Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (2)

Références

Le devoir, 2019-02-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" VOL.CX NO 22 / LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM THÉÂTRE La quête de sens à travers le chant choral Avec Mythe, Mykalle Bielinski crée un chœur féminin à cinq voix MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR C onceptrice sonore et compositrice pour la scène (on lui doit notamment la musique originale de Consentement, au théâtre Jean-Duceppe), Mykalle Bie- linski signe aussi ses propres créations, centrées sur le chant.Cette diplômée de l\u2019UQAM en jeu aime « mettre la musique en scène autrement ».« C\u2019est comme si j\u2019avais transposé toute ma formation d\u2019interprète dans la manière dont je chante.Je m\u2019intéresse beaucoup au jeu vocal, au jeu de la parole aussi.» Ses concerts privilégient un environnement immersif à un rapport frontal avec le public et « créent de la dramaturgie dans la musique ».Dépeint comme une expérience sensorielle, une performance poétique, Mythe est la suite de sa première création, Gloria, un opéra multimédia qu\u2019un ancien collègue du Devoir qualifiait, en février 2016, de « pur objet de beauté ».Fascinée par les chants bulgares, Mykalle Bie- linski orchestre, dans le spectacle bilingue qu\u2019on verra à Espace Libre, un chœur féminin à cinq voix (Émilie Monnet, Florence Blain Mbaye, Laurence Dauphinais, Elizabeth Lima et elle-même).« Gloria était une ode au sacré, à la transcendance, mais d\u2019un point de vue individuel, explique la créatrice.Là, je voulais ramener ça au plan collectif, à l\u2019expérience humaine, en parlant de la vie, de la mort.Je voulais m\u2019intéresser aux origines de la spiritualité.» INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B3 Mots croisés.B6 Sports.B4 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Loi sur le climat : d\u2019anciens ministres de l\u2019Environnement font pression | A 3 SUR LA ROUTE À la défense du plaisir de rouler l\u2019hiver en vélo B 5 ACTUALITÉS Comment produire des images de qualité pour l\u2019encyclopédie Wikipédia | A 8 Et de six ! Tom Brady et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont ajouté un nouveau titre à leur palmarès, dimanche, en remportant le duel les opposant aux Rams de Los Angeles par la marque de 13 à 3.Heure de tombée oblige, le compte rendu du 53e Super Bowl est publié sur l\u2019ensemble de nos plateformes numériques.STREETER LECKA/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP Mykalle Bielinski CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR Super Bowl LIII MARCO FORTIER LE DEVOIR ÉDUCATION Roberge met en garde les « groupes de pression » Les services aux élèves d\u2019abord et avant tout, insiste le ministre de l\u2019Éducation en entrevue éditoriale VOIR PAGE A 4 : QUÊTE Le ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, est déterminé à trouver des « façons originales » de créer 200 nouvelles classes de maternelle 4 ans dès la prochaine rentrée scolaire malgré le manque de locaux et la pénurie d\u2019enseignants.Il lance une mise en garde : « aucun groupe de pression » ne l\u2019empêchera de donner la priorité aux élèves.En entrevue éditoriale avec Le Devoir, le ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur a rappelé sa détermination à remplir les engagements de la Coalition avenir Québec (CAQ) : augmenter de 8000 $ le salaire d\u2019entrée des enseignants, valoriser la profession, embaucher des professionnels, construire et agrandir des écoles, et rendre la prématernelle accessible à tous les enfants de 4 ans durant le mandat du gouvernement.« On est en train de créer des possibles.Il n\u2019y a pas de locaux ?On va en bâtir.Il n\u2019y a pas de profs ?On va en former.La loi n\u2019est pas correcte [pour offrir la maternelle 4 ans pour tous]?On va la changer », a dit le ministre Roberge au cours d\u2019une entrevue d\u2019une heure dans son bureau de Montréal.Dès la prochaine rentrée scolaire, à l\u2019automne 2019, le gouvernement compte ouvrir des maternelles 4 ans dans des milieux un peu moins défavorisés.À l\u2019heure actuelle, seules des écoles cotées 8, 9 ou 10 (sur une échelle VOIR PAGE A 2 : ROBERGE On est en train de créer des possibles.Il n\u2019y a pas de locaux ?On va en bâtir.Il n\u2019y a pas de profs ?On va en former.La loi n\u2019est pas correcte?On va la changer.JEAN-FRANÇOIS ROBERGE » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 Des investissements « majeurs » à venir de défavorisation de 1 à 10) peuvent offrir la maternelle 4 ans.En septembre, des écoles d\u2019indice 6 et 7 pourront le faire.Le ministre Roberge compte modifier la loi pour qu\u2019à compter de la rentrée 2020, toutes les écoles puissent offrir la maternelle 4 ans, progressivement, sur la durée du mandat de la CAQ.Mise en garde Le ministre de l\u2019Éducation est conscient que des écoles, notamment dans la grande région de Montréal, manquent déjà de locaux et d\u2019enseignants.À cela s\u2019ajoute une nouvelle pression : avec les nouveaux indices de défavorisation, plusieurs établissements devront réduire la taille des classes et donc ouvrir de nouvelles classes.Mais ils n\u2019ont pas d\u2019espace.« Il faut trouver des façons originales pour avoir suffisamment de classes pour les accueillir [les élèves].Vous m\u2019avez vu prendre le taureau par les cornes, quitte à affronter la tempête », répond Jean-François Roberge.Il fait référence à la pression qu\u2019il a mise sur la communauté anglophone de l\u2019ouest de Montréal pour qu\u2019elle cède des locaux à la communauté francophone, dont les écoles débordent.La Commission scolaire Lester-B.-Pear- son doit ainsi céder l\u2019école secondaire Riverdale, de Pierrefonds, à la Commission scolaire Marguerite-Bour- geoys, malgré le mécontentement de membres influents de la communauté anglophone.La Commission scolaire English- Montreal devra-t-elle aussi délaisser des écoles au profit des élèves francophones ?« Je vais laisser une chance à la négociation, répond le ministre Roberge.Mais chaque fois que je vais avoir à prendre une décision en quatre ans, il n\u2019y a aucun groupe de pression qui va m\u2019empêcher de donner les meilleurs services aux élèves.Le groupe de pression qui va m\u2019empêcher de donner les meilleurs services aux élèves, il n\u2019a pas été fondé encore.Il n\u2019existe pas.Ce sont les élèves avant tout le reste.» Investissements massifs Le premier budget du gouvernement Legault, qui sera déposé au cours du printemps, comportera des investissements majeurs pour agrandir et construire des écoles et pour embaucher des professionnels, affirme Jean- François Roberge.« C\u2019est comme si j\u2019arrivais dans un milieu de l\u2019Éducation qui a vécu une tempête parfaite.Et là, c\u2019est le temps de changer, de passer d\u2019une séquence de mauvaises nouvelles à une séquence de bonnes nouvelles.Sur cinq ans, on va en faire venir des gens dans le réseau de l\u2019éducation.On va rendre le réseau plus attrayant, on va agrandir des écoles, on va bâtir des écoles, puis on est confiants d\u2019avoir les locaux, les enseignants et les professionnels pour donner un service A1 à tous les enfants.» Jean-François Roberge compte profiter des négociations à venir sur le renouvellement de la convention nationale des enseignants \u2014 qui vient à échéance en mars 2020 \u2014 pour augmenter de 8000 $ le salaire initial dans la profession, de 45 000 $ à 53 000 $.Ce qui rendra la profession plus attrayante.Il veut aussi permettre à des enseignants expérimentés d\u2019améliorer leurs conditions de travail en créant des catégories de « profs experts et émérites, reconnus par leurs pairs comme des leaders pédagogiques.On leur donnera une bonification salariale qu\u2019on négociera de bonne foi avec les syndicats.Ces enseignants-là pourraient être déchargés d\u2019une partie de leur enseignement pour se former et former, être des passeurs de bonnes pratiques ».Des classes «ordinaires» Pour améliorer le climat dans les classes dites ordinaires qui n\u2019ont plus rien d\u2019ordinaire, à cause notamment de la multiplication des élèves en difficulté, le ministre Roberge propose premièrement d\u2019ouvrir davantage de classes spécialisées.« Il faut se dire la vérité : il y a des élèves qui vont bénéficier d\u2019aller dans une classe spécialisée, quand c\u2019est nécessaire, et il y a des classes régulières qui vont bénéficier d\u2019avoir davantage d\u2019élèves qui ont leur place dans la classe régulière», dit-il.Le ministre estime aussi qu\u2019il faut ramener des élèves « moyens, forts et très forts dans nos classes ordinaires ».Comment ?En offrant cinq heures d\u2019activités parascolaires gratuites par semaine dans toutes les écoles secondaires publiques.« On parle d\u2019un investissement majeur de dizaines de millions juste dans le public, dit Jean-François Roberge.Je ROBERGE SUITE DE LA PAGE A 1 Enfants au privé Le ministre de l\u2019Éducation envoie ses deux filles à l\u2019école secondaire privée.Il affirme que ça ne l\u2019empêche pas de tout mettre en œuvre pour améliorer l\u2019école publique.« Quand on a fait le tour des écoles, ce n\u2019était pas exclu [d\u2019aller au public], explique Jean-François Roberge.Je n\u2019ai pas dit : mon enfant va aller au privé.J\u2019ai dit : mon enfant va être dans la meilleure école d\u2019après moi et d\u2019après elle.On a visité des écoles, il y en avait des privées et il y en avait des publiques, et on a eu un coup de cœur pour celle qu\u2019elles ont en ce moment.J\u2019ai fait ma carrière dans le réseau public, j\u2019ai choisi d\u2019enseigner dans le réseau public, et si je retourne enseigner ça va être Le ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, compte profiter des négociations à venir sur le renouvellement de la convention nationale des enseignants \u2014 qui vient à échéance en mars 2020 \u2014 pour augmenter de 8000 $ le salaire initial dans la profession, qui passera de 45 000 $ à 53 000 $.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le groupe de pression qui va m\u2019empêcher de donner les meilleurs services aux élèves, il n\u2019a pas été fondé encore.Il n\u2019existe pas.JEAN-FRANÇOIS ROBERGE » suis convaincu qu\u2019un paquet de parents et de jeunes vont regarder ça et dire : pourquoi j\u2019irais dans un programme sport-études ou sciences-études, pourquoi je paierais 3000, 4000 ou 5000 $ pour aller au privé quand l\u2019école à côté de chez nous me permet de faire ma passion quatre heures ou cinq heures par semaine gratuitement ?C\u2019est du moyen et long terme.Je suis convaincu que, par ça, on va voir un retour des élèves moyens, forts et très forts dans les classes régulières.» Pourquoi ne pas simplement obliger les écoles à projet particulier, comme le programme international ou le sport- études, à accepter tous les élèves ?