Le devoir, 20 octobre 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vincent-Guillaume Otis Lire Prendre la route avec Éric Dupont Vivre Lever le coude et le genou dans le Piémont Dans la mécanique d\u2019un mythe Les spectateurs s\u2019attendent beaucoup à répondre à certains types de codes, et à ce qu\u2019un spectacle réponde à certains types de codes.On devrait avoir le droit de les briser.C\u2019est pour ça qu\u2019on fait Fléau.» Cette phrase pourrait sortir de la bouche du chorégraphe Dave St-Pierre, empêcheur notoire d\u2019être diverti tranquillement.C\u2019est pourtant Alex Huot qui la prononce.Car le conjoint, chum et amoureux depuis cinq ans de St-Pierre voit son nom apparaître en haut de l\u2019af fiche comme cocréa- teur.Le couple, en mettant son intimité en scène \u2014 sa routine, ses sursauts de porosité\u2026 \u2014, y interroge et dépouille la machine-théâtre, celle qui fait qu\u2019un spectateur est censé frissonner quand la musique s\u2019emballe, quand l\u2019illusion émerge, quand les lumières chavirent du bleu au rouge.«Une machine-théâtre qui devient archaïque quand on arrête de L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Entrevue Vincent-Guillaume Otis, dans la mécanique d\u2019un mythe.Odile Tremblay Cinéma Arts visuels Le gala de l\u2019ADISQ célèbre ses 40 ans Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 4 6 16 35 18 5 24 28 25 42 44 46 48 49 51 53 Entrevue Prendre la route avec Éric Dupont, entre le Brésil et le Québec.Louis Hamelin Critiques Littérature jeunesse Fiction Louis Cornellier Essai Voyage Lever le coude et le genou en excursion à vélo dans les vignobles italiens.Escapade Alimentation Vin Bière Resto Tendance SOMMAIRE 26 30 33 34 C U L T U R E Photo de la une du D : Marie-France Coallier Le Devoir Photo de la une Lire : Valérian Mazataud Le Devoir ENTREVUE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Être sur scène comme un chien Dave St-Pierre, Alex Huot et leur chien Fléau, entre intimité et dépouillement théâtral » les cocréateurs, devraient se voir octroyer davantage les retombées du spectacle, tant ils y appor tent d\u2019idées, estiment messieurs Huot et St-Pierre.L\u2019anti-Robert Lepage Le titre de la pièce, Fléau, est aussi le nom du chien du couple.Un couple qui veut se dévoiler sans le spectaculaire du geste, exposer son modus vivendi à deux.«On cherche à montrer nos conversations, nos expériences», avance M.Huot, « à montrer notre quotidien plate, ben dry et réel», poursuit M.St-Pierre.«Toutes les actions du spectacle sont très terre à terre.On voit tout, tout le fonctionnement.Quand on fait voler la bicyclette [stationnaire], on voit les fils, le harnais, l\u2019organisation.Il n\u2019y a pas de création d\u2019éclairages, pas de musique.Exit la magie ! Je suis l\u2019antithèse de Robert Lepage », poursuit le chorégraphe, «exit cette façon de faire de la magie en cachant ce qui se passe en dessous [de l\u2019image].Nous, on expose tous nos trucs.On travaille pour garder la texture le plus près du quotidien possible, le plus anticlimax.Et certains spectateurs trouvent ça hyperdrama- tique, d\u2019autres hyperennuyeux».L\u2019accueil public de ce Fléau, qui a été présenté en version courte de 90 minutes à Paris et intégralement à Marseille, est par tagé.« Dans les conversations d\u2019après-spectacle, on me demande souvent si je considère le spectacle comme un succès ou un échec, relate Alex Huot.Alors que le fait que tu questionnes ce qu\u2019est un spectacle, il me semble, ou ce qu\u2019est que le succès d\u2019un spectacle, c\u2019est déjà quelque chose.Ces spectateurs- là n\u2019ont pas l\u2019air d\u2019accorder d\u2019importance à leurs propres questions, ils attendent ma réponse, alors que\u2026 » Chienne de p\u2019tite vie Pour arriver à cette texture dépouillée, les cocréateurs ont travaillé un état de présence par ticulier avec leurs interprètes \u2014 Alanna Kraaije- veld et Dustin Ariel Segura-Suarez.« J\u2019ai de moins en moins d\u2019intérêt pour ce qu\u2019on appelle les ar tistes charismatiques, ceux qui ont cette espèce de surprésence, analyse M.St-Pierre.Sois là, comme interprète.Pas besoin d\u2019en faire plus ; pas besoin d\u2019être regardé, aimé, critiqué.Fais juste ce que tu as à faire.Un peu comme Fléau, notre chien », qui est, comme dans Suie, part de la pièce, l\u2019interrompant parfois de ses jappements, sor tant en coulisses, cherchant les grattouilles, faisant sa vie de chien.« Il dort, il va boire de l\u2019eau, il jappe parce que quelque chose se passe.Il faut s\u2019inspirer de ce genre de présence sur scène.» On ne peut s\u2019empêcher de penser à Maria Kefirova, qui, sans interprète canin, posait aussi bellement et autrement en 2016 à Tangente la question dans The Only Reason I Exist Is You.Also : Why dogs are successful on stage.« C\u2019est dur comme humain, interprète et créateur de ne pas s\u2019en faire avec ce dont on a l\u2019air.Et là, les interprètes sont livrés à 360 degrés », comme dans le précédent solo de M.St-Pierre, Néant, qui n\u2019a pas encore été présenté au Québec.« Dans une configuration [traditionnelle] à l\u2019italienne, souvent tu peux tricher comme interprète, même sans t\u2019en rendre compte.» Au milieu de l\u2019arène, « il faut que tu lâches prise de la façon que tu projettes».« Pour arriver à être dans l\u2019anticlimax, il faut en fait être à l\u2019écoute du public, complète M.Huot.Les interprètes ont une banque d\u2019actions qu\u2019ils peuvent accomplir ou non, face auxquelles ils sont très libres.Ils choisissent dans le moment, dans l\u2019instant.Cette présence du moment qui demande une attention de tous les instants.Quand Alanna [Kraaije- veld] pose un choix, elle sait aussi que ça change l\u2019interprétation de la pièce ; et que si elle avait fait cette action au moment où cinq spectateurs sont sortis, ç\u2019aurait changé la lecture.Cette conscience de la présence est importante.» Fléau D\u2019Alex Huot et Dave St-Pierre, avec Huot, Alanna Kraaijeveld et Dustin Ariel Segura-Suarez.Dans le cadre d\u2019ActOral, à l\u2019Usine C, 27 octobre.Interdit aux moins de 16 ans.prendre des risques.Ce n\u2019est pas un objet, un spectacle : c\u2019est censé être souple, ouvert, flexible\u2026 » tranche M.Huot.Fléau, tel qu\u2019on le verra à ActOral dans sa version (très) longue \u2014 cinq heures \u2014, n\u2019est pas tout à fait un spectacle.Sans non plus y échapper.Entre installation, per formance et mise en scène, la proposition invite les spectateurs à la saisir comme ils l\u2019entendent, à entrer et à sortir de la salle, peu ou prou.Et à observer l\u2019action de là où ils veulent : comme autour d\u2019une arène, ils pourront se déplacer, les interprètes étant livrés sous tous les angles à la vue.« L\u2019espace [de la scène] n\u2019est pas sacré, renchérit Dave St-Pierre, en vidéoconférence, de son côté d\u2019écran.Tu pourrais t\u2019asseoir sur la table à côté d\u2019un interprète, ou en dessous pour changer ton angle de vue.Vas- y, sur la chaise libre, toucher au vélo, au tissu.On cherche un peu à faire ce que Benoît Lachambre a fait avec Lifeguard [FTA, 2018] », soit un espace scène-salle plus démocratique, plus horizontal, plus libre.Un espace d\u2019exigences et de pouvoirs partagés entre spectateurs et artistes.Cette recherche de par tage de pouvoir est aussi derrière la signature à deux têtes de Fléau.« Ça fait assez longtemps que je me bats pour mettre le nom des danseurs sur l\u2019affiche, pour qu\u2019il y en ait qui m\u2019accompagnent en entrevue, pour casser cette aura de chorégraphe-dieu qui a toute l\u2019attention, que tout le monde veut tout le temps », rappelle Dave St-Pierre.Car cette cosignature est surtout symbolique, la manière de travailler n\u2019ayant pas beaucoup changé, le vidéographe Alex Huot étant depuis longtemps impliqué jusqu\u2019au cou comme collaborateur des œuvres de St-Pierre.Son travail était très en valeur dans le précédent Suie (2017), cette relecture de Jeanne d\u2019Arc qui avait fait débat.Leur collaboration a débuté il y a un peu plus de quatre ans, « pas nécessairement sur des spectacles.On a commencé très tranquillement, sur des essais vidéo, etc., raconte M.Huot.Ça s\u2019est construit de manière assez organique.Là, on fait le statement, et peut-être que ça m\u2019a forcé à prendre un peu plus ma place, mais en création, je donne toujours tout, je ne me retiens pas ».Même les interprètes, poursuivent | 3 Ac t O r a l L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Fléau, tel qu\u2019on le verra à ActOral dans sa version (très) longue \u2014 cinq heures \u2014, n\u2019est pas tout à fait un spectacle.Sans non plus y échapper.Entre installation, performance et mise en scène, la proposition invite les spectateurs à la saisir comme ils l\u2019entendent.DAVE ST-PIERRE Mini ActOral à Ottawa En sa troisième édition, la biennale des arts et écritures contemporaines ActOral fait une percée ontarienne, à Ottawa.Du 8 au 10 octobre, on pourra y voir, comme à Montréal, outre ce Fléau, Ghost Writer and the Broken Hand Break de Miet War- lop.Cette Flamande qui fait dans l\u2019art visuel chorégraphique propose une néoversion du tournoiement soufi.Aussi, Désordre d\u2019Hubert Colas et Affordable Solutions for Better Living de Théo Mercier et Steven Michel, attendu par le collègue au théâtre Christian St-Pierre.À voir à Montréal Le critique à la musique Philippe Papineau pointe comme valeur sûre en musique, délire et performance l\u2019abitibien duo Geneviève et Matthieu, et son nouvel Opéra d\u2019or.Le chorégraphe italien Michele Rizzo s\u2019attarde aux danses du clubbing.Que seront-elles sur scène, dans Higher?L\u2019artiste propose aussi un atelier aux danseurs pros au studio 303.Le rapport aux mères et grands- mères se retrouve, coïncidence?, dans la danse de Malika Djardi Sa prière, la performance théâtrale de Sachli Gholamalizad A Reason to Talk et la performance musicale de Ian Kamau, Loss.Le critique Christian St-Pierre avait adoré en 2015 les Lettres de non-motivation de Julien Prévieux, «aussi absurde que corrosif» : l\u2019artiste revient avec Of Balls, Books and Hats. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e T h é ât r e 4 | ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR utant le comédien est en vue, autant V incent- Guillaume Otis s\u2019est fait discret comme metteur en scène.Il a surtout exercé ce métier pour la compagnie de théâtre jeunesse qu\u2019il dirige.Sinon, il faut remonter à Ceux que l\u2019on porte au PàP, en\u2026 2008.«Je dis à la blague que je suis le Terrence Malick de la mise en scène, le talent en moins ! » lance-t-il sur le ton de la plaisanterie, faisant référence aux délais qui espaçaient jadis les films du cinéaste.S\u2019il est trop happé par sa carrière d\u2019acteur (surtout au petit écran, ces dernières années) et une vie familiale bien remplie pour s\u2019y consacrer, il a toujours gardé cette pratique en tête.Au fil des ans, il a cultivé son intérêt par des stages (auprès de Robert Lepage sur Lipsynch).Et l\u2019artiste de 40 ans estime qu\u2019« il faut voir une carrière dans son ensemble ».« Ce que j\u2019ai fait comme acteur au théâtre me sert, a fait grandir le metteur en scène en moi.Je m\u2019intéresse toujours à la méthode de ceux avec qui je travaille.J\u2019apprends beaucoup.C\u2019est comme si j\u2019avais une enregistreuse en tête.Je me disais qu\u2019un jour, c\u2019est ce que j\u2019allais faire.» En attendant, il lui faut un coup de cœur pour s\u2019y plonger.Lorsque, en jouant Ils étaient tous mes fils chez Jean-Duceppe en 2015, il a eu vent d\u2019un projet avorté de monter Des souris et des hommes, il a sauté sur l\u2019occasion.Avec cette première direction sur un grand plateau, Otis \u2014 qui bénéficie d\u2019une pause de District 31 \u2014 s\u2019attaque à une œuvre puissante, «hissée au rang de mythe ».Il a traversé les générations, ce récit de solidarité entre deux hommes très différents, que leur amitié singularise dans un milieu dur.« Cette pièce n\u2019appartient plus vraiment aux États-Unis des années 1930.Lennie et George sont devenus des archétypes.Et je commence à le voir en répétitions, c\u2019est fascinant : Guillaume [Cyr] et Benoît [McGinnis] sont en train de devenir ce duo que tout le monde connaît.Il y a quelque chose de plus grand qu\u2019eux qui les investit.» Vincent-Guillaume Otis croit en effet qu\u2019en reprenant un grand rôle, un acteur est porté par toutes les incarnations qui ont précédé la sienne.«Je vois ça comme une course à relais.On fait grandir le personnage d\u2019une interprétation à l\u2019autre.C\u2019est une construction : on continue à bâtir cet archétype dans l\u2019imaginaire collectif.» Rêve américain Le metteur en scène a demandé au dramaturge Jean-Philippe Lehoux une traduction épurant et modernisant la pièce.« C\u2019est comme si on avait réduit l\u2019œuvre à sa texture la plus dense, afin d\u2019en faire sortir toute la force du mythe, toute la tragédie.» Dans ce récit publié en 1936, durant la Grande Dépression, il voit aujourd\u2019hui une critique du rêve américain, de son échec.« L\u2019obsession de Lennie d\u2019avoir une terre, une maison, représente l\u2019aspiration de tous les hommes, cette propension à un rêve qui nous garde en vie.» Les travailleurs saisonniers dépeints par John Steinbeck sont des laissés-pour-compte du système.C\u2019est aussi un univers très masculin, où le seul personnage féminin s\u2019avère celui par qui le malheur arrive.Ce qui peut être embêtant en 2018\u2026 Il fallait commencer par baptiser cette figure désignée comme « la femme de».Et donner du caractère à cette May, incarnée par Marie-Pier Labrecque.« Pour nous, ce n\u2019est pas une \u201cagace\u201d, mais quelqu\u2019un qui veut entrer en contact, une femme qui s\u2019ennuie.En fait, si elle l\u2019est, c\u2019est à travers le regard un peu ignorant, immature, de ces gars.» Vincent-Guillaume Otis est bien sûr aussi touché par l \u2019h istoire d\u2019amour fraternelle qui soude les deux protagonistes.« Je rappelle souvent aux acteurs que c\u2019est une bienveillance rude, \u201cvirile\u201d, afin de ne pas tomber dans l\u2019idée de l\u2019aidant naturel.Il y a un rapport de collaboration pour survivre.George profite autant de Lennie que l\u2019inverse.» Ayant lui-même un frère qui a une déficience intellectuelle, auquel le noue un « rapport de responsabilité protectrice » depuis sa tendre enfance, il est particulièrement sensible à cette question.Et ce n\u2019est pas la première fois que l\u2019interprète du film Gabrielle, qui a porté le rôle-titre de Babine, gravite autour d\u2019un tel sujet.« Si je monte Des souris et des hommes, c\u2019est d\u2019abord parce que c\u2019est un roman que je porte en moi.Mais je serais malhonnête de [nier] mon lien avec cette relation.Et plus le spectacle prend forme, plus ça me bouleverse.Plus je réalise que ça me touche aussi à ce niveau-là.Au début, je disais aux acteurs que je ne parlerais pas de mon frère.Mais j\u2019y reviens toujours un peu, Vincent-Guillaume Otis, dans la mécanique d\u2019un mythe La puissante Des souris et des hommes s\u2019imposait pour sa première direction sur un grand plateau Ce que j\u2019ai fait comme acteur au théâtre me sert, a fait grandir le metteur en scène en moi.Je m\u2019intéresse toujours à la méthode de ceux avec qui je travaille.J\u2019apprends beaucoup.VINCENT-GUILLAUME OTIS » A malgré moi [rires].Et là, c\u2019est rendu une blague.Au point qu\u2019ils ont fini par me rétorquer : arrête de dire [que tu ne veux pas en parler].Parles-en!» Le metteur en scène veille toutefois à garder une distance artistique en répétitions.S\u2019il donne à ses interprètes des pistes basées sur son expérience, Lennie reste un personnage doté d\u2019une dimension universelle, pas la représentation réaliste d\u2019un syndrome.Et Guillaume Cyr en fabrique sa propre version.Otis loue la grande sensibilité du comédien.«Et Lennie, c\u2019est ça: une candeur.C\u2019est aussi ce que j\u2019apporte avec ma connaissance des gens [ayant] une déficience intellectuelle : ils ont gardé quelque chose que nous avons perdu.L\u2019ouverture à l\u2019autre, l\u2019empathie.Lennie aborde chacun sans égard à sa couleur de peau ou à son statut social.Et c\u2019est celui qu\u2019on va éliminer.C\u2019est un symbole très fort.» Récemment, sur un plateau de télévision, Vincent-Guillaume Otis a été déstabilisé par une question qu\u2019a soulevée Nathalie Petrowski.Même s\u2019il se dit « très au fait » des débats actuels autour de la représentativité, l\u2019idée d\u2019embaucher un acteur avec une déficience intellectuelle pour camper Lennie ne l\u2019avait jamais effleuré.Sans vouloir prendre par ti dans un débat « plus nuancé », l\u2019artiste rappelle que le jeu est « un métier de composition, il ne faut pas perdre ça de vue ».Mais en creusant, il a surtout réalisé que, s\u2019il montait ce récit au cruel dénouement avec quelqu\u2019un de similaire à son frère, ce deviendrait trop émotif, trop proche de sa vie.« Probablement que ce serait extraordinaire de le faire.Mais pas pour moi.Je n\u2019aurais plus le recul nécessaire pour porter cette pièce vers la tragédie, là où je veux la mener.» | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Il est beaucoup question du suicide des jeunes ces temps-ci.En particulier depuis les propos de l\u2019auteur- compositeur-interprète Hubert Lenoir à Tout le monde en parle dimanche dernier.Sa déclaration «Ouin ! J\u2019ai un peu le goût de me crisser au feu ces temps-ci » jeta, comme on dit, un froid sur le plateau.Du coup, son look destroy et ses sacres qui faisaient ricaner se voyaient relégués au second plan\u2026 Le malaise ressenti par tous ceux qui préfèrent ne pas entendre ce genre d\u2019aveu fut jugé en général aussi grave, sinon plus, dans la blo- gosphère, que la détresse du gars de 24 ans.Pourtant, les désirs suicidaires sont le lot de bien du monde.Qui n\u2019a pas eu envie un jour de quitter la place, surtout à un âge où tout bouge, où rien n\u2019est fixé, où l\u2019avenir semble une porte ouverte sur des lendemains brumeux et inquiétants ?Les médias faisaient état cette semaine d\u2019une nouvelle vague de suicides au Nunavik, cette fois à Puvirnituq, petit village à la forme d\u2019oiseau de 1800 âmes au nord du Nord québécois.Dix personnes s\u2019y sont donné la mort depuis le début de l\u2019année, dont un enfant de 11 ans.La communauté inuite bat des records de suicides, avec des taux de six à onze fois plus élevés que la norme canadienne.Ça se passe dans un climat social de haute violence et d\u2019immense désarroi, alors que l\u2019oisiveté, la vie en vase clos, la dépossession culturelle, l\u2019appel des paradis artificiels, la perte d\u2019estime de soi et le saut dans le vide d\u2019un proche donnent envie d\u2019être ailleurs, ou de n\u2019être plus\u2026 En 2016, le suicide de cinq jeunes gens à Kuujjuaq, toujours au Nunavik, avait défrayé également la chronique.L\u2019évocation d\u2019un visage aide à casser la glace des statistiques.Celui de Lukasi Forrest, rencontré à Igloolik au Nunavut, sur le tournage d\u2019Uvanga de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu, me reste en mémoire.C\u2019était quatre ans avant sa pendaison crève-cœur à 18 ans pour cause de mal de vivre et par effet d\u2019entraînement \u2014 son meilleur ami s\u2019étant suicidé deux mois plus tôt sur ces banquises trop sanglantes.Il est admis que l\u2019acculturation des peuples joue un rôle de déclencheur dans les épidémies de suicide.Pas évident de chevaucher deux cultures et deux langues, perdus dans un no man\u2019s land identitaire Mourir avant de vivre ODILE TREMBLAY et existentiel.Où vis-je, où vais-je et d\u2019où suis-je venu ?Les Québécois en savent quelque chose\u2026 D\u2019autres encore davantage.La mort en chiac Prenez le documentaire 1999 de Samara Grace Chadwick, en salle depuis vendredi.La cinéaste établie à Montréal y fait son retour à Monc- ton, au Nouveau-Brunswick, ville fuie à l\u2019adolescence quand trop de fantômes habitaient ses souvenirs.Une vague de suicides à la fin des années 1990 s\u2019était abattue sur l\u2019école francophone secondaire Mathieu-Martin à Dieppe, près de Moncton.De 1995 à 2001, entre 12 et 15 morts d\u2019adolescents, en deux temps, avaient été causées par leur propre main.L\u2019école, surnommée alors la polyvalente du suicide, avait fini par se voir interdite aux médias.Samara Grace Chadwick a réuni d\u2019anciens élèves et une institutrice ayant vécu cette période noire.Tous ont perdu des amis, un frère, une sœur, des élèves, craignant qu\u2019un autre proche ne passe à l\u2019acte.Le film est en chiac, «mélange de vieux français et de vieil anglais», précise un jeune Acadien aux racines entortillées par la déportation, au- jourd\u2019hui citoyen d\u2019une société à cloche-pied entre les mondes.Il voit dans le chiac une langue de paix reliant deux communautés jadis ennemies.Leurs mots prononcés sont contemporains aussi : «Vivre est juste trop hard.» «C\u2019est du stuff qui arrive.» Certains protagonistes du film avaient conservé des docu- ments-témoignages de cette période : photos, lettres, vidéos, écrits personnels : «Cher journal, S.est mort.Il s\u2019est enlevé la vie\u2026 » L\u2019institutrice évoque sa peur quand une main cognait à la porte de son bureau.Pour lui annoncer quoi au juste?«À quoi ça sert, se souvenir?» demande un ancien élève.Le silence a si longtemps accompagné, à l\u2019école, les pas de ces ados déjà écorchés par le passage à l\u2019âge adulte.«On pleurait en cachette», évoque une voix.1999 ne propose pas de réponses, mais un collage de témoignages contradictoires, car nul ne vit l\u2019enfer et le deuil de la même façon.Une vidéo amateur ressuscite un moment fort de ce drame collectif.Trois élèves entonnent la chanson de Pink Floyd Wish You Were Here en hommage à ceux qui sont partis.L\u2019école francophone interdisait de chanter en anglais, mais soudain les spectateurs debout entonnaient ce morceau en chœur au mépris des règles.Seules les paroles de Pink Floyd traduisaient leur peine et leur révolte.Et la valse des langues était leur quotidien, de toute façon.Ainsi parlait la vie à la mort là-bas à Dieppe quand ils avaient 16 ans.Vincent- Guillaume Otis croit qu\u2019en reprenant un grand rôle, un acteur est porté par toutes les incarnations qui ont précédé la sienne.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Des souris et des hommes Texte de John Steinbeck.Mise en scène de Vincent- Guillaume Otis.Traduction de Jean-Philippe Lehoux.Aussi avec Maxim Gaudette, Mathieu Gosselin, Nicolas Centeno, Martin-David Peters, Luc Proulx et Gabriel Sabourin.Au Théâtre Jean-Duceppe, du 24 octobre au 1er décembre. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 6 | ENTREVUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR ous n\u2019avions même pas encore pris notre première gorgée de thé vert au milieu du décor feutré d\u2019un café-bar du boulevard Saint-Laurent que Francis Bordeleau se disait d\u2019entrée de jeu « serein ».Pas mal pour un cinéaste de 25 ans qui n\u2019a que deux cour ts métrages (Iceland, Carnasse) derrière la cravate et un long dont la première a eu lieu au début du mois d\u2019octobre au cinéma Impérial devant un parterre composé de gens du milieu du cinéma, mais surtout d\u2019amis.Francis Bordeleau semble d\u2019ailleurs avoir beaucoup d\u2019amis, étant donné le nombre de personnes qui, devant ou derrière sa caméra, ont accepté de lui faire confiance, de le soutenir (dont financièrement), pour lui permettre de réaliser Wolfe , moins un film qu\u2019un cri d\u2019urgence.Cette précipitation s\u2019est d\u2019ailleurs ressentie à toutes les étapes, de l\u2019écriture du scénario en quatre jours (« J\u2019ai écrit sans ar rêt, jusqu\u2019au moment d\u2019arriver au point final ») jusqu\u2019au tournage en 12 (« Je ne le referais pas »), en passant par le nombre incalculable d\u2019appels téléphoniques ef fectués à travers le monde pour obtenir du financement.«Quand tu te fais dire non 500 fois, à Moscou comme à Los Angeles, tu finis par comprendre ce que tu dois dire\u2026 ou pas», confie celui qui a finalement appris à « vendre [son] idée en dix secondes».Et que défendait-il au juste ?Une étrange et ostentatoire cérémonie des adieux, celle d\u2019Andie (Catherine Brunet, et oubliez à jamais la petite fille espiègle du Monde de Charlotte), le centre d\u2019une bande de copains, d\u2019une « meute », où elle semble faire la loi et attirer les garçons à la testostérone en folie.Auprès d\u2019elle, on reconnaît une foule de jeunes acteurs qui, comme on dit, prennent du galon, dont Ludivine Re- ding (révélée grâce au succès de la série Fugueuse), Antoine Pilon (Nouvelle adresse, Le chalet), Léa Roy (19-2) et Julianne Côté (Tu dors Nicole, Le jeu).Le jour de son anniversaire, cette héroïne imprévisible et impulsive va orchestrer un coup d\u2019éclat dont les répercussions se révéleront assourdissantes.Devant un premier f i lm aussi personnel et aussi esthétisant, la question de l\u2019autobiographie déguisée apparaît incontournable, et Francis Bordeleau, ancien étudiant La sérénité frénétique de Francis Bordeleau Filmer comme si le temps lui manquait, et redoubler d\u2019ardeur devant tous les obstacles Après ce premier long métrage tourné sur les chapeaux de roues entre Laval, Saint-Hubert, Mirabel et le Plateau Mont- Royal, Francis Bordeleau ne veut pas s\u2019arrêter en si bon chemin.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR N Un premier film, c\u2019est une sorte d\u2019empreinte, tes premières couleurs.À l\u2019écriture, même si tu ne le veux pas, il va forcément y avoir des aspects autobiographiques.Mais autant tu ne peux pas faire un film uniquement pour plaire, autant faire un film autobiographique à 100 % comporte des dangers.FRANCIS BORDELEAU » Wolfe, de Francis Bordeleau, prendra l\u2019affiche un peu partout au Québec le vendredi 26 octobre. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 PARTENAIRE PRINCIPAL Antoine Charbonneau-Demers, Thomas Clerc, Hubert Colas, Malika Djardi, Geneviève et Matthieu, Sachli Gholamalizad, Ian Kamau, Gérald Kurdian, Théo Mercier + Steven Michel, Tommy Milliot + Ensemble 26 de l\u2019Eracm, Julien Prévieux, Michele Rizzo, Dave St-Pierre + Alex Huot, Clément Vercelletto + Marianne Dansereau, Miet Warlop usine-c.com 514-521-4493 3e Biennale internationale des arts et des écritures contemporaines 1 jours 4 pays 15 spectacles 26 représentations 2 expositions 3 nuits actoral act ral 23/10 - 03/11 - 2018 montréal en communication et politique à l\u2019Université de Montréal, répond avec assurance, s\u2019étant visiblement préparé à la question.« Un premier film, c\u2019est une sorte d\u2019empreinte, tes premières couleurs.À l\u2019écriture, même si tu ne le veux pas, il va forcément y avoir des aspects autobiographiques.Mais autant tu ne peux pas faire un film uniquement pour plaire, autant faire un film autobiographique à 100 % comporte des dangers : c\u2019est encore plus blessant s\u2019il est mal reçu.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est savoir maquiller tout cela, le fantasmer.» Même si le jeune cinéaste jongle avec des thèmes assez lourds, comme le suicide et l\u2019intimidation, il tenait à soigner l\u2019aspect visuel, sachant bien sûr qu\u2019il ne pouvait accomplir des miracles, ou de grandes prouesses, avec un budget d\u2019environ 235 000 $.Cela lui apparaissait comme une nécessité, ne cachant pas son admiration pour les audaces qu\u2019il peut voir ailleurs, sur d\u2019autres plateformes, comme Netflix par exemple, et une envie impérieuse de se démarquer, entre autres face à ses confrères cinéastes québécois plus âgés ! Mot clé : performance Très peu pour lui, « les drames sombres» ou alors les films «un peu iceberg».Un peu\u2026 quoi ?Francis Bor- deleau précise alors sa pensée: «C\u2019est gris, c\u2019est blanc, c\u2019est terne, c\u2019est plate.» Viennent ensuite quelques exemples que l\u2019on se gardera bien de répéter, mais l\u2019affirmation témoigne de son ambition évidente et dévorante, celle «de capter les 15-35 ans».« Miguel Henriques, le directeur de la photographie, a travaillé pour le Cirque du Soleil.Notre mot clé, c\u2019était \u201cperformance\u201d.Et pas seulement celle des acteurs, mais en abordant des sujets délicats sans être arides.D\u2019où mon envie, dès l\u2019écriture, d\u2019inclure une chanson de Pierre Lapointe [Deux par deux rassemblés] dans la séquence du suicide, plutôt que des pleurs ou des chants grégoriens.» Après ce premier long métrage tourné sur les chapeaux de roues entre Laval, Saint-Hubert, Mirabel\u2026 et le Plateau Mont-Royal !, Francis Bordeleau ne veut pas s\u2019arrêter en si bon chemin.Le tournage de son deuxième long devrait s\u2019amorcer en avril prochain (« J\u2019aurai 24 jours ; 12, c\u2019est fini ! »), et celui qui se qualifie de « serein » ne tente jamais de camoufler une frénésie qui l\u2019habite sans cesse.Mais pourquoi tant d\u2019agitation chez celui qui a plaqué son mémoire de maîtrise avant de terminer les 60 der nières pages ?« De la même façon que je n\u2019ai pas voulu déposer Wolfe aux institutions comme la SODEC et Téléfilm Canada, parce que je voulais qu\u2019il existe, rapidement, je ne me sentais pas plus capable de faire neuf courts métrages avant qu\u2019on m\u2019autorise à tourner mon premier long.Je me répète toujours \u201cJ\u2019ai cinq ans à vivre\u201d.Ça me force à faire tout ce que je veux, à mettre tous les ef forts pour atteindre mes ambitions.Maintenant.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 8 | ANALYSE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR L\u2019action se déroule le jour de la fête d\u2019Halloween, à Haddonfield, en Illinois.Échappé d\u2019un hôpital psychiatrique, le tueur psychopathe Michael Myers revient dans son patelin où, quinze ans plus tôt, il a assassiné sa sœur adolescente alors qu\u2019il n\u2019était qu\u2019un gamin.Repérant une autre jeune fille, Laurie Strode, une étudiante timide, il la suit à l\u2019école et la surveille de loin en loin jusqu\u2019à ce que, le soir venu\u2026 Alors que le charnière Halloween, de John Carpenter, célèbre ses 40 ans et que paraît un nouvel opus, retour sur une série comptant désormais pas moins de onze films.Sor ti le 26 octobre 1978, Halloween met en vedette Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode, qu\u2019elle reprendra quatre fois, et Donald Pleasence dans celui du docteur Loomis, ennemi juré de Michael Myers.Lequel attaquera Laurie dans la maison où elle garde cette nuit-là un petit garçon, non sans avoir auparavant fait d\u2019autres victimes, dont les copines Annie et Lynda.Truculentes, ces partitions féminines offrent à dessein un contraste avec la nature réservée et studieuse de Laurie, qui s\u2019impose en héroïne inattendue.Le réalisateur John Carpenter attribue à sa coscénariste et productrice Debra Hill la force de ces personnages féminins.Silhouette mutique Avec ses accents de légende urbaine, leur récit a l\u2019heur de susciter un effroi viscéral, entre autres facteurs expliquant l\u2019engouement que suscite le film, l\u2019une des productions indépendantes les plus rentables des annales du cinéma.Toutefois, sans doute l\u2019idée la plus brillante est celle de faire de Michael une silhouette mutique au visage recouvert d\u2019un masque blanchâtre à l\u2019expression neutre: un canevas propice à maints cauchemars (et qui inspira de toute évidence le personnage de Jason Voorhees dans une saga horrifique concurrente).Soigneusement conçue, contraintes financières obligent, la mise en scène de John Carpenter se révèle particulièrement habile à générer une appréhension sourde, en plus de compter quantité de plans et séquences devenus classiques.Sans oublier la musique électronique mémorable que Carpenter compose lui-même, et dont les notes minimalistes font encore frémir.De gore et de druides Paru en 1981, Halloween II reprend l\u2019action là où le premier film a laissé, c\u2019est-à-dire la même nuit d\u2019Halloween (illusion trahie par la perruque très apparente de Jamie Lee Curtis).Or, nombre de slashers (films avec maniaques et meurtres sanguinolents) ayant vu le jour dans l\u2019intervalle, la «sobriété homicide» de l\u2019original est remplacée par des effets gore alors que Michael pourchasse Laurie dans l\u2019hôpital où on vient de la transporter.Réalisé par Rick Rosenthal avec un apport officieux de John Carpenter, qui coscénarise et coproduit avec Debra Hill, cette première suite adéquate introduit la révélation que Laurie est en réalité la sœur cadette de Michael.Récit autonome écrit et réalisé par Tommy Lee Wallace, directeur artistique d\u2019Halloween et ami du couple Carpenter-Hill, qui coproduit de nouveau, Halloween III.Le sang du sorcier (Halloween III : Season of the Witch) déconcerte en 1982.S\u2019inspirant autant de L\u2019invasion des profanateurs (Invasion of the Body Snatchers) que de la mythologie celtique, avec signaux télévisés subliminaux et masques d\u2019Halloween meurtriers, le film est un échec alors, mais a depuis atteint un statut culte.La fille de l\u2019autre En dormance pendant six ans, la série reprend \u2014 sans Carpenter ni Hill \u2014 en 1988 avec Halloween 4 (Halloween 4 : The Return of Michael Myers).Après avoir entendu que Laurie, morte dans un accident, a eu une fille, Jamie, Michael sor t du coma dans lequel il est plongé depuis que Loomis l\u2019a immolé à la fin d\u2019Halloween II (!).Utilitaire, le film remporte un succès modeste.Rebelote l\u2019année suivante avec Halloween 5, et encore la petite Jamie aux prises avec le vilain tonton Michael avec qui, apprend-on, elle partage un lien télépathique.Échec cuisant.S\u2019ensuit une autre période de six ans d\u2019inactivité avant qu\u2019Halloween : la malédiction de Michael Myers (Halloween : The Curse of Michael Myers) s\u2019essaie à davantage de révélations familiales avec un peu plus de délire druidique pour faire bonne mesure.On a beau retirer le chiffre Les aléas de la saga Halloween Le tueur Michael Myers créé il y a 40 ans par John Carpenter et Debra Hill revient pour une énième fois Ci-dessus : Laurie se débarrasse trop vite de son couteau dans le film original.À droite : la même Laurie troque l\u2019arme blanche pour un arsenal de fusils contre Michael, 40 ans plus tard.En bas : Michael Myers, effrayant de mutisme et d\u2019impassivité dans le film original.COMPASS INTERNATIONAL ET UNIVERSAL PICTURES En complément de lecture, Pat Houle, cofonda- teur du site Horreur Québec, s\u2019est livré à une analyse critique exhaustive de chaque volet à horreur.quebec. | 9 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L E S F L Â N E U RS La comédie romantique « jeunesse» Sierra Burgess est une perdante produite par Netflix s\u2019avère un très bon succédané aux longs métrages du défunt roi du genre dans les années 1980, John Hughes.Cette relecture de Cyrano de Bergerac à l\u2019ère du téléphone intelligent, qui n\u2019évite pas les poncifs du genre, offre une belle partition à Sha- non Purser, la Barb de Stranger Things, en jeune fille douée en dialogues courtois avec un footballeur subjugué qui croit avoir affaire à la reine de beauté de l\u2019école.Du bonbon, à partager avec de jeunes gens en fleur\u2026 Comme dans un film de John Hughes On parle beaucoup de romans graphiques, mais peu de documentaires graphiques, et encore moins de livres d\u2019histoire graphiques.C\u2019est pourtant ce que livre l\u2019historien Gilles Laporte, avec son Infographies.québec.Le Québec et son histoire en un coup d\u2019œil, qui paraît chez Septentrion.À travers 69 graphiques en tous genres, on traverse l\u2019histoire, de la mer de Champlain au Montréal allophone, en passant par les rébellions patriotes et le French Power à Ottawa, les coupes Stanley du hockey, la crise du Front de libération du Québec et le système scolaire.À feuilleter à son rythme, pour connaître qui l\u2019on est.Images d\u2019histoire Un roman postapocalyptique, livré en 192 courts fragments poétiques?C\u2019est ce que signe Antoine Wauters dans Moi, Marthe et les autres, aux Éditions Verdier.Marthe, c\u2019est celle qui fait encore des enfants, avec Hardy le narrateur comme avec tous, et qui s\u2019en occupe, dans cette Paris plus que ravagée, où le langage s\u2019effrite, où les souvenirs de notre société, deux ou trois générations plus tard, se tordent et se travestissent.«Vivre comme nous, [\u2026] C\u2019est sourire sans comprendre pourquoi.C\u2019est beaucoup pleurer», lit-on au fragment 25 de cette cruelle berceuse, qui serait complètement désespérée si elle n\u2019était si bellement livrée.J\u2019ai lu avec intérêt l\u2019essai de Sébastien Ste-Croix Dubé La culture du divertissement, art populaire ou vortex cérébral ?(Varia).L\u2019auteur détient une maîtrise en littérature en plus d\u2019être gérant du bistro Vices & Versa, riche terreau d\u2019observation montréa- lais.Son livre se penche sur l\u2019impact majeur de la culture du divertissement dans la vie de tout un chacun.Sans diaboliser cette omniprésence, il sert des mises en garde en dénonçant chez l\u2019humain contemporain « son insatiable besoin de fuir sa réalité, de s\u2019abandonner au plaisir facile, et ce, quel qu\u2019en soit le prix».Se divertir ou s\u2019abrutir ?Berceuse postapocalyptique ODILE TREMBLAY CATHERINE LALONDE CAROLINE MONTPETIT AMÉLIE GAUDREAU Halloween ?1/2 Horreur de David Gordon Green.Avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Nick Castle.États- Unis, 2018, 105 minutes.Après H20 qui faisait table rase des événements développés après Halloween II, ce Halloween-ci efface tout et propose une trame narrative découlant du seul film original.Convaincue que Michael Myers la relancera tôt ou tard, Laurie Strode, qui lui a échappé il y a 40 ans, vit dans une maison-bunker au fond des bois et se prépare depuis à l\u2019inévitable face à face.Obsédée, elle s\u2019est aliénée sa fille, quoiqu\u2019elle ait la sympathie de sa petite-fille adolescente.Lors d\u2019un transfert, Michael s\u2019échappe, et plutôt que d\u2019ordonner un couvre-feu, les autorités d\u2019Hadonfield tentent en vain de le retrouver, flanquées de son médecin le docteur Sartain (dont les maints regards inquiétants divulguent grossièrement les intentions réelles).Malgré des situations au riche potentiel de tension, le réalisateur David Gordon Green faillit souvent à générer du suspense autrement qu\u2019au moyen d\u2019effets de surprise.Une trouvaille ingénieuse, la scène de la lumière à détecteur de mouvement, est piètrement exécutée, à titre d\u2019exemple.Ironiquement, les touches de mise en scène les plus réussies consistent souvent en des clins d\u2019œil (nombreux) à l\u2019œuvre originelle.