Le devoir, 15 décembre 2018, Cahier B
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 BREXIT Theresa May sollicite de nouveau Bruxelles mais fait face aux 27 B 4 POLITIQUE L\u2019art de se faire des amis: la chronique de Michel David B 5 HISTOIRE Le Devoir d\u2019histoire et les débats sur les signes religieux B 9 L DOSSIER MÉMOIRE Ce texte est voué à disparaître de votre mémoire La période des Fêtes fait jaillir souvenirs et nostalgie.En cette ère du numérique, comment compose-t-on avec les émotions et les images du passé ?Incursion dans les méandres de la mémoire.e texte que vous êtes en train de lire est voué à disparaître de votre mémoire.Quelques idées vous resteront peut- être en tête.Mais d\u2019ici quelques minutes, quelques heures ou quelques jours \u2014 si je réussis à bien marquer vos esprits \u2014, vous ne vous souviendrez plus de ces lignes.Si votre cellulaire trône à vos côtés, votre capacité de rétention sera d\u2019autant plus affectée.Une distraction est si vite arrivée ! Une notification, un texto ou l\u2019irrésistible envie de dévier votre attention vers des informations plus légères sur les réseaux sociaux réduiront la quantité d\u2019informations retenues.Et puisque votre cerveau est bien conscient qu\u2019en quelques clics vous pourrez retrouver cet article sur Internet, il sera moins prompt à retenir les informations qui y sont contenues.Mais peut-être que l\u2019appareil électronique que vous gardez à portée de main vous incitera à approfondir vos connaissances sur la mémoire en effectuant une recherche sur Internet, vous permettant de consolider certaines informations ?Bien que l\u2019on puisse être porté à croire que notre dépendance aux appareils électroniques atrophie notre mémoire \u2014 le temps où nous connaissions par cœur les numéros de téléphone de nos amis, leurs dates d\u2019anniversaire et le chemin pour nous rendre chez eux n\u2019est-il pas révolu ?\u2014, des experts interrogés par Le Devoir y voient une relation beaucoup plus complexe.L\u2019effet Google L\u2019effet des nouvelles technologies sur la mémoire est ainsi loin d\u2019être réducteur.« C\u2019est vrai qu\u2019il y a une diminution de la capacité à soutenir l\u2019attention.C\u2019est une fonction importante dans la fabrication des mémoires », explique en entrevue Simon Ducharme, neuropsychiatre à l\u2019Institut neurologique de Montréal et au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).Et le fait d\u2019utiliser nos téléphones et autres appareils électroniques comme une véritable mémoire externe de notre cerveau n\u2019est pas une paresse exempte de conséquences.« Toutes les fonctions cognitives peuvent être entraînées et donc, à l\u2019inverse, diminuées si on les entraîne moins », remarque Simon Ducharme.À titre d\u2019exemple, il a été démontré que lorsque nous utilisons un GPS pour nous déplacer, notre hippocampe est moins stimulé.L\u2019hippocampe est une région du cerveau qui agit sur la mémoire spatiale (orientation) et épisodique (expériences du passé).MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Mais cet élagage dans le choix de ce qu\u2019on retient ou non s\u2019avère également extrêmement avisé.« Il y a des informations que l\u2019on n\u2019a plus besoin d\u2019apprendre par cœur et c\u2019est tant mieux », note Isabelle Rouleau, professeure au Département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialisée dans la mémoire.Dans un article intitulé « Google Effects on Memory : Cognitive Consequences of Having Information at Our Fingertips » et publié dans la revue Science en 2011, les chercheurs Betsy Sparrow, Jenny Liu et Daniel M.We- gner ont fait une constatation importante.Expérience à l\u2019appui, ils ont démontré que si l\u2019on sait qu\u2019une information est stockée dans une ressource technologique externe, nous serons moins performants pour la mémoriser.Notre cerveau retient désormais davantage les étapes à suivre pour trouver ce qu\u2019on cherche.«On apprend maintenant le chemin pour se rendre à une information plutôt que l\u2019information elle- même », explique Isabelle Rouleau.Mais ces informations devront toujours être mises en contexte.« Le danger, c\u2019est de penser que parce qu\u2019on a accès à cette énorme encyclopédie au bout des doigts, on n\u2019a plus rien à apprendre.Or, apprendre est nécessaire pour faire des liens », insiste-t-elle.Des souvenirs plus justes La mémoire est associative, explique Isabelle Rouleau, également chercheuse en neurosciences au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM).« Ce n\u2019est pas tant la quantité de souvenirs qui est importante que la quantité de relations qu\u2019il y a entre des concepts.» Des associations qui font, par exemple, qu\u2019en voyant un objet, on plonge soudainement dans un souvenir.L\u2019étude de Sparrow, Liu et Wegner démontre également que lorsque nous sommes confrontés à une question difficile, notre réflexe est de nous tourner vers un ordinateur.Déléguer une partie de notre mémoire collective à Internet affecterait davantage notre mémoire à long terme que la mémoire de travail, également appelée mémoire à court terme.Pour s\u2019affermir, la mémoire a également besoin d\u2019être consolidée, ce qui est facilité par l\u2019avènement d\u2019Internet.« Pour que les souvenirs demeurent, il faut qu\u2019ils soient réactualisés, qu\u2019ils re- circulent, sinon ils tombent dans l\u2019oubli », mentionne Isabelle Rouleau.Affiner le passé Avec la quantité titanesque de photos et de vidéos qu\u2019on peut désormais prendre, c\u2019est tout notre rapport au passé qui est redéfini.« On sait qu\u2019on surestime énormément la véracité de nos propres mémoires en ce qui a trait au passé », affirme Simon Ducharme.Avec seulement quelques bribes d\u2019informations qui ont survécu à l\u2019épreuve du temps, nous reconstruisons le récit de nos vies.« Or, la précision de ce processus, si on remonte à 5 ou 10 ans en arrière, est très faible.Avec une information plus précise, notre rapport au passé sera amélioré », souligne-t-il.Même si on peut lutter contre l\u2019oubli, celui-ci est souvent inéluctable.Ce texte s\u2019effacera donc bientôt de votre mémoire.Mais avant de vous avouer vaincu, pourquoi ne pas livrer bataille ?Éteignez cellulaire, radio et télévision, lisez puis relisez ce texte, et pourquoi ne pas en discuter avec vos amis ou fouiller Internet à la recherche d\u2019informations complémentaires ?Ainsi, ces lignes resteront imprégnées dans votre mémoire un peu plus longtemps.ISTOCK On apprend maintenant le chemin pour se rendre à une information plutôt que l\u2019information elle-même ISABELLE ROULEAU » LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 PERSPECTIVES DOSSIER MÉMOIRE B 2 D ans son humble bureau de l\u2019hôpital Douglas à Verdun, le Dr Alain Brunet n\u2019a rien du scientifique machiavélique, prêt à manipuler les délicates ficelles de l\u2019inconscient pour s\u2019attirer gloriole et trophées.Sur les murs jaunis se côtoient pêle-mêle une affiche du Golden Gate de San Francisco, une reproduction d\u2019un Modigliani et la une du Newsweek faisant état de ses recherches sur « la pilule de l\u2019oubli ».Il y a 10 ans, les recherches du professeur du Département de psychiatrie de McGill, menées de concert avec l\u2019Université de Harvard, sur la « reconsoli- dation de la mémoire » ont fait grand bruit dans les médias américains.Elles révélaient la capacité d\u2019une simple pilule, combinée à une thérapie, à éradiquer les souvenirs douloureux imprimés dans la mémoire de patients, assiégés par une tornade de symptômes allant du stress post-trau- matique (SSPT) aux crises de panique en passant par les cauchemars ou l\u2019anxiété.Sept ans plus tard, au lendemain des attentats du Bataclan à Paris, personne ne pensait que cette thérapie restée dans l\u2019ombre allait bousculer la vie de centaines d\u2019individus.En 2015, en pleine crise, alors que 130 personnes tombées sous les balles des terroristes et 413 blessés affluaient dans les urgences, le Dr Brunet était appelé en renfort par les hôpitaux de Paris.Non pas pour soulager les corps, mais l\u2019âme de nombreuses victimes assiégées par les images et les bruits obsédants de ces tueries.Max était de ceux-là.Au lendemain des attentats, ce grand homme, venu au secours de victimes mitraillées sur une terrasse, n\u2019était plus que l\u2019ombre de lui-même.Son cerveau, assailli par les flash-back, était en constante alerte.Son corps, pris de tremblements, était en miettes.Tétanisé par un syndrome de stress post-traumatique, il fut le premier patient français à recevoir la thérapie de reconsolidation de la mémoire développée par le Dr Brunet.Un an après les attentats, il confiait au Devoir avoir réussi à « sauver sa peau ».« Je suis revenu à la vie.Je fonctionne, malgré la tristesse que je ressens toujours pour ces gens.» Comme Max, 350 victimes de SSPT ont été traitées grâce à la reconsolida- tion de la mémoire en France, après les attentats perpétrés à Paris et à Nice, à la suite de formations données par le Dr Brunet à des cliniciens de 20 centres à travers l\u2019Hexagone.Entre-temps, cette thérapie a aussi été offerte à des dizaines de patients envahis de façon quotidienne par leurs souvenirs : victimes de viol, de deuil sévère, de trahison amoureuse.Comment ça marche ?« Cette approche se fonde sur le fait que lorsque les symptômes émanent d\u2019un événement traumatique, si on diminue les souvenirs émotifs liés à cet événement, on diminuera les symptômes », explique le chercheur, aussi clinicien.L\u2019objectif n\u2019est donc pas d\u2019effacer le souvenir, insiste-t-il, mais plutôt de le dépouiller des émotions extrêmes qui l\u2019accompagnent.De le « neutraliser », en quelque sorte.Dans le cabinet du thérapeute, cela se traduit par la prise d\u2019un médicament, le Propanolol, un bêtabloquant capable d\u2019inhiber la production des hormones de stress relâchées quand un souvenir traumatisant refait surface.Absorbé par le patient 90 minutes avant qu\u2019il passe en revue ses souvenirs difficiles, le Propanolol permet à celui-ci de « restocker » ce souvenir en le délitant des sensations physiques adverses qu\u2019il générait au départ.Après six séances, le souvenir factuel reste, mais les symptômes, domptés par le Propanolol, ont disparu de la mémoire.« Il y a 20 ans, on a redécouvert qu\u2019un souvenir qui refait surface devient \u201cmalléable\u201d et peut être altéré.D\u2019autres recherches ont ensuite démontré que le Propanolol peut interférer dans le processus de la reconsolidation de la mémoire.J\u2019ai pensé appliquer ces deux notions à une thérapie lors de mon postdoc en Californie », explique le Dr Brunet.Destination : amygdale La mémoire, explique ce dernier, fonctionne par strates et entrepose un même événement dans des parties distinctes du cerveau.Elle laisse à l\u2019amygdale \u2014 le cerveau reptilien, siège des émotions essentielles à notre survie \u2014 le soin d\u2019enregistrer les souvenirs émotionnels.Les données factuelles, elles, sont plutôt gravées dans l\u2019hippocampe.Pourquoi ?L\u2019évolution a fait en sorte que les souvenirs intenses (peur, joie, tristesse, dégoût) soient stockés dans l\u2019amygdale pour permettre aux humains de prévenir les dangers, en revivant les mêmes sensations désagréables lorsqu\u2019ils doivent affronter des situations potentiellement périlleuses.De la même façon, l\u2019amygdale sécrète des hormones bienfaisantes quand nous sommes exposés à nouveau à des événements évoquant le bien-être ou de la joie.« La mémoire fonctionne comme un ordinateur.Mettre à jour un souvenir, c\u2019est comme ouvrir un fichier.Avant de le fermer, il se réenregistre.On peut soit consolider un souvenir ou, au contraire, l\u2019écraser par un autre.Pour diminuer la force émotive d\u2019un souvenir avant son enregistrement, on écrase l\u2019ancien souvenir par un nouveau, et c\u2019est ce dernier qui persiste.» Nouvelle vision Selon le Dr Brunet, cette compréhension nouvelle des mécanismes de la mémoire pourrait changer la façon de classifier et de traiter certains états associés à des « troubles mentaux » par la psychiatrie et soignés à l\u2019aide de thérapies comportementales ou d\u2019antidépresseurs.« Quand on pense par exemple au SSPT, au burn-out ou aux phobies, les patients n\u2019ont pas un cerveau affecté par un dysfonctionnement, ils sont plutôt victimes d\u2019un événement venu bouleverser momentanément un équilibre », croit-il.Mais parce qu\u2019elle loge au carrefour de la psychologie, des neurosciences et de la pharmacologie, cette nouvelle thérapie peine à faire son chemin.Les plus récentes recherches randomisées menées à double insu par l\u2019équipe du Dr Brunet, publiées dans l\u2019American Journal of Psychiatry en 2018, ont reçu un certain aval des autorités médicales.Le traitement s\u2019est avéré efficace chez 70 % des patients qui l\u2019ont reçu.« Un psychiatre français m\u2019a même dit : \u201cVous allez tous nous mettre à la rue !\u201d » À ce jour, une douzaine de psychologues au Québec ont reçu la formation, offerte aussi en France et au Chili.Aux Pays-Bas, la même approche est déjà utilisée pour traiter les phobies.Mais le monde pharmaceutique, lui, n\u2019est guère intéressé par ce filon jugé peu lucratif.