« On mettrait en situation d\u2019échec des élèves en difficulté qui ont de la misère à avoir 55 % ou 60 % dans le programme régulier, estime le ministre.On ne peut pas imaginer que c\u2019est une bonne idée pour cet élève d\u2019aller suivre le programme PEI, où tous les programmes vont être enrichis, ou de mettre ce jeune-là dans un programme sport- études où il va faire trois heures de natation par jour.» VICKY FRAGASSO-MARQUIS LA PRESSE CANADIENNE La Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSQ-CSN) interpelle le gouvernement caquiste pour qu\u2019il tienne promesse en investissant davantage en éducation, mais la présidente du syndicat craint une autre vague de compressions alors que le premier ministre a déclaré cette semaine qu\u2019il cherchait à dégager des revenus dans les ministères.Au coup d\u2019envoi de la Semaine des enseignantes et des enseignants, dimanche, la FSQ-CSN a appelé le gouvernement à mieux valoriser les enseignants, en améliorant leurs salaires et leurs conditions.En ce moment, pour les enseignants, « les papiers sont devenus plus importants que les élèves », a déploré la présidente Josée Scalabrini en entrevue.Mme Scalabrini a expliqué que, dans les dernières années, les enseignants s\u2019étaient vu confier plus de responsabilités, mais sans avoir plus de ressources.Et les compressions des années libérales ont aggravé le tout, a-t- elle soutenu.Avec l\u2019arrivée d\u2019un nouveau gouvernement caquiste à Québec, qui dit faire de l\u2019éducation une priorité, Mme Scala- brini reste prudente avant de se réjouir.Lors de la dernière campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis d\u2019investir 400 millions de dollars supplémentaires en éducation, qui seraient consacrés uniquement aux niveaux primaire et secondaire.François Legault s\u2019était aussi engagé à valoriser davantage les enseignants en aug- ÉDUCATION Les syndicats de l\u2019enseignement inquiets mentant leur salaire à l\u2019entrée de la profession et en leur donnant plus d\u2019autonomie, ce qui correspond aux revendications de la FSE-CSN.Mais Mme Scalabrini déplore que l\u2019un des premiers gestes du gouvernement ait été de « couper pas loin d\u2019un milliard de dollars en éducation », en uniformisant les taxes scolaires.Elle s\u2019inquiète également des propos de M.Legault, qui a déclaré cette semaine qu\u2019il souhaitait dégager des économies de 838 millions en un an sans nuire aux services à la population.« Oui, les enseignants sont inquiets et oui on est en train de se dire : \u201cest-ce qu\u2019encore une fois on aura eu de beaux discours, de belles promesses, mais que les gestes concrets ne seront pas au rendez-vous ?\u201d », a-t-elle soutenu.Maternelles quatre ans Autre promesse phare de la CAQ: le parti avait promis d\u2019instaurer les maternelles quatre ans partout au Québec, au grand dam des syndicats d\u2019enseignement.Selon Mme Scalabrini, le gouvernement commence déjà à comprendre que sa promesse est « inapplicable ».« On sent que, déjà, le gouvernement commence à réajuster des choses et il faut qu\u2019il le fasse, a-t-elle indiqué.Oui, créons des maternelles quatre ans dans les milieux défavorisés où il n\u2019y a pas de services pour l\u2019enfant de quatre ans.Mais le mur à mur, c\u2019est inacceptable pour nous.» Récemment, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a affirmé au Journal de Québec que l\u2019implantation des maternelles quatre ans ne se ferait pas au détriment des garderies et des centres de la petite enfance (CPE).« Si vous avez, à titre d\u2019exemple, vingt écoles dans une municipalité.Si on a besoin d\u2019ouvrir quatre prématernelles 4 ans, dans quelles écoles est-ce que ce serait plus efficace de le faire en considérant les services de garde à l\u2019enfance qui existent déjà, en considérant les CPE et les garderies qui existent déjà aux alentours ?», a-t-il expliqué.En novembre dernier, le premier ministre semblait loin de vouloir reculer, affirmant que le déploiement des maternelles « n\u2019allait pas assez vite ».Lors du débat des chefs en campagne, M.Legault avait d\u2019ailleurs promis de démissionner s\u2019il ne respectait pas cette promesse.« Pour moi, là, je ferais de la politique seulement pour les maternelles quatre ans », avait-il dit.Il avait répondu par l\u2019affirmative lorsqu\u2019il s\u2019était fait demander par l\u2019animateur du débat, Patrice Roy, s\u2019il mettrait son poste en jeu sur cette question.[Des maternelles quatre ans] mur à mur, c\u2019est inacceptable pour nous JOSÉE SCALABRINI » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 Une noyade B eaucoup d\u2019argent vogue sur nos flots, comme le montre bien le salon annuel qui vient de se terminer, place Bonaventure à Montréal, du gros et du petit bateau.Il s\u2019agit, au Canada, d\u2019un marché annuel de pas moins de 2 milliards de dollars.Tout le monde n\u2019achète pas de gros paquebots.Mais pontons et autres pédalos mis à part, l\u2019engouement pour les très gros yachts est considérable depuis quelques années dans le vaste monde.Le bateau de luxe forme une entité symbolique.Il apparaît comme l\u2019expression de la vie de nouveaux Robinson de composition qui s\u2019installent sur ces îles motorisées, au nom de la jouissance de leurs accumulations.Pas question ici de partir à l\u2019aventure à bord d\u2019un fragile esquif, mais bien d\u2019affirmer, sur un mode tout à fait décomplexé, la souveraineté de son argent.Il n\u2019y a pas que le célèbre yacht de Tony Accurso, baptisé le Touch et vendu pour un peu moins de 5 millions de dollars, qui permet de prendre la température de l\u2019eau dans laquelle plongent désormais volontiers les gros orteils de la finance.Guy Laliberté, propulsé dans l\u2019espace en 2009 en clamant qu\u2019il s\u2019y rendait pour sensibiliser la planète à l\u2019importance de l\u2019eau, loue désormais son bateau privé de 178 pieds pour la bagatelle de 270 000 $ par semaine.Mais il s\u2019agit là de petits bateaux, tout juste dignes du radeau de la Méduse ou du Kon-Tiki, du moins si on les compare aux hauts standards désormais établis pour ces îlots propulsés sur lesquels se repaissent les grandes fortunes.C\u2019est en effet à qui désormais ne posséderait pas le plus gros bateau, dans ce concours d\u2019ego projeté sur le miroir de l\u2019eau.Le milliardaire saoudien Adnan Khashoggi, dont la fortune s\u2019est construite sur le commerce d\u2019armes, possédait en 1988 le Nabila, un paquebot privé de 289 pieds qui faisait alors l\u2019envie de ses homologues.Racheté et rebaptisé par un prince saoudien, ce bateau figure désormais loin dans la liste des plus imposants palaces flottants.Dès 1997, le milliardaire Leslie Wexner, qui gère entre autres des marques comme Victoria\u2019s Secret et La Senza, s\u2019offrait plus gros : 315 pieds.Les plus imposants de ces navires comprennent désormais cinéma, piscine, jacuzzi, salle d\u2019entraînement, salon de coiffure, salle de massage, j\u2019en passe.Le milliardaire français Bernard Arnault connaît lui aussi cette musique dorée des flots argentés.Marié à la pianiste montréalaise Hélène Mercier, il a posé pied en 2017 sur le Sonata, acheté d\u2019un chantier naval pour 81 millions de dollars.Long de 331 pieds, il est enregistré sous pavillon des îles Caïmans, tout en étant détenu officiellement par une société maltaise.Le milliardaire Paul Allen possède désormais pour sa part un yacht de 413 pieds avec à bord rien de moins qu\u2019un terrain de basket-ball et un sous-marin.Avec ses 591 pieds, c\u2019est l\u2019Azzam, propriété d\u2019émirs du pétrole, qui est réputé être aujourd\u2019hui le plus gros bateau privé, suivi de près il est vrai par l\u2019Eclipse, long de 533 pieds, acquis par un milliardaire israélo-russe, Roman Abramo- vitch, actionnaire de plusieurs compagnies gazières et ancien élu dans une région perdue de Russie.Dans la solitude de ces bateaux, ces princes de l\u2019accumulation ne souffrent d\u2019aucune pénurie tandis que le travail d\u2019autrui continue de les enrichir, même quand ils feignent de se faire croire être seuls au milieu des mers.L\u2019eau porte sur son dos plus d\u2019argent que jamais.Mais tout ne flotte pas pour autant.Dans ce système mondial qui laisse émerger pareils pirates d\u2019eau douce, dirait le capitaine Haddock, 10 % de la population mondiale ne jouit pas même d\u2019un accès courant à de l\u2019eau potable.Tandis qu\u2019on laisse des populations entières être ainsi menées en bateau, l\u2019eau demeure un enjeu majeur, même dans des pays qui se gaussent pourtant de leur haut niveau de vie.À Flint, au Michigan, pas très loin de Toronto donc, on se souvient du scandale de l\u2019eau.Douze personnes sont mortes et des milliers d\u2019enfants ont été empoisonnés par de l\u2019eau contaminée.Pour économiser au nom de l\u2019austérité, on avait changé, en 2014, la source d\u2019alimentation de la ville sans se soucier de sa qualité.Au Québec, depuis des années, une trentaine de petites municipalités se trouvent encore et toujours privées d\u2019eau potable.Une partie ou la totalité de leur système d\u2019aqueduc est soumise en permanence à des avis d\u2019ébullition, selon les données officielles compilées par le ministère de l\u2019Environnement.Pas plus tard que la semaine dernière, le Globe and Mail a montré que 62 avis publics d\u2019eau impropre à la consommation sont maintenus depuis des années dans diverses communautés autochtones du Canada.Dans la communauté de Neskantaga, en Ontario, un avis d\u2019ébullition de l\u2019eau est en vigueur depuis 1995.Au nord du Manitoba, dans la réserve de Garden Hill, quelque 180 maisons n\u2019ont pas accès à l\u2019eau potable depuis des années.À Sahhaltkum, en Colombie-Britannique, l\u2019eau est brune en permanence à cause d\u2019un haut taux de manganèse dont on n\u2019avait pas jugé bon jusqu\u2019ici de se méfier.Pourquoi ne pas aussi parler du village algonquin de Kitci- sakik, situé un peu au sud de Val-d\u2019Or, où bien des demeures plus que modestes sont privées d\u2019eau ?Tandis que les nantis continuent de se la couler douce, personne ne semble mettre pied à terre devant la question primordiale de l\u2019accès à l\u2019eau.Il s\u2019agit pourtant d\u2019une illustration parfaite d\u2019une noyade sociale.JEAN- FRANÇOIS NADEAU Pas plus tard que la semaine dernière, le Globe and Mail a montré que 62 avis publics d\u2019eau impropre à la consommation sont maintenus depuis des années dans diverses communautés autochtones du Canada En plus de consacrer 60 millions de dollars à la construction d\u2019un nouveau centre des visiteurs et de nouvelles salles de commission parlementaire, la direction de l\u2019Assemblée nationale a ordonné la «modernisation» des systèmes de contrôle d\u2019accès et de vidéosurveillance dans l\u2019hôtel du Parlement et des bâtiments adjacents, érigés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.JARVIS BAKER GETTI IMAGES MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR L\u2019Assemblée nationale achève un vaste chantier visant à renforcer la sécurité sur la colline Parlementaire.Le Devoir a obtenu des informations sur les mesures retenues afin de couvrir d\u2019une armure cette « cible potentielle pour quiconque voudrait déstabiliser une démocratie » selon l\u2019ex-président Jacques Chagnon grâce à des documents obtenus en vertu de la Loi d\u2019accès aux documents publics.En plus de consacrer 60 millions de dollars à la construction d\u2019un nouveau centre des visiteurs et de nouvelles salles de commission parlementaire, la direction de l\u2019Assemblée nationale a ordonné la « modernisation » des systèmes de contrôle d\u2019accès et de vidéosurveillance dans l\u2019hôtel du Parlement et des bâtiments adjacents, érigés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.« Depuis, les besoins des parlementaires et de la population ont évolué de façon considérable.En ce sens, les infrastructures en matière de sécurité et d\u2019accueil sont désuètes », a-t-elle écrit dans un appel d\u2019offres public datant du printemps 2016.En août de la même année, l\u2019Assemblée nationale a chargé l\u2019entreprise Lo- gic-Contrôle de procéder au remplacement de quelque 230 caméras, à la re- localisation d\u2019interphones ainsi qu\u2019au démantèlement et remplacement du PARLEMENT Mise à jour sécuritaire à l\u2019Assemblée nationale Une bombe irlandaise ?Le 11 octobre 1884, le parlement de Québec est la cible d\u2019un double attentat à la bombe qui entraîne l\u2019effondrement d\u2019une partie du mur de la façade.