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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2018-12-17, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CIX NO 287 / LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM THÉÂTRE Kanata, à l\u2019assaut de Paris Les comédiens du Théâtre du Soleil dirigés par Robert Lepage dans Kanata ont reçu leurs premiers applaudissements à Paris cette fin de semaine en offrant un spectacle éparpillé et prudent, qui ne risque ni de faire taire ses détracteurs ni d\u2019enthousiasmer les autres.Critique et débat.INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B6 Sudoku .B6 Sur la route.B5 ACTUALITÉS Travailleurs migrants: les employeurs dans la mire de Québec A 3 SOCIÉTÉ Un regain d\u2019intérêt pour Karl Marx en ces temps de crise A 5 FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Les livraisons illégales de paquets par drone dans les prisons du Québec ont augmenté de 170 % entre 2016 et 2017, indiquent des données inédites obtenues par Le Devoir auprès du ministre de la Sécurité publique (MSP).Cette flambée de contrebande par les airs est particulièrement flagrante à la prison de Bordeaux à Montréal où, en 2017, quatre fois plus de livraisons ont été effectuées par drones comparativement à l\u2019année précédente.Et les chiffres pour le début de 2018 confirment que la tendance est à la hausse partout au Québec.« C\u2019est un fléau, concède Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.Les drones ont facilité l\u2019introduction de substances interdites, mais également d\u2019objets dangereux dans les prisons.Cela compromet la sécurité des établissements, comme celle des détenus et des employés.» Entre 2016 et septembre dernier, 447 drones ont été observés au-dessus d\u2019un des 19 centres de détention du Québec, selon les données les plus récentes du MSP obtenues en vertu de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information.De ce nombre, à peine 11, soit 2,5%, ont été interceptés par les agents correctionnels.Par ailleurs, les deux tiers de ces aéronefs télécommandés ont effectué des livraisons de paquets.Les établissements de détention de Montréal (Bordeaux) et de Rivière- des-Prairies, qui, en 2018, concentraient plus du tiers de la population carcérale du Québec, sont les plus « visités » par les drones, révèlent les registres d\u2019observation de la Direction de la sécurité du ministère.Mais les prisons de Hull, Laval, Québec, Percé, Sorel, Sherbrooke et Trois-Ri- vières ne sont pas épargnées par ce nouveau canal de contrebande, qui passe par les airs pour faire entrer tabac, drogue et cellulaires à l\u2019intérieur des prisons, mais également des outils, comme des tournevis, des lames PRISONS QUÉBÉCOISES Les drones donnent des ailes à la contrebande Est-ce en raison de l\u2019approche de Noël, de la fatigue après cinq semaines de mobilisation, de l\u2019attentat de Strasbourg ou des concessions du président français, Emmanuel Macron?Toujours est-il que la mobilisation des gilets jaunes de ce week-end a marqué un net recul comparativement aux événements précédents.Un état des lieux signé par notre correspondant à Paris, Christian Rioux.À lire en page B 1.ABDUL ABEISSA AGENCE FRANCE-PRESSE France Quel avenir pour les gilets jaunes ?SUR LA ROUTE Recyc-Québec arrive aux limites de ses débouchés pour les vieux pneus | B 5 VOIR PAGE A 2 : DRONES Dominique Jambert et Martial Jacques, lors de répétitions en novembre MICHÈLE LAURENT PHILIPPE COUTURE COLLABORATEUR À PARIS LE DEVOIR U ne jeune prostituée mohawk tente tant bien que mal d\u2019échapper à un destin toxique dans les rues du quartier Downtown East Side de Vancouver.À deux pas de là, une artiste française trouve enfin l\u2019inspiration au contact de cette communauté écorchée.Joués par des acteurs d\u2019origine iranienne ou française plutôt que par des artistes des Premières Nations, les personnages autochtones imaginés par Robert Lepage et Michel Nadeau ont finalement pris forme sur la scène mythique de la Cartoucherie, à Paris.Après les débats estivaux sur l\u2019appropriation culturelle et l\u2019invisibilisation des artistes autochtones, le spectacle qui avait d\u2019abord été annulé a été remis sur les rails par Ariane Mnouchkine, enthousiaste à VOIR PAGE A 2 : KANATA ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 LA PRESSE CANADIENNE Après plusieurs jours d\u2019efforts, Ottawa a finalement obtenu l\u2019accès consulaire à Michael Spavor, l\u2019un des deux Canadiens arrêtés en Chine dans un geste qui a toutes les apparences de représailles politiques.Un communiqué d\u2019Affaires mondiales Canada indique que l\u2019ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, a pu rencontrer M.Spavor dimanche et que les autorités consulaires continueront de lui offrir leur soutien, sans fournir plus de détails.M.McCallum a pu rencontrer l\u2019autre Canadien détenu, l\u2019ex-diplomate Michael Kovrig, vendredi.Les deux hommes ont été placés en détention quelques jours après l\u2019arrestation à Vancouver de la directrice financière de Hua- wei à la demande des États-Unis, qui espèrent la voir extradée.Les procureurs américains veulent traduire Meng Wanzhou en justice pour avoir tenté de contourner les sanctions commerciales imposées à l\u2019Iran.Mme Meng est la numéro deux du géant chinois des télécommunications Huawei, fondé par son propre père.Pour Ferry de Kerckhove, qui a lui-même servi comme ambassadeur du Canada auprès du Pakistan, de l\u2019Indonésie et de l\u2019Égypte, il est question d\u2019une mesure de rétorsion, bien que les deux hommes soient officiellement soupçonnés d\u2019avoir participé à des activités mettant en danger la «sécurité nationale».En tant que diplomate en congé sans solde, Michael Kovrig constituait le «candidat parfait» puisqu\u2019il travaille pour l\u2019International Crisis Group, un groupe de réflexion spécialisé dans les affaires mondiales qui n\u2019est pas légalement reconnu en Chine.« Les Chinois ont trouvé l\u2019occasion merveilleuse de tout à coup déclarer que ce que faisait M.Michael Kovrig était illégal», explique M.Kerckhove.Quant à Michael Spavor, l\u2019homme d\u2019affaires profitait de ses contacts avec Pyongyang pour faciliter les échanges avec la Corée du Nord.Or, la Chine garde sa mainmise sur les relations entre la Corée du Nord et l\u2019Occident, souligne Ferry de Kerckhove.M.de Kerckhove, qui enseigne maintenant à l\u2019École supérieure d\u2019affaires publiques et internationales de l\u2019Université d\u2019Ottawa, ne se fait pas trop de souci pour leur sort.«Je ne pense pas que les Chinois aient le moindre intérêt à les maltraiter, sachant pertinemment bien qu\u2019au bout d\u2019un certain temps, les deux personnes devront être libérées d\u2019une manière ou d\u2019une autre.À ce moment-là, on ne voudrait surtout pas qu\u2019il y ait des tas de rumeurs voulant que les Chinois aient maltraité des citoyens canadiens», fait-il valoir.AFFAIRE HUAWEI Ottawa obtient l\u2019accès au second Canadien détenu en Chine À peine 2,5 % des colis sont saisis de scie, des pics, des pinces ou des rivets, résument les documents obtenus.Sur les quelque 300 livraisons effectuées par les airs depuis 2016, près d\u2019un tiers semble s\u2019être rendu à destination à l\u2019intérieur des prisons sans encombre, alors que les autres tentatives d\u2019introduction se sont soldées par une interception du paquet, soit totale ou partielle.« C\u2019est très complexe à saisir, surtout lorsqu\u2019on ne dispose pas d\u2019outil de détection pour voir arriver les drones », assure M.Lavoie, qui parle de « pointe de l\u2019iceberg » pour qualifier les articles saisis déclarés dans les registres du ministère.« Les délais d\u2019intervention [après avoir relevé la présence d\u2019un aéronef télécommandé] ne jouent pas en notre faveur.» Qui plus est, les drones permettent aujourd\u2019hui de transporter des colis plus gros et dans lesquels les complices des prisonniers placent des substances empaquetées sous cellophane, dans un format idoine baptisé « plug », pour être rapidement dissimulé dans « un orifice corporel », précise le gardien de prison.Ce type de « produits » permet l\u2019introduction de stupéfiants ou médicaments à l\u2019intérieur des prisons en déjouant les fouilles éventuelles.Technologie à mettre en place Au ministère de la Sécurité publique, on se dit « très préoccupés par ce phénomène grandissant » des livraisons par drones, mais en même temps actifs pour l\u2019enrayer, a indiqué en entrevue au Devoir Chantal Robert de la Direction générale des services correctionnels.« Nous avons ciblé une technologie efficace que nous sommes en train d\u2019acquérir », dit-elle sans plus de détails, « pour des raisons de sécurité ».Le MSP assure que cette technologie va lui permettre de voir venir d\u2019avance les drones dans son périmètre de sécurité pour faciliter les interventions.« Nous devons le faire en répondant à des impératifs de sécurité de la population autour de nos prisons, mais aussi de notre clientèle et de notre personnel », dit-elle, en rappelant qu\u2019un drone qui tombe du ciel peut causer des « dommages collatéraux » que cette technologie permet d\u2019éviter.Selon les informations obtenues par Le Devoir, deux systèmes différents de détection des drones ont été testés dans les derniers mois dans deux centres de détention de la province.Sans quantifier les effets sur le taux d\u2019articles saisis, le ministère assure que cela «donne des résultats intéressants».Pour Mme Robert, la contrebande en milieu de détention n\u2019est pas chose nouvelle.Ce sont les canaux de livraison qui changent, canaux en fonction desquels il faut sans cesse s\u2019adapter, dit-elle.« Les produits de contrebande créent un grand nombre de problèmes à l\u2019intérieur d\u2019une prison, ajoute M.Lavoie.Cela engendre des tensions, des dettes, des règlements de compte, de la violence avec laquelle les gardiens doivent composer quotidiennement.» Il précise qu\u2019une cigarette, légale hors des murs, peut être vendue 15 $ derrière les portes du pénitencier où elle demeure interdite.Même chose pour les drogues, qui ouvrent ainsi la porte à des commerces rentables que les détenus ne veulent pas voir disparaître.Avec Simon Poirier DRONES SUITE DE LA PAGE A 1 Des drones qui comblent des besoins variés Si le tabac, les cellulaires et les stupéfiants arrivent au sommet de la liste des produits les plus transportés par drones à l\u2019intérieur des prisons, les registres du ministère exposent aussi d\u2019autres besoins variés, comme les chargeurs de cellulaire et les fils de branchement (84) qui se retrouvent souvent dans les paquets saisis, pas très loin des outils (36) \u2014 dont des lames de scie, des cliquets (ratchets), des tournevis\u2026 \u2014, du papier à rouler (33), des cartes SIM (26), des briquets (21) et de la colle (21).Dans une moindre mesure, par les airs, les contrebandiers ont cherché, entre 2016 et 2018, à faire entrer dans les prisons des stéroïdes, une fiole « contenant possiblement de la testostérone », trois balances, un disque dur externe, une montre intelligente, deux lampes de lecture, des « épices », des cigares et des timbres de nicotine.l\u2019idée de raconter un pan de la réalité autochtone à son public du Théâtre du Soleil, inscrivant aussi ces premières représentations parisiennes dans la programmation du Festival d\u2019automne.Kanata existe bel et bien, pour le meilleur et pour le pire: ni vraiment offensant ni particulièrement inspiré, il continuera vraisemblablement à alimenter la chronique.Au fil d\u2019une intrigue morcelée qui croise les vies de la faune de la rue Hastings à celle d\u2019une restauratrice d\u2019œu- vres d\u2019art et d\u2019un policier apprenti acteur (entre autres), la pièce, rebaptisée Kanata.