Le devoir, 19 novembre 2018, Cahier A
[" La Californie en feu, prélude au monde de demain Les incendies qui ravagent présentement la Californie sont certes meurtriers, mais ils ne constituent que le prélude des impacts dévastateurs qui se manifesteront de plus en plus au cours des prochaines décennies, au fur et à mesure que les bouleversements du climat planétaire se feront sentir avec plus de violence.Le Canada ne sera d\u2019ailleurs pas épargné, d\u2019où l\u2019urgence de se préparer à une réalité climatique que l\u2019humanité n\u2019a jamais connue.INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 SUR LA ROUTE Plaidoyer pour des milieux de vie urbains plus denses B 5 ACTUALITÉS Secteur agricole et libre-échange: l\u2019aide fédérale se fait attendre | A 3 DAVE NOËL MARCO BÉLAIR-CIRINO À L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE LE DEVOIR Remplacement de «plusieurs images considérées comme stéréotypées», retrait d\u2019un passage du Journal de Jacques Cartier, ajout «des conséquences négatives de l\u2019invasion du territoire par les Français»\u2026: les dizaines de modifications apportées au matériel didactique requis pour l\u2019enseignement du cours d\u2019Histoire du Québec et du Canada font sourciller les historiens Gilles Laporte et Denys Delâge \u2014 qui qualifie l\u2019une d\u2019elles d\u2019«absurde» et d\u2019«aberrante».Les deux membres du comité de révision scientifique de la première édition de Chroniques du Québec et du Canada : des origines à 1840 (Pearson ERPI) \u2014 l\u2019un des manuels dont le contenu a été modifié dans les derniers mois à la demande expresse du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur (MEES) \u2014 déplorent le polissage du récit historique.En effet, le MEES a donné la consigne de «remplacer» les manuels d\u2019histoire en usage dans les classes de 3e secondaire dans la foulée du dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.« [Celle-ci] a mis davantage en lumière la condition des Autochtones au pays, entre autres en ce qui concerne les pensionnats indiens et la terminologie désignant les peuples des Premières Nations», a souligné la sous- ministre Sylvie Barcelo dans une lettre transmise aux commissions scolaires et aux établissements d\u2019enseignement privé au printemps dernier.L\u2019opération, qui a coûté 1,6 million de dollars, a largement dépassé la «suppression de l\u2019expression \u201cAmérindien\u201d et de ses dérivés qui ne sont plus mentionnés dans le programme d\u2019études approuvé».Au moyen d\u2019une demande en vertu de la Loi sur l\u2019accès aux documents ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE Des retouches qui dérangent La révision des manuels a dépassé la « suppression de l\u2019expression \u201cAmérindien\u201d et de ses dérivés», déplorent des historiens MARCO BÉLAIR-CIRINO À MONTRÉAL LE DEVOIR PARTI QUÉBÉCOIS Appel à un virage à droite pour se recentrer Mots croisés.B6 Sports.B4 Sudoku .B6 VOIR PAGE A 2 : HISTOIRE VOIR PAGE A 2 : PQ ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR L orsque Donald Trump a imputé les incendies qui ravagent la Californie à une « mauvaise gestion » forestière, le gouverneur de l\u2019État, Jerry Brown, n\u2019a pas tardé à ramener le président climatosceptique à l\u2019ordre.« Gérer toutes les forêts partout où nous le pouvons n\u2019arrêtera pas le changement climatique, et ceux qui nient cela contribuent aux tragédies auxquelles nous assistons et auxquelles nous continuerons d\u2019assister », a-t-il laissé tomber.Ces incendies meurtriers, qui se répètent avec une régularité inquiétante depuis quelques années, démontrent non seulement l\u2019urgence d\u2019agir pour lutter contre les changements climatiques, mais aussi de s\u2019adapter aux impacts déjà bien réels du réchauffement.« Nous allons devoir investir toujours plus en adaptation.Il ne s\u2019agit pas de millions, mais plutôt de milliards, de dizaines de milliards et probablement de centaines de milliards de dollars », a prévenu M.Brown.Pour la Californie, le besoin de tirer la sonnette d\u2019alarme est d\u2019autant plus criant que cet État de 40 millions d\u2019Américains VOIR PAGE A 4 : CALIFORNIE ENVIRONNEMENT La série d\u2019incendies de forêts qui ravagent la Californie cette année est historique.À ce jour, quelque 6750 km² ont été brûlés lors de 7579 incendies.Les autorités font état de 71 morts et de plus de 1 000 personnes disparues.JOSH EDELSON AGENCE FRANCE-PRESSE VOL.CIX NO 263 / LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ CULTURE Le devoir de mémoire, selon Richard Reed Parry | B 8 Qu\u2019il soit de droite, du centre ou de gauche, tout indépendantiste doit se sentir à la maison au Parti québécois, plaide Pascal Bérubé, moins d\u2019un mois et demi après s\u2019être vu confier l\u2019intérim à la tête du groupe parlementaire.« On est indépendantistes.Pour le reste, tout le monde est bienvenu », a- t-il insisté en marge du premier grand rassemblement postélectoral du PQ, samedi.« Le Parti québécois a été créé pour réaliser l\u2019indépendance du Québec.Alors, il faut que cette maison soit accueillante pour tout le monde », a-t- il ajouté, tout en appelant les péquistes à faire preuve d\u2019« un esprit de coalition » après la lourde défaite du 1er octobre dernier.Quelque 350 délégués du PQ s\u2019étaient donné rendez-vous dans l\u2019auditorium du collège de Maison- neuve, à Montréal, afin de poser un regard \u2014 « sans complaisance », a précisé M.Bérubé \u2014 sur la campagne électorale dirigée par leur ancien chef, Jean-François Lisée.Les ex-députés Nicolas Marceau (Rousseau) et Alain Therrien (Sangui- net) ont attribué, en partie, la débâcle électorale aux tassements vers la gauche effectués par le PQ afin de favoriser une convergence avec Québec solidaire, puis pour séduire les sympathisants de QS.Ce faisant, le PQ s\u2019est aliéné un grand nombre de centristes, à commencer par ceux penchant vers la droite, selon eux.« Quand on a tendu la main à Québec solidaire, on a perdu beaucoup de gens qui étaient au centre et au centre droit.Il y a des gens qui nous ont dit : \u201cOn n\u2019accepte pas que vous vous rapprochiez autant de la gauche radicale que ça\u201d», a relaté M.Therrien.N\u2019attendant pas la désignation d\u2019un nouveau chef, Pascal Bérubé a plaidé ce week-end pour l\u2019élargissement de la Le PQ s\u2019est aliéné un grand nombre de centristes, à commencer par ceux penchant vers la droite ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 JESSICA NADEAU LE DEVOIR Plus de 50 000 étudiants du cégep et de l\u2019université seront en grève dès ce matin, et pour toute la semaine, afin de revendiquer la rémunération des stages.Les associations étudiantes des cégeps Saint-Laurent, du Vieux-Montréal, Ma- rie-Victorin et du Collège de Maison- neuve, de même que certaines associations étudiantes facultaires de plusieurs universités à Montréal, à Québec, à Sherbrooke et en Outaouais se sont dotées de mandats de grève pour la semaine du 19 au 23 novembre.Certains pour la semaine complète, d\u2019autres pour certaines journées.Une grande manifestation rassemblera tous les grévistes mercredi à Montréal.Ces derniers plaident pour que tous les stages soient rémunérés.Ils invoquent l\u2019équité, se demandant pourquoi les stages sont rémunérés dans certains domaines, comme en gestion ou en génie, alors que d\u2019autres ne le sont pas.«On revendique que tous les stages soient payés », explique Gabriella Gonzales, membre du comité unitaire sur le travail étudiant du cégep Saint-Laurent.« Par exemple, les étudiants du programme de génie mécanique, donné ici au cégep Saint-Laurent, sont rémunérés pendant leur stage, tandis que ceux qui étudient en soins infirmiers ne le sont pas.Le travail d\u2019une étudiante infirmière a autant de valeur que celui d\u2019un étudiant en génie mécanique.Ce n\u2019est pas égal.Pourquoi ne pas valoriser le travail de chacun?» Elle parle de « lutte féministe » parce que les gens les plus affectés par la non- rémunération des stages sont généralement des femmes.Un argument repris sur le site «Grève des stages», qui est relayé par plusieurs associations étudiantes en grève.« Les stages non rémunérés se trouvent en plus grand nombre dans les secteurs des soins et de l\u2019éducation, des emplois majoritairement occupés par des femmes», peut-on lire sur le site.Ils citent une étude menée sur les étudiants de l\u2019Université de Sherbrooke, selon laquelle 80 % des femmes effectuent un stage non rémunéré, contre seulement 53% des hommes.On évoque également le cheap labor de même que le manque d\u2019encadrement légal et de protection de base pour les stagiaires, notamment en matière de violence et de harcèlement, puisqu\u2019ils ne sont pas considérés en vertu de la Loi sur les normes du travail.Enfin, on affirme que les stages non rémunérés ont des «impacts négatifs» sur les étudiants.On rappelle que plusieurs doivent travailler pour payer leurs études.Lorsqu\u2019on ajoute un stage, « ça devient vite ingérable », peut-on lire dans la section argumentaire.ÉDUCATION Plus de 50 000 étudiants en grève Outre la «surcharge de travail» et les « difficultés à concilier emploi, stage, études et vie personnelle», on évoque la santé mentale.Selon un sondage réalisé par l\u2019Université du Québec en Ou- taouais, «42% des répondants et des répondantes confient avoir vécu du stress, de l\u2019anxiété, de l\u2019angoisse, de l\u2019isolement et de la détresse psychologique pendant leur stage».Absents de marque Les deux plus grandes associations syndicales étudiantes \u2014 soit la Fédération étudiante collégiale du Québec et l\u2019Union étudiante du Québec \u2014 n\u2019ont pas embarqué dans le mouvement de grève.La rémunération des stages est au cœur de leurs préoccupations, mais elles veulent donner une chance aux négociations qui ont cours avec le ministère à ce sujet.«Le gouvernement nous a montré de l\u2019ouverture, c\u2019est encourageant », affirme Guillaume Lecorps, président de l\u2019union étudiante du Québec, qui regroupe plus de 79 000 membres sur plusieurs campus.«Mais on est encore à l\u2019étape des discussions et on ne peut pas écarter l\u2019idée que nos associations vont tomber en grève elles aussi si le gouvernement n\u2019agit pas rapidement sur la question des stages, car on sent que la mobilisation s\u2019accentue de jour en jour.» Le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, en discusion avec Jean-François Lisée lors du bilan de la campagne électorale organisé par l\u2019état-major du parti au collège de Maisonneuve samedi après-midi JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une centaine de passages revus HISTOIRE SUITE DE LA PAGE A 1 des organismes publics, Le Devoir a obtenu une « liste non exhaustive » de la centaine de passages modifiés, effacés ou ajoutés, principalement afin de « mieux présenter la perspective autochtone ».Celle-ci comprend l\u2019ajout de «nuances sur la perception des Autochtones face à l\u2019exploration invasive de Jacques Cartier» et l\u2019addition d\u2019un «texte sur l\u2019appropriation du territoire par les Français».L\u2019image d\u2019un autochtone allant à la guerre a été retirée tandis que la légende du vaisseau de feu a été reformulée «de façon à éviter l\u2019utilisation du terme \u201csauvage\u201d».Un texte faisant état du «choc culturel» vécu par les Autochtones à l\u2019arrivée des Français a aussi été inséré dans les volumes.