« Le choc fut si violent que la plupart des vitres des différents bureaux publics et des résidences voisines volèrent en éclats », lit-on dans Le Courrier du Canada.« Ce fut une vraie panique et plusieurs crurent que c\u2019était la fin du monde.» On ne dénombre cependant qu\u2019un blessé parmi les ouvriers chargés de la construction du palais législatif.Selon certains, cette opération terroriste serait commanditée par un rival de l\u2019entrepreneur responsable du chantier du parlement.Pour d\u2019autres, il s\u2019agirait plutôt de l\u2019œuvre des Féniens irlandais luttant pour l\u2019indépendance de leur île natale.L\u2019attentat est d\u2019ailleurs revendiqué par la Fenian Brotherhood de New York.Le mystère perdure.MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Six anciens ministres de l\u2019Environnement du Québec unissent leurs voix pour demander au gouvernement Le- gault d\u2019adopter le projet de loi sur le climat soumis en décembre par Dominic Champagne au nom des signataires du Pacte pour la transition.Dans une lettre transmise lundi au premier ministre François Legault, Clifford Lincoln, Lise Bacon, Paul Bé- gin, Thomas J.Mulcair, Daniel Breton et Isabelle Melançon « exhortent » l\u2019Assemblée nationale à adopter « dès maintenant » le projet de loi intitulé Loi visant à assurer le respect des obligations climatiques du Québec.Cette proposition législative, rédigée par les juristes Michel Bélanger et Mario Denis, fixe des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (20 % pour 2020, 37,5 % pour 2030, 80 à 95 % pour 2050) et suggère de les rendre obligatoires.Le projet de loi prévoit également d\u2019obliger le gouvernement à faire en sorte que tous les règlements et toutes les lois adoptés par l\u2019État québécois respectent l\u2019atteinte de ces cibles.« Tout en donnant force de loi aux cibles de réduction des émissions de GES, ce projet de loi vise le sommet même de l\u2019État québécois, soit le Conseil des ministres et ses membres, en obligeant que chacune de leurs décisions soit compatible, donc cohérente, avec l\u2019atteinte de ces cibles », soulignent les six signataires.Ceux-ci décrivent leur initiative comme un «geste sans précédent» qui va «au- delà de toute partisanerie politique» afin de répondre à l\u2019urgence climatique.« Nous avons déjà du retard, et le temps ne nous permet plus d\u2019ignorer ni de retarder les décisions nécessaires pour contenir le réchauffement climatique et éviter l\u2019emballement à venir», écrivent les ministres, dont quatre ont été élus sous la bannière libérale et deux ont siégé dans un gouvernement péquiste.«Nous convions le gouvernement actuel, les partis d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale ainsi que les forces vives de la société civile à faire front commun» pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, réclament-ils.Dans la déclaration, il est mentionné que le chef du Bloc québécois, Yves- François Blanchet, qui a été ministre de l\u2019Environnement de 2012 à 2014, appuie « sans réserve » la démarche de ses confrères.Il n\u2019a toutefois pas apposé sa signature au bas de la lettre « afin de laisser aux élus du Québec la responsabilité de voter les lois à l\u2019Assemblée nationale ».La déclaration des six ministres, envoyée lundi à François Legault, est accompagnée d\u2019une lettre signée par 18 professeurs de droit de l\u2019environnement qui appuient l\u2019adoption du projet de loi.« Dans un contexte où l\u2019erreur n\u2019a plus sa place, ces moyens [pour combattre le réchauffement climatique] doivent être encadrés par une loi qui assurera leur efficacité et leur cohérence.Il ne s\u2019agit pas de s\u2019imposer des obligations écrasantes, mais d\u2019avoir le courage de s\u2019astreindre à celles que le défi climatique rend indispensables », écrivent-ils.D\u2019anciens ministres s\u2019unissent pour l\u2019environnement système de contrôle d\u2019accès, afin d\u2019y intégrer environ 320 portes.Moins de deux années après la fusillade au Parlement d\u2019Ottawa s\u2019étaient écoulées.Il s\u2019agit d\u2019une liste « ni exhaustive ni limitative » des travaux à réaliser, précise l\u2019Assemblée nationale.En effet, celle-ci a aussi commandé au fil des derniers mois à Logic-Contrôle des équipements de contrôle comme des portillons automatiques, des portes tournantes, des appareils à rayons X et des arches de détection de métaux.Dans la cour intérieure et dans le nouveau centre des visiteurs, environ 50 nouvelles caméras, 70 nouvelles portes à contrôler, et un nouveau système d\u2019interphone seront également installés avant l\u2019ouverture, qui est prévue le printemps prochain.Les agents de sécurité pourront alors suivre les allées et venues dans l\u2019hôtel du Parlement, à partir d\u2019un poste de contrôle unifié (PCU).L\u2019ancien président de l\u2019Assemblée nationale, Jacques Chagnon, avait plaidé pour un renforcement des mesures de sécurité sur la colline parlementaire.Il citait un rapport de la Su- rêté du Québec, produit en 2011 puis actualisé au lendemain de la fusillade dans la capitale fédérale, selon lequel il existe plusieurs lacunes dans le dispositif de protection.L\u2019Assemblée nationale est quitte pour une facture de près de 3,3 millions de dollars seulement de Logic- Contrôle.Le Parlement a brandi la Loi sur l\u2019accès aux organismes publics pour refuser de transmettre les renseignements dont « la divulgation aurait pour effet de réduire l\u2019efficacité d\u2019un programme, d\u2019un plan d\u2019action ou d\u2019un dispositif de sécurité destinée à la protection d\u2019un bien ou d\u2019une personne ».Avec Dave Noël LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 ACTUALITÉS A 4 Le Devoir numérique en classe Mobile Tablette Ordinateur Profs du Québec, abonnez gratuitement vos étudiants de 4e et 5e secondaire et de niveau collégial au Devoir numérique pour une durée de 15 semaines*.\u2022 Accès illimité à l\u2019application Le Devoir Mobile \u2022 Accès à 100 % du contenu du site Web \u2022 Formule virtuelle et version PDF \u2022 Édition tablette chaque jour \u2022 25 articles gratuits par mois dans les archives * c .oir v e d e l n i a s m è d z ve i r c s n I r 2 e i r v é 5 f e 1 l i t p i r c s n s i e L e s s a l c / m o t au n a n e t s u vo - .9 1 0 t n e n i m r e e t s s n o Chœur féminin La jeune artiste explore à travers son œuvre une dimension spirituelle dissociée de la religion, qu\u2019elle a plutôt découverte par la poésie, la philosophie, l\u2019art.Se projeter dans ce qui nous transcende pour répondre à « l\u2019impermanence » des choses et à l\u2019angoisse de la mort : « c\u2019est un peu ce qui m\u2019intéressait avec Mythe.» Elle définit la spiritualité comme « une attention au monde, qui est portée vers la qualité des liens avec soi- même, avec les autres et avec le plus grand que soi ».« Mais dans le spectacle, je ne veux jamais perdre de vue la connexion avec l\u2019humain, ajoute-t-elle.Je voulais vraiment que les interprètes de Mythe soient les artisanes de l\u2019espace et du temps, qu\u2019elles configurent toute la narration.Contrairement à Gloria, où il y avait beaucoup de relais entre l\u2019organique et la technologie, je voulais prendre le pari d\u2019explorer à fond la présence.La voix nue.» À l\u2019exception d\u2019un clavier électronique, au son d\u2019orgue d\u2019église, utilisé pour créer des « bourdons » musicaux, toutes les compositions, inspirées de la musique sacrée, sont chantées a cappella.Dans le texte poétique écrit par Mykalle Bielinski, la parole est « ritualisée, sacralisée d\u2019une certaine façon.Donc, il y a beaucoup de répétitions, des mantras, de la psalmodie.Et on joue parmi les gens, dans un rapport immersif mais ouvert.» Avec les spectateurs assis sur des coussins par terre.Cette transformation du rapport scène-salle favorise une ambiance propice au recueillement.« En général, j\u2019essaie de créer une rupture au début du spectacle pour que les gens se débranchent de leur quotidien.Et qu\u2019ils soient tranquillement amenés à [abandonner] les résistances, les jugements.Il y a quelque chose de méditatif qui s\u2019installe.» Pour la musicienne, le chant est un exercice méditatif.«C\u2019est un exercice d\u2019introspection et d\u2019offrande.J\u2019essaie vraiment d\u2019être vigilante dans le contact que je crée avec le public.» Et Mykalle Bielinski voit dans la forme chorale un « abandon de soi et une écoute des autres », qui font écho à ce qu\u2019elle voulait exprimer dans Mythe.« Le chant est un espace mythique, où on peut faire exister toutes sortes d\u2019états, de sensations.» Le temps de l\u2019éternel Mythe parle aussi, évidemment, de ce «récit fondateur ressassé dans les rituels, qui fait partie de l\u2019inconscient collectif ».Du mythe comme espace d\u2019imagination.«Avec les mythes de création, de fin du monde, il est connecté aux débuts et aux fins.Et comme mon spectacle traite de la mort, il y avait ce besoin de créer des commencements aussi, de créer des univers.» Mykalle Bielinski s\u2019est passionnée pour la vision du philosophe roumain Mircea Eliade, s\u2019inspirant de son essai Aspects du mythe.« Par le mythe, l\u2019humain peut se connecter à un temps primordial, qui est cyclique, à quelque chose de plus grand que lui.Il se [défait] donc de son ego, cette individualité dans laquelle on est pris ces jours-ci.Le mythe, c\u2019est ce qui est unificateur avec la création au complet.[Eliade] dit dans le fond que lorsqu\u2019on est dans le temps du mythe, on est dans le temps de l\u2019éternel, du rêve, où tout est possible.Et se connecter à ce non-temps-là, c\u2019est ce qui donne un sens à la vie.C\u2019est ce qui fait qu\u2019on se dissocie de nos angoisses par rapport à notre finitude.» Elle regrette qu\u2019on touche rarement, maintenant, à ce temps suspendu.Sauf au théâtre, justement.La créatrice constate aussi que notre mortalité est un sujet dont on préfère ne pas parler.« Si bien qu\u2019on n\u2019a jamais l\u2019impression d\u2019être capable de s\u2019y confronter.Et si on est incapable de faire face à la mort, je pense qu\u2019on a de la difficulté à faire face à la vie.» « Dans le fond, conclut-elle, en parlant de la mort, je prends un détour afin de pouvoir trouver ce qui donne sens à une vie.Et d\u2019après moi, c\u2019est la création, la rencontre, la célébration, la joie, le don, l\u2019amour.» Et bien sûr, la beauté de la musique.Mythe Idéation, musique, texte, mise en scène: Mykalle Bielinski.Dramaturgie: Sophie Devirieux.Avec Mykalle Bielinski, Florence Blain Mbaye, Laurence Dauphinais, Elizabeth Lima et Émilie Monnet.Une production déléguée LA SERRE \u2013 arts vivants.Les 7 et 8 février, à la salle Multi, à Québec, et du 12 au 16 février, à Espace Libre.QUÊTE SUITE DE LA PAGE A 1 JOCELYNE RICHER À QUÉBEC LA PRESSE CANADIENNE Un grand ménage du printemps est en préparation dans le réseau diplomatique québécois.Les représentants du Québec à l\u2019étranger devront à l\u2019avenir acquérir une meilleure formation, faire preuve d\u2019un niveau de professionnalisme plus élevé et, surtout, être nommés pour leur savoir- faire et non leur affiliation politique.C\u2019est ce qui ressort, en substance, d\u2019un document de travail produit par le ministère des Relations internationales (MRI) et dont La Presse canadienne a obtenu copie, dimanche.Le document en question constitue l\u2019ébauche d\u2019une réforme en profondeur à venir en ce qui a trait à la sélection et à la formation des futurs diplomates québécois.En parallèle, les chefs de poste actuellement en fonction feront l\u2019objet d\u2019une évaluation professionnelle, commandée par la ministre Nadine Girault.Dans ce document, le gouvernement Legault indique clairement sa volonté de rehausser la qualité du corps diplomatique québécois et d\u2019en faire autre chose qu\u2019un outil de récompenses politiques.Suivre la règle En politisant à outrance son corps diplomatique, le Québec serait l\u2019exception plutôt que la règle, si on compare ses pratiques à celles ayant cours en Europe et ailleurs en Amérique du Nord, peut-on lire dans le document qui circule au MRI.De surcroît, les nominations politiques à l\u2019étranger entraînent des rapatriements coûteux lors d\u2019un changement de gouvernement, sans compter qu\u2019elles nuisent à la crédibilité des personnes en cause, note-t-on.Dans certains cas, au cours des dernières années, on a offert des postes prestigieux à l\u2019étranger à des personnes n\u2019ayant aucune expérience des relations internationales.Des délégués ont donc dû apprendre sur le tas le délicat métier de diplomate.La réforme à venir viendra corri- INTERNATIONAL Québec prépare un grand ménage diplomatique MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR À la veille de la reprise des travaux à l\u2019Assemblée nationale, François Le- gault cite « le plus grand défi » auquel il est confronté : redonner aux citoyens « la fierté d\u2019être Québécois ».L\u2019État a son rôle à jouer pour y arriver, selon le premier ministre.