieux Lulu ! Et comme si ce n\u2019était pas déjà trop beau pour être vrai, le tout va culminer avec la démission du pittoresque Cheuf de cette confédération en débâcle, Ti-Jean Chrétien, pea soup de service dont finit par se débarrasser le Canada anglais, suivie, un an plus tard, de celle du président-fondateur de la République du Québec, Monsieur Jacques Parizeau qui, sa mission accomplie, tire sa révérence.Lunettes roses Sur le fond, le reproche qu\u2019on pourrait faire à Cazelais tient à l\u2019épaisseur des lunettes roses qu\u2019il a, de son propre aveu, chaussées pour accoucher de cet exercice de fiction historique alternative.«\u2026 j\u2019ai présumé», écrit-il dans une note d\u2019auteur portant le titre un peu pompeux de Colophon, «[\u2026] que le reste du Canada, y compris le premier ministre Jean Chrétien, aurait accepté \u2014 quoique difficilement \u2014 le résultat du référendum, même avec une marge aussi faible [\u2026].Il n\u2019aurait pas envoyé l\u2019armée ni eu recours à des agitateurs comme cela a été le cas aux premières heures du Front de libération du Québec (FLQ).» Écarter une réédition de la Crise d\u2019Octobre est une chose.Cazelais, collant à une certaine actualité, s\u2019est contenté d\u2019imaginer un attentat commis par un forcené anglo, tandis que des groupuscules identitaires d\u2019extrême droite s\u2019agitent de l\u2019autre bord.Mais après le Non écossais, les séparatistes anglais qui s\u2019enlisent dans leur Brexit et, dans une Espagne supposément démocratique, les leaders d\u2019un mouvement national capable de faire descendre un million de personnes dans la rue jetés en prison comme des malpropres, l\u2019optimisme plutôt béat qui préside à la partition du Canada de Cazelais pourrait nous sembler un peu court.Dans son uchronie, le Québec devenu souverain signe dès 1997, avec cinq ans d\u2019avance, sa «Paix des Braves» avec les Cris.Dans le monde réel, aux dernières nouvelles, les mêmes Cris parlaient de bloquer la route de la Baie James.Oui, on peut toujours rêver\u2026 qu\u2019ils se lisent, qu\u2019ils se répondent.Il y a un élan commun qui transcende chaque démarche personnelle : ça se tire vers l\u2019avant, ça se motive, ça se motive même parfois par le contraire.» Poésie plurielle En 1968, Marcel et François Hébert, deux autodidactes élevés dans la pauvreté et l\u2019illettrisme sur la rue Ontario, « en haut du salon où Denis Vanier allait se faire tatouer », lancent une revue littéraire où se déploieront certaines des écritures les plus indomptées et indomptables de la poésie québécoise, essaim de têtes chercheuses triturant sur la page une langue n\u2019en finissant plus de révéler ses possibles.Une maison d\u2019édition en jaillit dix ans plus tard et devient le creuset d\u2019un croisement d\u2019une rare hétérogénéité entre contre-culture, féminisme, marxisme et formalisme, un mot qui agace Jean-Simon DesRo- chers, «parce que ça a longtemps été une insulte », bien que François Hé- ber t admette avoir estampillé plusieurs textes « très refermés».Pourquoi fallait-il que se côtoient ainsi des esthétiques aussi dissemblables, voire antinomiques ?« Parce que la poésie, c\u2019est pluriel.Ce n\u2019est pas une seule sorte de choses », répond celui qui dirigeait Les Herbes rouges avec son frère Marcel jusqu\u2019à sa mort en 2007.Résister à toutes les pressions « Le seul point commun des textes, c\u2019est qu\u2019ils doivent avoir une forme rigoureuse.Longtemps, je commençais la lecture des manuscrits par la fin, pour ne pas m\u2019occuper de ce qui était dit.Encore aujourd\u2019hui, le contenu ne m\u2019intéresse pas trop.Ce que je regarde, c\u2019est s\u2019il y a une rigueur, s\u2019il y a un mot de trop, pourquoi l\u2019auteur change de vers, comment la personne se débrouille avec sa forme.C\u2019est la forme qui donne sa force au texte.» Une famille, les Herbes rouges ?Peut-être, oui, dans la mesure où vous concevez la famille comme un espace au sein duquel la vérité doit toujours présider.« C\u2019est arrivé pas mal à tout le monde qu\u2019un de ses livres soit refusé », se rappelle François Hébert, 70 ans, au sujet des auteurs phares de son écurie, qui ne peuvent jamais présumer que leur prochain manuscrit sera retenu.Imprimer le livre raté d\u2019un gros nom afin de ménager son ego ?Pas tellement le genre de la maison.« Il faut le dire quand c\u2019est faible, et la plupart du temps, les auteurs sont très contents de savoir qu\u2019ils peuvent être refusés, parce que ça donne de la valeur au fait qu\u2019on les accepte.Si un auteur radote, s\u2019il er re, c\u2019est mieux de lui dire que de le laisser aller se faire démolir par la critique ou, pire, gagner un prix avec quelque chose qu\u2019on ne trouve pas extraordinaire.» Éclat de rire généralisé.Être éditeur, c\u2019est aussi « résister à toutes les pressions », savoir publier «quelqu\u2019un que tu n\u2019aimes pas sur le plan humain mais qui écrit de bons livres, ou refuser de publier un ami, même si c\u2019est dur, parce que tu sais que tu vas perdre ton ami ».Ne serait-il pas plus simple dans ce cas de faire semblant que le manuscrit vaut plus qu\u2019en réalité ?« Ce serait plus simple, mais je n\u2019ai jamais fait ça.» Une exceptionnelle intransigeance à laquelle souscrit Roxane Desjardins, successeure d\u2019un François Héber t qui aura mis plusieurs années à désigner une relève, de crainte de léguer entre les mauvaises mains le labeur d\u2019une vie et que Les Herbes rouges ne deviennent qu\u2019une coquille vide.«Ça s\u2019est déjà vu, tu sais, une maison qui est vendue et dont on ne garde que le nom!» raille Hébert sur ce ton goguenard qui est le sien, quelque part entre la joke de papa et une sor te d\u2019ironie un peu opaque.Une propension à la fois attendrissante et «désarçonnante» qui déteint parfois sur ses proches.«Je viens de \u201cfaire un François Hébert\u201d », s\u2019exclame Roxane Desjardins, 27 ans, après avoir expliqué que le deuxième tome des œuvres complètes du très défunt Denis Vanier, promis depuis longtemps, verrait le jour «quand on aura fini de l\u2019écrire».« C\u2019est une force incroyable quand on est dans l\u2019édition d\u2019avoir un catalogue derrière soi, d\u2019avoir derrière nous toutes ces voix qui cherchent comment continuer d\u2019écrire », explique plus sérieusement celle qui, à l\u2019instar de son mentor, regrette le présentéisme forcément amnésique régnant sur le milieu littéraire, alors qu\u2019il faudrait s\u2019of frir la grâce d\u2019un réel dialogue avec le passé, et surtout ne pas « abandonner les livres au fond des bibliothèques».« En tant que poète, je me demande toujours qui sont mes interlocuteurs, mes contrefor ts, et aux Herbes rouges, mes interlocuteurs, mes contreforts, c\u2019est cinquante ans de poésie.» La volière est un oiseau de milliards de têtes Festival international de la littérature, à l\u2019auditorium de la Grande Bibliothèque, le 26 septembre, 19h Le plus fascinant, c\u2019est de constater que les écrivains communiquent entre eux, qu\u2019il y a des débats qui naissent à travers les livres ROXANE DESJARDINS » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 2 6 | CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR «C\u2019est comme ça et pas autrement.» Voilà le leitmotiv du dernier roman de Robert Lalonde, où le personnage de Jérémie, jeune homme marginal et ardent, cherche dans la poésie une façon d\u2019aborder la fatalité de son existence.Jérémie «nomme destin son inexplicable erre d\u2019aller».Tout lui échappe, mais il maîtrise la parole : «Tantôt il bredouille, grogne, balbutie tel un malappris, tantôt il phrase en philosophe qui connaît le fin mot de tout.» Armé de mots, il fait du monde une poésie et se réfugie dans les mensonges qu\u2019il s\u2019est créés pour cacher la vérité de sa vie.Un passé fait de douleurs qui l\u2019ont poussé à la rue, aux drogues dures et à la prostitution, jusqu\u2019à ce que la découverte de deux êtres lui apporte du réconfort.Irène, grande comédienne, qui, en fin de carrière, peine à retenir ses répliques.C\u2019est à l\u2019extérieur du théâtre qu\u2019elle trouve chaque fois Jérémie, où elle a l\u2019habitude de fumer une cigarette entre deux scènes.Et Romain, professeur de philosophie à la retraite, veuf, qui, au premier contact avec Jérémie, dans un élan incontrôlable, le tire jusqu\u2019à sa voiture et l\u2019emmène sur un chemin où ils ne se sépareront plus.Jérémie les aime «démesurément, comme il convient au cœur éclaté d\u2019aimer », et met en scène un stratagème pour qu\u2019ils fassent connaissance.Une fois de plus, les circonstances appartiennent à la magie: «Il a voulu lui parler de la pièce, de l\u2019émotion qu\u2019elle avait fait naître en lui, elle a fait non de la tête et alors il a parlé des lilas en fleurs dans son petit jardin, elle a enchaîné sur les cactus précocement en fleurs aussi.Ce faisant, ils se décochaient des œillades à la dérobée, souriant exagérément.» Les malheurs n\u2019ont pourtant pas fini de s\u2019abattre et le couple nouveau, « angelots inespérés », se lancera dans d\u2019improbables procédures, fantasques et pragmatiques, pour tenter de sauver Jérémie de son triste sort.Le récit, découpé en trois actes, n\u2019est jamais bien loin du théâtre.Les dialogues y sont abondants et tandis qu\u2019Irène et Romain s\u2019y confondent en une seule voix étrangement ingénue, la langue de Jérémie détonne, vivante et idiosyncrasique, pétrie dans la poésie et le joual.Le temps semble manquer aux protagonistes et l\u2019histoire n\u2019en est pas épargnée : tout va trop vite.Trop souvent la narration s\u2019emmêle dans une intrigue inutile, en porte-à-faux entre le réalisme ordinaire et une grandiloquence théâtrale.On peine à entrer dans l\u2019univers.La plume de Robert Lalonde nous offre plusieurs beaux moments, mais le narrateur l\u2019avoue : «Le théâtre propose toujours un réel invraisemblable et plus vrai que nature.» La cr uauté côtoie la bonté, mais on peine à croire aux costumes et les émotions restent figées dans un désir de dire.Comme si Un poignard dans un mouchoir de soie aurait pu être une grande pièce, mais que nous étions restés à l\u2019extérieur du théâtre, à fumer une cigarette.Une perle à polir Le 28e opus de Robert Lalonde est une intrusion sommaire dans le destin cruel d\u2019un adolescent Le récit de Robert Lalonde, en trois actes, n\u2019est jamais bien loin du théâtre.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Un poignard dans un mouchoir de soie ?Robert Lalonde, Boréal, Montréal, 2018, 208 pages CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Au début, dif ficile de savoir.Feue se déroule-t-il au présent ou dans un passé pas si lointain au cœur d\u2019une de ces bourgades où l\u2019air vicié de la grande noirceur se serait attardé un peu plus longtemps qu\u2019ailleurs en province ?Puis, assez rapidement, ça devient clair que nous sommes ici un peu à côté du réel, oui, mais en même temps en plein dedans.Assez rapidement, ça devient clair que si Ariane Lessard a rempli son premier roman de femmes qui se sont mariées enceintes afin de sauver les apparences, de bon- hommes ne sachant rien faire de mieux que de s\u2019assommer de bières nombreuses ou de coups de poing à la taverne, que si le murmure des ouï-dire tyrannisant cette communauté étriquée tapisse le blanc des pages, c\u2019est d\u2019abord pour dire : regardez à quel point nous ne sommes pas sortis de ça.Ce « village au bout du trou de l\u2019enfer » (dans les mots d\u2019Abel) est auss i anc ien que l a ha ine des femmes et aussi douloureusement contemporain que la haine des femmes.Ses habitants savent que les serveuses du restaurant montent se dévêtir dans la cabine arrière des camions qui s\u2019y stationnent, savent que leurs rues sont peuplées de petits bâtards, savent que le lac déborde d\u2019avortons que les prostituées du diner se sont ar rachés elles- mêmes des entrailles.Personne n\u2019ignore cette violence et pourtant, tous s\u2019en lavent les mains.Ue lumière au bout de la route Dans une forme chorale relayant la voix d\u2019une douzaine de narrateurs et de narratrices, Feue oscille (sans qu\u2019on sache toujours pourquoi) entre le lyrisme d\u2019une langue multipliant les allégories et l\u2019oralité d\u2019une par- lure de la démission face à un monde tragique, à une injustice n\u2019offrant aucune emprise (à moins de fuir).La plupart des villageois sont là- bas trop saouls, ou trop tristes, ou trop malades (dans tous les sens du terme) pour entrevoir une lumière au bout de la route.En élevant au rang d\u2019héroïne cette figure ubiquitaire en fiction de la femme d\u2019un cer tain âge cocufiant son mari par ennui et/ou par vengeance, Ariane Lessard parle d\u2019une époque \u2014 la nôtre \u2014 obsédée par le corps des femmes, mais ne craignant rien davantage que l\u2019expression du désir des femmes.Les sœurs Bellay ne peuvent, de la même manière, qu\u2019être punies pour la soif de liberté qui guide leurs décisions.Abel, le gars de la ville venu changer le mal de place, Joey, le bellâtre impassible, Sarah, la postière fouineuse : cet imaginaire multiplie les archétypes élimés, les symboles lourdauds et les idées pas forcément nouvelles (bien que toujours inflammables), conférant parfois au roman des airs de fable défraîchie.Mais au-delà de ces maladresses, Feue proclame un appel à se serrer les coudes et à une nécessaire soro- rité, évoquant le récent mouvement #MoiAussi.La puissance du feu peut aussi se transformer en éclaircie, rappelle Ariane Lessard.Il y a de ces lieux pourris par le silence complice et la jalousie délétère qu\u2019il vaut mieux faire flamber avant que leur violence ne soit léguée au futur.Salvatrice sororité Ariane Lessard raconte un monde à la fois ancien et douloureusement contemporain Le livre d\u2019Ariane Lessard proclame un appel à se serrer les coudes, évoquant le récent mouvement #MoiAussi.CHANTALE LECOURS ÉDITIONS LA MÈCHE Feue ?Ariane Lessard, La Mèche, Montréal, 2018, 200 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 11 Alliance Anne Robillard/Wellan 1/4 Le clan Picard \u2022 Tome 1 Vies rapiécées Jean-Pierre Charland/Hurtubise 2/3 Armand Gamache enquête \u2022 Tome 13 Maisons de verre Louise Penny/Flammarion Québec 3/7 La louve du Bas-Saint-Maurice \u2022 Tome 1 Le legs Gilles Côtes/Guy Saint-Jean 9/4 Le temps de le dire \u2022 Tome 4 La force du destin Michel Langlois/Hurtubise 5/4 La jeune fille du rang Anne-Marie Desbiens/Guy Saint-Jean \u2013/1 William et Éva \u2022 Tome 2 Le magasin général Mélanie Calvé/Fides 4/3 Les villes de papier Dominique Fortier/Alto 7/4 Maggie \u2022 Tome 4 Le testament de Maggie Daniel Lessard/Pierre Tisseyre \u2013/1 Un poignard dans un mouchoir de soie Robert Lalonde/Boréal \u2013/1 L\u2019unité Alphabet Jussi Adler-Olsen/Albin Michel 1/3 Une fille comme elle Marc Levy/Robert Laffont 3/17 La jeune fille et la nuit Guillaume Musso/Calmann-Lévy 2/21 Sur un mauvais adieu Michael Connelly/Calmann-Lévy /1 Dernière danse Mary Higgins Clark/Albin Michel 5/19 Les prénoms épicènes Amélie Nothomb/Albin Michel 8/4 La disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker/Fallois 6/25 Le président a disparu James Patterson | Bill Clinton/Lattès 4/15 Lèvres de pierre Nancy Huston/Actes Sud 10/2 Signe de vie José Rodrigues dos Santos/HC \u2013/1 En as-tu vraiment besoin?(Édition revue et augmentée) Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean \u2013/1 Tout ce qui bouge n\u2019est pas TDAH Guy Falardeau/Homme 2/3 Le peuple rieur.Hommage à mes amis Innus S.Bouchard | M.-C.Lévesque/Lux \u2013/1 Le petit livre vert du cannabis T.Péloquin | P.Mercure/Québec Amérique \u2013/1 Médecin de rue Jean Robert/XYZ 8/3 Corruption, collusion, absolution.Quand Jean Charest.Pierre Godin/Leméac \u2013/1 La révolution dans l\u2019ordre.Une histoire du duplessisme Jonathan Livernois/Boréal 7/3 La littérature malgré tout François Ricard/Boréal \u2013/1 Démantèlement tranquille.Le Québec à la croisée des.Steve Fortin/Québec Amérique 6/4 Détournement d\u2019État.Bilan de quinze ans de gouvernement.IRIS/Lux 1/5 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/133 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/52 Qui mène le monde?Noam Chomsky/Lux 7/2 Le lambeau Philippe Lançon/Gallimard 5/8 La vie secrète des animaux Peter Wohlleben/Multimondes 3/3 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 4/42 Le capitalisme expliqué à ma petite-fille Jean Ziegler/Seuil 6/3 Capitalisme de plateforme Nick Srnicek/Lux \u2013/1 Bad féministe Roxane Gay/Édito \u2013/1 Raconte-moi la fin Valeria Luiselli/Olivier \u2013/1 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien ?nancier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Du 10 au 16 septembre 2018 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 Romans québécois Romans étrangers Essais québécois Essais étrangers NOUVEAU NUMÉRO 798 OCTOBRE 2018 EN VENTE EN KIOSQUES ET PAR ABONNEMENT, VERSIONS PAPIER ET NUMÉRIQUE (PDF) revuerelations.qc.ca À lire aussi dans ce numéro : la chronique d\u2019Anne Fortin, la poésie d\u2019Olivia Tapiero et le Carnet de Marc Chabot.Artiste invitée : Caroline Hayeur Depuis 30 ans, la fracture entre Montréal, Québec et les régions ne cesse de s\u2019aggraver.Comment repenser notre modèle de développement régional pour remédier aux nombreuses inégalités qu\u2019il produit et faire face à la tran - sition écologique ?6 NUMÉROS PAR ANNÉE | 52 PAGES PRIX À L\u2019UNITÉ : 7,00 $ + TAXES SOIRÉES PUBLIQUES Venez en discuter avec nous à Trois-Rivières le 27 septembre et à Rimouski le 17 octobre.Détails : revuerelations.qc.ca CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Il peut arriver que, par amour, par vengeance ou par peur, quelqu\u2019un se retrouve en prison.C\u2019est à la fois tout cela qui a mené « en dedans » le personnage qui est au centre du dernier roman de Mathieu Blais, Francœur, l\u2019anti-héros d\u2019une « crisse d\u2019histoire d\u2019amour pas possible ».Une partie de son histoire nous est racontée par le narrateur, un détenu du pénitencier de Sainte-Anne-les Bains sur lequel on apprendra peu de choses, sinon qu\u2019il est Noir, se fait appeler Bronco et a une prédilection particulièrement sentie pour les métaphores \u2014 un effet secondaire, peut-être, de la vie prolongée derrière les barreaux.Entre le dégoût et le respect qu\u2019il éprouve pour « le chien fou à Fran- cœur », les envolées lyriques et quelques réflexions sur la réalité carcérale, Bronco nous raconte ce qu\u2019il sait de cet homme sans le moindre passé criminel, un gars de Sorel qui s\u2019est retrouvé en prison du jour au lendemain pour avoir fait sauter par désespoir amoureux le local des Hells Angels.Ainsi, parce que la tête du héros a été mise à prix par un groupe de motards criminels bien connu, Fran- cœur est en quelque sorte la « chronique d\u2019une mort annoncée ».Un grand sec, un innocent, un personnage fantasque et inconscient «qui se faisait aller la gueule comme un caquiste la veille des élections», Maxime Francœur connaîtra un séjour en prison qui ne sera pas de tout repos.Il tenait un journal de détention, écrivait des poèmes et de longues lettres à la Rosemarie pour qui il avait tenté l\u2019impossible.«Ce n\u2019était pas un bum, il n\u2019avait pas l\u2019once de l\u2019ombre du souffle d\u2019une méchanceté.» Et Bronco, qui en était proche sans être son ami, nous raconte avoir « hérité » de la mémoire de Maxime Francœur.Il essaie, à partir d\u2019anecdotes qu\u2019il lui a fallu entendre mille fois, de raconter au plus près l\u2019homme qu\u2019il a brièvement connu.Il sert sa légende, en admiration sans le dire devant la liberté un peu mystique qui était celle de Francœur.Libre même entre quatre murs, et même s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une liberté nourrie d\u2019un grain de folie.Comme « une petite bête du Bon Dieu».En guise de point de départ, Mathieu Blais s\u2019inspire ici très librement d\u2019un fait divers qui avait fait les manchettes en 2008 : un spectaculaire attentat au camion-citerne qui avait détruit le bunker des Hells à Sorel, conséquence incontrôlée d\u2019un triangle amoureux isocèle.Bronco, qui s\u2019improvise philosophe en résidence, a bien raison: «Le réel est un goon tellement plus imposant que la fiction.» Au moyen d\u2019une oralité bien sentie, reposant sur une voix narrative plausible malgré ses excès, l\u2019auteur de La l iber té des détours et de (Sainte-famille) nous donne ici un autre roman un peu noir qui explore lui aussi le destin incongr u d\u2019un criminel de circonstances.Chronique d\u2019une mort annoncée Dans Francœur, Mathieu Blais s\u2019inspire librement d\u2019un spectaculaire fait divers Mathieu Blais nous donne un roman un peu noir qui explore le destin incongru d\u2019un criminel de circonstances.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Francœur ?Mathieu Blais, Leméac, Montréal, 2018, 136 pages e n\u2019étais pas obéissante et je ne le serai jamais », lance dans son français mâtiné d\u2019accent cubain l\u2019écrivaine et scénariste Zoé Valdés, 23 ans après son exil forcé de Cuba.Vingt-trois ans après notre première rencontre à Paris.Je me souviens de ses larmes intarissables dans la cuisine de ce petit appartement vétuste et dénudé prêté par un ami à l\u2019évocation de sa mère restée à Cuba.Sa mère qui lui manquait tellement et dont elle s\u2019inquiétait.Je me souviens aussi de sa fille de deux ans qui dansait sur une musique cubaine en sourdine dans la pièce à côté.