Épisode 1 : La controverse, fait de l\u2019affaire Robert Pickton et du drame des femmes autochtones disparues et assassinées ses principaux pivots dramatiques, avant d\u2019y greffer des considérations sur l\u2019art et l\u2019appropriation culturelle, rejouant une partie du débat qui a fait ragecet été au sujet des spectacles SL?V et Kanata.Une matière explosive permettant de flirter avec des décennies d\u2019acculturation des Premières Nations.Lepage tente notamment de révéler la prise de parole féminine et de créer un espace d\u2019émotion libérateur.Malgré le réalisme de l\u2019ensemble, le spectacle cherche aussi, par un sens de l\u2019image et des références assumées à l\u2019art pictural autochtone, à toucher un langage visuel onirique.Or, on a beau voir et comprendre les intentions, ce spectacle se disperse tant qu\u2019il nous donne l\u2019impression d\u2019être constamment en superficie de ses intrigues et de ses personnages, n\u2019évitant pas quelques clichés.S\u2019approprier ou non Cela est-il dû au processus de création presque dénué de soutien dramatur- gique autochtone?Posons donc tout de suite cette question qui tue.Puisqu\u2019il est joué par les acteurs du Théâtre du Soleil, une troupe multiculturelle unique en son genre, mais dans laquelle on ne trouve aucun artiste autochtone du Canada, Kanata fait-il acte d\u2019appropriation culturelle?Sa représentation des Premières Nations est-elle tronquée, problématique, lacunaire?Disons qu\u2019elle semble à première vue réaliste et évite la plupart du temps la folklorisation, mais qu\u2019elle est dénuée de profondeur et de véritable perspective historique.C\u2019est du moins l\u2019analyse qu\u2019en font la cinéaste abénakise Kim Obomsawin et l\u2019écrivaine innue Maya Cousineau Mollen, rencontrées à la sortie du spectacle.« Nous comprenons que le Théâtre du Soleil est une troupe permanente et le fait qu\u2019aucun acteur autochtone n\u2019ait été embauché n\u2019est pas en soi catastrophique, analyse Kim Obomsa- win.Mais je demeure persuadée qu\u2019un co-metteur en scène autochtone aurait contribué à bonifier les personnages, qui sont plutôt inconsistants.Ce que j\u2019ai vu à la Cartoucherie confirme les craintes de la communauté autochtone.Nous impliquer aurait vraiment pu faire de cette pièce une œuvre meilleure.Je n\u2019y ai pas non plus vu, par exemple, de discours critique sur la responsabilité collective devant le sort des femmes autochtones assassinées.Tout reste au premier degré.» Le spectacle tente pourtant d\u2019affirmer, en déliant un fil narratif jusqu\u2019au drame des pensionnats autochtones, les liens manifestes entre l\u2019oppression systématique du passé et celle qui perdure insidieusement aujourd\u2019hui.« Mais force est de constater que la pièce ne fait que flirter avec cette idée sans l\u2019approfondir », lance l\u2019écrivaine innue Maya Cousineau Mollen, qui soulève aussi des questions sur la représentation de la violence.«Je ne recommanderais pas le spectacle à des familles autochtones touchées par le drame des femmes assassinées, car il présente [cette réalité] de façon trop graphique et je me demande vraiment à quoi sert dramatiquement cette violence.Elle pourrait avoir un effet dévastateur à Vancouver auprès d\u2019un public qui connaît cette réalité intimement.» Jusqu\u2019où aller dans la représentation de la violence ?Voilà une question théâtrale millénaire à laquelle nous ne trouverons pas de réponse aujourd\u2019hui, mais qui prend un sens particulier dans le contexte autochtone actuel.Du Lepage sans remous Dans une mise en scène fragmentée qui fait basculer constamment l\u2019espace-temps, Robert Lepage se montre fidèle à sa dramaturgie habituelle, cinématographique dans sa manière de calquer les processus du montage et d\u2019enchaîner les effets de transition et de rupture en multipliant les changements de décor.Or, ici, cette mécanique ne revêt pas de signification profonde ni ne s\u2019ancre dans une quelconque vérité englobante : on a connu des dispositifs lepagiens plus aptes à transcender les intrigues et les dialogues parfois trop linéaires ou trop badins du créateur.La mise en scène est bien sage, en somme, pour un propos dans l\u2019ensemble diffus.Reste un savoir-faire certain, que les admirateurs de Lepage, présents en grand nombre le soir de la première, n\u2019ont pas manqué d\u2019applaudir.De la comédienne Sophie Faucher, citée par de nombreux médias montréalais, jusqu\u2019à de nombreux artistes québécois ayant fait le voyage jusqu\u2019à Paris, certains sont venus applaudir également le triomphe de la liberté de création.La critique parisienne, encore discrète au moment de mettre cet article sous presse, a pour l\u2019instant laissé place aux commentaires élogieux du Figaro, qui y a vu un spectacle « magistral et sombre ».Un spectacle éparpillé et prudent KANATA SUITE DE LA PAGE A 1 15$ Prix d\u2019une cigarette à l\u2019intérieur d\u2019une prison québécoise Robert Lepage Lepage tente notamment de révéler la prise de parole féminine et de créer un espace d\u2019émotion libérateur PAGE A 6: LE CHOC DES PRINCIPES.UN ÉDITORIAL DE MANON CORNELLIER ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 S\u2019enfoncer A vec l\u2019approche de Noël, le nouveau ministre du Travail, Jean Boulet, annonce que « le nouveau gouvernement du Québec » va investir \u2014 d\u2019ici 2023 \u2014 près de 1,5 milliard de dollars « pour venir en aide aux personnes avec une contrainte sévère à l\u2019emploi et pour lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion ».Le ministre s\u2019en est félicité par voie de communiqué.Cette avancée supposée reprend exactement ce que le pré- cédent gouvernement avait déjà annoncé il y a un an.À comparer le règlement des libéraux, publié le 11 juillet, avec celui des caquistes, adopté le 5 décembre, on est en effet frappé par les similitudes.Ou plutôt, pour dire juste, par le caractère identique des deux énoncés, article par article, ligne à ligne, virgule à virgule, point par point.En un mot, du mot à mot.En matière de lutte contre la pauvreté, ce « nouveau gouvernement » fait donc sienne la position de ses prédécesseurs et expédie un communiqué, sans les nommer, pour s\u2019en vanter.On repassera pour le prétendu élan de changement.Une personne incapable d\u2019occuper un emploi pour des raisons jugées « sévères » touche aujourd\u2019hui 1035 $ par mois.À compter du 1er janvier 2019, elle recevra 72 $ de plus mensuellement, ce qui lui donnera désormais, pour survivre, l\u2019équivalent de 276,75 $ par semaine, mais à condition que ses malheurs soient éprouvés depuis soixante-six mois au cours des soixante-douze derniers.Pour parvenir à se loger, se nourrir et se vêtir avec si peu, cela force bien entendu à beaucoup de créativité.Grâce à cette mesure libérale calquée par la CAQ, 84 000 Québécois parmi les 310 000 les plus pauvres vont, d\u2019ici cinq ans, continuer de se river le nez au seuil de la pauvreté.Ces citoyens devraient en effet toucher d\u2019ici là, à coups de 72$ chaque mois, l\u2019équivalent de 18 000$ par année, soit l\u2019équivalent de la mesure minimale du panier de consommation (MPC).À moins de croire en l\u2019aveuglement d\u2019un millionnaire décomplexé capable, sans rougir, de donner des leçons sur l\u2019art de se nourrir à très bas prix, il appert que ce règlement libéral que vient de faire sien la CAQ maintient dans une très grande pauvreté 226 000 citoyens parmi les plus pauvres.Ceux-là ne toucheront que 10 $ de plus par mois jusqu\u2019en 2021, ce qui portera leurs revenus à 55 % du seuil pourtant jugé minimal.Cela sans parler des autres de ces 800 000 Québécois qui ont un revenu inférieur au seuil de la pauvreté et pour qui les conditions ne s\u2019améliorent pas vraiment.Ce n\u2019est donc pas une politique qui invite à la rupture avec le cercle vicieux de la pauvreté qui est adoptée, mais la poursuite de visées qui se refusent à tout examen critique des raisons de la dépossession de la population.En entrevue au Journal de Montréal, le premier ministre François Legault explique sans ciller qu\u2019il veut « éviter ce qui se passe en France » avec les « gilets jaunes ».Quand on y regarde de près, il est vrai que la situation sur le fond n\u2019est pas si différente : là-bas comme ici, les avantages fiscaux consentis aux plus puissants sont maintenus et étendus tandis qu\u2019on traque les excès supposés des dépossédés que sont les pauvres, les travailleurs sans grande formation, les subalternes, les immigrants, les laissés pour compte.Pour éviter « un clash social », selon les mots de François Legault, il suffit de voir à réduire les taxes et de mener une guerre à l\u2019impôt.« On est les plus taxés en Amérique du Nord », répète-t-il.À guerroyer sur ce seul front, il laisse de côté les revendications salariales, la défense des conditions d\u2019emploi et n\u2019envisage pas, comme de raison, de lever même le petit doigt au sujet de la répartition des revenus entre salaires et profits.Pendant que l\u2019État se voue ainsi à s\u2019amputer de ses moyens, la dégradation générale des services et des infrastructures publics se poursuit.Dans ce même entretien, François Legault résumait la colère des gilets jaunes en France à un ras-le-bol des régions qui, bien qu\u2019elles trouvent l\u2019environnement fort joli, ne supportent pas d\u2019être taxées en matière de transport faute de pouvoir compter sur autre chose que leurs voitures.Si tout se résumait à cela, il faudrait en toute logique penser à vite développer des réseaux de transport en commun sur l\u2019ensemble du territoire.Or, François Legault montre encore moins de volonté en ce sens que le président Macron.Il dit même, dans cette entrevue au Journal, vouloir se concentrer sur les seules «grandes villes qui ont des projets de transport en commun», comme à Québec, Montréal et Gatineau, tout en soulignant qu\u2019il n\u2019a pas du tout l\u2019intention de taxer les véhicules les plus polluants.