Le devoir, 26 janvier 2019, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Lire Myriam Beaudoin, l\u2019appel de l\u2019enfant Vivre Nashville, une vraie virée country Une colonie Grandir, de Sorel à Berlin L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Cinéma Geneviève Dulude-De Celles, de Sorel à la Berli- nale avec Une colonie.Danse Odile Tremblay Théâtre Arts visuels Médias Musique Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 6 5 14 20 22 38 18 4 26 32 28 26 42 44 46 53 54 56 57 Entrevue Myriam Beaudoin et le souverain désir de prendre soin d\u2019un enfant.May Telmissany Entrevue Rober Racine Entrevue Suzanne Jacob Polar Essai Louis Cornellier Voyage Nashville, une vraie virée country sur le «Honky Tonk Highway».Plein air Alimentation Société Resto Vin Bière SOMMAIRE 30 33 35 Photo de la une du D : Marie-France Coallier Le Devoir Photo de la une Lire : Marie-France Coallier Le Devoir C U L T U R E Le « 100 watts » qui s\u2019éteint Oscillant entre le drame et la comédie, la série Germain s\u2019éteint met en question nos rapports aux technologies t si on pouvait, au même titre que notre vieil ordinateur ou notre plus récent téléphone cellulaire, être atteint d\u2019obsolescence programmée ?Un brin absurde \u2014 mais peut-être pas si loin de la réalité \u2014, l\u2019idée qui a de quoi faire frissonner est au cœur de Germain s\u2019éteint, la nouvelle websé- rie que le public pourra découvrir en exclusivité sur Tou.tv à compter du 30 janvier.Sans détour, la série imaginée et écrite par Christine Doyon nous plonge dans le quotidien déglingué de Germain (Marc-André Coallier, très juste), un homme en décalage chronique avec son époque.Mis sur la touche au boulot et délaissé par ses proches, ce quinquagénaire, à qui la vie \u2014 et les appareils électroniques \u2014 semble constamment faire faux bond, consulte un spécialiste, pensant souf frir de surmenage.Comble de l\u2019ironie : on lui diagnostique plutôt une obsolescence programmée, potentiellement fatale.E La série réalisée par Daniel Abraham (à gauche) et Pierre- Alexandre Girard (à droite) nous plonge dans le quotidien déglingué de Germain (Marc-André Coallier), un homme en décalage chronique avec son époque.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE FLORENCE SARA G.FERRARIS LE DEVOIR Germain s\u2019éteint Tou.tv, dès mercredi | 3 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Dépeinte comme le mal du siècle, cette désuétude dont est victime notre protagoniste prend ici des airs de maladie incurable, en en empruntant le vocabulaire et les contours sinistres.«On voulait que le public perçoive dès le début le déséquilibre de Germain, son impasse avec la modernité, soulignent d\u2019une même voix Daniel Abraham et Pierre-Alexandre Girard (Dan & PAG), qui signent ensemble la réalisation léchée, mais tout en finesse, des six épisodes d\u2019une dizaine de minutes chacun.On souhaitait aussi qu\u2019il ressente son mal-être», d\u2019où l\u2019idée de présenter son af fection comme un cancer ou une grave dépression.Un mal-être renforcé par une mise en scène en demi-teinte, qui campe l\u2019intrigue dans un décor sombre, tout en subtilité.Le jeu de caméra, tantôt à l\u2019épaule, tantôt en contre-pied, donne aux épisodes un résultat un brin décalé, qui déstabilise le téléspectateur sans jamais le brusquer.À ce titre, le produit fini, qui est un dérivé du court métrage Retour de qualité (2016), n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans rappeler l\u2019univers glauque, mais ouvertement excentrique, de Série noire, la tragicomédie d\u2019une ef fica- cité redoutable de François Létour- neau et Jean-François Rivard.« On a voulu jouer sur cette dichotomie entre le propos et le rendu, expose Daniel Abraham, un sourire dans la voix.En ancrant l\u2019histoire dans un univers juste assez décalé, on a voulu renforcer l\u2019absurdité du scénario.» « On souhaitait que le public prenne au sérieux le drame de Germain, renchérit son complice Pierre-Alexandre Girard.C\u2019est essentiel pour être ému par son histoire, d\u2019où le côté tragique et très réaliste du diagnostic.» Résolument dramatique donc \u2014 après tout, le titre l\u2019annonce d\u2019emblée, Germain est condamné à s\u2019éteindre \u2014, la série a tout de même de quoi faire sourire (souvent !), par sa prémisse loufoque, mais aussi par sa constellation de personnages disjonctés.Car au-delà de notre protagoniste décalé qui, à lui seul, arrive amplement à nous faire rire, ce sont tous ceux qu\u2019il côtoie, ou qu\u2019il croise, qui semblent, eux aussi, vivre en rupture avec leur temps \u2014 que ce soit en étant «obsolètes», à l\u2019image de Germain, ou en étant parfois «un pas ou deux ou plus en avant».On peut entre autres penser ici à sa fille (Marguerite D\u2019Amour), déjà prête à faire le deuil de son géniteur en se «swipant» un nouveau père au moyen d\u2019une application mobile dernier cri, ou encore aux membres des Obsolètes anonymes (hilarants Alexis Martin et Nathalie Mallette), un groupe de soutien tristounet, sorte d\u2019hommage aux anachronismes contemporains.Critique sociale Mais plus qu\u2019un bon moment, l\u2019œuvre de Dan & PAG, dont le format appelle sans gêne à l\u2019écoute en rafale, nous offre, comme spectateurs, une occasion en or de réfléchir à la place laissée à la technologie dans notre société.À la place aussi que l\u2019on accorde aux aînés et à ceux qui, à défaut de suivre le rythme effréné de notre époque, se retrouvent parfois, bien malgré eux, en marge de notre «modernité».« C\u2019est l\u2019élément central du scénario, insistent les réalisateurs, cette idée de s\u2019interroger sur l\u2019omniprésence de la technologie dans nos vies, de se demander ce qui arriverait si on ne pouvait plus faire la différence entre ces outils et nous.Sommes-nous condamnés à disparaître?» «Il y en a sans doute quelques-uns qui vont se reconnaître dans le personnage de Germain », enchaîne sans ambages Marc-André Coallier (Les machos, Le club des 100 watts), pour qui le projet marque d\u2019ailleurs le grand retour à la fiction télévisuelle, sa dernière apparition remontant à 1996.« Il y a un dialogue à avoir entre les générations : les plus jeunes, que ce soit dans les familles ou dans les entreprises, ne saisissent pas toujours la valeur de l\u2019expérience.Pourtant, ce n\u2019est pas parce que tu n\u2019es pas \u201ctechno\u201d que tu ne vaux plus rien.» Loin d\u2019être moralisateur, le ton adopté pose ainsi les bases d\u2019une discussion plus en profondeur sur nos rapports aux machines, mais aussi entre nous.«La série souligne le fait que personne n\u2019est vraiment à l\u2019abri, ajoute le comédien.Il suf fit par fois d\u2019un changement plus grand que nous pour devenir complètement dépassé, voire obsolète.» Résolument dramatique, la série a tout de même de quoi faire sourire (souvent !), par sa prémisse loufoque, mais aussi par sa constellation de personnages disjonctés l était une fois deux squelettiques personnages qui cherchaient un sens à leur existence dans un monde boulimique d\u2019informations.De cette histoire cocasse sortie tout droit de leur imagination décalée, les chorégraphes Priscilla Guy et Sébastien Provencher ont tiré une série de tableaux scéniques traitant avec humour des ef fets du Web et des écrans sur nos comportements et notre motricité.Dans ce théâtre de l\u2019absurde qui croise danse, vidéo, musique et texte, le tandem a dans sa ligne de mire la tendance générale à ne rester qu\u2019à la surface des choses, en passant du coq à l\u2019âne, à l\u2019image d\u2019un fil d\u2019actualité qu\u2019on ferait défiler pour tuer le temps.« L\u2019idée des squelettes est venue au départ d\u2019une blague entre amis.Ce qui est à la base une prémisse humoristique nous a conduits petit à petit à nous questionner sur la surabondance d\u2019informations, de discours et d\u2019images à laquelle nous sommes exposés au quotidien sur le Web et les réseaux sociaux», affirme Sébastien Provencher.Plutôt que d\u2019opter pour un récit narratif qui suivrait l\u2019évolution de leurs personnages, les ar tistes se sont appuyés sur le principe du Web, basculant d\u2019un registre à l\u2019autre pour évoquer une cer taine « dérive du scrolling».«Très vite, on a essayé de faire se rencontrer la forme et fond, en faisant en sorte que cette surenchère du discours et toutes ces images de la culture populaire qui nous bombardent s\u2019inscrivent dans nos corps», ajoute Priscilla Guy.C\u2019est à travers la voix d\u2019un animateur (Renaud Paradis) que l\u2019histoire des deux squelettes, des personnages muets, se trouve dévoilée sur scène.La pièce joue sur les tensions entre ce qui est dit et ce qui est passé sous silence, ainsi que sur les discours empruntés et falsifiés, de sorte L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e D a n s e 4 | ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Le squelette comme figure de notre désincarnation Priscilla Guy et Sébastien Provencher s\u2019amusent de nos présences étiolées par l\u2019omniprésence des écrans Les chorégraphes Priscilla Guy et Sébastien Provencher ont tiré une série de tableaux scéniques traitant des effets du Web sur nos comportements et notre motricité.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR qu\u2019il devient dif ficile de démêler le vrai du faux.À travers un monologue signé par Dany Boudreault se glisse une critique du vedettariat et de la vacuité des discours qui s\u2019y rappor tent : «L\u2019animateur est un personnage très narcissique qui est pris dans une posture où, pour se voir lui-même validé, il doit valider quelque chose qui n\u2019a aucun sens et créer du sens avec du vide.» Des êtres désincarnés De l\u2019abstraction aux scènes de la vie quotidienne, les tableaux, tout en jouant sur les contrastes, montrent comment les corps se désincarnent et abdiquent devant l\u2019image.Dans leur valse à travers les registres, le duo use de références à la culture pop et mise sur des effets à petite échelle \u2014 phosphorescence des costumes et jeux de lumière \u2014, ainsi que sur l\u2019appui de musiciens sur scène.S\u2019imposant comme contrainte de bouger en mobilisant le moins possible leurs muscles, les danseurs ont forgé un vocabulaire minimaliste et performatif.Il s\u2019agit pour eux de faire en sorte que leurs présences s\u2019effritent et de faire presque disparaître le corps.Une façon de refléter nos présences presque désincarnées quand on se trouve obnubilés par nos écrans.«Quand on pense aux flux médiatiques, c\u2019est souvent l\u2019idée de vitesse et de mouvement qu\u2019on retient, mais devant l\u2019écran, il y a aussi une paralysie du corps.Quelqu\u2019un qui marche dans la rue les yeux rivés à son cellulaire, I Deux squelettes Création de et avec Priscilla Guy et Sébastien Provencher.À l\u2019Agora de la danse, du 30 janvier au 2 février. | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Je me plais à croire que bien des peuples reproduisent en versions plus assourdies un événement phare du passé mal digéré par l\u2019inconscient collectif, dans l\u2019espoir d\u2019en changer le cours.Au Québec, c\u2019est la Conquête britannique, rejouée à travers l\u2019histoire, de la lutte des patriotes aux combats pour l\u2019indépendance.En France, la Révolution de 1789 n\u2019aura pas réussi à aplanir les fractures entre les classes sociales, toujours profondes.De la Commune de 1871 aux gilets jaunes en passant par Mai 68, les bonnets phrygiens reprennent du service sur un mode ou l\u2019autre.J\u2019ai passé la semaine à Paris avec l\u2019impression de sauter de caste en caste.Allez donc réconcilier les deux France ; celle d\u2019en haut et celle d\u2019en bas, elles-mêmes fractionnées, mais dressées nez à nez.Cette fois, qui sait ?Samedi dernier, on a accompagné au départ des Invalides la dixième marche des gilets jaunes, plus pacifique que bien des précédentes; toutes factions réunies, droite et gauche, surtout la droite au fait, quoiqu\u2019une main m\u2019ait tendu le journal Le Bolchevik de la Ligue trotskiste de France, surnageant d\u2019un autre âge.Une pancarte de la manif arborait : «Pour sauver Paris, la France et l\u2019humanité.» C\u2019est beau, l\u2019ambition ! Tous marcheurs unis contre Macron, son arrogance et ses élites.Reste que la popularité du président français est en remontée après la tourmente, et qu\u2019il recevait lundi des patrons de multinationales au château de Versailles.Pour la symbolique monarchiste, il faisait fort, face aux insurgés des rues.Mais on s\u2019en- farge nous-mêmes les pieds dans la France plurielle\u2026 La musique de films retrouvée Le soir de la manif, à l\u2019invitation des Rendez-vous d\u2019Unifrance, j\u2019assistais à un concert symphonique de musique de films.Les partitions d\u2019extraits de douze films \u2014 dont de grands classiques : La Belle et la Bête de Cocteau (1946), sur une musique de Georges Auric, et Les enfants du paradis de Marcel Carné (1945), sur celle de Joseph Kosma \u2014 à l\u2019auditorium de la Maison de la radio étaient interprétées par l\u2019Orchestre national de France sous la direction de Philippe Béran.Les «élites» portent haut l\u2019étendard de la grande culture du pays et on souhaite à « l\u2019art pour tous» de s\u2019imposer comme un des grands Paris en cris et en musique ODILE TREMBLAY À PARIS Quand on pense aux flux médiatiques, c\u2019est souvent l\u2019idée de vitesse et de mouvement qu\u2019on retient, mais devant l\u2019écran, il y a aussi une paralysie du corps PRISCILLA GUY » par exemple, ça peut difficilement être plus spectral comme présence.Tu vois qu\u2019il se passe quelque chose au niveau des yeux et du visage, mais tout le reste du corps est désengagé.Même chose quand on observe les enfants devant des écrans, ils sont comme à côté de leur corps», décrit la créatrice.Spectacle longuement rodé devant public, car utilisant l\u2019humour comme fil rouge, Deux squelettes, à l\u2019aveu des créateurs, a un statut d\u2019objet scénique non identifié dans la programmation de l\u2019Agora de la danse.De quoi sortir hors des sentiers battus, alors que ce phénomène de désincarnation généré par l\u2019omniprésence des écrans au quotidien \u2014 problématique pourtant si familière à tous, \u2014 reste encore un thème peu abordé en danse.Ce qui est à la base une prémisse humoristique nous a conduit petit à petit à nous questionner sur la surabondance d\u2019informations, de discours et d\u2019images à laquelle nous sommes exposés au quotidien sur le Web et les réseaux sociaux SÉBASTIEN PROVENCHER » vecteurs de réconciliation nationale.Le cinéaste Bertrand Tavernier était l\u2019instigateur du concert.Or, si quelqu\u2019un peut faire le pont entre les deux France, c\u2019est bien ce réalisateur et écrivain engagé socialement, grand défenseur de la cause culturelle, cinéphile et mélomane passionné, au front sur tous les combats.Son propre père, René Tavernier, n\u2019avait-il pas été à Lyon un poète résistant accueillant aux heures sombres Louis Aragon et Elsa Triolet ?À travers l\u2019imposant parcours du cinéaste de L\u2019horloger de Saint-Paul et de Coup de torchon, c\u2019est le cœur de la France à son meilleur qu\u2019on croit voir palpiter.Il est toujours émouvant de le voir s\u2019approcher, son éternel foulard au cou.«Ça faisait cinq ans que je prêchais dans le désert », nous expliqua- t-il avant le concert.Face aux problèmes d\u2019ayants droit, il s\u2019était battu.La musique des grands films français d\u2019hier, la plupart du temps jamais enregistrée, n\u2019est guère jouée, même si cinéastes et compositeurs entretenaient des liens très étroits.«Ces derniers sont les héros méconnus du cinéma français», déclarait-il.La grande fierté de Bertrand Tavernier était de présenter en première des extraits musicaux disparus, reconstitués à l\u2019oreille à partir des DVD.C\u2019était le cas de La vérité sur Bébé Donge d\u2019Henri Decoin (1952), à travers une musique de Jean-Jacques Grünenwald, de Justin de Marseille de Maurice Tourneur (1934), mis en musique par Jacques Ibert, et de Remorques de Jean Gré- millon (1941), sous partition de Ro- land-Manuel recréée.Alors, on s\u2019est laissé bercer par les valses de Darius Milhaud pour la Madame Bovary d\u2019après Flaubert de Jean Renoir (1934) et par celle de Maurice Jaubert pour Carnet de bal de Julien Duvivier (1937).Assis devant l\u2019orchestre, on lisait sur les visages des musiciens la joie d\u2019attaquer ce nouveau programme.Tiré du film Les misérables adapté en 1934 par Raymond Bernard du roman de Victor Hugo, les notes d\u2019Arthur Honegger sur l\u2019émeute durant les barricades de la Commune, en tourbillon de révolte sonore, renvoyaient aux appels au peuple d\u2019aujourd\u2019hui.Dans La marche triomphale du compositeur Jean Françaix (son nom ne s\u2019invente pas), tirée du film Si Versailles m\u2019était conté\u2026 de Sa- cha Guitry (1954), des variations autour de La Marseillaise faisaient écho au même hymne national entonné en matinée par les gilets jaunes.Et je me suis dit que la France d\u2019en bas n\u2019était pas si loin de celle d\u2019en haut, qu\u2019il suffisait peut- être qu\u2019elles se parlent, comme elles s\u2019y appliquent en débat ces jours-ci.Il est permis de rêver aussi\u2026 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 6 | «ART» Une pièce de Yasmina Reza Mise en scène Marie-France Lambert Avec Benoît Brière, Martin Drainville, Luc Guérin BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertofficiel © Julien Faugère | Design Marc Ouellette | Graphisme folio&garetti Du 29 janvier au 2 mars 2019 ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR ylia vit ce moment terrible de l\u2019existence où elle se sent partout, et en tout, inadéquate.À 12 ans, elle n\u2019est plus une enfant, mais elle n\u2019est pas adolescente pour autant, elle qui ne maîtrise pas encore les rouages et les codes qui régissent Geneviève Dulude-De Celles, de Sorel à la Berlinale Son premier long métrage, le très beau Une colonie, flotte entre enfance et adolescence M | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L E S F L Â N E U RS C\u2019est encore trop rare, une fiction dont le Web est l\u2019habitat naturel.Difficile de faire mieux, et plus fou, que Le Killing, websérie diffusée depuis janvier sur la plateforme Noovo.Les animateurs du camp de jour Saint- Cardinal passent tout l\u2019été à essayer de s\u2019éliminer les uns les autres, à l\u2019aide d\u2019un couteau en plastique ou de sauce piquante, afin de remporter le titre de «Master Killer».Six épisodes plus tard, on ignore encore qui est le public cible de cette série fantaisiste, mais on se sent très, très concernés.Tabasco tueuse Pour son premier passage au Canada, le chorégraphe grec Dimitris Papaioannou frappe fort avec The Great Tamer, pièce pour dix danseurs, moult accessoires et surprises, et qui arrive parfaitement rodée.Cette succession de tableaux vivants jouant sur l\u2019iconographie visuelle autant pop que de l\u2019histoire de l\u2019art se déroule en une débauche d\u2019images scéniques hyper- imaginatives.Mais c\u2019est, en creux, de l\u2019art d\u2019être, de composer et de respirer ensemble, de s\u2019écouter, d\u2019attraper un timing, de magnifier nos ridicules talents particuliers destinés de toute façon à mourir, comme nous, que parle la pièce.Sans affects imposés.Abondance d\u2019imagination Il y a quelque chose de fragile et de beau dans le film de Jennifer Alleyn Impetus, qui vient de prendre l\u2019affiche en salle.Docufiction sur le vide qui étreint après une rupture amoureuse, mais aussi sur le procédé cinématographique lui-même quand le projet est tourné avec les moyens du bord mais porté par une foi artistique, sa poésie sensible s\u2019impose lentement.Entre Montréal et New York, entre les figures en miroir d\u2019Emmanuel Schwartz et de Pascale Bussières, une grâce s\u2019y glisse dans un taxi, devant un lézard méditatif, sur un blues lancinant de John Reissner.La détermination qui anime la Palestinienne Walaa Khaled Fawzy Tanji, à laquelle la cinéaste Christy Garland a attaché sa caméra de ses 15 ans à ses 21 ans, est proprement remarquable.Élevée dans le camp de réfugiés de Balata, Walaa n\u2019a qu\u2019une idée en tête : tenir une arme, et, accessoirement, devenir policière dans les Forces de sécurité palestiniennes.Effrontée, impétueuse et coriace, la jeune rebelle au centre du Rêve de Walaa en est indiscutablement le soleil irradiant.Son histoire d\u2019apprentissage, racontée sans fard, dans une approche intimiste, dégage une énergie folle à capturer pour quelques jours seulement au Cinéma du Parc.Manifeste de la jeune Palestinienne De la fragilité LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY ODILE TREMBLAY CATHERINE LALONDE VALÉRIE DUHAIME La cinéaste Geneviève Dulude-De Celles en compagnie de la vedette de son long métrage, Émilie Bierre.MARIE-FRANCE CO- ALLIER LE DEVOIR cette phase-là.Comme si cela ne suffisait pas, il y a ce déménagement qui la contraint à quitter sa campagne, direction la ville et la grande école.Désemparée, dépaysée, la Mylia.Quoique pleine de ressor ts néanmoins, et portée par une curiosité qui en fait une héroïne cer tes peu loquace, mais observatrice.Elle est au cœur du premier long métrage de fiction de Geneviève Dulude-De Celles.Sélectionné par le Festival de Berlin dans la section Generation, Une colonie met en vedette la jeune Émilie Bierre, qui a bouleversé dans Catimini de Nathalie Saint-Pierre et qu\u2019on verra bientôt dans Les nôtres de Jeanne Leblanc.Le film s\u2019est déjà promené pas mal, entre autres du côté du TIFF et du Festival de cinéma de la ville de Québec, où on a rencontré son auteure, l\u2019automne dernier.«J\u2019avais à la base très envie de raconter le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence, cette période de flottement qui survient entre les deux.» Pour mémoire, Geneviève Dulude- De Celles s\u2019était signalée avec son cour t métrage La coupe, lauréat à Sundance du Grand prix du jury international et qu\u2019on avait pu apprécier au festival Regard, à Saguenay.Ce film évoquait avec force subtilité la relation entre une fillette et son père le temps que la première coupe les cheveux du second.«Une colonie s\u2019inscrit dans la continuité de La coupe.Pour moi, le personnage de Mylia est le prolongement de celui dans La coupe.D\u2019ailleurs, je l\u2019ai appelé Mylia en hommage à la comédienne Milya Corbeil- Gauvreau, qui joue dans La coupe.» Approfondir un sujet Pendant qu\u2019elle écrivait le scénario d\u2019Une colonie, Geneviève Dulude-De Celles tournait un long métrage documentaire, Bienvenue à F.L., qui se déroule dans une école secondaire.Une aventure qui eut une incidence positive sur les thèmes et enjeux abordés dans Une colonie.«Côtoyer ces jeunes m\u2019a nourrie.Et puis j\u2019avais l\u2019impression d\u2019approfondir un sujet dans lequel je baignais, et qui m\u2019était cher, sans me répéter.Car évidemment, c\u2019était une préoccupation.Une colonie, c\u2019est une sorte\u2026 d\u2019aboutissement?Comme la fin d\u2019un cycle.» À l\u2019instar de sa protagoniste, la cinéaste a, on le constate, donc beaucoup obser vé.Pour autant, Geneviève Dulude-De Celles a volontiers puisé dans ses propres expériences pour enrichir sa trame.«Le film n\u2019est pas autobiographique, mais comme Mylia, j\u2019ai moi aussi vécu à la campagne, près de Sorel, puis j\u2019ai déménagé en ville.J\u2019appréhendais ce choc-là, celui du déracinement.Entrer dans une \u201cgrosse\u201d école\u2026 » Expérience marquante Dans le film, Mylia trouve un ami, voire un allié, inattendu en la personne de Jimmy, un Autochtone d\u2019à peu près son âge qui habite dans une réserve toute proche.Entre eux, une complicité silencieuse s\u2019établit, facilitée peut-être par un sentiment commun de marginalité.«J\u2019ai collaboré avec le Wapikoni mobile pendant quatre ans, explique Geneviève Dulude-De Celles.Le principe consiste à envoyer des cinéastes travailler avec de jeunes Autochtones pour tourner avec eux des courts métrages.J\u2019ai fait cinq escales, c\u2019est-à-dire que j\u2019ai séjourné cinq mois dans différentes communautés.Ç\u2019a été marquant pour moi, formateur.J\u2019ai énormément appris sur eux.Et j\u2019ai énormément appris sur moi.Bref, j\u2019ai voulu incarner l\u2019Autre, avec un A majuscule, de cette manière-là.Jimmy a pris forme comme ça, de façon très naturelle.» Et Mylia de découvrir cet Autre et de se découvrir également.Pas autobiographique, Une colonie ?Ce très beau film l\u2019est peut-être plus que son auteure le croit.Côtoyer ces jeunes m\u2019a nourrie.Et puis j\u2019avais l\u2019impression d\u2019approfondir un sujet dans lequel je baignais, et qui m\u2019était cher, sans me répéter.Car évidemment, c\u2019était une préoccupation.Une colonie, c\u2019est une sorte\u2026 d\u2019aboutissement ?Comme la fin d\u2019un cycle.GENEVIÈVE DULUDE-DE CELLES » Une colonie prend l\u2019affiche le 1er février.Une scène du film Une colonie COLONELLE FILMS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 8 | ENTREVUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR ontréal avait sa gueule de bois des lendemains de tempête de neige.Dans ce contexte hivernal, la projection d\u2019Avec un sourire, la révolution ! prenait des allures de fête politique.Car le cinéaste Alexandre Char trand nous transporte dans toute cette agitation identitaire qui a fait de la Catalogne l\u2019enfant terrible de l\u2019Espagne.Ou le plus gros caillou dans son soulier\u2026 Ce n\u2019est pas la première fois que le cinéaste québécois \u2014 qui s\u2019exprime parfaitement en catalan \u2014 braque sa caméra sur les soubresauts de ce coin d\u2019Europe que plusieurs aiment comparer au Québec, par tageant une même soif d\u2019indépendance.Mais ce qui ne cesse de frapper Alexandre Chartrand depuis qu\u2019il s\u2019intéresse à ce combat, c\u2019est la ferveur des Catalans, qu\u2019il n\u2019a pas hésité à comparer à celle, plus tiède, de ses compatriotes.Dans Le peuple interdit (2016), son documentaire précédent, le parallèle en avait froissé certains.Cette seconde célébration d\u2019une population déterminée à prendre en main son destin illustre la montée dramatique qui précède la tenue du référendum du 1er octobre 2017, une consultation décisive à laquelle tenait mordicus Carles Puigdemont, alors président de la Catalogne, et que le président de l\u2019Espagne, à l\u2019époque Mariano Rajoy, va contrecarrer par tous les moyens.Pour les Catalans, pas question de se laisser intimider, une détermination qui suscite l\u2019admiration de celui qui regrette encore un peu d\u2019avoir voté « non » au référendum de 1995 (« J\u2019avais 18 ans, j\u2019ai changé, et au- jourd\u2019hui je fais des films qui vont dans l\u2019autre sens, qui collent à mes aspirations.»).Ce courage devant l\u2019adversité n\u2019a rien d\u2019étonnant pour Alexandre Char trand, lui qui fréquente la Catalogne depuis plusieurs années.« Leur engagement citoyen est fascinant, constate le cinéaste.On dit qu\u2019en présence de deux Catalans, nous sommes déjà face à quatre associations ! Cette participation tentaculaire est née sous la dictature du général Franco ; comme ils ne pouvaient faire de la politique, ils s\u2019impliquaient dans des associations de quartier.Et pratiquaient aussi un militantisme plus underground\u2026 » Tournage difficile Sans qu\u2019il en soit question de manière détaillée, cet héritage est bien visible dans Avec un sourire, la révolution ! et qui ne peut que susciter l\u2019étonnement devant tant d\u2019ingéniosité, et de discrétion, que l\u2019on pourrait croire impossible à l\u2019ère des réseaux sociaux.Comme dans un véritable jeu de cache-cache, les autorités espagnoles ont tout fait pour mettre la main sur les urnes, moyen le plus sûr d\u2019empêcher la tenue du La revanche des urnes Alexandre Chartrand, un Québécois errant au milieu du tumulte référendaire en Catalogne Désireux de filmer le processus référendaire jusqu\u2019à son aboutissement, Alexandre Chartrand et son équipe ont campé au milieu d\u2019un groupe de citoyens dans une des nombreuses écoles de Barcelone destinées à servir de bureau de scrutin.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR référendum.Introuvables\u2026 « J\u2019aurais aimé faire un film là-dessus, se désole Alexandre Chartrand.Dans chaque comté, une personne, dont l\u2019identité était tenue secrète, allait chercher des urnes en France, arrivées de Chine par le por t de Marseille et installées dans un entrepôt près de Perpignan.Ils les cachaient ensuite chez eux jusqu\u2019au moment du scrutin ! » Cette ingéniosité ainsi déployée a cédé sa place à un courage exemplaire le jour du vote, alors que l\u2019armée et la garde civile espagnoles n\u2019ont pas ménagé leurs efforts pour freiner cet élan démocratique.Efforts musclés et brutaux dignes d\u2019un coup d\u2019État, ce qu\u2019avait prédit le célèbre chanteur engagé Lluís Llach, dont la fougue inspirante n\u2019a rien à envier à celle d\u2019un Gilles Vigneault.Désireux de filmer le processus référendaire jusqu\u2019à son aboutissement, Alexandre Chartrand et son équipe ont campé au milieu d\u2019un groupe de citoyens dans une des nombreuses écoles de Barcelone destinées à servir de bureau de scrutin \u2014 et il ne fallait pas en sortir pour éviter que ces lieux leur échappent.Perceptions «Pendant un instant, j\u2019ai été apeuré et paniqué », reconnaît le documentariste, qui souligne que ce fut le tournage le plus difficile de toute sa carrière, ses personnages se révélant méfiants, fuyants et imprévisibles parce que constamment traqués par les autorités espagnoles.«Mais je me suis vite raisonné, surtout en voyant tous ces Catalans solides sur leurs pieds.J\u2019étais là pour filmer, et je n\u2019allais pas perdre la tête à un moment aussi important.» Cette présence sur la ligne de front lui permettra de capter des images saisissantes de brutalité policière, autres moments embarrassants pour le gouvernement de Mariano Rajoy, lui qui parlait de « fureur démocratique » pour défendre l\u2019intégrité du territoire espagnol.Là où Alexandre Chartrand a davantage joué de prudence, c\u2019est sur le plan des perceptions.Visiblement, la notion de documentaire semble soluble dans celle du reportage, c\u2019est du moins notre impression devant sa « mise en garde » épinglée en introduction, précisant qu\u2019il s\u2019agit de son seul et unique point de vue sur les événements.« C\u2019est à cause du Peuple interdit, tient-il à préciser.Dans plein de festivals et d\u2019événements, je me suis fait reprocher d\u2019être toujours du même bord, et pire, d\u2019orienter le regard des spectateurs ! » À la fois un signe du brouillage des genres, ainsi que celui d\u2019une méconnaissance du public à les distinguer, le cinéaste réitère qu\u2019il n\u2019est pas « journaliste ».« Ce n\u2019est pas ma voix que l\u2019on entend, mais c\u2019est moi qui choisis ce que l\u2019on entend.» À savoir la soif de liberté de plus de deux millions d\u2019indépendantistes catalans.Avec un sourire, la révolution ! prendra l\u2019affiche au Québec le vendredi 1er février.Il est aussi disponible en ligne sur Tou.tv.M | 9 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Présenté par QUATUOR DEBUSSY Mercredi 30 janvier 19 h 30 DEBUSSY, RAVEL et TAILLEFERRE Le Quatuor rend hommage à l\u2019élégance et au raf?nement de la musique française ! LES VIOLONS DU ROY Vendredi 1er février 19 h 30 Jonathan Cohen, chef Nicolas Altstaedt, violoncelle C.P.E.BACH Symphonie en mi bémol majeur Concerto pour violoncelle en la majeur HAYDN Concerto pour violoncelle no 1 Symphonie no 47, « Le Palindrome » L\u2019étincelant violoncelliste Nicolas Altstaedt interprète deux des plus beaux concertos jamais écrits pour le violoncelle.sallebourgie.ca Arte Musica présente 18 19 Salle Bourgie LES ONDES DE MARTENOT Jeudi 7 février 19 h 30 Estelle Lemire, ondes Martenot Jean Marchand, piano MESSIAEN, MURAIL , TAKEMITSU et BLOCH Un magni?que récital brossant un panorama du riche répertoire de cet instrument envoûtant.YEFIM BRONFMAN Dimanche 10 février 14 h DEBUSSY, SCHUBERT et SCHUMANN L\u2019un des pianistes les plus admirés de sa génération dans le cadre intimiste de la salle Bourgie.CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR En entrevue, André Forcier se plaît volontiers à dire : « J\u2019ai peut-être pas de manières, mais j \u2019ai une manière.» Vrai, tellement vrai.Sous des dehors bourrus soigneusement entretenus par le principal intéressé, se cache en effet l\u2019âme sensible d\u2019un poète, d\u2019un fantaisiste, d\u2019un esthète au sens noble du terme.Empreints de ces qualités, ses films sont uniques, quelles qu\u2019aient été les contraintes du moment, Forcier ayant plus souvent qu\u2019à son tour dû composer avec des moyens largement en deçà de sa vision et de son talent.Pour autant, dans le documentaire Des histoires inventées qui lui donne la parole, le ton n\u2019est pas à l\u2019apitoiement.Au contraire, c\u2019est un créateur généreux de sa flamme que l\u2019on a devant soi.Réalisé par Jean-Marc E.Roy, cinéaste dont les courts métrages ont été par tout, y compris à Cannes, Des histoires inventées fait honneur à son iconoclaste sujet, et ce, dans sa forme même.En cela qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un documentaire dont la conception est tout sauf classique.Ici, point d\u2019experts invités à se prononcer ni d\u2019anciens collaborateurs venus se souvenir, émus.C\u2019est For- cier, et Forcier seul, que le documentariste désire entendre parler de son cinéma, du comment et du pourquoi.Il en résulte, en quelque sorte, une leçon de maître, exercice riche de réminiscences et de confidences.Défilé fabuleux André Forcier revisite ainsi ses longs métrages, leurs genèses respectives notamment, sans ordre précis sinon celui que commande la teneur d\u2019un propos générant ses propres enchaînements.C\u2019est d\u2019ailleurs là que le documentaire de Jean-Marc E.Roy se distingue.Car tandis que Forcier commente sa filmographie, des pans de celle-ci revivent autour de lui, tantôt recréés avec moult détails, tantôt davantage évoqués.Kalamazoo, Le vent du Wyoming, Coteau rouge, L\u2019eau chaude, l\u2019eau frette, Je me souviens, Bar salon, Embrasse-moi comme tu m\u2019aimes , La comtesse de Bâton Rouge, Les États-Unis d\u2019Albert, Une histoire inventée, qui a inspiré son titre au documentaire\u2026 Le plus beau, et il fallait y penser tant c\u2019est brillant, réside dans ce que les interprètes desdits films, ces muses hommes et femmes, viennent pour l\u2019occasion (ré)incarner leurs rôles d\u2019antan.Défilent les Robin Aubert, Michel Barrette, Sandrine Bisson, Céline Bonnier, David Boutin, Geneviève Brouillette, France Castel, Michel Côté, Roy Dupuis, Rémi Girard, Juliette Gosselin, Louise Marleau, Marc Messier, Donald Pilon, Émile Schneider, Marie Tifo, l\u2019allure d\u2019à présent, mais tels qu\u2019autrefois\u2026 C\u2019est drôle ou touchant, selon le cas, souvent les deux.Ces personnages, et combien d\u2019autres restés sur la page, Forcier raconte les avoir pour la plupart rêvés, et que ceux-ci sont au plus profond d\u2019eux-mêmes des rêveurs.Il les appelle «ses fantômes».Hommage passionnant Au-delà des reconstitutions volontiers bricolées et tournées à la fortune du pot, là encore en un écho à certains des films les plus singuliers d\u2019André Forcier, la matière est dense.On apprend beaucoup, tant sur ce qui anime l\u2019auteur que sur son processus créatif proprement dit.Forcier révèle par exemple, au détour d\u2019une anecdote, que les idées les plus heureuses se manifestent parfois bien inopinément.On pense au merveilleux Au clair de la lune, ou les péripéties nocturnes d\u2019un homme-sandwich arthritique et d\u2019un albinos tout de fourrure vêtu : à la base, le cinéaste voulait mettre en scène des personnages noctambules, sans plus.Et son coscénariste Jacques Marcotte de lui faire remarquer que les albinos sont hypersensibles à la lumière.« Les personnages sont nés d\u2019un petit flash.Moi, j\u2019essaie pas de partir de grands thèmes.D\u2019ailleurs, un grand thème, c\u2019est toujours intellectuel en soi.Avoir des idées pis un contenu intellectuel, c\u2019est par fait, mais on fait pas passer des émotions par les idées.» À maints égards, les étudiants en cinéma gagneraient à voir Des histoires inventées.Hommage passionnant à un grand, le documentaire de Jean-Marc E.Roy est en outre assuré de plaire à tout cinéphile épris d\u2019originalité.Quoi qu\u2019il en soit, au terme de cette procession des « fantômes » des films passés, on se dit que rarement hantise aura été si plaisante.Les fantômes des films passés André Forcier commente sa filmographie, alors que des pans de celle-ci revivent autour de lui dans Des histoires inventées Le documentaire donne la parole au cinéaste, et le ton n\u2019est pas à l\u2019apitoiement.Au contraire, c\u2019est un créateur généreux de sa flamme que l\u2019on a devant soi.SPIRA Des histoires inventées ?Documentaire de Jean-Marc E.Roy.Québec, 2018, 71 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR La grande noirceur débute avant que l\u2019on puisse voir quoi que ce soit : cohérence appréciable compte tenu du titre.Ainsi l\u2019écran est-il encore opaque lorsque s\u2019élève une voix sourde, celle d\u2019un homme.Il murmure, psalmodie presque.Et son visage d\u2019apparaître dans la flamme d\u2019un briquet tandis que l\u2019on reconnaît les mots repris telle une incantation.Ce ne sont en l\u2019occurrence pas les siens, mais ceux énoncés par Charlie Chaplin dans Le dictateur au sujet de la nécessité de répandre le bonheur et non le malheur.Mais alors, pourquoi l\u2019homme fait-il une tête d\u2019enterrement?Tiens, le voici qui se grime le sillon nasal de cirage à chaussures, Charlot du pauvre.Il l\u2019ignore pour l\u2019instant, mais il est à l\u2019aube d\u2019une épopée qui donnera auxdits propos une dimension des plus ironiques.E n a p p a r e n c e t o u t e s i m p l e , puisque consistant en un gros plan du visage de l\u2019acteur Mar tin Du- breuil, cette séquence d\u2019ouverture est pour le compte brillante.En cela que le réalisateur et coscénariste Maxime Giroux (Félix et Meira) y démontre une adéquation parfaite entre la forme, c\u2019est-à-dire ces ténèbres ambiantes, et le fond, soit la reprise par le protagoniste, sans conviction aucune, d\u2019espoirs formulés par un autre.Philippe, c\u2019est son prénom, est le héros malmené de La grande noirceur.Sans le sou, mais préférant l\u2019errance et la pauvreté à l\u2019armée, il fuit dans l\u2019Ouest américain à peine le film commencé.S\u2019ensuit une série de mésaventures allant du vol à la séquestration, et pire.Un voyage au bout de l\u2019enfer, en somme, pour qui croyait le fuir.On serait tenté d\u2019écrire « littéralement » compte tenu de cette rencontre ultime, en plein désert, entre Philippe et le Diable.