À cet égard, si elle déploie des efforts évidents pour raccorder les deux films visuellement, la production aurait été avisée de s\u2019inspirer de l\u2019économie technique et narrative, redoutable, de celui de Carpenter.Lente à démarrer, cette resucée aux allures d\u2019infopub pour la NRA s\u2019anime frénétiquement l\u2019espace de meurtres sanglants avant de replonger dans l\u2019inertie jusqu\u2019à un affrontement final qui ne satisfait qu\u2019à moitié.Au moins, investie comme à son habitude, Jamie Lee Curtis brille-t-elle, et le thème musical emblématique de John Carpenter ré- sonne-t-il avec la même puissance qu\u2019autrefois.François Lévesque « 6 » de la promo officielle dans l\u2019espoir de minimiser l\u2019idée d\u2019essoufflement, le fond est atteint.Fi des suites En 1998, pour le vingtième anniversaire, l\u2019inspiration rejaillit, momentanément, le temps d\u2019Halloween H20, réalisé par le routier du genre Steve Miner.Instigué par le scénariste de Frissons (Scream), Kevin Williamson, adepte de l\u2019horreur postmoderne référencée, et quoique considérablement retravaillé, le récit fait fi de toutes les suites, hormis Halloween II.Laurie Straude, qui vit sous une nouvelle identité, est la directrice d\u2019un collège privé où la retrouvera son damné frère à l\u2019occasion d\u2019un (si seulement) dernier affrontement.Concis, efficace, peuplé de personnages savoureux et ponctué de touches d\u2019humour comme le premier film, H20 donne en outre à voir une excellente composition de Jamie Lee Curtis en survivante hantée mais déterminée.Hélas, Halloween : la résurrection (Halloween : Resurrection) gâche tout en 2002, avec son pastiche raté de té- léréalité et une apparition ultime frustrante de Laurie Strode.On juge dès lors la série morte et enterrée, mais c\u2019est sans compter l\u2019increvable Michael Myers, que le musicien et réalisateur Rob Zombie ressuscite dans un remake puis une suite aux velléités surréalistes.Ces deux coups d\u2019essai ont pour eux un certain panache glauque, et c\u2019est tout.À la lumière de cette longue et inégale filmographie, il est donc entendu que, pour le énième retour de Michael Myers, on espère le meilleur, tout en craignant le pire. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR En 1851, Eli et Charlie Sisters sont les mercenaires les plus redoutés de l\u2019Ouest américain.Travaillant pour le Commodore, les deux frères capturent et tuent, moyennant tribut en espèces sonnantes et trébuchantes.Leur plus récente mission consiste à récupérer une mystérieuse formule et à tuer son auteur, Hermann Kermit Warm, un scientifique que traque déjà pour le Commodore le détective John Morris.Or, à l\u2019insu des Sisters, Morris a une crise de conscience et noue un partenariat avec Warm.Inévitable, la collision entre les uns et les autres ne se soldera pas par l\u2019affrontement escompté.Pas tout à fait.Western de surprises et d\u2019atmosphère, Les frères Sisters, Lion d\u2019argent de la mise en scène à Venise, est l\u2019adaptation très attendue du roman de Patrick deWitt par Jacques Audiard.Il faut savoir qu\u2019à la base, c\u2019est John C.Reilly, interprète d\u2019Eli Sisters et producteur du film, qui offrit le projet au cinéaste français.Bien qu\u2019il ne l\u2019eût pas initié, donc, Audiard s\u2019est par la suite approprié le matériel en matière de thèmes, d\u2019enjeux et, il va sans dire, de manière (qu\u2019il a fort maîtrisée).Depuis sa première réalisation, Regarde les hommes tomber, en 1994, sur un représentant de commerce en mal de vengeance contre un petit escroc, la filmographie de Jacques Au- diard est parcourue d\u2019antihéros (Un prophète, De battre mon cœur s\u2019est arrêté) et d\u2019antihéroïnes (Sur mes lèvres, De rouille et d\u2019os) diversement mystificateurs (Un héros très discret, Dheepan) plongés dans des intrigues sombres aux accents de film noir ou de gangster.S\u2019approprier le genre Si Les frères Sisters relève du western, sa dimension criminelle l\u2019inscrit tout naturellement dans l\u2019œuvre d\u2019Audiard.Idem pour ces percées oniriques dont l\u2019auteur a le secret (on peut ici remonter jusqu\u2019à Mortelle randonnée, de Claude Miller, film culte de 1983 dont il écrivit le scénario adapté alors que son père, Michel Audiard, signa les dialogues).Bref, en dépit des apparences, cette première incursion dans le « genre cinématographique américain par excellence » relève de la continuité pure pour le cinéaste français qui, comme souvent du reste, alterne avec brio deux récits parallèles voués à n\u2019en faire qu\u2019un.À cet égard, tant le scénario coécrit par Audiard et Thomas Bidegain, leur quatrième, que le montage de Juliette Welfling, collaboratrice assidue, contribuent à la fluidité narrative de l\u2019ensemble.C\u2019est à Almeria, en Espagne, qu\u2019Au- diard a recréé l\u2019Ouest mythique.Exactement comme Sergio Leone avant lui.À la différence fondamentale que le premier privilégie un spectre intimiste, à des lieues des envolées opératiques du second.Ses plans larges, par exemple, ne servent jamais à exhiber les vastes panoramas surplombés de cieux immenses (un incontournable du genre depuis John Ford), mais plutôt à établir la géographie immédiate de lieux précis: un hôtel, un campement, un bout de rivière et ses berges, etc.Lumière diffuse Continuent d\u2019avoir la faveur d\u2019Au- diard : des plans serrés nerveux qui font soit ressentir le confinement psychologique des protagonistes, soit sont révélateurs de gestes et de postures trahissant ce que taisent les personnages.Choisis, les gros plans sont quant à eux volontiers magnifiés par des effets de clair-obscur, voire d\u2019obturation.Récurrent chez le cinéaste, ce procédé désuet, délicat, jette un peu de poésie dans le trouble et la violence.Là encore, on touche, au fond, à l\u2019essence du cinéma de Jacques Audiard.Ainsi, la plus belle des lumières semble être pour lui celle, dif fuse, qui fait reculer, ne serait-ce qu\u2019un peu, les ténèbres humaines.Les frères Sisters (V.F.de The Sisters Brothers) ?1/2 Western de Jacques Audiard.Avec John C.Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Carol Kane, Rutger Hauer.France\u2013États-Unis, 121 minutes.Sur la piste d\u2019Audiard Le cinéaste français s\u2019offre un western personnel en adaptant Patrick deWitt Continuent d\u2019avoir la faveur de Jacques Audiard : des plans serrés nerveux qui font soit ressentir le confinement psychologique des protagonistes, soit sont révélateurs de gestes et de postures trahissant ce que taisent les personnages.ELEVATION PICTURES C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR «The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody.» Cette phrase, rendue célèbre par le rappeur Tupac sous l\u2019acronyme «THUG LIFE», est maintes fois répétée dans le roman The Hate U Give d\u2019Angie Thomas.Cet ouvrage, qui figure depuis 2017 dans le palmarès du New York Times des livres les plus populaires, offre un portrait saisissant, accessible et rigoureux de la brutalité policière et du racisme systémique aux États-Unis.Adapter une œuvre d\u2019une telle densité au cinéma aurait pu s\u2019avérer fort périlleux.Or, malgré l\u2019effet d\u2019engorgement qui menace au dépar t d\u2019altérer le réalisme de l\u2019œuvre, le réalisateur George Tillman Jr.parvient à tirer son épingle du jeu, un exploit qui repose en grande partie sur l\u2019interprétation bouleversante d\u2019Amandla Stenberg, qui incarne habilement les dif férentes facettes de l\u2019évolution d\u2019un personnage confronté à un drame indescriptible.«Si un policier t\u2019interpelle, tu fais ce qu\u2019il te dit.Tu mets tes mains bien en vue, tu ne répliques pas.» Starr Carter (Stenberg) a neuf ans lorsque son père, Maverick (Russell Hornsby), convoque sa famille pour « la discussion ».Ce dernier, ancien membre d\u2019un gang de rue déterminé à offrir un meilleur avenir à ses enfants, est bien conscient, malgré sa fierté envers ses origines, du risque que représente le corps de police pour les membres de la communauté noire.Quelques années plus tard, malgré la prudence et les avertissements, Starr est témoin de la mort de son ami d\u2019enfance Khalil aux mains d\u2019un policier ayant confondu la brosse à cheveux de la victime avec un fusil.Dès lors, l\u2019équilibre précaire que l\u2019adolescente tentait de maintenir entre le quartier pauvre où elle a grandi et l\u2019école aisée, majoritairement blanche, qu\u2019elle fréquente est rompu.Sous les pressions des deux communautés, la jeune fille cherche sa voie, déterminée à faire justice à son défunt ami.Sans jamais tomber dans la dichotomie ou les lieux communs, The Hate U Give met en scène, à travers les questionnements, les prises de position et les expériences de Starr, la complexité et l\u2019unicité de l\u2019expérience noire aux États-Unis.Sont abordés sans aucun complexe les guerres de gang, la violence, le trafic de stupéfiants, les perspectives d\u2019avenir restreintes et la force des préjugés, rendue évidente par l\u2019aveu de l\u2019oncle de l\u2019adolescente, un policier, qui affirme avoir lui-même une attitude plus défensive lorsqu\u2019il interpelle des individus de sa propre communauté.Le film expose également avec courage l\u2019utopie des discours égalitaires.«Si tu ne vois pas la couleur, c\u2019est que tu ne me vois pas vraiment», réplique Starr à son copain qui af firme ne percevoir aucune différence en elle liée à sa couleur de peau.Récit initiatique fondé sur la recherche identitaire, la plus grande force de l\u2019œuvre demeure sa grande accessibilité.Malgré la délicatesse de son sujet, le film ne néglige pas les aspects universels et diver tis- sants du passage à l\u2019âge adulte, y intégrant avec honnêteté et intelligibilité une problématique capitale qu\u2019on se contente trop souvent d\u2019effleurer.La haine qu\u2019on donne (V.F.de The Hate U Give) ?1/2 Drame de George Tillman Jr.Avec Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby, KJ Apa, Algee Smith, Lamar Johnson, Issa Rae et Sabrina Carpenter.États-Unis, 2018, 132 minutes.Black Lives Matter, ou la fin du silence Un portrait poignant et accessible de la brutalité policière et du racisme systémique aux États-Unis Amandla Stenberg incarne habilement les différentes facettes de l\u2019évolution d\u2019un personnage confronté à un drame indescriptible.20TH CENTURY FOX allemands sont détruits sous le pic des démolisseurs pour céder la place à une immense mine de charbon.Anthropocène, tourné en quatre ans dans une vingtaine de pays, ressemble à des productions hollywoodiennes post-apocalyptiques, d\u2019où l\u2019impression de déjà vu.Ce tunnel vertigineux en Suisse, à l\u2019heure de son inauguration, après extraction de 28 millions de tonnes de roc et de terre, est-il conçu sous ordinateur ?On ose un doute.Le film émerveille par sa beauté monstrueuse, parfois psychédélique (avec renforts ici et là d\u2019ef fets spéciaux), sur des cadrages parfaits de grâce dystopique.En valsant avec les échelles, les cinéastes déstabilisent le spectateur, écartelé entre une impression d\u2019irréalité et un constat de vérité insoutenable, le laissant en état de choc, sans piste de solutions, mais conscient que le processus de fin du monde est depuis longtemps enclenché pour cause de stupidité humaine.Anthropocène.L\u2019époque humaine (V.F.de Anthropocene : The Humain Epoch) ?Documentaire d\u2019Edward Burtynsky, Jennifer Baichwal, Nick de Pencier.Scénario : Jennifer Baichwal.Narration en anglais : Alicia Vikander.En français : Pascale Bussières.Canada, 2018, 87 minutes.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | CRITIQUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Jamais un documentaire abordant les méfaits de la race humaine contre son propre habitat ne sera tombé aussi à pic.Depuis le temps que les scientifiques et les environnementalistes jouaient aux prophètes de l\u2019Apocalypse devant des audiences en général aveugles et sourdes, le rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) publié le 8 octobre dernier a frappé les esprits en montrant les impacts catastrophiques actuels et futurs du réchauffement planétaire.Il a confondu les sceptiques (sauf Trump, les multinationales, l\u2019Arabie saoudite et d\u2019autres défenseurs du capitalisme sauvage).Anthropocène est réalisé par un trio canadien: Jennifer Baichwal, Nick de Pencier et Edward Burtynsky.Les regards de ces derniers se posent sur la transformation du paysage planétaire à travers des images d\u2019une beauté et d\u2019une monstruosité affolantes.Anthropocène (terme recouvrant la nouvelle ère, sous modification environnementale de main humaine), avec l\u2019appui de scientifiques, dresse un constat implacable de destruction et, en ce sens, donne froid dans le dos.La force du fi lm, comme dans Manufactured Landscapes et Watermark, les œuvres précédentes du trio, réside dans son approche contemplative.La valse des échelles Le documentaire démarre et se clôt sur des montagnes de défenses d\u2019éléphants et de rhinocéros brûlées au Kenya après un raid chez les braconniers en quête d\u2019ivoire.D\u2019autres espèces animales sont captées au zoo, dernier habitat avant l\u2019ultime disparition.Les images, avec un minimum de bandeaux explicatifs, entrevues et voix hors champ, parlent d\u2019elles- mêmes, proposant des vues aériennes de drones ou des images satellites, de mégalopoles et de sites infernaux cyclopéens sur divers points du globe : titanesque mine de potasse en Oural, raffineries texanes de feu et de fureur, machines monstrueuses dans des déserts chiliens ou américains pour extraire le lithium.La musique de Rose Bolton et Norah Lorway épouse sans esbroufe l\u2019aspect nouvel âge de cette expérience son et lumière.On voit en plus gros plans les technofossiles (mêlant l\u2019humus, le plastique et d\u2019autres matériaux mal identifiés) accumulés dans des décharges africaines.De vieux villages Le cri d\u2019agonie d\u2019une terre violée Anthropocène.L\u2019époque humaine annonce la destruction du globe sous des images de beauté Les images, avec un minimum de bandeaux explicatifs, entrevues et voix hors champ, parlent d\u2019elles-mêmes.MÉTROPOLE FILMS DISTRIBUTION C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 THÉÂTRE LA CATAPULTE ET THÉÂTRE FRANÇAIS DE TORONTO PRÉSENTENT DE MICHEL OUELLET TE MISE EN SCÈNE JOËL BEDDOWS 23 OC T.> 3 NOV.2018 P H O T O : M A R C L E M Y R E .M A R I E ?È V E F O N T A I N E D A N S L E D I R E D E D I « UNE BELLE HISTOIRE D \u2019AMOUR.» LES MATINS D\u2019ICI ?ICI RADIO?CANADA BILLETTERIE 514.526.6582 THEATREPROSPERO.COM LE DIRE DE DI CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Tout semble réussir à Mélanie Laurent, celle qui mène de front deux carrières sans donner l\u2019impression d\u2019être à bout de souffle alors que ses personnages s\u2019engagent dans des courses effrénées, surtout ceux de la cinéaste (Respire, Plonger).Quant à l\u2019actrice, qui semble avoir l\u2019embarras du choix (de Tarantino à Denis Villeneuve, en passant par Philippe Lio- ret), sa grâce fait souvent merveille, même si elle ne semble pas une adepte des rôles de composition.L\u2019aventure américaine apparaissait incontournable, et s\u2019amorce dans un univers qu\u2019elle explore par fois en touriste.Galveston la plonge, et nous avec elle, dans l\u2019Amérique des petits criminels sans envergure, des jeunes femmes paumées sans diplôme et sans avenir, tous échouant à un moment ou à un autre dans une chambre lugubre et exiguë, parfois pour ne plus jamais en sortir.En quelques minutes, on comprend que Roy (Ben Foster, d\u2019une présence incandescente) semble condamné, du moins par la médecine, mais ne veut rien entendre; ses poumons sont mal en point, il refuse d\u2019écouter les pronostics de son médecin et préfère griller une cigarette.Petit maillon d\u2019une bande de crapules de La Nouvelle-Or- léans, son patron (Beau Bridges) l\u2019envoie en mission, ou plutôt dans un guet-apens, dont il sortira indemne, non sans avoir sauvé Raquel (Elle Fanning sur une note white trash), une prostituée retenue là contre son gré.Ce duo dépareillé n\u2019ayant plus rien à perdre, et surtout rien derrière lui, s\u2019engage sur les routes du sud des États-Unis, Raquel forçant toutefois Roy à faire un détour sous un faux motif.En quelques instants, et après un percutant coup de revolver, une nouvelle passagère se joint à eux, la petite Tiffany, que Raquel présente comme sa sœur.Tous les trois échouent dans un motel de Galveston, au Texas, là où la propriétaire flaire vite leurs mensonges, et les voisins leur dynamique particulière, celle de deux éclopés sur le bord du précipice.L\u2019aspect thriller semble moins intéresser Mélanie Laurent que ce vagabondage sur des chemins infinis au volant de voitures déglinguées.Ces antihéros, chacun prisonnier d\u2019un lourd passé, établissent des liens non sans s\u2019écorcher au passage, une dynamique laborieuse que la cinéaste aime souvent décrire avec minutie.Quant au suspense entourant cette cavale d\u2019abord imaginée par l\u2019écrivain et scénariste Nic Pizzaloto (créateur de la série True Detective), dont on adapte ici le roman, ce n\u2019est pas là où Laurent excelle malgré quelques moments de virtuosité technique, dont un étonnant plan-séquence de fuite au milieu d\u2019une blanchisserie.Galveston, lieu banal, point d\u2019ancrage, foyer de souvenirs et d\u2019une hypothétique renaissance d\u2019une figure masculine de plus en plus émasculée, se voulait aussi le tremplin d\u2019une cinéaste talentueuse, et ambitieuse, capable de jongler avec les liaisons dangereuses autant que les rapports ambigus.Le décor avait tout pour la séduire, mais ces paysages dénués, ces couchers de soleil, ces stationnements désertés et ces bars miteux ressemblent à autant de poncifs jamais réellement incarnés.La grande séduction américaine comporte aussi des risques.Galveston ?1/2 Drame de mœurs de Mélanie Laurent.Avec Ben Foster, Elle Fanning, Lili Reinhart, Maria Valverde.États-Unis, 2018, 93 minutes.Un condamné à mort s\u2019est égaré Première incursion américaine pour l\u2019actrice et cinéaste française Mélanie Laurent Lili Reinhart et Elle Fanning dans une scène de Galveston MÉTROPOLE FILMS DISTRIBUTIONS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose La disparition des lucioles ?L\u2019été s\u2019amène et Léo, 17 ans, tâche de ne pas penser à l\u2019avenir, préférant le présent.Sur un coup de tête, elle apprend la guitare auprès de Steve, adu- lescent insouciant et troisième figure paternelle après Sylvain, père absent idéalisé, et Paul, beau-père présent et détesté.Reprenant un thème de prédilection, le rapport père-fille, Sébastien Pilote s\u2019arrime pour la première fois au point de vue de la seconde après avoir privilégié celui du premier dans Le vendeur et Le démantèlement.Léo, héroïne, réglera ses comptes avec ladite figure, avec ces trois hommes en orbite autour de sa vie, de son récit.Récit que l\u2019auteur raconte avec plus de couleur et de légèreté qu\u2019à l\u2019accoutumée.En résulte un côté suranné, rétro, irrésistible, avec musique orchestrale grandiose et effets technicolor discrets, en faux avec la morne modernité.Dotée d\u2019une présence peu commune, Karelle Tremblay suggère chez Léo un feu contenu qui, le moment venu, jaillira.François Lévesque Pauline Julien, intime et politique ?La vie de Pauline Julien pourrait être un condensé de l\u2019histoire du Québec moderne.Pascale Ferland a plutôt privilégié une démarche impressionniste, nous offrant un magnifique portrait dominé par les mots, la voix et la présence incandescente de cette artiste vouée à la cause des femmes et de l\u2019indépendance du Québec.Mis à part un ami de longue date de la chanteuse décédée par suicide le 1er octobre 2018, pas d\u2019entrevues, si ce n\u2019est des extraits d\u2019entretiens de toutes les époques où Julien s\u2019exprime avec clarté, même en anglais!, sur ses rêves et ses angoisses.Pour raconter ce parcours singulier, abrupt, Pascale Ferland préfère ses grandes chansons (L\u2019âme à la tendresse, Jack Monoloy, Mommy) et de multiples photographies, avec à l\u2019arrière-plan les voix rassurantes de Dominique Quesnel et Marc Béland lisant la correspondance de Julien avec Gérald Godin, le politicien-poète dont elle fut la conjointe.Moins une chronique de son existence tumultueuse qu\u2019une belle radiographie de son âme d\u2019artiste.André Lavoie Quand les pouvoirs s\u2019emmêlent ?1/2 Quatre pays, quatre villes, un seul combat: celui des femmes dans l\u2019espace public, mais aussi dans la sphère privée.Dans certains coins du monde, celui-ci n\u2019est pas encore gagné, ou sérieusement menacé.C\u2019est ce qui arrive Quand les pouvoirs s\u2019emmêlent, quand le politique et le religieux, qu\u2019il soit catholique ou musulman, décident de sonner le glas, celui des libertés parfois gagnées à l\u2019arraché.La documentariste Yvonne Defour, habituée de parcourir le vaste monde avec sa caméra (Marchés sur Terre, Le sexe autour du monde), témoigne de ces luttes en allant à la rencontre de militantes, mais aussi d\u2019hommes, épris de justice sociale, accompagnée de l\u2019acteur Vincent Graton, témoin parfois ahuri des régressions qui ont cours à Tunis, à Paris et à Washington.De retour à la maison, il constate que tout n\u2019est pas idyllique et que les luttes d\u2019ici trouvent un curieux écho avec celles que l\u2019on découvre ailleurs, le tout sur fond de harcèlement sexuel, de laïcité, de droits reproductifs et de représentation politique dans les plus hautes sphères de l\u2019État.Mais à la base s\u2019activent des indignées au discours éloquent, passionné, viscéral, le tout dans une forme dynamique et séduisante.Et certaines figures de proue, particulièrement en Tunisie, le font parfois au péril de leur vie.André Lavoie cité de l\u2019expérience noire aux États- Unis sans jamais tomber dans la dichotomie et les lieux communs.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Une étoile est née (V.F.de A Star Is Born) ?1/2 On exagère à peine en disant que cette histoire-là a été racontée mille fois \u2014 quatre versions officielles pour maintes officieuses.Fort d\u2019une chimie palpable avec sa partenaire Lady Gaga, voici que Bradley Cooper, aussi réalisateur et coscénariste, s\u2019y attelle à son tour.Gaga affiche un naturel désarmant en aspirante chanteuse face à Cooper, très habité en idole country- rock sur le déclin.À cet égard, le surcroît d\u2019attention accordé à la déchéance de ce personnage engendre des longueurs alors que l\u2019acteur-réali- sateur se regarde jouer.Certaines défaillances de montage heurtent également la temporalité.En revanche, la critique de l\u2019industrie musicale qui broie l\u2019authenticité, enjeu propre à cette mouture-ci, est bien développée.En cela, le jeu de miroirs entre la trajectoire réelle de Gaga et son personnage est fascinant.Il en résulte une variation prenante, voire électrisante lorsque chante Lady Gaga.François Lévesque Au poste ! ?1/2 Bertrand Blier (Buffet froid, Merci la vie) peut dormir tranquille, sa succession est assurée, du moins à en juger par cette comédie policière signée Quentin Dupieux.On y reconnaît son amour des situations absurdes, des chevauchements temporels, le tout dans des environnements à l\u2019esthétique froide.Cela ressemble d\u2019abord à une joute verbale entre un policier zélé mais un peu fêlé (Poelvoorde, en territoire familier) et un témoin nommé Fu- gain (Grégoire Ludig, débonnaire peu importe la situation) que la découverte d\u2019un cadavre dans son quartier va plonger dans un savoureux délire.Le tout se poursuit dans un amusant mélange entre le passé et le présent, un espace où les personnages font parfois irruption pour mieux comprendre les lois qui régissent leur destin.Dans ce film trop court (un de ses rares défauts), une foule d\u2019artifices viennent brouiller les cartes, rarement spectaculaires mais toujours fort à-propos.André Lavoie Matangi/Maya/M.I.A.?1/2 Naissance à Londres, enfance au Sri Lanka, retour en Angleterre\u2026 et deuxième naissance aux multiples formes: celle de l\u2019artiste, de la chanteuse, de la militante.M.I.A., de son nom véritable Mathangi «Maya» Arulpragasam, porte toutes ces étiquettes, sait manier la caméra comme personne, rivée à sa main depuis toujours.C\u2019est la matière première de ce documentaire, immense collage s\u2019étalant sur quelques décennies effectué par Steve Loveridge, un ami de longue date rencontré pendant leurs études.Pour celle qui rêvait de cinéma, d\u2019autres voies furent tracées, dont la musique qui va la propulser vers les plus hauts sommets, mais qui fera aussi d\u2019elle une cible de choix.Née d\u2019un père lié aux Tigres tamouls, un mouvement de résistance au Sri Lanka que le gouvernement du pays a dans sa ligne de mire, elle a porté cette cause, et bien d\u2019autres, luttant parfois de manière tonitruante.Aux États-Unis, elle ne se fera pas que des amis, découvrant les règles impitoyables du jeu médiatique.Mais cette tigresse tourmentée n\u2019a pas donné son dernier coup de griffe.André Lavoie 1999 ?Le décor semble familier, voire banal \u2014 quelqu\u2019un aurait-il déjà éprouvé le syndrome de Stendhal devant une école polyvalente?Le langage, soit le chiac, l\u2019est un peu moins, mais la réalité, celle du suicide, est tristement uni- Anthropocène.L\u2019époque humaine (V.F.de Anthropo- cene : The Human Epoch) ?Ce documentaire du trio canadien Edward Burtynsky, Jennifer Baichwal et Nick de Pencier révèle l\u2019effroyable beauté de la destruction planétaire sous main humaine.Tourné dans une vingtaine de pays, entre vues aériennes de sites apocalyptiques industriels et détails d\u2019une faune, d\u2019une flore et des ressources minérales en suffocation, le film propose une méditation sans pitié ni pistes de solution sur la stupidité de l\u2019espèce humaine, qui orchestre sa propre perte.Odile Tremblay La haine qu\u2019on donne (V.F.de The Hate U Give) ?1/2 Starr Carter (Amandla Stenberg) oscille constamment entre deux univers : le quartier pauvre où elle réside et l\u2019école riche, majoritairement blanche, qu\u2019elle fréquente.Cet équilibre précaire est rompu lorsque Starr est témoin de la mort de son ami d\u2019enfance, Khalil, aux mains d\u2019un policer.Sous les pressions des deux communautés, la jeune fille cherche sa voix, déterminée à faire justice à son défunt ami.Porté par la performance bouleversante de Stenberg, The Hate U Give met en scène avec honnêteté et intelligibilité la complexité et l\u2019uni- Guy ?Alors qu\u2019il tente un retour, Guy Jaumet, chanteur septuagénaire, accepte qu\u2019un jeune documentariste, Gauthier, le suive avec sa caméra.Ce qu\u2019ignore l\u2019ancienne idole, c\u2019est que Gauthier est son fils illégitime.Coscénarisé, réalisé et interprété par Alex Lutz, ce documenteur a ceci de particulier que l\u2019élément satirique, souvent inhérent au genre, est assez peu appuyé: il s\u2019agit d\u2019un hommage plus que d\u2019une parodie.Cette peinture de milieu, pour le compte, n\u2019est qu\u2019une toile de fond impressionnante pour ce qui est avant tout un récit père-fils intimiste: un contraste fort.Plus Gauthier apprend à connaître son père par la seule entremise de sa caméra et plus le film devient touchant.Jamais sirupeuse, cette relation génère une charge émotionnelle dont la puissance, à terme, surprend d\u2019autant plus que le genre fait en sorte qu\u2019on a d\u2019office baissé sa garde.Ce supplément d\u2019âme est ce qui élève le film et en fait plus qu\u2019un très habile exercice.François Lévesque Les frères Sisters (V.F.de The Sisters Brothers) ?1/2 Western de surprises et d\u2019atmosphère, Les frères Sisters, Lion d\u2019argent à Venise, est l\u2019adaptation du roman de Patrick deWitt par Jacques Audiard (Un prophète), qui trouve dans cette histoire de deux frères mercenaires sur la piste d\u2019un scientifique idéaliste la substance criminelle d\u2019une œuvre de la continuité.De nouveau, le réalisateur de De rouille et d\u2019os alterne avec brio deux récits parallèles voués à s\u2019unir (excellent montage de Juliette Welfling).Aux paysages picturaux de Ford et aux élans opératiques de Leone, Audiard préfère un spectre intimiste avec abondance de plans serrés nerveux, ceux-ci révélateurs, souvent, du confinement psychologique des protagonistes.Choisis, les gros plans sont quant à eux volontiers magnifiés par des effets de clair-obscur, voire d\u2019obturation.Récurrent chez Au- diard, ce procédé désuet, délicat, jette un peu de poésie dans la violence, faisant ainsi reculer, ne serait-ce qu\u2019un peu, les ténèbres humaines.François Lévesque Les frères Sisters, de Jacques Audiard ELEVATION PICTURES | 1 5 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 festivalcinemania.com FESTIVAL DE FILMS FRANCOPHONES FILM FESTIVAL SUBTITLED IN ENGLISH 1\u201311 NOV 2018 DOUBLES VIE | NON-FICTION DIX POUR CENT | CALL MY AGENT! EDMOND MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES 24 verselle.Plusieurs, en peu de temps, à la veille de l\u2019an 2000, ont marqué la vie de Samara Grace Chadwick, alors adolescente à Moncton.Cette vague meurtrière parmi les élèves de l\u2019école Ma- thieu-Martin aura, on s\u2019en doute, des répercussions aussi tragiques qu\u2019insoupçonnées.Seize ans plus tard, ces élèves d\u2019autrefois ne sont pas tous enthousiastes à l\u2019idée de se confier à la caméra de la cinéaste, qui signe ici son premier long métrage documentaire, et qui les invite à relire leur journal personnel, à fouiller dans leurs souvenirs et à revoir des images vidéo d\u2019un passé embrouillé par le deuil.Un exercice de mémoire, un exorcisme face à la douleur de l\u2019absence, une méditation sur le passage du temps qui guérit, à sa façon, la cruauté des départs précipités.André Lavoie Sale temps à l\u2019hôtel El Royale (V.F.de Bad Times at the El Royale) ?Imaginez Dix petits nègres d\u2019Agatha Christie adapté par Quentin Tarantino: le deuxième film de Drew Goddard (The Cabin in the Woods) n\u2019atteint jamais la perfection mécanique de la première et la cruauté jouissive du second, mais offre un divertissement parfois percutant, et de bonne tenue.Divers clients convergent vers un hôtel qui a autrefois connu son heure de gloire, mais en 1969, il affiche une usure avancée.En l\u2019espace d\u2019une nuit, sous une pluie torrentielle, le petit vernis de respectabilité desdits clients va craquer de toutes parts, ceux-ci étant forcés de laisser tomber les masques, et surtout de sauver leur peau.La galerie d\u2019acteurs connus se révèle impressionnante (Jeff Bridges, Jon Hamm, Chris Hensworth), mais ce sont surtout les nouveaux venus, tout particulièrement Cynthia Erivo et Lewis Pullman, qui donnent un supplément d\u2019âme à ce carrousel effréné qui aurait pu gagner en concision.André Lavoie First Man: le premier homme sur la Lune (V.F.de First Man) ?Production d\u2019envergure de Damien Chazelle (Whiplash, La La Land), First Man, adapté de la vie de Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la Lune en 1969 à travers la mission Apollo 11, avec une dernière partie dans l\u2019espace très maîtrisée techniquement et pleine d\u2019envol, manque d\u2019unité par son mélange de genres.Ryan Gosling dans la peau du héros, entre entraînement exténuant et déboires domestiques, joue de réserve pour se coller au personnage, mais la distribution d\u2019ensemble n\u2019enfonce rien.First Man se révèle du moins très instructif sur les déboires ayant précédé le triomphe de cette mission américaine qui marqua l\u2019histoire.Odile Tremblay La révolution silencieuse (V.O.all.avec s.-t.f.) ?En 1956, les étudiants d\u2019une classe de Stalinstadt, une banlieue industrielle de Berlin-Est, observèrent une minute de silence en hommage aux victimes de l\u2019insurrection de Budapest réprimée Colette ?Mariée depuis peu à l\u2019écrivain Willy (Dominic West), la jeune Sidonie-Ga- brielle Colette (Keira Knightly) se voit contrainte par ce premier de devenir l\u2019une de ses nombreux prête-plumes.Alors que le roman Claudine à l\u2019école devient un grand succès, Colette voudrait bien sortir de l\u2019ombre de Willy.Anecdotique, propret, un chouïa sulfureux, ce biopic du réalisateur de Toujours Alice se contente de raconter les chicanes de ménage et les liaisons ex- traconjugales de Colette et Willy dans le Paris mondain de la Belle Époque.Manon Dumais Fahrenheit 11/9 ?Quoique plus réussi que ses derniers documentaires, Fahrenheit 11/9, du trublion américain Michael Moore, charge contre Donald Trump, malgré un brûlant démarrage, se dilue sans garder sa force de frappe.Le film tra- gicomique suit plusieurs lièvres à la fois, s\u2019égare en route, et malgré des parallèles provocateurs entre Trump et Hitler, ne nous apprend pas grand- chose de neuf sur le locataire de la Maison-Blanche.Son constat d\u2019échec de la société américaine dans l\u2019ensemble, règne des démocrates y compris, est plus saisissant, témoignant aussi d\u2019une détresse militante, par- delà ses appels à la résistance.Odile Tremblay par l\u2019Union soviétique.Trahissant un esprit contestataire de leur âge, l\u2019initiative agaça les autorités pour qui toute dissidence devait être matée.Reconstituée avec un soin parfois esthétisant, cette page d\u2019histoire méconnue souffre d\u2019une mécanique narrative un peu trop arrangée avec le gars des vues \u2014 défaut souvent inhérent à ces entreprises dites factuelles.Si bien interprétés soient-ils, les personnages n\u2019échappent pas au statut d\u2019archétypes.Fréquentés souvent, dans maints autres films, ils commandent certains développements qui, en retour, confinent l\u2019intrigue à un terreau narratif convenu.Or, un savoir- faire indéniable est à l\u2019œuvre, et le film ne manque ni rythme, ni de souffle.Qui plus est, les événements relatés restent prenants.Aussi romancés eussent-ils été.François Lévesque The New Romantic (V.O.) ?Dans l\u2019espoir de remporter un prix en journalisme subjectif, Blake, une étudiante convaincue que le romantisme est mort, devient une « sugar baby».Son sujet, Ian, un professeur fin trentenaire, la paie à sa demande en «romance».En périphérie, Jacob, un confrère étudiant, lui manifeste un intérêt malhabile.S\u2019ensuit une comédie vive, quoique superficielle.Intéressante, la prémisse n\u2019est pas tant approfondie qu\u2019utilisée comme levier dramatique d\u2019un récit amoureux prévisible, avec archétypes du genre déployés de manière classique : le chevalier servant qui se révèle un triste sire, le garçon détesté qui s\u2019avère \u2014 ô surprise \u2014 charmant, et l\u2019héroïne qui pense désirer l\u2019un mais veut l\u2019autre (une référence à Jane Austen ne suffit pas à rendre la trame postmo- derne).Le scénario est cependant fertile en réparties savoureuses, auxquelles la talentueuse distribution fait honneur.Il est en outre quelques moments forts qui, par intermittence, confèrent une aura spéciale au film.François Lévesque Galveston ?1/2 Tout semble réussir à l\u2019actrice et cinéaste française Mélanie Laurent, qui fait merveille tant devant la caméra (dont celle de Tarantino et celle de Philippe Lioret) que derrière (Respire, Plonger, le documentaire Demain).Pas étonnant qu\u2019elle ait été tentée par la grande séduction américaine, tournant son premier long métrage en anglais avec la complicité du toujours solide Ben Foster.Elle s\u2019égare (de bien des façons) dans le sud des États-Unis, suivant les pérégrinations et les dérives d\u2019un homme de main (Foster) et d\u2019une prostituée (Elle Fanning).Ce duo dépareillé quitte La Nouvelle-Orléans dans la tourmente, alors que l\u2019homme et la femme ne se connaissaient pas, et prend la route dans l\u2019urgence, un chemin ponctué de surprises, et pas que des bonnes.Malgré la beauté mélancolique du décor, Laurent explore tout cela en touriste, n\u2019injectant rien de très original à ce road-movie au parcours bien balisé.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019œuvre d\u2019Alexander Calder n\u2019en est pas à sa première réévaluation.Les années 1990 furent à cet égard très riches.En 1994, lors de l\u2019exposition que lu i consacra i t l e Whi tney Museum \u2014 présentation qui fit un arrêt au Musée du Québec \u2014, l\u2019historien de l\u2019art Patrice Loubier remarquait comment cet artiste subissait une relative éclipse critique.En 1996, dans le catalogue de l\u2019expo Calder du Musée d\u2019ar t moderne de la ville de Paris, Miriam Simon expliquait comment son œuvre était prisonnière d\u2019une lecture liée à sa vie, mais aussi d\u2019oppositions entre des pôles positifs et négatifs plus ou moins simplistes, entre « jeunesse et vieillesse, Amérique et Vieux Continent, enfant et adulte, humour et sérieux, primitif et civilisé, imaginaire ou poésie et réalité, ingénuité et ingéniosité, mouvement et immobilité ».Simon ajoutait que rares étaient les historiens à effectuer une analyse formelle approfondie de son travail.L\u2019intérêt de la rétrospective qui a lieu au Musée des beaux-ar ts de Montréal (MBAM) ces jours-ci réside dans le désir des deux commissaires d\u2019ef fectuer une lecture plus tranchante de cette œuvre.Le titre annonce ses couleurs.Calder aurait été un créateur « radical » ayant rompu avec la tradition.Il aurait introduit « des matériaux, des outils et des processus novateurs » et aurait su en finir avec une certaine vision de la sculpture faite de matériaux lourds et massifs.Ses sculptures en fil de fer, jouant sur leurs ombres projetées, incarneraient le début de cette révolution.Avec ses mobiles, œuvres qui bougent dans l\u2019espace, il n\u2019aurait pas seulement introduit le mouvement dans le domaine de la sculpture, mais aussi montré le mouvement comme forme d\u2019art.Et Calder innova aussi en réalisant des mobiles sonores, des mobiles motorisés\u2026 L\u2019ar tiste sort bien évidemment grandi de cette présentation, d\u2019autant qu\u2019on le présente comme un génie précoce.Un autoportrait réalisé à neuf ans participe un peu facilement \u2014 et humoristi- quement?