Île au Massacre Parmi les autres changements apportés, on note l\u2019allusion à un massacre entre Autochtones survenu dans une île de l\u2019archipel du Bic au XVIe siècle.L\u2019épisode sanglant relaté par l\u2019explorateur Jacques Cartier a été mis de côté, puisqu\u2019il «risquait d\u2019alimenter certains préjugés ou de véhiculer certains stéréotypes».On lui a préféré un texte de Samuel de Champlain, «illustr[ant] l\u2019apport des Autochtones à l\u2019exploration des ressources du territoire».La décision est qualifiée d\u2019« absurde » et d\u2019« aberrante » par l\u2019historien Denys Delâge.« L\u2019île au Massacre, c\u2019est une vieille tradition.Les communautés autochtones vivaient avec la guerre aussi.La guerre n\u2019est pas le propre de l\u2019Europe.Il y avait des captifs et il y avait des mises à mort.C\u2019est aberrant de faire comme si c\u2019était des sociétés idéales et parfaites », fait valoir l\u2019auteur du classique Le pays renversé.Les réviseurs se sont également immiscés au milieu du massacre de Lachine de 1689.Sur les ordres du MESS, ils ont « nuancé » le « discours antagoniste » du plus célèbre épisode des guerres franco-iroquoises, durant lequel 1500 Iroquois ont pris d\u2019assaut le petit bourg situé au sud-ouest de Montréal.Sous un orage violent, les guerriers ont abattu une vingtaine d\u2019habitants et ramené une soixantaine de captifs.L\u2019effacement du mot «Amérindien» au profit des appellations « Premières Nations » et « Autochtones » a surpris Denys De- lâge.« Je ne l\u2019ai pas vu venir.» Paradoxalement, l\u2019ethnonyme honni se voulait «politiquement correct» lorsqu\u2019il a été diffusé par les chercheurs au début des années 1960.« Ce n\u2019est d\u2019aucune manière péjoratif, c\u2019est juste que c\u2019est peu utilisé par les Premières Nations elles-mêmes [\u2026].Je trouve ça honnêtement un brin sectaire de bannir la désignation amérindienne.Moi, dans tout ce que j\u2019ai écrit, j\u2019ai généralement retenu l\u2019expression ou la désignation \u201cAmérindien\u201d», indique le spécialiste des sociétés autochtones.Le Conseil en éducation des Premières Nations, qui a participé aux consultations ayant mené à la révision du programme d\u2019Histoire, n\u2019a pu être joint.Courtepointe L\u2019historien Gilles Laporte déplore le rappel du premier tirage du manuel Chroniques du Québec et du Canada.«Ç\u2019a été une opération de pilonnage épouvantable, ce sont les contribuables qui ont payé», estime-t-il.Cela dit, le professeur s\u2019attendait à ce que des passages du manuel qu\u2019il a révisé soient un jour ou l\u2019autre corrigés.«Je n\u2019étais pas étonné parce qu\u2019on vit à une époque où à peu près toutes les communautés se sentent directement visées ou stigmatisées.Chaque fois qu\u2019il y a un nouveau programme d\u2019histoire du Québec, il y a toujours une forme de réflexe d\u2019insurrection», fait-il remarquer.«Mais, elle était relativement diffuse.Elle venait du Quebec Community Groups Network et c\u2019était à propos de la place des anglophones.» Le professeur critique au passage la rigidité du cahier des charges du ministère.«C\u2019est trop contraignant et trop contradictoire.» Il constate en outre la dilution du récit dans une «courtepointe» d\u2019encadrés.«Les manuels d\u2019histoire prennent de plus en plus la forme de scrapbooks où l\u2019on met des capsules, des encarts.» L\u2019époque de l\u2019ouvrage Canada-Québec,des historiens Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière et Jean Provencher, lui semble bien loin.«Ils n\u2019avaient aucune contrainte éditoriale, c\u2019était un essai libre», dit M.Laporte, en parlant de l\u2019ouvrage de référence célébrant son cinquantième anniversaire cette année.Le PQ a «évité le pire», selon Lisée base idéologique du PQ, sans remettre en question ce sur quoi elle repose : le projet de pays du Québec.Et une tradition sociale-démocrate ?« Dans le programme, oui, notre usage fait en sorte qu\u2019on est social-démocrate, mais c\u2019est d\u2019abord l\u2019indépendance qui est le ciment pour tout le monde », a répondu le député de Matane-Matapédia.« La véritable coalition, c\u2019est le Parti québécois.Alors, que cet esprit de coalition nous anime pour la suite et qu\u2019on accueille tous les indépendantistes », a-t- il poursuivi.Lisée sans reproche L\u2019ex-chef du PQ, Jean-François Lisée, a dit samedi avoir permis au PQ d\u2019« éviter le pire » le jour du scrutin en prenant à partie son adversaire solidaire, Manon Massé, 10 jours plus tôt, lors de l\u2019ultime débat télévisé de la campagne électorale.« Le résultat que ç\u2019a eu [\u2026] a été, à mon avis, positif », a- t-il affirmé à la presse à son arrivée au collège de Maisonneuve.« Mais je sais que ma version n\u2019est pas la seule.Il y en a plusieurs.» L\u2019ex-député de Rosemont est convaincu d\u2019être parvenu à freiner la croissance de Québec solidaire dans les intentions de vote en braquant les projecteurs du studio de TVA sur sa porte-parole, le 20 septembre dernier.« Qui tire les ficelles à Québec solidaire ?» avait-il demandé à répétition à sa rivale.« Le danger, c\u2019était que si Québec solidaire continuait sa montée d\u2019un point par jour, il allait nous dépasser une semaine avant le vote et nous allions vivre la dernière semaine de la campagne en étant déclassé, en étant quatrième.Donc, il était indispensable [\u2026] d\u2019éviter le pire », a dit M.Lisée dans une mêlée de presse samedi.L\u2019ancien élu s\u2019est montré incapable de nommer un mauvais coup de son cru durant la campagne électorale de 29 jours devant la presse.Il s\u2019est contenté de dire : « Moi, j\u2019assume complètement les choix que j\u2019ai faits » et « On peut toujours faire mieux ».Ses explications n\u2019ont pas convaincu tout le monde.« M.Lisée a mené une très bonne campagne\u2026 sauf l\u2019incident du troisième débat », a lancé le président de l\u2019association de Beauharnois, Marc Laviolette.Bénéficiant de l\u2019appui de 17 % de l\u2019électorat (-8 points comparativement à 2014), le PQ a fait élire à peine 10 candidats sur 125 (-20 députés comparativement à 2014) le 1er octobre dernier.Indépendantistes de façade ?La présidente de l\u2019aile jeunesse du PQ, Frédérique St-Jean, s\u2019expliquait mal samedi le fossé séparant la jeunesse québécoise de sa formation politique.«On ne se cachera pas qu\u2019il y a eu une déconnexion certaine du Parti québécois avec la jeunesse durant les dernières élections», a-t-elle déclaré, avant d\u2019ajouter: « Québec solidaire a fait super bien.Pourtant, on a plein, plein d\u2019idées en commun: la souveraineté\u2026» Là-dessus, M.Bérubé suggère aux indépendantistes d'«observer les discours, [d\u2019]observer les gestes» des élus de QS au cours des quatre prochaines années, ce qui leur permettra, croit-il, d\u2019apprécier la profondeur de leurs convictions indépendantistes.«Lorsqu\u2019on est indépendantiste, on l\u2019est en toute circonstance», a-t-il fait valoir, à 10 jours du début de la session parlementaire.Lisée reste dans la maison du PQ Après avoir eu droit à un hommage, Jean-François Lisée a remercié les péquistes de lui avoir confié pendant près de deux ans les commandes du PQ.« Merci d\u2019avoir accepté que je vous conduise pour un bout du chemin [vers l\u2019indépendance], et de me tolérer pour le reste », a-t-il déclaré devant un parterre attentif.PQ SUITE DE LA PAGE A 1 Les grévistes prendront la rue mercredi à Montréal pour revendiquer des stages payés pour tous On ne se cachera pas qu\u2019il y a eu une déconnexion certaine du Parti québécois avec la jeunesse durant les dernières élections FRÉDÉRIQUE ST-JEAN » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 Splendeurs du conservatisme I maginez un peu cette scène de pure fiction : une annonce oblique de François Legault, lancée dans l\u2019arène publique pour faire éclater au grand jour la vacuité de nos pensées à l\u2019égard de la minorité française au Canada.Quelque chose qui dirait à peu près ceci : « Désormais, dans un souci de conserver la francophonie canadienne vivante \u2014 sans quoi ce pays ne sera plus qu\u2019une vague banlieue de Cincinnati \u2014, le gouvernement du Québec utilisera tous ses fonds destinés jusqu\u2019ici aux services aux anglophones afin de financer les services aux francophones d\u2019Ontario et, s\u2019il le faut, d\u2019ailleurs aussi.Le gouvernement québécois a bon espoir que la communauté anglophone du Québec comprendra cette nécessité économique pour contrer les injustices générées par le pire des conservatismes.Pour les plaintes, évidemment, prière de vous adresser directement au bureau du premier ministre Doug Ford.» Vous imaginez un peu les hauts cris ! Le gouvernement Ford a aboli le Commissariat aux services en français.Il rompt de surcroît la promesse bien engagée de mettre sur pied une université française à Toronto.Ce qui réitère, sous un jour nouveau, les principes de l\u2019assimilation par l\u2019éducation, en poussant les francophones à étudier, faute de mieux, dans des universités anglophones ou bilingues, là où ils se retrouvent toujours en situation minoritaire.La formation, l\u2019éducation et la culture assurent l\u2019avenir d\u2019une société.On le sait depuis longtemps, du moins hors Québec, là où le combat pour un meilleur système d\u2019enseignement ne se réduit pas à la seule incantation répétée des vertus de la maternelle pour les enfants de quatre ans.À la mise en application du triste Règlement 17 en 1913, l\u2019anglais devenait, en Ontario, la seule langue d\u2019enseignement dans toutes les écoles élémentaires.L\u2019affaire sera dénoncée par Henri Bourassa dans les pages du Devoir comme un autre reflet éclatant du colonialisme.Bourassa, on le sait, fut menacé d\u2019être lynché\u2026 En 1890, cinq ans après l\u2019assassinat de Louis Riel, la province du Manitoba, érigée sur la dépouille du peuple métis, ne trouve rien de plus urgent à faire que d\u2019abolir les subventions aux écoles françaises, de même que l\u2019usage de cette langue au Parlement et devant les tribunaux.Les nouvelles provinces de l\u2019Ouest n\u2019offrent pas davantage de garanties à la population française.En Alberta, centre d\u2019une forte colonisation venue en partie du Québec, il faudra attendre 1990 pour que la Cour affirme le droit à la gestion scolaire en français.Le Nouveau-Brunswick supprime les subventions aux écoles catholiques en 1871, aussi bien dire les écoles françaises elles-mêmes.Quelques années plus tôt, dans le même esprit, la Nouvelle-Écosse adopte une loi semblable.Encore en 1968 et 1969, les Acadiens de Moncton en sont réduits à descendre dans la rue pour obtenir le droit d\u2019être éduqués et de vivre convenablement dans leur langue, ce dont témoigne L\u2019Acadie, l\u2019Acadie ?! ?, un film de Pierre Perrault alors censuré.Au Nouveau-Brunswick encore, un de ces députés anti-fran- çais soutenait, ces derniers jours, qu\u2019en matière d\u2019éducation il n\u2019existe aucune disparité entre la communauté anglaise et française.Cette hypocrisie sociale qui consiste à croire que les effets cumulés d\u2019une pauvreté structurelle sont sans effet sur les individus, André Laurendeau la dénonçait déjà il y a cinquante