À moins que « métaphoriquement » convienne mieux, l\u2019inconnu en complet clair n\u2019étant peut-être après tout que ce qu\u2019il prétend être : un vendeur itinérant.Pour le compte, Maxime Giroux laisse au spectateur beaucoup de latitude quant au décryptage des codes et symboles qu\u2019il a assemblés.À la lisière du fantastique L\u2019époque indéterminée, un passé composé aux repères volontairement flous campent d\u2019of fice l\u2019action en contrées où le surréalisme couve sous l\u2019apparente familiarité.On est à la lisière du fantastique.Jumelé à un habillage sonore entêtant, le récit mi- nimaliste favorise un état de transe.Une atmosphère singulière, donc, que Maxime Giroux forge au moyen de plusieurs éléments esthétiques et narratifs.On songe notamment aux interactions entre Philippe et les divers personnages qu\u2019il croisera durant son périple : là où Martin Du- breuil joue d\u2019intériorité, exsudant une touchante vulnérabilité, les Reda Kateb, Romain Duris, et surtout Sarah Gadon, ses persécuteurs et bourreaux successifs, y vont d\u2019une stylisation contrastée, avec pour résultat de renforcer l\u2019absurdité implacable du cauchemar en cours.La facture même du film contribue à cette distanciation par rapport au réel qui s\u2019installe, puis s\u2019accroît, au gré des pérégrinations de Philippe.Car La grande noirceur est d\u2019une beauté, à défaut d\u2019une meilleure formule, qui n\u2019est pas de ce monde.Ce, en dépit du fait que le film y eût bel et bien été tourné.Écrin séduisant Ici, Maxime Giroux et la directrice photo Sara Mishara transcendent les limites d\u2019un budget malingre et composent un éblouissant album en mouvement où chaque plan se révèle plus envoûtant que le précédent.Une facture qui a sa raison d\u2019être, faut-il le préciser.De fait, il ne s\u2019agit point là d\u2019une surface creuse, tape-à- l\u2019œil, mais plutôt d\u2019un écrin tellement séduisant qu\u2019on est saisi par la laideur humaine qui grouille en son sein : celle à laquelle Philippe est confronté.C\u2019est ef frayant, quoique drôle néanmoins, parfois.Enfin, si l\u2019on veut.Car le ton de La grande noirceur est dif ficile à cerner.Or, c\u2019est dans ce cas précis une qualité, l\u2019ambi- guï té en quest ion s \u2019avérant en phase avec l\u2019étrangeté tant de l\u2019histoire que de la manière dont celle-ci est racontée.La plus belle des vertus du film, toutefois, est de tenir jusqu\u2019à la fin l\u2019ironie de sa prémisse.Comment?En faisant naître du malheur du protagoniste un intense bonheur cinéphile.La grande noirceur ?Drame de Maxime Giroux.Avec Martin Dubreuil, Reda Cateb, Sarah Gadon, Romain Duris.Québec, 2018, 95 minutes.La splendeur de l\u2019errance Maxime Giroux signe une œuvre d\u2019une beauté furieuse, fantastique, fiévreuse La grande noirceur est d\u2019une beauté, à défaut d\u2019une meilleure formule, qui n\u2019est pas de ce monde.Et il ne s\u2019agit point là d\u2019une surface creuse, tape-à- l\u2019œil, mais plutôt d\u2019un écrin tellement séduisant qu\u2019on est saisi par la laideur humaine qui grouille en son sein : celle à laquelle Philippe (Martin Dubreuil) est confronté.FUN FILMS | 1 1 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Immobile, l\u2019œil bleu et fixe, elle a l\u2019air d\u2019un spectre, son visage blanc dans la lumière crue du matin.Un spectre, oui, enfin\u2026 pour peu qu\u2019un fantôme puisse avoir la gueule de bois.Assise derrière le volant de sa voiture, la voici qui se risque au-dehors, titubante.Cette femme élancée mais fourbue, c\u2019est la détective Erin Bell, et non loin de là gît le cadavre d\u2019un homme.D\u2019emblée, Erin ne s\u2019attarde guère aux blessures de la victime qui repose face contre terre.Ce qui attire son attention, c\u2019est ce tatouage qu\u2019arbore le mort sur sa nuque, et ce billet de banque taché d\u2019encre mauve.Des indices qui suscitent une réaction viscérale chez la détective.Phénomène dont le spectateur, rivé au regard de la femme qui occupe tout l\u2019écran, est le seul témoin.Ce très gros plan de Nicole Kid- man n\u2019est que l\u2019un des nombreux à rester en mémoire après la projection de Destroyer.Survenant dans les premières minutes du film, il donne à voir, en surface, ce qui a d\u2019ores et déjà beaucoup fait jaser, à savoir l\u2019apparence supposément « enlaidie » de la magnifique comédienne.En fait, cette dernière accepte surtout d\u2019être filmée sans filtres ni fards.De laisser voir, à 51 ans, les ridules qui sillonnent ses joues et les pattes d\u2019oies qui creusent le contour de ses paupières.Si l\u2019on tique sur l\u2019angle retenu dans les médias, c\u2019est parce que ce parti pris tient davantage du politique que de l\u2019esthétique.En cela qu\u2019à Hollywood, si un homme peut apparaître à son désavantage et qui plus est faire son âge devant la caméra sans que l\u2019on en fasse trop de cas, il en va autrement pour une femme, soumise à d\u2019autres diktats.À plus forte raison lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une star de la magnitude de Nicole Kidman.Passionnant sous-texte En se dévoilant de la sorte, hormis le fait qu\u2019elle fait acte de réalisme par rapport à son personnage, Kidman adresse un doigt d\u2019honneur senti à quiconque songerait à se formaliser de ses choix.Car elle ne renie pas pour autant sa part glamour, des retours en arrière la montrant telle qu\u2019on est habitués de la voir.Elle est tout cela, semble-t-elle dire par-delà la fiction, et ça ne regarde qu\u2019elle.C\u2019est féministe, c\u2019est politique.Cette idée d\u2019af firmation de soi constitue en l\u2019occurrence l\u2019un des thèmes principaux du film.Lequel, pour les raisons mentionnées, n\u2019aurait pas eu la même résonance avec une autre actrice.En ef fet, en plus d\u2019une occasion alors qu\u2019Erin mène une enquête qui la force à remonter le fil d\u2019un passé trouble, collègues des forces de l\u2019ordre et accointances criminelles \u2014 des hommes, tous \u2014 émettent des commentaires désobligeants sur son allure délabrée.Un ex-détenu lui rappelle sa beauté de jadis.Loin d\u2019être anecdotiques, ces remarques glissées çà et là s\u2019ajoutent à un ensemble, à un contexte mâle (le partenaire, l\u2019ex, les supérieurs hiérarchiques en voix désincarnées mais impérieuses, ce riche avocat véreux, etc.) dans lequel Erin évolue sans chercher à plaire et, c\u2019est là un autre enjeu majeur, sans respecter des règles édictées pour favoriser ces messieurs entre eux (grief qu\u2019elle verbalise).Tout cela, bien sûr, c\u2019est le sous-texte.Et il est passionnant.Narration visuelle Or, Destroyer ne tombe jamais dans le piège de la démonstration, l\u2019intrigue proprement dite s\u2019avérant tout aussi prenante.Dans la mire d\u2019Erin : un truand qui vient de ressurgir après 17 ans de silence, rouvrant d\u2019anciennes plaies : cette opération d\u2019infiltration du temps qu\u2019elle était au service du FBI, ce hold-up tragique\u2026 Le scénario de Phil Hay et Matt Manfredi, collaborateurs de Karyn Kusama sur L\u2019invitation (The Invitation), excellent suspense à combustion lente, est diaboliquement constr uit.S\u2019y déploie un jeu de pistes campé en deux époques que la cinéaste alterne de manière organique, privilégiant une narration très visuelle.Kusama, on lui en sait gré, table sur l\u2019intelligence d\u2019un public qu\u2019elle juge à l\u2019évidence capable de décoder, intuitivement, ce qu\u2019elle lui montre.D\u2019ailleurs, elle dirige les acteurs afin que ceux-ci communiquent le plus possible en parlant le moins possible.La distribution épate, mais c\u2019est le show de Nicole Kidman (son absence aux Oscar est une aberration).Dotée d\u2019un talent immense, la vedette des films Les heures (The Hours) et Por trait de femme (Portrait of a Lady, à redécouvrir impérativement) trouve le moyen de se surpasser, composant une Erin toute de fureur intériorisée.Ce dont la protagoniste s\u2019ouvrira à sa fille, adolescente s\u2019étant acoquinée à un vingtenaire, pédophile ordinaire, et un autre exemple de toxicité acceptée ayant l\u2019heur de mettre Erin hors d\u2019elle.À cette enfant avec qui elle n\u2019arrive pas à communiquer, elle se confiera ainsi une seule fois, évoquant cette «rage» qu\u2019elle ressentait autrefois et qu\u2019elle ressent toujours à présent : vouloir sans pouvoir, regretter mais avancer, et espérer mieux pour sa fille.La confession d\u2019Erin est terrible et magnifique et bouleversante.« Le monologue », second des trois récits dans La femme rompue, de Simone de Beauvoir, vient soudainement en tête, avec son flot ininterrompu d\u2019une colère légitime trop longtemps contenue\u2026 Fi des standards À cet égard, outre l\u2019apparence de Nicole Kidman, on a également relevé un peu partout que son personnage n\u2019est pas « attachant ».Là encore, ce qui est banal au masculin ne l\u2019est pas au féminin : une héroïne de film antipathique, pensez-vous ! Erin Bell n\u2019est en la matière certes pas la première, mais elle fait néanmoins partie d\u2019une minorité.Seulement voilà, quoi qu\u2019on eût écrit, après avoir passé deux heures dans la vie de cette femme-là, on objectera à qui voudra qu\u2019elle est, au contraire, profondément sympathique.Mais peut-être pas selon les standards établis.Lire : masculins.Et c\u2019est aussi cela, le sujet de ce brillant, brillant film.La femme rompue Nicole Kidman et la cinéaste Karyn Kusama épatent avec Destroyer, un policier au riche sous-texte féministe La distribution épate, mais c\u2019est le show de Nicole Kidman.ENTRACT FILMS Destroyer (V.O.) ?1/2 Policier de Karyn Kusama.Avec Nicole Kidman, Sebastian Stan, Toby Kebbell, Jade Pettyjohn, Tatiana Maslany, Bradley Whitford.États-Unis, 2018, 123 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 1 2 | Les nouveautés sont en rose Roma ?Chef-d\u2019œuvre d\u2019Alfonso Cuarón (cinéaste de Gravity) que ce retour à son enfance au début des années 1970, en banlieue cossue de Mexico.À travers l\u2019admirable portrait de Cleo (Yalitza Aparicio), servante et ange d\u2019une famille en éclatement, c\u2019est l\u2019âme du Mexique qui vibre et respire dans ce film contemplatif et immersif.Les images en noir et blanc sublimes, les cadrages artistiques, somptueusement filmés, sans musique, et une caméra 65mm qui embrasse à la fois les détails intimes et la violence du pays, la sensibilité et la force du film en font une œuvre d\u2019anthologie.Odile Tremblay Une affaire de famille (V.O., s.-t.f.) ?Lauréat de la Palme d\u2019or, Une affaire de famille marque un nouveau sommet pour l\u2019auteur des déjà exceptionnels Nobody Knows et Still Walking, Hiro- kazu Kore-eda.On y suit le quotidien ardu de la famille Shibata, qui joint les deux bouts en recourant à divers larcins et dont l\u2019équilibre précaire est compromis lorsque le père et la mère recueillent une fillette abandonnée dans le froid.Kore-eda, malgré une empathie évidente envers ses personnages, ne minimise jamais l\u2019ampleur des dilemmes moraux en présence, non plus qu\u2019il ne se montre complaisant par rapport aux failles du couple, qui n\u2019en est dès lors que plus poignant, que plus humain.Porté par une poésie visuelle sur laquelle l\u2019adversité n\u2019a aucune prise, c\u2019est là un film qui reste.On l\u2019emporte avec soi, en pensées, y revenant inopinément\u2026 On sent des larmes monter alors que défilent en boucle des scènes si justes qu\u2019elles semblent avoir été arrachées au réel.François Lévesque Mais peut-être pas selon les standards établis.Lire: masculins.Et c\u2019est aussi ça, le sujet de ce film brillant.François Lévesque Si Beale Street pouvait parler (V.F.de If Beale Street Could Talk) ?Cette touchante et poétique histoire d\u2019amour de Barry Jenkins, adaptée du roman de James Baldwin, éclaire dans un milieu afro-américain des années 1970 le New York de la discrimination raciale brisant ici la vie d\u2019un tendre, beau et jeune couple de Harlem (Kiki Layne et Stephan James).Les images somptueuses, la musique inspirée, le montage complexe, l\u2019intimité érotique de plusieurs scènes et le naturel des acteurs éblouissent, mais le côté esthétisant empêche le film de cogner aussi fort que l\u2019oscarisé Moonlight du même cinéaste.Odile Tremblay Malek ?1/2 Après avoir attenté à ses jours, Malek est contraint de voir une psychiatre qui entend l\u2019aider à affronter son passé au Liban.En proie à des hallucinations, il hésite, car ce serait peut-être là un sort pire que la mort.Puis, voilà que Malek s\u2019éprend de la belle Shohereh, elle- même prisonnière d\u2019un drame en suspens, auquel il sera bientôt mêlé.Dans cette adaptation du roman Le cafard, de Rawi Hage, Guy Édoin opte pour une économie visuelle redoutable et une approche subtile de l\u2019étrangeté.Ainsi, en dépit du fait que certaines circonvolutions narratives échouent à convaincre, la mise en scène, elle, a l\u2019heur de garder l\u2019œil captif alors qu\u2019alternent temporalités et niveaux de conscience.Tewfik Jallab est très crédible dans le rôle-titre, tandis que Karine Vanasse étonne et fascine dans une partition dédoublée.Saisissant, mais d\u2019une cohérence parfaite quant à l\u2019arc du protagoniste, le dénouement est assuré de faire jaser.François Lévesque Impetus ?1/2 Dans ses précédents documentaires, dont L\u2019atelier de mon père, Jennifer Al- leyn explorait les mécanismes de la création.Or, après s\u2019être penchée sur les démarches d\u2019autres artistes, voici que la cinéaste met la sienne à nu.Cela, alors qu\u2019elle vit une profonde remise en question.D\u2019où le titre Impetus, qui signifie « force d\u2019impulsion», «élan».Car c\u2019est dans l\u2019expectative de cet état que se trouvent les personnes réelles et imaginaires qui se côtoient dans un film unique où Jennifer Alleyn, en une forme de décons- tructivisme cinématographique, désigne les artifices du cinéma pour mieux leur renouveler son amour.Ici, la cinéaste ouvre ni plus ni moins son intimité d\u2019artiste, avec toute la vulnérabilité que cela suppose.Pour le compte, ce à quoi on assiste dans cet enchevêtrement audacieux de documentaire et de fiction n\u2019est pas tant l\u2019émergence d\u2019un second souffle qu\u2019une renaissance.C\u2019est dire qu\u2019outre qu\u2019il intrigue, stimule et fascine, Impetus émeut.François Lévesque Des histoires inventées ?Réalisé par Jean-Marc E.Roy, Des histoires inventées fait honneur à son iconoclaste sujet.En cela que la forme de ce documentaire consacré à André Forcier est tout sauf classique.Forcier qui, généreux de sa flamme, revisite ses films sans ordre précis sinon celui que commande la teneur d\u2019un propos générant ses propres enchaînements.Tandis que le cinéaste commente sa filmographie, des pans de celle-ci revivent autour de lui.Le plus beau, et il fallait y penser tant c\u2019est brillant, réside dans ce que les interprètes des- dits films viennent pour l\u2019occasion (ré)incarner leurs rôles d\u2019antan, l\u2019allure d\u2019à présent, mais tels qu\u2019autrefois.Ces personnages, Forcier les appelle ses fantômes.Justement, au terme de cette procession des fantômes des films passés, on se dit que rarement hantise aura été si plaisante.Que voilà un hommage passionnant à un grand.François Lévesque Un peuple et son roi ?La Révolution française fut l\u2019affaire de la France à la fin du XVIIIe siècle, mais l\u2019onde de choc a été ressentie partout à travers le monde, et on s\u2019en réclame encore aujourd\u2019hui.Pierre Schoeller (Versailles, L\u2019exercice de l\u2019État) a fait œuvre utile en revisitant les principaux moments charnières entre la prise de la Bastille en 1789 et l\u2019exécution du roi Louis XVI en 1793, mais en optant pour le point de vue du petit peuple de Paris.Ceci n\u2019exclut pas les grandes figures révolutionnaires ou réactionnaires de cette époque, s\u2019attardant (trop longuement) sur leurs discours à la jeune et tumultueuse Assemblée nationale.C\u2019est davantage dans ses descriptions minutieuses du quotidien harassant des gens des faubourgs de la capitale qu\u2019il apparaît le plus juste, et le plus émouvant, moins empêtré dans la pédagogie.Même celle au ton le plus révolutionnaire.André Lavoie La guerre froide (V.O., s.-t.f.) ?1/2 Wiktor aime Zula.Zula aime Wiktor.Hélas, lorsqu\u2019ils sont ensemble, les amants ne s\u2019endurent pas.Des deux côtés du Rideau de fer, le film de Pawel Pawlikowski, Prix de la mise en scène à Cannes, conte l\u2019amour impossible entre ce musicien ténébreux et cette chanteuse passionnée.Il passe à l\u2019Ouest, elle choisit de rester derrière.S\u2019ensuit la première de plusieurs séparations, la suivante toujours plus tragique que la précédente (une certaine surenchère dramatique, il y a).Des tourments filmés en noir et blanc, comme Ida, du même Pawlikowski.Exquise, la direction photo met en valeur le sens de la composition du cinéaste, qui aligne des plans tous plus magnifiques les uns que les autres.Malgré les risques bien réels, la facture n\u2019est jamais ampoulée, car empreinte d\u2019une nostalgie élégiaque qui prend à l\u2019âme autant qu\u2019aux tripes.François Lévesque Destroyer (V.O.) ?1/2 Afin de régler ses comptes avec un truand qui refait surface après des années de silence, la détective Erin Bell remonte le fil d\u2019un passé trouble.Filmée sans fard ni filtre, Nicole Kidman, hormis le fait qu\u2019elle fait acte de réalisme dramatique, paraît ici adresser un doigt d\u2019honneur à quiconque songerait à se formaliser de ses choix.Car elle ne renie pas pour autant sa part glamour, des retours en arrière la montrant comme on est habitués de la voir.Elle est tout cela, semble-t-elle dire par- delà la fiction, et ça ne regarde qu\u2019elle.Cette affirmation de soi est en l\u2019occurrence l\u2019un des thèmes principaux du film de Karyn Kusama, dont le sous- texte s\u2019avère aussi passionnant que l\u2019intrigue.Outre l\u2019apparence de la star, on a volontiers relevé qu\u2019elle joue une héroïne «antipathique».Là encore, ce qui est banal avec un acteur a toujours l\u2019heur d\u2019étonner avec une actrice.Or, à l\u2019issue de ces deux heures dans la vie d\u2019Erin, on objectera qu\u2019elle est, au contraire, profondément sympathique.Hale County this Morning, this Evening ?1/2 Avant d\u2019être photographe, RaMell Ross était professeur de\u2026 basketball.Cette passion prend beaucoup de place dans son premier documentaire, une symphonie visuelle débridée sur une ville qu\u2019il connaît bien, Hale County en Alabama, là où il a enseigné pendant quelques années.La complicité est évidente avec ses personnages, des gens qui oublient sa caméra \u2014 au point même de s\u2019en foutre complètement.Portrait intimiste, poétique et sinueux de la réalité afro-américaine captant par bribes, en accéléré ou sous des angles incongrus un milieu accablé par la chaleur, mais aussi la misère.Jamais fataliste, le cinéaste se plaît à observer des jeunes en action, dont un particulièrement athlétique, croyant trouver son salut grâce à un ballon.L\u2019Amérique dans toute sa simplicité, ici jamais tonitruante.André Lavoie La grande noirceur ?Après avoir fui la conscription, un Québécois errant, imitateur de Chaplin de son métier, vit des pérégrinations calamiteuses dans l\u2019Ouest américain.Le passé indéterminé campe d\u2019office l\u2019action en contrées où le surréalisme couve sous l\u2019apparente familiarité.On est à la lisière du fantastique.Jumelé à un habillage sonore entêtant, le récit minimaliste favorise un état de transe.Transcendant un budget malingre, le cinéaste Maxime Giroux crée un éblouissant album en mouvement où chaque plan se révèle plus envoûtant que le précédent.Une facture exquise tenant lieu d\u2019écrin tellement séduisant qu\u2019on est saisi, effet de contraste, par la laideur humaine qui grouille en son sein: celle à laquelle est confronté le héros (un Martin Dubreuil touchant d\u2019intériorité).C\u2019est effrayant, drôle parfois, unique en somme, et à voir sur grand écran.François Lévesque Destroyer, drame policier de Karyn Kusama avec Nicole Kidman ENTRACT FILMS C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 t h e a t r e l a l i c o r n e .c o m p r o d u c t i o n TEXTE Jean Marc Dalpé MISE EN SCÈNE Fernand Rainville AVEC David Boutin Marie-Thérèse Fortin Alice Pascual Dominique Quesnel Hamidou Savadogo DU 15 JANVIER AU 23 FÉVRIER CONCEPTION Jean Gaudreau, Larsen Lupin, André Rioux, Patricia Ruel et Mireille Vachon « Dans la peau des sœurs rivales, Dominique Qu esnel et Marie- Thérèse Fortin brillent dans cette nouvelle pièce d e Jean Marc Dalpé, qui pose un regard franc sur la transmissio n, l\u2019identité et le pouvoir destructeur du testament.» - Journa l Métro « On a droit à un immense duel de titans (\u2026).Ça vaut la peine d\u2019aller voir ça.» - Le 15-18, ICI Radio-Canada Pr emière AUSSI - Adam Kinner - Une exposition jeunesse - Une exposition de groupe d\u2019artistes autochtones contemporains Cet hiver, voyez la beauté JAMES WILSON MORRICE.UNE COLLECTION OFFERTE PAR A.K.PRAKASH À LA NATION Au Musée d\u2019art de Joliette du 2 février au 5 mai 2019 museejoliette.org Une exposition organisée par : Réalisée grâce au généreux soutien de : Vernissage Samedi 2 février à 14 h Gratuit et ouvert à tous Navette aller-retour Montréal-Joliette disponible Mary Queen of Scots ?Porté par les impressionnants sites naturels d\u2019Écosse et par de magnifiques costumes, Mary Queen of Scots est un film d\u2019époque qui charme par ses images.Mais le retour au XVIe siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke n\u2019est pas qu\u2019épatant.Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart, reine d\u2019Écosse, rentre d\u2019exil.Elle affrontera non seulement sa rivale d\u2019Angleterre, la reine Élisabeth 1re, mais sa propre cour aussi.Saoirse Ronan (Lady Bird) et Margot Robbie (I, Tonya) incarnent les deux reines avec beaucoup d\u2019aplomb.Derrière le portrait d\u2019un personnage historique, le film pointe des enjeux toujours actuels, de la place au pouvoir des femmes à des questions géopolitiques telles que l\u2019indépendance de l\u2019Écosse ou les rapports avec l\u2019Europe.Jérôme Delgado La course des tuques ?C\u2019est une suite, mais c\u2019est surtout une variation sur le même thème.La course des tuques remplace une bataille de boules de neige par une course de luges, mais au final, c\u2019est encore une fois la camaraderie qui triomphe au son de chansons résolument accrocheuses.Car la transposition soigneusement animée de ce petit monde archiconnu de toute une génération, celle des premiers Contes pour tous des années 1980, affiche une efficacité renouvelée et exploite jusqu\u2019à l\u2019excès le potentiel énergique des acrobaties hivernales.Pour le reste, on retrouve la même galerie de personnages, avec de nouveaux venus qui tiennent le haut pavé et sèment, évidemment, la zizanie.Ils devront affronter l\u2019ingéniosité bricoleuse de François les Lunettes, pourvu de la voix d\u2019Hélène Bourgeois-Leclerc qui en fait des tonnes, et avec fierté.André Lavoie Une femme d\u2019exception (V.F.de On the Basis of Sex) ?La fiction historique de Mimi Leder a le malheur d\u2019arriver sur les écrans six mois après le documentaire biographique RBG.Les deux visent à faire connaître la contribution majeure à la justice de Ruth Bader Ginsburg.On the Basis of Sex a cependant le bonheur de se pencher sur les débuts de celle qui deviendra juge à la Cour suprême.Si le premier donne une vue de l\u2019ensemble de l\u2019œuvre, le second s\u2019attarde à un détail.Mais quel détail ! Ruth Bader Ginsburg se sera battue contre des moulins dans son souhait de revoir des lois basées sur la discrimination du sexe.Et elle gagne son premier combat.Certes, le portrait est romancé, mais les textes, savoureux, et la réalisation, hautement dramatique, nous tiennent en haleine jusqu\u2019à la fin.Jérôme Delgado Un homme pressé ?1/2 Fabrice Luchini dans un film où on lui couperait le sifflet?La chose est devenue réalité grâce à Hervé Mimran (Tout ce qui brille, Nous York), s\u2019inspirant du roman autobiographique de l\u2019homme d\u2019affaires Christian Streiff, lui qui vivait à vive allure avant d\u2019être freiné par un AVC.C\u2019est moins le récit d\u2019un chemin de croix que celui d\u2019une renaissance, celle d\u2019un être que l\u2019on croyait sans cœur, mais fin causeur! S\u2019exprimer avec peine, mélanger les mots (souvent grivois), ralentir, c\u2019était ce qui pouvait lui arriver de mieux, ainsi qu\u2019à son entourage, soumis à ses caprices.Rien de nouveau ou de singulier dans ce cinéma de la rédemption, qui ne craint pas d\u2019embrasser quelques clichés, dont l\u2019incontournable virée sur le chemin de Compostelle, mais qui sait aussi jongler avec les subtilités parfois laborieuses du langage.André Lavoie Verre (V.F.de Glass) ?1/2 Chaque nouveau film de M.Night Shyamalan nous rappelle ce qu\u2019il a représenté il y a près de 20 ans, et surtout ce qu\u2019il n\u2019est plus.Même s\u2019il s\u2019acharne encore à nous duper avec ses finales tarabiscotées, un émerveillement à la The Sixth Sense semble aujourd\u2019hui impossible.Après l\u2019étonnant Unbreakable (2000), que personne ne voyait comme le premier chapitre d\u2019une trilogie, il l\u2019a conclu de manière précipitée, d\u2019abord avec Split en 2016, et maintenant Glass, au potentiel commercial très fragile.Il réunit dans les corridors blafards d\u2019un hôpital psychiatrique les trois super- héros tourmentés des films précédents, face à une psychiatre aux allures d\u2019automate cherchant à les convaincre qu\u2019ils sont humains, très humains.Mis à part James McAvoy qui renoue avec son personnage aux identités multiples, prétexte à toutes les cabrioles, Bruce Willis et Samuel L.Jackson semblent s\u2019ennuyer ferme.Ils ne seront pas les seuls.André Lavoie Lola et ses frères ?L\u2019acteur Jean-Paul Rouve se révèle parfois cabotin et tapageur, mais le cinéaste, qui ne dédaigne pas l\u2019humour, se plaît aussi à embrasser une certaine gravité.Les deux tons se chevauchent dans son nouveau film, de nouveau scénarisé avec la complicité de l\u2019écrivain David Foenkinos après Les souvenirs.Encore une fois, une histoire de famille, et de fraternité parfois douloureuse, entre une jeune avocate, un opticien et un expert en démolition.Leur complicité semble (à peu près) parfaite au cimetière devant la tombe de leurs parents, mais les rivalités, les secrets et les mauvaises manies refont vite surface.À la faveur d\u2019intrigues sentimentales et de déboires professionnels, ce clan pourrait bien se rapprocher, ou éclater.Rouve ne lésine pas sur les bonnes répliques, les quiproquos amusants, mais ne craint pas non plus la lourdeur des symboles.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e T h é ât r e 14 | FANNY ET ALEXANDRE DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 THÉÂTRE DENISE-PELLETIER DE INGMAR BERGMAN TRADUCTION LUCIE ALBERTINI CARL GUSTAV BJURSTRÖM MISE EN SCÈNE ET ADAPTATION FÉLIX-ANTOINE BOUTIN SOPHIE CADIEUX 31 JANVIER AU 23 FÉVRIER 2019 AVEC LUC BOURGEOIS, ROSALIE DAOUST, ANNETTE GARANT, ARIEL IFERGAN, RENAUD LACELLE-BOURDON, STEVE LAPLANTE, PATRICIA LARIVIÈRE, ÈVE PRESSAULT, GABRIEL SZABO PRODUCTION THÉÂTRE DENISE-PELLETIER ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR « Rencontre ».Lorsque notre photographe demande aux quatre femmes inter viewées pour la création Aa- laapi quel mot les réunit, la réponse fuse vite.Ce projet hors normes consacre en ef fet une rencontre à plusieurs niveaux : entre des gens du Nord et du Sud, mais aussi entre le théâtre et la radio.Au dépar t, il y a eu le désir de l\u2019ar tiste de théâtre Laurence Dau- phinais (Siri) et de la femme de radio Marie-Laurence Rancour t de travailler ensemble à un projet bicéphale sur le Nord qui comporterait un documentaire radiophonique et un spectacle rendant « hommage à la radio sur scène ».Un média très impor tant dans les communautés nordiques.« Cœur de la communication du village », la radio, très écoutée, joue un rôle social et utilitaire primordial.Elle ser t autant à transmettre des messages très personnels que des informations publiques.Elle témoigne aussi d\u2019une «approche citoyenne très intéressante », selon Laurence Dau- phinais.« Et d\u2019un point de vue politique, elle a été un outil d\u2019af franchissement culturel majeur.Radio- Canada a été la première radio présente.Mais les communautés ont vite décidé de s\u2019en af franchir pour avoir leurs propres nouvelles.Il y a un réseau, TNI radio.» Le documentaire a donc tendu le micro, durant huit mois, à cinq jeunes femmes du Nunavik, choisies parmi les nombreux Inuits qui étudient au collège Montmorency \u2014 un programme «chapeauté » par la commission scolaire de Kativik.Il offre « une image désensationnalisée » du Nord, en mettant l\u2019accent sur des portraits intimes.« La ligne directrice du documentaire, c\u2019est qu\u2019il retrace des éléments du quotidien, presque de la banalité », explique Marie-Laurence Rancourt.C\u2019est justement cette possibilité de parler «de tout et de rien», de ses intérêts (comme le yoga !), qui a séduit Mélodie Duplessis, l\u2019une des participantes.« Pas obligé de parler tout le temps de la culture, et de la violence, et des problèmes d\u2019alcool\u2026 C\u2019est le fun de montrer au public qu\u2019on peut être autre chose.Ils ne me représentent même pas, ces préjugés-là.» Selon les deux conceptrices, ce « film sonore » donne donc un espace de liberté, de contrôle aux interviewées.Le projet s\u2019éloigne aussi de la « vision du conquérant, qui tripe sur les grandeurs du Nord».Faire entendre les voix du Nord Aalaapi raconte, à la scène et en balado, le quotidien de cinq jeunes femmes du Nunavik Le son du silence Le documentaire \u2014 qu\u2019on peut entendre en balado sur les ondes de Radio-Canada \u2014 devient «un personnage » dans la pièce créée à la salle Jean-Claude-Germain.Sur scène, deux autres interprètes (les cinq participantes ne pouvaient ou ne voulaient pas par ticiper à l\u2019étape scénique) interagissent avec le document sonore \u2014 enrobé, bien sûr, de tout un travail de conception visuelle.C\u2019est « comme une expérience d\u2019art vivant 4D d\u2019un documentaire radio », décrit Laurence Dauphinais.Nancy Saunders, une ar tiste visuelle qui vit ici sa première expérience d\u2019interprète, croit qu\u2019Aalaapi « va brasser un peu » les spectateurs par sa cadence ralentie.La pièce | 1 5 C u l t u r e T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Aalaapi, projet hors normes, consacre une rencontre à plusieurs niveaux : entre des gens du Nord et du Sud, mais aussi entre le théâtre et la radio.De gauche à droite: Mélodie Duplessis, Marie- Laurence Rancourt, Laurence Dauphinais et Nancy Saunders.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR respecte le rythme plus contemplatif du Nord.« Il va y avoir un moment d\u2019ajustement au début du spectacle, renchérit la metteure en scène.Mais je pense que les gens vont nous remercier à la fin de leur avoir fait vivre ça.» La pièce propose aussi une expérience sensorielle d\u2019écoute, où les plages de silence \u2014 cette rareté au Sud \u2014 sont importantes.Aalaapi signifie d\u2019ailleurs « faire silence pour entendre ce qui est beau».Bref, on parle ici d\u2019un projet qui « n\u2019entre pas dans les cases » et pour lequel les idéatrices ont dû développer de nouvelles approches, plutôt que de s\u2019en tenir au procédé habituel, aux idées préconçues.« Il y a souvent des projets, montés par des non-Inuits, qui ont cette façon de voir : \u201cMoi, je connais le théâtre et c\u2019est comme ça qu\u2019on fait du théâtre\u201d, commente Nancy Saunders.Mais Laurence a été tellement ouverte aux suggestions.» Cette dernière explique que, pour obtenir une réelle rencontre, un espace où tous se sentaient respectés devait être inventé.« Il faut créer de vrais rapports de confiance.Et pour ça, il n\u2019existe pas de raccourcis : il faut investir du temps.En répétition, on prend beaucoup plus de temps pour se parler.Tout n\u2019est pas dirigé juste vers la performance, la productivité.» Pour faciliter ce type de projet en culture, il faudrait plus de souplesse des institutions, croit Marie-Laurence Rancourt.Elle évoque une «rigidité» face à tout ce qui entourait ce projet atypique, qui met notamment un col- lectifen avant, plutôt que des artistes individuels.« Il a nous a fallu mener de petits combats en arrière-scène pour parvenir à nos fins et imposer le discours, le langage, l\u2019imagerie qui venaient avec la [proposition].» Sa comparse loue par contre le Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, qui a pris l\u2019initiative de présenter Aalaapi : « On est le premier show, en 50 ans d\u2019existence du théâtre, à avoir des surtitres.» La pièce se déroule en français, en anglais et en inuktitut.Crise bénéfique Elles étaient déjà plongées dans Aalaapi lorsqu\u2019a éclaté la controverse autour de Kanata, sur laquelle nous avons voulu les entendre.«Au début, il y a des gens qui ne nous ont pas fait confiance, relate Dauphinais.Mais c\u2019étaient des Blancs.Ils nous ont carrément demandé : est-ce que votre projet est colonialiste?Il a fallu qu\u2019on se défende.» Mais ce n\u2019était pas à eux de se prononcer, proteste son actrice autochtone.«Ça aurait été à nous de dire si ça touchait le colonialisme\u2026» « Je pense que ça nous a aidées à être encore plus vigilantes, reprend la metteure en scène.Et je ne veux surtout pas lancer la pierre à Robert Lepage.Collectivement, on avait besoin de passer par cette crise-là.Et on en a bénéficié.» Au final, la capacité de douter, à chaque moment, du bien-fondé de leurs décisions a été un «moteur important» d\u2019Aalaapi, juge la réalisatrice radio.Sa cocréatrice voit d\u2019ailleurs dans le mouvement actuel d\u2019ouverture la reconnaissance «qu\u2019on ne peut plus rien tenir pour acquis.Il n\u2019y a pas une seule façon de faire.Je pense que c\u2019est intéressant de se mettre dans une posture d\u2019humilité et de flexibilité.On ne peut plus s\u2019asseoir sur des vérités uniques».Aalaapi Une création du collectif Aalaapi, en collaboration avec Magnéto.Cocréation d\u2019Audrey Alasuak, Daniel Capeille, Laurence Dauphinais, Mélodie Duples- sis, Caroline Jutras Boisclair, Samantha Leclerc, Louisa Naluiyuk, Akinisie Nova- linga, Marie-Laurence Rancourt, Nancy Saunders, Hannah Tooktoo.Idée originale et mise en scène: Laurence Dau- phinais.Idée originale et réalisation du documentaire radio: Marie-Laurence Rancourt.Avec Hannah Tooktoo et Nancy Saunders, à la salle Jean-Claude- Germain, du 29 janvier au 16 février.Il va y avoir un moment d\u2019ajustement au début du spectacle.Mais je pense que les gens vont nous remercier à la fin de leur avoir fait vivre ça.LAURENCE DAUPHINAIS » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e T h é ât r e 1 6 | Fanny et Alexandre, ou la naissance d\u2019un artiste « Bergman a fait un film sur la beauté du théâtre.Et nous, on essaie de faire du théâtre sur la beauté de son film ! » Le spectacle repose d\u2019abord sur les épaules de Gabriel Szabo.Un interprète « tout le temps fabuleux et grâce à qui on découvre chaque fois de nouveaux sens », s\u2019enthousiasme sa metteure en scène, Sophie Cadieux.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR C \u2019est un choix a priori surprenant, audacieux : transpor ter sur scène Fanny et Alexandre, le si fastueux film d\u2019Ingmar Bergman.Mais Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin, « âmes sœurs » artistiques qui cosi- gnent la mise en scène au théâtre Denise-Pelletier, ont été touchés par ce récit de récit d\u2019apprentissage où l\u2019imaginaire permet de réinventer la vie de son jeune héros.Et pour la comédienne, cette histoire intemporelle où les fantômes côtoient les vivants est très proche de l\u2019univers de son complice, le créateur de Petit guide pour disparaître doucement.«J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y a un petit Alexandre chez Félix-Antoine.Il a été cet enfant lunatique, un peu en marge du monde, qui a cultivé son petit univers, ses fantômes.Et on ramène [le spectacle] à son esthétique.Avec une mécanique plus grosse, plus baroque, certes.Mais l\u2019essence, c\u2019est vraiment le plaisir d\u2019inventer.Le plaisir de ce refuge qu\u2019est l\u2019art, lorsqu\u2019on ne se reconnaît pas dans le monde [extérieur].» Pour son ultime long métrage, en 1982, le cinéaste suédois s\u2019était inspiré de sa propre enfance.Fanny et Alexandre suit deux enfants éjectés du bonheur de leur nid familial, après la mort du père, un directeur de théâtre, et le remariage de la mère à un pasteur sévère.« Bergman a fait un film sur la beauté du théâtre.Et nous, on essaie de faire du théâtre sur la beauté de son film!» résume Sophie Cadieux.Le duo ne recrée pas l\u2019œuvre cinématographique sur les planches, mais utilise la mécanique théâtrale afin de convoquer cet univers aux multiples lieux, où coexistent réel et fiction.Dans un grand ballet sans interruption, où «chaque scène se déverse l\u2019une dans l\u2019autre».«Comme si Alexandre était continuellement dans ses souvenirs, à faire le montage.Ce qui est présenté est la réalité vue à travers son prisme.» ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR | 17 C u l t u r e T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 MERCREDI / 20 FÉVRIER 2019 / 20 H / GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC LES VARIATIONS ENIGMA et LE CONCERTO POUR VIOLON DE MENDELSSOHN Mystère et romantisme.DIMANCHE / 3 FÉVRIER / 14 H 30 / GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC LE ROMANTISME ALLEMAND Beethoven, Schumann et Brahms.MERCREDI / 6 FÉVRIER 2019 / 19 H 30 / PALAIS MONTCALM LA DOUCE FOLIE DE HAYDN ET MOZART Quand la musique et l\u2019humour se courtisent.OSQ.ORG 418 643 8131 POUR SA DEUXIÈME MOITIÉ DE SAISON, L\u2019ORCHESTRE OFFRE DES ABONNEMENTS AVANTAGEUX À PARTIR DE 3 BILLETS OU PLUS.EN FÉVRIER À L\u2019ORCHESTRE CONCERT COMMENTÉ / GARDERIE GRATUITE POUR LES 5-12 ANS MISE EN ESPACE PAR JACQUES LEBLANC UN STRADIVARIUS À L\u2019ORCHESTRE Leur adaptation s\u2019appuie d\u2019ailleurs sur le roman que Bergman a tiré de son scénario, un texte qui donne davantage accès au monologue intérieur du jeune garçon.Une vision transformée par l\u2019imagination, et donc teintée de magie, d\u2019onirisme.Alexandre y devient l\u2019incarnation du cinéaste en devenir, qui se définissait lui-même comme un grand menteur dans sa vie.