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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-02-11, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CX NO 28 / LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM CINÉMA Les voix du Québec à la Berlinale ODILE TREMBLAY À BERLIN LE DEVOIR Ç a y est ! Le Québec entre dans la danse berlinoise\u2026 Répertoire des villes disparues, de Denis Côté, est projeté en compétition lundi.L\u2019équipe d\u2019Une colonie, de Geneviève Dulude-De Celles, vivait les émois de sa grande première dimanche midi, dans la section Génération, sous de longs applaudissements et un flot de questions de l\u2019auditoire.La feuille d\u2019érable célèbre son septième art de concert et Stéphane Dion, ambassadeur du Canada à Berlin, est venu rencontrer le milieu du cinéma à la réception de Téléfilm samedi soir, visiblement ravi de voir débarquer ce flot de compatriotes.À l\u2019étranger, tout le monde se serre les coudes.J\u2019aurai rencontré auparavant, coup sur coup, les deux cinéastes québécois aux trajectoires si différentes.Denis Côté, vieux routier de la Berlinale, compte cinq films au compteur, dont deux précédents en compétition : Vic + Flo ont vu un ours (primé ici) et Boris sans Béatrice.La réalisatrice d\u2019Une colonie, avec son premier long métrage, INDEX Société .A5 Éditorial.A6 Idées.A7 Monde.B1 Avis légaux .B2 Sports.B4 Décès .B4 Sur le route .B5 Religion .B6 Météo .B6 Mots croisés.B6 Sudoku .B6 Culture.B7 Grille TV.B7 SUR LA ROUTE Les automobilistes face aux changements climatiques B 5 ACTUALITÉS Abolition des référendums en urbanisme.Chambly sera-t-elle imitée ?A 3 ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, craint pour la survie à long terme de sa communauté, mais aussi d\u2019autres régions du Québec frappées de plein fouet par l\u2019érosion côtière.Il presse donc le gouvernement Legault d\u2019augmenter significativement les moyens mis en œuvre pour se préparer à une aggravation de ce phénomène imputable aux impacts des changements climatiques.« Je lance un cri du cœur.Il faut protéger nos territoires et nos infrastructures pour les générations qui vont suivre.Et pour le moment, on ne comprend pas suffisamment l\u2019urgence d\u2019agir.Nous attendons que les événe- ments extrêmes surviennent pour agir.Mais il faut intervenir maintenant dans l\u2019ensemble du Québec maritime, parce que, plus tard, il sera trop tard », in- siste-t-il, en entrevue au Devoir.« Nous n\u2019évacuerons pas les Îles demain matin, mais il y a des changements qui s\u2019opèrent d\u2019année en année.Et ça va continuer de s\u2019aggraver.Sera-t-il encore possible de vivre ou de venir en vacances aux Îles-de-la- Madeleine dans 50 ans ?», se demande l\u2019élu madelinot.M.Lapierre a également fait parvenir au Devoir une lettre dans laquelle il cite en exemple la tempête qui a frappé l\u2019archipel situé en plein cœur du golfe du Saint-Laurent, le 29 novembre dernier.« En une seule nuit, des portions entières de dunes, de haltes routières et d\u2019infrastructures de toutes sortes ont disparu à la mer.Durant cette nuit, le recul du trait de côte prévu dans les différents modèles prévisionnels disponibles à ce jour a été celui équivalant à plusieurs tempêtes successives, étalées sur plusieurs années », écrit-il.Érosion accélérée En fait, l\u2019érosion, aux Îles, est un phénomène qui ne cesse de prendre de l\u2019ampleur.« Entre 2004 et 2016, nous avons enregistré un taux moyen de recul de 50 cm par an.Entre 2016 et 2017, nous avons enregistré un taux moyen de 60 cm », rappelle-t-il.Si la tendance se maintient, prévient M.Lapierre, « ce sont des millions de Le cri du cœur des Madelinots Craignant pour la survie de sa communauté, le maire des Îles-de- la-Madeleine demande une stratégie nationale contre l\u2019érosion côtière La soirée des Grammy Awards s\u2019est déroulée dimanche à Los Angeles avec un parterre de stars internationales, rappeurs et femmes en tête de cette cérémonie marquée par la diversité où Lady Gaga, Kendrick Lamar et Childish Gambino ont été honorés.La carrière de la chanteuse américaine Dolly Parton (en photo avec Miley Cyrus ) a été soulignée.Lisez le compte rendu de notre journaliste Philippe Renaud sur nos plateformes numériques.EMMA MCINTYRE/ GETTY IMAGES FOR THE RECORDING ACADEMY/AFP Grammy Awards VOIR PAGE A 2 : MADELINOTS VOIR PAGE A 4 : BERLINALE Geneviève Dulude-De Celles MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ACTUALITÉS 660 000 $ pour persuader les propriétaires d\u2019armes à feu | A 3 ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 Rectificatif L\u2019article intitulé «Hydro-Québec redirige ses dons de 6,9 millions» publié en première page de l\u2019édition du samedi 9 février 2019 contenait une phrase incomplète.Il aurait fallu lire dans la suite du texte en page A 5 que «Pour les finales de mars 2019, ils contribuent à hauteur de 150 000$».Un budget de lutte insuffisant dollars en infrastructures qui seront ainsi perdus » au cours des prochaines années.La route provinciale 199, la seule artère à relier l\u2019ensemble de l\u2019archipel, « est directement menacée ».L\u2019existence à long terme d\u2019autres secteurs habités et touristiques cruciaux des Îles-de-la-Madeleine est au- jourd\u2019hui en sursis.Ce portrait inquiétant est d\u2019ailleurs corroboré par les analyses menées par le consortium de recherche scientifique Ouranos.« Leur situation est assez problématique.C\u2019est une des régions de l\u2019est du Québec qui affiche les taux d\u2019érosion les plus élevés, notamment en raison de la composition de ses côtes », explique Laurent DaSilva, économiste principal chez Ouranos.Selon une étude sur les zones côtières pilotée par le consortium, au moins 260 bâtiments seraient directement menacés par l\u2019érosion d\u2019ici 2065, mais aussi des tronçons de route qui permettent de relier différents secteurs des Îles.Les chercheurs ont aussi chiffré à plusieurs dizaines de millions de dollars les dommages, notamment économiques, que devraient subir trois secteurs importants de l\u2019archipel.M.DaSilva précise toutefois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une évaluation prudente, « puisque les impacts des changements climatiques pourraient être plus importants que prévu au cours des prochaines décennies.Tout dépendra de la hausse du niveau de la mer, de l\u2019ampleur de la disparition du couvert de glace et de la force des tempêtes ».Facture élevée Si les Îles-de-la-Madeleine illustrent bien l\u2019ampleur du problème de l\u2019érosion côtière, le phénomène est de plus en plus sérieux dans d\u2019autres régions du Québec : Côte-Nord, Gaspésie et Bas-Saint-Laurent.« C\u2019est l\u2019enjeu pour lequel on constate déjà les impacts les plus concrets des changements climatiques.Ça se passe maintenant », souligne le directeur général d\u2019Ouranos, Alain Bourque.Une analyse provinciale menée par l\u2019organisme de recherche prévient en outre qu\u2019au cours des prochaines décennies, plus de 5500 bâtiments seront directement menacés par l\u2019érosion, mais aussi au moins 300 kilomètres de routes, dont des tronçons des routes 132 et 138, artères vitales pour les régions qu\u2019elles traversent.Uniquement pour ces éléments, Ou- ranos a évalué la facture à 1,5 milliard de dollars.Mais cela ne tient pas compte d\u2019éventuels dommages causés par des inondations et des impacts sur l\u2019activité économique, notamment le tourisme, précise Laurent DaSilva.« C\u2019est une évaluation qui est donc très conservatrice.» Stratégie nationale Pour le maire des Îles-de-la-Made- leine, il est donc plus que jamais nécessaire de « mettre en place un groupe de travail permanent, doté de ressources techniques et financières, afin d\u2019accompagner nos municipalités aux prises avec ces imposants défis ».Il estime que les 45 millions consacrés actuellement à la lutte contre l\u2019érosion côtière au Québec sont nettement insuffisants.Cette enveloppe serait même insuffisante si elle était uniquement destinée aux Îles.Le directeur général d\u2019Ouranos abonde dans ce sens.« Même s\u2019il y a encore des analyses scientifiques à faire, nous avons suffisamment de données pour que le Québec puisse élaborer dès maintenant une stratégie de gestion des zones côtières dans un contexte de changements climatiques.Présentement, on continue de gérer le problème en mode \u201ccrise\u201d.Mais il faut dépasser cette approche, il faut penser à tout cela à l\u2019échelle provinciale, pour éviter que le problème nous coûte quelques milliards de dollars d\u2019ici 30 ans.» À Québec, on assure prendre le problème très au sérieux.« L\u2019adaptation aux changements climatiques est une facette qui est souvent oubliée dans le débat actuel, mais qui revêt une importance capitale.Notre gouvernement va s\u2019assurer que des mesures d\u2019adaptation soient mises en place afin que les régions côtières et plus éloignées puissent convenablement faire face aux changements climatiques.Il en va de la sécurité de nos citoyens », explique Louis-Julien Dufresne, attaché de presse du ministre de l\u2019Environnement, Benoit Charette.M.Dufresne ajoute que des fonds sont déjà réservés à différentes initiatives, dont le projet de recherche universitaire « Résilience côtière », qui « vise le développement d\u2019outils et de solutions d\u2019adaptation aux risques côtiers par un accompagnement auprès des municipalités ».Un comité sur l\u2019érosion a aussi été mis sur pied par le Bureau régional de coordination gouvernementale des Îles-de-la-Madeleine, en collaboration avec des ministères et organismes.« Une première rencontre de ce comité est prévue pour la fin février », précise le bureau du ministre Charette.MADELINOTS SUITE DE LA PAGE A 1 ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Faible estime de soi, détresse psychologique, mauvaise alimentation, manque de soutien familial : les élèves de 6e année et du secondaire ayant une « santé globale » vulnérable sont trois fois plus à risque de décrocher à l\u2019école que leurs comparses s\u2019estimant en bonne santé.C\u2019est du moins ce que révèle une étude dévoilée lundi par la Direction de la santé publique (DSP) et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal, dont LeDevoir a obtenu copie.Le rapport s\u2019appuie sur deux enquêtes de 2016-2017, portant sur la santé des jeunes de 6e année et du secondaire de la métropole.Plus de 17 000 jeunes avaient répondu aux questionnaires.Résultat : parmi les élèves du secondaire qui se perçoivent en mauvaise santé globale, 31 % sont à haut risque de décrochage scolaire, tandis qu\u2019ils ne sont que 12 % à l\u2019être parmi ceux qui s\u2019estiment en bonne santé.En 6eannée, les proportions d\u2019élèves plus à risque de décrocher sont de 11 % et de 4 % respectivement dans ces deux catégories.Pour tracer le portrait de la situation, divers facteurs ont été pris en compte, allant de la santé mentale à la santé physique, en passant par la détresse psychologique, le réseau de soutien, l\u2019état émotionnel ou encore les habitudes de vie des jeunes.Si les élèves, à cet âge, sont en bonne santé physique, leur santé émotionnelle est préoccupante, indique la directrice régionale de la DSP de Montréal, la Dre Mylene Drouin.Au secondaire, par exemple, 29 % des jeunes ayant peu confiance en leurs capacités sont à haut risque de décrochage comparativement à seulement 1 % de ceux s\u2019estimant très efficaces.On retrouve des chiffres quasi similaires pour ce qui est de l\u2019estime de soi.