ans: «J\u2019ai envie de leur dire: \u201cil n\u2019y a pas de problème parce que vous leur avez brisé les reins\u201d».En 2016, à l\u2019Université de Moncton, plus de 25% des étudiants en éducation ont été expulsés du programme après avoir été incapables de réussir l\u2019examen de français auquel leur société, à l\u2019évidence, n\u2019avait pas su les préparer.Ce n\u2019est pas sans raison que le commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick s\u2019inquiète, dans sa plus récente sortie, d\u2019une montée du ressentiment à l\u2019égard du français.Le bilinguisme serait plus que jamais menacé, laisse-t-il entendre.Une façon pudique, encore une fois, de parler du français, puisque chacun sait que le bilinguisme, au Canada, c\u2019est l\u2019anglais.Le sort de toute la Franco-Amérique ne peut pas nous être indifférent.Henri Bourassa, malgré tous ses défauts, était allé en Ontario défendre les Francos.Aujourd\u2019hui, pourquoi faudrait-il emboîter le pas à ceux qui, habitués à psalmodier à tout vent n\u2019importe quoi pour faire mousser leur renommée, ne croient bon de parler de ces minorités que pour contribuer à les enterrer vivantes ?Les Francos-Ontariens sont nombreux.Ils se feront entendre.Ce sera alors un devoir que d\u2019offrir un écho à leur voix, tout en usant de la nôtre.Mais cela, pour une fois, devrait être fait en dépassant les seules frontières de l\u2019intérêt national commun.Car au fond, contre quoi tous les Doug Ford du monde en ont-ils ?Ces conservateurs carnassiers attaquent, au même titre que la minorité française, la nature, les malades, les enfants défavorisés, les pauvres.Ford s\u2019est par exemple empressé d\u2019éliminer le contrôle des prix des nouvelles locations immobilières, ce qui est dramatique pour les gens à faible revenu, surtout dans des villes comme Toronto et Ottawa.Ce gouvernement fragilise ainsi les classes populaires en dévaluant à loisir leur vie et leur survie, dans un processus où, sous le couvert de l\u2019économie triomphante, il s\u2019évite volontiers d\u2019examiner les conditions d\u2019exercice de la bonne fortune.Cette discrimination dépasse la seule question linguistique.Et cela ne la rend que plus grave encore.JEAN- FRANÇOIS NADEAU Le sort de toute la Franco-Amérique ne peut pas nous être indifférent.Henri Bourassa, malgré tous ses défauts, était allé en Ontario défendre les Francos.Aujourd\u2019hui, pourquoi faudrait-il emboîter le pas à ceux qui, habitués à psalmodier à tout vent n\u2019importe quoi pour faire mousser leur renommée, ne croient bon de parler de ces minorités que pour contribuer à les enterrer vivantes ?Précédées par un premier groupe de manifestants poussant des chariots d\u2019épicerie, environ 5000 personnes ont pris part à la marche organisée par l\u2019UPA, au centre-ville de Montréal.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR FRANÇOIS DESJARDINS LE DEVOIR Les agriculteurs ne connaissent toujours pas la forme précise de l\u2019indemnité financière qu\u2019ils recevront pour les concessions faites par Ottawa dans le cadre des derniers accords commerciaux, a affirmé dimanche le président de l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA).Alors que des milliers de personnes ont convergé vers le centre-ville de Montréal pour affirmer l\u2019importance du secteur agricole et de la consommation de produits locaux, Marcel Gro- leau a indiqué au Devoir que les discussions des groupes de travail « avancent », mais qu\u2019il y aura ensuite plusieurs étapes à franchir.La création des groupes de travail, formés de hauts fonctionnaires fédéraux et de représentants des secteurs agricoles touchés, a été annoncée officiellement par le ministre canadien de l\u2019Agriculture il y a trois semaines.« Est-ce que ça [l\u2019aide] sera dans le budget au mois de mars ?On ne le sait pas.De quelle façon est-ce que ça sera disponible aux producteurs ?On ne le sait pas non plus.Il y a encore beaucoup de choses qui ne sont pas claires.On n\u2019a pas d\u2019échéancier », a affirmé M.Groleau.Précédées par un premier groupe de manifestants poussant des chariots d\u2019épicerie, environ 5000 personnes ont pris part à la marche, organisée par l\u2019UPA.Baptisée « Garde-manger en danger », la manifestation a réuni ses membres, mais aussi des députés de divers partis (tous sont d\u2019accord avec le maintien de la gestion de l\u2019offre), l\u2019industrie de la transformation, des groupes de consommateurs et le mouvement syndical.Selon l\u2019UPA, il est temps que les ententes cessent d\u2019utiliser l\u2019agriculture comme monnaie d\u2019échange.Elle veut aussi que « les produits alimentaires importés respectent les normes qu\u2019on exige des agriculteurs, des transformateurs et de toute l\u2019industrie alimentaire québécoise ».Concessions et pertes Les derniers mois ont été marqués par la signature de l\u2019Accord États-Unis- Mexique-Canada (AEUMC).Celui-ci a soulevé l\u2019indignation du secteur agricole en raison des concessions faites dans le lait, et ses 5500 fermes québécoises, mais aussi dans les œufs et la volaille.L\u2019AEUMC a prévu que le Canada cède 3,59 % du marché laitier aux Américains, une brèche que l\u2019industrie estime inacceptable dans la mesure où deux autres accords, celui avec l\u2019Europe et le Partenariat transpacifique, ont aussi prévu des ouvertures.Pour compenser les pertes découlant de l\u2019Accord économique et commercial global (AECG) avec l\u2019Europe, Ottawa a offert en 2016 un appui sous forme d\u2019aide à l\u2019investissement (250 millions) et de diversification des marchés (100 millions).Pour la suite des choses, un désaccord semble persister entre les gouvernements du Québec et du Canada.Si Québec estime que le fédéral devrait compenser les pertes découlant des trois derniers accords, Ottawa ne veut discuter que des deux plus récents, selon ce qu\u2019a rapporté Le Devoir le 31 octobre.En présentant l\u2019AEUMC, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé le 1er octobre qu\u2019« on sait très bien que le gouvernement américain visait l\u2019élimination de la gestion de l\u2019offre ».« Ce qu\u2019on a fait dans cet accord, c\u2019est protéger la gestion de l\u2019offre pour les générations futures parce que c\u2019est un système qui fonctionne », a-t-il ajouté.ACCORDS COMMERCIAUX Concessions : les producteurs agricoles attendent toujours les détails de l\u2019aide fédérale ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR L\u2019identité de genre, « une théorie libérale non scientifique » ?La résolution adoptée en ce sens par le parti progres- siste-conservateur de l\u2019Ontario samedi soulève l\u2019inquiétude et l\u2019exaspération des experts et de la communauté LGBTQ au Québec.« L\u2019identité des genres n\u2019est pas une théorie, c\u2019est une réalité.Les personnes trans [qui ne s\u2019identifient pas à leur sexe de naissance] sont des gens qui existent, travaillent, payent leurs impôts comme n\u2019importe qui », s\u2019offusque la professeure au Département de sexologie de l\u2019Université du Québec à Montréal Denise Medico.Réunis à Toronto pour leur congrès annuel en fin de semaine, les membres du parti du premier ministre ontarien, Doug Ford, ont adopté une résolution visant à définir l\u2019identité de genre comme une « théorie libérale non scientifique et controversée ».Ils souhaitent ainsi retirer son enseignement et sa promotion du curriculum scolaire.La notion était enseignée dans les écoles sous le gouvernement libéral de Kathleen Wynne pour notamment permettre aux jeunes de mieux comprendre l\u2019existence et la réalité des personnes transgenres.Votée à majorité, la résolution proposée par l\u2019ancienne candidate à la chefferie Tanya Granic Allen \u2014 qui s\u2019affiche ouvertement contre l\u2019avortement et le mariage gai \u2014 pourra être débattue au prochain congrès.« Cette décision d\u2019un parti politique au pouvoir est une attaque symbolique.Encore plus si elle est suivie par des actions », s\u2019inquiète Mme Medico.Dalia Tourki, militante pour les droits des trans et éducatrice publique au Centre de lutte contre l\u2019oppression des genres, indique que le texte adopté va à l\u2019encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, «qui interdit toute discrimination fondée sur l\u2019identité et l\u2019expression des genres.Car c\u2019est de ça qu\u2019il est question si on ne reconnaît même pas l\u2019existence des trans », dit-elle.C\u2019est un grand pas en arrière, selon elle.« Pendant que l\u2019Écosse intègre pour la première fois l\u2019éducation LGBT dans ses écoles, l\u2019Ontario veut l\u2019enlever des siennes.C\u2019est un non-sens.» Un avis partagé par la directrice générale du Conseil québécois LGBT, Marie- Pier Boisvert, qui caractérise cette décision comme de « l\u2019acharnement inutile », rappelant que le gouvernement Ford avait déjà tiré un trait sur cette notion en revenant à un programme d\u2019éducation sexuelle enseigné il y a 20 ans.Recherches scientifiques « C\u2019est aberrant d\u2019ignorer les preuves scientifiques qui abondent depuis plus d\u2019un siècle », s\u2019emporte de son côté Julien Leroux-Richardson, président de l\u2019organisme Aide aux trans du Québec.Il note que les études scientifiques sur l\u2019identité de genre se multiplient depuis plusieurs années.Des professeurs étudient et enseignent même cette notion dans les universités.«Dire que c\u2019est une théorie purement libérale, ça prouve que les conservateurs n\u2019ont aucune éducation et disent n\u2019importe quoi », lance M.Leroux-Richardson.À ses yeux, il est fondamental que les questions de transidentité et d\u2019homosexualité soient abordées dans les écoles, alors que beaucoup de jeunes de ces communautés se sentent « seuls et rejetés et ne savent pas que leur réalité est vécue par d\u2019autres personnes ».Un tel discours vient surtout « valider l\u2019opinion de ceux qui sont contre les différentes orientations de sexe ou de genre, poursuit-il.Ça valide un discours transphobe ou homophobe ».L\u2019Ontario en voie d\u2019évacuer l\u2019identité de genre des écoles LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 4 1.Vue de la caserne 26 en 1920 ARCHIVES DE LA VILLE DE MONTRÉAL 2.Vue actuelle de la caserne 26 à la suite de la démolition de la façade de pierres grises et du toit JACQUES NADEAU LE DEVOIR 3.Projection de la future caserne 26 GROUPE GEYSER JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR La caserne 26, située dans le Plateau- Mont-Royal, est méconnaissable.L\u2019ancien hôtel de ville du village De Lori- mier est en rénovation depuis des années, mais la découverte de problèmes à la structure de l\u2019immeuble a retardé les travaux et nécessité des interventions supplémentaires.Bien que la Société d\u2019histoire du Plateau-Mont-Royal se réjouisse de la volonté de la Ville de restaurer l\u2019édifice patrimonial, elle s\u2019inquiète de l\u2019état du chantier.Construite en 1901 à l\u2019angle des avenues du Mont-Royal et Des Érables, la caserne 26 fait l\u2019objet de travaux depuis 2015.Après une pause de plusieurs mois, les travaux se sont accélérés au cours des dernières semaines.Le toit a été démoli et la façade de pierre grise a été presque complètement démantelée, laissant l\u2019intérieur de l\u2019immeuble exposé aux intempéries.La Ville a entrepris ce chantier en raison de l\u2019état de dégradation de l\u2019immeuble.En 1999 notamment, un incendie avait fait d\u2019importants dommages à la caserne, les pompiers ayant laissé leurs frites sur la cuisinière pour aller répondre à une alerte.