Le devoir, 27 décembre 2018, Cahier A
[" VOL.CIX NO 294 / LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM Le fil rouge de l\u2019histoire Exclu des programmes scolaires, parfois perdu, momentanément, à travers les mailles de la transmission générationnelle, le patrimoine vivant a pourtant réussi à subsister jusqu\u2019à nous, en faisant des pieds et des mains.Pour le temps des Fêtes, Le Devoir a demandé à des gigueurs, percussionnistes et tisseurs de partager leur art et leur passion, et de nous faire entrer dans la danse.Premier de trois textes.INDEX Avis légaux.B6 Carrières .B4 Culture .B1 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo.B7 Monde .B8 Mots croisés .B7 Sports.B6 Sudoku .B7 ACTUALITÉS Le Japon reprend la chasse commerciale à la baleine A 3 CULTURE Les illuminations de Marcel Sabourin, parolier de Robert Charlebois Sibérie.Mot chargé, surchargé de froid et de glace, d\u2019affect, d\u2019histoire et d\u2019exils.Notre collaboratrice Monique Durand rentre d\u2019un voyage dans la République de Sakha, à 400 km du cercle arctique.Elle nous raconte ce coin du pôle Nord, nous fait entrer dans l\u2019âme du froid, où l\u2019eau chaude se transforme instantanément en glace lorsque jetée dans l\u2019air glacial.Premier article de trois.VOIR PAGE A 8 MLADEN ANTONOV AGENCE FRANCE-PRESSE Voyage au cœur gelé de la Sibérie Tissée par les Québécois, portée par les Amérindiens, commercialisée par les Anglais, la ceinture fléchée avait tout pour devenir un symbole national.C\u2019est ce qu\u2019elle est devenue pour le peuple métis de la rivière Rouge, au Manitoba, comme pour les Québécois.Elle a notamment été portée par le Dr Jean- Olivier Chénier, meneur des patriotes à Saint-Eustache, qui s\u2019en était fait faire un exemplaire sur mesure, émaillé de perles.En 1985, la région de Lanau- dière, où elle a vu le jour, l\u2019a adoptée comme emblème régional.Et le textile coloré est désigné depuis 2016 au patrimoine immatériel du Québec.Il fut pourtant un temps où l\u2019on croyait que l\u2019art du fléché, qui demande des centaines d\u2019heures de tissage aux MARCO FORTIER LE DEVOIR Une journée pédagogique au parc aquatique, au zoo, au cinéma, à la cabane à sucre ou dans un centre d\u2019escalade : les activités offertes aux élèves par les services de garde scolaires coûtent cher aux parents.Lors de chaque journée pédagogique, les services de garde en milieu scolaire se divisent en deux catégories d\u2019élèves : ceux qui participent à ces activités fort populaires et ceux qui doivent rester à l\u2019école (ou à la maison) parce que leurs parents n\u2019ont pas les moyens de payer ces sorties.Le phénomène prend une telle ampleur que des « services de garde à deux vitesses » risquent de se mettre en place dans les écoles publiques, prévient un document de la plus grande commission scolaire du Québec.Ce document \u2014 la Politique sur la qualité des services de garde à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), adoptée en 2016 \u2014 vise notamment à « faire en sorte que tous les enfants d\u2019un même service de garde aient accès aux mêmes activités ».Ce qui n\u2019était pas le cas lors de son adoption il y a deux ans.Un cas célèbre avait entraîné la mise en place de cette politique.À la rentrée de l\u2019automne 2015, une école primaire du quartier Rosemont avait installé des jeux gonflables dans la cour de récréation.Les élèves n\u2019avaient pas tous accès à la structure de jeu : seuls ceux dont les parents avaient payé 27 $ pour la location de l\u2019équipement pouvaient l\u2019utiliser.Les autres devaient jouer au service de garde à l\u2019intérieur de l\u2019école.Ce genre de fracture causée par la classe sociale des familles crée un profond malaise dans les écoles, souligne Violaine Cousineau, commissaire indépendante à la CSDM.« Deux ans après l\u2019adoption de la politique sur les services de garde, on a l\u2019impression que des enfants sont toujours laissés pour compte à cause de la capacité de Des services de garde « à deux vitesses » Les sorties lors de journées pédagogiques coûtent cher.Des milliers d\u2019élèves défavorisés en pâtissent.AMÉLI PINEDA LE DEVOIR ÉTATS-UNIS Des examens médicaux pour les enfants migrants Washington promet de nouvelles mesures après la mort d\u2019un deuxième enfant VOIR PAGE A 2 : ACTIVITÉS VOIR PAGE A 4 : MIGRANTS Il aura fallu le décès d\u2019un deuxième petit migrant guatémaltèque en moins de 16 jours pour que les autorités américaines promettent mercredi des examens médicaux pour tous les enfants migrants en détention.Une mesure qualifiée de « trop peu, trop tard » par des organismes qui estiment que ces deux morts démontrent la négligence à laquelle sont exposés les enfants dans les centres de détention pour migrants.« Des décès, il va y en avoir d\u2019autres si les autorités continuent à enfermer des jeunes.C\u2019est impossible que des enfants puissent avoir les soins adéquats dans un centre de détention », prévient Kathryn Hampton, de l\u2019organisation Physicians for Humans Rights (Médecins pour les droits de l\u2019homme).Âgé de huit ans, Felipe Gomez est mort peu avant minuit le jour de Noël dans un hôpital du Nouveau-Mexique.Le jeune garçon avait été interpellé avec son père près d\u2019El Paso, au Texas, alors qu\u2019ils traversaient clandestinement la frontière mexicaine le 18 décembre dernier.En quelques jours, le DES PIEDS ET DES MAINS VOIR PAGE A 5 : CEINTURE FLÉCHÉE CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 MONTRÉAL 1215, boul.Crémazie Ouest, face au Centre Rockland, Montréal QC H4N 2W1 514 382-1443 LAVAL 2323, aut.des Laurentides, sortie boul.Le Carrefour, Laval QC H7S 1Z7 450 682-3022 BROSSARD 8480, boul.Leduc, espace 10, Quartier DIX30MC, Brossard QC J4Y 0K7 450 443-4143 MAGASIN ENTREPÔT 2750, av.Francis-Hughes, Laval QC H7L 3Y7 450 978-4847 Certaines conditions s\u2019appliquent, détails en magasin.maisoncorbeil.com MONTRÉAL 1215, boul.Crémazie Ouest, face au Centre Rockland, Montréal QC H4N 2W1 514 382-1443 LAVAL 2323, aut.des Laurentides, sortie boul.Le Carrefour, Laval QC H7S 1Z7 450 682-3022 BROSSARD 8480, boul.Leduc, espace 10, Quartier DIX30MC, Brossard QC J4Y 0K7 450 443-4143 QUÉBEC 1215, boul.Charest Ouest, Québec QC G1N 2C9 418 681-2302 MUST SOCIÉTÉ GRIFFINTOWN 186, rue Peel, Griffintown, Montréal QC H3C 2G7 514 509-8871 MUST SOCIÉTÉ QUÉBEC 2785, boul.Laurier, Québec QC G1V 4M7 418 266-1404 Certaines conditions s\u2019appliquent, détails en magasin.mustmaison.com on paye l\u2019équivalent de la TPS sur tout + jusqu\u2019à 40% de rabais additionnel sur les démonstrateurs sélectionnés* on paye l\u2019équivalent de la TPS+ TVQ sur tout + jusqu\u2019à 40% de rabais additionnel sur les démonstrateurs sélectionnés* SOLDE DE FIN D\u2019ANNÉE Jusqu\u2019au 31 décembre 2018 payer de leurs parents.On a baissé les bras et on ne voit pas l\u2019ampleur de ça », dit-elle.Vers un projet de loi Les activités dans les services de garde scolaires seront encadrées par le projet de loi sur les frais facturés aux parents que prépare le ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Jean- François Roberge.« On me confirme qu\u2019il va en être question [des sorties en service de garde scolaire] », indique Francis Bouchard, attaché de presse du ministre Roberge.De quelle façon ces frais pour des sorties en service de garde seront-ils encadrés ?Cela reste à voir.Des consultations en ligne auront lieu une partie du mois de janvier, puis en commission parlementaire une fois le projet de loi déposé.Le ministre s\u2019est engagé à déposer ce projet fort attendu au cours de la session parlementaire d\u2019hiver.Le projet donnera suite à l\u2019entente à l\u2019amiable par laquelle les commissions scolaires se sont engagées à verser 153 millions de dollars aux parents d\u2019élèves pour des fournitures ou des services scolaires qui auraient dû être gratuits, lors de la dernière décennie.Le projet doit clarifier les frais pouvant être facturés aux parents pour du matériel scolaire ou pour l\u2019inscription à des programmes particuliers, comme le volet international, sports-études ou arts-études.D\u2019ici là, un débat d\u2019urgence à ce sujet aura lieu lors de la prochaine séance du conseil des commissaires de la CSDM, au début du mois de janvier.Les commissaires Violaine Cousineau et Jean-Denis Dufort veulent savoir dans quelle mesure la politique sur les services de garde a incité les responsables à organiser des activités auxquelles tous les élèves peuvent participer, peu importe l\u2019épaisseur du portefeuille de leurs parents.D\u2019après leur expérience \u2014 et des témoignages qu\u2019ils ont recueillis auprès de parents \u2014, les deux commissaires sont convaincus que des inégalités subsistent dans l\u2019accès aux activités, surtout lors de journées pédagogiques.La commission scolaire a décliné notre proposition d\u2019entrevue à ce sujet.« On ne peut pas se contenter de voter une politique comme celle-là sans s\u2019assurer qu\u2019elle est appliquée », dit Violaine Cousineau.Le prix à payer Lors de l\u2019adoption de la Politique sur la qualité des services de garde, en tout cas, les frais relatifs aux sorties variaient grandement d\u2019une école à l\u2019autre.Une compilation de toutes les sorties organisées en 2013-2014 par les services de garde de la CSDM démontrait que le prix des activités influençait la participation (ou non) des élèves.Q u elqu es exemples parmi des centaines : sortie à 23 $ au cinéma IMAX et au Centre des sciences, 30 % des élèves restent à l\u2019école ; sortie à 28 $ dans un musée, le tiers des élèves restent à l\u2019école ; sortie à 28 $ aux glissades de Saint- Jean-de-Matha, 41 élèves sur 174 restent à l\u2019école ; sortie à 25 $ dans un centre d\u2019équitation, 59 élèves y vont, 31 restent à l\u2019école.L\u2019organisation d\u2019activités lors de journées pédagogiques représente un exercice délicat, souligne la politique de la CSDM.Les parents veulent « permettre à leurs enfants de vivre des expériences enrichissantes auprès de leurs camarades de classe, dans un contexte moins formel que celui des cours et dans un esprit qui vise le développement des habiletés sociales des jeunes.Ils veulent enfin que les journées pédagogiques, nombreuses tout au long de l\u2019année scolaire, soient des moments de plaisir partagé pour les enfants qui fréquentent le service de garde, des occasions de découverte et d\u2019apprentissage dans un cadre parfois différent