Égalité des chances Si le taux de décrochage scolaire dans les établissements publics du secondaire a diminué dans les dernières années à Montréal, il se situe encore autour de 16 %, rappelle Mme Drouin.Un élève de 6e année sur vingt est à risque de décrocher, et c\u2019est un élève sur sept au secondaire.« Clairement, la persévérance scolaire est un déterminant de santé, un levier puissant pour assurer une égalité des chances et réduire les inégalités sociales de santé.C\u2019est clair qu\u2019un jeune qui n\u2019a pas son diplôme n\u2019aura probablement pas un emploi qui va lui garantir un salaire suffisant », note-t-elle.À cet égard, elle estime que lutter contre le décrochage scolaire est « l\u2019affaire de tous : écoles, familles et communautés ».Elle met notamment l\u2019accent sur le cadre familial, qui a un impact important dans la réussite de l\u2019enfant.Selon le rapport, 45 % des jeunes du secondaire ayant rapporté avoir un faible soutien familial ont un risque élevé de décrochage comparativement à 11 % chez ceux qui bénéficient d\u2019un soutien familial élevé.« On doit travailler avec les familles.L\u2019école seule ne peut pas avoir la réponse à tout », insiste Mme Drouin.Elle reconnaît toutefois que certaines familles en milieu défavorisées peinent à venir en aide à leurs enfants, les parents devant combiner parfois deux emplois pour subvenir aux besoins du foyer.Il est d\u2019ailleurs prouvé que « les jeunes qui vivent dans un environnement moins favorisé économiquement sont plus nombreux à être à risque élevé de décrochage ».Les organismes communautaires, comme les tables jeunesse de la métropole, leur viennent en aide en proposant de l\u2019accompagnement aux familles ou de l\u2019aide aux devoirs pour les élèves.Pour la directrice régionale de la DSP, les politiques publiques ont aussi un rôle à jouer et les gouvernements devraient en faire plus.« Il faudrait des mesures directes pour aider ces familles, notamment dans les dimensions de la conciliation travail-famille ou la conciliation travail-études chez les jeunes aussi », estime Mme Drouin.ÉDUCATION Les élèves en mauvaise santé plus à risque de décrocher Le secteur historique et touristique de La Grave, aux Îles-de-la-Madeleine, est particulièrement vulnérable aux impacts de l'érosion côtière, selon le maire Jonathan Lapierre.ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Si le taux de décrochage dans les établissements publics du secondaire a diminué, il se situe encore autour de 16 % Au secondaire, 29 % des jeunes ayant peu confiance en leurs capacités sont à haut risque de décrochage par rapport à seulement 1 % de ceux s\u2019estimant très efficaces.STEPHANE DE SAKUTIN AGENCE FRANCE-PRESSE Même s\u2019il y a encore des analyses scientifiques à faire, nous avons suffisamment de données pour que le Québec puisse élaborer dès maintenant une stratégie de gestion des zones côtières dans un contexte de changements climatiques ALAIN BOURQUE » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 La désunion C omme ses prédécesseurs, Donald Trump n\u2019a cessé de rappeler, à l\u2019occasion de la livraison du plus récent discours de l\u2019Union, qu\u2019il s\u2019autorisait du passé.Le discours politique américain a ceci de particulier qu\u2019il se montre sans cesse ponctué de rappels historiques.Dans le cas présent, cette constance était incarnée par quelques individus invités à prendre place dans des gradins, afin qu\u2019on puisse bien les montrer mais qu\u2019on ne puisse les entendre.Personne n\u2019est dupe de la faible épaisseur de la culture historique du président Trump.Reste que le passé, dans le discours du pouvoir qu\u2019il incarne malgré tout, constitue l\u2019expression récurrente d\u2019un ordre social qu\u2019il défend comme tout homme de pouvoir.Le passé de l\u2019armée en particulier, décliné en longs chapelets de souvenirs des batailles, ne cesse d\u2019être rappelé.Tous les beaux rôles lui sont toujours distribués, quitte à oublier ses bavures comme ses alliés.De façon un peu lourde, quasi monomaniaque, il y a là l\u2019expression d\u2019une volonté acharnée de revenir toujours à la guerre, à ses traumas, comme si au simple fait de vivre et de laisser vivre devait se substituer le bruit et la fureur auxquels on soumet ceux, les petits et les sans-grade, à qui l\u2019on ne reconnaît pas autrement le droit d\u2019avoir une histoire.Dans ce rappel constant au militaire, cette Amérique donne l\u2019impression de flotter en apesanteur au point d\u2019avoir un jour oublié de revenir de ses voyages sur la Lune.Depuis les dernières grandes guerres, on sait pourtant ce que pareils appels au courage militaire recouvrent souvent de terribles lâchetés civiques.Dans l\u2019ordre du discours, la mémoire américaine apparaît comme une sécrétion du pouvoir, de sa puissance.Elle est une coulée du temps versée dans le présent au nom duquel le pouvoir s\u2019autorise son futur.C\u2019est un roman national dont les traces indiquent le chemin à suivre pour maintenir, dans les mêmes ornières, une entité qu\u2019on veut présenter comme immuable.Le pouvoir va chercher dans ce récit la confiance en son pouvoir.Et il conclut, du fait de ce passé qu\u2019il fabrique et plaque lui-même sur la réalité, qu\u2019il a forcément un avenir.La puissance des États-Unis, autrement dit, s\u2019appuie sur un récit pour affirmer qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019autre solution que son système, présenté de toute éternité comme une réussite sans pareille.Ce récit sert l\u2019idéologie, les dogmes, les stéréotypes.« Ici, aux États-Unis, nous sommes inquiétés par de nouveaux appels à adopter le socialisme dans notre pays », a dit Donald Trump le mardi 5 février en soirée.« L\u2019Amérique a été fondée sur la liberté et l\u2019indépendance, et non sur la contrainte, la domination et le contrôle du gouvernement.Nous sommes nés libres et nous resterons libres.Ce soir, nous renouvelons notre détermination à ce que l\u2019Amérique ne soit jamais un pays socialiste.» Est vu comme un crime de lèse-majesté le seul fait d\u2019évoquer la nécessité d\u2019un accès pour tous à des soins de santé qui ne seraient plus réservés à la richesse de quelques-uns qui vivent grâce au travail de tous les autres.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR C\u2019est ce qu\u2019on appelle le prix de la persuasion.Québec a dépensé dans la dernière année deux tiers de million de dollars en publicité et en promotion afin d\u2019inciter les propriétaires de fusils, carabines ou pistolets à les inscrire dans son nouveau registre des armes à feu.C\u2019est près de 10 % du budget de 7,2 millions consacré à ce jour à la mise en place de ce service d\u2019immatriculation de ce type d\u2019armes en circulation sur le territoire québécois.La proportion, particulièrement élevée, tranche avec les dépenses imputées à d\u2019autres campagnes gouvernementales d\u2019envergure et semble avoir été motivée par la grande réticence et la vive opposition des citoyens touchés par cette nouvelle disposition législative.« Il est question ici d\u2019un registre auquel s\u2019oppose une majorité des détenteurs d\u2019armes à feu, résume Christian Désîlets, spécialiste de la publicité sociale et gouvernementale au Département d\u2019information et de communication de l\u2019Université Laval.Quand une proportion importante de la population estime une loi illégitime, cela appelle un important effort de communication persuasive.» Ainsi, entre le 5 décembre 2017 et le 11 janvier dernier, Québec a déboursé près de 660 000 $ en conception, planification et placements publicitaires pour la mise en place de son registre des armes à feu, selon des données que le ministère de la Sécurité publique vient tout juste de dévoiler.À titre de comparaison, la campagne de vaccination annuelle contre la grippe pilotée par le ministère de la Santé a coûté la moitié moins en 2016-2017, pour représenter au final 2,5 % du budget total du programme provincial de vaccination.Pour expliquer la nouvelle loi sur les soins de fin de vie en 2015-2016, Québec a également assumé une facture moins importante, d\u2019environ 300 000 $.Quant à la campagne pour la promotion et la valorisation de la langue française du ministère de la Culture, elle a coûté, pour 2017-2018, 31 fois moins cher que celle consacrée au registre des armes à feu.Notons que la part destinée à la publicité pour le lancement d\u2019un produit ou d\u2019un service est variable puisqu\u2019elle est liée à des critères singuliers de créativité du message, à des objectifs particuliers à atteindre ou au temps nécessaire pour l\u2019implantation d\u2019un message dans une Facture salée pour persuader les propriétaires d\u2019armes à feu L\u2019opposition au registre a fait grimper les coûts de sa promotion à 660 000 $, soit près de 10 % du budget de mise en place du service JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR La semaine dernière, Chambly est devenue la première ville québécoise à abandonner le processus d\u2019approbation référendaire, comme le permet désormais la loi 122, qui accorde plus d\u2019autonomie aux municipalités.D\u2019autres villes pourraient lui emboîter le pas, mais pas toutes, car la nouvelle formule de politique de consultation publique a aussi ses défauts.Le conseil municipal de Chambly a entériné, mardi dernier, le nouveau règlement encadrant les consultations publiques.Pour certains citoyens, la disparition des référendums est perçue comme la perte du dernier rempart démocratique qui leur permet de s\u2019opposer à des projets d\u2019urbanisme.