À la suite de cet incendie, le 2e étage ainsi que l\u2019ascenseur ont été condamnés.Des infiltrations d\u2019eau ont eu pour effet de détériorer davantage l\u2019immeuble.Dans son avis rédigé en 2015, le Conseil du patrimoine reprochait d\u2019ailleurs à la Ville de ne pas avoir suffisamment protégé l\u2019immeuble après l\u2019incendie.«La Ville de Montréal se doit d\u2019employer un comportement de propriétaire exemplaire et de prendre les mesures nécessaires afin d\u2019éviter les démolitions par négligence», écrivait le Conseil.Un montant de 11,3 millions de dollars a été prévu pour des travaux comportant la réfection de l\u2019enveloppe du bâtiment, la construction de la dalle de garage, le remplacement des systèmes électromécaniques ainsi que le réaménagement des espaces intérieurs.À terme, le rez- de-chaussée et le 1eétage seront occupés par la caserne.Le 2eétage accueillera des activités culturelles.Les travaux devaient se terminer au mois d\u2019août dernier, mais la découverte de lacunes structurales du bâtiment a nécessité des interventions supplémentaires, ce qui allongera la durée du chantier jusqu\u2019au printemps prochain et entraînera une dépense supplémentaire de 747 000 $.La tour contemporaine L\u2019importance des travaux entrepris et les retards du chantier ne rassurent pas la Société d\u2019histoire du Plateau-Mont- Royal.« Ce n\u2019est pas loin d\u2019un massacre.L\u2019ampleur des travaux est inquiétante », estime Richard Ouellet, président de la Société d\u2019histoire du Pla- teau-Mont-Royal.Il se désole du démantèlement de la façade, bien que, dans l\u2019opération, les pierres ont été numérotées pour être réutilisées.Il craint aussi que l\u2019escalier de bois qui se trouvait à l\u2019intérieur n\u2019ait pas été conservé.« C\u2019est un des rares édifices patrimoniaux situés dans l\u2019est du Plateau.On se demande si la Ville réussira à mener ce chantier à terme ou si elle arrivera à la conclusion qu\u2019il faille carrément démolir les restes de l\u2019édifice.» La Ville de Montréal soutient toutefois que les travaux suivent leur cours.La réfection de la façade, la maçonnerie, l\u2019ornementation, les portes et les fenêtres seront réalisées dans le respect de la valeur patrimoniale de l\u2019immeuble, assure Audrey Gauthier, rela- tionniste à la Ville de Montréal.« Le bâtiment sera reconstruit pratiquement à l\u2019identique, sauf pour la tour d\u2019ascenseur et l\u2019entrée adjacente, qui ont été ajoutées au cours des années », précise-t-elle.Cette tour, qui aura une facture contemporaine contrairement au reste du bâtiment, déplaît d\u2019ailleurs à la Société d\u2019histoire du Plateau- Mont-Royal.Dès 2015, l\u2019organisme avait écrit au maire du Plateau, Luc Ferrandez, pour lui signifier sa déception.Dans sa lettre, son président saluait la volonté de la Ville de rénover l\u2019immeuble patrimonial et d\u2019en maintenir la vocation de caserne, mais déplorait sa décision de donner un aspect moderne à la tour d\u2019angle.La tour qui accueillait à l\u2019origine l\u2019entrée principale avait été démolie en 1931 pour être remplacée, en 1960, par une cage d\u2019ascenseur.La Société d\u2019histoire estime que la Ville aurait dû recréer la tour originale : « Il ne s\u2019agit pas ici de faire du \u201cfaux vieux\u201d, mais plutôt de réaliser la véritable restauration de l\u2019édifice d\u2019origine dans les règles de l\u2019art.» Le Conseil du patrimoine avait aussi réservé un accueil tiède à la tour contemporaine, jugeant qu\u2019elle nuisait à la mise en valeur des façades patrimoniales.« La multiplication des matériaux et des traitements différents induit des \u201cpatrons géométriques\u201d qui présentent une charge de détail équivalente à celle des façades existantes », écrivait-il.Le Conseil avait alors recommandé de simplifier le concept, appelant à plus de sobriété.Il avait aussi eu un mot pour l\u2019arbre majestueux planté à l\u2019angle du bâtiment qu\u2019il a décrit comme un « élément majeur du paysage ».Il avait insisté pour que celui-ci soit protégé malgré les importantes excavations prévues qui risquaient d\u2019affecter ses racines.L\u2019arbre a finalement été coupé.Les travaux de la caserne 26 devraient se terminer en mai 2019.À son inauguration en 1901, la caserne 26 abritait l\u2019hôtel de ville du tout jeune village De Lorimier né six ans auparavant, de même que la caserne de pompiers et le poste de police.La petite municipalité fut finalement annexée à Montréal en 1909 et l\u2019immeuble connut diverses vocations, accueillant notamment le Centre d\u2019hygiène du Service de santé de la Ville de Montréal et le Musée des pompiers.PATRIMOINE Inquiétudes autour du chantier de la caserne 26 L\u2019immeuble patrimonial fait l\u2019objet de travaux majeurs depuis 2015 Le Québec devra aussi s\u2019adapter CALIFORNIE SUITE DE LA PAGE A 1 est confronté à une « tempête parfaite », souligne Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada.« Depuis au moins cinq ans, on se retrouve dans une situation de méga-sécheresses, ce qui signifie que le \u201ccombustible\u201d est très inflammable.Les températures sont aussi très chaudes.Plusieurs régions ont battu des records cette année, et les dernières années sont les plus chaudes enregistrées.» Selon M.Boulanger, ces nouveaux feux, qui ont déjà tué des dizaines de personnes et détruit complètement des zones habitées, portent donc clairement « la signature » des bouleversements du climat.« Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable.Les changements climatiques contribuent à la sévérité et la récurrence de ces événe- ments », a-t-il souligné.La Californie n\u2019est d\u2019ailleurs pas la seule région du monde à être sévère- 1 2 3 ment touchée.L\u2019Espagne et le Portugal ont notamment connu des feux particulièrement importants l\u2019an dernier.L\u2019Australie, la Grèce, la Suède et d\u2019autres régions du nord de l\u2019Europe ont également été frappées par plusieurs événements de ce genre cette année.Peut-on imaginer des moyens pour prévenir ces feux, qui détruisent vies humaines et infrastructures ?La chose est complexe, estime Yan Boulanger.Dans certains cas, il peut s\u2019agir de mieux contrôler la végétation près des secteurs habités, mais cela implique un travail en continu qui est très coûteux.Qui plus est, cela ne change rien aux réalités climatiques qui ont pour effet, par exemple, d\u2019allonger les saisons des feux, comme on le constate en Californie.Dans le cas de cet État de la côte ouest, des travaux scientifiques ont même déjà permis de découvrir que la disparition des glaces de l\u2019Arctique modifiera la circulation de l\u2019air dans le Pacifique-Nord, ce qui pourrait devrait favoriser la création de conditions favorables à des sécheresses en Californie, et ce, jusqu\u2019en période hivernale.Montée des eaux Plus globalement, les États-Unis illustrent bien la grande « diversité » des impacts attendus des changements climatiques, et donc le caractère « essentiel » de l\u2019adaptation, selon Alain Webster, professeur titulaire au Département d\u2019économique de l\u2019École de gestion de l\u2019Université de Sherbrooke.À Miami, par exemple, la montée du niveau des océans menace de transformer une partie de la ville en Venise américaine au cours des prochaines décennies.Et dans l\u2019ensemble des États-Unis, 311 000 maisons côtières, d\u2019une valeur de 120 milliards de dollars, présentent un risque d\u2019inondations chroniques d\u2019ici 2045, selon un rapport publié en juin par l\u2019Union of Concerned Scientists, une organisation scientifique américaine.Certaines villes majeures se préparent déjà d\u2019ailleurs à l\u2019inéluctable, dont New York, où un budget de plus de 20 milliards de dollars a été alloué pour fortifier la ville contre la montée des eaux.Le Québec devra lui aussi investir rapidement et massivement pour s\u2019adapter aux impacts des bouleversements climatiques, selon Alain Webster.« Ça va coûter une fortune.Des routes et des villages devront être déplacés.» Les cas de la Gaspésie et de la Côte- Nord illustrent d\u2019ailleurs déjà très bien les impacts de l\u2019érosion côtière, un phénomène aggravé par les changements climatiques.Adaptation urgente Une analyse menée par Ouranos et des chercheurs de l\u2019Université du Québec à Rimouski évalue ainsi que l\u2019érosion des côtes pourrait « mettre en danger des milliers de bâtiments publics et privés, mais aussi des infrastructures routières et ferroviaires », pour des pertes totales évaluées à plus de 1,5 milliard d\u2019ici 50 ans.Cette estimation peut toutefois être considérée comme prudente, puisqu\u2019elle ne tient pas compte des impacts indirects des changements climatiques sur l\u2019économie régionale, la santé, le tourisme et les écosystèmes.«Nous n\u2019avons plus le choix de nous adapter, estime M.Webster.C\u2019est notre nouvelle réalité, qui découle d\u2019une inaction pendant des décennies en matière de changements climatiques.Nous n\u2019avons pas pris cela au sérieux il y a de cela 30 ou 40 ans, lorsqu\u2019on a commencé à comprendre le phénomène.Nous en vivons les conséquences.Il est donc important d\u2019agir et de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais il faut aussi faire face aux conséquences, qui sont déjà significatives et très diversifiées.» À l\u2019échelle canadienne aussi, les besoins d\u2019adaptation seront nombreux.Yan Boulanger estime notamment que les feux de forêt seront plus nombreux, et surtout plus dévastateurs, à l\u2019image de celui survenu en 2016 dans la région de Fort McMurray.« Le Canada n\u2019est pas immunisé contre les feux de forêt, on l\u2019a vu dans les dernières années.Ce sont des situations qui risquent de survenir de plus en plus fréquemment, puisque nos études indiquent qu\u2019à l\u2019échelle canadienne, selon les scénarios climatiques les plus pessimistes, on pourrait se retrouver avec des feux de deux à quatre fois plus importants, en ce qui a trait aux superficies brûlées.» Malgré la sonnette d\u2019alarme de la science, le Canada n\u2019a toujours pas de stratégie nationale pour faire face à ces risques.« Au Canada, ce qu\u2019il manque, c\u2019est une analyse pancanadienne des risques associés aux incendies forestiers.Nous sommes en train de travailler sur le sujet et on souhaite publier l\u2019étude très prochainement », précise M.Boulanger.Nous n\u2019avons plus le choix de nous adapter.C\u2019est notre nouvelle réalité, qui découle d\u2019une inaction pendant des décennies en matière de changements climatiques.ALAIN WEBSTER » SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 PASCAL LAPOINTE AGENCE SCIENCE-PRESSE DÉSINFORMATION Des sites douteux qui en cachent plusieurs autres Une enquête du Monde lève le voile sur un vaste réseau de pages Web faisant la promotion de la pseudoscience SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR Les marées de plastique, la biodiversité en déclin, l\u2019endettement chronique, le réchauffement du climat, la mode jetable, l\u2019obsolescence technologique programmée\u2026 Tout indique que notre société de consommation tourne à vide.Et si, à quelques jours du Vendredi fou, les principes de la simplicité volontaire pouvaient servir de boussole ?Serge Mongeau revient sur son ouvrage phare, publié pour la première fois en 1985.