de celui de l\u2019école ».Les services de garde doivent cependant « conserver l\u2019accessibilité à tous pour l\u2019ensemble de ces activités » en « respectant la capacité de payer des familles », précise le document.Le rapport suggère des sorties dans des parcs publics ou dans d\u2019autres lieux situés près des écoles et accessibles en transport en commun.Dans un rapport sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation publié en septembre 2016, le Conseil supérieur de l\u2019éducation a servi cette mise en garde au sujet de l\u2019accès aux services de garde scolaires : « Le Conseil estime également que tout ce qui empêche, décourage ou freine la fréquentation de l\u2019école est un obstacle à l\u2019égalité d\u2019accès.En ce sens, les coûts de plus en plus importants associés à du matériel ou à certaines activités (y compris en ce qui concerne les services de garde) ne sont pas anodins, car ils sapent le principe de la gratuité scolaire et sont susceptibles de tenir à l\u2019écart d\u2019une partie de la vie scolaire ou de certains programmes les élèves des milieux défavorisés.» ACTIVITÉS SUITE DE LA PAGE A 1 Une loi sur les frais facturés aux parents Les services de garde doivent « conserver l\u2019accessibilité à tous pour l\u2019ensemble de ces activités » en « respectant la capacité de payer des familles », précise la Politique sur la qualité des services de garde.JACQUES NADEAU LE DEVOIR ACTUALITÉS A3 LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 La Montérégie affiche le plus fort achalandage aux urgences Plusieurs urgences du Québec affichent un fort achalandage au lendemain de Noël, mais c\u2019est en Montérégie où les taux d\u2019occupation sont généralement les plus élevés.Le répertoire Index Santé signalait mercredi après-midi que le taux d\u2019occupation des civières s\u2019élevait à 157% à l\u2019hôpital Anna-La- berge, à Châteauguay, à 145% à l\u2019hôpital du Suroît, à Salaberry-de- Valleyfield, et à 124% à l\u2019Hôtel- Dieu de Sorel.À Montréal, c\u2019est au CHU Sainte-Justine que le taux d\u2019achalandage aux urgences était le plus élevé, à 188%.L\u2019hôpital Mai- sonneuve-Rosemont, l\u2019hôpital Santa Cabrini, l\u2019Hôpital général juif, le Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal et l\u2019hôpital Fleury étaient aussi aux prises avec un taux d\u2019occupation des civières supérieur à 100%.Il en est de même à Québec pour le Centre hospitalier de l\u2019Université Laval, l\u2019hôpital Saint-François-d\u2019Assise, l\u2019hôpital du Saint-Sacrement et le CLSC Saint-Marc-des-Carrières.Ailleurs au Québec, les taux étaient particulièrement élevés mercredi midi à l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis, à l\u2019hôpital Sainte-Croix de Drummond- ville, au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, à l\u2019hôpital de Maria en Gaspésie, à l\u2019hôpital Pierre-Le Gardeur de Terrebonne, au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières et au Centre Hospitalier du Pontiac, en Outaouais.La Presse canadienne Ouverture de la pêche au poulamon de l\u2019Atlantique en Mauricie SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE \u2014 La populaire pêche au poulamon de l\u2019Atlantique, connue sous le nom de pêche aux petits poissons des chenaux, a débuté comme prévu mercredi sur la surface de la rivière Sainte-Anne à Sainte-Anne- de-la-Pérade, en Mauricie.Le type de pêche sur glace pratiqué sur la rivière Sainte-Anne depuis plus de 80 ans est unique au monde, selon l\u2019organisme Tourisme Mauricie.Plus de 500 chalets de pêche, dont la capacité d\u2019accueil varie de 4 à 35 personnes, sont aménagés sur la rivière fréquentée chaque année par quelque 500 millions de pou- lamons de l\u2019Atlantique, du début de décembre jusqu\u2019à la mi-février.Environ un million de petits poissons des chenaux sont pêchés par les occupants des chalets de pêche qui sont meublés et équipés de poêles à bois et d\u2019alimentation électrique.Les retombées économiques de la pêche au poulamon de l\u2019Atlantique sont évaluées à environ 6 millions de dollars pour la région de la Mauricie.La Presse canadienne EN BREF MORGAN LOWRIE STÉPHANE BLAIS LA PRESSE CANADIENNE Toufik Benhamiche, ce touriste québécois retenu à Cuba depuis qu\u2019il a été impliqué dans un accident nautique mortel en juillet 2017, a de nouveau été condamné à une peine de quatre ans de prison.Dans un communiqué publié mercredi, l\u2019homme de Mascouche affirme avoir été condamné après avoir subi son nouveau procès, le 10 décembre.M.Benhamiche avait été reconnu coupable de négligence criminelle, mais ce verdict avait été annulé en juin dernier par le plus haut tribunal cubain.L\u2019ingénieur de 48 ans se retrouve dans les limbes de la justice cubaine depuis la mort d\u2019une autre touriste canadienne lors d\u2019une excursion à Cayo Coco.L\u2019homme se trouvait aux commandes d\u2019un bateau lorsqu\u2019il en a perdu le contrôle.Son embarcation a dévié de sa course et est entrée en collision avec celle à bord de laquelle se trouvait la victime, Jennifer Ann Marie Innis, une mère de trois enfants originaire de l\u2019Ontario.Toufik Benhamiche avait été condamné une première fois pour négligence criminelle causant la mort, mais ce verdict avait été annulé par le plus haut tribunal du pays un peu plus tôt cette année.Ce nouveau verdict de culpabilité représente un dur coup pour le prévenu et ses proches.Ils clament depuis le début que le Québécois est la victime d\u2019un système judiciaire qui cherche à tout prix un coupable sur qui jeter le blâme.« Tous les faits au dossier démontrent clairement l\u2019innocence de mon mari et l\u2019absence de responsabilité dans cet accident », a commenté la femme de M.Benhamiche, Kahina Bensaadi, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.Les avocats de M.Benhamiche font valoir que l\u2019entreprise qui lui a loué le bateau avait enfreint les normes de sécurité cubaines, lui avait offert très peu d\u2019instructions et l\u2019avait assuré qu\u2019il n\u2019y avait aucun danger avant qu\u2019il ne prenne la barre de l\u2019embarcation.Selon Mme Bensaadi, un capitaine de la marine provinciale a déclaré lors du procès que « la violation du certificat de navigation du bateau a mis le bateau en surcharge, a changé le comportement du bateau et a probablement occasionné l\u2019accident ».« Des arguments forts et solides » De plus, les autorités cubaines n\u2019auraient effectué aucune expertise sur le système d\u2019arrêt du bateau à la suite de l\u2019accident.Une expertise aurait été menée plusieurs mois plus tard et sur une autre embarcation.« Tous les témoins ont clairement donné des arguments forts et solides qui démontrent pourquoi l\u2019accident a eu lieu et comment l\u2019accident a eu lieu et [que] ce n\u2019était pas la responsabilité de mon mari », a affirmé la dame, qui parle régulièrement avec son mari, coincé dans les Caraïbes.Dans le communiqué envoyé aux médias, M.Benhamiche affirme qu\u2019il compte porter sa nouvelle condamnation en appel.Il n\u2019est pas incarcéré, mais demeure confiné en sol cubain pour au moins une autre année de procédures.M.Benhamiche et Mme Bensaadi multiplient les démarches pour obtenir l\u2019appui du gouvernement du Canada.JUSTICE Nouvelle condamnation pour un Québécois retenu à Cuba Toufik Benhamiche a été impliqué dans un accident mortel de bateau en 2017 Tokyo a annoncé son retrait de la Commission baleinière internationale.Une décision qui tourne la page sur trente ans de respect officiel du moratoire sur la chasse commerciale du cétacé, et renoue avec une tradition gustative très ancienne, honnie par les défenseurs de l\u2019environnement.RAFAËLE BRILLAUD À KYOTO LIBÉRATION Le Japon reprend la chasse commerciale à la baleine Les critiques de la communauté internationale n\u2019ont pas tardé Trente ans exactement.Cela faisait trente ans que le Japon respectait le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine.Et tout vient soudain de voler en éclat.Tokyo a annoncé mercredi son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI), organisme créé après la guerre pour réguler la population mondiale de cétacés.La Commission sera formellement notifiée « d\u2019ici à la fin de l\u2019année», ce qui devrait permettre un retrait officiel le 30 juin.Le Japon reprendra donc la chasse dès juillet.Il sera le troisième pays, avec la Norvège et l\u2019Islande (1), à pratiquer ouvertement la chasse des cétacés.Au grand dam de la communauté internationale.La chasse à la baleine est interdite depuis 1982.Le Japon y a mis fin en 1988, mais n\u2019a cessé depuis d\u2019affirmer que certaines espèces se portent bien, que les preuves scientifiques témoignent même de leur abondance.Il n\u2019a toutefois jamais réussi à convaincre la majorité des membres de la CBI.Proposition torpillée La discorde était palpable lors du dernier sommet, en septembre au Brésil.Le Japon avait tenté de faire passer un texte baptisé « Le chemin à suivre », visant à autoriser la mise en place de quotas de chasse commerciale pour les espèces de baleines jugées en nombre suffisant.L\u2019idée était de faire coexister la préservation et la chasse des baleines, à travers un « comité de la chasse à la baleine durable ».En vain.La proposition a été torpillée par les pays défenseurs de la baleine, avec en tête l\u2019Australie, l\u2019Union européenne et les États-Unis, à 41 voix contre, 27 pour et 2 abstentions.Le vice-ministre japonais de la Pêche, Masaaki Taniai, avait alors vivement regretté le résultat du vote.«Nous devons noter qu\u2019il y a des communautés dans le monde entier qui considèrent la chasse à la baleine comme un élément important de leur subsistance, de leur culture et de leurs traditions, avait-il déclaré.Le Japon estime que nous devrions tous respecter cette diversité.» Et Masaaki Taniai de menacer déjà de quitter la commission.« Lors de la réunion de septembre, il est devenu évident que la défense d\u2019une utilisation durable des baleines est incompatible avec celle de leur protection », a souligné mercredi le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, lors d\u2019une conférence de presse.Le Japon préfère donc rompre le dialogue et quitter la CBI, instance de 89 membres à laquelle il avait adhéré dès 1951.Mercredi, les réactions ont été immédiates.Le gouvernement australien s\u2019est dit «extrêmement déçu» et a exhorté le Japon à revoir sa position.Le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Winston Peters, a adressé à Tokyo un message similaire, fustigeant «une pratique dépassée et inutile».