Le devoir, 1 octobre 2018, Cahier A
[" VOL.CIX NO 222 / LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B6 Éditorial.A6 Élections .A4 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Sports.B4 Sudoku .B6 SUR LA ROUTE Transport collectif: l\u2019urgence d\u2019agir en matière de financement | B 5 ACTUALITÉS Climat: un rapport pour raviver le sentiment d\u2019urgence | A 3 PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR P our «sortir du silence», «parce que d\u2019autres parlent à [leur] place» et pour s\u2019opposer aux guerres dirigées contre les femmes, quelque 70 auteures de partout dans le monde ont décidé de fonder vendredi à Orléans, en France, le premier Parlement des écrivaines francophones.Après trois jours de discussions, l\u2019initiative, proposée par la Tunisienne Fawzia Zouari et soutenue par l\u2019Organisation internationale de la francophonie, a donné naissance à un manifeste bien senti pour donner une voix à des écrivaines qui bien souvent n\u2019en ont pas, en plus de créer une communauté, d\u2019esprit autant que de corps.« Nous avons envie d\u2019être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n\u2019est pas si tendre avec nous, laisse tomber le manifeste.Nous voulons sortir du silence et, puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.» De partout Les signataires de cette lettre proviennent des cinq continents, mais ne sont pas des superstars du livre, peut-être à l\u2019exception de Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt en 2016.Plusieurs auteures sont d\u2019Afrique ou de France, mais beaucoup sont aussi issues de pays comme la Syrie, la Roumanie, Haïti et les États- Unis.Le Québec y comptait des délégués, dont Nassira Belloula, Lise Gauvin, Madeleine Monette et Audrée Wilhelmy.Cette dernière est revenue ébranlée de toutes ces discussions issues de réalités dures et parfois lointaines à celle du Québec.«C\u2019était d\u2019abord et avant tout un lieu de rassemblement et de prise de paroles pour beaucoup de femmes qui viennent de pays où elles n\u2019ont pas ces privilèges-là.Il y avait pour moi un grand décalage, d\u2019où je parlais et d\u2019où ces femmes-là parlaient, raconte Mme Wilhelmy, encore un peu sous le choc.Il y a une colère et une détresse qui est immense, mais honnêtement justifiée.» Pour suivre l'actualité en continu et lire nos critiques de spectacles, consultez nos plateformes numériques.Audrée Wilhelmy est au nombre des 70 auteures qui ont décidé de fonder le premier Parlement des écrivaines francophones.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR LITTÉRATURE « Nous voulons sortir du silence » Des femmes publient un manifeste pour souligner la fondation du premier Parlement des écrivaines francophones MARCO BÉLAIR-CIRINO MARIE-MICHÈLE SIOUI GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ AMÉLI PINEDA LE DEVOIR Le chef caquiste, François Legault, a profité du week-end pour effectuer une ultime offensive contre des positions du Parti libéral en Estrie samedi, et, du Parti québécois en Montérégie dimanche.« Après 38 jours de campagne, la volonté de changement est vraiment palpable, partout », a-t-il fait valoir au terme d\u2019un dernier blitz.Il a réitéré sa volonté de « faire plus, faire mieux » en santé, en éducation et en développement économique tout en remettant de l\u2019argent dans « le portefeuille des Québécois », et ce, avec l'« équipe de gestionnaires » qu\u2019il a su bâtir au fil des derniers mois.Le député de Sanguinet, Alain Therrien, a refusé de le laisser s\u2019en tirer à si bon compte.Il a surgi dans le pavillon d\u2019accueil du RécréoParc de Sainte-Catherine, où le chef caquiste échangeait des poignées de mains avec des grands et jouait avec de la pâte à modeler avec des petits dimanche avant-midi.« Harry Potter n\u2019est pas dans notre parti.Il est dans le vôtre », a lancé le candidat péquiste à M.Le- gault, jugeant intenables les promesses de la CAQ d\u2019alléger le fardeau fiscal des Québécois tout en renforçant les services offerts par l\u2019État.M.Legault a poursuivi comme si de rien n\u2019était son offensive en terres péquistes : Beauharnois, Saint-Jean, Taillon.Il a poussé l\u2019audace en faisant un arrêt dans la circonscription de Marie-Victorin, où le PQ avait obtenu près de quatre fois plus de voix que la CAQ lors d\u2019une élection partielle en décembre 2016.Là, ce n\u2019est pas la députée sortante, Catherine Fournier, qui l\u2019a interpellé, mais bien un couple d\u2019électeurs insatisfait de son programme en matière d\u2019environnement.Le chef du Parti libéral, Philippe Couil- lard, a choisi de terminer sa campagne « à la maison », dans la circonscription de Roberval, après 39 jours sur la route.Son retour « chez nous » \u2014 pour reprendre l\u2019expression qu\u2019il aime répéter \u2014 a coïncidé avec la menace d\u2019un nouvel ALENA contenant des concessions défavorables au système québécois de gestion de l\u2019offre dans le secteur laitier.« Ce sont Ultime blitz électoral Le vrombissement des moteurs des autocars de campagne de François Legault, Philippe Couillard, Jean-François Lisée et Manon Massé se taira ce lundi, au terme de 39 jours d\u2019une campagne électorale mouvementée, durant laquelle les accrochages ont été nombreux.Les chefs des partis politiques ont lancé un ultime appel au vote dimanche.Retour à la vitesse grand V sur les 48 dernières heures.VOIR PAGE A 2 : ÉCRIVAINES MONDE Catalogne: un an après le référendum, les indépendantistes sont divisés VOIR PAGE A 4 : BLITZ ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 LA PRESSE CANADIENNE À WASHINGTON Les appréhensions commençaient dimanche à laisser place à une confiance mesurée au sujet de la possibilité d\u2019une entente à la table des négociations sur le renouvellement de l\u2019ALENA.La lumière semble paraître enfin au bout du tunnel, mais il faut aussi compter sur l\u2019imprévisible locataire de la Maison-Blanche pour tout faire dérailler à la dernière minute.À Ottawa, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Free- land, et l\u2019ambassadeur des États-Unis, David MacNaughton, ont travaillé d\u2019arrache-pied, à distance et à la dernière minute, pour parvenir à un accord en fin de semaine.Les signes d\u2019une conclusion à ces négociations se font de plus en plus marquants.Ainsi, nos sources ont confirmé que le premier ministre Justin Trudeau a convoqué un conseil des ministres, dimanche soir vers 22h.Rien n\u2019avait filtré de cette rencontre au moment d\u2019écrire ces lignes.Dimanche, le Canada a cherché à obtenir des garanties pour ne pas être frappé par des droits de douane en vertu de l\u2019article 232 sur les exportations d\u2019acier, d\u2019aluminium et d\u2019automobiles, que le président américain, Donald Trump, a imposés ou menacé d\u2019imposer pour des raisons de sécurité nationale.Des observateurs mis au courant du progrès des négociations affirment qu\u2019une entente est à la portée des deux pays.«Ils se dirigent vers une entente.Ce n\u2019est plus de savoir s\u2019il y aura un accord, mais plutôt de savoir quand cela aura lieu, a dit Daniel Ujczo, un avocat en droit commercial international qui représente les constructeurs automobiles américains et les fabricants de pièces automobiles.Il y a plusieurs points à régler et peu de temps pour y arriver.Les négociateurs américains accepteront, mais le président doit lui aussi accepter.Et qui sait ce qu\u2019il pense vraiment à ce sujet?» Article 232 Tout comme M.Ujczo, le président du Congrès du travail, Has- san Yussuff \u2014 qui a été tenu informé de l\u2019état des négociations \u2014, juge que l\u2019enjeu important demeurait l\u2019article 232.L\u2019expert américain dit avoir appris que les deux parties se sont entendues sur un mécanisme de résolution des disputes similaires à ce qui est compris dans l\u2019actuel ALENA.Cette question a longtemps bloqué les progrès à la table des négociations.Les deux pays auraient aussi trouvé un terrain d\u2019entente sur les seuils d\u2019exemption pour les articles exportés au Canada, qui passerait de 20$ à 100$.Hassan Yussuff, qui est aussi membre du conseil consultatif du gouvernement fédéral sur l\u2019ALENA, a déclaré que les discussions se poursuivaient, mais selon lui, il y a eu «pas mal de progrès».Les négociateurs portent leurs efforts principaux sur les droits douaniers et l\u2019article232.«Ils passent beaucoup de temps à tenter de régler cette question», a-t-il dit.Même Justin Trudeau aurait été entraîné dans la mêlée.Alors que le premier ministre passe généralement ses dimanches à faire des activités personnelles, son agenda indiquait qu\u2019il participait à des «réunions privées».Les représentants du gouvernement à Ottawa, quant à eux, minimisent les rumeurs selon lesquelles un accord serait imminent.Le gouvernement «poursuit actuellement des discussions constructives» avec ses homologues américains et «certains» progrès ont été accomplis, a déclaré une source bien au fait du dossier, s\u2019exprimant sous le couvert de l\u2019anonymat compte tenu de la nature délicate des discussions.« Nous nous concentrons sur le fond des questions, pas sur les échéances, et bien sûr sur la conclusion d\u2019un bon accord pour les Canadiens.» ALENA D\u2019« intenses » négociations Cinq thèmes \u2014 l\u2019éducation, l\u2019environnement, la question migratoire, les guerres et le corps \u2014 ont dirigé les discussions de ce premier Parlement.Au fil des deux pages simples mais fortes du manifeste, les auteures déplient une série de désirs et de combats, dont celui contre les guerres, justement.« Toutes les guerres.À commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes : le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales.» Il est aussi question de ce que peut porter la plume au féminin, et de ce qu\u2019elle ne porte pas automatiquement non plus.« Notre littérature n\u2019est pas, comme on l\u2019insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie.Notre littérature est notre voix du monde.Notre choix du monde.Combative et sereine.Décidée et généreuse.Qui se joue des imaginaires.» Cette dernière question a fait l\u2019objet de beaucoup de discussions au Parlement, témoigne Audrée Wilhelmy, car plusieurs estimaient qu\u2019il existe surtout des écritures particulières à chacun.Mais ce qui a fait consensus, c\u2019est que le travail des écrivaines se devait d\u2019être perçu comme universel et obtenir « la même reconnaissance et la même légitimité tout le temps », d\u2019expliquer celle qui a notamment écrit Le corps des bêtes et Oss.C\u2019est-à-dire ?« Les hommes vont ÉCRIVAINES SUITE DE LA PAGE A1 écrire sur leur enfance, ça va être considéré comme un portrait social, un aspect personnel de leur vie et considéré comme s\u2019ils discutaient des grands enjeux de l\u2019humanité.Et une femme va écrire sur le même sujet : elle parle de la famille.La façon dont on entre dans les textes est encore très différente selon que c\u2019est un homme ou une femme qui les écrit, explique Audrée Wilhelmy.Je le vis régulièrement, plus en France, où des hommes viennent me voir et me disent : \u201cPourquoi votre livre de- vrait-il m\u2019intéresser si je suis un homme ?\u201d Je ne me verrais jamais demander ça à un gars dans la vie ! Mais ce problème-là est partout, à infiniment moindre échelle au Québec, déjà même qu\u2019en France, mais ça reste là.» Et la langue ?Cette nouvelle action de solidarité, voire de « sororité » comme le dit le manifeste, se fait en français dans le texte.C\u2019est là un des axes de la prise de position des 70 auteures, un accent qu\u2019il faut surtout comprendre à travers la relation tendue ou trouble entre la France \u2014 par ailleurs haut lieu, voire escale inévitable de l\u2019édition \u2014 et ses anciennes colonies ainsi que ses DOM- TOM actuels.« Nous n\u2019avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n\u2019est plus seulement la langue de Molière.Au contraire : nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français, peut-on lire dans le manifeste.Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur.Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, [\u2026] elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d\u2019hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.» Audrée Wilhelmy a été forcée de constater qu\u2019au Québec, le rapport à la langue était différent, entre autres parce que la littérature d\u2019ici ne dépend pas des gros joueurs de l\u2019imprimé français \u2014 et de leurs filtres, de leurs a priori \u2014 pour pouvoir se retrouver sur les tablettes.« Mais on s\u2019est entendues unanimement sur le fait qu\u2019il faut arrêter de vouloir que la langue française soit lisse et uniforme et qu\u2019elle soit enrichie des tonalités particulières à chacun de ces pays-là, le Québec compris.» Yes Sir, Madame 70 femmes réclament une voix La façon dont on entre dans les textes est très différente selon que c\u2019est un homme ou une femme qui les écrite AUDRÉE WILHELMY » MIA RABSON À OTTAWA LA PRESSE CANADIENNE La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, croit que les critiques auxquelles elle fait face à la fin de sa première année en poste s\u2019inscrivent dans le cours des choses.Dans une note adressée à ses employés, elle les encourage à ne pas se laisser abattre par ces critiques.Dans un courriel envoyé aux employés de Rideau Hall et daté du 27 septembre, Mme Payette a reconnu que certains articles et commentaires avaient «donné une image défavorable de notre travail au début de ce mandat».La gouverneure générale leur indique toutefois que cela ne devrait «en aucune manière» miner la fierté qu\u2019ils ressentent à travailler à Rideau Hall.Évoquant une année «extraordinaire», Mme Payette se dit fière de travailler «avec un groupe de personnes aussi dévoué et talentueux (sic)».Certaines personnes se demandent cependant ce qu\u2019elle pense exactement avoir accompli, un an plus tard, et leurs préoccupations se retrouvent dans le domaine public et les médias.Mme Payette s\u2019est fait des opposants actifs, qui utilisent des mots tels que «catastrophe» et «scandaleux» pour décrire son style et son travail en tant que gouverneure générale.Personne à Rideau Hall n\u2019a souhaité parler ouvertement, craignant des représailles, mais le message général est le même: Julie Payette, dont l\u2019intellect fougueux et la personnalité entêtée la servaient bien dans sa vie d\u2019astronaute, ne peut s\u2019adapter à ses nouvelles fonctions de gouverneure générale.Leurs préoccupations vont de son éthique de travail \u2014 elle a participé à 195 événements officiels au cours de sa première année, contre 250 pour les derniers gouverneurs généraux \u2014 à sa tendance à la microgestion.Elle a de plus rompu avec une tradition voulant que les gouverneurs généraux se rendent dans toutes les provinces et tous les territoires au cours de leur première année de fonction.Mme Payette n\u2019a toujours pas visité le Manitoba, la Saskatchewan et le Yukon.Selon un initié, l\u2019un des plus gros problèmes est le choix de Mme Payette de passer en revue tous les parrainages du gouverneur général \u2014 des organisations qu\u2019elle soutient et qui peuvent citer son rôle dans le matériel promotionnel \u2014, mais un an après le début de son mandat, les nouveaux critères n\u2019ont toujours pas été dévoilés.Elle n\u2019est pas la première à revoir ces critères \u2013 Michaëlle Jean avait présenté de nouvelles directives lors de son entrée en fonction \u2013, mais le temps pris par Mme Payette a déçu certaines organisations qui ont reçu l\u2019appui du gouverneur général pendant des décennies.La décision de Mme Payette de nommer un ami intime sans expérience comme principal conseiller a également fait beaucoup de vagues, et plusieurs employés supérieurs sont partis depuis son assermentation.Mme Payette a refusé d\u2019accorder une entrevue à La Presse canadienne.Lors d\u2019un entretien avec le réseau CPAC la semaine dernière, Mme Payette a vivement rabroué certains de ses détracteurs, notamment en affirmant que les membres du personnel qui l\u2019avaient quittée l\u2019avaient fait parce qu\u2019ils cherchaient à faire avancer leur carrière et en ajoutant qu\u2019ils étaient en bons termes.Des critiques trop dures?Certains craignent que Mme Payette ne soit traitée trop durement pour avoir changé son espace de travail.La ministre de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, a déclaré qu\u2019il était nécessaire de respecter les traditions, mais également de permettre aux nouveaux dirigeants de faire valoir leurs forces.«Je pense qu\u2019elle a travaillé dur pour ça», a soutenu Mme McKenna.Barbara Messamore, professeure agrégée d\u2019histoire à l\u2019Université de la vallée du Fraser en Colombie-Britannique, a fait remarquer que le poste de gouverneur général «n\u2019était pas bien adapté aux introvertis», ce qui pourrait être l\u2019un des problèmes de Mme Payette.Mais elle a également précisé que les trois derniers gouverneurs généraux avaient maintenu des «calendriers rigoureux» et que Julie Payette ne devrait peut-être pas être jugée parce qu\u2019elle ne les respecte pas.Des leçons apprises La principale intéressée a déclaré à CPAC qu\u2019elle avait appris de son erreur, lorsqu\u2019elle avait pris la parole lors d\u2019une conférence de scientifiques et avait critiqué des personnes qui ne croyaient pas au changement climatique ou qui croyaient au créationnisme.«Le but de mon allocution n\u2019était pas de critiquer, mais bien d\u2019encourager le débat, d\u2019encourager la discussion.Une démocratie, une société de savoir, une société tout court est beaucoup mieux avec un débat», a-t-elle affirmé.Mme Payette dit avoir bien réfléchi aux réactions qui ont suivi son discours, et a admis qu\u2019elle aurait pu choisir ses mots avec plus de soin.«De mon côté, j\u2019ai fait une allocution comme j\u2019avais fait de très nombreuses allocutions comme astronaute auparavant, mais je ne suis plus astronaute.Je suis gouverneure générale, et donc je représente tous les Canadiens et pour moi c\u2019est important», a-t-elle soutenu.Vendredi, Mme Payette a lancé un nouveau site Web, avec sa touche personnelle.Il dévoile deux initiatives qu\u2019elle veut mener.La première s\u2019appelle GGActive et est destinée à encourager les Canadiens à être actifs physiquement, tandis que la deuxième, le programme en ligne GGDirect, permettra aux groupes sélectionnés d\u2019interagir directement avec Mme Payette sur des thèmes tels que le Canada, l\u2019espace et les sciences.Julie Payette tente de rassurer ses employés La gouverneure générale, Julie Payette JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 Les cadenas P arce qu\u2019elles en sont réduites à manger le midi sans pouvoir s\u2019arrêter, on les appelle les midinettes.Ces femmes harassées par le travail quotidien aux usines de couture gagnent à peine de quoi vivre.Veulent- elles s\u2019insurger contre leur condition qu\u2019il leur est soudain interdit de s\u2019unir sous menace de répression.En 1937, Léa Roback fait front avec elles.Quatre ans plus tôt, après s\u2019être d\u2019abord occupée elle aussi des pitoyables conditions des ouvrières du textile, une jeune enseignante, Jeanne Corbin, s\u2019intéresse à l\u2019exploitation éhontée des bûcherons en Abitibi.On va l\u2019arrêter, comme plusieurs de ces ouvriers du froid dont le labeur chauffe pourtant bien des comptes en banque.Procès expéditif : trois mois de prison pour Jeanne.En 1936, le docteur Bethune, appuyé par nombre d\u2019infirmières, réclame l\u2019accès pour tous aux soins de santé.Dans certains quartiers montréalais, on meurt à l\u2019année comme de simples mouches à l\u2019automne.Dans l\u2019est de la ville, avant la Grande Guerre, le taux de mortalité infantile se compare à celui de Calcutta en Inde.Remarquez qu\u2019encore au- jourd\u2019hui, dans un quartier comme Hochelaga-Maison- neuve, on crève en moyenne dix ans plus tôt que dans les parties les plus riches de la ville.Parmi bien d\u2019autres, Bethune, Corbin et Roback se disaient communistes.Grand bourgeois pourtant, Jacques Pa- rizeau affirmera plus d\u2019une fois qu\u2019il l\u2019était lui aussi.Pari- zeau dira même avoir travaillé, de loin en loin, pour le seul candidat communiste jamais élu au Parlement canadien : Fred Rose.Avoir du cœur, dans une société qui souvent en manquait, cela conduisait forcément à se déclarer communiste, dira Parizeau jusqu\u2019à la fin de sa vie, forçant même un peu la note, comme le remarquera son biographe.Communiste, le Dr Jacques Ferron, peut-être notre plus grand écrivain, affirmera l\u2019être lui aussi, selon le même raisonnement que Parizeau.C\u2019était au temps où, son portuna sous le bras, Ferron soignait les dépossédés de la Gaspésie, peu de temps avant de venir s\u2019occuper de ceux de Ville Jacques-Cartier, bidonville aujourd\u2019hui oublié.Ce n\u2019est pas au nom des principes du communisme, mais de leurs propres principes humanistes, que ces gens s\u2019indignaient du sort fait à leurs semblables.La vie n\u2019épouse pas d\u2019abord une idéologie.Devant une société qui s\u2019est employée pendant deux siècles à briser toutes les velléités d\u2019auto-émancipation de ses citoyens, il n\u2019est pas étonnant que, même au Québec, quelques esprits sensibles aient trouvé dans les écrits animés de Marx une porte de sortie pour prendre l\u2019air et, du coup, en offrir à une société qui en manquait.Marx avait-il tort de constater, presque avant tout le monde, que la « croissance », ce supposé dieu céleste vers lequel toutes les têtes continuent d\u2019être béatement tournées, n\u2019est qu\u2019un renard qui, après avoir tout mangé, même pris à son propre piège, va jusqu\u2019à se ronger la patte pour continuer à marcher en clopinant ?Depuis des semaines, éditorialistes, chroniqueurs et politiques à gages chantent pourtant en chœur les dangers du marxisme en un long vol plané, dans un surinvestissement affectif qui nous replonge dans les années 1950, au beau milieu de la guerre froide.On se croirait presque, par moments, revenu au temps de la Loi du cadenas.Cette mesure, votée par le gouvernement Duplessis en 1937, permettait de faire fermer puis condamner un lieu, sur la base de critères très diffus, parce que l\u2019on supposait qu\u2019il y flottait des pensées politiques jugées trop à gauche.La loi dut être combattue jusque devant la Cour suprême avant d\u2019être annulée en 1957.En matière de culture politique, nous revenons de loin en matière de paranoïa.En octobre 1970, au temps des arrestations massives que permit la Loi des mesures de guerre avec la levée de l\u2019habeas corpus, des policiers saisirent des livres sur le cubisme, persuadés qu\u2019il y avait là un lien avec l\u2019univers politique de Cuba\u2026 Se faire traiter de marxiste aujourd\u2019hui, c\u2019est être dévalué comme sujet, à l\u2019égal des régimes qui se prétendaient tels, dans le grand dédain général que les cadres de notre société portent désormais sur tout ce qui dépasse l\u2019horizon limité de cette fraternité du chacun pour soi.Mais des accusations de marxisme, n\u2019est-ce pas un peu fort de café dans une société plus lisse que jamais, habituée de tout consommer, même du côté des idées, en version décaféinée, light, sans sel, sans goût, ni saveur ?Sur les canons de bronze du roi de France, on trouvait gravée une maxime latine, Ultima ratio regum, que l\u2019on peut traduire par « le dernier argument des rois ».