« Je ne renie rien de mon livre.On le réimprime constamment sans faire de corrections, puisqu\u2019il continue de s\u2019appliquer intégralement », affirme d\u2019emblée Serge Mongeau, ex-médecin, jardinier urbain, cycliste quatre saisons et père de la simplicité volontaire au Québec, dont la pensée écologique et sociale n\u2019a rien perdu de sa pertinence.Dans un monde complexifié par la dépendance aux écrans, les réseaux sociaux et les géants comme Amazon, la frugalité a plus que jamais meilleur goût, exprime le militant écologique.Avant son temps À 81 ans, Serge Mongeau demeure très impliqué dans les projets de jardins collectifs de son quartier.Il continue de propager sa philosophie frugale en mettant en lumière comment le frein à la consommation et le contact avec la terre ne sont pas seulement profitables pour la planète.« Travailler moins et retrouver du temps\u2026 C\u2019est bon pour la santé et le bonheur des individus.» Initialement paru en 1985, puis réimprimé en 1994, La simplicité volontaire prônait une réduction consciente de la consommation.Or, si la pensée de Mongeau a maintes fois été louangée comme panacée à la croissance effrénée du monde capitaliste, l\u2019adoption d\u2019un mode de vie plus simple et éthique est encore loin d\u2019avoir fait son chemin dans la population en général.« On est de plus en plus expropriés de notre temps : les gens sont pris, finalement, dans des choses qui paraissent attrayantes, les belles séries télé par exemple.À preuve : les Québécois regardent en moyenne 22 heures de télévision par semaine.Le temps qu\u2019on passe à regarder la télé nous influence.Ces jours-ci, une des choses auxquelles nous réfléchissons, ma blonde et moi, est de lancer une campagne contre la publicité des autos : tout le monde ne cesse de dire qu\u2019il faut cesser de produire des voitures à essence individuelles, mais en même temps, on est À l\u2019approche du « Vendredi fou », penser autrement la consommation Trente ans après la parution de son livre, entrevue avec Serge Mongeau, le père de la simplicité volontaire Un Français qui gère à lui seul plus d\u2019une trentaine de sites de désinformation.Un Américain qui en gère une cinquantaine.Et dans les deux cas, beaucoup d\u2019informations absurdes en santé.Bienvenue dans un monde méconnu, celui où la meilleure façon d\u2019attirer de la publicité n\u2019est pas seulement d\u2019inventer des fausses nouvelles qui attireront beaucoup de clics; il faut créer un maximum de sites qui se renverront un maximum d\u2019hyperliens les uns les autres ou republieront les mêmes textes, assurant ainsi davantage de revenus publicitaires pour un minimum d\u2019efforts.Les Décodeurs du journal Le Monde ont lié cette semaine un Français, Johann Fakra, à un « vaste réseau de sites et de pages Facebook » diffusant en abondance de tels pièges à clics et autres informations inventées de toutes pièces : « Réunis, ils constituent l\u2019un des plus gros réseaux de désinformation français : nous avons identifié plus d\u2019une trentaine de sites qui en font partie, et cette liste n\u2019est probablement pas exhaustive », peut-on lire sur le site Web du Monde.Mais malgré toute cette activité, Johann Fakra avait réussi à rester relativement anonyme.Champions de la désinformation En février dernier, l\u2019Organisation pour la science et la technologie de l\u2019Université McGill (OSS) avait pour sa part démasqué Mike Adams, l\u2019homme responsable d\u2019un petit « empire de la désinformation » composé d\u2019une cinquantaine de sites anti-médecine, anti-vaccins, anti-OGM, mais aussi anti-gauche, pro-survivaliste ou complotiste.L\u2019un de ces sites, NaturalNews, est la bête noire des pourfendeurs de pseudosciences depuis près d\u2019une décennie \u2014 ce qui ne l\u2019empêchait pas, jusqu\u2019à récemment, de continuer d\u2019être un « succès » dans sa catégorie.Il a fallu que Google, en 2017, désindexe plus de 100 000 de ses pages \u2014 pour violation des normes publicitaires, pas à cause de la désinformation \u2014 pour ralentir sa croissance.Encore que, au moment où ces lignes étaient écrites, NaturalNews avait 2,9 millions d\u2019abonnés sur Facebook, un chiffre que lui envieraient bien des médias de vulgarisation sérieux.Les sites français recensés par Les Décodeurs sont des généralistes comme Ça doit se savoir \u2014 qui se définit comme un « média alternatif » \u2014 ou plus spécialisés, comme Ta santé et Alter Santé, qui relaient toutes sortes de « nouvelles », parfois en provenance de sites fiables, mais le plus souvent sans citer leurs sources \u2014 avec une préférence marquée pour les thérapies bizarres, les cures miracles et la méfiance généralisée contre la médecine : « Multiplier les sites a plusieurs intérêts pour leurs créateurs.D\u2019abord, gagner en visibilité.À eux tous, ils cumulent une audience considérable sur les réseaux sociaux.Leurs publications sont ainsi partagées, commentées ou « aimées » autour d\u2019un million de fois par mois sur Facebook », écrit le journaliste des Décodeurs Adrien Sénécat.Cercles vicieux Mike Adams est encore plus « moderne », notait l\u2019OSS de McGill en février : « Pour vous aider à rester dans les confins de son écosystème numérique, Mike Adams vous offre une application pour fureteur grâce à laquelle, peu importe le site que vous visitez, NaturalNews n\u2019est jamais à plus d\u2019un clic.Si vous pensiez chercher dans Wikipedia pour un aliment ou un nutriment, stop : Mike Adams est propriétaire de NaturalPedia.» Au moment où ces lignes étaient écrites, le site de NaturalNews offrait parmi ses dernières publications des cures à base de champignons, d\u2019oméga-3, d\u2019ail ou d\u2019homéopathie (toutes pour des maux différents) et des titres inquiétants sur les téléphones cellulaires, le danger des vaccins, Fu- kushima, « des biopesticides dans les céréales », et « ce que les appareils électroniques font à votre cerveau », en plus du Parti démocrate qui vole les élections et des gauchistes qui produisent de fausses nouvelles.L\u2019information scientifique n\u2019a qu\u2019à bien se tenir.bombardés par ces publicités pour des autos plus performantes que jamais ! » La décroissance forcée Ce mois-ci, les quelque 175 000 signataires du Pacte pour la transition écologique se sont engagés à apporter leur contribution à la survie de notre planète en péril.Et quelques couteaux ont volé bas, il faut bien le dire, puisque tous ceux qui ont signé dans le sillon de Dominic Champagne ne sont pas complètement verts et vertueux.Dans la foulée du fameux « Vendredi fou », la cohue habituelle devrait être au rendez-vous dans les grandes surfaces et sur le site d\u2019Amazon.Et il y a fort à parier que plusieurs excéderont les « quatre cadeaux maximum par enfant » du Défi de Noël qui défile sur les réseaux sociaux.Mais toutes ces contradictions sont bien ancrées dans les systèmes que nous avons créés, songent Serge Mon- geau et d\u2019autres militants de longue date, comme le collectif d\u2019AdBusters, qui jugent qu\u2019il est temps de faire pression sur les gouvernements pour réinventer un monde à échelle humaine.Les parents à bout de souffle pris entre les bouchons de circulation, la course pour aller chercher les enfants à la garderie et les cartes de crédit gonflées à bloc sont autant de preuves de ces pri- Dans la foulée du fameux « Vendredi fou », la cohue habituelle devrait être au rendez-vous dans les grandes surfaces et sur Amazon.GEORGE FREY AGENCE FRANCE-PRESSE Serge Mongeau, en 2014 PEDRO RUIZ LE DEVOIR sons aux barreaux d\u2019or où la frugalité et le retour au jardin communautaire sont des idéaux utopiques, reconnaît Serge Mongeau.« Les gens ont besoin de travailler de plus en plus fort pour soutenir leurs familles.On est pris dans un système qui ne facilite pas les choses : il faut que nos sociétés s\u2019adaptent et fournissent aux gens les possibilités de moins consommer.Il faut concevoir nos villes de manière à favoriser les transports collectifs ».La part de chacun « Pour ça, il va falloir que les gouvernements [municipaux, provinciaux, fédéraux] agissent : on ne peut pas seulement compter sur les gestes individuels », estime Serge Mongeau.«Ce qui m\u2019attriste, c\u2019est de penser à ce que vont devenir nos enfants et petits- enfants, dans ce monde où on est si attachés à nos cellulaires, nos tablettes, tous ces médias.Les gens vont de moins en moins jouer dehors, peinent à manger sainement.Nous avons de moins en moins de contacts avec les autres\u2026» Devant l\u2019effondrement possible de l\u2019économie mondiale, le niveau des eaux des océans en hausse, les inondations, les sécheresses et autres catastrophes, le retour à la frugalité va s\u2019imposer, dit Serge Mongeau.En France, par exemple, le mouvement vers la décroissance s\u2019arrime avec les préceptes de la simplicité volontaire, explique-t- il.« Nous aussi, on est rendus là : la décroissance va nous permettre de revenir à un équilibre qu\u2019on a perdu.» « Ce que je constate aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019il vaut mieux simplifier nos vies de façon volontaire, plutôt que d\u2019attendre qu\u2019un désastre nous force à changer nos habitudes », soupèse l\u2019auteur de ce livre culte.Peut-être qu\u2019en troquant nos objets technologiques, ainsi que notre dépendance aux écrans, au pétrole et aux achats compulsifs, contre du temps consacré aux autres et à des choses valables, pense-t-il, on aurait des chances de retrouver un vieil oublié : le bonheur.Les gens vont de moins en moins jouer dehors, peinent à manger sainement SERGE MONGEAU » NaturalNews est la bête noire des pourfendeurs de pseudosciences depuis près d\u2019une décennie LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin rès de 50 jours après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi par le régime saoudien, le Canada soupèse toujours sa réplique et continue sa révision du fameux contrat de vente de véhicules blindés légers à l\u2019Arabie saoudite.Les faits sont pourtant clairs et accablants.Que faut-il de plus ?Plus personne ne doute que l\u2019assassinat du journaliste au consulat saoudien d\u2019Istanbul, en Turquie, le 2 octobre dernier a été perpétré par des agents de Riyad.Après avoir offert une cascade de versions farfelues, les autorités saoudiennes ont fini par le reconnaître.Vingt et un agents sont considérés comme suspects, et onze ont été inculpés pour avoir « drogué, tué et démembré » M.Khashoggi, selon l\u2019acte d\u2019accusation du procureur général saoudien.L\u2019Arabie saoudite ne pouvait plus s\u2019esquiver, le gouvernement turc ayant en main un enregistrement sonore de la séance de torture et de décapitation du journaliste.Et il l\u2019a partagé avec ses alliés, y compris le Canada.Contrairement aux autres pays, la Turquie n\u2019hésite pas en plus à blâmer les membres des plus hauts échelons du régime saoudien.Est visé au premier chef le prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé « MBS », la cible des critiques sévères de Jamal Khashoggi.Riyad nie avec vigueur, mais vendredi, le Washington Post révélait que, selon ses sources, la CIA aurait suffisamment d\u2019informations pour lier MBS au meurtre.Depuis la fin octobre, plusieurs pays ont réagi à l\u2019assassinat du journaliste, dont l\u2019Allemagne, qui a suspendu toutes ses ventes d\u2019armes au régime saoudien.Les États-Unis ont imposé un gel des biens et avoirs en sol américain de 17 Saoudiens soupçonnés d\u2019avoir participé au crime.La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a indiqué que le Canada pourrait imiter les Américains, mais rien n\u2019a encore été annoncé.Le Canada a bien sûr joint sa voix au concert de dénonciations et demandé une enquête « transparente ».Il a dit réexaminer sa relation avec le royaume wahhabite.Il s\u2019est aussi associé à Washington et à Londres pour appeler à un cessez-le-feu et à des négociations de paix pour mettre fin à la guerre au Yémen.Depuis trois ans et demi, une coalition de pays à majorité sunnite, menée par l\u2019Arabie saoudite, y combat sans merci les rebelles hou- this, soutenus par le régime chiite iranien.