À Montréal, où le réseau de métro tarde à se développer depuis cinquante ans, le premier ministre s\u2019est déjà prononcé contre l\u2019intention de rattraper ce temps perdu.En permettant à nouveau d\u2019outrager le parc national du Mont-Tremblant en s\u2019y rendant à motoneige, M.Legault espère-t-il le faire oublier?Il y a bien sûr toutes sortes de façons de réagir devant la menace d\u2019un fractionnement social.Ainsi, en Égypte, la vente de gilets jaunes est désormais surveillée par la police.En Turquie, les éditoriaux des journaux proches du pouvoir ne cessent de menacer ceux qui seraient tentés d\u2019éclairer les trous noirs créés par les financiers pour qui l\u2019ordre du jour est voué au seul bonheur des multinationales.Il est par ailleurs possible, comme on le voit au Québec, de se fermer les yeux et de clamer que tout progresse sur la bonne voie.JEAN- FRANÇOIS NADEAU En entrevue au Journal de Montréal, le premier ministre François Legault explique sans ciller qu\u2019il veut « éviter ce qui se passe en France » avec les « gilets jaunes ».Quand on y regarde de près, il est vrai que la situation sur le fond n\u2019est pas si différente : là-bas comme ici, les avantages fiscaux consentis aux plus puissants sont maintenus et étendus tandis qu\u2019on traque les excès supposés des dépossédés.ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR En plus de régir les agences de recrutement de travailleurs étrangers temporaires (TET), le gouvernement Legault entend cibler les employeurs afin d\u2019éviter des abus, a fait savoir le ministre du Travail, Jean Boulet, cette semaine.« Je ne veux plus qu\u2019il y en ait, des cas d\u2019abus.On a besoin de ces personnes-là pour répondre à nos besoins.Il faut les accueillir de façon civique et respectueuse », a déclaré le ministre Boulet.Le Devoir révélait récemment que des travailleurs temporaires venus combler des besoins de main-d\u2019œuvre étaient victimes d\u2019abus ou de négligence dans diverses régions du Québec.Pour corriger le problème, le gouvernement Legault a décidé de recourir à la Loi sur les normes du travail, qui avait déjà été modifiée l\u2019an dernier, pour mieux encadrer la situation des travailleurs temporaires.Or, les changements n\u2019étaient pas effectifs, faute de règlement pour les appliquer.Le lendemain de la publication du reportage du Devoir, le ministre Jean Boulet a annoncé qu\u2019il présenterait un projet de règlement en janvier afin de mieux encadrer les agences qui font venir ces travailleurs au pays.Rappelons que pour engager des travailleurs temporaires, les entreprises paient des agences ou des consultants en immigration qui les recrutent ces employés à l\u2019étranger et les font venir au Québec.Non seulement ces agences vont- elles devoir obtenir un permis de la Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour exercer, mais elles vont devoir offrir un encadrement « de façon à ce que [les travailleurs temporaires] s\u2019intègrent bien », a insisté le ministre Boulet.Elles auront aussi « l\u2019obligation » au « moment du recrutement » de leur « donner des documents d\u2019information concernant les droits des travailleurs ».Enfin, elles devront s\u2019assurer que les travailleurs « comprennent bien » ces droits, poursuit-il.Les travailleurs temporaires sont normalement protégés par toutes les lois québécoises s\u2019appliquant aux travailleurs, comme la Loi sur les normes du travail et la CNESST.Toutefois, la majorité d\u2019entre eux ne parlent ni anglais ni français et ignorent l\u2019existence même de ces protections.Miser sur la prévention L\u2019encadrement ne se limitera toutefois pas aux agences.Le ministre du Travail souhaite aller un peu plus loin en ci- blant aussi les entreprises qui embauchent des travailleurs temporaires.« Je pense qu\u2019il va falloir bien définir les obligations que les entreprises clientes auront à assumer », a-t-il expliqué en entrevue au Devoir.La Commission « peut faire enquête et si elle a des motifs de croire qu\u2019un travailleur temporaire a été victime d\u2019une atteinte à un droit », et ce, même s\u2019il n\u2019y a pas de plainte, souligne-t-il.Invitée à réagir, la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante s\u2019est montrée peu enthousiaste à cette perspective.« Ce qui me dérange un peu dans le débat, c\u2019est qu\u2019on part de cas condamnables et on en fait des généralités », fait valoir sa présidente, Martine Hébert.Au lieu d\u2019imposer des obligations aux entreprises, Mme Hébert préconise une prise en charge plus active des organismes communautaires.« Un des facteurs de réussite », dit-elle, « ça va être d\u2019impliquer des groupes spécialisés là-dedans, des groupes communautaires ».« L\u2019accompagnement, ce n\u2019est pas juste au niveau des employeurs », dit-elle en ajoutant qu\u2019il faut « travailler plutôt en amont, plutôt en prévention, en intégration ».Le fédéral dépassé par la demande Les révélations sur la vulnérabilité des travailleurs temporaires surviennent alors que le secteur privé presse les gouvernements de faciliter l\u2019accès à ce programme, qui relève du gouvernement fédéral.Pour pouvoir engager des TET, les entreprises doivent soumettre à Ottawa une étude montrant qu\u2019elles ne peuvent pas trouver de travailleurs locaux et qu\u2019elles ne privent pas les chômeurs canadiens d\u2019occasions d\u2019emploi.Dans le jargon, on appelle cela une «étude d\u2019impact sur le marché du travail» (EIMT).Or, selon MmeHébert, le processus est beaucoup trop lourd.Une opinion partagée par le gouvernement de la CAQ, qui en a même fait une priorité gouvernementale et veut négocier dans ce but avec le gouvernement Trudeau.Pendant ce temps, le ministère responsable du programme à Ottawa est complètement débordé.« Les délais de traitement habituels des EIMT sont plus longs », convient-on chez Emploi et Développement social Canada en soulignant que le programme connaît une augmentation du nombre de demandes « partout au Canada ».« Le ministère a embauché de nouveaux agents de traitement et anticipe l\u2019embauche de plus d\u2019une trentaine d\u2019agents d\u2019ici la fin de l\u2019année 2018 afin de traiter les volumes inhabituels de demandes », a-t-on signalé par courriel.Depuis 2012, le Québec accueille en moyenne 13 000 travailleurs temporaires par an, dont la majorité sont des travailleurs agricoles et des aides domestiques.Sur le terrain, plusieurs signaux laissent croire depuis quelques mois que le nombre de TET des autres secteurs de l\u2019industrie a augmenté de façon importante en 2018, mais ces données ne sont pas encore disponibles.TRAVAILLEURS TEMPORAIRES Les employeurs dans la mire du gouvernement La Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité du travail pourra enquêter si elle soupçonne qu\u2019un travailleur est maltraité Pour pouvoir engager des travailleurs étrangers temporaires, les entreprises doivent soumettre à Ottawa une étude montrant qu\u2019elles ne peuvent pas trouver de travailleurs locaux et qu\u2019elles ne privent pas les chômeurs canadiens d\u2019occasions d\u2019emploi.Dans le jargon, on appelle cela une « étude d\u2019impact sur le marché du travail ».GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR 13 000 C\u2019est le nombre moyen de travailleurs temporaires accueillis par le Québec depuis 2012.LIRE EN PAGE A 6 : À LA MERCI DES EMPLOYEURS, UN ÉDITORIAL DE ROBERT DUTRISAC Invitée à réagir, la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante s\u2019est montrée peu enthousiaste à cette perspective LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 4 D e L ur l o P ir o v e s F e n c e, s e t ê o e ad ?r au.E I P S S U A \u2019 R D I T R A À P E L G D N O U L T A U O T SC I D OS V R NTE E M I L A T P I A F R A U P A E D A E C L O R S P O À V Z E FFR O $ 7 1,5 4 E U U Q .E É N N A \u2019 S N O I S S U U O CHE R 9 5 5 7 - 3 6 0 4 0 1 8 R I O V E D E L .W W W E L Z E T ISI V U D ER I P A P N O I T I ÉD M E N N O B N A R U U O P L E O N O M O R P / M O C .I ED M A S E R T O T À N N E Élections partielles à Montréal Caroline Bourgeois sera la nouvelle mairesse de Rivière-des- Prairies\u2013Pointe-aux-Trembles.La candidate de Projet Montréal \u2013 Équipe Valérie Plante a été élue avec près de 48 % des voix, dimanche.Les électeurs étaient appelés aux urnes pour remplacer la mairesse démissionnaire, Chan- tal Rouleau, devenue ministre dans le gouvernement de François Legault.Mme Bourgeois affrontait Manuel Guedes, d\u2019Ensemble Montréal, et Marius Minier, candidat indépendant.Un autre scrutin s\u2019est tenu dans le district de Saint-Michel, dans Vil- leray\u2013Saint-Michel\u2013Parc-Exten- sion.Josué Corvil, d\u2019Ensemble Montréal, y a remporté le poste de conseiller avec plus de 40 % des voix.Le Devoir Menace de mises à pied à l\u2019aéroport Pierre-Elliott-Trudeau Une centaine de manifestants étaient attendus dimanche matin à l\u2019aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal, en soutien aux 93 travailleurs menacés de perdre leur emploi s\u2019ils ne consentent pas au retranchement d\u2019un tiers de leur salaire.Josée Dubois, présidente de la section locale de l\u2019Union des cols blancs d\u2019Aéroports de Montréal, précise que l\u2019employeur menace d\u2019avoir recours à de la sous- traitance pour remplacer 93 préposés à l\u2019accueil, agents d\u2019administration et agents de sécurité.La Presse canadienne EN BREF TERESA WRIGHT À OTTAWA LA PRESSE CANADIENNE S\u2019inquiétant des « dangers du populisme », le premier ministre Justin Trudeau estime que l\u2019utilisation de l\u2019immigration comme sujet de division en politique met l\u2019avenir du Canada en danger.Lors d\u2019une entrevue de fin d\u2019année avec La Presse canadienne, M.Trudeau a dit croire qu\u2019il existe un large consensus au Canada selon lequel l\u2019immigration est positive pour le pays, contrairement à d\u2019autres endroits dans le monde.Cette déclaration du chef libéral suggère qu\u2019il utilisera ce thème pour la campagne électorale de l\u2019année prochaine.M.Trudeau juge que les conservateurs ont «délibérément et sciemment propagé des faussetés», notamment sur le Pacte mondial pour les migrations «pour des gains politiques à court terme et attiser une anxiété sur l\u2019immigration».Ouvert aux débats Le premier ministre affirme qu\u2019il est ouvert à tenir des débats et des discussions sur l\u2019immigration, tant qu\u2019ils s\u2019axent autour d\u2019enjeux pertinents, comme le nombre d\u2019immigrants à accueillir au Canada chaque année ou l\u2019intégration des nouveaux arrivants au pays.Mais selon lui, la « campagne de peur et la désinformation » effectuées par les conservateurs sont « dangereuses », surtout entourant un sujet si important pour le Canada, dit-il.L\u2019attaché de presse du chef conservateur Andrew Scheer, Brock Harrison, a déclaré que les commentaires de M.Trudeau démontrent qu\u2019il n\u2019est pas à l\u2019écoute des préoccupations des Canadiens.