« Et c\u2019est un peu sa rébellion contre le réel qui allait faire de lui un créateur », estime la metteure en scène.Dans Fanny et Alexandre, Bergman affirme la porosité des frontières, la distinction parfois très ténue entre le rêve et le réveil.«Il dit qu\u2019il n\u2019y a pas une vérité.» Le récit contraste la chaleur et la tolérance de la famille peu conventionnelle où grandissent d\u2019abord frère et sœur, à la rigidité austère des règles dictées par le beau-père pasteur.Et Sophie Cadieux y voit justement non pas tant une critique de la religion, que celle d\u2019un dogme moral qui impose une vérité sur la façon de vivre, et les pulsions à canaliser.«On a décidé de ne pas faire de parallèles avec le passé religieux du Québec.Pour nous, l\u2019ordre moral y est plus intéressant que la ferveur religieuse.» Ils ont aussi adouci la dimension manichéenne du personnage campé par Renaud Lacelle-Bourdon.Enfant et adulte Mais le spectacle repose d\u2019abord sur les épaules de Gabriel Szabo.Un interprète « tout le temps fabuleux et grâce à qui on découvre chaque fois de nouveaux sens», s\u2019enthousiasme sa metteure en scène.Le principal intéressé voit dans le rôle une très grosse responsabilité, mais un défi vraiment excitant.«Il faut toujours se souvenir que c\u2019est Alexandre qui imagine ces choses-là.C\u2019est une charge immense.Mais pour me calmer, je me rappelle qu\u2019il y a huit acteurs extraordinaires à côté de moi.» Révélé par Pig de Simon Boulerice, en 2014, l\u2019acteur à la physionomie juvénile n\u2019en est pas à son premier personnage d\u2019âge tendre.Une manne dont il profite parce qu\u2019il sait qu\u2019elle ne durera pas toujours.Mais pour Gabriel Szabo, jouer l\u2019enfance est inexplicable.«On dirait que ça va de soi.Il faut juste aller avec ce que l\u2019enfance a de naturel et d\u2019instinctif.» De plus, avec Alexandre, il lui faut «surfer sur deux lignes en même temps : parfois il semble très mature, parfois on se souvient que c\u2019est un enfant».Cette riche dualité d\u2019un personnage, qui, «au temps réel, agit comme un enfant mais qui nous parle avec la lucidité d\u2019un vieil homme ayant réfléchi à ses souvenirs», en fait un protagoniste très intéressant, juge Sophie Cadieux.« Dans le film, Bergman présente Alexandre comme intemporel.C\u2019est un enfant de 10 ans, mais avec une profondeur très troublante.Et même des intentions d\u2019ordre érotique.» Mais Fanny et Alexandre est surtout enveloppée d\u2019une sensualité liée au monde ar tistique.« Bergman a dit que son plus grand souvenir de cinéma, c\u2019est lorsqu\u2019il a ouvert la lanterne magique pour la première fois, et senti l\u2019odeur de pétrole\u2026» Le pouvoir de l\u2019art Sous son enrobage magnifique, Fanny et Alexandre présente aussi un monde «dangereux», peuplé de morts et de démons.«En même temps, c\u2019est très for t de penser que quelqu\u2019un peut survivre par l\u2019imagination.Si Alexandre est capable de tenir tête à l\u2019autorité du pasteur, c\u2019est parce qu\u2019en lui, il y a ce petit espace protégé.» Cette vie fantasmée qui lui permet de faire disparaître ce qui le terrorise.La créatrice espère même que les spectateurs ressentiront de la peur devant certaines scènes.À l\u2019encontre de la réputation d\u2019austérité qu\u2019on fait parfois au cinéaste de Persona, elle décrit le spectacle à la fois comme «une fête, un suspense et une rencontre de soi», qui utilise la figure du double.Gabriel Szabo est persuadé que cette « extraordinaire histoire », ce récit d\u2019apprentissage va toucher plusieurs adolescents.Un public qui peut être dif ficile.Sophie Cadieux a elle-même vécu des « moments confrontants » chez Denise-Pelletier.Mais c\u2019est aussi là, devant Caligula en 1993, qu\u2019elle a découvert la force du théâtre, «un espace où j\u2019étais tellement bien».Une révélation qui l\u2019avait laissée clouée sur son siège après la représentation.« Moi, ça a changé ma vie.Alors, je me dis toujours : on le fait pour [cette personne-là].» C\u2019est ça aussi, le pouvoir de l\u2019art.Fanny et Alexandre D\u2019après le film d\u2019Ingmar Bergman.Mise en scène et adaptation: Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin.Traduction: Lucie Albertinti et Carl Gustav Bjurström.Avec Luc Bourgeois, Rosalie Daoust, Annette Garant, Ariel Ifergan, Renaud Lacelle-Bourdon, Steve Laplante, Patricia Larivière, Ève Pressault et Gabriel Szabo.Au théâtre Denise- Pelletier, du 30 janvier au 23 février.C\u2019est très fort de penser que quelqu\u2019un peut survivre par l\u2019imagination.Si Alexandre est capable de tenir tête à l\u2019autorité du pasteur, c\u2019est parce qu\u2019en lui, il y a ce petit espace protégé.SOPHIE CADIEUX » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 8 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Il n\u2019y a pas de bonne manière ni de mauvaise dans l\u2019acte de voir, dit le titre anglais de l\u2019exposition de Velibor Bozovic \u2014 In Seeing, There Is No Right No Wrong.Le photographe, dont la pratique oscille entre le documentaire et le récit de fiction, n\u2019a aucune directive à donner.Sinon celle de laisser notre imaginaire décider.Mathieu Beauséjour propose de son côté une série d\u2019œuvres récentes sous l\u2019intitulé Horizon perdu.L\u2019artiste, qui conjugue propos esthétique et pensées politiques depuis 25 ans, invite à voir au-delà de notre champ visuel, à « passer au-delà [de] l\u2019horizon », écrit-il dans son texte de présentation.Bozovic et Beauséjour ne se sont pas donné le mot, mais les deux cherchent à pousser les limites d\u2019une vision quelque peu conservatrice.Et par le hasard des choses, leurs deux expositions, à des kilomètres de distance, s\u2019appuient sur de grandes surfaces noires.Chez le premier, il s\u2019agit de tirages argentiques dont l\u2019image aurait été sous-exposée à l\u2019extrême.Chez le second, ce sont des dessins sur papier noir dont le tracé est si fin qu\u2019il est imperceptible de loin.Présentée à la galerie Patrick Mikhail, In Seeing, There Is No Right No Wrong comporte treize clichés, dont sept, les noirs, ne semblent rien révéler.De ces impressions, il s\u2019en dégage néanmoins des textures, des grains et parfois des détails, repères d\u2019une autre réalité.Membre du collectif Outre-vie, Ve- libor Bozovic en a adopté les principes, ceux d\u2019une photographie à cheval sur les genres et dopée aux récits à la fois linéaires et disparates.Ici, il dispose des images narratives (un animal, un objet, un paysage\u2026) aux côtés d\u2019autres plus abstraites.L\u2019ensemble, sur les murs, a du rythme, s\u2019impose par ses lignes, sa géométrie, ses vides aussi.C\u2019est une lecture très personnelle, propre à l\u2019ar tiste, qui a orienté les choix.Il ne nous demande pas de faire autrement.Il s\u2019oppose à ce que la photo, trop identifiée seulement à sa valeur d\u2019archive, ne contienne qu\u2019un sens.La mémoire, les souvenirs d\u2019un paysage ou d\u2019un visage dictent souvent la lecture, la compréhension d\u2019une image.Une impression toute noire brouille tous ces rapports.Les horizons de Beauséjour Voir et ne pas voir : la dualité est centrale dans Horizon perdu, et notamment devant les dessins sur papier noir, la plupart identifiés par le même titre que celui de l\u2019expo.Ces compositions géométriques au graphite, nées dans la répétition du geste dans le but de remplir un vide tout noir, reprennent un procédé entamé il y a dix ans par Mathieu Beauséjour, à l\u2019époque où le motif du soleil et de ses rayons faisait son apparition dans sa pratique.Les « paysages noirs », qui font figure, selon les notes de l\u2019ar tiste, « d\u2019obstr uctions visuelles, d\u2019emblèmes philosophiques et de déserts sémantiques», ne visent pas moins à représenter l\u2019espace qui se trouve entre l\u2019œil et l\u2019horizon.Il s\u2019agit d\u2019un espace restreint, compact et presque obsédant qui empêche de saisir ce qui s\u2019y trouve au-delà.Les courbes fuyantes, tels les rayons d\u2019un soleil, appellent pourtant à sortir du cadre.Artiste de la résistance sociale et de sensibles retours historiques, « tenant du romantisme révolutionnaire », comme le clamait Andréanne Roy, commissaire de la rétrospective de l\u2019artiste en 2014, Mathieu Beau- séjour fait aussi dans le recyclage.Aux côtés de ses dessins, il expose des œuvres (installations vidéo ou collages) qui tirent de la marginalité des archives de la culture gaie.On retient par exemple la série d\u2019images intitulée Horizons perdus et teintée du romantisme auquel l\u2019artiste a été associé.Sur des reproductions de tableaux du paysagiste allemand du XIXe siècle Caspar David Friedrich, Mathieu Beauséjour a superposé de petites publicités de bars gais, au- jourd\u2019hui potentiellement fermés.Cette mosaïque affiche sans peine une nostalgie vintage, bien qu\u2019elle déterre une époque où l\u2019homosexualité se vivait en cercle fermé, sans la perspective d\u2019un ailleurs meilleur.Il faillait y croire pour espérer « passer au-delà de [cet] horizon».In Seeing, There Is No Right No Wrong De Velibor Bozovic.À la galerie Patrick Mikhail, jusqu\u2019au 23 février.Horizon perdu De Mathieu Beauséjour.À la galerie Antoine Ertaskiran, jusqu\u2019au 16 février.Obstruer la vue, voir au-delà Deux artistes s\u2019appuient sur des œuvres noires pour voir plus loin En haut : une photo de Velibor Bozovic tirée d\u2019In Seeing, There Is No Right No Wrong.En bas : Mathieu Beauséjour, Le gouffre, 2019.PAUL LITHERLAND SU R L E R A DA R Le sismographe des origines À la jeune galerie Catalogue, l\u2019éclectisme des œuvres et le mélange des époques dictent les expositions, animées par la volonté du propriétaire, l\u2019homme d\u2019affaires Pierre Bourgie, «[d\u2019]abattre les frontières du temps».C\u2019est dans cet esprit intemporel, et dans une économie de moyens, style que la galerie affiche depuis 2017, que travaillait John Heward, décédé en novembre et sujet ici d\u2019une expo-hommage baptisée Pour John Heward, présentée jusqu\u2019au 2 février.Pour Bourgie, le peintre, sculpteur et musicien, en tant qu\u2019auteur d\u2019un art qui «puise sa source dans la nuit des temps», est «un sismographe des origines».Les matériaux bruts de Heward, ses bois peints ou ses rayonnes attachées et marquées d\u2019un seul trait côtoient une multitude d\u2019objets.Il y a ceux de cultures dites primitives, tels que les sculptures en racines de fougère du Vanuatu.Mais aussi ceux d\u2019artistes contemporains, parmi lesquels la dépouillée gouache Composition lyrique (1961) d\u2019Edmund Alleyn, ou une acrylique teintée de frénésie de 1958 signée Ulysse Comtois.Jérôme Delgado GUY L\u2019HEUREUX | 19 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR Paul Klee (1879-1940) ne correspond pas vraiment aux clichés de l\u2019art moderne spectaculaire.Dans le ton, son œuvre n\u2019a pas la tonitruance des sujets abordés par les futuristes qui lui sont contemporains.Formellement, même s\u2019il poursuivit une cer taine forme d\u2019abstraction, sa création est bien loin des effets impressionnants des monumentales peintures abstraites américaines qui arriveront après sa mort.Le travail de Klee fait dans les petits formats et dans le ton intimiste.C\u2019est particulièrement vrai dans la sélection qu\u2019offre cette expo rassemblant 75 dessins, aquarelles et peintures que le marchand d\u2019ar t et collectionneur Heinz Berggruen (1914-2007) offrit en 1984 au Metropolitan Museum of Art de New York, œuvres qui n\u2019avaient pas été présentées toutes ensemble depuis 1988.Même si son art tisse des liens avec un monde surnaturel, il y a quelque chose de discret dans les œuvres de Klee.Cet artiste semble réaliser des enluminures de manuscrits modernes, des miniatures de livres magiques.Et pour traiter de cette œuvre intimiste et féerique, le musée a opté pour une présentation très sobre, minima- liste, qui se concentre sur les œuvres.Voilà une présentation qui aurait pu être alimentée par de nombreux documents et photographies historiques ou par des juxtapositions ou des comparaisons avec des œuvres réalisées par d\u2019autres ar tistes de son époque\u2026 Seuls quelques panneaux explicatifs viennent, ici et là, ponctuer le parcours de pistes de lectures significatives qui montrent souvent comment, dans une époque sombre, marquée entre autres par la guerre, Klee voulut produire un art abstrait sublime qui offrirait une forme de résistance.Cette exposition se dévoile un peu comme l\u2019inverse de celle consacrée à Picasso à l\u2019été 2018 au Musée des beaux-ar ts de Montréal, expo qui pourtant avait en commun l\u2019intérêt de l\u2019art moderne pour une certaine schématisation, l\u2019abstraction des formes, mais aussi pour le primitif.Autant celle de Klee est épurée, dépouillée, presque austère, autant celle consacrée à Picasso faisait dans l\u2019accumulation des œuvres ainsi que Klee intimiste et féerique À Ottawa, la collection du Metropolitan Museum of Art se décline dans une présentation minimaliste Relire l\u2019histoire Vous profiterez de cette visite au MBAC pour aller faire un tour dans la section de l\u2019art canadien et autochtone afin d\u2019y voir quatre courtes vidéos regroupées sous le titre de Souvenir.Réalisés par des cinéastes des Premières Nations, ces films s\u2019approprient, «re- mixent» des images anciennes de films réalisés par l\u2019ONF portant sur les Autochtones.Jeff Barnaby, Michelle Latimer, Kent Monkman et Caroline Mon- net se réapproprient ces images afin de nous offrir un autre point de vue sur leurs nations crie, al- gonquine, micmaque.Ces œu- vres dévoilent comment même les films documentaires exigent une interprétation et une relecture.On notera en particulier Sœurs et frères (2015) de Monkman, qui effectue une comparaison troublante entre les enfants assimilés et acculturés dans les pensionnats avec les bétails de bisons qui furent exterminés.Ce montage d\u2019archives s\u2019achève par une citation du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation de 2015: «Plus de 6000 enfants sont morts [pendant leur séjour dans les pensionnats]\u2026 Leurs corps n\u2019ont pas tous été retournés à leurs familles.Beaucoup ont été enterrés dans des tombes anonymes.» Paul Klee, Rythmes rouge-vert et violet-jaune, 1920 THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART / COLLECTION BERGGRUEN KLEE L\u2019art ne reproduit pas le visible, il rend visible.Le merveilleux et le schématique propres à l\u2019imaginaire s\u2019y trouvent donnés d\u2019avance et, dans le même temps, s\u2019y expriment avec grande précision.PAUL KLEE » des liens esthétiques et historiques.Malgré une structure de présentation plutôt conventionnelle, chronologique, voilà une expo qui saura captiver.Tout comme l\u2019expo Picasso, elle permettra de voir comment l\u2019art du XXe siècle a su s\u2019inspirer des cultures non occidentales.Lors d\u2019un voyage en Tunisie avec le peintre August Macke, Klee s\u2019inspira des formes géométriques de l\u2019architecture mauresque, mais aussi des couleurs du paysage.Klee se dirigea alors vers une glorification très moderne de l\u2019impact de la couleur.Mais il s\u2019agit aussi d\u2019un art qui a su puiser dans le primitivisme l\u2019attitude créatrice des enfants.Le texte de présentation parle \u2014 sans condescendance \u2014 du « trait enfantin » comme d\u2019une constante de son œuvre.Une attitude moderne qui, dans les années 1930, lui valut, comme bien d\u2019autres artistes, d\u2019être présenté par les nazis comme un artiste dégénéré, ses œu- vres étant même exposées à côté de créations produites par des «malades mentaux».Comme l\u2019ont expliqué bien des historiens de l\u2019ar t, dont René Passeron lors de la rétrospective Klee en 1969 au Musée d\u2019art moderne de Paris, son œuvre est une synthèse du merveilleux des surréalistes (avec qui il exposa en 1925 à Paris) et du schématique défendu par les abstraits\u2026 Paul Klee La collection Berggruen du Metropolitan Museum of Art Au MBAC, à Ottawa, jusqu\u2019au 17 mars L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e GALA \u2014 3 février 2019, 15 h Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal prixOpus.qc.ca Découvrez les ?nalistes www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec le Club Voyage Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec La musique voyage\u2026 Demandez la brochure de la saison Les Petits chanteurs de Vienne au Chamberfest d\u2019Ottawa (7 avril ) Concert Sibelius à la BAIE GÉORGIENNE Musique, art et nature (8-12 mai) Matinée musicale à Sorel Charles Richard-Hamelin et Andrew Wan (2 juin) Aussi, l\u2019OPÉRA DU MAINE à Portland, en juillet\u2026 ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR La francophonie fait son rap à ICI Musique L\u2019émission Rapophonie atterrit aussi en Suisse, en Belgique et en France e rap trouve déjà sa place sur les ondes d\u2019ICI Musique, mais le diffuseur public Radio-Canada, avec ses équivalents suisse, belge et français, s\u2019of fre une percée plus dense dans ce genre musical en mettant sur pied l\u2019émission hebdomadaire Rapophonie, consacrée au hip-hop de la francophonie.Rapophonie est le fruit d\u2019une rencontre, en mars dernier, des diffuseurs membres de l\u2019association Médias francophones publics, et verra ainsi sa programmation musicale diffusée largement, avec tout de même des spécificités régionales \u2014 enrobage, animation, etc.Au Canada, par exemple, le créneau est tenu par Myriam Fehmiu les vendredis de 22h à 23h, et ajoutera à la matière de base un segment dédié à la production locale.Sinon, l\u2019émission a commencé à être dif fusée sur Mouv\u2019 de Radio France, sur Tarmac de la Radio-télé- vision belge de la Communauté française et sur Couleur 3 de la Radio télévision suisse.Chaque diffuseur public programme à tour de rôle quatre semaines de musique, la première ronde étant celle du Mouv\u2019.Le tour de Radio-Canada arrivera en mai.«L\u2019idée de jouer la carte de la francophonie, c\u2019est important, explique Josée Bellemare, première directrice à ICI Musique, insistant aussi sur la diffusion de créateurs issus d\u2019autres régions francophones, comme le Maghreb.On connaît toute la force du hip-hop anglophone et je me suis dit que c\u2019était le bon moment » pour se lancer dans ce genre d\u2019aventure radio.Même si l\u2019idée de l\u2019émission est née il y a plusieurs mois, Mme Belle- mare reconnaît que Rapophonie s\u2019harmonise très bien avec certaines des lignes directrices de la nouvelle p.-d.g.de Radio-Canada, Catherine Tait.En octobre, cette dernière parlait d\u2019innovation, de rayonnement international et du désir « d\u2019attirer les jeunes qu\u2019on a perdus, je pense, depuis longtemps».« Là où i l n\u2019y a pas de hasard, c\u2019est que l\u2019espace francophone est menacé par la présence des GAFA L Là où il n\u2019y a pas de hasard, c\u2019est que l\u2019espace francophone est menacé par la présence des GAFA de façon très forte.Et j\u2019adore l\u2019idée qu\u2019on puisse se rallier entre médias francophones publics et quelque part donner une autre option.Catherine Tait s\u2019en va dans cette direction-là, mais ça fait partie des préoccupations de Radio-Canada depuis bien longtemps.JOSÉE BELLEMARE » | 2 1 C u l t u r e M é d i a s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Rapophonie est le fruit d\u2019une rencontre, en mars dernier, des diffuseurs membres de l\u2019association Médias francophones publics.Au Canada, le créneau est tenu par Myriam Fehmiu (à droite), ici en compagnie de Josée Bellemare, première directrice à ICI Musique.JACQUES NADEAU LE DEVOIR [géants du numérique] de façon très forte.Et j\u2019adore l\u2019idée qu\u2019on puisse se rallier entre médias francophones publics et quelque part donner une autre option.Mme Tait s\u2019en va dans cette direction-là, mais ça fait partie des préoccupations de Radio-Canada depuis bien longtemps.» Équilibre Myriam Fehmiu mène donc Rapo- phonie, qui a des allures de long mix d\u2019une heure fait pour préparer le début du week-end.Elle se réjouit de pouvoir mettre en vedette du rap de tous horizons.« Je ne sais pas quelle discussion il y a eu à ton niveau, Josée, mais moi, comme journaliste culturelle, c\u2019est clair que c\u2019était le bon timing aussi pour ce type d\u2019émission là, explique l\u2019animatrice.Si tu veux comprendre ta société aujourd\u2019hui, je trouve que ça passe beaucoup par ce que nous disent les artistes hip-hop.» Josée Bellemare estime que l\u2019émission offre un bon équilibre entre la diffusion d\u2019artistes méconnus et d\u2019autres qui ont déjà la faveur du public.Chacun de ces groupes y fera des découvertes, espère-t-elle.« C\u2019est sûr qu\u2019on a cet objectif de plaire à un nouveau public, c\u2019est certain.» Même vision pour Myriam Feh- miu, qui veut « faire en sor te qu\u2019à peu près tout le monde puisse y trouver son compte.Si t\u2019aimes le hip-hop niché, ben tu vas avoir du plaisir à écouter notre playlist du vendredi soir dans ton auto quand tu vas rejoindre tes amis.Et si tu ne connais pas ce style-là, c\u2019est une façon de mettre le pied dedans.» La reprise de De pop et d\u2019eau fraîche, avec Karyne Lefebvre, qui occupait jusque-là la case horaire, a simplement été déplacée après l\u2019heure rap.Accent québécois Chaque émission de Rapophonie est composée de quatre segments de quelque 13 minutes.À Radio-Canada, on a décidé de remplacer un de ces blocs par du contenu québécois ou franco-canadien.La portion coupée trouvera par ailleurs sa place dans la version en ligne de l\u2019émission.« Dans les quatre blocs des autres [dif fuseurs], c\u2019est garanti qu\u2019il y aura des artistes canadiens, précise Josée Bellemare.Mais on avait le goût qu\u2019il y en ait plus, alors on a fait cette variante-là.» Parce que la scène d\u2019ici bouillonne, souligne Myriam Fehmiu, ajoutant que les tribunes destinées au rap sont toujours rares dans les médias, exception faite des plus petits joueurs alternatifs.« Pour nous, c\u2019est super important de donner cet espace-là à ces artistes.À des Loud qui sont très connus, oui, mais aussi à des groupes qui commencent, comme LaF, par exemple, ou d\u2019autres qui ont des sons un peu plus underground.» Même lors des micros présentant les artistes du reste de la francophonie, Fehmiu se donne le mandat d\u2019ancrer les musiques dans une actualité locale, ou «de dire comment elles résonnent ici, quel en est l\u2019intérêt, qu\u2019est-ce qu\u2019il y a dans les propos, ou dans le cheminement artistique.» Au moment de l\u2019entretien, une seule émission avait été dif fusée à ICI Musique.Déjà, Mme Bellemare estime que, s\u2019il y a quelques boulons à resserrer, entre autres avec les autres radios publiques, Rapophonie est porteur de bien des espoirs.« Le public naturel du hip-hop est beaucoup sur les réseaux sociaux, sur YouTube, donc ça peut aussi bouger de ce côté-là, croit aussi Fehmiu.Je trouve ça intéressant de voir comment on peut aller les chercher, les approcher, leur faire des propositions.» Si tu veux comprendre ta société aujourd\u2019hui, je trouve que ça passe beaucoup par ce que nous disent les artistes hip-hop MYRIAM FEHMIU » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 2 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR \u2019Opéra de Montréal présente Champion, un opéra du musicien de jazz Terence Blanchard, compositeur honoré cette semaine par une première nomination aux Oscar pour sa musique du film BlacKkKlansman de Spike Lee.« Nous voulons que l\u2019opéra devienne une vitrine sur la créativité québécoise, canadienne et ce qui touche les Montréalais », déclare au Devoir Patrick Corrigan, directeur de l\u2019Opéra de Montréal.«Une œuvre marquée par le jazz, composée par une vedette du monde du jazz, jouée dans une ville de jazz, avec un sujet qui véhicule un drame touchant dans un monde iconique, la boxe, bien cristallisé dans l\u2019imaginaire du public à travers des films comme Rocky ou Raging Bull, nous a intéressés.» Champion, créé en 2013 à l\u2019Opera Theatre of St.Louis, se fonde sur l\u2019histoire vraie du boxeur homosexuel Emile Grif fith.Au cœur de l\u2019intrigue, un combat ainsi résumé par l\u2019Opéra de Montréal : « En 1962, les boxeurs Emile Griffith et Benny Paret s\u2019affrontent dans le ring.Pendant le duel, Paret nargue son adversaire par des allusions malveillantes à son orientation sexuelle.Piqué au vif, Griffith le roue de coups, provoquant un coma dont Paret mourra dix jours plus tard.Emile Griffith ne sera plus jamais le même après ce combat\u2026 » Et l\u2019institution de mettre en exergue une phrase-choc: «Je tue un homme et le monde me pardonne.J\u2019aime un homme et le monde veut me tuer.» Une politique courageuse La programmation de Champion s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un virage de la politique de programmation entamé en 2014 et conduisant l\u2019Opéra de Montréal à inclure désormais dans toutes ses saisons un opéra du XXIe siècle.Après Dead Man Walking de Jake Heggie, en 2014, ce fut Silent Night de Kevin Puts et Mark Campbell ; Les feluettes de Michel Marc Bouchard et Kevin March ; Another Brick in the Wall \u2014 l\u2019opéra de Julien Bilodeau d\u2019après les paroles et la musique de The Wall de Roger Waters et JFK de David T.Little et Royce Vavrek, auxquels on ajoutera, ces deux dernières saisons, les spectacles de l\u2019Atelier d\u2019opéra, c\u2019est-à-dire Svadba d\u2019Ana Sokolovic et Twenty-Seven de Ricky Ian Gordon et Royce Vavrek.I l n \u2019y avait dans ce pari r ien d\u2019évident, d\u2019autant que l\u2019Opéra de Montréal est contraint de remplir quatre fois une salle de près de 3000 places, mais l\u2019institution a su flairer le vent nouveau souf flant sur le genre lyrique et cer taines thématiques qui concernent le public (la peine de mor t pour Dead Man Walking, la commémoration de la Grande Guerre pour Silent Night).Seul faux pas, mais on ne fait pas d\u2019omelette sans casser des œufs, ce JFK dont l\u2019œuvre et, surtout, l\u2019épouvantable livret, ne se sont pas montrés à la hauteur de l\u2019attente suscitée.Pour Patrick Corrigan, l\u2019expérience de Champion s\u2019annonce forte : « Après la création en 2013, la production a déjà été remontée à Washington à une échelle comparable à celle de la salle Wilfrid-Pelletier.C\u2019est l\u2019opéra qui nous touchait.En répétition, je trouve très intéressant de voir à quel point les émotions que l\u2019on associe à l\u2019opéra sont véhiculées par le jazz.C\u2019est très urbain, ancré dans l\u2019Amérique du milieu du XXe siècle, mais c\u2019est aussi puissant que l\u2019opéra considéré comme traditionnel.» Aux yeux de Patrick Cor- rigan, Champion montre par faite- ment « le pouvoir unique de l\u2019opéra de raconter de nouvelles histoires dans de nouvelles perspectives ».Une voie acquise Cet engagement et cette signature artistique sont désormais entérinés au sein de l\u2019institution.Deux œuvres sont en commande auprès tandem Michel Marc Bouchard-Julien Bilo- deau : La beauté du monde pour 2021 et La reine garçon en 2023.Le risque a donc été mesuré.« Il y a des risques avec tous les répertoires, et les compagnies attachées au répertoire traditionnel sont celles qui ont des problèmes.J\u2019étais à Opera Victoria quand les deux compagnies se sont associées pour Les feluettes, et j\u2019étais à Montréal pour la création.J\u2019ai vu la puissance de la création d\u2019œuvres reposant sur nos histoires et nos perspectives.Avec la trilogie autour de Michel Marc Bouchard, nous allons passer de l\u2019idée \u201cil faut faire des œuvres du XXIe siècle\u201d à l\u2019idée \u201cil faut faire des œuvres qui se rapportent à nous, à la vie ici, à la créativité de la communauté artistique montréalaise\u201d.Ce volet sera développé de plus en plus de cette façon.» Le conseil d\u2019administration est désormais convaincu que cet axe de modernité fait partie de l\u2019ADN de l\u2019institution.«Nous venons de terminer un processus de planification stratégique qui nous mène à 2023, et le volet de programmation et de création, la vitrine sur les talents québécois, figure fortement dans les plans.» La planification a un rôle primordial s\u2019agissant de créations.En effet importer des productions telles que JFK ou Champion n\u2019est pas du tout le même exercice que de piloter la création de La beauté du monde ou de La reine garçon.« Ce sont dif fé- rentes structures de coûts.Faire créer a un impact sur les budgets [le volet création représente de 15 à 25 % du coût total de la production].Pour La reine garçon, le partenariat avec la Canadian Opera Company est très positif : cocommanditer un opéra devient plus abordable pour tous, même si une collaboration demande davantage d\u2019attention.» Mais la grande dif férence entre importer un projet déjà créé et créer L\u2019audace d\u2019un champion L\u2019Opéra de Montréal a choisi la voie courageuse de la défense du répertoire contemporain Les concerts de la semaine John Brancy.Sans attendre les résultats du Concours musical international de Montréal (CMIM) en juin dernier, la Société d\u2019art vocal de Montréal (SAV) distribuait à la sortie des épreuves des feuillets signalant ce concert du candidat américain qui avait fait chavirer les cœurs.John Brancy, quelques jours plus tard, avant été déclaré vainqueur du volet Mélodie du CMIM.Il sera en récital pour les fins limiers de la SAV dans un programme «Armistice, le retour à la maison».Dimanche 27 janvier à 15h, au Conservatoire de musique de Montréal.Quatuor Debussy.Parfait programme de musique française du XXe siècle à la salle Bourgie par le quatuor à cordes français Debussy, fondé à Lyon en 1990.Outre les quatuors de Debussy et Ravel, les musiciens interpréteront le 1er Quatuor de Germaine Tailleferre et un Molto adagio sempre can- tante doloroso de Guillaume Le- keu, grand compositeur belge mort de la typhoïde en 1894 à l\u2019âge de 24 ans.Mercredi 30 janvier à 19h30, à la salle Bourgie.L un opéra, du point de vue des coûts, est que le projet s\u2019étend sur plusieurs années et que, donc, les coûts se répartissent de la même manière.« On commence donc à parler de cash flow et cela requiert une structure financière plus robuste afin d\u2019absorber des dépenses qui arrivent plusieurs années avant la production elle-même.C\u2019est un travail que nous faisons avec grand soin pour comprendre les risques », souligne Patrick Corrigan.Un retour sur investissement À l\u2019inverse, évidemment, si le spectacle tourne par la suite, il y a un retour sur investissement.« C\u2019est pour cela que nous allons promouvoir ces créations, d\u2019autant plus que nous incarnons un volet de l\u2019impact ar tis- tique de Montréal.» Pour le moment, s\u2019agissant de Champion, qui prend l\u2019af fiche samedi, la par tition du jazzman Terence Blanchard, qui ne sera pas à Montréal car il prépare la création de son second opéra, se définit « dans une esthétique aux croisements de l\u2019opéra, du jazz et du gospel ».Le livret a été écrit par Michael Cristofer, lauréat d\u2019un prix Pulitzer.La production présentée à Montréal est celle de la création, à l\u2019Opera Theatre of St.Louis, dont le directeur ar tis- tique, James Robinson, a effectué la mise en scène.Le chef américain George Manahan, lui aussi créateur de l\u2019œuvre, dirigera l\u2019Orchestre symphonique de Montréal et les musiciens jazz qui s\u2019y joindront.De la même manière, sur scène, le Montreal Jubilation Gospel Choir sera associé au Chœur de l\u2019Opéra de Montréal.Le rôle d\u2019Emile Grif fith sera répar ti entre deux chanteurs afin de le représenter à dif férentes étapes de sa vie.La basse Ar thur Woodley sera Emile et le baryton-basse Aubrey Al- licock « Young Emile ».Ils sont les créateurs de ces rôles, tout comme le ténor Victor Ryan Robertson qui incarne Benny «The Kid» Paret.Les nouveaux venus seront Canadiens, notamment Catherine Daniel et Brett Polegato.Champion Opéra en 2 actes de Terence Blanchard sur un livret de Michael Cristofer.Production du Washington National Opera en première canadienne.Direction musicale : George Manahan.Mise en scène: James Robinson remontée par Kimberley S.Prescott.Décors : Allen Moyer.Vidéos : Christopher Akerlind.Éclairages : James Schuette.À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 26, 29, 31 janvier et 2 février à 19h30.C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 LE FESTIVAL INTERNATIONAL D'ARTS MULTI- 019 PROGRAMMATION COMPLÈTE AU MOISMULTI.ORG UNE PRODUCTION AU 3 MARS 2 « Des images d\u2019une beauté à couper le souf?e » LE DEVOIR « Certains plans restent avec vous bien après la ?n du ?lm » THE HOLLYWOOD REPORTER « Une expérience unique.Il nous en faut.» CINÉ-BULLES FU N F I LM D I STR I B UTI O N & S E VI LLE I NTE R NAT I O N AL p ré s e n t e n t a v e c MA R T I N DU B R E U I L R E DA KATE B SARAH GADON SOKO CODY FERN BUDDY DURESS e t ROMAIN DURIS VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS DU MUSÉE VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS MODERNE Champion, créé en 2013 à l\u2019Opera Theatre of St.Louis, se fonde sur l\u2019histoire vraie du boxeur homosexuel Emile Griffith.SCOTT SUCHMAN Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e D i s q u e 2 4 | CLASSIQUE L\u2019opéra des opéras ?1/2 Le Concert spirituel, Hervé Niquet, Alpha 442 En faisant incarner par Karine Des- hayes, Katherine Watson et Reinoud Van Mechelen une princesse, une reine magicienne et un prince, Hervé Niquet et Benoît Dratwicki, directeur du Centre de musique baroque de Versailles, ont composé une sorte de suite lyrique géante à partir d\u2019œu- vres de l\u2019époque de Louis XIV.La nature des personnages de la trame imaginaire tissée autour de l\u2019assemblage explique la présence saugrenue des protagonistes de la série Ma sorcière bien-aimée.Cet Opéra des opéras, conçu à partir de l\u2019idée d\u2019une requête de «Ballet des ballets» adressée par Louis XIV à Lully, fête conjointement les 30 ans du Concert spirituel et du Centre de musique baroque.L\u2019idée est remarquable puisque, comme le note Benoît Drat- wicki : «Le voisinage de toutes ces pages témoigne de la permanence et de la cohérence du style français imaginé par Lully et cultivé pendant plus de 100 ans par cinq générations de compositeurs.» C\u2019est ce voyage fascinant et fastueux qui nous est offert d\u2019une érudite et brillante manière.Christophe Huss R&B/SOUL new breed ?DAWN, Local Action D\u2019un album solo à l\u2019autre, l\u2019auteure- compositrice-interprète néo-soul, qui s\u2019était cassé les dents au sein du girls band Danity Kane il y a une douzaine d\u2019années, gagne en coffre et en pertinence.Trois ans après l\u2019audacieuse mais échevelée rencontre entre musique de club électro et soul titrée Re- demptionheart, Dawn Richards offre un 5e album plus concis, moins frénétique et empreint de fierté.Fierté devant un parcours semé d\u2019embûches, une indépendance chèrement gagnée depuis ses débuts, et surtout des racines créoles et louisianaises \u2014 les sons de La Nouvelle-Orléans, funk, bounce, rap du Sud, imbibent les productions de cet album, qui aborde aussi avec flair le reggae.À ses côtés, les compositeurs et réalisateurs Cole M.G.N.(Christine & The Queens, Blood Orange), Hudson Mohwake et le bassiste, né à Montréal, Kaveh Rastegar ont concocté de fameuses rythmiques qui, contrairement à la surenchère sonore du précédent album, accordent enfin toute l\u2019importance à la voix, forte, claire et cuivrée, de l\u2019interprète, qui offre ses meilleures compositions en carrière.Philippe Renaud HIP-HOP ALTERNATIF Highway Hypnosis ?Sneaks, Merge Le titre rend bien l\u2019ambiance de ce troisième opus \u2014 le deuxième publié chez Merge \u2014 d\u2019Eva Moolchan, alias Sneaks.L\u2019hypnose, elle est dans les subtiles nuances, l\u2019apparent mini- malisme instrumental, la répétition et l\u2019allitération, les percussions tout en lenteur chez cette artiste qu\u2019on aura aussi bien classée dans le post- punk que dans le hip-hop par le passé.Objet protéiforme, donc.Moolchan prend son temps ici : à 28 minutes, Highway Hypnosis respire beaucoup plus que le précédent, It\u2019s a Myth (2017).Quel effet sur l\u2019esprit ressortira gagnant de ce duel entre aliénation et transe ?Misant parfois sur le grotesque (Addis, The Way It Goes) et parfois sur l\u2019apaisement d\u2019un trap alangui (Saiditzoneza, Money Don\u2019t Grow on Trees), cette nouvelle œuvre de la musicienne de Washington agit bel et bien sur le corps.Difficile de ne pas rapprocher Moolchan d\u2019autres artistes femmes sans peur, comme M.I.A.(Hong Kong to Amsterdam), Sudan Archives ou Princess Nokia (Ecstasy).Sophie Chartier FUNK La Musica Popular de Verdun ?Clay & Friends, Indépendant Près de deux ans après la parution de son premier album (Conformopolils), le jam band montréalais réapparaît avec un mini-album de six chansons estivales, insouciantes et inoffensives.Le quintette mené par le chanteur Mike Clay distille avec la même douce désinvolture son métissage de pop, soul, rap, reggae, funk et rythmes latins, sans toutefois donner signe que l\u2019innovation est un moteur pour lui.Encore les mêmes textes faciles et les mélodies sans grand relief, heureusement servis par des orchestrations lumineuses et une joie de vivre contagieuse.Le groupe Clay & Friends semble à son meilleur lorsqu\u2019il lorgne du côté reggae sur Cocomo, gagne des points sur sa collaboration avec Fouki (Undercover), alors que les rythmiques funk dansantes et appuyées de OMG et Name on It ont le mérite de brasser la cage d\u2019un groupe porté vers les grooves coulants.Reste que l\u2019expérience Clay & Friends demeure encore plus efficace sur scène qu\u2019en studio; ça tombe bien, le groupe offrira un concert-lancement au Ministère le 30 janvier.Philippe Renaud POP\u2019N\u2019ROLL Maison ouverte ?Simon Kearney, Sphère Musique Il a l\u2019alpha mâle mis à mal, Simon Kearney, et il se dépatouille avec ses pulsions comme il peut.Ça donne ce deuxième album à la fois joyeusement pop\u2019n\u2019roll (sa description), frondeur envers et contre tout, voire contre lui-même.À quel point chante-t-il sérieusement «Me faire feeler cheap, pour elle c\u2019est un sport / Aux bitch Olympics, elle a gagné l\u2019or »?La réaction semble outrée exprès, on se dit qu\u2019il dénonce une attitude, mais un doute subsiste.Exprès, peut-être.Il y a aussi une chanson intitulée L\u2019infirmière, où il se décrit comme celui qui veut se faire «becquer bobo» sur ses «blessures imaginaires» : trait grossi jusqu\u2019à la caricature ou manière de dire la vérité pas bonne à dire ?J\u2019avoue ne pas avoir de réponse.Les mélodies de Simon et les arrangements de Marc Chartrain sont bigrement efficaces, famille de vers d\u2019oreille élevée en bé- cher.