«Quand on est fiers des services qu\u2019on a, des services qu\u2019on offre à nos enfants, à nos parents vieillissants, de voir notre gouvernement défendre notre identité, je pense que c\u2019est important », a-t-il déclaré au terme du caucus présessionnel des élus caquistes, jeudi dernier.Dans cet esprit, les élus de la Coalition avenir Québec procéderont dès leur retour au parlement, mardi, à la « mise en chantiers » de « grands projets » en économie, en santé, et en éducation, a-t-il mentionné, inaugurant la « vraie première année » où la CAQ peut accroître les services offerts aux tout-petits éprouvant des difficultés d\u2019apprentissage et aux aînés en perte d\u2019autonomie tout en « continu[ant] à remettre de l\u2019argent dans le portefeuille des Québécois ».Le chef du gouvernement compte aussi profiter des six premiers mois de cette « vraie première année » au pouvoir pour clore le débat sur la laïcité de l\u2019État, qui s\u2019est enlisé depuis la publication du rapport de la commission Bou- chard-Taylor (2008).En interdisant le port de signes religieux chez les policiers, procureurs, juges, gardiens de prison ainsi que les enseignants, M.Le- gault soutient pouvoir réduire les « risques de dérapages » dans le mouvement de laïcisation de la société québécoise, a-t-il indiqué sur les ondes du réseau LCN, dimanche.«Humilité» plutôt qu\u2019«arrogance» Le chef du gouvernement appelle les 75 élus caquistes \u2014 lui, y compris \u2014 à aborder avec «humilité» leur retour à l\u2019Assemblée nationale, mardi.Il leur défend de s\u2019enfler la tête après la publication d\u2019une série de coups de sonde favorables.Le sondage Léger-Le Journal de Montréal, publié au cours du week-end, montre un taux de satisfaction de 63% à l\u2019égard du gouvernement, ainsi qu\u2019un accroissement du nombre de sympathisants de la CAQ (42% le 1er février contre 37% le 1er octobre).«Je ne veux voir personne d\u2019arrogant chez nous», a répété M.Le- gault dans les dernières semaines.«Ça change vite en politique.Il y a des hauts, puis il y a des bas», a ajouté le doyen de l\u2019Assemblée nationale, évoquant l\u2019«humeur» changeante de l\u2019électorat.Privée de sa principale cible, soit l\u2019ex- ministre MarieChantal Chassé, l\u2019opposition tirera dans toutes les directions, à commencer dans celle du chef du gouvernement.Le Parti libéral promettait la « prospérité », le Parti québécois promettait la « fierté », avait fait valoir M.Legault à l\u2019occasion d\u2019un « 6 à 8 » mercredi dernier.« Il n\u2019y a aucun des deux qui ont réussi parce que les deux vont ensemble », avait-il lancé devant quelques centaines de militants.François Legault en quête de la « fierté » perdue ger cette anomalie, promet-on.Le premier ministre, François Legault, a annoncé dernièrement sa volonté de présenter au printemps une « mise à jour» de la politique internationale élaborée par l\u2019ancien gouvernement libéral, pour lui donner un accent beaucoup plus économique.La réforme du processus de nomination et de formation des chefs de poste constituera un volet de cette nouvelle politique internationale.On apprend dans le document de travail que le but du gouvernement consiste à réduire au minimum les nominations politiques à l\u2019étranger.Du jamais vu : la plupart des postes à l\u2019étranger (chefs de poste de délégation, responsables d\u2019un bureau ou d\u2019une antenne) seraient réservés aux fonctionnaires faisant partie des « conseillers en affaires internationales » et aux cadres employés par le gouvernement.Seuls les chefs de poste des huit délégations générales \u2014 Paris, New York, Londres, Bruxelles, Mexico, Munich, Tokyo et Dakar \u2014 continueront d\u2019être choisis directement par le gouvernement, parce que leurs fonctions «commandent souvent une sensibilité politique élevée».Les candidats devront cependant démontrer des «dispositions favorables aux lieux particuliers de leurs affectations».La délégation générale (on n\u2019en compte qu\u2019une seule par pays) se situe au sommet de la hiérarchie des représentations du Québec à l\u2019étranger.Le rayonnement du Québec à l\u2019étranger est actuellement assuré par un réseau de 31 représentations installées dans 18 pays.François Legault cite « le plus grand défi » auquel il est confronté : redonner aux citoyens « la fierté d\u2019être Québécois » SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 R Dur, dur d\u2019être un adulte Des universités offrent des cours d\u2019« adulting » aux millénariaux pour leur apprendre à gérer le quotidien especter un budget équilibré, faire ses lunchs, sa lessive.Savoir repriser un jean (involontairement) troué, payer sa facture d\u2019électricité, faire sa déclaration de revenus et se montrer ponctuel.Pour plusieurs millénariaux bien branchés sur l\u2019univers du numérique, la somme de ces menus gestes associés à un quotidien géré rondement est contenue dans le verbe et hashtag #Adulting.Le fameux Urban Dictionnary définit l\u2019« adulting » \u2014 à ne pas confondre avec l\u2019adultère ! \u2014 par l\u2019acte de « prendre les responsabilités et les tâches associées aux individus qui ont atteint leur plein développement (par exemple, payer sa facture de carte de crédit sans s\u2019en vanter sur les réseaux sociaux.) Le thème étant dans l\u2019air du temps, il serait à propos d\u2019ajouter «mener une vie ordonnée sans l\u2019intervention de Marie Kondo ».Toujours est-il que l\u2019adulting a fait son chemin dans un épisode des Simpson, les conversations sur Twitter et même dans des universités canadiennes, au point que certaines proposent des ateliers d\u2019« Adulting 101.» Kate Johnson, conseillère spirituelle à l\u2019Université Queens, élabore des ateliers destinés aux étudiants, autour de l\u2019intégration de notions de base, comme la gestion saine du budget ou l\u2019art d\u2019apprendre à composer un panier d\u2019épicerie peu coûteux, nutritif et suffisant pour passer la semaine.Elle qualifie ses interventions de soutien à « l\u2019échafaudage de l\u2019âge adulte.» Vie quotidienne 101 « Je remarque que, dans le cas de plusieurs étudiants, les parents ont travaillé très fort pour les préparer au succès scolaire.Mais en revanche, ils ne leur ont pas transmis certaines notions de base, comme savoir recoudre un bouton ou faire un budget », dit celle qui cite des statistiques établissant à 39% la proportion d\u2019étudiants qui se déclarent « vulnérables sur le plan alimentaire.» « Je constate souvent que le problème est moins du côté de l\u2019argent disponible, que sur leur habileté à cuisiner des repas.Acheter du tout préparé ou s\u2019alimenter de bouffe rapide, cela finit par coûter très cher.» À l\u2019ère du tout-branché et de la cybercitoyenneté, de jeunes arrivent dans le monde adulte sans avoir appris le b.a.-ba de la vie quotidienne et retournent faire leurs classes pour entrer dans l\u2019âge mûr.SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR AGENCE SCIENCE-PRESSE Ce n\u2019est peut-être plus une surprise que d\u2019apprendre que les étudiants qui s\u2019inscrivent aux cours en ligne, ou MOOC (Massive open online courses), sont très peu nombreux à se rendre jusqu\u2019au bout.Mais à partir de quel seuil pourrait-on parler d\u2019un échec ?Une étude amène pour la première fois des chiffres permettant de conclure que les MOOC sont devenus quelque chose de différent de ce qu\u2019ils annonçaient au départ.Leur promesse, c\u2019était celle d\u2019un accès gratuit, pour la planète entière, à une éducation de qualité.Ils sont plutôt devenus une aide technique aux établissements d\u2019enseignement qui veulent offrir des cours en ligne.Deux chercheurs du Laboratoire des systèmes d\u2019enseignement du Massachusetts Institute of Technology, Justin Reich et José A.Ruipérez-Valiente, décrivent dans la revue Science six années \u2014 de 2012 à 2018 \u2014 couvrant 12,6 millions d\u2019inscriptions.La principale découverte derrière ces données n\u2019est pas que seul un petit nombre de ces inscrits avaient l\u2019intention d\u2019obtenir un diplôme.C\u2019est plutôt que même le pourcentage de ceux qui ont terminé leur formation a diminué d\u2019année en année.Y compris chez ceux qui avaient payé pour suivre les cours dits « vérifiés », quoique dans leur cas, la diminution ne s\u2019observe que dans la dernière année.En chiffres : parmi l\u2019ensemble des inscrits, 6 % avaient terminé leur formation en 2013-2014, contre 3,13 % l\u2019an dernier.Parmi les « vérifiés », le pourcentage avait augmenté de 50 à 56 % entre 2014-2015 et 2016-2017, pour retomber à 46 % l\u2019an dernier.Et le faible taux de retour est également troublant : parmi 1,1 million d\u2019étudiants inscrits pour la première fois en 2015-2016, seulement 12 % étaient à nouveau inscrits l\u2019année suivante.Ce « taux de retour » est en déclin depuis la deuxième année du programme (où il était de 38 %).Les auteurs concluent par une leçon de prudence pour les milieux universitaires : une démocratisation de l\u2019enseignement supérieur ne pourra pas se contenter de s\u2019appuyer sur de nouvelles technologies, que ce soit la réalité virtuelle ou l\u2019intelligence artificielle.