«Concrètement, c\u2019est comme donner les clés de la Ville aux promoteurs», se désole Jean- Marc Levesque, citoyen de Chambly et consultant pour le Mouvement citoyen de Chambly.Il faut dire que, depuis des mois, les relations entre l\u2019administration du maire Lavoie et les citoyens sont tendues en raison notamment de la démolition de la maison Boileau.Adopté en juin 2017, le projet de loi 122 permet aux villes de s\u2019affranchir des référendums.En effet, pour autant qu\u2019elles adoptent une politique de participation publique qui comprend des règles précises en matière d\u2019information et de participation citoyenne, les villes ne sont plus tenues d\u2019organiser des référendums lors des changements de zonage notamment.Jean-Marc Levesque estime que les citoyens de Chambly n\u2019ont pas de quoi être rassurés.En 2017, la Ville avait consulté les citoyens pour l\u2019adoption du Plan d\u2019urbanisme qui haussait la densité de projets domiciliaires, relate- t-il : « Beaucoup de citoyens ont fait des commentaires là-dessus.Quelques mois après, le plan d\u2019urbanisme a été adopté à peu près tel quel.On n\u2019a absolument pas tenu compte des demandes et des considérations des citoyens.» Le maire suppléant de Chambly, Jean Roy, croit au contraire que le temps est venu de moderniser les méthodes de consultation, les référendums ayant démontré maintes fois leurs limites.Les opposants sont toujours plus prompts à s\u2019exprimer lors d\u2019un référendum que les citoyens favorables aux projets, souligne- t-il: «C\u2019est un peu archaïque comme façon de procéder.On ouvre toujours la porte au \u201cpas dans ma cour\u201d».D\u2019autres villes n\u2019arrivent pas aux mêmes conclusions.Après qu\u2019un projet d\u2019usine de production de cannabis eut été contrecarré par l\u2019opposition de citoyens l\u2019automne dernier, les élus de Sept-Îles ont estimé qu\u2019il fallait trouver des moyens pour que des projets jugés avantageux pour la collectivité puissent se concrétiser.Sauf que l\u2019implantation d\u2019une politique de participation publique, comme le prescrit la loi, aurait nécessité l\u2019embauche d\u2019une ou deux personnes supplémentaires.« Et il aurait fallu imposer un coût supplémentaire aux promoteurs.Au lieu de 1500$ [pour une demande de changement de zonage], il aurait fallu facturer 3500 ou 4000 $, sans raccourcir les délais », signale le directeur général de la Ville, Patrick Gwilliam.Les élus ont finalement préféré conserver les référendums.« Les gens pensent que ça simplifie les choses, mais il y a plusieurs facteurs dont il faut tenir compte », reconnaît Suzanne Roy, ex-présidente de l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ) et mairesse de Sainte-Julie.L\u2019UMQ a toujours plaidé en faveur de l\u2019abolition des référendums.«Que les citoyens puissent intervenir en amont, je pense que ça permet de faire avancer notre démocratie», fait valoir Mme Roy.«Ça permet aux citoyens de faire évoluer les projets plutôt que l\u2019approche référendaire qui fait que tu es pour ou tu es contre.» Ailleurs, la réflexion se poursuit, comme à Belœil.La mairesse, Diane Lavoie, indique que la Ville applique déjà une politique de consultation citoyenne, mais que, si les référendums sont abolis, il lui faudra adapter les procédures de consultation pour les rendre conformes à la loi.«On n\u2019a plus le choix de consulter les citoyens.Ils sont tellement informés, avec les réseaux sociaux notamment.La consultation est une bonne chose parce qu\u2019on en ressort avec des projets bonifiés», dit-elle.URBANISME Abolir ou non les référendums ?Plusieurs villes hésitent à imiter Chambly et à se débarasser de cette procédure JEAN- FRANÇOIS NADEAU population donnée.Entre autres.Reste que le monde du marketing établit généralement entre 1 % et 6 % d\u2019un budget cette part normalement dévolue à la publicité et à la promotion.La compagnie montréalaise Bang Marketing l\u2019estime pour sa part sur son site Internet à de 1 à 3 % des ventes d\u2019un produit.La campagne de promotion du registre québécois des armes à feu a été pilotée par l\u2019agence de publicité Brad.Les messages du gouvernement ont été portés autant par la radio, les imprimés que l\u2019Internet qui, dans l\u2019ensemble, ont absorbé environ 500 000 $ de la facture, et ce, en placement et en achat de mots-clics, indique le détail des informations rendues publiques par le MSP, le ministère chargé de la gestion du registre.L\u2019efficacité de cette campagne reste encore à évaluer.Jusqu\u2019à maintenant, Québec a réussi à convaincre les propriétaires d\u2019armes à feu à enregistrer 401 000 de leurs possessions dans ce registre, a indiqué le ministère au Devoir cette semaine.C\u2019est un quart à peine du 1,6 million d\u2019armes à feu détenues actuellement par des Québécois et qui, depuis le 29 janvier dernier et l\u2019entrée en vigueur de la nouvelle loi, doivent être désormais immatriculées.Aux fins d\u2019une recherche en histoire, j\u2019avais un jour été autorisé à fouiller, aux archives nationales, des boîtes vouées d\u2019ordinaire à la confidentialité.J\u2019étais tombé là, entre autres choses, sur une courte lettre signée de la main du sociologue Fernand Dumont.Il offrait au Parti québécois, un parti alors naissant, sans poser la moindre condition, la totalité de ce que lui avait rapporté la bourse qui accompagnait le Prix du Gouverneur général qu\u2019on venait de lui remettre.Il le faisait, disait-il, au nom de ses convictions socialistes.Qu\u2019est-ce que le socialisme, après tout, sinon le sentiment d\u2019une urgence devant le fait qu\u2019une société doit savoir progresser du côté de la justice et de l\u2019égalité pour tous ?Mais comment penser à plus d\u2019égalité dans une Amérique qui répète à chacun de ses ouvriers exténués, pour les conforter dans le bien-fondé de leur exploitation, qu\u2019en chacun d\u2019eux sommeille un millionnaire qui s\u2019ignore ?Partout, on juge désormais les inégalités sociales déplorables, pour autant que cela ne change pas l\u2019idée qu\u2019il faille les accepter comme un fait dont il faut savoir s\u2019accommoder.Trump exprime bien cette idée pessimiste du monde qui, au-delà de la grossièreté de son personnage, est au- jourd\u2019hui largement partagée.L\u2019économie sauvage mondialisée, celle dont les Trump du monde se félicitent et profitent, confond sans cesse la liberté de circulation des capitaux avec la liberté des citoyens.Cette organisation économique et sociale du monde a pourtant l\u2019effet d\u2019un verrou sur les populations.À la tête des grandes entreprises, moins de 40 individus gèrent désormais des richesses équivalant à celles que possède 50 % de la population du globe.La moitié des richesses qui restent en partage est contrôlée par 40 % de la population du globe, ce qui correspond en gros à ce qu\u2019on considère comme la classe moyenne du monde occidental, géolocalisée surtout en Europe, aux États-Unis, au Canada, au Japon.Le reste, soit 60 % de la population mondiale, a donc la possibilité de se partager la misère.De quelle liberté parle-t-on pour ces millions de gens qui vivent dans des conditions indignes ?Le capitalisme à l\u2019américaine est certes mondialisé.Mais il ne crée pas le monde.Il crée des îlots.Des îlots auxquels des pans entiers de l\u2019humanité tentent de s\u2019accrocher en y immigrant pour ne pas couler.Faut-il recommander à ces gens-là de continuer de se noyer de bon cœur pour assurer notre bonheur ?La puissance des États-Unis, autrement dit, s\u2019appuie sur un récit pour affirmer qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019autre solution que son système, présenté de toute éternité comme une réussite sans pareille.Ce récit sert l\u2019idéologie, les dogmes, les stéréotypes.Jusqu\u2019à maintenant, Québec a réussi à convaincre les propriétaires d\u2019armes à feu d\u2019enregistrer 401 000 de leurs possessions dans ce registre, a indiqué le ministère au Devoir cette semaine.C\u2019est un quart à peine du 1,6 million d\u2019armes à feu détenues actuellement par des Québécois.GETTY IMAGES LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 ACTUALITÉS A 4 Le Devoir numérique en classe Mobile Tablette Ordinateur Profs du Québec, abonnez gratuitement vos étudiants de 4e et 5e secondaire et de niveau collégial au Devoir numérique pour une durée de 15 semaines*.\u2022 Accès illimité à l\u2019application Le Devoir Mobile \u2022 Accès à 100 % du contenu du site Web \u2022 Formule virtuelle et version PDF \u2022 Édition tablette chaque jour \u2022 25 articles gratuits par mois dans les archives * c .oir v e d e l n i a s m è d z ve i r c s n I r 2 e i r v é 5 f e 1 l i t p i r c s n s i e L e s s a l c / m o t au n a n e t s u vo - .9 1 0 t n e n i m r e e t s s n o VICKY FRAGASSO-MARQUIS LA PRESSE CANADIENNE Le Parti libéral du Québec (PLQ) exhorte le gouvernement caquiste à reculer sur son intention de renoncer à traiter 18000 dossiers en souffrance de personnes qui cherchaient à immigrer au Québec.«Il n\u2019a aucunement besoin de faire table rase», a plaidé en entrevue, dimanche, la députée libérale de Saint-Henri\u2013Sainte- Anne, Dominique Anglade.Quelque 50 000 personnes sont affectées par la décision du gouvernement Legault, selon Mme Anglade.« Il y a des gens qui sont au Québec, qui paient des impôts, qui ont fait des demandes, qui sont présentement chez nous, qui parlent français, qui sont dans différentes régions du Québec qui sont touchés par ça », a-t-elle soutenu.Mme Anglade invite le gouvernement à réaffecter les 19 millions de dollars prévus pour rembourser les demandeurs au traitement de ces dossiers.Cette semaine, le ministre de l\u2019Immigration, Simon Jolin-Barrette, a présenté le projet de loi 9, qui prévoit un nouveau mode de sélection des immigrants.Ceux-ci devront s\u2019engager à apprendre le français et à respecter les valeurs du Québec.C\u2019est dans le cadre de cette annonce que le gouvernement a révélé que les 18 000 dossiers seraient annulés.« Nous les inviterons à faire leur demande au Québec, parce que nous avons besoin que leur profil corresponde aux besoins en matière de travail », avait-il expliqué en anglais.«Quand quelqu\u2019un travaille dans un pays, dans un certain emploi, et qu\u2019il arrive ici et qu\u2019il ne peut s\u2019intégrer à l\u2019emploi, ce n\u2019est pas respectueux.Et il y a beaucoup de cas comme ça au Québec.» Pourtant, quelques jours plus tôt, selon Le Devoir, le premier ministre François Legault s\u2019était engagé à traiter les demandes.« C\u2019est de l\u2019amateurisme, a déploré Mme Anglade.Je rappelle que c\u2019était le gouvernement qui disait vouloir prendre moins [d\u2019immigrants] pour en prendre soin.Eh bien là, je pense qu\u2019il ne prend soin de personne.» Le nouveau système d\u2019immigration, basé sur la déclaration d\u2019intérêt, avait été instauré en 2018 par l\u2019ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard.Selon le ministre Jolin-Barrette, en annulant les 18 000 demandes en souffrance, le gouvernement pourra mieux utiliser le nouveau système.La députée Dominique Anglade réfute toutefois cet argument.Selon elle, rien n\u2019empêche le gouvernement de traiter ces demandes transmises selon IMMIGRATION Les libéraux exhortent Québec à reculer Le gouvernement n\u2019a pas à « faire table rase » et à annuler 18 000 dossiers, croit Dominique Anglade Des œuvres qui voyagent BERLINALE SUITE DE LA PAGE A 1 lance sa ligne en Allemagne avec des espoirs de diffusion internationale.Reste qu\u2019à travers des modes et des tons différents, leurs films choraux dégagent des similitudes sur leitmotive à la fois québécois et universels.Dans de petites communautés tricotées serrées, l\u2019envie de fuir le berceau rural se heurte à celle de rester au bercail, la soif d\u2019appartenance au groupe s\u2019oppose aux élans d\u2019ouverture.La peur de l\u2019autre rôde.