À cause de cette guerre, plus de huit millions de civils sont acculés à la famine, soit « la pire crise humanitaire au monde », selon les Nations unies.La pression internationale, que la Turquie a su avec raison fouetter, a eu un certain effet.Des accusations ont été portées contre les présumés assassins et, selon Londres, le régime saoudien serait ouvert à d\u2019éventuels pourparlers de paix.On ne peut cependant s\u2019arrêter là ni se contenter de cela, y compris à Ottawa.Il faut faire des gestes.Et non seulement en réaction à ce meurtre.Il suffit de lire les rapports des organisations humanitaires sur l\u2019Arabie saoudite pour s\u2019en convaincre.Les poursuites judiciaires, les arrestations et les détentions arbitraires contre les militants des droits de la personne y sont monnaie courante.Les libertés d\u2019expression, de presse, d\u2019association et de réunion sont sans cesse bafouées.La peine de mort y est fréquemment imposée, par décapitation bien souvent.La torture et les mauvais traitements se poursuivent en toute impunité.La minorité chiite est victime de constante discrimination.Et que dire des femmes qui sont traitées en mineures et qui, par conséquent, sont sujettes à un apartheid sexuel ?Comment peut-on permettre la moindre vente d\u2019armes à ce genre de pays ?Décider ce qui pèse le plus lourd devrait pourtant être simple : un bilan et des actes affligeants d\u2019un côté ou, de l\u2019autre, un contrat qui fait de l\u2019Arabie saoudite le second client pour le matériel militaire canadien.Ce contrat a été signé sous les conservateurs, mais les autorisations nécessaires à sa concrétisation ont été accordées par les libéraux en avril 2016, quatre mois après que l\u2019Arabie saoudite eut procédé à des décapitations de masse, dont celle du leader chiite, le cheikh Nimr al-Nimr.Le contrat de vente de véhicules blindés légers est légal, mais est-il moral ?Tant qu\u2019il se poursuivra, tant que le Canada continuera d\u2019approuver la vente de matériel militaire à des pays comme l\u2019Arabie saoudite, il faudra conclure que la défense des droits de la personne est soluble dans l\u2019argent.Céline Philippe Doctorante en études littéraires, Université du Québec à Montréal, originaire de Vanier, en Ontario Mardi 13novembre 2018, funérailles de Bernard Landry.Assise au premier jubé de la basilique Notre- Dame de Montréal, je contemple la beauté et l\u2019immensité de cette institution pour la première fois de ma vie adulte.En observant les quelques bancs demeurés vides près de moi et tous ceux du deuxième jubé fermé au public, je confie cette pensée à mon amie «c\u2019est fou de penser qu\u2019à une époque, tous ces bancs pouvaient être remplis!»\u2026 Peu de temps après, dans un hommage rendu à son grand ami, Lucien Bouchard offrait une forme de « réponse » à cette pensée qui m\u2019avait habitée un peu plus tôt.En évoquant le dernier repas partagé avec Bernard Landry, il a rappelé que, lors de cette soirée, ils ont commémoré avec émotion un grand moment de notre histoire collective : le célèbre discours prononcé par Henri Bourassa au sein même de cette basilique lors du Congrès eucharistique de 1910, devant une foule si nombreuse que des citoyens avaient dû se rassembler sur le parvis de la basilique, faute de pouvoir trouver place à l\u2019intérieur.Ce discours dans lequel Bourassa s\u2019est farouchement opposé aux volontés de Mgr Bourne, archevêque de Westminster, de faire de l\u2019anglais la seule langue de l\u2019Église au Canada.Ce discours dans lequel Bourassa affirmait: «Que l\u2019on se garde, oui, que l\u2019on se garde avec soin d\u2019éteindre ce foyer intense de lumière, qui éclaire tout un continent depuis trois siècles\u2026/Mais, dira-t- on, vous n\u2019êtes qu\u2019une poignée, vous êtes fatalement destinés à disparaître ; pourquoi vous obstiner dans la lutte?[\u2026] Nous ne sommes qu\u2019une poignée ; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre\u2026» Il me semble que ces mots prononcés par Bourassa ne peuvent que résonner fortement au lendemain d\u2019un autre jour sombre dans l\u2019histoire collective de la grande aventure du français en Amérique.Quelques jours plus tard, à quelques heures de route de cette basilique dans laquelle les funérailles d\u2019État de Bernard Landry nous rappelaient notre devoir de mémoire, notre devoir de lutter collectivement, plus de 600 000 Franco-Ontariens ont appris au détour d\u2019une phrase d\u2019un énoncé budgétaire in english du gouvernement de Doug Ford qu\u2019ils perdaient le Commissariat aux services en français déjà en place et l\u2019Université de l\u2019Ontario français, qui devait voir le jour sous peu, après des décennies de lutte.C\u2019est dispendieux, les services en français.Les francophones ont juste à se forcer pour parler anglais, comme tout le monde.Et en plus, il faut bien financer la promesse d\u2019offrir de la bière à 1 $, n\u2019est-ce pas ?!\u2026 Un peu partout on parle d\u2019une « gifle », d\u2019un « recul », d\u2019un autre combat que les Franco-Onta- riens devront mener, comme ils l\u2019avaient fait pour sauver l\u2019hôpital La flamme vacillante de l\u2019espoir En lisant Le Devoir vendredi matin, je rage contre l\u2019injustice que le gouvernement Ford fait subir aux Franco-Ontariens et à tous les Franco-Canadiens.Je rage encore contre les clima- tosceptiques, les lobbyistes, les promoteurs des énergies fossiles et de la croissance économique coûte que coûte.Je rage aussi contre le cynisme de ceux qui critiquent ces autres qui agissent plutôt que de rester là à ne rien faire soi-disant parce que c\u2019est trop tard.Puis le texte d\u2019Isabelle Paré, « On commence par où ?», ranime la flamme vacillante de l\u2019espoir.Tout comme celui d\u2019Anaïs Barbeau-Lavalette, « Le pacte des vivants ».Touchée aussi par Fred Pellerin qui ouvre une petite porte en reprenant, Amène-toi chez nous, une chanson que Jacques Michel a écrite en 1970 : « N\u2019oublie pas que ce sont les gouttes d\u2019eau qui alimentent le creux des ruisseaux.» Moi qui travaille avec les enfants, j\u2019ai besoin d\u2019y croire.Je me dois de réunir toutes ces petites gouttes d\u2019eau, de devenir le ruisseau qui saura trouver la mer et peut-être la lumière\u2026 Jasmine Dubé, auteure et directrice artistique du Théâtre Bouches Décousues Le 16 novembre 2018 Un autre jour sombre dans l\u2019histoire de la grande aventure du français en Amérique LIBRE OPINION LETTRES ARABIE SAOUDITE Qu\u2019attend-on ?P ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MANON CORNELLIER Le mépris envers le peuple français d\u2019Amérique a revêtu plusieurs formes, noms et visages depuis des siècles.Mais peut-être faudrait-il rappeler que c\u2019est aussi une part de chacun de nous qui parlons et vivons en français qui se trouve attaquée dans des moments comme ceux-ci, que l\u2019offensive vienne d\u2019Ottawa, de Queen\u2019s Park ou de Fredericton.Aussi, j\u2019espère que cette fois, les Québécois sauront se montrer solidaires de ce combat, comme nous avons su l\u2019être dans un passé pourtant pas si lointain.En cette époque où plusieurs Québécois souverainistes ou nationalistes cherchent des solutions magiques pour se sortir de cette léthargie dans laquelle le mouvement semble s\u2019enliser ; en cette époque où le Parti québécois et le Bloc québécois croient devoir se réinventer pour rendre « leur option » plus attrayante, il me semble que ces événements de l\u2019actualité récente rappellent que l\u2019histoire parle d\u2019elle-même.Mais encore faut-il être à l\u2019écoute.Montfort en 1997, lorsque le gouvernement Harris avait annoncé la fermeture du seul hôpital francophone de la province.Le 22 mars 1997, j\u2019avais 13 ans.J\u2019étais au grand rassemblement au Centre Civic d\u2019Ottawa avec ma mère, ma sœur et je découvrais avec émotion que je faisais partie d\u2019un peuple dont l\u2019histoire avait été remplie de dures batailles pour conserver le droit (non le privilège ; le droit) de vivre en français.Le 13 novembre 2018, c\u2019était avec une partie de ce même peuple que j\u2019étais rassemblée en cette basilique où la célébration de la vie d\u2019un patriote a fait ressurgir le souvenir de luttes passées.À la différence près que ceux qui se nomment Québécois depuis les années soixante ont le privilège de se sentir majoritaires sur un territoire, en oubliant trop souvent qu\u2019ils sont minoritaires sur tout un continent, tandis que ceux qui choisissent de continuer à parler français partout ailleurs au Canada n\u2019ont pas ce « luxe » de l\u2019oublier.Une insulte à toute la francophonie canadienne Je suis québécois.Depuis plus de 40 ans, je travaille souvent avec les francophonies hors Québec.Celles de l\u2019Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan et surtout de l\u2019Acadie.Ces francophonies hors Québec inspirent et enrichissent la culture québécoise.Comme le disait si justement Victor-Lévy Beaulieu dans je ne sais plus quelle entrevue radiophonique, les batailles de toutes les francophonies nord-américaines participent du même combat.Si parfois certains indices d\u2019assimilation me découragent, j\u2019ai toujours retrouvé, par exemple chez les Acadiens et les Franco-Onta- riens, un dynamisme inouï et une francophonie qui s\u2019y affirme avec originalité.J\u2019y puise certains de mes modèles artistiques et littéraires les plus convaincants.Les Jean-Marc Dalpé, Patrice Des- biens, Gérald Leblanc, Herméné- gilde Chiasson, France Daigle, Georgette LeBlanc ou Serge Patrice Thibodeau sont parmi ces écrivains qui enrichissent notre américanité francophone.Je suis peut-être québécois, mais je peux m\u2019enorgueillir d\u2019être l\u2019arrière-petit-fils de Zotique Mageau, député libéral de Sturgeon Falls de 1911 à 1926, qui défendit bec et ongles les droits des Franco-Onta- riens.C\u2019est donc comme une claque sur la gueule que je reçois personnellement cette scandaleuse décision du gouvernement de Doug Ford d\u2019abandonner le projet de l\u2019Université de l\u2019Ontario français.Ce désengagement de ce parti nouvellement élu est une insulte non seulement à la francophonie onta- rienne, mais à celle de tout le Canada français et à celle du Québec.Encore une fois, la francophonie canadienne fait face à l\u2019hypocrisie assimilatrice canadienne.Chaque nouveau coup