À l\u2019invitation d\u2019une université française, Zoé Valdés avait débarqué à Paris six mois auparavant avec son mari cinéaste et la petite Luna.Elle ne devait séjourner là que trois mois.Elle y vit toujours.Sans son mari, dont elle est divorcée.Luna est devenue une belle jeune femme au sourire irrésistible et au français impeccable, qui s\u2019éclate dans le milieu du cinéma.Quant à la mère de Zoé Valdés, elle est morte il y a plusieurs années.En 1995, c\u2019est Le néant quotidien, en grande partie autobiographique et très critique envers la situation politique à Cuba, qui avait mis le feu aux poudres dans son pays.L\u2019auteure incarnait, dans ce roman de la désillusion qui venait de paraître en France et circulait sous le manteau à Cuba, une enfant de la révolution, née comme elle en 1959, l\u2019année de l\u2019arrivée au pouvoir de Castro.« Je figure toujours sur la malfamée liste noire d\u2019écrivains à Cuba », déplore aujourd\u2019hui Zoé Valdés, qui me reçoit chaleureusement dans son antre aux lourdes tentures de velours rouge vin, entourée de son chat, de mille et une babioles, de livres pêle-mêle, de photos souvenirs et de peintures cubaines, tandis que sa fille peaufine un scénario dans sa chambre à côté.À l\u2019époque, l\u2019écrivaine, qui frôle maintenant la soixantaine, ne pensait qu\u2019à retourner sur son île.Mais pas à n\u2019importe quel prix.Pas au prix de se taire, de cesser d\u2019écrire, comme le lui intimaient les autorités de son pays par le truchement d\u2019un représentant à l\u2019ambassade de Cuba à Paris, tandis que des agents de sécurité de l\u2019État intimidaient sa mère au loin.Depuis, Zoé Valdés a multiplié les tribunes médiatiques contre les abus de Castro, de ses sbires, de ses successeurs.Et elle a fait paraître une quinzaine de romans, de la poésie, des essais, des livres pour la jeunesse.Elle publie ces jours-ci Desirée Fe ou l\u2019innocente pornographe, en lice pour le Médicis du roman étranger.Il s\u2019agit d\u2019une histoire d\u2019amour et de sexe dans un Cuba privé de liberté.« Ce que je voulais dire avec ce livre, c\u2019est que là où vous croyez que les mouvements révolutionnaires ont été faits pour libérer les peuples, au contraire, on les esclavagise, et tout devient invivable.Sauf la façon de se donner à un autre corps.Et sauf la force de l\u2019amour, qui gagne toujours.» On pense tout de suite au Néant quotidien, où le sexe et la recherche de l\u2019amour s\u2019avéraient la seule porte de sor tie contre le désespoir et le manque de tout.Une nuance tout de même : l\u2019érotisme est encore plus présent, plus accentué, plus cru dans le nouveau roman de l\u2019auteure.Pour elle : « C\u2019est surtout un roman sur le désir.Le désir d\u2019être libre.Com - me quoi, à travers le corps, le désir, le sexe, l\u2019érotisme, il existe un espace de liberté et de rébellion, de révolte.» Autre différence avec Le néant quotidien : plutôt que de parcourir les 30 ans qui ont suivi la révolution, Desirée Fe est axé sur les années 1970.Années d\u2019adolescence de l\u2019auteure.Comme sa nouvelle héroïne, Zoé Valdés a été privée dans ces années-là de son père, envoyé en prison pour propos jugés contre-révolutionnaires.Il y est resté cinq ans.Et il a mis un temps fou ensuite à fuir son pays pour aller s\u2019établir aux États-Unis, en passant par le Panama.« Il est finalement sorti en 1983, illégalement, mais en payant un montant énorme au même régime qui l\u2019avait mis en prison », résume Zoé Valdés, dont le père est mort vingt ans plus tard.Tout n\u2019est pas autobiographique dans son nouveau roman, prévient- elle.« C\u2019est mon histoire, mais c\u2019est aussi celle de filles que j\u2019ai connues.C\u2019est un roman, avec toutes sor tes d\u2019histoires mélangées.» Mélangées, mais réelles, insiste-t-elle : « Il n\u2019y a pas d\u2019invention.» Tout était interdit Le portrait qui se dégage de cette « île de malheur » est on ne peut plus sombre.Mouchards à profusion.Privation de la liberté d\u2019expression et emprisonnements, évidemment.Exils en masse.Sans oublier les tickets de rationnement, le marché noir.Et l\u2019interdiction de faire la fête, d\u2019écouter de la musique anglaise ou américaine.« On ne pouvait pas écouter les Beatles, ni aucun groupe rock, aucune musique qui pouvait ressembler à la liberté de l\u2019Occident », se rappelle Zoé Valdés.Elle se souvient aussi d\u2019avoir été inondée, comme ses compatriotes, de chansons venues de la Russie, de la Roumanie et d\u2019autres pays de l\u2019Est, dont personne n\u2019arrivait à déchiffrer les paroles.« C\u2019était une façon d\u2019ef facer non seulement la musique écoutée partout dans le monde, mais aussi la musique cubaine d\u2019avant la révolution, dont ils disaient que c\u2019était une musique décadente.» Tout était contrôlé, jusqu\u2019à la façon de s\u2019habiller.Tout était interdit : c\u2019est l\u2019image qu\u2019elle garde de son adolescence à Cuba.« Avec le tourisme, et après la chute de l\u2019Union soviétique qui a fait en sorte que le pays ne recevait plus d\u2019aide, les dirigeants ont été obligés de s\u2019ouvrir un peu », concède- t-elle.Mais elle est formelle : « Notre jeunesse a été d\u2019une fermeté qu\u2019on ne pouvait pas supporter.La seule façon de la supporter, c\u2019était à travers l\u2019intimité, les amis et les fêtes qu\u2019on faisait en cachette, devant la mer.» Devenir les parents de ses parents Elle précise aussi que les jeunes de sa génération à l\u2019époque sont devenus très tôt les parents de leurs parents.« Nos parents, qui étaient très jeunes en 1959 au moment de la révolution, sont devenus très instables à cause de tout ce dont ils se voyaient privés : la bonne musique, la danse, la vie de nuit\u2026 Ils buvaient énormément, prenaient des cachets pour oublier, pour s\u2019endormir.Notre génération souhaitait éviter cela : on voulait sauver nos parents.» Elle fait référence à sa mère, en particulier.« Elle prenait du rhum avec du Valium.Elle était complètement alcoolisée.Elle me disait toujours qu\u2019elle avait vécu une vie mer veilleuse avant et que maintenant, ce n\u2019était plus une vie, que tout était pourri, que ça ne servait à rien de vivre à Cuba.» Sa mère était obsédée par l\u2019idée de partir, dit-elle.Ce qui n\u2019était pas le cas de Zoé Valdés, au contraire.« Ma génération avait cette idée fantasque, romantique : pourquoi laisser le pays à ces gens-là ?C\u2019est notre pays, il faut qu\u2019on reste pour les affronter.» Ironie du sort, elle est partie avant sa mère.Mais en croyant qu\u2019elle reviendrait bientôt dans son appartement au bord de la mer à La Havane.Elle a mis plus de quatre ans avant de réussir à faire venir sa mère à Paris, non sans avoir graissé la patte d\u2019un officier de l\u2019État cubain.« Ma mère était très contente d\u2019être à Paris, elle en a profité, glisse l\u2019écri- vaine, émue.Mais elle était déjà très malade.Elle a vécu deux ans avec moi, puis elle est morte du cancer.» Et voici les larmes qui af fluent de nouveau dans les yeux noirs de Zoé Valdés.Vingt-trois ans après notre première rencontre.L i r e F i c t i o n 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D ENTREVUE DANIELLE LAURIN COLLABORATRICE LE DEVOIR À PARIS Sexe, amour et politique à Cuba Retrouvailles avec l\u2019auteure du Néant quotidien, Zoé Valdés Zoé Valdés publie roman étranger.Il PATRICK GAILLARDIN AR «J Desirée Fe ou l\u2019innocente pornographe Zoé Valdés, traduit de l\u2019espagnol par Aymeric Rollet, Arthaud, Paris, 2018, 368 pages.En librairie le 27 septembre. | 2 9 D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul- Lemerle, un cargo de 4945 tonnes affrété d\u2019urgence pour le transport de passagers, quitte le port de Marseille en vue d\u2019une traversée de l\u2019Atlantique.À son bord, parmi les 350 réfugiés entassés à bord du rafiot se trouvait aussi un petit aréopage d\u2019artistes, de membres de l\u2019intelligentsia européenne, de réprouvés en tous genres, juifs ou non, qui tentaient eux aussi de fuir la France de Vichy.Le pape surréaliste André Breton, l\u2019anthropologue Claude Lévi-Strauss, invité comme chercheur à la New School of Social Research de New York, Victor Serge, la photographe Germaine Krull et le dramaturge et critique théâtral allemand Alfred Kantorowicz, qui avait fondé à Paris en 1934 une bibliothèque des livres brûlés par les nazis.Manière papillonnante Avec sa manière papillonnante, c\u2019est cette communauté de hasard et de circonstances que ranime Adrien Bosc dans Capitaine, son second roman, où il nous entraîne au plus près de l\u2019inconfort, des longs jours d\u2019incertitude au Maroc, de l\u2019interminable traversée sur le rafiot français, d\u2019escales en Martinique, à Porto Rico et à Saint-Domingue.De l\u2019attente, de la peur au ventre et des doutes.Lévi-Strauss repérera Breton, ils vont s\u2019écrire durant la traversée \u2014 un échange que l\u2019anthropologue français publiera des années plus tard dans Regarder, écouter, lire.Le navire, surchargé, inconfortable au plus haut point, est comme « une boîte de sardines sur laquelle on aurait collé un mégot », dira Victor Serge.On en arrive presque à comprendre comment Lévi-Strauss pourra plus tard ouvrir ses Tristes tropiques par cette phrase devenue célèbre : « Je hais les voyages et les explorateurs.» Dans Constellation, son premier roman, pour lequel il avait reçu le Grand Prix du roman de l\u2019Académie française, l\u2019écrivain de 32 ans, fondateur des Éditions du Sous-sol et éditeur au Seuil, racontait une autre traversée transatlantique à risque.Un avion d\u2019Air France qui s\u2019était écrasé en 1949 au large des Açores en ne laissant aucun survivant \u2014 tuant le boxeur Marcel Cerdan, l \u2019amant d\u2019Édith Piaf.Une fois encore, Adrien Bosc pose son regard sur quelques passagers d\u2019exception.Ou son narrateur, plutôt, « petite voix, en surplomb, sous l\u2019eau », qui nous fait voir ce que les livres d\u2019histoire ne sauraient nous raconter.L\u2019amère réalité de l\u2019attente et du temps suspendu, la subjective présence des odeurs.Il le fait avec un goût juste pour l\u2019anecdote et une plume franchement somptueuse.Sinueux sillage Entre l\u2019érudition bien digérée et l\u2019invention nécessaire à tout exercice d\u2019« exofiction », Bosc nourrit son roman d\u2019extraits de lettres, de carnets et de journaux des voyageurs.Un peu long vers le milieu, comme toute traversée au long cours, Capitaine nous entraîne malgré tout dans son sinueux sillage.Pour l\u2019auteur, « tout destin a ceci d\u2019étranger qu\u2019il emprunte des voies détournées pour s\u2019accomplir et, à rebours, ressemble à une suite de contournements et de chemins de traverse pris délibérément, des crochets illogiques travestis en un itinéraire sans à-coups».Mais si on voit bien ce que ça raconte, rien n\u2019est moins facile que de déchiffrer ce que nous dit du monde Adrien Bosc.Un bémol, du reste, que d\u2019autres lecteurs n\u2019entendront peut- être pas.L\u2019imaginaire transatlantique d\u2019Adrien Bosc L\u2019écrivain français nous convie à bord d\u2019un cargo de réfugiés traversant l\u2019Atlantique en 1941 Adrien Bosc : un goût juste pour l\u2019anecdote et une plume franchement somptueuse.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Capitaine ?1/2 Adrien Bosc, Stock, Paris, 2018, 400 pages ces jours-ci Desirée Fe ou l\u2019innocente pornographe, en lice pour le Médicis du s\u2019agit d\u2019une histoire dans un Cuba privé de liberté.THAUD L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 3 0 | CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Un jeu très noir se dessine dans Pêche, premier roman aux contours à la fois graphiques et surréels de la Britannique Emma Glass.La crudité y côtoie volontiers l\u2019onirisme, propulsant le lecteur dans les recoins les plus sombres de ce conte brutal qui, par la chair profanée, explore l\u2019outrage au corps et ses effets dévastateurs sur l\u2019âme.Le livre s\u2019ouvre alors que le pire vient tout juste de se produire.La jeune Pêche absorbe le choc de ce viol dans une langue à la musicalité douloureusement évocatrice qui donne le ton : « Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies.» Les mots sont durs, leur enchaînement hy- perréaliste : « La chair est déchirée.Arrachée.Elle bée.» Rien ou presque n\u2019est pourtant à proprement parler « décrit » dans Pêche.Le choc des mots est ailleurs.On reste en décalage, dans le ressenti et dans la vivacité des images, grâce à une langue r ythmique qui part en vrille en se butant contre les moindres textures et humeurs.Tout pour refuser la douleur, qui perce pourtant de partout.Autour de Pêche, son entourage s\u2019agite mollement, tous plus ou moins prisonniers de ce monde métaphoriquement chargé où chacun est réduit à son essence surnaturelle.La jeune fille elle-même apparaît comme un fruit juteux mûri de force devant lutter contre la pourriture qui cherche à la contaminer.Son petit ami, Vert, a les racines solides et les branches apaisantes bien qu\u2019encore jeunes et cassantes, tandis que son copain Sable, mal dans sa peau, se défile et se répand sans cesse.À la maison, les parents de Pêche gardent les yeux fermés sur sa souffrance, tout à leur amour de chair joyeuse et décomplexée : « Faire l\u2019amour, c\u2019est bien.Maman et moi on le fait tout le temps.On vient juste de le faire sur la table de la cuisine.» Dans un coin, le bébé pur sucre part en gelée, tandis que, dehors, de sa carne grasse, l\u2019agresseur, le seul à être doté d\u2019un vrai prénom, Lincoln (« Il a un nom et il aime »), guette inlassablement Pêche, déterminé à récidiver.Très réussis, les premiers chapitres déconcertent tant ils remuent, forçant la prise de respirations salutaires pour ne pas suf foquer devant la cruauté de l\u2019irréparable.Glauques, ils forcent une fenêtre biscornue sur la psyché d\u2019une jeune fille en plein cauchemar qui refuse de se laisser emporter par la noirceur.La transition est moins aboutie; dès qu\u2019on s\u2019éloigne un peu de Pêche, on perd en justesse, comme si la voix trouvée par Glass se mettait soudain à hésiter.Carnet décalé d\u2019un viol, Pêche est aussi le récit, moins abouti, il est vrai, d\u2019une reconstruction qui force la réflexion sur les notions délicates du pardon et de la réparation, de même que sur leurs limites.La toute fin est manichéenne et prévisible, précipitant le lecteur dans un abîme auquel il avait cru échapper.Reste une petite musique persistante, qui surnage, vibrante et impérieuse.De chair et de sang Emma Glass explore l\u2019outrage au corps dans un conte brutal aux accents surréels Emma Glass publie un premier roman où la crudité côtoie volontiers l\u2019onirisme.SARAH LEE FLAMAMRION Pêche ?Emma Glass, traduit de l\u2019anglais par Claro, Flammarion, Paris, 2018, 126 pages CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR Il est difficile de résister à un roman d\u2019Amélie Nothomb.Dès la première page, on se laisse emporter par cette suite étourdissante de dialogues joliment ciselés avec lesquels les personnages s\u2019échangent de solennelles déclarations d\u2019amour ou de haine, quand ce ne sont pas des considérations sur la beauté et la laideur.Certes, d\u2019un livre à l\u2019autre, que l\u2019on dévore avec le même appétit d\u2019une couverture à l\u2019autre, on ne s\u2019étonne plus des thèmes choisis ni du récit proposé, mais du fait que la baronne belge ne déroge pas à sa formule.Vingt-septième roman de la prolifique dame excentrique, Les prénoms épicènes, malgré ses qualités indéniables, souffre quelque peu de la comparaison avec le précédent, Frappe-toi le cœur.Dans ce récit d\u2019une beauté déchirante, Amélie Nothomb y relatait avec sensibilité le drame d\u2019une jeune fille privée de l\u2019amour de sa mère, femme d\u2019une grande beauté ne supportant pas l\u2019idée d\u2019être supplantée par le fruit de ses entrailles.Dans Les prénoms épicènes, où l\u2019on assiste d\u2019abord à une brutale rupture amoureuse débouchant sur le désir de vengeance d\u2019un homme, la romancière s\u2019intéresse cette fois à la haine d\u2019un père pour sa fille, qui le lui rend bien.« À l\u2019âge de cinq ans, Épicène sut qu\u2019elle n\u2019aimait pas son père.Ce ne fut pas une révélation, mais la première formulation d\u2019une vérité qui avait germé en elle une ou deux années plus tôt.» Si l\u2019on s\u2019attache d\u2019emblée à cette fillette futée et lucide comme à toutes les petites filles nées de la plume de Nothomb, la magie n\u2019opère pas tout à fait dans ce drame familial sur l\u2019ambition sociale sous forme de fable domestique où les femmes ne sont que des potiches interchangeables.Dans sa manière d\u2019orchestrer la rencontre entre les futurs parents d\u2019Épicène, Dominique et Claude (« Nous avons un point commun, toi et moi.Nos prénoms ne spécifient pas de quel sexe nous sommes.» « Oui.Nous por tons des prénoms épicènes.»), la romancière paraît se parodier ou recycler paresseusement.À peine ont-ils partagé une coupe de champagne et que Claude se soit extasié sur la beauté de Dominique que cette dernière, ensorcelée par un philtre d\u2019amour, accepte de l\u2019épouser : «Par quel génie avait-il su que Chanel No 5 était la clef de son âme?» Malgré cela, Amélie Nothomb parvient à titiller le lecteur et à le garder captif en semant çà et là quelques indices sur la vraie nature de ce couple parfait en apparence, dysfonctionnel dans les faits.Le tout se corse quand revient en scène Reine, cette femme cruelle et calculatrice que l\u2019on rencontre au tout début du récit: «Commença l\u2019année la plus formidable dans la vie de Dominique.Son amitié neuve ne cessait de s\u2019intensifier.Et plus Reine lui manifestait son affection, plus Claude rivalisait en compliments à son égard.» Tandis qu\u2019elle s\u2019applique à raconter cette amitié entre ces deux petites provinciales jouant les grandes Parisiennes, la romancière néglige les tourments d\u2019Épicène et se refuse à pénétrer la psyché de Claude, procurant quelques frustrations chez le lecteur, qui sera un peu déstabilisé en fin de partie par la grosseur des ficelles du récit et son dénouement précipité.Mon père, ce zéro Dans son 27e roman, Amélie Nothomb décrit la haine réciproque d\u2019un père et sa fille D\u2019un livre à l\u2019autre, on ne s\u2019étonne plus des thèmes choisis par Amélie Nothomb.JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Les prénoms épicènes ?Amélie Nothomb, Albin Michel, Paris, 2018, 155 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 CE NOUVEAU LIVRE CHOC SE PENCHE SUR LES GRANDES QUESTIONS CONTEMPORAINES DE L\u2019HUMANITÉ.Albin Michel PAR LE CÉLÈBRE AUTEUR DE SAPIENS ET HOMO DEUS CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019éditeur français Gallmeister s\u2019est taillé un créneau intéressant en publiant des romans américains plantés en pleine nature sauvage.On pense tout de suite à Craig Johnson, à Kim Zupan et à quelques autres dont nous avons déjà parlé dans nos pages.Toujours, ces textes s\u2019appuient sur une écriture lumineuse incarnant tout autant la complexité des intrigues que le cadre somptueux dans lesquels elles s\u2019inscrivent.Le livre de Keith McCafferty s\u2019inscrit très précisément dans cette niche.La Madison du titre est une des rivières à truites les plus célèbres d\u2019Amérique.Elle traverse les cols et les hauts plateaux du Wyoming et du Montana, attirant chaque année des milliers d\u2019amateurs ; la pêche à la truite \u2014 et les activités qu\u2019elle génère en amont comme en aval \u2014 enrichit de plusieurs centaines de millions de dollars le budget annuel du Montana.Aussi Mar tha Ettin- ger, shérif, réagit-elle rapidement quand on découvre un cadavre dans la Madison.L\u2019histoire nous est surtout racontée par Sean Stranahan, peintre naturaliste, fabricant de mouches et pêcheur chevronné ; c\u2019est à travers ses yeux que la beauté somptueuse des lieux nous apparaît dans ses plus infimes détails.Mais Stranahan est aussi détective privé à ses heures et il se voit chargé d\u2019une étrange mission par une sulfureuse et fragile chanteuse de blues, Velvet Lafayette, dont il tombera presque amoureux.Bientôt, les deux enquêtes se recoupent et voici même notre privé, promu « conseiller du shérif », traqué à son tour par le meurtrier.Toute l\u2019affaire repose en fait sur la santé des poissons et de la Madison\u2026 à cause des revenus qu\u2019elle génère et de la valeur des terres qui la bornent.Vous aurez tout le loisir de trouver le coupable au milieu d\u2019une galerie de personnages bien campés ; du guide autochtone jusqu\u2019aux milliardaires férus de pêche à la ligne, en passant par une colonie de vieux « nouveaux riches» installés sur les bords de la rivière, le choix ne manque pas\u2026 mais les indices sont rares.L\u2019intrigue est fort bien menée, les personnages, solides, et le rythme de tout cela \u2014 bien rendu par la traduction toute en langueurs puis en rebondissements inattendus \u2014 colle admirablement à la nature des lieux.Certains toutefois percevront peut- être comme des longueurs la précision que met McCafferty \u2014 qui est aussi rédacteur en chef du magazine de plein air Field & Stream \u2014 à décrire, par exemple, les mouches ou les espèces de truites qu\u2019elles permettent d\u2019attraper.Quand on connaît bien les choses dont on parle, pourquoi ne pas prendre le temps de bien les dépeindre\u2026 Un livre plein, donc, rafraîchissant, à lire avec bonheur près d\u2019un cours d\u2019eau ou, au pire, d\u2019une piscine.Leurres et faux-fuyants Un pur Americana juché dans le Montana et servi dans une écriture scintillante Keith McCafferty, à lire avec bonheur près d\u2019un cours d\u2019eau ou d\u2019une piscine.KEITH MCCAFFERTY GALLMEISTER Meurtres sur la Madison ?1/2 Keith McCafferty, traduit de l\u2019anglais par Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister «Americana», Paris 22018, 378 pages CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Dans La littérature malgré tout, recueil d\u2019essais composés au fil des années, François Ricard, 71 ans, biographe de Gabrielle Roy et spécialiste de Kundera qui a longtemps enseigné à l\u2019Université McGill, répète un peu la même chose que dans La littérature contre elle-même par u 1985 : la littérature est un moyen privilégié de connaissance du monde.Qu\u2019il se fasse justicier littéraire (en visitant les œuvres peu ou mal lues de Michel Déon, Yannis Kiourt- sakis ou Curzio Malaparte) ou qu\u2019il dénonce « la conception étriquée que l\u2019on se fait encore trop souvent du roman », l\u2019auteur de La génération lyrique livre ici une profession L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L i r e 32 | CRITIQUE Quatre Mélanie et demie ?Justin Laramée, Québec Amérique, «La Shop», Montréal, 2018, 136 pages En 2009, Justin Laramée avait relié quelques contes urbains de son cru pour en faire un spectacle intitulé 4 fois Mélanie 1/2.Ces jours-ci, le dramaturge donne un premier roman élaboré à partir de la même matière première.Publié dans «La Shop», une collection que les Éditions Québec Amérique réservent aux «romans subversifs, sans censure et sans complexe, qui cherchent à susciter le trouble chez leur lecteur», Quatre Mélanie et demie est porté par une langue imagée et un humour cinglant, une prose aussi crue que cruelle sans être dépourvue de tendresse.Entre les quatre destins, l\u2019auteur a tendu, plus ou moins adroitement, un fil ténu menant à un coup de théâtre.Consacré à Mélanie Bisson- nette, le premier chapitre est de loin le plus dense, le plus nuancé.