«La décision du Japon est en décalage complet avec la communauté internationale, et fait fi de la nécessité de protéger nos océans et ces créatures majestueuses», a commenté pour sa part Sam Annesley, responsable de la filiale japonaise de Greenpeace.Période de gestation En réalité, le Japon n\u2019a jamais vraiment arrêté la chasse à la baleine.Il n\u2019a cessé de profiter d\u2019une faille juridique du moratoire qui autorisait la pêche à des fins scientifiques.Chaque hiver, il envoyait ainsi ses baleiniers dans les eaux de l\u2019Antarctique et du nord-ouest du Pacifique.Lors de la dernière campagne, de novembre 2017 à mars 2018, 333 baleines de Minke ont été tuées, dont 122 se trouvaient en période de gestation, et ce, bien souvent pour finir sur les étals des poissonniers.Le Japon affirme qu\u2019il cessera ces activités « prétendument scientifiques » dès qu\u2019il quittera la commission.Il n\u2019ira donc plus dans les eaux de l\u2019Antarctique et de l\u2019hémisphère sud et limitera la pêche commerciale aux eaux territoriales et à la zone économique exclusive.Il respectera également des quotas selon une méthode calculée par la CBI afin de ne pas épuiser les ressources.« C\u2019est si bon ! » disent les Japonais à qui l\u2019on demande s\u2019ils ont déjà mangé de la chair de baleine.Cette chasse est en effet une tradition séculaire qui remonterait au XIIe siècle et que le Japon souhaite préserver.« Nous espérons que cette décision permettra de la transmettre à la prochaine génération », a d\u2019ailleurs souligné Yoshihide Suga.Après la Seconde Guerre mondiale, la baleine est devenue une source de protéines vitale dans un pays exsangue.La pêche s\u2019est accélérée et, à son apogée dans les années 1950, le Japon ramenait 2000 cétacés dans ses ports.Nombre de Japonais de plus de 40 ans se rappellent y avoir goûté dans leur enfance mais affirment ne plus en manger, ou bien très rarement, dans de rares restaurants spécialisés.(1) L\u2019industrie baleinière islandaise a néanmoins décidé cet été de mettre fin à la chasse à la baleine de Minke, la jugeant trop peu rentable, selon le Fonds international pour la protection des animaux.En réalité, le Japon n\u2019a jamais vraiment arrêté la chasse à la baleine.Il n\u2019a cessé de profiter d\u2019une faille juridique du moratoire qui autorisait la chasse à des fins scientifiques.KYODO NEWS VIA ASSOCIATED PRESS La zone du volcan Etna, en éruption, frappée par un séisme de 4,8 ROME \u2014 Un séisme de magnitude 4,8 a frappé mercredi une zone proche de l\u2019Etna, célèbre volcan sicilien entré en éruption lundi, faisant une dizaine de blessés, quelque 600 personnes déplacées et des dommages sur des édifices anciens, selon les autorités de protection civile.Une dizaine de personnes ont été transportées mercredi au petit matin par ambulance dans des hôpitaux, souffrant de blessures sans gravité à la suite de chutes de gravats, mais une vieille dame a subi de multiples fractures, recense notamment l\u2019agence Agi.Selon un communiqué de l\u2019Institut national de géophysique et de vulcanologie (INGV), le séisme de 4,8 s\u2019est produit à 3h18 mercredi à seulement 1,2km de profondeur.Son impact a donc été ressenti dans toute la région.La forte secousse a eu lieu au sud-est du volcan, à cinq kilomètres de la mer, où sont situées de petites communes agricoles et viticoles.Six localités ont subi la plupart des dommages matériels.L\u2019Etna, qui culmine à 3300 mètres, est le plus important volcan en activité en Europe, avec des éruptions fréquentes, connues depuis au moins 2700 ans.Agence France-Presse Toufik Benhamiche Le Japon reprendra la chasse dès juillet.Il sera le troisième pays, avec la Norvège et l\u2019Islande, à pratiquer ouvertement la chasse des cétacés. Gênés par des pluies diluviennes, les secours indonésiens peinaient mercredi à récupérer des habitants pris au piège sur des îles perdues et à atteindre les villages les plus reculés touchés par le tsunami qui a fait plus de 400 morts.Les pluies entravaient les efforts des équipes tout en aggravant les conditions de vie des survivants du raz-de-marée qui a soudainement frappé samedi soir les rivages du détroit de la Sonde, entre les îles de Sumatra et de Java.« Les fortes pluies ont provoqué la crue d\u2019une rivière et il y a des inondations dans plusieurs endroits », a déclaré Sutopo Purwo Nugroho, le porte- parole de l\u2019Agence nationale de gestion des catastrophes, sur Twitter.« Cela nuit aux efforts en vue d\u2019évacuer les gens et d\u2019aider les survivants.» Les autorités ont demandé aux habitants de rester loin des côtes, car l\u2019Anak Krakatoa, «l\u2019enfant» du légendaire Krakatoa, continue de gronder dans le détroit de la Sonde.Elles ont aussi conseillé aux habitants de Cilegon et de Serang, des villes de Java proches de ce volcan, de porter des masques et des lunettes s\u2019ils s\u2019aventuraient dehors, car le vent y charrie «des cendres et du sable».Un dernier bilan légèrement revu à la hausse fait état de 430 morts, 1495 blessés et 159 disparus.« Il est possible qu\u2019il s\u2019alourdisse » à mesure que les secouristes parviennent dans les régions reculées, a averti le porte-parole.D\u2019après les experts, la tragédie de samedi est consécutive à une éruption modérée qui a provoqué un effondrement sous-marin d\u2019une partie du volcan et le déplacement de vastes quantités d\u2019eau.L\u2019Anak s\u2019était formé aux alentours de 1928 dans la cuvette laissée derrière lui par le Krakatoa, dont l\u2019éruption avait fait 36 000 morts en 1883.Les travailleurs humanitaires ont pré- LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS « Trop peu, trop tard » garçon et son papa ont été transférés dans pas moins de trois centres de détention différents.Le matin du 24 décembre, le jeune aurait présenté de premiers symptômes.Selon le service de contrôle aux frontières (Customs and Border Protection, CBP), le petit «toussait » et a été emmené dans un centre hospitalier.L\u2019équipe médicale a d\u2019abord diagnostiqué un «simple rhume» avant de constater une poussée de fièvre.Il a pu ressortir vers 15 h, avec une prescription de médicaments à prendre.Mais dans la soirée, saisi de nausée et de vomissements, il a été conduit à nouveau à l\u2019hôpital, où il est décédé.Le gouvernement du Guatemala a demandé mercredi aux « autorités américaines une enquête transparente et sérieuse sur cette affaire ».« Des rapports médicaux ont été demandés pour clarifier les causes du décès », a déclaré le ministère guatémaltèque des Affaires étrangères dans un communiqué.Nadja Pollaert, directrice générale de l\u2019association Médecins du monde, souligne que les enfants sont trop souvent exposés à de la négligence pendant le processus de migration.« Aucun enfant n\u2019est censé mourir de déshydratation parce qu\u2019on l\u2019a enfermé », dit-elle.« Les enfants présentent parfois des symptômes de maladies typiques, par exemple des otites, mais comme elles ne sont pas soignées, leur état de santé est à risque », explique Mme Pollaert.Au Québec, Médecins du monde a implanté une clinique pour les migrants à statut précaire puisqu\u2019ils n\u2019ont pas droit à une couverture gouvernementale des soins de santé.En 2016 seulement, 3029 migrants ont bénéficié des services de l\u2019organisation.Nouvelles mesures promises Ce nouveau drame a provoqué une véritable onde de choc, tandis qu\u2019il survient à peine plus de deux semaines après le décès de Jakelin Caal, âgée de sept ans et aussi originaire du Guatemala.La fillette serait morte de soif alors qu\u2019elle se trouvait également en détention avec sa famille.La jeune fille a été enterrée mardi dans son pays natal, au cimetière de San Antonio Secor- tez, un village reculé de la commune indigène de Raxruhá, à 150 km environ au nord de la capitale, Guatemala.À la suite de ces deux morts, les services américains de contrôle des frontières ont ordonné que tous les enfants migrants en détention soient soumis à des examens médicaux.« C\u2019est un supplément à l\u2019examen préliminaire qu\u2019ils reçoivent tous lors de la prise en charge pour la recherche de signes de maladie », ont indiqué des responsables de la Sécurité intérieure.«Heureusement, les morts que nous avons vues [en 2018] sont extrêmement rares», ont-ils précisé, ajoutant qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de décès d\u2019enfant dans un de leurs centres depuis plus d\u2019une décennie.Ce deuxième décès d\u2019un enfant remet en question les conditions de détention des migrants clandestins, alors que Donald Trump a fait de la lutte contre l\u2019immigration illégale son cheval de bataille.« C\u2019est trop peu, trop tard [\u2026] On ne peut pas enfermer des jeunes pratiquement 24 heures sur 24, sans qu\u2019ils puissent manger à leur faim, avoir droit à des collations ou encore pouvoir faire des siestes, et prétendre qu\u2019on s\u2019occupe de leur santé», déplore Kathryn Hampton.Les autorités ont reconnu être démunies face à l\u2019arrivée de milliers de migrants dans des structures inadaptées.« Le phénomène auquel nous assistons aujourd\u2019hui est relativement nouveau, avec une population de migrants composée à 60 % d\u2019enfants et de familles.Et notre système n\u2019a pas été conçu pour y faire face », ont indiqué à la presse des responsables du ministère de la Sécurité intérieure.