« Il n\u2019y a pas d\u2019argent à Peut-on effacer les souvenirs ?Oui, mais pas tous.Associée à d\u2019obscurs scénarios d\u2019apocalypse, la manipulation de la mémoire à des fins thérapeutiques existe pourtant bel et bien.Et elle permet même de transformer des vies.L\u2019un de ses pionniers est un Québécois.ISABELLE PARÉ LE DEVOIR La mémoire permet de survivre et de se construire.Elle inscrit les êtres dans l\u2019espace-temps, ce milieu infini dans lequel se succèdent les événements et les existences.La mémoire permet de se souvenir du passé pour agir dans le présent, mais aussi pour se projeter dans le futur.La mémoire fait que nous avons une histoire.Il existe plusieurs formes de capacités mémorielles, toutes liées aux neurones, aux signaux électriques et aux substances chimiques créant des liens entre les synapses.La mémoire à court terme permet d\u2019emmagasiner des informations rapidement.C\u2019est elle qui sert par exemple à mémoriser instantanément un numéro de téléphone, le temps de s\u2019en servir, puis de l\u2019oublier aussi vite.Les êtres dans l\u2019espace-temps Peut-on effacer les souvenirs?Un chercheur québécois est à l\u2019avant-garde de la thérapie de la reconsolidation de la mémoire 350 C\u2019est le nombre de victimes du syndrome du stress post-traumatique qui ont été traitées grâce à la reconsolidation de la mémoire en France, après les attentats perpétrés à Paris et à Nice, à la suite de formations données par le Dr Brunet à des cliniciens de 20 centres à travers l\u2019Hexagone.PHOTOS ISTOCK Comment êtes-vous devenu spécialiste de la mémoire ?J\u2019ai étudié en informatique au MIT [Massachusetts Institute of Technology].J\u2019étais très intéressé par l\u2019intelligence artificielle, mais ce secteur n\u2019était pas performant à l\u2019époque, au début des années 1980.J\u2019ai suivi quelques cours en biologie et j\u2019ai tout de suite été fasciné par les neurosciences et par l\u2019idée que notre cerveau et les ordinateurs fonctionnent très différemment.J\u2019ai réalisé que nous savons très bien comment construire des machines pour conserver la mémoire, mais que nous ne savons aucunement comment fonctionne la mémoire en nous-mêmes, d\u2019un point de vue biologique.De là, je me suis intéressé à cette question scientifique fondamentale : comment les humains font-ils pour conserver des souvenirs dans leur système nerveux ?Quelle est la réponse, alors ?Qu\u2019est- ce que la mémoire, de votre point de vue scientifique ?Les neurones sont connectés entre eux par les synapses.Ces synapses sont constituées de plusieurs composantes qui communiquent de manière très complexe.Le neurone présynap- tique rempli de vésicules synaptiques relâche les neurotransmetteurs qui passent par la fente synaptique, un espace vide, pour atteindre le récepteur postsynaptique.La transmission implique des mécanismes moléculaires qui déterminent la force de la connexion entre deux neurones.Les systèmes d\u2019intelligence artificielle sont extrêmement puissants parce qu\u2019ils reproduisent ce principe de la force des connexions.Les programmes apprennent et enregistrent les données dans leur mémoire artificielle.Quand nous trouvons une solution à un problème en utilisant notre propre architecture neuronale inter- connectée, nous devons stocker l\u2019information en utilisant les liaisons entre les neurones, par les synapses.Mes recherches s\u2019intéressent à cette capacité d\u2019enregistrement.Nous avons quelques idées, mais pour l\u2019instant, il n\u2019y a pas de consensus scientifique sur ce qui se passe.Quelles méthodes employez-vous pour découvrir ce qui se passe ?Le livre The Eight Day of Creation d\u2019Horace Freeland Judson raconte bien la naissance et le développement de la biologie moléculaire, de la découverte de la structure de l\u2019ADN jusqu\u2019au code génétique.Cette science répond à des questions complexes en examinant des problèmes simples.Si on comprend comment une bactérie se multiplie, on comprend un mécanisme de la vie.De même, l\u2019étude de la mémoire s\u2019appuie sur l\u2019étude d\u2019un système simple.Le professeur Eric Kan- del de l\u2019Université Colombia [Prix Nobel de physiologie et médecine en 2000] a été pionnier en ayant l\u2019idée d\u2019étudier les circuits réflexes très simples de l\u2019Aplysia californica, un mollusque.Il a découvert que les synapses changeaient quand l\u2019animal changeait de comportement.L\u2019idée de la plasticité neuronale, soit que les neurones peuvent modifier la force de leur synapse en fonction de l\u2019usage qu\u2019on en fait, demeure fondamentale.Depuis quelques années, on comprend mieux aussi quelles molécules sont impliquées dans la mémorisation et maintenant, on étudie des organismes plus complexes, près de l\u2019humain.À quoi servent ces découvertes ?Elles pourront servir à améliorer la mémoire des personnes vieillissantes.Je suis moi-même âgé et je vois bien que ma mémoire n\u2019est plus ce qu\u2019elle était.Dans les faits, ce qu\u2019on apprend maintenant, surtout, c\u2019est comment effacer la mémoire.Or, il y a bien peu de raisons pour lesquelles quelqu\u2019un voudrait se débarrasser de souvenirs.On comprend cette volonté dans les cas de chocs post-traumatiques.Il s\u2019agit alors en quelque sorte de diminuer l\u2019intensité du souvenir.Par contre, nous sommes loin de pouvoir effacer des souvenirs précis.Cette perspective me semble d\u2019ailleurs assez terrifiante.Pourquoi ?Parce que les souvenirs définissent qui nous sommes.Un jour, on saura peut-être effacer les mémoires pathogènes chez les patients atteints de symptômes post-traumatiques.Nous savons déjà que tous les éléments mémoriels ne sont pas conservés avec les mêmes molécules.Les neurones semblent utiliser différentes molécules pour les mémoires néfastes impliquées dans le syndrome post-trauma- tique.On saura peut-être agir spécifiquement sur elles, mais nous sommes très loin de cette possibilité.Certains rêvent pourtant d\u2019une petite pilule qui effacerait les mauvais souvenirs, par exemple après un mauvais partyde Noël en famille.Ce sera possible et souhaitable ?Ce ne sera probablement jamais aussi simple.Le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind [2004] montre un homme qui fait effacer ses souvenirs amoureux.Ça me semblait assez réaliste d\u2019un point de vue scientifique.En réactivant une mémoire spécifique dans une région précise du cerveau, on réussit à l\u2019arracher.C\u2019est vrai et étrange à la fois : en réactivant un souvenir, on en facilite l\u2019effacement.On découvre aussi que certaines mémoires sont conçues pour être instables.Elles sont faites pour être modifiées, et assez facilement.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi nous produisons tant de fausses mémoires.Pourquoi ?Quel avantage y a-t-il à nous tromper de la sorte ?Le but de la mémoire, ce n\u2019est pas de se souvenir de quelque chose pour une longue période.La mémoire sert à adapter nos comportements à un environnement en mutation.Si on apprend une chose sans pouvoir en changer et que le monde change, ce n\u2019est pas très utile à long terme.La fausse mémoire, c\u2019est de la mémoire modifiée.Le cas classique se présente quand une personne change ses souvenirs d\u2019un événement au fur et à mesure des témoignages.Ce mécanisme permet d\u2019ajouter des faits pour toutes sortes de raison, peut-être parce que c\u2019est bien ainsi, ou bien utile, tout simplement.On voit aussi beaucoup des souvenirs qui confondent les événe- ments en les situant à des moments différents alors qu\u2019ils se sont produits simultanément.Notre cerveau veut les rapprocher, peut-être pour être capable de prédire ce qui arrivera plus tard.Le but, ce n\u2019est pas d\u2019apprendre ce qui est arrivé, mais ce qui arrivera.Au fond, ce que chacun désire, n\u2019est-ce pas de conserver sa mémoire le plus longtemps possible, ne pas souffrir de la terrible maladie d\u2019Alzheimer qui efface tous les souvenirs ?C\u2019est une tragédie, mais au fond, cette maladie a moins à voir avec la mémoire qu\u2019avec la dégénérescence des neurones et des synapses.La compréhension des mécanismes de la mémoire me semble plus utile pour les gens ordinaires, ceux qui vieillissent sans pathologies.Nous sommes tous touchés par la perte des capacités cognitives.Les technologies deviennent alors très utiles comme support de la mémoire.Je le dis à mes vieux parents : vous ne vous souviendrez plus de certaines choses, alors utilisez vos téléphones pour compenser.On peut entraîner notre mémoire, mais c\u2019est limité.Pour améliorer la capacité de mémorisation, il faudra comprendre mieux les mécanismes de la mémoire.LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 3 Le professeur Wayne Sossin, du Département de psychologie de l\u2019Université McGill, est rattaché au centre Neuro, institut et hôpital neurologique de Montréal.Son laboratoire étudie les mécanismes moléculaires qui produisent et maintiennent la mémoire.PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Mémoire vive, mémoire morte Q&R faire avec ces thérapies qui soignent les patients en quelques séances », note le Dr Brunet.Le Propanolol est, en sus, libre de tout brevet depuis belle lurette.Actuellement, les victimes de SSPT se voient prescrire des antidépresseurs pendant des mois, sinon des années.Franchir la frontière Mais s\u2019immiscer dans les méandres de la mémoire fait resurgir les pires crain tes.Certains redoutent qu\u2019en faisant table rase des mauvais souvenirs, on efface du coup les remords, la culpabilité ou même l\u2019empathie, autant d\u2019é motions qui forgent ce que sont les êtres humains.D\u2019ailleurs, avant que ses travaux n\u2019aboutissent à des résultats cliniques probants, le chercheur de McGill a dû composer avec la méfiance qui pesait sur son champ de recherche.D\u2019autres chercheurs, par contre, seraient sur le point de franchir un cap dangereux, dit-il.Notamment au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où des équipes planchent sur l\u2019effacement « complet » de certains souvenirs.« Envoyer au front des soldats qui s\u2019en sortiraient sans séquelles psychologiques, ça suscite l\u2019intérêt de certains chercheurs.Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps avant qu\u2019ils arrivent à effacer carrément la mémoire.Ça soulève des enjeux éthiques majeurs.Avant d\u2019en arriver là, il faudrait légiférer pour encadrer ces pratiques.» « Ce qui est clair, pense le clinicien, c\u2019est que l\u2019ensemble des souvenirs forge l\u2019identité d\u2019une personne.Non, il ne faut pas chercher à effacer les souvenirs qui nous définissent, dit-il.Seulement à les rendre moins douloureux.» Il y a 10 ans, les recherches du professeur de psychiatrie de McGill Alain Brunet, menées avec l\u2019Université de Harvard, sur la reconsolidation de la mémoire ont fait grand bruit dans les médias américains.PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR Quand on pense par exemple au syndrome du stress post-traumatique, au burn-out ou aux phobies, les patients n\u2019ont pas un cerveau affecté par un dysfonctionnement, ils sont plutôt victimes d\u2019un événement venu bouleverser momentanément un équilibre DR ALAIN BRUNET » La mémoire à long terme pérennise l\u2019inscription, parfois toute la vie durant.Les souvenirs appartiennent à cette catégorie.Pour en savoir plus techno-science.net/definition/ 960.html techno-science.net/definition/ 960.html LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 4 CÉCILE DUCOURTIEUX JEAN-PIERRE STROOBANTS À BRUXELLES, BUREAU EUROPÉEN LE MONDE « On veut aider Theresa May.» On l\u2019aura entendu dans toutes les langues de l\u2019Union européenne (UE), ou presque, jeudi 13 décembre à Bruxelles lors de ce dernier Conseil européen qui, une fois de plus, s\u2019est transformé en un rendezvous sur le Brexit.Aider la première ministre britannique, tout juste rescapée d\u2019un vote de défiance au sein de son parti, à faire ratifier par la Chambre des communes le traité du divorce qui, pour l\u2019instant, fait presque l\u2019unanimité contre lui à Londres.L\u2019aider à rendre le principe du « filet de sécurité » \u2014 ou backstop \u2014 plus facile à digérer, cette assurance contre le retour d\u2019une frontière entre les deux Irlandes qui ne passe vraiment pas outre-Manche.Les Vingt-Sept ont pourtant fait le service minimum jeudi, se contentant d\u2019une déclaration en cinq points, préré- digée, spécifiant s\u2019il était encore besoin que le traité du divorce \u2014 un pavé de 585 pages et son annexe sur le filet de sécurité \u2014 ne serait pas renégocié.Mais que cette assurance anti-frontière en Irlande s\u2019appliquerait temporairement « tant que et jusqu\u2019à ce qu\u2019un accord pour une relation future entre l\u2019UE et le Royaume-Uni ne serait pas trouvé ».Les Européens assurent aussi vouloir développer « tous leurs efforts » pour négocier, de manière « express », un accord futur avec Londres de nature à éviter ce filet de sécurité.Mais pas question de fixer une date butoir précise pour cet instrument.Ni de rendre cette déclaration « juridiquement engageante ».Jean-Claude Juncker a été spécialement clair sur ce point à la sortie de la réunion : « Il ne pourra pas y avoir [du côté des Européens] de déclaration légalement engageante », a déclaré le président de la Commission.« J\u2019admire sa résistance et sa ténacité » Au début, c\u2019est Xavier Bettel, le premier ministre luxembourgeois, qui avait été le plus démonstratif, faisant la bise par trois fois à son homologue britannique et reprenant, face caméra, le refrain du jour : « Il faut l\u2019aider.» Mark Rutte, le chef du gouvernement néerlandais, en pleine offensive diplomatique à Bruxelles depuis des mois, y est aussi allé de son couplet, soulignant la résistance à l\u2019épreuve de Theresa May \u2014 « Je l\u2019admire vraiment, elle est une dirigeante de valeur, j\u2019admire sa résistance et sa ténacité.» Plus tard, il allait cependant lui aussi exclure toute concession fondamentale sur la renégociation de l\u2019accord conclu avec Londres : « Le citron a été entièrement pressé », déclarait-il.Il reste qu\u2019à Bruxelles, Theresa May a su se faire apprécier par la constance dont elle a jusqu\u2019à présent fait montre dans les négociations.« On lui fait confiance, même si on voit bien qu\u2019elle n\u2019arrive pas à ses fins à Westminster », glisse un diplomate.Pourtant, jeudi soir, les Vingt-Sept n\u2019ont rien lâché.À sa manière un peu rude, c\u2019est peut- être la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, qui a le mieux traduit le sentiment général.Sur Twitter, la dirigeante lituanienne lançait : « Dis-nous enfin ce que tu veux vraiment et le père Noël fera sa livraison.» Message agrémenté de la photo d\u2019un sapin en chocolat\u2026 De fait, à en croire deux diplomates, Theresa May est restée très floue sur ce dont elle avait concrètement besoin pour décrocher une majorité à Westminster.« Le débat est nébuleux et imprécis sur ce que les Britanniques veulent comme relation après le divorce, il faut des clarifications », a réagi M.Juncker sur Twitter.La première ministre a toutefois continué à répéter qu\u2019elle était sûre d\u2019obtenir cette majorité, à condition de pouvoir convaincre ses députés que le Royaume-Uni ne serait pas « coincé » indéfiniment dans la solution du filet de sécurité, qui priverait son pays de toute politique commerciale autonome.Du côté des Vingt-Sept, le doute est manifeste.L\u2019exaspération des Européens palpable Les Européens avaient pourtant entamé ces derniers jours, à un niveau très exploratoire, une réflexion sur les moyens de rassurer Theresa May et son Parlement, avec des formules un peu plus élaborées que les simples conclusions qu\u2019ils ont soutenues jeudi.Des Les Européens font le service minimum pour aider Theresa May La première ministre britannique a demandé à Bruxelles de nouvelles garanties pour l\u2019aider à obtenir la ratification de l\u2019accord de Brexit, mais elle a fait face à des Vingt-Sept agacés Encouragées par un mouvement de dénonciation sans précédent, nombreuses sont les victimes d\u2019agressions sexuelles qui ont brisé le silence dans la foulée du mouvement #MoiAussi.Mais cette force du nombre qui les a aidées à parler de leur agression en dénonçant publiquement leur agresseur allégué leur a-t- elle finalement nui ?AMÉLI PINEDA LE DEVOIR « La force du nombre n\u2019existe pas, en droit criminel.» La déclaration du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) est factuelle, mais déçoit les centaines de victimes d\u2019agressions sexuelles qui ont dénoncé leur agresseur dans la vague de #MoiAussi.