\u2014 à cette célébration.Plus judicieusement, les commissaires rappellent que Calder fut le plus jeune artiste à avoir une rétrospective au MoMA (en 1943) et que Jean-Paul Sartre souligna l\u2019aspect révolutionnaire de son travail.Il y apparaît comme une figure majeure de l\u2019ar t du XXe siècle, digne des plus grands, comme Piet Mondrian ou Marcel Duchamp.Ce fut d\u2019ailleurs Duchamp qui inventa en 1931 le nom « mobile » pour désigner les sculptures mouvantes de Calder, mot qui en français sert aussi à désigner les raisons d\u2019une chose, par exemple les motivations d\u2019un crime.Voilà une relecture d\u2019autant plus nécessaire que, dans la mémoire collective, l\u2019œuvre de Calder fut souvent éclipsée par celle de ses contemporains.Par exemple, le célèbre tableau Guernica de Picasso vola la vedette à la Fontaine de mercure que Calder exposa pourtant lui aussi dans le hall du pavillon espagnol lors de l\u2019Exposition universelle de Paris en 1937.Cette fontaine était également un hommage à la résistance contre Franco, celle des travailleurs dans les mines de mercure en Espagne.Certes, cette expo s\u2019opère autour d\u2019une évolution chronologique un peu convenue, allant de l\u2019enfance à la vieillesse.Mais, fort bien installée (la salle centrale toute blanche est une merveille), elle permet de relire un pan important de la sculpture moderne.Dans cet ordre d\u2019idées, on aurait dû insister davantage sur les liens de Calder avec l\u2019art cinétique du XXe siècle en exposant quelques œuvres de Duchamp, de Gabo ou de Moholy-Nagy, qui révolutionnèrent eux aussi l\u2019ar t de la sculpture par l\u2019usage du mouvement.Ces comparaisons auraient certainement permis de mettre à l\u2019épreuve cette thèse de l\u2019artiste radical.Alexander Calder : un inventeur radical Commissaire : Elizabeth Hutton Turner et Anne Grace.Au Musée des beaux- arts de Montréal, jusqu\u2019au 24 février.Calder, le mobile du crime L\u2019exposition du MBAM montre comment l\u2019artiste participa à la mort d\u2019une certaine idée de la sculpture Temps troubles avec Jeremy Shaw C\u2019est le signe paradoxal de notre époque\u2026 Bien des œuvres créées de nos jours jouent à mélanger les références aux manières et styles du passé au point où on pourrait presque se demander si elles sont anciennes ou contemporaines.L\u2019art se sert de citations, de pastiches, de parodies, d\u2019imitations, d\u2019emprunts\u2026 Une des caractéristiques de notre époque est d\u2019être une sorte de caméléon esthétique.L\u2019installation vidéo Liminals de Jeremy Shaw \u2014 œuvre présentée en première lors de la Biennale de Venise de 2017 \u2014 débute, à s\u2019y méprendre, comme un reportage en noir et blanc élaboré par la BBC dans les années 1960-1970.Cette vidéo, qui fait partie d\u2019une trilogie, nous montre un groupe de gens qui, dans un futur où l\u2019humanité est en voie d\u2019extinction, tente d\u2019allier « technologies contemporaines et anciennes traditions humaines » afin d\u2019atteindre un niveau d\u2019évolution supérieure.Ainsi, l\u2019humanité arriverait à associer un monde matériel à un monde virtuel, à unifier espace, temps et énergie\u2026 Pour illustrer la chose, le film bascule, se décompose dans une sorte d\u2019ivresse, de transe d\u2019images numériques aux couleurs psychédéliques.Des liens seraient à faire avec le plus récent et merveilleux film de Godard intitulé Le livre d\u2019image.Liminals De Jeremy Shaw, commissaire : Geneviève Goyer-Ouimet, MBAM, jusqu\u2019au 24 mars Jeremy Shaw, Liminals (arrêts sur image), 2017.Prêt de la collection Bailey, Canada.SOURCE MBAM Herbert Matter (1907-1984), Untitled [Sans titre] (1936), mobile de Calder suspendu, en mouvement, vers 1939.© 2018 Calder Foundation, New York / Artists Rights Society (ARS), New York / SOCAN, Montréal.SOURCE MBAM | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Lieux pratiquement voisins au cœur du Plateau Mont-Royal, à moins de 10 minutes de marche l\u2019un de l\u2019autre, le centre Oboro et la galerie Pierre- François Ouellette art contemporain proposent des œuvres qui désorientent à plus d\u2019un chapitre.Sans se répéter, les deux expositions en cours explorent des thèmes similaires autour de l\u2019orientation, de la spatialisation et de notre perception de la réalité.Rue Rachel, chez Pierre-François Ouellette, l\u2019artiste Luc Courchesne présente le résultat de ses plus récentes recherches liant arts numériques et vues panoramiques.Premier constat déroutant : les dispositifs circulaires si propres à Courchesne, y compris les disques de ses images «panoscopiques», ont disparu.Le travail de ce pionnier des jadis « nouveaux médias » et ex-directeur de la Société des arts technologiques prend désormais la forme d\u2019axes verticaux et horizontaux.L\u2019exposition, qui compor te des installations et sculptures in situ, en réalité virtuelle et en réalité augmentée, s\u2019intitule d\u2019ailleurs Horizon (Fragments).L\u2019horizon chez Luc Courchesne se décompose désormais en une multitude d\u2019éléments, alors qu\u2019auparavant il pouvait tenir en une image, voire en une structure immersive.Dans les deux premières salles de la galerie, des jeux de transparence et de miroirs ainsi que des ef fets de lumière et d\u2019ombre reproduisent l\u2019espace qui nous entoure, de manière à la fois littérale et imagée.Bien sûr, chez Courchesne, la technologie de l\u2019heure n\u2019est jamais loin, et c\u2019est une application numérique qui fait apparaître une sculpture flottante dans la salle d\u2019exposition, ou dans l\u2019image que l\u2019on se fait de cette salle.Il est beaucoup question d\u2019observation et de savants calculs, comme chez de Vinci, dont l\u2019Homme de Vi- truve a inspiré ici l\u2019artiste montréalais.Dans la salle au fond de son local, la galerie expose des corpus précédents de Courchesne, dont, oui, une de ses images sur disque, L\u2019invention de l\u2019horizon (2013).Celle-ci a été réalisée au sommet du glacier de Buet, dans les Alpes, à partir d\u2019un dessin du XVIIIe siècle considéré comme la représentation fondatrice du panorama à 360 degrés.Où ?Ailleurs.Les obsessions de Luc Courchesne pour voir tout autour de la tête trouvent un écho dans l\u2019exposition à Oboro, intitulée justement Où sommes-nous \u2014 sans point d\u2019interrogation, question de semer la confusion.Rue Berri, c\u2019est à une réunion Suisse-Canada que l\u2019on est conviés, à travers une vingtaine d\u2019œuvres de quatre artistes.Au-delà de son titre, du plan des salles volontairement chaotique et de l\u2019emplacement de certaines œu- vres dans des endroits inusités, l\u2019expo aborde la déroute sous plusieurs aspects.Les deux commissaires, Aaron Pollard et Chantal Molleur, nous invitent à ne pas nous contenter de ce qui nous est donné à voir \u2014 ou à entendre.Le travail vidéo de Judith Albert est sans doute celui qui traduit le mieux l\u2019idée d\u2019embrouillement.Les lieux représentés, l\u2019espace de représentation (l\u2019écran, la galerie) et les moyens pour y parvenir (le processus de création) ne sont jamais ce qu\u2019on croit qu\u2019ils sont.Chez cet ar tiste suisse, tout est soigné, loin de l\u2019anarchie.C\u2019est ce qui le rend d\u2019autant plus troublant, Perdre le nord Déroutes virtuelles et pertes de sens réelles traversent deux expositions voisines Judith Albert, Mare Moso, 2015 et Dana Claxton, The Protector, 2015 PAUL LITHERLAND comme cet individu qui marche autour d\u2019un trou noir sans y tomber.Dans Mare Mosso (2015), vagues, papiers déchirés et projections d\u2019 images se superposent sans qu\u2019on sache qui vient couvrir quoi.Et l\u2019occupation des lieux, dos à dos plutôt que face à face, des deux Prolog (2015) est aussi efficace que simple.Le questionnement physique est relayé par une réflexion psychique et sociale chez Dana Claxton, dont les œuvres visent à rapprocher des mondes distants, comme les « cosmologies coloniale et autochtone ».Les images fixes, imprimées ou projetées, de Katrin Freisager mêlent quant à elles réalité et fiction, lieux naturels et fabriqués.C\u2019est cependant avec le travail sonore et visuel de Nik Forrest \u2014 jadis Nikki Forrest \u2014 qu\u2019on atteint une autre stratosphère.Dans deux installations de nature abstraite, non narratives, si vous préférez, l\u2019ar tiste « montréalais.e » brouille les pistes.Qu\u2019est-ce qui vient en premier : l\u2019œuf ou la poule, le son ou la lumière ?L\u2019une des œuvres nous plonge dans une ambiance type orageuse à l\u2019aide d\u2019une simple mise en scène basée sur un bruyant écran en polyester.Signalons avec bonheur qu\u2019avec cette Wild Intimacy (Sound to Light), Forrest exploite le plafond d\u2019Oboro comme ça ne s\u2019était pas fait depuis longtemps.Où sommes-nous ne pose pas une question.C\u2019est une af firmation qui n\u2019a comme certitude que celle de ne rien tenir pour acquis.Où sommes- nous / Horizon (Fragments) Oboro, 4001, rue Berri, jusqu\u2019au 27 octobre./ De Luc Courchesne, Pierre-François Ouellette art contemporain, 963, rue Rachel Est, jusqu\u2019au 27 octobre. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e L e s 4 0 a n s d u g a l a d e l \u2019A D I S Q 1 8 | Réverbération dans l\u2019espace Une nouvelle exposition de [r]éalité [v]irtuelle au Centre Phi 25 sept.2018 \u2013 20 janv.2019 centre-phi.com #expoecho Billets : GRAND ANGLE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR out ne va pas mal dans le monde de la musique québécoise, où la quantité et surtout la qualité du travail qui se rend à nos oreilles sont plus qu\u2019honorables.Mais le moral de l\u2019industrie est plutôt changeant, alors que les métamorphoses numériques qui l\u2019af fectent n\u2019en finissent plus de faire valser les habitudes, les modèles et les colonnes comptables, qui tendent de plus en plus vers le rouge.Alors que l\u2019Association québécoise de l\u2019industrie du disque du spectacle et de la vidéo (ADISQ) tiendra dimanche prochain son 40e gala, la présidente de l\u2019organisation, Solange Drouin, estime qu\u2019il est urgent qu\u2019un « nouvel ordre social » se mette en place dans le monde de la musique, sans quoi « on risque de perdre tout ce qu\u2019on a bâti au fil des ans.» À la base du désarroi actuel, il y a bien sûr la forte présence des plate- formes de streaming dans les habitudes d\u2019écoute, ce qui a par ailleurs entraîné des chutes dramatiques des ventes de disques en format physique.Entre 2016 et 2017, les ventes globales ont chuté de 15 %, alors qu\u2019elles avaient périclité de 25 % entre 2015 et 2016.En chiffres absolus, il s\u2019était vendu l\u2019équivalent de quelque 10,3 millions d\u2019albums en 2012, un chif fre qui atteignait 5,75 millions en 2017, cinq petites années plus tard.Le constat de Solange Drouin est que de nos jours, « il n\u2019y a personne qui est là pour une autre raison que parce qu\u2019il aime ça, faire de la musique.Ceux qui avaient une seule idée en tête, celle de faire de l\u2019argent, ils ne sont plus là ».Une « épuration» qui peut avoir de bons côtés, mais la réalité est que l\u2019ADISQ est inquiète pour les joueurs qui restent là.«Ce qu\u2019on souhaite, c\u2019est que les entreprises et les artistes d\u2019aujourd\u2019hui puissent continuer à faire ce qu\u2019ils font dans 10 ou 15 ans, af firme Mme Drouin.Ce que je dis souvent aux pouvoirs publics, c\u2019est que oui, il va y en avoir de la musique demain [\u2026].Mais le défi pour nous, c\u2019est de savoir si notre musique sera là.Ce qui se met en place ne favorise pas nécessairement plus de diversité, ça favorise encore plus la concentration des revenus entre les mains de quelques artistes très populaires de la planète.» Au minimum, croit l\u2019ADISQ, musiciens, producteurs et programmateurs ont besoin d\u2019un répit en attendant que l\u2019État prenne les choses en main.Mais les défis devant eux sont nombreux.En voici quelques-uns, illustrés par des travailleurs du milieu musical interrogés par Le Devoir.1.Mieux redistribuer la richesse Aux yeux de David Bussières, membre du groupe Alfa Rococo et cofonda- teur du Regroupement des artisans de la musique (RAM), le problème principal est que « l\u2019argent que les gens dépensent pour avoir accès à la musique et à du contenu audiovisuel en général ne va peu, voire pas du tout, aux créateurs».Et ce, dit-il, alors que les Québécois dépensent plus que jamais pour la culture via leurs abonnements à Internet, les appareils mobiles et les plateformes d\u2019écoute en continu.«Ce n\u2019est pas un problème de demande.L\u2019offre est aussi là.C\u2019est un problème de captation de valeur Des défis pour la survie de la musique d\u2019ici Du streaming à la découvrabilité, les créateurs, producteurs et diffuseurs font face à de nombreux enjeux T Klô Pelgag en spectacle, en 2017.Pour plusieurs joueurs, la mise en scène doit peser de plus en plus lourd dans le montage d\u2019un spectacle.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR | 19 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Billetterie \u2014 418 641-6797, poste 3 ou Billetech Des spectacles à découvrir Cabaret désobéissant Soirée irrévérencieuse en lecture et en musique \u2014 Performances de 15 artistes ! Mardi 23 octobre \u2014 20 h \u2014 Impérial Bell Chrysalides Queen KA, reine du spoken word, et son band, livrent des textes poétiques qui donnent envie de changement Jeudi 25 octobre \u2014 19 h 30 \u2014 Impérial Bell L\u2019obéissance - Suzanne Jacob Lecture de Pascale Montpetit Musique : Martin Lizotte Vendredi 26 octobre \u2014 20 h Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone Tarif unique 20 $ Forfait 50 $ La bibliothèque interdite Sébastien Ricard incarne avec fougue et intériorité un poète idéaliste Musique : Tango Boréal Mercredi 24 octobre \u2014 20 h \u2014 Impérial Bell pour 3 spectacles par billet par des entreprises.Les lois ne sont pas encore adaptées, elles ne sont pas obligées de contribuer.» Solange Drouin de l\u2019ADISQ navigue dans le même sens, alors qu\u2019elle appelle les Spotify, YouTube et autres fournisseurs d\u2019accès Internet de ce monde à contribuer « à cette nouvelle chaîne de distribution de la musique ».« Mais il y a des articles de la Loi sur le droit d\u2019auteur qui exemptent les fournisseurs d\u2019accès Internet de cette obligation de contribuer », rappelle M.Bussières.Le processus de révision de la loi est entamé à Ottawa depuis mars.2.Découvrabilité Le terme « découvrabilité » fait son chemin dans les différentes discussions sur le numérique depuis plusieurs années déjà, mais rien ne semble joué en ce sens.En résumé : comment le marché québécois, francophone de surcroît, peut-il tirer son épingle du jeu dans la masse musicale à forte majorité anglophone ?«Si, sur les plateformes en ligne, on est rémunéré à l\u2019utilisation, encore faut-il être utilisé, résume Solange Drouin de l\u2019ADISQ.Sur tous les services de musique en ligne, il faut qu\u2019on se retrouve dans les listes de lecture.Sinon, on n\u2019aura rien gagné.» Il faut donc mener de front deux combats, croit David Bussières : celui des redevances aux artistes et celui de la découvrabilité.L\u2019impact de cet enjeu est vaste, estime pour sa par t Steve Marcoux, programmateur musique chez Scène 14-25 et à [co]motion, qui brasse des affaires dans le spectacle à Laval.«À partir du moment où les albums ne sont plus entendus, les ar tistes ne sont plus capables de faire sortir les gens dans les salles, tout le cycle est cassé », dit-il.3.Spectacle spectaculaire À notre époque où il est si facile d\u2019avoir accès de son salon à des milliers de productions culturelles, Steve Marcoux croit par ailleurs «qu\u2019il faut rendre le spectacle spectaculaire », et que le simple tour de chant folk, qui a bien sûr toujours sa place, a un ennemi de taille en Netflix.« Il faut des spectacles bien articulés, avec une mise en scène, une bonne script-édition pour les moments entre les chansons [\u2026] Il faut amener du spectacle, rendre ça unique et faire en sorte que le déplacement en vaille la peine.On ne peut plus s\u2019offrir des spectacles mous.» Encore faut-il avoir les moyens de s\u2019offrir du temps et des ressources pour ce faire, souligne Marcoux, qui serait favorable à un cer tain transfert des subventions du disque vers la scène.Et le spectacle n\u2019est pas la panacée souvent évoquée pour les artistes, tient à préciser David Bussières.« Il est faux de croire que le spectacle aujourd\u2019hui pallie le manque à gagner de la chute des ventes d\u2019album.Les cachets de spectacles ne sont pas montés en flèche, ce n\u2019est pas vrai, même que c\u2019est sur une pente descendante, je dirais.» 4.Essoufflement des petites salles Isabelle Ouimet, coordonnatrice à la programmation du Coup de cœur francophone (CCF) et elle-même musicienne, note que dans un certain créneau, il devient ardu pour un artiste de mettre sur pied une série de spectacles un peu par tout au Québec.« On voit vraiment se trancher franchement le monde des dif fuseurs subventionnés et celui des dif fuseurs non subventionnés, le monde des salles et celui des bars-dif fuseurs.» Ces petites salles tiennent souvent sur les épaules de travailleurs culturels dévoués, qui donnent des dizaines d\u2019heures de plus que ce pour quoi i ls sont payés.« C\u2019est une question cr uciale pour la sur vie d\u2019une scène en santé.Il n\u2019y a pas de moyens pour payer le monde, pour encadrer les structures, ne serait-ce que l\u2019aspect contractuel, la promotion, le développement de clientèle.[\u2026] À un moment donné, le bénévolat et l\u2019action sociale culturelle, ç\u2019a ses limites.» 5.Femmes et minorités La présence équitable ou paritaire des femmes dans les programmations des festivals et des salles de spectacles a fait couler beaucoup d\u2019encre dans les der niers mois.L\u2019ADISQ se dit « sensible à cette réalité-là » et souhaite voir plus de femmes prendre des places de choix dans l\u2019industrie, autant sur les planches que dans les conseils d\u2019administration.« Mais on n\u2019est tellement pas au début de la chaîne que c\u2019est dur d\u2019agir.» Isabelle Ouimet du CCF n\u2019est pas partisane « d\u2019un encadrement structurel ou légal », mais opterait pour plus de sensibilisation.Du même souffle, elle admet que la programmation de son festival, qui commence le 1er novembre, n\u2019atteint pas la parité.Mais ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essayé.« Pour mes têtes d\u2019af fiche, j \u2019avais une dizaine de femmes sur la ligne de dépar t.Et au final, il n\u2019y en a qu\u2019une qui reste.Ma liste était très enviable et très belle, mais ça ne s\u2019est pas concré- t isé.Et c\u2019est malheureusement aussi la réalité des programmateurs dans n\u2019importe quelle structure.Il y a une question de disponibilité, de moyens, de stratégie, de profil artistique, de ligne éditoriale.Il y a tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte qu\u2019on ne peut pas garantir un résultat.» Et aux yeux de Steve Marcoux, il y a aussi peu d\u2019offres qui s\u2019adressent aux communautés culturelles.« Nos scènes sont trop blanches, on n\u2019est pas en connexion avec notre milieu.» Il faut selon lui bâtir des ponts pour que des artistes et des publics dif férents investissent les salles de spectacles.La clé ?« Il faut qu\u2019on s\u2019adapte, on n\u2019a pas les mêmes façons de faire.Cet été, on a fait un spectacle de musique indienne, ben ça venait avec un buffet à l\u2019entracte pour les spectateurs ! » 6.Les quotas radio Le dossier de la révision des quotas de musique francophone à la radio commerciale traîne depuis presque trois ans maintenant, mais l\u2019ADISQ s\u2019attend à ce que le CRTC s\u2019y plonge dans les prochains mois.« Dans leur planification stratégique, c\u2019est en haut de la liste.Enfin », dit Solange Drouin.L\u2019ADISQ souhaite garder le taux de 65 % de musique francophone sur les ondes, alors que les radios commerciales aimeraient le voir descendre à 35 %.« On voit se trancher franchement le monde des diffuseurs subventionnés et celui des diffuseurs non subventionnés, le monde des salles et celui des bars-diffu- seurs», note Isabelle Ouimet du CCF.PEDRO RUIZ LE DEVOIR e célèbre musicien baroque Christophe Rousset et ses Talens lyriques sont les invités vedettes de la salle Bourgie pour une fin de semaine de célébrations autour du 350e anniversaire de la naissance du compositeur François Couperin.Chose rare pour un jeune musicien né en 1961, Christophe Rousset est entré très tôt en contact avec la musique de François Couperin (1668-1733).D\u2019abord, dit-il au Devoir, comme « apprenti pianiste ».« J\u2019avais été charmé et comme j\u2019ai été attiré très tôt par l\u2019esthétique baroque, le clavecin s\u2019est imposé à moi.Il se trouve que j\u2019ai grandi à Aix-en- Provence et qu\u2019il y avait une classe de clavecin.J\u2019ai donc commencé le clavecin à 13 ans, ce qui était plutôt rare dans les années 1970.» Dans ces conditions, un élève aborde la musique de Couperin assez rapidement, d\u2019autant que le compositeur des Rois de France a écrit un recueil sur L\u2019art de toucher le clavecin.« Même si c\u2019est censé être pour des débutants, c\u2019est une œuvre extrêmement compliquée », commente au- jourd\u2019hui Christophe Rousset, captivé par la complexité, le charme sonore et la singularité harmonique.« Plus on avance dans l\u2019étude du clavecin, plus on se rend compte que Couperin est un être à part.Pour moi, Couperin est unique, un peu comme Proust en littérature ou Vermeer en peinture.C\u2019est comme s\u2019il me chuchotait quelque chose à l\u2019oreille.» Cette proximité a amené Christophe Rousset à enregistrer l\u2019intégrale de l\u2019œuvre pour clavecin de Couperin pour Harmonia Mundi.Au bout du chemin, un constat : « Il n\u2019y a pas une pièce faible ; tout est sensé, sensible, attachant, merveilleusement L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR Christophe Rousset, vedette des Journées Couperin Le musicien a articulé sa présence à Montréal en trois thèmes : ombre, lumière et danse Chose rare pour un jeune musicien né en 1961, Christophe Rousset est entré très tôt en contact avec la musique de François Couperin (1668-1733).IGNACIO BARRIOS L poétique.» Avec ses Talens lyriques, qui l\u2019accompagneront à Montréal, le musicien a poursuivi l\u2019exploration : « Je me suis attaqué au reste \u2014 Les goûts réunis ; les Concer ts royaux ; Les nations, qui sont des pièces en trio ; les Leçons de ténèbres.Tout, en fait, sauf les pièces d\u2019orgue, parce que je ne joue pas d\u2019orgue, et quelques motets.» Cette connaissance intime des partitions, Christophe Rousset l\u2019a partagée en 2016 dans un livre de réflexions paru aux éditions Actes Sud.« Je me suis rapproché de Couperin par ses écrits.En fait, nous n\u2019avons pas grand-chose de lui.C\u2019est un être relativement secret, mais qui se livre beaucoup dans les préfaces de ses partitions.François Couperin est très préoccupé par lui-même, et sa musique est une musique de très grande subjectivité.Couperin est l\u2019un des premiers à indiquer des caractères, tels que \u201ctendrement\u201d, \u201cvoluptueusement\u201d, \u201csans lenteur\u201d».Aux yeux de Rousset, à travers ces petits commentaires Couperin « demande à l\u2019interprète de s\u2019investir personnellement et d\u2019y mettre du cœur».Un agencement thématique Aujourd\u2019hui, samedi, et demain, dimanche, à la salle Bourgie en l\u2019honneur de Couperin, trois concerts avec Christophe Rousset et les Talens lyriques sont prévus.Si le musicien avait déjà visité la salle Bourgie en avril 2013, et y avait dirigé Arion et La Chapelle de Québec dans le Requiem de Campra en 2015, c\u2019est la première fois de leur histoire que les Talens lyriques se produiront au Québec.Le musicien a articulé sa présence en trois thèmes : ombre, lumière et danse.Les programmes suivent des thématiques déclinées dans plusieurs formations, du clavecin seul aux œuvres instrumentales et vocales.Le programme Ombres de samedi à 14 h relaie les « ambiances souvent assez ténébreuses » de Couperin.« Les Pièces de viole sont les dernières pièces composées par Couperin, son testament musical, avec une sûreté de geste et un monde harmonique étonnant.Couperin revient à une suite de danses sans titres évocateurs ; une musique pure.» Au clavecin seul, Christophe Rous- set jouera Les idées heureuses, œuvre emblématique de Couperin, et Les ombres errantes, partition qui le fascine.« Les ombres errantes convoquent tout ce que Couperin sait faire : dilater le temps et créer avec trois notes un monde de sonorités et d\u2019harmonies inouïes.Chaque fois que je joue cette œu- vre, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019emmener le public très loin dans un monde affectif et sonore que peu de compositeurs sont capables d\u2019engendrer.» Le concert s\u2019achèvera par les Leçons de ténèbres du Mercredi saint, «probablement les plus belles choses de la musique vocale religieuse française de tous les temps», selon le musicien.Le concert de 19 h 30 opposera la Lumière à ces ténèbres, « parce que Couperin est aussi un compositeur de la Régence et du premier Louis XV, c\u2019est-à-dire les scènes de Watteau, le côté poudré, sophistiqué, élégant et charmeur ».Pour cela, le musicien a choisi un concer t des Goûts réunis, Trois airs sérieux, le 7e ordre du Second livre des pièces de clavecin, « l\u2019un des plus lumineux, tendres et expressifs, notamment le Tableau des âges » et le 3e Concer t royal pour finir, « afin de rappeler que Couperin a été un musicien choisi par Louis XIV et proche de son monarque ».Dimanche, à 14 h, le claveciniste Christophe Rousset s\u2019associera au danseur contemporain Alban Richard, qui improvisera sur des suites de Louis (l\u2019oncle) et François Couperin.Les Journées Couperin de la salle Bourgie n\u2019en seront pas achevées pour autant.Dimanche à 17 h, l\u2019organiste Jean-Willy Kunz prolongera le panorama avec un concert à l\u2019orgue (Messe propre pour les couvents, Chaconne, sonate L\u2019impériale, Messe à l\u2019usage des paroisses), les journées se concluant mercredi 24 octobre par un concert d\u2019Edward Higginbottom, à la tête du Studio de musique ancienne de Montréal.Higginbottom dirigera la Missa As- sumpta est Maria de Marc-Antoine Charpentier et cinq motets de Couperin, dont trois, reconstitués par ses soins, n\u2019ont jamais été chantés en Amérique du Nord.Edward Higgin- bottom donnera d\u2019ailleurs une conférence mardi à 17 h 30 sur ce travail de reconstitution.Les Journées Couperin Christophe Rousset et les Talens lyriques, 1er concert : Ombre, samedi, 14h.Entretien avec Christophe Rousset animé par Natalie Michaud, samedi, 16h.2e concert : Lumière, samedi, 19h30.Christophe Rousset et Alban Richard, Suites dansées, dimanche, 14h.Jean-Willy Kunz, Jean-Willy Kunz, orgue, dimanche, 17h.Edward Higginbottom, Studio de musique ancienne de Montréal, Marie, les saintes et le roi, mercredi 24 octobre, 19h30.| 2 1 C u l t u r e C l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 D E S R É A L I S A T E U R S D E M E R U UN FILM DE ELIZABETH CHAI VASARHELYI ET JIMMY CHIN VERSION ORIGINALE ANGLAISE MAINTENANT À L\u2019AFFICHE AU CINEPLEX FORUM /4 T H E G LO B E & M A I L « CAPTIVANT ET STUPÉFIANT.ALLEZ VOIR FREE SOLO.» T H E WA S H I N G TO N P O S T /4 « L\u2019ASCENSION EST PÉRILLEUSE MAIS ELLE EST MAGNIFIQUE.» L A P R E S S E /4 « UN DES PLUS GRANDS EXPLOITS ATHLÉTIQUES DE TOUS LES TEMPS.» T H E N E W YO R K T I M E S DES CRÉATEURS DE M A N U FAC T U R E D L A N DS C A P E S ET WAT E R M A R K AN TH R O P O C È N E L\u2019 É P OQUE HUM A IN E U N F I L M D E J E N N I F E R B A I C H WA L , N I C H O L AS D E P E N C I E R E T E DWA R D B U R T Y N S K Y N A R R AT I O N PA R PAS C A L E B U SS I È R E S THE GLOBE AND MAIL, TORONTO STAR /4 « RAVISSANT ET CHOQUANT.» THE GLOBE AND MAIL « QUI AURAIT CRU QUE LA FIN DU MONDE PUISSE ÊTRE SI BELLE?» NATIONAL POST « CES IMAGES S\u2019IMPRIMENT DANS NOTRE ESPRIT MIEUX QUE TOUS LES DISCOURS ÉCOLOGIQUES.» ODILE TREMBLAY, LE DEVOIR MAINTENANT AU CINÉMA MAINTENANT À L\u2019AFFICHE AU CINEPLEX QUARTIER LATIN POUR UNE SEMAINE SEULEMENT VERSION ORIGINALE ANGLAISE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS « UN BEAU POLAR ROMANTIQUE.» PREMIÈRE B E N F O S T E R E L L E F A N N I N G Concerts de la semaine Juraj Val?uha.Troisième visite à l\u2019OSM pour le chef slovaque de 42 ans.Directeur musical du Théâtre San Carlo de Naples et premier chef invité de l\u2019Orchestre du Konzerthaus de Berlin, Juraj Val?uha revient dans le cadre du processus de sélection du nouveau directeur musical.Son programme comprend le 1er Concerto pour piano de Mendelssohn avec André Laplante et la Symphonie alpestre de Strauss.Mercredi 24 et jeudi 25 octobre à 20h, à la Maison symphonique.Garrick Ohlsson.Le pianiste américain de 70 ans interprétera l\u2019intégrale de l\u2019œuvre pour piano seul de Brahms lors de quatre concerts répartis sur deux saisons.La première de ces soirées aura lieu jeudi.Elle comprend les Klavierstücke opus 76, les quatre Ballades pour piano opus 10 et trois séries de variations: le 1er livre des Variations Paganini, les Variations sur un thème original et les Variations sur un thème hongrois.Jeudi 25 octobre à 19h30, à la salle Bourgie.Couperin à la québécoise Le claveciniste et chef d\u2019orchestre québécois Olivier Fortin, directeur musical de l\u2019Ensemble Masques, publie chez Alpha un programme de pièces pour clavecin tiré des divers Livres de pièces de clavecin de François Couperin entrecoupées des courts Préludes de L\u2019art de toucher le clavecin, un recueil de 1716 qui donne son titre au disque.Fortin exprime son credo dans un court texte de présentation : « Il faut sans cesse chercher à donner le vrai sens à cette palette mouvante de sentiments naviguant entre fantaisie, passion, sensualité et noblesse.» Le clavecin, de la collection de Gustav Leonhardt (qui en était fier), est un « faux ancien» qui sonne merveilleusement.Couperin L\u2019art de toucher le clavecin ?Olivier Fortin, Alpha 408 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | CLASSIQUE Himmelsmusik ?L\u2019Arpeggiata, Christina Pluhar, Erato 0190295634001 Christina Pluhar a souvent fait les manchettes ces dernières années par ses projets musicaux que l\u2019on pourrait qualifier de «chemins de traverse» mêlant musique baroque et styles musicaux plus contemporains.Elle revient avec Himmelsmusik (Musique céleste), programme d\u2019essence «pure» en compagnie de son ensemble L\u2019Arpeggiata et de quatre chanteurs idéalement assortis: Céline Scheen, Philippe Jaroussky, Jésus Rodil et Dingle Yandell.Les compositeurs très variés célèbrent en quelque sorte la lumière italianisante (intensité des affects) dans le répertoire vocal germanique du XVIIe siècle, comme en témoigne idéalement le lamento de Johann Christian Bach chanté par Philippe Jaroussky à la plage 2.Ce disque fait évidemment une belle place à Heinrich Schütz («Von Gott will ich nicht lassen», «Erbarm dich Mein\u2026») et aboutit naturellement à Jean- Sébastien Bach («Komm süsser Tod» BWV 478, chanté par Philippe Jaroussky).Même si ce CD raffiné ne dispense pas le frisson ultime, il s\u2019agit d\u2019un superbe parcours.Christophe Huss HOMMAGE Héritage.Hommage à Félix Leclerc ?Avec un quintette de l\u2019OSM, Artistes divers, GSI Musique Magnifique.Ô la riche idée de Monique Giroux.Ô la beauté des arrangements pour quintette à cordes par Simon Leclerc.Les hommages au lion de notre chanson, on en a eu, on en aura, mais le parti pris est ici admirable : les participants et participantes «n\u2019étaient pour ainsi dire pas encore nés.es lorsque Félix nous a quittés le 8-8-88 », écrit l\u2019animatrice dans sa note d\u2019intro.L\u2019accompagnement est gage d\u2019éternité, et les bons choix se bousculent au portillon de la félicité : qui de mieux qu\u2019Émile Bilodeau pour Les 100 000 façons de tuer un homme ?Dénicher la très méconnue Blues pour Pinky (de 1968), faut connaître son Félix ! Donner les trop chargées Moi, mes souliers et autres Bozo en version instrumentale : idéale solution.Les hachures pleines d\u2019urgence des cordes et la voix de Mon Doux Saigneur balisent à neuf Notre sentier.Pomme, Matt Holubowski, Sam Harvey, Lou-Adriane Cassidy, personne ne détonne et tout étonne.Et ravit.Sylvain Cormier POP Broken Politics ?Neneh Cherry, Smalltown Supersound Ses vieux succès Buffalo Stance (1988) et 7 Seconds (avec Youssou N\u2019Dour, 1994) étaient bien enfouis dans notre mémoire lorsque l\u2019auteure-compositrice- interprète suédoise Neneh Cherry est réapparue il y a quatre ans avec l\u2019audacieux et rageur Blank Project.Arrive un 5e album en carrière, Broken Politics, qui pose la voix brisée de Cherry sur des rythmiques ici nettement plus nuancées.Le propos engagé, longue et sobre réflexion sur l\u2019état du monde, déboule dans un mélange encore de soul, de jazz, de hip-hop et de dub (l\u2019épatant groove enfumé de Kong!).Comme sur le précédent album, le Britannique Four Tet assure une réalisation spectaculairement raffinée: usant d\u2019instruments principalement acoustiques (orgues, percussions, cordes, vents, etc.), il tisse des grooves délicats qui veillent à ne jamais voler la vedette aux interprétations de Cherry.Le travail de la paire est particulièrement poignant sur les mélodieuses ballades Black Monday et Slow Release, qui viennent clore un disque complexe, parfois chaotique.La belle surprise de l\u2019automne.Philippe Renaud SPECTACLE Entre vous et nous ?1/2 M.St-Clair, M.M.Desrosiers, L.Dufault, M.-É.Thi- bert, Productions Martin Leclerc Tout dire en quatre mots ?J\u2019essaie.1.Souvenir.Cet album serait justifié ne serait-ce qu\u2019en rappel d\u2019une bien belle soirée.2.Incitatif.Vivre l\u2019expérience audio peut donner très envie d\u2019attraper en chemin cette tournée en cours.3.Témoin.C\u2019est la démonstration de savoir-chanter de quatre interprètes, toutes aussi efficaces à l\u2019avant-plan que dans les harmonies et les chœurs.4.Collégialité.Entre vous et nous se vit comme le jeu de chaise musicale que permet la rencontre rarissime entre des répertoires et des chanteuses.Une cinquantaine d\u2019auteurs-compositeurs en partage, des succès qui se ramassent à la pelle, des occasions saisies : Luce chez Aretha avec ses trois choristes, Marie Michèle qui les entraîne toutes chez Clémence, Martine dont tous les refrains sont imparables, Marie-Élaine qui célèbre Leyrac, Brel, Venne.Le mot de trop ?Incomplet.Fallait un double album.Sylvain Cormier TRAD Horizons ?1/2 Vishtèn, Productions Takashoun Il est ravissant, ce sixième album du trio trad Vishtèn qui, de son Île-du- Prince-Édouard natale, souffle ses chaleureuses envolées irlandaises sur chacune de ses onze nouvelles chansons.À nouveau, l\u2019harmonie des voix des jumelles LeBlanc (Emmanuelle et Pastelle) est du plus doux effet et donne même l\u2019impression d\u2019imposer le ton à Horizons, à guider prudemment les rythmiques de cet album enregistré à Joliette et réalisé, avec lustre, par le multi-ins- trumentiste Simon Marion (Nicolas Pellerin & Les Grands Hurleurs).Assemblage de compositions originales, d\u2019adaptation de chansons traditionnelles acadiennes et de reels envoûtants, le répertoire proposé par le trio effleure le country (les belles Fleur du souvenir et L\u2019Hermite) et le blues avec ces fines touches instrumentales qui donnent tant de profondeur aux orchestrations, le piano de J\u2019aime vraiment ton accent, l\u2019une des plus imaginatives du disque, ou les guitares électriques atmosphérique de L\u2019autre femme en fin d\u2019album.Philippe Renaud CLASSIQUE Ludwig van Beethoven ?1/2 Pavel Kolesnikov (piano), Hyperion CDA 68237 Lors de cette décennie s\u2019est décantée une catégorie d\u2019interprètes dont on guette désormais les parutions discographiques : Honeck, Pichon, García Alarcón, Osborne, Hamelin\u2026 Pavel Kolesnikov, en livrant un disque Beethoven d\u2019une telle subtilité de toucher et d\u2019une pareille sûreté de goût, après ses enregistrements Chopin et Couperin, vient assurément s\u2019ajouter à la liste.Rien n\u2019est tape-à- l\u2019œil dans ce programme, augmenté de quatre pièces sans opus, parmi lesquelles un Allegretto en ut mineur WoO 53 qui n\u2019a rien d\u2019anecdotique.Pareillement, rien n\u2019est anecdotique dans son jeu.Puisqu\u2019il faut comparer et caractériser, Kolesnikov se situerait quelque part au confluent de l\u2019esprit de finesse de Christian Zacharias et de l\u2019évidence qu\u2019impose l\u2019art de Stephen Kovacevich.Même un esprit critique aiguisé en arrive à rendre les armes en entendant des sons arriver ainsi de nulle part.La seule chose que je reproche est la succession ut mineur (WoO 53, plage 4), do dièse mineur (Clair de lune, plage 5), qui fait quand même un peu Halloween! Christophe Huss INDIE FOLK Worried Mind ?1/2 Scott Orr, Other Songs Music Il y a une petite étiquette ontarienne, dont on vous parle régulièrement ici, qui travaille bien, bellement et intimement.Worried Mind, le nouvel album de son fondateur Scott Orr, illustre cette qualité qu\u2019ont les potions un peu magiques, celles qui s\u2019imposent dans le clivage qui marque les changements brutaux de saison.Avec son alternance entre une douceur acoustique et l\u2019agitation grinçante des synthétiseurs, le folk du musicien onta- rien, très introspectif, devient une chose à deux cœurs.Premier cœur: un ton général parfaitement suave et rassurant, aidé en cela par la voix veloutée de Scott Orr.Deuxième cœur: un rythme régulier, avec souvent un bruit parasite en arrière-plan, sorte de brouillage surtout marqué aux percussions.Voyez la danse: alors que A Memory s\u2019apparente à un lamento R&B, Seasons transporte en corridors aériens et Sometime touche à l\u2019expérimental.Oui, l\u2019ensemble peut faire assez homogène, mais Scott Orr réussit une ambiance, un très fin tissage de genres, une instrumentation lumineuse.C\u2019est déjà honorable.Geneviève Tremblay COUNTRY FOLK Grande santé ?1/2 Bolduc tout croche, Indépendant Simon Bolduc est-il un obscur cowboy de sous-sols d\u2019église ou un poète fragile du quotidien?Valsant entre ces deux univers, l\u2019un kitsch et caricatural, l\u2019autre frugal et solitaire, le musicien, qui fait marcher son projet depuis 2011 déjà, est un pont bien campé entre l\u2019americana des grands chemins (Grand travailleur, Mirandela) et la chanson dépouillée des troubadours qui font fendre les cœurs (Une demie pour Lou, Quitter le pays).Si la pochette de l\u2019album laisse croire à un alter ego coureur des plaines, oubliez Ennio Morri- cone.Avec cette nostalgique pedals- teel, ce banjo presque austère et cet accordéon qui ponctuent Grande santé, Bolduc clame son amour pour les anciens du folk de Greenwich Village.Son intégrité d\u2019interprétation \u2014 des airs d\u2019Avec pas d\u2019casque ?