« Il a recours à des attaques personnelles et à des arguments bidon chaque fois qu\u2019il est critiqué pour cela, a-t-il déploré.Les conservateurs continueront de lui demander des comptes sur les longs délais dans le traitement et les milliards de dollars en coûts supplémentaires causés par son échec quant à la sécurisation de la frontière.» La semaine dernière, le Canada s\u2019est joint à 164 pays pour signer le Pacte mondial des Nations unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.Il s\u2019agit du premier accord à grande échelle couvrant toutes les dimensions de la migration internationale, et il vise à améliorer la coopération.Mais l\u2019entente a suscité des manifestations, surtout dans l\u2019est de l\u2019Europe, où un certain nombre de groupes d\u2019extrême droite et de partis politiques ont utilisé le pacte pour attiser les inquiétudes du public par rapport à l\u2019augmentation historique du nombre de migrants et de personnes déplacées fuyant les guerres, les persécutions et les violences dans leur pays d\u2019origine.M.Scheer s\u2019est vivement opposé au pacte étant donné qu\u2019il permettrait selon lui à des entités étrangères d\u2019influencer le système d\u2019immigration du Canada \u2014 des arguments qui ont été rejetés par de nombreux experts en droit de l\u2019immigration.Les conservateurs ont également critiqué à répétition les libéraux sur l\u2019afflux des demandeurs d\u2019asile, qui sont entrés au Canada « irrégulièrement », loin des points d\u2019entrée officiels, au cours des deux dernières années.Cette affaire a provoqué des conflits avec les premiers ministres du Québec et de l\u2019Ontario, François Legault et Doug Ford, qui souhaitent chacun qu\u2019Ottawa investisse au moins 200 millions pour couvrir les coûts que les deux provinces ont déboursés pour héberger et fournir des services aux demandeurs d\u2019asile.Ils estiment que le gouvernement fédéral est trop lent pour évaluer les demandes d\u2019asile.Plus de 38 000 migrants sont entrés de façon irrégulière au Canada depuis le début de l\u2019année 2017.Justin Trudeau pourrait faire face à un défi de taille si la migration s\u2019avère être un enjeu de l\u2019élection.Un sondage de l\u2019Institut Angus Reid réalisé cet automne a révélé que les libéraux étaient vulnérables quant à cette question.Shachi Kurl, directrice principale de l\u2019Institut Angus Reid, avait déclaré à La Presse canadienne à l\u2019époque que les préoccupations sur la frontière résonnaient dans tout le spectre politique chaque fois que les conservateurs soulevaient la question.M.Trudeau compte répondre aux craintes grandissantes des Canadiens en soulignant que le pays a un système d\u2019immigration solide, qui garantit que les nouveaux demandeurs d\u2019asile ne posent aucun risque pour la sécurité.« C\u2019est une approche consciencieuse [des conservateurs] pour tenter d\u2019effrayer les gens.Et comme nous avons dit, c\u2019est toujours plus facile d\u2019essayer de faire peur aux gens que de calmer leurs craintes dans un moment d\u2019anxiété.» La rhétorique anti-immigration aide certains partis politiques, a reconnu le premier ministre, citant l\u2019exemple de l\u2019Europe de l\u2019Est et des États-Unis.Et ces opinions ont gagné en popularité au Canada, a-t-il avoué, ajoutant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un sujet « qui, à [son] avis, nous oblige à être plus vigilants ».Pas d\u2019élections anticipées Le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu\u2019il n\u2019y aurait pas de déclenchement anticipé des élections en 2019.Lors de l\u2019entrevue, M.Trudeau a dit être heureux d\u2019éliminer la possibilité d\u2019un scrutin hâtif, ce qui signifie que les Canadiens peuvent s\u2019attendre à être appelés aux urnes le 21 octobre.Cette déclaration devrait mettre fin aux bruits de coulisses selon lesquels les libéraux au pouvoir envisageraient des élections printanières.MIGRANTS Trudeau accuse les conservateurs de faire de la « désinformation » Les conservateurs continueront de lui [Justin Trudeau] demander des comptes sur les longs délais dans le traitement et les milliards de dollars en coûts supplémentaires causés par son échec à sécuriser la frontière BROCK HARRISON » Pierre Moreau dit renoncer à la course à la direction du PLQ Pierre Moreau renonce à la direction du Parti libéral du Québec.Au cours d\u2019une entrevue diffusée dimanche sur les ondes de Radio- Canada, l\u2019ancien ministre libéral a annoncé qu\u2019il ne se présentera pas à la prochaine course à la direction du PLQ.Il a aussi annoncé la nouvelle sur son compte Twitter.«Les résultats de l\u2019élection du 1er octobre ont été pour moi l\u2019occasion de faire le point sur ma carrière politique.Aujourd\u2019hui, j\u2019annonce que je me retire de la vie politique active, et que je ne solliciterai pas votre appui en vue de la prochaine course à la direction du #PLQ», a- t-il écrit.Selon lui, le prochain chef devra «incarner [la] génération montante», celle des 30-40 ans.Même s\u2019il ne sera pas candidat, il n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019abandonner la politique pour autant.La Presse canadienne Jusqu\u2019à Noël, découvrez chaque jour un mot qui résume l\u2019actualité de l\u2019année et capte l\u2019esprit du temps.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Le mot pourrait être imprimé en lettres colorées sur un t-shirt.Pourquoi pas ! En octobre dernier, la formation poli- LE CALENDRIER DE L\u2019AVENT 17 décembre : démarginalisation tique de gauche Québec solidaire (QS) est un peu plus entrée en phase de dé- marginalisaiton en réussissant à faire élire sept députés de plus que lors du scrutin précédent.La percée a été qualifiée d\u2019historique \u2014 forcément, pour un jeune parti \u2014, d\u2019autant plus qu\u2019elle s\u2019est accompagnée d\u2019une victoire spectaculaire dans la circonscription de Ro- semont : l\u2019ex-journaliste Vincent Maris- sal y a délogé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, dont la formation a récolté son pire résultat depuis 1976.Même si six membres de sa nouvelle députation sont toujours ancrés au cœur de Montréal, Québec solidaire a réussi le tour de force de décentraliser cette année son influence en peignant ses couleurs sur deux coins de Québec, mais aussi à Sherbrooke et en Abitibi- Témiscamingue.L\u2019étrangeté en provenance du Plateau s\u2019étend à l\u2019échelle de la nation et cette transformation ne pouvait qu\u2019être remarquée.Avec ce nouveau vent dans ses voiles, QS souhaite désormais ne plus avoir l\u2019air « trop extraterrestre », pour reprendre les mots d\u2019une de ses députées.Un vœu en voie de se réaliser puisque les extraterrestres, en sortant de la marge, seront condamnés, comme d\u2019autres avant eux, à se normaliser.CALENDRIER DE L'AVENT SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR es écrits engagés de l\u2019intellectuelle belge Chantal Mouffe sur les revendications de la classe ouvrière incarnées par les gilets jaunes aux articulations artistiques inspirées du Capital, la pensée de Karl Marx est plus que jamais convoquée pour comprendre notre époque, riche en bouleversements, où les questions de privilèges et de lutte des classes tiennent le haut du pavé.Au même moment, le spectre du totalitarisme de certains régimes dictatoriaux a cessé de hanter les corridors des universités du monde occidental.Enfin, du moins dans le monde des humanités.Pour bien des nouveaux lecteurs de Marx, l\u2019ampleur des inégalités sociales créées par le monde capitalisme est plus brutale que le souvenir du Rideau de fer.Pourquoi lire Marx aujourd\u2019hui ?« Aux yeux de bien des gens de ma génération, le capitalisme est porteur d\u2019une violence extrême.À mon avis, les mouvements qui sont nés après la crise financière de 2008, dans l\u2019esprit d\u2019Occupy, ont fait naître une nouvelle conscience.Nous, on arrive à l\u2019âge adulte en voyant à quel point le système est fondé sur l\u2019exploitation, l\u2019expropriation.Nous constatons la dégradation de l\u2019environnement, l\u2019accumulation des uns par la dépossession des autres, comment des gens s\u2019enrichissent aux dépens des autres », déclare Fifi G., chercheuse universitaire qui s\u2019intéresse à l\u2019expropriation des terres en Éthiopie.Pour cette jeune Torontoise, qui s\u2019est même fait imprimer une affiche de Marx qu\u2019elle a apposée à un mur de sa chambre, certaines idées propres au marxisme proposent des solutions intéressantes pour envisager l\u2019avenir autrement que dans une perspective de néolibéralisme autoritaire.« Je m\u2019intéresse aussi au féminisme marxiste, pour aborder le rôle et la valeur du travail des femmes.Les débats autour de Marx sont encore valides au- jourd\u2019hui.C\u2019est inspirant.» Revu et réinterprété pour envisager les modes de production, dans un monde de géants technologiques comme Facebook ou Amazon, Marx semble plus que jamais d\u2019actualité, avec l\u2019idée de tension entre le prolétariat et la bourgeoisie, et une nouvelle attention sur la construction des privilèges.On pense aux gilets jaunes, bien sûr, mais aussi aux étudiants de l\u2019UQAM qui manifestent pour la rémunération des stages.Également, dans un monde où l\u2019humain est inondé d\u2019objets fabriqués sur des chaînes de montage en Chine ou au Vietnam, les concepts de Marx sur le travail et le fétichisme de la marchandise nous rappellent que, derrière une chandelle du Dollarama, un « post » sur Instagram ou un foulard de soie Burberry, il y a avant tout du labeur humain.Pour une pensée de la crise Dans la foulée du bicentenaire de l\u2019anniversaire du grand penseur du capitalisme, le film Le jeune Karl Marx a permis aux cinéphiles de renouer avec celui qui a inspiré les révolutions socialistes du XXe siècle.Le Manifeste du parti communiste (classé au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO), avec quelque 500 millions d\u2019exemplaires écoulés, se place même au quatrième rang des livres les plus vendus de tous les temps.La pensée de la crise inspirée de Marx a percolé dans le monde des arts, au musée comme au théâtre, et s\u2019est incarnée cet automne dans Chapitres de la chute au Quat\u2019Sous (sur la débâcle financière de 2008), dans le documentaire The Price of Everything, portant sur le marché de l\u2019art contemporain, dans l\u2019œuvre Manifesto (avec Cate Blanchett) présentée au Musée d\u2019art contemporain (qui démarre avec le Manifeste du parti communiste), ainsi que dans la pièce Extramoyen à Espace libre, sur le sort de la classe moyenne.« Le vocabulaire de Marx est très intégré dans le narratif académique.Plusieurs vont dire qu\u2019il n\u2019y a pas de retour de Marx, à proprement parler, parce qu\u2019en réalité, il n\u2019est jamais parti ! » estime Julien Lefort-Favreau, chercheur en études françaises à l\u2019Université Queen\u2019s.« Je ne sais pas si c\u2019est la crise qui provoque le retour à Marx ou bien si c\u2019est Marx qui nous permet de penser la crise.Reste que, dans les humanités, revenir à Marx est une manière de réintégrer dans la réflexion sur l\u2019art et les sciences sociales la question de la domination par les modes de production », indique celui qui parle d\u2019une pensée marxiste « décentralisée ».Une attention aux écritures et aux représentations du monde du travail et de l\u2019usage de la langue de l\u2019univers ma- nagérial cristallise ce retour à la pensée de Marx sur le labeur et ses tensions.