À vrai dire, on se désole que le roman n\u2019ait pas été entièrement offert à cette adolescente qui s\u2019éveille dans un même élan et non sans heurts à la mort et à l\u2019amour, au deuil et au désir.Christian Saint-Pierre NOUVELLES À leur tour de larguer les amours ?Collectif, Tête première, Montréal, 2018, 237 pages «Plaqué ou être plaqué, au fond, c\u2019est tout aussi souffrant.Dans les deux cas, on s\u2019en prend plein la gueule», résume lucidement Luc Boulanger (Les bancs publics) dans ce recueil de nouvelles dirigé par Marie Lamarre et Maryse Laten- dresse, où 19 hommes s\u2019expriment sur la rupture amoureuse.Pendant masculin de Larguer les amours, sorti l\u2019an dernier, cet ouvrage collectif aux résonances autobiographiques aborde sans détour, parfois avec humour, la lâcheté et la culpabilité, mais aussi la souffrance et la résilience.Se démarque du lot David Leduc, alias Le Grand Slack (La cathédrale de Schrödinger), avec sa vertigineuse description de la torpeur d\u2019un amoureux éconduit où la tragédie flirte savamment avec la cocasserie.Denis Bernard, Louis Champagne et Iannicko N\u2019Doua, accompagnés par Jérôme Minière, donneront vie à une dizaine de textes du recueil dans une mise en lecture de Marika Lhoumeau le 25 septembre, au Lion d\u2019Or, dans le cadre du FIL.Manon Dumais Cher monsieur Donald Trump ?Sophie Siers et Anne Villeneuve, traduit de l\u2019anglais par Mélanie Roland, Les 400 coups, Montréal, 2018, 34 pages CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Fatigué de par tager sa chambre avec son grand frère qui l\u2019empêche de dormir, Sam a l\u2019idée de cons - truire un mur entre les deux lits.Il pourrait ainsi avoir la paix et mettre fin à des échanges obligés avec cet être indésirable.Alors que son entourage reste plutôt réfractaire à son projet, Sam envoie des missives à Donald Trump, espérant ainsi trouver une oreille attentive et empathique à son dessein.Comme des bouteilles lancées à la mer, les lettres demeurent bien sûr sans réponse, mais l\u2019attente permet au garçon de réfléchir.Partant d\u2019une situation connue et répandue dans les fratries, l\u2019auteure néo-zélandaise Sophie Siers parvient non seulement à parler avec raf finement de tolérance et d\u2019entente, mais fait entrer la politique dans l\u2019album jeunesse, sujet encore rarement offert.La forme du récit par lettres permet quant à elle au lecteur de saisir les motivations profondes du garçon tout en prenant conscience de l\u2019étendue du mal-être qui divise les humains.Si Trump reste silencieux tout au long du récit, les aquarelles d\u2019Anne Villeneuve, son trait alliant candeur et humour, jouent un rôle narratif de complémentarité.Occupé à mille et une tâches importantes \u2014 allant du golf au bain moussant en passant par les soirées mondaines \u2014, le président n\u2019a que faire des lettres qu\u2019on lui transmet.Le ton sincère et authentique du jeune garçon tranche ainsi avec l\u2019arrogance et le désintérêt du personnage dont le visage n\u2019est d\u2019ailleurs jamais visible.Camouflé tantôt derrière son cellulaire, tantôt un hamburger, tantôt les cheveux de son épouse, il ne laisse voir que son légendaire toupet jaune, couleur des lettres que Sam lui transmet.Éléments centraux du récit, le pouvoir de l\u2019un et l\u2019espoir de l\u2019autre participent d\u2019un même combat, celui de se faire voir et entendre.Faire tomber les murs La littérature qui se défait Aux yeux de l\u2019essayiste François Ricard, la littérature est en voie de disparition | 3 3 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 François Ricard malgré tout Pour un lecteur d\u2019essais, un nouveau livre de François Ricard est toujours une fête.L\u2019auteur de La génération lyrique (Boréal, 1992) appartient en effet à l\u2019élite du genre.Maître de la sagacité interprétative et du raffinement stylistique sans afféterie, Ricard éblouit toujours en faisant de la littérature un précieux fil d\u2019Ariane.Si écrire des essais signifie maîtriser l\u2019art de raconter l\u2019aventure de la pensée, Ricard doit être élevé au rang d\u2019essayiste modèle.Je le lis depuis trente ans avec admiration, mais non sans un certain malaise.Quelque chose, chez lui, me contrarie.Dans Mœurs de province (Boréal, 2014), son précédent essai, Ricard rend hommage à son collègue Yvon Rivard, avec qui, dit-il, il entretient une «amitié polémique ».Le désaccord entre eux tiendrait à ce que l\u2019un, Rivard, cultiverait la foi et l\u2019espérance, alors que l\u2019autre, Ricard, aurait fait du désenchantement sa demeure.Or, pour Ricard, il semble que la vraie lucidité se trouve dans son camp, celui, écrit-il dans son nouvel essai, de ceux qui sont conscients que la vie se résume à une « interminable tragicomédie où, comme tous nos semblables, nous sommes condamnés à la bouffonnerie et aux sanglots».Il y a, chez Ricard, une agaçante superbe du dégrisé, qui discrédite toute forme d\u2019espérance.Je trouve ça plus écrasant que lucide.Virtuosité dialectique Je lis La littérature malgré tout (Boréal, 2018, 200 pages) et j\u2019y retrouve cet esprit sardonique du désenchanté.La prose, néanmoins, me séduit, la hauteur du propos me ravit, et Ricard, grâce à sa virtuosité dialectique, parvient à faire tomber mes défenses.Dans un essai sur Gabrielle Roy, dont il a été le biographe, Ricard présente sa vision de la vie de la romancière.Cette dernière, écrit-il, a d\u2019abord été animée par un « refus des origines», par un pressant besoin d\u2019échapper à l\u2019enracinement dans son petit monde du Manitoba.Mouvement difficile, note l\u2019essayiste, parce qu\u2019il revient, pour un écrivain issu d\u2019un milieu fragile, à refuser «son aide à des mourants».L\u2019écrivain français ou américain en quête de la même rupture libératrice est porté vers la marge.L\u2019écrivain issu d\u2019une petite culture veut s\u2019inscrire dans la grande \u2014 Roy est allée en Europe \u2014, mais découvre LOUIS CORNELLIER un espace déjà chargé de créations qui l\u2019inspirent et s\u2019expose au risque de l\u2019imitation.«Le seul moyen d\u2019échapper à ce piège est alors pour l\u2019écrivain de se révolter de nouveau, explique Ricard.De se révolter contre sa révolte première, de s\u2019exiler de son exil.Et de se mettre en route pour rentrer (symboliquement) au pays.» Comme Gabrielle Roy, qui finit par «redécouvr [ir] le monde qu\u2019elle a abandonné ».Ainsi, ce qui commence, chez Ricard, par un éloge de l\u2019exil \u2014 qui me heurte parce que je n\u2019aime pas qu\u2019on abandonne des mourants \u2014 se termine par un chant de réconciliation.L\u2019autre connaissance Une telle lecture, remarquable, de l\u2019œuvre de Gabrielle Roy n\u2019a rien de scientifique.Elle relève plutôt de ce que Ricard appelle la «méthode de la littérature», d\u2019une quête de connaissance qui passe par «une méditation indissociable de l\u2019écriture même».Pour l\u2019essayiste, la littérature, considérée comme «un art de vivre» et non comme un divertissement, permet une forme de connaissance inaccessible sans elle, celle «de l\u2019être concret de l\u2019homme [\u2026]; cet homme qui ne trouve jamais la pleine lumière, quoi qu\u2019il fasse, et dont les pas sont toujours ceux d\u2019un errant, lui qui ne connaît ni sa route ni la destination vers laquelle elle l\u2019emporte\u2026» À l\u2019autoroute de la méthode scientifique, la méthode de la littérature, pour explorer et révéler les arcanes de l\u2019existence humaine, préfère les « humbles routes de campagne plus ou moins à l\u2019abandon, tortueuses et mal balisées ».Elle fait prendre conscience à celui qui s\u2019y livre « de l\u2019inadéquation entre les réponses que nous offrent tous les discours dispensateurs de savoir ou de puissance et les questions à jamais béantes que creuse en nous le simple fait d\u2019exister et d\u2019être dans le monde ».À la fin de son cours classique, le bon élève Ricard a déçu l\u2019assemblée en annonçant son intention d\u2019étudier en lettres.Le préfet des études a cru nécessaire de le mettre en garde, en lui disant que cet univers le laisserait sur sa faim.Or, dans cette faim, dans cette inquiétude qu\u2019entraîne la pratique fervente de la littérature, Ricard a trouvé sa vraie demeure.Les grandes œuvres, qui lui révèlent l\u2019incertitude de toute chose, sont aussi celles qui lui permettent de supporter et d\u2019aimer l\u2019existence ainsi fragilisée.La littérature malgré tout, donc.Il m\u2019arrive, quant à moi, d\u2019être agacé par le professeur de désespoir qu\u2019est parfois Ricard, mais, lisant plus loin, plus à fond, je ne peux que me réconcilier avec l\u2019essayiste lumineux qu\u2019il est plus fondamentalement.Ricard malgré tout, donc.François Ricard livre ici une profession de foi littéraire libre et nécessaire.PEDRO RUIZ LE DEVOIR de foi littéraire libre et nécessaire.Sans surprise, son admiration va aux livres, rares, dans lesquels un auteur a mis «toute sa pensée, tout ce qu\u2019il sait et ignore de lui-même et du monde, et a créé à partir de là cet objet étrange, comme improbable, et pourtant secrètement espéré, qu\u2019est une œuvre d\u2019art véritable, laquelle n\u2019obéit à rien d\u2019autre qu\u2019à sa propre nécessité».François Ricard estime que la multiplication des auteurs, des éditeurs, des comptes d\u2019auteurs, l\u2019explosion des livres qui se publient et puis s\u2019oublient, ce « déversement sans fin de l\u2019écriture » serait aujourd\u2019hui non pas un signe de la vitalité de la littérature québécoise, mais au contraire un symptôme de sa normalisation.L\u2019indice d\u2019une société repue et satisfaite jusqu\u2019à la décomposition.L\u2019expression d\u2019une « littérature qui se défait », d\u2019un véritable « évanouissement» du littéraire.On rêve que chaque apprenti auteur soit forcé de réfléchir à cette phrase extralucide : «L\u2019œuvre ne s\u2019écrit pas d\u2019abord contre une page blanche ; elle s\u2019écrit contre toutes les pages et toutes les œuvres qui, déjà écrites, déjà parfaites, forment devant elle un horizon indépassable.» Encore faut-il avoir lu et savoir que le bouton à quatre trous a déjà été inventé.La littérature comme monde, comme espace de liberté, est en voie de disparition, victime d\u2019une «banalisation galopante ».Aux yeux de l\u2019essayiste, la cause est entendue, nous entrons tranquillement dans un « régime post-litté- raire ».Il a peut-être raison.Même si pour quelques lecteurs, encore, « malgré tout », la littérature existe et persiste.La littérature malgré tout ?1/2 François Ricard, Boréal, Montréal, 2018, 208 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POÉSIE 34e PRÉSENTÉ PAR AGNANT, Marie-Célie ALLAIRE, Yves ARSENEAU, Marc ATALLA, Nora AZOULAY, Daphnée BACON, Joséphine BARIL-PELLETIER, François BÉLANGER, Paul BERGERON, Jean-Philippe BERTRAND, Laurence BLANCHARD, Marie-Ève BRUNET, Odile CHARET TE, Jonathan CHIASSON, Herménégilde CHOLET TE, Mario CÔTÉ, Catherine COUZIER, Nane DAOUST, Jean-Paul DEERCHILD, Rosanna DELAND, Monique DESAUTELS, Denise DEVAULT, Gilles DRUKKER, Kelly Norah DUPRÉ, Louise ÉLICEIRY, Rose GAUDET-LABINE, Isabelle GAUTHIER, Jacques GILL, Marie-Andrée GIROUX, Robert GUERRET TE, François HARTON, Catherine HÉBERT, Louis-Philippe JANNETEAU, Sylvain JOULE, Alain (AJ ) MAYNE Seymour MOORHEAD, Andrea PICHER, Stéphane PLAMONDON, Réjean PLEAU, Michel POISSON, Sylvie ROBERGE, Émile SIMONEAU, Christiane ST-ONGE, Stéphanie THÉORET, France THÉRIEN, Michel A.TURMEL, Émilie VOYER-LÉGER, Catherine ZALITIS, Dominique EN PLUS DES 30 POÈTES INTERNATIONAUX \u2026 10 JOURS 80 POÈTES 25 PAYS 5 CONTINENTS 300 ACTIVITÉS DANS LES BARS, RESTAURANTS ET CAFÉS DU CENTRE-VILLE LES INCONTOURNABLES ET PLUS DE 300 MOMENTS D\u2019ÉMOTION DANS LA CAPITALE DE LA POÉSIE GRANDE SOIRÉE QUÉBECOR DE LA POÉSIE 20 poètes et la musique du duo Contra-Danza 6 octobre à 20 h Maison de la culture RUTABAGA-RUMBA Cabaret poétique avec Yves Gagnon et ses musiciens 5 octobre à 21h45 Café bar Zénob ENOCH ARDEN Avec Jacques Godin, comédien et Philippe Prud\u2019homme, pianiste 3 octobre à 19 h 30 Conservatoire de musique de Trois-Rivières FIPTR.COM Œuvre : Solstice d\u2019été.Pierre Landry.ICI dans la Capitale de la poésie nos murs vous parlent | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C U L T U R E CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR «J\u2019ai grandi dans l\u2019ombre d\u2019un monument national», affirme Jane Fonda à propos de son père, Henr y Fonda (1905-1982), dans Jane Fonda in Five Acts, documentaire que lui consacre Susan Lacy (la série documentaire American Masters et le documentaire pour la télé Spielberg).Acteur osca- risé pour sa prestation aux côtés de sa fille dans La maison du lac (1981), de Mark Rydell, Fonda passait aux yeux du public pour un mari fidèle et un père exemplaire.Or, la réalité ne correspondait pas tout à fait aux harmonieuses photos de famille qui illustraient les magazines de papier glacé.Tandis qu\u2019Henry vivait une liaison avec une femme de sept ans de plus que Jane, sa femme multipliait les séjours en psychiatrie.Souvent retenu sur les plateaux de cinéma et sur les planches, Fonda était un père absent pour ses enfants.Enfant de la balle, la magnifique octogénaire était dans la vingtaine quand elle a décidé de devenir actrice.Au fond d\u2019elle-même, tout ce que Jane Fonda souhaitait, c\u2019était être une bonne fille afin d\u2019obtenir l\u2019approbation de son père, figure centrale du premier acte.Par la suite, c\u2019est l\u2019approbation de ses maris qu\u2019elle cherchera.De Barbarella à guérillera Riche en archives visuelles, fort d\u2019un montage soulignant parfaitement les confidences de l\u2019actrice, Jane Fonda in Five Acts étonne par l\u2019angle choisi.Après un premier acte intitulé «Henry», suivront «Vadim», «Tom» et «Ted», où l\u2019ardente militante féministe parlera successivement de ses trois ex-maris, le réalisateur Roger Vadim, le militant et auteur Tom Hayden et le magnat des médias Ted Turner.N\u2019est-ce pas un peu réducteur de faire le portrait d\u2019une femme à travers le regard des hommes de sa vie ?Si ! Et pourtant, dans le cas présent, c\u2019était tout à fait justifié puisque l\u2019actrice y révèle qu\u2019elle souhaitait être façonnée par son mari du moment, peu importe le prix.«Je me suis tout de suite sentie en danger», se rappelle-t-elle en évoquant sa première rencontre avec Vadim, qui la convaincra d\u2019incarner l\u2019héroïne ultra-sexy dans Barbarella (1968), rôle qu\u2019avaient refusé Brigitte Bardot et Sofia Loren.Pour les besoins de la scène culte du strip-tease, la sage fille de Henry se soûlera à la vodka.Si elle rigole aujourd\u2019hui en voyant les images de ce film de science-fiction, un extrait d\u2019archives la montre avec sa célèbre «coupe Klute», qu\u2019elle arborait dans le film d\u2019Alan J.Pakula de 1971, où elle avoue avoir honte de son passé de sex-symbol.Ce statut, elle l\u2019a endossé brièvement puisque, très tôt, son amie Simone Signoret lui a ouvert les yeux sur la situation mondiale.Débutera alors la période «Hanoi Jane», où Jane Fonda décidera de quitter Vadim, la France et la vie hédoniste pour embrasser la cause vietnamienne, la cause autochtone et celle des femmes en retournant aux États-Unis.Entrera ainsi dans sa vie Tom Hayden.Pour financer leur mouvement démocrate, elle aura l\u2019idée de lancer une vidéo de danse aérobique, qui connaîtra un succès phénoménal, et peu de temps après, un livre d\u2019exercices, qui trônera au premier rang du palmarès du New York Times durant deux ans.Comment épouser un milliardaire Fille d\u2019un père absent et d\u2019une mère partie trop tôt, Jane Fonda découvre qu\u2019elle est une mauvaise mère, «dépourvue d\u2019intelligence émotionnelle».Non, l\u2019actrice ne se fait pas tendre à son propre égard.Et, de plus, ses enfants témoignent sans fard que, malgré ses grandes qualités, elle est, à l\u2019instar de son père, loin d\u2019être un parent idéal.Alors que son mariage avec Hayden prend fin, elle sombre dans la dépression.Entre alors en scène Ted Turner : « J\u2019ai beaucoup appris avec les hommes de ma vie, mais celui avec qui j\u2019ai le plus appris, c\u2019est Ted.» Durant les dix années qu\u2019elle a partagées avec Ted Turner, qu\u2019elle appelle tendrement son ex-mari préféré, Jane Fonda a tourné le dos au cinéma.Défendant activement la cause des femmes, l\u2019actrice devait souvent se déplacer aux quatre coins des États-Unis, ce qui lui valait des coups de téléphone de Turner qui tournait en rond dans son ranch quand elle n\u2019y était pas.Heureuse malgré tout avec ce dépendant affectif, l\u2019actrice quitte son milliardaire afin de pouvoir incarner à ses propres yeux une féministe digne de ce nom, c\u2019est-à-dire devenir enfin une femme libre, indépendante, qui ne se modèle plus aux idéaux de son mari.Alors qu\u2019on ne l\u2019espérait plus, le cinquième acte ne porte pas le nom d\u2019un homme, mais s\u2019intitule « Jane ».Au bout de cet élégant portrait, où l\u2019actrice se sera livrée tour à tour avec humour, émotion et chaleur, Jane Fonda apparaît dans toute sa paradoxale splendeur.Quant aux cinéphiles, ils resteront sur leur faim, Susan Lucy étant plus intéressée par l\u2019aspect people que par le septième art.Jane Fonda in Five Acts HBO, lundi, 20h Paradoxale Jane Fonda Susan Lacy trace le portrait d\u2019une féministe qui cherchait l\u2019approbation des hommes de sa vie Durant les dix années qu\u2019elle a partagées avec Ted Turner, qu\u2019elle appelle tendrement son ex-mari préféré, Jane Fonda a tourné le dos au cinéma, défendant activement la cause des femmes.HBO Enfant de la balle, la magnifique octogénaire était dans la vingtaine quand elle a décidé de devenir actrice L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | « QUÉBEC OSE! Et Marie-Nicole Lemieux ose avec Québec! L\u2019événement programmé par l\u2019Orchestre symphonique de Québec sera majeur (.) : Le chant de la terre, de Gustav Mahler.» Christophe Huss, Le Devoir OSQ.ORG 418 643 8131 JEUDI / 27 SEPTEMBRE 2018 / 19 H 30 GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC MARIE-NICOLE LEMIEUX ET MICHAEL SCHADE CHANTENT MAHLER Un concert présenté par Fabien Gabel chef Marie-Nicole Lemieux contralto Michael Schade ténor CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Anne Shirley, la merveilleuse héroïne de générations de jeunes filles (et pas mal d\u2019adultes\u2026) de partout dans le monde, imaginée par l\u2019auteure Lucy Maud Montgomer y à l\u2019aube du XXe siècle, a été l\u2019objet d\u2019une quantité phénoménale d\u2019incarnations.Depuis près d\u2019un siècle (la toute première adaptation sur grand écran date de 1919), ses aventures sont racontées dans trois films (dont deux ayant pour interprète principale une actrice qui a changé son nom de scène pour Anne Shirley entre les deux tournages\u2026) ; une demi-douzaine d\u2019adaptations théâtrales, pour la plupart musicales, et tout autant de versions radiophoniques ; nombre de téléfilms \u2014 dont l\u2019un produit à Ra- dio-Canada en 1957, mettant en vedette Mirielle Lachance (Pruneau de Passe-Partout), Lise Lasalle (Grujot) et Clémence Desrochers ! \u2014, plusieurs miniséries et séries, animées ou non, et autres produits dérivés\u2026 On a étiré la sauce en adaptant les aventures de l\u2019héroïne ayant fait la fierté de l\u2019Île-du-Prince-Édouard, et pas toujours pour le mieux.Parlez-en à ceux qui ont découvert la rouquine romantique dans l\u2019adaptation télévisuelle de Kevin Sullivan, diffusée au milieu des années 1980 dans les deux langues of ficielles à la télévision publique canadienne, interprétée magnifiquement par Megan Follows.Plusieurs d\u2019entre eux ont sans doute regretté que le producteur et réalisateur canadien n\u2019en finisse plus