\u2014 et sa façon de parler de beaux losers et de tous ceux et celles qui ne l\u2019ont pas facile agissent comme une bulle douce, qui isole l\u2019auditeur et ses souvenirs.Lancement le 24 octobre au Verre bouteille et à Coup de cœur francophone le 1er novembre.Sophie Chartier LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Entrevue Dave Noël démystifie le rôle de Montcalm dans l\u2019histoire Fiction Prendre la route avec Éric Dupont L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 2 4 | ENTREVUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR on cinquième roman va de la téléréalité au réalisme magique, cour t du XIXe siècle jusqu\u2019à nos jours, s\u2019étend de Paris à Rio de Janeiro et à Belo Horizonte au Brésil, de Nashville en passant par Montréal et jusqu\u2019à Notre-Dame-du-Cachalot, un village imaginaire posé aux confins de la péninsule gaspésienne.Et on y trouve du lilas, beaucoup de lilas, quelques cris d\u2019engoulevent, beaucoup de la violence millénaire faite aux femmes et une solide aversion pour les comptoirs en granit \u2014 symbole d\u2019un bling-bling autant brésilien que québécois qui agace particulièrement l\u2019auteur.Né à Amqui en 1970, dans la vallée de la Matapédia, Éric Dupont enseigne la traduction à l\u2019Université McGill.Il s\u2019est surtout fait connaître avec La fiancée américaine (2012), immense succès de librairie au Québec (60 000 exemplaires vendus, lauréat du Prix littéraire des collégiens et du Prix des libraires du Québec).Par les hasards que la vie nous réserve parfois, Éric Dupont prévoit d\u2019avoir un automne particulièrement occupé.Alors que Songs for the Cold of Heart, traduction anglaise de La fiancée américaine, vient de paraître au Canada anglais, le livre a aussitôt été propulsé parmi les cinq finalistes du prestigieux prix Giller.« Ce n\u2019est pas un prix littéraire, c\u2019est un chemin de croix ! » lance à la blague l\u2019écrivain, rencontré dans son appartement du Plateau Mont-Royal.Il est revenu depuis peu du Brésil, où il séjourne régulièrement en compagnie de son amoureux, Leonardo, un diplomate brésilien.Sorte de road trip féministe et botanique, La route du lilas nous entraîne dans le sillage de Pia, une femme dans la soixantaine qui a fui le Brésil dans des circonstances épiques et qui cherche à rencontrer à Montréal la fille d\u2019une Québécoise qu\u2019elle a connue à Paris dans les années 1960.La Brésilienne va se joindre à deux Américaines, Laura et Shelly, qui depuis huit ans suivent pendant trois mois « la route du lilas » au fil d\u2019une expérience singulière : rédiger des textes littéraires sous l\u2019in- f luence des par fums du l i las \u2014 une plante elle-même voyageuse, puisqu\u2019elle n\u2019est pas originaire de l\u2019Amérique du Nord.Ce sera l\u2019occasion pour Pia de nous raconter son existence singulière.Autant de chemins de traverse qui viennent irriguer La route du lilas.Au milieu de ces univers culturels éloignés, il y a Éric Dupont, sa verve, son intelligence et son humour.Et un peu aussi du Québec.« J\u2019ai réussi à faire se rencontrer l\u2019Autriche et le Brésil », dit l\u2019écrivain, encore étonné, lui qui a vécu à Salzbourg et à Berlin, et qui explique à sa manière dans le roman que le lilas est « une conséquence de la politique extérieure autrichienne ».Au départ, Éric Dupont voulait surtout écrire sur le Brésil, pays où il a séjourné pour la première fois en 2014.« Quand j\u2019écoutais les histoires que mon chum me racontait sur le Brésil, histoires de ser vantes, de Prendre la route avec Éric Dupont Entre le Brésil et le Québec, La route du lilas relie histoires et destins de femmes Au milieu d\u2019univers culturels éloignés, il y a Éric Dupont, sa verve, son intelligence et son humour.Et un peu aussi du Québec.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR S À propos de la violence faite aux femmes, dans la foulée du mouvement #MeToo qui a fait les manchettes en 2018, Éric Dupont ne cache pas sa colère.À ses yeux, ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg. zébus, de villes qu\u2019on décide de construire à partir de rien, je trouvais que c\u2019était plus grand que nature.Et il me semblait que c\u2019était moi, que ça correspondait à mon écriture.Ce que j\u2019écris, au Brésil, ce n\u2019est même pas du réalisme magique.C\u2019est la réalité.» Mais les circonstances et la réalité l\u2019ont bien vite rattrapé.Du Brésil et des femmes « J\u2019ai grandi dans un environnement très féministe, et j \u2019en suis très content, raconte-t-il.Les femmes dans ma famille ont décidé qu\u2019elles embarquaient dans la révolution féministe.Les hommes aussi, pour la plupart.Mais au Brésil, les rapports entre les hommes et les femmes sont définis, comment dire, par d\u2019autres idées\u2026 » Il souligne ainsi qu\u2019il y a, encore aujourd\u2019hui, entre 4000 et 5000 Brésiliennes qui meurent de violences chaque année.Il poursuit : « Et je me suis rendu compte en lisant l\u2019histoire de Léopol- dine de Habsbourg, la mère de la nation elle-même, la première impératrice du Brésil, celle qui a manigancé et qui a poussé pour que le Brésil obtienne son indépendance, je me suis rendu compte que même elle était battue par son mari ! Et plusieurs historiens pensent que c\u2019est ce qui l\u2019a tuée.» À propos de la violence faite aux femmes, dans la foulée du mouvement #MeToo qui a fait les manchettes en 2018, l\u2019écrivain ne cache pas sa colère.À ses yeux, ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.« C\u2019est comme si quelqu\u2019un avait le cancer et que tu lui mettais une pommade.» Pour Éric Dupont, c\u2019est une parole qui n\u2019appartient pas qu\u2019aux femmes.Surtout pas.« Je ne me donne pas le droit de dénoncer ça, explique-t-il, c\u2019est ma responsabilité de le faire.C\u2019est aussi celle de tout le monde.Le Brésil en soi est un cas, mais ça concerne aussi le monde entier.Est- ce qu\u2019on va évoluer si la moitié de l\u2019humanité est toujours en danger d\u2019être tuée par l\u2019autre ?À Ciudad Juá- rez, au Mexique, on ne savait pas qui tuait les femmes, mais au Brésil, on le sait\u2026 Est-ce plus ou moins terrible ?Je ne le sais pas.» Une dimension qui alimente le roman, sans l\u2019étouffer.« En gros, c\u2019est une réflexion sur l\u2019état du monde que j\u2019ai mise sur une route bordée de lilas pour la rendre supportable ! » lance-t-il avec humour.La vérité sur le lilas Et pourquoi le lilas ?« Parce qu\u2019il sent bon », répond le personnage de Shelly quand on lui demande les raisons de sa fascination.Mais encore ?« Les jardiniers sont un peu désespérés en Gaspésie, mais le lilas pousse.On en trouve même jusqu\u2019à Natashquan et au Labrador », explique l\u2019écrivain, qui se décrit lui-même comme un véritable fanatique du lilas.« C\u2019est une fleur qui fleurissait à la fin des classes, autour de la date de mon anniversaire, et je me souviens encore, dans la mémoire de mes sens, de la couleur du lilas qui se détache sur le bleu du ciel en haut du golfe du Saint-Lau- rent.Ces couleurs-là font partie de mes premières impressions et, comment dire, je les associe à la vérité.» Plus grave, il ajoutera que ça le ramène aussi à ses plus anciens souvenirs familiaux.À des épisodes qui ont laissé leur marque.De l\u2019aveu d\u2019Éric Dupont, son éditrice, Mélanie Vincelette, lui a fait ajouter un peu de lilas dans le roman.Et, chose rare, elle lui a financé un voyage de recherche à Belo Hori- zonte, au Brésil, lui qui éprouve un plaisir immense à se plonger dans la recherche pour ses romans.« Je suis prêt à tout mettre pour que mon projet se réalise.Je suis prêt à apprendre une langue étrangère, à suivre des cours de chant classique, je suis prêt à aller virer à Vienne, à vivre dans une favela verticale, mais il faut que j\u2019y trouve mon compte.» Il reste qu\u2019à ses yeux, le monde est devenu une sorte de carnaval.«On a un clown orange qui mène le monde, le carnaval est sorti de ses favelas et a pris en charge toute l\u2019humanité.» Et lorsqu\u2019on demande à voir son comptoir de granit, symbole éclatant de la réussite qu\u2019on lui prête, l\u2019écrivain éclate d\u2019un rire à faire trembler les murs du salon.| 2 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Je me revois, debout devant la petite bibliothèque d\u2019un des coquerons de ma période montréalaise, à fixer la tranche des ouvrages qui semblent me défier du fond de leur inertie.On dirait que, d\u2019une minute à l\u2019autre, je vais allonger le bras et m\u2019emparer d\u2019un livre, l\u2019ouvrir, le feuilleter peut- être, mais je n\u2019en fais rien.Réduit à l\u2019impuissance par une transe puissante.La vérité, c\u2019est que je suis resté coincé quelque part entre deux pensées et que ça fait déjà un bon bout de temps que j\u2019ai complètement oublié de bouger, ou de faire quoi que ce soit d\u2019autre.Ces livres me résistaient.Au- jourd\u2019hui, une douzaine d\u2019ouvrages me dévisagent à leur tour du haut d\u2019un rayon de la bibliothèque familiale.Si j\u2019avais continué à en fumer du bon, ils seraient demeurés à l\u2019état d\u2019épaisse tapisserie de rêveries se déroulant sur un attirant fond de néant.Les littérateurs parisiens du XIXe siècle, férus d\u2019orientalisme, découvrent d\u2019abord Les confessions d\u2019un mangeur d\u2019opium de Thomas de Quincey, traduit sous pseudonyme par Alfred de Musset.Un certain docteur Moreau (de Tours), s\u2019intéressant à l\u2019aliénation mentale, va ensuite fonder, dans un hôtel particulier de l\u2019île Saint-Louis, le «Club des Haschichins», où Théophile Gauthier croisera un jeune admirateur du nom de Charles Baudelaire.Tout indique que ces deux esprits curieux furent déçus par la confiture expérimentale, à base de résine de haschich, de ce Dr Moreau.«Le vrai littérateur, croyait Gauthier, n\u2019a besoin que de ses rêves naturels, et il n\u2019aime pas que sa pensée subisse l\u2019influence d\u2019un agent quelconque.» Dans l\u2019étude que Baudelaire a consacrée au sujet, et dont le titre (Les paradis artificiels) est passé dans l\u2019usage, le poète du spleen, lucidement, prend la mesure littéraire du cannabis, cet « écran délicieux et redoutable ».Il a bien saisi le rôle d\u2019amplificateur de la drogue (« Rien de miraculeux, que le \u201cnaturel excessif \u201d\u2026»; «Le sujet s\u2019anime d\u2019un monstrueux amour de soi-même»), comme aussi la principale difficulté qu\u2019elle pose à l\u2019inspiration littéraire : «La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus précieuse.» Ce que le cannabis donne d\u2019une main en décuplant l\u2019imagination, il le reprend donc de l\u2019autre en détournant de ce qui demeure un travail, associé par ce débauché notoire qu\u2019était Baudelaire à « l\u2019exercice Le cannabis et la littérature LOUIS HAMELIN assidu de la volonté et la noblesse permanente de l\u2019intention».Nerval, Flaubert et Balzac sont d\u2019autres sommités de l\u2019époque qui passèrent par le Club des Haschi- chins.Le dernier, que l\u2019on sache, n\u2019allait pas troquer pour autant ses expressos bien serrés et sifflés à la chaîne contre quelques cuillers de confiture verte.Il faudrait attendre près d\u2019un siècle pour voir s\u2019écrire, au pays du «cauchemar climatisé », les chapitres suivants de cette aventure emboucanée.La légende veut que Kerouac ait torché la totalité du premier jet de son Dr Sax (1959) dans un cahier posé sur ses genoux tandis qu\u2019il fumait pétard sur pétard, assis sur la cuvette des chiottes du taudis loué par son pote Burroughs à Mexico.Avez-vous relu Dr Sax récemment?Moi non plus, mais j\u2019ai le souvenir d\u2019une longue élucubration hallucinée, ultimement aussi intéressante pour le fan convaincu que j\u2019étais que le rêve décousu d\u2019un étranger.Au cours de la décennie suivante, quand Ken Kesey, dans sa commune de la côte ouest, organise ses fameuses expériences de pétage de ciboulot, le LSD est encore une substance légale dont les pouvoirs retiennent l\u2019attention des savants fous de la CIA.C\u2019est alors grâce à une saisie de bonne vieille marijuana, que Kesey fumait comme du tabac ordinaire entre deux buvards, que les autorités californiennes crurent venir à bout de ce dangereux gourou.Ce faisant, elles aidèrent à créer une autre légende : le faux suicide, la fuite au Mexique, puis le retour du superhéros avec un gruyère à la place du cerveau\u2026 Stoneman.La génération suivante reprend le flambeau, et voici Hunter S.Thompson, joyeux pété fou furieux qui, au tournant des années 1970, vient tout près de se faire élire shérif freak d\u2019Aspen, au Colorado.D\u2019autres noms?Brautigan\u2026 Presque impossible de ne pas écrire La pêche à la truite en Amérique gelé comme une balle de .270 Magnum, sans parler du bourbon et de tout le reste.Géniales exceptions qui n\u2019enlèvent cependant rien à la pertinence de ma question : est-il possible de produire une littérature valable en tétant des gros bats comme on enfile les tasses de café ?Je ne voudrais assommer personne avec mon expérience personnelle, mais j\u2019ai constaté que le THC s\u2019attaquait à l\u2019organe même du roman : la mémoire.Lecteur moins hypocrite depuis trois jours, permets que, tournant le dos à la folle jeunesse, je me tienne désormais aux côtés de Baudelaire : «Les vices de l\u2019Homme sont la preuve de son goût pour l\u2019infini.Seulement, c\u2019est un goût qui se trompe souvent de route.» Pia, une sexagénaire brésilienne en cavale, cherche à rencontrer à Montréal la fille d\u2019une Québécoise qu\u2019elle a connue à Paris dans les années 1960.Elle va franchir clandestinement la frontière canadienne en compagnie de deux Américaines qui suivent chaque printemps « la route du lilas » au gré de la floraison de cet arbuste.Arpentant le Brésil, la France, le Québec d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, nourri de mythes, de l\u2019Histoire et de faits divers, Éric Dupont trace une diagonale du fou avec cette fresque épique et ambitieuse qu\u2019il a, comme nul autre, les moyens littéraires de mener à terme.Accusant une légère rupture de ton, le dernier tiers bascule dans le burlesque à la manière de La logeuse.Mais au final, les lecteurs de La fiancée américaine ne risquent pas d\u2019être dépaysés.On retrouve avec La route du lilas un Éric Dupont en pleine forme, féroce, sensible ou fantaisiste, toujours prêt à faire voyager ses lecteurs.Une ode au Brésil, aux femmes et au lilas.La route du lilas ?Éric Dupont, Marchand de feuilles, Montréal, 2018, 592 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 2 6 | CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Détester la vie.Chérir sa détestation de la vie.Détester sa ville.Chérir sa détestation de sa ville.Détester les autres.Chérir sa détestation des autres.Tout rejeter et faire de ce rejet le socle de son identité bourgeonnante.Esthétiser ce rejet.C\u2019est l\u2019adolescence dans tout ce qu\u2019elle a de plus lucide et de plus risible que chante Une af fection rare, vénéneux premier roman de Catherine Lemieux.Sur le chemin du cégep, au tournant du nouveau millénaire, Anna rencontre Sarah, une irrésistible af fabulatrice qui « fait tache dans le paysage de Québec.[\u2026] Dans cette ville bonne à incendier.Voilà ce que je me dis.Voilà comment je me for tifie.Au milieu d\u2019une ville moyenne où chacun se doit d\u2019être moyen.De classe moyenne, de beauté et d\u2019intelligence moyennes, d\u2019aspirations moyennes, d\u2019opinions moyennes défendues avec une conviction moyenne ».Les deux jeunes femmes s\u2019allient d\u2019emblée derrière la cause commune de leur dégoût du conformisme et de leur fascination pour la Grande-Bre- tagne, ou l\u2019UK (prononcé UKaye, avec l\u2019accent ; ça fait plus chic).Le romantisme faussement cynique des hymnes de Joy Division, des Smiths et des Cure deviendra leur petit catéchisme intime, énoncé par l\u2019auteure dans une langue à la fois ensorcelante et sentencieuse, pétrie des insolentes certitudes dont on se drape à l\u2019adolescence pour maquiller sa fragilité, mais aussi parce que l\u2019hypocrisie consubstantielle à l\u2019âge adulte n\u2019a pas encore noyauté nos idéaux, ni notre superbe.Filles malheureuses, unissez-vous Relation toxique ?C\u2019est sans doute ainsi que la psychologie moderne décrirait cette amitié digne d\u2019une autarcie.Mais il est ici question de littérature et de l\u2019exultation fictionnelle d\u2019une certaine intensité ne pouvant resplendir que si l \u2019on tolère que l\u2019amitié est un sentiment dangereux, saugrenu et essentiel.Il est ici question de ce que les autres nous volent et de ce que l\u2019on vole aux autres.Une affection rare a pour seule morale la violence des paroxysmes.En entrecoupant la chronique de cette relation passionnée par des chapitres écrits sans ponctuation, ni majuscules, décrivant le rappor t d\u2019Anna à la natation, Catherine Le- mieux affranchit son récit de ce qui pourrait y sembler anecdotique.Son discours sur la maladie pulmonaire rare affligeant sa narratrice, tout sauf médical, s\u2019élève de la même manière comme une déclaration de guerre, et d\u2019amour, à ce qui pousse en nous et menace de nous asphyxier.Elles sont prises dans Québec, ce «royaume de guimauve » promettant bonheur et prospérité à quiconque marche en ligne droite.Il s\u2019agit de Québec, il pourrait s\u2019agir de toutes les villes où une adolescente a la malchance d\u2019être née.« Les filles heureuses se ressemblent toutes.Les filles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon », pense la narratrice d\u2019Une af fection rare, et Morrissey, l\u2019ancien chanteur des Smiths, quelque part, verse une larme.Ce roman est une prière que pour ront mur murer toutes celles qui préfèrent l\u2019embrasement vif à la combustion lente, la laideur esthétisée au lustre sinistre de la banalité.La violence des paroxysmes Catherine Lemieux chante la beauté noire d\u2019une amitié féminine passionnée Le roman de Catherine Lemieux est une prière que pourront murmurer toutes celles qui préfèrent l\u2019embrasement vif à la combustion lente.GIANMARIA GAVA Une affection rare ?Catherine Lemieux, Triptyque, Montréal, 2018, 216 pages CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Plus de cinq ans après la parution de l\u2019étonnant Une maison de fumée, François Lévesque, critique de cinéma au Devoir, redonne vie au sergent Dominique Chartier du Service de police de la Ville de Montréal.De retour à Malacour t, dans le nord du Québec, ce dernier fait cette fois plutôt figure d\u2019acolyte, présent dans la région pour soutenir son ami et collègue de la Sûreté du Québec, Vincent Parent, au cœur malgré lui d\u2019une enquête sur le poste de police de Nottaway.Fidèle à son habitude, l\u2019écrivain originaire d\u2019Abitibi-Témiscamingue puise à même l\u2019actualité pour élaborer le contexte de son roman : la dénonciation, en octobre 2015, des sévices sexuels, abus de pouvoir et intimidation perpétrés par des policiers de la SQ à l\u2019endroit de femmes autochtones de Val-d\u2019Or.Vincent Parent et son partenaire, Antoine Lemay, sont dépêchés au domicile d\u2019Anna Wabanonik, Autochtone sans histoire, pour une affaire de trafic de stupéfiants.À leur arrivée, la dame fuit en raquettes à travers les forêts enneigées, entraînant avec elle sa fille de 14 ans, Kanti.À la suite d\u2019une pénible poursuite dans le froid mordant, l\u2019indicible survient : Lemay pointe son arme sur Anna, pourtant paisible, et tire.Quelques secondes plus tard, il dirige son fusil vers Parent qui, plus rapide, a le temps de dégainer le sien et d\u2019abattre son partenaire.Alors qu\u2019il se remet de ses blessures, ce dernier ne peut s\u2019empêcher de se demander ce qui a pu amener son collègue à commettre un tel geste.Et où peut bien se cacher la jeune Kanti, évaporée dans la nature depuis le tragique événement ?L\u2019univers et les personnages construits par François Lévesque happent dès les premières pages.L\u2019intrigue, bien construite et d\u2019une redoutable ef ficacité, se dévoile progressivement, révélant, telle une alluvion, de nouveaux inconnus, de nouveaux éléments d\u2019enquête chaque fois qu\u2019une conclusion est tirée.Loin de prendre le lecteur par la main, le récit laisse à ce dernier amplement le temps de r uminer et d\u2019émettre ses propres hypothèses avant de lui révéler la vérité.Le climat nordique, avec ses imprévisibles tempêtes, son obscurité omniprésente et son immensité enneigée, est au service de la trame narrative, contribuant à l\u2019aura de mystère autour de la jeune Kanti, en plus de renforcer avec acuité les obstacles que rencontreront les policiers montréalais chargés du dossier, peu familiarisés avec le territoire, ses habitants et leurs mœurs.On ne peut cependant en dire autant de l\u2019attitude des protagonistes, dont l\u2019implication au sein de l\u2019enquête de laquelle ils sont écar tés d\u2019office ainsi que leurs nombreux accrocs au Code déontologique de leur profession nuisent à l\u2019authenticité globale du récit.Une faiblesse vite effacée, toutefois, par le suspense haletant et la volonté de remettre au-devant de la scène la vulnérabilité des Autochtones, trop souvent confrontés au racisme systémique et aux abus de pouvoir du corps policier.Abus policiers François Lévesque signe un suspense haletant inspiré du sort des femmes autochtones de Val-d\u2019Or L\u2019univers construit par François Lévesque happe dès les premières pages.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Neiges rouges ?1/2 François Lévesque, Alire, Montréal, 2018, 244 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Robert Lalonde UN POIGNARD DANS UN MOUCHOIR DE SOIE Boréal Roman Roman 224 pages 20,95 $ PDF et ePub : 15,99 $ Roman 208 pages 20,95 $ PDF et ePub : 15,99 $ M a r i e - L a u r e n c e T r é p a n i e r R o b e r t L a l o n d e «MILLIE VOULAIT QU\u2019ON LA VOIE.ELLE VOULAIT ÊTRE LE SOLEIL QUI BRÛLE LA RÉTINE.» «N\u2019ATTENDS RIEN MAIS NE RENONCE JAMAIS!» Boréal Boréal P h o t o : M a r t i n e D o y o n P h o t o : F r a n ç o i s C o u t u r e ROMAN Les amoureux du jour 2 ?1/2 Pierre Cayouette, Druide, Montréal, 2018, 136 pages Le Québec, amputé de son avenir ?Le lecteur retors pourrait sans doute déceler dans le grave coup de théâtre sur lequel se conclut (presque) Les amoureux du jour 2 quelque chose comme une métaphore, pas forcément subtile, mais pas forcément abusive, de l\u2019histoire politique de cette nation qui a dit non deux fois.Comment recevoir autrement cette chronique de la fin de l\u2019insouciance, qui s\u2019amorce à l\u2019aube du référendum de 1980, au cœur de l\u2019espoir du pays, pour se terminer après une tragique visite à l\u2019hôpital de son narrateur?Le second roman du vétéran journaliste et directeur de l\u2019édition aux éditions La Presse Pierre Cayouette n\u2019abuse pourtant pas de son cynisme et baigne pour l\u2019essentiel dans les souvenirs attendris d\u2019une période de la vie où seul importe de rêver, d\u2019aimer et de jouer au baseball.Son arrière-goût, discret, en est quand même un d\u2019amertume.Amertume de tout ce que cette province aurait pu devenir, amertume de la première peine d\u2019amour politique, amer tume de la première peine d\u2019amour tout court.Fervent lecteur de Miron, Christian milite pour le camp du Oui, vénère René Lévesque et travaille derrière le comptoir du dépanneur familial.Son futur s\u2019appelle Geneviève (sa première blonde), son futur s\u2019appelle Québec.Du moins, le souhaite-t-il.Avortement, mort de la mère, éveil politique, éducation sentimentale : tous les thèmes \u2014 trop de thèmes \u2014 y passent en quelque 130 pages.Voici une fiction en pleine crise d\u2019identité, adoptant tour à tour le ton du petit cours d\u2019histoire, du plaidoyer contre l\u2019exclusion sociale des aînés et de l\u2019ode (pour ne pas dire la marche) à l\u2019amour romantique.Toujours plus touchant lorsqu\u2019il s\u2019éloigne du grand récit collectif, Pierre Cayouette sait mettre en lumière les liens puissants, parce qu\u2019inusités, unissant des êtres n\u2019ayant en apparence pas grand-chose en commun.Il y a tout un roman qui attend de se déployer dans ces chapitres célébrant l\u2019amitié entre un vieux frère défroqué et un jeune indépendantiste déçu.Si nous l\u2019avons bien compris, l\u2019écrivain est en train de nous dire «À la prochaine fois».Dominic Tardif Un arrière-goût d\u2019amertume ROMAN Un tournant de la vie ?Christine Angot, Flammarion, Paris, 2018, 192 pages «La vie peut être triste.Si seulement on pouvait ré?échir intelligemment tout en aimant.» Aux yeux de Christine Angot, l\u2019amour et la passion sont des sources de malheur.Mais dans la cuisine de l\u2019écrivaine rien ne se perd : le malheur deviendra à son tour, cuit à petit feu, la matière de ses livres.En témoignent L\u2019inceste, Quitter la ville ou Une semaine de vacances.Un tournant dans la vie raconte ainsi en détail un épisode de crise amoureuse.L\u2019un de ces moments où le tapis de la réalité semble nous glisser sous les pieds.Comme lorsqu\u2019on revoit quelqu\u2019un qu\u2019on a aimé passionnément et avec qui on avait coupé les ponts.Une écrivaine française, en couple depuis neuf ans avec Alex, un ingénieur du son d\u2019origine martiniquaise qui vivote à ses crochets, aperçoit un jour dans la rue Vincent, l\u2019homme qu\u2019elle avait aimé avant Alex et qu\u2019elle n\u2019avait pas revu depuis des années \u2014 sans jamais cesser de l\u2019aimer.La secousse est assez grande pour que ses certitudes s\u2019envolent : « Je comprends plus ce qui se passe dans ma vie.» Le reste du roman servira à dénouer cette impasse.Une épreuve qui prend vie dans un roman presque entièrement dialogué, quasi « performatif », où nous frappent le manque de recul de sa narratrice, l\u2019exploration terne de la vie de couple et la ponctuation alternative.À l\u2019évidence, Christine Angot a cherché à reproduire au plus près les effets de la confusion amoureuse.Des exégètes bien informés assurent que sous la silhouette de Vincent se cache Doc Gynéco, un rappeur au- jourd\u2019hui passé de mode avec qui An- got a eu une relation \u2014 histoire qu\u2019elle avait évoquée en 2008 dans Le marché des amants.Mais au fond, peu importe, puisque ça pourrait être n\u2019importe qui : «Vincent, je l\u2019ai beaucoup aimé, vraiment beaucoup», dira-t-elle.Avec son impudeur habituelle, touchante par moments et voix sans complexe du désir au féminin, l\u2019au- teure tangue ici avec une certaine maladresse entre le banal et l\u2019universel, plus attentive aux mouvements de la vie domestique qu\u2019aux variations du cœur.Venant de l\u2019auteure d\u2019Un amour impossible (prix Décembre 2015), on pourrait s\u2019attendre à mieux.Christian Desmeules La confusion des sentiments ans leur version originale, les Hansel et Gretel, Cendrillon et Blanche-Neige sont des récits d\u2019épouvante.Cette propension à vouloir écrire, lire ou entendre ce type d\u2019histoires participe de la condition de l\u2019homme depuis belle lurette et permet, dit-on, d\u2019exorciser les peurs enfouies.Question d\u2019en savoir un peu plus, Sonia Sarfati, François Gravel et Carole Tremblay plongent pour nous dans les profondeurs de l\u2019horreur.Il y a trois ans, l\u2019auteure et éditrice Carole Tremblay a eu l\u2019idée de créer la collection « Noire » à La cour te échelle, un créneau qui était jusque-là encore peu exploité.Jointe par Le Devoir, elle explique qu\u2019il y avait là la volonté de répondre à une demande.« J\u2019écris et je fais beaucoup de rencontres scolaires, et je me suis rendu compte que mes livres qui attiraient le plus étaient ceux dans lesquels je mettais en scène la peur.Je pense que les enfants ont toujours aimé les histoires d\u2019horreur.» Parmi les nouveaux titres à paraître dans cette collection cet automne, on retrouve Tu n\u2019as rien à craindre des cimetières, une histoire de revenants signée par un as du genre, François Gravel.Si ce dernier écrit des histoires d\u2019horreur, c\u2019est d\u2019abord pour le jeune qu\u2019il était.« Je pense que j\u2019ai beaucoup de mémoire pour les émotions que j\u2019avais quand j\u2019étais ado et préado.J\u2019adorais Edgar Allan Poe, les contes de Maupassant.Quand on écrit pour les enfants, on travaille avec leur imagination.Ils en ont tellement, que ça prend peu de mots.Tandis que quand j\u2019écris des livres pour les adultes, il faut installer une ambiance, décrire pour faire travailler leur imagination.Ils comprennent pas vite », raconte-t-il au bout du fil.Tout aussi éprise d\u2019histoires à faire frissonner, Sonia Sarfati confie quant à elle qu\u2019elle travaille actuellement à la rédaction de L\u2019arbre aux sorcières, titre qui fait suite à Baie des corbeaux, par u à La cour te échelle en 2017.« Étonnamment, ce livre, c\u2019est mon premier vrai récit d\u2019horreur.C\u2019est un genre que je consomme pourtant depuis toujours, dit celle qui a tout lu Stephen King, mais je ne m\u2019étais jamais assise pour en écrire un jusqu\u2019à ce que Carole Tremblay me le demande.Quand j\u2019y repense, je ne sais pas pourquoi je n\u2019en ai pas écrit avant, parce que j\u2019adore le genre.J\u2019aime l\u2019ambiance, j\u2019aime l\u2019idée d\u2019échapper au réel.» L\u2019émotion Si la peur intéresse les petits et les grands et qu\u2019il y a un plaisir certain associé à l\u2019émotion, tout n\u2019est pas prétexte à faire un bon roman d\u2019horreur.Bien que tous les goûts soient dans la nature, l\u2019éditrice Carole Tremblay refuse ainsi d\u2019aller du côté de la violence gratuite.« Je viens de refuser un manuscrit dans lequel il y avait des animaux égorgés, éventrés, du sang.L i r e G r a n d a n g l e 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Pour le plaisir d\u2019avoir peur Carole Tremblay, Sonia Sarfati et François Gravel explorent l\u2019horreur avec bonheur Les auteurs Sonia Sarfati, Carole Tremb de l\u2019homme depuis belle lurette et perm VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR D J\u2019écris et je fais beaucoup de rencontres scolaires, et je me suis rendu compte que mes livres qui attiraient le plus étaient ceux dans lesquels je mettais en scène la peur.Je pense que les enfants ont toujours aimé les histoires d\u2019horreur.CAROLE TREMBLAY » Dirigé par Stéphane Dompierre, ce recueil de nouvelles d\u2019horreur regroupant quinze plumes féminines de différents horizons et générations a pour principale qualité sa cohésion.De fait, aucune de ces auteures ne fait d\u2019ombre à ses consœurs.Qu\u2019elle soit ou non ama- trice de récits d\u2019épouvante, chacune remplit vaillamment la commande et explore ce genre avec une touche bien personnelle.Ainsi, dans «Le poids», Stéphanie Boulay transforme un récit classique de maison hantée en une délicate réflexion sur l\u2019enfance teintée de mélancolie.Dans «St Kilda», où deux sœurs visitent une mystérieuse île écossaise, Fanie De- meule évoque dans la finale organique son premier roman, Déterrer les os (Hamac, 2016).Faisant écho à Douze ans en France (VLB, 2018), Mélikah Abdelmoumen transpose sa hantise des attentats terroristes dans le cauchemardesque et troublant «Montréal brûle».Si quelques-unes font passer de terrifiants quar ts d\u2019heure à des personnages masculins, comme Véronique Marcotte (« Dear- lake »), Erika Soucy (« Amigore Express ») et Marie-Hélène Laro- chelle (« Crudité »), qui ne lésinent pas sur les détails sanguinolents, étonnamment, ce sont surtout des personnages féminins qui subissent un horrible sort.Chez Marie Demers (« Love Will Tear Us Apart »), une quadragénaire paie très cher d\u2019avoir refusé la maternité à répétition pour préserver sa beauté.Dans le récit de possession « Et le mal, et la mère », Geneviève Jannelle pousse la notion du sacrifice maternel à son paroxysme, tandis que Jade Bér ubé passe l\u2019instinct maternel au tordeur dans l\u2019obsédant «Les renégates».Meurtres, viols, tor ture et rituels sadiques : voilà en somme le menu de Monstres et fantômes.Cer tes, le recueil n\u2019empêchera pas le passionné d\u2019horreur qui en a lu d\u2019autres de dormir sur ses deux oreilles.Mais ce dernier plongera certainement avec délectation dans ces sombres recoins de la psyché féminine.Manon Dumais Genre féminin NOUVELLES Monstres et fantômes ?Collectif, Québec Amérique, Montréal, 2018, 352 pages Il y a un public pour ça, mais moi je ne suis pas prête à aller là.» Un bon roman d\u2019horreur est avant tout, selon elle, une histoire dans laquelle il y a une menace, sans qu\u2019elle soit nécessairement décrite.« Gravel est le roi de ce type de roman.Il installe une atmosphère, mais il n\u2019y a rien qui se passe.Il parvient à évoquer, à ouvrir des portes qui laissent place à l\u2019imagination.Par exemple, dans la première partie de Tu n\u2019as rien à craindre des cimetières, il ne se passe rien, mais on sent la tension monter.C\u2019est du grand art.» Pour Sarfati, l\u2019horreur doit transcender le réel.« Moi, l\u2019horreur que j\u2019aime se trouve du côté du fantas- | 2 9 D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 blay et François Gravel.La propension à vouloir écrire, lire ou entendre des histoires d\u2019épouvante participe de la condition met, dit-on, d\u2019exorciser les peurs enfouies.tique et du surnaturel.Je ne suis pas folle par exemple des histoires de tueurs en série.J\u2019aime plutôt celles qui mettent en scène des vampires, des zombies, des gens possédés, parce qu\u2019elles créent une distance avec le réel et ouvrent la voie à l\u2019imaginaire.Et ce qui fait le plus peur, c\u2019est imaginer.La terreur, c\u2019est le monstre derrière la porte.Et ça, personnellement, je trouve ça plus ef fi- cace, et c\u2019est ce que j\u2019aime explorer plutôt que la description de tripes qui revolent.Dans ce cas, l\u2019imagination ne peut plus travailler.Tout est là.Tout est dit.» À ce sujet, la censure reste selon Gravel quelque chose de tout à fait normal dans un livre pour enfants, et d\u2019autant dans un récit d\u2019horreur.« Je ne crois pas que l\u2019enfance soit une période dorée, mais plutôt dif ficile, et on finit, parfois, par s\u2019en sortir indemnes.Les histoires qu\u2019on leur raconte sont là pour les aider à grandir.Quand j\u2019écris des histoires d\u2019horreur, j\u2019essaie ainsi de donner du plaisir, de l\u2019évasion à mon lecteur.De le sortir de sa vie, de lui-même.C\u2019est une façon de domestiquer la peur.Les romans peuvent finir mal, mais encore là, ça dépend du groupe d\u2019âge auquel on s\u2019adresse.Un adolescent est capable d\u2019en prendre plus, c\u2019est sûr, mais on n\u2019a pas le droit de désespérer les enfants.C\u2019est une question de respect envers le lecteur.» Clara emménage dans une maison située en bordure d\u2019un cimetière.Attirée par une petite flamme, la jeune fille s\u2019approche et y fait une rencontre immatérielle qui change le cours de sa vie.Avec Tu n\u2019as rien à craindre des cimetières, François Gravel entre pour la première fois de son œuvre dans l\u2019univers des fantômes.La finesse de l\u2019intrigue est soutenue par des personnages mystérieux qui nous mènent par le nez jusqu\u2019à la fin.L\u2019effet spectral du graphisme \u2014 Julie Masse \u2014 appuie avec doigté l\u2019atmosphère du récit.Nabil vient d\u2019emménager dans un manoir décrépit qui fait le bonheur de son père.Rapidement, et bien malgré lui, le garçon y fait la rencontre de Blanche, une fantô- mette qui a l\u2019intention de les déloger parce que sa famille y règne depuis 348 ans.Offrant une amorce commune, le duo Chab- bert-Loyer joue d\u2019humour et de suspense jusqu\u2019à la fin bien tournée, qui surprend le lecteur et déconcerte Blanche.Les illustrations toutes en rondeur de Raphaël Maaden appuient avec efficacité l\u2019atmosphère espiègle du récit.Histoire de meurtre, de chien égorgé, de vengeance, d\u2019amour entre deux rats et plus encore: ce recueil de nouvelles dirigé par Richard Migneault compte 15 histoires écrites par une brochette d\u2019auteurs jeunesse pour la plupart bien connus.De Simon Boulerice à Karine Lambert en passant par Martine Latulippe et Chloé Varin, les suspenses se suivent et ne ressemblent pas.Si certains fonctionnent \u2014 Sarfati et Soulières en tête \u2014, d\u2019autres malheureusement donnent l\u2019impression d\u2019avoir été écrits en vitesse, offrant un recueil décevant.Croque-manoir ?1/2 Ingrid Chabbert, Anne Loyer et Raphaël Maaden, Frimousse, Paris, 2018, 30 pages Tu n\u2019as rien à craindre des cimetières ?François Gravel, La courte échelle, Montréal, 2018, 122 pages Mystères à l\u2019école ?1/2 Collectif, Druide, Montréal, 2018, 278 pages ENTREVUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Née en 1974 à Vancouver dans une famille d\u2019immigrants \u2014 père chinois de Malaisie, mère de Hong Kong \u2014, Madeleine Thien publiait en 2016 Nous qui n\u2019étions rien (Do Not Say We Have Nothing), dont le titre est tiré d\u2019un vers de L\u2019Internationale.Le roman a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général et le prix Gil- ler, en plus d\u2019être finaliste au Man Booker Prize.Traduit en 25 langues, il nous arrive aujourd\u2019hui en traduction française, s\u2019ajoutant à Certitudes (XYZ, 2008) et à Lâcher les chiens (Mercure de France, 2012), qui s\u2019intéressait au génocide cambodgien.Un intérêt marqué pour les cicatrices de l\u2019histoire asiatique.Après avoir passé quelques années aux Pays-Bas et à Québec, Madeleine Thien vit aujourd\u2019hui à Montréal, où elle partage sa vie avec l\u2019écrivain anglophone d\u2019origine libanaise Rawi Hage (Par fum de poussière).Elle passe en ce moment beaucoup de temps à New York, où elle donne des cours de création littéraire au Brooklyn College.Mais c\u2019est de Turin, en Italie, qu\u2019elle a accepté de nous parler.