« Cela est présent aussi dans le milieu de l\u2019histoire de l\u2019art, où la critique d\u2019art est en train de se déplacer, s\u2019intéressant désormais moins aux objets d\u2019art qu\u2019aux institutions », poursuit Julien Lefort-Favreau.Quand Marx s\u2019invite chez Trump « Aux États-Unis, où l\u2019on assiste à une marchandisation de l\u2019éducation qui est affolante, les intellectuels d\u2019allégeance Parlez-vous Marx ?Temps de crise et contestations populaires suscitent un regain d\u2019intérêt pour l\u2019analyse marxiste AGENCE SCIENCE-PRESSE Si tout va bien, en 2019 des plantes pousseront sur la Lune.En quelque sorte : dans un environnement scellé, 100 % artificiel, mais soumis à la faible gravité de notre satellite.Des graines de pommes de terre et d\u2019une petite plante à fleurs appelée Arabidopsis se trouvent à bord de la sonde chinoise Chang\u2019e-4, qui s\u2019est envolée le 8 décembre et alunira peu après le Nouvel An.Autre fait nouveau : la sonde ira se poser sur la face cachée de la Lune \u2014 c\u2019est-à-dire celle qui n\u2019est jamais visible depuis la Terre.Elle transporte à cette fin un véhicule \u2014 sur le modèle du « Lapin de jade » qui accompagnait Chang\u2019e-3 en 2013 \u2014 qui explorera une petite portion de cette moitié inexplorée de notre satellite.Ainsi qu\u2019une antenne destinée à écouter le bruit de fond cosmique \u2014 les ondes radio qui voyagent en permanence dans l\u2019univers.Les astrophysiciens rêvent depuis des décennies de construire un observatoire de radio-astronomie sur la face cachée de la Lune, à l\u2019abri du « bruit » de notre civilisation.Un jour, une base lunaire L\u2019agence spatiale chinoise a d\u2019ailleurs depuis longtemps inscrit dans ses plans à long terme la construction d\u2019une base lunaire \u2014 quoique sans fixer de date.Or, si on veut faire vivre des humains là- haut, il en coûtera considérablement moins cher si on est capable de faire pousser leur nourriture dans des serres.D\u2019où la petite expérience végétale : les pommes de terre parce qu\u2019elles feraient partie de l\u2019alimentation de base, et l\u2019Arabidopsis parce que sa croissance rapide permettra tout de suite de voir si le test est un succès ou un échec.La Chine avait aussi mis en orbite lunaire, en mai dernier, un satellite de communications, Queqiao, destiné à relayer les données de Chang\u2019e-4, puisque depuis la face cachée il est impossible de contacter directement la Terre.Des plantes ont déjà grandi dans la station spatiale, en l\u2019absence presque complète de gravité, mais jamais sur la Lune, où la gravité est d\u2019un sixième celle de la Terre.SCIENCE Patates lunaires en gestation D Les concepts de Marx sur le travail et le fétichisme de la marchandise semblent plus que jamais d\u2019actualité.JOHN JABEZ EDWIN MAYALL marxiste se font assurément entendre», affirme Julien Lefort-Favreau.En avril dernier, le journal Le Monde rapportait que l\u2019organisation américaine Democratic Socialists of America (DSA) avait vu ses effectifs multipliés par quatre, ces dernières années, dépassant les 32 000 adhérents.Fait peu banal, dans le pays du maccar- thysme et de l\u2019anticommunisme, de jeunes militants \u2014 l\u2019âge médian de la DSA est passé de 68 ans en 2013 à 33 actuellement \u2014 s\u2019affichent fièrement marxistes.Pour s\u2019initier à la pensée de Marx actualisée (sans avoir à se taper les trois volumes de 800 pages du Capital), on peut notamment visionner des clips YouTube où la théoricienne en économie politique Jodi Dean parle des limites du Web à l\u2019ère du capitalisme communicatif.Sur le site Open Culture, le géographe David Harvey (professeur de deuxième cycle d\u2019anthropologie et de géographie à la City University of New York) dispense quant à lui un cours gratuit sur les volumes I et II du Capital.Dans le Manifeste du parti communiste, celui qui aurait eu 200 ans cette année parle de la révolution qui sera forcément prise en charge par le prolétariat, de ces travailleurs qui n\u2019ont pas accès aux marchandises qui enrichissent les bourgeois à la sueur de leurs fronts.Les revendications des 99 % d\u2019Occupy ou des gilets jaunes nous rappellent que la lutte des classes est peut-être, finalement, un perpétuel recommencement.Le vocabulaire de Marx est très intégré dans le narratif académique.Plusieurs vont dire qu\u2019il n\u2019y a pas de retour de Marx, à proprement parler, parce qu\u2019en réalité, il n\u2019est jamais parti ! Dans les humanités, revenir à Marx est une manière de réintégrer dans la réflexion sur l\u2019art et les sciences sociales la question de la domination par les modes de production.JULIEN LEFORT-FAVREAU » Karl Marx en quelques dates 5 mai 1818 Marx naît dans le Royaume de Prusse.Octobre 1842 Le journal Rheinische Zeitung, où Marx critique les pouvoirs ultramondains et défend la liberté de presse, est interdit de publication.Novembre 1848 Marx rédige le Manifeste du parti communiste.1867 Rédaction du premier tome du Capital.1875 Sa santé déclinant, Marx laissera à son ami Frie- drich Engels le soin de colliger ses notes et écrits pour achever les deux derniers tomes du Capital.14 mars 1883 Mort de Karl Marx à Londres.Il repose au cimetière de Highgate.L\u2019agence spatiale chinoise projette depuis plusieurs années déjà la construction d\u2019une base sur la Lune.DIBYANGSHU SARKAR AGENCE FRANCE-PRESSE LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin e gouvernement Legault compte sur l\u2019afflux de travailleurs étrangers temporaires pour réduire les pénuries de main-d\u2019œuvre.Or, avant d\u2019ouvrir les vannes, il devra s\u2019atteler à contrer les abus dont sont victimes plusieurs de ces travailleurs vulnérables aux prises avec des employeurs peu scrupuleux qui détiennent un pouvoir démesuré sur eux, celui de les faire expulser.Comme l\u2019a rapporté notre journaliste Isabelle Porter, des organismes en immigration ont eu vent de nombreux cas d\u2019abus ou de négligence de la part d\u2019employeurs visant les travailleurs étrangers peu qualifiés.Parmi ces abus, on compte le non-respect des contrats de travail, les retenues de salaire non justifiées et, surtout, les licenciements arbitraires.Le problème, c\u2019est que le Programme des travailleurs étrangers temporaires, défini et administré par le gouvernement fédéral, lie ces travailleurs à un seul employeur en vertu d\u2019un permis de travail fermé.S\u2019ils sont congédiés, ils n\u2019ont d\u2019autre choix que de retourner dans leur pays.Les employeurs recrutent ces travailleurs dans leur pays d\u2019origine par le truchement d\u2019agences, établies au Canada ou à l\u2019étranger, et doivent fournir à leurs frais une étude d\u2019impact sur le marché du travail (EIMT) pour déterminer si l\u2019emploi disponible peut ou non être occupé par un travailleur canadien.Compte tenu de cet investissement, les employeurs considèrent, dans certains cas, que « l\u2019employé, c\u2019est [leur] chose », a confié au Devoir un conseiller d\u2019une société d\u2019aide au développement des collectivités.À cela s\u2019ajoute le fait que ces travailleurs, qui, souvent, ne parlent ni français ni anglais, ne connaissent pas leurs droits ni la protection minimale que leur accorde la Loi sur les normes du travail.Ils n\u2019ont pas accès aux cours de français offerts aux immigrants admis et les organismes communautaires en immigration ne sont pas officiellement mandatés pour leur apporter un soutien, bien qu\u2019ils le fassent à l\u2019occasion.Si on peut croire que la majorité des employeurs ne maltraitent pas les travailleurs étrangers qu\u2019ils ont recrutés, comme l\u2019affirme la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante (FCEI), la dépendance extrême à laquelle sont soumis ces salariés est une invitation à l\u2019abus de pouvoir.Avec le projet de loi 176 modifiant la Loi sur les normes du travail et adopté en juin dernier, leur situation pourrait s\u2019améliorer quelque peu.Le gouvernement québécois doit édicter un règlement qui instaurera un permis obligatoire pour les agences de recrutement de travailleurs étrangers.Toutefois, il y a tout lieu de croire que cette exigence ne pourra pas s\u2019appliquer aux agences établies à l\u2019étranger.D\u2019autre part, la nouvelle loi stipule que l\u2019agence et l\u2019entreprise sont solidairement responsables des obligations imposées par les normes du travail relativement au paiement du salaire, des heures supplémentaires et des vacances.C\u2019est un progrès, mais ça ne règle pas le problème des congédiements arbitraires et des menaces qu\u2019un employeur est en mesure de brandir.Le ministre du Travail, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, qui promet d\u2019adopter le nouveau règlement dès ce printemps, se montre sensible à la situation.Le gouvernement Legault projette de faire de la filière des travailleurs étrangers temporaires un fondement de sa nouvelle politique d\u2019immigration.Il devra avant tout s\u2019assurer que leurs droits sont respectés et insister pour qu\u2019Ottawa, à qui incombe la responsabilité du programme, resserre les contrôles sur les employeurs afin que jamais plus les travailleurs étrangers ne soient leur chose.Jacques Frémont Recteur et vice-chancelier de l\u2019Université d\u2019Ottawa Au lendemain de la chute du mur de Berlin, un jeune investisseur, George Soros, d\u2019origine hongroise, s\u2019organise pour qu\u2019une nouvelle université, la Central European University (CEU), voie le jour à Budapest.La vision était claire et les buts avoués : les pays de l\u2019ex-URSS communiste devaient avoir à leur disposition des jeunes formés selon les plus hauts standards universitaires et selon le concept de pensée critique afin d\u2019exercer le leardership qui leur reviendra au sein de leurs pays en transformation.La société ouverte de Karl Popper devait devenir une réalité.Le rôle de l\u2019enseignement supérieur au sein des régimes démocratiques en émergence était considéré comme incontournable et nécessaire.Au- jourd\u2019hui, près de trente années plus tard, ce rôle des universités est plus important que jamais; celui de la CEU l\u2019est particulièrement.Qu\u2019on ne se fasse pas d\u2019illusion.La CEU, qui, pour l\u2019essentiel, se concentre depuis sur les programmes d\u2019études supérieures dans les secteurs des sciences sociales et des sciences humaines, a connu à tous égards un formidable succès.Elle a diplômé, au fil des ans, plusieurs milliers d\u2019étudiants en provenance de dizaines de pays et particulièrement de ceux de l\u2019ex-Empire soviétique ainsi que des étudiants des pays du Sud.Université carburant à la liberté d\u2019enseignement, elle a profondément laissé sa marque, particulièrement dans les pays de l\u2019ex-URSS.Ses performances en recherche, grâce à un corps professoral local et international de la plus haute qualité, sont reconnues en Europe et partout dans le monde.En bref, la CEU est un petit bijou d\u2019université qui remplit pleinement sa mission dans les plus hauts standards et sans même aucun financement de l\u2019État hongrois ; sa présence a d\u2019ailleurs complètement transformé un quartier de Pest, sur la rive droite du Danube.Une réussite gênante C\u2019est sans doute le succès de la CEU qui gêne tant le leadership actuel de la Hongrie, qui a tout fait depuis plusieurs années afin d\u2019expulser la CEU de son territoire.La décision de quitter la Hongrie vient d\u2019être prise, à regret, par la CEU.Diabolisée et dénoncée par les tenants de la pensée unique, la communauté de cette université continue par la liberté de sa pensée et de son enseignement à déranger.Au fond, l\u2019attitude du gouvernement hongrois et son acharnement à l\u2019égard de la CEU et de son fondateur, George Soros, constituent sans doute un immense