Être traité de communiste, peut-être est-ce là désormais un argument ultime pour ceux qui n\u2019en ont plus.Comme ingrédient fondamental à son élection, François Mitterrand avait été bien avisé de constater que les élans à gauche n\u2019avaient pas à craindre de trébucher sur le mot « communisme ».Il faudra se demander, après les élections, comment le Parti québécois et Québec solidaire, avec tant d\u2019éléments convergents, en sont arrivés à se dissocier au point d\u2019en venir à s\u2019accuser à coup d\u2019abstractions, au point de se mettre à jongler l\u2019un et l\u2019autre avec des enclumes au-dessus de la tête des électeurs.jfn@ledevoir.com ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Le diagnostic est d\u2019autant plus attendu qu\u2019il donnera la mesure du péril qui nous guette si l\u2019inaction se poursuit.Le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) doit parachever cette semaine un rapport sur les conséquences d\u2019un réchauffement global de 1,5 °C, mais aussi sur les décisions cruciales à prendre pour éviter de dépasser ce seuil de bouleversement du climat terrestre.En signant l\u2019Accord de Paris, en décembre 2015, les États se sont engagés à maintenir l\u2019augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindus- triels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ».Cette dernière cible est une demande chère aux pays les plus vulnérables aux conséquences des changements climatiques, notamment les États insulaires menacés par la hausse du niveau des océans.Le GIEC a donc reçu le mandat de produire un rapport sur les répercussions d\u2019un tel réchauffement, mais surtout sur les décisions à prendre pour respecter un engagement que plusieurs estiment hors d\u2019atteinte.Après tout, le monde s\u2019est déjà réchauffé de 1 °C et le rythme de perturbation du climat ne montre aucun signe de fléchissement.« Il est extraordinairement difficile de demeurer sur la cible du 1,5 °C, et nous ne sommes absolument pas en voie d\u2019y parvenir », prévenait d\u2019ailleurs la semaine dernière l\u2019un des auteurs du rapport du GIEC, l\u2019expert du climat Drew Shindell, de l\u2019université américaine Duke.« Même s\u2019il est toujours techniquement possible d\u2019y parvenir, c\u2019est extrêmement improbable, en l\u2019absence d\u2019un réel changement dans la façon dont nous évaluons le risque.Et nous ne sommes absolument pas là », ajoutait-il, en entrevue au quotidien britannique The Guardian.Selon l\u2019évaluation du GIEC, les efforts pour parvenir à limiter le plus possible le réchauffement seront sans pré- cédent depuis le début de l\u2019ère industrielle.Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d\u2019ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C.Autrement dit, le monde entier devrait idéalement être carbo- neutre d\u2019ici un peu plus de 30 ans.La fin des fossiles Sans donner de détails sur les moyens à prendre recensés dans le rapport du GIEC, qui sera publié le 8 octobre, Drew Shindell a fait valoir qu\u2019une sortie rapide des énergies fossiles est inévitable, en plus d\u2019un déploiement massif de la production d\u2019énergie solaire et éolienne, mais également de la disparition des émissions de GES provenant du secteur des transports, de la voiture à l\u2019avion.Le problème, selon M.Shindell, c\u2019est qu\u2019un tel virage technologique devrait prendre du temps.Or, le temps nous manque.Le prochain rapport du GIEC donnera d\u2019ailleurs la mesure de l\u2019effort à fournir, à quelques semaines de la rencontre prévue en Pologne des États signataires de l\u2019Accord de Paris.Ceux- ci doivent se rencontrer au début du mois de décembre, dans le cadre de la 24e Conférence des parties (COP24).Pour le moment, toute la communauté scientifique s\u2019entend sur le fait que les engagements ne sont tout simplement pas à la hauteur pour éviter le pire.Non seulement la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C s\u2019éloigne, mais les efforts prévus par les différents États, à supposer qu\u2019ils soient respectés, placent actuellement la planète sur une trajectoire de réchauffement qui risque de dépasser les 3°C d\u2019ici la fin du siècle.Mais avant cela, aussi tôt qu\u2019en 2040, la barre des 1,5°C devrait avoir été franchie.La perspective de vivre dans un tel monde effraie en premier lieu les États insulaires, dont plusieurs sont directement confrontés à une disparition pure et simple.Plusieurs pays défavorisés craignent aussi d\u2019être incapables de s\u2019adapter à un monde de plus en plus hostile.Mais les bouleversements climatiques provoqueront également, à l\u2019échelle de la planète, une multiplication d\u2019événements climatiques extrêmes, dont les tempêtes, les épisodes de sécheresse et la raréfaction des ressources en eau dans certaines régions du monde.Qui plus est, un élément pourrait venir aggraver la crise : la fonte du pergélisol.Dans un rapport publié à la mi-septembre, des experts de l\u2019Institut international autrichien pour l\u2019analyse des systèmes appliqués ont souligné que ce sol théoriquement gelé en permanence avait commencé à fondre, sous l\u2019effet de la hausse des températures.Le problème, c\u2019est qu\u2019il libère ainsi des GES, dont du méthane, un très puissant gaz à effet de serre.Pire, ce pergélisol contiendrait l\u2019équivalent de 15 années d\u2019émissions mondiales de GES.De quoi faire dérailler tous les efforts pour éviter le pire.CLIMAT Un rapport pour raviver le sentiment d\u2019urgence Les scientifiques du GIEC doivent dire s\u2019il est possible de limiter le réchauffement à 1,5 oC, et comment Un Allemand promenait son chien sur le lit asséché de la rivière Dreisam dans le village de March, près de Fribourg, au mois d\u2019août.PATRICK SEEGER AGENCE FRANCE-PRESSE GIEC : processus complexe Malgré l\u2019ampleur de la preuve scientifique sur la crise climatique en devenir et l\u2019urgence d\u2019agir, l\u2019approbation des rapports du GIEC demeure un processus complexe et très politique.En Corée, cette semaine, les délégations des quelque 195 États étudieront ligne par ligne le résumé du rapport, dit « résumé à l\u2019intention des décideurs ».Un texte d\u2019une quinzaine de pages, qu\u2019il leur sera demandé d\u2019approuver en fin de session, prévue le 5 octobre, voire le 6 en cas de prolongation, comme cela a souvent été le cas.L\u2019attitude des États-Unis, notamment, sera une inconnue de cette réunion, où ils seront représentés par une délégation de diplomates et scientifiques à qui le dossier est familier.JEAN- FRANÇOIS NADEAU Se faire traiter de marxiste aujourd\u2019hui, c\u2019est être dévalué comme sujet, à l\u2019égal des régimes qui se prétendaient tels, dans le grand dédain général que les cadres de notre société portent désormais sur tout ce qui dépasse l\u2019horizon limité de cette fraternité du chacun pour soi ÉLECTIONS 2018 A 4 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 Clap de fin pour la campagne BLITZ SUITE DE LA PAGE A 1 mes voisins [\u2026], c\u2019est du monde que je croise à la maison », a pu lancer l\u2019élu de Roberval devant une poignée de militants.Il s\u2019est engagé à ne « rien laisser passer », bien qu\u2019il ait été contraint de reconnaître que le Québec n\u2019a pas le pouvoir de bloquer une entente signée par Ottawa.« Sur le plan juridique, on peut déclarer le Québec non lié », a-t-il avancé, en précisant toutefois qu\u2019il faudra attendre de voir « les textes » pour « les analyser et explorer toutes les avenues juridiques possibles ».Aux agriculteurs \u2014 ses « voisins » de Roberval comme les autres \u2014 il a suggéré de se rallier au Parti libéral « pour défendre leurs intérêts et protéger la gestion de l\u2019offre ».Le chef libéral a par ailleurs effectué un blitz en avion au cours de la fin de semaine : des îles de la Madeleine vers lesquelles il s\u2019était envolé samedi soir, il a mis le cap dimanche sur Percé et Mont-Joli, avant de se rentrer à l\u2019aéroport Sague- nay-Bagotville.Il s\u2019est défendu d\u2019avoir visité les Îles à deux reprises parce qu\u2019il craint de laisser échapper cette circonscription.Ses passages là-bas ont toutefois été à l\u2019image d\u2019une bonne partie du parcours libéral, soit surtout défensifs et visiblement motivés par une volonté de freiner les vagues ca- quistes qui menacent notamment l\u2019Estrie, la Mauricie et la région de Québec.Jean-François Lisée a entamé sa dernière journée de campagne électorale là où tout a commencé pour lui : chez sa mère, dans sa maison d\u2019enfance.Comme dans le temps\u2026 à la différence notable qu\u2019il y avait une nuée de journalistes et de caméras autour d\u2019eux.M.Lisée et sa mère de 84 ans, Andrée Goulet, ont en effet reçu la caravane péquiste dimanche matin, à la veille du grand rendez-vous électoral.Le décor : un plateau de fruits, des cafés, du fromage et une maison immaculée pour accueillir les médias.Le chef péquiste a souhaité cet arrêt à Thetford Mines pour rappeler qu\u2019il est « quelqu\u2019un qui est vrai, qui est fidèle à ses racines ».« Je ne dis pas que je suis un Québécois moyen, mais que je suis un Québécois à 100 %, combatif, et c\u2019est ça dont le Québec a besoin.» Un peu « nerveuse » pour demain, la mère de M.Lisée s\u2019est dite « très, très fière de lui.Et je vais continuer de l\u2019être ».Au-delà de ce vote acquis, M.Lisée a tenté durant la fin de semaine de convaincre tant les électeurs caquistes que les solidaires de se rallier au Parti québécois.Dans tous ses arrêts, le même souhait répété : être la « surprise » d\u2019une élection « boîte à surprise ».Dimanche midi, M.Lisée a aussi ramené dans la discussion un thème qui lui avait souri en début de campagne : celui de la protection de la gestion de l\u2019offre \u2014 c\u2019est lui qui avait jeté les bases du front commun des chefs.« On est dans un scénario classique où le Québec est sacrifié pour protéger l\u2019Ontario », a-t-il dit en faisant état des rumeurs qui entourent le sprint final de négociation.Québec solidaire a appelé dimanche les Québécois à « secouer l\u2019establishment » en accordant leur vote à la formation politique de gauche.Manon Massé a martelé que la question de l\u2019urne doit être la lutte contre changements climatiques.« Nous avons mené la campagne la plus ambitieuse de notre histoire et je pense qu\u2019on peut dire mission accomplie.Quoi qu\u2019il arrive demain, on [aura] secoué l\u2019establishment », a lancé la candidate solidaire au poste de première ministre, Manon Massé.Les 48 dernières heures ont été consacrées à prêter main- forte aux circonscriptions où QS envisage de faire des percées, soit dans Laurier-Dorion, Hochelaga et Rosemont à Montréal, dans Taschereau et Jean-Lesage à Québec, puis à Sherbrooke.« Lorsque j\u2019ai été élue, je vous rappelle que c\u2019est par 91 voix.Alors, chaque vote compte », a rappelé Manon Massé à ses troupes.Surtout que cette fin de campagne a été marquée par de virulentes critiques de ses adversaires, a-t-elle souligné.Quant à l\u2019appel au ralliement lancé par les libéraux à la suite des rumeurs au sujet de possibles concessions canadiennes sur la gestion de l\u2019offre, Mme Massé estime qu\u2019il ne résonnera pas.« Je pense que M.Couillard n\u2019a pas été une bonne protection pour le Québec, l\u2019exemple des deux crises du bois d\u2019œu- vre le montre.Chaque fois, la réponse a été la même, non pas de renforcer l\u2019industrie en diversifiant les débouchés [\u2026] ils ont donné des subventions, ce qui est bien, mais ils n\u2019ont rien changé qui assurent à notre industrie la de ne pas dépendre [du marché américain] et de l\u2019humeur de M.Trump », a indiqué Mme Massé.DAVE NOËL À QUÉBEC LE DEVOIR Les soirées électorales ont été le théâtre de nombreux rebondissements depuis le premier scrutin couvert par Le Devoir, il y a un peu plus de cent ans.Retour sur quelques dates marquantes de l\u2019histoire politique du Québec.15 mai 1912.La réélection des libéraux au pouvoir depuis quinze ans est annoncée dans un « extra-minuit » publié par Le Devoir.Le premier ministre, Lomer Gouin, rejoint ses partisans à l\u2019Auditorium de Québec, le futur Capitole, où l\u2019on projette les résultats sur un écran à l\u2019aide d\u2019un « rayon lumineux ».Il remercie « le peuple de Québec » en rappelant que « le système fédératif ne pourra fonctionner dans le pays et pour le bien du pays qu\u2019en autant que le pouvoir fédéral et les gouvernements provinciaux agiront et exerceront librement les pouvoirs qui leur sont conférés ».Selon les rumeurs, Gouin serait pressenti pour succéder à l\u2019ancien premier ministre du « dominion » canadien, le libéral Wilfrid Laurier, battu l\u2019année précédente.17 août 1936.L\u2019Union nationale de Maurice Duplessis met un terme à 39 ans de régime libéral.Au centre-ville de Trois-Rivières, le premier ministre élu prend la parole devant 30 000 partisans qui entonnent un « vibrant » Ô Canada.Duplessis réclame l\u2019apposition immédiate de scellés sur les documents et les coffres du Trésor public afin de faire le ménage dans l\u2019administration libérale.Au micro, il élabore une allégorie en lien avec la pluie abondante tombée la veille : « Je crois que la Providence envoya une grande quantité d\u2019eau suivie de beaucoup de soleil pour nous permettre de laver dans tous les coins.» 