Ça s\u2019écoute aussi sans rien y lire : « J\u2019gagne pas les concours et je trouve ça drôle.» Drôle comme dans drôle d\u2019époque.Sylvain Cormier CLASSIQUE Mozart ?Symphonies nos 39, 40 et 41, Ensemble Appassionato, Mathieu Herzog, Naïve, 2CD, V 5457 «Esprit es-tu là?» Un coup pour «oui» ; deux coups pour «non».Ici, il y a tellement de coups que la réponse «non, non, non\u2026» ne fait guère de doute.Cette parodie de séance de spiritisme décrit un disque frappant (39e et 41e sont des concertos pour timbales) qui, 12 ans après le désastre des Symphonies nos 40 et 41 par Minkowski, l\u2019un des pires CD du catalogue Archiv, laisse à penser que les Français ont un compte à régler avec Mozart.Le schéma est clair : une bande de musiciens amis s\u2019amuse à prendre la musique à bras-le-corps et à en découdre avec celle-ci dans une performance athlétique.On a connu cela avec Il Giardino Armonico dans Vivaldi.On est ébahi un temps, on ne réécoute jamais.Ici, seule la 40e surnage un peu, même si le 3e mouvement trahit la démarche velléitaire.Pas une mesure ne véhicule l\u2019idée que Mozart était un compositeur d\u2019opéra, un hédoniste du chant et un dramaturge.Comme Harnoncourt et quelques autres savent faire la différence entre Wolfgang Amadeus et Raging Bull, ce n\u2019est pas bien grave.Christophe Huss RACINES Northern South Vol.2 ?Whitehorse Six, Shooter Records Ils ont vraiment la manière calorifère, nos tourtereaux ontariens préférés.Pour vous décongeler la congère vite fait en ces jours frettes et blancs, y a pas plus indiqué que ce minialbum de blues sudoripare.Baby What You Want Me to Do, pourtant bien servie de Jimmy Reed à Elvis, trouve ici sa version la plus dangereusement collée serrée : ces harmonies d\u2019édredon détrempé, cette guitare en rut de Luke Doucet, ça frictionne l\u2019épiderme pas à peu près.Dans le même mouvement, en plus violent, la Baby, Scratch my Back de Slim Harpo fait plus qu\u2019égratigner : la voix à la fois lascive et acérée de Melissa McClelland lacère.Arrivés à l\u2019explicite I Just Wanna Make Love to You de Howlin\u2019 Wolf, on est pas mal plus dans le passage à l\u2019acte que dans l\u2019intention : le riff, l\u2019interprétation en « call and response » réciproque, tout rentre dedans.Et John The Revelator là-dedans ?Et St-James Infirmary ?C\u2019est pas de l\u2019appropriation culturelle, c\u2019est de l\u2019appropriation corporelle.Sylvain Cormier AMBIENT EXPÉRIMENTAL Tides : Music for Meditation and Yoga ?1/2 Kaitlyn Aurelia Smith, Touchtheplants Intuition, finesse, suggestivité : voici Tides en trois mots.Cet album de la compositrice américaine Kaitlyn Aurelia Smith, réalisé en 2013 pour accompagner les classes de yoga de sa mère sans jamais être officiellement distribué, se dévoile enfin à un large public.Deux sons s\u2019entendent sur les neuf variations proposées: la nature, surtout représentée par de petits chants d\u2019oiseaux, et un synthétiseur Buchla, auteur de vents et d\u2019eaux métaphoriques.Qu\u2019on se le dise, ceci n\u2019est pas une musique de relaxation ni un exercice fade et consensuel pour apaiser les esprits surmenés: Tides est plutôt exigeant, en ce sens qu\u2019il appelle une certaine réactivité du corps laissé en latence.Impossible de ne pas être maintenu en éveil : chaque nuance, malgré la régularité des boucles, commande une déviation de l\u2019esprit.La délicatesse se niche dans la fragilité des cloches et le retrait progressif des basses (Tides VII), dans la flamme persistante d\u2019effets vibrants (excellente Tides IV).Tout ne sera pas doux, mais c\u2019est là une force : apprendre à traverser les lames.Geneviève Tremblay L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 LI RE Myriam Beaudoin Le souverain désir de prendre soin d\u2019un enfant Alberto Manguel Écrire en dehors de la boîte L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 2 6 | CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR À la fois furieusement intime et universel, chargé d\u2019ambiguïtés, brûlant de révolte et criblé de doutes, La Mi- notaure est un hurlement de douleur et de rage qui prend vie dans la contestation et le refus d\u2019appar te- nance: à soi, aux autres, à ses cauchemars, mais surtout aux attentes et aux cadres dictés par la normativité.Premier roman de la poétesse et chercheuse en littératures et écritures des femmes Mariève Maréchale, l\u2019œu- vre est aussi la première publication offer te dans la nouvelle collection «Queer» de la maison d\u2019édition Triptyque: une collection excessive et hybride qui se veut résolument féministe, antiraciste et intersectionnelle dans l\u2019objectif de sonder les différentes normalités, qu\u2019elles soient identitaires, sexuelles, culturelles ou politiques.C\u2019est dans cette hybridité et ce métissage que se construit le roman, autant dans le fond que dans la forme, par le recours systématique à l\u2019hété- rolinguisme.Ici, l\u2019identité est « illes», libre de s\u2019autodéterminer ou au contraire de refuser toute tentative de définition.«J\u2019existe, pourtant, je possède chaleur et organes, je projette maints amours et désirs, mais je n\u2019apparais nulle part, hormis, peut-être, dans certains festivals underground ou dans les poèmes d\u2019Andrea Gibson.Pour des gens comme moi, Maude, des gens au genre double, qui se sentent en même temps beau et belle, émue et ému, qui sont dépassé.e.s par leur langue si sexiste, l\u2019espace public est un écartèlement et un vide qui engouffre jusqu\u2019à nos espoirs, nos familles, nos intimités.» L\u2019expérience poétique de Mariève Maréchale transparaît dans la charge émotionnelle portée par chacune des phrases, dans l\u2019intention choisie pour chacun des mots, au service des questionnements et des bouleversements auxquels doit faire face la société.La narratrice, terrifiée par un désir de vivre trop longtemps annihilé, entame un dialogue imaginaire avec Maude, son amie d\u2019enfance, véritable auto-psychanalyse des liens entre les monstres de l\u2019enfance et les craintes de l\u2019âge adulte.C\u2019est le récit d\u2019une parole qui ose naître, d\u2019une vie qui se distingue du commun, de stéréotypes remis en question puis fracassés, du dénouement d\u2019une existence oppressée et humiliée par une violence patriarcale, blanche, impérialiste et hétérosexuelle.Inspirée de la plume acerbe et précise d\u2019un Réjean Ducharme \u2014 par ailleurs cité en préface \u2014, le texte est un amalgame hétéroclite de réflexions et d\u2019émotions, fidèle à toute expérience de rumination.La langue frôle l\u2019oralité par la dureté de son rythme ponctué de consonnes qui martèlent la colère et l\u2019indignation, sans jamais tomber dans l\u2019ef fusion stylistique ou l\u2019onanisme intellectuel indigeste.En mettant en scène l\u2019expérience unique d\u2019une existence marginale, la jeune auteure, qui s\u2019identifie elle-même comme femme, butch, lesbienne et bi- genre, témoigne de l\u2019universalité des réalités multiples des minorités.Le message, par moments un peu trop appuyé, trace néanmoins la voie à une littérature désinhibée, engagée et divinement provocante.À lire.La douleur de la résistance Mariève Maréchale interroge les stéréotypes identitaires dictés par la majorité patriarcale La poète et chercheuse en littératures et écritures des femmes Mariève Maréchale publie son premier roman.DINAÏG STALL La Minotaure ?1/2 Mariève Maréchale, Triptyque, Montréal, 2019, 180 pages ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Chez les Recluses missionnaires de Montréal, sœur Thérèse raconte à la narratrice d\u2019Épiphanie, quatrième l ivre de Myriam Beaudoin, ce concours de CKVL lors duquel sa voix faillirait, l\u2019obligeant par le fait même à renoncer à son rêve de devenir chanteuse : « À ce moment-là, j\u2019ai compris ça plus tard, Dieu m\u2019a fait un signe, il a voulu me dire : \u201c Thérèse, ton twist, je le garde pour moi ! \u201d » Myriam Beaudoin en a rencontré plusieurs, des âmes bienveillantes comme sœur Thérèse, l\u2019invitant, pour son propre bien, à renoncer à son désir d\u2019être mère.« Je pense que sœur Thérèse aurait aimé que j\u2019aie la foi, la foi d\u2019accepter des réalités qui sont incontrôlables, d\u2019accepter la volonté de Dieu, même si c\u2019est totalement différent du chemin auquel je m\u2019attendais », se rappelle l\u2019écrivaine, qui a choisi de coiffer ce récit du mot « confession », pudique manière de signaler qu\u2019il s\u2019agit ici essentiellement de son histoire à elle.«Mais la narratrice d\u2019Épiphanie est rebelle.Elle se rebelle contre ce destin qui semble se dessiner et qui sera celui d\u2019une femme sans enfant.Elle suit sa propre conviction qu\u2019au bout du calvaire, il y aura la lumière.» Rebelle, Myriam Beaudoin ?Opiniâtre, aussi.Salle de yoga zénitude.Visite chez l\u2019herboriste.Consultation en médecine chinoise.Consultation en réflexologie.Retraite chez les sœurs.Clinique de fertilité.Elle aura remis son corps et sa peine entre les mains de gourous plus ou moins condamnables, entre les mains de celles qui croient (bien qu\u2019elle ne soit pas elle-même habitée par la foi religieuse) et entre les mains de la science pendant près de 15 ans.Une épreuve à laquelle ce silence de près de 10 ans depuis son précédent roman, 33, chemin de la Baleine (2009), est évidemment lié.C\u2019est qu\u2019elle voulait un enfant, peu importe la sentence des médecins qui ne pouvaient lui of frir mieux qu\u2019un diagnostic d\u2019infertilité inexpliquée, verdict trop peu catégorique pour réellement colmater cette brèche au creux de laquelle s\u2019enracinait déjà le plus insidieux des sentiments de culpabilité.Le souverain désir de prendre soin d\u2019un enfant L\u2019auteure d\u2019Hadassa, Myriam Beaudoin, revisite la longue route l\u2019ayant menée à sa première fille Pour Myriam Beaudoin, il s\u2019agit ici essentiellement de son histoire à elle.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L\u2019écriture de brefs poèmes remplis d\u2019images violentes lui procurera la lumière nécessaire pour ne pas se laisser choir au beau milieu des ténèbres.Ils auront été ses « pansements », confie-t-elle, bien que leur ton soit souvent celui de l\u2019autoflagel- lation.Ils jalonnent aujourd\u2019hui la prose d\u2019Épiphanie comme autant de cicatrices : « Ma vacuité de femme / incapable de devenir mère / trace une ombre souillée / dans la salle d\u2019attente / qui s\u2019étire en décennie.» « Dans la dureté de cet os qu\u2019on frappe quand on apprend que ce ne sera pas possible d\u2019enfanter, ce qui sauve, c\u2019est la poésie, qui permet de quitter le monde », obser ve celle qui avait déjà puisé dans sa propre vie avec Un petit bruit sec (2003) et Hadassa (2006).« Il y a une espèce d\u2019aspiration, d\u2019élévation qui se produit grâce à la poésie, qui permet de quitter le plancher des vaches, de se rapprocher du ciel, de respirer un bol d\u2019air.Même s\u2019il y a des vers qui sont très durs, même s\u2019il y a l\u2019eau du bain dans laquelle je voulais couler, la poésie permet d\u2019exprimer quelque chose qu\u2019on ne peut pas répéter à voix haute.Les gens ne veulent pas entendre la souffrance des autres.Il y a très peu d\u2019oreilles qui sont là pour entendre que tout va mal.» La fin du solstice Elle ne pouvait concevoir sa vie autrement, malgré toutes celles qui lui souf flaient que sa maternité se trouvait ailleurs, sous une autre forme.Il fallait qu\u2019elle entende le mot « maman », même si celui ou celle qui le prononcerait n\u2019aurait pas grandi en elle.«Au début du processus, on se révolte contre notre ventre qui n\u2019enfante pas, contre ce magnifique portrait en couleurs de papa, maman entourés d\u2019un, deux, trois, quatre enfants qui n\u2019existera pas, puis on se rend compte que ce n\u2019est pas d\u2019enfanter qu\u2019on a besoin, c\u2019est de prendre soin d\u2019un enfant.» L\u2019appel de la DPJ viendra le 6 janvier.Elle était arrivée dans le monde le 18 décembre, d\u2019une mère qui l\u2019avait abandonnée à la naissance.Elle s\u2019appellera Épiphanie, parce qu\u2019elle signera alors pour Myriam Beaudoin et son amoureux la fin d\u2019un interminable solstice, 15 ans de froid, de noirceur et d\u2019incertitude se refermant grâce à l\u2019adoption en banque mixte.Cette confession, c\u2019est donc pour « toutes ces femmes pour qui la route qui mène à l\u2019enfant est si longue et si ardue » qu\u2019elle l\u2019a écrite, mais aussi pour sa fille.Le mot «confession» revêt ici un sens presque religieux pour l\u2019auteure, qui devait apaiser sa propre culpabilité : culpabilité que sa joie n\u2019ait pu exister qu\u2019au prix du drame d\u2019un abandon, culpabilité des mots qu\u2019il faut désormais prononcer.« Plus elle grandit, plus elle a des questions et il faut gérer ça, gérer cet arbre généalogique dont les racines ne partent pas de notre propre foyer.C\u2019est dif ficile pour un parent de provoquer cette douleur chez son enfant en lui parlant de son passé.Et c\u2019est difficile de s\u2019imaginer que l\u2019enfant puisse se demander pourquoi sa mère est par venue à mettre au monde sa sœur, mais pas à la mettre au monde elle.» Petit miracle Vous avez bien lu, vous avez bien compris.Oui, Myriam Beaudoin est tombée enceinte peu après l\u2019arrivée d\u2019Épiphanie chez elle.Elle nous l\u2019apprend en fin d\u2019entrevue d\u2019une voix pleine de félicité, mais ne camouflant pas tout à fait cette crainte typique de celles qui, après avoir longtemps été chevillées au malheur, craignent que le bonheur ne soit que de passage.Comment expliquer ce petit miracle ?Tente-t-elle seulement de l\u2019expliquer ?« C\u2019est peut-être ma nature romantique, mais j\u2019aime dire à ma première fille que, dès que je l\u2019ai placée en koala avec moi, elle a guéri mon ventre.Je pense parfois que ça peut être vrai, qu\u2019il y a un apaisement qui se produit quand tu deviens parent, quand le rêve se réalise.» Une surprise qui, sans avoir ou- ver t à l\u2019écrivaine les por tes de la foi, force chez elle l\u2019humilité devant toutes ces forces mystérieuses qui s\u2019agitent sous la surface des choses.« Comme le disait sœur Thérèse : \u201cIl n\u2019y a rien qui arrive pour rien.\u201d » La poésie du monde appelle parfois des mots aussi simples.| 2 7 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Novembre et janvier sont les parenthèses excitantes de Noël.L\u2019excitation qui accompagne l\u2019achat de cadeaux, la décoration de la maison et la recherche des meilleures recettes en ligne n\u2019a d\u2019égale que la relaxation après Noël, lorsque le Nouvel An ouvre une brèche dans le mur du désespoir et que l\u2019on se plaît à énumérer des résolutions hardies du type écrire un nouveau roman, brûler cinq kilos de graisse ou aller en Thaïlande.On sait qu\u2019on les portera dans ses bras comme de petits chats dociles vers l\u2019année d\u2019après.Une de ces résolutions irréalisables, c\u2019est d\u2019arrêter d\u2019acheter des romans tant que je ne finis pas la lecture de ceux achetés l\u2019année d\u2019avant.Appendice: je me promets de faire le tri de ma bibliothèque et d\u2019explorer d\u2019autres genres littéraires.Arrivée la deuxième semaine de janvier, purge des e-mails auxquels je n\u2019ai pas eu le temps de répondre, des post-it multicolores avec des dates et des mots d\u2019ordre, des projets d\u2019écriture dont les dates de soumission sont déjà passées.Rangement des décorations de Noël, de la vaisselle en porcelaine, de la chambre des enfants partis accomplir leur destin ailleurs, des livres achetés ou reçus en cadeau.Dans la pile, une pièce de Mishka La- vigne sortie en décembre 2018.Jeune écrivaine d\u2019ici, d\u2019Ottawa, de la relève.Je sors Havre de la pile en espérant y trouver une idée pour ma chronique.Je me rappelle avoir écrit une chronique sur le récit narratif dans la poésie ; les premières pages de Havre me font penser au cinéma dans le théâtre.Parenthèses Par rapport au théâtre, j\u2019éprouve des sentiments mixtes d\u2019une passionnée de cinéma.Au Canada, à quelques exceptions près, seules les représentations de Robert Lepage et les pièces publiées de Wajdi Mouawad m\u2019interpellent.J\u2019admire Lepage parce que cinéaste et Mouawad parce que poète.Leur théâtre se situe au carrefour des arts et complexifie la représentation dramatique au-delà du dialogue livré sur scène.En réalité, les deux auteurs ont passé par le cinéma avant de capter mon attention par leurs pièces lues ou représentées.Ce fut également le cas d\u2019une pièce comme Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, que j\u2019ai lue après avoir vu l\u2019adaptation réalisée par Xavier Dolan en 2016.Quand le théâtre se fait cinéma MAY TELMISSANY Pourtant, au cours de mes études en lettres françaises, j\u2019avais lu et admiré Racine, Molière, Musset, Camus, Vian, Ionesco, Anouilh.Mais pour une raison obscure, enfant du siècle romanesque, j\u2019ai abandonné la lecture des pièces de théâtre en faveur d\u2019autres genres, comme le roman, ou d\u2019autres médias, comme le cinéma.Peut-être que mon appréhension du dialogue vide et d\u2019un certain maniérisme théâtral m\u2019éloigne de l\u2019art dramatique, me rapproche des arts du récit, de l\u2019image et de l\u2019énonciation indirecte.Havre Elsie et Matt sont sur scène.Elsie raconte deux événements concomitants : un trou béant avale une voiture stationnée devant son immeuble à Ottawa et, le jour même, la voiture de l\u2019auteure Gabrielle Sauriol, sa mère, percute un arbre à Vancouver.Le corps est éjecté dans l\u2019océan.Matt rentre d\u2019un voyage pénible à Sarajevo, ville de sa naissance.Une fois atterri à Ottawa, il apprend sur les écrans la mort tragique de l\u2019auteure.À tour de rôle, chacun raconte ses souvenirs, ses angoisses, son deuil ; une complicité évoquée, non dite, s\u2019installe avant leur rencontre.Le montage subtil et transparent des répliques et des flash-back devient plus poignant grâce à l\u2019absence de didascalies.Comme dans le cinéma lorsque les coupures disparaissent en faveur du continuum émotionnel.Entre ces deux personnages, pris dans des espaces et des temporalités vertigineuses qui nous rappellent le Babel d\u2019Iñárritu, se tisse une histoire d\u2019amitié et de deuil.Elsie se cache et lèche dans la solitude les blessures générées par l\u2019abandon et l\u2019absence physique de la mère.Aucune trace de celle-ci n\u2019existe au-delà des livres, corps symbolique qu\u2019Elsie, avec l\u2019aide de Matt, enterre dans le trou.Matt, orphelin adopté lors de la guerre civile en Bosnie, tente de reconstruire sa mémoire, de retrouver la trace de ses parents biologiques, de combler la brèche de ses amours ratées.Ingénieur, il s\u2019occupe du trou face à l\u2019appartement d\u2019Elsie, et de la perte tragique qui perce son âme.En parallèle, le livre qui scelle la réputation de Gabrielle Sauriol et dans lequel elle parle d\u2019une mère qui perd sa fille abattue à Sarajevo est intitulé Havre.Le titre propose une mise en abîme intéressante du Sarajevo de Matt dans le Sarajevo de Sauriol, du Havre fictif dans Le Havre concret de Lavigne.Jeu admirable qui superpose les images et brouille les temporalités.Le tout est raconté, évoqué par le récit et par le dialogue entre les personnages et avec le spectateur; reste que la pièce donne à voir par le récit et enchante par son potentiel filmique incommensurable.Épiphanie Myriam Beaudoin, Leméac, Montréal, 2019, 144 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 2 8 | ENTREVUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR iscuter création avec Rober Racine, c\u2019est entrer à pas feutrés dans une page d\u2019histoire.Car l\u2019œuvre et la vie de l\u2019artiste sont ponctuées de rencontres marquantes \u2014 Claude Vivier, Marie Chouinard, Raymond Gervais \u2014 et d\u2019autres pour le moins burlesques \u2014 dont l\u2019influence et le souvenir se forgent en présences éloquentes dans l\u2019un ou l\u2019autre de ses romans.« Dans les années 1980, je devais m\u2019entretenir avec le poète Denis Vanier dans le cadre d\u2019une chronique pour le magazine Virus Montréal, un mensuel plutôt underground.Le personnage frôlait la légende.On racontait qu\u2019il s\u2019était battu avec Lucien Francœur lors de la nuit de la poésie.Je suis entré chez lui t imidement.I l m\u2019a demandé d\u2019aller chercher une caisse de 24 au dépanneur d\u2019en face.À un moment, Marie Uguay est venue nous rejoindre.J\u2019avais devant moi la personnification de l\u2019ombre et de la lumière, la fragilité et une tornade.C\u2019était irréel.» Une figure majeure Cette histoire ne s\u2019est finalement jamais matérialisée sur papier, mais Denis Vanier s\u2019est imposé comme une figure majeure dans le dernier roman de Rober Racine, La petite rose de Halley.Sans jamais apparaître réellement sous la forme d\u2019un personnage ou prendre part au récit de manière concrète, le poète maudit transcende l\u2019entièreté du récit et influence son développement, par ses mots, bien sûr \u2014 « j\u2019écris pour ne pas tuer » \u2014, mais aussi par son parcours atypique, les lieux qu\u2019il a fréquentés et sa voix unique et provocante.Pourquoi dans cette œuvre plutôt qu\u2019une autre ?« Ce roman demeure assez mystérieux pour moi, dit Racine, rencontré dans le décor classique des Éditions Boréal à Montréal.J\u2019écris beaucoup par intuition, par impulsion, sans jamais me brimer par la censure.Parfois, j\u2019inclus des éléments sans trop savoir pourquoi, et leur motif finit par se révéler avec le temps.» L\u2019écriture de ce roman s\u2019est par ailleurs révélée particulièrement difficile.« C\u2019est la première fois que je rencontrais des problèmes dans l\u2019écriture.J\u2019ai vécu une longue suite d\u2019épreuves qui ont interrompu ma création.» En 2014, on lui diagnostique un cancer duquel il se rétablit.« Deux ans plus tard, ma petite sœur est décédée dans mes bras des suites d\u2019un AVC.En 2017, j\u2019ai subi six pontages coronariens qui ont nécessité une longue convalescence, et j\u2019ai peu après perdu mon meilleur ami, l\u2019artiste Raymond Gervais.» Rober Racine s\u2019est donc éloigné un peu de son projet pour mieux y revenir, écrivant au passage une centaine de pages dont il ne s\u2019est finalement jamais servi.En résulte une réflexion sur le pouvoir de l\u2019inconscient, un roman d\u2019une extrême densité, chargé de non-dits, où la tristesse côtoie l\u2019espoir, où le bonheur flir te avec la mort, où les blessures, irrésistibles, menacent à tout moment d\u2019imploser.Inspiration La petite rose de Halley devait au départ être un roman sur le bruit : celui qui trouble, obsède, violente ou agresse.L\u2019intrigue qui s\u2019y est greffée est, comme souvent chez Racine, fondée sur le hasard, l\u2019anecdote, l\u2019émotion.«En 1993, je suis tombé sur un article concernant un \u201cpetit meurtrier\u201d, un enfant de cinq ans qui, en Inde, a tué trois autres gamins à coups de bâton de bambou parce qu\u2019ils étaient \u201ctrop bruyants\u201d.» La coupure de jour nal montre un môme à l \u2019air renfrogné, vêtu d\u2019un simple t-shirt blanc, les poings serrés contre la poitrine dans une attitude défensive.« Ce petit garçon était une véritable bombe, » lance-t-il, songeur.Le récit s\u2019est dès lors peu à peu imposé.« J\u2019ai eu l\u2019idée de ce personnage, Gregory Paxton, chercheur en radiologie, qui reçoit une lettre lui annonçant que, 60 ans plus tôt, à l\u2019âge de 5 ans, il aurait commis un meurtre sur une fillette de 12 mois.J\u2019ai voulu explorer l\u2019impact d\u2019une telle nouvelle, le doute, la recherche du motif\u2026 » La violence de son enfance À Hiroshima pour étudier les ombres imprimées sur les immeubles de la ville depuis l\u2019explosion de la bombe atomique, Gregory ne peut s\u2019empêcher de lier, dans une suite de pensées troubles et désorganisées, la violence qui resurgit de son enfance à Little Boy, ce champignon nucléaire ayant anéanti près du tiers de la population de la ville japonaise.Comme dans les autres romans de l\u2019auteur, une multitude de personnages de plus ou moins grande importance complexifient la trame narrative, multipliant les pensées, les intentions, les blessures et les secrets portés par le récit.« Comme je ne rédige pas de manière linéaire, les réflexions de certains personnages, leur intimité ou leur simple présence s\u2019imposent au cours de ma réflexion.Je vois l\u2019écriture comme un voyage, ajoute-t-il après un cour t silence.Il faut être ouver t à toutes les possibilités et être prêt à changer de cap.» La création est un voyage L\u2019auteur montréalais Rober Racine offre une réflexion sur l\u2019humanité à travers ses secrets et ses obsessions L\u2019œuvre et la vie de Rober Racine sont ponctuées de rencontres marquantes et d\u2019autres burlesques, dont l\u2019influence et le souvenir se forgent en présences éloquentes dans l\u2019un ou l\u2019autre de ses romans.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR La petite rose de Halley ?1/2 Rober Racine, Boréal, Montréal, 2019, 240 pages Lorsque Gregory Paxton, chercheur en biologie, apprend que, à l\u2019âge de 5 ans, il aurait sauvagement assassiné une fillette d\u2019à peine 12 mois parce qu\u2019elle faisait trop de bruit, sa vie est bouleversée.Regarder, respirer, manger, dormir, penser : tout est différent, teinté de la peur de soi.Pendant ce temps, Tania, sa femme, confectionne une robe couleur de feu pour une mystérieuse cliente, méditant sur son aventure passionnelle avec un autre homme.Marie, leur fille, découvre les rues du Centre-Sud, suivant les pas du poète Denis Vanier.Œuvre intellectuelle et sensible édifiée à la manière de poupées russes, La petite rose de Halley est chargée d\u2019une abondance de détails et de pensées, où chaque trame narrative en dévoile une autre.Non linéaire, le récit se dévoile au lecteur par fragments, au fil des réflexions de l\u2019auteur sur ces personnages, offrant une incursion audacieuse dans la mécanique de l\u2019esprit d\u2019un créateur.Rober Racine offre un huitième roman original et pénétrant.D L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 T O P O T O P H O T O P H O A U T E U R A © P H I L I P C O L I P C N R A D O O T O P H O T O P H A U T E U R A © P H I L I P C O N R A D CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR « Je forme une entreprise qui n\u2019eut jamais d\u2019exemple, et dont l\u2019exécution n\u2019aura point d\u2019imitateur.Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi », écrivait Jean-Jacques Rousseau en amorçant ses Confessions, à la fin du XVIIIe siècle.C\u2019est une même volonté de transparence, le style et la paranoïa en moins, peut-être, qui a poussé l\u2019écrivain nor végien Karl Ove Knaus- gaard à pondre les 4000 pages en six volumes écrites et publiées entre 2009 et 2011.Ce qu\u2019il a fait, ce qu\u2019il a pensé, ce qu\u2019il a été : il veut tout dire.Au cours des quatre premiers « épisodes » (« La mort d\u2019un père », « Un homme amoureux », « Jeune homme », « Aux confins du monde », tous en Folio), Karl Ove Knausgaard avait surtout rejoué son enfance et son adolescence.Il était devenu un adolescent auquel on a fini inévitablement par s\u2019attacher, miroir de nos propres balbutiements, de nos doutes, de nos échecs et de nos trahisons.Comment une conscience se construit ?Lire Knausgaard, avec les longueurs et les passages à vide que cela implique, c\u2019est un peu se promener entre l\u2019infiniment proche et l\u2019horizon lointain.Devenir écrivain Au début de Comme il pleut sur la ville, le cinquième et avant-dernier tome, le Norvégien de 19 ans revient d\u2019un long voyage dans le sud de l\u2019Europe, sans le sou et juste à temps pour le début des cours à la prestigieuse Académie d\u2019écriture de Bergen où il a été admis.Un cinquième tome particulièrement torrentiel : Knausgaard prétend avoir mis seulement huit semaines pour en pondre les 848 pages.I l ne rêve toujours que d\u2019une chose : devenir écrivain.S\u2019il écrit un peu, il dilapide surtout son prêt étudiant, boit comme un trou, devient un « batteur minable » dans le groupe de musique rock qu\u2019i l a formé avec son frère et des amis.Il s\u2019amourache d\u2019une fille, va vivre quelques mois en Islande avec elle, travaille dans des établissements psychiatriques ou sur des plate- for mes de forage , en tame des études de littérature et d\u2019histoire de l\u2019art, fait de la critique littéraire à la pige dans les journaux, tombe follement amoureux d\u2019une autre femme qu\u2019il épouse.Peu de temps après la mort de son père, un homme tyrannique qui avait sombré dans l\u2019alcool \u2014 voir les tomes précédents \u2014, Knausgaard publie enfin son premier roman, mais sombre dans un nouvel épisode de torpeur et de confusion.Pluie, crachin, bruine, excès d\u2019alcool : c\u2019est comme si le climat de Bergen, la deuxième ville du pays, surnommée « la ville de la pluie » tant les précipitations y sont abondantes, pesait sur son état d\u2019esprit \u2014 et forcément aussi sur celui du lecteur.Sans excès d \u2019orguei l \u2014 au contraire d\u2019un Rousseau \u2014 et sans beaucoup de pudeur, mais avec sûrement une immense part d\u2019invention dans les détails qui comptent le moins, Knausgaard transforme ainsi les 14 années où il a vécu à Bergen, entre 1988 et 2002, en un lourd récit d\u2019exorcisme, d\u2019apprentissage et de stagnation.Une étape de fermentation littéraire peut-être invisible à l\u2019œil nu, mais on ne peut plus nécessaire.Et si Comme il pleut sur la ville n\u2019a pas la force des tomes précédents, le livre apparaît comme un passage obligé, la clé de voûte de son projet autobiographique.Knausgaard, torrentiel L\u2019écrivain norvégien poursuit le récit de son combat contre lui-même Comme il pleut sur la ville (Mon combat \u2013 V) ?1/2 Karl Ove Knaus- gaard, traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet, Denoël, Paris, 2019, 848 pages Extrait de Comme il pleut sur la ville « Ce que je ressentais était extraordinaire.Pendant plus de dix ans, je n\u2019étais arrivé à rien, et là tout à coup, comme par miracle, il me suffisait d\u2019écrire.Et ce que j\u2019écrivais était d\u2019une qualité telle, comparé à avant, que chaque soir j\u2019étais surpris en relisant ce que j\u2019avais rédigé la nuit précédente.C\u2019était comme une ivresse, ou comme être somnambule, un état où on est hors de soi, et le plus étrange dans cette expérience c\u2019était qu\u2019elle perdurait.» es questions en apparence simples ne le sont jamais vraiment avec Suzanne Jacob.Un exemple typique du ton général d\u2019une conversation en sa compagnie se présente dès les premières secondes de l\u2019entretien.Que vous plaît-il particulièrement dans l\u2019exercice de la nouvelle ?s\u2019enquiert-on très banalement au sujet de Feu le Soleil, son premier livre de fiction depuis Un dé en bois de chêne (2010).Long silence, puis cette réponse espiègle, comme une illumination : « Faudrait demander à mes personnages ! » Vous avez leur numéro de téléphone ?« Je pense que oui ! » L\u2019au- teure de Laura Laur et de Fugueuses, selon toute vraisemblance, maîtrise toujours avec autant d\u2019adresse l\u2019ar t de l\u2019esquive, indissociable chez elle d\u2019une façon d\u2019envisager la nouvelle comme un espace pouvant tolérer une certaine part de mystère, voire d\u2019impénétrabilité.C\u2019est d\u2019ailleurs de ce côté, à l\u2019intérieur du livre et pas chez celle qui le signe, qu\u2019il aurait d\u2019abord fallu chercher la réponse à notre question, comprendra-t-on plus tard.« [L]e mot longtemps et le mot fulgurant, j\u2019en ferais une histoire de leur proximité », annonce la nar ratrice de « Grand réserve », premier texte du recueil.Comprendre : c\u2019est de cet instant qui se dilate au point de tout engouffrer que l\u2019écrivaine de 75 ans tente de témoigner, lorsqu\u2019elle écrit des nouvelles.« Les nouvelles, elles naissent de ces moments qui sont comme des éclairs qui durent longtemps, ex- plique-t-elle.Ce moment, par exemple, où l\u2019enfant dans \u201cBanane-chocolat\u201d apprend que sa vie se poursuivra même ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR L i r e F i c t i o n 3 0 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T Suzanne Jacob refuse d\u2019avaler les M & M\u2019s de l\u2019obéissance L\u2019écrivaine signe Feu le Soleil, un recueil de nouvelles inquiet quant à l\u2019avenir de l\u2019humanité Suzanne Jacob publie son premier livre de fiction depuis Un dé en bois de chêne (2010).RÉMY BOILY Feu le Soleil Suzanne Jacob, Boréal, Montréal, 2019, 128 pages.En librairie le 29 janvier.L si ses parents disparaissent.C\u2019est un moment qui ne dure objectivement pas longtemps, mais qui dure longtemps en nous.Je me souviens, mon propre fils, quand il a appris que lorsqu\u2019il était ici, il n\u2019était pas là, il s\u2019est mis à courir avec un plaisir tellement extraordinaire d\u2019une pièce à l\u2019autre de l\u2019appartement.Cette découverte de la pensée humaine est fondamentale.» Les fourmis qui vident l\u2019humanité Malgré les nombreux émer veille- ments qui foudroient ses personnages, Feu le Soleil est sur tout, d\u2019abord, un livre angoissé quant au futur d\u2019une planète passée experte en déni.« [E]st-ce que la cer titude de l\u2019inéluctabilité de l\u2019extinction du Soleil serait responsable de notre désensibilisation, de notre indif férence face à toute autre menace d\u2019extinction ?» suggère la conférencière de la nouvelle-titre.La narratrice de « Adagio/lapidation » se réveille quant à elle d\u2019un cauchemar dans lequel Glenn Gould était assailli de pierres lancées par des islamistes.Au bout du fil, Suzanne Jacob témoigne de sa propre inquiétude à l\u2019aide d\u2019une étonnante allégorie.«L\u2019au- | 3 1 D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR Frantumaglia est un mot napolitain qu\u2019Elena Ferrante a appris de sa mère, qui désigne « le dépôt du temps, sans l\u2019ordre d\u2019une histoire, d\u2019un récit ».Nourri de correspondances, d\u2019essais et d\u2019entrevues menés sur une période de 25 ans, ce livre est un joyeux désordre, truffé de trésors cachés, où la célèbre écrivaine se révèle dans la clarté de sa pensée, complexe, fertile et engagée.Le projet est né de l\u2019initiative de son éditrice et jette une lumière neuve sur l\u2019auteure.En plus de réflexions sur les rapports tissant les êtres et les mécanismes qui sous-tendent nos sociétés, Frantumaglia offre de nouvelles clés de lecture de son œuvre, par l\u2019exploration approfondie des thèmes, des personnages et des lieux qui la peuplent, de Naples au féminisme, en passant par son admiration pour l\u2019écri- vaine Elsa Morante.Les propos qui y sont colligés n\u2019apaiseront pas forcément la colère de ceux qui accusent Ferrante de se cacher derrière un pseudonyme, mais sa posture est assumée.Les entrevues y sont nombreuses où celle-ci doit défendre son désir de tenir à distance le monde des médias.Sans fléchir, elle dit et redit que la fonction d\u2019un auteur réside entièrement dans son écriture : « Elle naît en elle, s\u2019invente en elle et se conclut en elle.» Le reste, personnage de l\u2019auteur créé par les médias, ne servirait qu\u2019à vendre de la copie.On découvre ainsi une femme qui, par l\u2019écriture, dit s\u2019offrir entièrement : «Dans l\u2019expérience qui est la mienne, l\u2019effort-plaisir d\u2019écrire touche tous les points du corps.Quand un livre est achevé, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on a fouillé en moi avec une intimité excessive et il me semble n\u2019avoir qu\u2019un seul désir : reprendre mes distances, recouvrer mon intégrité.» L\u2019indépendance qu\u2019elle confère au récit accomplit ainsi une seconde fonction : celle de lui redonner sa liberté.Pourquoi alors devrait- elle défendre son roman?«Je l\u2019ai écrit pour m\u2019en libérer, non pour en être sa prisonnière», écrit-elle.Les entretiens, menés par écrit, sont inégaux en qualité, souffrant parfois d\u2019un manque de spontanéité, de cette connivence qui naît de la rencontre.Pourtant, dans ses correspondances comme dans ses réponses, l\u2019auteure fascine.Sa pensée y est toujours exhaustive, généreuse, invitant à la réflexion.Lorsqu\u2019elle prend la plume, il semble que ce soit chaque fois de toute son âme, parce que « dans la fiction littéraire, il est nécessaire d\u2019être sincère à un point insoutenable, sous peine de vacuité ».Frantumaglia désigne aussi « un paysage instable, la masse aérienne ou aquatique d\u2019une infinité de débris qui s\u2019impose au \u201cmoi\u201d comme sa seule et véritable intériorité ».Débris de violence et de tendresse, premiers lieux de la vérité humaine, c\u2019est là que l\u2019écriture d\u2019Elena Ferrante puise sa force.Celle dont le nom et le portrait véritables nous échappent se livre ainsi à nous, entière, par le pouvoir des mots.Ferrante prise aux mots Immersion dans le travail et la pensée de l\u2019auteure Le livre d\u2019Elena Ferrante propose l\u2019exploration approfondie des thèmes, personnages et lieux qui peuplent son œuvre, de Naples au féminisme.GABRIEL BOUYS AGENCE FRANCE-PRESSE Frantumaglia L\u2019écriture et ma vie ?1/2 Elena Ferrante, traduit de l\u2019italien par Nathalie Bauer, Gallimard, Paris, 2019, 490 pages.En librairie le 30 janvier.Qu\u2019est-ce qu\u2019on m\u2019injecte pour que je ne sente pas qu\u2019on est en train de vider ma pensée ?Tout le monde parle de la disparition des espèces, mais le plus extrême, c\u2019est que nous sommes peut-être en train de vivre notre propre disparition.SUZANNE JACOB » tre jour, j\u2019ai vu une équipe de fourmis vider une cigale», laisse-t-elle tomber, puis nouveau long silence.Oui, les fourmis, la cigale, mais encore?«Les fourmis vidaient la cigale et je me demandais : \u201cQuelle équipe de fourmis est en train de vider l\u2019humanité sans qu\u2019on s\u2019en rende compte ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on m\u2019injecte pour que je ne sente pas qu\u2019on est en train de vider ma pensée?\u201d Tout le monde parle de la disparition des espèces, mais le plus extrême, c\u2019est que nous sommes peut-être en train de vivre notre propre disparition, pas dans le sens où la planète serait inhabitable, mais dans le sens où nos esprits et nos imaginaires seraient inhabitables.» Consommation, capitalisme et publicité se trouvent à nouveau dans la ligne de mire de la poète et romancière, éternellement vigilante quant au rôle que ceux qui veulent nous vendre des trucs tentent de faire jouer aux mots.Une menace face à laquelle la littérature se devrait plus que jamais d\u2019offrir sa résistance.