hommage au succès de cette université qui a su se distinguer de toutes les façons et jouer pleinement son rôle.Acteurs de changement et de pensée critique, les établissements d\u2019enseignement supérieur non seulement forment les leaders de demain, mais contribuent notamment par leurs recherches à l\u2019évolution des connaissances et de la pensée des sociétés.Leur apport est, à cet égard, inestimable.La pensée critique, le questionnement de ce qui est, de ce qui peut être et de ce qui doit être, demeure dans leur ADN.Les attaques répétées du gouvernement hongrois contre la CEU sont des attaques contre la liberté de l\u2019enseignement partout à travers le monde et, par là, des attaques contre les fondements de nos régimes démocratiques.Le devoir de solidarité de nos universités à l\u2019égard de la CEU, de la liberté de son enseignement et de son existence est réel et urgent.Il faut aussi s\u2019inquiéter du sort des autres universités hongroises, qui, elles aussi, méritent notre entier soutien.La remise en question de la mission fondamentale des universités menace les fondements mêmes de la démocratie et de la liberté.Le sort réservé par les autorités hongroises à la CEU et le relatif silence des autorités européennes suscitent une vive inquiétude.Proche aidance et fin de vie des aînés Plus de 95% des 66 000 Québécois qui décèdent annuellement sont des aînés.Ils sont aptes ou inaptes.C\u2019est donc un dossier qui se doit d\u2019être très, très important pour notre ministre Marguerite Blais.Chaque décès touche de près une trentaine de personnes, quelques dizaines de proches et de bénévoles, des établissements\u2026 Environ 175 personnes décèdent chaque jour au Québec.Ainsi cela demande une immense masse de services et de soins, ainsi que l\u2019engagement des proches de ces finissants de la vie.L\u2019aidé apte en fin de vie se doit de prendre soin de ses aidants, de ses proches et de ses soignants.En étant au centre des processus d\u2019information et de décision.En étant éclairé et libre dans ses choix, en prenant bien soin de communiquer avec tous, en joignant à la parole des écrits.Parole passe, écrit demeure.L\u2019aidé inapte en fin de vie se doit de prendre soin de ceux qui l\u2019accompagnent et le soignent, voilà une de ses responsabilités.En ayant désigné un mandataire, en ayant rempli et signé ses directives médicales anticipées.En sachant que c\u2019est là un haut et noble acte d\u2019amour et de civisme.C\u2019est le respect de ses choix éclairés et libres qui unira proches et soignants, qui en prendra grandement soin et qui facilitera leur processus de deuil.Yvon Bureau, travailleur social, consultant bénévole pour un mourir digne et libre et coprésident du Collectif mourir digne et libre Québec, le 13 décembre 2018 En Hongrie, une attaque injustifiée contre la liberté de l\u2019enseignement LIBRE OPINION LETTRES TRAVAILLEURS ÉTRANGERS À la merci des employeurs CANADA-CHINE Le choc des principes L n 2014, le Chinois Su Bin est arrêté à Vancouver en vertu d\u2019une demande d\u2019extradition des États-Unis, qui le soupçonnent d\u2019espionnage.Deux mois plus tard, les Canadiens Kevin et Julia Garratt sont arrêtés en Chine, où ils vivent depuis environ 30 ans.Ils sont accusés à leur tour d\u2019espionnage.Mme Garratt est libérée six mois plus tard, mais son mari, seulement à l\u2019automne 2016, à la suite d\u2019une visite du premier ministre Justin Trudeau en Chine.L\u2019arrestation des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor par les autorités chinoises la semaine dernière rappelle inévitablement cette affaire.Leur détention survient une semaine à peine après l\u2019arrestation par les autorités canadiennes de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei.Comme M.Su, Meng Wanzhou a été interceptée lors d\u2019une escale à Vancouver à la suite d\u2019une demande d\u2019extradition des Américains.La Chine, outrée, a rapidement réagi en menaçant le Canada de « conséquences graves ».Le Canada se serait attendu au soutien de Washington, mais le président américain, Donald Trump, a plutôt dit qu\u2019il pourrait intervenir en faveur de Mme Meng si cela pouvait mener à la conclusion d\u2019un accord commercial avec la Chine.À Ottawa, cela a mal passé.Et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, de dire avec justesse mercredi que « nos partenaires, avec lesquels nous partageons des traités d\u2019extradition, ne devraient pas chercher à politiser ce processus ou à s\u2019en servir à d\u2019autres fins que celle de la quête de justice et du respect de l\u2019État de droit ».Si le chef d\u2019État de la plus grande puissance démocratique du monde fait ainsi fi de la primauté du droit et de l\u2019indépendance des tribunaux, comment convaincre la Chine d\u2019y adhérer ?La Chine demeure un pays autoritaire qui a une conception élastique de ces principes et, aussi longtemps que les pays démocratiques, aveuglés par leurs intérêts commerciaux, les défendront avec mollesse, Pékin ne verra aucune raison de changer d\u2019attitude.La complaisance occidentale, sous couvert d\u2019une politique d\u2019engagement propice à faire avancer le respect des droits en Chine, a permis à cette dernière de s\u2019élever au rang de puissance économique sans vraiment jeter du lest.Le gouvernement Trudeau a le mérite de rester ferme dans ce dossier, mais dans sa quête d\u2019ouverture commerciale avec la Chine, il doit garder ce bras de fer en tête, car il illustre les risques de conclure des ententes avec la Chine fondées sur des règles de droit prétendument réciproques.Si les systèmes appelés à les appliquer n\u2019ont pas la même solidité procédurale ni la même indépendance, les rapports de force, déjà inégaux sur le plan économique, le seront aussi sur le plan juridique.E ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MANON CORNELLIER Doublage superfétatoire J\u2019ai vu La favorite (The Favourite) sur grand écran à Montréal, dans sa version merveilleusement doublée en France, bien qu\u2019il soit prévu que le film de Yorgos Lan- thimos ne sorte dans ce pays qu\u2019en février 2019.Nous avons donc fait l\u2019économie d\u2019un doublage québécois.Je dis bravo ! Mais la triste réalité est que les doublages français sur nos écrans se font de plus en plus rares, pour la raison que les généreux crédits d\u2019impôt mis en place par les libéraux favorisent le doublage québécois.Il n\u2019était pourtant pas nécessaire de doubler ici Aquaman, Les animaux fantastiques: Les crimes de Grindelwald et Bohemian Rhapsody, pour ne donner que trois exemples récents, puisque ces films avaient déjà été doublés en France.L\u2019Association nationale des doubleurs professionnels, présidée par Joey Galimi, et les 12 (!) maisons de doublage québécoises qu\u2019elle représente sont fort heureuses de la situation, mais les millions de dollars mal dépensés pourraient être si utiles ailleurs (dans la maison Boileau, par exemple, avant qu\u2019elle ne soit détruite).J\u2019invite le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec et la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, à faire la lumière sur cette affaire de doublage superfétatoire qui a toutes les apparences d\u2019un scandale.Sylvio Le Blanc Montréal, le 16 décembre 2018 ROBERT DUTRISAC A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Stéphane Lévesque Professeur et directeur du laboratoire d\u2019histoire et récits de l\u2019Université d\u2019Ottawa Jean-Philippe Croteau Professeur à l\u2019Université du Sichuan Le drapeau franco-ontarien hissé devant l\u2019hôtel de ville de Saguenay; des centaines de manifestants, dont des élus municipaux, provinciaux et fédéraux dans les rues du Québec pour démontrer leur soutien envers les Franco- Ontariens; le recteur de l\u2019Université de Montréal appuie publiquement le maintien de l\u2019Université de l\u2019Ontario français.Qui l\u2019eût cru ?Les récentes démonstrations d\u2019appui à la cause franco-ontarienne en étonnent plusieurs, et pour cause.[\u2026] Pour certains, cet élan de solidarité spontané répond à un sentiment d\u2019indignation quant à la montée d\u2019une droite intransigeante qui fomente la francophobie et menace les droits acquis obtenus par la minorité francophone après de longues années de lutte.Pour d\u2019autres, cette solidarité témoigne plutôt d\u2019une longue mémoire en partage issue des expériences historiques formatrices de la nation canadienne-française.Pour Michel Bock et Martin Meunier, la question franco-ontarienne est indissociable de celle du Québec, car « au fond, elle engage aussi celle du Québec, car c\u2019est le principe même de la dualité nationale du Canada, comme toujours, qui est en jeu ».Le récit de la nation\u2026 au pluriel [\u2026] Depuis la Révolution tranquille, Québécois et francophones hors Québec semblent avoir emprunté différents chemins pour imaginer et mettre en récit la nation.Alors que certains ont professé la mort du Canada français et l\u2019émergence d\u2019une francophonie plurielle, d\u2019autres, comme Gérard Bouchard, ont plutôt parlé d\u2019une évolution « normale » vers une nation purement québécoise, « le berceau d\u2019une modernisation spectaculaire de notre société ».Mais se pourrait-il qu\u2019au-delà de cette provincialisation des identités et des projets nationaux, Québécois et Franco-Ontariens partagent encore et toujours une « même âme » et un « même principe spirituel » ?C\u2019est la question à laquelle nous nous sommes intéressés au cours des FRANCOPHONIE Les Québécois et les Franco-Ontariens partagent une mémoire et un avenir André Potvin Directeur de l\u2019Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société Claude Demers Professeure titulaire à l\u2019École d\u2019architecture de l\u2019Université Laval AMÉNAGEMENT La beauté de la carboneutralité Des milieux de vie conviviaux entièrement carbo - neutres sont possibles Le 1er décembre, des Franco- Ontariens ont manifesté à Ottawa pour faire valoir leurs droits.Les récits collectifs des Franco- Canadiens varient d\u2019un côté à l\u2019autre de la rivière des Outaouais.PATRICK DOYLE LA PRESSE CANADIENNE deux dernières années en sondant la conscience historique de plus de 600 jeunes francophones du Québec et de l\u2019Ontario en leur demandant de nous raconter l\u2019histoire des francophones au pays (étude à paraître aux Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa).Résultats ?Les jeunes des deux provinces partagent une histoire commune qui commence par la découverte \u2014 ou la redécouverte pour certains \u2014 de l\u2019Amérique par les explorateurs français et le début du régime colonial.Cette histoire commune s\u2019achève dès lors avec la Conquête, alors qu\u2019on assiste à une réorientation des récits.Ceux des jeunes québécois se replient essentiellement sur le territoire provincial, tandis que ceux des jeunes franco-ontariens racontent une histoire centrée sur le Canada et/ou l\u2019Ontario français dans le cadre fédéral canadien.Beaucoup de récits des jeunes franco- ontariens s\u2019appuient néanmoins sur des faits, événements et personnages qui sont issus de moments communs, notamment pendant l\u2019époque de la Nouvelle-France, qui est la période la