« Toujours la question identitaire, bien sûr, dit Denis Côté.On fait voyager le Québec avec fierté tout en sachant que nos films dégagent une image de déracinement\u2026 Mais l\u2019Occident entier fait face à ces enjeux aujourd\u2019hui.» l\u2019ancien système, en même temps que d\u2019utiliser le nouveau système basé sur la déclaration d\u2019intérêts.« Passez à travers les 18 000 dossiers, en parallèle assurons-nous d\u2019une meilleure intégration avec le nouveau système qui est déjà en place.Un n\u2019empêche pas l\u2019autre, ils sont très bien capables de le faire », a-t-elle conclu.L\u2019attaché de presse du ministre Jolin- Barrette, Marc-André Gosselin, a contre- attaqué en demandant aux libéraux les raisons pour lesquelles ils n\u2019avaient pu traiter ces dossiers dans un délai raisonnable.«Ce qui a manqué d\u2019humanité, c\u2019est l\u2019inaction libérale.À l\u2019échec libéral, nous répondons par l\u2019espoir du succès de tous», a-t-il commenté par courriel.Comparant l\u2019offensive du PLQ à une « campagne de peur », M.Gosselin a aussi dit que le projet de loi « ne modifie en rien » le statut actuel de ces personnes en attente, ajoutant que la mesure législative « vise à faciliter l\u2019intégration linguistique et professionnelle des immigrants ».« Les personnes sont invitées à renouveler leur permis de travail comme à l\u2019habitude », a-t-il écrit.On rencontre le cinéaste de Répertoire des villes disparues à son hôtel aux côtés de Laurence Olivier, auteure du beau livre du même nom en fragments poétiques, dont le film, en salles le 15 février chez nous, s\u2019est librement inspiré.«J\u2019en retrouve l\u2019esprit, les personnages partout», déclare l\u2019écrivaine.Sauf que ça se passait à l\u2019écrit sans fantômes et sans personnage de mairesse.Le cinéaste l\u2019a mis à sa main.Dans un petit village perturbé après l\u2019accident-suicide d\u2019un adolescent, des revenants apparaissent, au grand dam de la population.Le film, Denis Côté l\u2019a abordé comme une métaphore du chemin Roxham et autres voies de passage où l\u2019arrivée de quelques milliers d\u2019étrangers fait frémir la population locale.Ce grand urbain se dit fasciné par l\u2019aspect « On règle nos problèmes entre nous » des petites communautés : « Il y a toujours du Far West dans mon affaire.» Il avait envie de toucher au film de genre (abordé dans Vic + Flo et Curling).Les affamés, de Robin Aubert, était dans l\u2019air et l\u2019a séduit.Le cinéaste n\u2019avait guère envie pour autant de verser dans la production d\u2019horreur au premier degré, plutôt d\u2019adopter un mode de distanciation assez lyrique avec des touches d\u2019humour, une image pas toujours lé- chée, des bruitages, une ambiance.Entre films ambitieux et petites productions plus expérimentales (il vient de terminer Will Cox à compte d\u2019auteur), ses œuvres voyagent.Reste à voir comment son Répertoire des villes disparues sera reçu au festival.Ce film choral apparaît dans le droit fil des œuvres de Denis Côté; terres coupées du monde, mystères planants, traumatismes enfouis en tunnels de déroute.Ici, tout démarre sur un mode réaliste avec le drame du jeune accidenté qui chamboule le village, avant de pénétrer en douce le rayon fantastique.Le profil de la mairesse à poigne de fer, incarnée avec beaucoup d\u2019aplomb par Diane Lavallée et celui d\u2019une jeune marginale, porté avec une grâce énigmatique par Larissa Corriveau, posent les lignes de tension.Les enfants masqués surgissant ici et là confèrent au film une note d\u2019insolite beauté, mais la cohorte des revenants Pour la députée libérale de Saint-Henri\u2013Sainte-Anne, Dominique Anglade, la façon de faire de la CAQ relève de « l\u2019amateurisme ».JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Ce qui a manqué d\u2019humanité, c\u2019est l\u2019inaction libérale.À l\u2019échec libéral, nous répondons par l\u2019espoir du succès de tous.MARC-ANDRÉ GOSSELIN » adultes apparaît assez statique.Comme si, en traitant légèrement cet apport fantastique, Denis Côté ne se l\u2019était pas pleinement approprié, là où les touches oniriques de son film Curling trouvaient jadis leur pleine résonance.Le film qui balance entre les genres, avec des fulgurances, ne maintient pas toujours sa charge, mais fascine par l\u2019élégance de ses plans, ses questions sous-jacentes, sur le rapport à l\u2019immigration entre autres et la vie difficile en milieu rural, qui résonnent en nous.Bel accueil pour Une colonie L\u2019équipe d\u2019Une colonie est venue à Berlin en force (21 personnes, rien de moins), dont les jeunes acteurs principaux, Émilie Bierre, Irlande Côté et Jacob White- duck-Lavoie, tous trois en nomination aux Écrans canadiens, où le film est sept fois cité.« C\u2019est le cas de le dire : on est ici une vraie colonie », dit en riant la cinéaste Geneviève Dulude-De Celles.Sa fine et émouvante chronique d\u2019un passage à l\u2019âge adulte, en salles au Québec depuis le 1er février, primé dans plusieurs festivals canadiens, connaît sur nos écrans le succès critique et public.«Il y a des salles pleines, même au Guzzo de Laval», s\u2019émerveille la cinéaste.Ses petits interprètes découvrent Berlin, transformés par le film.«Une colonie m\u2019a appris à sortir du cercle », précise Émilie Bierre, qui avoue se méfier désormais du conformisme.Son personnage d\u2019adolescente sensible, au cœur du film, se lie d\u2019amitié avec un autochtone de la réserve voisine d\u2019Odanak, après avoir rejeté ce poète introverti qui l\u2019initiera à un monde de mystère.Le magnifique costume amérindien porté à une fête de fin d\u2019année scolaire par l\u2019acteur anichinabé, miroir de son monde intérieur, avait été, explique-t-il, fabriqué dans sa communauté et prêté pour le tournage.C\u2019est son premier rôle, mais il a la piqûre\u2026 Quant à Irlande Côté (9 ans), qui joue la délicieuse cadette de l\u2019héroïne, elle fait carrément le pont québécois entre les deux longs métrages québécois à Berlin.«Je joue une enfant masquée dans Répertoire des villes disparues», déclare-t- elle avec aplomb.On se sentirait chez soi à la Berlinale pour moins que ça\u2026 Odile Tremblay séjourne à Berlin grâce au soutien de la Berlinale et de Téléfilm Canada.On fait voyager le Québec avec fierté tout en sachant que nos films dégagent une image de déracinement\u2026 Mais l\u2019Occident entier fait face à ces enjeux aujourd\u2019hui.DENIS CÔTÉ » SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR Nouvellement passé dans le club des quinquagénaires, l\u2019auteur canadien Carl Honoré n\u2019est pas de ceux qui clament à tous les vents que « 50 est le nouveau 40.» Une posture qui peut sembler paradoxale de la part de celui qui vient de lancer un ouvrage qui fait l\u2019apologie de l\u2019expérience de l\u2019âge, dans un monde obsédé par la jeunesse.« À notre époque, nous disposons de tellement de moyens pour mieux vivre qu\u2019il est ridicule d\u2019avoir à mentir sur son âge.Bien entendu, l\u2019âge peut compter dans la balance.Mais pas comme un trait qui fige notre identité.Autrement, cela peut exercer un pouvoir terrible sur nous », exprime l\u2019auteur de Bolder, un ouvrage qui porte un regard optimiste sur notre monde de longévité.Le temps passe, personne n\u2019y échappe.Mais trois ans de recherche partout dans le monde enrichis par plusieurs rencontres avec des sexas, septuas et octos non grabataires, ont amené Carl Honoré à la conclusion qu\u2019il faut revoir notre perception du vieillissement et de la retraite.Selon lui, les grandes étapes de la vie \u2014 forger son éducation jusqu\u2019à 21 ans, fonder une famille, travailler et gagner de l\u2019argent pendant 40 ans et prendre sa retraite dans la soixantaine \u2014 sont devenues totalement obsolètes pour une société qui vivra généralement plus longtemps et en meilleure santé.Combattre les clichés « Je pense qu\u2019il va falloir se diriger vers une conception plus fluide de l\u2019âge, en intégrant l\u2019idée qu\u2019il est possible d\u2019apprendre de nouvelles choses à 0 comme à 90 ans.Parce que les études sur le cerveau démontrent que le vieil adage \u201con ne peut pas apprendre de nouveaux trucs à un vieux chien\u201d est totalement faux.Ça l\u2019est même pour les chiens ! », affirme celui qui, dans Bolder, cherche aussi à démanteler certains stéréotypes sur l\u2019âge qui ont la vie dure.Carl Honoré s\u2019est notamment intéressé à l\u2019apport des aînés dans le monde du travail en cette ère où productivité, innovation et créativité sont souvent associées à la jeunesse.« Les médias ont beaucoup amplifié la caricature de l\u2019employé de la Silicon Valley qui mange de la pizza en buvant une boisson énergétique, assis sous son bureau, avec un skateboard à côté de lui.Mais ce cliché associé au succès entrepreneurial ne tient pas la route.Il se trouve que, dans les faits, pour avoir du succès dans le monde des start-ups, être jeune ne confère aucun avantage particulier.Au contraire : ce sont généralement les personnes de 40-50 ans qui réussissent le mieux dans ce secteur.» Comabttre l\u2019âgisme « Je pense que l\u2019âgisme est le dernier \u201cisme\u201d auquel il faut s\u2019attaquer.C\u2019est à mon avis le plus difficile à cibler, parce qu\u2019il est très difficile à circonscrire, mais peut-être aussi le plus facile, parce qu\u2019il finit par toucher personnellement la majorité d\u2019entre nous ! », réfléchit au téléphone cet auteur établi au Royaume-Uni.Au gré de ses recherches et rencontres auprès de gens de 60, 70, 80 ans actifs dans le monde du travail, qui font du bénévolat, lancent leur entreprise, pratiquent des sports de compétition, ont une vie sexuelle active et satisfaisante, Carl Honoré a remarqué que, bien que l\u2019âgisme fasse encore partie du décor, notre monde tend à se diriger vers une annihilation du concept de générations.