«Une personne qui lit est une personne qui, pendant un instant, ne reçoit pas ces masses d\u2019injonctions.C\u2019est une personne qui refuse tous ces M&M\u2019s d\u2019obéissance que l\u2019on tente de lui faire avaler.C\u2019est sûr que si je deviens lectrice, j\u2019échappe à ça.J\u2019ai plus de force de survie que les autres.» L\u2019autocensure inconsciente Mais c\u2019est aussi cette époque où on ne pourrait, semble-t-il, plus rien dire, comme le veut désormais la formule consacrée, qui alarme Suzanne Jacob.« Tout [\u2026] se déroulera sous leurs yeux, et ils ne le verront pas », écrit-elle en citant la défunte écri- vaine allemande Christa Wolfe.« Tout se déroulera sous leurs yeux, et ils ne le verront pas : ils ne verront pas qu\u2019ils ne sont plus libres et qu\u2019ils se contentent de dire le mot \u201cliberté\u201d, ajoute-t-elle en entrevue.L\u2019autocensure à laquelle on assiste n\u2019est pas grave, ce qui est grave, c\u2019est l\u2019autocensure inconsciente.Ne pas savoir qu\u2019on s\u2019autocensure, c\u2019est ça être non libre.Présentement, c\u2019est tout le vocabulaire qui y passe, ça se déchaîne de partout.» L\u2019autocensure, consciente ou pas, ne guette certainement pas celle qui s\u2019inspire d\u2019une visite au Dollarama dans une des nouvelles les plus étranges de Feu le Soleil.Extrait : « Au rayon des jouets, trois femmes musulmanes s\u2019amusent follement à essayer les mitraillettes et les revolvers.Je leur suggère gentiment : \u201cVous feriez des économies en leur offrant des pierres à lapidation.\u201d Elles ne comprennent pas ma langue, mais mon sourire nous rend complices.» Ne joue-t-elle pas ainsi au jeu dangereux de l\u2019amalgame entre islam et terrorisme?«Si on me fait comparaître au tribunal, je pourrai dire que c\u2019est arrivé pour vrai! Tout ce que je fais, dans ce texte, c\u2019est demander : \u201cQu\u2019est-ce que je vois?Qu\u2019est-ce j\u2019ai vu, lorsque j\u2019ai croisé ces femmes voilées dans ce Dollarama\u201d?» La réponse, sibylline, ne ressemblerait qu\u2019à une feinte s\u2019il ne s\u2019agissait pas, chez Suzanne Jacob, d\u2019un mode naturel de communication. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L i r e 32 | JEUNESSE L\u2019histoire en retard ?Marianna Coppo, traduit de l\u2019anglais par Nadine Robert, Comme des géants, Montréal, 2019, 48 pages « Il était une fois, une page blanche\u2026 qui ne fut pas blanche très longtemps.» En effet, cinq personnages, l\u2019air un peu ahuri, apparaissent aussitôt pour colorer le décor et mettre fin à l\u2019immobilité.Que se passe-t-il exactement dans cette immensité blanche?Où sont-ils?L\u2019un d\u2019eux af firme alors qu\u2019ils sont dans un livre.Ah ! Eh bien, la meilleure chose à faire dans ce cas est d\u2019attendre l\u2019histoire, suggère un autre.Si l\u2019attente est sagement et surtout résolument vécue par quatre d\u2019entre eux, le plus petit déserte leur compagnie et s\u2019invente un monde sur la page de gauche.Maniant l\u2019art du détail, taquinant l\u2019imaginaire avec une souplesse et une subtilité enviables, Marianna Coppo livre, avec L\u2019histoire en retard, une ode à la simplicité et à l\u2019inventivité.Alors que le quatuor, toujours au cœur du vide, discute de rien et de tout, l\u2019autre bricole, ajoutant tranquillement, mais sûrement, une composante de plus à son microcosme.Un arbre d\u2019abord, puis un oiseau, un nuage, une balançoire, quelques animaux, etc.Grâce à son trait délicat, naïf et franc, Coppo invite tout naturellement l\u2019œil à dépister l\u2019élément nouveau sur chacune des pages, joue d\u2019interactivité avec le lecteur intrigué, attiré par ce décor qui prend vie, par ces personnages qui s\u2019additionnent.Et, petit à petit, mine de rien, les univers s\u2019unissent et forment en fin de compte une histoire bien remplie.La jonction entre les clans se fait tout en douceur, laissant d\u2019abord un personnage s\u2019avancer légèrement sur la page de droite, puis d\u2019autres traversent complètement la pliure jusqu\u2019à ce feu de camp qui flambe en plein centre, éliminant définitivement la frontière entre les deux mondes.La simplicité et la brièveté des dialogues, ainsi que la place réservée au silence, permettent aux illustrations de se raconter et, au lecteur, d\u2019oublier l\u2019attente afin de prendre part à cette célébration de la créativité et de l\u2019amitié.Marie Fradette Une ode à la simplicité et à l\u2019inventivité BANDE DESSINÉE Un cow-boy à Paris ?Les aventures de Lucky Luke d\u2019après Morris, Achdé et Jul, Dargaud, Paris, 2018, 44 pages Bonne idée, se dit-on d\u2019emblée.Une idée à la René Goscinny.Notre héros solitaire croise en plein Far West un certain Auguste Bartholdi, sculpteur ambitieux venu de France dans le but de promouvoir et de financer son rêve: ériger sur une petite île à l\u2019entrée de New York « La Liber té éclairant le monde», statue de femme drapée, couronnée, brandissant une torche.Non seulement Lucky Luke protégera « Lady Liber ty » \u2014 à tout le moins sa main et la torche \u2014 durant la campagne de souscription, mais il accompagnera l\u2019artiste jusqu\u2019à Paris, le temps de terminer l\u2019œuvre et de la ramener en Amérique.Bonne idée, bonne bédé ?Pour le dessin, pas de souci, Achdé est le re- preneur officiel de la série créée par Morris en 1946: trait sûr, respect scrupuleux des codes graphiques.Pour le scénario, ça colle aussi, et ce n\u2019est pas peu dire: lourde tâche, pesante torche.Plusieurs y ont perdu leur scalp depuis la mort de Goscinny en 1977, tant l\u2019art de raconter était celui d\u2019un équilibriste génial, calibrant parfaitement narration et gags.Jul sait faire du Goscinny pas trop à numéros, et les trouvailles \u2014 Lucky a le mal de mer et se sent vraiment « a long way from home » ; le cowboy se méprend quant à l\u2019utilisation d\u2019un bidet bien parisien ; le train Rouen-Paris est en retard à cause d\u2019une grève des cheminots \u2014 ne font pas trébucher le scénariste dans le fil du récit.À une erreur de jugement près : si Goscinny insérait jouissivement les anachronismes, il évitait les références à l\u2019actualité.Ici, une allusion facile («50 nuances de grilles\u2026»), là une citation trumpienne dans la bouche du mé- chant («Un jour, il va falloir construire un mur entre nos deux pays»), voilà qui vieillira mal.À l\u2019opposé, on se réjouit de la récurrence du gag où les Parisiens ne cessent de voir en Lucky un Belge à cause du noir-jaune-rouge de ses vêtements.Au cumul, on est plutôt content de Jul, au point où l\u2019on cesse rapidement de traquer la faute pour profiter de cet épisode, ma foi, honnêtement réussi.Sylvain Cormier Une lourde torche bien brandie CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est un thème trop peu souvent abordé : celui du Nord.Avec en arrière-fond celui du « progrès et du développement », pour ne pas dire de la spoliation du territoire aux dépens des différentes nations autochtones qui l\u2019habitent encore.Soyons plus précis : nous sommes à Schefferville et l\u2019on vient de trouver dans un banc de neige les corps violentés de deux jeunes femmes autochtones.Comme l\u2019actualité est déjà lourde de tensions à la suite de l\u2019acquittement de deux policiers dans une autre af faire, c\u2019est le directeur des enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec, Émile Morin, qui est chargé directement de l\u2019enquête par la ministre de la Justice.Le meilleur est à venir Mais Morin n\u2019arrive pas seul à Schef- ferville dans l\u2019hélicoptère de la SQ; il est venu avec son ami et complice Giovanni Celani, romancier de son état, ancien habitant du lieu\u2026 et narrateur du récit.Une foule de personnages tapissent le fond de cette histoire où, sous l\u2019horreur de deux injustifiables assassinats, il est d\u2019abord question d\u2019une compagnie minière prête à tout pour s\u2019installer dans le secteur.On rencontrera ici des êtres attachants, autochtones ou blancs, fiers habitants d\u2019un pays rude, tout comme des escrocs recourant au chantage pour arriver à leurs fins.Des faibles aussi et des plus faibles encore, qui prendront les mauvais moyens pour détenir enfin un peu de pouvoir.Au bout du compte, c\u2019est presque par hasard que le drame prendra devant nous toute son ampleur avant d\u2019être brutalement résolu par un coup de feu.Certaines choses sont très réussies dans cette histoire et d\u2019autres beaucoup moins ; des personnages, on l\u2019a dit, fort touchants, vrais, y côtoient des êtres superficiels ou mal esquissés dont le parcours n\u2019est absolument pas crédible.Pourtant, on nous fait bien sentir ce pays démesuré et ses habitants confrontés aux dures réalités du Nord.L\u2019intrigue est solide: on en visite même l\u2019arrière-scène afin d\u2019en mieux saisir toutes les implications.Mais tout cela ne tient finalement pas ses promesses et c\u2019est fort triste.On devine ici le syndrome du premier roman\u2026 et un rapide tour d\u2019horizon sur Internet semble le confirmer.Les emprunts plus ou moins efficaces \u2014 à Jean-Jacques Pelletier, entre autres, avec l\u2019intrusion des médias sociaux dans l\u2019intrigue \u2014, les inconsistances dans la définition des personnages, les maladresses amenant des joueurs majeurs de l\u2019intrigue à s\u2019estomper derrière le déroulement de l\u2019action, des changements subits, certaines pistes plus ou moins abandonnées, etc.Mais cela ne devrait pas décourager le lecteur.Ni l\u2019auteure d\u2019ailleurs.Isabelle Lafortune amorce sa carrière avec un sujet en or : il est temps que l\u2019on développe ce thème des citoyens spoliés de leur territoire de si diverses façons.Elle a du souffle, et une perception si intéressante de la réalité du Nord que ses descriptions nous amènent parfois à nous y croire.Bref, le meilleur est à venir.Perdre le nord, encore ! Une intrigue autour de la disparition de deux jeunes femmes autochtones entre Sept-Îles et Schefferville Isabelle Lafortune amorce sa carrière avec un sujet en or : il est temps qu\u2019on développe ce thème des citoyens spoliés de leur territoire de diverses façons.JULIE ARTACHO Terminal Grand Nord ?1/2 Isabelle Lafortune, XYZ éditeur, Montréal, 2019, 352 pages | 3 3 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Un livre majeur sur l\u2019époque effervescente du théâtre des femmes des années 1974 à 1988.Olivier Dumas a interviewé 21 femmes de théâtre.Leurs voix résonnent encore aujourd\u2019hui comme des éclairs d\u2019audace.240 pages, 25$ La scène québécoise au féminin, 12 coups de théâtre 1974-1988 Olivier Dumas P h o t o P h o t o t o P h o t o : : : M a r c - A M a r c - A M a r c - A r n t o i n e n t o i n e n t o i n e o i n Z o u é k i Z o u é k i o u é k Z Z o u é k s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC LA CONTRIBUTION DES PIONNIERS DE LA VILLE DE PARIS AU PEUPLEMENT DU CANADA 1617-1850 MARCEL FOURNIER CRITIQUE SOPHIE CHARTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Depuis Just Kids (2010), récit de son amitié avec le défunt photographe Robert Mapplethorpe, Patti Smith, la rockstar, est dif ficile à ignorer dans le paysage littéraire contemporain.Adulée par certains, elle est ver tement critiquée par d\u2019autres \u2014 « si elle n\u2019était pas déjà connue, la liriez-vous ?» Dévotion, petit ouvrage publié en 2017 et tout récemment traduit en français, a tout pour confor ter les opinions déjà existantes.La structure presque incohérente du roman, construit comme une nouvelle encadrée par le récit de sa genèse, risque de déstabiliser les lecteurs adeptes de linéarité.L\u2019ouvrage est por té par une quête, celle de trouver réponse à la question « pourquoi écrit-on?».Le choix de la lecture Nous rejoignons Smith à son domicile new-yorkais, alors qu\u2019elle y cogite, et embarquons ainsi au cœur de son rituel quotidien : être émue par la narration d\u2019un film étranger, boire du café noir, noircir un carnet de ses idées, hésiter entre tel et tel livre à lire.Puis voilà que l\u2019artiste doit partir pour Paris, rencontrer éditeur et journalistes pour parler de l\u2019acte d\u2019écrire.Dans son périple, le choix de la lecture aura une importance capitale dans les idées qui naîtront et, ainsi, dans l\u2019enchaînement des actions futures.Patrick Modiano et Simone Weil \u2014 mais également Mishima et Camus \u2014 deviendront les guides de cette échappée européenne autant baignée dans la nostalgie bienveillante que la découverte.Inspirée des rencontres, des lieux et des nombreux auteurs qu\u2019elle affectionne, Smith se plonge alors dans l\u2019écriture d\u2019une courte histoire intitulée Dévotion, véritable parabole sur l\u2019importance de s\u2019incarner dans une pratique.Une adolescente, patineuse artistique talentueuse et dévouée, s\u2019allie à un homme riche qui finance équipement de pointe et entraînement de classe olympique en échange d\u2019affection.Un drôle d\u2019objet littéraire Si cette œuvre mise en abyme a quelque chose d\u2019un peu didactique, la trame durassienne et la fauve indépendance du personnage principal ont de quoi charmer.Avec des photographies de lieux inspirant l\u2019auteure, Dévotion est, un peu comme était M Train (2016), un drôle d\u2019objet littéraire, difficilement classable.Une touchante méta-méta- exécution sur la valeur de l\u2019implication de soi dans nos vies, autant créatrices que quotidiennes.Le touchant acte du plongeon « Pourquoi écrit-on ?» se demande Patti Smith Patti Smith, la rockstar, est difficile à ignorer dans le paysage littéraire contemporain.Adulée par certains, elle est vertement critiquée par d\u2019autres.MATT WINKLEMEYER AGENCE FRANCE-PRESSE Dévotion ?1/2 Patti Smith, traduit de l\u2019anglais par Nicolas Richard, Gallimard, Paris, 2018, 160 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L i r e E s s a i 3 4 | CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR En 2017, l\u2019ouragan Maria fit entre 3000 et 5000 victimes et causa des dommages estimés à 2 milliards de dollars à Porto Rico.Terrible bilan pour une île déjà fragilisée par sa dette et par sa dépendance aux importations alimentaires et aux combustibles fossiles.Pis encore, le désastre, appelé à se répéter à cause du dérèglement climatique, a révélé une nouvelle forme pernicieuse d\u2019égoïsme néocolonial.Dans ce reportage concis et accessible, la journaliste Naomi Klein scrute un épisode contemporain du «capitalisme du désastre».L\u2019auteure notamment de No Logo montre que le passé récent de l\u2019île et les ravages causés par l\u2019ouragan ont rendu Porto Rico vulnérable à la « stratégie du choc ».La militante canadienne a défini cette « stratégie », non sans essuyer quelques critiques, dans un ouvrage paru en 2007.Klein y avance que les « capitalistes du désastre » profitent délibérément des catastrophes pour « mettre en place un programme radicalement favorable au secteur privé ».Porto Rico est l\u2019application « la plus grossière » de cette « stratégie » depuis Katrina et La Nouvelle- Orléans, estime la journaliste.Klein affirme qu\u2019une ploutocratie soutenue par Ricardo Rosselló, le gouverneur de l\u2019île, tente d\u2019exploiter le chaos post-Maria pour instaurer la privatisation des services publics et des allégements fiscaux réser vés aux investisseurs étrangers.Pour ces libertariens, Porto Rico ravagé incarne un espace «vierge » à coloniser au nom du profit.Deux visions s\u2019opposent En parallèle, Klein montre que s\u2019organise, entre autres au sein du réseau JunteGete, un regroupement de communautés autogérées.Dirigées par des locaux, elles permettent de survivre et d\u2019envisager l\u2019avenir sans l\u2019aide des États-Unis, alors que Porto Rico constitue un protectorat américain.Ces regroupements voient en Maria un « professeur » menant à «une économie plus saine et plus démocratique » fondée sur le partenariat, les énergies renouvelables et l\u2019agriculture écologique.Des modèles potentiellement transférables dans les pays occidentaux développés, croit Naomi Klein.Les deux visions qu\u2019elle oppose se heur teront inévitablement, car l\u2019enjeu est de taille : « À qui appartient Porto Rico ?Aux Portoricains ou aux gens de l\u2019extérieur ?[\u2026] À qui revient le droit d\u2019en décider ?» demande-t-elle.La militante choisit son camp et on la suit : elle ne fait preuve d\u2019aucune sympathie envers les tenants de la « stratégie du choc » et témoigne de l\u2019empathie à l\u2019égard des communautés locales qu\u2019elle a visitées en janvier 2018.Elle versera d\u2019ailleurs les droits du livre au réseau JunteGente.Certes, la démonstration de Naomi Klein gomme les relations complexes entre les secteurs privé et public, lesquelles s\u2019avèrent plus troubles qu\u2019elle le suggère.Cela dit, elle nous sensibilise à la réalité portori- caine.Elle nous fait passer de la rage, devant les visées oppor tu- nistes et cyniques des investisseurs étrangers, à l\u2019espoir d\u2019un pacte communautaire et d\u2019un avenir fondé sur la juste part.Utopie ?Offrons-nous le rêve d\u2019un monde meilleur ! Pour une stratégie du « contre-choc » Naomi Klein analyse le capitalisme du désastre à l\u2019ère du dérèglement climatique La démonstration de Naomi Klein gomme les relations complexes entre les secteurs privé et public.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le choc des utopies Porto Rico contre les capitalistes du désastre ?1/2 Naomi Klein, Lux éditeur, Montréal 2019, 118 pages Littérature de la pop culture Anthologie illustrée des auteurs cultes de la pop culture ?Thomas Olivri, Hachette, Paris, 2018, 240 pages Il fut une époque où être geek n\u2019était pas une lubie de chroniqueurs culturels ou d\u2019universitaires qu\u2019on invite à la radio pour parler de fan fiction.Être geek venait avec un abonnement aux horions et quolibets de cabochons athlétiques ; le genre de paltoquets aujourd\u2019hui à la tête de restos- minute ou en attente d\u2019un procès pour harcèlement sexuel remontant à la faculté de droit\u2026 Internet a changé la donne.Au tournant des années 2000, des adaptations cinématographiques, comme Le seigneur des anneaux, ont accéléré le processus, aidées par des intellectuels désirant pimenter leur corpus savant de références populaires.L\u2019autodérision affectée des médias sociaux a achevé le travail.Le geek a la cote, la pop culture aussi.On ne craint plus de se faire enfermer dans un casier pour avoir lu Weird Tales.Mais il faudrait être bien sot pour croire que la pop culture est apparue ex nihilo.Le discours négatif autour des littératures de genre a trop longtemps primé, comme l\u2019explique Thomas Olivri, créateur du site Geek-Art et auteur de Littérature de la pop culture.Avec ce livre, Olivri présente des hommes et des femmes qui ont forgé «les bases nécessaires et incontournables de la pop culture d\u2019aujourd\u2019hui».On y découvre l\u2019avènement de singularités qui, par ricochet et par phénomène de diffusion accélérée (80 millions de bouquins vendus par Robert Jordan!), ont investi notre imaginaire.Le coauteur du Geek touristique (2017) s\u2019intéresse par ailleurs aux défis de la traduction d\u2019œuvres hermétiques, en interviewant Patrick Marcel, traducteur d\u2019Alan Moore, de George R.R.Martin et de Neil Gaiman.Divisé en quatre parties (la fantasy, la science- fiction, l\u2019aventure et le fantastique), Littérature de la pop culture est un catalogue de profils qui met aussi en avant des illustrateurs contemporains qui transmettent leur passion pour HP Lovecraft, Isaac Asimov, JK Rowling, Richard Matheson, Anne Rice, Pierre Boule ou encore Jules Verne à une nouvelle génération.Ralph Elawani Sortir le geek du casier Ces écrivains qui ont forgé les bases de la pop culture | 3 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 J\u2019aime la France et les Français.Le vieux concept de mère patrie continue de résonner en moi.Je ne considère donc pas la France comme un pays étranger.Je la fréquente au quotidien par sa littérature, par son cinéma, par sa chanson, par ses journaux et par sa télévision.La France, pour moi, c\u2019est comme l\u2019Abitibi, Charlevoix et la Gaspésie : je n\u2019y suis jamais allé, mais je sais néanmoins que c\u2019est un peu chez nous.Ainsi parlent les Français (Robert Laffont, 2018, 396 pages), le captivant essai que consacrent Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau à l\u2019art de la conversation à la française, me confirme dans mon attachement au pays de Champlain et de Fabrice Lu- chini.Le sujet est en or \u2014 la richesse de la culture française est infinie \u2014 et nos guides brillent par leur esprit et leur maîtrise de la narration journalistique.Barlow et Nadeau forment un couple.La première, ontarienne, est de langue maternelle anglaise, alors que le second, québécois et chroniqueur au Devoir, est de langue maternelle française.Maintenant installés à Montréal, ils sont tous les deux bilingues et ont déjà vécu à Toronto, à Phoenix et à Paris, en plus d\u2019être les parents adoptifs de jumelles d\u2019origine haïtienne, créolo- phones de naissance.L\u2019approche comparative des langues et des cultures est un peu leur dada.On leur doit, notamment, l\u2019excellent Le français, quelle histoire ! (Le livre de poche, 2012), présenté comme « la première biographie de la langue française », qui avait la particularité d\u2019être traduit de l\u2019anglais.Sport raffiné Ainsi parlent les Français, lui aussi traduit de l\u2019anglais, mais par les auteurs eux-mêmes cette fois, «combine le journalisme et l\u2019anthropologie » dans le but de mettre en lumière ce que disent les Français et la manière dont ils le disent.Il s\u2019agit d\u2019une passionnante étude de mœurs menée à partir d\u2019un angle linguistique, pour la bonne raison qu\u2019en France, « la parole est tout ».La méthode est celle de l\u2019immersion, enrichie d\u2019une solide connaissance de l\u2019histoire.Joyeux drilles, les auteurs en tirent des règles générales au sujet de la culture française, qu\u2019ils illustrent ensuite avec force anecdotes.On s\u2019amuse beaucoup et on apprend tout autant.Barlow et Nadeau se penchent Bonjour, les Français ! LOUIS CORNELLIER d\u2019abord sur la manière, ce qu\u2019ils appellent « les réflexes culturels».En France, notent-ils, dire «bonjour» en abordant quelqu\u2019un est un passage obligé, « l\u2019équivalent verbal de frapper à la porte avant d\u2019entrer».Omettre de le faire vous expose à devoir subir l\u2019irritation de votre interlocuteur.Les Français considèrent l\u2019échange de mots comme un art qui a ses règles.Ils se permettent, par exemple, de contredire directement un étranger, à qui ils ne dévoileraient jamais leur nom et leur profession, des sujets qui, comme la famille et l\u2019argent, relèvent pour eux de la sphère privée.Un Nord-Américain peu au fait de ces subtilités risque de passer rapidement pour un malotru dans un salon parisien.La culture française chérit l\u2019art de la conversation, qu\u2019elle pratique comme un sport raffiné et «un peu brutal ».Invité à y prendre part, on doit s\u2019y engager activement et ne pas hésiter à faire preuve d\u2019esprit de contradiction.«Quand les Français vous invitent, écrivent les journalistes, ce n\u2019est pas seulement par courtoisie ; ils s\u2019attendent à de l\u2019action, à un peu de friction, bref, ils espèrent s\u2019amuser.» Une simple comparaison entre l\u2019atmosphère joyeusement batailleuse qui règne sur le plateau de l\u2019émission On n\u2019est pas couché et celle, doucement consen- suelle, de notre version de Tout le monde en parle suffit à illustrer ce qui nous distingue des Français à cet égard et ce qui me fait les aimer.Culture générale Longtemps condescendants envers les Québécois, les Français, au- jourd\u2019hui, seraient plutôt portés à nous admirer, selon Barlow et Na- deau.Ce sentiment devrait être réciproque.J\u2019ai le goût d\u2019être des leurs quand je lis que les Français exaltent l\u2019école traditionnelle (écriture cursive, dictée, par cœur), «ont une foi inébranlable dans la culture générale » pour tous, raffolent de l\u2019histoire et sont littéralement fascinés par le langage.À dix ans, au primaire, une des jumelles Nadeau a dû faire un travail sur le peintre Nicolas Poussin.L\u2019année suivante, à Montréal, on lui a demandé d\u2019écrire un texte sur sa partie du corps favorite.«Le manque d\u2019ambition de l\u2019institution quant au fond nous a stupéfiés», écrivent les journalistes, en m\u2019enlevant les mots de la bouche.Les Français, je le sais, ont des défauts, notamment une désolante « anglolâtrie », que les auteurs assimilent à «une sorte de colonisation mentale », une propension au pessimisme et un orgueil souvent excessif.Il reste que, si on aime la culture au sens noble du terme, l\u2019esprit français demeure une indispensable inspiration, surtout pour les Québécois.CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le texte de Rodney Saint-Éloi donne une saveur unique aux 11 brefs essais contre le racisme, ouvrage collectif sur la présence de la discrimination au Québec.Le poète, essayiste et éditeur québécois né en Haïti écrit : « Je n\u2019ai jamais compris le mot \u201cétranger\u201d.» Un être humain, surtout s\u2019il est écrivain, ne saurait être étranger, car, pour Saint-Éloi, l\u2019art rompt «les chaînes de la servitude».Il faut recoller le monde pour le voir en entier.Cette pensée plurielle illumine le livre dirigé par Amel Zaazaa, organisatrice communautaire montréalaise d\u2019origine tunisienne, et Christian Na- deau, professeur de philosophie politique à l\u2019Université de Montréal, président de la Ligue des droits et libertés.On aurait même souhaité qu\u2019elle l\u2019imprègne davantage, tant la hauteur du métissage culturel qu\u2019elle exprime transcende les revendications, sans pourtant désavouer leur vigueur qui gagnerait parfois à être plus incisive.Dans la préface du recueil auquel collaborent 14 auteurs, l\u2019historien et politologue Frantz Voltaire, originaire d\u2019Haïti, insiste sur le caractère « insidieux » du problème.Selon lui, dans le taux de chômage des minorités racisées, c\u2019est-à-dire victimes de discrimination, « l\u2019on obser ve un racisme structurel beaucoup plus difficile à contrer que le discours de groupuscules ouvertement racistes».Le racisme apparaît donc sournois et subtil dans l\u2019esprit, mais on ne peut plus clair dans les conséquences pratiques.De prime abord, Amel Zaazaa et Christian Nadeau insistent pour rappeler qu\u2019il obéit à une logique aussi cachée qu\u2019implacable et le qualifient à juste titre de « systémique ».Ils regrettent que la demande faite au gouvernement québécois en 2016 d\u2019une consultation sur ce thème épineux n\u2019ait pas porté ses fruits.Dans la conclusion, les deux directeurs de l\u2019ouvrage ne nomment qu\u2019un acteur québécois du racisme systémique : Alexandre Bissonnette, responsable en 2017 du massacre à la grande mosquée de Québec, en estimant que son mobile reste obscur.Aucun auteur d\u2019essai ne mentionne d\u2019autre nom associé au racisme, même supposé.Cette absence de polémique précise étonne.D\u2019autant qu\u2019en 2012, les polito- logues Jean-Marc Piotte et Jean- Pierre Couture, dans Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, avaient levé le voile sur les intellectuels connus qui pourraient prêter le flanc aux critiques des adversaires de la discrimination.Tidiane Ndiaye, politologue québécois né au Sénégal, signale : «Dans le discours des racistes modernes, ce ne sont pas les races qui sont déclarées incompatibles ou inégales, ce sont les coutumes, les croyances et les civilisations.» Il n\u2019y a que la compréhension profonde et critique des hauts et des bas de la culture québécoise pour espérer unir celle-ci aux autres cultures dans un progrès commun.Vaincre la discrimination culturelle Combattre le racisme ainsi renommé exigerait de critiquer la culture dominante Pour Rodney Saint-Éloi, l\u2019art rompt « les chaînes de la servitude ».PASCAL DUMONT 11 brefs essais contre le racisme Pour une lutte systémique ?Sous la direction d\u2019Amel Zaazaa et Christian Nadeau, Somme toute, Montréal, 2019, 160 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L i r e 3 6 | CRITIQUE STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Au début des années 1930, un divorce força le critique culturel Walter Benjamin à quitter une grande maison de Berlin pour s\u2019installer dans un petit meublé médiocre.Il ne possédait presque plus rien (son ex-femme, journaliste et écrivaine, payait la plupart des comptes), sauf quelque 2000 livres qui le suivirent dans ses nouveaux minuscules quartiers.Le déménagement des précieux ouvrages fournit à Benjamin l\u2019occasion de réfléchir à son rapport aux livres, ce qui donna le texte Je déballe ma bibliothèque, traduit et publié en français avec d\u2019autres essais, dont un manuel d\u2019instruction dit « pour collectionneurs pauvres ».Un amoureux des livres Alberto Manguel rappelle brièvement ce texte connu des bibliophiles dans son propre ouvrage dont le titre se veut aussi l\u2019hommage d\u2019un amoureux des livres doublé d\u2019un fin critique culturel à un autre, son semblable, son frère.Je remballe ma bibliothèque se présente comme « Une élégie et quelques digressions» (c\u2019est le sous- titre) par lesquelles le célèbre penseur de la lecture expose un voyage émotionnel, un périple intellectuel et finalement toute une vie de dévotion aux livres comme à ceux et à celles qui les font.Un autre déménagement forcé fournit l\u2019anecdote de départ.En 2015, à la suite de tracas avec l\u2019administration française (il n\u2019entre pas dans les détails), l\u2019érudit décide de quitter le village de la Loire où il est installé depuis quelques années pour déménager à New York, puis à Buenos Aires, la ville d\u2019une partie de son enfance.Alber to Manguel possède alors 35 000 livres déployés dans un ancien presbytère.« J\u2019ai souvent senti que ma bibliothèque expliquait qui j \u2019étais, me donnait une identité mouvante qui ne cessait de se transformer au fil des ans, confie une des premières pages du petit essai.[\u2026] Je sais que mon histoire vraie se trouve tout entière ici, quelque part sur ces rayonnages, et que pour la trouver, je n\u2019ai besoin que de temps et de chance.Je ne la trouve jamais.Mon histoire reste insaisissable car ce n\u2019est jamais l\u2019histoire définitive.» Le reste entremêle les confidences personnelles et les réflexions de ce penseur des livres et de la lecture.Le récent directeur de la Bibliothèque nationale d\u2019Argentine (il ne l\u2019est plus) dit, par exemple, qu\u2019une telle institution doit permettre à tous les citoyens de prendre conscience de la lecture en tant que savoir fondamental, mais aussi « en tant que moyen de stimuler et de libérer l\u2019imagination ».Les digressions annoncées (il y en a dix) permettent de présenter des échappées brillantes sur la figure du Golem, l\u2019importance des rêves ou le pouvoir éthique des mots.Installation au Canada Alberto Manguel parle évidemment de son installation au Canada dans les années 1980 et de son choix de devenir Canadien parce que, pour la première fois de sa vie de nomade, il avait l\u2019impression de se trouver dans une société où il pouvait « jouer un rôle actif en tant que citoyen ».Il donne l\u2019exemple concret de ses participations à des jurys du Conseil des arts\u2026 En déballant sa bibliothèque, il découvre un exemplaire de Maria Chap- delaine, de Louis Hémon, maintenant en sa possession après avoir appartenu au roi du commerce Timothy Eaton.«Les pages n\u2019avaient été coupées que jusqu\u2019à la quatre-vingt-trei- zième, avec un marque-page de l\u2019hôtel Savoy, à Londres, et symbolisaient pour moi mon pays d\u2019adoption, confie le bibliophile.La quintessence du roman québécois, écrit par un Français, lu jusqu\u2019à la moitié par un magnat an- glo-canadien dans un aristocratique hôtel londonien.» Un « collectionneur pauvre » Cet exemplaire a du vécu.Pour le reste, Manguel reconnaît lui-même ne pas être un collectionneur de trésors, de livres remarquables ou simplement d\u2019ouvrages de haute valeur marchande.C\u2019est un «collectionneur pauvre», pour citer Benjamin.En tout cas, il n\u2019a pas les moyens de Pierre Bergé, complice du grand couturier Yves Saint Laurent, dont la bibliothèque exceptionnelle vient d\u2019être liquidée en quatre temps par Sotheby\u2019s.Une des soirées ne proposait pas moins de 25 exemplaires de l\u2019édition originale de Salammbô, de Flaubert.On répète : 25 ! Et on se demande bien pourquoi et à quoi bon.La bibliothèque de Manguel ne compte que quelques ouvrages de valeur, et en gros 34 000 et quelques édit ions banales, soit 17 fois le compte de Walter Benjamin il y a presque un siècle.Sa boulimie consommatrice et conservatrice n\u2019en frise pas moins la pathologie à sa manière et force elle aussi à se questionner sur cette accumulation débridée, pour ne pas dire maladive.En tout cas, Manguel ne ressemble pas à son cher Borges, qui ne conservait que quelques centaines de livres.« Et même ceux-là, il avait l\u2019habitude d\u2019en faire cadeau à ses visiteurs », note honnêtement son compatriote argentin devenu canadien.La bibliothèque de Manguel n\u2019est toujours pas déballée.Les caisses dorment quelque part près de chez vous.Les ouvrages ont été patiemment catalogués par l\u2019universitaire Jillian Tomm de Montréal.Il existe un vague projet de la protéger intacte pour la postérité.Benjamin, lui, a facilité la tâche aux nouveaux historiens des idées et des livres en commençant très tôt à tenir une liste des ouvrages qu\u2019il lisait.Le premier cahier est perdu et la litanie commence au no 462.Benjamin lisait Proust comme Agatha Christie, Kafka comme Simenon.Sa liste s\u2019arrête à la 1712e entrée, une inscription faite juste avant le dé- par t de l\u2019intellectuel juif allemand pour la frontière espagnole, où il va se suicider par crainte d\u2019une arrestation et d\u2019une déportation imminente.Écrire en dehors de la boîte Alberto Manguel raconte le déménagement de sa bibliothèque Alberto Manguel expose ici un voyage émotionnel, un périple intellectuel et finalement toute une vie de dévotion aux livres comme à ceux et celles qui les font.ALAIN JOCARD AGENCE FRANCE-PRESSE Je remballe ma bibliothèque Une élégie & quelques digressions ?Alberto Manguel, Actes Sud, Leméac, Montréal, 2019, 156 pages | 37 Jaz z L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C U L T U R E BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR Les vies rêvées de Josh Rager On découvre toute la richesse de son éventail harmonique avec Dreams and Other Stories Josh Rager se distingue par une manière de jouer du piano.Son jeu est solide.Saccadé dans le sens noble du terme.JOSHRAGER.COM En vrac Voici une découverte qui ne manque pas de sel : il y a quelque temps déjà, l\u2019excellent Ethan Iverson avait fait une très longue entrevue avec le pianiste\u2026 Marc-André Hamelin au bénéfice de son site d\u2019une richesse exemplaire pour tout ce qui a trait à l\u2019histoire : Do The Math.On vous en recommande chaudement la lecture.On s\u2019en voudrait aussi de ne pas vous signaler la publication d\u2019une biographie consacrée à Dexter Gordon.Le titre?Sophisticated Giant : The Life and Legacy of Dexter Gordon.L\u2019auteur?Maxine Gordon, sa veuve.L\u2019éditeur?University of California Press.l y a eu d\u2019abord un étonnement : il faisait un froid glacial, mais le Upstairs était plein.Plein à craquer, comme on dit en langue franque.Pour qui, pour quoi ?Pour y entendre Josh Rager, pianiste, compositeur et prof à l\u2019Université Concordia.Puis, il y en a eu un deuxième, étonnement : ce soir-là était soir de première pour son nouvel album paru à la fin de 2018, comme on dit en langue populaire.Mais, à moins que cela ne nous ait échappé, il ne l\u2019a pas souligné.L\u2019album s\u2019intitule Dreams and Other Stories, publié par Josh Rager.Tout simplement.Pour mener à bien cette nouvelle aventure musicale, notre pianiste a fait appel aux saxophonistes Kenji Omae au ténor et Donny Kennedy à l\u2019alto, au contrebassiste Fraser Hollins et au batteur Dave Laing.De ces deux derniers, on ne dira jamais assez qu\u2019ils sont des gages de qualité.À la lecture des notes, il y a eu un troisième étonnement : le tout a été enregistré en une séance et une seule, en juin dernier.Cette histoire de « rêves et autres histoires» se divise en sept pièces.Il y a un standard, Spring Is Here de Rodgers et Hart, et une pièce écrite par le regretté compositeur, organiste et pianiste français Olivier Messiaen, mais arrangée par Rager.À ces deux morceaux-là, cinq compositions originales ont été greffées.Et c\u2019est là, dans ces cinq morceaux, qu\u2019on a fait une découverte ! Bon.Pas une découverte d\u2019une importance égale à celle de Livingstone, mais quand même\u2026 En un mot comme en mille, voici de quoi il s\u2019agit : avec cet album, Rager se pose en héritier direct de Tadd Dameron.Attention ! Il n\u2019est pas une copie carbone de ce dernier.S\u2019il fait penser au grand Dameron, c\u2019est par la précision des arrangements et l\u2019exécution dense, serrée, de ces derniers.Quoi d\u2019autre ?Il nous a fait penser à l\u2019auteur de If You Could See Me Now par la richesse de l\u2019éventail harmonique et rythmique de son album.Ses compositions mises à part, Rager se distingue par une manière de faire, de jouer du piano, qui est en fait un écho, conscient ou pas, qu\u2019importe, au style défendu en leur temps par Sonny Clark et Elmo Hope.Mais encore ?Le jeu de Rager est solide.Saccadé dans le sens noble du terme.En d\u2019autres mots, il ne laisse jamais indifférent.Ajoutez à cela qu\u2019il est fort bien entouré et vous obtiendrez un résultat qui mérite une OPA (oui, oui, une offre publique d\u2019achat).À telle enseigne qu\u2019on souhaite que ce Dreams and Other Stories soit distribué de la manière la plus efficace possible.En attendant, on peut se procurer sa production en se rendant sur son site (joshrager.com).Soul ignons par a i l leurs que le saxophoniste de l\u2019Art Ensemble of Chicago, ethnologue, poète, prêtre bouddhiste et professeur d\u2019aïkido Joseph Jarman vient de décéder.Il avait 81 ans.C\u2019est bien simple : avec ses complices de l\u2019Art Ensemble, il a poursuivi une aventure des plus originales et des plus vitales des 50 dernières années.I L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI LE JOUET (4) Fr.1976.Comédie satirique de Francis Veber avec Pierre Richard, Michel Bouquet, Fabrice Gréco.