bas des représentants de la culture dominante anglophone me rappelle de mauvais souvenirs et me rend plus indépendantiste que jamais.Cette nouvelle blessure remet en perspective le nationalisme québécois et réactualise radicalement le projet de transformation du Québec en nation.Louis-Dominique Lavigne, codirecteur artistique du Théâtre de Quartier Le 17 novembre 2018 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Louis Balthazar Professeur émérite de science politique, Université Laval, membre de la Chaire Raoul-Dandurand, UQAM Cela est devenu une terrible évidence.La société américaine est fortement polarisée.Elle l\u2019est plus que jamais depuis l\u2019arrivée de Trump, le populiste, qui se plaît à creuser l\u2019écart entre ses partisans, et les démocrates, qu\u2019il accuse de tous les maux.Les résultats des dernières élections législatives le montrent à l\u2019envi.Les classes plus instruites, sensibles aux changements climatiques, ouvertes à la diversité et à l\u2019immigration, favorables à des programmes sociaux, à l\u2019assurance maladie et au contrôle des armes à feu ont massivement appuyé les candidats démocrates.Ces électeurs se retrouvent habituellement dans les villes et les banlieues avoisinantes.Tandis que les populations blanches, habitant les régions, hostiles à tout ce qui entrave à leurs yeux leur bien-être et leur sécurité ont écouté le message de Trump et appuyé les candidats désignés par lui.Elles ont été particulièrement sensibles au message d\u2019alerte du président en ce qui a trait à la caravane de réfugiés d\u2019Amérique centrale.Ces gens étaient décrits par le grand tribun comme des bandits, des vendeurs de drogue qui allaient envahir le territoire américain pour le plus grand malheur de ses honnêtes citoyens.La permissivité des démocrates à leur égard devait constituer le grand enjeu des élections législatives.Partout dans ce qu\u2019on appelle les « Red States », c\u2019est-à-dire les États gagnés au Parti républicain, et dans les régions rurales des États dits violets, où les démocrates ont fait des percées dans les aires métropolitaines, on a voté presque systématiquement pour les candidats républicains.Horizon 2020 L\u2019observateur libéral peut se consoler en constatant la victoire démocrate à la Chambre des représentants, qui laisse prévoir une possible victoire démocrate à l\u2019élection présidentielle de 2020.Plusieurs indicateurs nous laissent croire en effet que le message des démocrates ne peut que devenir de plus en plus majoritaire.D\u2019abord, la population de ces hommes blancs conservateurs et repliés sur la protection de leur identité particulière et certaines valeurs qu\u2019ils considèrent comme traditionnelles est en déclin constant.La population des minorités visibles qui votent massivement démocrate est en croissance et, même chez les Blancs, les jeunes et les femmes sont aussi plus attirés par le Parti démocrate.Depuis 1992, à une seule exception près, la majorité des Américains accorde son appui au parti de centre gauche aux élections présidentielles.Il est vrai que le collège électoral a fait élire un président républicain en dépit de cette majorité à deux reprises, en 2000 et en 2016.Mais tout laisse croire que la majorité démocrate de 2020 sera à ce point plus forte qu\u2019elle ne permettra plus une majorité contraire au collège électoral.La plupart des sondages nous indiquent d\u2019ailleurs que les valeurs dites républicaines quant à l\u2019immigration, aux programmes sociaux, à l\u2019avortement, au mariage gai, au contrôle des armes et bien d\u2019autres su- DÉMOCRATIE Le clivage américain se creuse Samir Saul Professeur d\u2019histoire, Université de Montréal \u2013 CERIUM Après trois semaines de couverture intensive, l\u2019affaire Khashoggi est reléguée à l\u2019arrière-plan, le temps pour les dirigeants saoudiens et occidentaux de reprendre la main et de décider du sort du prince héritier Mohammed ben Salman.Par son caractère choquant, le meurtre expose des réalités désormais difficiles à éluder.Des yeux se dessillent et des langues se délient.Les milliers de cadavres au Yémen attirent enfin l\u2019attention.La mise à mort du journaliste tourne aussi les regards vers les maux de l\u2019Arabie saoudite.Ses troubles immédiats débutent fin 2014 avec l\u2019effondrement de 50 % des cours du pétrole.Elle y contribue pour nuire aux bêtes noires que sont la Russie, l\u2019Iran et le Venezuela.Ce faisant, elle se tire dans le pied, car les hydrocarbures représentent 70 % de son PIB et 90 % de ses exportations.La richissime monarchie entre dans l\u2019ère nouvelle des déficits budgétaires et des compressions.Les dorures des palais cachent mal les finances obérées.Cette chute des revenus de l\u2019État n\u2019est pas sans périls politiques.Les deux tiers des salariés saoudiens sont employés dans le secteur public et la moitié des dépenses va aux salaires et indemnités, ainsi qu\u2019à l\u2019éducation et la santé.Les restrictions touchent beaucoup de monde.La moitié de la population a moins de 30 ans et son taux de chômage, déjà à 30 %, empirera.Pour une population qui augmente, les conditions de vie se détérioreront.Or, la libéralité de l\u2019État est indispensable à l\u2019achat de la paix sociale.Pour l\u2019avenir, la concurrence des réserves de schiste américaines pèse sur le pétrole saoudien.L\u2019Arabie saoudite traverse une étape charnière, un tournant historique.L\u2019heure de vérité a sonné pour les autorités.Les problèmes conjoncturels appellent des mesures structurelles.Des réponses ?Les responsables s\u2019engagent sur deux terrains, l\u2019un économique, l\u2019autre politique.Le 25 avril 2016 est dévoilé le plan Vision 2030 confectionné par le cabinet d\u2019étude américain McKinsey pour diversifier l\u2019économie en 15 ans et préparer l\u2019après-pétrole.En 2017, la volonté de bétonner le pouvoir se traduit par le resserrement du mode de gouvernance familiale.Bouleversant par un coup de force l\u2019ordre de succession de frère en frère, le roi Salman impose Mohammed Ben Salman, son fils, comme héritier du trône et roi de facto.Le pouvoir personnel se substitue à la gestion collégiale en conseil de famille.De premier entre les pairs, le roi devient un monarque autoritaire, hors de contrôle.S\u2019ensuivent des actions répressives (milliers d\u2019arrestations), agressives (guerre au Yémen, conflit avec le Qatar), extraordinaires (détention de riches saoudiens pour renflouer les coffres de l\u2019État, démission forcée du premier ministre libanais Saad Hariri, meurtre de Khashoggi).L\u2019histoire ne fournit aucun précé- dent d\u2019une pétromonarchie à économie rentière se réinventant en économie productive.Remplacer un système économique implique des transformations sociales et des changements politiques.Une société modernisée ne saurait coexister avec les privilèges d\u2019une caste pléthorique de princes ou avec un modèle politique sans parlement, séparation des pouvoirs, partis politiques ou loi codifiée, tout en étant soumise au wahhabisme, idéologie officielle.Mais la concentration du pouvoir va dans le sens opposé au programme économique.Le contraire d\u2019une « réforme », elle semble conçue pour prévenir les indispensables mutations politiques.Quid de la dimension internationale ?Point de transformations éco- L\u2019Arabie saoudite à la croisée des chemins nomiques sans révision de la politique étrangère.Enrichie par la hausse des prix pétroliers depuis les années 1970, l\u2019Arabie saoudite est catapultée au rang de puissance régionale et d\u2019intervenant dans le monde, toujours dans le cadre de la politique américaine qui en fait une pièce centrale de son dispositif.Elle exporte pétrole, pétrodollars et wahhabisme.Vache à lait, elle fait vivre des industries de guerre occidentales par de colossales commandes d\u2019armements dont elle n\u2019a pas besoin et qu\u2019elle ne peut utiliser.Premier ou deuxième importateur d\u2019armes au monde, elle dépense le plus par habitant au chapitre militaire.À partir des années 1980, elle commandite des djihadistes qui déstabilisent plusieurs pays.Trois ans de guerre au Yémen ont grevé son budget de 100 milliards de dollars.À cela s\u2019ajoute l\u2019obsession anti-iranienne dans laquelle elle communie avec les États-Unis et Israël.Son chéquier sera mis à contribution pour acheter l\u2019appui de pays réticents, tout comme il le sera pour promouvoir le « contrat du siècle » de Nétanyahou-Trump auprès des Palestiniens.Les deux opérations étaient confiées à nul autre qu\u2019à Mohammed Ben Salman.Alignement sur la politique américaine et ambitions démesurées entraînent un gaspillage de ressources nécessaires à la diversification, à la modernisation et au développement.Vision 2030 ne sera qu\u2019un mirage en l\u2019absence d\u2019une authentique réforme et d\u2019un retour au rôle international circonscrit et prudent d\u2019avant les années 1970.L\u2019histoire ne fournit aucun précédent d\u2019une pétro- monarchie à économie rentière se réinventant en économie productive Les drapeaux américain et floridien flottant au-dessus du Capitole de la Floride, un État pivot.MARK WALLHEISER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP jets sont répudiées par une majorité d\u2019Américains.Il est loin d\u2019être sûr, cependant, à supposer que les démocrates aient surmonté leurs propres divisions internes et choisi la candidate ou le candidat qui leur permettrait de déloger Donald Trump, que cette présidente ou ce président puisse compter sur l\u2019appui d\u2019un Sénat majoritairement démocrate susceptible d\u2019entériner ses politiques.En effet, les Pères fondateurs de la république américaine n\u2019ont pas voulu que la Chambre haute soit une institution entièrement démocratique.Ils craignaient à ce point l\u2019autorité politique qu\u2019ils en sont venus à créer un contrepoids à une possible tyrannie de la majorité : un Sénat non pas fondé sur l\u2019appui de la population dans son ensemble, mais sur la volonté d\u2019une majorité des États : une sorte d\u2019équilibre entre les villes populeuses et la campagne dépositaire de la sagesse traditionnelle.Il en est résulté une situation qui apparaît de plus en plus injuste à notre époque, surtout dans le contexte de polarisation radicale qui prévaut aujourd\u2019hui.L\u2019État de la Californie, fort d\u2019une population de 40 millions, n\u2019est représenté que par deux sénateurs, tout comme les États du Wyoming, du Montana et de l\u2019Idaho, dont les populations respectives dépassent à peine 500 000.Or il se trouve que les « Red States » constituent près d\u2019une majorité de l\u2019ensemble des États de l\u2019Union américaine.Dans une quinzaine de ces États, on pourrait faire élire un poteau pourvu qu\u2019il soit républicain, sans compter que les onze États de l\u2019ancienne confédération du Sud sont tous devenus républicains, avec quelques exceptions en raison de la croissance de leur population afro-américaine.Les dernières élections ont montré que les démocrates n\u2019avaient plus leur place dans des États comme le Missouri et le Dakota du Nord.Malheureux clivage Il faut donc prévoir que les démocrates ne puissent parvenir à contrôler le Sénat d\u2019ici quelque temps.En conséquence, une population en majorité libérale pourra être trahie par une institution qui a déjà commencé