d\u2019épuiser le filon, jusqu\u2019à faire de leur Anne une courageuse aventurière dans l\u2019Europe de la Première Guerre mondiale, dans la très moyenne minisérie Anne of Green Gables : The Continuing Stor y en 2003, alors que dans les romans de Montgomery, ce sont plutôt les enfants de celle-ci qui se frottent de près ou de loin à ce conflit armé\u2026 La nouvelle relecture, lancée en grande pompe en mars 2017 par CBC, et sur Netflix par la suite, intitulée tout simplement Anne au petit écran, puis affublée d\u2019un charmant «with an E» en version originale depuis son passage sur la plateforme numérique, s\u2019éloigne elle aussi de la trame narrative de l\u2019œuvre dont elle s\u2019inspire, mais d\u2019une tout autre façon\u2026 Différente, mais fidèle Cette série créée par Moira Walley- Beckett, qui a fait sa marque comme scénariste au sein de l\u2019équipe de l\u2019acclamée Breaking Bad, a bousculé les fidèles du roman et agréablement surpris la critique grâce à son traitement plus réaliste, plus sombre que celui habituellement réservé à ce classique de la littérature, devenu populaire auprès de la jeunesse « sur le tard », un demi-siècle après sa publication.La scénariste a osé s\u2019éloigner du récit original en consacrant plusieurs séquences aux souvenirs douloureux de la vie d\u2019orpheline d\u2019Anne, malmenée qu\u2019elle a été dans ses familles d\u2019accueil précédentes.Ces expériences rudes et traumatisantes pour un enfant sont évoquées subtilement dans l\u2019œuvre de Montgomer y.Le scénario de Walley-Beckett en fait des moments pivots pour comprendre la capacité d\u2019émer veillement inouïe de la jeune héroïne pour ce qui est beau et bon, son besoin de se réfugier dans un monde imaginaire fantastique, son amour des livres qui lui ont permis d\u2019oublier son existence misérable d\u2019avant les Pignons verts.La série, au départ une adaptation assez fidèle du tout premier roman de la série, finit par s\u2019en éloigner en développant des intrigues complètement nouvelles, qui entraînent certains personnages là où on ne pouvait les imaginer et qui donnent du relief à certains autres qui y étaient à peine esquissés.Ces digressions font ressortir les thèmes présents dans l\u2019œuvre de façon plus frontale qu\u2019ils ne l\u2019étaient dans l\u2019œuvre originale : le racisme, le travail des enfants, l\u2019intimidation, les inégalités sociales et sexuelles.Dans la deuxième saison, qui débute cette semaine en anglais à CBC et en français à Artv (Netflix l\u2019a mise Deux Anne, un soir L\u2019héroïne de Lucy Maud Montgomery se pointe en double au petit écran, l\u2019une plus « libre » que l\u2019autre Comme dans la première saison, Amy- beth McNulty, la singulière et lumineuse interprète de la jeune Anne, complètement investie dans ce rôle exigeant, transmet à elle seule toute la verve poétique, la bonhomie et la tendresse qui habitaient l\u2019ouvrage qui l\u2019a mise au monde.CBC C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE ! Consultez les guides horaires des cinémas Pauline Julien i n t i m e e t p o l i t i q u e U n e i c ô n e d e l a c h a n s o n q u é b é c o i s e U n f i l m d e Pa s c a l e F e r l a n d o n f .c a / p a u l i n e j u l i e n U n e p r o d u c t i o n d e l \u2019 O f f i c e n a t i o n a l d u f i l m d u C a n a d a E n c o l l a b o r a t i o n a v e c R a d i o - C a n a d a « \u2026 un document essentiel\u2026 » \u2013 Le 15-18, Radio-Canada « C\u2019est un très beau film ! » \u2013 Gravel le matin, Radio-Canada « \u2026 une œuvre profondément belle et émouvante\u2026 » \u2013 Le Devoir en ligne partout dans le monde sauf au Canada en juillet dernier), ces thèmes sont toujours exploités, et de façon encore plus appuyée, dans un récit toujours plus éloigné de l\u2019histoire originale : un personnage important se retrouve sur une île des Caraïbes et y découvre l\u2019ampleur de l\u2019héritage colonial sur la majorité de ses habitants, des escrocs viennent troubler l\u2019équilibre social et économique d\u2019Avonlea et des camarades d\u2019Anne sont victimes d\u2019intimidation à cause de leur « dif férence ».On est parfois plus près du suspense et du drame social que de la chronique inoffensive aux accents romantiques.Pour tant, au-delà de ces dif fé- rences flagrantes, la série reste fidèle à l\u2019esprit de l\u2019œuvre de Montgomery, qui se voulait subtilement une critique de l\u2019univers rural de la fin du XIXe siècle, « tricoté serré » et renfermé sur lui-même, qu\u2019elle a connu.Un monde où l\u2019enfant n\u2019a pas beaucoup de droits ni de pouvoir\u2026 Et le « dif férent », peu de perspectives d\u2019avenir enthousiasmantes.Cette célébration de la capacité de s\u2019émerveiller, du savoir, de l\u2019indépendance (certaine) des femmes, de la générosité et la bienveillance qui illumine ce roman, se retrouve intacte dans la relecture de Walley-Beckett.Comme dans la première saison, Amybeth McNulty, la singulière et lumineuse interprète de la jeune Anne, complètement investie dans ce rôle exigeant, transmet à elle seule toute la verve poétique, la bonhomie et la tendresse qui habitaient l\u2019ouvrage qui l\u2019a mise au monde.On pourrait la suivre loin, bien loin dans ces nouveaux chemins narratifs.Une troisième saison, que l\u2019on vient tout juste d\u2019annoncer, risque peut-être de s\u2019y aventurer.Pareille, mais pas pareille L\u2019adaptation proposée par la chaîne jeunesse canadienne-anglaise YTV et relayée par PBS, qui adopte la forme de téléfilms de 90 minutes (les deux premiers volets, L.M.Montgomerys\u2019s Anne of Green Gables et Anne of Green Gables: The Good Stars ont été diffusés en 2016 et 2017), s\u2019avère nettement plus conventionnelle et prévisible.La chaîne publique américaine présente dimanche la troisième partie de cette transposition très fidèle du premier roman mettant en lumière le fabuleux destin de mademoiselle Shirley.Les fans finis de cet ouvrage ne seront absolument pas dépaysés puisque ce téléfilm, tout comme les précédents, suit le récit du roman à la lettre.Par contre, l\u2019esprit ludique, revendicateur par moments et merveilleusement romantique qui animait ce dernier est en grande partie évacué de cette production compétente, mais un peu éteinte.La jeune vedette Ella Ballentine donne à voir une Anne certes bien bavarde et entêtée, mais tout de même trop lisse.On se demande un peu ce que Mar tin Sheen, qui incarne Matthew, le tendre père adoptif de l\u2019héroïne, est allé faire dans ce projet dont on cherche en vain la personnalité propre.Et même la pertinence tout court.Il trouve peut-être sa raison d\u2019être auprès d\u2019un public très jeune, que l\u2019on ne veut pas trop secouer, et auprès des nostalgiques qui veulent retrouver que les côtés joyeux et simples de cette œuvre plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît.Anne with an E, saison 2 / Anne // Anne of Green Gables : Fire and Dew CBC, dimanche, 19h / Artv, jeudi, 21h // PBS, dimanche, 19h30 Du côté de PBS, la jeune vedette Ella Ballentine donne à voir une Anne certes bien bavarde et entêtée, mais tout de même trop lisse.PBS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI SELMA (4) (Selma), É.-U.2014.Drame historique d\u2019Ava DuVernay avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo.- En 1965, le pasteur Martin Luther King Jr.prend part à une marche pacifique en faveur du droit de vote sans restriction aux citoyens de race noire.ARTV 12h L\u2019INCROYABLE HULK (4) (The Incredible Hulk), É.-U.2008.Science-fiction de Louis Leterrier avec Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth.- Un scientifique qui se mue en géant violent lorsque son pouls s\u2019accélère tente d\u2019échapper à l\u2019armée américaine qui veut l\u2019utiliser comme arme guerrière.MP 12h L\u2019ARME FATALE 4 (5) (Lethal Weapon 4), É.-U.1998.Comédie policière de Richard Donner avec Mel Gibson, Danny Glover, Jet Li.- Deux inspecteurs de Los Angeles ont maille à partir avec des membres des triades chinoises établis dans la ville.TVA 13h30 GRACE DE MONACO (4) (Grace of Monaco), Fr.2013.Drame historique d\u2019Olivier Dahan avec Nicole Kidman, Tim Roth, Frank Langella.- En 1961, Grace de Monaco est amenée à intervenir dans le conflit diplomatique qui oppose son mari, le prince Rainier, au gouvernement français de Charles de Gaulle.ARTV 14h15 SHERLOCK HOLMES (4) G.-B.2009.Drame policier de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr., Jude Law, Rachel McAdams.- Le détective Sherlock Holmes et son fidèle associé, le médecin John Watson, cherchent à neutraliser un meurtrier mégalomane ressuscité d\u2019entre les morts.MP 14h30 LÉGENDE (5) (Legend), G.-B.2015.Drame biographique de Brian Helge- land avec Tom Hardy, Taron Egerton, Emily Browning.- Dans le Londres des années 1960, des jumeaux qui règnent sur les milieux interlopes voient leur domination menacée.MAX 15h30 SALT (4) É.-U.2010.Thriller de Phillip Noyce avec Angelina Jolie, Liev Schreiber, Chiwetel Ejiofor.- Une agente de la CIA en fuite tente de prouver son innocence après qu\u2019un ressortissant russe l\u2019eut accusée d\u2019être une espionne au service de son pays.TVA 16h JUNO (3) É.-U.2007.Comédie dramatique de Jason Reitman avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner.- Une jeune fille tombée enceinte par inadvertance décide de trouver des parents adoptifs pour l\u2019enfant qu\u2019elle porte.V 16h30 SANS ARRÊT (5) (Non-Stop), É.-U.2014.Thriller de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson, Julianne Moore, Michelle Dockery.- Durant un vol, un marshall tente de repérer le terroriste qui réclame le transfert bancaire immédiat d\u2019une fortune, à défaut de quoi un passager mourra toutes les 20 minutes.TVA 18h30 LE CHOC DES TITANS (5) (Clash of the Titans), É.-U.2010.Drame fantastique de Louis Leterrier avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes.- Le demi-dieu Persée est amené à combattre Hadès, frère de Zeus, dont la colère s\u2019est abattue sur le peuple de Sériphos après que celui-ci ont défié l\u2019ordre divin.V 18h30 93QUEEN (4) É.-U.2018.Documentaire de Paula Eiselt.- Des femmes d\u2019une enclave juive hassidique de Brooklyn créent une brigade ambulancière entièrement féminine pour celles refusant d\u2019être touchées par d\u2019autres hommes que leur mari.PBS (WETK) 20h JACK REACHER (5) É.-U.2012.Drame policier de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall.- Un ancien major de la police militaire enquête sur les raisons qui ont motivé l\u2019assassinat de cinq personnes par un tireur déséquilibré.TVA 20h45 LE LOUP DE WALL STREET (3) (The Wolf of Wall Street), É.-U.2013.Drame biographique de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Margot Robbie, Jonah Hill.- Un courtier de Wall Street devenu richissime grâce à la vente frauduleuse de valeurs mobilières attire l\u2019attention du FBI.V 20h45 LA MATRICE \u2013 RÉVOLUTIONS (4) (The Matrix \u2013 Revolutions), É.-U.2003.Science-fiction d\u2019Andy Wachowski avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving.- Des humains réfugiés dans une ville souterraine subissent l\u2019assaut d\u2019une armée de machines.MP 21h HÔTEL DU NORD (2) Fr.1938.Drame sentimental de Marcel Carné avec Louis Jouvet, Arletty, Jean-Pierre Aumont.- Deux amoureux ont décidé de se suicider dans un petit hôtel parisien.TFO 21h ROBOCOP (3) (RoboCop), É.-U.1987.Science-fiction de Paul Verhoeven avec Peter Weller, Nancy Allen, Ronny Cox.- À Detroit, au XXIe siècle, le corps d\u2019un policier assassiné sert de soutien à un androïde programmé pour lutter contre les malfaiteurs.TQ 22h SELMA (4) (Selma), É.-U.2014.Drame historique d\u2019Ava DuVernay avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo.- En 1965, le pasteur Martin Luther King Jr.prend part à une marche pacifique en faveur du droit de vote sans restriction aux citoyens de race noire.ARTV 23h LE DERNIER MÉTRO (3) Fr.1980.Comédie dramatique de François Truffaut avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Heinz Bennent.- À Paris, sous l\u2019Occupation, une comédienne continue à diriger le théâtre de son mari qui a disparu parce qu\u2019il était juif.TFO 23h TED (4) É.-U.2012.Comédie fantaisiste de Seth MacFarlane avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Joel McHale.- Un trentenaire immature réalise que son ourson en peluche, grossier personnage animé d\u2019une vie propre, met en péril sa relation de couple.TVA 0h LA VÉNUS À LA FOURRURE (3) Fr.2013.Drame de Roman Polanski avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner.- Dans un théâtre parisien défraîchi, un metteur en scène se laisse entraîner dans un périlleux jeu de rôles et de séduction par l\u2019actrice inconnue qu\u2019il passe en audition.RC 0h05 HÔTEL DU NORD (2) Fr.1938.Drame sentimental de Marcel Carné avec Louis Jouvet, Arletty, Jean-Pierre Aumont.- Deux amoureux ont décidé de se suicider dans un petit hôtel parisien.TFO 1h30 UN HEUREUX ÉVÉNEMENT (4) Fr.2011.Comédie dramatique de Rémi Bezançon avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï, Josiane Balasko.- La grossesse difficile, l\u2019accouchement pénible et la dépression post partum d\u2019une étudiante en philosophie, qui se sent mal soutenue par son conjoint.RC 2h05 DIMANCHE LE PROGRAMME (4) (The Program), G.-B.2015.Drame biographique de Stephen Frears avec Ben Foster, Chris O\u2019Dowd, Guillaume Canet.- Sur la foi du témoignage d\u2019un ancien coéquipier, le cycliste américain Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour de France, est accusé de dopage par un journaliste britannique.TVA 10h L\u2019HOMME QUI MURMURAIT À L\u2019OREILLE DES CHEVAUX (4) (The The Horse Whisperer), É.-U.1998.Drame sentimental de Robert Redford avec Robert Redford, Kristin Scott Thomas, Scarlett Johansson.- Alors qu\u2019il aide une adolescente à se remettre d\u2019un grave accident de cheval, un cow-boy s\u2019éprend de la mère de la jeune fille.V 14h LA LIGNE VERTE (4) (The Green Mile), É.-U.1999.Drame de Frank Darabont avec Tom Hanks, Michael Clarke Duncan, David Morse.- En 1935, en Louisiane, un gardien de prison se lie d\u2019amitié avec un condamné à mort doté de pouvoirs de guérison.TVA 14h15 LA MATRICE \u2013 RÉVOLUTIONS Voir samedi, 21h.MP 14h30 AHEAD OF TIME \u2013 THE EXTRAORDINARY JOURNEY OF RUTH GRUBER (4) É.-U.2009.Documentaire de Robert Richman.- Portrait de Ruth Gruber, photographe et journaliste d\u2019origine juive née en 1911 à Brooklyn, qui fut témoin des événements les plus marquants survenus au cours du XXe siècle.PBS (WCFE) 14h30 ORIGINE (2) (Inception), É.-U.2010.Science-fiction de Christopher Nolan avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Marion Cotillard.- Un espion industriel, hanté par la mort de sa femme, est chargé d\u2019implanter dans le rêve d\u2019un homme d\u2019affaires une idée qui l\u2019incitera à démanteler l\u2019empire financier bâti par son père.V 19h30 1ER AMOUR (5) Can.2013.Drame de Guillaume Sylvestre avec Loïc Esteves, Marianne Fortier, Benoît Gouin.- Au cours d\u2019un été avec ses parents sur une île du Saint-Laurent, un préadolescent connaît ses premiers émois amoureux auprès de la fille d\u2019une ancienne flamme de son père.ARTV 20h LE DERNIER MÉTRO (3) Fr.1980.Comédie dramatique de François Truffaut avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Heinz Bennent.- À Paris, sous l\u2019Occupation, une comédienne continue à diriger le théâtre de son mari qui a disparu parce qu\u2019il était juif.TFO 21h L\u2019ART D\u2019AIMER (4) Fr.2011.Comédie de mœurs d\u2019Emmanuel Mouret avec Julie Depardieu, Frédérique Bel, François Cluzet.- À Paris, les tribulations d\u2019hommes et de femmes d\u2019âges divers, en couple ou célibataires, tentés d\u2019une manière ou d\u2019une autre par une expérience amoureuse ou sexuelle insolite.TQ 21h30 GRACE DE MONACO Voir samedi, 14h15.ARTV 23h 93QUEEN Voir samedi, 20h.PBS (WCFE) 23h HÔTEL DU NORD (2) Fr.1938.Drame sentimental de Marcel Carné avec Louis Jouvet, Arletty, Jean-Pierre Aumont.- Deux amoureux ont décidé de se suicider dans un petit hôtel parisien.TFO 23h07 GATSBY LE MAGNIFIQUE (4) (The Great Gatsby), É.-U.2012.Drame sentimental de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan.- Grâce à son voisin, un milliardaire au passé mystérieux fait le pari de reconquérir un amour perdu, désormais mariée à un riche héritier.TVA 23h32 LES HOMMES PRÉFÈRENT LES BLONDES (4) (Gentlemen Prefer Blondes), É.-U.1953.Comédie musicale de Howard Hawks avec Jane Russell, Marilyn Monroe, Charles Coburn.- Les joyeuses aventures sentimentales de deux danseuses au cours d\u2019un voyage sur un transatlantique.RC 23h38 LE DERNIER MÉTRO (3) Fr.1980.Comédie dramatique de François Truffaut avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Heinz Bennent.- À Paris, sous l\u2019Occupation, une comédienne continue à diriger le théâtre de son mari qui a disparu parce qu\u2019il était juif.TFO 1h30 LUNDI L\u2019ÉPREUVE \u2013 LE LABYRINTHE (4) (The Maze Runner), É.-U.2014.Science-fiction de Wes Ball avec Dylan O\u2019Brien, Will Poulter, Thomas Sangster.- Des adolescents se retrouvent captifs dans une clairière ceinturée par un énorme labyrinthe peuplé d\u2019araignées géantes.MP 11h IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d\u2019armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MP 21h LA NEUVAINE (3) Can.2005.Drame psychologique de Bernard Émond avec Élise Guilbault, Patrick Drolet, Denise Gagnon.- À Sainte-Anne- de-Beaupré, une urgentologue suicidaire est sauvée par un jeune homme qui fait une neuvaine pour obtenir la guérison de sa grand-mère mourante.TFO 21h BIUTIFUL (3) Esp.2010.Drame d\u2019Alejandro González Iñárritu avec Javier Bardem, Maricel Alvarez, Hanaa Bouchaib.- Se sachant atteint d\u2019un cancer en phase terminale, un Barcelonais qui trempe dans différentes magouilles tente de mettre de l\u2019ordre dans sa vie.TFO 0h SELMA (4) (Selma), É.-U.2014.Drame historique d\u2019Ava DuVernay avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo.- En 1965, le pasteur Martin Luther King Jr.prend part à une marche pacifique en faveur du droit de vote sans restriction aux citoyens de race noire.ARTV 2h30 LA NEUVAINE (3) Can.2005.Drame psychologique de Bernard Émond avec Élise Guilbault, Patrick Drolet, Denise Gagnon.- À Sainte-Anne- de-Beaupré, une urgentologue suicidaire est sauvée par un jeune homme qui fait une neuvaine pour obtenir la guérison de sa grand-mère mourante.TFO 2h30 MARDI IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d\u2019armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MP 16h30 GROSSESSE SURPRISE (4) (Knocked Up), É.-U.2007.Comédie de Judd Apatow avec Seth Rogen, Katherine Heigl, Paul Rudd.- Un jeune glandeur tente maladroitement de prendre ses responsabilités auprès d\u2019une journaliste qu\u2019il a mise enceinte lors d\u2019une aventure d\u2019un soir.MP 21h UN MARI DE TROP (5) (The Accidental Husband), G.-B.2008.Comédie sentimentale de Griffin Dunne avec Uma Thurman, Colin Firth, Jeffrey Dean Morgan.- Pour se venger d\u2019une psychologue de ligne ouverte, qui a incité sa compagne à annuler leurs noces, un pompier pirate le dossier de l\u2019animatrice en y indiquant qu\u2019il est son époux.TVA 0h35 MERCREDI GROSSESSE SURPRISE (4) (Knocked Up), É.-U.2007.Comédie de Judd Apatow avec Seth Rogen, Katherine Heigl, Paul Rudd.- Un jeune glandeur tente maladroitement de prendre ses responsabilités auprès d\u2019une journaliste qu\u2019il a mise enceinte lors d\u2019une aventure d\u2019un soir.MP 16h30 LES GARDIENS DE LA GALAXIE (4) (Guardians of the Galaxy), É.-U.2014.Science-fiction de James Gunn avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Benicio Del Toro.- Pourchassé par un fanatique qui menace l\u2019univers, un aventurier de l\u2019espace obtient l\u2019aide de quatre confrères extraterrestres.MP 21h LE JOURNAL DE KNUD RASMUSSEN (4) (The Journals of Knud Rasmussen), Can.2006.Chronique de Norman Cohn avec Pakak Innukshuk, Leah Angutimarik, Jens Jorn Spottag.- En 1922, des explorateurs danois se rendent dans l\u2019Arctique canadien, où ils se lient d\u2019amitié avec un chamane et sa famille.TFO 21h JEUDI TOUT POUR UN A (4) (Easy A), É.-U.2010.Comédie de mœurs de Will Gluck avec Emma Stone, Penn Badgley, Amanda Bynes.- Objet de rumeurs à son école secondaire pour avoir prétendu n\u2019être plus vierge, une élève réservée mais opiniâtre tourne ces ragots à son avantage.TVA 13h LES GARDIENS DE LA GALAXIE Voir mercredi, 21h.MP 16h30 DEAD MAN (3) É.-U.1995.Western de Jim Jarmusch avec Johnny Depp, Gary Farmer, Lance Henriksen.- Gravement blessé, un hors- la-loi traqué reçoit l\u2019aide d\u2019un Amérindien érudit.TFO 21h DEUX SUPER-FLICS (5) It.1977.Comédie policière d\u2019E.B.Clucher avec Terence Hill, Bud Spencer, Laura Gemser.- Les aventures de deux malandrins devenus policiers par erreur.Z 23h 1ER AMOUR Voir dimanche, 20h.ARTV 23h LE DERNIER MÉTRO (3) Fr.1980.Comédie dramatique de François Truffaut avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Heinz Bennent.- À Paris, sous l\u2019Occupation, une comédienne continue à diriger le théâtre de son mari qui a disparu parce qu\u2019il était juif.TFO 0h09 ANONYME (4) (Anonymous), G.-B.2011.Drame de Roland Emmerich avec Rhys Ifans, Vanessa Redgrave, Sebastian Armesto.- Sous le règne d\u2019Elisabeth I, le comte d\u2019Oxford voit la paternité de ses pièces, écrites sous le sceau de l\u2019anonymat, revendiquées par un acteur illettré, William Shakespeare.TVA 1h35 AU-DELÀ DES COLLINES (3) Roum.2012.Drame de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta.- Une jeune Roumaine qui rêve de s\u2019établir en Allemagne avec son ancienne amante échoue à convaincre celle-ci de quitter le monastère isolé où elle vit.TFO 2h15 GRACE DE MONACO Voir samedi, 14h15.ARTV 2h30 VENDREDI WALLACE & GROMIT \u2013 THE CURSE OF THE WERE-RABBIT (3) G.-B.2005.Film d\u2019animation de Steve Box.- Un inventeur et son fidèle petit chien cherchent à capturer un lapin mutant géant qui festoie la nuit dans les potagers de leur village.YTV 20h TERREUR SOUS LA MER (5) (Deep Blue Sea), É.-U.1999.Drame d\u2019horreur de Renny Harlin avec Saffron Burrows, Thomas Jane, LL Cool J.- Les employés d\u2019un laboratoire flottant en haute mer sont aux prises avec des requins monstrueux.MP 20h DES HOMMES ET DES DIEUX (2) Fr.2010.Drame historique de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin.- L\u2019histoire des sept moines français de Tibhirine, tués par le Groupe islamiste armé d\u2019Algérie en 1996.TFO 21h AU CŒUR DE LA TERRE (4) (The Core), É.-U.2003.Science-fiction de Jon Amiel avec Aaron Eckhart, Hilary Swank, Stanley Tucci.- Pour prévenir la fin du monde, une expédition est envoyée au centre de la Terre afin de réactiver le magma autour du noyau de la planète.MP 22h ABSOLUTELY FABULOUS \u2013 LE FILM (4) (Absolutely Fabulous \u2013 The Movie), G.-B.2016.Comédie de Mandie Fletcher avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha.- Accusée du meurtre d\u2019une top-modèle, la directrice d\u2019une boîte de relations publiques de Londres s\u2019enfuit à Cannes avec son amie journaliste de mode.MAX 22h30 1ER AMOUR (5) Can.2013.Drame de Guillaume Sylvestre avec Loïc Esteves, Marianne Fortier, Benoît Gouin.- Au cours d\u2019un été avec ses parents sur une île du Saint-Laurent, un préadolescent connaît ses premiers émois amoureux auprès de la fille d\u2019une ancienne flamme de son père.RC 23h11 BRAZIL (1) G.-B.1984.Science-fiction de Terry Gilliam avec Jonathan Pryce, Kim Greist, Robert De Niro.- Dans un monde totalitaire, un fonctionnaire croit reconnaître la belle de ses rêves en la personne d\u2019une conductrice de camions.TQ 23h30 MESSE NOIRE (5) (Black Mass), É.-U.2015.Drame de mœurs de Scott Cooper avec Johnny Depp, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch.- Dans les années 1970 à Boston, le truand irlandais James «Whitey» Bulger forge une alliance secrète avec le FBI pour se débarrasser de la mafia italienne.TVA 23h35 DEAD MAN (3) É.-U.1995.Western de Jim Jarmusch avec Johnny Depp, Gary Farmer, Lance Henriksen.- Gravement blessé, un hors- la-loi traqué reçoit l\u2019aide d\u2019un Amérindien érudit.TFO 0h ÉMILIE (5) Can.2013.Comédie sentimentale de Guillaume Lonergan avec Émilie Bibeau, Jean-François Nadeau, Guillaume Perreault.- Ayant trompé son amoureux à la veille de leur mariage, une jeune femme qui tente d\u2019expier sa faute est manipulée par un ami secrètement amoureux d\u2019elle.RC 1h11 DES HOMMES ET DES DIEUX (2) Fr.2010.Drame historique de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin.- L\u2019histoire des sept moines français de Tibhirine, tués par le Groupe islamiste armé d\u2019Algérie en 1996.TFO 2h10 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Eric Bibb Migration Blues Mercredi 3 octobre, 19 h 30 Une voix remarquable qui va droit au cœur ! Cantates de Bach Dimanche 30 septembre, 14 h LES IDÉES HEUREUSES NICOLAS ELLIS, chef J.S.Bach Cantates BWV 37, 153, 165 et 169 L\u2019an 5 de l\u2019intégrale des cantates de Bach débute sous la direction du dynamique chef Nicolas Ellis.Arte Musica présente sallebourgie.ca Présenté par 18 19 Anne Queffélec, piano Jeudi 18 octobre, 19 h 30 Le Tombeau de Couperin Œuvres de F.Couperin, Debussy, Handel, Rameau et Ravel Les Journées Couperin (18 au 24 octobre) s\u2019ouvrent avec un récital exceptionnel montrant l\u2019in?uence et l\u2019importance de François Couperin.Flos Florum - La ?eur des ?eurs Jeudi 27 septembre, 19 h 30 ENSEMBLE VOCAL BLUE HERON SCOTT METCALFE , direction Musique vocale de la Renaissance L\u2019ensemble réputé de Boston présente son premier concert au Canada ! Salle Bourgie MANON DUMAIS LE DEVOIR La variété à la sauce TVA Après V et sa compétition de danse urbaine qui n\u2019aura duré qu\u2019une saison (Danser pour gagner), TVA propose son concours de danse tous genres confondus, Révolution.Aux côtés de l\u2019égérie Sarah-Jeanne La- brosse, les maîtres de la danse Jean- Marc Généreux, Lydia Bouchard et Les Twins seront les juges de cette compétition ouverte aux participants de tous âges, amateurs ou professionnels, qui danseront leur vie dans l\u2019espoir de décrocher 100 000 $ devant 128 caméras disposées autour du grand plateau.Parlant de grand plateau, dans l\u2019esprit de la variété En direct de l\u2019univers, Sonia Benezra recevra chaque dimanche un invité dont elle retracera la carrière en chansons.Seront de la partie Michel Louvain, Roch Voisine, Éric Lapointe, Ariane Moffatt, Dan Bigras, Jean-Pierre Ferland, Mario Pelchat et Lara Fabian.Si l\u2019on se fie à la bande-an- nonce de Tout le monde aime !, une bonne partie du budget sera consacrée au papier-mouchoir.Révolution TVA, dimanche, 19h30 Tout le monde aime ! TVA, dimanche, 21h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 E T Q U E ÇA DA N S E ! E T Q U E ÇA C H A N T E ! E T Q U E ÇA P L E U R E ! Le visionnement de la semaine Réalisée par Richard Eyre (Stage Beauty, Chronique d\u2019un scandale), la plus récente adaptation du Roi Lear, de Shakespeare, se déroule dans une Londres fortement militarisée au XXIe siècle.S\u2019étant illustré en Othello et en Titus Andronicus dans les pièces éponymes du grand barde, sir Anthony Hopkins se glisse cette fois dans la peau de ce roi qui abdique son trône à la faveur de ses filles aînées, les perfides et flagorneuses Regan (Emily Watson) et Goneril (Emma Thompson), après avoir renié sa fille cadette Cordelia (Florence Pugh), la seule pourtant à lui vouer un amour sincère et désintéressé.Interprète du fidèle majordome Carson dans Downton Abbey, Jim Carter incarne le tout aussi loyal comte de Kent.King Lear Amazon Prime, vendredi Pendant ce temps à Radio-Canada Guy A.Lepage et Dany Turcotte sont de retour pour une quinzième saison de Tout le monde en parle.Au cours de cette campagne électorale qui bat son plein, les trois chefs et la co-porte-parole des quatre grands partis n\u2019auront d\u2019autre choix que d\u2019aller se confesser à la grand-messe dominicale.Qui esquivera le mieux les questions de l\u2019animateur ?Qui recevra une carte du fou du roi ?Qui osera rester jusqu\u2019à la fin ?Tout le monde en parle Radio-Canada, dimanche, 20h Deux brutes et un polisson « Nous remercions le patriarcat de nous offrir autant de sujets de capsules », s\u2019est exclamée Judith Lussier à l\u2019avant-première du 33e Gala des prix Gémeaux, où elle et sa complice Lili Boisvert ont remporté deux trophées.Le patriarcat étant toujours bien vivant, ces féroces dames auront beaucoup à se mettre sous la dent au cours de la troisième des Brutes.Sur Twitter, il n\u2019a pas son pareil pour se mettre à dos les chroniqueurs et les politiciens, ce qui le contraint parfois à expliquer ses blagues controversées.Malgré cela, Radio-Canada a confié à l\u2019humoriste Louis T un troisième mandat à la barre des capsules Vérités et conséquences.Les brutes telequebec.tv Vérités et conséquences Tou.tv L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 09/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Demain des hommes Ruptures Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Boomerang L'échappée / Chacun sa vérité Le jeu TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Vendeurs Je suis chef Scorpion Rousseau 22h45 Atomes crochus ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR In Situ Secrets d'histoire / Madame Royale, l'orpheline de la Révolution Monuments Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Étrange météo Des idées payantes Ancient Mysteries 60 jours en prison Trésor inca CANAL VIE Mini-maisons sur mesure Quoi ton plan?Les gratteux On efface et on recommence Jamie et Doug Jamie et Doug Il y a de l'amour dans l'air On se marie RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Maple Leafs de Toronto - Pré-saison (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA FantomWorks Hors route: défi extrême La malédiction d'Oak Island Le mystère de l'or confédéré Nos ancêtres les extraterrestres Extraterrestres ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Pour l'amour du country U2 en concert à Londres Sur la piste des DJs Pour emporter / Mariana Mazza EXPLORA Le refuge de l'espoir Prodigieux colibris S'aime chien Big History Terres de glace À l'épreuve d'une tribu Légendes Z Les pires chauffards canadiens Top Gear / Le défi du labyrinthe Les hors-la-loi du volant Rapide et mill Semi-Pro Arrow / À ta place Six SAVOIR Face à Face Découvertes DeGarde 36.9° Autisme Publications Nomade mers Découvertes Monde Routes science TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Spectacle French en Amérique LA NEUVAINE (2005) Élise Guilbault.Chaussur Constellation fr Planète Police de l'autoroute Kid Criminals Sempé, dessinateur d'humour L'increvable Combi VW Dinosaures À la recherche CBC CBCNews Politics Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake / Last Dance CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal The Resident / 00:42:30 The Big Bang Young Sheldon Magnum P.I.The Good Doctor / Hello CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS: New Orleans 9-1-1 / 7.1 Partie 2 de 2 Bull Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars Partie 1 de 2 The Good Doctor / Hello News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Magnum P.I.Bull Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow POV / Survivors UNIS Pas plus bêtes Cochon dingue Chez nous Un vrai selfie Les fermiers Augustines, corps et âme Hors série Louis la faune Guides HBO 17h55 PSYCHO EX-GIRLFRIEND (2018) Vice News JANE FONDA IN FIVE ACTS (2018) 22h15 The Deuce / Seven-Fifty 23h15 Ballers TVA Sports Kevin Raphael Spéciale PNH LMB Baseball / Astros de Houston c.Blue Jays de Toronto (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 09/23 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte / Planète Bleue II ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Le Téléjournal Périodes TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) Révolution Tout le monde aime Korine Côté: Mon show TVA nouvelles TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or Crise d'identité Like-moi! L'ART D'AIMER (2011) Julie Depardieu.F.-tireurs V 17h30 LE PORTEUR D'EAU (1998) ORIGINE (2010) avec Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page, Leonardo DiCaprio.SE MÉFIER DES APPARENCES ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Les grands reportages Le Téléjournal Le 21e Second Regard Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché 22h15 Mixeur / Plaza Athénée Journal/ L\u2019invité CANAL D Comédie Club / Pierre Hébert A Texas Chrome Le convoi de l'extrême Docu-D / Vols extraordinaires Satellites espions Machines CANAL VIE On efface et on recommence Enfants sous surveillance La vie avec des quintuplées Jo Frost / James Fairweather Ça change pas Les gratteux Idées-grandeur RDS 16h00 LNF Football (D) Sports 30 Monde sport Blitz /20h15 LNF Football / Patriots de Nouvelle Angleterre c.Lions de Détroit (D) HISTORIA Le mystère de l'or confédéré La justice dans le sang Zodiaque JFK déclassifié Racines Infiltrateur ICI ARTV C'est juste de la TV Pour emporter / Mariana Mazza 1ER AMOUR (2013) Macha Grenon.BD QC Les Borgia Cinéma EXPLORA S'aime chien Curiosités Planète Terre / Les prairies Alex+Tyler, éco Planète techno Il était une fois l'humanité Découverte / Planète Bleue II Sexplora Z Défi limo Maripier! Semi-Pro Pinel Seuls et tout nu Les Brown / Pris de court Remorquage South Park Les hors-la-loi SAVOIR Monde Dactylo Mémoires Routes science Capsule Électron/ Thèse Nomade mers Voir autrement 22h20 L'ONU Connaissance Apostrophes TFO 18h05 Texto Amélie Les jumelles Conseils Mosquée Citoyen monde LE DERNIER MÉTRO (1980) Catherine Deneuve.Cinéma Planète 17h00 L'accusé Films perdus de SGM Wu Jing, flûtiste 2.0 Rendez-vous avec Jane Birkin Gladiateurs Sacha Guitry, l'âme et l'esprit CBC 17h00 FINDING DORY (2016) Anne The Nature of Things Great Barrier Reef / Builders CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV The Big Bang The Big Bang The $100,000 Pyramid The $100,000 Pyramid National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur 9-1-1 Partie 1 de 2 Big Brother NCIS: Los Angeles Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Celebrity Family Feud The $100,000 Pyramid The $100,000 Pyramid News CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes Big Brother NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Night Watch 3 News PBS (33) Art in the Twenty-First Century Orchard House ANNE OF GREEN GABLES: FIRE AND DEW Masterpiece Classic Masterpiece Classic Midwife UNIS Bouffe en cavale File d'attente Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Rire à l'autre HBO 16h50 Wedding 18h25 PSYCHO WEDDING CRASHER (2017) Real Time With Bill Maher The Deuce / Seven-Fifty Ballers Insecure Last Week TVA Sports ATP Tennis - Coupe Laver Match #12 (si nécessaire) (D) RAW Team Ninja Warrior Le TVA sports ATP Tennis 09/22 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie De l'Univers / Isabel Richer Victoria / Les péchés du père Liar: La nuit du mensonge Le Téléjournal Périodes 23h05 Dre Grey TVA TVA nouvelles SANS ARRÊT (2014) avec Julianne Moore, Liam Neeson.20h45 JACK REACHER (V.F.) (2012) avec Rosamund Pike, Richard Jenkins, Tom Cruise.TQ DRAGONS 2 (2014) Cette année-là Belle et Bum ROBOCOP (1987) Peter Weller.V 16h30 JUNO LE CHOC DES TITANS (2010) Sam Worthington.20h45 LE LOUP DE WALL STREET (2013) avec Jonah Hill, Margot Robbie, Leonardo DiCaprio.ICI RDI La Semaine verte Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche prochain 20h15 Les années bonheur / Le meilleur des années bonheur Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Enchères Douanes Douanes Galas ComédiHa! 2017 Comédie Club / Pierre Hébert A Galas ComédiHa! 2017 AccidentStar CANAL VIE Pas le choix de rénover! Trading Spaces Rénos On se marie Il y a de l'amour dans l'air L'escouade féminine Le Club Mel RDS 14h30 Golf Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Canadiens de Montréal - Pré-saison (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Les a$ de la brocante Pirates et trésors Humanité en péril! Top 10 / Les pires dictateurs Miracles décodés Taverne ICI ARTV Pour emporter / Mariana Mazza Pour l'amour du country Sherlock / Les chiens de Baskerville La révolte des bonnes filles SELMA (V.F.) EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir Papouasie, expédition au coeur d'un monde perdu Les pionniers / Le froid Cerveau Z Les hors-la-loi du volant Comédie Dans l'net Les stupéfiants Face Off / Le lac des cygnes Semi-Pro South Park Porn SAVOIR Face à Face Reportage Géo 19h50 Nature Ombre doute 20h55 50 ans Monde Dactylo Semaine Verte Forêt/ Idées Découvertes TFO 18h05 Texto Amélie Flip Conseils Mosquée Citoyen monde HÔTEL DU NORD (1938) avec Arletty, Louis Jouvet.Cinéma Planète Sous le radar Fermiers du futur Faites le mur Dinosaures Les discrètes CBC CBCNews marketplace Short Film Face Off Exhibitionists Filmmakers JEAN OF THE JONESES (2016) Sherri Shepherd.Comedy Fest CTV CTV News Montreal W5 PAST MALICE: AN EMMA FIELDING MYSTERY (2018) The Big Bang The Big Bang National News GBL 14h30 Golf Global National BorderSecur BorderSecur A FIGHTING MAN (2014) avec Kim Coates, Dominic Purcell.Fall Preview Emergency Global News ABC 15h30 Football Football Score.Local 22 News Inside Edition Pre-game (D) /20h05 NCAA Football (D) 23h20 WrapUp CBS 15h30 Football / A&M Tex./Ala.Ch.3 News Weekend News NCIS: Los Angeles / Forasteira NCIS: New Orleans 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Neil Diamond: Hot August Night III Rick Steves' Death in Paradise Austin City UNIS Sacrés objets / Congélateur D'un rire à l'autre Balade Louis la faune COLUMBARIUM (2012) avec Pierre Collin, David Boutin.Mauvais karma HBO 17h45 GAME CHANGE (2011) 19h45 THE WIZARD OF LIES (2017) avec Michelle Pfeiffer, Robert De Niro.BEWARE THE SLENDERMAN (2016) TVA Sports Le TVA sports Avant-match (D) LMS Soccer / New York City FC c.Montreal Impact (D) ATP Tennis - Coupe Laver Mach #8 (D) Le TVA sports S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR «J\u2019ai quitté FYI il y a quelques années parce qu\u2019on ne faisait plus la dif fé- rence entre le bulletin de nouvelles du soir et Entertainment Tonight.J\u2019ignorais ce que j\u2019allais faire de moi et puis\u2026 il y a eu les élections!», confie Candice Bergen, alias Murphy Brown, brillante journaliste au tempérament intempestif, dans la bande-annonce de la série créée par Diane English.De 1988 à 1998, Murphy Brown, qui racontait le quotidien d\u2019une salle de nouvelles à Washington, traitait avec un humour caustique de l\u2019actualité politique.Le personnage de femme indépendante qu\u2019incarnait Candice Bergen était si populaire à l\u2019époque que lorsque Murphy, célibataire endurcie, a eu un enfant, le vice-président Dan Quayle a désapprouvé sa décision.Vingt ans après avoir critiqué Bush et Clinton, Murphy, Corky (Faith Ford), Miles (Grant Shaud) et Frank (Joe Regalbuto) reprennent du service et Trump n\u2019aura qu\u2019à bien se tenir.À la retraite, Jim (Charles Kimbrouhg) leur rendra quelques visites.Autour de la bande évolueront le directeur des nouvelles technologies Pat Patel (Nik Dodani), Phyllis (Tyne Daly), qui a repris le bar & grill de son frère Phil (que jouait le regretté Pat Corly), et Avery (Jack McDorman), fils de Murphy.« Il était temps qu\u2019on revienne avec une nouvelle émission.Nous allons nous charger de ce monde de fausses nouvelles et de faits alternatifs, car c\u2019est notre devoir de citoyen.Et en plus, vous vous êtes ennuyés de nous, et vous le savez », conclut Murphy Brown.Oui, on s\u2019est ennuyé de vous et on sera au rendez-vous.Murphy Brown CBS et Citytv, jeudi, 21h30 Murphy Brown reprend du service La comédie des années Bush et Clinton est de retour à l\u2019ère des fake news SU R VOS ÉC R A N S Atterrir dans le futur La prémisse de cette nouveauté produite entre autres par le réalisateur de la série de films Retour vers le futur, Robert Zemeckis, fait un peu penser à Lost et à The Leftovers.On y suit les passagers d\u2019un vol un peu perturbé par des turbulences, sans plus.L\u2019appareil atterrit pourtant cinq ans après sa «disparition».Pour les gens à bord, le temps n\u2019a pas filé si vite\u2026 La série raconte les lendemains étranges de ces passagers, dont les proches ont fait le deuil de leur absence.Reste à voir si la proposition saura accrocher durablement les téléspectateurs amateurs de ce genre de drames mystérieux.Manifest NBC et Citytv, lundi, 22h CITYTV | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 09/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant ICI on chante / Olivier Dion Galas ComédiHa! 