« Chaque dossier est évalué un à un », souligne Me Sylvie Lemieux, pro- cureure du DPCP.« La force du nombre n\u2019existe pas, en droit criminel », rappelle-t-elle.Le mouvement #MoiAussi, qui a débuté sur les réseaux sociaux en octobre 2017, pose un défi au poursuivant public, dont le rôle est d\u2019autoriser des accusations contre des individus qui ont commis un crime prévu au Code criminel.« On ne pourra jamais empêcher les femmes de vouloir du réconfort et de faire de la dénonciation sur les réseaux sociaux, mais plus elles font de déclarations, plus il peut y avoir des contradictions à plusieurs questions qui pourraient être posées et dans des réponses qu\u2019elles pourraient donner.On pourrait penser que certaines choses ont été contaminées », souligne Me Lemieux.Après avoir rencontré quatorze victimes alléguées de Gilbert Rozon, le DPCP a indiqué mercredi qu\u2019il n\u2019a finalement retenu qu\u2019un seul dossier.Le poursuivant public a fait savoir que deux accusations, de viol et d\u2019attentat à la pudeur, ont été déposées contre l\u2019homme d\u2019affaires pour des événe- ments remontant à 1979.Des souvenirs et des risques Sans commenter directement l\u2019affaire Rozon, le DPCP explique que des plaignantes qui réalisent avoir été victimes d\u2019un même agresseur allégué doivent éviter de se contaminer entre elles.« On peut se mélanger dans le souvenir de ce qu\u2019on a vécu et on se fait contaminer malgré nous parce qu\u2019on échange avec d\u2019autres personnes qui ont potentiellement vécu la même chose, puis à la toute fin, ça pourrait donner une version qui du point de vue de la fiabilité, dans le cadre d\u2019une preuve hors de tout doute raisonnable, va être beaucoup plus difficile à faire », explique Me Lemieux.Un an après le déferlement de cette vague, si les institutions politiques, policières et juridiques assurent avoir fait un examen de conscience, force est de constater que la dénonciation d\u2019une infraction sexuelle se heurte aux règles de preuve, soit la capacité de démontrer que l\u2019agression s\u2019est produite.« Le fardeau de la preuve est le même qu\u2019on soit victime d\u2019une agression sexuelle, d\u2019un meurtre ou d\u2019un vol qualifié.C\u2019est à nous de faire une preuve hors de tout doute raisonnable que l\u2019infraction alléguée a été commise parce qu\u2019il y a une présomption d\u2019innocence de base », résume Me Lemieux.Il arrive donc que le procureur, bien qu\u2019il croie la victime, en arrive à la conclusion que la preuve au dossier ne permet pas une démonstration hors de tout doute raisonnable ou que les faits relèvent plutôt du harcèlement sexuel, du droit civil ou d\u2019inconduite sexuelle.C\u2019est cet impératif factuel et rationnel qui continue à faire mal aux victimes alors qu\u2019elles déplorent avoir été incitées à briser le silence et à dénoncer, mais constatent que leurs plaintes ne mènent pas à des accusations contre leur agresseur allégué.La comédienne Patricia Tulasne, dont la plainte contre Gilbert Rozon n\u2019a pas été retenue, confie ressentir un sentiment d\u2019injustice.Mme Tulasne allègue avoir été agressée sexuellement par le fondateur de Juste pour rire après une soirée pour célébrer la dernière représentation d\u2019une pièce qu\u2019il avait produite.Elle avait raconté avoir figé et, plutôt que de le repousser, elle s\u2019était «laissé faire».«Sur le coup, je ne l\u2019ai pas vécu comme un viol à proprement parler, puisque quelque part, j\u2019avais consenti à cet AGRESSIONS SEXUELLES Déni de démocratie I l y a eu, en début de semaine dans le salon du Bureau ovale, cet esclandre du président avec Nancy Pelosi et Chuck Schumer au sujet du financement du mur frontalier.Devant les caméras.Suivi d\u2019une salve de tweets présidentiels.Au nom de la transparence, a dit le président.Grand-guignolesque, ont rétorqué ses opposants.Dans tous les cas, c\u2019est un accroc de plus, une rupture dans les usages politiques (ce qui, en soi, peut donner lieu à un débat, on le sait ici).Il reste que la politique-poubelle d\u2019un homme sans apprentissage de gouvernance (même après deux années), et qui apprécie visiblement beaucoup plus d\u2019être en campagne électorale qu\u2019aux commandes du pays, va au-delà du seul spectacle.Les politiques publiques mises en place par le gouvernement en attestent.Quoique l\u2019on parle finalement moins de l\u2019incarcération de 15 000 enfants migrants, de l\u2019intensification de l\u2019expulsion des réfugiés cambodgiens arrivés dans la foulée des massacres commis par les Khmers rouges au siècle dernier, du déclin du droit des femmes (comme le démontre l\u2019index SRHR développé par le Center for Health and Gender Equity) ou de l\u2019éviscération du Clean Water Act (en limitant la protection fédérale aux seuls cours d\u2019eau majeurs et à leurs affluents) que des diatribes incendiaires du président en 280 caractères.C\u2019est là que réside le cœur du problème, dans ce cirque où on ne sait plus qui, de l\u2019auguste ou du clown blanc, va clore la représentation.Car au-delà de la déréglementation intensive que subit le pays (avec le risque imminent d\u2019une autre crise financière, énoncé récemment par Janet Yellen), au-delà de la paupérisation annoncée de la classe moyenne, de la dégringolade économique prévisible des plus pauvres, du déclin de l\u2019accès aux services de santé et aux médicaments de base \u2014 par exemple, le coût croissant de l\u2019insuline a conduit des patients diabétiques à se rationner\u2026 pour en mourir \u2014, il y a un effet sournois de cette politique spectacle qui s\u2019érige en paravent d\u2019une réalité sordide : la normalisation de comportements qui auparavant auraient été fustigés publiquement ; la banalisation des bénéfices personnels dans le cadre d\u2019une fonction publique ; l\u2019admissibilité de la corruption (Rudy Giuliani affirmant que, tant que personne n\u2019est mort\u2026 ce n\u2019est pas si grave, tandis que le sénateur Orrin Hatch de l\u2019Utah affirme qu\u2019il s\u2019en « balance ») ; la tolérance du népotisme, de l\u2019atteinte aux droits individuels et aux libertés publiques ; l\u2019acceptation de la disparition des faits au profit d\u2019émotions fabriquées, de la manufacture des termes des élections par compromission.Il y a derrière le « show de boucane » dans lequel de nombreux commentateurs s\u2019abîment un danger plus grand : l\u2019avènement de cette démocratie illibérale annoncé dès les années 1990 par Pierre Rosanvallon et Fareed Zakaria.Dans cet espace illibéral, fruit de ce que Bertrand Badie nomme la désinstitutionalisation des médiations politiques, on érige un autel à la souveraineté populaire et c\u2019est en son nom que s\u2019installe la lente érosion de l\u2019état de droit.Pas seulement à travers la production de décrets exécutifs ou d\u2019ordres présidentiels\u2026 mais aussi en raison de ce que le contexte autorise.En raison du blanc-seing qui émane du sommet de l\u2019État et du silence de ceux qui, en position de pouvoir, pourraient s\u2019y opposer.Ainsi s\u2019installe la tolérance de l\u2019inacceptable : l\u2019expression d\u2019un arbitraire croissant par un certain nombre d\u2019agences fédérales (l\u2019expulsion de citoyens américains sur la seule base d\u2019un délit de faciès), l\u2019exercice de pouvoirs inédits par d\u2019autres (la patrouille de la zone frontalière par les services de la Faune), l\u2019exercice sans limites du pouvoir (comme la séparation violente de Jazmine Headley de son bébé, à New York, il y a une semaine), la valeur relative de la vie (la justification par la secrétaire à la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen, basée sur le fait qu\u2019elle avait franchi « illégalement » la frontière, de la mort d\u2019une enfant de sept ans après son passage par une hielera, ces cellules glaciales de détention des services d\u2019immigration).Il faut inscrire dans cette même logique l\u2019ampleur actuelle du char- cutage électoral qui défigure les votes jusqu\u2019à les travestir, le fait que les législatures sortantes du Wisconsin et du Michigan choisissent d\u2019altérer les pouvoirs du gouverneur nouvellement élu parce qu\u2019il n\u2019est pas de leur bord, les irrégularités électorales patentes et délibérées en Caroline du Nord et en Floride.Le déni de la démocratie.Car il n\u2019existe aucune sanction immédiate à ces exactions.Ni juridique.Ni populaire.Ni politique.À moins, bien sûr, que la référence bipartisane, hier, au Sénat, et pour la première fois depuis 1973, à la loi sur les pouvoirs de guerre face à l\u2019exécutif représente le début du retour de balancier.À moins que ce sursaut ne s\u2019avère, la résistance a du plomb dans l\u2019aile et la démocratie, un boulet au pied.ÉLISABETH VALLET À en croire deux diplomates, Theresa May est restée très floue sur ce dont elle avait concrètement besoin pour décrocher une majorité à Westminster Le décalage persiste Le sentiment d\u2019injustice des victimes alléguées témoigne d\u2019un fossé entre les attentes du public et les balises du droit criminel La politique-poubelle d\u2019un homme sans apprentissage de gouvernance (même après deux années), et qui apprécie visiblement beaucoup plus d\u2019être en campagne électorale qu\u2019aux commandes du pays, va au-delà du seul spectacle acte-là », expliquait-elle dans une entrevue accordée à Radio-Canada, en octobre 2017.Lors de sa rencontre avec le DPCP, on lui a expliqué qu\u2019il n\u2019était pas possible de démontrer hors de tout doute raisonnable qu\u2019elle n\u2019avait pas consenti à l\u2019acte sexuel.« Ce que je comprends c\u2019est que finalement il est presque toujours impossible de prouver une agression sexuelle », dit-elle.Le décalage entre les attentes du public et la justice se trouve exactement là, souligne Rachel Chagnon, professeure au Département de sciences juridiques et directrice de l\u2019Institut de recherches et d\u2019études féministes de l\u2019Université du Québec à Montréal.«La fonction du droit criminel n\u2019est pas de donner un sentiment de justice envers la victime, c\u2019est de punir un crime», dit Mme Chagnon.L\u2019objectif du DPCP est de rechercher les éléments qui lui permettent de conclure qu\u2019un acte criminel a été commis et de déterminer s\u2019il peut en faire la preuve, rappelle-t-elle.« Le temps du droit et le temps des mouvements sociaux comme #Agres- sionNonDénoncée [en 2014] ou #Moi- Aussi [en 2017] n\u2019est pas le même, mais il faut quand même réaliser que l\u2019univers a quand même viré de bord depuis.Le discours social a changé, il y a eu une prise de conscience collective », soutient Mme Chagnon.Un processus à revoir ?Le temps est-il venu de reconnaître que l\u2019avenue criminelle ne correspond pas vraiment aux victimes d\u2019agressions sexuelles ?« C\u2019est la question de fond qui demeure et qu\u2019il faut se poser sérieusement », dit-elle.Avec prudence, plusieurs ont reconnu cette semaine qu\u2019effectivement, ce temps est arrivé.Le nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal croit qu\u2019il faut rendre le processus de plainte pour les présumées victimes d\u2019agressions sexuelles moins laborieux.La députée péquiste Véronique Hivon, de son côté, propose la création d\u2019un comité de travail sur le traitement des plaintes de crimes sexuels et LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 5 écrans de fumée rhétoriques dont ils ont la spécialité \u2014 « pour la gymnastique textuelle, on est champions olympiques », ironisait un diplomate.Mais la vérité est qu\u2019ils ont renoncé à aller plus avant \u2014 pour l\u2019heure.Ils n\u2019avaient pas du tout envie jeudi soir de donner l\u2019impression, en s\u2019engageant dans cette voie, que finalement, malgré leurs déclarations, ils étaient prêts à renégocier quelque chose.L\u2019exaspération était en tout cas palpable, une certaine « fatigue du Brexit » régnant après 18 mois de négociation.À Bruxelles, on a du mal à supporter la critique britannique à l\u2019endroit du filet de sécurité, d\u2019autant qu\u2019il n\u2019a pas été imposé par les négociateurs européens mais qu\u2019il résulte du choix de Londres de quitter non seulement l\u2019UE, mais aussi le marché intérieur.« Les dirigeants ont aussi voulu signifier à Theresa May que leur porte n\u2019était pas totalement ouverte et qu\u2019il n\u2019était pas question qu\u2019elle revienne toutes les semaines leur demander la même chose », glissait une source bruxelloise à l\u2019issue de la réunion.« Nous n\u2019aurons pas un sommet, après un sommet, après un sommet ; la Grande-Bretagne doit d\u2019abord nous dire ce qu\u2019elle veut, alors nous pourrons décider », résumait M.Bettel.Parmi les plus compréhensives, avec M.Rutte, face à Theresa May, la chancelière allemande, Angela Merkel, précisait de son côté : « Nous demandons aussi à la Grande-Bretagne de venir avec de bonnes suggestions, ce qui permettrait d\u2019éviter le backstop.» Le prélude, peut-être, à un autre sommet avant le vote prévu à la Chambre des communes d\u2019ici le 21 janvier ?Car malgré leur fermeté, les Européens n\u2019ont aucune envie d\u2019un « no deal » aux conséquences potentiellement catastrophiques.En guise de pression, les Vingt-Sept continuent toutefois d\u2019affirmer qu\u2019ils travaillent sur ce scénario.M.Juncker a annoncé que l\u2019exécutif européen publierait mercredi 19 décembre « toutes les informations généralement utiles qui concernent la préparation d\u2019un no deal ».