« Nous avons besoin de l\u2019aide du Congrès.Nous avons besoin de financement pour les soins médicaux et de santé mentale pour les enfants dans nos structures », a déclaré mercredi sur la chaîne CBS Kevin McAleenan, l\u2019un des principaux responsables du CBP.Le nombre d\u2019enfants migrants sous la responsabilité de son service pourrait prochainement dépasser la barre des 25 000, a-t-il ajouté.Avec l\u2019Agence France-Presse MIGRANTS SUITE DE LA PAGE A 1 Les résultats de la recherche permettent d\u2019élucider les bases neuroanatomiques de l\u2019impact du statut socioéconomique sur les aptitudes cognitives futures de l\u2019enfant et pourraient aider à guider les interventions visant à minimiser les effets négatifs d\u2019un milieu socioéconomique déficient.PEDRO RUIZ LE DEVOIR PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Le milieu socioéconomique dans lequel vit un enfant influe sur son développement cognitif et sa santé mentale.Le Dr Julien, qui pratique la pédiatrie sociale dans des milieux défavorisés de Montréal, le sait mieux que quiconque.Des scientifiques du National Institute of Mental Health aux États-Unis ont tenté pour leur part de mettre en évidence les traces qu\u2019imprime dans le cerveau des enfants le contexte dans lequel ils ont grandi.Leurs observations sont publiées dans l\u2019édition du 26 décembre du Journal of Neuroscience.L\u2019équipe d\u2019Armin R aznahan du NIMH à Bethesda, au Maryland, a analysé 1243 scans de la structure du cerveau de 623 jeunes (299 filles et 324 garçons) obtenus par la technique d\u2019imagerie par résonance magnétique (IRM) entre l\u2019âge de 5 et 25 ans dans l\u2019espoir de découvrir une relation entre le milieu socioéconomique dans lequel ces jeunes ont vécu durant cette période de leur vie et la morphologie de leur cerveau.Ces chercheurs ont ainsi trouvé des associations positives entre le statut socioéconomique des parents (leur niveau d\u2019éducation et leur profession notamment) et les volumes du cerveau entier, de la couche corticale et de certaines structures subcorticales de l\u2019enfant.Ils ont également remarqué que ces associations demeuraient stables entre l\u2019âge de 5 et 25 ans, laissant entendre le fait que ces associations entre le milieu socioéconomique et l\u2019organisation du cerveau s\u2019établissent durant les premières années de la vie, au moment où le cerveau est encore en développement, et que pour cette raison, elles n\u2019étaient pas liées à l\u2019âge de l\u2019individu.Les auteurs de l\u2019étude ont également observé que la surface du cortex pré- frontal latéral, cingulaire antérieur, temporal latéral et pariétal supérieur, de même que celle des régions sous- corticales du thalamus ventrolatéral, ainsi que de l\u2019amygdale et de l\u2019hippocampe médians avait pris plus d\u2019expansion chez les jeunes ayant vécu leur enfance dans un milieu socioéconomi- quement riche que chez ceux ayant évolué dans un milieu défavorisé.« Selon des méta-analyses de données issues d\u2019imagerie cérébrale fonctionnelle, ces régions corticales particulières renferment des systèmes cérébraux impliqués dans les fonctions sensori-motrices, le langage, la mémoire et le traitement des émotions », précisent les auteurs.Les chercheurs de l\u2019étude ont également pu montrer que les variations anatomiques de certaines de ces régions corticales interviennent en partie dans l\u2019association positive observée entre le statut socioéconomique et le quotient intellectuel (QI).Ces résultats permettent d\u2019élucider les bases neuroanatomiques de l\u2019impact du statut socioéconomique sur les aptitudes cognitives futures de l\u2019enfant et pourraient aider à guider les interventions visant à minimiser les effets négatifs d\u2019un milieu socioéconomique déficient.Ils soulignent également combien sont cruciales les premières années de la vie précédant l\u2019entrée à l\u2019école pour le développement du cerveau et les aptitudes cognitives futures.SCIENCE Tout se jouerait avant 5 ans Une étude démontre que le milieu socioéconomique façonne le cerveau des jeunes enfants Le nombre d\u2019enfants migrants sous la responsabilité du service de contrôle aux frontières des États-Unis pourrait prochainement dépasser la barre des 25 000.DANIEL OCHOA DE OLZA ASSOCIATED PRESS SONNY TUMBELAKA AGENCE FRANCE-PRESSE À CARITA, INDONÉSIE TSUNAMI INDONÉSIEN La pluie entrave les efforts désespérés des secours venu que les ressources en eau potable et en médicaments étaient insuffisantes, ce qui fait craindre une crise sanitaire, tandis que des milliers de déplacés vivent dans des refuges bondés ou à l\u2019hôpital.Beaucoup ont perdu leur maison.Les autorités ont dépêché des hélicoptères pour larguer des vivres sur des villages isolés des côtes ravagées de l\u2019ouest de Java et du sud de Sumatra.Des centaines d\u2019Indonésiens toujours pris au piège sur de minuscules îles du détroit de la Sonde sont secourus par hélicoptère ou par bateau et conduits dans des centres d\u2019urgence.Les secouristes recourent à des chiens pour tenter de localiser des disparus, même si les espoirs de retrouver des survivants parmi les débris sont presque nuls.À l\u2019hôpital de Carita, des familles éplorées brandissent des photos sur leur téléphone intelligent ou bien viennent passer des tests ADN, afin de savoir si leurs proches figurent parmi les dépouilles conservées à la morgue.« Je suis effrayé », confie Tubagus Cecep, 63 ans, qui attend les résultats d\u2019un test sur un corps dont on soupçonne qu\u2019il pourrait être celui de son fils.« Mais si je garde foi en Dieu, peut- être aura-t-il été emporté plus loin et sera-t-il toujours en vie.» Des routes et des ponts ont été endommagés.Les régions touchées sont recouvertes par des amoncellements de voitures retournées, de bateaux échoués. ISABELLE PARÉ LE DEVOIR « La découverte d\u2019un mets nouveau fait plus pour l\u2019humanité que la découverte d\u2019une nouvelle étoile », affirmait au XVIIIe siècle Jean Anthelme Brillat-Sa- varin, grand magistrat français, gastronome et épicurien devant l\u2019éternel.Il n\u2019aurait pu si bien dire, puisque l\u2019histoire scientifique lui a plusieurs fois donné raison.C\u2019est notamment en farcissant un poulet de neige lors d\u2019un voyage en carrosse que Lord Francis Bacon, pionnier de la pensée scientifique moderne et père de l\u2019empirisme au XVIe siècle, tenta de démontrer la capacité de conservation des aliments par le froid et le sel.« Il y a toujours eu une relation dynamique entre la cuisine et la science.Tout au début, la science était une façon nouvelle de comprendre et d\u2019expliquer la cuisine, mais des liens se sont aussi développés par le plus pur des hasards », explique Massimiano Bucchi, sociologue des sciences à l\u2019Université de Trente, en Italie, et auteur du livre Le poulet de Newton.Avant d\u2019aboutir dans les pot-au-feu, les volatiles se sont en effet souvent retrouvés de façon inopinée sur la route de percées scientifiques.Notamment sur celle de Louis Pasteur, qui désespérait de trouver une façon de traiter les poulets, décimés par une épidémie de choléra, rappelle Bucchi.Nouille comme une dinde L\u2019histoire veut que ce soit en oubliant accidentellement des cultures de virus (responsables du choléra), laissées au chaud dans sa maison d\u2019été, que Pasteur découvrit le pouvoir vaccinal de virus affaiblis.À son retour de vacances, il s\u2019aperçut que contrairement aux poulets contaminés par des virus « frais », les poulettes inoculées avec ses microbes oubliés se montraient ensuite toutes pimpantes.Eurêka ! Il semble que ce soit aussi au creux d\u2019un plat de lentilles laissé sur un comptoir que Pasteur put observer au microscope un essaim de bacilles grouillant, confortant sa théorie voulant que l\u2019action de micro-organismes soit à l\u2019origine de la fermentation, et non un processus chimique.C\u2019est aussi à la poule qu\u2019ont été consacrés les premiers manuels de cuisine « scientifiques » produits autour des années 1600, appelant les ménagères à approfondir la science de la dissection des volailles et des cochons.Quant à la dinde, c\u2019est plutôt dans la sphère des sciences économiques qu\u2019elle a fait irruption.Notamment dans la théorie de la « dinde votante », une stratégie de marketing de prix ci- blés, voulant qu\u2019avec des arguments- chocs, certains clients soient prêts à débourser plus pour certains produits, pourtant identiques à d\u2019autres beaucoup moins chers.Cette stratégie « in- criminante », où le client se condamne lui-même le gros prix, compare ainsi le consommateur à une dinde un peu bébête, votant sciemment pour Noël, même si cela signera son arrêt de mort.Art ou science ?Avant d\u2019être hissée au rang d\u2019art, la cuisine, considérée comme une vulgaire succession de routines, a longtemps été snobée par la science.Les milieux scientifiques accusaient d\u2019ailleurs souvent les auteurs de théories fumeuses de faire « de la cuisine ».Mais plus maintenant, assure Bucchi.Depuis les années 1950, la science use amplement de la popularité de la cuisine pour tenter de briser l\u2019aura d\u2019austérité qui colle à son champ de connaissance.Notamment lors de l\u2019attribution des fameux prix Ig Nobel, décernés aux recherches loufoques menées sur divers sujets abscons, notamment d\u2019ordre culinaire.Ainsi, Robert Matthews s\u2019est vu décerner en 1996 le fameux Ig Nobel pour ses recherches développées sur la loi de Murphy, expliquant notamment pourquoi les tartines tombent toujours du côté beurré.George Goble, lui, a remporté le Ig Nobel de chimie pour avoir atteint le record mondial de vitesse d\u2019allumage du barbecue \u2014 trois secondes \u2014 avec du charbon de bois et de l\u2019oxygène liquide.Molécules alimentaires Plus récemment, au tournant des années 1990, la science s\u2019est assurément mis les pieds dans le plat, au propre comme au figuré, en vagabondant du côté de la gastronomie moléculaire.Hervé This et Nicholas Kurti, physiciens pionniers de ce mouvement audacieux, ont redoublé d\u2019invention, explorant les textures à l\u2019aide de la chimie et la physique pour créer des mousses de chocolat à l\u2019eau ou « décuire des œufs », rappelle Massimiano Bucchi.Ces percées culinaires ont été reprises par le chef des chefs, Ferran Adria, à la barre du légendaire El Bulli à Roses en Catalogne, qui, grâce à la cuisine moléculaire, fit entrer son restaurant dans le panthéon des meilleures tables au monde.« Air » de carotte, sorbet barbecue, huile de potiron, pétales de rose en tempura : le mariage de la science et du goût a donné naissance à de la haute voltige gastronomique.Mais la gloriole du célébrissime chef a été assombrie par des enquêtes révélant que ses prouesses nécessitaient l\u2019ajout de nombreux additifs douteux, peu aimables pour les estomacs.Le fameux restaurant est fermé depuis 2011.L\u2019ère de la cuisine de laboratoire est révolue, selon l\u2019auteur du Poulet de Newton.