« Je n\u2019aurais jamais pensé écrire un jour sur la Chine, reconnaît Madeleine Thien en riant.Même si je savais depuis longtemps que je voulais écrire sur les événements de la place Tiananmen de 1989, parce que ça a été un véritable tournant, autant dans l\u2019histoire de la Chine que dans celle du monde.» Alors que les mouvements sociaux qui se déroulaient ailleurs dans le monde au même moment ont mené à des changements socio-politiques majeurs, les six semaines de protestations chinoises ont été violemment réprimées.« Des changements ont eu lieu aussi en Chine, il est vrai, mais ils sont allés dans une tout autre direction», ajoute-t-elle.Un peu comme elle l\u2019avait fait pour le Cambodge dans Lâcher les chiens, Madeleine Thien a cherché ici à comprendre comment il est possible pour des individus de vivre avec les conséquences d\u2019une catastrophe, comment on peut se réinventer, rebondir ou oublier.Père de Marie, narratrice du roman, Jiang Kai était un pianiste célèbre en Chine avant la révolution culturelle.Pinson, son ami et mentor, était un compositeur.Au Conservatoire de musique de Shanghai, ceux qui pratiquaient la musique occidentale étaient considérés comme des traîtres à la révolution.Avec la « grande roue de l\u2019histoire » et la fermeture du Conservatoire en 1966, des centaines de pianos seront détruits.Autant de destins et de doigts brisés.« Je voulais savoir ce qui était arrivé aux étudiants et aux musiciens qui ont voulu exprimer la modernité chinoise à travers la musique classique occidentale », explique Madeleine Thien.Sous la surface des choses Alors que le père de Marie parvient à immigrer au Canada, Pinson s\u2019est mis à travailler dans une usine, fabriquant pendant vingt ans des caisses de bois, des câbles et des radios.Deux formes d\u2019exil ar tistique.Né hors de la Chine, le personnage de Marie a une situation un peu décalée d\u2019enfant qui ne comprend pas tout.Une position que partage en partie Madeleine Thien.L\u2019auteure de Nous qui n\u2019étions rien avait 14 ans au moment du massacre de la place Tiananmen.Elle se souvient d\u2019avoir été rivée devant la télévision avec ses parents.« Ces étudiants étaient tellement éloquents, ils étaient parmi ceux qui obtenaient les meilleurs résultats aux examens nationaux, ils représentaient la crème de la crème venant de toutes les régions de la Chine.Ils pouvaient citer à la fois Mao et la Révolution française, pour eux, ces choses étaient intimement liées entre elles.Ils le faisaient avec un mélange de force et d\u2019innocence étonnant.» L\u2019écriture de ce roman l\u2019a amenée à faire de nombreux séjours en Chine.Et comme la jeune narratrice de son roman, l\u2019écrivaine y a profité, croit- elle, d\u2019une position d\u2019observatrice à la fois intérieure et extérieure.Une source de limites, mais aussi de nombreuses situations inédites et fertiles.« Mes conversations là-bas se déroulent toujours dans un mélange de cantonais primaire, de mandarin de base et d\u2019anglais.Et parce que j\u2019ai l\u2019air d\u2019être des leurs, mais qu\u2019en réalité je suis une étrangère, ça mène souvent à des questionnements intéressants quant aux possibilités de la vie et à la dignité humaine.» Elle qui laisse habituellement passer cinq ans entre chacun de ses romans se considère-t-elle comme une écrivaine lente ?« Que le roman fasse 160 ou 500 pages, pour moi, ça ne change absoulement rien, ça prend toujours cinq ans.Parce que ça me prend beaucoup de temps pour voir ces mondes et ces personnages.À la fin, si le roman semble vivant et réel, c\u2019est probablement parce que ces mondes et ces personnages existaient déjà, qu\u2019ils étaient toujours là et qu\u2019on ne pouvait pas les apercevoir.Ça prend du temps, aussi, pour que les personnages me parlent.» Montréal, où elle vit aujourd\u2019hui, a- t-elle une influence sur son écriture?« C\u2019est ma stabilité, répond-elle sans hésiter.Depuis dix ans, Montréal est l\u2019endroit où je retourne pour me reposer, pour réfléchir et pour être immobile.» Si elle parle français, c\u2019est juste assez pour se débrouiller, avoue-t-elle avec modestie.«Et c\u2019est ce que j\u2019aime aussi à Montréal, j\u2019y suis toujours un peu en décalage.Ça me force à voir sous la surface des choses.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 3 0 | Le rêve chinois de Madeleine Thien Nous qui n\u2019étions rien est une mise en musique des deux grandes tragédies chinoises du XXe siècle Madeleine Thien a cherché ici à comprendre comment il est possible pour des individus de vivre avec les conséquences d\u2019une catastrophe.JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Ouvrir Nous qui n\u2019étions rien, c\u2019est plonger tête première dans un bassin de personnages fascinants : Grande Mère Couteau, Vrille, Vieux Chat, Ours volant ou Zhuli.Un roman dont la structure est influencée par les Variations Goldberg de Bach et par une sorte de samizdat imaginaire intitulé Le livre des traces, fait de trente et un calepins qui semblent raconter le passé et l\u2019avenir.Troisième roman de Madeleine Thien, Nous qui n\u2019étions rien est un livre puissant, complexe et remarquablement sensible.Il s\u2019ouvre sur une double tragédie : «En un an, mon père nous a quittées deux fois.La première pour mettre fin à son mariage, la seconde en s\u2019enlevant la vie.» C\u2019était en 1989.La narratrice, Marie Jiang, avait dix ans.Deux mois plus tard, l\u2019enfant et sa mère reçoivent de Chine la lettre d\u2019une femme leur demandant d\u2019héberger sa fille, Ai-Ming, obligée de fuir la Chine après les événe- ments de la place Tiananmen.Dans la trentaine, devenue prof de mathématiques à l\u2019université, Marie va entreprendre de déchiffrer et de documenter le suicide de son père, essayant d\u2019aller voir au fond de cette boîte de Pandore ouverte en 1989.Nous qui n\u2019étions rien est un roman ambitieux qui embrasse sept décennies et trois générations, capable de lier entre elles les deux grandes tragédies qui ont marqué la Chine au XXe siècle.Un roman où la musique joue un rôle de premier plan et dans lequel Madeleine Thien mélange avec brio l\u2019intime et les secousses de la grande histoire, plongeant dans les entrailles de la révolution culturelle chinoise.Christian Desmeules Les cicatrices de l\u2019histoire Nous qui n\u2019étions rien ?1/2 Madeleine Thien, traduit de l\u2019anglais par Catherine Leroux, Alto, Québec, 2018, 546 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Chambre 1002 Chrystine Brouillet/Druide 1/4 Une irrésistible envie de fleurir Christine Michaud/Édito 2/2 Turbulences du cœur Nathalie Roy/Libre Expression \u2013/1 En plein chœur Arlette Cousture/Libre Expression \u2013/1 Cadillac Biz/Leméac 7/2 Une fille comme elle Marc Levy/Robert Laffont 2/21 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien ?nancier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Du 8 au 14 octobre 2018 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Romans étrangers Essais québécois Essais étrangers COLLOQUE ÊTRE FEMME DANS LES MÉDIAS AUDIOVISUELS AU QUÉBEC : CINÉMA, TÉLÉVISION, JEUX VIDÉO ET WEB MERCREDI 24 AU VENDREDI 26 OCTOBRE 2018 CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE ÉVÉNEMENT OUVERT ET GRATUIT.SALLE PLEINEMENT ACCESSIBLE PAR ASCENSEUR.CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR On ne se sépare pas de tous les livres de la même façon.Il y en a que l\u2019on referme machinalement, un peu circonspect, mais il en est d\u2019autres que l\u2019on quitte à regret, en se promettant d\u2019y retourner bientôt.Le dernier roman de Julia Kerninon, Ma dévotion, nous of fre un univers qu\u2019il fait bon côtoyer, dif ficile à abandonner, où s\u2019incarnent des personnages forts, pétris de paradoxes et de beautés.C\u2019est la narration d\u2019Helen qui nous porte.À plus de 80 ans, forte d\u2019une vie accomplie dans le milieu littéraire, elle marchait tout près de chez elle quand elle l\u2019a aperçue.Frank Ap- pledore, le célèbre peintre, « doué pour la joie, solaire, indifférent, incapable de faire quelque chose qui ne l\u2019intéressait pas ».Frank, son ami, son amant, l\u2019homme de sa vie.Un événement tragique les a séparés, 23 ans plus tôt, et sur ce trottoir de Primrose Hill, à Londres, Helen entend tout lui dire : « Il y a vingt-trois ans que je pense à toi tous les jours de ton absence, alors tu ne vas pas parler, cette fois, Frank.C\u2019est moi qui vais parler, et moi seule.Je vais tout te raconter, ici et maintenant, debout dans la rue, je vais te raconter toute notre histoire depuis le début, parce qu\u2019il faut que je l\u2019entende, moi aussi.» Elle raconte une vie.Deux vies, à vrai dire, qui se sont constitué l\u2019une contre l\u2019autre, dans le choc des tempêtes et la douceur des réconciliations.Une histoire d\u2019amour, de ruptures sans désamour.Helen et Frank ont vécu ensemble le plus clair de leur vie, sans pour tant par venir à s\u2019abandonner en même temps.C\u2019est ainsi que le récit de cette femme, cru, nous rappelle sans cesse les sacrifices qu\u2019elle s\u2019est imposés, dans le leurre de la réciprocité, pour permettre à un homme talentueux, mais vertigineux, de garder son équilibre : « J\u2019étais devenue ta servante, et comme toutes les servantes, j\u2019ai fini par considérer que mon maître m\u2019appartenait.» Plus encore que des personnages, ce sont des êtres faits de rires et de larmes.L\u2019autrice nantaise, qui s\u2019était révélée dès son premier roman, Buvard, nous of fre une voix d\u2019une grande maturité, résolument optimiste, où devant la violence, le rêve et l\u2019amour s\u2019acharnent : « Cette nuit- là, comme pour ef facer ce que m\u2019avaient fait mes frères, nous avons refait l\u2019amour dans la nuit noire de Rome, silencieusement, en serrant les dents pour ne réveiller personne, et nous l\u2019avons fait encore une fois au matin, comme on revient inutilement sur ses pas pour vérifier qu\u2019on a bien fermé une serrure à double tour.» Les phrases libres, r ythmées, conduisent l\u2019histoire avec aplomb, qui convoque des sentiments puissants et complexes, avec une force évocatrice rappelant La femme qui fuit.La mécanique de Kerninon est sublime \u2014 d\u2019ailleurs, on l\u2019oublie \u2014 et son roman nous happe comme la vie, par fois, nous montre le chemin.Ma dévotion ne restera pas longtemps sur votre table de chevet.Ce n\u2019est pas qu\u2019un roman.C\u2019est une offrande.Le roman de la maturité Julia Kerninon signe de main de maître l\u2019histoire d\u2019un grand amour Le dernier roman de Julia Kerninon offre un univers qu\u2019il fait bon côtoyer, où s\u2019incarnent des personnages forts, pétris de paradoxes et de beautés.JULIEN ALCACER Ma dévotion ?Julia Kerninon, La brune au Rouergue, Arles, 2018, 304 pages Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L i r e 32 | Les hijras Portrait socio - religieux d\u2019une communauté transgenre sud-asiatique ?Mathieu Boisvert, Les PUM, Montréal, 2018, 300 pages Dans le monde de l\u2019indologie québécoise, Mathieu Boisvert est l\u2019une des voix les plus assidues, les plus compétentes.Le prof de science des religions de l\u2019UQAM roule sa bosse dans le sous-continent indien depuis 30 ans.Avec Les hijras.Portrait socioreli- gieux d\u2019une communauté transgenre sud-asiatique, il fait une incursion que peu ont faite avant lui dans une communauté cruellement frappée d\u2019ostracisme \u2014 mais qui trouve à s\u2019affirmer, nous fait découvrir le livre, avec une résilience qui tient, vu d\u2019Occident, de la résistance féministe.Qui sont-elles, ces femmes dans un corps d\u2019homme, tout à la fois craintes, exploitées sexuellement et «enveloppées d\u2019une certaine aura qui, dans l\u2019imaginaire indien, leur donne une ascendance»?À partir d\u2019entrevues avec une trentaine d\u2019entre elles, l\u2019enquête de terrain menée par Boisvert et ses collaboratrices donnent à voir un univers complexe et hiérarchisé, cherchant sens et cohésion, comme tout en Inde, dans le religieux et les rituels.Entrer dans les ordres de la communauté ancienne des hijras, c\u2019est accepter, forcé par sa nature, de tourner le dos au rôle central que joue le fils dans une société hautement patriarcale.C\u2019est avoir le courage d\u2019être soi-même au grand jour.Il y a des résonances universelles là-dedans.Elles touchent à des valeurs de solidarité partout partagées face à l\u2019exclusion.Ensuite, la recherche de M.Boisver t tombe à point, comme on est ici, en Occident, en pleine réflexion sur les identités sexuelles.Les choses évoluent aussi en Inde, où la Cour suprême a reconnu l\u2019existence d\u2019un « troisième genre » en 2014 \u2014 ce qui n\u2019aurait pas pu se produire sans le développement d\u2019un utile activisme judiciaire.Les hijras : mouvement LGBT avant la lettre, en quelque sorte.Guy Taillefer Les hijras : LGBT avant la lettre CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Il suffit de lire les journaux \u2014 ou de consulter son site de nouvelles préféré \u2014 pour se rendre compte à quel point les tragédies de Shakespeare sont toujours aussi brûlantes d\u2019actualité.Corruption, ambition, vengeance, jalousie ou soif de pouvoir, tout cela fait partie du quotidien le plus ordinaire et s\u2019étale à la une de tous les journaux du monde.On comprend donc Jo Nesbø d\u2019avoir voulu donner un éclairage contemporain au drame Macbeth\u2026 un peu comme Leonard Bernstein l\u2019avait en fait en s\u2019inspirant de Roméo et Juliette pour écrire West Side Story.Avouons qu\u2019il faut quand même être culotté pour raconter une histoire portant le titre d\u2019une des pièces les plus connues de Shakespeare.Le lecteur ne peut que faire des liens, tracer des parallèles entre les personnages qu\u2019il connaît déjà et les actions qu\u2019il anticipe : pensez ici à la scène des sorcières et à leurs prophéties ou aux visions sanglantes de Macbeth.Mais rassurez-vous: Jo Nesbø a les reins solides et du talent à revendre.La «vieille histoire» qu\u2019il raconte parvient à nous surprendre jusqu\u2019à la toute fin.Comme chez Shakespeare, le Macbeth de Nesbø est l\u2019archétype même de l\u2019ambitieux, la volonté de pouvoir s\u2019infiltrant peu à peu dans la tête de l\u2019homme, jusqu\u2019à le dévorer.Au lieu d\u2019un chef de guerre qui revient de campagne, on a ici affaire à un policier cherchant d\u2019abord à libérer sa ville du trafic de drogue et de la corruption.Cette ville n\u2019est jamais nommée, mais on sait qu\u2019on est en Écosse, près de Fife, dans une ancienne métropole industrielle dévorée tout autant par le chômage et les fermetures d\u2019usine que par la grisaille, la pollution et le brouillard perpétuel.Sombre.Noire.Refermée sur elle-même.On connaît déjà la majorité des personnages : Macbeth évidemment, Lady Macbeth, Duncan, Malcolm, Macduf f, Lennox, Banquo, etc.Et dans la transposition dystopique de Nesbø, chacun tient, beaucoup plus que moins, le rôle qu\u2019il tenait dans l\u2019original.Les ajouts \u2014 une bande de motards, par exemple, du côté des personnages, ou un casino luxueux, l\u2019Inverness, géré par Lady Macbeth, si l\u2019on parle des décors \u2014 ne sont là que pour exacerber les lignes de tension déjà définies par Shakespeare.Alors, ça marche ou non?Évidemment que ça fonctionne et que ça tourne à plein régime.Le monde dans lequel s\u2019incarne cette tragédie moderne ressemble à s\u2019y méprendre à celui dans lequel nous vivons, même si son côté sombre semble exagéré.Les tensions entre les personnages, la montée de l\u2019appétit de Macbeth pour le pouvoir et sa volonté de tout sacrifier pour y arriver, tout cela se fait sentir par petites touches successives devenant bientôt inéluctables.On sera ainsi frappé par la pertinence des transpositions auxquelles procède Nesbø, sur tout par le fait que la folie des principaux personnages shakespeariens s\u2019explique ici par la drogue.Étonnant de voir « l\u2019opium du peuple » envahir ainsi le cercle des puissants et des décideurs\u2026 même si cela pourrait aider à comprendre cer taines dérives contemporaines plutôt inexplicables.M\u2019enfin\u2026 À lire donc.L\u2019esprit ouvert.Et en se promettant de retourner lire le chef-d\u2019œuvre dont s\u2019est inspiré Jo Nesbø.Un même sanglant parcours Jo Nesbø transpose Macbeth dans un monde sombre étrangement semblable au nôtre Macbeth ?Jo Nesbø, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, Gallimard, Série Noire, Paris, 2018, 618 pages CRITIQUE SOPHIE CHARTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Celle qui a hissé la « charge mentale » des femmes \u2014 cette occupation permanente de l\u2019esprit qui permet le bon déroulement de la vie familiale \u2014 dans la culture pop frappe à nouveau.Dans ce nouveau tome de sa bédé au trait reconnaissable entre tous, la féministe à la langue bien pendue s\u2019en prend, en- La théorie par l\u2019expérience Emma signe une bédé féministe que les hommes auraient tout intérêt à lire L\u2019attrait d\u2019Emma réside dans sa capacité faire à voir les inégalités à travers les expériences familières.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La charge émotionnelle et autres trucs invisibles Un autre regard Tome 3 ?Emma, Éditions Massot, Paris, 2018, 112 pages | 3 3 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Quand ça va mal, il fait bon de pouvoir se tourner vers de grands esprits qui ont connu, eux aussi, les affres d\u2019une déception qui ressemble à la nôtre.Comment ont-ils vécu la traversée du désert ?Comment ont-ils surmonté ce sentiment débilitant qui nous assaille quand ce qu\u2019on croit être la vérité se voit rejeté par la majorité de nos contemporains?Le regretté essayiste Pierre Vade- boncœur (1920-2010) et la journaliste et biographe Hélène Pelletier- Baillargeon n\u2019ont pas échappé aux tourments des militants obligés d\u2019assister à la déconfiture de leur cause.Ardents partisans de l\u2019indépendance du Québec, ils ont été assommés par la défaite du Oui au référendum de 1980.Pour le Québec, plaidaient-ils, la souveraineté était une question de vie ou de mort.«Ou bien nous tenterons que ce peuple vive, ou bien nous nous en moquerons», écrivait Vadeboncoeur en 1970, dans La dernière heure et la première, un classique de la pensée indépendantiste, réédité cette saison au Boréal.En 1980, les Québécois, en majorité, ont choisi de s\u2019en moquer.Fatigue culturelle Dans Le pays qui ne se fait pas (Boréal, 2018, 304 pages), une correspondance qui débute en 1983 et se poursuit jusqu\u2019en 2006, Pelletier-Baillar- geon et Vadeboncœur témoignent de leur consternation, que la défaite de l\u2019option indépendantiste au référendum de 1995 ne viendra pas apaiser.Ce document, quoique déprimant et accablant, n\u2019en demeure pas moins une œuvre forte.Avoir ainsi accès au secret de deux grands intellectuels qui échangent leurs convictions en toute liberté s\u2019avère une expérience de lecture saisissante et bouleversante.Nous sommes, ici, dans les coulisses de la pensée indépendantiste la plus exigeante et nous ne nous en sortons pas indemnes.La défaite fait mal à Pelletier-Bail- largeon, qui avoue, en 1998, ressentir la « fatigue culturelle» naguère diagnostiquée par Hubert Aquin.La militante, cependant, refuse de désarmer.Elle se présente à Vadeboncœur comme «une incorrigible espérante» et explique le sens de son combat en invoquant la chèvre de M.Seguin.«Tenir jusqu\u2019à l\u2019aube, comme la vielle Renaude, sachant fort bien que le loup allait avoir le dessus et la mangerait, écrit-elle.Mourir en se battant, mourir en disant qu\u2019on refuse de mourir.» Le Parti québécois Déprime indépendantiste LOUIS CORNELLIER (PQ) la déçoit souvent, mais elle ne le lâche jamais.«Malgré tout, le PQ» est son mot d\u2019ordre.Vadeboncœur, beaucoup plus expansif que sa correspondante, n\u2019est pas là pour lui remonter le moral.Envahi par le pessimisme, il accueille la déroute de l\u2019indépendantisme comme une fatalité.« Je pense profondément que nous sommes vaincus et, plus superficiellement, qu\u2019il nous faut en tout état de cause agir mais comme vaincus, c\u2019est-à- dire, tout de même, exister le plus possible », confie-t-il à sa camarade en 1983.À quelques reprises, il avoue même avoir « toujours douté» de la possibilité de réaliser l\u2019indépendance, étant donné que « l\u2019extérieur a une puissance démesurée» et que «notre personnalité de peuple, défaite par l\u2019action de mille influences, est faible».S\u2019il a poursuivi la lutte, c\u2019est, dit- il, parce qu\u2019il croyait «que l\u2019indépendantisme nous donnerait une force importante de négociation».La seule réponse Le Vadeboncœur défaitiste qu\u2019on lit dans ces pages n\u2019est pas l\u2019essayiste qui continue, en public, de battre le tambour de la cause.Il ne s\u2019épanche ainsi que parce qu\u2019il se sait en privé.Il répète à son interlocutrice qu\u2019il n\u2019écrirait «pas publiquement ces choses» parce qu\u2019il n\u2019a pas « la vocation de décourager».Aussi, malgré son désarroi devant un Québec «voué à se dissoudre», il refuse d\u2019abdiquer.Même si l\u2019indépendance ne se fera peut-être jamais, il faut continuer de la vouloir parce que, insiste-t-il, elle «est la seule réponse possible (et ultime) aux forces de l\u2019histoire qui menacent de provoquer pour nous le pire déclin et toutes les conséquences d\u2019une défaite collective définitive ».Admirateur de René Lévesque et partisan d\u2019un «nationalisme politique polyvalent et flexible», Vadebon- cœur, souvent considéré comme un pur et dur de l\u2019indépendance et de la gauche, étonne en se montrant très sévère à l\u2019endroit des «ultras» de la cause \u2014 il vise notamment Denis Monière \u2014 et en s\u2019en prenant sans ménagement à la gauche éternellement «délibérante» \u2014 il nomme Michel Chartrand, Paul Cliche et Françoise David \u2014, qui n\u2019a pas compris «qu\u2019un peuple qui ne se bat pas pour des raisons nationales entraîne sa population dans une défaite nationale et sociale tout ensemble».Toujours fidèle au PQ, même aux époques Johnson et Bouchard, contre vents et marées, Vadebon- cœur, comme Pelletier-Baillargeon, nous convie à un baroud d\u2019honneur.«Nous n\u2019avons pas le droit de lâcher, écrit-il.Même perdus, nous n\u2019avons pas le droit.» C\u2019est là la leçon des maîtres en dignité.La « vieille histoire » que raconte Jo Nesbø nous surprend jusqu\u2019à la fin.ADRIAN DENNIS AGENCE FRANCE-PRESSE tre autres, encore à une tâche accomplie par les femmes sans aucune rétribution, ce qu\u2019elle appelle la « charge émotionnelle ».À travers cinq chapitres qui livrent, avec grande clarté et accessibilité, les commentaires vifs de l\u2019auteure sur les petits et grands rappor ts de domination cachés dans le quotidien, La charge émotionnelle poursuit un travail amorcé sur son blogue.L\u2019attrait d\u2019Emma réside dans sa capacité faire voir les inégalités à travers les expériences familières.Si Fallait demander, sa bédé partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux en 2017, a autant fait un tabac, c\u2019est un peu à cause de la polémique \u2014 « notre couple à nous est vraiment égalitaire, bon ! », avons-nous entendu de la bouche de nombreux hommes \u2014, mais aussi grandement parce qu\u2019elle mettait en mots et en images une fatigue bien réelle ressentie par les femmes qui, pour plusieurs, n\u2019auraient pas su la nommer.La charge émotionnelle, cette injonction à adapter son humeur à celle des autres pour faciliter les échanges soc iaux (e t sur tout amoureux), est incarnée dans l\u2019album dans les sourires, les petites attentions, l\u2019emploi du ton approprié.Emma aborde aussi dans ce nouveau recueil la précarité des femmes au foyer après la séparation, la culture du viol, le couple hétérosexuel comme environnement inégalitaire et, un peu hors propos, le combat d\u2019un policier intègre au sein d \u2019une inst i tut ion avide d\u2019autorité (la police).De belles rencontres En cours de route, on croise les penseuses, sociologues et mil i - tantes féministes qui ont forgé les théories sur lesquelles s\u2019appuie l\u2019auteure (Christine Delphy, Ange la Dav is , Ar l ie , Russe l l , Hochschild, etc.).Les militantes féministes convaincues se retrouveront en ter rain connu, alors que les néophytes y feront de belles rencontres.Les femmes qui n\u2019ont jamais connu le couple avec un homme risquent toutefois de se sentir moins concernées.Ce pouvoir de vulgarisation est donc le point for t d\u2019une œuvre access ib le , qu \u2019on ne chois i t pas pour la beauté de ses dessins \u2014 qui est absente.Prescription : à of frir aux messieurs de notre entourage qui ont toujours un peu besoin de se faire « gérer ».On en connaît toutes, allez. ourquoi parler aujourd\u2019hui du marquis de Montcalm, ce général auquel on associe la défaite des plaines d\u2019Abraham, le 13 septembre 1759 ?Cette bataille, dont Montcalm est le pivot, ser t encore à expliquer, du moins en partie, les fondements des rapports de pouvoir en Amérique du Nord.Est-ce que tout a été dit, tel qu\u2019on le croit, à son sujet?Non, insiste Dave Noël, historien et journaliste à la recherche au Devoir.En 2009, à l\u2019heure de souligner le 250e anniversaire de cette bataille, Noël avait constaté qu\u2019on se contentait de reprendre des idées reçues.«J\u2019ai été surpris de constater que nous n\u2019avions pas d\u2019historien universitaire québécois capable d\u2019en parler! Il fallait se rabattre sur des historiens britanniques et français pour parler des faits \u2014 et encore ne s\u2019intéressaient-ils surtout qu\u2019au contexte général.» «Pendant ce temps, le responsable des commémorations, le gouvernement fédéral, voulait faire de l\u2019événement une sor te de carnaval, ce à quoi le cinéaste Falardeau s\u2019était opposé avec le succès que l\u2019on sait.» En somme, le sujet s\u2019était tellement sédimenté dans les consciences qu\u2019on croyait qu\u2019il n\u2019y avait plus rien à en dire.L\u2019affrontement des Plaines Même si l\u2019affrontement des plaines d\u2019Abraham ne scelle pas, à proprement parler, le sort de l\u2019Amérique française, Dave Noël croit, dans la foulée des historiens de l\u2019École de Montréal, en son impor tance majeure.« Cet événement symbolise la conquête.C\u2019est un moment de rupture indéniable.» Mais Noël s\u2019oppose néanmoins, documents à l\u2019appui, à l\u2019interprétation de Guy Fré- gault (1918-1977) en la matière, un des historiens les plus illustres de cette école.«Montcalm a rallié contre lui à peu près tout le monde, que ce soit des historiens anglophones ou francophones.Partout, on reprend à son sujet des clichés.De Montcalm, Fré- gault fait une figure détestable, un Français prétentieux attaché à la cour de Versailles.Il l\u2019oppose à la figure d\u2019un Canadien : Vaudreuil.Fré- gault oppose souvent les métropolitains et les Canadiens.Or, Vaudreuil, même s\u2019il est né au Canada, est au fond beaucoup plus inscrit dans l\u2019univers de la cour de Versailles que Montcalm ! Sa mère s\u2019y trouve constamment.Il est le fils d\u2019un gouverneur.Il ne se déplace pas autrement qu\u2019avec sa calèche et son personnel.Et comme chef de guerre, Vaudreuil n\u2019a jamais combattu ou presque : entre son unique campagne de 1728 et le siège de 1759, il s\u2019écoule 31 ans ! Frégault lui attribue pour tant des qualités de stratège à la d\u2019Iberville, comme il le fait pour nombre de Canadiens.Or les faits montrent que les analyses militaires de Montcalm ne sont pas fausses.Il se débrouille plutôt bien.C\u2019est un bon général, un homme de terrain.Il est temps qu\u2019on le démystifie.» Montcalm a été abusivement caricaturé, soutient Dave Noël.« Je ne veux ni défendre Montcalm ni briser Vaudreuil ! Je veux juste prendre une juste mesure de leur place, de leur rôle.» À la lumière des documents Dave Noël regrette que tout le monde ait tenu pour acquise la vision de Montcalm édifiée par Frégault, il y a plus de 60 ans, sans se donner la peine de réviser ses analyses à la lumière des documents.On a dit et répété que si Montcalm avait voulu apprendre des pratiques des Autochtones et des Canadiens, il s\u2019en serait tiré bien autrement, peut-être plus honorablement.Faux, soutient l\u2019historien.«En 1759, date de la première mobilisation de masse, tout le monde est appelé sous les drapeaux.Les jeunes, les vieux.Les soldats professionnels ne sont pas très nombreux.Des miliciens composent la plus grande partie de l\u2019armée de Montcalm.Dans les environs de Québec, ce n\u2019est plus ce que c\u2019était 150 ans plus tôt : il n\u2019y a plus de forêts, du moins pas comme elles étaient, on y retrouve les plus anciennes paroisses de la colonie, des champs, des pâturages, des chemins.On se trouve face à un théâtre de champ de bataille à l\u2019européenne.On ne se bat pas là sous un couvert forestier.En 1759, on doit af fronter une armée professionnelle britannique.Leur fusil, le Brown Bess, a une portée supérieure.La discipline permet d\u2019en faire un meilleur usage, en augmentant la cadence de tirs.» Pourquoi reprocher à Montcalm de s\u2019être battu à l\u2019européenne sur un ter rain qui l \u2019y invitait ?« George Washington aussi en livre des batailles rangées à l\u2019européenne ! On ne lui en fait pas reproche ! Durant la guerre de succession d\u2019Autriche, par exemple, Montcalm a fait l\u2019expérience de cette nouvelle guerre de tirailleurs et d\u2019embuscades que pratiquent les Hongrois.» Il connaît si L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L i r e E s s a i 3 4 | ENTREVUE JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Démystifier Montcalm Dave Noël veut prendre la juste mesure du rôle du célèbre général dans l\u2019histoire Est-ce que tout a été dit, tel qu\u2019on le croit, au sujet de Montcalm ?Non, insiste Dave Noël, historien et journaliste à la recherche au Devoir.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Montcalm, général américain Dave Noël, Boréal, Montréal, 2018, 381 pages P bien ce type de guerre, obser ve Noël, qu\u2019il donne par écrit des ordres à ses troupes pour s\u2019en protéger ou en profiter.« Montcalm connaissait l\u2019escarmouche ou la petite guerre, mais seulement le terrain à Québec ne se prêtait pas à cette pratique.» Le grand historien John Keegan disait de la bataille des plaines d\u2019Abraham qu\u2019elle comptait au nombre des événements les plus importants de l\u2019histoire militaire.Qu\u2019est-ce qui nous reste aujourd\u2019hui de cet événement, outre le fait qu\u2019il est constitutif d\u2019une cer taine idée du Québec ?« Quand je regarde des livres d\u2019histoire militaire, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on est à l\u2019oublier.Avant, l\u2019im- por tance de l \u2019événement faisait l\u2019unanimité.On dirait que ce souvenir disparaît en même temps chez les Québécois.» Montcalm a rallié contre lui à peu près tout le monde, que ce soit des historiens anglophones ou francophones DAVE NOËL » | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C U L T U R E ENTREVUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR l y a tout juste deux ans, la jeune réalisatrice Catherine White lançait sa première websérie, Le temps des chenilles, une comédie dramatique à l\u2019esthétique soignée et aux accents fantastiques sur le saut obligé d\u2019une jeune femme dans la vie adulte après avoir été mise à la por te par ses parents, au lendemain de ses 21 ans.Sans ses ef fets personnels et en «linge mou», Alix, une fille qui ne s\u2019en laisse pas imposer mais qui ne sait pas trop où elle va, trouve refuge auprès de sa meilleure amie, Bibi, revenue de la grande ville pour l\u2019été en plantant sa tente sur le terrain de ses parents\u2026 Au fil des cinq courts épisodes de cette première saison, on suit les ef forts d\u2019Alix pour prendre son envol, alors que sa ville de région anonyme est assaillie par une invasion de chenilles.Catherine White a trouvé dans sa série, qu\u2019elle considère comme plus axée sur « les émotions et les ambiances que les situations», un projet parfait pour intégrer ce phénomène naturel cyclique qui revient toutes les douzaines d\u2019années là où elle a grandi, en Abitibi-Témiscamingue.Une invasion s\u2019est d\u2019ailleurs produite l\u2019été du tournage de la première saison, en 2016, ce qui lui a permis de dénicher quelques «figurantes» au pays d\u2019enfance.À quelques jours de la mise en ligne de la deuxième saison des aventures d\u2019Alix, toujours interprétée magnifiquement par Karelle Tremblay, sa scénariste et réalisatrice croit qu\u2019il ne faut pas chercher dans cette invasion de chenilles, qui deviendront papillons, une métaphore de la marche vers l\u2019âge adulte de son héroïne pas banale.« Je voulais plutôt mettre en parallèle [au récit] un événement naturel.Dans mes œuvres, il y a toujours des manifestations naturelles.Dans la deuxième saison, ce sont les changements climatiques.» Noël chaud Le bouleversement du climat est évoqué par des températures particulièrement élevées à l\u2019orée du temps des Fêtes, alors qu\u2019Alix, qui a suivi sa meilleure copine en ville à l\u2019automne, Après les chenilles, un Noël trop chaud Catherine White poursuit sa websérie au charme décalé sur le passage à l\u2019âge adulte À quelques jours de la mise en ligne de la deuxième saison des aventures d\u2019Alix, sa scénariste et réalisatrice croit qu\u2019il ne faut pas chercher dans cette invasion de chenilles, qui deviendront papillons, une métaphore de la marche vers l\u2019âge adulte de son héroïne pas banale.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR retourne pour la première fois dans sa famille depuis son expulsion expéditive.Les retrouvailles avec ses parents ne seront pas de tout repos.Et un mystère un peu inquiétant, dont on taira ici la nature, laisse l\u2019héroïne un peu sur ses gardes, même si elle devrait profiter de ces vacances avec l\u2019insouciance heureuse des gens de son âge.Ces ajouts « naturels » et les moments insolites générés par ledit mystère insuf flent à ce récit d\u2019apprentissage une dimension un peu fantastique, qui rappelle à certains égards le cinéma de Stéphane La- fleur (particulièrement Tu dors Nicole) et quelques œuvres d\u2019André Forcier, que Catherine White cite d \u2019a i l leurs comme l \u2019une de ses sources d\u2019inspiration.Ceux qui ont vu le plus récent film de Sébastien Pilote, La disparition des lucioles, actuellement en salle, seront tentés de faire des parallèles entre son personnage principal et Alix, qui sont incarnés avec le même naturel\u2026 par la même actrice.Parentés que la réalisatrice n\u2019a pas souhaité commenter.Il faut dire que les deux œuvres nous transportent dans des zones différentes.Celle du Temps des chenilles est plus « légère », enveloppée par la musique originale aux accents pop des années 1980 composée par Maxime Naver t.Elle évite de tomber dans les clichés souvent associés aux productions qui mettent en scène de jeunes adultes et s\u2019adressent à ceux-ci : l\u2019histoire n\u2019est pas portée par des intrigues amoureuses, et le téléphone cellulaire, dont la présence est devenue incontournable dans les fictions « millénariales », répond aux abonnés absents, à une seule exception près, nécessaire à la cohérence du récit.Une autre suite plus patiente Le dernier épisode de cette deuxième saison laisse les spectateurs sur une chute qui laisse deviner qu\u2019il y aura une suite aux aventures d\u2019Alix et compagnie.Sa créatrice avoue qu\u2019elle aimerait bien emmener sa série du côté de l\u2019enquête policière.Mais il faudra sans doute être patient, puisque la cinéaste est occupée à l\u2019écriture d\u2019une autre websérie et a dans ses cartons un projet de film.Cela dit, Le temps des chenilles, d\u2019abord pensé comme un long métrage, ne devait être qu\u2019une websérie d\u2019une seule saison.Après l\u2019avoir présentée en compétition au Marseille Web Fest en octobre 2017 (où elle a remporté le prix de la meilleure réalisation), Catherine White a eu le goût de poursuivre l\u2019expérience.Elle s\u2019est donc lancée dans la conception d\u2019une suite à la hâte à deux semaines de la date limite de dépôt des projets à Téléfilm Canada, avec succès, puisqu\u2019elle a rapidement reçu l\u2019approbation de l\u2019institution, obtenu le financement et bouclé le tournage quelques mois plus tard.La cinéaste retourne à Marseille ces jours-ci.Avec l\u2019envie de renouer avec le souffle créateur qui l\u2019avait animée lors de sa première visite.Le temps des chenilles Unis.ca, la 1re saison est disponible dès maintenant, et la 2e saison, dès le 22 octobre.I L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 AVEC Ce premier festival de débats organisé par Le Monde et Le Devoir croise les regards québécois et français sur les grandes thématiques qui occupent le débat public des deux côtés de l\u2019Atlantique : changement climatique, laïcité, intelligence artificielle,exception culturelle, éducation etc.Réformes sociétales : consensus québécois, dissensus français Avec Gabrielle Bouchard, Véronique Hivon, Alain Roy, Christiane Taubira, animé par Franck Nouchi Faut-il continuer à promouvoir une exception culturelle francophone ?Avec Sidonie Dumas, Claudine Lepage, Louise Lantagne, Christine St-Pierre, animé par Guillaume Bourgault-Côté Urgence climatique : les politiques sont-ils irresponsables ?Avec Delphine Batho, François Delorme, Sidney Ribaux, animé par Simon Roger Un musée, à quoi ça sert ?Avec Nathalie Bondil, Jean-François Chougnet, animé par Michel Guerrin Quel féminisme après #metoo ?Avec Belinda Cannone, Diane Guilbault, Eva Illouz, Mélanie Lemay, animé par Nicolas Truong Comment former les jeunes au monde qui vient ?Avec Normand Baillargeon, Lise Bissonnette, François Dubet, animé par Brian Myles Ethique et intelligence arti?cielle : quels enjeux ?Avec Yoshua Bengio, Jean-Gabriel Ganascia, animé par Claire Legros Autochtones, histoire coloniale : comment composer avec l\u2019héritage du passé ?Avec Michèle Audette, Benjamin Stora, Stanley Vollant, Alice Zeniter, animé par Jean-François Nadeau Que vont chercher les Français au Québec ?Avec Nicolas Girard Deltruc, Marie-Jean Meurs, Géraldine Martin, Jean-Philippe Warren, animé par Lisa-Marie Gervais Laïcité d\u2019abstention ou laïcité de collaboration ?Avec Gérard Bouchard, Fatima Houda-Pepin, Patrick Weil, Valentine Zuber, animé par Francine Pelletier UNIVERSITÉ CONCORDIA Intelligence arti?cielle vs intelligence collective : qui invente la ville de demain ?Avec Jean-Gabriel Ganascia, Stéphane Guidoin, Michel Lussault et Jean-François Tremblay animé par Emmanuel Davidenkoff.Suivi d\u2019une présentation de Zach Patterson Musée des beaux-arts de Montréal PROGRAMME ET INSCRIPTION SUR mbam.qc.ca/FestivalLeMonde Tarif régulier par conférence à partir de 14.75 $ (taxes et frais de service inclus)* * T a r i f s s p é c i a u x p o u r l e s a b o n n é s d u D e v o i r , p o u r l e s V I P d u m u s é e d e s b e a u x - a r t s e t p o u r l e s é t u d i a n t s | 37 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Ce n\u2019est pas une simple série de plus.C\u2019est un événement, l\u2019exemple rare d\u2019une production culturelle qui fait date et qui fait mouche parce qu\u2019elle respire le plus pur air du temps.La mini-fiction britannique Bodyguard qui arrive sur Netflix a fracassé les records d\u2019audience en Grande- Bretagne lors de sa diffusion à la fin de l\u2019été.Le premier épisode a drainé plus de 40% de parts de marché vers BBC One.Les trois suivants ont permis à la chaîne publique de passer la barre des dix millions de téléspectateurs, qui en ont pourtant vu bien d\u2019autres dans cet épicentre de la télé de qualité.