22 juin 1960.Les libéraux de Jean Lesage renversent l\u2019Union nationale d\u2019Antonio Barrette.Comme l\u2019avait fait Duplessis en 1936, le nouveau premier ministre prévient les membres du gouvernement sortant « qu\u2019il les punira au nom du peuple du Québec » s\u2019ils font disparaître ou truquer des documents en quittant leurs bureaux.« La province est libérée du joug de l\u2019Union nationale », s\u2019exclame Lesage devant la foule rassemblée au Colisée de Québec.En soirée, il reçoit le télégramme d\u2019un astrologue qui avait prédit sa victoire, comme le rapporte Le Devoir.Dans Laurier, le libéral René Lévesque l\u2019emporte malgré la division du vote découlant, de la candidature d\u2019un homonyme inscrit par ses adversaires unionistes.15 novembre 1976.Devant une foule survoltée de plus de 10 000 personnes, le chef du Parti québécois, René Lévesque, lance son désormais célèbre « je n\u2019ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d\u2019être Québécois ».Le trémolo dans la voix, le premier ministre élu quitte la scène escorté par des gardes du corps « athlétiques » avec qui il s\u2019engouffre dans une voiture noire.Lévesque est évacué du centre Paul- Sauvé en compagnie d\u2019un inconnu qui s\u2019est jeté dans sa voiture au milieu du chaos.« On a dit \u201ctout le monde embarque\u201d, explique le jeune homme embarrassé, \u201cje suis embarqué, mais tout ce que je demande maintenant, c\u2019est de débarquer !\u201d» 26 mars 2007.Les libéraux de Jean Charest perdent leur majorité.Le retard dans la compilation des votes par anticipation amène Radio-Canada à annoncer la défaite du premier ministre dans la circonscription de Sherbrooke.L\u2019erreur perdure pendant plus d\u2019une heure avant d\u2019être rectifiée un peu avant minuit.La bourde est soulignée à gros traits par le chef d\u2019antenne de TVA qui tourne le fer dans la plaie en y allant de sa formule « rigueur, rigueur, rigueur ».7 avril 2014.Dans les instants qui suivent l\u2019annonce de la victoire des libéraux de Philippe Couillard, les trois prétendants pressentis à la succession de Pauline Ma- rois défilent sur la scène de l\u2019hôtel Westin du Vieux- Montréal.Leur allocution provoque un malaise, la première ministre sortante n\u2019ayant pas encore prononcé son discours de défaite.Le trio est rapidement surnommé le « Club des Next ».Soirées rocambolesques Retour sur quelques dates marquantes de l\u2019histoire politique du Québec GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ À THETFORD MINES LE DEVOIR Si les sondages disent vrai et que l\u2019élection de lundi aboutit à un gouvernement minoritaire, les quatre partis présents à Québec auront à trouver des terrains d\u2019entente pour faire fonctionner le Parlement.La bonne nouvelle, c\u2019est qu\u2019ils partagent déjà plusieurs constats\u2026 C\u2019est le propre de toute campagne électorale de mettre en évidence ce qui divise et différencie les partis.L\u2019édition 2018 n\u2019aura pas échappé à ces attaques croisées où, pour vanter un programme, on en démonise un autre.Mais à travers ces marqueurs de distinction, les partis ont aussi mis sur la table bien des propositions qui se ressemblent lorsqu\u2019on enlève une couche de partisanerie.Tous les chefs ont d\u2019ailleurs ouvert la porte à une plus grande collaboration inter-partis.« Il faut que les partis politiques travaillent plus ensemble, qu\u2019on écoute plus les idées de nos adversaires, a affirmé François Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ).Quand il y aura des bonnes idées, un gouvernement de la CAQ les prendra, puis on leur donnera le mérite.» « Je veux vous proposer un gouvernement et un premier ministre rassembleur », a promis Philippe Couil- lard, du Parti libéral du Québec (PLQ), dans les derniers jours.« On n\u2019a pas de misère à être d\u2019accord avec d\u2019autres formations politiques lorsqu\u2019il est temps de prendre des décisions pour prendre soin de notre monde », a assuré Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire (QS).« Un gouvernement minoritaire qui voudrait revenir rapidement devant l\u2019électorat serait puni par l\u2019électorat, estime pour sa part Jean-François Lisée, chef du Parti québécois (PQ).De même que d\u2019autres partis qui renverseraient un minoritaire seraient punis.Donc, l\u2019électorat nous dit : \u201cArrangez-vous\u201d.[\u2026] Nous allons travailler avec tous les partis.» Et travailler sur quoi ?Voici quelques engagements qui rallient \u2014 dans les grandes lignes \u2014 au moins trois partis sur quatre : Réformer le mode de scrutin.Il n\u2019y a que les libéraux qui font ici bande à part : tant la CAQ que le PQ et Québec solidaire se sont engagés à réformer le mode de scrutin pour que l\u2019élection de 2022 se fasse dans un mode de proportionnelle mixte.Les trois partis avaient d\u2019ailleurs signé une entente en ce sens en mai 2018.Moduler la tarification des transports en commun.Pour le PLQ, ce serait la gratuité complète pour tous les étudiants et les aînés.Pour le PQ, la solution est plutôt d\u2019offrir un rabais de 60 % à tous les usagers du transport en commun en dehors des heures de pointe, pour désengorger ces périodes.Et pour QS, il s\u2019agirait de couper en deux la tarification pour tous et en tout temps.Mais dans les faits, on note la même idée : pour encourager l\u2019usage du transport en commun, les tarifs doivent être modulés.Amener Internet, partout.Unanimité sur cette question : il faut terminer de brancher le Québec et s\u2019assurer d\u2019un réseau cellulaire adéquat partout.Et si les quatre partis remplissent leur promesse, ce sera le cas d\u2019ici quatre ans\u2026 ou même un peu avant selon les libéraux.Abolir la taxe famille.Les libéraux l\u2019ont créée, ils y tiennent : mais pour la CAQ, le PQ et QS, la « taxe famille » \u2014 ou la modulation des tarifs dans les CPE en fonction du revenu des parents \u2014 doit disparaître.La CAQ reviendrait à un tarif unique ; le PQ aussi, mais il accorderait un rabais pour le deuxième enfant et offrirait la gratuité à partir du troisième ; QS, de son côté, veut la gratuité pour tous.Rénover les écoles.Le Plan québécois des infrastructures le dit : avec un âge moyen de 58 ans, 55 % des écoles préscolaires et primaires du Québec obtiennent la note D ou E.Sans surprise, les quatre partis s\u2019entendent pour répondre à ce problème de fond, et ont tous promis des milliards pour corriger la situation.Mieux soutenir les soins à domicile.Des centaines de millions ont été promis par les quatre partis pour bonifier l\u2019enveloppe rattachée aux soins à domicile.C\u2019est une catégorie qui intègre plusieurs éléments, dont le soutien aux proches aidants.Mais encore?Accaparement des terres ; décentralisation de certains ministères ; transport structurant pour Québec ; allongement des heures d\u2019ouverture des CLSC ; utilisation du Fonds des générations pour rembourser la dette ; élargissement du programme Supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels : autant de dossiers où les bases communes sont déjà présentes pour au moins trois partis.Avec Marco Bélair-Cirino, Améli Pineda et Marie-Michèle Sioui Là où les partis s\u2019entendent Plusieurs points de convergence existent entre les formations Même si les façons diffèrent, tous les partis s\u2019entendent sur la modulation des tarifs pour encourager l\u2019usage du transport en commun.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR E N B R E F Le DGEQ appelle à la vigilance face aux les fausses informations À la veille du scrutin, Élections Québec a mis en garde la population contre des appels téléphoniques automatisés annonçant un report du vote.«Il s\u2019agit d\u2019une fausse information.Les élections auront lieu comme prévu le 1er octobre», a indiqué Élections Québec, dimanche.Les appels conseilleraient aux citoyens de se déplacer le 2 octobre pour voter, précise Ahissia Ahu, porte-parole du Directeur général des élections du Québec (DGEQ).«Il est impossible pour le moment de savoir qui se cache derrière ces appels-là», précise-t-elle.Plus tôt dans la journée, le DGEQ avait appelé les Québécois à rester vigilants alors que des messages textes frauduleux circulaient.Envoyés prétendument par Élections Québec, les messages encourageaient les citoyens à aller voter en échange d\u2019une compensation financière.Il s\u2019agit d\u2019une fraude bancaire, prévient le DGEQ.Le Devoir SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 SANTÉ Marcher à nouveau après la paralysie Grâce à une technique de stimulation électrique de la moelle épinière, l\u2019espoir est permis Rétablir une forme de marche chez des personnes paralysées : cet espoir se voit doublement conforté.Le 24 septembre, deux études ont été publiées dans deux journaux médicaux de prestige.Toutes deux relatent les résultats encourageants obtenus chez des patients paraplégiques, touchés à la moelle épinière à la suite d\u2019un accident.Elles font appel à la même stratégie : une stimulation électrique continue de la moelle épinière, suivie d\u2019un entraînement physique prolongé \u2014 les experts parlent de « réhabilitation ».La première, dans la revue Nature Medicine, a concerné un patient.La seconde, dans le New England Journal of Medicine, a porté sur quatre patients.Au total, trois de ces cinq personnes sont parvenues à se mouvoir sur un tapis roulant ou au sol, avec l\u2019aide d\u2019un déambu- lateur.Pour autant, il serait abusif de parler de « marche autonome ».Sur ce terrain, de nombreuses équipes s\u2019affrontent à travers le monde.Qui fera remarcher, le premier, le mieux ces patients lourdement handicapés ?La course s\u2019accélère.Ainsi, la publication Pour la première fois, trois patients paraplégiques sont parvenus à retrouver une forme de marche grâce à une technique de stimulation électrique de la moelle épinière, suivie d\u2019un entraînement physique intensif.En ce jour de scrutin, irez-vous jusqu\u2019au bureau de vote avec l\u2019être cher ?De plus en plus d\u2019études montrent que les normes sociales, et plus encore l\u2019influence du conjoint, comptent pour beaucoup dans le fait d\u2019exercer ou pas son droit de vote.SCIENCES POLITIQUES Je vote moi non plus Le fait d\u2019être en couple aurait une grande influence sur la décision d\u2019aller voter Les plus jeunes, et les plus âgés, qui vivent davantage en solitaires, sont ceux qui votent le moins, croit André Blais.JACQUES NADEAU LE DEVOIR tre marié, un facteur prédisposant à la fièvre électorale ?Peut-être pas, mais il semble que le fait d\u2019être en couple a un effet non négligeable sur la propension à se présenter au bureau de vote.L\u2019abstentionnisme est d\u2019ailleurs davantage le fait des personnes vivant seules, étudiantes ou célibataires.C\u2019est du moins l\u2019un des constats faits à l\u2019issue des recherches menées par André Blais, professeur au Département de sciences politiques de l\u2019Université de Montréal, qui a scruté à la loupe le comportement de quelque 4000 personnes au Québec et en Co- lombie-Britannique lors des élections fédérales de 2008.En tentant de mettre le doigt sur les causes de l\u2019abstentionnisme, un phénomène en hausse au Canada et dans plusieurs démocraties dans le monde, ce dernier a tenté de voir si les pressions sociales interagissaient avec la décision des individus d\u2019exercer leur droit de vote.