« Une expansion significative des possibilités d\u2019éducation chez les populations mal desservies nécessitera des efforts politiques pour changer l\u2019orientation, le financement et les objectifs de l\u2019enseignement supérieur.» Les décrocheurs des cours en ligne L\u2019avenir des MOOC est moins brillant que promis SCIENCE Une expérience de 500 ans sur la survie des bactéries bles lorsqu\u2019on leur a fourni quelques gouttes d\u2019eau.Il y a aussi ces bactéries « ressuscitées » après 118 ans passés dans une boîte de conserve métallique scellée.Par contre, des annonces relatives à des bactéries ramenées à la vie après des millions d\u2019années restent, elles, sujettes à débat.Le microbiologiste britannique Charles Cockell et ses collègues américains et britanniques ont donc conçu en 2014 une expérience destinée à ne prendre fin qu\u2019en 2514.Cette année-là, un groupe de chercheurs de l\u2019Université d\u2019Édimbourg est censé ouvrir des boîtes en bois contenant 800 flacons de verre, chacun contenant des bactéries \u2014 soit des Chroococcidiopsis, soit des Bacillus subtilis \u2014 enfermées sans nourriture, ni air, ni eau, depuis cinq siècles.Cela dit, ils n\u2019auront pas tous attendu cinq siècles.Chaque année pendant le premier quart de siècle \u2014 c\u2019est-à-dire de 2016 à 2039 \u2014 puis une fois par quart de siècle jusqu\u2019en 2514, des scientifiques sont censés tester certaines des bactéries pour voir ce qu\u2019elles sont devenues \u2014 sont-elles toujours viables, et leur ADN est-il resté le même?Les résultats de la première «ouverture» ont été publiés en décembre dernier dans la revue PLoS One.L\u2019atteinte de l\u2019objectif final, dans cinq siècles, dépend aussi d\u2019autres facteurs pour l\u2019instant indépendants de la volonté de quiconque : que l\u2019université existe toujours au XXVIe siècle, et que les flacons n\u2019aient pas été perdus\u2026 « Je constate souvent que le problème est moins du côté de l\u2019argent disponible, que sur leur habileté à cuisiner des repas», affirme Kate Johnson.DANIEL ZUCHNIK / GETTY IMAGES / AFP Les millénariaux étant des maîtres de l\u2019ironie performative, l\u2019action « d\u2019adulter » sa vie prend la forme d\u2019une parenthèse amusante et un peu décalée, comme dans la déclaration « aujourd\u2019hui j\u2019ai dépensé mon argent pour un changement d\u2019huile, plutôt que de m\u2019acheter une autre paire de baskets en ligne.#Adulting ».Sur le plan sociologique et génération- nel, comment interpréter ce moment de l\u2019histoire où le passage à l\u2019adulte se manifeste dans un verbe vaguement ironique ?La sociologue Diane Pacom parle de la « performance » de l\u2019acte adulte par une génération dont l\u2019existence est très définie par les réseaux sociaux et pour qui les repères sont brouillés.« Le terme \u201cadulting\u201d suppose que tu puisses te glisser dans une bulle où tu es adulte pendant 20 minutes, et après tu reviens.» Y a-t-il un adulte dans l\u2019avion ?Pour Diane Pacom, le glissement du rite de passage du devenir adulte dans un verbe grevé d\u2019un hashtag, révèle plusieurs spécificités de notre société contemporaine fortement marquée par les citoyennetés numériques.La sociologue évoque la chanson Forever Young, de Bob Dylan, comme hymne des baby-boomers qui ont élevé la quête de la jeunesse éternelle au rang de culture.« Les baby-boomers ont voulu être les porte-parole d\u2019un monde nouveau et en rupture avec le passé.Pour eux, l\u2019adulte devenait la chose à abattre : ils sont plates, ils sont fatigués, ils ont vécu des choses épouvantables\u2026 » Enjoué, libre, beau, désinvolte\u2026 Tels sont les attributs auxquels aspire notre monde où, selon Diane Pacom « on peut s\u2019habiller en bébé jusqu\u2019à l\u2019âge de 90 ans ! ».« Dans ce contexte, l\u2019adul- ting est un simulacre.Se marier, avoir des enfants, travailler, cuisiner\u2026 Tout cela prend une dimension de performance, comme si on simulait les grands clichés associés à l\u2019âge adulte.Comme si c\u2019était un spectacle ! », estime Diane Pacom.Selon Kate Johnson, le fait que l\u2019endettement soit devenu normalisé entraîne un certain désengagement de certains étudiants qu\u2019elle rencontre, avec la notion de vivre selon ses moyens et son budget, bref « d\u2019adulter » à temps complet.Les prêts étudiants, l\u2019accès facile au crédit et le marketing à outrance, selon elle, ne sont pas les meilleurs alliés à la maturité frugale et organisée.«Être constamment drôle et enjoué peut avoir un côté troublant et angoissant sur le plan psychologique.Et du côté pécuniaire, il y a bien sûr une grande arnaque du côté des compagnies cosmétiques et pharmaceutiques qui font du cash avec ça», estime Diane Pacom.«C\u2019est une génération à qui on a dit : \u201cTout est à toi, le monde t\u2019appartient.Tu peux devenir Lady Gaga ou Justin Trudeau.Pour y arriver, tu dois être beau, intelligent, bien te présenter.Mais surtout: amuse-toi!\u201d», ajoute la sociologue.L\u2019effet Tanguy Mais les moments spontanés d\u2019adul- ting sont peut-être un luxe réservé à une cohorte qui dispose des conditions économiques qui lui confèrent le privilège de ne pas avoir à quitter trop longtemps le cocon douillet de l\u2019adolescence attardée.À peine âgée de 20 ans, Leia Johnson a quant à elle appris à « adulter » sa vie beaucoup plus jeune que ses pairs.Ayant fui le domicile familial à l\u2019âge de 16 ans, cette bachelière en sciences de la santé a vite intégré des notions de gestion de temps (puisqu\u2019elle travaille en parallèle à ses études), sait comment cuisiner des repas sains, fait elle-même ses déclarations de revenus.En revanche, elle remarque qu\u2019elle fait figure d\u2019exception, dans un univers où plusieurs de ses jeunes collègues n\u2019ont pas eu à intégrer un tel sens des responsabilités.« Je suppose que j\u2019ai acquis plus d\u2019expériences que plusieurs de mes amis étudiants, qui semblent avoir été beaucoup protégés par leurs parents.Ma co- loc, par exemple, est arrivée à l\u2019université sans savoir faire la lessive, ni même faire bouillir de l\u2019eau ! » AGENCE SCIENCE-PRESSE Cela s\u2019appelle avoir de l\u2019ambition\u2026 ou être optimisme.Des chercheurs ont lancé une expérience sur 500 ans.Combien de temps peut vivre une bactérie ?L\u2019histoire récente des sciences présente des exemples de cellules oubliées pendant plusieurs années dans un environnement scellé, et toujours via- Quelque 800 flacons de verre contenant des bactéries «Bacillus subtilis» devraient être ouverts en 2514.WIKICOMMONS Ma coloc, par exemple, est arrivée à l\u2019Université sans savoir faire la lessive, ni même faire bouillir de l\u2019eau ! » LEIA JOHNSON » Un groupe de l\u2019Université d\u2019Édimbourg est censé ouvrir les échantillons bactériens en 2514 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin e déploiement de caméras portatives sur les 3000 patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est compromis.Les troupes n\u2019en veulent pas et elles se sont organisées pour torpiller le projet pilote.Le président de la Commission de la sécurité publique, Alex Norris, vient d\u2019achever cette initiative prometteuse en la jugeant coûteuse et prématurée.Dommage d\u2019en arriver là aussi rapidement, mais faut-il s\u2019en étonner ?Sauf lorsqu\u2019elles sont utilisées pour surveiller les foules et assurer la sécurité dans les endroits publics, les policiers n\u2019aiment pas les caméras.C\u2019est un enterrement de première classe, pour des motifs obliques de coûts et de bénéfices, auquel nous avons assisté à l\u2019Hôtel de Ville, à partir de résultats parcellaires.Durant le projet pilote de 12 mois impliquant 78 policiers, 19 interventions avec usage de la force ont été répertoriées.De celles-ci, 13 ont été filmées : 8 de manière complète et 5 de façon incomplète.Le SPVM en arrive à la conclusion qu\u2019il faudrait filmer en tout temps pour rendre le déploiement des caméras portatives utile, ce qui nécessiterait l\u2019embauche de 202 personnes, au coût annuel de 24 millions de dollars, en plus des frais d\u2019implantation de 17 millions sur cinq ans.L\u2019opposition à l\u2019Hôtel de Ville, pour les caméras, fait remarquer que les coûts n\u2019ont jamais été évoqués comme un obstacle lorsqu\u2019il était question de munir les policiers de fusils d\u2019assaut (bonjour la police de quartier !) ou de pistolets à impulsion électrique.Il s\u2019agit d\u2019une explication partielle.Le fabricant Axon (anciennement connu sous le nom de Taser) déplore que le SPVM ait retenu le scénario financier le plus élevé, alors qu\u2019il y a des moyens de limiter les coûts.Lors du projet pilote, les policiers téléchar- geaient au fur et à mesure les images, ils les annotaient manuellement, ils les révisaient et ils les recopiaient sur un support obsolète nommé DVD.Or, il aurait été possible d\u2019activer les caméras de façon automatique, par exemple lorsqu\u2019un policier allume les gyrophares de sa voiture de patrouille, ou encore lorsqu\u2019il dégaine son arme.Le SPVM a boudé ces options.Peu d\u2019automatisation, beaucoup d\u2019interventions humaines : la recette parfaite pour faire gonfler la note hypothétique.La statistique qui compte le plus dans cette histoire est la suivante : 89 % des policiers ont eu l\u2019impression d\u2019être surveillés.Certains d\u2019entre eux étaient animés de la crainte réelle et fondée que les enregistrements soient retenus en preuve contre eux.Il est vrai que le déploiement des caméras portatives pose un défi au regard du droit à la présomption d\u2019innocence d\u2019un policier dans le cas d\u2019une intervention qui dégénère au point de faire des morts ou des blessés.En pareilles circonstances, le policier qui activerait sa caméra ferait un geste équivalant à l\u2019auto-incrimination.Est-ce une brèche acceptable dans le droit à la présomption d\u2019innocence, compte tenu des pouvoirs importants dont bénéficient les policiers ?Ce n\u2019est certes pas au SPVM de répondre à cette question complexe, mais au législateur et aux tribunaux supérieurs.C\u2019est dans les cas précis d\u2019usage létal de la force que les caméras corporelles prennent toute leur importance.En limitant leur usage aux interventions les plus critiques, il serait d\u2019ailleurs possible de contenir les coûts.Avant de tirer un trait définitif sur les caméras portatives, le ministère de la Sécurité publique devrait mener un projet pilote plus sérieux, portant sur plus d\u2019un corps policier, et inclure des observateurs neutres et indépendants dans l\u2019évaluation globale.En ce moment, le SPVM est juge et partie d\u2019une situation qu\u2019il faut évaluer non pas en fonction de ses coûts et des appréhensions des policiers, mais plutôt en fonction de son potentiel pour accroître le sentiment de sécurité du public, le lien de confiance avec les policiers, et la responsabilisation de ceux-ci.François-Xavier Delorme Enseignant en histoire Il m\u2019est arrivé, dernièrement, trop souvent à mon goût, d\u2019entrer en classe avec l\u2019envie de m\u2019excuser auprès de mes élèves.Non pas en raison d\u2019une évaluation mal corrigée ni d\u2019une information erronée, non plus en raison de propos controversés ou d\u2019une leçon sur la Nouvelle- France provoquant, contre leur gré, des bâillements sonores.Non, ce sentiment désolé me vient d\u2019une lecture quotidienne de l\u2019actualité qui me laisse pour le moins inquiet.Certaines nouvelles de même nature ont particulièrement fait sonner en moi l\u2019alerte d\u2019une société, voire d\u2019une civilisation, au seuil d\u2019une phase de turbulence, sûrement de déclin.Pourtant, cette tendance négative ne devrait pas m\u2019étonner, dans la mesure où l\u2019histoire a été le témoin d\u2019une multitude d\u2019ascensions et de déclins; depuis que les hommes ont échangé leurs pérégrinations nomades pour le confort des sédentaires civilisés.Par contre, être contemporain d\u2019un de ces déclins laisse froid dans le dos.Ces signes inquiétants, il en est question souvent dans les médias.On les traite comme des problèmes particuliers, indépendamment des uns et des autres.Il s\u2019agit de cas de mauvaise gestion, de défaillance conjoncturelle, et ils font l\u2019objet d\u2019une surenchère de promesses de la part des partis politiques qui prétendent avoir trouvé des « solu- tions-pansements», alors que nous avons affaire à une hémorragie interne grave.L\u2019objet de mon inquiétu de concerne surtout l\u2019état de notre système d\u2019éducation et de santé, sans sous-estimer la décrépitude matérielle des infrastructures qui relient et tiennent les deux extrémités de cette société en place.Le constat est brutal : la pénurie de personnel