À la conclusion, au sixième versement, la présentation a battu des records précédents établis par Game of Thrones, série la plus populaire sur Terre en ce début de XXIe siècle.Occupation double aussi fait de bons scores ici, preuve que le plus n\u2019est pas toujours l\u2019ami du mieux.Pas dans ce cas.Ces quantités dignes des belles années de la télé à trois ou quatre chaînes s\u2019arriment à de la qualité tout aussi rapprochée des sommets.Pour une fois, les préposés au sens de la critique britannique, réputée une des plus sévères du monde, ont donné raison aux sujets de Sa Majesté en passant des gallons de pommade sur ce Garde du corps.Celle du très exigeant Guardian a conclu que Bodyguard n\u2019était rien de moins que « la dramatique télé de la décennie».Alors, de quoi s\u2019agit-il ?Au départ, d\u2019une idée toute simple puisque la recette culturelle éprouvée construit souvent de la complexité dramatique autour d\u2019un canevas réductible au cliché.Umberto Eco a déjà écrit que l\u2019Odyssée, au fond, ce n\u2019est jamais que l\u2019histoire d\u2019obstacles placés sur le long chemin d\u2019un guerrier qui veut rentrer chez lui.De même, Bodyguard pourrait se résumer ainsi dans le bon vieux TV Hebdo : un ancien soldat, meurtri par son expérience du front, devient le garde du corps et l\u2019amant d\u2019une ministre de l\u2019Intérieur, partisane de la ligne dure, alors que se multiplient les attentats terroristes dans son pays.Une paranoïa suffocante Il y a évidemment du Bodyguard dans Bodyguard.Le film éponyme de 1992 à l\u2019eau de rose mettant en vedette la défunte chanteuse Whitney Houston (I Will Always Love You) proposait déjà le scénario d\u2019une relation intime entre une dame importante et son protecteur.Le long métrage avait rapporté son demi-milliard au box-office planétaire, preuve sonnante de l\u2019intérêt pour Corps, accords et désaccords La série de chevet Bodyguard, nouveau sommet de la télévision britannique Dans cette fiction, un militaire pacifiste doit protéger une politique militariste et tout le monde finit par surveiller chacun.Bienvenu dans notre postmodernité désenchantée.NETFLIX le genre, comme A Star Is Born, qui vient de connaître sa troisième adaptation avec Lady Gaga.Seulement, il y a beaucoup plus dans la nouvelle mouture avec gardien.La romance interdite s\u2019arrime à un portrait sociopolitique labyrinthique qui donne l\u2019impression de regarder un mélange entre James Bond et Homeland, soit un précipité mixant l\u2019action intense à de la paranoïa suffocante.Un « agentleman » Le ton est donné dès la première scène.Le jeune vétéran David Budd (Richard Madden, l\u2019ex-Robb Stark, King of the Nor th de Games o f Thrones) est dans un train avec ses deux jeunes enfants.Il observe un manège étrange sur le quai de la gare, puis l\u2019agitation d\u2019une employée dans la voiture qu\u2019ils occupent.Il finit par découvrir une terroriste prête à se faire sauter.Et le reste de l\u2019intervention par les services de sécurité, tournée très nerveusement, laisse à peine le temps de respirer.Le sergent de police est ensuite affecté en promotion à la garde rapprochée de la ministre de l\u2019Intérieur, Julia Montague (irréprochable Keeley Hawes).Elle incarne tout ce qu\u2019il déteste maintenant, une politicienne va-t- en-guerre qui applique la loi du talion et veut surveiller et punir toujours plus.Ses positions lui valent d\u2019innombrables animosités au sein de son parti, du gouvernement, de la population, mais aussi des divers services du renseignement qui luttent pour conserver leurs positions au centre de l\u2019appareil d\u2019État.La suspicion et les intrigues s\u2019infiltrent de tous bords.La série alterne les séquences d\u2019action publiques quasi insoutenables et les moments privés plus ou moins agréables.L\u2019« agentleman » Budd, blessé au corps et à l\u2019esprit par ses années en Afghanistan, survit avec des cauchemars et l\u2019alcool qui ont fait éclater son couple.D\u2019autres rescapés de l\u2019enfer gravitent autour de lui.La société tout entière cherche à composer avec la menace terroriste.Dans cette fiction, un militaire pacifiste doit protéger une politique militariste et tout le monde finit par se surveiller l\u2019un l\u2019autre.Bienvenu dans notre postmodernité désenchantée.L\u2019ombre de #MoiAussi Le por trait de groupe a aussi le grand mérite de jouer du cliché et de son contraire dans un savant mélange d\u2019efficacité narratrice.Évidemment, le gorille et sa protégée couchent ensemble et l\u2019ex du sergent Budd lui annonce au pire moment qu\u2019elle a un nouvel amant.Bien sûr, le gars des vues multiplie les attaques violentes dans la capitale londonienne et l\u2019arène politico-policière grenouille de personnages machiavéliques.En même temps, les arguments de la ministre faucon et ceux d\u2019un terroriste qui n\u2019a rien à voir avec un fou d\u2019Allah se défendent.Cette option volontairement équivoque et parfois sibylline se reflète dans l\u2019écriture et la distribution.Bodyguard est écrit et réalisé par Jed Mercurio, lui-même une drôle de bi- bitte de la télé britannique, ancien médecin et pilote de chasse spécialisé jusqu\u2019ici dans le drame médical (Cardiac Arrest, Bodies et Critical).Avec Bodyguard, il joue constamment de l\u2019ambiguïté, pour ne pas dire des renversements idéologiques.D\u2019un côté, cette histoire banale et extraordinaire baigne dans une atmosphère un peu surannée.Un mâle laconique protège ses enfants, sa maîtresse et son pays en surmontant ses démons intérieurs.On dirait un résumé de la carrière cinématographique de Bruce Willis.D\u2019un autre côté, l\u2019ombre du mouvement #MoiAussi plane sur la production où les rôles sont distribués à parité, de sorte qu\u2019une femme ambitieuse dirige le ministère réputé le plus viril et aspire au poste de premier ministre, tandis que d\u2019autres femmes autour d\u2019elle mènent les services de police, de lutte contre le terrorisme et même une escouade d\u2019interventions tactiques.Dans une scène d\u2019anthologie, alors que la ministre Montague fait les premiers pas de tendresse vers son beau sergent, elle lui déclare de manière parfaitement britannique : «Je ne suis pas la reine.Vous avez le droit de me toucher!» Au total, c\u2019est bien lui, l\u2019homme, objet du désir, celui que l\u2019on voit nu d\u2019ailleurs.Et c\u2019est bien elle, la ministre, plus âgée, plus riche, plus puissante et, à vrai dire, positionnée tout en haut de la hiérarchie sociale, qui pilote cette histoire de coup et de cul.Si les rôles masculin et féminin avaient été inversés, on aurait à juste titre dénoncé une énième affaire clichée d\u2019abus de pouvoir et d\u2019agression.On le répète une dernière fois : ce n\u2019est pas une simple série de plus, c\u2019est un événement, l\u2019exemple rare d\u2019une production culturelle qui fait date et qui fait mouche parce qu\u2019elle respire le plus pur air du temps.Bodyguard Netflix, dès mercredi L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI SHAKESPEARE ET JULIETTE (3) (Shakespeare in Love), É.-U.1998.Comédie sentimentale de John Madden avec Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Colin Firth.- À Londres en 1593, un dramaturge trouve l\u2019inspiration en tombant amoureux d\u2019une jeune noble promise à un lord.ARTV 12h AN HONEST LIAR (4) É.-U.2014.Documentaire de Tyler Measom.- La vie de James Randi, un magicien réputé qui a consacré une partie de sa carrière à dénoncer les guérisseurs, mentalistes et fraudeurs de toutes sortes.PBS (WETK) 12h AUSTIN POWERS CONTRE L\u2019HOMME AU MEMBRE D\u2019OR (4) (Austin Powers in Goldmember), É.-U.2002.Comédie fantaisiste de Jay Roach avec Mike Myers, Beyoncé Knowles, Michael Caine.- L\u2019agent secret Austin Powers lutte contre deux génies du crime qui menacent de détruire la planète.V 14h LIAISON ROYALE (3) Dan.2012.Drame historique de Nikolaj Arcel avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard.- En 1767 au Danemark, le médecin du roi fou devient l\u2019amant de la reine, avec l\u2019aide de qui il écarte le cabinet ultraconservateur et passe des réformes progressistes.ARTV 14h10 WILD (3) É.-U.2014.Drame biographique de Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon, Michiel Huisman, Gaby Hoffmann.- Afin d\u2019exorciser un lourd passé, une jeune femme entreprend de parcourir seule et à pied la Pacific Crest Trail, qui va du Mexique jusqu\u2019au Canada.MAX 15h30 HOMICIDE À HOLLYWOOD (4) (Hollywood Homicide), É.-U.2003.Comédie policière de Ron Shelton avec Harrison Ford, Josh Hartnett, Lena Olin.- Diverses tracasseries ralentissent l\u2019enquête de deux détectives sur les meurtres des membres d\u2019un groupe de musique hip hop.V 16h PRISON TOUT INCLUS (4) (Get the Gringo), É.-U.2012.Drame de mœurs d\u2019Adrian Grunberg avec Mel Gibson, Kevin Hernandez, Dolores Heredia.- Dans une prison mexicaine où les détenus vivent avec leur famille et où un baron de la drogue fait la loi, un criminel américain s\u2019allie à un gamin assoiffé de vengeance.TVA 16h07 RÉGRESSION (4) (Regression), É.-U.2015.Thriller d\u2019Alejandro Amenabar avec Ethan Hawke, David Thewlis, Emma Watson.- Au Minnesota, en 1990, un inspecteur et un psychologue enquêtent sur le viol d\u2019une jeune femme par son père, qui se serait déroulé au cours d\u2019un rituel satanique.MAX 18h ASSAUT SUR LONDRES (5) (London Has Fallen), É.-U.2015.Thriller de Babak Najafi avec Gerard Butler, Aaron Eckhart, Alon Aboutboul.- Dans Londres, tombée aux mains d\u2019un groupe terroriste, un garde du corps américain s\u2019emploie à protéger son président, menacé d\u2019exécution publique.TVA 18h30 NEED FOR SPEED (5) É.-U.2014.Thriller de Scott Waugh avec Aaron Paul, Dominic Cooper, Imogen Poots.- Un mécanicien, qui vient de purger deux ans de prison pour un crime qu\u2019il n\u2019avait pas commis, cherche à prendre sa revanche sur le champion de courses de rue qui l\u2019avait piégé.V 18h30 LES DIVINS SECRETS DES PETITES YA-YA (5) (Divine Secrets of the Ya-Ya Sisterhood), É.-U.2002.Comédie dramatique de Callie Khouri avec Sandra Bullock, Ellen Burstyn, Fionnula Flanagan.- Trois copines d\u2019enfance tentent de réconcilier leur amie excentrique avec sa fille.MAX 20h GOD KNOWS WHERE I AM (3) É.-U.2016.Documentaire de Jedd Wider.- Évocation de la vie d\u2019une quadragénaire schizophrène, dont le corps a été retrouvé dans une grange abandonnée au New Hampshire, son journal intime à ses côtés.PBS (WETK) 20h MISSION: IMPOSSIBLE \u2013 LA NATION ROGUE (4) (Mission: Impossible \u2013 Rogue Nation), É.-U.2015.Drame d\u2019espionnage de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Jeremy Renner.- Alors que la CIA démantèle son équipe, Ethan Hunt s\u2019associe à une espionne mystérieuse pour traquer le chef d\u2019une organisation responsable d\u2019une série de catastrophes mondiales.TVA 20h30 JE VAIS BIEN, NE T\u2019EN FAIS PAS (3) Fr.2006.Drame psychologique de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier.- Une étudiante de 19 ans tente désespérément de retrouver son frère jumeau, disparu sans laisser d\u2019adresse.TFO 21h THE EAST (4) É.-U.2013.Thriller de Zal Batmanglij avec Brit Marling, Alexander Skarsgard, Ellen Page.- Recrutée par une compagnie de surveillance, une ex-agente du FBI est chargée d\u2019infiltrer un groupe de militants qui s\u2019attaquent aux multinationales pétrolières et pharmaceutiques.V 21h15 ALIENS \u2013 LE RETOUR (3) (Aliens), É.-U.1986.Science-fiction de James Cameron avec Sigourney Weaver, Michael Biehn, Paul Reiser.- Des soldats aguerris sont dépêchés au secours d\u2019une colonie d\u2019humains installés sur une planète qui est peuplée de créatures monstrueuses.TQ 22h BOIRE ET DÉBOIRES (4) (Blind Date), É.-U.1987.Comédie de Blake Edwards avec Bruce Willis, Kim Basinger, John Larroquette.- Les mésaventures d\u2019un analyste financier qui a eu la malencontreuse idée de se faire accompagner à une réception par une charmante jeune femme qui ne supporte pas l\u2019alcool.MAX 22h30 SHAKESPEARE ET JULIETTE (3) (Shakespeare in Love), É.-U.1998.Comédie sentimentale de John Madden avec Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Colin Firth.- À Londres en 1593, un dramaturge trouve l\u2019inspiration en tombant amoureux d\u2019une jeune noble promise à un lord.ARTV 23h AU-DELÀ DES COLLINES (3) Roum.2012.Drame de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta.- Une jeune Roumaine qui rêve de s\u2019établir en Allemagne avec son ancienne amante échoue à convaincre celle-ci de quitter le monastère isolé où elle vit.TFO 23h LE FRELON VERT (5) (The Green Hornet), É.-U.2011.Comédie policière de Michel Gondry avec Seth Rogen, Jay Chou, Cameron Diaz.- Un héritier immature joue les justiciers masqués aux apparences de criminel, avec la complicité de son chauffeur chinois, un inventeur expert en arts martiaux.TVA 23h45 EDDIE L\u2019AIGLE (4) (Eddie the Eagle), G.-B.2016.Drame sportif de Dexter Fletcher avec Taron Egerton, Hugh Jackman, Jo Hartley.- Malgré ses talents limités en saut à ski, un Anglais candide réalise son rêve olympique en participant aux Jeux de Calgary en 1988.RC 0h30 JE VAIS BIEN, NE T\u2019EN FAIS PAS (3) Fr.2006.Drame psychologique de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier.- Une étudiante de 19 ans tente désespérément de retrouver son frère jumeau, disparu sans laisser d\u2019adresse.TFO 2h DIMANCHE BIENVENUE À BIG STONE GAP (5) (Big Stone Gap), É.-U.2015.Comédie sentimentale d\u2019Adriana Trigiani avec Ashley Judd, Patrick Wilson, Whoopi Goldberg.- À la mort de sa mère, une pharmacienne célibataire apprend un secret de famille qui l\u2019amène à reconsidérer sa vie.TVA 10h LE PASSAGE (4) (Holes), É.-U.2003.Comédie dramatique d\u2019Andrew Davis avec Shia LaBeouf, Sigourney Weaver, Jon Voight.- Dans un camp de travail pour délinquants situé en plein désert, un garçon apprend que la directrice recherche activement un trésor.V 14h LA NOUVELLE VIE DE WHITNEY BROWN (5) (The Greening of Whitney Brown), É.-U.2011.Comédie dramatique de Peter Skillman Odiorne avec Sammi Hanratty, Brooke Shields, Aidan Quinn.- À la suite du congédiement de son père, une préadolescente très gâtée s\u2019installe avec ses parents dans l\u2019ancienne ferme familiale, où elle se prend d\u2019affection pour un cheval.TVA 14h15 LE RÊVEUR: INSPIRÉ D\u2019UNE HISTOIRE VRAIE (5) (Dreamer: Inspired by a True Story), É.-U.2005.Drame sportif de John Gatins avec Kurt Russell, Dakota Fanning, Kris Kristofferson.- Grâce aux soins d\u2019une fillette, une pouliche blessée à une patte se rétablit et se montre prête à participer aux plus importantes compétitions.TVA 16h BOIRE ET DÉBOIRES Voir samedi, 22h30.MAX 18h TOM À LA FERME (4) Can.2013.Drame de Xavier Dolan avec Xavier Dolan, Pierre- Yves Cardinal, Lise Roy.- Aux obsèques de son amoureux, un publicitaire est forcé par le frère du défunt de faire croire à la mère que son fils était en couple avec une femme.ARTV 20h RÉGRESSION Voir samedi, 18h.MAX 20h ELDORADO (4) Can.1995.Étude de mœurs de Charles Binamé avec Pascale Bussières, Robert Brouillette, James Hyndman.- À Montréal, en plein été, les destins de divers personnages dans la vingtaine s\u2019entrecroisent.TFO 21h CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT (4) Fr.2012.Chronique d\u2019Alexandre Arcady avec Fu\u2019ad Aït Aat- tou, Nora Arnezeder, Anne Consigny.- Des années 1930 jusqu\u2019à l\u2019aube de la guerre d\u2019Algérie, les déchirements identitaires d\u2019un fils de paysan ruiné élevé par son oncle pharmacien et sa tante d\u2019origine française.TQ 21h30 LIAISON ROYALE (3) Dan.2012.Drame historique de Nikolaj Arcel avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard.- En 1767 au Danemark, le médecin du roi fou devient l\u2019amant de la reine, avec l\u2019aide de qui il écarte le cabinet ultraconservateur et passe des réformes progressistes.ARTV 23h GOD KNOWS WHERE I AM Voir samedi, 20hs.PBS (WCFE) 23h ENTRE LES MURS (3) Fr.2008.Drame social de Laurent Cantet avec François Bégaudeau, Rachel Régulier, Esméralda Ouertani.- Une année dans la classe d\u2019un professeur de français d\u2019un lycée multi- ethnique de Paris.TFO 23h EN SOLITAIRE (4) Fr.2013.Drame sportif de Christophe Offenstein avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet.- Un participant à une course de voiliers autour du monde en solitaire découvre qu\u2019un passager clandestin s\u2019est glissé dans son bateau à la faveur d\u2019une escale technique.TVA 23h02 TRON \u2013 L\u2019HÉRITAGE (3) (TRON \u2013 Legacy), É.-U.2010.Science-fiction de Joseph Kosin- ski avec Garrett Hedlund, Jeff Bridges, Olivia Wilde.- Un pirate informatique est aspiré dans le monde virtuel où il retrouve son père qui y est retenu prisonnier depuis vingt ans.RC 23h23 BIENVENUE À GATTACA (3) (Gattaca), É.-U.1997.Science-fiction d\u2019Andrew Niccol avec Ethan Hawke, Uma Thurman, Alan Arkin.- Dans un futur proche, un jeune subalterne défie son destin en s\u2019appropriant l\u2019identité génétique d\u2019un homme considéré comme supérieur.RC 1h24 ELDORADO (4) Can.1995.Étude de mœurs de Charles Binamé avec Pascale Bussières, Robert Brouillette, James Hyndman.- À Montréal, en plein été, les destins de divers personnages dans la vingtaine s\u2019entrecroisent.TFO 1h30 LUNDI LA BELLE-FAMILLE (4) (Meet the Parents), É.-U.2000.Comédie de Jay Roach avec Robert De Niro, Ben Stiller, Blythe Danner.- Un infirmier désirant épouser sa petite amie ne répond guère aux exigences de son futur beau-père, un ancien psychologue de la CIA.TVA 13h GARDE À VUE (3) Fr.1981.Drame policier de Claude Miller avec Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand.- La veille du Nouvel An, un inspecteur de police interroge un notaire soupçonné du viol et de l\u2019assassinat de deux fillettes.TFO 21h THE APOLOGY (4) Can.2016.Documentaire de Tiffany Hsiung.- Portrait de trois aînées chinoises qui ont été exploitées comme esclaves sexuelles par l\u2019armée impériale nippone durant la guerre sino-japonaise.PBS (WETK) 22h L\u2019ARMÉE DES OMBRES (3) Fr.1969.Drame de guerre de Jean-Pierre Melville avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret.- Les exploits d\u2019un chef de la Résistance française.TFO 0h30 AMIS ET PARENTS (4) (Friends With Kids), É.-U.2011.Comédie de mœurs de Jennifer Westfeldt avec Jennifer Westfeldt, Adam Scott, Maya Rudolph.- Deux amis n\u2019éprouvant aucune attirance l\u2019un pour l\u2019autre décident d\u2019avoir un enfant et d\u2019en partager la responsabilité, sans toutefois renoncer à leur quête du conjoint idéal.TVA 0h35 SHAKESPEARE ET JULIETTE (3) (Shakespeare in Love), É.-U.1998.Comédie sentimentale de John Madden avec Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Colin Firth.- À Londres en 1593, un dramaturge trouve l\u2019inspiration en tombant amoureux d\u2019une jeune noble promise à un lord.ARTV 2h30 MARDI L\u2019AUTRE BELLE-FAMILLE (5) (Meet the Fockers), É.-U.2004.Comédie de Jay Roach avec Ben Stiller, Robert De Niro, Dustin Hoffman.- Après avoir été accepté de haute lutte par son futur beau-père, un infirmier doit lui présenter ses parents, un couple d\u2019excentriques.TVA 13h L\u2019ARMÉE DES OMBRES (3) Fr.1969.Drame de guerre de Jean-Pierre Melville avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret.- Les exploits d\u2019un chef de la Résistance française.TFO 21h EUROPE 51 (3) (Europa 51), It.1952.Drame social de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman, Alexander Knox, Giulietta Masina.- Frappée par un grand malheur, une jeune femme sent le besoin de se dévouer aux autres.TFO 0h33 UN JOUR (5) (One Day), É.-U.2011.Drame sentimental de Lone Scherfig avec Anne Hathaway, Jim Sturgess, Romola Garai.- Sur vingt ans, à raison d\u2019un jour par an, l\u2019évolution de l\u2019amitié potentiellement amoureuse entre une aspirante écrivaine et un animateur de télévision.TVA 0h35 MERCREDI C\u2019EST LA GUERRE (5) (This Means War), É.-U.2012.Comédie sentimentale de McG avec Tom Hardy, Chris Pine, Reese Witherspoon.- Réalisant qu\u2019ils se sont épris de la même femme, deux agents de la CIA se déclarent la guerre.TVA 13h EUROPE 51 (3) (Europa 51), It.1952.Drame social de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman, Alexander Knox, Giulietta Masina.- Frappée par un grand malheur, une jeune femme sent le besoin de se dévouer aux autres.TFO 21h AMERICAN PSYCHO (4) É.-U.2000.Drame de Mary Harron avec Christian Bale, Willem Dafoe, Reese Witherspoon.- Un jeune yuppie narcissique, raffiné et matérialiste se transforme la nuit venue en tueur en série sadique.Z 23h AU-DELÀ DES COLLINES (3) Roum.2012.Drame de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta.- Une jeune Roumaine qui rêve de s\u2019établir en Allemagne avec son ancienne amante échoue à convaincre celle-ci de quitter le monastère isolé où elle vit.TFO 0h30 SOUVENIRS D\u2019AFRIQUE (3) (Out of Africa), É.-U.1985.Drame sentimental de Sydney Pollack avec Meryl Streep, Robert Redford, Klaus Maria Bran- dauer.- En 1913, en Afrique, une riche Danoise séparée de son mari se met à cultiver du café et à sympathiser avec un chasseur anglais dont elle tombe amoureuse.TVA 0h35 JEUDI MOÏSE \u2013 L\u2019AFFAIRE ROCH THÉRIAULT (4) (Savage Messiah), Can.2002.Drame de Mario Azzopardi avec Polly Walker, Luc Picard, Isabelle Blais.- Dans les années 1980, en Ontario, une travailleuse sociale s\u2019emploie à neutraliser un Québécois psychopathe qui a fondé une secte.VIE 13h HYPER AGENT AMÉRICAIN (4) (American Ultra), É.-U.2015.Comédie de Nima Nourizadeh avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Topher Grace.- Un commis phobique et grand consommateur de marijuana découvre qu\u2019il est en vérité le prototype désactivé d\u2019une manufacture d\u2019hyper-agents meurtriers commanditée par la CIA.MP 21h AU-DELÀ DES COLLINES (3) Roum.2012.Drame de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta.- Une jeune Roumaine qui rêve de s\u2019établir en Allemagne avec son ancienne amante échoue à convaincre celle-ci de quitter le monastère isolé où elle vit.TFO 21h LES ANGES MANGENT AUSSI DES FAYOTS (5) It.1973.Comédie de E.B.Clucher avec Bud Spencer, Giuliano Gemma, Robert Middleton.- Au début des années 1930, deux costauds au cœur tendre se mettent au service d\u2019un gangster.Z 23h TOM À LA FERME (4) Can.2013.Drame de Xavier Dolan avec Xavier Dolan, Pierre- Yves Cardinal, Lise Roy.- Aux obsèques de son amoureux, un publicitaire est forcé par le frère du défunt de faire croire à la mère que son fils était en couple avec une femme.ARTV 23h VICE (5) É.-U.2015.Science-fiction de Brian A Miller avec Thomas Jane, Ambyr Childers, Bruce Willis.- Dans un centre de divertissement futuriste, des clients utilisent des robots à apparence humaine pour assouvir leurs fantasmes les plus fous.TVA 23h35 L\u2019EMPREINTE DE L\u2019ANGE (4) Fr.2008.Drame psychologique de Safy Nebbou avec Catherine Frot, Sandrine Bonnaire, Héloïse Cunin.- Une mère dépressive imagine divers subterfuges afin de se rapprocher d\u2019une fillette qu\u2019elle croit fermement être sa propre fille, pré- sumément morte dans un incendie.TFO 0h30 UNE ÉQUIPE D\u2019ENFER (4) (The Bad News Bears), É.-U.2005.Comédie sportive de Richard Linklater avec Billy Bob Thornton, Sammi Kane Kraft, Jeff Davies.- Un ancien joueur de baseball professionnel dans la dèche est contraint d\u2019entraîner une équipe de garçons de dix à douze ans peu doués pour le sport.TVA 1h20 VENDREDI LES GOONIES (4) (The Goonies), É.-U.1985.Aventures de Richard Donner avec Sean Astin, Josh Brolin, Jeff Cohen.- Parti à la recherche d\u2019un trésor, un groupe de jeunes gens rencontre des difficultés avec une famille de criminels.MAX 20h AS ABOVE SO BELOW L\u2019OUTSIDER (5) Fr.2016.Thriller de Christophe Barratier avec Arthur Dupont, François-Xavier Demaison, Sabrina Ouazani.- Huit ans après son arrivée à la Société Générale de France, un jeune trader ambitieux est accusé d\u2019avoir commis une fraude qui aurait fragilisé le système financier mondial.TFO 21h BÉTELGEUSE (4) (Beetlejuice), É.-U.1988.Comédie fantaisiste de Tim Burton avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton.- Un couple de fantômes fait appel à un esprit malin pour chasser les nouveaux propriétaires de leur ancienne maison.MAX 22h30 TOM À LA FERME (4) Can.2013.Drame de Xavier Dolan avec Xavier Dolan, Pierre- Yves Cardinal, Lise Roy.- Aux obsèques de son amoureux, un publicitaire est forcé par le frère du défunt de faire croire à la mère que son fils était en couple avec une femme.RC 23h06 LES AUTRES (3) (The Others), É.-U.2001.Drame fantastique d\u2019Alejandro Amenabar avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Alakina Mann.- D\u2019étranges phénomènes viennent troubler la quiétude d\u2019une mère qui vit dans un manoir avec ses deux enfants et trois domestiques.TQ 23h30 SANS LIMITES (4) (Limitless), É.-U.2011.Thriller de Neil Burger avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abbie Cornish.- Grâce à une pilule capable de stimuler l\u2019intégralité des fonctions cérébrales, un écrivain en panne d\u2019inspiration devient un génie de la finance aux ambitions politiques.TVA 23h35 L\u2019ANGE GARDIEN (4) Can.2014.Drame de Jean-Sébastien Lord avec Guy Nadon, Marilyn Castonguay, Patrick Hivon.- Un gardien de nuit sexagénaire et cardiaque vient en aide à une jeune cambrioleuse qui lui a sauvé la vie.TFO 0h30 GRANDE OURSE \u2013 LA CLÉ DES POSSIBLES (4) Can.2009.Drame fantastique de Patrice Sauvé avec Marc Messier, Normand Daneau, Fanny Mallette.- Un ex-journaliste et un couple de détectives privés tentent de retrouver un objet ancien permettant de voyager au travers de réalités alternatives.RC 0h50 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r a n s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Arte Musica présente sallebourgie.ca Présenté par 18 19 FABIO BONIZZONI Deux fois à la salle Bourgie ! CANTATES DE BACH Dimanche 28 octobre, 14 h LA RISONANZA (Italie) FABIO BONIZZONI, clavecin et direction J.S.Bach Cantates BWV 36a, 55, 158 et 185 RENDEZ-VOUS BACH Mercredi 31 octobre, 19 h 30 JORGE JIMENEZ, violon FABIO BONIZZONI, clavecin Programme tout BACH Le violon et le clavecin s\u2019unissent chez Bach dans une remarquable symbiose.Salle Bourgie CINÉ-CONCERT Mardi 30 octobre, 19 h 30 GUY LIVINGSTON, piano Transportez-vous dans une soirée fantaisiste du Paris des années 1920 ! Avec projection de ?lms de Man Ray, Picabia er René Clair sur grand écran.ÉQUILIBRE ET DÉSÉQUILIBRE Dimanche 11 novembre, 14 h Un spectacle unique alliant musique et cirque.COMPLÈTEMENT PIANO GARRICK OHLSSON JOUE BRAHMS Jeudi 25 octobre, 19 h 30 Découvrez la profondeur de l\u2019écriture pianistique de Brahms avec l\u2019un des pianistes les plus acclamés.CONCERTS EN LIEN AVEC L\u2019EXPOSITION ALEXANDER CALDER AMÉLIE GAUDREAU LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Nouveau concept, en direct Après deux éditions menées par l\u2019animateur Sébastien Diaz, le Premier Gala de l\u2019ADISQ, fête moins formelle que le «gros» gala du dimanche, trouve à sa barre deux artistes qui figurent souvent dans la liste des nommés aux Félix : Marie- Mai et Yann Perreau.Télé-Québec indique qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un «nouveau concept d\u2019animation » qui se veut « le début d\u2019une nouvelle tradition».Pourtant, les deux chanteurs ne sont pas les premiers à se livrer à ce genre d\u2019exercice, parfois périlleux\u2026 Daniel Boucher et Catherine Perrin avaient coanimé la première édition de ce qu\u2019on appelait alors L\u2019Autre gala en 2005, et Ariane Moffatt avait mené toute seule l\u2019édition, enfin télévisée, mais en différé de cinq jours, en 2007.Espérons que ce duo dépareillé saura tirer son épingle de ce jeu, livré devant ses collègues en direct du MTELUS.Premier Gala de l\u2019ADISQ 2018 Télé-Québec, mercredi, 20h, en rediffusion, dimanche, 18h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 « C H A N T E U RS -A N I M AT E U RS » Visionnement en continu de la semaine Une autre sorcière bien-aimée.Après le succès populaire de Riverdale, un drame adolescent bien savonneux inspiré des bandes dessinées Archie, le producteur Greg Berlanti poursuit dans la même veine avec une nouvelle série dérivée qui flirte cette fois avec l\u2019horreur, consacrée à la sympathique sorcière adolescente issue de cet univers, beaucoup plus sombre à l\u2019écran que sur papier.Kiernan Shipka, qui a fait ses classes au sein de la distribution de Mad Men, incarne le personnage principal.Les nouvelles aventures de Sabrina (V.F.de Chilling Adventures of Sabrina) Netflix, dès vendredi Cure de traverse Le réalisateur Julien Lombard a suivi pendant 30 mois cinq malades ayant choisi d\u2019emprunter des chemins de traverse plutôt que de s\u2019en remettre à la médecine moderne.Son incursion est troublante, chacun de ses «modèles» s\u2019ouvrant courageusement au fil des saisons et des introspections, jusqu\u2019à la mise à nue.Tous sont touchants de sincérité et de justesse.L\u2019approche est néanmoins dérangeante.Très faible sur le plan de la science et des idées, le documentaire papillonne sur les intuitions de chacun sans rien creuser.Julien Lombard ne s\u2019en cache pas, il a fait ce film pour en quelque sorte «racheter» la mort de sa mère, disparue après six mois d\u2019agonie médicale.Son vœu: montrer que devant la maladie grave, d\u2019autres chemins existent.Ce biais mal canalisé agit comme un filtre sur son film.Ce dernier en sort esquinté, réduit au statut de pamphlet maladroit ne faisant pas honneur à la parole des combattants à qui il donne la voix, mais pas le dernier mot.L\u2019autre combat Lundi, Unis, 21h ; en rediffusions mercredi 12h30, jeudi, 1h30 et dimanche, 14h30 Deux périodes dans la vie de\u2026 Après une première saison consacrée à Albert Einstein, la deuxième fournée de cette série anthologique produite par la chaîne National Geographic offre une version romancée de deux époques charnières dans la vie du maître du cubisme, Pablo Picasso, interprété à l\u2019âge mûr par Antonio Banderas\u2026 Génie : Picasso Artv, samedi, 22h, en rediffusion dimanche, 16h, mardi, 22h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 10/22 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Demain des hommes Ruptures Le Téléjournal Sports/ ADISQ TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Boomerang L'échappée / Au nom du père Le jeu TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation Rire et délire Vendeurs Je suis chef Scorpion / Le vaisseau fantôme Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Colorants Secrets d'histoire / Nefertiti, mystérieuse reine d'Égypte Habiter le Monuments Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Étrange météo Des idées payantes Ancient Mysteries 60 jours en prison Trésor inca CANAL VIE Réno par le haut Quoi ton plan?Les gratteux On efface et on recommence Goldwater à l'écoute Il y a de l'amour dans l'air On se marie RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre Blitz 20h15 LNF Football / Giants de New York c.Falcons d'Atlanta (D) HISTORIA FantomWorks Hors route / L'alllume-feu La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Extraterrestres / Les prototypes Extraterrestres ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Pour l'amour du country 40e ADISQ 40e ADISQ 40e ADISQ 40e ADISQ Pour emporter / Virginie Fortin EXPLORA Le refuge de l'espoir Mississipi à l'état sauvage S'aime chien Big History Terres de glace À l'épreuve d'une tribu Légendes Z Les pires chauffards canadiens Top Gear Les hors-la-loi du volant Rapide et mill Semi-Pro Arrow Six SAVOIR Face à Face Découvertes DeGarde 36.9° Autisme Publications Nomade mers Découvertes Monde Routes science TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! Conseils Motel Monstre GARDE À VUE (1981) Lino Ventura.22h35 Amélie 23h10 Miam! Planète Le procureur Gulistan, terre de roses Arts backstage Après l'armageddon À la recherche CBC CBCNews Politics Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake / Dressed to Kill CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident / The Germ Magnum P.I.The Good Doctor CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Neighborhood H.Together 9-1-1 / Dosed Bull / The Missing Piece Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars / Disney Night The Rookie / Pilot News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood H.Together Magnum P.I.Bull / The Missing Piece News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow A Chef's Life: The Final Harvest POV / The Apology UNIS Pas plus bêtes Cochon dingue Chez nous Un vrai selfie Les fermiers / Séjour au Maine L'autre combat Louis la faune Guides HBO 17h30 FlightOfTheConchords Bill Maher / Anniversary Special Stolen Daughters 21h20 The Deuce / The Feminism Part 22h25 Tokyo Camping TVA Sports 17h30 TVA sp.Avant-match LNH Hockey / Avalanche du Colorado c.Flyers de Philadelphie (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Canada Rough 10/21 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h55 Infoman Cinéma TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) Révolution / Les auditions La vraie nature TVA nouvelles Opér.Narcos EN SOLITAIRE TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or Les grands documentaires Like-moi! CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT (2012) Nora Arnezeder.V Cinéma Occupation double Grèce OD+ en direct Occupation double Grèce LE VISAGE DE LA FOLIE (2013) ICI RDI Le Téléjournal RDI économie Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché 22h15 Mixeur / Rue du Nil Journal/ L'invité CANAL D Michelle ou la vie sauvage Galas ComediHa! 2015 Docu-D Mastodontes Le convoi de l'extrême Douanes: Can CANAL VIE On efface et on recommence Les 4 ans sous surveillance La vie avec des quintuplées Changer de sexe Ça change pas Les gratteux Idées-grandeur RDS 16h00 LCF Football (D) Sports 30 Sports 30 LMB Baseball - Série de championnat (si nécessaire) (D) Sports 30 HISTORIA La malédiction d'Oak Island La justice dans le sang La preuve manquante Qui a tué Martin Luther King?Racines Infiltrateur ICI ARTV C'est juste de la TV Pour emporter / Virginie Fortin TOM À LA FERME (2013) Xavier Dolan.Les Borgia / Narcisse Cinéma EXPLORA S'aime chien Curiosités L'Amérique à l'état sauvage Alex+Tyler, éco Planète techno Il était une fois l'humanité Découverte Sexplora Z Défi limo Maripier! Semi-Pro Pinel Seuls et tout nu Les Brown: génération Alaska Remorquage South Park Les hors-la-loi SAVOIR Semaine Verte 18h45 Forêt Arrêt monde Publications De garde 24/7 Capsule/ Nature Santé! TDAH Cancer 22h55 Thèse Routes science TFO Subito texto Amélie Les jumelles C'est WOW Mosquée Citoyen monde ELDORADO (1995) avec Pascale Montpetit, Pascale Bussières.Cinéma Planète 17h00 L'accusé Films perdus de SGM / Jours J Food 3.0 / Techno Food Sauver Big Ben! Le visiteur de l'Histoire Sur les murs CBC Heartland / Past Imperfect Anne The Nature of Things the fifth estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV God Friended Me Shark Tank / Matt Higgins The Alec Baldwin Show National News GBL Global News Global National Security Security Dancing With the Stars: Juniors NCIS: Los Angeles / Hit List Madam Secretary / The Rake Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Dancing With the Stars: Juniors Shark Tank / Matt Higgins The Alec Baldwin Show News CBS 16h25 Football / Dallas vs Washington (D) 60 Minutes God Friended Me NCIS: Los Angeles / Hit List Madam Secretary / The Rake PBS (33) Super Skyscrapers Jamestown Masterpiece Classic Masterpiece Classic / Poldark The Woman in White Midwife UNIS Bouffe en cavale File d'attente Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Trait d'humour HBO 17h20 MY DINNER WITH H.19h10 Pod Save America 20h10 Ferrell Takes the Field The Deuce / The Feminism Part Camping MY DINNER WITH HERVÉ TVA Sports RAW LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Blackhawks de Chicago (D) Le TVA sports LMS Soccer / FC Toronto c.Montreal Impact 10/20 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Victoria Liar: La nuit du mensonge Le Téléjournal Ti-gars TVA TVA nouvelles ASSAUT SUR LONDRES (2016) Gerard Butler.MISSION: IMPOSSIBLE - LA NATION ROGUE (2015) Tom Cruise.23h15 TVANou.TQ LA MAISON MONSTRE (2006) Dalton/ Shaun Cette année-là Belle et Bum ALIENS: LE RETOUR (1986) Sigourney Weaver.V Cinéma NEED FOR SPEED (V.F.) (2014) avec Dominic Cooper, Aaron Paul.21h15 THE EAST (V.F.) (2013) avec Alexander Skarsgard, Brit Marling.