« Nous sommes plutôt dans un moment historique où la cuisine se tourne plus que jamais vers la tradition, la nature et la nourriture locale », dit-il.Car même la science, omnisciente, ne peut reproduire ce qui fait la marque des grands cuisiniers.Sous la toque, seuls l\u2019art du goût, l\u2019instinct et une grande part de doigté, rappelle Bucchi, peuvent expliquer pourquoi, avec la même recette, certains réussissent un soufflé et\u2026 d\u2019autres pas.LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 5 Comment expliquer qu\u2019une mayonnaise monte ou pas, qu\u2019un grand cru tourne à la piquette ou qu\u2019un soufflé se dégonfle ?Si la science a permis d\u2019élucider certains mystères culinaires, à l\u2019inverse, les coulisses des cuisines ont servi de tremplin à de nombreuses découvertes et théories, autour d\u2019une dinde ou d\u2019un plat de lentilles\u2026 Quand la science est servie par la gastronomie Combien de découvertes ont été faites autour d\u2019un plat ?Au tournant des années 1990, la science s\u2019est assurément mis les pieds dans le plat, au propre comme au figuré, en vagabondant du côté de la gastronomie moléculaire.MIKE GROLL ASSOCIATED PRESS Des origines obscures CEINTURE FLÉCHÉE SUITE DE LA PAGE A 1 doigts pour une seule pièce, sans métier ni machine, était sur le point de disparaître.Dans son livre sur la troupe de danse Les Sortilèges, Jimmy Di Genova rapporte qu\u2019au début du XXesiè- cle, Mme Napoléon Lord, de son nom de fille Élizabeth Mireault, dans le village de Saint-Jacques dans Lanaudière, est l\u2019une des seules femmes qui en fabriquent encore.Autant dire que le fléché ne tient alors qu\u2019à un fil.Mais le fil rouge tient bon.Les origines du fléché sont obscures.On s\u2019entend au- jourd\u2019hui pour dire qu\u2019il n\u2019a pas été conçu initialement par les Autochtones, puisqu\u2019il n\u2019y avait pas de moutons en Nouvelle- France à l\u2019arrivée des Français.Dans un livre paru en 1945, l\u2019ethnologue et folkloriste Marius Barbeau attribue cependant aux Autochtones la méthode de tressage aux doigts.Séduits par les motifs colorés de la ceinture fléchée, les Autochtones en ont en tout cas développé quelques modèles de ceinture, aux dessins différents et aux mailles plus lâches.Monnaie d\u2019échange Chose certaine, les ceintures fléchées ont servi aux coureurs des bois de monnaie d\u2019échange contre les fourrures.Déjà, en 1733, on rapporte que la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson échangeait « deux ceintures pour une plue [peau] » aux Autochtones.Mais on ne sait pas de quelle sorte de ceinture il s\u2019agissait.« Les premières traces du fléché au Québec se situent entre 1770 et 1780 », dit Jean Cadorette, l\u2019un des rares artisans du fléché d\u2019aujourd\u2019hui, qui donne des ateliers sur son art au Centre Marius-Barbeau, à Montréal.Penché sur son ouvrage, il compte soigneusement les brins pour réaliser un motif régulier.Pour réaliser ces motifs uniques, les colons québécois ont modifié la technique du chevron, importée de France, pour former des flèches de différentes couleurs.La Compagnie de la Baie d\u2019Hudson a d\u2019ailleurs imposé aux tisserands une déclinaison fixe de couleurs : le cœur rouge, le petit bleu, le gros bleu, le jaune et le vert.Ce motif est celui des ceintures de L\u2019Assomption.Les bourgeois de Beaver Hall les portaient fièrement, vers 1821, pour fermer leur capot de chat sauvage.Et en 1837, les Canadiens en entouraient l\u2019habit d\u2019étoffe du pays, pour affirmer leur identité.La prochaine pièce à laquelle Jean Cadorette va s\u2019attaquer compte 400 fils, attachés à chaque bout, qu\u2019il faudra tourner et retourner minutieusement pour obtenir le motif légendaire.L\u2019ouvrage lui demandera en tout quelque 400 heures de travail.Pas étonnant que les ceintures fléchées se vendent désormais à prix d\u2019or.Mais il n\u2019en a pas toujours été ainsi.Marius Barbeau raconte que vers 1890, le curé Tancrède Viger avait convaincu les tisseuses de L\u2019Achigan, dans Lanau- dière, d\u2019« exiger paiement en argent » au marchand, en échange de leurs ceintures.Le curé était convaincu que les tisserandes « travaillaient pour rien, tout en ruinant leur santé à une besogne ingrate », écrit Barbeau.Les tisserandes cessèrent de produire des ceintures et le marchand d\u2019en acheter.Au même moment, la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson avait d\u2019ailleurs décidé de se procurer des ceintures, moins belles et moins chères, directement en Angleterre, où elles étaient confectionnées sur des métiers mécaniques, à Coventry.Pratique ancestrale ravivée Dans le centre de documentation Marius-Barbeau, Jean Ca- dorette montre comment ces ceintures effectuées mécaniquement, différentes sur l\u2019endroit et sur l\u2019envers, détonnent comparativement à celles, homogènes, effectuées à la main.Marius Barbeau a ravivé l\u2019intérêt pour cette pratique ancestrale.L\u2019engouement pour les arts traditionnels en 1970, a aussi contribué à sa pérennité.Jean Cadorette a tissé ses premières ceintures pour la troupe de danse Les Sortilèges, qui animait l\u2019ouverture des Jeux olympiques de Montréal, en 1976.Des membres de la troupe des Sortilèges avaient alors pris des leçons de fléché auprès de dames qui maîtrisaient toujours cette technique.Après des années de dormance, cette technique de tissage aux doigts développée aux débuts de la colonie perdure de nos jours.Elle est désormais enseignée, par exemple, à l\u2019École des vieux métiers de Longueuil, au Centre Marius- Barbeau, à Montréal, ou à la Maison Tricotisse à Mirabel.« Des gens qui maîtrisent le fléché, il y en a de plus en plus », dit avec optimisme Jean Cadorette.Mais il faut avoir le temps, et se mettre patiemment à la tâche.Jean Cadorette, l\u2019un des rares artisans du fléché d\u2019aujourd\u2019hui, donne des ateliers sur son art au Centre Marius-Barbeau, à Montréal.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ans l\u2019empire de l\u2019économie néolibérale qui tient le petit contribuable en laisse, le creusement des inégalités et l\u2019érosion des programmes de sécurité sociale, là où ils existent, se sont accélérés en 2018, que les gouvernements pensent à droite ou qu\u2019ils fassent semblant de pencher à gauche.Si bien que l\u2019amplification des injustices sociales a déclenché cette année des colères populaires considérables \u2014 celle des «gilets jaunes» en France, celle des enseignants aux États-Unis, pour ne nommer que celles-là.Moins médiatisée car plus éparpillée, cette exaspération s\u2019est aussi manifestée cette année au sein d\u2019une catégorie de citoyens qu\u2019on ne voit pas souvent se mobiliser : les retraités.Leur courroux n\u2019en est que plus éloquent.De la France à la Russie en passant par le Nicaragua et l\u2019Argentine, ils sont descendus dans la rue pour dénoncer des « réformes » promues par des gouvernements plus ou moins dysfonctionnels et déconnectés qui, de fait, se trouvent à approfondir la pauvreté des uns et à fragiliser les revenus de « classe moyenne » des autres au nom pratique d\u2019impératifs budgétaires.Dans la dernière ligne droite de l\u2019existence, trop de retraités \u2014 et de retraitées ! \u2014 deviennent, de force, des apôtres de la décroissance par simplicité involontaire.Dans le pire des cas, la religion du PIB à laquelle ils ont obéi toute leur vie les réduit à la mendicité.En Russie, Vladimir Poutine assistait au match d\u2019ouverture de la Coupe du monde de football, en juin dernier, quand son premier ministre, Dmitri Medvedev, a annoncé en catimini une réforme des retraites.Le projet de loi allait relever l\u2019âge de la retraite de 55 à 63 ans pour les femmes et de 60 à 65 ans pour les hommes, dans un pays où on ne vit pas très vieux (espérance de vie inférieure à 70 ans pour les premières et de moins de 67 ans pour les seconds).Sinistre stratégie, s\u2019il en est.Que le système russe des pensions soit au bord de la faillite, on le conçoit, vu la pénurie de main-d\u2019œuvre et le fait que 25 % de la population est retraitée.On ose cependant concevoir qu\u2019il le serait moins si le régime de M.Poutine n\u2019était pas si mafieux.Les manifestations et les pétitions n\u2019ont pas fait plier le gouvernement ; le projet a été adopté à l\u2019automne.Ailleurs, dans le pauvre petit Nicaragua, c\u2019est aussi une réforme des retraites \u2014 réduisant le montant des pensions de 5% sur «recommandation» du FMI \u2014 qui fut à l\u2019origine d\u2019un ample mouvement de contestation sociale qui a éclaté en avril et que le vieux Daniel Ortega a écrasé au prix de centaines de morts.En des terres plus démocratiques, la colère a grondé pareillement.En France, Emmanuel Macron déçoit drôlement les aînés qui ont pour une bonne part voté pour lui en 2017.Pour avoir décidé d\u2019augmenter les coûts fiscaux de la sécurité sociale, il s\u2019est attiré des bosses et des manifestations au printemps: «Macron, à ta place, j\u2019aurais honte de taper sur les vieux», disait une pancarte.Pour s\u2019en sortir, le président a convoqué pour 2019 une «consultation citoyenne» du type de celle mise sur pied dans l\u2019espoir de calmer les gilets jaunes\u2026 Emportement semblable dans la Belgique voisine où, en mai, plus de 50 000 personnes se sont mobilisées contre une initiative du premier ministre de centre droit, Charles Michel, prévoyant une hausse de l\u2019âge de la retraite à 67 ans et, pour certains, une diminution de leur rente.Espagne, Italie, Argentine, Brésil\u2026 Les programmes de sécurité sociale font partout débat, ici, là-bas.Mais il tombe sous le sens que lesdites réformes sont d\u2019emblée injustes et que le dialogue social est inégal à partir du moment où se sont les moins nantis qui paient la note et s\u2019en trouvent davantage précarisés.Conçue pour les hautes castes, la réforme fiscale de Trump en est un cas grave en ce qu\u2019elle creuse la tombe de programmes comme celui de la Social Security, le fonds finançant les retraites des Américains.Comment peut-on parler de démocratie dans un monde où prospèrent les inégalités ?De plus en plus difficilement.Une solution radicale et salutaire consisterait évidemment à fermer les paradis fiscaux.Mais nos gouvernements en ont peu la volonté \u2014 ou n\u2019y ont tout simplement pas intérêt.Le « vieillissement de la population » est une réalité qui continuera donc d\u2019avoir le dos large.Et le pillage se poursuivra sur le dos de classes moyennes de plus en plus exsangues.R.Bruce Duncan Président et chef de la direction Canada Carbon Le 14 décembre dernier, Le Devoir publiait un texte d\u2019opinion de madame Anne-Marie Voisard sur le projet de mine de graphite et de carrière de marbre de notre société (projet Miller).Cette opinion appelle certaines précisions.Il faut d\u2019abord rappeler que