dans les écoles et les hôpitaux s\u2019apparente à un abandon généralisé de nos plus jeunes et de nos plus vieux.Le constat est troublant, surtout lorsqu\u2019on pense que nos prédécesseurs tout proches, à peine deux générations en arrière, prenaient en charge les plus vulnérables, donc les plus précieux, sans un doute possible.Les multiples ordres religieux, féminins pour la plupart, il faut le rappeler, se faisaient un devoir, en partie devant Dieu, mais aussi au regard de leur propre société, de s\u2019assurer de l\u2019avenir des plus petits, tout en apaisant les maux des plus vieux, qui furent jadis, les aidants de ces mêmes petits, devenus un jour les plus grands.Ainsi la roue de la vie tournait, parfois difficilement, parfois de façon bien imparfaite, mais elle tournait.Que veut dire pour une société une pénurie d\u2019enseignants et d\u2019infir- Excuses à mes élèves LIBRE OPINION LETTRES CAMÉRAS PORTATIVES AU SPVM Un enterrement de première classe L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu mières?Que veulent dire des écoles et des hôpitaux en décrépitude?Je n\u2019ose pas répondre à cette question, tant la réponse m\u2019horrifie.Car il faut l\u2019admettre, lorsqu\u2019on commence à se désintéresser de nos enfants, lorsque l\u2019école est devenue synonyme de dépense et non d\u2019investissement, lorsque la reconnaissance sociale envers les enseignants et les soignants atteint le niveau du quasi mépris, c\u2019est que la roue s\u2019est brisée quelque part.Quand?Pourquoi?L\u2019espace de ces lignes ne permet pas une réponse étoffée, mais disons que nous sommes tous collectivement responsables de ce traitement accordé à nos plus précieux.Les 15 dernières années du régime libéral québécois ne sont pas étrangères à ce constat affligeant.Leur désengagement fiscal s\u2019est traduit aussi par un désengagement moral dont on commence à voir les conséquences.Mais les libéraux sont aussi nous.Ils ne sont pas venus de l\u2019espace ruiner notre civilisation.Ils sont le reflet de la société et ont gouverné à l\u2019image de ce qu\u2019elle est devenue.Leur lancer la pierre serait inutile, car briser le miroir de notre reflet ne fera pas disparaître le problème : nous tous, nos choix individuels et collectifs.Encore faudrait-il vraiment avoir des choix\u2026 Le nouveau gouvernement de la CAQ devra faire un miracle pour inverser la situation.Nos jeunes et nos vieux méritent des excuses.En effet, nous les avons abandonnés.Que veut dire pour une société une pénurie d\u2019enseignants et d\u2019infirmières ?Que veulent dire des écoles et des hôpitaux en décrépitude?Je n\u2019ose pas répondre à cette question, tant la réponse m\u2019horrifie.BRIAN MYLES Islamophobie : et si on s\u2019attardait à la cause\u2026 Le fait d\u2019institutionnaliser une journée contre l\u2019islamophobie ne règle en rien le problème.Au contraire, cela risque de l\u2019aggraver et de créer un préjudice et un climat de frustration, de méfiance et de vengeance.Il lancerait comme message que tous les Québécois sont islamophobes, alors que c\u2019est loin d\u2019être le cas.Cependant, cela risque de le devenir à cause des agissements de certains groupes et de certaines décisions politiques qui se prennent par peur, par pression ou à cause de l\u2019incapacité de certains politiciens de dire non.Si une journée est dédiée à l\u2019is- lamophobie, il faudrait par souci d\u2019équité en faire une aussi pour la christianophobie, pour la judéo- phobie pour « l\u2019autochtopho- bie », pour la francophobie et la québecophobie.Oui, l\u2019hostilité envers tous ces groupes existe aussi, mais de façon plus subtile et moins apparente.Ces groupes, même s\u2019ils ne font pas pression, ont besoin aussi d\u2019être reconnus par le gouvernement, sinon ce serait de l\u2019ordre de la discrimination et du favoritisme de ne pas les traiter comme ceux qui crient à voix haute.Et si nous nous attardions un peu aux moyens pour favoriser l\u2019inclusion des nouveaux venus dans un pays adoptif et ne pas inciter la population à éprouver de la peur ou L\u2019opposition à l\u2019Hôtel de Ville, pour les caméras, fait remarquer que les coûts n\u2019ont jamais été évoqués comme un obstacle lorsqu\u2019il était question de munir les policiers de fusils d\u2019assaut (bonjour la police de quartier !) ou de pistolets à impulsion électrique.Il s\u2019agit d\u2019une explication partielle.de la haine envers un certain groupe d\u2019individus.En tant qu\u2019émigrants et réfugiés, il est normal de reconnaître que nous avons des droits à protéger et à défendre, mais nous avons aussi des devoirs, et ce, en guise de remerciement au pays qui nous reçoit.Par exemple, n\u2019est-il pas normal : de respecter la culture, les mœurs et les coutumes du pays d\u2019accueil, sans toutefois lui imposer les nôtres et surtout ne pas revendiquer constamment des faveurs et des accommodements ; de se dissocier publiquement et rapidement des actes terroristes commis par certains membres du même groupe afin de rassurer la population sur le fait que tous ceux qui sont de la même croyance n\u2019ont pas nécessairement les mêmes valeurs.Quant au gouvernement en place, ne devrait-il pas : maintenir les droits existants sans essayer de les affaiblir ou les restreindre (ex.la liberté d\u2019expression qui caractérise le pays et qui a été pour plusieurs immigrants la raison du choix du Canada et du Québec comme pays adoptif); arrêter de prendre des décisions par peur ou pour faire plaisir à certains groupes qui font pression en pensant acheter leurs votes; être capable de dire non à certaines demandes qui peuvent avoir des répercussions sur le reste de la population.Le gouvernement en place n\u2019a-t- il pas le devoir de sécuriser et de protéger toute la population en établissant des lois communes et équitables visant l\u2019intérêt général de façon inclusive et d\u2019unir tout le peuple autour d\u2019un idéal commun, d\u2019un projet national dans l\u2019égalité ?Monique Khouzam-Gendron, ex-immigrante, citoyenne canadienne et québécoise de cœur Montréal, le 3 février 2019 Réveillez-vous, le Québec ! La série Unité 9 a été suivie par plus d\u2019un million de spectateurs ! Et j\u2019en étais ravie, car je pensais que cette série incitait à la réflexion.Les entrevues avec le psy et les interventions avec les IPL étaient le plus souvent très judicieuses.Après le viol de Jeanne dans l\u2019émission, mon opinion a changé.Avec le traitement qu\u2019on en a fait, je me demande : quel message les auteurs veulent-ils envoyer à ce million de spectateurs ?Jeanne refuse de dénoncer son violeur et, ça ne suffit pas, elle devra entretenir une relation pour le moins amicale avec celui-ci ! À part Marie, tout le monde a l\u2019air de se réjouir de la belle grandeur d\u2019âme de Jeanne ! Le violeur, lui, sauve son couple (parce qu\u2019ils ne peuvent pas avoir d\u2019enfants) en gardant le bébé né de ce viol.Que dira-t-on à cet enfant quand elle demandera à ses parents comment ils se sont rencontrés ?Cette histoire absurde me fait penser à nos bons curés des années cinquante avec leurs messages obligatoires de procréation !!! Béatrice Granger Vieux-Longueuil, le 2 février 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet La guerre du mur A utrefois, lorsqu\u2019il y avait une véritable gauche en Amérique, même les gens les moins éduqués comprenaient l\u2019effet d\u2019un surplus dans le marché de la main- d\u2019œuvre.Et si l\u2019on n\u2019était pas expert en marxisme ou en économie politique, on savait néanmoins que le fait qu\u2019il y ait trop de monde en quête du même travail faisait baisser les salaires.On apprenait à l\u2019école également que les syndicats se sont formés au XIXe siècle en partie pour contrecarrer l\u2019exploitation des ouvriers soutenue par l\u2019immigration de masse venant de l\u2019étranger (Irlandais et Chinois en particulier).Les étudiants un peu plus avancés étudiaient l\u2019histoire des grèves industrielles nordistes brisées par l\u2019« importation » de pauvres Noirs sudistes, une tactique chérie par de gros propriétaires, qui jouaient non seulement sur la loi du marché, mais aussi sur le racisme historique des Blancs pauvres envers les descendants d\u2019esclaves.Plus récemment, les Américains d\u2019un certain âge sont devenus conscients que le salaire de base fédéral établi en 1938 protège tout le monde, dont les ouvriers non syndiqués, et qu\u2019un minimum garanti ne nuit aucunement à la santé économique du pays ou aux ambitions des entrepreneurs capitalistes.Bien au contraire.Cette pédagogie fondamentale m\u2019est revenue à l\u2019esprit alors que la guerre du mur s\u2019est déclarée entre le président Trump et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.Je laisse à d\u2019autres commentateurs le soin d\u2019analyser la trêve qui a permis la réouverture du gouvernement fédéral jusqu\u2019au 15 février \u2014 quant à moi je ne peux voir dans cette confrontation qu\u2019une occasion ratée pour informer le grand public sur la réalité économique de notre pays de plus en plus stratifié.Pourquoi Mme Pelosi n\u2019a-t-elle pas profité de la conduite rigide et obsessive de M.Trump pour lui faire la leçon ?Pendant des décennies \u2014 mais surtout depuis la fin du programme Bracero en 1964 et la promulgation de l\u2019ALENA en 1993 \u2014, des dizaines de millions de sans-papiers latinos, pour la plupart mexicains, ont franchi la frontière américaine afin d\u2019améliorer leur vie.En tant qu\u2019illégaux, ces gens pauvres et déterminés ont été accueillis avec joie par les grands fermiers de la Californie et les restaurateurs et hôteliers un peu partout.Qu\u2019est-ce qui pouvait être mieux que de payer d\u2019excellents ouvriers en dessous du salaire minimum sachant qu\u2019ils ne pourraient jamais porter plainte sans risquer d\u2019être renvoyés de l\u2019autre côté du Rio Grande ?En plus, faire la vaisselle et nettoyer les chambres douze heures par jour laisse peu de temps et d\u2019énergie pour une lutte syndicale.Ceux qui auraient pu militer légalement pour des salaires plus élevés \u2014 les pauvres ouvriers blancs, noirs et latinos déjà citoyens \u2014 savaient qu\u2019il y aurait toujours cinq sans-papiers pour les remplacer s\u2019ils en faisaient trop.Une situation qui, à part quelques idéalistes comme César Chávez, du syndicat des ouvriers agricoles, arrangeait tout le monde.Toutefois, ce n\u2019est pas seulement dans le sud-ouest des États-Unis qu\u2019on vise les bénéfices de la main-d\u2019œuvre étrangère et bon marché.À New York, ville ultra syndicalisée, les barons de l\u2019immobilier comme la famille Trump ont appris la leçon des chefs d\u2019entreprises de Houston, de Phoenix et de Los Angeles.Pourquoi se gêner avec des ouvriers américains à plein prix quand il y avait des milliers d\u2019étrangers disponibles à bas prix ?Cela faisait bien, donc, à l\u2019époque du communisme d\u2019inviter des sans-papiers polonais pour travailler dans les chantiers de Manhattan à moitié prix.Même principe que chez les confrères du Sud- Ouest, même esprit capitaliste.Aujourd\u2019hui, les membres de la famille Trump, devenus rentiers, profitent de la main-d\u2019œuvre sans papiers et bon marché dans leurs clubs de golf dans la banlieue de New York (ces employés, comme la femme de ménage Margarita Cruz, ont été récemment congédiés).Une belle occasion pour Pelosi ?Bien sûr que non.Au lieu de conclure un marché qui aurait bénéficié aux plus pauvres et aux plus vulnérables \u2014 les citoyens au bas de l\u2019échelle maltraités par les patrons et menacés par l\u2019excès de sans-papiers \u2014, la présidente de la Chambre s\u2019est satisfaite de clichés tels que : « Nous sommes un grand pays qui a été béni et redynamisé avec la foi et les valeurs de familles des générations d\u2019immigrants ».Et cetera.Une vraie amie des déshérités aurait proposé la chose suivante : en échange du mur, Trump et les républicains accepteraient une hausse du salaire minimum fédéral de l\u2019actuel 7,25 $ à 15 $ l\u2019heure, et la construction du mur serait considérée comme des travaux publics et surveillée par une agence du gouvernement.Au fond, démocrates et républicains sont d\u2019accord sur le fait que le mur est un symbole, donc pourquoi ne pas en faire un projet qui aiderait réellement les Américains démunis, ainsi que les futurs citoyens naturalisés ?Mais le Parti démocrate reste le parti libéral, le parti de l\u2019ALENA, le parti financé par les élites et Wall Street.Il n\u2019est sûrement pas le parti de la gauche.