- Un journaliste doit accepter de se soumettre aux caprices du jeune fils de son patron qui l\u2019a choisi comme «jouet».ARTV 12h RUMBLE \u2013 THE INDIANS WHO ROCKED THE WORLD (4) Can.2017.Documentaire de Catherine Bainbridge.- Avec sa pièce Rumble, le guitariste Link Wray devient en 1958 le tout premier Amérindien à influencer la musique rock.PBS (WETK) 12h CAMBRIOLAGE DANS LA TOUR (5) (Tower Heist), É.-U.2011.Comédie policière de Brett Ratner avec Ben Stiller, Casey Affleck, Michael Pena.- L\u2019ex-gérant d\u2019un gratte-ciel new-yorkais organise avec ses collègues le cambriolage du penthouse d\u2019un client investisseur, qui a dilapidé leurs fonds de pension dans une fraude.TVA 13h30 LA ZIZANIE (5) Fr.1978.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Annie Girardot, Julien Guiomar.- Un industriel, maire de son village, contrarie sa femme qui le quitte et devient son adversaire aux élections.ARTV 14h LA VIE TOUT SIMPLEMENT (5) (Life as We Know It), É.-U.2010.Comédie sentimentale de Greg Berlanti avec Katherine Heigl, Josh Duhamel, Alexis Clagett.- À la mort d\u2019un couple de leurs amis, un homme et une femme qui se détestent sont amenés à partager la maison des défunts et à élever ensemble leur enfant d\u2019un an.V 14h LE PASSAGE (4) (Holes), É.-U.2003.Comédie dramatique d\u2019Andrew Davis avec Shia LaBeouf, Sigourney Weaver, Jon Voight.- Dans un camp de travail pour délinquants situé en plein désert, un garçon apprend que la directrice recherche activement un trésor.MP 14h30 ROMY ET MICHELE, REINES DE LA SOIRÉE (4) (Romy and Michele\u2019s High School Reunion), É.-U.1997.Comédie de David Mirkin avec Mira Sorvino, Lisa Kudrow, Janeane Garofalo.- Deux copines un peu paumées font croire qu\u2019elles mènent la grande vie afin de bien paraître lors d\u2019une réunion d\u2019anciens de leur école.MAX 15h30 SPLASH (4) É.-U.1984.Comédie fantaisiste de Ron Howard avec Daryl Hannah, Tom Hanks, John Candy.- Un jeune commerçant célibataire se désole de n\u2019avoir jamais connu l\u2019amour véritable, jusqu\u2019au jour où une sirène le sauve de la noyade.MAX 17h30 CREED (4) É.-U.2015.Drame sportif de Ryan Coogler avec Michael B.Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson.- Le fils du défunt champion de boxe Apollo Creed prend comme entraîneur l\u2019ex-rival et ami de ce dernier, le légendaire Rocky Balboa.TVA 18h30 STAR TREK VERS LES TÉNÈBRES (4) (Star Trek Into Darkness), É.-U.2013.Science-fiction de J.J.Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cumber- batch.- À bord du vaisseau Enterprise, le capitaine Kirk et son second Spock pourchassent un surhomme renégat qui s\u2019est réfugié dans une zone dangereuse.V 18h30 DÉTACHEMENT (4) (Detachment), É.-U.2011.Drame de Tony Kaye avec Adrien Brody, Marcia Gay Harden, James Caan.- Suppléant dans une école secondaire du Bronx, un enseignant imperturbable tente d\u2019aider une élève à se sortir de la prostitution.ARTV 20h STRIP-TEASE (5) (Striptease), É.-U.1996.Comédie policière d\u2019Andrew Bergman avec Demi Moore, Ving Rhames, Burt Reynolds.- Une jeune strip-teaseuse est mêlée malgré elle à une affaire de meurtre impliquant un politicien.MAX 20h RUMBLE \u2013 THE INDIANS WHO ROCKED THE WORLD Voir samedi, 12h.PBS (WETK) 20h LA LÉGENDE DES GARDIENS.LE ROYAUME DE GA\u2019HOOLE (3) (Legend of the Guardians \u2013 The Owls of Ga\u2019Hoole), É.-U.2010.Film d\u2019animation de Zack Snyder.- Après qu\u2019un jeune hibou aventureux les a prévenus du danger, de sages Stri- gidae partent au combat contre une caste de hiboux aux desseins machiavéliques.MP 21h LE PACHA (4) Fr.1968.Drame policier de Georges Lautner avec Jean Gabin, Dany Carrel, André Pousse.- Un commissaire de police tend un piège à l\u2019assassin d\u2019un de ses inspecteurs.TFO 21h L\u2019INSPECTEUR HARRY (4) (Dirty Harry), É.-U.1971.Drame policier de Don Siegel avec Clint Eastwood, Andy Robinson, Reni Santoni.- Un inspecteur brutal est chargé de dépister un maniaque criminel.TQ 22h LA RUMEUR COURT (5) (Rumour Has It), É.-U.2005.Comédie sentimentale de Rob Reiner avec Jennifer Aniston, Kevin Costner, Mark Ruffalo.- Après avoir découvert que sa famille a inspiré l\u2019histoire du film The Graduate, une jeune femme cherche à en savoir plus sur ses véritables origines.MAX 22h30 LE JOUET (4) Fr.1976.Comédie satirique de Francis Veber avec Pierre Richard, Michel Bouquet, Fabrice Gréco.- Un journaliste doit accepter de se soumettre aux caprices du jeune fils de son patron qui l\u2019a choisi comme «jouet».ARTV 23h L\u2019EFFRONTÉE (3) Fr.1985.Comédie dramatique de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Philippe Ecoffey.- Les désarrois d\u2019une gamine de treize ans, gauche et malheureuse, qui est fascinée par une pianiste prodige de son âge.TFO 23h20 CAPITAINE PHILLIPS (3) (Captain Phillips), É.-U.2013.Thriller de Paul Greengrass avec Tom Hanks, Barkhad Abdi, Barkhad Abdirahman.- En 2009 au large de l\u2019Afrique, des pirates somaliens prennent d\u2019assaut un navire de marchandises battant pavillon américain.TVA 23h45 LE PACHA (4) Fr.1968.Drame policier de Georges Lautner avec Jean Gabin, Dany Carrel, André Pousse.- Un commissaire de police tend un piège à l\u2019assassin d\u2019un de ses inspecteurs.TFO 0h52 DIMANCHE ROMANCE À MANHATTAN (5) (Maid in Manhattan), É.-U.2002.Comédie sentimentale de Wayne Wang avec Jennifer Lopez, Ralph Fiennes, Tyler Garcia Posey.- Dans un hôtel luxueux de Manhattan, un candidat au Sénat tombe amoureux d\u2019une femme de chambre qui se fait passer pour une cliente.V 14h LE LIVRE DE LA JUNGLE (4) (The Jungle Book), É.-U.2016.Aventures de Jon Favreau avec Neel Sethi.- Pour échapper à un tigre féroce qui veut sa mort, un garçon élevé parmi les loups est sommé d\u2019aller rejoindre la compagnie des hommes.RC 15h STRIP-TEASE (5) (Striptease), É.-U.1996.Comédie policière d\u2019Andrew Bergman avec Demi Moore, Ving Rhames, Burt Reynolds.- Une jeune strip-teaseuse est mêlée malgré elle à une affaire de meurtre impliquant un politicien.MAX 15h30 PETER PAN (4) É.-U.2003.Comédie fantaisiste de P.J.Hogan avec Jeremy Sumpter, Rachel Hurd-Wood, Jason Isaacs.- Au début du XXe siècle, trois enfants sont entraînés par un petit garçon qui a refusé de grandir dans un pays imaginaire où sévissent des pirates.TVA 15h51 LA RUMEUR COURT Voir samedi, 22h30.MAX 18h LA NOSTALGIE DE L\u2019ANGE (4) (The Lovely Bones), É.-U.2009.Drame psychologique de Peter Jackson avec Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz.- Une adolescente violée et assassinée par un voisin observe depuis l\u2019au-delà sa famille et ses proches subir le choc de sa disparition.V 18h45 LES MAUVAISES HERBES (4) Can.2016.Comédie dramatique de Louis Bélanger avec Alexis Martin, Gilles Renaud, Emmanuelle Lussier-Martinez.- Forcé de fuir Montréal, un acteur médiocre et joueur compulsif est recueilli par un vieux fermier abitibien, qui l\u2019oblige à participer à son commerce illégal de culture de marijuana.ARTV 20h ROMY ET MICHELE, REINES DE LA SOIRÉE (4) (Romy and Michele\u2019s High School Reunion), É.-U.1997.Comédie de David Mirkin avec Mira Sorvino, Lisa Kudrow, Janeane Garofalo.- Deux copines un peu paumées font croire qu\u2019elles mènent la grande vie afin de bien paraître lors d\u2019une réunion d\u2019anciens de leur école.MAX 20h L\u2019EFFRONTÉE Voir samedi, 23h20.TFO 21h L\u2019ENFANT D\u2019EN HAUT (3) Fr.2011.Drame d\u2019Ursula Meier avec Kacey Mottet Klein, Léa Seydoux, Martin Compston.- Un garçon de douze ans subvient à ses besoins et à ceux de sa grande sœur en recelant des articles de sport volés aux riches touristes fréquentant la station de ski voisine.TQ 22h30 SÉJOUR À WANDERLUST (4) (Wanderlust), É.-U.2011.Comédie de David Wain avec Paul Rudd, Jennifer Aniston, Justin Theroux.- En route vers Atlanta, un couple new-yorkais qui vit des déboires professionnels se retrouve par hasard dans une communauté nouvel âge.TVA 23h LA ZIZANIE (5) Fr.1978.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Annie Girardot, Julien Guiomar.- Un industriel, maire de son village, contrarie sa femme qui le quitte et devient son adversaire aux élections.ARTV 23h DIALOGUE AVEC MON JARDINIER (4) Fr.2007.Comédie dramatique de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Fanny Cottençon.- Un peintre parisien s\u2019installe à la campagne dans la maison familiale et embauche un jardinier qui s\u2019avère être un ami d\u2019enfance.TFO 23h27 VIOLETTE (4) Fr.2013.Drame biographique de Martin Provost avec Emmanuelle Devos, Sandrine Kiberlain, Catherine Hiegel.- En 1945, Violette Leduc fait la connaissance de l\u2019écrivaine Simone de Beauvoir, qui devient sa bienfaitrice et l\u2019introduit dans les cercles littéraires parisiens.RC 0h25 L\u2019EFFRONTÉE Voir samedi, 23h20.TFO 1h16 LUNDI BATMAN (3) É.-U.1989.Drame fantastique de Tim Burton avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger.- Un justicier mystérieux qui se donne l\u2019apparence d\u2019une chauve-souris géante entre en lutte contre des criminels.MP 21h DIALOGUE AVEC MON JARDINIER Voir dimanche, 23h27.TFO 21h LES SALAUDS (4) Fr.2013.Drame de Claire Denis avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni, Michel Subor.- Un capitaine de la marine marchande vient en aide à sa sœur, affligée par le suicide de son mari ruiné par un riche créancier, qui avait utilisé leur fille comme esclave sexuelle.TFO 0h LA STAR DU DOUBLAGE (4) (In a World.), É.-U.2012.Comédie de Lake Bell avec Lake Bell, Fred Melamed, Demetri Martin.- Une coach vocale tente de percer dans le milieu typiquement masculin des voix hors champ de bandes-annonces, dont son père est le roi incontesté.TVA 0h35 DIALOGUE AVEC MON JARDINIER Voir dimanche, 23h27.TFO 1h45 MARDI LA RUPTURE (5) (The Break-Up), É.-U.2006.Comédie sentimentale de Peyton Reed avec Vince Vaughn, Jennifer Aniston, Joey Lauren Adams.- Incapables de décider qui gardera le condo qu\u2019ils ont acheté ensemble, un homme immature et sa conjointe se livrent une véritable guerre des nerfs.TVA 13h LA VÉRITÉ SUR LES CHATS ET LES CHIENS (4) (The Truth About Cats & Dogs), É.-U.1996.Comédie sentimentale de Michael Lehmann avec Janeane Garofalo, Uma Thurman, Ben Chaplin.- Une animatrice de radio demande à sa jolie voisine de se faire passer pour elle auprès d\u2019un jeune homme qui lui plaît.VIE 13h LE RETOUR DE BATMAN (3) (Batman Returns), É.-U.1992.Drame fantastique de Tim Burton avec Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer.- Le justicier Batman s\u2019efforce de contrer les entreprises criminelles du Pingouin et de Catwoman.MP 21h LES SALAUDS Voir lundi, minuit.TFO 21h LÉVIATHAN (3) (Leviafan), Rus.2014.Drame d\u2019Andrei Zviaguintsev avec Alexey Serebryakov, Roman Madianov, Vladimir Vdovichenkov.- Un père de famille russe lutte contre une mesure d\u2019expropriation inique imposée par un maire corrompu.TFO 0h MA PETITE MALIGNE (5) (My Sassy Girl), É.-U.2008.Comédie sentimentale de Yann Samuell avec Jesse Bradford, Elisha Cuthbert, Austin Basis.- Un étudiant s\u2019attache malgré lui à une jeune fille délurée qu\u2019il a sauvée de la mort au cours d\u2019un incident survenu dans le métro.TVA 0h35 MERCREDI LA PUGILISTE (4) (Girlfight), É.-U.2000.Drame sportif de Karyn Kusama avec Michelle Rodriguez, Jaime Tirelli, Paul Calderon.- Une adolescente au tempérament violent canalise son agressivité dans la boxe et s\u2019ouvre à la vie quand elle tombe amoureuse d\u2019un rival.VIE 13h LE RETOUR DE BATMAN Voir mardi, 21h.MP 17h BATMAN À JAMAIS (4) (Batman Forever), É.-U.1995.Drame fantastique de Joel Schumacher avec Val Kilmer, Tommy Lee Jones, Jim Carrey.- Un justicier s\u2019oppose à un redoutable duo de criminels possédant un appareil qui permet de lire dans la pensée.MP 21h LÉVIATHAN Voir mardi, minuit.TFO 21h THE KING (3) É.-U.2017.Documentaire d\u2019Eugene Jarecki.- À bord d\u2019une Rolls Royce 1963 ayant appartenu à Elvis Presley, le réalisateur visite les endroits marquants de la vie de ce dernier.PBS (WETK) 0h LES PORTES TOURNANTES (4) Can.1988.Drame de Francis Mankiewicz avec Monique Spaziani, Gabriel Arcand, François Méthé.- À partir de documents adressés à son père, un jeune garçon revit l\u2019histoire de sa grand-mère, une ancienne pianiste du cinéma muet.TFO 0h30 JEUDI AU BONHEUR DES OGRES (4) Fr.2013.Comédie policière de Nicolas Bary avec Raphaël Personnaz, Bérénice Bejo, Emir Kusturica.- Un employé d\u2019un grand magasin tente de démasquer l\u2019auteur d\u2019une série d\u2019attentats à la bombe, dont les victimes ont jadis été impliquées dans une affaire d\u2019enlèvement d\u2019enfants.TVA 13h MA VIE EN CINÉMASCOPE (4) Can.2004.Drame biographique de Denise Filiatrault avec Pascale Bussières, Michel Barrette, Denis Bernard.- En 1952, sur le point de subir une lobotomie, la chanteuse Alys Robi se remémore les moments marquants de sa vie et de sa carrière.VIE 13h THE KING Voir mercredi, minuit.PBS (WETK) 14h BATMAN À JAMAIS Voir mercredi, 21h.MP 17h BATMAN ET ROBIN (5) (Batman & Robin), É.-U.1997.Drame fantastique de Joel Schumacher avec George Clooney, Arnold Schwarzenegger, Uma Thurman.- Deux justiciers masqués doivent combattre un criminel qui congèle ses victimes et une botaniste dont les baisers sont fatals.MP 21h LES PORTES TOURNANTES Voir mercredi, 0h30.TFO 21h LA DESCENTE (4) (Descent, The), G.-B.2005.Drame d\u2019horreur de Neil Marshall avec Shauna MacDonald, Natalie Mendoza, Alex Reid.- Lors d\u2019une expédition de spéléologie, six jeunes femmes se retrouvent coincées dans une caverne habitée par d\u2019horribles créatures humanoïdes.Z 23h LES MAUVAISES HERBES Voir dimanche, 20h.ARTV 23h LE DIAMANT DE SANG (4) (Blood Diamond), É.-U.2006.Drame d\u2019aventures d\u2019Edward Zwick avec Leonardo DiCaprio, Djimon Hounsou, Jennifer Connelly.- Pendant la guerre civile en Sierra Leone, un paysan noir et un mercenaire blanc font équipe afin de retrouver un diamant brut convoité par un trafiquant sud-africain.TVA 23h35 LES ADIEUX À LA REINE (4) Fr.2012.Drame historique de Benoît Jacquot avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen.- Les jours précédant le déclenchement de la Révolution française, à travers le regard de la lectrice de la reine Marie-Antoinette.TFO 0h VENDREDI BATMAN ET ROBIN (5) (Batman & Robin), É.-U.1997.Drame fantastique de Joel Schumacher avec George Clooney, Arnold Schwarzenegger, Uma Thurman.- Deux justiciers masqués doivent combattre un criminel qui congèle ses victimes et une botaniste dont les baisers sont fatals.MP 17h HORS DE MOI (4) (Unknown), É.-U.2011.Thriller de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson, Diane Kruger, January Jones.- À Berlin, un scientifique américain découvre que son identité a été usurpée à la suite d\u2019un accident qui l\u2019a temporairement plongé dans le coma.MAX 20h IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d\u2019armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MP 21h LES ADIEUX À LA REINE (4) Fr.2012.Drame historique de Benoît Jacquot avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen.- Les jours précédant le déclenchement de la Révolution française, à travers le regard de la lectrice de la reine Marie-Antoinette.TFO 21h LE MACHINISTE (4) (Machinist, The), Esp.2004.Thriller de Brad Anderson avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sanchez- Gijon.- Rongé par la culpabilité après avoir provoqué un grave accident, un machiniste insomniaque sombre dans une paranoïa grandissante.Z 23h CHOCOLAT (4) Fr.2016.Drame biographique de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Olivier Gourmet.- Au tournant du XXe siècle, un Noir qui joue l\u2019Auguste aux côtés d\u2019un clown blanc éprouve de plus en plus violemment le sentiment d\u2019être exploité.ARTV 23h LES MAUVAISES HERBES Voir dimanche, 20h.RC 23h06 LOOPER.LES TUEURS DU TEMPS (4) (Looper), É.-U.2012.Science-fiction de Rian Johnson avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt.- Un tueur chargé d\u2019éliminer des victimes expédiées du futur est pourchassé par ses employeurs après qu\u2019il eut laissé filer son moi plus âgé.TVA 23h35 VOUS N\u2019AVEZ ENCORE RIEN VU (4) Fr.2012.Drame d\u2019Alain Resnais avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Anne Consigny.- Appelés à juger de la qualité d\u2019une nouvelle version de la pièce d\u2019un dramaturge décédé captée sur vidéo, les interprètes originaux en viennent à rejouer leurs personnages.TFO 0h L\u2019AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL (5) (Half of a Yellow Sun), G.-B.2012.Drame de Biyi Bandele avec Thandie Newton, Anika Noni Rose, Chiwetel Ejiofor.- À leur retour au Nigéria, en 1960, deux sœurs sont séparées par la guerre civile, la première s\u2019éprenant d\u2019un professeur révolutionnaire, la seconde d\u2019un journaliste anglais.RC 0h55 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 (WHAT WALAA WANTS) À L\u2019AFFICHE DÈS LE 25 JANVIER Cinéma du Parc AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Du neuf tardif à V Après la déferlante de nouveautés et de retours des chaînes spécialisées et autres réseaux généralistes du début d\u2019année, l\u2019ex-mouton noir de la télé québécoise lance à son tour sa programmation hivernale, une fois la poussière retombée, et dévoile ainsi quelques nouveautés qui méritent le détour\u2026 Le télé-crochet Le maître du chantier fait partie de ce lot.Cette compétition où s\u2019affrontent des professionnels et des amateurs de la construction qui espèrent devenir entrepreneurs généraux se révèle aussi divertissante que Les chefs !, mais dans un atelier plutôt que dans une cuisine.Le montage serré, les interventions sympathiques des concurrents, l\u2019animation décontractée de l\u2019humoriste « SU R VOS ÉC R A N S » \u2013 N O U V E AU T É S H I V E R N A L E S TA R D I V E S Le visionnement en continu Cette minisérie de trois épisodes produite par la BBC et diffusée outre-Manche durant le temps des Fêtes nous replonge dans l\u2019univers d\u2019Agatha Christie puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une adaptation d\u2019une enquête d\u2019Hercule Poirot, interprété par John Malkovich, qui cherche à démasquer un meurtrier qui lui adresse des lettres contenant des indices sur ses futures victimes.The ABC Murders Amazon Prime Video, dès vendredi Patrick Groulx et les propos éclairants des deux juges compensent largement le fond sonore de guitares électriques propre aux productions télé « musclées », qui n\u2019apporte pas grand-chose à l\u2019émission, sinon de l\u2019agacement\u2026 Toujours au rayon des nouveautés, la quotidienne L\u2019open mic de\u2026 offre une autre tribune pour les humoristes de la relève.Chaque semaine, un comique bien établi accueille cinq «recrues» du rire, qui se soumettent d\u2019abord à un défi de blagues d\u2019une minute puis livrent au cours de la semaine un numéro complet.Rachid Badouri inaugure l\u2019émission, en livrant d\u2019ailleurs un monologue d\u2019ouverture fort amusant\u2026 La docuréalité Les effaceurs suit le modèle désormais consacré de la série documentaire «de métier».Cette fois, on suit des professionnels d\u2019entreprises de nettoyage d\u2019envergure dans des immeubles insalubres, sinistrés ou des scènes de crime.C\u2019est bien fait et même instructif à certains égards, mais ça ne révolutionne pas le genre.Le maître du chantier V, lundi, 20h L\u2019open mic de\u2026 V, lundi au jeudi, 21h Les effaceurs V, vendredi, 20h30 Franco-mag Tourné dans un café-bar de Toronto, ce nouveau magazine société et culture animé par le Québécois Bryan Audet aborde des sujets d\u2019actualité en lien avec la francophonie canadienne, mais pas seulement\u2026 Les entrevues et chroniques à saveur plus ou moins éditoriale sont livrées par les collaborateurs et invités autour d\u2019une table (et parfois en vidéo- conférence) et de quelques verres.D\u2019où le titre.Tournée générale Unis, lundi, 19h et mercredi, 22h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 01/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Lâcher prise Une autre histoire Les pays d'en haut Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas En tout cas L'échappée Les invisibles TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Ça vaut le coût Point doc Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Mets-y le Maître du chantier L'Open Mic Scorpion Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h In Situ La légende des hydravions Apocalypse / Furie La vie / Sri Lanka Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Enchères Structures abandonnées Face cachée villes Erreurs de génie Alaska: La ruée CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Vendre ou rénover?Joue Docteur Dévisagés Goldwater à l'écoute Bienvenue dans notre zoo ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° CH Express Boxe Carte à communiquer L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Confessions Hells / En guerre Chasseurs Chasseurs La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Nos ancêtres les extraterrestres Pirates trésors ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Pour l'amour du country Le cri du rhinocéros Les chercheurs d'art Virtuose EXPLORA Le refuge de l'espoir Istanbul sauvage S'aime chien Villes Photographes Photographes Rivalité de génies Était humanité Z Les stupéfiants Américars: Rapides et musclés Les hors-la-loi du volant Garage d'élite Milot Land Arrow / Le dragon ST: Discovery SAVOIR En mouvement 18h55 Routes Réparer nature 19h50 Capsule Nomade mers Découvertes Hollywood 21h50 Ffilm Dactylo Publications Semaine Verte TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Conseils DIALOGUE AVEC MON JARDINIER (2007) 22h50 Top! Top!/ Flip Planète Faites entrer l'accusé / Le crime fou de Stéphane Moitoiret Baccarat, Lorraine Sur les pistes du rock Puissante planète Green Cops CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Coroner / Quick or Dead CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident Magnum P.I./ I.the Deceased The Good Doctor / Xin CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Madam Secretary / Proxy War Bull / Justified Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Bachelor The Good Doctor / Xin News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Magnum P.I./ I.the Deceased Bull / Justified News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Independent Lens / The King Amanpour & C UNIS Cochon dingue Pas plus bêtes Tournée générale Hooké Les encanteurs Le souhait d'Augustine Hors série Liberté Chez nous HBO1 18h15 BREXIT: THE UNCIVIL WAR (2019) Crashing High Main Breslin and Hamill: Deadline Artists 22h50 True Detective TVA Sports 17h00 JiC LAH Hockey - Match des étoiles (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 01/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle Le Téléjournal Sports/ Infoman 23h05 Country TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) La Magie des Stars Simon Leblanc: Tout court Tout le monde aime TVA nouvelles Cinéma TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or La gloire.mais à quel prix?M'entends-tu?L'heure est grave L'ENFANT D'EN HAUT (2012) V Cinéma 18h45 LA NOSTALGIE DE L'ANGE (2009) avec Rachel Weisz, Saoirse Ronan, Mark Wahlberg.SOUS HAUTE PROTECTION (2009) Steven Seagal.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal de 13h On n'est pas couché Mixeur / Martha Ortiz Journal/ L'invité CANAL D Les héros du feu Mayday / Traverser la tempête Le convoi de l'extrême Docu-D Docu-D La face cachée CANAL VIE Vendre ou rénover au Québec Les naufragés de l'amour La vie avec des quintuplées Joue Docteur Dévisagés Goldwater à l'écoute Le Club Mel RDS 15h00 Golf Sports 30 Sports 30 FIT Tennis - Open d'Australie Finale Sports 30 Sports 30 HISTORIA Pirates et trésors Miracles décodés Nos ancêtres les extraterrestres La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Chasseurs ICI ARTV C'est juste de la TV Les dieux de la danse LES MAUVAISES HERBES (2016) Alexis Martin.Les Borgia / Reliques LA ZIZANIE EXPLORA S'aime chien Curiosités Animo Les Poilus Gros labo Planète techno Merveilles de la nature Découverte Vol Hudson Z Ultime défi ninja BattleBots: Combats de robots Talk show Roast Battle Seuls et tout nus XL Pinel Maripier! 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Flip Planète 17h30 Trésors Pavlopetri, la cité engloutie Planète Chefs Chocolat Poulain Champs de bataille / L'enfer de Verdun Picasso Paris CBC When Calls the Heart Heartland / Risk and Reward The Nature of Things the fifth estate CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal To Be Announced The Big Bang The Big Bang American Ninja Warrior: USA vs.The World National News GBL Global News Global National NCIS: Los Angeles The 25th Annual Screen Actors Guild Awards / Alan Alda Big Brother: Celebrity Edition Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Funniest Home Videos Shark Tank Shark Tank News CBS 15h00 Golf Ch.3 News 60 Minutes Big Brother: Celebrity Edition NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Proxy War News PBS (33) The Dictator's Playbook Great British Baking / Bread Masterpiece Classic / Victoria Masterpiece Classic / Victoria Tales From the Royal Wardrobe Midwife UNIS Les encanteurs Les Newbies Le p'tit cabaret / Marilou Morin Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Le punch HBO1 18h15 Girl in the River Amanda Seales: I Be Knowin' Real Time With Bill Maher True Detective 22h10 Crashing HighMain 23h10 M.Wolf TVA Sports RAW LAH Hockey - Concours d'habileté du match des étoiles (D) Kevin Raphael Le TVA sports LHJMQ Hockey / V.d'Or/Que.01/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Deuxième chance Galas Juste pour rire Le Téléjournal Les musiques de Patrick TVA TVA nouvelles CREED (V.F.) (2015) avec Sylvester Stallone, Michael B.Jordan.21h15 LE TRANSPORTEUR 3 (2008) Jason Statham.23h15 TVANou.TQ OPÉRATION ARCTIQUE (2014) 19h45 Bendik Cette année-là Belle et Bum L'INSPECTEUR HARRY (1971) Clint Eastwood.V Cinéma STAR TREK: VERS LES TÉNÈBRES (2013) avec Zachary Quinto, Chris Pine.21h15 SOIF DE VENGEANCE (2009) avec Laura Mennell, Steven Seagal.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Enquête Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Grands rep.TV5 Saison au zoo Journal de 13h Destination Eurovision / Finale Voisins/ Voisins Journal/ L'invité CANAL D Enchères Enchères Douanes Douanes Riches et coupables Madame Lebrun Comédie Club / Billy Tellier Les Recrues CANAL VIE Bienvenue dans notre zoo Cauchemar Palm Springs Mini-maisons sur mesure Taxi au-delà Mariages Mosaic Quintuplées RDS Sports 30 CH Express émotions Images/sec.Curling - Juniors canadiens Demi-finale (D) Sports 30 HISTORIA Le lot du diable Poirier enquête Poirier enquête Confessions Hells / En guerre JFK Déclassifié Légendes du Rocher A$ de brocante ICI ARTV Pour emporter Pour l'amour du country DÉTACHEMENT (2012) Adrien Brody.21h50 Lire Pique-nique à Hanging Rock LE JOUET EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir Vol miracle au-dessus de l'Hudson Rêver le futur Stupidité Z Fallait pas essayer Rapide et mill Déroute Rat rods de Vegas Ultime défi ninja Le web obscur Maripier! Le trône de fer SAVOIR Nomade mers Au coeur du cinéma québécois Connaissance Ombre doute 20h55 Publica.Ombre doute 21h50 Thèse La boîte noire La musique, reflet TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Flip Subito texto Les sapiens Les sapiens LE PACHA (1968) avec Dany Carrel, Jean Gabin.Top!/ Top!/ Flip Cinéma Planète Les eaux blanches L'histoire gourmande de LU Les Robinsons / Suède Dans le secret des villes Tribus XXI Puissante CBC CBCNews marketplace Hockey Sat.LNH Hockey - Match des étoiles (D) Republic Doyle CTV CTV News Montreal W5 Carter / Koji the Killer Cardinal / Sam Cardinal National News GBL Global News Global National Security Security STOLEN DREAMS (2015) avec Peter Benson, Stephanie Bennett.Remedy / Blood and Guts Global News ABC News News at 6:30 Extra NBA Countdwn NBA Basketball / Warriors de Golden State c.Celtics de Boston (D) News CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight FBI / Prey 48 Hours 48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Upstart Crow Doc Martin Death in Paradise Austin City UNIS Hôpital vétérinaire Liberté Écrivain public Mauvais karma Mauvais karma SOUVENIRS INTIMES (1998) Pierre-Luc Brillant.L'espionne HBO1 Comeback Comeback Comeback 19h50 Comeback Comeback Comeback Amanda Seales: I Be Knowin' True Detective TVA Sports Le TVA sports Kevin Raphael Avant-match (D) LNH Hockey - Match des étoiles (D) S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR C\u2019est à une bouleversante mise en voix des exilés du nazisme que Jérôme Prieur se prête dans Ma vie dans l\u2019Allemagne d\u2019Hitler.Ce documentaire en deux par t ies p ige avec sensibilité dans les quelque 20 000 pages de témoignages recueillis en 1939 auprès de 281 exilés du IIIe Reich priés de raconter leur quotidien avant et après le 30 janvier 1933, moment où Hitler devint chancelier.Le plus frappant ici, ce sont ces voix impérieuses qui se dressent face à un bloc allemand apparaissant de plus en plus monolithique.L\u2019effet est d\u2019autant plus saisissant qu\u2019il fonctionne par une af folante accumulation : professeur, ouvrier, étudiante, artiste ou prêtre, qu\u2019ils soient juifs, catholiques ou protestants, se dévoilent sans pudeur, désireux de mettre les mots exacts sur ce qui les a poussés à partir.Ceux-ci sont magnifiquement servis par la narration posée de la chanteuse et actrice Ute Lemper, dont la voix, subtilement innervée de leurs mille émotions contrastées, marque durablement les esprits.Cette dernière relaie l\u2019indignation sans faillir, même quand la plume vacille, comme lorsqu\u2019il s\u2019agit de dire la profonde détresse d\u2019une écolière de 14 ans qui dut, un jour de classe comme les autres, sauter à mort sur une camarade juive que « tout le monde aimait » pour prouver qu\u2019elle était une bonne Allemande.Privée d\u2019artifices, la démarche de Prieur est d\u2019autant plus intéressante qu\u2019elle permet de voir comment des idées, jusqu\u2019alors impensables, ont pu se répandre et devenir acceptables aux yeux de \u2014 presque \u2014 tous.Une grande leçon sobrement prodiguée.Ma vie dans l\u2019Allemagne d\u2019Hitler RDI, samedi, 23h, la suite le samedi 2 février, 23h Les indignés du nazisme Des exilés allemands racontent la mise en marche de la dictature hitlérienne SU R VOS ÉC R A N S Fête perpétuelle Cette nouvelle comédie dramatique met en vedette Natasha Lyonne (Orange Is the New Black), qui est également coproductrice et cocréa- trice avec Amy Poelher et Leslye Headeland, dans le rôle de l\u2019invitée d\u2019honneur à une fête donnée dans un appartement new-yorkais, qui célèbre tellement fort qu\u2019elle en perd la vie.Et pourtant, elle se réveille le lendemain, qui est en fait le jour de ladite fête, qu\u2019elle devra vivre encore et encore.Le clin d\u2019œil à la comédie Le jour de la marmotte (Groundhog Day avec Bill Murray) est loin d\u2019être subtil, d\u2019autant plus que la série est lancée la veille du véritable jour de la marmotte.Poupée russe (Russian Doll en V.O.A.) Netflix, dès vendredi RDI | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 02/01 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Prière de ne pas Guillemets Les Poilus Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus De garde 24/7 / Travail d'équipe Un chef à la cabane Deux hommes en or M'entends-tu?Belle et Bum V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Huissiers Les effaceurs Haute sécurité Code 111 Gotham Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Nus et cullotés / Objectif Sicile Les flots Les routes de l'impossible Des bateaux et des hommes Journal/ C à dire CANAL D Alaska: La ruée vers l'or Amour fatal / L'affaire Billis Marqué l'Amérique Les pires prisons du monde Craindre son voisin Outback CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Mariages Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Naufragés de l'amour / Aruba Joue Docteur Dévisagés ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Penguins de Pittsburgh (D) L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Traqueurs De père en fils En 6ième vitesse Les montagnards Les montagnards Les montagnards / Aveuglé Le lot du diable ICI ARTV Moi et l'autre Mr Bean Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter / Louis T.C'est juste de la TV L'effet Wow CHOCOLAT EXPLORA Curiosités Planète colère Planète techno Pharmachien Gros labo Les Poilus Volcans du monde Stupidité Stupidité Cerveau Z Expédition extrême Week-end Garage d'élite Américars: Rapides et musclés Les hors-la-loi du volant Infiltration Maripier! Cinéma SAVOIR 18h15 Thèse Cancer 19h25 Thèse 36.9° TDAH Routes science Nature/ L'ONU Encore plus Électron/ Thèse FutureMag En mouvement TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Subito texto C'est WOW Doc/ Je dors Mosquée LES ADIEUX À LA REINE (2012) Diane Kruger.Top!/ Top! 23h10 Flip Planète Traqueur de serpents Tanzanie sauvage Ghost Chasers (v.f.) / Hastings C'est vrai docteur Les eaux blanches Gourmande CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.marketplace Stats of Life CBC Docs POV CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot / Careless Whisper The Big Bang The Big Bang Blue Bloods / Ripple Effect CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 The Blacklist / Alter Ego Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Fresh Off-Boat Speechless 20/20 20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 Blue Bloods / Ripple Effect News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line Great Performances at the Met / Marnie UNIS À fond de train / London Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Les Newbies Le punch Les encanteurs HBO1 18h10 BESSIE (2015) Bryan Greenberg, 20h05 King in the Wilderness Real Time With Bill Maher Strike Back TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Flames de Calgary c.Capitals de Washington (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Patinage 01/31 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 1res fois Enquête Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur LOL :-) La Dérape Le bon docteur / Initiatives J.E.Tu ne m'as pas TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween De garde 24/7 / Travail d'équipe Dans les médias House of Cards / Huis clos La gloire V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire L'amour est dans le pré L'Open Mic Chicago Police Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Imposture(s) / Origine du mal Démineurs Munch / Destins croisés Journal/ C à dire CANAL D Le convoi de l'extrême Routiers de l'Outback Les héros du feu Riches et coupables Docu-D Docu-D CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?La vie avec des quintuplées Bienvenue dans notre zoo Mosaic Cauchemar Palm Springs ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° FIA Course automobile - Santiago E-Prix En route Super Bowl (D) L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Les moteurs Les moteurs Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Détroit: bêtes d'acier Traqueurs ICI ARTV 17h30 L'appel L'appel du coeur Partie 2 de 2 Mr Bean Esprit critique La foire aux vanités Rétroviseur Rétroviseur Cinéma EXPLORA Animal Fight Club / La savane Animaux miracles Planète: Attention danger Mars / Les pieds sur Mars Villes Géants de la construction Z Les stupéfiants Seuls et tout nus XL BattleBots: Combats de robots Talk show Roast Battle Star Trek: Discovery LA DESCENTE SAVOIR 18h20 Thèse Ombre doute 19h25 Cinéma Semaine Verte 20h10 Oser Publications Dactylo Hollywood 22h20 Ffilm Arrêt monde Réparer nature TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Flip Amélie Les sapiens Motel Monstre LES PORTES TOURNANTES (1988) 22h45 Top! Top!/ Flip Planète Baccarat, Lorraine Sur les pistes du rock La Grande Guerre Champs de bataille / Les anges de la victoire Traqueur de serpents CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Dragons' Den Workin' Moms Little Dog CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Cardinal / Roman and Irena Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight The Titan Games / Trials Five Schooled Will & Grace S.W.A.T./ Encore Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy A Million Little Things How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Fam S.W.A.T./ Encore News PBS (33) PBS NewsHour Noyana:Sing.Steves' Europe Peter, Paul and Mary at Newport 1963-1965 Chet Atkins: Certified Guitar Player Amanpour & C UNIS Cochon dingue Échappe Fous animaux Hôpital vétérinaire Chez nous Liberté Écrivain public Web Thérapie Balade Tor.Peaky Blinders HBO1 17h20 CORNER GAS: THE M.Three Days of Terror Amanda Seales: I Be Knowin' BEWARE THE SLENDERMAN (2016) Richard Dawkins.High Main TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Flyers de Philadelphie c.Bruins de Boston (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Dans le ring 01/30 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Cheval-Serpent Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or Malaises Lâchés lousses Victor Lessard / MK-ULTRA TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs M'entends-tu?Kebec De garde 24/7 V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Phil s'invite L'Open Mic SEAL Team / Jalalabad Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Les flots / Tahiti 2 Enfance maltraitée Enfants prodiges Journal/ C à dire CANAL D Structures abandonnées Les Recrues Les Recrues Alaska: La ruée vers l'or À la poursuite du trésor inca Maladie mentale Comédie Club CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Amour aveugle Taxi au-delà Naufragés de l'amour / Aruba Maladie mentale Design V.I.P.À vos marques ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 Maladie mentale Table d'hôte L'antichambre (D) Sports 30 Maladie HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Prêt au combat Prêt au combat De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu Rois scrap ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Moi et l'autre Les filles de Caleb Les filles de Caleb Les filles de Caleb Filles de Caleb EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco Les chevaux sauvages La Semaine verte Gros labo Pharmachien Le non-verbal décodé Rivalité Z Les stupéfiants Ultime défi ninja Expédition extrême Maladie mentale Fous Maripier! Prêt sur gage SAVOIR Encore plus Archi branchés Rature et lit Connaissance Au coeur du cinéma québécois Arrêt monde Publications Semaine Verte 22h40 Oser Montcalm.TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Citoyen monde LÉVIATHAN (2014) avec Elena Lyadova, Roman Madyanov, Aleksei Serebryakov.Planète Les Robinsons / Suède Dans le secret des villes Les cicatrices de la Justice Opérations spéciales La Reine Bicyclette CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Burden of Truth Unspeakable CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal In Their Own Words The Launch Grey's Anatomy Criminal Minds / Sick and Evil CTV National GBL Global National Global News Chicago Med Big Brother: Celebrity Edition Chicago Fire Chicago P.D.