« En général, seulement 10 % disaient sentir une pression sociale de la part de leurs amis ou de leur entourage, mais le tiers confiaient que la décision de leur conjoint d\u2019aller ou non voter avait une influence sur leur propre décision, et 65 % étaient convaincus que leur conjoint allait voter », affirme le professeur Blais.Sans être une injonction dûment exprimée, la pression ressentie chez ces électeurs découlerait plus du désir de plaire ou d\u2019imiter le comportement de leur douce moitié, un phénomène observé dans d\u2019autres pays du monde, ajoute ce chercheur.En 2015, on a mesuré lors d\u2019une enquête menée en Suisse que 62 % des répondants discutaient le plus souvent de politique avec leur partenaire, alors que le tiers des Britanniques vivant en couple se rendaient au bureau de vote bras dessus bras dessous.Cela reflète bien, estime André Blais, le fait que les électeurs sont sensibles aux normes sociales et, plus encore, au comportement électoral de ceux qui vivent à leurs côtés.Tu votes, je vote Compte tenu du recul des taux de participation électorale observé partout dans les pays occidentaux, beaucoup de chercheurs se sont penchés sur les facteurs sociaux qui jouent sur la propension à voter ou à s\u2019abstenir.Laura French Bourgeois, doctorante en psychologie à l\u2019Université de Montréal, vient de terminer l\u2019analyse de trois longues études menées sur le comportement électoral de citoyens, la première réalisée lors des élections américaines de 2012, l\u2019autre aux élections générales au Québec en 2014 et la dernière, aux élections municipales de 2017 au Québec.« De façon générale, les gens interrogés accordent beaucoup de valeur au droit de vote, le voient comme un devoir, mais plusieurs ne l\u2019exercent pas pour autant.C\u2019est un peu comme l\u2019exercice, ou la saine alimentation que tout le monde valorise; en pratique, plusieurs ne l\u2019appliquent pas.La norme sociale donnant une valeur au droit de vote existe toujours, mais celle consistant à l\u2019exercer est moins saillante », note-t-elle.Inspirée par des expériences américaines menées pour faire « sortir le vote », la chercheuse a exposé des groupes de cobayes de tout âge et de divers niveaux d\u2019éducation à de « faux journaux », dont les titres clamaient qu\u2019une majorité de citoyens se rendraient aux urnes.« Plusieurs personnes étaient alors influencées par le fait que d\u2019autres disaient vouloir aller voter », dit-elle.Si on observe un taux d\u2019abstention plus grand chez les jeunes, ce n\u2019est pas qu\u2019ils croient moins au vote, mais qu\u2019ils observent moins ce comportement dans leur cercle d\u2019amis, leur entourage, dit-elle.Un constat que confirme André Blais, affirmant que les plus jeunes, et les plus âgés, qui vivent davantage en solitaires, sont ceux qui votent le moins.« Il y a un affaiblissement de cette norme sociale chez les jeunes.» Aux élections municipales de 2017, une publicité du Directeur général des élections (DGE) pressait la population d\u2019aller voter, rappelant que moins d\u2019une personne sur deux s\u2019était présentée derrière l\u2019isoloir quatre ans plus tôt.Sur le ton de l\u2019humour, des clips télévisés montraient des glissoires, des patinoires coupées en deux, et clamaient : « Imaginez-vous si votre municipalité faisait aussi les choses à moitié ?» Or, Laura French Bourgeois croit que la DGE pourrait bien avoir fait chou blanc.En rappelant que plus de 50 % de la population n\u2019est pas allée voter, le message gouvernemental pourrait avoir renforcé l\u2019affaiblissement de la norme sociale, puisque les études prouvent que certains citoyens sont sensibles aux comportements les plus prévalents.« Je pense, dit-elle, qu\u2019on devrait mettre l\u2019accent sur le comportement souhaité plutôt que sur son contraire.» Ê Le tiers [des répondants] confiaient que la décision de leur conjoint d\u2019aller ou non voter avait une influence sur leur propre décision ANDRÉ BLAIS » ISABELLE PARÉ LE DEVOIR de l\u2019article du New England Journal of Medicine, initialement prévue le 27 septembre, a-t-elle été avancée au 24, pour coïncider avec celle de Nature Medicine.Cette dernière étude relate le parcours d\u2019un homme victime, à l\u2019âge de 23 ans, d\u2019une fracture traumatique avec dislocation de la huitième vertèbre thoracique, provoquant une paralysie complète des membres inférieurs.Après les soins d\u2019urgence, ce patient a bénéficié d\u2019une réhabilitation pour améliorer son autonomie au quotidien, en fauteuil roulant.Contrôle des muscles des jambes Trois ans plus tard, cet homme est entré dans le protocole de la Mayo Clinic, un établissement réputé du Minnesota (États-Unis).Après avoir suivi un entraînement locomoteur (61 séances sur vingt-deux semaines), il a bénéficié de la pose d\u2019un implant électronique de la société Medtronic (un stimulateur à 16 électrodes, conçu pour traiter la douleur), sur la surface dorsale de la moelle épinière, dans la région lombo-sacrée.Là où aboutissent les fibres des neurones contrôlant les muscles des jambes.Chez ce patient, la stimulation électrique continue de ces neurones, par l\u2019entremise de cet implant, a d\u2019abord restauré la capacité à se mettre debout et à contrôler les mouvements mimant la marche, quand il était couché ou suspendu à un harnais.Un premier résultat publié en 2017.Ce travail reproduisait des avancées déjà obtenues en 2011, 2012 et 2014, chez d\u2019autres patients paralysés.Les auteurs sont allés plus loin.Le patient a bénéficié, après la pose de l\u2019implant, de 43 semaines d\u2019un réentraîne- ment ciblé (113 séances).Cette « réhabilitation multimodale » a consisté à l\u2019entraîner à des tâches spécifiques : équilibre du tronc en position assise ou durant la marche, mouvements précis sollicités lors de la marche\u2026 Durant ces séances, les paramètres de la stimulation électrique étaient adaptés pour optimiser les performances.Résultats : après dix mois, le patient est parvenu à déambuler sur un tapis roulant, sans l\u2019aide d\u2019un harnais.Il parvenait aussi à une forme de marche au sol, avec un déambulateur et un assistant qui lui tenait la hanche, pour garantir son équilibre.De plus, les auteurs montrent que cette stimulation de la moelle épinière mobilise les circuits sensorimoteurs engagés dans la marche et l\u2019équilibre debout.« À notre connaissance, c\u2019est la première fois qu\u2019un patient ayant subi une perte complète des fonctions sensorimotrices des membres inférieurs, à la suite d\u2019une blessure médullaire, a retrouvé une forme de marche indépendante, grâce à une stimulation électrique médullaire couplée à un entraînement ciblé », concluent les auteurs.L\u2019étude publiée le même jour, dans le New England Journal of Medicine, par des équipes de l\u2019Université de Louisville (Kentucky), a eu recours à une approche similaire chez quatre patients paraplégiques.Deux ont récupéré une forme de marche.Mais un autre, notent les auteurs, a subi une fracture de la hanche durant l\u2019entraînement.Stimulation modulée au fil du temps « Pour améliorer la condition des paraplégiques, plusieurs groupes s\u2019intéressent à la stimulation de la moelle épinière et à l\u2019entraînement locomoteur.C\u2019est une bonne nouvelle», se réjouit le professeur Grégoire Courtine, chef d\u2019unité au Centre de neuroprothèses de l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).Mais pour ce spécialiste reconnu de la neuro-réhabilitation, « la technique utilisée ici reste assez rudimentaire.Les auteurs ont eu recours à une stimulation continue de la moelle épinière.Or nous avons montré qu\u2019une telle stimulation active tous les muscles de la jambe en même temps, ce qui conduit à un blocage.» Blocage que ces équipes surmontent sans doute grâce au réentraînement intensif des patients.«On reste ici dans un modèle de laboratoire, non utilisable au quotidien.» Les patients sont loin de pouvoir remarcher seuls dans la rue, par exemple.Grégoire Courtine développe un système de stimulation électrique discontinue, dynamique, modulée au fil du temps.Une stratégie plus proche de la physiologie des circuits de la marche, et qui s\u2019inspire d\u2019une longue observation des rongeurs puis des primates.Il se réjouit de partager bientôt les résultats d\u2019un essai qu\u2019il a coordonné chez l\u2019homme.FLORENCE ROSIER LE TEMPS La technique utilisée ici reste assez rudimen - taire GRÉGOIRE COURTINE » LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin a campagne qui vient de se terminer au Québec et celle sur le point de démarrer au fédéral ont déjà un point en commun : elles sont une occasion en or pour les partis politiques de récolter sans contraintes les données personnelles de milliers de citoyens.Au Canada comme au Québec, les partis ne sont pas soumis aux lois sur la protection des renseignements personnels.Et ce n\u2019est pas près de changer.Malheureusement.En ces temps de clientélisme exacerbé où les messages sont taillés sur mesure pour des segments toujours plus petits de l\u2019électorat, il y a de quoi s\u2019inquiéter.On a vu jusqu\u2019où ce désir de cibler « son client » pouvait mener avec l\u2019affaire Cambridge Analytica, cette firme qui a eu accès sans autorisation à des millions de données d\u2019utilisateurs de Facebook au profit de la campagne présidentielle de Donald Trump.Les partis politiques n\u2019ont pas attendu d\u2019avoir accès aux ressources des géants du Web pour se lancer dans les microcampagnes.Ils se sont d\u2019abord appuyés sur leurs propres banques de données bâties à partir de leurs listes de membres et des informations glanées au fil d\u2019assemblées publiques, de porte-à-porte, de visites sur leur site Internet et ainsi de suite.Tout cela s\u2019est fait et se fait encore sans balises.Au Canada, il n\u2019y a qu\u2019en Colombie-Britannique que les partis politiques sont soumis aux exigences de la loi en matière de protection de la vie privée.Les directeurs généraux des élections et les commissaires à la vie privée répètent pourtant depuis des années que l\u2019exemption accordée ailleurs est une grave lacune.Dans la foulée de leur étude des possibles ramifications canadiennes de l\u2019affaire Cambridge Analytica, les députés membres du comité de l\u2019accès à l\u2019information et de la protection des renseignements personnels ont, en juin dernier, recommandé de façon unanime au gouvernement fédéral d\u2019« assujettir les activités politiques aux lois qui assurent la protection des renseignements personnels des Canadiens ».Il y a deux semaines, tous les responsables fédéral et provinciaux de la protection de la vie privée ont adopté une résolution, elle aussi unanime, réclamant la même chose.Dans son dernier rapport rendu public jeudi dernier, le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, est revenu à la charge.Il relevait que « les partis politiques recueillent des quantités importantes de renseignements personnels sur les électeurs alors qu\u2019ils adoptent de nouvelles techniques de ciblage.L\u2019information au sujet de nos opinions politiques est très sensible et il est clairement inacceptable que les partis politiques fédéraux et provinciaux ne soient pas assujettis aux lois sur la protection de la vie privée.» Que faudra-t-il pour que les gouvernements agissent ?En mai dernier, le gouvernement Trudeau a bien fini par aborder la question dans sa refonte attendue de la loi électorale, mais il ne l\u2019a fait que du bout des lèvres.Les mesures prévues dans son projet de loi C-76, toujours à l\u2019étude, ne sont qu\u2019un écran de fumée, car les partis ne seront toujours pas soumis à la loi fédérale.On se contente d\u2019exiger d\u2019eux, s\u2019ils veulent être enregistrés et le rester, qu\u2019ils se