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Enquête Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Reportages TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! Les années bonheur / Le meilleur des années bonheur Voisins/ Voisins Journal/ L'invité CANAL D Cuban Chrome Garage d'élite Mayday Comédie Club Réal Béland, une autre planète ComediHa! Grand Rire Déroute CANAL VIE Pas le choix de rénover! Trading Spaces Rénos On se marie Il y a de l'amour dans l'air L'escouade féminine Le Club Mel RDS 16h00 Football / Mtl./Tor.(D) Sports 30 Images/sec.LMB Baseball - Série de championnat (si nécessaire) (D) L'antichambre HISTORIA Les a$ de la brocante Roanoke: la colonie perdue Humanité en péril! Top 10 de l'Antiquité Miracles décodés Planches pieds ICI ARTV Pour emporter / Virginie Fortin Pour l'amour du country Sherlock / Son dernier coup d'éclat Génie / Picasso: Chapitre un Cinéma EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir La marche de l'empereur Méga convois Cerveau Z Les hors-la-loi du volant Comédie Dans l'net Les stupéfiants Expédition extrême Semi-Pro South Park Porn SAVOIR Nomade mers Archi branchés Rature et lit Vues d'UQAM Au coeur du cinéma québécois Apostrophes / L'URSS et vous Beau/ VOD Étudiants voyageurs TFO Subito texto Amélie Flip C'est WOW Mosquée Citoyen monde JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS (2006) Chaussur Cinéma Planète Exode, un million de destins Oman, le trésor de Mudhmar Horizons / Iran Vu sur terre / Oman Ma vie de femme d'ailleurs / En Tunisie CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Blues de St.Louis c.Maple Leafs de Toronto (D) Hockey / Nashville vs Edmonton (D) CTV CTV News Montreal W5 GARAGE SALE MYSTERY: THE PANDORA'S BOX MURDERS The Big Bang The Big Bang National News GBL Global News Global National BorderSecur Security Chicago Med Private Eyes / The Money Shot Remedy / The Homecoming Global News ABC 15h30 Football Football Score.Football Score.Pre-game (D) /19h35 NCAA Football / Ohio State c.Purdue (D) 22h50 WrapUp Local 22 News CBS 15h30 NCAA Football (D) Ch.3 News Friends Michael Jackson's Halloween 48 Hours 48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Upstart Crow Happy Valley Death in Paradise / The Healer Austin City UNIS Sacrés objets / Roue Trait d'humour Balade Louis la faune LES SCÈNES FORTUITES (2017) Valérie Cadieux.Mauvais karma HBO CB Strke: Evil Partie 1 de 2 CB Strke: Evil Partie 2 de 2 MY DINNER WITH HERVÉ (2018) 21h50 Game of Thrones 22h50 THE IMMORTAL LIFE .TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Sénateurs d'Ottawa (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 TVA sp.23h15 Football S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Voilà un magazine qui aurait gagné à être diffusé sur une chaîne grand public.Cette émission qui s\u2019intéresse avec humour et tout de même beaucoup de sérieux aux problèmes auxquels font face au quotidien les personnes ayant un handicap physique s\u2019avère for t éclairante pour ceux qui ne sont pas confrontés à ces contraintes, en apparence banales, mais qui sont loin de l\u2019être.Les trois animateurs, Rosalie Simard- Taillefer (la fille de vous savez qui\u2026), Damien Gramont et Kéven Breton, de jeunes adultes allumés, éloquents et armés d\u2019une bonne dose d\u2019autodé- rision, eux-mêmes vivant avec un handicap dif férent, s\u2019emploient à nous montrer au fil des 13 épisodes que leur vie peut souvent ressembler à une course à obstacles, contre lesquels il existe (ou il pourrait facilement exister) des solutions.Ainsi, le premier épisode, consacré à l\u2019accessibilité du transport en commun, permet de constater comment il peut être difficile de se déplacer dans la métropole en transport public de façon efficace et relativement rapide.Le périple de Kéven, qui se déplace en fauteuil roulant jusqu\u2019au métro Bonaventure, où se trouve un ascenseur qui ne permet pas de se rendre à l\u2019extérieur, est particulièrement éclairant\u2026 Nos trois missionnaires interrogent des acteurs et observateurs du milieu exploré pour trouver des pistes de solution et jettent un coup d\u2019œil sur ce qui se fait ailleurs dans le monde dans ce même domaine.De plus, ils ne se gênent pas pour donner quelques petits conseils aux non- handicapés, pour les aider à leur faciliter la vie sans trop se la compliquer\u2026 Mission accessible AMI-Télé, mardi, 20h Obstacles et solutions Mise en lumière des difficultés d\u2019accessibilité quotidiennes des personnes handicapées SU R VOS ÉC R A N S L\u2019autre histoire des Amériques Cette nouvelle série documentaire en quatre épisodes, diffusée jusqu\u2019au 13 novembre, raconte l\u2019histoire des populations autochtones des Amériques depuis 15 000 ans.Cet exercice colossal s\u2019attarde aux origines des habitants de ce territoire immense, aux régimes politiques qui ont marqué leurs civilisations, dont certains particulièrement audacieux en leur temps, aux grandes cités qui ont rayonné à travers les âges et aux moyens développés par ces premiers habitants pour assurer leur survie après l\u2019arrivée des colonisateurs blancs.Tout un programme! Native America PBS, mardi, 21h AMI-TÉLÉ | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 10/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant ICI on chante Galas ComédiHa! Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Ilyas Surkov TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus L'heure est grave Curieux Bégin Deux hommes en or Like-moi! Belle et Bum V Souper parfait Taxi payant L'arbitre Huissiers Huissiers Tous contre le crime Les disciples Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands report Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Irresponsable Les routes de l'impossible Les flots / Ténérife Chacun son île / Fidji Champions Journal/ C à dire CANAL D Situation Douanes Amour fatal JonBenét Ramsey Un tueur si proche 60 jours en prison Scènes crime CANAL VIE Naissances Dog Tales On se marie Ça change pas Tous pour un chalet! On efface et on recommence Ouvrez, jamais Dog Tales Naissances RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre LMB Baseball - Série mondiale (D) L'antichambre HISTORIA Hitler déclassifié Dundee Dundee Les montagnards Yukon Gold: L'or à tout prix Oeil de tornade Oeil de tornade G.O.L.F.ICI ARTV Moi et l'autre Mr Bean Dre Grey, leçons d'anatomie Faire oeuvre utile C'est juste de la TV Comme par magie Sherlock EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Les héros de l'espace Siècle d'inventions / Parachute Sexplora Stupidité Stupidité Z Les pires chauffards canadiens Rapide et mill Remorquage Américars / Tunderbird 1965 Top Gear Porn South Park Comédie SAVOIR Voir autrement 18h50 L'ONU Apostrophes 20h15 Savoir Secrets Électron/ Thèse Encore plus Santé! MTL innovante Nomade mers TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Club cinq Métiers/ Top! King Lionel Motel Monstre L'OUTSIDER (2016) Arthur Dupont.Amélie/ Miam! Planète Une année avec les ours noirs Planète Safari Les Maîtres du ciel À la recherche de la vérité Exode, un million de destins Mudhmar CBC CBCNews Politics Still Standing Coronation St.marketplace In the Making CBC Docs POV CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot / The Quantico Affair How to Get Away With Murder Blue Bloods CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 Chicago Fire / A Volatile Mixture Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Charlie Brown Child Support 20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 Blue Bloods News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week NE Legends Shakespeare Uncovered Shakespeare Uncovered Amanpour & C UNIS Bizarroscope Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Trait d'humour Partie 1 de 2 Chars HBO Pod Save America BEWARE THE SLENDERMAN (2016) Richard Dawkins.20h55 Tokyo Camping Real Time With Bill Maher Pod Save TVA Sports LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Golden Knights de Vegas (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports WTA Tennis - BNP Paribas Finals 10/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman Les dieux de la danse Enquête Le Téléjournal Sports/ ADISQ TVA TVA nouvelles Le Tricheur Face à la rue J.E.Ninja Warrior: Le parcours ultime / Finales à Los Angeles TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween 180 jours Dans les médias House of Cards (v.f.) Félix mémoire V Souper parfait Occupation The Amazing Race Bootcamp Chicago Police Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Voyage sous nos pieds Entrer l'accusé / Sylviane Fabre: la colère d'une femme blessée Speakerine / Épisode 2 Journal/ C à dire CANAL D Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Un tueur si proche 60 jours en prison Docu-D CANAL VIE De taudis à logis La vie avec des quintuplées La famille Groulx Le Club Mel / Patricia Paquin Changer de sexe Mères à boutte RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Sabres de Buffalo (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Les planches aux pieds Hors route: défi extrême Hitler déclassifié Qui a tué Martin Luther King?FantomWorks FantomWorks ICI ARTV 17h30 L'appel L'appel du coeur Mr Bean Esprit critique Anne Anne Cinéma EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Vivre avec les loups Planète: Attention danger Les héros de l'espace Big History Les génies / Où sommes-nous?Z Les pires chauffards canadiens Seuls et tout nu Les Brown: génération Alaska Maripier! Comédie Dans l'net South Park Cinéma SAVOIR 36.9° DeGarde Nomade mers Routes science Capsule Mémoires Dactylo Découvertes The Migrant Semaine Verte Forêt/ Idées TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Flip Métiers/ Top! Doc junior Motel Monstre AU-DELÀ DES COLLINES (2012) Cosmina Stratan.23h25 Miam! Planète Gulistan, terre de roses Arts backstage Films perdus de SGM Le visiteur de l'Histoire Tout savoir.Le moine et la reine des frelons CBC CBCNews Politics Investigator Coronation St.Dragons' Den The Detectives / The Last Fare CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Station 19 / Lost and Found Law & Order: S.V.U./ Exile CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore GoodPlace Will & Grace I Feel Bad S.W.A.T./ S.O.S.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Station 19 / Lost and Found How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Murphy Brown S.W.A.T./ S.O.S.News PBS (33) PBS NewsHour Sunlight Man Ed Sullivan's Rock 'n' Roll Classics / The '60s Rick Steves' Amanpour & C UNIS Échappe Cochon dingue Filles de moto Louis la faune Chars À plein gaz Guides d'aventures Un vrai selfie File d'attente Captive HBO 18h15 WITCH HUNT (1994) Dennis Hopper.Camping Bill Maher / Anniversary Special Andre the Giant The Deuce TVA Sports 17h30 TVA sp.L'Impact LNH Hockey / Flyers de Philadelphie c.Bruins de Boston (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports L'Impact 10/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Trop Les Simone Le Téléjournal Sports/ ADISQ TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or XOXO Blue Moon TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Format familial Premier Gala de l'ADISQ Like-moi! Banc public 180 jours V Souper parfait Occupation Rire et délire Moment Ne jamais faire à la maison SEAL Team / 14 minutes Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les flots Envoyé spécial Classe à part / L'éclosion Journal/ C à dire CANAL D Hélico tout terrain Rodéo Québec Parcomètre L'or des crocodiles Cauchemar sur l'autoroute 60 jours en prison Forces CANAL VIE Réno par le haut Rénos Ouvrez, jamais Rénovateurs à l'entrainement Mères à boutte Naissances Les dessous du secondaire Les gratteux RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 L'antichambre LMB Baseball - Série mondiale (D) HISTORIA G.O.L.F.histoire Surcharge maximale De l'acier et du feu / Le yatagan De l'acier et du feu Aux armes! Artéfacts ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Moi et l'autre Les pays d'en haut Les pays d'en haut Les pays d'en haut Les pays EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco Mississipi à l'état sauvage La Semaine verte Au coeur du cerveau La science de la vue Épreuve tribu Z Les pires chauffards canadiens Les stupéfiants Tout s'explique! / Vrai ou faux?Cobaye humain Pinel South Park Cinéma SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte 19h40 Savoir Santé! MTL innovante Mémoires Reportage Géo 22h20 Nature 36.9° DeGarde TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! C'est WOW Motel Monstre EUROPE 51 (1952) Ingrid Bergman.22h50 Amélie 23h15 Miam! Planète Horizons / Iran Vu sur terre / Oman Devoir d'enquête Repentis: Un pacte Les oubliés Ma vie avec un robot CBC CBCNews Politics marketplace Coronation St.Great Canadian Vanity Fair CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Goldbergs Am.Housewife Grey's Anatomy Criminal Minds / Innocence CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: David vs.Goliath SEAL Team / All That Matters Chicago P.D.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Am.Housewife Modern Family Single Parents A Million Little Things News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: David vs.Goliath SEAL Team / All That Matters Criminal Minds / Innocence News PBS (33) PBS NewsHour Vermont PBS Debates Nature Nova / Flying Supersonic Neanderthal Amanpour & C UNIS Top science Cochon dingue Bouffe en cavale File d'attente Un vrai selfie Devenir adulte Balade Mauvais karma Chez nous HBO 17h10 MY DINNER WITH H.Pod Save America Bill Maher / Anniversary Special Camping My Tomorrow The Deuce / The Feminism Part The Shop TVA Sports 17h30 TVA sp.Avant-match LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Winnipeg Jets (D) D.Morissette 22h15 RAW 23h15 TVA sp.10/23 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Unité 9 Faits Divers Le Téléjournal Sports/ ADISQ TVA TVA nouvelles Le Tricheur LOL :-) L'Académie O' / Changement de cap L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Banc public National Geographic Homeland / Andante L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Occupation Rire et délire Taxi payant Les jeux fous d'Ellen NCIS: Los Angeles Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Voisins/ Voisins Classe à part / L'éclosion Irresponsable Chacun son île / Fidji Accusé / L'histoire de Léo Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Douanes Douanes Douanes Douanes Michelle ou la vie sauvage 60 jours en prison L'or crocodiles CANAL VIE Réno par le haut Trading Spaces Pas le choix de rénover! Tous pour un chalet! Quoi ton plan?Rénos Ça change pas RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Flames de Calgary c.Canadiens de Montréal (D) LMB Baseball Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Cash Cowboys Cash Cowboys Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante A$ de brocante ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Quelle famille! Anne Anne Génie / Picasso: Chapitre un Les Borgia EXPLORA L'Amérique à l'état sauvage Mississipi à l'état sauvage Découverte Deux guerres, une histoire Méga convois Humains 3.0 Z Les pires chauffards canadiens Cameron Black: L'Illusionniste Sans origine: Orphan Black Surnaturel / La casse du siècle Marvel's Inhumans (v.f.) Maripier! SAVOIR Forêt/ Idées Reportage Géo 19h20 Nature The Migrant CORIM/ 50 ans Ombre doute 21h25 50 ans Apostrophes 22h45 Savoir Connaissance TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! Subito texto Motel Monstre L'ARMÉE DES OMBRES (1969) Lino Ventura.23h25 Miam! Planète 17h00 Bonheur Berlin 1885, le partage de l'Afrique Une année avec les ours noirs Planète Safari ArchéoGeeks / Sauver Bagan Horizons CBC CBCNews Politics JFL: Gags Coronation St.Still Standing 22 Minutes Baroness Hang Ups CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Conners Kids-Alright This Is Us / Toby The Rookie / Crash Course CTV National GBL Global National Global News NCIS: New Orleans NCIS / Fragments FBI New Amsterdam / Cavitation Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Kids-Alright Black-ish Splitting Up The Rookie / Crash Course News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Fragments FBI NCIS: New Orleans News PBS (33) PBS NewsHour Guest of House Outdoor The Great American Read Native America Frontline / The Pension Gamble Amanpour & C UNIS Ouache/ Ouache Cochon dingue Mauvais karma TOKYO FIANCÉE (2014) avec Taichi Inoue, Pauline Étienne.Ciné tout court Sacrés objets HBO I Am Evidence Pod Save America Tracey Ullman All Def Comedy State of Play Camping State of Play The Deuce TVA Sports 17h30 TVA sp.Le TVA sports Question tue Boxe Avant-match LNH Hockey / Penguins de Pittsburgh c.Oilers d'Edmonton (D) J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR L\u2019ar t, un outil de bienveillance ?C\u2019est la conviction de la journaliste Émilie Perreault, qui, avec Faire œuvre utile aux Éditions Cardinal, en avait déjà couché quelques exemples éloquents sur papier.Voici que ceux-ci passent à l\u2019écran, gagnant en profondeur dramatique au fil des rencontres sans filtre, au risque de verser dans le mélo.La série en dix épisodes débute sur une histoire d\u2019une violence inouïe, celle subie par Annick, dont l\u2019amoureux meurt assassiné alors que le couple se prépare à accueillir son premier enfant.Cherchant à donner un sens à ce deuil impossible, Annick contacte le peintre Marc Séguin.Dans un monde où les repères religieux et moraux se délitent, il opposera humblement ceux d\u2019un art cathartique.Tire-larmes, cette rencontre authentique est bouleversante, au point de faire paraître pâle la suivante, qui lie la chanteuse Ingrid Saint-Pierre à Martin.L\u2019admirateur d\u2019Eminem et Disturbed trouvera du réconfor t dans la délicatesse d\u2019une chanson lui permettant de mettre des mots sur son chagrin de voir sa grand-mère se perdre dans les méandres de la maladie d\u2019Alzheimer.On s\u2019étonne tout de même d\u2019entendre si peu parler d\u2019ar t dans ce premier épisode englué par les émotions.Le montage, plombé par un habillage musical appuyé et des plans répétitifs guère inspirés, n\u2019y est sans doute pas étranger.Reste qu\u2019Émilie Perreault connaît bien ces histoires-là, louvoyant avec aisance entre les confidences, jusqu\u2019à, oui, faire œuvre utile.Faire œuvre utile Artv, vendredi, 20h; en rappel samedi à 18h, dimanche à 19h et lundi à 22h30.Bienveillances culturelles Émilie Perreault raconte l\u2019art à travers ceux qu\u2019il a transformés ARTV REPORTAGE CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 V I V R E Lever le coude et le genou dans le Piémont Excursion à vélo dans les vignobles italiens L\u2019Italie est une terre de cyclisme.La ville d\u2019Alessandria, que nous traverserons au cours du périple, a même consacré un musée à la bicyclette.PHOTOS CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR L a cloche du village sonne, comme pour nous accueillir, aux abords du village de Barolo, dans le Piémont, en Italie.Notre coup de pédales ralentit.On se met à l\u2019heure locale.Il faut profiter à pleins poumons de la douceur de l\u2019air du matin, de la vue à 360 degrés sur les vignobles environnants.C\u2019est ici que pousse le raisin de cépage nebbiolo qui fait le roi des vins, et le vin des rois.On dit que le vin Barolo a acquis son statut royal au Moyen Âge.Ce statut n\u2019a cessé de grandir ensuite.Louis XIV aimait en avoir à sa table, comme le pape Pie VII, au XIXe siècle, qui s\u2019assurait qu\u2019il y en ait toujours au Vatican.La route plonge avant d\u2019arriver au village, proposant dif férents points de vue sur les sages rangées de vigne, cultivées avec un soin maniaque, couvrant chaque mètre de cette contrée fer tile.On dit que le Piémont est le grenier de l\u2019Italie.Depuis notre départ de Cunéo, petite ville nichée au pied des Alpes maritimes, avec un groupe de cyclistes rassemblés par Vélo Québec, nous avons croisé des vergers d\u2019abricots, de kiwis, de poires et de pommes.C\u2019est de cette luxuriance que notre guide, Gilles Blanchette, est un jour tombé amoureux.Le circuit de dix jours, qui nous propose de traverser la province à vélo, de Cunéo à Saluzzo, a l\u2019avantage d\u2019être moins escarpé que celui de la Toscane.Dans le Piémont, les Alpes maritimes sont bien présentes, fraîches et à portée de regard par temps clair, mais elles sont loin des mollets.Cela permet aux cyclistes moyens, voire très moyens, dont je suis, de prendre le temps de regarder passer le temps, qui s\u2019égrène doucement sur les cadrans solaires typiques de cette région du monde.Plusieurs de ces cadrans, qui ornent les édifices publics ou les maisons privées, por tent des inscriptions latines, autant de réflexions de tout genre sur le temps.« Vita fugit sicut umbra », dit l\u2019un d\u2019eux (« La vie s\u2019enfuit comme l\u2019ombre »).« Donne ton travail, je te donnerai les fruits », dit un autre.Sur la route des vins Le coup de pédales de la moyenne des cyclistes durerait entre une demi-seconde et une seconde complète.Des secondes qui peuvent nous mener loin et nous faire voir du | 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Apporter son vélo ou pas ?Transporter un vélo en avion n\u2019est pas de tout repos.Les propriétaires de bicyclettes haut de gamme veilleront à les mettre dans de grandes boîtes en démontant les pédales, pour éviter les bris pendant le vol.Air Transat offre un tarif avantageux de 30 $ pour le transport des vélos.C\u2019est entre autres pour cette raison que Vélo Québec voyage avec celle-ci.Les tarifs varient en effet selon les compagnies.Vélo Québec n\u2019offre pas de service de location de vélos sur place.Des voyagistes locaux, qui proposent des circuits cyclistes, le font cependant dans différents pays d\u2019Europe.Il faut se renseigner selon la région visitée.pays, si on se donne la peine de lever le nez au-dessus du guidon.Et qui nous permettent de nous approcher doucement, doucement, du village de Barolo, comme le bon vin qui s\u2019y fabrique mûrit lentement, lentement dans les barils.La fête du vin se déroule à Barolo durant la deuxième semaine de septembre.Mais on peut visiter toute l\u2019année le musée du vin, dans l\u2019enceinte du château Falletti.On y suit le patient voyage du liquide, de la grappe qui capte le soleil jusqu\u2019au verre.On y fait remonter l\u2019histoire du vin en Anatolie et en Mésopotamie, à travers l\u2019ancienne Égypte et la Grèce, durant toute la période romaine, du Moyen Âge jusqu\u2019à nos jours.Mais la découverte de l\u2019alcool serait quant à elle antérieure à l\u2019agriculture.Aux époques paléolithique et mésolithique, des chas- seurs-cueilleurs auraient découvert le processus de fermentation spontanée des produits sucrés, et les premiers alcools ont probablement été produits avec de la sève d\u2019arbre et du miel.Le processus de fabrication du vin a fait son apparition après celui de la bière, faite de grains de céréales fermentés à par tir de l\u2019époque néolithique.Les premières vignes auraient quant à elles été cultivées entre la mer Caspienne et la mer Noire.La domestication des vignes, qui implique qu\u2019elles deviennent hermaphrodites, a pour sa part été achevée en Anatolie.Passons rapidement sur la coupe de vin pour dire que ce fut en Égypte une boisson réservée aux pharaons, et que la légende veut que les dieux égyptiens changent l\u2019eau du Nil en vin pour saouler la lionne Hathor et l\u2019empêcher de détruire l\u2019humanité.En Grèce, la consommation de vin était plus répandue, et Dionysos, dieu du vin, qu\u2019on appelle Bacchus à Rome, faisait l\u2019objet d\u2019un culte.Traversant le Moyen Âge et la Renaissance, notamment en tant que boisson étroitement associée aux célébrations chrétiennes, l\u2019industrie du vin connaîtra sa période la plus sombre au début du XXe siècle, alors que la Première Guerre mondiale détruit les récoltes, aussi af fectées par la moisissure, et que les États-Unis adoptent des lois prohibitionnistes.Après le vino, le vélo Revenons donc à nos pédales, après avoir légèrement trempé nos lèvres dans quelques crus du coin, que les vignerons of frent aimablement en dégustation.L\u2019Italie est une terre de cyclisme.La ville d\u2019Alessandria, que nous traverserons au cours du périple, a même consacré un musée à la bicyclette.On y raconte notamment l\u2019histoire du premier vélo à être arrivé en Italie en 1867, grâce à l\u2019entrepreneur Carlo Michel.Le lacet de routes entre les vignobles nous mènera ce soir à Alba, et demain soir à Asti, qu\u2019on atteindra après avoir traversé, forcément, une zone urbaine moins bucolique pour les cyclistes.Ces deux villes jumelles se faisaient autrefois la guerre, alors que le monde était encore petit.Au- jourd\u2019hui, elles rivalisent entre autres pour attirer l\u2019attention sur leur production vinicole.Entre les deux, la tour de Barbaresco permet, par temps clair, une vue à 360 degrés sur les environs.C\u2019est à Acqui Terme, à une soixantaine de kilomètres d\u2019Asti, que nous ferons la prochaine boucle.Pour les plus douillets, c\u2019est l\u2019occasion de faire une pause et de se reposer le mollet, notamment dans l\u2019un des spas de la ville qui utilisent les eaux thermales de la région.Au milieu de la ville jaillit en effet une fontaine d\u2019eau chaude naturelle «salso-bromo-iodique», qui coule en permanence à 74 degrés.On en vante les ver tus thérapeutiques en tous genres, pour soigner les voies respiratoires ou les problèmes gynécologiques.Les voyages de Vélo Québec, lorsqu\u2019on s\u2019of fre le tout-compris, avec guide accompagnateur et dépanneur en cas de besoin, sont d\u2019un grand confort.On appréciera la camionnette de Gilles, qui nous suivra durant douze jours, pour recueillir les épuisés, pour réorienter les égarés ou pour donner de l\u2019eau aux assoiffés.Vélo Québec offre cependant des itinéraires «en liberté », pour lesquels il fournit les réservations d\u2019hôtel et le transport de bagages.Ceux- ci coûtent moins cher et peuvent convenir parfaitement aux cyclistes aguerris, ou aux amoureux épris d\u2019intimité.Notre journaliste était l\u2019invitée de Vélo Québec. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | S O I R É E E X C L U S I V E AV E C P O NA N T 3 0 o c t o b r e à M o n t r é a l Découvrez les plus beaux itinéraires de cette compagnie de croisières de luxe française.PLACES LIMITÉES RÉSERVATION INFO@COLLECTIONNEURSDEVOYAGES.COM OU 514 730-9293 POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3454 B O N VOYAGE 514-351-5814 Auberge Royal Versailles, 7200 Sherbrooke Est Mtl, Metro Radisson v o y a g e r a v e c y v e s p e t i t .c o m Journée Conférences/Voyages Venez vivre une expérience de réalité virtuelle en visitant des endroits extraordinaires en immersion totale.Dimanche 4 novembre 2018 é par Marie-Claude sent é Pr s sur 4 continent s péde andonnée R s s actif age y o V 0 0 \u2013 12?h?3 10?h?3 ands Lac s Gr our de T on et Alask uk Y clusif x ts e Dépar 0 \u2013 16?h?00 13?h?3 élo s et v e str s 9 01 25 juin 2 1- a 1 s s Cloutier e v Y an- Je au et Charbonne é par Y sent é Pr 6 août \u2013 9 sept 2 2 etit s P e v 9 01 REPORTAGE BENOIT LEGAULT DANS LES BERKSHIRES COLLABORATEUR LE DEVOIR ichés à l\u2019ouest du Massachusetts et du Connecticut, les Berkshires constituent depuis longtemps la destination nature de prédilection des New-Yorkais.Depuis peu, cette région, où de riches ar tistes ont fait ériger d\u2019opulents manoirs d\u2019inspiration européenne, est devenue la mecque des tendances wellness et de la gastronomie du nord-est des États-Unis.Les petites villes des Berkshires semblent figées dans le passé.Nulle part vous ne trouverez de restauration rapide ni d\u2019af fichage criard puisque cela y est interdit.Notez d\u2019ailleurs que l\u2019endroit ne convient pas à tous les portefeuilles et que la population y est en majorité âgée, conser vatrice et plutôt tranquille.C\u2019est donc dire que les Berkshires sont une destination parfaite si vous recherchez le calme et que la culture classique prisée par l\u2019élite de New York et de Boston vous plaît.Avec ses 5000 habitants et son abondance de galeries d\u2019art, Lenox est un microcosme des Berkshires.Lieux de retraite de riches New-Yorkais depuis le XIXe siècle, Lenox et ses environs vous éblouiront avec leurs quelque 75 cottages, qui sont en fait d\u2019impressionnants manoirs dont plusieurs ont été transformés en musées ou en luxueux hébergements.Région de lacs et de petites montagnes, les Berkshires symbolisent l\u2019opulence de l\u2019ancienne bourgeoisie américaine.Et si cette région semble lointaine, elle n\u2019est pourtant située qu\u2019à quelque 400 kilomètres de Montréal.Dans l\u2019intimité des grands auteurs Issue d\u2019une famille fortunée, la romancière féministe Edith Wharton (1862- 1937) est devenue richissime grâce au succès de ses romans, parmi lesquels Le temps de l\u2019innocence, adapté au cinéma par Martin Scorsese.Sis en marge de la petite ville de Lenox, son manoir et son terrain vallonné possèdent le charme et l\u2019opulence des grands domaines européens.Dès la fin d\u2019octobre, les touristes sont invités à découvrir The Mount, nom officiel de la propriété, grâce à The Mount Ghost Tour et, qui sait, à y sentir la présence des fantômes des nombreux auteurs, acteurs et employés y ayant vécu durant plus d\u2019un siècle.Dans la verdure de Pittsfield se trouve la maison, plus modeste, d\u2019Herman Melville, auteur de Moby Dick.En visitant cet endroit mythique, on remarque que la fenêtre devant laquelle il a écrit ce roman célèbre donne sur une montagne en forme de baleine.D\u2019autres demeures ayant appartenu à de grands noms de l\u2019édition, comme le dessinateur Norman Rockwell, sont également ouvertes au public.Le coup de cœur de cette tournée des Berkshires demeure sans contredit le Blantyre Estate, domaine de quelque 50 hectares, dont le manoir de style Tudor a été achevé en 1902.À la suite de rénovations de plusieurs millions, le Blantyre a retrouvé sa gloire d\u2019antan et est ainsi devenu l\u2019un des plus beaux sites d\u2019hébergement en Amérique du Nord.Un repas à la salle à manger, entièrement vitrée, sera cer taine- ment un point saillant de tout séjour aux Berkshires.Dégustez-y son plat le plus populaire, soit le demi-poulet rôti, complètement désossé, ser vi dans son jus avec des légumes.Un petit tour au centre de bien- être Canyon Ranch, l\u2019un des plus réputés de la planète, serait aussi à inscrire à l\u2019itinéraire.Si le logement vous paraît trop coûteux, rien ne vous empêche de profiter du spa.Vous pourriez vous y familiariser avec la marche rapide et y apprendre à concocter des petits-déjeuners substantiels sans viande.Les Berkshires comptent d\u2019autres espaces prestigieux de bien-être, dont le centre de yoga Kripalu, sans compter la proximité de sentiers permettant toutes sortes d\u2019activités en plein air.Des arts de classe mondiale Les musées d\u2019ar t des Berkshires sont dignes de ceux d\u2019une grande métropole.Campé au milieu d\u2019un site magnifique en pleine nature, le Clark Art Institute présente une riche collection de tableaux impressionnistes de Renoir, Monet, Degas et Pizarro, ainsi que différentes œuvres d\u2019artistes américains, tels Sargent, Inness, Remington et Homer, et britanniques, dont Turner, Constable et Gainsborough.Pour sa par t, l \u2019 immense MASS MoCa s\u2019est donné pour mission de valoriser la pertinence et la valeur de l\u2019art contemporain.Enfin, les ar ts de la scène des Berkshires sont enrichis par la proximité de New York et de Boston.Grâce à Tanglewood, célèbre festival de musique en plein air de l\u2019Orchestre symphonique de Boston se déroulant de juin à septembre, vous aurez l\u2019embarras du choix parmi l\u2019impressionnant nombre de spectacles prestigieux présentés au cours de l\u2019été ainsi qu\u2019à longueur d\u2019année.Renseignements : berkshires.org Notre journaliste était l\u2019invité du Massachusetts Office of Travel & Tourism.Le charme discret de la bourgeoisie Les Berkshires offrent une plongée dans le XIXe siècle de l\u2019élite new-yorkaise N Comment s\u2019y rendre L\u2019automobile est l\u2019unique façon de se rendre dans les Berkshires et d\u2019y circuler librement ; le transport public y est presque inexistant et vous y trouverez peu de pistes cyclables.En partant du sud de Montréal, vous devez prendre l\u2019autoroute 15, laquelle devient l\u2019Interstate 87 aux États-Unis.Après avoir passé Albany, bifurquez sur la I-90 East.Vous arriverez alors rapidement dans le Western Massachusetts et ses Berkshires. | 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Ci-contre : le manoir The Mount.Ci-dessous à gauche : une table dans cette propriété de la romancière Edith Wharton.Ci-dessous à droite : des œuvres exposées au Clark Art Institute.PHOTOS BETH J.HARPAZ ASSOCIATED PRESS ET BENOIT LEGAULT Où se loger Les hébergements de grand prestige ne manquent pas dans les Berkshires.On y trouve aussi des hôtels standards le long des grandes routes.La difficulté est de dénicher un toit à un prix accessible et qui ait tout de même du cachet.Au cœur de Lenox, le Gateways Inn est une auberge historique plutôt abordable, dont le joli bar propose whiskies rares et musique en direct.À North Adams, le motel Tourists réinvente le genre avec ses portes des chambres donnant sur une forêt et non sur la route ! Construit de matériaux locaux, ce motor lodge fait vivre une expérience culturelle la plus authentique qui soit à ses clients. epuis un peu plus de deux ans, la Ferme des Quatre-Temps fait beaucoup jaser en raison de sa façon novatrice de cultiver et d\u2019élever.Et les consommateurs accueillent chaleureusement le travail de Jean-Martin For tier et de son équipe, que l\u2019on peut voir rayonner dans la série télévisée Les fermiers, dif fusée sur les ondes d\u2019Unis.On y fait la connaissance de jeunes agriculteurs travailleurs et inspirants, qui démontrent que l\u2019agriculture peut être à la fois bio, plus abordable et rentable.De quoi réjouir un nombre grandissant de consommateurs avertis et peut-être même convaincre nos gouvernements que l\u2019alimentation durable n\u2019est pas seulement une lubie.Dans l\u2019industrie agricole, il y a certainement un mouvement qui pousse de plus en plus d\u2019agriculteurs à réfléchir à l\u2019avenir de l\u2019alimentation et à faire des gestes concrets afin de freiner les dégâts de la production massive de monocultures.Mais ces gestes sont loin d\u2019être à la portée de tous, étant donné l\u2019investissement qu\u2019ils requièrent et les subventions qui manquent à l \u2019appel dans ce créneau agricole.L\u2019envers de la médaille Les fermiers de la Ferme des Quatre- Temps ne sont évidemment pas les seuls à remuer vigoureusement la terre de chez nous pour améliorer le fruit de leur récolte.Cependant, l\u2019investissement ef fectué à Hemming- ford, et plus récemment à Port-au- Persil, ne reflète pas du tout la réalité de la plupart des agriculteurs.Bien que plusieurs d\u2019entre eux partagent sensiblement la même philosophie, ils sont loin d\u2019avoir le même portefeuille que le milliardaire André Desmarais, qui soutient la Ferme des Quatre-Temps.En ce sens, l\u2019arrivée récente de la Ferme des Quatre-Temps à Port- au-Persil ne fait pas le bonheur de tous dans la région.«Ça nous [les maraîchers de Char- levoix] a fait très mal, confie Guillaume Hamel-Dubois, des Jardins Écho Logiques à Saint-Aimé-des- Lacs.Depuis qu\u2019ils sont présents au marché public de Baie-Saint-Paul, j\u2019ai perdu 15 000 $ de vente.C\u2019est plus de la moitié de mon salaire annuel.» Les per tes sont aussi substantielles du côté des Jardins du Centre.« J\u2019ai perdu facilement 25 % de ventes au marché de La Malbaie cet été », ajoute Nicolas Cimon des Jardins du Centre.Pour sa part, Mélanie Villemaire, directrice de la production maraîchère à la Ferme des Quatre-Temps L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | Des battants nagent à contre-courant pour faire les choses à leur façon dans l\u2019industrie agricole.Mais tous n\u2019ont pas les mêmes moyens pour bousculer le modèle actuel.Gros plan sur Charlevoix.CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATRICE LE DEVOIR Nouveaux fermiers : le choc des cultures Les stars du bio bousculent les maraîchers locaux D | 47 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Bombes aux bananes Pour plus ou moins 24 bombes Ingrédients 3 tasses de farine tout-usage 135ml de sucre 15ml de levure artificielle («poudre à pâte») 270ml de lait 3 œufs 45ml de beurre fondu 5ml d\u2019essence de vanille 1 cuillère à thé de sel 1 cuillère à thé de noix de muscade moulue 2 bananes mûres 3/4 tasse de pépites de chocolat Préparation Préchauffer la friteuse à 350 degrés.Mélanger la farine, la levure, le sel et la muscade.Battre les œufs avec le sucre, puis ajouter le lait et l\u2019essence de vanille.Écraser les bananes, ajouter les pépites de chocolat, l\u2019appareil liquide, le beurre fondu, et incorporer l\u2019appareil sec en fouettant.Faire frire à 350 degrés, 5-7 minutes.(Utiliser une cuillère à crème glacée pour façonner des boules de 30ml et laisser les boules tomber dans l\u2019huile.) Garnir de caramel et de fleur de sel, ou de Nutella, ou de sucre et de jus de citron.L A R EC E T T E D E K I M B E R LY L A L LO UZ Mélanie Villemaire, directrice de la production maraîchère à la Ferme des Quatre-Temps à Port-au- Persil, dans Charlevoix.Photo de cette ferme sur la page de gauche.PHOTOS JAD HADDAD à Port-au-Persil, croit au partage des connaissances et du marché entre les agriculteurs.