plus citée dans les récits.Toutefois, peu de jeunes québécois connaissent ou se réfèrent aux événements qui touchent les francophones hors Québec ; aucune référence à Montfort ou au Règlement 17.En ce sens, le partage mémoriel semble s\u2019opérer des Franco-Ontariens vers le Québec et non l\u2019inverse.L\u2019adversité francophone Fait intéressant.Au-delà des différences entre les contenus historiques, on retrouve la prégnance d\u2019une structure d\u2019organisation mentale, d\u2019un schéma narratif qui est largement partagé par les deux groupes sondés, celui de « l\u2019adversité » et de la lutte des francophones pour leurs droits et leur langue.Pour représenter cette adversité, les jeunes choisissent des événements différents dans leur trame narrative, mais qui jouent un même rôle de marqueur de sens de l\u2019expérience collective : la Conquête et la rébellion des Patriotes de 1837- 1838 pour les Québécois, et le Règlement 17 et la bataille pour l\u2019hôpital Montfort pour les Franco-Ontariens.Dans un cas comme dans l\u2019autre, ces événements permettent de raconter l\u2019évolution historique de leur communauté dans le temps sous la forme d\u2019une vision parfois optimiste, parfois pessimiste, mais surtout mitigée et prudente quant au devenir de leur collectivité en Amérique.Tant pour les uns que pour les autres, l\u2019avenir demeure incertain et la vigilance est de rigueur.La présente solidarité quant à l\u2019abolition de l\u2019Université de l\u2019Ontario français et du Commissariat aux services en français ne fait que confirmer cette orientation du parcours historique.Si les Québécois sont peu familiarisés avec ces luttes, ils comprennent néanmoins leur portée.Ils peuvent aisément les transposer dans leurs propres réalités québécoises et, du coup, les inscrire dans leur vision narrative de l\u2019adversité rencontrée au fil du temps.Par cet acte de transposition, ils sont à même de partager avec les Franco-On- tariens une mémoire de l\u2019aventure francophone et possiblement un désir, une volonté de poursuivre cette aventure collective.Depuis le XIXe siècle, le Canada français a connu de nombreux bouleversements sociaux, politiques, culturels, migratoires, et économiques qui ont creusé sans cesse l\u2019écart entre les francophones du Québec et ceux de l\u2019Ontario et du reste du pays.Mais notre étude révèle que cet écart n\u2019est pas une rupture mémorielle ou de destin.Encore aujourd\u2019hui, la francophonie nord-américaine continue d\u2019être traversée par des tensions et des défis qui singularisent son cheminement et lui font prendre conscience de sa fragilité.La dualité nationale et le désir de « faire société », pour reprendre les mots du sociologue Joseph Yvon Thériault, sont depuis plus de 400 ans au cœur du projet sociétal des francophones du pays, qu\u2019ils vivent à Saguenay ou à Sudbury.Dans le contexte actuel, la question qu\u2019il nous semble pertinent de poser est la suivante : est-il possible d\u2019imaginer une société francophone dont l\u2019aventure historique variée et variable offre à tous ses membres des possibilités communes pour son devenir ?Revoir l\u2019expérience canadienne francophone sous l\u2019angle des possibilités, telle est selon nous la perspective qui autorise à (re)découvrir un horizon d\u2019attentes possibles.Peu de jeunes québécois connaissent ou se réfèrent aux événements qui touchent les franco - phones hors Québec Lors de son discours inaugural, le premier ministre Legault a placé l\u2019éducation comme priorité nationale.Il a en outre insisté sur l\u2019importance de cons - truire de « belles écoles » pour favoriser la réussite éducative.Il est plutôt rafraîchissant et audacieux d\u2019inviter ainsi la beauté à l\u2019Assemblée nationale.Cette ouverture du premier ministre mérite qu\u2019on s\u2019y attarde dans le contexte d\u2019une réponse collective à l\u2019impératif climatique.Comment la qualité de nos aménagements et du milieu bâti en général pourrait-elle nous aider à changer rapidement nos comportements individuels et collectifs comme le souhaite le Pacte pour la transition ?Quand Churchill prononçait cette phrase célèbre en pleine guerre dans un Parlement britannique dévasté : « We shape our buildings ; and thereafter they shape us », il établissait un lien de cause à effet entre l\u2019environnement bâti et le comportement des individus.Au moment où les 200 pays présents à la COP24 ont tenté de trouver un mode d\u2019emploi pour limiter l\u2019augmentation de la température moyenne terrestre à 1,5 °C, se pourrait-il que l\u2019aménagement expéditif du milieu bâti du siècle dernier, soutenu par les ressources fossiles, ait à ce point transformé nos comportements que l\u2019atteinte de cet objectif nous semble impossible ?Le monde scientifique s\u2019entend sur l\u2019importance d\u2019établir rapidement un modèle de développement circulaire et court dans lequel les demandes de la société, et au premier chef celles de la gouvernance, doivent se traduire dans un aménagement du territoire respectant les limites de notre environnement.Seule la reconnaissance de l\u2019importance de limiter la demande dans ce nouveau paradigme permettra de réaliser des gains majeurs sur le plan de la lutte contre les changements climatiques.Amory Lovins, célèbre environnementaliste américain, militait pourtant déjà dans les années 70 pour un « soft energy path » et le négawatt, dans lequel l\u2019effet multiplicateur permettrait de réduire drastiquement l\u2019intensité énergétique.En diminuant la demande de moitié par un aménagement urbain dense, en diminuant de moitié la con - som mation des bâtiments par des stratégies bioclimatiques passives, en doublant l\u2019efficacité des systèmes et en comblant la moitié de la demande restante par les énergies renouvelables, il serait théoriquement possible de réduire rapidement par un facteur seize notre consommation énergétique.Cette équation démontre qu\u2019on ne peut tout simplement pas prétendre que les avancées technologiques remarquables des dernières décennies et le recours aux énergies renouvelables seront suffisants pour répondre à l\u2019urgence actuelle.Bien connu des milieux économiques, le « rebound effect » \u2014 ou paradoxe de Jevons \u2014 nous enseigne que plus un système est efficace, plus il sera utilisé et plus il tendra à minimiser ses gains nets.La demande constitue donc le maillon incontournable de l\u2019effet multiplicateur.C\u2019est ici que se manifeste toute la beauté de la carboneutralité.Croissance soutenue Couper de moitié la demande est une mesure pouvant être interprétée comme austère et régressive dans un monde de croissance soutenue.Cependant, les cobénéfices pour la société et l\u2019environnement méritent d\u2019être explicités.Un modèle de développement qui oserait remettre en question la demande ne pourrait rester aveugle devant les questions fondamentales inhérentes à l\u2019aménagement du territoire.Comment, par exemple, peut-on vivre dans des habitations dont la dimension a doublé depuis le début du siècle dernier et dans lesquelles le nombre d\u2019occupants a diminué de moitié ?Il s\u2019agit ici de diminuer d\u2019un facteur quatre la densité du territoire.La densification juste (et belle) de la ville améliore pourtant les microclimats urbains, si importants dans notre climat nordique pour favoriser les transports parallèles et l\u2019activité physique quatre saisons.Elle favorise la conservation énergétique par la compacité et permet le recours à des stratégies bioclimatiques gratuites de chauffage solaire, de refroidissement passif et d\u2019éclairage naturel.La littérature scientifique et, plus récemment, le standard WELL reconnaissent que, dans de tels environnements bâtis, l\u2019absentéisme diminue et la productivité, la santé et le bien-être augmentent significativement.La densité juste encourage la biodiversité urbaine et génère des îlots de fraîcheur plutôt que des îlots de chaleur, épargnant aux populations les plus vulnérables les impacts des changements climatiques.Couper la demande par un usage plus juste du territoire permet de proposer aux habitants de nombreuses occasions d\u2019adaptation qui, bien loin de diminuer leur liberté et leur style de vie, leur permettra d\u2019atteindre la santé durable et l\u2019équité sociale.Appliqué à l\u2019ensemble de l\u2019aménagement, l\u2019effet multiplicateur placerait le Québec dans une posture économique très favorable en raison de notre ressource hydroélectrique renouvelable en plus d\u2019une ressource forestière renouvelable.Des milieux de vie conviviaux entièrement carboneutres sont donc possibles avec, en corollaire, des impacts socioécono- miques régionaux structurants pour les communautés.Si le jugement esthétique constitue le niveau ultime de la conscience humaine, comme le suggérait l\u2019architecte américain James Marston Fitch, la recherche de la beauté dans l\u2019aménagement et le réaménagement de notre environnement bâti sera essentielle sinon déterminante pour favoriser l\u2019acceptabilité des nouvelles occasions d\u2019adaptation par la population et une transformation durable de nos comportements collectifs.Agissons ensemble comme citoyens et comme gouvernements responsables pendant que l\u2019édifice de l\u2019écosystème naturel tient toujours.Le Québec peut et doit relever le défi de la transition énergétique et de la carbo- neutralité par une politique ambitieuse et intégrée sur la qualité de l\u2019aménagement du territoire naturel et bâti.La densification juste (et belle) de la ville améliore les microclimats urbains LEDEVOIR // LE LUNDI 17 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.COP24 PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Les groupes environnementaux se réjouissent de l\u2019entente signée samedi à Katowice, en Pologne, mais déplorent le manque d\u2019engagement des pays à s\u2019imposer des cibles plus ambitieuses de réduction des gaz à effet de serre (GES) sur leur territoire.Greenpeace et Équiterre saluent également le rôle positif et constructif du Canada dans les négociations qui se sont déroulées dans le cadre de cette COP24, mais ils se disent déçus du manque d\u2019actions qui sont menées au Canada pour réduire les émissions de GES.L\u2019entente qui a été signée samedi comprend une série de règles qui contraignent les pays signataires à rendre des comptes et à comptabiliser de façon transparente leurs émissions de GES et leur contribution financière aux pays en développement qui ont besoin d\u2019aide pour réduire leurs émissions et faire face aux impacts du réchauffement climatique qui se font déjà sentir.« Ces règles précisent comment les pays doivent rendre des comptes sur les cibles qu\u2019ils se sont données, mais aussi sur les actions qu\u2019ils ont mises en place pour y arriver.On ne peut pas avoir une foi aveugle envers les pays.Ces règles devraient instaurer un niveau de transparence et de confiance suffisant quant aux rapports que déposeront les pays », explique Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.« Ces règles nous permettront de vérifier si les pays ont tenu leurs engagements [quant aux cibles qu\u2019ils se sont fixées lors de l\u2019accord de Paris] », ajoute Sidney Ribaux, directeur général et cofondateur d\u2019Équiterre.