« Il faut aussi se préparer au pire », dit M.Rutte.Ce texte a été publié le 14 décembre 2018 à lemonde.fr.Ce que je comprends c\u2019est que finalement il est presque toujours impossible de prouver une agression sexuelle PATRICIA TULASNE » La fonction du droit criminel n\u2019est pas de donner un sentiment de justice envers la victime, c\u2019est de punir un crime RACHEL CHAGNON » Theresa May a répété qu\u2019elle était sûre d\u2019obtenir une majorité à Westminster, à condition de pouvoir convaincre ses députés que le Royaume-Uni ne serait pas « coincé » indéfiniment dans la solution du filet de sécurité.ALASTAIR GRANT / POOL / AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019art de se faire des amis F rançois Legault ne connaît pas très bien le Canada anglais.Pour un homme qui est en politique depuis 20 ans, il était pour le moins étonnant qu\u2019il soit incapable de nommer la seule province officiellement bilingue.Le premier ministre n\u2019est pas non plus un virtuose de l\u2019anglais, même s\u2019il est parfaitement capable de se faire comprendre.Lors du débat télévisé organisé par un consortium de médias anglophones, Philippe Couillard et Jean-François Lisée étaient nettement plus à l\u2019aise.En cela, M.Legault est tout à fait représentatif d\u2019un grand nombre de Québécois, qui sont plutôt indifférents à ce qui se passe dans le reste du pays et ne font pas un grand effort pour apprendre l\u2019anglais.La différence est que ses fonctions ne lui laissent d\u2019autre choix que d\u2019entretenir des relations avec ses homologues canadiens et, si possible, de créer certaines complicités.Robert Bourassa ne maîtrisait pas mieux la langue de Shakespeare et il trouvait le Canada anglais profondément ennuyeux.Il avait toutefois compris que le Québec avait besoin d\u2019alliés.Dans les années 1970, il s\u2019était appliqué à tisser des liens avec le premier ministre de l\u2019Alberta, Peter Lou- gheed.Dans les négociations qui ont mené à l\u2019accord du lac Meech, son plus fidèle allié, outre Brian Mulroney, avait été le premier ministre de l\u2019Ontario, David Peterson.M.Legault a beau être devenu un fier Canadien, il n\u2019a pas été initié aux arcanes du fédéralisme, et pour cause ; pendant des années, la seule chose qui l\u2019intéressait était d\u2019en sortir.Maintenant qu\u2019il a décidé d\u2019y rester, il découvrira qu\u2019il vaut mieux ne pas être isolé dans ce panier de crabes.Malgré les réactions négatives qu\u2019ont provoquées ses remarques sur l\u2019énergie « sale » produite dans l\u2019ouest du pays, par opposition à la propreté de notre hydroélectricité, il paraissait ravi de sa performance à la récente conférence des premiers ministres et la plupart des Québécois l\u2019ont également appréciée.Objectivement, M.Legault avait raison.Le pétrole tiré des sables bitumineux est indéniablement sale et il serait préférable que l\u2019Ontario se mette à l\u2019hydroélectricité plutôt que de rénover ses centrales nucléaires.Il est tout aussi évident que l\u2019acceptabilité sociale qui permettrait de ressusciter le projet de pipeline Énergie Est manque totalement.Toute vérité n\u2019est cependant pas bonne à dire.Au moment où le Québec remportait le gros lot de la péréquation, alors que son économie et ses finances publiques font l\u2019envie de plusieurs, il aurait été plus avisé de conserver un profil bas.Déjà le Québec traîne la réputation d\u2019être l\u2019enfant gâté de la fédération.Il est sans doute enrageant de se voir reprocher de profiter de la péréquation, alors qu\u2019Ottawa favorise depuis des décennies le développement industriel de l\u2019Ontario et le pétrole de l\u2019Ouest, mais la fanfaronnade n\u2019effacera pas les préjugés.Elle ne peut que les alimenter.La mémoire collective peut être très longue.Clyde Wells, qui s\u2019était allié à Jean Chrétien pour torpiller l\u2019accord du lac Meech, était sans doute un trudeauiste convaincu, mais l\u2019opinion publique terre-neuvienne avait aussi sur le cœur le contrat de Churchill Falls, qu\u2019elle voit toujours comme une arnaque.Le « nouveau projet pour les nationalistes du Québec », que M.Legault avait présenté avec enthousiasme en congrès ca- quiste, contenait des demandes qui pouvaient faire l\u2019objet de négociations bilatérales entre Québec et Ottawa, mais bon nombre d\u2019entre elles ne pourraient être satisfaites qu\u2019avec l\u2019accord de sept provinces totalisant 50 % de la population canadienne, tandis que d\u2019autres nécessiteraient l\u2019unanimité.Cela suppose que le Québec trouve suffisamment d\u2019alliés et évite autant que possible de se faire des ennemis irréductibles.Il est vrai que le dossier constitutionnel semble loin d\u2019être prioritaire pour le gouvernement Legault.Le premier ministre n\u2019y a fait aucune allusion dans son discours d\u2019ouverture, ni ailleurs.Encore un peu et il va reprendre le refrain libéral du fruit qui n\u2019est pas encore mûr.Les grands rendez-vous constitutionnels sont des moments exceptionnels dans la vie du merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes.Le quotidien n\u2019en est pas moins fait de négociations permanentes sur une infinité de sujets, dont les résultats dépendent des rapports de force et des jeux d\u2019alliance.M.Legault rêve du jour où le Québec pourra se passer de péréquation, mais il reconnaît qu\u2019il faudra encore « quelques décennies » avant qu\u2019il rejoigne le niveau de richesse du reste du Canada.Autrement dit, une éternité.Pour le moment, c\u2019est grâce à elle que son gouvernement peut disposer de plantureux surplus.Il y a déjà longtemps que les provinces qui ne touchent pas de péréquation dénoncent la part accaparée par le Québec, même s\u2019il est la province bénéficiaire qui en reçoit le moins par habitant.L\u2019Ontario de Doug Ford vient de se joindre à celles qui réclament une révision de la formule de calcul.Pour l\u2019heure, Ottawa s\u2019y refuse, mais ce n\u2019est que partie remise.À ce moment-là, le Québec aura bien besoin d\u2019alliés.MICHEL DAVID Le débat est nébuleux et imprécis sur ce que les Britanniques veulent comme relation après le divorce, il faut des clarifications JEAN-CLAUDE JUNCKER » M. Legault a beau être devenu un fier Canadien, il n\u2019a pas été initié aux arcanes du fédéralisme, et pour cause ; pendant des années, la seule chose qui l\u2019intéressait était d\u2019en sortir Le fardeau de la preuve est le même qu\u2019on soit victime d\u2019une agression sexuelle, d\u2019un meurtre ou d\u2019un vol qualifié ME SYLVIE LEMIEUX » [Le système criminel] est calibré en fonction de la punition et de la stigmatisation, l\u2019étiquetage en tant que criminel, non en fonction du vécu des plaignantes ANNE-MARIE BOISVERT » suggère l\u2019implantation d\u2019un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelles et conjugales.Mme Hivon soulève que la preuve pour crime sexuel ne devrait peut-être plus reposer sur les mêmes critères que celle pour vol de dépanneur.« Ce serait intéressant de voir que ce n\u2019est pas un crime comme les autres et que, oui, la preuve, elle n\u2019est pas toujours parfaite, parce que le traumatisme vient avec des trous de mémoire, avec le fait que des fois on va vouloir revoir l\u2019agresseur pour comprendre des choses, pour savoir ce qui s\u2019est passé vraiment », fait-elle valoir.Le premier ministre François Legault s\u2019est lui aussi dit inquiet de la perception du système qu\u2019ont certaines victimes de crimes sexuels et s\u2019est dit ouvert aux propositions de Mme Hivon.Il a toutefois rappelé que le droit criminel est de compétence fédérale.Vendredi, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s\u2019est à son tour dit ouvert à une révision du Code criminel pour que davantage de plaintes mènent à des accusations.« Tout le processus, y compris la présomption d\u2019innocence, est centré sur l\u2019accusé parce que l\u2019objet de tout le processus est de le condamner lui et de le punir lui.La question est de savoir, ultimement, si on est convaincus que l\u2019accusé mérite la punition qu\u2019on va lui infliger », rappelle Anne-Marie Bois- vert, professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal.« [Le système criminel] est calibré en fonction de la punition et de la stigmatisation, l\u2019étiquetage en tant que criminel, non en fonction du vécu des plaignantes, même si leur vécu est très important.On peut bien se demander si on devrait criminaliser la négligence ou si on devrait abaisser la norme de preuve.Mais cette réflexion ne peut pas faire l\u2019économie d\u2019une réflexion sur l\u2019intensité de la stigmatisation et sur l\u2019intensité de la peine », dit-elle.Avec La Presse canadienne VOIR PAGE B 10 : L\u2019ÉDITORIAL DE BRIAN MYLES, UNE AFFAIRE MAL CLASSÉE LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 Cadeau pour la cause B 6 Section spéciale NOus leur ouvrons notre porte ouvrez-leur votre cœur chezdoris.org un don qui redonne espoir Chez Doris est un refuge de jour qui offre un environnement sécuritaire et fournit de la nourriture, des conseils et des services indispensables aux femmes qui font face à l'itinérance, la pauvreté, la maladie mentale et la toxicomanie.Votre contribution financière est essentielle.L\u2019organisme Stairway, partenaire de longue date de l\u2019Œuvre Léger, a pour mission la protection des enfants vivant dans les rues de la capitale philippine.A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale D ans les rues de Manille, des dizaines de milliers d\u2019enfants vivent, totalement livrés à eux-mêmes.Une réalité insupportable et difficile à imaginer.« Ce ne sont pas des choses qui existent ici au Québec, des enfants qui vivent dans la rue», souligne Anna Tyszkiewicz, gestionnaire du programme Asie pour l\u2019Œuvre Léger.C\u2019est donc pour ces centaines de jeunes, très souvent victimes d\u2019abus, que la fondation Stairway agit au quotidien.Sa mission principale : recueillir et soigner les adolescents dans son centre de Puerto Galera.Sur l\u2019île de Mindoro, véritable oasis philippine de paix et de verdure, l\u2019immense centre de Stairway propose un programme de résidence pour les garçons adolescents qui vivent dans la rue.« Tout est volontaire, les enfants ne sont pas forcés, ils prennent eux- mêmes la décision de participer aux programmes », précise Anna Tyszkie- wicz.Pendant près d\u2019un an \u2014 ou plus si nécessaire \u2014, les intervenants de Stair way tentent de réadapter ceux qui sont passés par la rue et les centres de détentions.Ces jeunes, une quinzaine à la fois, par ticipent à des thérapies individuelles et de groupes, suivent un enseignement scolaire régulier, mais aussi des formations professionnelles et techniques.Ils peuvent pratiquer des activités ludiques, sportives et culturelles, comme le théâtre ou le basket.«Stairway fait beaucoup de travail avec les travailleurs sociaux pour apprendre aux enfants de ne pas juste sortir physiquement de la rue, mais aussi d\u2019en sortir psychologiquement et émotivement », précise Anna Tysz- kiewicz.En plus, pour qu\u2019ils se sentent plus à l\u2019aise, les jeunes participants sont accompagnés par un intervenant qui a lui-même suivi le cheminement avec Stair way.Un long travail qui por te souvent ses fr uits, selon Mme Tyszkiewicz.«Les enfants reviennent ensuite à Manille, ils vont dans des centres, des familles d\u2019accueil ou dans leur famille et Stairway garde un contact avec eux même plusieurs années après pour être sûr que tout se passe pour le mieux», ajoute-t-elle.Agir pour les enfants En dehors des activités sur l\u2019île, l\u2019organisme œuvre en véritable chef de file pour la protection des enfants aux Philippines.Il est partenaire du Département de l\u2019Éducation du pays et membre de l\u2019équipe nationale de formation sur la protection de l\u2019enfance, la sécurité en ligne et la cyberintimidation.De plus, la fondation accompagne les enfants lorsque ceux-ci arrivent dans les postes de police philippins, afin de faciliter le dialogue.«C\u2019est difficile de parler des parties intimes avec les jeunes, donc Stairway a par exemple doté chaque poste de police de poupées pour aider à la compréhension», présente Mme Tysz- kiewicz.Par ailleurs, chaque année, la fondation offre aux policiers une formation sur la prévention de l\u2019exploitation sexuelle des enfants.En outre, la campagne nationale « Briser le silence » compte parmi ses membres une trentaine d\u2019organisations philippines.La fondation a développé une méthodologie visant là aussi la prévention des abus sexuels envers les jeunes.« À l\u2019Œuvre Léger, nous souhaitons prendre la formation Break the Silence et la transposer à un de nos partenaires qui travaille avec les enfants au Kenya.Cela serait une transition avec un par tenaire, qui pourrait agir comme un consultant, comme l\u2019organisme qui partage son savoir », lance Anna Tyszkiewicz, précisant que cela est déjà fait dans plusieurs autres pays d\u2019Asie.Partenaire de longue date Cela fait près de 20 ans que l\u2019Œuvre Léger est partenaire de la fondation Stairway, fondée par Lars C.Jorgen- sen, d\u2019origine danoise, et Monica D.Ray, d\u2019origine américaine, venus tous les deux aux Philippines pour aider les enfants vivant dans les rues.« On va choisir les partenaires quand ils sont encore naissants, embryonnaires, on les accompagne jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient indépendants, on fait beaucoup de renforcement de capacités pour que l\u2019organisme devienne vraiment solide et capable de réussir sa mission de trouver des fonds pour ses activités », détaille Anna Tyszkiewicz.Si Stairway est déjà capable de survivre sans la contribution de l\u2019Œuvre Léger, celle-ci désire lui permettre d\u2019innover encore plus.Par exemple, les partenaires travaillent actuellement au développement d\u2019une plateforme de cy- berapprentissage pour répondre aux droits des enfants aux Philippines et à travers le monde.Briser le silence autour de la maltraitance Alors que l\u2019heure est au bilan en ce mois de décembre, les organismes d\u2019aide aux personnes itinérantes tirent un triste constat de l\u2019année 2018: celui d\u2019une forte augmentation de l\u2019itinérance.Partout, les besoins se font criants, mais particulièrement du côté des ressources pour femmes.Des organismes tentent de trouver des solutions.R A P H A Ë L L E C O R B E I L Collaboration spéciale « L a fréquentation des ressources n\u2019a pas dérougi pendant l\u2019année », résume Pierre Gaudreau, directeur du Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), en entrevue téléphonique.«On est passés de 205 000 à 230 000 nuitées enregistrées juste pour les hommes.» Du côté des femmes, les refuges ont enregistré un nombre record de fréquentation.La Maison Marguerite a observé une augmentation moyenne de 134 % par mois en 2018.En entrevue téléphonique avec Le Devoir, Martine Rousseau, directrice générale de la Maison Marguerite, découvrait les chiffres avec effarement alors que l\u2019heure est au bilan.« Le pire mois a été celui de septembre.En 2017, on avait répertorié 600 refus de demandes d\u2019hébergement, tandis qu\u2019en septembre 2018, on a dû en refuser 2067.Il s\u2019agit d\u2019une augmentation de 244 % par rapport à septembre 2017.C\u2019est du jamais vu», laisse-t-elle tomber.La directrice explique cette augmentation par plusieurs facteurs : le vieillissement de la population vulnérable, la question de l\u2019isolement social grandissant, une difficulté accrue dans l\u2019accès aux logements abordables, salubres et sécuritaires, l\u2019augmentation des problématiques de santé physique et psychologique.