« Les barrières entre les générations tendent à s\u2019aplanir.Entre mon père et moi, il y a 30 ans de différence, mais on dirait des siècles : nous portons des vêtements très différents, n\u2019aimons pas les mêmes émissions de télé\u2026 » « En revanche, mon fils et moi (qui avons aussi 30 ans de différence) aimons les mêmes bands, allons voir les mêmes concerts, nous aimons tous les deux Breaking Bad.Les gens sont davantage définis de nos jours par ce qu\u2019ils sont, comme la nourriture qu\u2019ils cuisinent, les livres qu\u2019ils aiment, l\u2019art qu\u2019ils apprécient\u2026 que par leur âge », souligne Carl Honoré, qui note d\u2019ailleurs que les géants Amazon et Netflix ont cessé de faire des catégories Vieillir, la belle affaire Carl Honoré se fait le chantre des cheveux blancs et vante les mérites de l\u2019expérience AGENCE FRANCE-PRESSE À PARIS Les enfants exposés à un cocktail de polluants chimiques pendant la grossesse de leur mère et les premiers mois de leur vie ont plus de risque d\u2019avoir une fonction respiratoire réduite, montre une étude franco-espagnole.Certaines substances «pourraient être associées à une fonction respiratoire diminuée chez l\u2019enfant », ont expliqué dans un communiqué commun l\u2019IN- SERM, le CNRS et l\u2019Université Grenoble Alpes.Les chercheurs citent notamment les composés perfluorés (les PFC, qu\u2019on trouve notamment dans les poêles an- tiadhésives, certains emballages alimentaires et les revêtements antitaches), l\u2019éthylparabène (un conservateur utilisé dans de nombreux cosmétiques) et plusieurs molécules issues de la dégradation des phtalates.Il s\u2019agit d\u2019une des premières études sur le sujet à prendre en compte l\u2019exposition globale à toute une série de polluants (l\u2019« exposome »), et pas seulement substance par substance, soulignent les auteurs de l\u2019article, publié dans la revue médicale britannique The Lancet Planetary Health.L\u2019équipe de chercheurs a recueilli des données sur le mode de vie et les expositions à plusieurs dizaines de substances (particules fines dans l\u2019air, perturbateurs endocriniens, métaux, polluants organiques persistants, etc.) d\u2019environ 1000 femmes enceintes et leurs enfants dans six pays européens.Fonction respiratoire diminuée Dans le cadre de l\u2019étude, à laquelle a participé également l\u2019Institut de santé globale de Barcelone, les scientifiques ont ensuite mesuré la fonction pulmonaire des enfants à un âge compris entre 6 et 12 ans, grâce à un test mesurant le volume d\u2019air inspiré et expiré.Ils ont ainsi observé, par exemple, qu\u2019un taux deux fois plus élevé d\u2019acide perfluoro-octanoïque (PFOA en anglais, un composé perfluoré très persistant dans l\u2019environnement) dans le Les polluants chimiques affectent les bébés exposés dès la grossesse d\u2019âge, pour plutôt classer leurs contenus selon les « goûts.» Signe que les choses évoluent tranquillement : le magazine AdAge (qui se consacre à l\u2019industrie du marketing et de la publicité) a substitué à son palmarès « 10 personnes de moins de 30 ans à surveiller » un spécial « 7 personnes de plus de 70 ans à surveiller ».Les leçons de la lenteur Dans la trajectoire de l\u2019auteur Carl Honoré, Bolder arrive 15 ans après Éloge de la lenteur, ouvrage phare du mouvement « slow », et premier d\u2019une trilogie sur le sujet, dans lesquels Honoré décline la lenteur sur le thème de la productivité au travail, de la parentalité, de la santé et de l\u2019appréciation générale de la vie.Le thème du vieillissement s\u2019inscrit en continuité avec sa réflexion sur la lenteur.« C\u2019est vrai qu\u2019en vieillissant, on ralentit, et c\u2019est pour le mieux : on améliore nos habiletés sociales, notre capacité d\u2019écoute, notre faculté à \u201clire\u201d les gens, on est mieux dans notre peau.Tout comme j\u2019ai tenté de défaire le culte de la vitesse, Bolder tente de démanteler le culte de la jeunesse à tout prix.» Dans Bolder, Carl Honoré rencontre une gameuse de 81 ans, une tricoteuse de 71 ans qui conçoit des pièces de luxe pour une compagnie de Manhattan, un cycliste de course de 60 ans qui passe le plus clair de son temps à rouler en lycra\u2026 Parmi les secrets de la longévité et vitalité que note Carl Honoré : entretenir de bonnes relations sociales, ne pas fumer, rester en forme, bien manger\u2026 « Tout l\u2019aspect social et communautaire, c\u2019est vraiment quelque chose qu\u2019il faut réapprendre dans les pays occidentaux.En revanche, tous les stéréotypes négatifs qui associent l\u2019âge à la dépression sont à revoir.Parmi tous les groupes d\u2019âge, les plus de soixante ans sont ceux qui rapportent les plus hauts degrés de satisfaction quant à leur vie.» Du genre à considérer le verre à moitié plein, Carl Honoré mentionne que oui, le fait que 17 % des gens de plus de 80 ans soient atteints de démence, c\u2019est déjà trop.Cela veut aussi dire que 83 % d\u2019entre eux vivent longtemps avec peu ou pas de troubles cognitifs.« Avant d\u2019écrire ce livre, je paniquais chaque fois que j\u2019oubliais mes clés, parce que la culture ambiante fait constamment planer la menace de l\u2019Alzheimer.Mais là, je me suis calmé, en me rappelant que j\u2019égarais aussi mes clés à 20 ans ! » La version française de Bolder.Making the Most of our Longer Lives paraîtra en septembre 2019 aux Éditions Marabout.Connu pour son ouvrage Éloge de la lenteur, le journaliste canadien Carl Honoré s\u2019intéresse au thème du vieillissement dans un livre qui paraîtra à l\u2019automne en français.MADELEINE ALLDIS sang de la mère pendant la grossesse était corrélé quelques années plus tard avec une baisse de près de 2 % du volume d\u2019air expiré par seconde chez leurs enfants.Concernant les expositions après la naissance, neuf facteurs sont associés à une fonction respiratoire moins performante, dont le cuivre, l\u2019éthylpara- bène, cinq molécules issues de la dégradation des phtalates, mais aussi le surpeuplement du logement.Cette analyse statistique, qui ne démontre pas de lien de cause à effet, « doit être vue comme une première étape de sélection permettant de déterminer des expositions suspectes pour lesquelles des travaux plus précis sont nécessaires », estiment ses auteurs.« Déterminer les facteurs de risque d\u2019une fonction respiratoire diminuée dans l\u2019enfance est important, car le développement pulmonaire de l\u2019enfant est un facteur déterminant de sa santé globale, et pas seulement respiratoire, tout au long de la vie », souligne Valérie Siroux, chercheuse à l\u2019INSERM et cocoordinatrice de l\u2019étude.Pour avoir du succès dans le monde des start-ups, être jeune ne confère aucun avantage particulier.Au contraire : ce sont généralement les personnes de 40- 50 ans qui réussissent le mieux dans ce secteur.CARL HONORÉ » Une étude franco- espagnole est la première à examiner l\u2019exposition globale des bébés, avant et après leur naissance, à toute une série de polluants THOMAS SAMSON AGENCE FRANCE-PRESSE Le développement pulmonaire de l\u2019enfant est un facteur déterminant de sa santé globale VALÉRIE SIROUX » LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin JUSTICE Ma dignité vaut plus que la tienne Une réponse réglementaire musclée pour sauver les insectes Alors que les scientifiques sonnent l\u2019alarme concernant le déclin mondial des populations d\u2019insectes, on est en droit de s\u2019inquiéter du retard de l\u2019Agence de réglementation de la lutte antiparasi- taire (ARLA) du Canada à mettre fin à l\u2019utilisation généralisée des insecticides néonicotinoïdes, et cela, plus de deux ans après qu\u2019une évaluation réalisée par les scientifiques fédéraux a mis au jour des risques inacceptables pour les insectes.Comme le rapporte Pauline Gravel dans l\u2019article « L\u2019avenir des papillons, coccinelles et libellules est menacé » paru le 8 février, le déclin des espèces d\u2019insectes terrestres et aquatiques est attribué à plusieurs facteurs, dont l\u2019usage récurrent de pesticides.L\u2019ARLA propose l\u2019élimination progressive des principales applications des trois grands néonicoti- noïdes (l\u2019imidaclopride, la clothia- nidine et le thiaméthoxame) mais Djamel Ighil Algérien de naissance, je fais partie de cette génération dont l\u2019enfance a été marquée à tout jamais par la guerre civile dont ce pays fut le théâtre durant les années quatre-vingt- dix et qui a coûté la vie à autant de citoyens qu\u2019en Syrie.Je prétends donc connaître quelque chose de ces tumultes haineux qui déchirent un peuple au nom de la foi, ou du moins de ceux qui s\u2019en réclament.J\u2019ai ressenti quelquefois dans ma vie, au plus profond de moi-même, quelque chose de la terreur et de la colère qu\u2019éprouvent les familles et les proches de ceux qui ont péri lors du drame de Québec.Heureusement, nous sommes dans un autre pays et à une autre époque.Nous sommes au Québec \u2014 terre d\u2019accueil si l\u2019en est \u2014 où l\u2019on peut refaire sa vie sans avoir à voir à redouter les atavismes les plus violents.J\u2019ose croire que le drame qui s\u2019est joué à la grande mosquée de Québec au soir du 29 janvier 2017 n\u2019est qu\u2019un funeste accident de l\u2019histoire.Je ne suis ni juriste ni juge et je ne saurais dire droit si on m\u2019en confiait la lourde charge.Mais comme tant d\u2019autres, je ne crois pas que briser la LIBRE OPINION LETTRES e n\u2019est pas un hasard si le juge François Huot a décidé de placer tout au début de son jugement sur la peine du meurtrier Alexandre Bissonnette un extrait des Lettres persanes, de Montesquieu : « La justice élève sa voix mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des passions.» Un préambule sage, mais douloureux à entendre pour les victimes : le processus judiciaire et la détermination de la peine ne peuvent se résumer au seul déchirement des victimes.Le meurtrier de la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, est condamné à la prison à perpétuité et ne pourra espérer une libération conditionnelle avant ses 67 ans.Cette peine est lourde.Dans son jugement, le juge Huot ne lésine pas sur les mots pour décrire l\u2019horreur de la funeste soirée du 29 janvier 2017, où six personnes perdirent la vie, cinq autres furent blessées gravement, et trente-cinq personnes furent l\u2019objet de tentatives de meurtre, dont quatre enfants.Cette date, dit-il, sera à jamais inscrite dans notre mémoire en «lettres de sang».La tâche moralement ingrate du magistrat consistait à rendre une sentence qui reconnaisse l\u2019horreur du crime, son caractère calculé, froid et raciste ; qui prenne en considération les souffrances incommensurables des victimes ; qui protège la sécurité du public et envoie un message de dissuasion générale.Mais elle devait aussi tenir compte, dans un esprit de proportionnalité dénué de tout ressentiment, de certains facteurs atténuants : aucun antécédent judiciaire chez l\u2019accusé, une vulnérabilité mentale, la reconnaissance de sa culpabilité.Le tout inscrit sur le sacro-saint principe de la réhabilitation, central dans le système de droit canadien.Pour les survivants dont la vie restera à jamais écorchée par les gestes de Bissonnette, il est intenable d\u2019entendre parler du respect de sa dignité à lui, qui leur a tout enlevé.Mais c\u2019est bien pourtant de cela qu\u2019il est question, et les bases de notre système de droit commandent que la justice criminelle puisse s\u2019écrire sans que la souffrance des victimes l\u2019emporte sur le processus judiciaire.Dans le tumulte des passions, il est difficile de lire la justice, mais ses préceptes doivent primer la clameur populaire.La poursuite est déçue, car elle espérait la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 150 ans, ce que le gouvernement Harper a rendu possible en 2011 en ajoutant au Code criminel la possibilité des peines cumulatives.Le juge Huot a estimé cette demande « déraisonnable » \u2014 elle est absurde en fait, car elle dépasse l\u2019espérance de vie \u2014 et contraire aux dispositions de la Charte des droits et libertés.Le juge n\u2019a pas retenu la mesure traditionnelle (prison à vie et possibilité de libération après 25 ans), la jugeant insuffisante au regard de la portée du crime.Le Code criminel lui imposait de hausser la mise par blocs de 25 ans \u2014 50, 75, 100, 125 ou 150 \u2014, ce qui aurait mené à une peine « cruelle et inusitée » en vertu de la Charte des droits.Il donne donc partiellement raison à la défense, qui contestait la validité constitutionnelle de l\u2019article 745.51 (peines consécutives), mais plutôt que de l\u2019invalider, il l\u2019a\u2026 réécrit, causant tout un émoi.Il s\u2019est octroyé la marge de manœuvre nécessaire pour choisir la peine la plus proportionnelle à ses yeux : 40 ans de prison ferme avant tout passage à la Commission des libérations conditionnelles, ce qui n\u2019est pas un laissez-passer pour la liberté.