« Même si tout n\u2019est pas parfait dans cet accord, il reste qu\u2019il y a près de 200 pays qui continuent à négocier.La grande majorité d\u2019entre eux négocient de bonne foi et tentent vraiment d\u2019adopter les meilleures règles possible.» Faible engagement Les deux groupes environnementaux espéraient par contre que les pays fassent preuve d\u2019un engagement plus ambitieux dans la réduction de leurs émissions de GES compte tenu du fait que, si les pays atteignent les cibles qu\u2019ils se sont données en 2015 dans l\u2019accord de Paris, le climat planétaire se réchauffera de 3 °C.Or, le rapport spécial du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) déposé en octobre dernier indique qu\u2019un réchauffement de 1,5 °C aurait des impacts irréversibles et qu\u2019un réchauffement de 2 °C serait à plusieurs égards carrément catastrophique.Étant donné qu\u2019aucun pays n\u2019a manifesté la volonté d\u2019accroître ses efforts, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a convoqué tous les pays à une conférence spéciale qui aura lieu en septembre 2019 et au cours de laquelle ils devront arriver avec de nouvelles cibles plus ambitieuses, ainsi que des mesures concrètes et des plans crédibles pour les atteindre.« Le Canada pousse presque toujours pour des mesures acceptées par les mouvements environnementaux, notamment sur l\u2019ambition des cibles et sur la transparence.La ministre canadienne de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, qui en est à sa quatrième COP, est très respectée par la communauté internationale », reconnaît M.Ribaux.Un plan peu crédible Les deux organismes environnementaux déplorent par contre l\u2019absence d\u2019un plan crédible au Canada pour atteindre les cibles que le pays s\u2019est fixées avec l\u2019accord de Paris, des cibles qui, en l\u2019occurrence, ne sont pas suffisantes pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C.« Ce n\u2019est de toute évidence pas en achetant des pipelines et des trains pour acheminer et exporter le pétrole des sables bitumineux et en augmentant la production de pétrole et de gaz naturel comme il le prévoit que le Canada atteindra ses cibles », déclare M.Bonin.Le gouvernement du Québec avait dépêché sa ministre de l\u2019Environnement, MarieChantal Chassé, à la COP24.Celle-ci «est arrivée les mains vides et est repartie les mains vides», souligne M.Bonin avant de préciser que le gouvernement du Québec a simplement annoncé qu\u2019il continuerait à soutenir la bourse du carbone.Au-delà de cet engagement, la ministre de l\u2019Environnement a décidé de réserver ses commentaires pour lundi.De son côté, Québec solidaire, qui avait également une députée sur place, s\u2019est désolé de la « présence faible » du gouvernement, de son « manque de volonté politique », alors que le Québec a tous les atouts pour faire le virage de la décarboni- sation, soit les énergies renouvelables et le consensus social.Quant au Parti libéral du Québec, il demandait dimanche au gouvernement Legault de présenter la candidature du Québec dans le but d\u2019accueillir la COP26 en 2020.Pour Sylvain Gaudreault, qui représentait le Parti québécois à la COP24, la déception vient de l\u2019absence de résultats de la part de la ministre.« On ne sait pas ce que le Québec plaidait en arrivant, et il n\u2019y a pas de résultats tangibles ou d\u2019engagement pour le Québec à la suite de son passage.De notre côté, nous réclamons le dépôt d\u2019une loi anti-déficit climatique d\u2019ici le prochain Jour de la Terre, le 22 avril, comme les lois semblables qui sont en vigueur dans plusieurs États à travers le monde.Nous demandons aussi au gouvernement de réaliser une étude québécoise sur les liens entre les changements climatiques et la santé publique », a-t-il souligné.Le Canada manque d\u2019ambition pour réduire ses émissions Le président de la COP24, Michal Kurtyka, a sauté par-dessus son bureau à la fin de la session finale du sommet sur le climat.JANEK SKARZYNSKI AGENCE FRANCE-PRESSE CATHERINE HOURS AMÉLIE BOTTOLLIER-DEPOIS À KATOWICE AGENCE FRANCE-PRESSE La communauté internationale a doté samedi l\u2019accord de Paris des outils qui lui donneront vie, mais sans s\u2019engager à faire plus ni plus vite contre le réchauffement climatique malgré l\u2019urgence et les catastrophes qui se déchaînent à travers le monde.Il y a quelques semaines, les scientifiques du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) tiraient la sonnette d\u2019alarme : dans un monde à +2 °C, objectif minimal du pacte climatique de 2015, les impacts seraient bien plus importants que dans un monde à +1,5 °C, limite idéale de l\u2019accord.Mais pour rester sous +1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de près de 50 % d\u2019ici 2030 par rapport à 2010, alors que les engagements actuels des États annoncent un monde à +3 °C avec son lot de tempêtes, de sécheresses, d\u2019inondations\u2026 Face à ce coup de semonce, nombre de délégations, en particulier les vulnérables États insulaires, espéraient que pour cette 24e conférence de l\u2019ONU sur les changements climatiques (COP24) les pays promettent de relever d\u2019ici 2020 leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre.Manuel d\u2019utilisation Mais dans un contexte géopolitique peu propice, les États se sont surtout appliqués à boucler les règles qui permettront d\u2019appliquer l\u2019accord.Celles-ci ont été adoptées samedi sous les applaudissements nourris des délégations.Préparé pendant trois ans et finalisé lors de ces 14 derniers jours \u2014 et quelques nuits \u2014 de négociations tendues, ce « mode d\u2019emploi » d\u2019une centaine de pages fixe notamment les modalités de suivi des actions nationales.Une flexibilité a été accordée aux pays en développement.Le président français, Emmanuel Macron, s\u2019est dit satisfait.« La communauté internationale reste engagée dans la lutte contre le changement climatique.Bravo à l\u2019ONU, aux scientifiques, aux ONG et à tous les négociateurs », a-t-il écrit sur Twitter.Ce manuel d\u2019utilisation « est suffisamment clair pour rendre opérationnel l\u2019accord de Paris et c\u2019est une bonne nouvelle », a commenté la ministre espagnole de l\u2019Environnement, Teresa Ribera.« Dans les circonstances actuelles, continuer à construire notre bâtiment est déjà une réussite », a-t-elle ajouté, même si, comme beaucoup d\u2019autres, elle aurait aimé des « messages beaucoup plus forts » sur l\u2019ambition.« Ce manque de réponse au rapport du GIEC, c\u2019est choquant », renchérit Jennifer Morgan, de Greenpeace.« Vous ne pouvez pas vous réunir après ça, et dire que vous ne pouvez pas faire plus ! » La décision finale de la COP se limite de fait à « répéter la demande de mise à jour » des engagements d\u2019ici 2020, déjà formulée dans l\u2019accord de Paris.Elle « insiste sur l\u2019urgence d\u2019une ambition accrue », sans calendrier.Une passe d\u2019armes sur la reconnaissance ou non des conclusions du GIEC avait donné le ton en milieu de COP, États-Unis, Arabie saoudite et Russie refusant la mention « accueille favorablement » dans la décision finale.Mais dans un message lu samedi soir en plénière, le secrétaire général de l\u2019ONU, António Guterres, venu trois fois à Katowice pour mettre la pression sur les négociateurs, a assuré que le combat n\u2019était pas terminé.« Désormais, mes cinq priorités seront ambition, ambition, ambition, ambition et ambition », a-t-il martelé, dans l\u2019optique de son sommet climat de septembre 2019.« Alors que les États-Unis et trois autres importants pays pétroliers ont empêché l\u2019urgence de l\u2019action d\u2019être pleinement reflétée dans la décision finale, la majorité des pays ont entendu l\u2019alerte désespérée des scientifiques », a commenté Alden Meyer, expert de l\u2019organisme Union of Concerned Scientists.Sortant de l\u2019accord de Paris mais pour l\u2019instant toujours dedans, les États-Unis ont vivement défendu leurs positions traditionnelles, soulignent les observateurs.D\u2019après eux, leur empreinte est visible, notamment sur les règles concernant les pays en développement.Face au « vide » laissé par le futur départ américain, « la Chine est passée à la vitesse supérieure », et s\u2019est montrée constructive, a déclaré à l\u2019AFP la ministre canadienne de l\u2019Environnement, Catherine McKenna.Pas assez vite, pas assez loin La COP24, qui vient de s\u2019achever à Katowice, a conforté l\u2019accord de Paris mais montré aussi que « la lutte contre le changement climatique ne va ni assez vite ni assez loin », a déclaré dimanche l\u2019ancien président de la COP21, Laurent Fabius.« Le principal mérite de l\u2019accord de Katowice, c\u2019est qu\u2019il existe malgré un contexte international difficile et qu\u2019il conforte ainsi l\u2019accord de Paris, mais il est clair que la lutte contre le changement climatique ne va ni assez vite ni assez loin », a constaté M.Fabius dans un communiqué.Quant à la Pologne, dont le président a défendu bec et ongle son industrie du charbon pendant cette COP, elle n\u2019a pas été épargnée.« Que ce soit la perversité de l\u2019utilisation de cette réunion comme une foire commerciale pro- charbon [\u2026] ou le manque d\u2019intérêt pour des conclusions ambitieuses, on ne se souviendra pas d\u2019eux avec tendresse », a résumé Mohamed Adow, de l\u2019ONG Christian Aid.Financement Le financement des politiques climatiques est l\u2019autre préoccupation des pays pauvres, notamment la manière dont va s\u2019organiser la montée des fonds promis par le Nord à partir de 2025.Alors que les pays du Nord ont promis de faire passer leur aide climat à 100milliards de dollars par an d\u2019ici 2020, quelques pays, comme l\u2019Allemagne, ont annoncé de nouvelles contributions, notamment au Fonds vert.Et la Banque mondiale a promis 200 milliards de dollars pour la période 2021-2025.Au nom du groupe «G77 et la Chine», qui représente quelque 130 pays principalement en développement ayant comme les autres approuvé l\u2019accord, l\u2019Égypte a regretté un régime « centré » sur la réduction des émissions, « les besoins urgents des pays en développement étant relégués à un statut de seconde classe ».De manière plus inattendue, les règles des mécanismes d\u2019échange de quotas d\u2019émissions carbone ont bloqué pendant des heures samedi la conclusion des travaux, le Brésil menant la contestation.Les discussions sur le cœur de ce sujet très technique, mais qui doit empêcher que des réductions d\u2019émissions soient comptées deux fois, ont finalement été reportées.De quoi indigner vivement un observateur vétéran des négociations: «Cette conférence a été retardée par le Brésil alors qu\u2019elle aurait dû l\u2019être par les petites îles! C\u2019est tragique.» Mais comme le soulignait, fataliste, le premier ministre fidjien, Frank Bai- nimarama, président de la COP23, son île de moins d\u2019un million d\u2019habitants ne peut « pas menacer ou forcer qui que ce soit à faire ce que l\u2019on veut ».L\u2019accord de Paris sur les rails, sans ambitions nouvelles "]
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