dotent d\u2019une politique de protection des renseignements personnels, la mettent en ligne et nomment une personne pour répondre aux questions, ce que plusieurs font déjà.La loi ne change donc rien puisque, comme maintenant, il n\u2019y aura personne pour vérifier si les partis respectent leur politique, aucune sanction s\u2019ils y contreviennent et aucun recours pour les citoyens lésés.Un citoyen ne devrait pas perdre le contrôle de ses renseignements personnels.Son consentement explicite devrait être la norme pour qu\u2019une organisation conserve et utilise cette information.Il devrait aussi pouvoir vérifier si un parti détient de l\u2019information sur lui, obtenir qu\u2019elle soit corrigée ou effacée et, en cas de problèmes, avoir des recours auprès d\u2019un arbitre indépendant doté d\u2019un pouvoir de sanctions.Le ciblage des électeurs n\u2019a rien d\u2019illégal et ne cessera pas, mais ne pas soumettre les partis aux lois en matière de protection de la vie privée et des renseignements personnels est un grave problème éthique.Et de toutes les réformes urgentes qui s\u2019imposent pour protéger notre vie privée en ces temps de révolution numérique, un des aspects les plus simples à mettre en place.Rien ne justifie de ne pas le faire.Mia Laberge Conseillère syndicale dans le réseau de la santé Montréal Le 27 septembre dernier, un article des journalistes Amélie Daoust- Boisvert et Isabelle Porter, « Infirmières : le remède à l\u2019épuisement tarde à être administré », faisait état de retards dans l\u2019implantation des ratios professionnelles en soins/patients, de même que de complications dans la mise en œu- vre des projets pilotes promis par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.La principale raison invoquée dans l\u2019article justifiant ces reports est la pénurie d\u2019infirmières.Or, doit-on parler de pénurie réelle ou structurelle ?Le plus récent rapport statistique sur l\u2019effectif infirmier publié par l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) expose que, pour la période couvrant le 1er avril 2016 au 31 mars 2017, les infirmières ont été plus nombreuses à rejoindre les rangs de la profession qu\u2019à les quitter.De plus, il est démontré que les départs à la retraite sont pratiquement à la même hauteur que la période précédente, 2015-2016.La main- d\u2019œuvre infirmière étant en croissance continue, notamment depuis 2012-2013, le problème réside plutôt en une planification idéologique de la main-d\u2019œuvre.Depuis une quinzaine d\u2019années, les infirmières connaissent une situation de plein emploi, soit d\u2019environ 95 %.Paradoxalement, le taux d\u2019emploi à temps complet a diminué d\u2019un point de pourcentage depuis le rapport statistique de 2015-2016, et ce, dans la majorité des régions du Québec.Plus précisément, en 2016-2017, 58,4 % des effectifs infirmiers travaillent à temps complet, 33,3 % à temps partiel et 8,3 % sur une base occasionnelle.Ainsi, malgré les besoins réels et un contexte de plein emploi favorable à l\u2019augmentation du nombre de postes à temps complet, les infirmières sont toujours confinées à la précarité.Elles le sont d\u2019ailleurs davantage que leurs collègues masculins \u2014 proportionnellement à leur représentation dans l\u2019effectif infirmier \u2014, car 65 % d\u2019entre eux occupent des postes à temps complet comparativement à 57,6 % d\u2019entre elles.Face à ces statistiques, force est de constater que la pénurie de main-d\u2019œuvre infirmière n\u2019est pas réelle.Elle est plutôt structurelle, portée par des politiques néolibé- rales ; lorsque les employeurs du Couper la langue de ses racines Écrire le français avec une orthographe purement phonétique revient à couper la langue de ses racines.Mario Périard soutient qu\u2019on aurait plus de temps pour des apprentissages plus pertinents.Encore faut-il définir ce qu\u2019on entend par pertinent.L\u2019éducation ne doit pas être purement utilitaire.Il est important qu\u2019elle puisse enseigner une capacité d\u2019analyse et qu\u2019elle englobe des éléments de la civilisation, des racines et de l\u2019histoire liées à la langue française.« Monsieur » ne s\u2019écrit pas « Mesieu » pour une raison fort simple.Il est formé de l\u2019adjectif possessif « mon » et du nom « sieur », contraction de « seigneur ».Écrire « monsieur », c\u2019est garder vivante l\u2019origine du mot.Contrairement à ce que prétend Mario Périard, l\u2019anglais ne se prononce pas aussi facilement qu\u2019il s\u2019écrit.Si c\u2019était le cas, l\u2019orthographe anglaise n\u2019utiliserait pas le « ph » pour le « phi » des mots issus du grec et le « f » pour le « f » des mots issus du latin.Or les deux représentent le même phonème.L\u2019orthographe n\u2019est pas arbitraire.La simplifier serait une attaque contre la langue elle-même et ses racines.Ce n\u2019est qu\u2019en s\u2019appuyant sur son héritage qu\u2019une langue survit.Le maintien de l\u2019orthographe facilite l\u2019apprentissage de la langue et favorise l\u2019enrichissement du vocabulaire, car elle permet de mieux comprendre l\u2019origine des mots, des emprunts et les dérivés.Elle permet aussi de mieux saisir ce qui lie les langues entre elles.Mario Périard soutient que « les francophones finissent par apprendre à orthographier comme des perroquets ».Un enseignement moins utilitaire, plus universel, historique et étymologique justifierait l\u2019orthographe et permettrait aux élèves d\u2019élargir leur horizon et leur culture générale.Miltiadis Vassilatos Verdun, le 30 septembre 2018 Manque d\u2019infirmières : pénurie réelle ou structurelle ?LIBRE OPINION LETTRES PARTIS ET VIE PRIVÉE Lever le voile L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MANON CORNELLIER réseau de la santé allèguent la pénurie, ils invoquent leur propre turpitude puisque les postes à temps partiel prolifèrent au détriment des postes à temps complet.Les conséquences sont graves pour l\u2019ensemble d\u2019un réseau, pour les patients, mais surtout pour les conditions de travail de milliers de femmes.Planification inadéquate Alors que la précarité d\u2019emploi sévit chez les infirmières, les employeurs ont parallèlement recours aux heures supplémentaires, aux heures supplémentaires obligatoires et à la main- d\u2019œuvre indépendante.Ces mesures se normalisent au détriment d\u2019une planification adéquate de la main-d\u2019œuvre.Qui plus est, le déficit de poste à temps complet dans les services entraîne inévitablement un manque de personnel et, finalement, une surcharge de travail des professionnelles en soins.La gestion néolibérale du réseau de la santé s\u2019immisce ainsi de plus en plus ouvertement dans les soins.Les infirmières subissent une violence organisationnelle constante ; ce sont elles qui pallient sans cesse les échecs des gestionnaires, la gourmandise des médecins, les réformes Toyota, les programmes Lean, le manque de volonté politique, le sous-finance- ment du système public de la santé.On leur demande toujours plus de flexibilité, de mobilité à travers des territoires immenses se déployant de Saint-Eustache à No- tre-Dame-du-Laus, de conciliation, utilisant leur vocation contre elles.Bien qu\u2019elles se mobilisent, les gestionnaires font la sourde oreille, ignorent leurs demandes, méprisent leur colère.Dans ce contexte, les ratios de professionnelles en soins/patientes sont un remède essentiel à un épuisement collectif.La pénurie de main-d\u2019œuvre a le dos large ; les employeurs ne peuvent plus se cacher derrière cette chimère.Il en va du bien-être de milliers de travailleuses du Québec et de la qualité des soins à d\u2019autant plus de patients.La pénurie de main- d\u2019œuvre a le dos large ; les employeurs ne peuvent plus se cacher derrière cette chimère.Il en va du bien-être de milliers de travailleuses du Québec et de la qualité des soins à d\u2019autant plus de patients.L\u2019immigration sur la corde raide En période électorale, les politiciens ont la mauvaise habitude de diaboliser certaines réalités.Si l\u2019évocation du mot référendum fait jaillir une crainte injustifiée chez des électeurs, c\u2019est qu\u2019ils ont été conditionnés par les fédéralistes durant des décennies de peur.De même, au cours de la dernière campagne, les mots immigration, intégration et identité ont été détournés de leur sens pour en faire des symboles d\u2019intolérance.Profitant de ce laxisme lexical, des extrémistes des deux camps opposés en ont profité pour s\u2019attaquer mutuellement : d\u2019un côté, l\u2019extrême droite identi- taire accusant les adeptes du mul- ticulturalisme inconditionnel de trahison à l\u2019égard du peuple québécois de souche et, de l\u2019autre, la dénonciation par ces derniers du caractère raciste des positions de ces groupes sectaires.À la suite de ces prises de position souvent démagogiques, le gros bon sens a eu du mal à prendre sa place, tellement le fossé était profond entre les antagonistes.Compte tenu du fait que ces réalités ont été contaminées durant la campagne électorale, des discussions sereines seront-elles encore possibles?Il faudra s\u2019entendre sur un seuil annuel de nouveaux arrivants pour combler l\u2019écart entre la demande et l\u2019offre de main-d\u2019œuvre, faire des efforts réels pour les intégrer dans une approche interculturelle et enfin sécuriser les Québécois francophones qui s\u2019attendent à un minimum de mesures pour assurer la pérennité de leur identité, principalement sur la sauvegarde du fait français.Sortons donc de nos ornières idéologiques pour redonner de l\u2019espace à des propositions relevant du gros bon sens pour faire en sorte que l\u2019immigration ne constitue plus un problème, mais plutôt une solution pour toutes les parties concernées.Marcel Perron Neuville, le 30 septembre 2018 Un citoyen ne devrait pas perdre le contrôle de ses renseignements personnels A 7 « Dehors les bibittes ! » avait dit au Musée du Québec le minis - tre Georges- Émile Lapalme, en 1962.Mais comment bien conserver la biodiversité québécoise si au cune insti tu - tion n\u2019a de man - dat gouver ne - men tal pour l\u2019étudier sérieusement ?PAUL M.WALSH ASSOCIATED PRESS LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 IDÉES Directeur de l\u2019information par intérim Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Amis ou ennemis ?L es élections de mi-mandat approchent, et la colère contre Donald Trump s\u2019accroît.Amplifié par les condamnations de Paul Manafort et de Michael Cohen, conseillers intimes du président, le vacarme venant des anti-Trump atteint un niveau presque assourdissant.Pour ceux-là, les jeux sont faits : le 6 novembre marquera le début de la fin du cauchemar avec une nette victoire démocrate alors que Robert Mueller poursuit son enquête qui ira jusqu\u2019à la destitution du voyou domicilié à la Maison-Blanche.Cependant, au sein de la « résistance » anti-Trump, il existe des contradictions qui risquent d\u2019aider le président à conserver, sinon une majorité à la Chambre des représentants, du moins le renforcement de son soutien par une classe ouvrière abandonnée depuis longtemps par le Parti démocrate.Et ces contradictions sont partagées, ironiquement, par des éléments de la gauche libérale ainsi que la droite traditionnelle.Notre paradoxe intello-électoral se situe autour des sujets qui fâchent le plus, soit l\u2019ALENA, les relations commerciales avec la Chine et la théologie du « libre-échange ».À gauche, on entend la voix hystérique de Paul Krugman, Prix Nobel d\u2019économie et chroniqueur vedette du New York Times.En août, il a laissé entendre que Trump et ses militants étaient bien capables d\u2019une prise de pouvoir quasi fasciste.