« L\u2019appauvrissement est un facteur majeur d\u2019arrivée à la rue des femmes, surtout chez les aînées.On voit des dames de plus de 50 ans qui se retrouvent à la rue pour la première fois de leur vie », explique-t-elle.Pierre Gaudreau du RAPSIM fait savoir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un « problème dramatique qui perdure et qui persiste année après année ».Les ressources comme la Maison Marguerite, l\u2019Auberge Madeleine et la Rue des femmes doivent en effet refuser chaque jour des demandes d\u2019hébergement d\u2019urgence, faute de places.«On finit l\u2019année avec un portrait très inquiétant», résume M.Gaudreau.Itinérance au féminin Difficile d\u2019avancer une évaluation exacte de l\u2019itinérance féminine puisque les données officielles ne reflètent pas la réalité de ces femmes vulnérables.Nombre d\u2019entre elles cachent leur situation.Elles se promènent d\u2019un hébergement à l\u2019autre, ou alors se reposent dans des refuges de jour comme Chez Doris, passent la nuit dans un McDo ou un Tim Hortons.«L\u2019itinérance des femmes est encore plus cachée que celle des hommes, donc plus dif ficile à répertorier.Certaines d\u2019entre elles ne veulent pas du tout collaborer aux sondages», explique Mme Rousseau de la Maison Marguerite.La directrice générale de Chez Doris, Marina Boulos, estime pour sa part que 25 % de la population itinérante est constituée de femmes.« Or, sur les 1000 lits disponibles pendant l\u2019hiver, seulement une centaine est réservée aux femmes.Il y a un manque criant de ressources pour les femmes la nuit », insiste-t-elle.Itinérance : des r En plus d\u2019avoir un toit au-dessus de la tête, ce jeune Philippin reçoit un enseignement scolaire régulier.STAIRWAY Alors que les appels à la solidarité et à la générosité sont nombreux en cette période de Fêtes, Le Devoir fait le bilan de l\u2019année qui s\u2019achève avec quelques organismes.Coup d\u2019œil sur leurs réalisations, défis et besoins.« Sur les 1000 lits disponibles pendant l\u2019hiver, seulement une centaine est réservée aux femmes.Il y a un manque criant de ressources pour les femmes la nuit.» LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 B 7 Cadeau pour la cause Section spéciale AIDEZ AUJOURD\u2019HUI Le temps presse.Les ressources s\u2019épuisent.Les enfants au Yémen ont besoin de votre aide.Magasinez au cadeauxdesurvie.ca © U N I C E F / U N 0 5 0 3 0 2 / A l - Z i k r i Ce Noël, partagez le chemin des 68,5 millions d\u2019enfants, de femmes et d\u2019hommes forcés de fuir leur foyer.Votre don est bien plus qu\u2019un simple geste, il transforme des vies.DONNEZ GÉNÉREUSEMENT 1 888 234 8533 | devp.org Cette section a été produite par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.La rédaction du Devoir n\u2019a pas pris part à la production de ces contenus.ressources plus que nécessaires Contrairement aux hommes, les femmes vivent leur itinérance de façon plus cachée.ANNIK MH DE CAFUREL LE DEVOIR Le centre de jour pour femmes Chez Doris a pour sa part vu une augmentation de 20 % de sa clientèle en 2018.Chez Doris, cette augmentation est principalement due aux demandeuses d\u2019asile ayant traversé la frontière canado-améri- caine, indique la directrice générale.«On reçoit en moyenne 1400 femmes par année.Dorénavant, on s\u2019attend à en recevoir 2000 », avance-t-elle.Avec un chèque d\u2019aide sociale de 633 $ par mois, les nouvelles arrivantes doivent jongler avec les aléas de la bureaucratie, trouver un logement convenable, un propriétaire qui les accepte, en plus de devoir composer bien souvent avec des problèmes de santé.Plusieurs se retrouvent alors à la rue.Une bonne nouvelle pour Chez Doris Une bonne nouvelle donne par ailleurs un vent d\u2019espoir à l\u2019équipe de Chez Doris.L\u2019organisme de bienfaisance s\u2019est vu offrir cette année un don exceptionnel de 1 million de dollars.Il s\u2019agit d\u2019un don d\u2019un particulier : Andrew Harper (qui n\u2019a aucune parenté avec l\u2019ancien premier ministre), au nom de son épouse Carole, décédée.« On existe depuis 41 ans, et c\u2019est du jamais vu ! » s\u2019exclame Mme Boulos au bout du fil.« Le but du don était de développer le logement.On a donc acheté un immeuble cet automne dans le but d\u2019ouvrir un refuge d\u2019urgence pour femmes en 2020.Nous souhaitons pouvoir offrir entre 20 et 22 lits.» Pour l\u2019instant, l\u2019organisme Chez Doris n\u2019offre pas d\u2019hébergement la nuit, mais des services de jour incluant des repas, des activités récréatives et du soutien psychosocial.Le don généreux permettra à l\u2019organisme d\u2019élargir considérablement sa mission.L\u2019importance des dons Leur équipe compte amasser encore plus d\u2019argent pour concrétiser leur projet, soit 750 000 $ pour les rénovations, les meubles et le matériel destinés au nouveau bâtiment.Chez Doris a également comme projet d\u2019inaugurer une résidence permanente de 26 unités en collaboration avec la Société d\u2019habitation de Montréal en 2020.« On aimerait pouvoir offrir des logements permanents afin de permettre aux femmes de sortir de la rue.» Ce projet d\u2019envergure nécessitera d\u2019amasser 365 000 $ supplémentaires.L\u2019organisme est financé à 29 % par des dons individuels, à 30 % par des subventions fédérales, provinciales et municipales, à 26 % par des Fondations, et à 9 % par Centraide, peut- on lire sur son site Internet.Pierre Gaudreau du RAPSIM souligne l\u2019importance des dons privés et de l\u2019engagement de toute la société dans la problématique de l\u2019itinérance.Il se réjouit que les gens s\u2019impliquent encore plus qu\u2019avant : soit en donnant de l\u2019argent, du matériel, de la nourriture, mais aussi en tant que bénévoles.« Évidemment, ça n\u2019enlève pas le besoin de financement public, insiste celui qui attend plus d\u2019engagement de la CAQ.Mais quelque part, ça joue aussi sur l\u2019ouverture des députés.Quand les politiciens voient que les gens sont motivés, ça montre l\u2019ampleur des besoins et de la solidarité.Ça peut encourager les responsables du gouvernement à déployer les moyens nécessaires», conclut-il.Généreux, les Québécois ?Les Québécois ont-ils donné un peu, beaucoup ou passionnément en 2018 ?Portrait en quelques chiffres des dons individuels au Québec effectués au cours de l\u2019année.54 % En 2018, 54 % des Québécois ont fait un don.Les donateurs québécois sont majoritairement issus de la génération des baby-boomers et des 73 ans et plus.224 $ En combinant les dons déclarés et non déclarés en 2018, on observe que les Québécois donnent en moyenne 224 $ par année.Si on exclut du calcul ceux qui n\u2019ont pas donné, le montant moyen du don en 2018 est plutôt de 336 $.2/3 Les deux tiers des Québécois prévoient qu\u2019en 2019, ils donneront autant (52 %) ou plus (15 %) qu\u2019en 2018.Une plus grande proportion des représentants des générations Y et Z prévoient de donner plus en 2019 qu\u2019en 2018.Source : Étude sur les tendances en philanthropie au Québec en 2020 réalisée par Épisode B 8 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 DANIEL WOOLLS LUCIE AUBOURG À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE Michael Cohen, cet ex-avocat de Donald Trump condamné par la justice, a affirmé vendredi, dans une entrevue télévisée à Good Morning America que le président américain n\u2019ignorait rien de l\u2019illégalité de versements effectués à deux anciennes maîtresses supposées en échange de leur silence.Pour son ancien homme de confiance, le milliardaire républicain savait « bien sûr » que les paiements effectués lors de la campagne de 2016 à Stormy Daniels, une actrice pornographique, et Karen McDougal, une playmate, étaient « répréhensibles ».Donald Trump a agi ainsi parce qu\u2019il était « très inquiet des effets que [les affirmations des deux femmes] auraient pu avoir sur l\u2019élection », a poursuivi Michael Cohen dans de premières déclarations publiques depuis sa condamnation jeudi à trois ans de prison par un tribunal de New York.Donald Trump, qui nie toute relation avec les deux femmes, assure de son côté qu\u2019il n\u2019a jamais demandé à Michael Cohen de violer la loi et fait porter à l\u2019avocat la responsabilité d\u2019éventuelles erreurs.Cohen, 52 ans, a notamment été condamné pour avoir organisé le paiement de 280 000 $ aux deux femmes afin d\u2019acheter leur silence et d\u2019ainsi « influencer l\u2019élection » présidentielle de 2016.Pour la justice, ces versements constituent une violation des lois sur le financement des campagnes électorales.Le dossier sur ces versements d\u2019argent est venu s\u2019ajouter à l\u2019enquête sur les ingérences russes dans la campagne de 2016 et une éventuelle collusion entre Moscou et l\u2019équipe Trump que mène le procureur spécial Robert Mueller.Michael Cohen a affirmé que, selon lui, Donald Trump ne disait pas la vérité à propos de cette enquête.Trump n\u2019était pas dupe, dit Cohen Le président savait les risques légaux en versant de l\u2019argent à deux maîtresses supposées Attentat de Strasbourg Le marché de Noël reprend vie\u2026 sous l\u2019œil des soldats CHARLOTTE PLANTIVE À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE La mort d\u2019une fillette guatémaltèque de 7 ans la semaine dernière, quelques heures après son arrestation par des gardes-frontières américains, souligne le sort alarmant de milliers d\u2019enfants migrants qui franchissent illégalement la frontière sud des États-Unis.La petite fille est morte de déshydratation et d\u2019épuisement après avoir traversé cette frontière, avec son père, au niveau du désert du Nouveau-Mexique, a révélé jeudi le Washington Post.Les autorités ont confirmé son décès, survenu le 8 décembre, mais indiquent que les causes de la mort ne seront pas connues avant le résultat de l\u2019autopsie.Le gouvernement de Donald Trump et l\u2019opposition démocrate, engagés dans un bras de fer sur le mur que le président réclame à la frontière avec le Mexique, n\u2019ont pas tiré les mêmes conclusions de la tragédie.La petite fille et son père avaient traversé illégalement la frontière au sein d\u2019un groupe de 163 migrants.Une fois arrivés sur le sol américain, le soir du 6 décembre, ils s\u2019étaient rendus aux gardes-frontières.«Elle est morte à l\u2019hôpital [d\u2019El Paso] moins de 24 heures après son admission », selon le ministère de la Sécurité intérieure.Une enquête a été ouverte pour déterminer si «toutes les politiques appropriées ont bien été suivies ».Le gouvernement a assuré avoir « fait de son mieux » pour empêcher cette tragédie et a pointé du doigt les parents de la fillette.« Cette famille a choisi de traverser illégalement » la frontière, a déclaré la ministre de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen.Lutte politique La Maison-Blanche a pour sa part attaqué les démocrates.Cette mort « tragique » « aurait pu être évitée » si tous les élus s\u2019étaient entendus pour « décourager » les étrangers de traverser illégalement la frontière.« Nous espérons que les démocrates vont rejoindre le président », a déclaré un de ses porte- parole, Hogan Gidley.Les démocrates refusent actuellement de voter le financement du mur à la frontière avec le Mexique, promesse de campagne du magnat de l\u2019immobilier.Le président a menacé d\u2019aller jusqu\u2019à la paralysie du gouvernement s\u2019ils ne cédaient pas.Vendredi, ils ont manifesté leur effroi quant à la mort de la fillette et renvoyé la balle dans le camp présidentiel.« La politique de tolérance zéro » contre l\u2019immigration illégale prônée par le président Trump a entraîné « une escalade dans le traitement cruel des immigrés », a estimé Enrique Gutiér- rez, porte-parole du Parti démocrate sur les questions hispaniques.« Quand le gouvernement Trump insiste pour militariser la frontière et poursuivre la construction du mur, il pousse des gens qui fuient la violence dans les régions désertiques », a également estimé Cynthia Pompa, une des responsables de la puissante organisation des droits de l\u2019homme ACLU.Plus de 2300 mineurs avaient été séparés de leur famille entre le 5 mai et le 9 juin au nom de cette politique de « tolérance zéro ».L\u2019indignation avait été telle aux États-Unis et dans le monde que le président avait été obligé de revoir sa copie, en interdisant par décret la séparation systématique des familles.Près de 15 000 mineurs non accompagnés se trouvent actuellement dans l\u2019une des structures d\u2019accueil de l\u2019Office de réinstallation des réfugiés (ORR) en attendant d\u2019être remis à un parrain, souvent un membre de la famille déjà installé aux États-Unis.Ces mineurs, aux trois quarts âgés de plus de 14 ans, très majoritairement de sexe masculin (71 %), originaires du Guatemala (54 %), du Salvador (12 %) ou du Honduras (26 %), passent en moyenne 60 jours dans l\u2019un des 100 foyers gérés par l\u2019ORR.Un décès tragique qui en dit long sur le sort des migrants Une fillette guatémaltèque est morte de déshydratation et d\u2019épuisement E N B R E F Paris se prépare à une nouvelle mobilisation des gilets jaunes PARIS \u2014 Les gilets jaunes seront-ils dans la rue samedi pour une cinquième journée de manifestation en France?Les protestataires semblaient déterminés vendredi malgré l\u2019appel au calme du président Emmanuel Macron et les inquiétudes des commerçants.