« Les juges ne font pas que dire le droit, ils l\u2019élaborent également », écrit le juge Huot.Dans les cercles juridiques, on s\u2019agite.Cette démarche inusitée force l\u2019étonnement, l\u2019admiration, l\u2019indignation.Tiendra-t-elle ?Le risque d\u2019appel est très élevé.On ne peut manquer d\u2019y voir une fronde à saveur politique, car le magistrat n\u2019est pas tendre à l\u2019endroit de l\u2019appareil qui a « choisi de faire preuve d\u2019aveuglement volontaire et de poursuivre son agenda ».Si le législateur avait pris les devants et réformé les peines minimales au lieu de laisser les juges réinventer la justice criminelle, on n\u2019en serait peut-être pas là.À assister, impuissants, à une nouvelle ère du droit où la jurisprudence s\u2019écrira au gré des circonstances, entraînant son lot de disparités et d\u2019incohérences.a Coalition avenir Québec comptait récupérer un milliard de dollars par an à même la rémunération des médecins spécialistes, qui avait dépassé celle de leurs pairs ontariens.Or selon le dernier rapport de l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS), cet écart s\u2019est considérablement rétréci.Une bonne partie du milliard virtuel s\u2019est ainsi envolée.Il est heureux que la CAQ n\u2019ait pas inclus cette somme dans son cadre financier.Mais c\u2019est le principe même de cette parité que le gouvernement Legault doit remettre en cause.Chargé des négociations avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, attend, d\u2019ici le 1er septembre, les résultats d\u2019une étude approfondie, commandée à l\u2019ICIS, qui tiendra compte de l\u2019ensemble des éléments de l\u2019équation : le coût de la vie plus faible ici ainsi que les différences touchant la productivité et la pratique.Pour la FMSQ, il s\u2019agit d\u2019une bonne nouvelle : sa présidente, Diane Francœur, a répété que ses membres ne sont pas trop payés et que le gouvernement Legault « manquera d\u2019arguments ».Pour les contribuables, et pour le réseau de la santé dans son ensemble et ses usagers, il en va tout autrement.C\u2019est d\u2019autant plus vrai que l\u2019entente avec les médecins prévoit que les résultats de cette étude ne peuvent conduire à une baisse de leur rémunération, seulement à une hausse, ce qu\u2019a vilement accepté le gouvernement Couillard.Cet accaparement éhonté de fonds publics au profit d\u2019un puissant lobby ne fait qu\u2019accentuer l\u2019iniquité que subissent les autres professionnels du réseau.Tandis que notre caste médicale touche le pactole, les infirmières continuent d\u2019être moins bien payées que leurs consœurs de l\u2019Ontario.Il faut sortir de cette logique viciée de la parité financière entre les médecins québécois et ontariens.Même s\u2019il sera difficile de remettre le dentifrice dans le tube pressé par le gouvernement libéral, l\u2019État québécois doit revoir cette rémunération aussi injuste qu\u2019excessive.Les Québécois se sont dotés d\u2019une société plus égalitaire qu\u2019ailleurs en Amérique du Nord et les médecins en font partie.Le gouvernement Legault a promis qu\u2019il ne céderait pas aux lobbies : la prochaine négociation avec les médecins spécialistes est une belle occasion de prouver qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un slogan populiste.C RÉMUNÉRATION DES MÉDECINS Logique viciée L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu L\u2019affaire Bissonnette : pour que la haine ne change pas de camp vie de tant de personnes mérite autre chose qu\u2019un lourd châtiment.Une sentence qui fait exemple sans enlever au bourreau ce que nous pouvons encore partager avec lui : son humanité.Il ne me semble pas que le juge ait ordonné autre chose en privant Alexandre Bissonnette de tout espoir de libération avant 40 ans\u2026 toute une vie et bien au-delà.Toutefois, force est de constater que ce jugement semble être encore plus controversé que l\u2019acte abject, unanimement condamné partout à travers le monde.Les familles des victimes ont immédiatement déploré la clémence de la sentence.Clémence avez-vous dit, quand le meurtrier n\u2019aura à prétendre à une libération qu\u2019au seuil de sa retraite ?Nous avons eu droit à l\u2019imagerie habituelle des familles des victimes indignées qui crient leur colère ô combien légitime.Or chacun sait que l\u2019émotion est rarement bonne conseillère, surtout quand les circonstances sont aussi terribles.Je ne suis pas pratiquant et je crois bien plus en la justice des hommes qu\u2019en une hypothétique justice divine.J\u2019ai toutefois grandi dans une culture musulmane et, comme tous mes petits camarades, j\u2019ai été initié aux valeurs essentielles de l\u2019islam dès le plus jeune âge, à l\u2019école primaire.J\u2019aimerais donc rappeler deux préceptes fondateurs de cette religion, le pardon et le repentir.Le repentir dépend de l\u2019autre, mais le pardon dépend de nous.S\u2019il est important de croire en la miséricorde et au pardon de Dieu, n\u2019est-il pas nécessaire de baser les relations humaines sur le pardon ?L\u2019islam n\u2019enseigne-t-il pas que nous ne pouvons attendre le pardon divin à moins de pardonner aussi à ceux qui nous font du tort ?Pardonner à ses ennemis est l\u2019un des enseignements clés de l\u2019islam.Le Coran décrit les croyants comme étant : « Ceux qui évitent les péchés majeurs et que lorsqu\u2019ils sont en colère, ils pardonnent.» (42 : 37).N\u2019est-il pas dit : « Le tribut du mal, c\u2019est son mal, mais quiconque pardonne et se rachète, sa récompense est auprès d\u2019Allah.» (42 : 40).Le prophète ne dit-il pas que Dieu lui a commandé neuf choses, dont le pardon ?La sentence rendue par le juge François Huot n\u2019est pas inintelligible pour de bons croyants, car la vengeance n\u2019est pas musulmane.Ne laissons surtout pas la haine changer de camp.Rien ne nous y oblige.tarde à confirmer des décisions finales.Dans le cas de l\u2019imidaclo- pride, l\u2019ARLA a publié le projet de décision en novembre 2016.Une décision finale était attendue en décembre 2018, mais n\u2019a pas encore été annoncée.En outre, le calendrier d\u2019élimination progressive proposé par l\u2019ARLA permettrait l\u2019usage de ces pesticides pour encore trois à cinq après la décision finale.Le déclin mondial des insectes a de graves conséquences pour la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, et nécessite une réponse réglementaire rapide et musclée pour limiter les dégâts.En Europe, une nouvelle réglementation interdisant les trois principaux néonicotinoïdes est entrée en vigueur en décembre dernier.La France avait déjà adopté une loi interdisant ces produits.Au Québec, les nouvelles restrictions sur l\u2019utilisation des néonicotinoïdes qui découlent de la réglementation provinciale représentent un pas dans la bonne direction, mais ne vont pas assez loin.Des décisions urgentes devront être prises dans le dossier des pesticides, et cela, loin de toute pression indue de l\u2019industrie, en écoutant \u2014 d\u2019abord et avant tout \u2014 la science.Diego Creimer, Fondation David Suzuki Le 8 février 2019 Déception en chaîne Je suis déçue que la communauté musulmane de Québec soit déçue de la peine de 40 ans de prison imposée à Alexandre Bissonnette.En voilà une belle occasion pour M.Legault d\u2019expliquer à la communauté musulmane, et à tous les Québécois et Québécoises, « nos valeurs », par exemple, pourquoi la peine de mort a été abolie au Canada.Et 150 ans de prison, cela équivaut à une peine de mort.Ce serait un bon exercice pour nous tous d\u2019entendre parler de la dignité de chaque personne, de l\u2019espoir de réinsertion, de la justice réparatrice.On emprisonne quelqu\u2019un parce qu\u2019il est un danger pour la société ou pour lui- même.Une peine de prison ne doit pas être vue comme une punition, mais comme un temps de réflexion en vue d\u2019une réinsertion.Et dans quarante ans, qui sait si les enfants des victimes de la tuerie de la mosquée de Québec n\u2019auront pas eux- mêmes fait une démarche de justice réparatrice et retrouvé la paix face au meurtrier de leur père.Maryse Azzaria Sainte-Julienne, le 8 février 2019 ROBERT DUTRISAC MARIE-ANDRÉE CHOUINARD A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Denis Saint-Martin Professeur titulaire au Département de science politique de l\u2019Université de Montréal Le Globe and Mail révélait la semaine dernière que le bureau du premier ministre (BPM) Trudeau aurait fait pression sur la ministre de la Justice pour que son ministère négocie un accord qui suspend les accusations de corruption contre la multinationale du génie-conseil.Que cette nouvelle suscite la surprise et l\u2019indignation à Toronto et Ottawa est quelque peu étonnant.C\u2019est plutôt l\u2019absence de pression par le BPM dans ce dossier qui l\u2019aurait été, car dans toutes les démocraties capitalistes du monde, c\u2019est ainsi que se règlent les poursuites de corruption quand il s\u2019agit de «champions nationaux».Partout, les entreprises «too big to jail» (TBTJ) comme SNC-Lavalin évitent les tribunaux en raison de leur poids économique et politique.Les cas les plus récents incluent Rolls-Royce au Royaume-Uni, Petrobras au Brésil et Keppel Corporation à Singapour.Ces compagnies négocient des ententes de «réhabilitation» qui donnent aux firmes accusées de corruption la possibilité de faire annuler les poursuites à leur encontre si leurs dirigeants reconnaissent les faits, paient une amende et mettent en place des procédures pour renforcer l\u2019éthique.Ces ententes ont vu le jour aux États-Unis pour protéger les firmes accusées de corruption du sort réservé à Arthur Andersen, la multinationale de l\u2019audit démantelée en 2002 pour son rôle dans l\u2019affaire Enron.Le ministère de la Justice américain a depuis conclu des centaines d\u2019accords de ce type et engrangé des dizaines de milliards payés en amendes par les compagnies qu\u2019il accuse de corruption.Dans ce lot, les entreprises étrangères sont toujours plus nombreuses et paient systématiquement des amendes plus salées que les compagnies américaines.The Economist (19/01) dénonçait récemment ce « traitement spécial » dans un article qui décrit les États-Unis comme jouant à la fois le rôle de « policier, de juge et de jury » dans la lutte mondiale contre la corruption.En France, un comité de l\u2019Assemblée nationale constatait en 2016 la « surreprésentation évidente des entreprises européennes dans les dossiers relatifs à l\u2019application des lois américaines sur la corruption internationale » et notait que celles-ci avaient « versé les deux tiers des plus grosses amendes ».Problème d\u2019engagement crédible En matière de lutte contre la corruption d\u2019entreprise, la justice d\u2019un pays n\u2019est jamais aveugle devant ses champions nationaux.Cette réalité est peut-être brutale mais fait partie des contraintes politiques qu\u2019impose le capitalisme global à la démocratie.La lutte contre la corruption d\u2019entreprise à l\u2019échelle mondiale crée un véritable problème d\u2019action collective et d\u2019engagement crédible.Comme l\u2019écrivait (la défunte) Elinor Ostrom, Prix Nobel d\u2019économie en 2009, « no one wants to be a sucker».Aucun gouvernement sur la planète ne veut punir ses entreprises fautives plus sévèrement sans savoir si les autres feront de même, et courir ainsi le risque de subir des pertes qui profitent à ses concurrents.Chacun préfère plutôt se réserver la discrétion de punir ses firmes visées par la corruption comme il le juge approprié, en fonction de ses propres intérêts économiques nationaux.Il n\u2019y a rien d\u2019illégitime à ce que le BPM fasse un suivi du dossier de SNC-Lavalin auprès du ministère de la Justice.Mais entre faire pression et dicter la décision finale aux procureurs du gouvernement, il y a évidemment une marge à ne pas franchir.La décision d\u2019aller de l\u2019avant avec les poursuites contre SNC-Lavalin ne doit reposer que sur le droit et l\u2019évaluation des chances de prouver le crime de corruption « hors de tout doute raisonnable ».La sanction par les tribunaux demeure un puissant moyen pour combattre la corruption.En même temps, le nouveau régime d\u2019accord de poursuite suspendue adopté en 2018 donne à l\u2019exécutif le pouvoir de négocier une entente avec SNC-Lavalin au nom de «l\u2019intérêt public».Si la Cour fédérale cassait la décision des procureurs, comme le lui demande la firme montréalaise, et qu\u2019un accord devenait possible, celui-ci devrait être transparent et faire l\u2019objet d\u2019un exercice de pédagogie auprès de l\u2019opinion publique.Les tractations en secret et les campagnes de lobbying au sommet de l\u2019État ne font qu\u2019alimenter la méfiance et l\u2019impression d\u2019un traitement injustifié.La lutte contre la corruption et les intérêts économiques sont difficiles à concilier dans les démocraties capitalistes comme la nôtre.Ce difficile arbitrage de valeurs doit se faire avec le soutien du public.Ceux et celles qui souhaitent un règlement pour SNC- Lavalin doivent s\u2019assurer de son acceptabilité sociale, sinon leurs efforts risquent d\u2019être vains.POLITIQUE FÉDÉRALE Julien Prud\u2019homme Professeur au Département des sciences humaines de l\u2019UQTR et membre du Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ) Le débat sur les élèves en difficulté scolaire a de quoi étourdir.Des pédiatres estiment qu\u2019on diagnostique trop nos enfants.Le ministre de l\u2019Éducation et les syndicats enseignants jurent au contraire qu\u2019on dépiste trop peu et, surtout, qu\u2019on ne tient pas assez compte des diagnostics qu\u2019on a.Selon eux, une calamité de notre époque serait l\u2019«intégration sauvage » d\u2019élèves en difficulté dans les classes ordinaires, où ils nuisent.Il faudrait donc vite renvoyer ces enfants aux « classes spéciales » auxquelles, apparemment, ils appartiennent et que le ministre veut multiplier.Mais ne devrait-on pas vérifier d\u2019abord la réalité de cette « intégration sauvage » ?Cela changerait-il nos idées sur ce qu\u2019il convient de faire, autant dans les classes «ordinaires» que «spéciales»?On le sait : le nombre d\u2019élèves étiquetés comme « handicapé ou en difficulté d\u2019apprentissage ou d\u2019adaptation » (HDAA) a explosé ces dernières années.De 2001 à 2016, il est passé de 120 500 à 207 000 élèves, soit de 10,8 % à 20,4 % de l\u2019effectif scolaire total au primaire-secondaire.Cette explosion est attribuable à l\u2019évolution des pratiques d\u2019étiquetage : à tort ou à raison, on étiquette aujourd\u2019hui plusieurs enfants qui ne l\u2019auraient pas été avant.Le problème, c\u2019est que cette évolution des habitudes d\u2019étiquetage a été si brusque, si peu réfléchie, qu\u2019on ne sait plus ce que les chiffres signifient.Prenez l\u2019«intégration sauvage».Un élève «intégré» est un enfant considéré comme HDAA et qui fréquente une classe ordinaire.Si je vous dis que la part des élèves HDAA fréquentant une classe ordinaire est passée de 57% en 2001 à 74% en 2016, vous estimerez, comme le ministre, qu\u2019il y a bel et bien «intégration sauvage»: on a l\u2019impression que les classes spéciales se vident dans les classes ordinaires.Mais si j\u2019abandonne le terrain glissant des pourcentages?Si je vous informe qu\u2019en nombres absolus, la quantité d\u2019élèves en classe spéciale n\u2019a aucunement diminué durant cette période?Qu\u2019en fait, le nombre d\u2019élèves fréquentant une classe spéciale, une école spéciale ou un autre lieu ségrégé a même augmenté, passant de 52 400 à 53 800 enfants, et de 4,7 à 5,3% de l\u2019effectif scolaire total?En clair, les classes spéciales sont loin de se vider: elles ont même légèrement engraissé ces temps derniers.Nouvelles étiquettes Mais alors, pourquoi trouve-t-on plus d\u2019élèves HDAA en classe ordinaire ?Parce qu\u2019on étiquette maintenant des profils d\u2019élèves qui ne l\u2019étaient pas auparavant\u2026 et dont plusieurs ont toujours fréquenté la classe ordinaire.Bref, la nouveauté, ce n\u2019est pas « l\u2019intégration sauvage » : c\u2019est que des milliers d\u2019enfants, qui n\u2019auraient jamais quitté la classe ordinaire, y sont désormais dénombrés et perçus comme des « intégrés », tout juste tolérés.Quelles leçons en tirer?J\u2019en vois trois.L\u2019une est qu\u2019il faut écouter les enseignantes qui voient leur classe ordinaire « s\u2019alourdir » avec le temps, s\u2019emplir d\u2019élèves en difficulté.Mais il faut chercher la vraie racine du mal: la classe ordinaire ne s\u2019alourdit pas parce qu\u2019on y déverse le contenu des classes spéciales, mais parce qu\u2019on la vide de ses élèves forts, happés par le privé ou le sport- étude sélectif.Une école publique forte et équitable rehausserait plus la classe ordinaire que n\u2019importe quel ajout de classes spéciales.La seconde leçon est que la majorité des élèves HDAA actuellement au « régulier » n\u2019ont jamais appartenu aux classes spéciales.Les exclure aujourd\u2019hui par myopie ou manque d\u2019imagination serait odieux, à une époque où fleurissent des solutions inclusives à propos desquelles le Québec reste singulièrement en retard.La troisième leçon concerne les classes spéciales, qui resteront nécessaires.Il faudrait bien les traiter autrement que comme une soupape qui ne sert qu\u2019à soulager le régulier.Elles accueillent 50 000 élèves dont nous souhaitons améliorer le sort.Plutôt que de craindre ces enfants, comme des barbares qui assiégeraient la classe ordinaire, pourquoi ne pas leur fournir des services semblables à ceux qui améliorent déjà la persévérance des élèves du régulier \u2014 comme un accès accru au sport ou à l\u2019art ?Il existe des initiatives locales qu\u2019on pourrait soutenir.Si le ministre veut miser sur les classes spéciales, il serait judicieux qu\u2019il le fasse dans un tel esprit d\u2019équité.De part et d\u2019autre de la classe spéciale On étiquette des profils d\u2019élèves en difficulté qui ne l\u2019étaient pas auparavant De deux maux, le moindre A insi, si on en croit les récents sondages et si un faux pas ne vient pas tout faire dérailler, les « voies ensoleillées » pourraient mener Justin Trudeau et ses libéraux vers une réélection en octobre, essentiellement grâce à un solide appui des Québécois et à une récolte de sièges sur notre territoire qui pourrait être comparable à celle des néo-démo- crates, lors de la vague orange de 2011.Pourtant, la Trudeaumanie, si tant est qu\u2019elle ait vraiment existé après octobre 2015, s\u2019est essoufflée.La promesse de diriger un gouvernement vert a pris la forme du rachat d\u2019un pipeline.Celle d\u2019une réforme du scrutin a carrément été mise à la déchiqueteuse.Le déficit « modeste » frôle les 20 milliards de dollars.Le « Canada de retour » sur la scène internationale ?Vraiment ?Les observateurs parient déjà sur une défaite du gouvernement dans sa quête pour obtenir un siège au conseil de sécurité des Nations unies, en 2020, notamment parce que, comme Stephen Harper, Justin Trudeau n\u2019a pas articulé de réelle politique par rapport à l\u2019Afrique.Le gouvernement conservateur avait dû retirer en 2010 la candidature du Canada à cette même instance, faute d\u2019appuis suffisants.Il restait bien l\u2019image d\u2019un jeune premier ministre dynamique et séduisant, accueilli en rock star à l\u2019étranger par des hordes d\u2019admirateurs en quête d\u2019égoportraits.Cet atout, s\u2019il en est un, s\u2019est transformé en cirque lors d\u2019une mission en Inde.Quelques groupies lui restent fidèles, tel le célèbre columnist du New York Times, Nicholas Kristof, qui chantait encore ses louanges tout récemment, mais ils sont de moins en moins nombreux.À bien y regarder, il n\u2019y a que la légalisation du cannabis qui, de toutes les promesses phares, s\u2019est concrétisée.De là à dire que les 39 % de gens qui expriment leur intention de voter pour le PLC sont sous l\u2019influence du pot, il y a un grand pas à ne pas franchir ! Non, si l\u2019appui aux libéraux se maintient, c\u2019est qu\u2019une course à deux se dessine à l\u2019échelle du Canada.