2015 Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Greyson Blaise TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus L'heure est grave Curieux Bégin Deux hommes en or Like-moi! Belle et Bum V Souper parfait Souper parfait L'arbitre Huissiers Huissiers Tous contre le crime Les disciples Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR Irresponsable Les routes de l'impossible Les flots / Tunisie - Sud Chacun son île Champions Journal/ C à dire CANAL D Situation Douanes Amour fatal JonBenét Ramsey Un tueur si proche 60 jours en prison Scènes crime CANAL VIE Naissances Dog Tales On se marie Ça change pas Tous pour un chalet! On efface et on recommence Ouvrez, jamais Dog Tales Naissances RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Golf - Coupe Ryder L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Zodiaque / Le code déchiffré Dundee Dundee Les montagnards Alaska: haute tension / L'ours Mississippi Mississippi Béliveau ICI ARTV Moi et l'autre Mr Bean Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter C'est juste de la TV Les Morissette en spectacle Sherlock EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Héros de l'espace / Saturn V YouTube Revolution Sexplora Stupidité Stupidité Z Les pires chauffards canadiens Rapide et mill Remorquage Américars: Rapides et musclés Top Gear / Le défi du labyrinthe Porn South Park Comédie SAVOIR Voir autrement 18h50 L'ONU Apostrophes 20h15 Savoir Secrets Électron/ Thèse Encore plus Santé! MTL innovante Nomade mers TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Club cinq Métiers/ Top! Champlain Champlain DES HOMMES ET DES DIEUX (2010) Lambert Wilson.Tambours Planète Invasions animales Au royaume des abysses ADN: L'humanité sur mesure À la recherche de la vérité Sous le radar Fermiers futur CBC CBCNews Politics Still Standing Coronation St.marketplace In the Making CBC Docs POV / Prison Pump CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Criminal Mind / Full-Tilt Boogie How to Get Away With Murder Blue Bloods / Aasif Mandvi CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 / Ka'owili'i Chicago Fire Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Truth and Lies / Jonestown, Paradise Lost 20/20 News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 / Ka'owili'i Blue Bloods / Aasif Mandvi Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Breaking Big Art in the Twenty-First Century The Hispanic Heritage Awards Amanpour & C UNIS Bizarroscope Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou D'un rire à l'autre Chars HBO Cinéma 18h50 State of Play 19h45 ARTHUR MILLER: WRITER (2017) Arthur Miller.Animals.Real Time With Bill Maher Outcast TVA Sports Le TVA sports LMB Baseball / Blue Jays de Toronto c.Rays de Tampa Bay (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 09/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman Les dieux de la danse Enquête Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Face à la rue J.E.Ninja Warrior: Le parcours ultime / Qualifications à Miami TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween 180 jours Dans les médias House of Cards (v.f.) Documentaires V Souper parfait Souper parfait The Amazing Race Bootcamp Chicago Police Rousseau 22h45 Atomes crochus ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR Un amour de zoo Entrer l'accusé / Lassana Coulibaly, le violeur aux chaussettes Berlin 56' Journal/ C à dire CANAL D Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Un tueur si proche 60 jours en prison Docu-D CANAL VIE Mini-maisons sur mesure La vie avec des quintuplées Enfants sous surveillance Le Club Mel / Bianca Gervais Jo Frost / Sharon Carr Mères à boutte RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° F1 Magazine L'antichambre (D) LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Blackhawks de Chicago - Pré-saison (D) Sports 30 HISTORIA Taverne / Bienvenue aux dames Hors route: défi extrême Zodiaque / Le code déchiffré JFK déclassifié FantomWorks FantomWorks ICI ARTV 17h30 Dorrit La petite Dorrit Mr Bean Esprit critique Anne Anne 1ER AMOUR EXPLORA Animal Fight Club / Mort subite Galápagos Planète: Attention danger Héros de l'espace / Saturn V Big History Les génies de Stephen Hawking Z Les pires chauffards canadiens Seuls et tout nu Les Brown / Lutter ou s'envoler Maripier! Comédie Dans l'net South Park Cinéma SAVOIR 36.9° DeGarde Nomade mers Routes science Capsule Mémoires Dactylo Découvertes The Migrant Semaine Verte Forêt/ Idées TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Flip Nous autres?Champlain Champlain DEAD MAN (1996) avec Johnny Depp, Gabriel Byrne.Musique Planète Sempé, dessinateur d'humour L'increvable Combi VW Films perdus de SGM Bunkers Churchill Les singes du Japon Abysses CBC CBCNews Politics Investigator Coronation St.Dragons' Den The Detectives CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Law & Order: Special Victims Unit CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight The Good Place Chicago Med S.W.A.T./ Shaky Town Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Grey's Anatomy How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Murphy Brown S.W.A.T./ Shaky Town Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour All of Me Doo Wop Generations (My Music) Amanpour & C UNIS Échappe Cochon dingue Filles de moto Louis la faune Chars À plein gaz Guides d'aventures Un vrai selfie File d'attente Meilleur ami HBO 17h05 The Zen Diaries of Garry Shandling Vice News Last Week VICE Girls Girls Girls 22h45 Girls 23h15 Deuce TVA Sports Le TVA sports L'Impact LMB Baseball / Astros de Houston c.Orioles de Baltimore (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 09/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Trop Les Simone Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or XOXO Blue Moon TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs Like-moi! Banc public 180 jours V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Moment Ne jamais faire / Patrick Groulx SEAL Team / D'autres vies Rousseau 22h45 Atomes crochus ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les flots / Tunisie - Nord Envoyé spécial Classe à part / Sous pression Journal/ C à dire CANAL D Hélico tout terrain Rodéo Québec Parcomètre L'or des crocodiles Cauchemar sur l'autoroute 60 jours en prison Forces CANAL VIE Mini-maisons sur mesure Rénos Ouvrez, jamais Rénovateurs à l'entrainement Mères à boutte Naissances Secondaire / Des coups de feu Les gratteux RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Canadiens de Montréal - Pré-saison (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Béliveau / La Coupe Surcharge maximale De l'acier et du feu De l'acier et du feu Aux armes! Artéfacts ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Moi et l'autre Appelez mon agent / Cécile Appelez mon agent Appelez mon agent Appelez agent EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco Galápagos La Semaine verte Au coeur du cerveau Cigarette électro Épreuve tribu Z Les pires chauffards canadiens Les stupéfiants Tout s'explique! Cobaye humain Pinel South Park DÉCADENCE SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte 19h40 Savoir Santé! MTL innovante Mémoires Reportage Géo 22h20 Nature 36.9° DeGarde TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Tambours 19h55 Canada Champlain Champlain LE JOURNAL DE KNUD RASMUSSEN (2006) Pakak Innuksuk.Musique Planète Faites le mur Police de l'autoroute Violences d'extrême Les oubliés Pourquoi nous détestent-ils?CBC CBCNews Politics marketplace Coronation St.Great Canadian Vanity Fair CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Goldbergs Am.Housewife Grey's Anatomy Grey's Anatomy CTV National GBL Global National Global News Chicago P.D.Survivor: David vs.Goliath Big Brother Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Am.Housewife Modern Family Single Parents A Million Little Things / Pilot News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Survivor: David vs.Goliath Big Brother Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Born to Expl Yankee Nature / Owl Power Nova / Transplanting Hope The Mayo Clinic: Faith - Hope - Science UNIS Top science Cochon dingue Bouffe en cavale File d'attente Un vrai selfie Devenir adulte Balade Mauvais karma Chez nous HBO 17h55 THE PERFECT STALKER (2016) Vice News Real Time With Bill Maher Ballers Insecure The Deuce / Seven-Fifty Last Week TVA Sports Le TVA sports LMS Soccer / Fire de Chicago c.New York City FC (D) D.Morissette 21h45 RAW 22h45 TVA sp.23h15 Propulsi 09/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Unité 9 Faits Divers Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur La Magie des Stars / Finale O' / Adieu Théo L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Banc public Point doc Homeland / Traitement de choc L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Taxi payant Les jeux fous d'Ellen NCIS: Los Angeles Rousseau 22h45 Atomes crochus ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 17h50Champion Journal FR Voisins/ Voisins Classe à part / Sous pression Mixeur Chacun son île Accusé / L'histoire de Claire Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Douanes Douanes Douanes Douanes Michelle ou la vie sauvage 60 jours en prison L'or crocodiles CANAL VIE Mini-maisons sur mesure Trading Spaces Pas le choix de rénover! Tous pour un chalet! Quoi ton plan?Rénos Ça change pas RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LMB Baseball (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Cash Cowboys Cash Cowboys / Superstitions Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante A$ de brocante ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Quelle famille! Anne Anne La révolte des bonnes filles Les Borgia EXPLORA Planète Terre / Les villes Galápagos / Nées du feu Découverte / Planète Bleue II Mégastructures nazies Les pionniers / Le son Inventer Z Les pires chauffards canadiens Face Off / Le top 20 du jury Orphan Black / Résurrection Surnaturel / Catharsis Marvel's Inhumans (v.f.) Maripier! SAVOIR Forêt/ Idées Reportage Géo 19h20 Nature The Migrant CORIM/ 50 ans Ombre doute 21h25 50 ans Apostrophes 22h45 Savoir Connaissance TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! 25.09 Franco Fête French en Amérique Nous autres?Chaussur Tambours sacrés Constellation fr Planète 17h00 Guerrier Ma vie de femme d'ailleurs / En Inde Invasions animales Au royaume des abysses Tout savoir.Un journaliste au front CBC CBCNews Politics JFL: Gags Coronation St.Still Standing 22 Minutes Baroness Hang Ups CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Voice This Is Us The Big Bang The Big Bang CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Destiny's Child FBI / Pilot New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars Partie 2 de 2 20/20 / The Real Rookies News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Destiny's Child FBI / Pilot NCIS: New Orleans Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Guest of House Outdoor Great American Read / Heroes The Mayo Clinic: Faith - Hope - Science Amanpour & C UNIS Ouache/ Ouache Cochon dingue Mauvais karma ROUTE 132 (2010) avec François Papineau, Sophie Bourgeois.Ciné tout court Sacrés objets HBO 17h15 JANE FONDA IN FIVE ACTS (2018) Vice News Fight Game Last Week Real Time With Bill Maher Ballers Insecure The Deuce TVA Sports Le TVA sports Derek Jeter LMB Baseball / Yankees de New York c.Rays de Tampa Bay (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Il y a beaucoup d\u2019idées qui se bousculent dans les deux premiers épisodes de Georges est mort.Dotée d\u2019une distribution alliant relève et vieux routiers, la websérie de six épisodes s\u2019ouvre sur les chapeaux de roues en mixant tour à tour bromance, deuil, psyché de l\u2019homme blanc et masculinité exacerbée.Le tout passé au prisme d\u2019un humour corrosif éclaboussant chacune des scènes qui s\u2019enchaînent à un rythme effréné.La scénariste Sarah Pellerin (Mon boy, Depuis 2009) joue sciemment avec l\u2019intrigue, hachurant son histoire en menus morceaux qui forment un casse-tête aux premiers abords un peu brouillon.Tout part d\u2019Étienne, jeune commis d\u2019une parfaite banalité, profondément déprimé depuis la mort de son meilleur ami, le Georges du titre.Poussé par son gérant à se reprendre en mains, ce dernier se lance mollement dans une quête qui le mènera dans des retranchements insoupçonnés.Vulnérable, le voici presque malgré lui à la recherche d\u2019un nouveau bro, flanqué d\u2019une collègue de travail pour le moins colorée et d\u2019une énigmatique entremetteuse, Clara, une documentariste dont les desseins sont loin d\u2019être altruistes.La réalisation survoltée de Charles Grenier (Chelem, La Canadienne française), surligne la mélancolie du premier tout en grossissant l\u2019aigreur de la seconde.Le contraste qui est résulte est diablement efficace.Reste le plus dur : forcer les ponts à se souder entre ces deux extrêmes.On suivra la suite avec curiosité.Georges est mort telequebec.tv, dès le 27 septembre Les amitiés imaginaires La websérie Georges est mort part d\u2019une bromance pour plonger dans la psyché masculine TÉLÉ-QUÉBEC es touristes sont moins nombreux à se rendre jusqu\u2019à Kyushu, tout au sud de l\u2019archipel japonais.Pourtant, à elle seule, cette île combine tous les attraits d\u2019une visite en sol nippon : une grande ville trépidante, une leçon d\u2019histoire inoubliable et une nature volcanique sans pareil.Le tout en marge des circuits classiques, procurant la douce impression d\u2019être suspendu hors du temps.Cap sur Fukuoka, Nagasaki et le parc national d\u2019Unzen.Fukuoka Avec sa scène musicale foisonnante, ses espaces ver ts (qui manquent cr uellement aux autres grandes villes japonaises) et son bord de mer sans fin, Fukuoka n\u2019a rien à envier aux autres métropoles du pays.Ici, les édifices sont nettement moins hauts que dans les lointaines Tokyo et Osaka.Bref, on respire.Est-ce ce qui confère à la ville son ambiance chaleureuse et décontractée, qui donne envie d\u2019y rester bien plus que pour de simples vacances?Car on ne vient pas à Fukuoka pour photographier l\u2019arche célèbre d\u2019un temple ou un château emblématique.Les attractions touristiques sont peu nombreuses ; le bonheur se trouve ici en s\u2019immergeant dans le quotidien des locaux.On commence en flânant quelques heures au parc Maizuru.Dans ce poumon de la ville, les ruines des fortifications du château de Fukuoka offrent une vue imprenable sur les environs.Lors de notre passage en avril, un parcours d\u2019œuvres contemporaines jalonnait l\u2019espace vert, comprenant notamment une réalisation de la célèbre artiste nippone Yayoi Kusama.Par beau temps, une petite excursion sur l\u2019île de Nokonoshima s\u2019impose.Dix minutes de traversier, et comme par magie, nous voilà en pleine campagne.Les grandioses aménagements floraux du splendide parc de l\u2019île reflètent on ne peut mieux le goût des belles choses et le souci du détail typiquement japonais.S\u2019y rendre à vélo (en location pour 12 $ la journée) en faisant le tour de l\u2019île procure de magnifiques vues sur le centre-ville de Fukuoka, la mer de Genkai, les forêts de bambous et les champs d\u2019orangers.Prenez garde : la montée n\u2019offre aucun répit ! De retour en ville, la plage qui borde la tour de Fukuoka est l\u2019endroit tout indiqué pour s\u2019adonner au farniente.À deux pas se trouve le stade de l\u2019adulée équipe locale de baseball, les SoftBank Hawks, où l\u2019on ne retrouve rien de moins qu\u2019un sanctuaire invitant ses fans à prier pour leur victoire.La nuit tombée, Fukuoka se galvanise.C\u2019est l\u2019heure de descendre une (ou des) bière(s) en dévorant quelques yakitori (brochettes de viande), le tout tassé sur votre voisin dans un des nombreux yatai (minuscules comptoirs alimentaires, emblèmes de la ville) disposés le long du canal Naka-Gawa.À moins que vous préfériez engloutir le meilleur ramen au pays \u2014 à notre humble avis \u2014 le hakata- ramen, aux côtés des membres d\u2019un groupe punk faisant le plein d\u2019énergie avant de monter sur une des nombreuses scènes des petites salles de spectacle qui bordent la rue Oyafuko ?Nagasaki Ce nom évoque à lui seul le terrible drame qui a frappé la ville de plein fouet le 9 août 1945, lorsque la bombe atomique y a tué 75 000 personnes.Contrairement à Hiroshima, rasée la première par la même tragédie meurtrière, il règne à Nagasaki un calme apaisant.L\u2019ambiance invite à se laisser imprégner par l\u2019histoire avec un grand H, sans distraction, à son rythme.Les artéfacts présentés au Musée de la bombe atomique, accompagnés du récit de ceux à qui ils ont appartenu, sont particulièrement touchants.Impossible également de rester de glace devant l\u2019épicentre de la bombe, situé au cœur d\u2019un paisible parc.Idem face à l\u2019immense et imposante Statue de la paix, composée de 10 tonnes de bronze, au puissant symbolisme.Parce que le passé de Nagasaki est tellement riche, il serait dommage de ne pas s\u2019attarder aux autres pages d\u2019histoire de cette charmante petite ville.Ainsi, on reste bouche bée en apprenant que Nagasaki a été la seule porte d\u2019entrée du commerce international pendant les deux siècles L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 V I V R E Au sud de l\u2019archipel nippon, une île à l\u2019image de son sol volcanique : effervescente de par son histoire riche, sa nature féerique et son urbanité décomplexée.MARIE-LISE ROUSSEAU COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019île de Kyushu, effervescente et volcanique Découvrir le Sud du Japon, hors des entiers battus Par beau temps, une petite excursion sur l\u2019île de Nokonoshima s\u2019impose.Dix minutes de traversier, et comme par magie, nous voilà en pleine campagne.PHOTOS MARIE-LISE ROUSSEAU L On ne vient pas à Fukuoka pour photographier l\u2019arche célèbre d\u2019un temple ou un château emblématique.Les attractions sont peu nombreuses ; le bonheur se trouve ici en s\u2019immergeant dans le quotidien des locaux. d\u2019isolationnisme du Japon sous la dynastie Tokugawa.On le découvre à Dejima, petite île en plein centre de la ville, seul endroit où des étrangers (exclusivement néerlandais) étaient tolérés, sous étroite sur veillance bien sûr.La reconstitution historique des lieux est éclairante.Tout aussi saisissante : la for te présence chrétienne qui se fait toujours sentir dans la ville, des siècles après l\u2019ar rivée de missionnaires portugais.Des fidèles y ont érigé la plus grande cathédrale d\u2019Asie à la fin du XIXe siècle.Tragiquement, comme tant d\u2019autres sites, elle a été détruite par la bombe.Pour les moins férus d\u2019histoire, sachez que Nagasaki vaut tout de même le détour, ne serait-ce que pour ses tramways rétro, ses vieux ponts de pierre et ses petites allées bordées de délicieux izakaya (pubs japonais).Parc national d\u2019Unzen Un séjour au Japon n\u2019est pas complet sans avoir passé au moins une nuitée dans un ryokan, hébergement traditionnel qui inclut de copieux (c\u2019est un euphémisme!) services pour le déjeuner et le souper.Le parc national d\u2019Un- zen offre un cadre idyllique pour profiter pleinement de cette expérience, avec ses onsens (bains thermaux traditionnels) réputés parmi les meilleurs au pays grâce à leur forte teneur en soufre, gracieuseté du volcan voisin.C\u2019est d\u2019ailleurs la forte odeur de soufre qui marque l\u2019arrivée à Unzen.Bonne nouvelle: on s\u2019y habitue rapidement.Autre surprise en avril, les flocons de neige fondante tombant sur les cerisiers en fleurs; c\u2019est que le cœur du parc national est situé à 700 mètres d\u2019altitude.À pied depuis le village, on avance entre émerveillement et fascination sur la promenade du Unzen Ji- goku (en français, «l\u2019enfer d\u2019Unzen»), tout autour de laquelle d\u2019immenses colonnes de fumée s\u2019échappent des nombreux geysers.L\u2019expérience est tout simplement surréelle! Les amateurs de randonnées seront comblés par les sentiers enneigés, par moments périlleux, du mont Unzen.La vue saisissante sur le fumant mont Heisei Shinzan, volcan formé dans les années 1990 lors de l\u2019éruption du mont Fugen-dake, récompense amplement les efforts déployés pour la montée.Avertissement : aucune photo ne rend justice à l\u2019immensité du paysage.Après une journée de dure randonnée, rien ne vaut une saucette dans un des nombreux onsens du secteur.Selon la tradition, on se trempe flambant nus dans ces bains thermaux, séparés par sexe.C\u2019est le moment de laisser sa pudeur au vestiaire pour profiter pleinement de la détente.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Renseignements pratiques S\u2019y rendre On parcourt les quelque 1000 kilomètres qui séparent Fukuoka de Tokyo en six heures de Shinkansen (train ultrarapide) au coût de 272$.La Japan Rail Pass, qui permet d\u2019effectuer un nombre illimité de déplacements en train à prix fixe, sera votre meilleure amie si vous comptez faire quelques arrêts dans l\u2019archipel.Y dormir L\u2019hébergement en auberge ou en appartement s\u2019avère plus abordable à Kyushu que dans les régions plus touristiques de Tokyo ou de Kyoto.On s\u2019en sort pour une trentaine de dollars pour une nuit en dortoir, ou en bas de 100$ dans un petit studio.Au coût minimal de 200$, la nuitée en ryokan fait un peu plus mal au portefeuille, mais elle inclut deux fabuleux repas traditionnels en plus de l\u2019accès aux onsens.À pied depuis le village, on avance entre émerveillement et fascination sur la promenade du Unzen Jigoku (en français, « l\u2019enfer d\u2019Unzen »), autour de laquelle d\u2019immenses colonnes de fumée s\u2019échappent des nombreux geysers. \u2019ai quitté l\u2019Abbaye de Saint-Benoit- du-Lac, et ma petite chambre monacale, à la fraîche.Sept heures trente du matin sonnaient au carillon alors que j\u2019entamais une marche de cinq jours consécutifs à travers la région de Memphrémagog : Magog, Orford, Eastman, Bolton\u2026 Un vrai circuit de guide agrotou- ristique qui fleure bon la campagne.J\u2019ai tenu à suivre l\u2019itinéraire dans une solitude de pèlerin (mon côté misanthrope), mais avec la promesse de rencontres à chaque étape (mon côté social), une fois la journée de marche achevée.Le contenu de mon sac à dos est réduit au minimum, à peine 15 livres de strict nécessaire ; en cet été caniculaire, même les vêtements de pluie sont de trop.J\u2019ai un bâton dans chaque main, de bonnes bottes solides et imperméabilisées aux pieds, une casquette pour me protéger du soleil.Je peux partir.Débuter un pèlerinage, c\u2019est toujours eu peu intimidant.On se sent en transit.Entre deux états : l\u2019un qu\u2019on quitte, l\u2019autre qu\u2019on adopte.Cette transition exige un peu de temps.Durant les premières heures, je sens une exaltation à voir, de part et d\u2019autre du rang, les ballots sur les champs ondoyants, quelques oies stationnées dans un pré, une ou deux fermes désertées.Sinon quelques vaches, pas âme qui vive dans le comté d\u2019Austin, l\u2019un des bastions loyalistes de la région de Memphré- magog, entre lacs et montagnes.À chaque intersection, je scrute les pancartes pour dénicher la petite balise bleue qui guidera mes pas dans la bonne direction.Avec 25 km affichés sur ma feuille de route du jour, pas question de risquer l\u2019égarement.À mettre ainsi un pas après l\u2019autre durant quelques heures, on se fond peu à peu dans le décor.Et on n\u2019a guère le choix que de tout voir : chaque feuil lu qui dresse ses branches sur le bas-côté, chaque rocher obstruant le chemin, chaque habitation devant laquelle on ne fait que passer.Mieux, on fait partie du décor.On devient petite bille roulant sur une carte d\u2019état-major.