« Au- jourd\u2019hui, nous nous retrouvons sur le fil du rasoir, a-t-il déclaré.Si on bascule dans le mauvais sens \u2014 si les républicains gardent le contrôle des deux Chambres du Congrès \u2014, nous deviendrons la Pologne ou la Hongrie plus vite que vous ne pourriez l\u2019imaginer.» Krugman, censé être du côté des gens ordinaires, considère les victimes de la politique libre-échangiste de Reagan à Obama, en passant par le couple Clinton, comme de simples méchants : « Ne me parlez pas d\u2019anxiété économique\u2026.toutes les études ont montré que c\u2019est le ressentiment raciste, et non la détresse économique, qui a motivé l\u2019électorat de Trump.» Extraordinaire et, finalement, aveuglement bête.Depuis l\u2019université, Krugman gobe le catéchisme de David Ricardo et d\u2019Adam Smith.Il n\u2019arrive pas à reconnaître que ce sont des milliers d\u2019anciens employés d\u2019usine dans les États-clés du Midwest ayant voté pour Obama en 2008 et 2012 qui ont ensuite opté pour Trump en 2016.Mis au chômage ou stagnant dans des emplois mal rémunérés par la délocalisation industrielle au Mexique et en Chine, ces gens ont aussi souffert après la crise financière de 2008, déclenchée en partie par la déréglementation de Bill Clinton du secteur financier.Tous des racistes, bien sûr.Toutefois, le Wall Street Journal, prétendu rival idéologique du Times et de Krugman, reste farouchement critique des tentatives d\u2019un gouvernement, quand même partisan des riches, de rétablir avec des tarifs douaniers un partiel équilibre de l\u2019énorme déficit du commerce extérieur.Un éditorial du 27 août exprime son dégoût pour le « commerce géré » inclus dans la proposition américaine d\u2019un nouvel accord d\u2019échange avec le Mexique, qui remplacerait l\u2019ALENA actuel.Particulièrement choquante serait l\u2019obligation, afin d\u2019obtenir le droit de vendre des voitures sans tarifs douaniers, que 40 % du contenu soit fabriqué par des ouvriers gagnant un minimum de 16 $ l\u2019heure.Cela est une tactique, d\u2019après le Wall Street Journal, pour faire approuver par le Congrès un accord qui « irait loin vers l\u2019imposition des droits de travail de style américain au Mexique ».Quelle horreur ! Une possible hausse de revenus pour des Mexicains dont pourraient également bénéficier les syndicats américains ! En fait, c\u2019est du jamais vu dans une négociation sur un accord d\u2019échange.D\u2019habitude, les conversations de ce genre concernent la meilleure façon de protéger les biens privés et d\u2019exploiter la main-d\u2019œuvre bon marché.Il semble que le républicain de souche Robert Lighthizer, représentant au commerce américain, soit devenu gauchiste pour plaire aux démocrates.Comble de la trahison ; ça ne se fait pas entre amis.Seulement, ce qui ne tourne pas rond dans ce scénario est que Krugman, économiste libéral et porte-parole de la faction Clinton-Obama, est plus ou moins d\u2019accord avec la page éditoriale du Wall Street Journal.Lors d\u2019une conférence en octobre 2017 à l\u2019Université autonome nationale du Mexique, Krugman a traité l\u2019ALENA de « réussite partielle ».Mais l\u2019essentiel est ceci : « Si vous demandez si\u2026 il y avait une erreur dans l\u2019accord qui devrait être réparée \u2014 en réalité, je n\u2019en vois pas parce que cela est l\u2019engagement d\u2019un accord de libre-échange\u2026 [pas d\u2019erreur dans] les salaires, parce qu\u2019on ne peut pas faire de demandes salariales au Canada et au Mexique sans détruire les exportations\u2026 » Mon Dieu, c\u2019est n\u2019importe quoi.L\u2019ALENA est largement un pacte d\u2019investissement qui permet aux États-Unis de fabriquer à bas prix au Mexique avec une protection contre l\u2019expropriation et le harcèlement politique.C\u2019est l\u2019Amérique qui mène la danse, qui dicte à peu près tout.Et voilà donc que Donald Trump, ennemi du peuple et faux jeton, réussit à présenter les élites du Parti démocrate et de la presse comme les véritables ennemis du peuple.C\u2019est de très mauvais augure.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.JOHN MACARTHUR Pierre Brunel, Ph.D.Professeur retraité d\u2019écologie marine et de biodiversité, Université de Montréal, et administrateur, Institut québécois de la biodiversité J\u2019approuve complètement le diagnostic de Louis-Gilles Francœur dans la pa ge Idées de votre édition du 27 septembre.L\u2019environnement inclut évidemment les changements climati - ques.Toutefois, la dégradation de la biodiversité, c\u2019est-à-dire la disparition des espèces et le déclin des écosystè - mes, est un problème plus grave, selon une ancienne ministre française de l\u2019environnement et selon Boucar Diouf, membre d\u2019honneur de l\u2019IQBIO, rencontré après une de ses conférences.Car c\u2019est une dégradation graduelle, insidieuse et moins visible que les chan - gements climatiques, dont les effets \u2014 inondations, incendies de forêts, tornades, glissements de terrain, etc.\u2014 sont plus spectaculaires et touchent les gens dans leur bien-être immédiat.La biodiversité, ce sont les plantes, les animaux, les champignons, les bactéries et les écosystèmes sauvages, mais aus - si domestiques, dont l\u2019humanité aura toujours besoin pour se nourrir, se vêtir, se soigner, voire peut-être se chauffer après le déclin du pétrole\u2026 Et les monocultures industrielles, ainsi que la mondialisation qui transporte des espèces exotiques envahissantes \u2014 l\u2019agri le du frêne, vous con naissez ?\u2014 vont donc à l\u2019encontre de la biodiversité.Comment sait-on que la biodiversité se dégrade ?Comme pour les changements climatiques, la société attend des réponses des scientifiques, en l\u2019occurrence des biologistes.Ceux des gouvernements et des universités y contribuent de manière très importante.Mais on sait moins que les grands musées du monde y contribuent de façon très significative.Ces institutions présentent au grand public des expositions de vulgarisation scientifique, c\u2019est-à-dire de bons spectacles éducatifs, mais elles ont, ou devraient avoir aussi, la mission de conserver des collections de recherche sur les organismes vivants que leurs chercheurs étudient dans l\u2019ombre.C\u2019est un travail de très longue haleine qui requiert des ressources importantes en espaces et en personnel technique.Une collection de recherche en sciences naturelles, c\u2019est en réalité un prolongement des explorations en nature par les chercheurs.L\u2019exploration d\u2019un écosystème ne requiert généralement plus le prélèvement d\u2019un orignal ou d\u2019un sapin, qu\u2019on identifie facilement sur le terrain.Un insecte terrestre ou un crustacé aquatique de 10 mm, par contre, doit être rapporté au laboratoire pour être identifié.Or toutes ces minuscules espèces, jusqu\u2019aux formes microscopiques, sont présentes par millions, alors que celles de taille moyenne le sont par milliers, et les plus grosses, les plus visibles, par centaines ou dizaines seulement.Les très petites espèces, dont on ne peut montrer qu\u2019une infime minorité à la télévision ou dans les expositions mu- séales, constituent « l\u2019iceberg qui fond » sous les yeux des chercheurs, alors que le grand public n\u2019a d\u2019yeux et donc d\u2019intérêt que pour les grandes espèces, « la pointe de l\u2019iceberg ».Comment les sauver sans sauver les petites qu\u2019on connaît encore si mal ?Une bonne collection de recher che doit donc contenir des dizaines de milliers d\u2019échantillons de nos espèces les plus petites.Depuis 1962, le Québec n\u2019a plus de mu - sée d\u2019État en sciences naturelles : le ministre Georges-Émile Lapalme, alors responsable des affaires culturelles, avait dit au Musée du Québec : « Dehors les bibittes ! » Avec l\u2019Île-du-Prin ce- Édouard, le Québec est donc la seu le province canadienne ainsi dépourvue, alors que de nombreux États et villes des États-Unis en ont un, sans parler des grands musées européens et du plus grand musée d\u2019état du monde, à Washington.Pour les connaissances fondamentales essentielles sur la biodiver- sité du Québec, cette lacune est grave.Car comment bien conserver cette bio- diversité si on la connaît trop peu, si aucune institution n\u2019a de mandat gouvernemental pour l\u2019étudier sérieusement?Certains ministères de no tre gouvernement disposent bien de quelques collections de recherche, tou tes plus petites que celles des universités.De nombreux collectionneurs privés, surtout les amateurs d\u2019insectes, ont de meilleures collections de recherche que nos ministères.Ces derniers ont presque toujours privilégié les collections utilitaires, centrées sur les espèces utiles ou nuisibles, aux dépens de l\u2019ensemble de la faune et de la flore : une vision à courte vue alors que prévoir pour un avenir plus lointain devient de plus en plus urgent.Un vrai musée d\u2019État dispose d\u2019un mandat et des ressources pour étudier la totalité des espèces et des écosystèmes, à une époque où la gestion éco- systémique devient la norme dans les pays développés.Des chercheurs universitaires ou privés choisissent parfois de se donner ce mandat : le frère Ma- rie-Victorin, chercheur privé avant de devenir universitaire, l\u2019avait fait.L\u2019herbier Marie-Victorin, la collection de recherche qu\u2019il a donnée à l\u2019Université de Montréal, est devenu l\u2019un des plus grands au Canada ! Or, ses ressources sont insuffisantes, car les universités québécoises sont sous-financées\u2026 Les ressources qu\u2019obtiennent les musées pour monter des expositions sont bien plus importantes que pour les recherches, car ce qui est visible attire davantage l\u2019attention de tous, et donc des politiciens et des mécènes.Les musées d\u2019art, y compris les trois grands musées d\u2019État québécois, sont généralement bien pourvus en espaces.Ils possèdent des collections de nombreux tableaux, mais n\u2019en ont pas de 10 millimètres\u2026 Et ils ne peuvent pas identifier leurs tableaux avec des tests d\u2019ADN ! Une biodiversité négligée Le Québec est la seule province cannadienne, avec l\u2019Île-du-Prince-Édouard, à ne pas posséder un musée d\u2019État des sciences naturelles Vincent Lambert-Song Étudiant au baccalauréat en génie bioressource Quand nous étions enfants, nous avons tous eu des duels avec le fond de nos assiettes.Ils finissaient tous de la mê me façon.Tôt ou tard, il fallait bien finir notre portion jusqu\u2019au dernier morceau.Qu\u2019en est-il de ce traitement lors qu\u2019il est question de notre système de production alimentaire global?Avons-nous la même rigueur lorsqu\u2019il est temps de contrôler cette bête hautement inefficace par notre pouvoir de consommateur?Une étude sur les pertes alimentaires de la Food and Agriculture Association (FAO) des Nations unies en 2011 a déterminé qu\u2019environ le tiers de toute la nourriture produite est gaspillée.Dans les pays industrialisés, comme le Cana da, 40% de cette perte se fait au niveau résidentiel et à la vente, mais les pertes ont lieu à tous les échelons de la chaîne alimentaire.Chez le producteur, une quantité con - sidérable de produits sont déclassés à cause de leur taille, de leur forme non conforme ou de marques.Ces aliments sont tous comestibles, mais, en raison de notre culture priorisant l\u2019esthétique des fruits et légumes plutôt que leur valeur nutritive, ce serait une perte de temps, de ressources et d\u2019argent de les récolter.On les laisse donc pourrir au champ.Ensuite, le transport est une cause de blessure de surface qui rend le produit invendable (et non immangeable).Sur les étalages ouverts des épiceries, les produits frais sont installés en piles imposantes donnant l\u2019impression d\u2019une ressource sans fin.Le consommateur parcourant les allées prend bien soin de choisir la plus belle toma te.Celle qui se rapproche le plus de ce à quoi une tomate devrait ressembler ; lisse, bombée et surtout, sans bosse ni cicatrice.