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Match Game News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Big Bang Young Sheldon Criminal Minds / Sick and Evil News PBS (33) PBS NewsHour Crossroads Outdoor Nature Nova / First Face of America The Dictator's Playbook Amanpour & C UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les encanteurs Web Thérapie Les Newbies Le punch Mauvais karma Mauvais karma Tournée générale Vétérinaire HBO1 17h20 CLEAR HISTORY 19h05 CONFIRMATION (2016) Wendell Pierce.True Detective 22h10 Crashing HighMain Cinéma TVA Sports 17h00 JiC Kevin Raphael Avant-match LNH Hockey / Lightning de Tampa Bay c.Penguins de Pittsburgh (D) D.Morissette 23h15 RAW 01/29 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Unité 9 5e rang Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition O' / C'est pas moi, c'est lui L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Kebec National Geographic SOS sages-femmes L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Taxi payant Je suis chef L'Open Mic NCIS: Los Angeles Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Enfants prodiges La vie / Sri Lanka Des bateaux et des hommes Caïn / Bang bang Journal/ C à dire CANAL D Face cachée villes Train d'enfer Le convoi de l'extrême Mayday / Preuve vidéo Routiers de l'Outback Mme Lebrun CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Palm Springs Cauchemar Mini-maisons sur mesure Vendre ou rénover au Québec Taxi au-delà Mariages ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'histoire EPL Soccer / Burnley c.Manchester United L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Miracles décodés JFK Déclassifié Légendes du Rocher Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Quelle famille! La foire aux vanités La foire aux vanités Pique-nique à Hanging Rock Les Borgia EXPLORA Chauves-souris en danger Les Açores sauvages Découverte Mégastructures nazies Rêver le futur Véhicules extr.Z Les stupéfiants Face Off Penny Dreadful / La nuit sacrée Surnaturel / Funeralia Après l'Apocalypse Le trône de fer SAVOIR 18h25 Thèse 36.9° TDAH Mémoires CORIM Routes science Nature/ L'ONU Découverte Avenir/ Routes Électron/ Thèse uniVERT TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens C'est WOW LES SALAUDS (2013) Vincent Lindon.22h40 Top! Top!/ Flip Planète Les unités d'élite face aux attentats Arts backstage Traqueur de serpents Tanzanie sauvage Natura Les Robinsons CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Kim's 22 Minutes Schitt's Creek Cavendish CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Criminal Minds This Is Us The Rookie CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Great Commercials NCIS: New Orleans / #1 Fan SEAL Team Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Kids-Alright Black-ish Splitting Up The Rookie News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Great Commercials State of the Union Address News PBS (33) PBS NewsHour Born to Expl Yankee Finding Your Roots State of the Union Address Amanpour & C UNIS Cochon dingue Ouache/ Ouache Écrivain public Vu intérieur LA FEMME QUI BOIT (2000) avec Luc Picard, Elise Guilbault.Ciné tout court Hooké HBO1 17h30 MUHAMMAD ALI'S .19h10 Breslin and Hamill: Deadline Artists Crashing High Main True Detective Cinéma TVA Sports 17h00 JiC Avant-match LNH Hockey / Flyers de Philadelphie c.Rangers de New York (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports M A R D I J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR L\u2019affaire du Dahlia noir, meurtre irrésolu de l\u2019aspirante actrice Elizabeth Short à Los Angeles à la fin des années 1940, fascine depuis longtemps et a inspiré nombre d\u2019œuvres de fiction, autant en littérature qu\u2019au cinéma, et même des jeux vidéo.Voilà que cette nouvelle minisérie de suspense, dont les deux premiers épisodes sont réalisés par Patty Jenkins (Wonder Woman, Monster), revi- site ce mystère persistant à travers une histoire inspirée de faits réels.I Am the Night emprunte beaucoup à l\u2019autobiographie de Fauna Hodel, une jeune fille blanche de la banlieue de Reno, adoptée par une femme noire bien avant le Civil Rights Act et qui découvre au milieu des années 1960 que sa mère biologique est issue d\u2019une famille californienne bien nantie, les Hodel, et dont un membre influent aurait été associé de près au célèbre meurtre\u2026 On suit d\u2019abord en parallèle la quête d\u2019identité de Fauna \u2014 incarnée avec la candeur et la détermination nécessaires par India Eisley \u2014 sur fond de ségrégation raciale persistante, et le parcours cahoteux d\u2019un ex- marine et journaliste déchu, devenu paparazzi au bout du rouleau, incarné avec un plaisir évident par Chris Pine, habitué aux rôles plus «héroïques».On vous laisse découvrir comment leurs destins se croiseront\u2026 On se laisse prendre rapidement par l\u2019histoire aux contours en apparence invraisemblables (et pourtant vrais !) de ce polar aux ressorts dramatiques par fois un peu trop appuyés, heureusement bien servi par des interprètes investis et une réalisation efficace.Et on a surtout hâte d\u2019arriver au bout des six épisodes pour découvrir une nouvelle lecture de ce mystère devenu un mythe hollywoodien à part entière.I Am the Night Bravo, lundi, 21h Sombres origines Une autre histoire sur laquelle flotte le fantôme du Dahlia noir BELL MÉDIA rois pas après avoir croisé cette fresque éclectique, on arrive sur Broadway, et on aperçoit ses trois coins de rue qui accueillent une légendaire série de honky tonks.C\u2019est là qu\u2019on réalise qu\u2019on n\u2019a pas fini de voir des mélanges surprenants dans la mecque du countr y.Bien connu des amateurs de musique country, le terme «honky tonk» reste obscur pour la plupart des gens.Imaginez un bar sans prétention, qui vend de la bière pas chère, où se multiplient des néons clignotants.Ajoutez-y un élément central : une petite scène sur laquelle des artistes se produisent, de 10 h du matin jusqu\u2019à l\u2019aurore.Puis, devant les musiciens, une piste de danse où des hommes dans la soixantaine arborant des cha- peux de cow-boy côtoient des groupes de jeunes filles en plein bachelorette party.Coiffez le tout d\u2019un nom comme «Crazy Town», «Tequila Cowboy» ou « Tin Roof », et vous avez une idée de l\u2019endroit.On vous prévient tout de suite : la qualité des prestations est variable dans les honky tonks.Alors que certains musiciens se font un point d\u2019honneur de jouer des classiques «à l\u2019ancienne», avec un costume d\u2019époque, d\u2019autres ouvrent les grandes fenêtres qui donnent sur la rue et répandent sur Broadway des chansons pop de l\u2019heure à la sauce vaguement country.En soirée, le public envahit carrément les bars et les trottoirs.On voit des spectateurs danser en ligne ou se trémousser lascivement devant les musiciens, d\u2019autres chanter avec émotion dans un coin retiré ou très fort pour tenter de se faire inviter à monter sur la scène.Il ne faut pas L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 V I V R E Quand on déambule en plein jour sur la 5e Avenue, à Nashville, et qu\u2019on tombe sans s\u2019y attendre sur la murale qui orne le côté du bar Legends Corner, il y a de quoi rester un peu dubitatif.Quatorze personnes y sont représentées côte à côte, dont Willie Nelson, Loretta Lynn, Johnny Cash, Dolly Parton\u2026 et Taylor Swift.REPORTAGE CAMILLE DAUPHINAIS-PELLETIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Nashville, une vraie virée country L\u2019ambiance est à la fête sur le « Honky Tonk Highway » ! On vous prévient tout de suite : la qualité des prestations est variable dans les honky tonks.PHOTOS CAMILLE DAUPHINAIS- PELLETIER T avoir peur du ridicule quand on sort sur le «Honky Tonk Highway»; l\u2019ambiance est à la fête.Et si un artiste ne nous plaît pas, on marche simplement 10 secondes jusqu\u2019au bar voisin.Les classiques Plusieurs légendes du country ont démarré leur carrière dans des honky tonks avant d\u2019accéder aux studios d\u2019enregistrement et aux grandes salles de spectacle.D\u2019ailleurs, une nostalgie persiste encore aujourd\u2019hui quant au côté « brut » des performances données dans ces établissements.S\u2019il est bon de s\u2019imbiber de cette ambiance lors d\u2019un passage à Nashville, il ne faut pas pour autant délaisser les attractions country plus classiques que propose la ville.Assister à un spectacle à la Grand Ole Opr y House est l\u2019activité numéro un sur la liste de choses à faire de la plupart des amateurs de musique country.C\u2019est dans cette salle, située en banlieue de la ville et pouvant accueillir plus de 4000 spectateurs, qu\u2019est enregistrée chaque semaine la légendaire émission country Grand Ole Opry, diffusée à la radio et à la télévision nationale depuis plus de 80 ans.L\u2019endroit présente de trois à quatre spectacles par semaine, et environ huit ar tistes se produisent chaque soir.On peut plutôt opter pour une soirée au Ryman Auditorium si on veut éviter de devoir sortir du centre-ville \u2014 c\u2019est dans ces locaux que Grand Ole Opry est enregistrée pendant la saison hivernale, un gage de qualité.Pour ceux qui sont plus du type musée, le Countr y Music Hall of Fame retrace l\u2019histoire de ce genre musical \u2014 enregistrements à l\u2019appui \u2014, et on peut y voir une panoplie de photographies, d\u2019instr u- ments de musique et de vêtements se rappor tant à des légendes du genre comme Elvis Presley, Hank Snow, Jim Reeves, Patsy Cline ou Johnny Cash.À noter que ces deux derniers ont chacun un musée consacré uniquement à leur carrière, également situés dans le centre-ville de Nashville.Si, après en avoir vu la capitale, vous souhaitez continuer votre visite du Tennessee, vous avez essentiellement deux options.Trois heures de voiture vers l\u2019ouest vous mèneront à Memphis, la ville d\u2019Elvis ; si vous faites la même distance vers l\u2019est, vous vous arriverez au pied des Great Smoky Mountains, le parc national le plus visité du pays.À vous de choisir\u2026 | 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Se reposer les oreilles Entre deux avalanches de refrains émouvants et d\u2019accords de guitare, vous avez envie d\u2019une promenade calme pour vous reposer les oreilles ?En plein cen- tre-ville, vous pouvez longer la rivière Cumberland et emprunter le pont piétonnier qui l\u2019enjambe, puis vous rendre dans le parc du même nom.Une bonne bouffée d\u2019air frais, avec vue sur la ville en prime.À une dizaine de minutes de voiture du centre, le parc Centennial offre beaucoup plus d\u2019espace pour une balade ou un pique- nique.Son attrait principal est assez curieux : il s\u2019agit d\u2019une réplique grandeur nature du Parthé- non d\u2019Athènes, bâtie en 1897 pour le centenaire de la ville.La structure abrite une immense reproduction d\u2019une statue d\u2019Athéna, un musée d\u2019art exposant des peintres américains et sert à l\u2019occasion de toile de fond pour la représentation de pièces de théâtre antiques.Combien ça coûte ?S\u2019y rendre Prévoir entre 500 et 700$ CAN pour un vol aller-retour entre Montréal et Nashville à l\u2019été 2019, dépendant des dates et du temps d\u2019escale.De l\u2019aéroport, on peut se rendre en ville en taxi, avec Uber ou l\u2019autobus public \u2014 prévoir de la monnaie (1,70$US par adulte, 1$US, moins de 19 ans).Pour économiser, il y a aussi l\u2019option d\u2019y aller en voiture : se rendre à Nashville à partir de Montréal prend environ 16heures et demie.On peut couper le trajet en deux en passant une nuit à Cleveland (Ohio), au bord du lac Érié.Où loger L\u2019hébergement à Nashville n\u2019est pas donné.En s\u2019y prenant à l\u2019avance, on peut trouver une chambre d\u2019hôtel pour environ 200$ canadiens la nuit à proximité du centre-ville.À noter que l\u2019auberge de jeunesse de l\u2019endroit, le Nashville Downtown Hostel, est impeccable, et pas seulement pour ceux qui sont du type dortoir \u2014 l\u2019endroit a de belles chambres, à quelques minutes de marche des honky tonks et juste en face de la rivière Cumberland.À faire Voir un spectacle au Grand Ole Opry : entre 40 et 110 $ selon la section.Visiter le Country Music Hall of Fame : 26 $ (16 $, 12 ans et moins) ; le Johnny Cash Museum : 20 $ (16 $, 15 ans et moins) ; le Patsy Cline Museum : 19 $ (15 $, 15 ans et moins) ; le Musée d\u2019art dans le Parthénon : 6,50 $ (4,50 $, 17 ans et moins).En dollars américains.L\u2019attrait principal du Parc Centennial : une réplique grandeur nature du Parthénon d\u2019Athènes Imaginez un bar sans prétention, qui vend de la bière pas chère, où se multiplient des néons clignotants.Ajoutez-y un élément central : une petite scène sur laquelle des artistes se produisent de 10 h du matin jusqu\u2019à l\u2019aurore. anvier, petit froid piquant, grand beau temps au-dessus de la rivière Malbaie.Les crampons crissent sur la surface gelée.Une épaisseur de glace de 55 centimètres au moins ! m\u2019a dit la préposée à l\u2019accueil ; aucun problème donc pour emprunter la rivière à pied.Je viens de quitter le secteur de l\u2019Équerre et la fameuse chute du Ruisseau-Blanc, là où la Malbaie fait un par fait angle droit pour descendre, cap au sud, vers le centre de services du Draveur.C\u2019est la navette des Glaces, le transport en chenillette du parc, qui m\u2019a emmenée en aller simple jusqu\u2019ici par le chemin multifonctionnel.Pour revenir sur mes pas, j\u2019avais l\u2019embarras du choix: ski de fond, ski-raquette, raquettes, patins, fatbike ou\u2026 marche avec crampons sur la rivière : 7,1km dans un décor envoûtant.Je lève les yeux : la rivière est encaissée dans une vallée profonde bordée de parois abruptes de 800 m de hauteur.Les cascades vertigineuses sont figées en chutes de glace, bien connues des glaciéristes internationaux.La quinzaine de parois de glace sont recensées par la Fédération québécoise de la montagne et de l\u2019escalade.Ici, on marche sur l\u2019histoire géologique, précisément sur la ceinture du cratère formé par la chute d\u2019un météore, il y a plus de deux millions d\u2019années, au cœur de la Réserve mondiale de la Biosphère de Charlevoix.Première hivernale Dans le secteur du Cran des Érables, la vallée des Glaces autorise désormais l\u2019accès au public friand d\u2019activités hivernales.Car si le parc enregistre quelque 124 000 entrées durant l\u2019année, cette zone était jusqu\u2019ici fermée durant la saison froide.Depuis le 1er décembre, le visiteur doit passer par l\u2019accueil du Draveur, et ce, jusqu\u2019au 1er avril.De là, on a un accès direct au sentier le Riverain, qu\u2019on gagne en traversant la rivière au niveau du barrage.Sur 9km, on multiplie les points de vue vertigineux, notamment sur la vallée glaciaire et sur l\u2019Acropole des Draveurs, probablement le sommet le plus spectaculaire du parc.«Dès la création du parc en 2000, on pensait déjà à ça: le rendre accessible en hiver.Le centre d\u2019accueil Le Draveur a d\u2019ailleurs été conçu pour être fonctionnel à l\u2019année», explique Daniel Groleau, directeur du parc des Hautes- Gorges-de-la-Rivière-Malbaie (et des Grands-Jardins).Une accessibilité qui a profité d\u2019un investissement public de quelque 9,2 millions pour l\u2019entretien routier, mais aussi pour l\u2019électrification, notamment des nouveaux chalets.À seulement 2 km de là, 10 chalets Écho viennent de pousser dans le secteur du Cran des Érables.Cette nouvelle génération de chalets lancée par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) mise sur la fonctionnalité de l\u2019hébergement, mais aussi sur l\u2019intégration au milieu.Où qu\u2019on soit dans le chalet, on a la sensation d\u2019être en forêt grâce à sa large fenestration et parce qu\u2019il est inséré dans un cadre naturel intimiste.Un bien bel hiver en perspective.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e P l e i n a i r 4 4 | REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Un hiver au parc La vallée des Glaces, nouvelle porte d\u2019accès au parc des Hautes-Gorges- de-la-Rivière-Malbaie, dans un décor stupéfiant de Charlevoix Renseignements pratiques Le centre de services Le Draveur propose la location d\u2019équipements: skis-raquettes, raquettes, crampons, fatbike.Un anneau de glace et une descente en tubes sont accessibles à proximité.La navette des Glaces peut transporter 22 personnes jusqu\u2019à la pointe aux Inukshuks et jusqu\u2019au secteur de l\u2019Équerre.Horaires de départ du centre : 9 h 30 et 13 h 30.Tarif : 27 $ l\u2019aller ; 39 $ l\u2019aller- retour.Gratuit pour les 17 ans et moins.Location des chalets Écho: 155$ la nuit.Cet hiver, la Journée des parcs de la SEPAQ a lieu le 26 janvier, l\u2019occasion de découvrir la vallée des Glaces avec un accès et des activités gratuites.À l\u2019été 2019, des tentes de prêt-à-camper seront disponibles au Cran des Érables.Réservation : ?1 800 665-6527, sepaq.com Froid piquant et beau temps sur la rivière Malbaie.À gauche : le plaisir de conduire son traîneau à chiens le long des sentiers sinueux.Page de droite : la vallée des Glaces lors d\u2019une randon- neé en fatbike.PHOTOS NATHALIE SCHNEIDER J | 4 5 Vi v r e P l e i n a i r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Expérience d'immersion interculturelle Dharamsala (Inde), Madagascar, Pérou, Sénégal et Vietnam.Séjour de 7 semaines COÛT : de 5 195 $ à 6 225 $ (formule « tout inclus ») proposée aux personnes de 50 ans et plus avec hébergement dans une famille et bénévolat Voyages solidaires Pour assister à une séance d'information, téléphonez au 514 325-0150, poste 2039 http://voyagessolidaires.collegemv.qc.ca Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages ayant du contenu ! Des voyages d\u2019exceptions : Culture, Histoire & Petits Groupes Conférences remises au dimanche 27 janvier 2019.Réservez vos places !!! BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3399 TIONS CON 10h00 Salle 1 Hôtel Ruby Foo\u2019 A PRÉSENT FÉRENCES Pour des voyages pas comme les autr 10h00 Salle 2 d Decari s : 7655 boulevar ! e es 15h00 14h00 13h00 11h30 15h00 14h00 13h00 11h30 Du traîneau à chiens pour tous à Baie-Saint-Paul Le traîneau à chiens, ça intéresse juste les Français ! Vrai qu\u2019ils sont plusieurs, originaires des Vosges ou du Jura, à avoir contribué à revitaliser l\u2019activité au Québec il y a une vingtaine d\u2019années.Pour autant, les Québécois qui s\u2019y initient représentent aujourd\u2019hui la moitié des clients de La reine et le millionnaire, la très sympathique entreprise de traîneau à chiens installée à Baie-Saint-Paul depuis un an.« Chez nous, chacun conduit son attelage, dit Alexandre Lavagne, copropriétaire de l\u2019entreprise avec sa conjointe, Charlotte Pozzi, tous deux originaires de France.Nous privilégions la pure sensation et le plaisir pour nos clients, mais surtout pour nos chiens.Si le chien n\u2019est pas heureux, le client ne le sera pas non plus ! » Et du plaisir, on en a à conduire son traîneau dans les stupéfiants paysages charlevoisiens, le long des sentiers forestiers sinueux.On enchaîne les descentes posté sur les patins latéraux et les montées en trottinant d\u2019un pied pour aider les chiens.Un arrêt de quelques minutes, et les chiens trépignent d\u2019impatience pour repartir en force.Au bout d\u2019une petite heure, on boucle le circuit, haletant et en proie à une joie d\u2019enfant.Quarante alaskans La meute de 40 alaskans, c\u2019est Alexandre qui l\u2019a bâtie en huit ans alors qu\u2019il vivait à Sacré-Cœur : «L\u2019alaskan est un croisement de chien nordique et de lévrier ou de braque, il est fait pour courir sur de longues distances et a beaucoup d\u2019énergie à dépenser ! » Une petite incursion dans le vaste enclos en donne un aperçu plutôt convaincant ; chaque chien y a son espace privé dans des niches construites en bois du toit au plancher.L\u2019hiver terminé, le traîneau est remplacé par la cani-trottinette, une autre façon d\u2019éprouver toutes sortes d\u2019émotions en compagnie des chiens.Renseignements pratiques : La reine et le millionnaire propose trois expériences en traîneau à chiens : Initiation (1h), Aventure (1h30) et Excursion (2h30).De plus longues sorties (demi-journée) sont organisées sur les pistes du Massif.Selon les forfaits, les prix varient de 100$ à 190$ (réduction pour les enfants).lareineetlemillionnaire.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e 4 6 | L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Retraite zen à la maison Stressé?Anxieux?Ressentez-vous un mal-être?La méditation pourrait vous aider, mais avant de vous engager à suivre des cours de yoga, tentez l\u2019expérience bien au chaud à la maison.Séance de méditation guidée Développée par le fabricant mont- réalais de leggings et autres vêtements de sport écologiques Rose Buddha, la nouvelle application Méditations comprend plus de 100 heures de méditations guidées, classées par différents durées et thèmes, comme la colère, le stress ou le lâcher-prise.Pour les débutants, l\u2019application offre une section gratuite de méditations de base.Les plus avancés souhaitant débloquer tous les enregistrements devront s\u2019abonner au service de Rose Buddha.L\u2019entreprise envisage d\u2019ajouter du contenu annuellement.De plus, payer un abonnement «engage le méditant dans sa pratique», souligne la cofondatrice de Rose Buddha, Madeleine Arcand.L\u2019application ne révolutionne pas le design, mais c\u2019est assez simple et épuré pour être facile d\u2019utilisation.On ferme les yeux, et on fait «ohm».Méditations Rose Buddha Rose Buddha, offert pour iOS et Android Si on préfère transpirer un peu Pour ceux et celles qui sont stressés par la méditation, l\u2019application Asana Rebel propose un programme de mise en forme combinant yoga et activité physique.Offrant des explications claires et des vidéos pour chaque exercice, Asana Rebel est aussi franchement très jolie.Sa version pour iOS se connecte même à l\u2019Apple Watch et à l\u2019application Santé du système d\u2019exploitation pour enregistrer sa progression et ses calories brûlées.Là encore, il faut payer un abonnement pour débloquer tous les exercices.Asana Rebel Asana Rebel, offert pour iOS et Android Olivier Sylvestre Au-delà de l\u2019assiette, repenser l\u2019acte même de manger Bien se nourrir ne se résume pas aux aliments et à leurs nutriments, nous enseigne le nouveau Guide alimentaire canadien OLIVIER SYLVESTRE LE DEVOIR Mettre la main à la pâte permet de nous éloigner des aliments transformés, qui représentent près de la moitié des calories ingérées par les Canadiens.C\u2019est aussi une occasion en or de transmettre nos connaissances culinaires aux enfants, qui sont en pleine découverte des aliments.AKILINA WINNER ISTOCK | 47 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Pour annoncer dans ce regroupement.Contacter la publicité au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS VIEUX-QUÉBEC ESCAPADE au cœur du Vieux-Québec 44, Côte du Palais Vieux-Québec (Québec) G1R 4H8 TARIFS À PARTIR DE : PAR NUIT, EN OCCUPATION DOUBLE, PLUS TAXES.155$ CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATRICE LE DEVOIR Depuis la sortie du nouveau Guide alimentaire canadien (GAC) mardi dernier, il a surtout été question de la métamorphose des por tions en propor tions et de l\u2019élimination du concept de groupes alimentaires.Mais un tout nouveau volet a été ajouté à la nouvelle mouture du GAC : l\u2019aspect social entourant l\u2019acte de manger.Au verso de la version résumée du GAC, il y a sept conseils sur les comportements alimentaires à éviter ou à adopter pour améliorer la santé de la population, notamment cuisiner plus souvent, savourer les aliments et par tager nos repas en bonne compagnie.En mettant la main à la pâte, cela nous permet de nous éloigner des aliments ultratransformés, qui représentent près de la moitié (48 %) des calories ingérées par les Canadiens.Comme nous pouvons le lire sur le site de Santé Canada, ces aliments « qui contribuent à une consommation excessive de sodium, de sucres libres ou de lipides saturés nuisent à la saine alimentation.Ils ne devraient donc pas être consommés sur une base régulière ».Le vrai goût des aliments Cuisiner nous permet donc d\u2019éviter de dépendre des aliments ultratrans- formés pour nous nourrir et nourrir nos enfants.Cela nous permet également de renouer avec le vrai goût des aliments, longuement altéré par une abondance de sel, de sucre et d\u2019arômes plus ou moins naturels.De quoi nous aider à les savourer pleinement.C\u2019est aussi une occasion en or de transmettre nos connaissances culinaires aux enfants, qui sont en pleine découverte des aliments.Puis, quand vient le moment de passer à table, la convivialité est l\u2019invitée d\u2019honneur.De fait, Santé Canada nous rappelle que « par tager des aliments sains en compagnie de proches, d\u2019amis, de voisins ou de collègues de travail est une excellente façon de tisser ou de renforcer des liens tout en rendant la vie agréable.Cela procure de nombreux avantages tout en contribuant à un mode de vie sain ».Il est réducteur et simpliste de croire que bien manger se résume à la teneur en vitamines et minéraux des aliments dans notre assiette.Cela correspond plutôt à l\u2019idée que la valeur nutritionnelle d\u2019un aliment n\u2019est que la somme de tous ses nutriments, une idée aussi connue sous le terme «nutritionnisme ».S\u2019il est important de cuisiner plus souvent et de partager nos repas en bonne compagnie, il est tout aussi pertinent de prendre conscience du contexte dans lequel nous prenons nos repas.À ce sujet, Santé Canada explique qu\u2019« il s\u2019agit d\u2019être conscients de ses habitudes alimentaires, de prendre le temps de manger et de remarquer quand on a faim et quand on est rassasié ».Pour y parvenir, ce nouvel outil de référence nous invite entre autres à reconnaître la façon dont nous avons l\u2019habitude manger, l\u2019endroit où nous mangeons et la raison pour laquelle nous le faisons.Selon Santé Canada, cela nous permettra entre autres « de faire plus souvent des choix plus sains, d\u2019apporter des changements positifs à [nos] comportements alimentaires habituels et de [nous] reconnecter à l\u2019expérience de manger en créant une prise de conscience de [nos] sensations, pensées, émotions et compor tements ».Dans le but de créer un environnement favorable aux saines habitudes de vie, cette prise de conscience est de mise pour faire changer les choses, autant du côté du consommateur que de celui des politiques alimentaires.Paral lè lement , en étant p lus conscient de nos choix alimentaires et du contexte dans lequel nous consommons les aliments, cela nous amène à réfléchir davantage à l\u2019impact environnemental de notre alimentation.Le fait que le GAC recommande d\u2019inclure davantage de protéines végétales dans nos habitudes alimentaires suit d\u2019ailleurs cette logique.Nous connaissons déjà les bienfaits des végétaux pour la prévention de plusieurs maladies chroniques non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires et cer tains cancers.Mais il est aussi clairement démontré qu\u2019une alimentation misant sur les végétaux (fruits et légumes, grains entiers, légumineuses, noix et graines) aide à réduire l\u2019empreinte écologique de nos habitudes alimentaires.En effet, comme l\u2019indique la Com- mission-EAT publiée dans le journal scientifique The Lancet le 16 janvier dernier, « les systèmes alimentaires ont le potentiel de nourrir la santé humaine et de soutenir l\u2019environnement de façon durable\u2026 » Sucre et viande rouge La quarantaine de scientifiques ayant contribué à cette commission mettent toutefois en garde par rapport à la trajectoire actuelle de nos habitudes de vie qui mettent notre santé et l\u2019environnement en péril.Pour la corriger, ils recommandent de réduire de moitié notre consommation de sucre et de viande rouge et de doubler nos appor ts quotidiens en fruits, légumes, noix et légumineuses.Force est de constater que la nouvelle approche du GAC va exactement dans cette direction, et ce, malgré les réactions de l\u2019industrie alimentaire face à sa nouvelle édition.En laissant de côté les intérêts de l\u2019industrie alimentaire dans la révision du GAC, Santé Canada se permet de mettre les consommateurs en garde vis-à-vis du marketing.Selon le ministère de la Santé, il « est un type de publicité favorisant la vente de certains aliments ou produits alimentaires.De nombreux aliments et boissons commercialisés peuvent présenter une teneur élevée en sodium, en sucres ou en gras saturés».Tout compte fait, il n\u2019est pas toujours évident pour les consommateurs de trouver l\u2019information nécessaire pour faire de meilleurs choix alimentaires.De plus, la mise à jour du tableau de la valeur nutritive et de la liste d\u2019ingrédients n\u2019entreront en vigueur qu\u2019en 2022.Il n\u2019est pas non plus toujours facile pour les enfants de faire fi des stratégies de l\u2019industrie alimentaire pour attirer leur précieuse attention.Bien que la Loi sur la protect ion du consommateur interdit depuis 1980 la publicité à but commercial destinée aux enfants de moins de 13 ans au Québec, d\u2019autres stratégies les rejoignent quotidiennement, comme l\u2019emballage des aliments.Dans l\u2019optique de faire adopter une telle loi partout au Canada et du même coup de resserrer la vis par rapport à la loi existante au Québec, le projet de loi fédéral S-228 est en attente d\u2019approbation au Sénat.Toutefois, des dizaines de lob- byistes freinent les démarches pour l\u2019adoption de cette loi.Mais avec le nouveau GAC, cela pourrait contribuer à donner le feu vert à cette importante législation.Rappelons-nous que le Guide alimentaire canadien ne sert pas uniquement aux consommateurs.C\u2019est un outil de référence pour les institutions publiques qui s\u2019y réfèrent afin de développer leurs recettes.Il peut aussi être utilisé comme argument de taille pour favoriser le changement de certaines politiques et ainsi améliorer notre environnement de manière à ce qu\u2019il encourage les saines habitudes de vie de tous les Canadiens.Partager des aliments sains en compagnie de proches, d\u2019amis, de voisins ou de collègues de travail est une excellente façon de tisser ou de renforcer des liens tout en rendant la vie agréable.Cela procure de nombreux avantages tout en contribuant à un mode de vie sain.SANTÉ CANADA » Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre 48 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 26 E T D I M A N C H E 27 JANVIER / 2 0 19 SECTION SPÉCIALE TOURISME NORDIQUE « Si tu n\u2019aimes pas l\u2019hiver, viens dans le Nord ! » Cette phrase, qu\u2019on entend souvent dans le nord du Québec, a de quoi surprendre au sud de la province, où on compte les centimètres de neige, les budgets de déneigement, les semaines avant l\u2019arrivée du printemps et les snowbirds par milliers\u2026 Pourquoi ne pas troquer le voyage vers la Floride, le Mexique ou Cuba pour\u2026 le Nord québécois ?L\u2019occasion de découvrir tout autrement la saison froide, un territoire et une nature méconnue, les aurores boréales, des cultures autochtones et l\u2019unique train Tshiuetin, seul lien terrestre qui permet de se rendre à la frontière du 55e parallèle.Road-train-trip de Montréal à Schefferville\u2026 ou jusqu\u2019à Kuujjuaq, pourquoi pas ?D ébut janvier.Le chauffage au maximum dans le 4x4, on quitte une Montréal encore un peu endormie pour rejoindre la route 138, direction nord.Si on connaît bien les 300 premiers kilomètres, le paysage commence à changer dès qu\u2019on atteint la côte de la Miche, près de Beaupré.À partir de ce tronçon qui s\u2019élève à plus de 700 mètres, la route qui longe le fleuve commence à se faire vallonneuse et sinueuse.Reconnue pour être magnifique l\u2019été, elle l\u2019est tout autant sous son manteau blanc.Baie-Saint-Paul, La Malbaie, Saint- Siméon?: d\u2019un village à l\u2019autre, le nombre de voitures sur la route diminue.« À part les motoneigistes, il n\u2019y a vraiment pas beaucoup de monde qui vient par ici l\u2019hiver », nous dit la serveuse du restaurant L\u2019Horizon, à Saint-Siméon, en réchauffant notre café.«?Vous êtes-vous perdus?» nous demandent les trois autres clients du restaurant, tous des gens du coin, pour nous taquiner.On discute et on rigole, alors que la serveuse nous raconte son dernier week-end, passé à couper de la glace en gros cubes sur un lac gelé avec son frère, propriétaire d\u2019une pourvoirie, qui fait ses provisions de glace pour la prochaine saison de chasse.Si voyager l\u2019hiver sur la Côte-Nord permet d\u2019éviter le trafic et les hordes de touristes, c\u2019est aussi l\u2019occasion parfaite de collectionner ainsi les rencontres, au fil des kilomètres.Snowbirds nordiques C A T H E R I N E G I R O U A R D Le Devoir F A B R I C E G A Ë T A N Photos, collaboration spéciale Fillette dans le train Tshiuetin Canopée-Lit, à Sacré-Coeur Tadoussac | 49 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 26 E T D I M A N C H E 27 JANVIER / 2 0 19 Tadoussac et Sacré-Cœur À part quelques camions de marchandises et une dizaine de motoneigistes, le traversier vers Tadoussac est presque vide.L\u2019eau est agitée, sur la rivière Saguenay.Le contraste des vagues bleu foncé et des côtes enneigées nous fait presque oublier le vent qui fouette le visage.Sur l\u2019autre rive, c\u2019est une région en hibernation qui nous accueille.Vides et silencieux, les restaurants, les boutiques et les bureaux touristiques attendent que l\u2019hiver se retire.Si les touristes se font rares l\u2019hiver sur la Côte-Nord \u2014 les offices touristiques ne tiennent même pas de statistiques de fréquentation l\u2019hiver \u2014, les services leur étant réservés le sont tout autant.On s\u2019arrête au parc national du Fjord-du- Sagnenay et on chausse nos raquettes.Difficile de résister à l\u2019envie d\u2019aller jouer dehors.Les sentiers à explorer sont très nombreux en Côte-Nord, autant en forêt qu\u2019en bordure du Saint-Laurent.Devant la vue panoramique sur le fjord qui s\u2019offre à nous, on se dit que les 480 kilomètres parcourus jusque-là en ont déjà valu le coup.Le jour tombe lentement.On retourne se réchauffer dans le camion et on s\u2019éloigne de la 138 quelque peu.Direction Sacré- Cœur, un petit village à 16 kilomètres de Tadoussac.Il fait complètement nuit à notre arrivée à Canopée Lit, un site d\u2019hébergement insolite en forêt.Claire et Jérémie, les deux propriétaires, nous attendent près du feu, dans le chalet principal, pour nous reconduire en motoneige jusqu\u2019à notre petite cabane perchée.« Quand on a ouvert en 2009, on était les premiers à offrir de l\u2019hébergement insolite dans la région », se souvient Jérémie.Tombé amoureux du fjord lors d\u2019un voyage, le couple n\u2019a pas hésité à quitter la chaleur du sud de la France pour acheter un bout de forêt à Sacré-Cœur, son village d\u2019adoption qu\u2019il apprécie autant en hiver qu\u2019en été.« On a fait le choix de rester ouvert à l\u2019année, mais on remet souvent en question cette décision, raconte Claire en rigolant.On le fait quand même, car on croit que c\u2019est important pour la région.» Et d\u2019hiver en hiver, ils accueillent toujours un peu plus de touristes.« C\u2019est la question de l\u2019œuf ou de la poule : les gens délais- sent-ils la Côte-Nord l\u2019hiver parce qu\u2019il n\u2019y a plus de services touristiques, ou il n\u2019y a pas de services parce qu\u2019il n\u2019y a plus de touristes ?» se demande le couple.«?Pourtant, l\u2019hiver, ici, on le mange littéralement, et il est bon?! lance Jérémie.C\u2019est complètement différent de l\u2019hiver en ville.C\u2019est du vrai blanc, ici?! » Snowbirds nordiques Sept-Îles 4h48 431 km Kuujjuaq 1h05 380 km Schefferville 14h 573 km 55e parallèle Tadoussac 6h37 599 km Montréal Sacré-Cœur 13 minutes 16 km Cette section spéciale a été produite par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.La rédaction du Devoir n\u2019a pas pris part à la production de ces contenus. 50 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 26 E T D I M A N C H E 27 JANVIER / 2 0 19 SECTION SPÉCIALE TOURISME NORDIQUE Schefferville Sept-Îles Une nuit et quelque 430 kilomètres plus tard, on arrive à Sept-Îles.L\u2019envie de ressortir les raquettes revient vite.De la plage gelée, on admire le fleuve, très large à cette hauteur, ainsi que les gros blocs de glace qui y flottent ici et là.Au large, deux gros minéraliers attendent leur cargaison avant de repartir.«?C\u2019est impressionnant, la quantité de minerais qui passent par Sept-Îles?», affirme Alexandra Power, de Tourisme Sept-Îles.L\u2019histoire de la ville tourne littéralement autour de l\u2019exploitation minière, explique-t-elle.À partir de 1954, lorsque le chemin de fer reliant Sept-Îles et Schefferville fut construit et que le premier chargement de minerai est arrivé, la ville côtière a rapidement vu sa population passer de 700 à 20 000 personnes.Aujourd\u2019hui, on y compte 27 000 habitants, dont 3000 sont issus des deux communautés autochtones qui y cohabitent.Si les touristes ne sont pas non plus très nombreux à Sept-Îles durant la saison froide, la ville jouit tout de même d\u2019un certain achalandage.« On a beaucoup de touristes qui viennent pour le travail?», affirme Mme Power.Grâce à son aéroport international, on peut atteindre Sept- Îles à partir de Montréal en deux heures.«?Les billets sont par contre très chers, c\u2019est pourquoi l\u2019avion dessert beaucoup le tourisme d\u2019affaires.Les touristes d\u2019aventures viennent de plus en plus l\u2019hiver, mais ils sont encore peu nombreux.» Hôtels, quelques restaurants, dont Chez Omer, où on sert du poisson et des fruits de mer à l\u2019année, le musée Shaputuan, la boutique d\u2019artisanat autochtone Atikuss\u2026 même si certaines adresses ferment leurs portes jusqu\u2019à l\u2019été, l\u2019offre d\u2019activités et de services reste vivante.Le train Tshiuetin Le lendemain matin, on dit au revoir au camion pour prendre place dans le train Tshiuetin, qui signifie « vent du Nord » en innu.Reliant Sept-Îles à Schefferville, le chemin de fer, qui s\u2019étire sur 573 kilomètres sur le territoire québécois et le Labrador, est le seul lien terrestre qui permet d\u2019atteindre le Grand Nord québécois.Lentement \u2014 à 45 milles à l\u2019heure \u2014 on regarde défiler des étendues de blanc parsemées d\u2019épinettes noires, plusieurs petits et grands cours d\u2019eau, dont la rivière Moisie, des flancs de montagne escarpés.