«Au- jourd\u2019hui, notre pays a besoin de calme, il a besoin d\u2019ordre», a déclaré vendredi à Bruxelles le président français.Les gilets jaunes, mobilisés depuis un mois pour plus de justice sociale et contre la politique gouvernementale, appellent de nouveau à se rassembler à Paris et dans les autres villes de France samedi, en dépit des annonces faites lundi par le président Macron, qui incluent une hausse de 100euros par mois pour les salariés payés au salaire minimum.Agence France-Presse Yémen : sitôt décrété, le cessez-le-feu est mis à mal NEW YORK \u2014 L\u2019envoyé spécial de l\u2019ONU pour le Yémen, Martin Grif- fiths, a réclamé vendredi au Conseil de sécurité le déploiement d\u2019observateurs internationaux au plus vite dans la ville portuaire yéménite de Ho- deïda, où de premiers affrontements ont été signalés malgré le cessez-le- feu conclu jeudi.Vendredi soir, des habitants ont fait état de tirs intermittents, d\u2019autres de tirs d\u2019artillerie.Selon des diplomates, quelque 30 à 40 observateurs pourraient être déployés à Hodeïda, une ville où vivent environ 600 000 personnes et qui est contrôlée par les rebelles houthis et encerclée par les forces gouvernementales.L\u2019ONU a obtenu jeudi une trêve dans plusieurs régions du Yémen à l\u2019issue de consultations de paix en Suède.Agence France-Presse Mick Mulvaney, à Washington en avril MARK WILSON / GETTY IMAGES / AFP Au lendemain de la mort de Chérif Chekatt, l\u2019auteur de l\u2019attentat perpétré mardi au marché de Noël de Strasbourg, sept membres de son entourage étaient toujours en garde à vue vendredi, tandis que les enquêteurs français poursuivaient leur travail pour « trouver d\u2019éventuels complices » du djihadiste.Vendredi, la vie avait repris son cours dans la capitale alsacienne, près de la frontière allemande, avec la réouverture du marché de Noël.Le président Emmanuel Macron a déposé dans la soirée une rose blanche devant un lieu de recueillement improvisé, tandis que des militaires entonnaient autour de lui une Marseillaise.Une quatrième victime de l\u2019attaque, un journaliste italien, a succombé à ses blessures.Le groupe État islamique a affirmé que Chekatt était l\u2019un de ses « soldats » peu après sa mort.Cette revendication a été qualifiée de « totalement opportuniste » par le ministre de l\u2019Intérieur français, Christophe Castaner.CHRISTOPHE ENA ASSOCIATED PRESS ÉTATS-UNIS Trump désigne son chef de cabinet par intérim WASHINGTON \u2014 Le président américain, Donald Trump, a annoncé vendredi le nom de son nouveau chef de cabinet par intérim en lieu et place de John Kelly : Mick Mulvaney, l\u2019actuel directeur du budget à la Maison-Blanche.Fait rare, le président américain a annoncé le départ de John Kelly, général des marines à la retraite avec lequel ses relations se sont dégradées au fil des mois, avant même d\u2019avoir trouvé son successeur.Et les recherches pour un nouveau candidat à ce poste traditionnellement prestigieux, mais pour lequel les poids lourds ne se sont pas bousculés, ont été difficiles.Le « chief of staff » est un homme clé de la présidence américaine.Il est le bras droit du président et le coordonnateur de l\u2019action du gouvernement.Agence France-Presse 15 000 C\u2019est le nombre de mineurs non accompagnés se trouvant actuellement dans l\u2019une des structures d\u2019accueil de l\u2019Office de réinstallation des réfugiés B 9 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 u cours des dernières années, plusieurs polémiques liées à l\u2019immigration et aux signes religieux ostentatoires ont fait irruption dans l\u2019espace public québécois : crise des accommodements raisonnables, charte des valeurs, accueil de réfugiés et, plus récemment, lors de la dernière campagne électorale, la proposition d\u2019un « test des valeurs » qui serait soumis aux immigrants.Au lendemain de son élection, le gouvernement de François Legault a fait resurgir l\u2019idée d\u2019interdire certains signes religieux dans la fonction publique, avec un projet de loi qui serait déposé au printemps 2019.Lors de ces débats, des personnalités politiques, des chroniqueurs, des citoyens et des groupes identitaires ont formulé des discours mobilisant l\u2019histoire du Québec pour réclamer un encadrement plus strict des accommodements raisonnables et des signes religieux.L\u2019analyse d\u2019articles de journaux, de chroniques, de lettres ouvertes et de manifestes, que j\u2019ai réalisée pour la période 2007-2018, révèle le recours à un récit dominant : celui de l\u2019avènement d\u2019une nation moderne, laïque et égalitaire, située dans l\u2019héritage de la Révolution tranquille.Plusieurs sociologues et politologues, dont Caroline Jacquet, ont également observé la mobilisation de ce récit durant les dernières années.Cette stratégie rhétorique soulève plusieurs questions quant à l\u2019usage \u2014 ou l\u2019instrumen- talisation \u2014 de l\u2019histoire comme « argument d\u2019autorité » dans le cadre de débats de société actuels.Modernité, laïcité, égalité Le récit dominant dans ces discours met en scène une histoire du Québec qui se traduit par une longue marche, suivant un progrès linéaire, vers la modernité.La Révolution tranquille et la décléricalisation des institutions publiques sont perçues comme des moments décisifs de cette transition vers la modernité, marquant une rupture avec la Grande Noirceur.Pour plusieurs, ce processus resterait à achever en instaurant ce qu\u2019ils qualifient de «véritable» laïcité de l\u2019État, notamment par l\u2019interdiction du port de signes religieux pour les employés du gouvernement.Ce projet serait en continuité avec la modernisation amorcée durant la Révolution tranquille, ou même plus tôt par certains mouvements de résistance, comme celui qui a mené à la publication du manifeste Refus global.Pour ces intervenants, la laïcité se trouve inscrite dans cette même vision de progrès linéaire.La Déclaration des intellectuels pour la laïcité, publiée en 2010 et cosignée par plusieurs personnalités, dont Bernard Landry et Guy Rocher, en offre un bon exemple.Une partie importante du texte est consacrée à démontrer la place de la laïcité dans l\u2019histoire québécoise, abordant tour à tour la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État défendue par les patriotes, le droit de vote des femmes, la Révolution tranquille et la déconfessionnalisation des structures scolaires.Par cette historicisation, les signataires souhaitent démontrer que l\u2019idée de laïcité au Québec remonterait aux XVIIIe et XIXe siècles et que les débats actuels ne seraient donc pas « une réaction défensive face aux minorités issues de l\u2019immigration récente ».Dans le récit mis en avant, l\u2019égalité pour les femmes et les minorités sexuelles dépendrait du passage vers la modernité et de la mise en place d\u2019un État laïque.De nombreux discours laissent entendre que cette égalité aurait déjà été acquise grâce à la Révolution tranquille et qu\u2019elle serait même inscrite dans les « valeurs fondamentales » de la société québécoise.Une menace venant surtout de l\u2019« extérieur » rendrait toutefois cet acquis précaire : certains accommodements ou signes religieux représenteraient, par leur présence même, un recul pour l\u2019égalité entre les genres.Dans cette logique, l\u2019intervention laïque de l\u2019État viserait alors à protéger et à garantir les droits des femmes, et s\u2019inscrirait même en continuité avec les luttes féministes menées dans les années 1960 et 1970.Histoire ou stratégie rhétorique ?Ce récit a moins à voir avec l\u2019histoire du Québec qu\u2019avec une stratégie rhétorique visant à refuser les accommodements et la présence de signes religieux \u2014 essentiellement ceux associés aux religions musulmane, juive ou sikhe \u2014 au nom d\u2019un passé qui serait à préserver.L\u2019idée que l\u2019histoire du Québec consisterait en un long parcours vers la modernité, avec une séparation marquée entre la Grande Noirceur \u2014 qui sert de repoussoir \u2014 et la Révolution tranquille, ne fait pas l\u2019unanimité parmi les historiens.Plusieurs travaux ont contesté cette rupture en montrant les éléments progressistes de la société québécoise, et même du clergé, avant 1960.De plus, l\u2019idée d\u2019une Révolution tranquille qui nous aurait légué comme valeurs les droits égaux pour les femmes et pour les minorités sexuelles semble invraisemblable pour quiconque s\u2019intéresse aux discours et aux mobilisations des mouvements sociaux de cette époque.Le mouvement de libération des femmes, qui a émergé au tournant des années 1970, visait notamment à lutter contre la subordination juridique, économique, politique, sexuelle et conjugale des femmes, encore bien tangible malgré les réformes de la Révolution tranquille.Il semble risqué de dégager un fil conducteur à partir des débats entourant la laïcité dans l\u2019histoire du Québec.Plusieurs intervenants ignorent les différentes concrétisations sociohisto- riques de la laïcité et lui attribuent plutôt une portée transhistorique.La séparation entre l\u2019Église et l\u2019État défendue par les patriotes peut-elle vraiment être mise en relation avec le mouvement de sécularisation des années 1960, puis avec les récents débats sur les accommodements raisonnables, étant donné que les principes défendus, notamment la décléricalisation, la déconfessionna- lisation ou la sécularisation, n\u2019étaient pas les mêmes et s\u2019inscrivaient dans un contexte fort différent ?Plusieurs spécialistes ayant examiné le recours au concept de laïcité au Québec, dont la sociologue Micheline Milot, révèlent que ce dernier a été peu utilisé jusque dans les années 1990.C\u2019est surtout au début des années 2000 qu\u2019il a émergé dans les débats portant sur les religions minoritaires, A Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Camille Robert Candidate au doctorat en histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal Quand l\u2019histoire s\u2019invite dans les débats sur les signes religieux Plusieurs observateurs ont brandi dans leur discours l\u2019avènement d\u2019un Québec moderne, laïque et égalitaire, situé dans l\u2019héritage de la Révolution tranquille Une photographie non datée d\u2019une religieuse et de sa classe dans une école primaire du Québec.SOURCE PROVINCE DE QUÉBEC La mobilisation de la laïcité renvoie donc moins à un récit traversant l\u2019histoire québécoise qu\u2019à une réponse défensive au « problème » du pluralisme religieux » notamment dans le contexte post-11- Septembre et à l\u2019occasion de la crise des accommodements raisonnables.La mobilisation de la laïcité renvoie donc moins à un récit traversant l\u2019histoire québécoise qu\u2019à une réponse défensive au « problème » du pluralisme religieux.Reculs importants En ce qui concerne l\u2019égalité entre les genres, les travaux de plusieurs historiens ont dévoilé qu\u2019elle n\u2019était pas nécessairement liée à la modernité et à la laïcité.Ainsi, il est possible de constater des reculs importants dans la condition des femmes à de nombreux moments associés à la modernisation ou à la laïcisation.À titre d\u2019exemple, l\u2019historien Allan Greer observe une « masculinisation » de la citoyenneté et de la politique lors des rébellions de 1837-1838, alors que les femmes ont été reléguées à l\u2019espace domestique.Trois ans plus tôt, les femmes propriétaires avaient perdu leur droit de suffrage à l\u2019initiative des députés patriotes, qui défendaient pourtant des valeurs de républicanisme et de laïcité.Plus d\u2019un siècle plus tard, au moment de la décléricalisation des établissements scolaires et hospitaliers dans la foulée de la Révolution tranquille, les sociologues Danielle Juteau et Nicole Laurin ont souligné que ce sont surtout les hommes qui ont profité des nouveaux postes de pouvoir dans le secteur public, au détriment des femmes et particulièrement des religieuses.S\u2019éloigner du récit Selon l\u2019historienne Joan Scott, la laïcité et la modernité auraient introduit « un nouvel ordre de subordination des femmes » en instituant la séparation entre les sphères privée et publique, séparation qui se serait vue renforcée par un discours soi-disant rationnel et scientifique.Elle montre que la laïcité n\u2019a, en fait, jamais été instituée pour garantir l\u2019égalité hommes-femmes dans la modernité occidentale.Dans le contexte français, ce n\u2019est qu\u2019au XXIe siècle que l\u2019égalité est devenue une préoccupation importante aux yeux des politiciens, et ce, toujours face à l\u2019islam.Les notions de modernité, de laïcité et d\u2019égalité doivent donc être interrogées en fonction de leurs significations, selon le contexte et les gens qui les portent, pour révéler les rapports sociaux qui les sous-tendent.Comme le souligne la sociologue Leila Benhadjoudja, le récit d\u2019une longue marche vers un État moderne, laïque et égalitaire, qu\u2019elle qualifie de « sécularonationaliste », alimente un antagonisme entre la conception d\u2019un « Nous » québécois laïque, féministe et pro-LGBTQI et d\u2019un « Eux » musulman homophobe et sexiste.Il semble alors important de déconstruire les oppositions binaires entre laïcité et fondamentalisme religieux, entre libération des femmes par la laïcité et oppression des femmes par les pratiques religieuses.Celles-ci minent les débats et empêchent de comprendre comment, dans plusieurs circonstances, les pratiques religieuses peuvent être émancipatrices pour certaines femmes et que, dans d\u2019autres, la laïcité peut constituer une perte de leur pouvoir.Bien qu\u2019il soit nécessaire de tenir des débats sur la place que nous souhaitons accorder aux accommodements et aux signes religieux \u2014 et conséquemment aux individus et aux groupes concernés \u2014, le passé ne devrait pas s\u2019imposer dans ces discussions comme argument d\u2019autorité, avec des symboles et des valeurs transhistoriques à préserver.L\u2019histoire ne constitue pas un ensemble de leçons qui nous permettrait de trancher, aujourd\u2019hui, lors de controverses.Si l\u2019histoire peut nous être utile, c\u2019est moins comme une série de récits figés à mettre à la disposition d\u2019un public qu\u2019en tant que pratiques et approches critiques face au passé, tout en offrant \u2014 autant que possible \u2014 des outils pour l\u2019interpréter.Avec l\u2019arrivée prochaine d\u2019un autre projet de loi sur les signes religieux, il semble plus important de réfléchir en tournant, cette fois, notre regard vers l\u2019avenir.Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël, dnoel@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir d\u2019histoire, www.ledevoir.com/so- ciete/le-devoir-de-philo-histoire Camille Robert l est difficile de ne pas voir l\u2019aboutissement de l\u2019affaire Rozon comme un pétard mouillé, tant du point de vue des victimes alléguées du producteur qu\u2019en ce qui concerne les défenseurs acharnés de la présomption d\u2019innocence.Ni l\u2019un ni l\u2019autre de ces groupes ne trouvera réconfort dans la décision prise par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a finalement retenu une seule plainte d\u2019agression sexuelle sur quatorze contre Gilbert Rozon.Pour les victimes, portées par un vaste courant de sympathie dans la foulée du mouvement #MoiAussi, cette décision est une énième preuve accablante de l\u2019incurie du système judiciaire en matière de sanction des agressions sexuelles.Pour d\u2019autres, le battage entourant Gilbert Ro- zon \u2014 toute cette couverture médiatique pour si peu de résultats \u2014 vient faire la démonstration que le tribunal des réseaux sociaux n\u2019est qu\u2019une forme moderne de lynchage symbolique, un procédé par lequel le droit à la présomption d\u2019innocence est irrémédiablement compromis.Ce fameux droit à la présomption d\u2019innocence est invoqué à tous crins, sans guère de réflexion sur ses assises.Le droit à la présomption d\u2019innocence n\u2019empêche pas la critique, la dénonciation publique, l\u2019enquête journalistique, le règlement de comptes sur les réseaux sociaux.Il trouvera son ultime application dans une cour de justice.Gilbert Rozon aura droit à un procès juste et équitable devant un juge qui saura demeurer neutre et impartial.C\u2019est le propre d\u2019une société basée sur la primauté du droit, un acquis précieux que nous envient les populations de bien des pays autocratiques à travers le monde.Ce droit est fondamental, et malgré la déception qu\u2019inspire l\u2019affaire Rozon, il doit être maintenu dans son intégralité.S\u2019il fallait abaisser le fardeau de preuve requis dans un procès pour agression sexuelle, ou encore instaurer un système inquisitoire, en forçant l\u2019agresseur présumé à témoigner, il en résulterait une érosion de la primauté du droit, qui se verrait lentement mais sûrement grugée par l\u2019arbitraire.Affaire classée?Au contraire.La nouvelle ministre de la Justice, Sonia LeBel, saute un peu trop vite aux conclusions lorsqu\u2019elle affirme que les deux accusations déposées contre Gilbert Rozon, pour des faits remontant à 1979, font la preuve que le système « fonctionne ».Une vaste enquête pancanadienne menée par le Globe and Mail de même que les statistiques sur les agressions sexuelles sont révélatrices d\u2019un problème de fond.Sur les 23 228 plaintes d\u2019agressions sexuelles rapportées au Canada (un crime sous-déclaré, faut-il le rappeler), 11 610 dossiers mèneront au dépôt d\u2019accusations.Et 3240 seulement déboucheront sur des déclarations de culpabilité.Il y a un problème en amont dans la formation des policiers, leurs méthodes d\u2019enquête et le sérieux qu\u2019ils mettent à résoudre les crimes sexuels.Ce n\u2019est pas en modifiant le Code criminel, comme le suggère le nouveau directeur du SPVM, Sylvain Caron, qu\u2019on arrivera à de meilleurs résultats, mais en outillant les policiers et en exigeant plus de rigueur des forces policières.Le DPCP a également un examen de conscience à faire.Son traitement des victimes, convoquées successivement au palais de justice pour leur faire part de l\u2019aboutissement du dossier de Gilbert Rozon, est gênant.On a livré ces femmes en pâture aux médias, dans un moment pénible de leur vie où elles avaient besoin d\u2019un espace de recueillement.Le DPCP doit intensifier ses efforts afin d\u2019accompagner les victimes d\u2019agressions sexuelles dans le traitement des dossiers et de leur faire comprendre les écueils qui les attendent: les déclarations publiques, la mise en commun des expériences de vie entre victimes, malgré leur caractère cathartique, mettent leur version à risque devant une cour de justice.Il faut lire entre les lignes du communiqué du DPCP pour comprendre que le droit criminel n\u2019est pas la meilleure avenue possible pour les victimes lorsqu\u2019il est question de harcèlement ou d\u2019inconduites sexuels.Les actions civiles seront nettement plus appropriées pour dénoncer le crime, sanctionner la conduite du fautif et obtenir une forme de réparation.De nombreuses victimes de pédophilie au sein des communautés religieuses ont emprunté cette voie, dans le cadre d\u2019actions collectives, avec succès.Le mouvement #MoiAussi est plus vaste qu\u2019un exercice de dénonciation et une critique des limites évidentes des appareils policier et judiciaire dans le traitement des plaintes d\u2019agression sexuelle.C\u2019est aussi un appel à l\u2019action pour faire en sorte que la notion de consentement dans les rapports sexuels soit respectée de tous, et qu\u2019elle ne soit plus diminuée ou vidée de sa substance pour une question de contexte.À ce chapitre, la prévention, l\u2019éducation à la sexualité, la lutte contre les inégalités de traitement entre les hommes et les femmes constituent autant de chantiers auxquels il faut s\u2019attaquer.L\u2019affaire Rozon, comme tant d\u2019autres, révèle enfin de pernicieux abus de pouvoir de la part de personnes en situation d\u2019autorité en milieu de travail, qui sont rendus possibles en raison de la complicité ou de l\u2019aveuglement volontaire de l\u2019entourage.Il doit y avoir des mécanismes internes pour contenir les élans de ces tyrans narcissiques.LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Signataires autochtones et leurs alliés * Aux artistes qui créeront Kanata, Alors que vous vous préparez à monter sur scène, notre première pensée va à vous, artistes de la production Kanata, épisode 1, la controverse.Dans ce contexte difficile où nous nous retrouvons maintenant, nous désirons vous exprimer notre amitié et notre soutien.Nous savons que plusieurs d\u2019entre vous ont, dans leurs propres vies, connu l\u2019humiliation d\u2019un pouvoir oppressif ou colonisateur qui les a enlevés à leur pays, à leur communauté, à leur famille, à eux-mêmes\u2026 Nous savons tout l\u2019investissement humain que vous avez mis pour raconter nos histoires.Nous sommes honorés par cette intention et saluons votre travail.Nous aurions tant aimé faire ce chemin en votre compagnie, pour pouvoir enrichir nos processus créatifs respectifs de manière à créer une réelle collaboration artistique et humaine.Nous sommes des artistes et des intervenants culturels issus des Premiers Peuples de l\u2019Amérique du Nord.Nos nations ont une longue tradition d\u2019échanges et d\u2019alliances les unes avec les autres depuis des lustres, puis, plus récemment, avec les populations d\u2019autres continents.Un principe de réciprocité a toujours présidé chez nous aux ententes faites de nation à nation.Ces principes, que le colonialisme a malmenés, sont en voie d\u2019être peu à peu rétablis ; c\u2019est pourquoi le processus mis en place dans la création de la présente œuvre nous déçoit tant.Raconter notre histoire, faire émerger à nouveau notre imaginaire dont les expressions ont été au pire interdites et réprimées, au mieux ignorées et marginalisées, c\u2019est là pour nous un important chemin de rétablissement et de guérison, une façon d\u2019avancer vers une vie meilleure, celle que nous souhaitons léguer aux générations futures.Nous sommes toujours heureux d\u2019accueillir dans nos rangs, ou même de servir la vision, des créateurs allochtones qui voient notre histoire comme une épopée humaine incontournable.Il y a au Canada et au Québec, chez les nations autochtones, un important bassin d\u2019artistes, de talents et de compétences variés dans le domaine des arts de la scène capables de relever les défis artistiques les plus exigeants, sans compter un besoin de formation et d\u2019expériences pour les jeunes qui font leurs premiers pas dans les métiers de la création.Nous nous étonnons qu\u2019au- jourd\u2019hui encore les uns comme les autres soient ignorés, quand on dit vouloir revisiter l\u2019histoire récente des Premières Nations dans leurs relations avec les États coloniaux.Aujourd\u2019hui, le vent tourne, de plus en plus de gens remettent en question les schémas de pensée coloniaux qui ont trop longtemps servi de prétextes pour brimer notre droit de parole.Certains organismes de financement des arts ont mis en place des politiques d\u2019attribution pour nous permettre de cesser d\u2019être considérés comme de simples objets de curiosité, sans plus.Néanmoins, encore trop souvent, nous sommes tenus en marge des grandes institutions, notre voix étant parfois trop, parfois pas assez, exotique pour les attentes de la majorité culturelle.Pourtant, l\u2019authenticité dont nous sommes porteurs est notre plus grand atout et nous l\u2019opposerons, parce que là est bien notre responsabilité, aux contrefaçons esthétiques et folkloriques dont nos peuples ont été, et sont encore, les jouets.Pour toutes ces raisons, nous conservons, devant Kanata, le sentiment d\u2019un rendez-vous manqué, que le spectacle soit réussi ou non.À la veille de la première de la pièce, nous lançons donc le mot de Cambronne.Chacun y trouvera son compte.* Ce texte est appuyé par un ensemble de personnalités et d\u2019organismes, dont on trouvera la liste sur nos pla- teformes numériques.Loyauté et vérité Je me joins à ceux et à celles qui ont dénoncé les dirigeants de la Commission scolaire de la Sei- gneurie-des-Mille-Îles (CSSMI) à la suite de la menace de congédiement de l\u2019enseignante Ka- thya Dufault.Cette dernière a osé dire la vérité concernant l\u2019intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires et les répercussions que cela provoque.En effet, il a été maintes fois démontré que la classe ordinaire publique, privée de ses meilleurs élèves qui sont dirigés vers des programmes sélectifs particuliers, devient un lieu d\u2019intégration pour ceux et celles qui vivent des problématiques comportementales ou scolaires.Il devient donc presque impossible pour l\u2019enseignant d\u2019assurer la réussite de ses jeunes, d\u2019où le cri de désespoir de madame Dufault, qui a rappelé à ses patrons qu\u2019il était urgent d\u2019agir pour mettre fin à cet aveuglement volontaire.Au lieu de corriger le tir, ces derniers ont décidé d\u2019attaquer la messagère en l\u2019accusant d\u2019avoir contrevenu à la sacro-sainte obligation de loyauté qui masque souvent une intention de censure de la part des autorités scolaires envers les intervenants en éducation en les empêchant de dénoncer ce qui ne va pas ; tout cela pour protéger l\u2019image de l\u2019école et de ses dirigeants.Si la loyauté nous renvoie à une forme de vassalité, la vérité est plutôt porteuse de liberté.Entre les deux, j\u2019ai toujours choisi cette À propos de Kanata, épisode 1, la controverse LIBRE OPINION LETTRES III GILBERT ROZON Une affaire mal classée I ÉDITORIAL B 10 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu BRIAN MYLES maine.Malgré tout, je n\u2019en reviens toujours pas qu\u2019on en fasse tout un plat.Des lecteurs du Devoir s\u2019insurgent contre les habits non conventionnels que porte madame Dorion dans l\u2019enceinte de l\u2019Assemblée nationale.En raison de quels diktats représenterait- elle mal ses électeurs ?De quel crime l\u2019accuse-t-on ?On veut la caser, la remettre à sa place, malgré l\u2019absence de règles claires.J\u2019aurais plein d\u2019exemples à donner pour remettre les choses en perspective.Mon fils aîné travaille chez Ubisoft dans le Mile- End.Lorsqu\u2019il m\u2019arrive d\u2019aller à sa rencontre, je croise une majorité de ses camarades de travail qui portent les vêtements caractéristiques de ce milieu.Souvent des jeans bleus ou noirs, des casquettes et des hoodies.Ce n\u2019est pas très BCBG.Ma blonde, qui a travaillé pour de nombreuses firmes privées, m\u2019a souvent expliqué que le vendredi, il est permis de porter un jean.À l\u2019américaine.Le jean est-il un vêtement décontracté permettant de s\u2019encanailler à l\u2019aube du congé hebdomadaire ?Le jean est-il perçu comme un symbole de liberté ?Est-ce un drame pour autant ?Je n\u2019en crois rien.Alors pourquoi s\u2019en prendre à chacune des pièces de vêtement de Catherine Dorion ?Après sa tuque, son tee-shirt, sa camisole arrivent ses Doc Martin\u2019s.Écoutez plutôt ce qu\u2019elle a à dire.Et croyez-moi, ce n\u2019est qu\u2019un début, car son discours vous dérangera beaucoup plus que ses vêtements.Fernand Doutre Montréal, le 14 décembre 2018 Cachez ce tee-shirt que je ne saurais voir ! Au mois de juin dernier, après avoir manifesté contre le G20 dans les rues de Québec, j\u2019ai été invité à un spectacle d\u2019humour et de poésie durant la soirée qui a suivi.Animé par Fred Dubé, j\u2019ai pu voir une jeune slameuse accompagnée d\u2019un guitariste qui me rappelait un peu Jimmy Hendrix.Elle portait une tenue décontractée, comme les autres, ce qui ne m\u2019a en rien choqué.Cette jeune femme se nomme Catherine Dorion.C\u2019était la première fois que je la voyais et je l\u2019ai trouvé décapante.J\u2019ai su par la suite qu\u2019elle serait candidate pour QS dans Taschereau.Comme elle représentait pour moi une certaine marge culturelle, je n\u2019aurais jamais pensé qu\u2019elle pouvait être élue le 1er octobre dernier.Et pourtant\u2026 La tenue vestimentaire de la nouvelle députée de Taschereau fait couler beaucoup d\u2019encre.Beaucoup trop à mon avis.J\u2019ai vraiment apprécié les repères historiques sur la question dans la chronique de Jean-François Na- deau du 10 décembre et j\u2019ai applaudi à la lecture du papier de Francine Pelletier de cette se- dernière, ce qui m\u2019a permis d\u2019offrir trente-cinq années de loyaux services auprès de mes élèves en dénonçant tout ce qui pouvait nuire à leur réussite comme futurs citoyens libres.Marcel Perron Neuville, le 13 décembre 2018 B 11 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Le fédéralisme payant L e gouvernement fédéral versera un total de 19,8 milliards de dollars en péréquation aux provinces les moins nanties en 2019- 2020, selon les données rendues publiques par le ministre des Finances Bill Morneau la semaine dernière.Il s\u2019agit d\u2019une hausse de 879 millions de dollars, ou de 4,6 %, par rapport à la cagnotte qu\u2019a distribuée M.Morneau cette année.Incontestablement, c\u2019est le Québec qui en ressort le grand gagnant.La province recevra plus des deux tiers du total, soit 13,1 milliards de dollars, une hausse de 12 % par rapport à 2018-2019, alors que l\u2019Île-du-Prince-Édouard n\u2019empochera pas un sou de plus.Qui plus est, l\u2019Ontario, qui vient de subir une décote de la part de l\u2019agence Moody\u2019s et passe ainsi à une cote de crédit inférieure à celle du Québec, rentre bredouille après avoir reçu 963 millions en péréquation l\u2019an dernier.Le fédéralisme, semble-t-il, n\u2019aura jamais été aussi payant pour le Québec.Les politiciens et les éditorialistes québécois insistent pour dire que le Québec reçoit moins par habitant en péréquation que les provinces maritimes.Mais il s\u2019agit d\u2019un argument boiteux en tenant compte des populations beaucoup plus petites et des économies beaucoup moins robustes de ces provinces, qui se dépeuplent à un rythme tel que plusieurs experts se demandent si leur avenir passera par une mise sous tutelle par Ottawa.Tout étudiant sérieux de l\u2019histoire économique canadienne doit aussi prendre avec un grain de sel les affirmations de certains politiciens selon lesquelles le gouvernement fédéral a toujours préféré envoyer un chèque de péréquation au Québec au lieu d\u2019y faire des investissements structurants.L\u2019industrie aérospatiale québécoise est largement le produit des efforts d\u2019Ottawa afin que le Canada puisse se tailler une place au sein de cette industrie hautement structurante.Plus récemment, Ottawa a fait de Montréal le siège social de la nouvelle « supergrappe » canadienne en intelligence artificielle, faisant ainsi de la métropole une plaque tournante en la matière.Pendant ce temps, l\u2019industrie ontarienne de l\u2019automobile continue de s\u2019effriter.Lorsque son gouvernement a fait adopter la formule actuelle de péréquation en 2007, l\u2019ancien premier ministre Stephen Harper fut dénoncé