madame la juge Danielle Turcotte, de la Cour supérieure du Québec, a conclu, le 9 novembre dernier, que l\u2019action en dommages de Canada Carbon (CC) est une action « conservatoire de droits » et qu\u2019elle n\u2019est ni abusive ni une poursuite-bâillon.Elle conclut, notamment, que l\u2019action de CC « ne rencontre pas les caractéristiques d\u2019une poursuite-bâillon ».Puisque la municipalité de Gren- ville-sur-la-Rouge (GSLR) a obtenu la permission d\u2019en appeler de ce jugement devant la Cour d\u2019appel, GSLR aura donc le fardeau de démontrer en quoi ce jugement est mal fondé et doit être réformé.Laissons donc la Cour d\u2019appel faire son travail et se prononcer sur la question.En attendant, per- mettez-nous de préciser certains éléments relativement au texte de madame Voisard.Ici comme ailleurs, l\u2019accent est mis sur la réclamation en dommages de 96 millions de dollars.Ce chiffre n\u2019a pas été inventé dans le but de faire peur ou d\u2019intimider ; il correspond aux revenus nets après taxes qui seront générés par le projet Miller, selon l\u2019évaluation faite par Tetra Tech dans le cadre de l\u2019évaluation économique préliminaire.Cette évaluation économique préliminaire a été rendue publique en avril 2016, soit bien avant que l\u2019action en dommages soit déposée.Selon les principes juridiques applicables, celui qui subit un dommage causé par la faute d\u2019une autre partie est en droit de lui réclamer des dommages équivalant à la «perte qu\u2019il subit et [au] gain dont il est privé» (article 1611 du Code civil du Québec).La somme de 96 millions correspond donc aux dommages qui sont causés à CC par la faute de GSLR.Est-il vraiment raisonnable de s\u2019attendre à ce qu\u2019une entreprise renonce à ses droits et à ses recours au motif que les dommages subis sont trop élevés?Poser la question, c\u2019est y répondre.Les gestes illégaux Maintenant, voici les faits qu\u2019il convient de rappeler relativement à la faute commise par GSLR.1.L\u2019ancien conseil municipal de GSLR a adopté, en 2016 et en 2017, deux résolutions qui recommandaient à la Commission de la protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) d\u2019accueillir favorablement sa demande pour faire un usage non agricole des lots visés par le projet Miller.2.Sous l\u2019ancien conseil municipal, un officier municipal autorisé a délivré deux attestations à la CPTAQ confirmant que le projet de CC était conforme à sa réglementation municipale.3.Le 12 décembre 2017, le nouveau conseil de GSLR adoptait une résolution intitulée « Avis de non-conformité au règlement de zonage de la Municipalité » qu\u2019il transmettait à la CPTAQ dans le but de bloquer le projet de CC et de l\u2019empêcher d\u2019obtenir les autorisations indispensables à la réalisation du projet.4.Cette résolution a été adoptée par le conseil municipal et non par un officier municipal autorisé, comme l\u2019exige l\u2019article 58.1 de la Loi sur la protection du territoire agricole.Le nouveau conseil de GSLR, en agissant comme il le fait, se donne un pouvoir qu\u2019il ne possède pas et il contrevient manifestement à la loi en bloquant le projet de CC.Il L\u2019affaire Huawei et la course aux armements électroniques On se croirait en plein roman d\u2019espionnage dans cette affaire qui relève du conflit économique entre la Chine et les États-Unis.Nos « amis » étatsuniens nous ont mis dans le trouble en nous obligeant à prendre position en leur faveur.Il faut dire que l\u2019empire étatsunien se sent menacé.Les É.-U.veulent freiner le développement économique de la Chine.Huawei, compagnie de télécommunications, a détrôné Apple dans le domaine de l\u2019informatique : 70 % des cellulaires dans le monde sont produits en Chine, dont une bonne part par Huawei.Selon la Maison-Blanche, l\u2019avance que prend la compagnie chinoise menace la sécurité nationale (tout comme l\u2019acier canadien).Notons que la sécurité nationale est devenue la nouvelle façon étatsu- nienne de manipuler l\u2019opinion publique et d\u2019ainsi imposer sa volonté au monde.Il faut mettre des bâtons dans les roues de la Chine.Les É.-U.appellent leurs alliées à cesser d\u2019acheter les produits Hua- wei, car ils seraient des véhicules d\u2019espionnage.Cette mesure vise à empêcher Huawei de participer à la mise sur pied du nouvel Internet vitesse 5G, qui donnera une supériorité technologique au pays qui contrôlera cette invention.La guerre économique passe par le 5G et Huawei a déjà une avance dans cette nouvelle course aux armements électroniques.Selon la revue Forbes, la Chine a déjà gagné la bataille de la technologie.Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois Huawei arrêtée le 1er décembre au Canada lors d\u2019une correspondance à Vancouver et que les É.-U.ont d\u2019abord accusée d\u2019avoir passé outre à la loi étatsunienne d\u2019embargo contre l\u2019Iran (l\u2019empire impose ses lois au reste du monde, incroyable tout de même), ensuite d\u2019espionnage et enfin de fraude, sert d\u2019otage dans cette guerre.Tout cela ressemble à une opération à la James Bond.Il faut savoir que les services secrets des É.-U., de l\u2019Angleterre, de l\u2019Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande ont mis sur pied un groupe chargé de l\u2019espionnage électronique.Il est appelé « l\u2019Alliance des 5 yeux ».Il a tenu deux rencontres au Canada l\u2019été dernier, dont une avec le premier ministre Trudeau.A-t-il adopté un plan pour une action sur le territoire canadien ?Serait-ce l\u2019arrestation de Mme Weng ?Ce ne serait pas la première fois que la CIA organise des coups fourrés pour justifier des actes belliqueux.Où s\u2019arrêtera cette guerre économique qui ne peut que nuire à l\u2019économie mondiale ?L\u2019affaire Huawei aura des conséquences immenses pour le Canada.Yves Lawler Sherbrooke, le 26 décembre 2018 LIBRE OPINION LETTRE RETRAITES ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu est clair que le maire Arnold sait que les agissements de GSLR contreviennent aux lois, car il a récemment déclaré publiquement qu\u2019il estimait que les lois devraient être modifiées.Pire encore, en ce moment même, alors que le débat est engagé devant les tribunaux, GSLR est en train de modifier sa réglementation dans le but d\u2019interdire les activités extractives dans la zone du futur projet Miller ; encore une fois, ici, au mépris des droits les plus élémentaires de CC.De plus, les efforts actuels de GSLR pour modifier le zonage dans cette zone confirment que le zonage, qui était applicable au projet de CC au moment du dépôt de sa demande, permettait les activités extractives.Nous convenons avec madame Voisard que la démocratie est importante.Toutefois, est-il nécessaire de rappeler que cette valeur fondamentale qu\u2019est la démocratie implique aussi le respect de la règle de droit et des lois, et son corollaire qui est l\u2019obligation de réparer les dommages causés à autrui par sa faute ?Les élus municipaux ont aussi des obligations, l\u2019une d\u2019elles étant de respecter les lois et les droits des entreprises.Canada Carbon devrait-elle accepter que GSLR bafoue ses droits sans se défendre ?Tous les opposants au projet affirment et répètent à qui veut les entendre qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019acceptabilité sociale pour le projet Miller.Or, l\u2019acceptabilité sociale implique un dialogue que les opposants au projet refusent.Pire encore, ils sabotent eux-mêmes le processus devant y mener pour ensuite conclure que l\u2019acceptabilité sociale du projet n\u2019existe pas.Nous proposons de rétablir un dialogue franc et ouvert, où toutes les parties prenantes seront entendues, où chaque inquiétude ou enjeu pourra être examiné, y compris par des experts indépendants.C\u2019est seulement au terme de ce processus très exhaustif, que CC et les citoyens de GSLR pourront espérer en arriver à une entente satisfaisante, gagnant-gagnant, qui fera de ce projet un meilleur projet, qui tient compte des préoccupations des résidents.En terminant, vous nous permettrez de demander à madame Voisard de nous indiquer sur quelle base elle prétend que Canada Carbon « use de tous les stratagèmes » et en quoi le pourvoi en contrôle judiciaire serait « non moins problématique », comme elle l\u2019écrit.Contourner les lois selon Grenville-sur-la-Rouge GUY TAILLEFER DSimplicité involontaire Huawei, compagnie de télécommunications, a détrôné Apple dans le domaine de l\u2019informatique : 70 % des cellulaires dans le monde sont produits en Chine, dont une bonne part par Huawei A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Ghislain Rocheleau Chercheur en statistique génétique, Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York (NY), É.-U.Les mauvaises nouvelles concernant l\u2019environnement s\u2019accumulent à un rythme effréné.Un récent rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) nous met en garde contre les possibles conséquences d\u2019un réchauffement planétaire de 1,5 à 2 °C au cours des prochaines décennies.Pour parvenir à limiter ce réchauffement à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d\u2019environ 45 % en 2030 par rapport à celles de 2010, et par la suite atteindre des émissions nettes nulles vers 2050.Cette réduction des GES nécessiterait des transitions rapides dans les systèmes énergétiques, urbains, agro-in- dustriels, etc.d\u2019une ampleur jamais observée dans toute l\u2019histoire humaine.La dernière COP24, qui s\u2019est tenue récemment à Katowice en Pologne, a souligné une fois de plus l\u2019incapacité des différents États d\u2019en arriver à une entente internationale qui permettrait de réduire les émissions de GES.Face à cette absence de volonté claire et structurée de nos gouvernants pour mettre en branle ces transitions, des initiatives citoyennes ont été lancées, parfois à grands renforts médiatiques, tel le Pacte pour la transition.Mais lorsqu\u2019on examine de plus près les quelques engagements que chaque signataire s\u2019engage à tenir dans les deux prochaines années, un constat saute aux yeux : notre dépendance au pétrole.En effet, le pétrole, le gaz et autres produits issus de la pétrochimie sont omniprésents dans notre mode de vie occidental : transport des individus et des biens de consommation courants, production de plastiques, textiles, engrais et pesticides, chauffage domestique, cuisson des aliments, et j\u2019en passe.La tendance actuelle des