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.JOHN R.MACARTHUR Une vraie amie des déshérités aurait proposé la chose suivante : en échange du mur, Trump et les républicains accepteraient une hausse du salaire minimum fédéral de l\u2019actuel 7,25 $ à 15 $ l\u2019heure, et la construction du mur serait considérée comme des travaux publics et surveillée par une agence du gouvernement Ping Huang Chercheuse en relations Canada-Chine, Institut d\u2019études internationales de Montréal (IEIM-UQAM) Les relations sino-canadiennes ont bénéficié d\u2019un héritage historique (Bé- thune, Trudeau père), ce qu\u2019attestaient les sondages de l\u2019opinion publique : en 2017, 82 % des Chinois déclaraient avoir une bonne image du Canada et le classaient parmi les pays qu\u2019ils admiraient le plus.La crise actuelle autour de Huawei a sérieusement refroidi les sentiments de beaucoup de Chinois à l\u2019égard du Canada.« Huawei est notre héros national [\u2026] l\u2019arrestation de Meng nous fait très mal », répond un directeur général de China Telecom.« Notre gouvernement réagit sous la pression publique », ajoute-t-il.Les réactions des internautes chinois sur les réseaux sociaux ont montré à quel point l\u2019opinion publique est perturbée.On peut le constater sur le compte Weibo de l\u2019ambassade canadienne en Chine: des milliers d\u2019internautes chinois s\u2019y sont rendus pour se porter à la défense du géant chinois des télécoms.Qui est Huawei ?En plus de son titre de premier fabricant mondial d\u2019équipements de télécommunication, Huawei est la seule entreprise chinoise capable d\u2019équiper ses appareils avec ses propres puces électroniques haut de gamme.Une telle performance constitue une fierté nationale, surtout après que Pékin eut payé 1,4 milliard de dollars aux États- Unis en 2018 pour sauver la société chinoise de télécoms ZTE.En ce qui concerne la 5egénération de réseaux mobiles (5G), Huawei se classe dans le peloton de tête pour ce qui est du nombre de brevets déposés : 12 % du nombre total à l\u2019échelle mondiale, comparativement à 13 % pour l\u2019entreprise californienne Qualcomm.Cette dernière, qui monopolise le marché de la génération actuelle (4G) en contrôlant 59 % des puces électroniques haut de gamme et 21 % des brevets, regarde l\u2019essor de Huawei avec inquiétude.Plus important est le nombre de brevets déposés, plus grande est la capacité de contrôle de l\u2019entreprise.Les entreprises de téléphones intelligents, comme Apple, doivent par exemple acquitter des frais de licence à Qualcomm pour chacun de leurs appareils vendus, ce qui représente entre 3,25 % et 5 % du coût total du téléphone.On comprend pourquoi les dirigeants chinois cherchent à protéger Huawei, afin de réduire la dépendance aux États-Unis et de réaliser le plan national « Made in China 2025 » visant à faire du pays une grande puissance industrielle.D\u2019ailleurs, plusieurs avancent l\u2019hypothèse que cela expliquerait pourquoi les États-Unis se hâtent de lancer une guerre de technologie contre la Chine, afin de maintenir leur suprématie.Une distance jamais vue Jamais dans l\u2019histoire des relations sino- canadiennes un gouvernement n\u2019avait usé d\u2019un vocabulaire aussi sévère pour critiquer l\u2019autre gouvernement.Traditionnellement, la diplomatie canadienne privilégie une formule composée de trois volets : les critiques directes et les expressions d\u2019inquiétude au plus haut niveau de l\u2019État; la «diplomatie de corridor » dans les cas impliquant des individus ; et un effort continu favorisant le dialogue, les échanges de la société civile et le renforcement des capacités.Cette formule, qui dans le passé a prouvé son efficacité, n\u2019est évidemment plus à l\u2019ordre du jour de la politique du Canada depuis l\u2019arrestation de Meng Wanzhou.De toute évidence, le Canada se trouve pris en étau entre la Chine et les États-Unis plutôt que de profiter de l\u2019occasion offerte par la guerre commerciale qui oppose les deux puissances économiques.Depuis le début du conflit commercial, la Chine a multiplié les gestes d\u2019ouverture envers le Canada, relançant le projet de libre-échange avec lui.Pour leur part, les entreprises canadiennes pourraient tirer profit de l\u2019augmentation du prix des produits américains vendus en Chine.Beaucoup de Chinois croient que le gouvernement Trudeau devrait s\u2019impliquer dans le cas de Mme Meng, alors qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019un processus purement judiciaire.Une vulgarisation juridique pour mieux expliquer à la Chine l\u2019indépendance entre le gouvernement canadien et son système judiciaire est quelque chose que notre gouvernement et nos médias n\u2019ont malheureusement pas daigné faire au cours des deux derniers mois.La société civile canadienne a toujours contribué à l\u2019amélioration des relations bilatérales.L\u2019Université de Montréal offre par exemple chaque année une formation à une dizaine de juges chinois, pour aider la Chine à rendre ses tribunaux plus transparents.Compte tenu de la situation particulière d\u2019aujourd\u2019hui, il est encore plus crucial que notre société civile continue de jouer un rôle actif dans le rapprochement entre les peuples et dans les relations bilatérales.Souhaitons que non seulement les gouvernements des deux pays, mais aussi leurs médias et d\u2019autres intervenants de la société civile, fassent preuve d\u2019ouverture afin d\u2019éviter que ne se creuse un profond fossé entre le Canada et la Chine.De l\u2019admiration à la perturbation La crise entourant Huawei a terni l\u2019image hautement favorable du Canada au sein de l\u2019opinion publique chinoise Pier-André Bouchard St-Amant Économiste et professeur de finances publiques à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Depuis 2014, l\u2019arrivée d\u2019Uber aura forcé la discussion sur les modèles d\u2019affaires possibles dans l\u2019industrie du taxi.Les débats publics se seront concentrés sur les apports de la technologie numérique au service à la clientèle et sur les forces de « l\u2019économie de partage ».On compara les avantages de ces nouvelles plate- formes avec le modèle d\u2019affaires du reste de l\u2019industrie, jugé (poliment) désuet.Si l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle technologie a visiblement amélioré l\u2019offre de services, elle ne devrait pas occulter les considérations fondamentales rattachées à la structure de l\u2019industrie.La cessation des activités de Téo Taxi, de même que la fin proche du projet pilote avec Uber, mérite de rappeler les prédispositions monopolistiques qu\u2019ont certaines entreprises de courtage en ligne.Fondamentalement, les applications numériques comme Uber ou Téo sont des courtiers: elles s\u2019assurent d\u2019apparier les clients aux chauffeurs.Ces plate- formes de courtage ont cependant deux propriétés importantes.D\u2019abord, un chauffeur n\u2019entretient qu\u2019un seul lien contractuel avec une plateforme.Ensuite, l\u2019intérêt pour les chauffeurs croît avec le nombre d\u2019usagers de l\u2019application.Finalement, l\u2019intérêt des clients pour l\u2019usage d\u2019une application croît en fonction du nombre de chauffeurs.Ces propriétés engendrent une prédisposition monopolistique au premier arrivé sur le marché.Pour illustrer les conséquences de cette propriété, on peut imaginer les efforts colossaux qui seraient requis pour le démarrage d\u2019un réseau concurrent à Facebook, qui jouit d\u2019un (quasi-)monopole de partage en ligne.Google aura tenté sa chance avec le réseau Google +.Les intérêts des monopoles de courtage ne sont pas les mêmes que ceux des clients ou des chauffeurs.Les monopoles peuvent abuser de leur situation pour demander des tarifs trop éle- TRANSPORT vés, faire une concurrence déloyale aux entreprises naissantes ou encore réduire la rémunération des chauffeurs.En conséquence, il est souhaitable que l\u2019État réglemente ces plate- formes pour limiter les effets pervers engendrés par leur situation.Le gouvernement du Québec l\u2019aura compris.Quelques options Une première option consiste à reconnaître un lien d\u2019emploi entre les chauffeurs et la plateforme.C\u2019est l\u2019approche qu\u2019aura prise la Californie.Ce faisant, on reconnaît le droit à la syndicalisation des chauffeurs, ce qui rétablit les rapports de pouvoir existants entre la plateforme numérique et ses (nouveaux) employés.L\u2019approche n\u2019élimine cependant pas le pouvoir de marché face au consommateur.Une deuxième option consiste à uniformiser la tarification imposée.À l\u2019exception des licences d\u2019exploitation, c\u2019est le modèle « taximètre » en filigrane du projet pilote actuel.Cette approche protège les consommateurs contre les abus, mais n\u2019élimine pas les abus envers les chauffeurs.Qui plus est, la tarification unique limite la différentiation de l\u2019offre de services ou la capacité des chauffeurs à maintenir leurs charges d\u2019exploitation.Une dernière approche consiste à imposer aux plateformes de courtage l\u2019obligation d\u2019afficher les disponibilités de n\u2019importe quel chauffeur pour les clients, y compris ceux qui travaillent sous une autre enseigne.L\u2019application Uber (ou une autre application) aurait ainsi pour responsabilité de mettre en relation le client avec le chauffeur correspondant à son choix, indépendamment de son lien contractuel avec ce dernier.Cette approche élimine complètement le pouvoir de marché en ouvrant la plateforme à des concurrents.On permet aussi aux consommateurs de «magasiner» leur taxi.Fondamentalement, cette modification oblige le courtier à dégager des profits de manière concurrentielle.Des conditions d\u2019usage trop élevées ?Il suffit de passer à une plate- forme alternative, maintenant en mesure d\u2019entrer sur le marché puisqu\u2019elle hérite des listes de chauffeurs.Ces options ne sont pas exclusives.Elles négligent aussi les discussions sur les autres conditions requises pour l\u2019obtention d\u2019un permis de taxi.On peut cependant imaginer qu\u2019elles peuvent facilement se conjuguer.Au-delà des concepts galvaudés, tout système économique est un système de partage.Les courtiers d\u2019appariement tels qu\u2019Uber ont pour nouveauté le fait d\u2019être numériques et accessibles au creux de notre main.Ces apports sont bien sûr à souligner et auront forcé la main à une industrie qui méritait d\u2019être modernisée.Mais il ne faut pas laisser ces innovations nous distraire des fondamentaux économiques associés à ces modèles d\u2019affaires.Autrement, on ne fait que remplacer un vieux monopole par un autre en devenir.Quelque 400 chauffeurs de Téo Taxi ont été licenciés la semaine dernière.