par presque tous ses homologues provinciaux, sauf celui du Québec.La guerre froide entre M.Harper et Jean Charest est survenue après que celui-ci se fut servi d\u2019une augmentation des paiements de péréquation pour baisser les impôts des Québécois, alors qu\u2019il s\u2019était toujours plaint du déséquilibre fiscal qui l\u2019empêchait de fournir des services de santé équitables.Le geste de M.Charest a créé un tollé dans le reste du Canada, d\u2019autant plus que la nouvelle formule de péréquation désavantageait surtout la Saskatchewan et Terre-Neuve.L\u2019inclusion par M.Harper des revenus des ressources non renouvelables dans le calcul de la capacité fiscale de chaque province a fait en sorte d\u2019élargir l\u2019écart de richesse entre l\u2019Alberta et les provinces sans pétrole.Puisque la péréquation a pour but de réduire cet écart, le Québec s\u2019est vu accorder des augmentations substantielles depuis 2007.Alors que le Québec recevait 5,5 milliards de dollars en 2006- 2007, ou 48 % de toutes les sommes distribuées en péréquation par Ottawa, la province en a reçu plus de 7 milliards de dollars l\u2019année suivante, soit près de 60 %.En même temps, Terre-Neuve et la Saskatchewan sont devenues inadmissibles à la péréquation.C\u2019était un secret de Polichinelle que M.Harper, alors à la tête d\u2019un gouvernement minoritaire, a choisi sa formule de péréquation en espérant récolter des fruits au Québec lors des élections en 2008.Ce ne fut pas le cas.Mais la formule est restée.Pourtant, pour bon nombre de Canadiens à l\u2019extérieur du Québec, pour ne pas dire la forte majorité de ceux qui vivent dans les provinces de l\u2019Ouest, la péréquation est perçue comme un programme fédéral vicié visant surtout à acheter des votes.Sa formule actuelle sert de désincitatif aux provinces pauvres à exploiter leurs propres ressources non renouvelables, telles que le gaz de schiste, puisqu\u2019en fin de compte, il demeure plus payant \u2014 et moins risqué politiquement \u2014 d\u2019encaisser un chèque d\u2019Ottawa.Et même si M.Harper a limité sa croissance, le montant total de péréquation distribué par le gouvernement fédéral a continué d\u2019augmenter chaque année depuis 2007.Et ce, malgré le fait que l\u2019écart de richesse entre les provinces les plus riches et les plus pauvres a diminué depuis 2014 avec la baisse du prix de pétrole albertain.Les auteurs d\u2019un récent livre sur la péréquation, dont Daniel Béland de l\u2019Université de la Saskatchewan et André Le- cours de l\u2019Université d\u2019Ottawa, suggèrent que le Canada adopte le modèle australien selon lequel la détermination de la formule de la péréquation et la distribution des sommes qui en découlent sont mises entre les mains d\u2019un comité indépendant du pouvoir politique.Ce serait une façon de dépolitiser un programme qui est pourtant essentiel au bon fonctionnement de l\u2019union fiscale canadienne.Il va sans dire que le premier ministre Justin Trudeau, qui compte bien plus que M.Harper sur des sièges au Québec, n\u2019est pas à la veille de donner suite à une telle recommandation.Pascal Fréchette Professeur à la Faculté de droit de l\u2019Université de Sherbrooke La ministre de la Justice a récemment confirmé son intention d\u2019entreprendre une réforme importante du droit de la famille.Il faut s\u2019en réjouir.La société québécoise a été confrontée au caractère inadéquat des règles existantes et à la nécessité d\u2019un réel débat sur des questions délicates, notamment le statut juridique des conjoints de fait.Rarement a-t-on vu un tel consensus sur la nécessité d\u2019une réforme.Or l\u2019occasion est belle de voir encore plus grand.Le Code civil du Québec est en vigueur depuis 1994.Il rassemble l\u2019essence du droit privé québécois et est le résultat de près de 40 ans de travail.Plus de 3100 articles de loi, répartis dans dix livres, y traitent des sujets les plus variés, allant des effets du mariage aux hypothèques en passant par le testament et le logement.Le Code établit les principes de base de la vie en société et sert de référence à l\u2019ensemble des règles de droit privé.Le Code se voulait une loi moderne, claire, ambitieuse et ayant tous les attributs de l\u2019outil juridique pour guider le Québec à travers le XXIe siècle.Vingt-cinq ans après son entrée en scène, le Code est non seulement remarquable, il est aussi remarqué.Sa structure, sa clarté et les politiques législatives qu\u2019il véhicule ont été soulignées à l\u2019étranger.De la Roumanie à l\u2019Argentine, le Code civil du Québec rayonne et influence.Il faut donc se féliciter de jouir d\u2019une œuvre aussi impressionnante, pouvant faire figure de modèle social.Convenons toutefois que le droit s\u2019adapte trop lentement à de nouvelles réalités.L\u2019exemple de la nécessaire réforme du droit de la famille est patent.Il faut alors réaliser l\u2019importance de voir à la modernité des règles du Code, et ce, de manière systématique.Il importe de s\u2019assurer que le Code soit un outil juridique pouvant être légué à ceux qui nous suivront.Faut-il attendre que les citoyens soient trop longtemps desservis par leurs lois avant d\u2019agir?Ne devrait-on pas prévenir plutôt que guérir?Ainsi se surprend-on, comme plusieurs autres, à rêver d\u2019un organisme qui aurait les moyens d\u2019assurer la pérennité du Code civil du Québec.L\u2019idée n\u2019est pas nouvelle et avait été considérée lors de la mise en place du Code.Une loi créant un Institut québécois de réforme du droit fut adoptée en 1992, sans qu\u2019il y soit donné suite.Un Office de révision permanente du Code civil du Québec pourrait avoir pour mission de réévaluer la pertinence des règles, et ce, de manière continue.Par exemple, les dix livres du Code pourraient faire l\u2019objet d\u2019un examen détaillé à tour de rôle.Si chaque livre prenait en moyenne deux ans à réviser, le Code complet pourrait être revu après un cycle de 20 ans.L\u2019Office présenterait ses projets de réforme après consultation ou après avoir créé des groupes de travail.Ses projets, présentés au grand public, seraient discutés dans les cercles populaires et spécialisés.L\u2019Office interviendrait également lorsque des projets de loi se proposent d\u2019amender le Code afin de s\u2019assurer d\u2019une vision cohérente à long terme.Une partie importante de l\u2019identité québécoise est en jeu.Faut-il rappeler que l\u2019existence même d\u2019un Code civil fait partie de notre patrimoine collectif ?De l\u2019Acte de Québec de 1774 à la Loi constitutionnelle de 1867, l\u2019héritage du droit français et de sa tradition civiliste a permis au Québec d\u2019affirmer sa spécificité.Un Office de révision permanente du Code civil du Québec serait en mesure de transmettre cet héritage aux générations à venir.Bien sûr, il faut une bonne dose de courage politique pour créer un tel office, susceptible d\u2019aborder des questions délicates que bien des gouvernements voudraient éviter.Le premier ministre déclarait dans son discours d\u2019ouverture de la session parlementaire qu\u2019il faut vaincre « la peur de ne pas être capable, la peur de nous tromper, la peur du changement ».Avec la volonté politique nécessaire, ce souhait pourrait atteindre sa pleine mesure dans le domaine juridique.L\u2019occasion est belle et il faut voir grand.L\u2019occasion de voir grand La ministre de la Justice a récemment confirmé son intention d\u2019entreprendre une réforme importante du droit de la famille Anne-Marie Boisvert Professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal À la suite de la décision du DPCP de ne pas déposer d\u2019accusations dans plusieurs dossiers d\u2019allégations d\u2019agressions sexuelles contre Gilbert Rozon, on s\u2019est étonné de ce que la force du nombre n\u2019ait pas eu d\u2019impact.À première vue, l\u2019argument de la force du nombre séduit, mais il n\u2019est pas convaincant.Notre droit refuse de condamner une personne parce qu\u2019elle est du genre à commettre le type de crime dont on l\u2019accuse.On se méfie des généralisations pour décider qu\u2019un crime précis a été commis à un moment précis.Invoquer la force du nombre, c\u2019est inviter à condamner une personne pour ce qu\u2019elle est, pas pour un crime précis.Si la personne est condamnée, c\u2019est au moment d\u2019infliger la peine que « l\u2019ensemble de l\u2019œuvre » sera pris en compte, pas avant.Invoquer la force du nombre, c\u2019est aussi se méprendre sur le crime d\u2019agression sexuelle.Pour établir la culpabilité, outre les gestes physiques, la poursuite doit prouver deux éléments psychologiques qui font aussi partie du crime.Premièrement, l\u2019élément psychologique lié à ce qui s\u2019est passé dans le for intérieur de la plaignante.Si la plaignante ne consentait pas aux gestes posés, il y a une agression.Le test est purement subjectif et renvoie à ce que la plaignante a pensé.La poursuite doit prouver cet élément hors de tout doute raisonnable.Dans ce contexte, la crédibilité de la plaignante est nécessairement un enjeu lorsqu\u2019elle témoigne de ce qui s\u2019est passé dans sa tête.Selon les circonstances, plus il y a un écart entre son comportement extérieur et ce qu\u2019elle affirme devant le tribunal, plus la preuve hors de tout doute raisonnable risque d\u2019être difficile à établir.Le fait qu\u2019une large partie du crime soit fondée sur la réalité subjective de la plaignante entraîne inévitablement que sa crédibilité sera scrutée à la loupe lors de son témoignage.On ne peut toutefois faire flèche de tout bois pour attaquer la crédibilité des plaignantes.Notre droit les protège contre les preuves non pertinentes et les raisonnements tendancieux.Le fait qu\u2019une plaignante a consenti à des relations sexuelles avec d\u2019autres personnes ou avec l\u2019accusé dans le passé ne peut servir à attaquer sa crédibilité lorsqu\u2019elle prétend qu\u2019à une occasion précise elle ne consentait pas.Notre droit est clair, les femmes exercent leur faculté de consentir ou non à chaque occasion et on ne peut faire de généralisations.Le consentement Revenons à la force du nombre.Quel est le lien entre l\u2019absence de consentement d\u2019une personne à une occasion précise et le consentement ou non d\u2019une autre personne à une occasion différente ?La subjectivité d\u2019une personne ne peut permettre de tirer des conclusions sur la subjectivité d\u2019une autre personne à une autre occasion.En plus de l\u2019élément psychologique lié au vécu de la plaignante, il faut faire la preuve d\u2019un élément psychologique lié à ce qui s\u2019est passé dans la tête de l\u2019accusé.Pour que son geste soit criminel, il faut établir que l\u2019accusé a posé les actes sachant que la plaignante ne consentait pas, en se fermant délibérément les yeux devant l\u2019évidence de l\u2019absence de consentement ou en persistant dans son comportement après avoir perçu la possibilité que la plaignante ne consentait pas.Il a le droit d\u2019être acquitté s\u2019il subsiste un doute raisonnable sur cette question ou s\u2019il a commis une erreur de bonne foi.Cela dit, le Code criminel restreint la défense d\u2019erreur en la soumettant à la prise préalable de précautions raisonnables pour s\u2019assurer du consentement.Le Code prévoit aussi que l\u2019erreur est irrecevable si elle provient de l\u2019affaiblissement des facultés.Enfin, la passivité ou l\u2019absence de résistance ne peuvent être interprétées par l\u2019accusé comme constituant un consentement.Il faut qu\u2019il invoque avoir sincèrement cru que la plaignante, par ses paroles ou ses gestes, lui transmettait un consentement.L\u2019abandon de la notion de consentement passif est une percée juridique significative pour les femmes, mais elle a le désavantage de braquer encore une fois le projecteur sur le comportement des plaignantes afin de déceler des signes susceptibles d\u2019avoir induit l\u2019accusé en erreur.Si on en revient à la force du nombre, on se demande en quoi le fait qu\u2019une personne témoigne de sa propre absence de consentement lors d\u2019un événement précis est pertinent pour conclure qu\u2019à une autre occasion, l\u2019accusé n\u2019a pas pu commettre d\u2019erreur sur le consentement d\u2019une autre personne compte tenu du comportement de cette autre personne.Notre droit essaie de « normer » la communication et les perceptions humaines dans le domaine complexe et culturellement chargé de la sexualité humaine pour départager les comportements acceptables et les crimes.Nous sommes loin du mythique combat entre la parole de l\u2019un et la parole de l\u2019autre pour découvrir une vérité libre de toute subjectivité.On ne peut raisonner comme si la réalité d\u2019un moment précis entre deux personnes était purement objective et susceptible d\u2019être découverte par la force du nombre.Le crime d\u2019agression sexuelle fait une large place à la subjectivité des plaignantes comme élément de la criminalité de l\u2019accusé, ce qui invite à scruter leurs témoignages.Il fait aussi place à la subjectivité de l\u2019accusé compte tenu des paroles et des comportements de la plaignante.Parler de la force du nombre fait fi de ces réalités, comme cela ne tient pas compte du fait que le procès criminel vise à déterminer si l\u2019accusé a commis un crime précis, à un moment précis.La force du nombre pour juger d\u2019une agression sexuelle Le droit s\u2019adapte trop lentement à de nouvelles réalités.MICHAËL MONNIER LE DEVOIR KONRAD YAKABUSKI Incontestablement, c\u2019est le Québec qui en ressort le grand gagnant.La province recevra plus des deux tiers du total, soit 13,1 milliards de dollars, une hausse de 12 % par rapport à 2018-2019 [.] Le fédéralisme, semble-t-il, n\u2019aura jamais été aussi payant pour le Québec. LEDEVOIR // LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 B 12 PETITES ANNONCES RÉGION DES LAURENTIDES LAC BROME COWANSVILLE LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Au Sommet, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com Promotion du Nouvel An du 2 au 9 janvier SUR VOS PUBLICITÉS DURANT TOUT LE MOIS DE DÉCEMBRE 2018! Profitez de R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R FACE AU PARC LAFONTAINE, PRÈS MÉTROS ET SERVICES L E P L U S B E L E M P L A C E M E N T D E M O N T R É A L ! ! ! NOUVELLE ASSOCIATION GAGNANTE PLATEAU | 3535 AVENUE PAPINEAU | MONTRÉAL C O U RT I E R S I M M O B I L I E R S R E / M A X A L L I A N C E , A G E N C E I M M O B I L I È R E 514.374.4000 LUCIE, DAVID ET ALEXANDRE David Roux, Alexandre Meloche et Lucie Ricard Malgré mes 80 ans +, je suis encore DISPONIBLE Sachez aussi que je suis toujours alerte, enthousiaste, travaillante et dévouée.Pour vos projets immobiliers, CONTACTEZ-MOI ! 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