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | Le Circuit de l\u2019Abbaye, un tout nouveau pèlerinage de 152 km dans les Cantons-de-l\u2019Est, est l\u2019occasion de redécouvrir, au rythme de la marche, la beauté saisissante de nos campagnes.NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Un pèlerinage zen sur les chemins de l\u2019Abbaye Découvrir les paysages de l\u2019Estrie, un pas à la fois À mettre un pas devant l\u2019autre pendant quelques heures, on se fond peu à peu dans le décor.Et on n\u2019a guère le choix que de tout voir.Mieux, on fait partie du décor.PHOTOS NATHALIE SCHNEIDER J Et, chemin faisant, il arrive toujours un moment où l\u2019on sent qu\u2019on a franchi un seuil : un beau matin, le r ythme des pas a gagné en souplesse, le synchronisme des bâtons de marche devient fluide, le sac à dos ne pèse plus sur ses épaules.Il y a même un petit air de musique qui filtre entre ses deux oreilles.On ne marche plus ; on vole.Pour moi, ça sur vient le troisième jour, entre Eastman et Saint- Étienne-de-Bolton.Sur le superbe chemin des Diligences, qui mène à Stuckely Sud, je multiplie les haltes pour prendre des photos de champs de luzerne et de blé doré.Je suis en phase.Au premier dépanneur croisé sur mon chemin, je ne manque pas de m\u2019arrêter, d\u2019abord pour le principe, et parce qu\u2019il faut bien me procurer de l\u2019eau fraîche que j\u2019avale d\u2019un trait, car, sous ce soleil de midi, il fait une chaleur écrasante.Chaque jour, les prémisses d\u2019ampoule surviennent généralement en début d\u2019après-midi, après plusieurs heures à aligner le pas, un pied après l\u2019autre, dans une sorte d\u2019entêtement.Tout marcheur au long cours sait combien il est impérieux de traiter ses pieds sans tarder en appliquant une crème anti-frottement et un ou deux pansements préventifs.Dans ces moments-là, une halte ombragée entonne le chant des sirènes.Je ne pense plus qu\u2019à ça : encore quelques dizaines de mètres et je m\u2019arrête ; ôter mes bottes, mes bas, laisser respirer mes pieds, sentir la brise me chatouiller les or teils\u2026 M\u2019écraser sur le gazon, croquer dans un fruit juteux.Le mont Orford devant moi, rien que pour moi.Entre deux sections champêtres, le circuit invite parfois à emprunter une route passante, comme la 112 Ouest vers Eastman, qu\u2019on prend prudemment en sens inverse de la circulation automobile.Parce que ça roule pas mal vite, une auto ; mieux vaut la voir arriver\u2026 Sur le coup, ces sections-là ne sont pas les plus appréciées.Mais en y réfléchissant bien, marcher le long du défilé incessant des voitures et de leurs occupants interloqués donne la pleine mesure de sa propre lenteur.Et renvoie à l\u2019essentiel : on est ancré dans l\u2019espace et le temps au centre d\u2019un chaos incessant.Fermer la boucle Chaque après-midi, l\u2019arrivée à l\u2019étape du jour est vécue comme un soulagement, comme une petite victoire personnelle.C\u2019est la promesse d\u2019une douche, d\u2019un repas chaud, d\u2019un lit douillet.Et d\u2019un accueil où la chaleur côtoie un peu la curiosité.Dans les gîtes touristiques ou les auberges, on aime bien les pèlerins ; on les reconnaît, dès leur arrivée, à leur accoutrement brouillon et à leurs joues rougies par le soleil et l\u2019ef fort.Et, le lendemain, on repart en pleine forme, ragaillardi par huit heures de sommeil sans rêves.Le cinquième jour, depuis Bolton Est, je traîne les pas pour ne pas arriver trop vite à Austin, mon point de départ et d\u2019arrivée.Ça tombe bien : le chemin Park est un sentier patrimonial bordé de vieilles granges et de panneaux d\u2019interprétation.À Austin, je marque un arrêt sur le banc posté près de la vieille église.Si la pèlerine que je suis croit bien en quelque chose, après ces cinq jours à arpenter la vallée de la Missisquoi Nord, c\u2019est aux ver tus de la marche.C\u2019est comme un temps d\u2019arrêt dans un monde qui va trop vite.| 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Le Circuit de l\u2019Abbaye « Si ce tout nouveau pèlerinage a vu le jour dans les Cantons-de-l\u2019Est, c\u2019est surtout pour mettre en valeur le secteur ouest du lac Memphrémagog et ses villages patrimoniaux, explique Lisette Maillé, mairesse d\u2019Austin et présidente d\u2019Action Memphré Ouest.Les cantons de Magog et de Potton se sont greffés à cet itinéraire qui emprunte les chemins historiques.» Le circuit complet prend sept jours (ou cinq, en version raccourcie).Il est balisé, sur chemins de campagne, et plusieurs hébergements sont accessibles à chaque étape, sans rallonge d\u2019itinéraire, dont : le Spa Eastman et le Spa Es- trimont (pour un massage réparateur), et le B & B La belle Stéphanoise pour un accueil sans fausse note.Participation : 40 $.Renseignements, carte et recommandations : circuitdelabbaye.com Dans les gîtes touristiques ou les auberges, on aime bien les pèlerins ; on les reconnaît, dès leur arrivée, à leur accoutrement brouillon et à leurs joues rougies par le soleil et l\u2019effort L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | ALLISON VAN RASSEL AU VERMONT COLLABORATRICE LE DEVOIR industrie brassi- cole du Vermont est en plein essor.Les amateurs viennent de par tout pour goûter aux bières artisanales, notamment celles difficiles à trouver à l\u2019extérieur de la région en raison de leur distribution très limitée.Les bières brassées dans le Green Mountain State se distinguent surtout par ses ales sauvages et son IPA (India Pale Ale) aux saveurs de fruits tropicaux.Et celle qui fait le plus saliver ces temps-ci est sans contredit la fameuse North East Indian Pale Ale (NEIPA), une version de l\u2019IPA créée au Vermont.L\u2019engouement pour les bières du Vermont est tel que les retombées économiques y dépassent désormais celles du sirop d\u2019érable (320 millions de dollars) et du ski alpin (300 millions) ! « La bière artisanale au Vermont a généré à elle seule 378,2 millions de dollars, dont 126,7 millions directement liés au tourisme », précise Melissa Corbin, directrice du Vermont Brewer\u2019s Association, qui regroupe 54 des 56 brasseries artisanales de l\u2019État.Mme Corbin est fière de dire qu\u2019avec ses 600 000 habitants, le Vermont compte le plus grand nombre de brasseries par tranche de 100 000 habitants (11,7), suivi par le Maine (7,7) et l\u2019Oregon (7,4).La NEIPA, joyau local « Le Vermont est une destination brassicole non pas parce que le choix est grand, mais pour la qualité des bières brassées, renchérit-elle.Puis, il y a une masse de gens qui veulent goûter à la NEIPA.C\u2019est un style de bière qui n\u2019est pas ou très peu distribué hors de l\u2019État, car elle ne reste pas stable très longtemps.Elle est meilleure fraîche.» Le secret derrière le goût de cette bière repose sur trois facteurs : son apparence non filtrée, son goût fruité et sa levure Conan, maîtresse de la NEIPA.Elle dicte notamment l\u2019apparence brumeuse de la bière, car ses particules demeurent en suspension, laissant derrière elles des arômes de fruits tropicaux comme la mangue et l\u2019ananas.Adulée, la Conan est de plus en plus intégrée dans le brassage de bières dorées, blondes et allemandes de style altbier.Concierge brassicole Pour répondre à la demande des amateurs de bières à la recherche de sensations fortes, l\u2019industrie touristique du Vermont se démène pour proposer des activités.À ce chapitre, un joueur sort du lot : Hotel Vermont à Burlington.Afin de répondre à la demande croissante des touristes as- soif fés de découvertes, l\u2019hôtelier a créé le poste de beer concierge, dont le rôle consiste à diriger les clients de l\u2019hôtel vers les entreprises et les produits brassicoles locaux les plus recherchés.Matt Canning, passionné de la bière artisanale et superviseur des opérations de l\u2019hôtel, occupe ce poste.« Depuis cinq ans, la même question revient encore et encore, raconte-t-il.Où puis-je me procurer la bière Heady Topper ?Mon employeur a donc décidé de reconnaître ce type de tourisme et d\u2019offrir un service qui permet d\u2019accéder facilement aux produits les plus recherchés.» Pour répondre aux demandes des clients, Matt entretient une relation privilégiée avec les artisans brassi- coles du Vermont.« La plupart sont des amis, avoue-t-il.Ce sont tous des artisans pour qui j\u2019ai énormément de respect.» Le forfait Summer Beer Exploration a été créé sur mesure pour les aficionados qui sont accueillis avec deux cannettes de Heady Topper sur glace.Après avoir vécu au Colorado et en Californie, ce natif de Burlington est retourné au bercail pour vivre de cette passion, héritée de son père.Son paternel a créé en 1992 ce qui est devenu le plus gros festival de bière artisanale de la côte est américaine, le Vermont Brewers Festival.L\u2019événement est si populaire qu\u2019on ne peut se procurer des billets que par loterie.Sur la route des bières artisanales du Vermont L\u2019industrie est devenue le premier attrait touristique de l\u2019État L\u2019engouement pour les bières du Vermont est tel que les retombées économiques y dépassent désormais celles du sirop d\u2019érable et du ski alpin ! ALLISON VAN RASSEL \u2019 | 47 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 L A R EC E T T E D E L A C H E F K I M B E R L E Y L A L LO UZ Smoothies de fin d\u2019été 4 portions de 1 tasse chacune La saison estivale se termine sous peu\u2026 Voici deux smoothies pour aider à combattre la grippe! Ingrédients La vie en vert 1 1/3 tasse de pommes vertes, avec la peau, nettoyées 2/3 tasse de concombres, sans la peau 1 poignée de chou frisé (kale), dinosaure ou autre 2 3/4 tasses d\u2019ananas congelés 4 feuilles de menthe 1 tasse de jus d\u2019ananas Coco-mangue ½ cuillerée à soupe de gingembre frais, haché 1 tasse de mangues congelées 2/3 tasse de bleuets congelés 1 1/3 tasse de pêches congelées 2/3 tasse lait de noix de coco 1 1/3 tasse jus de mangue Préparation Déposer tous les ingrédients du smoothie dans le contenant du mélangeur, mélanger jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019une texture onctueuse.C\u2019est tout ! KIMBERLEY LALLOUZ Le début de tout Matt plonge sa clientèle au cœur de l\u2019histoire de la NEIPA, dont la première version a été brassée par Greg Noonan, pionnier de l\u2019ère du brassage moderne et cofondateur de l\u2019une des premières brasseries à voir le jour en Nouvelle-Angleterre, le Vermont Pub & Brewery de Burlington.C\u2019est à cet endroit que la levure Conan aurait été inoculée à partir de particules retrouvées naturellement dans l\u2019air.Au cours des années 1990, Greg Noonan a transmis son savoir-faire à John Kimmich qui, à la suite du décès de Noonan en 2009, a fondé la brasserie The Alchemist à Water- bur y.Kimmich a ensuite per fec- tionné la recette qui a donné naissance à la Heady Topper.Voilà pour l\u2019histoire.Deux pionniers Shaun Hill et John Kimmich, tous deux crédités pour avoir défini ce que plusieurs considèrent comme un tout nouveau style de bière, la North East India Pale Ale, sont les deux premiers brasseurs à l\u2019origine de l\u2019effervescence brassicole dont jouit le Vermont.D\u2019autres considèrent la recette de la NEIPA comme une déclinaison purement américaine de la IPA, un style originaire de l\u2019Angleterre.Classée comme la meilleure bière au monde par le site de notation Rate- Beer, la Heady Topper est sans l\u2019ombre d\u2019un doute la NEIPA la plus prisée du Vermont.Brassée par John Kimmich et son équipe à Stowe, la production et la distribution de la Heady Topper sont très limitées.Au sommet de sa gloire en 2015, de nombreuses frustrations liées à l\u2019accessibilité ont même poussé des consommateurs à mettre en place un système d\u2019échange sur le marché noir.Depuis l\u2019ouverture de la nouvelle usine de production à Stowe en juin 2016, la production de Heady Topper a explosé, passant d\u2019une vingtaine de barils par an à 9000.Le nombre de points de vente a aussi quintuplé, mais aucun n\u2019est situé à plus de 50 kilomètres de l\u2019usine.L\u2019entreprise est soucieuse de la fraîcheur et de la stabilité de son produit.« Meilleure brasserie au monde » Puis a suivi l\u2019interprétation du style NEIPA par Shaun Hill, brasseur et propriétaire de la Hill Farmstead Brewery, installée dans un rang isolé du village de Greensboro dans le nord-est du Vermont.Là-bas, on compte plus de vaches que d\u2019humains et l\u2019accès au réseau cellulaire est inexistant.Pour l\u2019entreprise, l\u2019approvisionnement en électricité, tout comme la gestion des matières résiduelles est un réel défi.Malgré ces obstacles et la distance qui la sépare des autoroutes et des grands centres urbains, Hill Farmstead Brewery attire grâce à sa bière chaque jour plusieurs milliers de clients, dans un site paradisiaque.Dans les champs poussent l\u2019orge, le blé et l\u2019unique levure Conan.La proximité de ces ingrédients de base, utilisés lors du brassage, explique l\u2019emplacement de la brasserie, fondée sur les terres des ancêtres de Shaun.L\u2019eau de puits utilisée pour produire les bières de Hill Farmstead en fait l\u2019une des plus raffinées et les plus respectées au monde avec ses 22 bières médaillées, dont huit d\u2019or.En 2013, après seulement trois ans d\u2019activité, Hill Farmstead Brewery fut couronnée « Meilleure brasserie au monde » par les sites de notation de bières RateBeer et Beer Advocate.Un titre qui a valu à l\u2019entreprise l\u2019attention de la planète brassicole et en a fait une destination prisée des amateurs de houblon.Très peu de commerces peuvent se vanter d\u2019of frir les bières de Hill Farmstead, dont la distribution est limitée et les exclusivités réservées à la ferme.Mais à 200 kilomètres au sud de Greensboro, le restaurant Juniper du Hotel Vermont affiche fièrement les bières de Shaun Hill à son menu.Le résultat d\u2019une relation d\u2019affaires et d\u2019une amitié qui fait la fier té du concierge brassicole Matt Canning.«Le Vermont n\u2019est pas devenu l\u2019une des destinations de bière les plus respectées au monde du jour au lendemain, défend Matt Canning.Il a fallu des pionniers et une nouvelle génération d\u2019innovateurs pour en être là où nous en sommes.Il a fallu expliquer longuement afin que les consommateurs comprennent que l\u2019objectif final n\u2019est pas le résultat économique, mais le respect d\u2019un processus qui importe tout autant que la qualité du produit.» Et les curieux répondent à l\u2019appel.Renseignements pratiques Zero Gravity Deux adresses : le brewpub à l\u2019intérieur du restaurant American Flat- bread de la rue St.Paul à Burlington pour plonger au cœur des inspirations brassicoles du moment où ingrédients locaux et indigènes se côtoient.Puis, l\u2019usine de production sur Pine Street au cœur du quartier des arts, le secteur le plus en vogue de la ville.Dans un immeuble industriel beaucoup moins chaleureux que celui du centre-ville, vous trouverez un salon de dégustation et une boutique où la majorité des bières de Zero Gravity sont disponibles en cannettes et vendues uniquement en paquets de quatre.Considérez la rafraîchissante Green State Lager qui, selon moi, est une des meilleures pilsner brassées en Amérique du Nord.Foam Brewers et House of Fermentology Il n\u2019y a pas juste la qualité des bières issues d\u2019une production artisanale qui attire les curieux vers Foam Brewers.L\u2019immense stationnement gratuit et la terrasse avec vue partielle sur le lac Champlain aussi ! Installé dans une scierie reconstituée du XIXe siècle, Foam Brewers met l\u2019accent sur la qualité et le contrôle absolu de tout ce qui est brassé sur place.Résultat, la majorité des bières sont offertes en quantité limitée ou sont disponibles seulement pour consommation sur place.Vous trouverez aussi chez Foam Brewers les succulentes bières issues de longues fermentations en barrique de l\u2019entreprise House of Fermento- logy.Amateurs d\u2019acidité, la Pink Dot vaut le détour : une ale sauvage vieillie sur framboise, gingembre et zestes de citron.Craft Beer Cellar et Fable Farm Fermentory Passionné de bières et d\u2019autres produits fermentés, Victor Osinaga tient le Craft Beer Cellar de Waterbury sur Elm Street.Cette petite boutique au plancher qui craque est un incontournable pour découvrir l\u2019immense sélection de bières brassées au Vermont et aux alentours.On y trouve même quelques bières québécoises ! Amateurs de cidres fermiers, ne partez pas sans une bouteille d\u2019Emanation de Fable Farm Fermentory.Ce cidre pétillant naturel, élaboré tel un vin de pomme, met en valeur l\u2019immense beauté de la flore microbienne sauvage du village de Barnard, ainsi qu\u2019un savoir- faire ancestral où le temps est l\u2019unique maître d\u2019œuvre.Prohibition Pig: The Brewery La microbrasserie du fameux restaurant Prohibition Pig se situe de l\u2019autre côté de la même rue que celle du Craft Beer Cellar.La philosophie de l\u2019endroit : une cuisine simple et savoureuse où tout est fait maison pour mettre en valeur des produits les plus frais possible, dans l\u2019assiette comme dans le verre.Prenez place sur la terrasse et accompagnez une pinte de Fluffy Clouds, une pale ale non filtrée et bien houblonnée, d\u2019une assiette de tacos de porc fumé maison.N\u2019oubliez surtout pas de demander le plateau de sauces piquantes ! L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e À bord du luxueux Paul Gauguin , accompagné par Diane Vervill e-Caron POUR LES DÉTAILS ET PRIX DE CE PROGRAMME: www.louisedrouin.com 1 888 475-9992 Croisière et séjour de rêve POLYNÉSIE FRANÇAISE & ÎLES COOK Du 11 au 30 novembre 2018 20 JOURS DE DÉPAYSEMENT TOTAL ! Découvrez la Polynésie Française et les îles Cook d\u2019une façon sublime avec le navire Paul Gauguin.Petit groupe de 20 voyageurs ! e r m m P e r m P e r m P e r P e r P e P P P P P d d i s s i s s Q u u Q u u Q u u Q u Q c é b e c é é c é b e c é b e c é b e c é b e c c c c c é b e c c c c c é b e c é b e c é b e c é b e c b e b e é b e é b e b e é b e é b e b e é b e é b e é b e b e b b b b b b b é é é é é é é é é é é é é n s e o * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides accompagnateurs francophones et circuits captivants.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.Fins de semaine DE DÉCOUVERTES NIAGARA, nature et viniculture 3 jours, à partir de 321 $* CHICAGO, arts et science 6 jours, à partir de 589 $* BOSTON, charme et démesure 3 ou 4 jours, à partir de 265 $* PHILADELPHIE, histoire et avant-garde 4 jours, à partir de 389 $* NEW YORK, urbanité et magie 3 ou 4 jours, départs tous les vendredis, à partir de 205 $* POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com BON VOYAGE DIMANCHE 30 SEPTEMBRE 2018 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS SICILE & ITALIE DU SUD Du 14 avril au 4 mai 2019 MYANMAR & LAOS Du 11 janvier au 1 février 2019 CHYPRE & MALTE Du 5 au 21 mai 2019 JAPON Départs : 2 & 7 avril 2019 ROUMANIE & BULGARIE Du 11 mai au 2 juin 2019 10h30 10h30 12h00 12h00 13h45 JEUDI 4 OCTOBRE 2018 INDE DU NORD & BOMBAY Du 10 février au 4 mars 2019 ÉNIGMATIQUES ROYAUMES HIMALAYENS Départs : 5 avril & 1er mai 2019 GRAND TOUR DE L'INDE Du 11 janvier au 8 février 2019 15h30 18h45 20h00 BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Nous sommes au tout début des années 1980 et déjà, dès l\u2019aube, par une journée qui s\u2019annonce glaciale, une file d\u2019irréductibles se masse devant la Maison des vins dans l\u2019espoir de pouvoir mettre la main sur une bouteille de Ti- gnanello et autre Sassicaia.Le 31 août 2018 à midi pile top chrono, une autre file d\u2019irréductibles se masse, mais en ligne sur le Web cette fois, pour s\u2019assurer de mettre la main sur deux flacons (pas plus!) des «Entêtés» 2017 du Domaine du Nival.Ouf! Qu\u2019est-ce qui a changé en moins de 40 ans au pays du Québec ?Si l\u2019intérêt s\u2019est nettement dissipé du côté des super toscans, il s\u2019est par contre démultiplié pour les meilleures cuvées récoltées, vinifiées et mise en bouteille chez nous.Jacques Cartier ne se doutait pas alors, lorsqu\u2019il longe les rives de l\u2019isle de Bacchus où croît le vitis riparia que, près d\u2019un demi- millénaire plus tard, les vignobles de Sainte-Pétronille et de la seigneurie de Liret célébreraient des vins issus d\u2019hybrides américains dont les personnalités se situent pourtant à mille encablures des centaines de cultivars de vitis vinifera foisonnants au pays du célèbre explorateur.Les vignobles cités plus haut font partie d\u2019une poignée d\u2019autres entités (71 pour être précis) s\u2019échinant à produire, sur moins de 500 hectares (471 selon le Conseil des vins du Québec), une batterie originale de vins issus majoritairement d\u2019hybrides (croisement entre deux espèces de vigne) dont l\u2019originalité n\u2019est égalée que par l\u2019expertise assumée des vignerons à leur endroit.Résultat ?Une production inédite, mais surtout une qualité encore impensable il y a moins d\u2019une décennie de cela ! Distincte, la société québécoise ?La vigne est une métaphore dont il ne faudrait pas, chez nous, mésestimer le sens.Téméraire, elle brave ses hivers avec une résilience consommée pour renaître avec cette impatience d\u2019une récolte à livrer, forçant dans son sillage le vigneron à user de mille trésors d\u2019imagination pour la gratifier de demains souvent improbables.Pourtant, elle résiste, persiste et signe, appuyée par ces mêmes artisans qui n\u2019ont pas froid aux yeux mais ont beaucoup de cœur au ventre.Les visiter chez eux convainc non seulement qu\u2019ils ont plus d\u2019un tour dans leur sac, mais aussi une espèce de ferveur contagieuse à vous prouver que ça marche.Même, mais aussi et surtout avec\u2026 les hybrides.Le mot est lancé : HYBRIDES! Par saint Bacchus-du-Précieux-Sang, n\u2019allez tout de même pas vous cacher derrière la grange en entendant le mot ! Si le terme est à la mode dans l\u2019industrie automobile, pourquoi ne le serait-il pas au vignoble ?Même les geeks pure-laine-tricotés-serrés (ceux du 31 août 2018 à midi pile Vins du Québec : des pas de géant en moins de 20 ans ! (1) L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Moins de 16 $ Elise 2017, Moulin de Gassac, Pays d\u2019Hérault, France (15,75$ \u2013 602839) Les merlots et syrahs qui se chauffent la couenne dans ce coin de pays de pierres et de broussailles proposent de boire bien sans toutefois se casser la tête.Le fruité mûr possède cette espèce de réverbération au palais qui l\u2019anime et le tend, telle une pierre chaude rafraîchie sous l\u2019impact d\u2019une pluie subite.J\u2019aime ! (5) ?1/2 La surprise Bel Echo by Clos Henri 2015, Pinot noir, Nouvelle-Zélande (26,95$ \u2013 13581326) Fiché dans un sous-sol de graves (terroir : River Stones), le pinot noir issu de ce parcellaire démontre beaucoup de sérieux derrière l\u2019apparente fragilité du cadre.Retenu mais profond sur le plan aromatique, le pinot s\u2019affirme en massant sous le palais des tanins fruités d\u2019une impeccable majesté.Belle bouteille à boire immédiatement, ou dans quelques années.