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Bye bye, Téo ? LEDEVOIR // LE LUNDI 4 FÉVRIER 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.E N B R E F Les conservateurs acceptent de retirer une publicité parodique OTTAWA \u2014 Les conservateurs annoncent avoir retiré une publicité négative, qui parodiait la «Minute du Patrimoine».Un porte-parole du parti a déclaré que la publicité était «évidemment censée être une parodie».Mais peu importe, les conservateurs ont accepté de supprimer cette version et en préparent une autre dans laquelle il sera clarifié qu\u2019elle n\u2019a pas été produite par Historica Canada.Plus tôt dans la journée, l\u2019organisme sans but lucratif reconnu pour ses «Minutes du patrimoine» avait demandé aux conservateurs de retirer la publicité.Dans un communiqué partagé sur les réseaux sociaux, Historica Canada, disait accueillir «de bon cœur» les parodies, mais l\u2019organisme n\u2019acceptait pas que ce soit utilisé à des fins partisanes.La Presse canadienne Les cols bleus de Montréal rejettent la révision des statuts de leur syndicat Les cols bleus de Montréal ont refusé d\u2019entériner les nouveaux statuts et règlements que leur proposait le tuteur nommé par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) pour leur syndicat.À l\u2019issue de la 7e assemblée, samedi, le SCFP a annoncé qu\u2019aucun des 15 volets que comportait la proposition de nouveaux statuts n\u2019avait obtenu l\u2019adhésion des deux tiers des 568 membres, qui se sont prononcés au cours des dernières semaines.Seulement 3 des 15 volets ont reçu un appui dépassant 50 %, mais c\u2019était insuffisant puisqu\u2019un taux de 66,6 % était requis pour leur adoption.Les tensions sont vives au Syndicat des cols bleus regroupés, placé sous tutelle en mai 2017 à la suite de plaintes reçues par le SCFP.Le Devoir STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR e n\u2019est pas une photo, c\u2019est un cliché.Une image de carte postale montrant le célèbre phare rouge de La Mar tre s ou s un ciel pastel de Gaspésie se fondant dans la mer à l\u2019horizon.L\u2019océan céleste, comme dit le poème.Le cliché a déjà servi de page d\u2019accueil de l\u2019encyclopédie Wikipédia en français.La photo date de 2013.Elle est signée Letartean, dérivé d\u2019Antoine Letarte.Le photographe amateur a fourni ses premières collaborations à Wiki trois ans plus tôt, quand il étudiait à l\u2019université, en mathématiques.« J\u2019ai commencé à verser des images et j\u2019ai assez vite réalisé que c\u2019était une façon très intéressante de mettre en valeur mon travail, dit le généreux passionné dans la trentaine, maintenant professeur de mathématiques au cé- gep de Limoilou.Ma photo du château Frontenac illustre la page en français.C\u2019est l\u2019hôtel le plus photographié au monde et mon image du château se trouve sur un des sites les plus visités au monde.» Cet autre cliché illustre aussi la page en espagnol sur l\u2019établissement hôtelier.Au dernier compte, Letartean signe plus de 3200 illustrations sur Wikimedia Commons, plateforme de partage de la nébuleuse Wiki, dont 63 clichés estampillés «de qualité», après évaluation des utilisateurs, et pas moins de six images jugées « remarquables ».Le phare de La Martre est de ce petit nombre.La photo encyclopédique Wikimedia Commons propose maintenant près de 52 millions d\u2019images en diffusion libre, dont plus de 205 000 (moins de 0,4 %) dites de qualité et près de 12 000 dites remarquables (0,00023 %).Le lot personnel de Le- tartean dépasse donc largement la moyenne.Le photographe amateur se dit particulièrement fier d\u2019un cliché du champion planchiste Sébastien Toutant réalisé pendant le Big Air de Québec en février 2011.Cette fois, il était accrédité et dépêché par Wiki.L\u2019amateur a aussi croqué des photos du Centre Bell dans ce cadre professionnel.« Je fais de la photo encyclopédique, dit-il.C\u2019est un style qui représente et illustre sans nécessairement avoir une visée artistique.» Pour le pédagogue, partager gratuitement sur l\u2019œuvre monumentale gratuite et collaborative rajoute de l\u2019intérêt.Wikimédia Commons n\u2019accepte d\u2019ailleurs que les images du domaine public.Toutes doivent respecter le droit d\u2019auteur national et le droit d\u2019auteur américain puisque le siège de l\u2019encyclopédie mondialisée s\u2019y trouve.Les États-Unis étendent la protection à 70 ans après la mort de l\u2019ayant droit.Le nouvel accord de libre-échange nord-américain prévoit l\u2019adoption de la même règle ici, où elle est pour l\u2019instant limitée à 50 ans après le décès du créateur.Les collaborateurs vivants comme M.Letarte renoncent à leur droit, tout simplement.Wikimedia Canada (WC), section nationale soutenant Wikipedia, a été invitée à témoigner par un comité de la Chambre des communes (INDU) qui réévalue le droit d\u2019auteur canadien périodiquement.« Le Crown Copyright relève du Commonwealth, ce qui complexifie le dossier, explique par écrit au DevoirBenoît Rochon, président de WC.[Il y a une différence] entre l\u2019appareil gouvernemental étatsunien [comme la NASA, par exemple] qui place automatiquement le travail gouvernemental dans le domaine public, contrairement aux pays du Commonwealth, comme le Canada, où les droits appartiennent à la reine du Canada, dont l\u2019Agence spatiale canadienne.» Aucune demande de libération générale des droits n\u2019a été formulée auprès de la gouverneure générale.Par contre, Wiki « sensibilise les ordres gouvernementaux [et plus largement toutes les personnalités publiques] au fait de libérer sous licence libre au moins une photo, afin d\u2019illustrer leur article avec une ou des photos de qualité », explique le président Rochon.Le niveau monte La construction libre et collective a des effets pervers.Certains contributeurs, aux textes comme aux images, produisent des résultats médiocres, parfois en surnombre.Par contraste, la page sur la chanteuse Michèle Richard ne propose étrangement aucune photo de la vedette hypermédiatisée.M.Letarte réplique que, selon un des principes assumés de l\u2019ouverture collaboratrice, mieux vaut quelque chose plutôt que rien tout en comptant sur le temps pour améliorer le résultat.Cette mer mondialisée monte pour chaque pierre qu\u2019on y jette.« Les wikipédiens préfèrent un texte ou une photo moyenne qui peuvent ensuite être améliorés.C\u2019est la base.C\u2019est le départ », dit Letartean, qui signe la photo en ligne de l\u2019auteure Chrystine Brouillet.« Je me suis installé avec un assez bon matériel dans un salon du livre.J\u2019ai dit à Mme Brouillet où irait la photo.Ce n\u2019est pas ma meilleure, mais elle me semble satisfaisante.» Benoît Rochon, président de WC, ajoute que les administrateurs de Wiki- media Commons rejettent des tas d\u2019images.« Ils doivent en supprimer plusieurs dizaines par jours, soit parce qu\u2019elles sont sous droit d\u2019auteur, soit parce qu\u2019elles ne font pas mention de la source ou de l\u2019auteur, soit parce qu\u2019il existe des doublons, etc.» Dans un autre message au Devoir, la vice-présidente de Wikimedia Canada, Lëa-Kim Châteauneuf, cite l\u2019exemple concret «d\u2019amélioration visuelle» de la page du comédien et auteur Marcel Sa- bourin.« Sur l\u2019ancienne photo, on arrivait à peine à le distinguer alors qu\u2019au- jourd\u2019hui, on reconnaît bien l\u2019individu», écrit-elle.Antoine Letarte se fait encore plus pragmatique.Il avance que les individus ou les entreprises peuvent eux- mêmes fournir des images de qualité pour leur page.Ils peuvent même payer un photographe pour se faire tirer le portait (libre de droit, évidemment).« Mieux vaut être proactif et donner du contenu de qualité », résume celui qui en produit généreusement à la douzaine.NUMÉRIQUE Images de marque Comment produire des images de qualité pour les pages de l\u2019encyclopédie Wikipédia ?Phare La Martre, situé au nord de la Gaspésie, photographié par Antoine Letarte WIKIMEDIA COMMONS C René Lévesque HARVEY MAJO BANQ VIEUX-MONTRÉAL WIKIMEDIA COMMONS Je fais de la photo encyclopédique.C\u2019est un style qui représente et illustre sans nécessairement avoir une visée artistique.ANTOINE LETARTE » Le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, est décédé du cancer Le vérificateur général du Canada des sept dernières années, Michael Ferguson, est décédé du cancer.Il avait 60 ans.Son bureau a confirmé sa mort samedi après-midi.M.Ferguson était entouré de sa femme, Georgina, et de ses fils, Malcolm et Geoffrey, au moment de son décès.« Ceux et celles qui ont eu le plaisir de connaître M.Ferguson conservent le souvenir d\u2019un homme de tête comme de cœur, à la fois humble, chaleureux et réfléchi.Il se préoccupait avant tout de livrer des audits porteurs de valeur pour la fonction publique, avec le souci constant de servir l\u2019intérêt des Canadiennes et des Canadiens », peut-on lire dans le communiqué de presse publié par le Bureau du vérificateur du Canada.Une porte-parole du bureau a précisé que M.Ferguson recevait des traitements pour son cancer, mais qu\u2019il n\u2019avait pas pris de congé de maladie.« Il demeurait très impliqué dans la gestion du bureau.Tout ça est assez soudain », a dit Françoise Guyot, la directrice des communications externes.En novembre, M.Ferguson n\u2019avait pas présenté une conférence de presse ou accordé des entrevues lors de la publication de ses rapports automnaux.Craig Scott, un professeur d\u2019université qui était membre d\u2019un groupe qui le conseillait, a indiqué que M.Ferguson avait fait une récidive d\u2019un cancer au cours des dernières semaines.« J\u2019étais stupéfait », a-t-il reconnu.M.Ferguson avait été nommé à ce poste en novembre 2011 par le premier ministre d\u2019alors, Stephen Harper.La Presse canadienne Miser sur les portraits de qualité Wikimedia tente de sensibiliser les institutions à l\u2019utilisation de photos de qualité pour représenter des personnalités publiques.Et ça marche.« Un bon exemple ici serait la page Wikipédia de René Lévesque, fait remarquer la vice-présidente de Wi- kimedia Canada, Lëa-Kim Château- neuf.Pendant des années, l\u2019image qui le représentait était une photographie de la statue qui se trouve au parlement.Grâce au téléversement d\u2019une photo tirée d\u2019un fonds d\u2019archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, c\u2019est maintenant une très bonne photo qui est présentée aux visiteurs.» Aux États-Unis, selon la loi, les documents produits par les agences (comme la NASA) tombent immédiatement dans le domaine public.D\u2019où la possibilité de reproduire à volonté les images des missions spatiales.Le président de Wikimedia Canada, Benoît Rochon, donne alors l\u2019exemple d\u2019une photo versée par des archives sur le camp de Big Foot après la bataille de Wounded Knee.La légende parlait de nettoyage de débris.Une fois la photo nettoyée par les internautes, une wikipé- dienne a permis de comprendre que les débris étaient en fait des corps.La légende de la photo du massacre a été revue en conséquence.« Les institutions québécoises et canadiennes sont très collabora- tives, et ce, depuis plusieurs années, ajoute le président.Elles sont conscientes de tout le potentiel de l\u2019énorme communauté mondiale qu\u2019est celle des wikimédiens, véritable force bénévole : géolocalisa- tion d\u2019archives, transcription, traduction, etc.» Les archives privées commencent à en rajouter.En France, le studio Harcourt de Paris a libéré, depuis le début de la décennie, de magnifiques portraits de vedettes en noir et blanc.Des centaines de versements permettent maintenant d\u2019illustrer dans des dizaines de langues des pages sur Abel Gance ou Roger Federer."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.