Québécois à acheter des véhicules utilitaires sport (VUS) et des maisons de plus en plus grosses ne fait que renforcer cette dépendance.Virage nécessaire Il nous est très difficile d\u2019imaginer un monde sans pétrole.Et pourtant, si nous voulons vraiment réduire notre production de GES, il nous faudra obligatoirement nous sevrer de notre dépendance à cet « or noir ».Les ressources pétrolières s\u2019épuisant à un rythme accéléré, nous pourrions être poussés, bien malgré nous, à nous passer du pétrole dans les prochaines décennies.D\u2019aucuns prédisent même un effondrement complet de notre système capitaliste à la suite de la disparation de cette ressource non renouvelable.C\u2019est du moins la thèse qu\u2019avance Harvey L.Mead, auteur du livre Trop tard.La fin d\u2019un monde et le début d\u2019un nouveau.Rappelons que M.Mead occupait le poste de commissaire au développement durable au sein du Bureau du vérificateur général du Québec en 2007-2008.Je dois avouer que la lecture de son bouquin m\u2019a profondément troublé.Après 40 années de militantisme acharné pour différentes causes environnementales, M.Mead nous explique qu\u2019il a clairement « perdu son temps ».Il constate l\u2019échec du mouvement environnemental, attribuable à un échec de la sensibilisation, de la mobilisation et du « profond sommeil » de nos sociétés riches quant aux répercussions environnementales d\u2019une croissance économique sans fin.Dans son livre, M.Mead fait abondamment référence à un autre ouvrage, The Limits to Growth : A Report for The Club of Rome\u2019s Project on the Predicament of Mankind.Écrit en 1972 par des chercheurs associés au Massachusetts Institute of Technology, ce rapport tente, à l\u2019aide de simulations informatiques, de modéliser les interactions entre la RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE Steven High Cofondateur du Centre d\u2019histoire orale et de récits numérisés et professeur d\u2019histoire à l\u2019Université Concordia La plupart des usines ferment leurs portes dans un triste silence, sans attirer grande attention.C\u2019est pourquoi le tollé médiatique provoqué par la décision de General Motors de fermer son usine d\u2019assemblage de véhicules d\u2019Oshawa, mettant au chômage 2 500 Canadiens et Canadiennes, en a étonné plus d\u2019un.Qu\u2019est-ce qui rend cette fermeture si particulière ?D\u2019abord, le rôle central qu\u2019occupe depuis très longtemps l\u2019industrie automobile dans le sud de l\u2019Ontario.Les constructeurs automobiles ont assuré à des générations de Canadiens et de Canadiennes de la classe ouvrière un travail et un salaire qui leur ont permis d\u2019accéder au niveau de vie de la classe moyenne.Pendant plus d\u2019un siècle, Oshawa faisait un avec l\u2019industrie automobile.Mais ce n\u2019est pas la raison pour laquelle Oshawa fait tant les manchettes.La colère du public provient en réalité du fait que GM a bénéficié en 2009 d\u2019un renflouement des gouvernements canadien et américain.Le Canada a en effet injecté 10,5 milliards de dollars pour soutenir GM, perdant 3 milliards dans le processus.Neuf ans plus tard, GM a tout de même annoncé la fermeture de l\u2019usine d\u2019Oshawa.Il fut un temps où General Motors comptait parmi les principaux employeurs du Canada.Puis, l\u2019entreprise a fermé ses installations de Scarborough (1993), de Sainte-Thérèse (2004), de Windsor (2010), d\u2019Oshawa (usine d\u2019assemblage de camions, 2008), et maintenant \u2013 à moins que ses dirigeants ne changent d\u2019avis \u2013, l\u2019usine d\u2019assemblage de véhicules d\u2019Oshawa.Il ne reste plus que l\u2019usine de montage CAMI, située à Ingersoll, ainsi qu\u2019une usine de fabrication de moteurs à St.Catharines.La fermeture de l\u2019usine d\u2019Oshawa se fait à l\u2019image d\u2019une mort à petit feu.Tandis qu\u2019au début des années 1980, GM y comptait 23 000 salariés, elle n\u2019y employait plus récemment que 2500 personnes.Et avant de jeter le blâme sur l\u2019automatisation, sachez que le nombre de voitures construites dans cette usine est passé de 1 million par an en 2003 à seulement 118 000 aujourd\u2019hui.Classe ouvrière en colère Un autre des principaux facteurs motivant la couverture médiatique de la fermeture à Oshawa est la colère et le sentiment de révolte qui animent de nos jours la classe ouvrière.De fait, les «laissés pour compte» des régions désindus- trialisées ont contribué au Brexit, à l\u2019élection de Donald Trump comme président des États-Unis ainsi qu\u2019à la montée du populisme de droite en Europe.Les élections présidentielles américaines de 2016 illustrent bien ce phénomène.Frappés par la désindustriali- sation, les cinq États de la Rust Belt \u2013 Pennsylvanie, Ohio, Wisconsin, Michigan et Iowa \u2013 ont voté deux fois pour Barack Obama avant de se tourner vers Donald Trump, propulsant ce dernier à la Maison-Blanche.Nombre de régions désindustrialisées ont ainsi connu un revirement majeur, 20 % des électeurs y passant dans le camp républicain.Un sentiment de trahison couve dans les communautés de la classe ouvrière.Nous vivons une période de polarisation.Ce n\u2019est pas un hasard si GM a choisi d\u2019annoncer la fermeture de l\u2019usine d\u2019Oshawa une journée avant d\u2019annoncer celle d\u2019autres installations aux États-Unis.L\u2019entreprise craignait manifestement davantage la réaction de Donald Trump que celle de Justin Trudeau.Elle n\u2019avait pas tort.À notre grande honte, les dirigeants politiques canadiens ont fait à peine plus qu\u2019offrir « leurs pensées et leurs prières ».Nous devons cesser de croire que nous vivons dans un monde désindus- trialisé.Ce n\u2019est pas le cas.Chaque chose qui nous entoure a été construite quelque part.La vraie question est de savoir qui va construire ces biens, et combien gagneront les personnes qui le feront.Dans la vaste majorité des cas, les fermetures d\u2019usine résultent d\u2019une décision, de la part des entreprises, d\u2019investir ailleurs.Certains attribuent la fermeture de l\u2019usine d\u2019Oshawa au besoin urgent de passer aux voitures électriques.Or, ce n\u2019est là qu\u2019une habile diversion.En effet, l\u2019installation d\u2019Oshawa aurait très bien pu produire la nouvelle génération d\u2019automobiles, mais GM a plutôt décidé d\u2019investir en Chine et au Mexique, où la main-d\u2019œuvre est meilleur marché.Protection délaissée Rappelons-nous que la décision d\u2019Oshawa n\u2019était pas inévitable.GM n\u2019aurait pas pu fermer cette usine avant 1988, car à cette époque, l\u2019ancien Pacte de l\u2019automobile obligeait les trois grands producteurs de l\u2019industrie à construire autant de voitures au Canada qu\u2019ils y en vendaient.Nous avons renoncé à ce type de protection pour obtenir le libre-échange, tout comme aujourd\u2019hui nous renonçons à défendre nos producteurs laitiers.Chrysler a elle aussi bénéficié d\u2019un renflouement en 1980.Quand l\u2019entreprise a supplié le Canada de l\u2019aider, celui-ci a accepté, à condition que Chrysler réinvestisse des centaines de millions de dollars dans le secteur manufacturier canadien.Résultat : tandis que des usines fermaient au sud de la INDUSTRIE AUTOMOBILE Imaginer l\u2019inimaginable Il nous est très difficile d\u2019imaginer un monde sans pétrole frontière (Detroit a perdu 180 000 emplois dans le secteur manufacturier en seulement sept ans), le sud de l\u2019Ontario se réindustrialisait.Fait incroyable, le renflouement dont GM a bénéficié en 2009 ne comportait à peu près aucune condition.Le Canada a ensuite discrètement vendu ses parts dans l\u2019entreprise en 2015, perdant le peu d\u2019influence qui lui restait.Un tel manque de leadership est aberrant.Nous devons nous y prendre autrement pour négocier nos accords commerciaux.Donald Trump a déchiré l\u2019ancien Accord de libre-échange nord-américain parce que celui-ci n\u2019avantageait pas les travailleurs des États-Unis.Le nouvel accord, tout juste signé, comporte une clause stipulant que 40 % du contenu des automobiles construites en Amérique du Nord doit être fabriqué par des employés touchant au moins 16 $ l\u2019heure.C\u2019est une amélioration, mais est-ce suffisant ?Manifestement pas, comme en témoigne la fermeture à Oshawa.Le nouvel accord permet encore la construction de 60 % des voitures nord-américaines au Mexique, où les salaires sont plus bas.Nous pouvons et nous devons faire mieux.Posez-vous cette question : pourquoi Donald Trump en fait-il plus pour les travailleurs de l\u2019industrie que Justin Trudeau ?Le pétrole, le gaz et autres produits issus de la pétrochimie sont omniprésents dans notre mode de vie occidental.JACQUES NADEAU ARCHIVES LE DEVOIR Terre et les différents systèmes humains.Le modèle prend en compte cinq variables : la taille de la population mondiale, la production alimentaire, la production industrielle, la pollution et la consommation de ressources non renouvelables.Bien qu\u2019en apparence simpliste, ce modèle s\u2019est révélé plutôt juste dans sa description des tendances observées dans le temps pour l\u2019ensemble de ces cinq variables lors de ses quelques mises à jour subséquentes.Tous les scénarios envisagés dans ce modèle conduisent à un effondrement inéluctable des écosystèmes mondiaux en considérant une croissance économique exponentielle, telle que soutenue et encouragée par le modèle capitaliste actuel.Je ne peux affirmer si un effondrement surviendra, à l\u2019instar d\u2019Harvey L.Mead et autres collapsologues, ou si un mouvement social d\u2019envergure planétaire permettra d\u2019infléchir la dangereuse trajectoire qui nous rapproche toujours plus de cet effondrement.Mais il ne fait aucun doute qu\u2019il y a urgence d\u2019agir dès maintenant.Pour bien comprendre cette urgence, il m\u2019est revenu à l\u2019esprit la devinette du nénuphar.Imaginez que vous ayez un étang derrière chez vous, dans lequel se trouve un nénuphar.Ce nénuphar double de surface chaque jour, si bien qu\u2019au bout de 30 jours, il aura complètement recouvert la surface de l\u2019étang, tuant ainsi par asphyxie tous les autres êtres vivants de l\u2019étang.D\u2019après vous, à partir de quel jour le nénuphar aura-t-il recouvert la moitié de l\u2019étang ?Réponse : à partir du 29e jour ! En effet, si le nénuphar recouvre complètement l\u2019étang au 30e jour, et qu\u2019il double de surface chaque jour, il était forcément 2 fois plus petit la veille, soit le 29ejour.En d\u2019autres termes, vous aviez tout un mois pour vous débarrasser de ce nénuphar devenant de plus en plus encombrant, ou du moins pour en réduire la surface, et voilà que vous devez vous taper tout le boulot en une seule journée la veille de la catastrophe tant redoutée! Dans L\u2019écume des jours de Boris Vian, la jolie Chloé se meurt à mesure que le nénuphar logé dans son poumon grandit et que l\u2019appartement de son fiancé, Colin, rétrécit.Cette devinette nous rappelle que l\u2019esprit humain se représente assez mal le concept de croissance exponentielle, et du même coup, les conséquences néfastes pouvant résulter de celle-ci.N\u2019attendons pas d\u2019avoir à agir dans l\u2019urgence absolue.