«?L\u2019été, l\u2019hiver, l\u2019automne, le printemps, qu\u2019il pleuve, qu\u2019il neige, qu\u2019il fasse soleil?: c\u2019est toujours beau », dit le chef de train, Yan Fortin-Veillette, qui travaille pour la compagnie ferroviaire depuis sept ans.Il raconte alors les aurores boréales, la faune et la flore, qu\u2019il ne se lasse pas d\u2019admirer.Autour de nous, plusieurs passagers se construisent des abris de couvertures à leur siège.Ils s\u2019approprient un espace du train.« C\u2019est comme une grosse famille ici ; c\u2019est la première entreprise 100?% autochtone au monde ! » explique fièrement Yann, lui-même Attikamek.La compagnie est cogérée par trois nations, soit les Montagnais d\u2019Uashat mak Mani-Utenam et de Matimekush-Lac John, ainsi que les Naskapis de Kawawachikamach.Faisant un aller-retour par semaine, ce service de train a été créé expressément pour briser l\u2019isolement des nations vivant sur le territoire.Le trajet durera 14 heures cette journée- là.Une bonne moyenne, selon le chef de train.Des enfants tentent de nous apprendre à compter en innu.Un homme nous raconte une vieille légende familiale.Un groupe de religieux, qui passera la semaine à Schefferville, entonne des chants en s\u2019accompagnant à la guitare.Un couple autochtone entre dans le train au mile 69, au beau milieu de nulle part, nous semble-t-il, après un séjour dans sa petite cabane, comme on en voit plusieurs un peu partout sur le territoire nordique.«Tshiuetin, c\u2019est le plus beau train au monde, nous dit Yann en guise d\u2019au revoir en entrant en gare.Et personne ne con- nait ça.Tant mieux, tsé.L\u2019être humain n\u2019a pas eu le temps de tout salir ici.Tout est encore propre.Pis c\u2019est l\u2019fun.» Schefferville Schefferville Schefferville Sept-Îles Le train Tshiuetin Yann Fortin-Veillette, chef du train Tshiuetin | 51 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 26 E T D I M A N C H E 27 JANVIER / 2 0 19 VOUS AIMERIEZ VIVRE UNE EXPÉRIENCE UNIQUE ?Naviguez dans les glaces ! décembre / janvier / avril Possibilité de voir des icebergs dans le détroit de Belle Isle ! mi-mai à mi-juin Vous voyagez seul ?Pro?tez de nos promotions en basse saison.MONTEZ À BORD DU BELLA DESGAGNÉS ET NAVIGUEZ LE SAINT-LAURENT JUSQU\u2019AU 51e PARALLÈLE 1 800 463-0680 relaisnordik.com Et pourquoi pas aller jusqu\u2019à Kuujjuaq ?Rendu là, pourquoi ne pas en profiter pour se rendre jusqu\u2019à Kuujjuaq ?À partir de Schefferville, on peut acheter un aller-retour pour Kuujjuaq pour environ 600 $.Une façon bien plus abordable d\u2019accéder au Nunavik, alors que s\u2019y envoler à partir des grands centres coûte un peu plus de 3000 $ par personne.Route reliant Schefferville et la réserve naskapie, quelques kilomètres plus loin Schefferville Frôlant le 55e parallèle, Schefferville est une grande oubliée des touristes au Québec.Si le village n\u2019a rien d\u2019une destination touristique typique et n\u2019est actuellement pas équipé pour recevoir une foule de visiteurs, l\u2019expérience n\u2019en est pas moins riche pour ceux qui aiment sortir des sentiers battus.«?Schefferville a beaucoup changé au cours des dernières années?», raconte Henri Fortier en nous servant un verre au bar du Motel Royal, fondé par son père en 1954.Bâtie par l\u2019industrie du fer, Schefferville fut un temps très prospère, mais elle disparaît presque de la carte du Québec dans les années 1980, lorsque les minières annoncent la fermeture de la ville avec la chute de la valeur du minerai.Une poignée de gens décident tout de même de rester.Aujourd\u2019hui, quelque 250 Blancs, 800 Innus et autant de Nas- kapis y cohabitent.Natif de Schefferville, Henri est au- jourd\u2019hui musicien professionnel et se promène un peu partout dans le monde, mais finit toujours par revenir chez lui.« C\u2019est unique ici », dit le cinquantenaire.Schefferville a tout d\u2019une parfaite ville western nordique.Certaines règles semblent avoir été oubliées en chemin, alors que les voitures n\u2019y sont pas immatriculées, que le Code de la route est plutôt laissé à la discrétion des usagers et qu\u2019on peut chasser presque n\u2019importe où.« Et ce qui fait Schefferville, c\u2019est surtout les gens qui y vivent; les gens n\u2019ont pas de masques ici, et sont souvents accueillants », ajoute Henri.« L\u2019hiver, ici, on le mange littéralement, et il est bon ! C\u2019est complètement différent de l\u2019hiver en ville.C\u2019est du vrai blanc, ici ! » Les rencontres se font en effet très facilement.Tous les soirs, on soupe autour d\u2019une grande table avec une poignée d\u2019inconnus au Guest House, où nous sommes hébergés.On rigole avec les clients et le personnel du Bla Bla, le restaurant du village.On discute avec les gens ramassés sur le pouce sur la route qui relie la réserve naskapie, quelques kilomètres plus loin, à Schefferville.On découvre l\u2019amour indéfectible des gens du Nord pour le bingo, qui se joue à la radio.On se fait inviter à une soirée karaoké, ou encore à discuter autour d\u2019un thé chez un couple innu de la nation Matimekush-Lac John, entourés de leurs dix petits-enfants.Schefferville est aussi un paradis pour les amoureux de plein air.Les pistes de raquettes, de randonnée et de motoneige sont très nombreuses.La nuit tombée, on marche sur les lacs gelés, les yeux rivés au ciel, dans l\u2019espoir de voir des aurores boréales.«?La région a un gros potentiel touristique », croit pour sa part Lucien McKenzie, chargé de projet au développement économique du Conseil de la Nation in- nue Matimekush-Lac John.Les gens en parlent de plus en plus.» Et avec tout le développement amorcé il y a quelques années avec le Plan Nord, le champ des possibles semble aussi grand que la construction d\u2019une autoroute ou d\u2019un chemin de fer entre Schefferville et Kuujjuaq, ajoute M.McKenzie.«?Ça se métamorphose, Schefferville, conclut Henri Fortier.C\u2019est une matière plastique même s\u2019il y a bien du fer?!?» Passagers du train Tshiuetin L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Courriel : angie@legroupevip.com Tél.: 514.844.3616 ou 1 877.887.7843 sans frais Adresse : 2055 rue Peel, Suite 525, Montréal (QC).Suivez-nous sur Facebook www.facebook.com/legroupevip LEGROUPEVIP.COM permis du Québec LES CHARMES DE L\u2019INDE DU NORD ET DU RAJASTHAN Comprend : Ne comprend pas : INDE DÉPART DE GROUPE 2019 5 649 $ par personne en occupation double AGENCE SPÉCIALISÉE MAROC Maroc: Villes impériales et le sud Du 15 au 28 avril 2019 Circuit de 13 jours / 12 nuits avec 35 repas Petit groupe privé (12 personnes maximum) Tél.: 450-984-2585 www.experienceberberetours.com No permis de l\u2019OPC : 702865 Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages ayant du contenu ! 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voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 3 FÉVRIER 2019 CHYPRE & MALTE Du 5 au 21 mai 2019 GRAND TOUR DES ÎLES BRITANNIQUES Départs : 1er juin & 6 septembre 2019 ROUMANIE & BULGARIE SAISON DE LA CUEILLETTE DES ROSES Du 11 mai au 2 juin 2019 LE PORTUGAL & L'ÎLE DE MADÈRE Du 8 au 25 septembre 2019 JAPON À L'AUTOMNE SYMBIOSE DE LA BEAUTÉ ET DE LA MODERNITÉ Du 14 octobre au 2 novembre 2019 DE L'ANCIENNE PERSE À L'IRAN D'AUJOURD'HUI LES HAUTS-LIEUX DE L\u2019IRAN DÉVOILÉS Du 6 au 27 octobre 2019 10h30 10h30 12h00 12h00 13h45 13h45 T Vârânasî et Vârânasî /Delhi francophone tout au long du circuit Accompagnateur de Montréal le programme 3 repas par jour Hôtels catégorie 3* 4* 5* ol international Montréal/Delhi/Montréal avec British Air V Circuit de 21 nuits, limité à 17 passagers axes locales ols domestiques en classe économique Khajurâho/ V Billet de train d\u2019Agra à Jhansi vice d\u2019un chauffeur avec véhicule climatisé Ser ous les transferts requis durant l\u2019itiné T axes aériennes d T ways Guide accompagnateur Visites et frais d\u2019entrées selon raire 21 nuits d\u2019hébergement e 750 $ Pourboires aux guides, chauffeurs et personnel hôtelier vices non mentionnés dans le programme, T Frais de visa pour l\u2019Inde, Ser , Frai V , Assurances voyage, Contribution FICA outes les dépenses personne s pour cameras photos et vidéos à certains sites lles, Boissons lors des repas ACHE EUST SAINT 4 389-7777 51 AHUNTSIC 0 1 0 4 593-1 51 ROSEMONT -2485 1 888 861 2 1 450 472-71 - ON S RADIS REPORTAGE HÉLÈNE BOUCHER AU SÉNÉGAL COLLABORATRICE LE DEVOIR Sur les murs de la capitale sénégalaise, un lion rugit en permanence.Symbole suprême de puissance, il incarne également l\u2019hospitalité du pays : la « Teranga ».À quelques semaines de l\u2019élection présidentielle du 24 février, les programmes des candidats sont à peine dévoilés, mais la vie culturelle livre son flot de vitalité.À Dakar, dans la banlieue de Guédia- waye ou au village de Toubab-Dialaw, l\u2019ar t s\u2019af fiche et se meut dans ses formes originales et contemporaines.Le génie mystique Sow L\u2019homme fut sculpteur autodidacte.À 7 ans, il se faufile dans le circuit scolaire français, parallèlement à son imprégnation coranique, et s\u2019empare de morceaux de calcaire sur les plages, les envisageant sous les formes de son prisme imaginaire.Puis, à 21 ans, Ousmane Sow s\u2019élance à la découverte de Paris, plein d\u2019idéal.Il y apprend la kinésithérapie, un métier qui en fera un virtuose de la biologie humaine, essence de sa création.Le talent de ce discret personnage éclora aux yeux du monde entier en 1987, avec le concours du Centre culturel français de Dakar.Puis l\u2019apothéose survient en 1999, avec l\u2019exposition du pont des Arts, à laquelle trois millions d\u2019admirateurs assisteront.Ses sculptures posent depuis leur socle monumental dans une vingtaine de villes, jusqu\u2019à New York.Peu avant sa mort, en 2013, Sow devient le premier artiste africain auréolé par l \u2019Académie des beaux-arts.Pour sa fille Marina, les gigantesques sculptures à l\u2019armature métallique recouvertes de terre constituent un legs universel : «Au-delà des peuples représentés, le message derrière chaque œuvre en est un de dignité et de respect, un langage qui va au-delà du continent africain.» S\u2019il évolue dans l\u2019ombre jusqu\u2019à ses 50 ans, le sculpteur aux doigts magiques a toujours cru en sa vocation créatrice.« Il est resté dans cet anonymat, car il n\u2019aurait jamais pensé que sa passion pour la sculpture serait une activité lucrative.Si on le lui avait dit, il ne l\u2019aurait jamais cru», témoigne l\u2019instigatrice du musée Maison Ousmane Sow, ouvert depuis décembre dernier.S\u2019il est un mouvement libérateur pour la jeunesse sénégalaise, c\u2019est bien le hip-hop.Depuis les années 1980, les amateurs sont légion, parmi les plus célèbres Daara J Family ou Positive Black Soul.Dans cette cohorte de choc, un collectif alternatif se démarque : Y\u2019en a marre.Composé de journalistes et d\u2019artistes de la parole vive, tels que Malal Tall, alias Fou malade, rappeur de 44 ans, la force de frappe créée en 2011 a soutenu des luttes citoyennes au Sénégal et en Afrique centrale.Des coups d\u2019éclat prodémocratiques ayant mené certaines personnes derrière les barreaux.À la veille des élections, Fou malade déplore le fait qu\u2019aucun candidat n\u2019aborde les préoccupations de la jeunesse, qui compose 67% de la population nationale.« Les jeunes ne font partie d\u2019aucun programme politique.Le gouvernement de Macky Sall compte une centaine de ministres, mais pas même 1 % de jeunes ! » Pour encourager les jeunes de sa banlieue, Guédiawaye, le brillant orateur a créé un centre culturel et utilise le hip-hop pour sensibiliser les jeunes à l\u2019omportance de s\u2019inscrire sur les listes électorales.« Il faut aider les populations à décr ypter le message politique », lance l\u2019organisateur de caravanes de mobilisation baptisées Urban Guerilla Poetry.Au rythme de Toubab-Dialaw À une heure et demie de la tonitruante et polluée capitale, un exode s\u2019impose.Au village de Toubab-Dialaw, tous les habitants connaissent l\u2019espace culturel Sobo Badè et son complexe aux formes fantaisistes, une sor te de cubisme sur fond africain.Gérard Chenet, charismatique Haïtien de 91 ans, est l\u2019âme et l\u2019idéateur à la base de cette fusion du « Sobo » (dieu vaudou de l \u2019orage) et de « Badè » (divinité de l\u2019éclair, éclat de création des arts visuels).Son incroyable destin de réfugié de la folie Duvalier des années 1970 le fera citoyen du monde au Canada, en Allemagne, en Russie, puis au Sénégal, où il endosse le rôle de conseiller au ministère de la Culture aux côtés de Léopold Sédar Senghor, premier président du pays.Assoiffé d\u2019art polymorphique, il a résolu une équation vitale : « Ce qui m\u2019importe dans la vie, c\u2019est la quête des facteurs communs entre le théâtre, la poésie et la sculpture, dont le rythme est la clé.Lui seul génère l\u2019harmonie et la justice, un concept unitaire.D\u2019autres ont cherché avant moi, Einstein et Charon, mais cela ne m\u2019a jamais parlé ! » clame avec lucidité celui qui a côtoyé Aimé Césaire, André Maurois et André Breton.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e S o c i é t é 5 3 | La Teranga culturelle Au Sénégal, la culture éclate sous toutes ses formes Combien ça coûte ?Comment s\u2019y rendre?Bien rusé qui rejoindra le tarmac de Blaise- Diagne International à partir de Montréal en évitant une escale! Alors aussi bien opter pour une liaison par Casablanca, question de sentir les premiers soubresauts de «Mama Africa».Souvent moins onéreux, un vol sur Royal Air Maroc permet d\u2019éviter l\u2019habituelle escale en Europe.De janvier à mars, prévoir un budget minimal de 1500$ pour un aller-retour Montréal-Dakar.Joli coup politico-touristique pour Macky Sall, qui, en mai 2015, retirait pour tout voyageur de l\u2019étranger l\u2019obligation de se munir d\u2019un visa.Dommage que la réciproque ne soit pas envisagée pour les voyageurs sénégalais\u2026 Où loger ?Dakar étant une ville moderne aux infrastructures européennes, il est facile d\u2019y dénicher un plan européen Radisson ou No- votel.Mais après un séjour dans l\u2019enceinte écologique de Sobo Badè, avec ses fraîches chambres de terre à vol d\u2019oiseau de la plage idyllique, le voyage sénégalais se métamorphose en un ravissement.Des séances de yoga et de méditation, ainsi que des classes de danse africaine complètent ce séjour des sens.Chambre pour deux avec salle de bain partagée à partir de 12 000 FCFA la nuitée (28$).Quoi manger ?Une pléiade de restaurants s\u2019offre aux gourmets en bord de l\u2019océan.L\u2019une de ses perles, le Noflaye Beach, établissement sur pilotis appartenant à la famille de feu France Gall qui avait adopté la douceur de la Teranga en élisant domicile sur l\u2019île de Ngor.Ses succulentes crêpes farcies et son complet menu de plats traditionnels régaleront tous les estomacs.Une œuvre du sculpteur Ousmane Sow HÉLÈNE BOUCHER d\u2019une compétition.Elle a apporté une touche finale superbe à ce repas.Le chef Lapierre-Rehayem est sans doute la plus belle prise de Paul Cac- cia, directeur général associé, et de Liza Frulla, directrice générale de l\u2019ITHQ, timonière vigilante sans qui cette maison végéterait dans l\u2019anonymat de la fonction publique.La cuisine servie ici aujourd\u2019hui, hommage à ce que produit notre belle province, est une source de fier té pour tout le monde et une vitrine élogieuse pour le Québec.J\u2019ai hâte de retourner m\u2019y attabler et, comme vous sans doute au sortir d\u2019un repas ici, je souhaite que cette vitrine ait encore plus de visibilité, chez nous comme à l\u2019étranger.Restaurant de l\u2019ITHQ ?1/2 $$1/2 3535, rue Saint-Denis Montréal ?514 282-5155 Ouvert à midi du lundi au vendredi et en soirée, du mardi au samedi.De la carte des vins, l\u2019expert mondial Jean Aubry dit : « Bravo pour les vins qu ébécois cités ici ! Mais pourquoi s\u2019arrêter en si bon chemin ?Cet établissement est une vitrine gouvernementale qui devrait donner l\u2019exemple en ratissant plus large, c\u2019est-à-dire en incluant tous les produits d\u2019ici, sans ajouts extérieurs.Nos artisans le méritent bien amplement.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e R e s t o 5 4 | CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Un midi, j\u2019avais entraîné deux amis fins palais dans ce restaurant trop longtemps insignifiant.Je leur vantais la présence du chef Jonathan Lapierre-Rehayem, un esthète de la casserole, responsable des opérations depuis quelque temps à l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec (ITHQ).Ce chef fait partie de la nouvelle génération de toques québécoises allumées, généreuses et qui donnent le goût de s\u2019attabler.Les propositions du menu ce midi-là ne manquaient pas d\u2019intérêt.Des choix éclairés et une formulation affriolante; l\u2019habit ne fait sans doute pas le moine, mais l\u2019énoncé du menu fait souvent la bonne table.En entrée, par exemple, cette mousse de foie de volaille était soyeuse et goûteuse à souhait, accompagnée d\u2019une purée de poires épicées, d\u2019une petite salade de poires très guillerette, d\u2019une pincée de crumble de noisettes, d\u2019un surprenant caramel au cassis et d\u2019une tranchette de brioche.Un ensemble parfait.Suggestion pertinente Le jeune homme au service suggère le plat principal du jour, une longe de porc du Rang 4 légèrement fumé, bette et betterave, canneberges, jus au poivre des dunes.Suggestion pertinente, et ce «jus au poivre des dunes» venait impeccablement dynamiser l\u2019assiette.Avec un expresso et plusieurs verres d\u2019eau du robinet, ces derniers généreusement offerts par la maison, le tout avait coûté 30$, le prix d\u2019un repas dans un restaurant branché ailleurs en ville et pour des plats autrement moins remarquables.Ces deux seuls plats, en effet, attestaient de la présence de quelqu\u2019un qui réfléchit et qui aime faire découvrir des saveurs et des textures inhabituelles.Je repassai quelques jours plus tard avec promise et future belle- mère, une féroce cuisinière émule de Passard, Gagnaire et autres grandes toques hexagonales.La soirée s\u2019annonçait distrayante et instructive.Une soirée de fin de semaine hivernale, la salle du restaurant \u2014 pas nécessairement l\u2019écrin le plus excitant pour une cuisine qui, elle, l\u2019est vraiment \u2014 bourdonne.À droite et à gauche passent les cloches qui, arrivées aux tables, sont retirées par le personnel dans un ensemble très bien chorégraphié et dévoilent des assiettes montées avec goût.Les jeunes gens au service, étudiants de l\u2019ITHQ, feront, s\u2019ils conservent ces belles qualités, honneur à leur alma mater.À notre table, les festivités commencent avec un pressé de foie gras du temps des Fêtes brillamment marié à de l\u2019anguille fumée venue de Ka- mouraska, d\u2019une purée de pommes qui vient ajouter une touche légèrement acidulée et d\u2019une délicieuse et intrigante glace à l\u2019anguille.Le tout est chapeauté d\u2019une tuile de tout petits grains de sarrasin croustillants.Après avoir émis des doutes sur son appétit autant que sur la pertinence de la présence d\u2019ananas torréfié dans le plat qu\u2019elle a choisi, Dame Cécile finit scrupuleusement son assiette de poitrine de porcelet confite et laquée.Ma belle-mère sait ; elle ronchonne avec cet art consommé que possèdent les Français, mais elle sait.Et quand elle aime, elle ronchonne, mais finit toujours ses assiettes.Félicitations de la fine cuisinière octogénaire aux cuisiniers.Ma promise a bien grignoté du bout des dents un petit bout de la peau de truite grillée de son plat, mais n\u2019a pas, elle non plus, manifesté grande retenue pour saucer son assiette.Truite des Bobines aux algues et aux shiita- kés, jus à la citronnelle et couscous de chou-fleur ; ici encore, une assiette équilibrée, excitante, savoureuse.Après avoir laissé ces dames faire leurs choix, j\u2019avais jeté mon dévolu sur une pintade; j\u2019ai toujours eu un faible pour ce très joli volatile originaire d\u2019Afrique.Ici, le chef la prépare en deux façons, filets et cromesquis, rehaussée d\u2019un savoureux jus de volaille beurré et d\u2019une poêlée de légumes- racines al dente.Une autre belle réalisation, tout en goûts et en couleurs.Un chocolat exclusif Au dessert, un sablé au sumac, poire du Québec pochée aux quatre épices et chocolat.Quelques toques éclairées de l\u2019ITHQ, avec l\u2019appui des experts de la maison Cacao Barry, ont conçu un chocolat légèrement fruité et absolument irrésistible baptisé Cahoha, exclusivité de l\u2019Institut.La jeune chef pâtissière responsable du sucré ce soir- là, Safiya Louise-Julie, mérite des éloges pour son utilisation délicate et subtile du Cahoha.Ce dessert \u2014 ainsi qu\u2019un autre, hyperchocolaté, dont le nom m\u2019a échappé \u2014 lui vaudrait, c\u2019est certain, les plus grands honneurs lors L\u2019excellente table de l\u2019ITHQ La cuisine qu\u2019on y sert est une vitrine élogieuse pour le Québec | 5 5 Vi v r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 L A R EC E T T E D\u2019O L I V I E R P E R R E T Morue d\u2019Islande pochée, bouillon au thé du Labrador, pommes de terre et poireau fondant Pour 4 personnes Ingrédients 800g de filet de morue 1kg de gros sel 3 litres de fumet de poisson 45 feuilles de thé du Labrador 2 pommes de terre Yukon Gold 2 poireaux 12 palourdes du Pacifique 10ml d\u2019huile d\u2019olive Préparation Lever la peau de la morue et tailler la chair en morceaux de 200g environ.Afin de raffermir la chair du poisson, déposer les portions dans la moitié du gros sel et recouvrir de l\u2019autre moitié.Laisser dans le sel pendant 10 minutes et rincer sous l\u2019eau froide.Porter le fumet à ébullition.Retirer du feu, puis y verser les feuilles de thé du Labrador.Laisser infuser 8 minutes.Passer au chinois étamine.Réserver 1 litre du fumet infusé pour la dégustation, 1,5 litre pour la cuisson de la morue et 0,5 litre pour la cuisson des garnitures et des palourdes.Tailler les pommes de terre et émincer finement les poireaux.Pocher les garnitures séparément dans le demi-litre de fumet infusé.Ouvrir ensuite les palourdes dans le même fumet.Pocher les morues dans 1,5 litre de fumet à une température d\u2019environ 65 °C (150 °F) pendant 8 à 10 minutes selon l\u2019épaisseur des portions.Égoutter et lustrer à l\u2019huile d\u2019olive.Dans une assiette creuse, réaliser le dressage et y verser du fumet bien chaud.Olivier Perret est chef du Renoir à l\u2019hôtel Sofitel.LE RENOIR En haut : deux plats du resto de l\u2019ITHQ.Ci-contre : la cuisine qui y est servie, hommage à tout ce que produit notre belle province, est une source de fierté pour tout le monde.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR / ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e Vi n 5 6 | Moins de 16 $ Malbec 2016, Georges Vigouroux, Comté- Tolosan, France (12,45$ \u2014 13360056) Cette excellente maison tire ici son malbec hors de l\u2019appellation Cahors tout en lui préservant un esprit fruité, lequel n\u2019est pas sans évoquer ses origines cadurciennes.C\u2019est simple, frais, bien constitué et habilement vinifié, sans la moindre intention d\u2019abandonner le buveur en cours de route, surtout s\u2019il invite une toulousaine-moutarde à lui tenir compagnie.(5) ?La surprise Plantation Single Cask Barbados 2007 Borderies XO 2007, Maison Ferrand (157,25$ \u2014 13858583) Distillé à la Barbade en 2007, élevé ensuite pendant 10 ans derrière les douelles de fûts de bourbon pour ensuite séjourner une autre demi-année sous l\u2019hospitalité boisée de fûts cognaçais en Charentes Maritimes; tout respire ici la grandeur, la majesté.Un single cask puissant (58,5%), détaillé, profond, d\u2019une sève puissante, riche et complexe.?1/2 Le blanc Dry Riesling 2017, Quails\u2019 Gate, vallée de l\u2019Okanagan, Canada (18,95$ \u2014 13471063) Ce riesling est admirable ! Il cumule l\u2019essence même du cépage, mais à l\u2019intérieur de variations typiquement canadiennes.Un rien d\u2019hydrocarbures, une touche florale, une autre plus exotique évoquant la mandarine, le tout se lovant autour d\u2019une acidité fine s\u2019amusant des quelques sucres comme un chat d\u2019une souris.Top ! (5) © ?Le rouge Shiraz «The Barossan» 2016, Peter Lehmann, Barossa, Australie (19,95$ \u2014 13525535) Sans vouloir multiplier les niveaux d\u2019interprétation et dénicher en profondeur ce qui n\u2019existe pas, voilà déjà de quoi vous étoffer l\u2019intérieur en raison d\u2019une bonne dose de sincérité, de générosité et de simplicité.Un rouge bien en chair, au fruité épicé bien soutenu, structurant gentiment le tout sans fléchir.(5) © ?1/2 Le bio Brouilly 2017, Château Cambon, Beaujolais, France (28,75$ \u2014 13385931) Le cru Brouilly possède décidément beaucoup de charme.Surtout dans un millésime qui lui affine les contours et le distingue à ce point.Nous avons là une espèce de friandise de gamay, à la fois sensible et aérien, parfumé comme un jardin de violettes où se seraient nichées quelques roses rouges.Le tout, sur fond de fluidité et de bonheur.(5+) © ?1/2 (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR À l\u2019image d\u2019un individu, le vin peut être aussi verbomoteur que taciturne.Rien n\u2019indique pourtant qu\u2019il sera disposé à se glisser dans la peau de l\u2019un comme de l\u2019autre.Pas même une mention légitime sur la contre- étiquette de votre bouteille qui opte pour le baratin d\u2019usage tel que « Ce rouge gorgé de petits fruits rouges accompagnera particulièrement vos viandes et fromages tout en chassant cette sensation de spleen mélancolique générée par votre dernière déroute amoureuse ».Le message a beau être dans la bouteille, tendre l\u2019oreille ne suffit parfois pas.Alors comment se fait-il que des vins se fassent entendre à table alors que d\u2019autres font profil bas?Qu\u2019il en existe qui semblent faire la fête à tue- tête alors que d\u2019autres ne sont que l\u2019ombre d\u2019eux-mêmes ?Qu\u2019une bouteille se vide alors qu\u2019une autre a toujours le ventre plein?Question de disposition, d\u2019occasion du moment ou d\u2019alignement des astres sans doute, mais il y a plus que ça.Il arrive parfois que le vin soit, à la suite de cette phase primaire de son évolution, tout simplement fermé pour inventaire, comme s\u2019il se mettait momentanément en veilleuse.Une pause pour mieux rebondir Il est généralement admis que la production contemporaine destine le vin à être bu en fonction du court, voire du moyen terme.Des vins qui causent, qui parlent, qui jasent fruit jusqu\u2019à plus soif.On dit d\u2019eux qu\u2019ils sont juteux, gais, pas du tout prétentieux.Des étoiles filantes au paradis de l\u2019éphémère.Ce sont ceux qui vous hameçonnent et vous leurrent candidement, sur les poissons comme sur les crustacés (c\u2019est écrit sur la contre- étiquette), à l\u2019image de ce Kydonitsa 2016 de la maison grecque Nomenva- sia (19$ \u2013 13638249 \u2013 (5) ?).Kydonitsa?C\u2019est le nom d\u2019un très ancien cépage du Péloponnèse au fabuleux goût de coing et d\u2019abricot, à la fois sapide, minéral, intense, amer, diablement détaillé et intrigant pour le prix exigé.Je ne serais pas du tout surpris d\u2019apprendre qu\u2019Ulysse se serait fait attacher au mât de son navire pour ne pas s\u2019enticher lui-même de la mélodie de ce nectar plutôt que de céder au chant des sirènes tant il est fascinant! Ce blanc sec n\u2019est pas fermé pour inventaire.Plutôt le contraire.D\u2019autres, par contre, le sont.Par exemple, ces grands bourgognes et bordeaux du millésime 2015 qui font actuellement une pause pour mieux rebondir.Comme si, après avoir livré à ce jour une part glorieuse de leur arc-en-ciel fruité, ils enfouissaient le reste en attendant ces jours heureux où, dans trois, six ou huit ans, ils afficheraient à nouveau leur chatoyante queue de paon, portés par un souffle inédit.À l\u2019image, par exemple, de la cuvée La Parde de Haut-Bailly 2015 (55,25 $ \u2013 13199961 \u2013 (5 +) © ?1/2), dont on sent bien qu\u2019elle n\u2019a pas tout dit.Avec cette impression qu\u2019elle fait actuellement le propre inventaire de ses capacités pour mieux écrire ensuite les chapitres du roman complet à venir.Réser vez-la donc.Car il y a en ef fet comme un certain malaise, une forme d\u2019infanticide à déguster un vin entre deux phases, entre deux âges.Tel le bio- rythme humain, le vin a ses codes, ses fréquences, ses intervalles.Le bonheur, c\u2019est de tomber pile au moment où il frise le sommet.Comment comprendre alors mais, surtout, éviter ces vins abscons?Les poètes parleront de sautes d\u2019humeur passagères alors que les scientifiques tenteront, par une analyse d\u2019alcool, d\u2019extraits secs, d\u2019acidité ou autres, d\u2019en prévoir, souvent maladroitement, l\u2019évolution.Ce même vin, par contre, vous semblera à vous, ami lecteur, souvent bien meilleur après le deuxième, voire le troisième verre.C\u2019est que, curieux comme vous l\u2019êtes, il vous arrive rarement d\u2019être vous-même en veilleuse! guideaubry@gmail.com Quand le vin se met en veilleuse Tel le biorythme humain, le vin a ses codes, ses fréquences, ses intervalles Ce Kydonitsa n\u2019est pas fermé pour inventaire.Plutôt le contraire.D\u2019autres, par contre, le sont.Par exemple, ces grands bourgognes et bordeaux du millésime 2015, dont cette cuvée La Parde de Haut- Bailly, qui font actuellement une pause pour mieux rebondir.JEAN AUBRY | 57 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Olivier Dupras, brasseur en chef du pub Isle de Garde à Montréal, a une obsession : brasser la meilleure la- gerbier à l\u2019extérieur de la Franconie, région allemande voisine de Munich qui possède la plus grande densité de brasseries par nombre d\u2019habitants au monde.« Chaque village y a sa brasserie », lance le brasseur qui a visité la région pour une quatrième fois en octobre dernier dans le but de percer les secrets de fabrication de ces bières blondes traditionnelles d\u2019une simplicité trompeuse et d\u2019une élégance exemplaire.Le Super Bowl rime généralement avec les campagnes de publicité des grandes brasseries industrielles pour- voyeuses de ces «american lagers» introduites sur le continent au XIXe siècle par l\u2019immigration allemande et dérivées des styles traditionnels de la République tchèque (pilsner), de la Bavière et de la Franconie.Au fil du temps, la recette commerciale a perdu de ses saveurs \u2014 la lager a mauvaise presse, pour ainsi dire, en tout cas au goût des biérophiles.Dupras, comme un nombre croissant de brasseurs artisanaux, veut lui redonner ses lettres de noblesse.Car de l\u2019avis du brasseur, la lager sera la prochaine grande tendance dans le monde brassicole, entrant ainsi en totale rupture avec les saveurs parfois excessives des bières présentement à la mode, IPA surhoublonnées, bières sûres et autres milk-shakes IPA et stouts sucrées que Dupras décrit comme la « cupcake-isation » de la bière.Ce sera une forme de retour à l\u2019essence de cette boisson, la belle et complexe alchimie des grains, des houblons, de la levure et de l\u2019eau élaborée depuis des siècles dans ces régions d\u2019Allemagne et dans la République tchèque voisine, où sa version, « plus blonde, généralement un peu plus amère», de la lager a vu le jour dans la ville de Pilsen, en Bohême.«Moi aussi, j\u2019en bois des IPA, peut- être moins des bières cupcakes dont je n\u2019ai jamais été fan, commente le brasseur.Je continue à boire des bières plus intenses à l\u2019occasion.Mais ce que je préfère, ce sont des petites lagers.Entre nous, lorsqu\u2019on se fait des partys de brasseurs, c\u2019est ça qu\u2019on boit.» Pour une entreprise, brasser des lagers est toutefois moins profitable que des ales : « D\u2019un point de vue économique, c\u2019est beaucoup plus payant de brasser une IPA que tu peux [mettre en marché] parfois en deux semaines \u2014 certains la sortent même en moins de temps que ça.Une lager, c\u2019est un processus de quatre semaines et demie, voire cinq semaines, et un peu plus longtemps encore pour les bières tchèques.Pour une entreprise, c\u2019est sûr que c\u2019est moins rentable.» Tradition franconienne Devant nous, à table dans le pub de la rue Beaubien où se trouve aussi la salle de brassage, deux recettes développées par Dupras à la suite de ses voyages en Allemagne : une la- gerbier d\u2019inspiration franconienne à 4,8 % d\u2019alcool présentant une robe blond foncé et coiffée d\u2019un abondant collet de mousse, ainsi qu\u2019une lande- bier frankisch dunkel \u2014 une « bière de campagne » franconienne foncée \u2014 à 5 % d\u2019alcool, moins généreuse en mousse, arborant une robe brune tirant sur le rouge.La seconde est une recette nouvelle pour le brasseur, qui imagine déjà comment l\u2019améliorer.Elle est fabriquée avec dif férents types de malt d\u2019orge, dont un malt caramel léger.Pour sa lager, il n\u2019utilise que du malt d\u2019orge (malt pilsner, malt munich), comme c\u2019est non seulement la tradition là-bas, mais aussi un des éléments de la loi sur la pureté de la bière, la Reinheitsgebot.Côté houblons, il utilise un assemblage de houblons Hallertauer Mittelfrüher et Magnum.Telle quelle, sa landebier est invitante, pas trop capiteuse, marquée par des arômes de fruits confits.Sa lager franconienne est encore meilleure : bien ronde, le goût du grain affirmé, une finale doucement amère et désaltérante.La texture soyeuse du corps de la lager « est une des caractéristiques de ce genre de bière, abonde Dupras.Une texture qui a beaucoup à voir avec les méthodes de brassage, très longues», en raison notamment du processus de décoction, chrono- phage, mais qui révèle des arômes et des textures plus riches du malt.Autre aspect de sa lager s\u2019inspirant de la méthode traditionnelle allemande: sa carbonisation est complètement naturelle.«Ça génère des bulles beaucoup plus fines, lesquelles ont un impact sur la texture, en plus de ne pas attaquer la langue, ça fait qu\u2019on goûte mieux la bière.» « Y\u2019a cer taines recettes de lager que j\u2019ai bues en Franconie, et je ne réussis toujours pas à comprendre comment ils font pour arriver à une texture, à un corps comme ça.» Il soupçonne que la qualité du malt fran- conien expliquerait cette différence de texture.«La sensation en bouche qu\u2019ils atteignent, aucune bière d\u2019ici n\u2019arrive à accoter ça.[\u2026] Nos malts ici sont plus transformés; c\u2019est un peu comme acheter de la pâte à tarte à l\u2019épicerie.Ça va faire de super bonnes tartes, mais si tu pars ta recette avec de la farine, tu auras un meilleur contrôle sur le produit final.» La texture, donc, l\u2019un des deux mystères qu\u2019Olivier Dupras cherche à percer, avec les conseils des brasseurs allemands avec qui il a gardé contact au fil de ses voyages.Il y a un second mystère, toujours pas élucidé: «En Franco- nie, ils ne servent pas d\u2019eau dans les bars.Comment c\u2019est possible qu\u2019après avoir bu de la bière toute la journée, sans eau, le lendemain matin personne n\u2019ait mal à la tête?Elle doit être assez nourrissante, sans qu\u2019elle nous déshydrate?On ne comprend pas.» Le voilà condamné à retourner en Franconie pour faire le tour de la question.Entre-temps, la brasserie Isle de Garde prévoit de lancer une rauchbier (bière fumée allemande) en canette ; de plus, une kellerbier (lager pâle franconienne) brassée en collaboration avec Vrooden apparaîtra chez les détaillants spécialisés dans quelques semaines.Une quête de la perfection À l\u2019Isle de Garde, on veut redonner à la lager ses lettres de noblesse De l\u2019avis d\u2019Olivier Dupras, brasseur en chef du pub Isle de Garde à Montréal, la lager sera la prochaine grande tendance dans le monde brassicole, entrant ainsi en totale rupture avec les saveurs parfois excessives des bières à la mode.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 8 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.TOUL ANRES 1.2.BUTIDÉ A 1.2.GAFLINIE 1.2.TR ANVIER 1.2.JOICABET 1763 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 435 Horizontalement I.Proscripteur.II.Rompre.Loura.III.Embaumeurs.IV.Tar.Salit.Ma.V.Enée.Nie.Bis.VI.Nettoie.Arès.VII.Détala.Emule.VIII.Elaborai.IX.Nf.Luettes.X.Taxidermiste.Verticalement 1.Prétendant.2.Romanée.Fa.3.Ombrette.4.Spa.Etalai.5.Crus.Ola.6.Remaniable.7.Elie.Our.8.Pluie.Erem (mère).9.Tort.Amati.10.Eus.Bruits.11.Ur.Miel.Et.12.Ramasseuse.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 436 1.Facilite un grand défoulement.2.Excellente la balle au pied.3.Un peu secoué.Fait le mur.4.En rut.Ile de France.Planté pour bien frapper.5.Fait perdre tout intérêt.Réchauffe le Nil.6.Souvent feuilleté avant d\u2019être lu.7.Pour les voir revenir, mieux vaudrait les soigner.8.Bien dégagé.Belle fin pour la langouste et le homard.9.Un peu acide mais délicieusement parfumé.10.En mer Egée.Se retrouve à terre.11.Glucide.Plis secret.12.Aimeraient bien voir beaucoup plus de monde autour d\u2019eux.I.Emporté par le mieux-disant.II.A ne pas rater pour se retrouver sur la bonne voie.Gardien des ondes.III.Part en éclat.Se rapprochait amoureusement.IV.Se retrouve comme deux ronds de flan.De l\u2019autre côté du Mur avant la chute.V.Appréciation en marge.Grande assemblée de cardinaux.Peut être pris à témoin.VI.Bonne prise.Victoire sociale.Fin de partie.VII.Firent des expériences.Carte.VIII.Chaton à la campagne.Remet en circulation.IX.Petit saule.Mord en avançant.X.Arrivée chez nous.Bien sûr elles auront tort.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE La vie n\u2019est pas un problème à résoudre mais une réalité qui doit être vécue.Kierkegaard, Traité du désespoir MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE CROISE CRISE CERISE MERISE MÉRITE LES ANAGRAMMES \u2022 IGNATIENS / SIGNAIENT \u2022 NÉVROSÉ / RÉNOVÉS \u2022 TAPOTENT / POTENTAT \u2022 RADOUCIT / COUDRAIT \u2022 IMPORTÉES / PROTÉISME PÉRISTOM / TEMPORISÉ JEUX 1762 1763 1763 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1763 1.Vinaigrier 2.Phallocrate 3.En tablette, en crème, en glace, en truffes,en poudre, à l\u2019infini 4.Caoutchouc 5.Mélange culturel culinaire 6.Vit beaucoup plus au sud que nous 7.En haut de la cuisse 8.Infructueux 9.Aiguiser 10.Parisien très efficace quand il n\u2019est pas en grève! \u2022 HÉROS \u2022 ROSBIF \u2022 BIFFER \u2022 FÉROCE \u2022 OCÉANOGRAPHE \u2022 PHÉROMONE \u2022 ONÉREUSE \u2022 USEREZ \u2022 REZ-DE-JARDIN \u2022 DINGUE TROUE ÉTIQUE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R 3. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 J A N V I E R / 2 0 1 9 "]
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