«Nous avons décidé de ne pas rejoindre le programme d\u2019Équiterre d\u2019agriculture soutenue par la communauté (ASC) pour éviter justement de nuire aux producteurs locaux », dit-elle.Au cours de l\u2019été, elle a organisé une rencontre avec les maraîchers de Charlevoix pour discuter des divers enjeux de l\u2019agriculture locale.« Oui , on a de bel les grandes serres et on peut se permettre de tester des outils, même s\u2019ils coûtent cher, précise-t-elle.Mais, je pense qu\u2019on peut aussi agir comme ferme expérimentale pour les producteurs de la région.» Éviter la concurrence Les enjeux de l\u2019agriculture locale auraient dû être abordés avant le démarrage de la production, selon Guillaume Hamel-Dubois.« Mélanie est très ouverte à la recherche de solutions.Mais j\u2019aurais aimé qu\u2019on nous [les maraîchers de Charlevoix] demande d\u2019abord ce qu\u2019on produit, pour qu\u2019on puisse être complémentaires plutôt que concurrents dans les marchés publics », dit-il.Nicolas Cimon, des Jardins du Centre, s\u2019est installé au centre commercial il y a quelques années, parce qu\u2019 i l a constaté qu\u2019il n\u2019y avait pas de place pour deux maraîchers au marché public de Baie-Saint-Paul.Ailleurs au Québec, cette délicatesse est habituellement employée par les organisateurs de marchés, par ticulièrement les petits marchés fermiers, comme celui au métro Laurier à Montréal.« Ça fait dix ans qu\u2019on est là [comme seul maraîcher], raconte Francis Ma- dore, agriculteur biologique à la ferme Les Jardins d\u2019Ambroisie à Saint-Chr ysostome.Et ça fait seulement quelques années que la ferme Les Jardins d\u2019en haut s\u2019est ajoutée au marché.» Pour le consommateur, l\u2019ajout de maraîchers peut toutefois élargir l\u2019of fre alimentaire.Ce faisant, elle peut ainsi inciter plus de clients à s\u2019approvisionner à ce type de marché.« C\u2019est normal d\u2019ajouter des maraîchers, ajoute Marie-Ève Savaria, cui- sinière-maraîchère et conjointe de Francis Madore.La compétition fait partie de la game dans tous les domaines.Après, il faut savoir se démarquer.Dans notre cas, on nous connaît pour notre approche végane et parce qu\u2019on cultive au-delà des critères de la certification biologique.» Un mal pour un bien Guillaume Hamel-Dubois l\u2019avoue, le passage de Jean-Mar tin For tier à Tout le monde en parle a eu un effet positif sur les inscriptions à ses paniers bios.« J\u2019en ai ajouté dix cette année, confie-t-il.J\u2019aurais pu en prendre plus, mais je voulais me garder des légumes pour le marché.Si j\u2019avais su que j\u2019y perdrais autant de ventes, j\u2019aurais accepté plus d\u2019inscriptions aux paniers.Je le saurai pour l\u2019an prochain.» Il va sans dire, parler d\u2019agriculture soutenue par la communauté fait prendre conscience aux consommateurs de l\u2019importance qu\u2019a ce modèle agricole pour le bien de l\u2019alimentation durable.« Il [Jean-Martin For- tier] nous a fait beaucoup de bien, ajoute Gaëlle Zwicky, responsable du réseau des fermiers de famille à Équiterre.Il va toucher beaucoup de monde qu\u2019on ne rejoint pas forcément dans nos réseaux.C\u2019est un super ambassadeur de l\u2019agriculture biologique au Québec.» Au bout du compte, changer le cours des choses pour que l\u2019agriculture durable fleurisse davantage ici comme partout au pays, c\u2019est formidable.C\u2019est d\u2019ailleurs merveilleux de constater que de plus en plus de consommateurs veulent savoir ce qu\u2019ils mangent vraiment et qu\u2019ils reconnaissent tout le travail qui se cache derrière chaque bouchée.Mais cela vaut la peine de porter une attention particulière aux agriculteurs voisins, de se parler et de s\u2019écouter surtout.Parce que c\u2019est une chose de partager la tar te.Mais le but n\u2019est-il pas d\u2019élargir la part des petits producteurs locaux parmi les sources d\u2019approvisionnement alimentaire ?Bien que plusieurs agriculteurs partagent sensiblement la même philosophie, ils sont loin d\u2019avoir le même portefeuille que le milliardaire André Desmarais, qui soutient la Ferme des Quatre- Temps.ALISON SLATERY L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vi v r e Vi n 4 8 | Moins de 16 $ Grande Réserve 2017, Unibroue, Chambly, Québec (10$) Que ferait l\u2019amateur de vin sans une bière ?Je veux dire, pas une caisse de 24, mais une seule ?Et la bonne.Cette grande «belge forte foncée », élevée un an sous futaille, au goût riche et puissant de malt rôti et d\u2019épices, en est une de repas comme de médiation.Bulles nourries et texture ample relevée d\u2019une exquise pointe d\u2019amertume en finale.(5) ?La surprise Manzanilla Papirusa, Lustau, Sanlucar de Barra- meda, Espagne (13,20$ les 375ml \u2013 11767565) L\u2019astuce de la demi-bouteille prend sa source à même deux observations fondamentales: primo, cette «manzanille» adore ces petits volumes qui lui assurent toute sa prime fraîcheur; secundo, deux adultes normalement constitués ne devraient n\u2019en faire qu\u2019une bouchée tant c\u2019est sec, vibrant, détaillé et long en bouche.Olives et noix comprises.?1/2 Le blanc Lirac 2017, Château Mont-Redon, Rhône, France (24,90$ \u2013 12258973) On a l\u2019impression de sucer une sucette au miel par un bel après-midi d\u2019été dans un champ de lavande tant il y a ici parfums et éclats spontanés.L\u2019intensité est manifeste et la facture est propre et précise, appuyée par une vinosité qui enrobe ce qui doit l\u2019être, avec ce qu\u2019il faut de fraîcheur, d\u2019amertume et de boisé.Gourmand.(5+) © ?Le rouge La Madura 2015, Saint-Chinian, Languedoc, France (20,05$ \u2013 10682615) Je perçois souvent, à la dégustation des vins du Languedoc, comme autant d\u2019histoires anciennes vécues que de destins chuchotés remontés à la surface du temps, sans références aucunes à l\u2019actualité contemporaine.Cette cuvée enracinée au terroir se raconte sans hausser le ton, avec ses tanins fins, savoureux, modulés encore une fois en sourdine.(5) © ?Le bio Cala N.2, 2015, Tinedo, Vino de la Tierra de Castilla, Espagne (19,85$ \u2013 12595259) Si l\u2019étiquette a été voilée sous le coup d\u2019une censure pudibonde, ce rouge à base de tem- pranillo, de graciano et de cabernet sauvignon exhibe par contre une réalité fruitée crue que l\u2019on ne saurait ici en aucun cas sanctionner.La matière est belle, compacte et très fraîche, avec une pointe de fermeté qui tient bien le palais.Pour carnivores! (5 +) © ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Du côté de Bourges, en France, vers la fin du XVIIIe siècle, le cépage côt y était décrit comme une «baye grosse, ovale, cassante sous la dent, d\u2019un noir bien foncé, grappe très longue d\u2019une grosseur moyenne, très lâche, donnant beaucoup de vin d\u2019une bonne qualité».Le jus fermenté que l\u2019on en tire aujourd\u2019hui trouve sur une platée de fèves au lard bien gras \u2014 en version cassoulet pour les snobs \u2014 un refuge gastronomique des plus réconfortants en raison de sa prestance de joueur de rugby.C\u2019est qu\u2019il est coloré, le gaillard ! Essentiellement français de souche \u2014 son ADN suggère un croisement prunelard (du Tarn) et magdeleine noire (des Charentes) \u2014, à une époque où il enrichissait à titre de vin médecin les crus de la Gironde, le malbeck (ou malbec) trouve en Argentine, depuis la fin du XIXe siècle (1868), larges chaussures à ses pieds à des altitudes variant entre 600 et 1100 mètres.Sa sève y est puissante et nourrie, parfois aussi fine que ses cousins cadurciens, toujours d\u2019une fraîcheur pertinente.Les Amis du vin du Devoir se frottaient cette semaine à huit candidats à l\u2019aveugle avec, bien sûr, un pirate : Carmenère 2015, Pe- nasco Vineyard, Cremaschi Furlotti, Chili (23 $ \u2013 13574388 \u2013 (5) ?) pour brouiller les pistes.Jamais le cépage ne m\u2019a semblé aussi bon ! Résultats des courses.Château Lamartine « Cuvée Particulière » 2014, Cahors, Sud-Ouest, France (23,50 $ \u2013 862904) Toujours cette finesse modulée avec élégance sur le plan aromatique pour un rouge sec palpable mais « froid» dans la tonalité, avec des tanins mûrs mais droits et très frais.Très classique.(5) ?.Moyenne du groupe : ?Malbec Reserva 2016, Terrazas de los Andes, Mendoza, Argentine (21,70 $ \u2013 10399297) Du charme, oui, suggéré par l\u2019élevage, puis une trame aromatique et gustative profilée avec une vivacité qui n\u2019emporte toutefois pas les tanins abondants, mais les relance tout en en amplifiant le fruité.Très crédible.(5) ?1/2.Moyenne du groupe : ?1/2 La Fage 2015, Cosse & Maisonneuve, Cahors, Sud-Ouest, France (27,20 $ \u2013 10783491) Ce bio vous attache à lui telle une pelle chargée en neige mouillée.Façon de parler.Car il y a beaucoup d\u2019épaisseur ici, de mâche, de matière noblement fruitée.Le tout demeure frais, sans appesantir le palais.J\u2019adore ! (5) © ?.Moyenne du groupe : ?Château de Haute-Serre 2015, Georges Vigouroux, Cahors, Sud- Ouest, France (24,60 $ \u2013 947184) Beaucoup de vin ici, mais de la nuance aussi.Millésime radieux pour une expression fruitée et épicée compacte, mais aussi très fraîche.Ajoutez un élevage précis et une longueur honorable.Belle affaire ! (5+) © ?1/2.Moyenne du groupe : ?1/2 Zaha «Toko Vineyard» 2014, Mendoza, Argentine (29,65 $ \u2013 13094481) Ouf ! Poids lourd de haute voltige ici.Avec cette impression d\u2019un croisement entre une corvina vénitienne et un mourvèdre languedocien.Puissance et tension (saline ?) sur fond fruité immense, le tout nuancé par des notes de zan et d\u2019huile de cannabis (!).Longue finale (5+) © ?1/2.Moyenne du groupe : ?1/2 Malbec 2015, Luigi Bosca, Lujan de Cuyo, Argentine (27 $ \u2013 12896879) Quelle classe, quelle personnalité ici ! De l\u2019étoffe des beaux malbecs issus de terroirs au pedigree certain.C\u2019est complexe, profond, serré et nuancé sur le plan des tanins, long en bouche.À ce prix, extra ! (5+) © ?1/2.Moyenne du groupe : ?1/2 Le Cèdre 2014, Verhaeghe & fils, Cahors, Sud-Ouest, France (63 $ \u2013 12450404) Le clan Verhaeghe, c\u2019est du sérieux.Et ce malbec pur jus bio vous trace le sourire qu\u2019il faut ! Le bouquet déjà, ample et profond, suggère le meilleur quoiqu\u2019en mode fermeture pour le moment.Clarté et texture fruitée sur un ensemble digeste, d\u2019une impressionnante longueur en bouche.Simplement un grand cru ! (10+) ?.Moyenne du groupe : ?1/2 guideaubry@gmail.com Cadurcien ou argentin, le malbec est meilleur que jamais ! Essentiellement français de souche \u2014 son ADN suggère un croisement prune- lard (du Tarn) et magdeleine noire (des Charentes) \u2014, à une époque où il enrichissait à titre de vin médecin les crus de la Gironde, le malbeck (ou malbec) trouve en Argentine, depuis la fin du XIXe siècle (1868), larges chaussures à ses pieds à des altitudes variant entre 600 et 1100 mètres.JEAN AUBRY | 4 9 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Spécialité saisonnière, la bière à la citrouille serait la première recette brassicole inventée aux États-Unis : loin de leur Angleterre natale, les Pères pèlerins brassaient alors leur bière en remplaçant le malt d\u2019orge par la chair sucrée de la citrouille indigène à la région de la côte est américaine.Les premiers témoignages écrits de la « pumpkin ale » remontent à 1771, mais le style est ensuite tombé en désuétude, jusqu\u2019à la révolution brassicole ar tisanale états- unienne des années 1980.Voici deux interprétations de ce style attendu chaque automne pour l\u2019Halloween : la Toussaint de La Souche et la Ale-Ô-Ween du Trèfle Noir.Ale-Ô-Ween, ale à la citrouille Le brasseur en chef Alexandre Groulx ne tourne pas autour du potiron.« Quand j\u2019ai créé notre recette, j\u2019ai d\u2019abord essayé d\u2019incorporer la citrouille simplement en purée.L\u2019année suivante, je l\u2019ai d\u2019abord fait cuire sur feu de bois, puis l\u2019ai passée au malaxeur, pour ensuite la cuire au four avec de la cassonade.Finalement, je me suis rendu compte qu\u2019il n\u2019y a rien à faire : la citrouille, ça ne goûte rien ! » Le défi, évidemment, est de donner malgré tout de la personnalité à sa recette de bière à la citrouille, que Groulx brasse depuis presque l\u2019ouverture de son pub, rue Principale, à Rouyn-No- randa.«Pour la petite histoire, avant d\u2019ouvrir le pub il y a presque une dizaine d\u2019années, j\u2019ai travaillé comme brasseur chez McAuslan à Montréal», qui fabrique depuis plus de vingt ans sa St-Ambroise Citrouille.Le copropriétaire (avec sa conjointe Mireille Bournival) de la brasserie abitibienne a finalement opté pour la purée de courge, qu\u2019il ajoute au moment de l\u2019empâtage, lorsque le malt est mélangé à l\u2019eau chaude pour en faire du moût, à raison d\u2019environ 5 kilos de purée par brassin de 1000 litres.« Je me suis aperçu que la citrouille donnait d\u2019abord une texture à la bière, puis un léger goût, mais dans le fond, ce sont les épices ajoutées qui font le gros du travail gustatif.» Un mélange de clous de girofle, de muscade, de cannelle et de gingembre ajouté au moment de l\u2019ébullition donne tout le caractère à cette ale inspirée des bières belges \u2014 Groulx la compare prudemment à une double, notamment à cause de son taux d\u2019alcool élevé, à 7,8 % \u2014, brassée avec une levure belge, six différents types de malt d\u2019orge et un assemblage de trois types de houblon, utilisés simplement pour donner une touche d\u2019amertume.Le résultat est une bière franche, chaleureuse, soyeuse et capiteuse qui goûte\u2026 ce qu\u2019on s\u2019imagine que goûterait une bière à la citrouille ?«Nous, on voulait un produit qui ne fait pas de cachotteries : ça goûte ce que ça devrait goûter», rappelant les tartes à la citrouille, douces, sucrées et épicées.« Et à 7,8 % d\u2019alcool, on a une bonne structure derrière les épices.On a travaillé le dosage avec les années pour éviter que ce soit trop puissant.» Le brasseur assure aussi que sa Ale-Ô-Ween est bonne à longueur d\u2019année.« Ce que j\u2019aime de ce style, c\u2019est qu\u2019il vieillit très bien.On a testé des bières qu\u2019on a fait vieillir en bouteille pendant cinq ou six ans ; elles sont très bonnes, les arômes d\u2019épices sont encore là, les goûts se mélangent mieux, les saveurs s\u2019apaisent, l\u2019alcool s\u2019affirme un peu plus.Elle a un potentiel de garde intéressant \u2014 dommage qu\u2019on soit obligé de la vendre à l\u2019intérieur d\u2019un mois et demi parce que, si ça n\u2019était pas du nom et de l\u2019étiquette, je crois qu\u2019on pourrait la vendre comme une bière de Noël.» Toussaint, porter à la courge Le brasseur en chef et copropriétaire de La Souche de Limoilou (et depuis plus d\u2019un an d\u2019une seconde succursale à Stoneham), Antoine Bernat- chez, a opté pour une bière d\u2019Halloween qui se démarque : une porter à la courge, bien noire, goûteuse et naturellement épicée, titrant 6 % d\u2019alcool et disponible pour la première fois en bouteille cette saison.« J\u2019ai eu l\u2019idée d\u2019une por ter à la courge il y a quatre ans, lorsque j\u2019ai visité un événement cask \u2014 la bière conditionnée à l\u2019anglaise \u2014 à Toronto, raconte Bernatchez.Il y avait une porter à la citrouille brassée en Angleterre, et ça m\u2019avait accroché.J\u2019ai eu envie d\u2019essayer de développer ma propre recette, à mon goût.» Il s\u2019était déjà fait la main avec ce genre de bière saisonnière, brassant une ale ambrée à la citrouille et aux épices.«C\u2019est surtout qu\u2019une porter à la courge, personne d\u2019autre n\u2019en fabrique, alors que les ambrées à la citrouille, il y en a déjà sur le marché.» Tant et si bien qu\u2019il n\u2019a même pas brassé son ambrée cette année, préférant ajouter à la carte de ses pubs La Souche une bière sure à la citrouille.Mais revenons à la Toussaint, élaborée non pas avec des citrouilles, mais avec des courges poivrées, «au goût très différent de celui de la citrouille, qu\u2019on connaît bien et qui est très porté sur l\u2019amidon.La courge poivrée, ça le dit, va plutôt apporter des saveurs plus poivrées et naturellement épicées.Ça m\u2019évite de devoir ajouter des épices pour aromatiser la bière.» La Toussaint s\u2019avère une bière parfaite pour les soirées fraîches d\u2019octobre : un brin corsée, les arômes poivrés de la courge s\u2019affirmant discrètement.Conçue avec une levure à ale anglaise et un assemblage de houblons choisis non pas pour leurs arômes, qui risqueraient de masquer ceux du grain et de la courge, mais pour rehausser simplement l\u2019amertume (essentiellement du East Kent Golding, « très terreux et floral »), elle présente aussi une texture en bouche un peu plus soyeuse qu\u2019une porter classique.Pour fabriquer ses 4000 litres de bière offerts en fûts et en bouteille, le brasseur a eu besoin de 240 kilos de courges poivrées.« Vu qu\u2019on a des cuisines [aux pubs], on dispose de ressources supplémentaires.Nos cuisiniers les ont grillées au four avant de les réduire en purée.Ça va chercher un petit côté caramélisé qui se marie très bien avec le style porter », un style classique anglais semblable à la stout, caractérisé par le côté amer du malt d\u2019orge torréfié, qui lui confère également sa couleur noire comme une nuit d\u2019horreur\u2026 Bières d\u2019Halloween aux viscères de courge Pour les froides nuits d\u2019automne, rien de mieux que l\u2019arôme des cucurbitacées Voici deux interprétations du style « pumpkin ale » attendu chaque automne pour l\u2019Halloween : la Toussaint de La Souche et la Ale-Ô-Ween du Trèfle Noir.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 5 0 | Pour annoncer dans ce regroupement Contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Parfois, assez rarement, dans mes missions de reconnaissance, je tombe des nues.Par exemple, quand je vais dans un petit restaurant, ouvert depuis peu et que tout y est délicieux, équilibré, intelligent, ser vi avec adresse et que, par-dessus le marché, l\u2019addition est raisonnable, je tombe des nues.J\u2019espère que vous tomberez vous aussi sous le charme de ce joli petit Clairon.Ma fille m\u2019entraîne de temps à autre dans d\u2019étranges aventures.Elle appelle ça sortir de ma zone de confor t.À mon âge\u2026 « Je vais au Clairon, tu veux venir ?» Le Clairon ?Vraiment ?Ouvert depuis quelques semaines à peine ; sur le Plateau en plus, j\u2019osais à peine imaginer la fanfare.Or, rien de tout cela.Que du bon, que du soigné, que du méticuleux sans la moindre ostentation.Ce Clairon a ouvert ses portes le 27 septembre et figure dans la liste des établissements où je suis revenu, par plaisir, quelques soirs après ma première visite.Un peu pour travailler aussi tant la surprise du premier soir avait été complète.Comme disent nos voisins du sud : Trust, but verify.Lors de la première visite, nous étions trois, Mademoiselle Minion s\u2019étant jointe à nous.Après huit plats, j\u2019étais baba.Malgré mes a priori et la tuque plantée sur la tête du chef.À la seconde visite, je suis venu seul, avec mes notes de table.Mes deux commensales du premier jour sont très bien élevées et n\u2019ont pas prêté trop d\u2019attention à mon air absent ; je ne suis pas un très bon compagnon de table quand je travaille et, ce premier soir-là, dès le deuxième plat, je savais qu\u2019il fallait que je travaille.J\u2019aime tant vous parler de belles choses.Une carte relativement courte, à peine une dizaine de propositions auxquelles s\u2019ajoutent trois desserts maison.En fait, tout est préparé maison, d\u2019où ma surprise, chaque plat, que la maison suggère de partager, étant impeccable.Bémol de ma par t toutefois sur le par tage, vous ne voudrez pas par tager, les portions sont relativement modestes et par faites pour une personne.À moins que vous aimiez éperdument l\u2019autre personne.Si j\u2019écrivais pour un magazine et que je disposais d\u2019une demi-douzaine Dans les p\u2019tits pots, les bons onguents Le Clairon a ouvert ses portes le 27 septembre.Les chefs s\u2019appellent Maxime Descôteaux et Kamille Farrell.Leur travail et leur talent méritent d\u2019être soulignés.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Les desserts préparés au Clairon sont des créations de Mme Claire, la maman d\u2019Étienne Dufort, copropriétaire et maître d\u2019hôtel.J\u2019ai prié ce dernier de la remercier chaleureusement.Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre | 5 1 Vi v r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Le dilemme des toilettes au cinéma Vous êtes assis au cinéma, en train de voir ce film que vous attendiez depuis longtemps.Tout à coup, l\u2019envie d\u2019aller au petit coin vous prend, mais un coup d\u2019œil à votre téléphone vous indique qu\u2019il reste encore une bonne heure au film\u2026 Que faire?Hé oui, aussi absurde que ça puisse sembler, il y a une application qui existe pour ça! Les concepteurs derrière RunPee vont voir tous les «gros films» dès leur sortie en salle et vous indiquent quelques moments pendant ceux-ci lors desquels c\u2019est moins grave de s\u2019absenter quelques minutes, et ce que vous manquerez.Après quelques essais gratuits, vous pouvez recharger votre banque de jetons (pee- coins) en écoutant quelques vidéos publicitaires ou en payant 1$ pour 10 peecoins.À noter que l\u2019application est en anglais seulement et concerne presque uniquement les films américains grand public.RunPee polyGeek Pour se démêler avec bébé Un allaitement ou un biberon par-ci, un changement de couche par-là, une sieste dans la journée\u2026 ou était-ce deux siestes?Pas facile de retenir dans le détail tout ce qu\u2019il y a à penser avec un bébé.L\u2019application Baby Tracker (dont l\u2019interface est en français, malgré le nom) est conçue exactement pour faire tout cela en temps réel.Utilisée de façon régulière, l\u2019appli devient rapidement un registre de tous les soins que vous prodiguez à l\u2019enfant; durant l\u2019allaitement, vous pouvez même alterner le chronomètre étiqueté «sein gauche» avec celui étiqueté «sein droit» pour avoir des données plus justes.Précis, vous avez dit?La version complète de Baby Tracker coûte 7$, mais toutes les fonctions de base sont gratuites.Baby Tracker Nighp Software LLC Camille Dauphinais-Pelletier NIGHP SOFTWARE LLC de pages, je vous en tartinerais sur tous les éléments du menu.Et ce serait une joyeuse tartinade.Ici, je vous détaillerai plutôt le festival du deuxième soir.Premier ser vice : une purée de courge musquée avec en son centre une cuillerée de coulis d\u2019ail noir et de poivron rôti.Servie dans un bol, elle était couronnée d\u2019un petit pain nan maison, fini sur le gril et d\u2019un très délicat mesclun « \u2026 venu de Frelighs- burg et de Hochelaga-Maisonneuve (!) », a précisé la jeune femme au service.Une touche de vinaigrette ajoutait à l\u2019équilibre.Voyant mon embarras avec la fourchette, la jeune femme m\u2019apporte une cuillère «pour tout bien tenir si vous voulez ».Je voulais vraiment.Je l\u2019ai remerciée de sa sollicitude.Pour la suite des festivités, le menu disai t : « Bourgots \u2013 Os à moel le , pâtes fra îches, sauce vodka.» La bolinette ser vie contenait effectivement des pâtes fraîches \u2014 délicieuses, quoiqu\u2019en quantité insuffisante \u2014, mais plutôt des oursins « venus de Rimouski » (dixit Miss précisions géographiques) et un croustillant de chapelure maison, relevé d\u2019huile épicée.Le tout était si savoureux que je me gardais bien de rouspéter.Troisième ser vice : le cube de flanc de porc très tendre à cœur vient sur un lit de purée de pois légère, un peu de riz blanc et de petits tronçons de haricots fermentés.Le porc vient du Rang 4 à Saint- Ambroise-de-Ki ldare (dixit qui vous savez).Le porc venait aussi du four et, dixit moi, aurait mérité d\u2019un peu moins bronzer lors de son passage antérieur à la poêle, sa partie supérieure étant dangereusement grillée et exagérément craquante.À se demander si les chefs ont des dentistes dans leur parenté\u2026 En dessert, une tarte au citron sur crème anglaise au saké et miettes de crumble au romarin.Les desserts préparés au Clairon sont des créations de Mme Claire, la maman d\u2019Étienne Dufor t, copropriétaire et maître d\u2019hôtel.J\u2019ai prié ce dernier de la remercier chaleureusement.Les chefs s\u2019appellent Maxime Des- côteaux et Kamille Farrell.Leur travail et leur talent méritent d\u2019être soulignés.J\u2019espère que vous louangerez à votre tour après avoir dégusté leurs créations.P.-S.Finalement, la tuque, c\u2019est quand même plus seyant qu\u2019un filet.Clairon ?1/2 \u2014 $$$ 432, rue Rachel Est, 514 840-5706 Ouvert en soirée, du mardi au dimanche.Une dizaine de choix de petits plats vraiment délicieux, à partager (ou pas).La maison suggère deux formules : trois choix : 45$ ou cinq choix : 70$, mais d\u2019autres options sont offertes et c\u2019est vous qui déciderez ce qui vous convient.Mon enthousiasme pour la maison semble partagé par mon éminent collègue Jean Aubry, qui commente ainsi : «Une courte carte intelligente et sensible qui offre tout de même sept vins du Québec, hé bien, moi je dis que ces gens doivent être bons.Je ne connais pas ces gens, mais je vais tout de même passer leur dire !» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 2 CABINES RESTANTES ! ISLANDE DE FEU ET DE GLACE Du 20 juin au 4 juillet 2019 BUDAPEST-BRATISLAVA-VIENNE-PRAGUE Du 3 au 19 mai 2019 AFRIQUE DU SUD (VERSION ALLONGÉE) Du 13 mars au 6 avril 2019 SPLENDEURS DE LA CÔTE ADRIATIQUE CROATIE - BOSNIE-HERZÉGOVINE - MONTÉNÉGRO Départs : 21 avril & 12 mai 2019 L\u2019AUSTRALIE AUTREMENT CROISIÈRE PONANT À LA CONQUÊTE DU KIMBERLEY ET DÉCOUVERTE DE L\u2019AUSTRALIE-OCCIDENTALE Du 16 août au 8 septembre 2019 10h30 12h00 13h45 15h15 * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides accompagnateurs francophones et circuits captivants.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.New York EN COULEUR Central Park en octobre est une féerie de couleurs, les néons de Times Square 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Q u é b e c Montréal résentations Conférences P alie \u2013 20jrs : Hô 14h00 Splendeurs de l\u2019It 13h00 Magistrale Russie \u2013 21jrs ortugal \u2013 25jrs 0 Circuit Espagne et P 1h3 1 hesses \u2013 24jrs 10h00 La France et ses ric ong A Salle Hong K he 14 octobre oo\u2019s Dimanc y erles des B tel Rub F 4h00 Les P 1 13h00 La Roumanie \u2013 19 jrs 0 Argentine, Pat 11h3 10h00 Remise de document ong B Salle Hong K ulevard Décarie o 655 B 7 ans \u2013 20jrs lk a agonie \u2013 21jrs P e r m i s d u Q u é b e c t cie aérienne disponible au momen e e air s par Scenic, itinér ffert ols o *v ermis du Québec, FICA t ?nal.P t du paiemen .s en sus ansfert t tr V de 1$/1000$ e 1-800-387-0999 14-987-9798 tréal, 5 Mon 15h00 Angleterre Écosse Irlande \u2013 23jrs 0 2 \u2013 n o p a J u d s r u e j a M e t i S s e L 3 2 \u2013 e d n a l r I e s s o c E e r r e t e l g n A s r j 0 2 \u2013 s n a k l a B s e d s e l r Pe s e L \u2013 a y a l a m i H \u2019 l e d x u a y o J , l a p é N oumanie A e la R Circuit Culturel d .\u2019Italie du Sud et Sicile -22jrs L m e t n i r P s t r a p é D 15h00 Népal Joyaux de l\u2019Himalaya \u2013 16jrs 5 9 .9 s r j 8 9 .7 s r j 8 1 .6 5 3 .5 s r j 6 1 4 3 .5 le \u2013 19jrs tra nces 6849 r a p à x i r P 9 1 0 2 e n m o t u A & s p $ 0 $ 8 $ 4 $ 0 $ 0 $ \u2026 e d r i t SOPHIE CHARTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR « Récemment, dans un party d\u2019amis, on s\u2019est dit : \u201cCoudonc, de quoi on jasait avant de s\u2019intéresser à l\u2019astrologie ?\u201d se rappelle Aude, 23 ans, étudiante en arts visuels à l\u2019UQAM.On s\u2019est rendu compte que ça nous permet de parler de nos peurs et de nos émotions, mais à travers ce filtre pseudo-comique\u2026 » Son ami Guillaume, 25 ans, nouveau converti, rit des horoscopes classiques, mais ne remet pas en question le positionnement des astres.« Ma lune est en Vierge, dit-il.On m\u2019a déjà recommandé des blogues et des sites Web qui viennent en aide aux personnes qui ont leur lune en Vierge!» Des étoiles sur la Toile Grâce à la multiplication des sources disponibles, sur tout sur Internet, l\u2019astrologie a récemment acquis un nouveau statut cool.Et elle ne se résume plus aux magazines à potins.Division de l\u2019empire Vice ciblant les jeunes femmes, le site Broadly mise beaucoup sur sa section Horoscopes.Callie Beusman, rédactrice en chef de ce média, confirmait en janvier dernier, dans une entrevue au magazine The Atlantic, la croissance « exponentielle » de cette rubrique.D\u2019autres médias visant les mêmes publics (Bustle, The Cut, Rookie) affichent aussi des sections réservées aux signes du zodiaque.Et c\u2019est sans compter la multitude de pages Insta- gram et Twitter qui publient conseils et blagues liés à l\u2019astrologie.À des galaxies du personnage de «l\u2019astro Barbie» JoJo Savard, les nouveaux astrologues, conscientisés, bénéficient d\u2019une large tribune.Telle une rock star, la Californienne Chani Nicholas compte plus de 159 000 abonnés sur sa page Instagram et elle ponctue ses horoscopes de messages engagés ou d\u2019appels à l\u2019action.Des applications mobiles, comme Co-Star ou Horoscoper Club, permettent de faire soi-même sa carte du ciel.Et dans les boutiques branchées qui tentent d\u2019attirer une jeune clientèle, il n\u2019est pas rare de tomber sur des produits à l\u2019effigie des signes du zodiaque.« Je ne dirais pas qu\u2019on assiste à une montée à proprement parler de l\u2019astrologie, parce qu\u2019il y a toujours eu des gens pour la pratiquer, mais du moins à une transformation du discours qui l\u2019entoure », observe Nicolas Boissière, socio-anthropologue et doctorant au Dépar tement des sciences des religions de l\u2019UQAM.Le chercheur étudie les phénomènes religieux contemporains, notamment l\u2019ésotérisme dans les sociétés occidentales.« Avec l\u2019émergence de nouveaux marchés littéraires et Internet, une partie des tabous qui touchaient l\u2019ésotérisme tombent.» L\u2019astrologie a non seulement des visées divinatoires, mais aussi une valeur psychologique aux yeux de ses adeptes, pour qui l\u2019appartenance à un signe et à un ascendant permettrait d\u2019expliquer certains traits de caractère des gens.Rassurante superstition « Les signes astrologiques, c\u2019est comme des figures, qui concentrent certains traits, avec des axes et des polarités, explique Myri, écrivaine, traductrice et adepte d\u2019astrologie depuis plus de deux ans.Si tu regardes ta carte, tu peux voir différentes interprétations.Pour plein d\u2019astrologues, c\u2019est presque un truc de coaching de vie.» C\u2019est ce qui, entre autres, expliquerait sa forte progression ces dernières années, pense M.Boissière.« Je crois que ça s\u2019inscrit dans un grand intérêt actuel et contemporain pour la quête de bien- être, le développement personnel.» Déjà, dans les années 1950, Theo- dor W.Adorno menait une recherche sur la consultation des horoscopes, publiée dans un ouvrage au poétique titre de Des étoiles à terre.L\u2019illustre philosophe y concluait que, dans une société de plus en plus incertaine, dans laquelle les individus sont laissés à eux-mêmes, le recours à des superstitions comme l\u2019astrologie permettrait de réduire l\u2019anxiété et d\u2019apporter un sentiment de réconfort.Un demi-siècle après le travail d\u2019Adorno, le sociologue et statisticien français Patrick Peretti-Watel a voulu réactualiser ses propos sur les horoscopes.Dans le texte «Sous les étoiles, rien de nouveau?L\u2019horoscope dans les sociétés contemporaines» (Revue française de sociologie, 2002), il explique lui aussi en partie la popularité de l\u2019astrologie par ses effets apaisants.Mais il précise que de nombreux adeptes se fient à l\u2019astrologie avec une certaine distance, un grain de sel.Dans un monde où l\u2019issue des votes populaires a désormais rarement à voir avec les prédictions et où les sautes d\u2019humeur des dirigeants de puissances militaires créent un climat d\u2019incertitude politique, consulter les étoiles aurait donc quelque chose de rassurant\u2026 « Dans ma manière d\u2019être au monde, j\u2019avais besoin d\u2019un certain système symbolique, dit Myri.Peut-être qu\u2019on a juste besoin d\u2019une histoire à laquelle se référer, quelque chose de plus grand que soi en quoi croire?» | 5 3 Vi v r e Te n d an c e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Bienvenue en saison du Scorpion.Ce serait apparemment un temps idéal pour la passion, l\u2019intimité et les renaissances de toutes sortes.Si, de plus en plus, on vous demande votre ascendant, c\u2019est que, dans un monde en recherche identitaire, l\u2019astrologie jouit d\u2019un nouveau statut décomplexé.C\u2019est quoi, ton signe ?L\u2019astrologie, une tendance cool ?Oui, tant qu\u2019on la prend avec un grain de sel.Grâce à la multiplication des sources disponibles, surtout sur Internet, l\u2019astrologie a récemment acquis un nouveau statut cool.Et elle ne se résume plus aux magazines à potins.ISTOCK Le regard de la science La visibilité accrue de l\u2019astrologie ne fait pas que des heureux.Certaines voix \u2014 celles de la science, surtout \u2014 s\u2019insurgent contre les prétendus impacts du mouvement des astres sur le comportement humain.En août, Olivier Bernard, blogueur du site Le Pharmachien, s\u2019inquiétait que les gens ne prennent pas plus le temps de faire des vérifications avant de croire ce qu\u2019ils lisent sur le sujet.Il ne faudrait pas se leurrer : l\u2019astrologie, contrairement à ce que certains astrologues prétendent, n\u2019est pas une science.«Au centre des critiques sur l\u2019astrologie, on retrouve ceci : elle n\u2019est, concrètement, basée sur rien, précise M.Boissière.Ce n\u2019est pas relié aux phénomènes astronomiques.Les mouvements des astres sont des projections conceptuelles.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.OSTIFNAC 1.2.HOCÉCRED 1.3.4.2.RÉGLINASE 1.2.RUBÉROE 1.2.INATR ACBE 1749 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 421 Horizontalement I.Trouble-fêtes.II.Rebelote.Est.III.Api.Atours.IV.Motif.Etat.V.Pr.Câpre.Elu.VI.Ota.Ridicule.VII.Lapidée.Prit.VIII.Ign.Etre.Set.IX.Nées.Oise.Rê.X.Eserine.Nias.Verticalement 1.Trampoline.2.Reportages.3.Obit.Apnée.4.Ue.IC.Sr.5.Blafarde.6.Lot.Piéton.7.Etourderie.8.Feu.Ei.Es.9.Ré.Cp.En.10.Testeurs.11.Es.Alliera.12.Statuettes.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 422 1.Employés des contributions devenus chandelles.2.Fait toute la lumière.Personnel.3.Met toute la famille indienne à l\u2019abri.Protection extrême.4.Sa méthode fut une grande passoire.Fournisseur de cachous.5.Ouvre les comptes.Agréable à nos sens.6.Se laisse aller.Tristement versé.7.Brusque et rapide.Conjonction.8.Laisser de côté.Possessif.9.Ferme au Sud.Fait des réductions.10.Mets droit.Trois points.11.Belle de la bastille.Met son nez dans les comptes.12.A préparé sa sortie.I.Met tout sens dessus dessous.II.Conforme aux directives.Evite la monotonie.III.Il nous a apporté l\u2019ananas et les noix de cajous.Ne sont jamais très loin.IV.Font des morceaux.Est à terre.V.Romains.Lac des Pyrénées.Circonscription chez les Grecs.VI.Peuple du Nigeria.Chauffât pour conserver.VII.Cercle très fermé.Patrie d\u2019Abraham.VIII.Equipe le bâtiment.Un peu réchauffé.IX.Particulièrement basse.Ouverture sur Le Monde.Confirmation dans le texte.X.Risque de vous enflammer.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE Tout obstacle renforce la détermination.Celui qui s\u2019est fixé un but n\u2019en change pas.Léonard de Vinci MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE COURSE BOURSE BOUSE BOISE NOISE LES ANAGRAMMES \u2022 IGNARES/ENGRAIS/GARNIES/GRAINES \u2022 REGAINS/SAIGNER/SERINGA/SIGNERA \u2022 RADOTEUR/ROUTARDE \u2022 RALINGUES/SIGNALEUR \u2022 CALENCHÉ/CHANCELÉ \u2022 LAUDATEUR/ADULATEUR JEUX 1748 1749 1749 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1749 1.Fanfaronnades 2.Fête du jazz à Montréal 3.Mot familier pour «valise» 4.On peut les couper en quatre 5.Tout seuls, par .(2 mots) (plur.) 6.Texto, courriel, lettre, etc.7.Secret ou double 8.Commencer à faire 9.Fait obéir le lion, le chien, le cheval, etc.10.Poète grec de l\u2019antiquité \u2022 ASTUCES \u2022 CESSEZ-LE-FEU \u2022 FEUILLETON \u2022 TONNEAU \u2022 EAUX-FORTES \u2022 TESSITURES \u2022 RÉSORBER \u2022 BERLIN \u2022 LINGUINE \u2022 INEPTIE FOLIE POULS S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 O C T O B R E / 2 0 1 8 22 FÉVRIER 2019 OTTAWA \u2013 1-866-752-5231 23 FÉVRIER 2019 MONTRÉAL \u2013 514 842-2112 24 FÉVRIER 2019 LAVAL \u2013 450 667-2040 2 MARS 2019 SAINT-HYACINTHE \u2013 450 778-3388 3 MARS 2019 SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU \u2013 450 358-3949 6 MARS 2019 QUÉBEC \u2013 418 643-8131 7 NOVEMBRE 2018 OTTAWA \u2013 1-866-752-5231 8 NOVEMBRE 2018 SHERBROOKE \u2013 819 820-1000 11 NOVEMBRE 2018 MONTRÉAL \u2013 514 495-9944 12 - 13 NOVEMBRE 2018 QUEBEC \u2013 418 692-2631 15 NOVEMBRE 2018 MEGANTIC \u2013 819 583-3303 17 NOVEMBRE 2018 TERREBONNE \u2013 450 492-4777 18 NOVEMBRE 2018 BELOEIL \u2013 450 464-4772 Les 4 saisons D\u2019ANDRÉ GAGNON Un spectacle unique autour de l\u2019oeuvre d\u2019un des compositeurs québécois les plus proli?ques de sa génération.Sous la direction musicale de Stéphane Aubin, cinq musiciens sur scène avec Kathleen Fortin.Le retour attendu de la compagnie de danse cubaine de renommée internationale! De La Havane, 17 danseurs et 8 musiciens.Le plus bel hommage jamais réalisé sur la carrière de Charles Aznavour, avec son accord! De France, Jules Grison et six musiciens.8 DÉCEMBRE 2018 \u2013 BAIE-DU-FEBVRE \u2013 450 783-6467 16 FÉVRIER 2019 \u2013 MONT-TREMBLANT \u2013 819 425-8614 23 FÉVRIER 2019 \u2013 SOREL-TRACY \u2013 450 780-1118 3 MARS 2019 \u2013 MONT-LAURIER \u2013 819 623-1222 3 AVRIL 2019 \u2013 GATINEAU \u2013 819 243-2525 5 AVRIL 2019 \u2013 MONTRÉAL \u2013 514 495-9944 6 AVRIL 2019 \u2013 QUÉBEC \u2013 418 692-2631 7 AVRIL 2019 \u2013 CHÂTEAUGUAY \u2013 450 699-8686 10 AVRIL 2019 \u2013 SHERBROOKE \u2013 819 820-1000 13 AVRIL 2019 \u2013 THETFORD-MINES \u2013 418 755-1305 14 AVRIL 2019 \u2013 SAINT-GEORGES \u2013 418 228-2455 AZNAVOUR L\u2019HISTOIRE D\u2019UNE LÉGENDE "]
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