À partir de maintenant, il faut envisager tous les scénarios possibles, que ça nous (dé)plaise ou non, quitte à imaginer l\u2019inimaginable.Tandis qu\u2019au début des années 1980, GM comptait 23 000 salariés à l\u2019usine d\u2019Oshawa, elle n\u2019y employait plus récemment que 2500 personnes.EDUARDO LIMA LA PRESSE CANADIENNE Qu\u2019a Oshawa de si particulier ?Un sentiment de trahison couve dans les communautés de la classe ouvrière Certains attribuent la fermeture de l\u2019usine d\u2019Oshawa au besoin urgent de passer aux voitures électriques.Or, ce n\u2019est là qu\u2019une habile diversion. LEDEVOIR // LE JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.Devant l\u2019hôtel du gouvernement de la République de Sakha, Lénine domine de son effrayante certitude, défiant, au garde-à-vous et bras levé, la brume, le froid et le genre humain.MLADEN ANTONOV AGENCE FRANCE-PRESSE Sibérie.Mot chargé, surchargé de froid et de glace, d\u2019affect, d\u2019histoire et d\u2019exils.Notre collaboratrice rentre d\u2019un voyage dans la République de Sakha, à 400 km du cercle arctique.En cette période de Noël, elle nous raconte ce coin du pôle Nord, ceux et celles qui l\u2019habitent, avec leurs grandeurs et leurs misères.Elle nous fait entrer dans l\u2019âme du froid.Premier article de trois.MONIQUE DURAND COLLABORATRICE LE DEVOIR AU CŒUR GELÉ DE LA SIBÉRIE Yakoutsk, cité de l\u2019extrême l est 7h.Deux jeunes chiens fous s\u2019ébrouent de leur nuit.Il fait \u201345 °C dehors.En ce début décembre, le jour se lèvera vers 10 h, pour se coucher vers 14 h.Sous mes yeux, sur la fenêtre calfeutrée de mon hôtel, une coagulation de neige, de glace et de frimas, cristalline.La ville, en train de s\u2019animer, fume de partout.Pots d\u2019échappement des voitures et surtout une brume qui recouvre tout le paysage, mélange de condensation et de pollution.« C\u2019est la respiration de la ville », dit avec poésie Ma- rianna, directrice du Département de français de l\u2019Université de Yakoutsk.Quand l\u2019hiver atteindra son pic en janvier et en février, cette brume rendra la cité quasi aveugle, empêchant les humains de voir le bout de leur bras, et les automobilistes de discerner passants, autres véhicules et feux de circulation.Pour ajouter à ce monde vaporeux, un peu irréel, de longues cheminées aux quatre coins de la cité expulsent une fumée blanchâtre, alors que la chaleur et l\u2019énergie sont soufflées dans d\u2019énormes cylindres qui courent dans les quartiers, jusque dans chaque maison.« Ce n\u2019est pas toujours très joli, dit Samona, une résidente de Yakoutsk, mais c\u2019est notre architecture industrielle.» Ici, dans la seule ville au monde entièrement construite sur le pergélisol, rien ne peut être enterré, ni fils électriques, ni conduites d\u2019eau, ni rien du tout.Le sol est gelé jusqu\u2019à 250 mètres de profondeur.Par quel bout commencer pour raconter ce voyage ?Par quel bout glacé ?Je suis à Yakoutsk, située au nord-est de la Sibérie, à 14 fuseaux horaires de Montréal, 5000 km à l\u2019est de Moscou et près du cercle arctique.Au 62eparal- lèle.À titre de comparaison, Scheffer- ville est au 54e et Kuujjuaq, au 58e.Du Québec, on y accède soit vers l\u2019ouest en passant par Séoul, en Corée du Sud, soit vers l\u2019est, en passant par Vienne, en Autriche.Yakoutsk est la capitale de la République de Sakha, aussi appelée Yakou- tie, lointaine république de la Fédération de Russie, au nord de la Chine.Les Yakoutes, peuple autochtone appartenant à la famille turco-mongole, forment environ la moitié de la population, l\u2019autre moitié étant composée de Russes.Yakoutsk a poussé au milieu de l\u2019infinie plaine sibérienne.Comptant aujourd\u2019hui 300000 habitants, elle s\u2019est développée grâce à son riche sous- sol rempli d\u2019or, de diamant, de charbon.S\u2019y sont agglomérés les gens « des régions », quittant leur isba \u2014 maison de bois \u2014, souvent sans eau courante, pour les commodités urbaines.La ville a aussi, en grande partie, poussé forcée, comme dans travaux forcés.Sous Sta- line furent déportés en Sibérie des millions de personnes, qui construisirent pistes, routes, chemins de fer.Ils furent nombreux à y laisser leur peau.Libérés, certains de ces damnés ont fait souche à Yakoutsk.« Geler » les voitures et les enfants Toujours à la fenêtre de mon hôtel.Des femmes avancent dans l\u2019exhalaison glaciale, de pied en cap enveloppées de fourrure, zibeline, renard, vison.Le pas rapide, la main devant la bouche pour filtrer l\u2019air coupant, altières pèlerines du froid comme dans un tableau de Jean-Paul Lemieux.J\u2019observe leur ballet silencieux dans la cité extrême et aperçois bientôt Vadim, mon bienveillant guide et interprète, venu me chercher en taxi.Nous allons visiter le marché aux poissons.Nous roulons dans le matin pétrifié de Yakoutsk.« Ici, on dit qu\u2019on « gèle » les voitures», fait Vadim.«On les recouvre d\u2019un matériel isolant et elles restent là, dans nos entrées ou dans nos cours jusqu\u2019à la saison plus douce.» Autrefois, raconte-t-il, ceux qui en avaient les moyens démarraient le moteur de leur véhicule en octobre et l\u2019éteignaient en mars.Nous rions.Même chose pour les bateaux sur la Léna, le fleuve qui jouxte la ville.Ils gèlent sur place jusqu\u2019à la fonte des glaces.On « gèle » aussi les enfants certains jours.« On les garde à la maison quand la température est inférieure à -47 °C », poursuit Vadim.Non, ce ne sont pas des baguettes et des petits pains alignés derrière la vendeuse.Ce sont des poissons de toutes sortes et de toutes tailles, vendus dans l\u2019état où le froid de Sibérie les a congelés après leur capture.Nurgouiana travaille de 9 h à 19 h en plein air, devant son étal.« Mon métier est difficile parce que je suis toujours debout et au grand froid, dit-elle, mais je gagne bien ma vie.» Nurgouiana gagne environ 100000 roubles par mois (2000 dollars canadiens).Ses beaux poissons seront parfois dégustés congelés, tranchés en fines lamelles, légèrement salés et poivrés, avec un doigt \u2014 ou deux \u2014 de vodka ; c\u2019est fin et délicieux.Yakoutsk est une ville moderne, où le revenu par habitant est plus élevé qu\u2019ailleurs en Russie.Le salaire russe moyen, d\u2019après la Banque mondiale, est d\u2019environ 1100 $.Y disparaissent peu à peu les habitations traditionnelles de bois, au profit d\u2019édifices en hauteur.Vu sur les bords de la Léna, dans le quartier huppé simplement appelé « le 202 », des tours d\u2019habitation qui ressemblent de près aux complexes domiciliaires érigés à Montréal, au bord du Saint-Laurent.La cité abrite l\u2019une des dix universités fédérales de Russie, 17000 étudiants, 1600 membres du personnel.Elle est parsemée de théâtres, de musées, dont celui, réputé, du Mammouth.La Russie, jusque dans ses confins, reste vigoureusement attachée à la musique, à la danse, aux lettres, à tout ce qui s\u2019appelle culture et réchauffe l\u2019âme en l\u2019élevant vers le soleil.Ici, vous pourrez manger japonais, chinois, italien, russe, géorgien.Vous y trouverez un pub irlandais, une brasserie belge et un établissement offrant aux plus téméraires un bizarroïde canadian dish, la poutine.Oui, on vend de la poutine au pays de Poutine, et jusqu\u2019à Yakoutsk ! En revanche, vous n\u2019y trouverez aucun McDo, Burger King ou autres Pizza Hut.Ni sur l\u2019avenue Lénine, artère la plus importante, ni autour de la place Ordjonikidzé, au centre-ville.Si les ex-pays satellites de la Russie soviétique, baltes et transcaucasiens notamment, ont déboulonné leurs statues de Lénine, ce dernier trône encore en diverses poses dans les grandes villes de Sibérie, Novossibirsk, Ir- koutsk, Vladivostok.À Yakoutsk, devant l\u2019hôtel du gouvernement de la République de Sakha, il domine de son effrayante certitude, défiant, au garde-à- vous et bras levé, la brume, le froid et le genre humain.«Yakoutsk, une ville au froid extrême?Nous ne la percevons plus ainsi depuis qu\u2019on a mis en place des transports en commun efficaces», dit Natalia, une retraitée.«On vit quoi! Comme vous tous ailleurs!» lance Vadim, conscient tout de même que vivre dans ce climat paroxystique, «c\u2019est l\u2019antinomie de la dolce vita».L\u2019espérance de vie est moindre que dans le reste de la Russie et la police rapporte chaque année plusieurs décès dus au froid et nombre d\u2019amputations.Les Yakoutes tiennent leurs maisons, leurs hôtels, à 30°C.Je pense à mes chers et vieux voisins gaspésiens qui chauffaient leur maison à en suffoquer.Ils avaient tellement souffert du froid.«La chaleur est une valeur ici», dit celui qui m\u2019accompagnera pendant tout mon séjour à Yakoutsk.Vadim est professeur de latin et de français.Il passe ses vacances en France, fou du fromage brie et de la bière belge Leffe.Il souhaite que ses deux enfants aillent faire leur vie sous des latitudes plus douces.« En Provence?» je lui demande.«Non, non, je les verrais bien à Novossibirsk, au sud de la Sibérie, pas loin de nous, à trois heures d\u2019avion! Il y fait moins froid.» Température moyenne l\u2019hiver à Novossibirsk : \u201325°C! L\u2019extrême, ça rapproche on dirait, ça soude.Comme une solidarité de la résistance, un coude-à-coude devant ce froid qui rend si vulnérable.Dans ce corps à corps quotidien avec le monstre qui guette dehors, on se réchauffe avec les êtres de chaleur que sont les Yakoutes.Liudmila, Olga, Ekaterina, Vadim, Valeri, Anton, mes étoiles de Noël cette année, c\u2019est vous.Dans votre grand ciel du pôle Nord.I Nurgouina gagne environ 2000 $CAN par mois en vendant son poisson au marché aux poissons de Yakoutsk.MONIQUE DURAND LE DEVOIR C\u2019est l\u2019antinomie de la dolce vita VADIM » "]
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