À la fin de la journée, un employé de l\u2019épicerie fera l\u2019exercice con traire, il choisira les moins belles et plus abîmées pour les envoyer aux poubelles.Cette pratique est répétée pour le pain, la viande et tout autre produit possédant une date de péremption.En somme, des quantités immenses de nourriture comestible sont traitées comme des déchets toutes les semaines.Il semble qu\u2019il est plus rentable d\u2019importer avec excès et de jeter le surplus que d\u2019avoir des quantités un peu moins ahurissantes de nourriture sur les étagères.Voir d\u2019un nouvel œil Certaines pratiques sont tranquillement mises en place pour combattre le gaspillage alimentaire.Par exemple, l\u2019implantation d\u2019une étagère de vieux fruits et légumes à moitié prix est un arrangement profitable pour tous.En Fran - ce, une loi sans précédent passée en 2015 force les grands supermarchés à céder leurs surplus à des organismes d\u2019aide alimentaire.Mais, au-delà de tout ça, il faut voir les produits alimentaires d\u2019un nouvel œil.La nourriture n\u2019est pas un produit de consommation comme les autres, que l\u2019on peut laisser voguer au gré de l\u2019économie de marché.Selon les chiffres de la Food and Agriculture Association (FAO), 821 millions d\u2019êtres humains (10,9 % de la population mondiale) étaient en situation d\u2019insécurité alimentaire et de malnutrition en 2017, alors que nous produisions globalement environ 150 % de la nourriture dont nous avons besoin (L\u2019état de l\u2019insécurité alimentaire, Food and Agriculture Association, 2009).L\u2019industrie alimentaire et notre attitude envers elle sont toutes deux bourrées de non-sens.La nourriture n\u2019est pas un produit glamour dont la valeur est proportionnelle à l\u2019esthétique, com - me le dernier téléphone intelligent.Ce n\u2019est pas non plus un produit qui doit être considéré comme étant toujours dans un contexte de surabondance, peu importe le coût écologique et moral.C\u2019est un droit et besoin vital pour tout être humain.Il est grand temps de la traiter ainsi.Finissez votre assiette ! LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R OCTOBRE 2018 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.E N B R E F La station de métro Beaudry fermée jusqu\u2019en juin Le long tapis roulant de la vétuste station de métro Beaudry s\u2019ébranlait dimanche pour une dernière journée.À partir du lundi 1er octobre, cet arrêt de la ligne verte sera fermé en raison d\u2019une « réfection majeure », et ce, jusqu\u2019en juin 2019.Presque tout y passera durant les travaux, selon les plans de la STM.La station subira ainsi des travaux d\u2019architecture, de structure, de mécanique du bâtiment, d\u2019électricité, d\u2019étanchéité et d\u2019éclairage.Le coût prévu des travaux est de 23,3 millions.Un service de navette vers les stations Papineau et Berri-UQAM sera mis sur pied, en plus du service habituel de la ligne 15, qui dessert la rue Sainte-Catherine.Le Devoir Salaire minimum : « il faut que ça aille plus vite au Québec » Lundi 1er octobre, l\u2019Alberta deviendra la première province canadienne à hausser son salaire minimum au seuil de 15 $ l\u2019heure, alors que le Québec est loin derrière, à 12 $ l\u2019heure.Ceux qui défendent les non-syndiqués et les travailleurs à bas salaire pressent le gouvernement d\u2019accélérer le pas.« Il faudrait que ça aille plus vite que ça.Parce qu\u2019à 12 $ l\u2019heure, c\u2019est pas une cachette : il n\u2019y a personne qui peut vivre dignement et décemment au Québec, en 2018, avec ce genre de salaire là.Donc, l\u2019Alberta fait un grand pas et on souhaite que le Québec aille le plus rapidement possible vers ces 15 $ l\u2019heure là », s\u2019est exclamé le président de la FTQ, Daniel Boyer.La Presse canadienne Prévention des VPH : la campagne de sensibilisation cible les hommes À l\u2019occasion de la deuxième semaine de prévention des virus du papillome humain (VPH), les organisateurs ci- bleront particulièrement les hommes, qui ont été nombreux à se faire diagnostiquer un cancer lié à ces virus, mais ils incitent tout de même tous les jeunes à recevoir le vaccin, qui a fait ses preuves.Les VPH, une infection transmissible sexuellement, affecteraient environ 80 % des Canadiens au cours de leur vie, selon un médecin de l\u2019Institut national de santé publique du Québec, Marc Ste- ben.Certains de ces virus causent des lésions corporelles traitables, mais d\u2019autres peuvent aussi causer un cancer chez le patient.La Presse canadienne La station Beaudry, située dans le Village gai, subira une réfection majeure.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR G SCIENCE Gilles Brassard, l\u2019homme qui intrique informatique et physique Le cofondateur de la théorie de l\u2019information quantique a gagné le prix Wolf de physique en mai dernier et, maintenant, le Nobel est à sa portée illes Brassard a beau être informaticien, c\u2019est la théorie qui l\u2019intéresse.Rencontré dans son « laboratoire » \u2014 u n e p i è c e s a n s f e n ê t r e ave c quelques divans poussiéreux et trois machines à café différentes \u2014, le savant navigue fébrilement entre un vieux livre scientifique, une feuille où il griffonne quelques formules et son ordinateur\u2026 mais seulement pour répondre à des courriels.« Pour déployer un système de cryptographie quantique global, il faudrait une infrastructure qu\u2019on n\u2019a pas au- jourd\u2019hui, explique le professeur à l\u2019Université de Montréal.Mais, pour moi, ce n\u2019est pas un obstacle.Il suffit de la construire.» En mai dernier, Gilles Brassard est devenu le premier Canadien à remporter le prix Wolf de physique pour avoir inventé, avec son complice Charles Bennett, la théorie de l\u2019information quantique.Plus de la moitié des lauréats des prix Wolf décernés entre 1978 et 2010 ont remporté le Nobel par la suite.« S\u2019il y a un prix Nobel en quantique théorique, j\u2019ai des chances », convient-il.Parmi ses plus grandes contributions, on compte la cryptographie quantique, soit l\u2019art d\u2019encoder des messages d\u2019une manière absolument inviolable, et la téléportation quantique, qui permet de copier un atome d\u2019un bout à l\u2019autre de la galaxie sans physiquement le déplacer.Ces protocoles tirent avantage de la mécanique quantique, qui décrit le comportement des atomes et des photons.Un autodidacte quantique Enfant, Gilles Brassard s\u2019était d\u2019abord passionné pour les mathématiques.Son frère Robert, de six ans son aîné, lui répétait tout ce qu\u2019il apprenait à l\u2019école.En 1968, à seulement 13 ans, Gilles entre à l\u2019Université de Montréal pour suivre un cursus scientifique général.Afin de pouvoir s\u2019amuser avec l\u2019unique ordinateur de l\u2019établissement, il décide de s\u2019inscrire au cours d\u2019informatique.La piqûre est immédiate.« La session suivante, je n\u2019avais plus le droit d\u2019utiliser l\u2019ordinateur, qui était réservé aux étudiants inscrits au cours.Avec deux amis, nous avons donc demandé le code d\u2019accès à un de nos copains, pour pouvoir jouer avec la machine.À nous seuls, on a utilisé plus de temps-machine que l\u2019ensemble de la classe ! Évidemment, on s\u2019est fait prendre, et la direction nous a violemment punis en nous forçant à programmer tout l\u2019été ! » dit-il en riant.Le jeune Gilles était ravi.Sa voie se traçait devant lui.Après un baccalauréat et une maîtrise à l\u2019Université de Montréal, il se dirige vers l\u2019Université Cornell, aux États-Unis, où il obtient en 1979 un doctorat en informatique théorique.La même année, il se rend à Porto Rico pour participer à une conférence.Au second jour de la réunion, il prend un moment pour aller se baigner dans la mer.« Quand j\u2019étais seul, en train de nager, Charles Bennett, que je ne connaissais pas alors, est venu à moi et m\u2019a raconté qu\u2019il connaissait une façon d\u2019utiliser la mécanique quantique pour faire des billets de banque impossibles à contrefaire.Si j\u2019avais été sur la terre ferme, je serais peut-être parti en courant ! plaisante le chercheur.Toutefois, dans l\u2019eau, je n\u2019avais pas le choix de l\u2019écouter.» À l\u2019époque, Gilles Brassard ne connaît strictement rien à la mécanique quantique.Charles Bennett, chercheur chez IBM, voulait s\u2019allier à lui pour améliorer une idée dont il avait entendu parler plusieurs années auparavant de son ami Stephen Wiesner, alors doctorant à l\u2019Université Columbia.« Quelques dizaines de minutes plus tard, quand Bennett et moi sommes retournés sur la plage, notre premier article scientifique était essentiellement écrit », raconte M.Brassard.Et une collaboration scientifique qui persiste encore aujourd\u2019hui était née.Dans les années suivantes, le duo se rencontre régulièrement et peaufine sa théorie.« À l\u2019époque, c\u2019était seulement un jeu », explique le sexagénaire.L\u2019idée originale des billets de banque se transforme en quelque chose de beaucoup plus utile : une manière de transmettre des messages secrets.En 1984, Bennett et Brassard publient finalement leur protocole, aujourd\u2019hui connu sous le nom de « BB84 » et cité plus de 7500 fois dans la littérature.Déploiement chinois Selon Gilles Brassard, c\u2019est toutefois la théorie de la téléportation quantique qui est sa plus grande contribution à la science.« Cette découverte a complètement bouleversé l\u2019édifice de l\u2019informatique quantique », croit-il, ajoutant que tout ce qui se fait aujourd\u2019hui dans le domaine en découle.En 1992, en marge d\u2019une présentation à l\u2019Université de Montréal, un groupe de six scientifiques se réunit dans son bureau pour un «brainstorm de deux heures », raconte Gilles Brassard.Les chercheurs retournent ensuite de leur côté et continuent à gribouiller.Quelques heures plus tard, la téléportation quantique est née.« C\u2019était un moment magique », se souvient Gilles Brassard.Depuis, plusieurs laboratoires ont réussi à téléporter des photons.Le record de distance est actuellement de 1400 km.Dès le milieu des années 1990, c\u2019est la consécration pour Gilles Brassard.Il est fait membre de la Société royale du Canada (1996), fellow de la Royal Society of London (2013), officier de l\u2019ordre du Canada (2013) et officier de l\u2019ordre national du Québec (2017), en plus d\u2019obtenir trois doctorats honorifiques.En attendant l\u2019ultime trophée, Gilles Brassard se plaît à assister à l\u2019essor de la communication quantique en Chine, qui dépense 200 millions de dollars par an pour implanter un réseau.Une « épine dorsale » de fibre optique relie maintenant Beijing à Shanghai.Le gouvernement utilise déjà la ligne, et des banques ont récemment commencé à tester le réseau pour leurs activités, indique M.Brassard.En 2016, l\u2019empire du Milieu a même lancé un satellite équipé pour la communication quantique.Ses messages sont chiffrés avec BB84.Les prix Nobel seront décernés cette semaine.Le Devoir en a profité pour s\u2019entretenir avec Gilles Brassard, un informaticien de l\u2019Université de Montréal qui contribua à poser les bases de la communication et de l\u2019informatique quantiques.ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Cryptographie quantique Pour transmettre un message, le protocole exige l\u2019échange d\u2019une « clé de chiffrement ».Cette longue séquence de 0 et de 1 est encodée avec des photons, des particules qui obéissent à la mécanique quantique.Si un espion intercepte l\u2019un des photons de la clé, son intrusion devient aussitôt évidente aux deux correspondants.Ils font alors avorter la communication.Par contre, si la clé est échangée avec succès, les correspondants transmettent le message chiffré, que le destinataire peut déchiffrer avec la clé.Les lois de la physique certifient qu\u2019aucun espion ne peut briser ce protocole sans être détecté, même avec des ressources illimitées.Parmi les plus grandes contributions de Gilles Brassard, on compte la cryptographie quantique et la téléportation quantique.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Téléportation quantique Ce protocole ne permet pas de téléporter un corps, mais plutôt de l\u2019information.La procédure tire avantage de l\u2019intrication, un phénomène purement quantique qu\u2019Einstein appelait une « action fantomatique à distance »."]
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