(5+) © ?1/2 Le blanc Dedicado 2016, Chardonnay, Finca Flichman, Argentine (23,35$ \u2013 13653158) Si l\u2019empreinte écologique du produit laisse à désirer en ce qui a trait au poids du flacon, il demeure que ce qui est à l\u2019intérieur convainc par la grande lisibilité du propos.Les arômes de pomme et de pêche vanillée sont précis et charmeurs, alors que la bouche file avec fluidité et mobilité, soutenue par une finale nette et aérienne.(5) ?Le rouge Château de Carolle 2016, Graves, Bordeaux, France (19,95$ \u2013 11401547) La première impression en est une de salinité, salinité qui place à l\u2019avant-scène une structure tannique fine, mais tout de même bien cadrée.Le fruité suit, avec sa dominante où les cabernets s\u2019imposent, sur une constitution moyenne mais fraîche, le tout évoquant le caractère fumé typique du terroir des Graves.Bavette grillée et ses frites?(5) ?Le bio En vacances\u2026 à Gaillac 2016, La Cuisine de ma mère, Sud-Ouest, France (20,75$ \u2013 13349800) Si Nicolas Grosbois excelle avec le cabernet franc chez lui à Chinon, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il s\u2019accommode avec un malin plaisir des syrahs, merlots, braucols et duras qui ici lui rendent la monnaie de sa pièce avec bonheur.Car l\u2019homme sait les porter sans les dénaturer ni nuire à leur intégrité.C\u2019est souple, friand, gourmand, de jolie sève.(5) ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E Les hybrides québécois : des cépages adaptés de mieux en mieux compris et transformés par les vignerons d\u2019ici.JEAN AUBRY La vigne est une métaphore dont il ne faudrait pas, chez nous, mésestimer le sens.Téméraire, elle brave ses hivers avec une résilience consommée pour renaître avec cette impatience d\u2019une récolte à livrer.| 4 9 Vi v r e L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Efficacité et tomates La technique de travail «Pomo- doro», très populaire notamment parmi les étudiants aux deuxième et troisième cycles universitaires, a comme prémisse que des pauses fréquentes augmentent l\u2019efficacité du travail.Elle repose sur un minutage assez précis : on détermine une tâche, on l\u2019effectue pendant 25 minutes, puis on prend une pause de 5 minutes.Ensuite, retour sur ce qui a été fait, puis, nouvelle séance de 25 minutes.L\u2019application Focus Keeper, dont le logo est une tomate \u2014 pomodoro signifie « tomate» en italien \u2014, sert à appliquer la méthode.Cette application développée par PIXO Incorporation est disponible seulement pour Apple, mais des produits très semblables existent chez Android, comme le Focus Keeper de HSM Studio.Focus Keeper PIXO Incorporation Pour cuisiniers multitâches Sur un poêle, il y a bien souvent quatre ronds et deux grilles, mais un seul minuteur.Ce qui nous expose à un choix bien difficile quand le rôti doit cuire pendant 4h, les légumes 20 minutes (de chaque côté) et le risotto 15 minutes, tout ça en surveillant sa sauce! Si on veut avoir l\u2019esprit le moindrement tranquille pendant une séance de cuisine, une application toute simple comme Minuteur + permet de faire démarrer plusieurs minuteurs à la fois, chacun clairement identifié au plat lui correspondant.Et, tant qu\u2019à y être, on peut aussi y entrer d\u2019autres tâches, comme mettre le lavage dans la sécheuse! Cette application n\u2019est disponible que pour les appareils Apple, mais le Kitchen Timer Multi de MKIS est un équivalent pour Android.Minuteur + Minima Software Camille Dauphinais-Pelletier MINIMA SOFTWARE top chrono) en sont dingues.Les opposer, en les traitant de roturiers, aux cépages dits « nobles » que sont les chardonnays, merlots et autres cabernets serait à mon sens diluer ce qui fait encore une fois l\u2019exception québécoise.Par son adaptation au climat et aux terroirs locaux, le sang de ces hybrides monte dans les sarments de vigne comme la sève coule dans l\u2019érable du même nom : des produits d\u2019ici qui témoignent d\u2019une réalité d\u2019ici.Pour des vins d\u2019ici.Sur le terrain, bien que les « nobles» s\u2019installent peu à peu avec parfois de jolis éclairs de génie, les frontenac noir, marquette, maréchal foch, seyval noir, petite perle et autres lucy kuhlmann en rouge, et vidal, frontenac blanc, st-croix, st-pépin et seyval blanc, pour ne nommer que les plus plantés, atteignent désormais des sommets qu\u2019un travail acharné récompense, même s\u2019il y a encore beaucoup à faire.«C\u2019est la mode qui vient vers nous et non nous, vignerons québécois, qui voulons faire des vins à la mode en raison de la grande fraîcheur de nos vins», me confiait récemment Martin Laroche du Domaine Le Grand St- Charles.Des acidités oui, souvent décapantes, qu\u2019encore une fois des trésors d\u2019imagination parviennent à maîtriser.L\u2019utilisation, par exemple, de la levure désacidifiante 71B, le palissage en hauteur, l\u2019éclaircissage ou l\u2019assemblage judicieux avec d\u2019autres cépages moins acides permettent de trouver les équilibres requis.Et les résultats sont probants.Ce ne sont là que quelques astuces et techniques dont usent nos vignerons pour rendre plus crédible encore l\u2019authenticité, mais surtout la singularité de nos hybrides.L\u2019industrie est encore très jeune, mais l\u2019avenir vaut bien plus qu\u2019une promesse électorale.Au rythme où vont les choses, il ne faudra pas attendre 20 ans pour susciter un engouement hors frontières pour les vins d\u2019ici.Hybrides ou pas.guideaubry@gmail.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 5 0 | PHOTOS BISTRO BRAQUE | 5 1 Vi v r e R e s t o L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR On trouve de tout sur les médias sociaux, du bon, du mauvais, souvent du grand n\u2019importe quoi, à l\u2019occasion du remarquable.Bistro Braque appartient à cette dernière catégorie.Il faudrait que je retrouve l\u2019identité de la personne qui m\u2019y a aiguillé pour l\u2019en remercier chaleureusement de ma part et de la vôtre.Les photos sur Instagram des plats de cet endroit étaient toutes plus alléchantes les unes que les autres.Dans ce cas-ci, le ramage se rapporte parfaitement au plumage et notre petite escapade en Haut-Richelieu aura été une suite de plaisirs, chacun des plats choisis ce soir-là étant soigné à la perfection.Pour votre prochaine visite à cette succulente table, soyez prévoyants ; comme on y fait bombance et que le nombre de places est limité, réserver est vivement suggéré.Coincé entre une buanderette et un dépanneur dignes de figurer au patrimoine architectural de chez nous, ce bistro qui n\u2019en est pas un étonne un peu.Un « apportez votre vin » où vous pourrez venir avec une ou deux de ces belles bouteilles que vous gardez pour une occasion spéciale.La salle est petite, élégante, une trentaine de places, et la cuisine ou- ver te en fond de salle permet de constater que la chef est très bien organisée.Économie d\u2019efforts pour résultats optimaux.Une sorte de jongleur souriant Le jeune homme en salle, copropriétaire et associé de la chef, accueille, explique, prend les commandes, apporte les assiettes, débarrasse et remonte les tables, prépare les factures et raccompagne en remerciant.Une sor te de jongleur souriant qui n\u2019échappe rien et à qui rien n\u2019échappe.Du bel ouvrage.Comme ces jeunes gens sont conscients de leurs limites, ils proposent une carte simple d\u2019une douzaine de plats conçue intelligemment.Même lorsque la salle est pleine, les assiettes sortent à un rythme très raisonnable.Vous noterez également que leur restaurant n\u2019est ouvert que quatre soirs par semaine, ce qui me semble tout aussi raisonnable lorsque l\u2019on n\u2019est que deux à tenir boutique.En entrées, empor tés par l\u2019enthousiasme de David, le jeune homme en question, nous prenons trois plats : un velouté froid de céleri, pousses, huile de caméline et garniture de pois ver ts, bourgots émincés et sauce ranch ; une salade de tomates colorées, mozzarella di bufala frite, pesto de brocolis, glace à la moutarde et vinaigrette aux échalotes ; et un tartare de canard saisi avec peau croustillante, poireaux escabèche, ail noir, chèvre frais , chutney de bette - raves-bleuets, concombre, quinoa soufflé et fleur d\u2019ail grillée.Deux plats principaux suivent, poisson et pieuvre, choisis en raison de la canicule qui règne même sur les rives du Richelieu, et ce, bien que la salle soit climatisée.Deux petits pavés de bar rayé poêlés, flan de panais, salade d\u2019asperges style panzanella, fougasse d\u2019olives et lait moussant de céleri.L\u2019assiette gagnerait sans doute à être plus généreuse en poisson et moins en flan, ce dernier ne constituant généralement pas un incontournable gastronomique.La pieuvre, parfaitement grillée, a conser vé toutes ses saveurs et est d\u2019une émouvante tendreté.Elle est accompagnée d\u2019artichauts marinés servis en tempura, de couscous israélien, de labneh citronné, d\u2019une cuillerée de relish de maïs, de tomates confites et d\u2019une superbe mousse d\u2019asperges.La maison propose également une « Variété de fromages », croustillant chocolat, marmelade d\u2019oranges et gel à la bière noire.Si vous vous rendez jusque-là\u2026 Il y avait bien deux desser ts, mais une fois atteint ce stade de sérénité, il faut savoir modérer ses empor tements et ne pas tomber dans la débauche.Nous avons donc ignoré, à regret, la terrine de chocolat et plutôt choisi le gâteau moelleux à la vanille.La débauche vous guettera quand même puisque ce gâteau est enrubanné d\u2019une quenelle de glace au chocolat, de quel - ques petits morceaux de rhubarbe confite, d\u2019un soupçon de gel de fraises et d\u2019une crème montée au poivre long.Au sortir du restaurant, une longue promenade sur la rive du canal qui borde la rivière Richelieu vous permettra de reprendre un semblant de dignité.Revenus à la maison, vous vous glisserez paisiblement dans le sommeil en repensant à cette belle soirée passée chez Chloé Labar re- McElligott et David McDuff.Bistro Braque ?$$$ 1/2 22, place du Marché, Saint-Jean- sur-Richelieu ?450 561-0301 Cinq entrées de 9$ à 18$; cinq plats principaux de 25$ à 34$, une sélection de fromages à 16$ et deux desserts à 8$ et 11$.Ouvert en soirée du jeudi au dimanche.Réservation impérative.Une belle découverte à Saint-Jean-sur-Richelieu La salle du Bistro Braque est petite, élégante, et la cuisine ouverte en fond de salle permet de constater que la chef est très bien organisée.Économie d\u2019efforts pour résultats optimaux.Sashimi de thon Potage froid de céleri Les photos sur Insta- gram des plats du resto étaient toutes plus alléchantes les unes que les autres.Dans ce cas-ci, le ramage se rapporte parfaitement au plumage et notre petite escapade en Haut-Richelieu aura été une suite de plaisirs, chacun des plats choisis ce soir-là étant soigné à la perfection. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e B i è r e 52 | Pour annoncer dans ce regroupement Contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR La saison des pommes bat son plein, et les microbrasseurs planchent sur de nouvelles recettes en vue des semaines plus fraîches.Célébrons un des fruits emblématiques de l\u2019automne québécois avec deux cuvées de circonstance, La Vaillante de la microbrasserie Ras l\u2019bock et le Cid Houblonné de la Cidrerie Milton.La Vaillante de la Pommerie Curieusement, la pomme est un ingrédient sous-exploité par nos brasseurs artisanaux, comparativement à d\u2019autres fruits récoltés au Québec, la framboise ou la cerise griotte, par exemple.Julien Chabot-Chouinard, l\u2019un des trois brasseurs-propriétaires de Ras l\u2019bock, à Saint-Jean-Port-Joli, confirme : « C\u2019est un goût assez difficile à extraire du fruit, on dirait.Il faut en mettre beaucoup pour retrouver les saveurs.Chez nous, on utilise par exemple souvent la framboise dans nos recettes durant l\u2019été \u2014 elle a un goût beaucoup plus franc qui se remarque facilement dans une bière.Celui de la pomme est très doux.» Ils n\u2019avaient même jamais pensé créer une bière aux pommes jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient approchés par le propriétaire de la Pommeraie des Couillard de Cap-Saint-Ignace, à une vingtaine de minutes de la brasserie.« La Pommeraie organise une Fête de la pomme chaque année [cette fin de semaine], ça lui tentait de vendre une bière aux pommes.Il avait 400 litres de son jus de pomme Des microbrasseurs nous chantent la pomme Cidre houblonné et bière aux pommes pour accueillir l\u2019automne La recette du Cid Houblonné est réalisée à partir du jus extrait de pommes Macintosh et Spartan.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre | 5 3 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 La Vaillante est délicate et sèche, très peu sucrée et titre à 4,3 % d\u2019alcool.Le grain et la levure tiennent profil bas pour permettre aux saveurs, florales surtout, de la pomme de s\u2019exprimer.RAS L\u2019BOCK d\u2019extrême qualité \u2014 le propriétaire avait vraiment vanté son jus, effectivement très bon ! » Ces 400 litres constituent presque le quart du liquide utilisé pour brasser La Vaillante de la Pommerie Cuvée 2018, saison aux pommes.Compte tenu de la délicatesse des saveurs de la pomme, les brasseurs ont opté pour une bière de style saison belge, « ou plutôt une petite grisette, pourrait-on dire, ce serait la version plus faible en alcool de la saison, abonde le brasseur.Sa petite levure belge mettrait la pomme bien en évidence ».Elle est délicate et sèche, très peu sucrée et titre à 4,3 % d\u2019alcool.Le grain et la levure tiennent profil bas pour permettre aux saveurs, florales surtout, de la pomme de s\u2019exprimer.Une réussite que cette petite saison houblonnée simplement avec des houblons Warrior « juste pour \u201camè- riser\u201d la bière » et des houblons nobles Saaz en toute fin d\u2019ébullition.Une belle surprise pour les brasseurs, ravis du résultat : «Il y a de très bonnes chances qu\u2019on répète l\u2019expérience l\u2019an prochain», confirme Cha- bot-Chouinard.Quelques fûts ont été conservés pour service au pub de Ras l\u2019bock (qui possède une superbe terrasse avec vue sur le fleuve), mais la majorité des 875 litres embouteillés de La Vaillante ont été rachetés par la Pommeraie des Couillard, qui la commercialisera à son épicerie ce week-end, durant sa Fête de la pomme.Cid Houblonné, Cidrerie Milton Aromatiser le cidre avec des houblons.Quelle drôle d\u2019idée, non?Elle est venue à Marc-Antoine Lasnier, directeur général de la Cidrerie Milton, lors d\u2019un séjour sur la côte ouest américaine \u2014 en Oregon, plus précisément, «un des marchés où la consommation de cidre est la plus forte aux États-Unis, où les microbrasseries sont en effervescence et où la culture du houblon est répandue».Pour tant, le mariage entre la pomme et le houblon, intimement associé à la fabrication de la bière, Le mariage entre la pomme et le houblon, intimement associé à la fabrication de la bière est sensé lorsqu\u2019on le regarde par la lorgnette britannique : dans les pubs anglais, les fûts de bières côtoient naturellement les fûts de « hard cider » La pomme est un ingrédient sous-exploité par nos brasseurs artisanaux, comparativement à d\u2019autres fruits récoltés au Québec, la framboise ou la cerise griotte, par exemple JULIEN CHABOT-CHOUINARD » est sensé lorsqu\u2019on le regarde par la lorgnette britannique : dans les pubs anglais, les fûts de bières côtoient naturellement les fûts de hard cider.« L\u2019Angleterre est le plus gros marché mondial pour le cidre \u2014 chaque habitant y consomme jusqu\u2019à 18 litres par année, alors qu\u2019au Québec, c\u2019est autour de 4,1 litres », relève Lanier, aussi président de l\u2019Association des producteurs de cidre du Québec.Généralement, le cidre québécois, plus sec, se compare davantage à l\u2019américain, alors que le britannique et celui du nord de la France « utilisent des variétés de pommes acides, des variétés cultivées pour fabriquer le cidre et non pour croquer.Chez nous, nos pommiers produisent pour une consommation fraîche ; les pommes ont beaucoup de sucre, de l\u2019acidité, mais pas nécessairement de tanins ni d\u2019amertume ».« Ensuite, ils n\u2019ensemencent pas leur cidre avec des levures, se fiant uniquement aux levures sauvages déjà dans le fruit, alors que nous avons sélectionné nos propres levures pour fabriquer nos cidres», des levures œnologiques issues de régions viticoles reconnues pour leurs vins « très aromatiques, par l\u2019exemple l\u2019Alsace et la vallée du Danube».C\u2019est l\u2019ancien maître de chai de la Cidrerie Milton qui a créé la recette du Cid Houblonné à partir du jus extrait de pommes Macintosh et Spartan \u2014 « la variété des pommes utilisées pour le cidre se compare définitivement aux cépages des vins », chacune d\u2019elles ayant ses propriétés gustatives particulières, souligne Lasnier.Ce cidre, qui titre à 5% d\u2019alcool, a ensuite été infusé aux houblons Chinook, Cascade et Willamette, tous cultivés au Québec, insiste ce dernier.Avec pour résultat un cidre léger, sec et fruité, aux arômes très subtils de houblons.« Le Cascade pour l\u2019amer tume, le Chinook pour son côté verdure qui structure bien le cidre et le Willamette pour ses propriétés aromatiques.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.1.2.1.2.1.2.1.3.2.ARBOGME IQOTUPSE SL AIRUER TROMPEIONS SIMTERNAI 1745 MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE Le bonheur est la chose la plus simple, mais beaucoup s\u2019échinent à la transformer en travaux forcés ! (François Truffaut) MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE CORDE CARDE CARTE FARTE FAUTE LES ANAGRAMMES \u2022 GRIMOIRES / RIGORISME \u2022 LÉCHERA / HARCELÉ \u2022 MÉDICALES / DÉCIMALES \u2022 PENSAIS / PINASSE / SAPINES / SAPIENS \u2022 NIRVANAS / NAVARINS JEUX 1744 1745 1745 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1745 1.Figure géométrique déformée 2.Reconnaissable 3.Pâlir 4.Quand on y croit, phénomène divin.5.Anciennement, avaient la même fonction qu\u2019un sablier 6.Gargote 7.Bovidés sprinters aux longues cornes arquées 8.On cite encore de celle de Camus 9.Écrivent très rapidement en langage codé! 10.Parallélogramme.\u2022 CACHALOT \u2022 LOTE \u2022 OTECTOMIE \u2022 MIEUX-ÊTRE \u2022 TRÉPASSER \u2022 SERVITUDE \u2022 UDEM \u2022 DEMI-FINALE \u2022 ALENTOURS \u2022 URSIDÉ MOINS FIGE Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 417 Horizontalement I.Accumulation.II.Louve.Enescu.III.Lu.Entoilé.IV.Edredon.Eole.V.Géo.Iu.Cx.Or.VI.Renfermé.Duo.VII.Esse.Montrât.VIII.Arpenteuse.IX.Serment.To.X.Endettements.Verticalement 1.Allégresse.2.Coudées.En.3.Cu.Ronsard.4.Uvée.Ferme.5.Mendie.Pet.6.Tourment.7.Léon.Monte.8.Ani.Cent.9.Telex.Tête.10.Iséo.Druon.11.Oc.Louas.12.Numérotées.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 418 1.Règne à durée indéterminée.2.Comme des pies-grièches et autres mégères.3.Le scandium.Disparaisse définitivement.4.Habille en partant et en revenant.A la bonne heure.5.Ne se laisse pas facilement approcher.Sur la base.6.Prêt à se lancer.Suite organisée.7.Date du paléolithique.8.Petits plaisirs gourmands.Trois points.Possessif.9.Demi tour.Auxiliaire.Nielsbohrium.10.Membres de la famille.Bois de construction.11.Pour de bonnes confitures.12.Petit plaisir gourmand.I.Attaque à belles dents la pierre et le bois.II.Laisse de mauvais souvenirs, au passage.III.Jeune propos.Terrains de battage.Transport en commun.IV.Faire durer.Participe au choix.V.Doublé chez les Romains.Ile de l\u2019Atlantique.A trouvé place dans l\u2019ensemble.VI.Particulièrement bonnes.Un peu trop dans tout.VII.Met le feu aux organes.Le plus lourd dans l\u2019air.Article.VIII.Avala sans problème.Grandes voies.Fin sédiment.IX.Ne doivent pas manquer d\u2019air.Vent léger.X.Attaque toujours en Afrique.Elargit le panneau.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 S E P T E M B R E / 2 0 1 8 FORFAIT CLÉS EN MAIN INCLUANT : · Croisière d\u2019une durée de 3 h ; · Menu bistronomique ; · DJ, vestiaire et service ; · Montréal et Québec.La soirée se poursuit à quai avec notre DJ jusqu\u2019à 1h du matin ! Tarif de groupe par personne + taxes, service inclus.Certaines conditions s\u2019appliquent.Surcharge de carburant (si applicable) en sus.Prix sujets à changement sans préavis.© Photos : Ariann BT, Pascal Duchesne.croisieresaml.com 1 855 351.3289 · Plats concoctés à bord par nos chefs ; · Animation spéciale pour les tout-petits ; · Musique thématique du temps des fêtes ; · Père-Noël et animation ; · Prix de présence.TABLE D\u2019HÔTE 4 OU 5 SERVICES 79.99$ à partir de BRUNCH ET DÎNER DU TEMPS DES FÊTES À LA RECHERCHE D\u2019UN PARTY DE NOËL UNIQUE ?PLUSIEURS FORMULES S\u2019OFFRENT À VOUS.À partir de 58.99$ par personne NOUVEAUTÉS "]
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