à lui donner une Cour suprême contraire à ses valeurs.Le malheureux clivage de la population américaine continuera donc de sévir pendant des années à venir.C\u2019est là d\u2019ailleurs une situation qui est en voie de prévaloir un peu partout ailleurs dans le monde, du moins en Occident.Le populisme, qu\u2019on peut définir comme l\u2019exploitation des passions populaires sur fond de mensonges ou de demi-vérités exploités par d\u2019habiles leaders démagogues, fait ses ravages un peu partout : en Europe centrale, en Italie, au Brésil et dans de larges secteurs de la population dans plusieurs pays européens.Comme aux États- Unis, la crainte d\u2019être envahis par des populations migrantes, notamment les demandeurs d\u2019asile, alimente le discours de leaders qui font peu de cas du processus démocratique et encore moins du devoir humanitaire à l\u2019endroit des « damnés de la terre ».Il en va de même pour les préoccupations environnementales, qui sont bafouées par les populistes en Europe et au Brésil aussi bien qu\u2019aux États-Unis.Un sombre tableau qui attend les lumières de l\u2019éducation. LEDEVOIR // LE LUNDI 19 NOVEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.Saint Nicholas est arrivé accompagné de nombreux lutins Zwarte Piet (littéralement « Pierre le Noir »), l\u2019équivalent du père Fouettard, à Zaandijk, aux Pays-Bas.La personnification de ce personnage, « joué » par des Néerlandais blancs costumés en lutin, coiffés d\u2019une perruque crépue et maquillés de noir, est jugée raciste par de plus en plus de gens.PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR EN BREF Julie Surprenant : la CAQ interpellée sur le registre des prédateurs sexuels Le père de Julie Surprenant, une jeune fille disparue depuis près de 20 ans, espère avoir une oreille plus attentive à Québec pour que sa demande répétée de créer un registre public des prédateurs sexuels se réalise.« La disparition de Julie aurait pu être évitée, a-t-il soutenu.C\u2019est ce qui me fâche le plus », a déclaré Michel Surprenant, dimanche, en conférence de presse en compagnie de son avocat, Marc Bellemare, et du cinéaste Stéphan Parent, qui réalisera un documentaire pour les 20 ans de la disparition de l\u2019adolescente de 16 ans, survenue en novembre 1999.M.Surprenant espère que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec donnera suite à sa promesse de créer un registre public des prédateurs sexuels.La Presse canadienne Trudeau satisfait des progrès au sommet de l\u2019APEC PORT MORESBY \u2014 Les désaccords sur l\u2019organe chargé de résoudre les différends commerciaux mondiaux au sein de l\u2019OMC ont divisé les pays de la région Asie-Paci- fique lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), en Papouasie-Nouvelle-Gui- née.Toutefois, Justin Trudeau a soutenu qu\u2019il y avait un « large accord sur la façon dont nous devons soutenir nos citoyens et aller de l\u2019avant pour améliorer la coopération ».Les libéraux du premier ministre plaidaient pour des changements à l\u2019OMC, suscitant l\u2019ire des États-Unis, qui ont bloqué la nomination de nouveaux juges pour le mécanisme de règlement des différends \u2014 une tactique qui menace de paralyser l\u2019organisation.Justin Trudeau avait abordé la question avec le premier ministre chinois, convenant d\u2019approfondir leur coopération par l\u2019entremise d\u2019organisations telles que l\u2019OMC.Dimanche, il est apparu que les hostilités entre la Chine et les États-Unis ont contribué à une impasse sur la voie à suivre pour l\u2019OMC et le commerce dans la région.La Presse canadienne Le NPD demande au commissaire à l\u2019éthique de se pencher sur le cas Di Iorio OTTAWA \u2014 Le Nouveau Parti démocratique ne digère pas que le député libéral de Montréal Nicola Di Iorio continue de toucher son salaire alors qu\u2019il ne se présente plus à la Chambre des communes.Le parti invite le commissaire aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique à ouvrir une enquête.Selon la copie d\u2019une lettre obtenue par Le Devoir, datée du 8 novembre et adressée au commissaire Mario Dion, les députés Nathan Cullen et Charlie Angus expliquent que M.Di Iorio « est retourné pratiquer le droit à Montréal pour le cabinet BCF Avocats d\u2019affaires » et que « bien que le député ait annoncé son intention de démissionner le 25 avril 2018, cela ne s\u2019est pas produit et il a continué à toucher pendant cette période le salaire et les bénéfices d\u2019un député, pour un total à ce jour de 93 000 $ ».Les deux députés estiment que leur rival libéral a contrevenu au Code régissant les conflits d\u2019intérêts des députés.Le Devoir Francophones : la décision revenait à Doug Ford, fait valoir Andrew Scheer Le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, a dit avoir exprimé ses préoccupations au premier ministre ontarien, Doug Ford, à la suite de l\u2019abandon du projet d\u2019une université de langue française, mais il ne lui a pas demandé de revenir sur sa décision.Le premier ministre Justin Trudeau s\u2019est dit « profondément déçu » par la décision de Doug Ford.La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a écrit sur Twitter que MM.Ford et Scheer devraient être conscients que les francophones « ne peuvent pas et ne seront pas laissés pour compte ».M.Scheer, qui devra se battre pour obtenir des appuis chez les francophones, a indiqué que son gouvernement n\u2019imitera pas l\u2019Ontario et a soutenu que les libéraux ne font qu\u2019essayer de faire des gains politiques avec une décision qui n\u2019a rien à voir avec lui.La Presse canadienne Billet de 10 $: la sœur de Viola Desmond espère un « pas de géant » vers l\u2019égalité Le nouveau billet comportant une photo de Viola Desmond sera mis en circulation lundi, et la sœur de la militante des droits civiques sera la première personne à l\u2019utiliser.Wanda Robson effectuera le premier achat officiel avec le nouveau billet de 10 $ à l\u2019occasion d\u2019une cérémonie qui se tiendra au Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg.La femme de 91 ans devrait acheter un livre qu\u2019elle a co- écrit avec le professeur Graham Reynolds de l\u2019Université du Cap-Breton sur la vie et l\u2019héritage de Viola Desmond.Mme Robson a indiqué qu\u2019elle donnera le livre à sa petite-fille de 12 ans pour qu\u2019elle puisse en apprendre davantage sur l\u2019histoire de sa grand-tante.Mme Desmond sera la première femme noire à figurer sur un billet de banque canadien.La Presse canadienne LISA-MARIE GERVAIS LE DEVOIR Le Québec a eu sa controverse sur l\u2019appropriation culturelle avec SL?V, et les Pays-Bas ont la leur grâce à un lutin à la peau noire.La tradition veut que, tous les ans, trois semaines avant le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas, le généreux père Noël arrive d\u2019Espagne par bateau pour distribuer des cadeaux aux enfants en compagnie de son acolyte, le lutin Zwarte Piet \u2014 littéralement « Pierre le Noir », l\u2019équivalent du père Fouettard dans la culture européenne.Or, la personnification de ce personnage folklorique, « joué » par des Néerlandais blancs costumés en lutin, coiffés d\u2019une perruque crépue et maquillés de noir, est, depuis quelques années, jugée raciste par de plus en plus de gens, qui ont manifesté dans une vingtaine de villes samedi.Certains rassemblements de protestation entourant l\u2019arrivée du père Noël et le traditionnel défilé de la Saint-Nicolas ont même tourné à l\u2019affrontement, menant à des arrestations.Selon Reuters, de petits groupes de manifestants pro-Zwarte Piet, qui ne voient dans cette personnification du lutin noir que la perpétuation d\u2019une tradition enfantine et inoffensive, ont été particulièrement virulents envers ceux qui s\u2019en indignaient et la police a dû intervenir à maintes reprises.À Rotterdam, certains d\u2019entre eux ont intimidé et attaqué des militants antiracisme ayant accroché sur le pont Erasmus une banderole décriant une grossière caricature.Des partisans de l\u2019équipe de soccer d\u2019Eindhoven ont lancé des œufs et des canettes de bière sur les policiers et des militants anti-lu- tin noir, des affrontements auxquels auraient pris part plusieurs membres de Pegida, un groupe d\u2019extrême droite gagnant en popularité en Europe, dont aux Pays-Bas.À Tilburg, une quarantaine d\u2019autres partisans ont été arrêtés par les policiers, qui les soupçonnaient de vouloir alimenter les tensions et provoquer des bagarres.Ailleurs au pays, des manifestations antiracisme ont été annulées après que les autorités eurent déclaré qu\u2019elles ne pouvaient pas garantir la sécurité des manifestants.Suie ou peau noire ?Dans le village historique de Zaandijk, au nord d\u2019Amsterdam, le défilé de la Saint-Nicolas, télévisé à l\u2019échelle nationale et tenu sous haute surveillance, semble s\u2019être déroulé dans un calme relatif et sous les yeux ravis des enfants se faisant distribuer des bonbons, selon les informations rapportées par les médias locaux.Lors du défilé national de samedi, toutefois, le malaise était palpable.Des bambins étaient maquillés et d\u2019autres pas, révélant les tensions entre les deux camps.Parmi les centaines de lutins noirs qui accompagnaient le père Noël néerlandais, certains avaient troqué le maquillage « blackface » de type cire à chaussure par quelques marques noires au visage, symbolisant la suie qu\u2019ils auraient amassée en descendant la paroi des cheminées.Les militants anti- Zwarte Piet ne voient dans cette association à la suie qu\u2019une tentative d\u2019atténuer la connotation raciste pour calmer la polémique.La légende veut que la couleur noire de la peau du lutin soit liée à ses origines africaines, mais elle a été détournée ces dernières années pour plutôt associer le noir au charbon des cheminées.Il y a deux semaines, par l\u2019entremise de la fondation Majority Perspective, certains protestataires s\u2019étaient adressés à la cour pour faire interdire du défilé le controversé personnage, mais ils ont été déboutés par le tribunal.Ils demandaient que le personnage du Zwarte Piet, personnifié par diverses personnes lors du défilé national, ne présente aucune caractéristique raciste.Si la polémique a fait encore surface cette année, elle ne date cependant pas d\u2019hier.Ces dernières années, les tensions entourant ce curieux personnage n\u2019ont fait que s\u2019exacerber.Alimentant la thèse raciste, un historien de l\u2019art avait même rappelé l\u2019existence d\u2019un tableau de la fin du XVIIe siècle sur lequel un jeune esclave noir porte un costume coloré semblable à celui du Zwarte Piet.En 2013, la responsable du Comité des droits de l\u2019homme aux Nations unies avait demandé que se tienne une vaste enquête pour savoir si cette tradition, remontant au XIXe siècle et tirée d\u2019un conte pour enfants, avait bel et bien pour objectif de dénigrer les Noirs.Car si le personnage s\u2019est adouci et qu\u2019il n\u2019est plus à l\u2019image du père Fouettard, qui punissait les enfants n\u2019ayant pas été sages, il semble de plus en plus impossible pour certains de ne pas y voir une appropriation culturelle liée à l\u2019esclavage.Un lutin noir suscite la polémique aux Pays-Bas La controverse des « blackfaces » de la Saint-Nicolas crée des tensions "]
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