À 8 % au Québec, le NPD représente un vote « perdu ».Le parti court à sa perte et n\u2019est nullement compétitif.Il reste donc les conservateurs qui, tout en étant solides dans l\u2019Ouest, n\u2019arrivent tout simplement pas, depuis Brian Mulroney en 1988, à séduire les Québécois, en ne récoltant à chaque scrutin depuis qu\u2019entre 0 et 12 sièges.S\u2019ajoute la prime aux chefs issus du Québec, sans parler de la crainte de voir émerger une forme d\u2019axe de droite, à tendance climatosceptique, constitué de Jason Kenney en Alberta, de Doug Ford en Ontario et d\u2019Andrew Scheer à Ottawa.La couverture du Maclean\u2019s daté du 1er décembre dernier illustrant les figures de la « résistance » à la taxe sur le carbone avait de quoi effrayer plus que toute la série du Parc jurassique.Bref, bien des Québécois voudront bloquer le retour du PC et, de deux maux, du PLC ou du PC, choisir le moindre.Dans ces circonstances, quel rôle reste-t-il pour le Bloc québécois qui semble reprendre de la vigueur ?Les électeurs retrouvent un parti, avec Yves-François Blanchet à sa tête, qui, oui, promeut l\u2019indépendance, mais qui défend aussi les intérêts du Québec.Ce qui inclut désormais les revendications du gouvernement Legault auxquelles le gouvernement fédéral (libéral ou non) aura tendance, après avoir traîné les pieds, à dire tout simplement non, comme il vient de le faire deux fois plutôt qu\u2019une.Or si François Legault n\u2019arrive pas à arracher le moindre gain à Ottawa, comment réagira-t-il ?Fortement sans doute.Dans cette hypothèse, l\u2019appui d\u2019un certain nombre d\u2019indépendantistes supplémentaires à la Chambre des communes dès l\u2019automne pourrait faire une différence dans ses bras de fer à venir avec le gouvernement fédéral.Ainsi, soutenu par une bonne majorité de Québécois, le gouvernement caquiste tentera de tenir, d\u2019ici juin, certaines de ses promesses en matière de laïcité et de réforme de l\u2019immigration.Mais, déjà, il trouve Justin Trudeau sur son chemin.De façon paradoxale et en toute incohérence, il se pourrait tout de même qu\u2019un grand nombre de Québécois, comme ils votaient Trudeau père et Lé- vesque en même temps à une autre époque, finissent par appuyer le multiculturalisme postnational de « Justin » et sa fermeture face aux demandes du Québec, après avoir donné à la CAQ un mandat nationaliste fort un an plus tôt.Ne dit-on pas que l\u2019histoire se répète ?Veuillez noter que la chronique de Louise Beaudoin paraîtra le deuxième lundi de chaque mois.LOUISE BEAUDOIN Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.La Trudeaumanie, si tant est qu\u2019elle ait vraiment existé après octobre 2015, s\u2019est essoufflée.La promesse de diriger un gouvernement vert a pris la forme du rachat d\u2019un pipeline.Celle d\u2019une réforme du scrutin a carrément été mise à la déchiqueteuse.Le déficit « modeste » frôle les 20 milliards de dollars.L\u2019évolution des habitudes d\u2019étiquetage a été si brusque, si peu réfléchie, qu\u2019on ne sait plus ce que les chiffres signifient SNC-Lavalin et la justice en matière de corruption Partout, des entreprises « too big to jail » (TBTJ) comme SNC-Lavalin évitent les tribunaux en raison de leur poids économique et politique, remarque l\u2019auteur.PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LE LUNDI 11 FÉVRIER 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.L\u2019église méthodiste Philipsburg United, érigée en 1819.Plusieurs esclaves ont trouvé la liberté en traversant l\u2019État du Vermont vers le village de Philipsburg, aujourd\u2019hui Saint-Armand, dans les Cantons-de-l\u2019Est, tout près de la frontière américaine.À l\u2019époque, on désignait aussi ce village comme étant « le paradis ».MRC BROME-MISSISQUOI Scheer demande à Trudeau de lever le secret professionnel OTTAWA \u2014 Le chef conservateur, Andrew Scheer, écrit au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de renoncer au secret professionnel afin que l\u2019ancienne procureure générale Jody Wilson-Raybould puisse parler publiquement de ce qui est arrivé avec SNC-Lavalin.M.Scheer souhaite également que toutes les communications avec le premier ministre ou les membres de son personnel concernant les poursuites au criminel engagées contre SNC-La- valin soient ouvertes à l\u2019examen du public.La demande fait suite à un article du Globe and Mail selon lequel des membres du bureau de M.Trudeau ont exercé des pressions sur Mme Wilson-Raybould pour que les procureurs fédéraux négocient un accord de poursuite suspendue avec la firme afin de lui éviter un procès \u2014 une requête à laquelle elle aurait refusé d\u2019accéder.Le géant mont- réalais de l\u2019ingénierie et de la construction a eu des ennuis en justice en raison d\u2019allégations selon lesquelles il aurait versé des millions de dollars en pots- de-vin pour obtenir des contrats auprès du gouvernement en Libye, ce qui serait un crime aux termes du droit canadien.La Presse canadienne Étiquetage alimentaire : de la clarté est réclamée pour faciliter les choix La Coalition québécoise sur la problématique du poids enjoint aux libéraux fédéraux de respecter l\u2019un de leurs engagements phares en matière d\u2019emballage aussitôt que possible, soit celui d\u2019améliorer « l\u2019étiquetage des aliments pour donner plus de renseignements, [notamment] sur les sucres ».L\u2019organisation estime qu\u2019il serait grand temps de voir apparaître sur le devant des emballages des divers articles alimentaires se retrouvant dans les épiceries de nouveaux logos qui permettraient aux consommateurs de savoir en une fraction de seconde si les différents produits sont riches en sucre, en sel ou en gras.« La Coalition [québécoise sur la problématique du poids] veut voir apparaître ces logos avant le déclenchement officiel des prochaines élections fédérales », conclut sa directrice, Corinne Voyer.La Presse canadienne EN BREF Février est le mois de l\u2019histoire des Noirs au Canada.Le Devoir revient sur différents aspects de la présence de cette communauté au Québec.Deuxième d\u2019une série de trois textes.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR D a ns la course éperdue des esclaves américains en fuite vers le Canada, au XIXe siècle, il ne fallait surtout pas laisser de traces derrière soi.Et les traces écrites du fameux « chemin de fer clandestin », comme on appelait le réseau de sympathisants abolitionnistes qui aidaient les fugitifs dans leur projet, sont rares.Plusieurs de ces esclaves ont trouvé la liberté en traversant l\u2019État du Vermont vers le village de Philipsburg, au- jourd\u2019hui Saint-Armand, dans les Can- tons-de-l\u2019Est, tout près de la frontière américaine.Dans cette région, les récits familiaux de ces fuites ont traversé les générations.Margaret Theoret vit à Alburgh, aux États-Unis, à une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Ar- mand.L\u2019été, elle tient un petit musée de la guerre civile dans son commerce.Toute petite, elle a appris que son arrière-grand-père, Joseph Saint-Lau- rent, originaire de Saint-Ours, surnommé Peg Leg Joe parce qu\u2019il avait une jambe de bois, avait aidé des esclaves à s\u2019enfuir vers Philipsburg, au Canada.À l\u2019époque, on désignait aussi ce village comme étant « le paradis ».Et on appelait alors les personnes qui aidaient les esclaves à s\u2019enfuir des « chefs de train ».« J\u2019ai grandi en entendant dire que mon arrière-grand-père avait aidé des esclaves à traverser au Canada », dit- elle.Mais ça n\u2019est que bien plus tard, une fois devenue adulte, que Margaret Theoret a décidé de mener ses propres recherches.« Un jour, je suis tombée sur la chanson Follow the Drinking Gourd, dans un livre », raconte-t-elle.La chanson, dont certains ont dit qu\u2019elle contenait un message codé pour aider les esclaves à s\u2019enfuir, aurait été enseignée aux esclaves par un homme nommé Peg Leg Joe, dont on ne sait pas, du moins hors de tout doute, s\u2019il est un personnage de fiction ou une personne ayant réellement existé.« On ne peut pas prouver que mon arrière-grand-père, dit Peg Leg Joe, est le chef de train qui a appris aux esclaves la chanson Follow the Drinking Gourd, mais il n\u2019y a pas non plus de preuve que ça n\u2019est pas lui », dit Margaret Theoret.Reste que Joseph Saint-Laurent, dit Peg Leg Joe, aujourd\u2019hui enterré à Philips- burg, avait une briqueterie à Swanton dans les années 1860, en pleine guerre de Sécession.Ses activités, selon Mme Theo- ret, l\u2019amenaient à voyager jusqu\u2019en Géorgie, pour se procurer de la brique, taillée dans une argile particulière.« Il devait probablement circuler dans les plantations pour apprendre des esclaves comment travailler l\u2019argile, puisqu\u2019ils étaient réputés s\u2019y connaître.[\u2026] Au printemps, il revenait au nord avec son argile, probablement en train et en bateau à vapeur.[\u2026] Les histoires familiales veulent qu\u2019il ait rapporté au nord plus que de l\u2019argile.Il emmenait aussi des esclaves qu\u2019il cachait dans sa grange.L\u2019un d\u2019entre eux aurait eu les ongles arrachés, ce qui indiquait qu\u2019il n\u2019en était pas à sa première évasion ».Les esclaves rattrapés par leur maître subissaient souvent de graves châtiments corporels.Dans son livre Shadrach Minkins : From Fugitive Slave to Citizen, Gary Col- lison raconte l\u2019histoire d\u2019un esclave fugitif, Shadrach Minkins, originaire de MOIS DE L\u2019HISTOIRE DES NOIRS La liberté au détour de la frontière Au milieu du XIXe siècle, des résidents des Cantons-de-l\u2019Est et du Vermont ont aidé des esclaves à fuir au Canada Norfolk, en Virginie, qui a trouvé refuge à Montréal autour de 1859, et y a élevé sa famille.À Montréal, Minkins est devenu barbier, comme plusieurs membres de la communauté noire de l\u2019époque, largement constituée de fugitifs.Il serait enterré au cimetière Mont- Royal sous une tombe non marquée, avec ses deux enfants.Deux des hommes qui l\u2019ont aidé à s\u2019enfuir ont été traduits en justice à Boston, puis acquittés par le jury.Par train ou par bateau Pour Gary Collison, le chemin de fer demeurait le principal moyen de transport des fugitifs vers le Canada.« Quand Shadrach Minkins est arrivé, les douze derniers miles du chemin de fer qui reliait le Vermont à Montréal étaient construits depuis moins d\u2019un an », écrit-il.« De Burlington, les fugitifs pouvaient prendre le train au nord de Saint Albans, puis jusqu\u2019à Saint-Jean, dans ce qui est aujourd\u2019hui la province de Québec, sur un chemin de fer qui coupait à travers les baies et les îles du lac Champlain.Par temps doux, les fugitifs pouvaient être emmenés par bateau jusqu\u2019à Saint John\u2019s ou Rouses Point, par une route impossible à détecter, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient atteint la frontière [TDLR] », écrit Collison.À Saint-Armand, de ce côté-ci de la frontière, Velma Symington a aussi entendu des histoires liées au chemin de fer clandestin de la bouche de son père, historien amateur aujourd\u2019hui décédé.Mme Symington a d\u2019ailleurs été membre durant 70 ans de la petite église méthodiste du village, qui a participé à ce réseau.L\u2019église a été vendue il y a quelques années, mais on peut encore lire, sur un panneau à l\u2019entrée, que plusieurs réfugiés venus du sud ont trouvé le répit dans les maisons de la congrégation, via le « chemin de fer clandestin ».« Lorsqu\u2019une maison abritait un esclave, on allumait une chandelle dans l\u2019une des fenêtres de la maison, mais pas dans la pièce où était le fugitif.Lorsque le réfugié restait plusieurs jours, on allumait plusieurs chandelles.Les fugitifs étaient généralement cachés dans les greniers», raconte Mme Sy- mington, en désignant une grande maison de Saint-Armand, à l\u2019angle des rues Montgomery et Philips, où ce rituel codé aurait eu lieu.Même de ce côté-ci de la frontière, il fallait se méfier des chasseurs d\u2019esclaves venus du sud.« On dit qu\u2019ils venaient avec des chiens entraînés à sentir les esclaves », dit Mme Symington.Selon Gary Collison, un seul esclave fugitif réfugié ici aurait été renvoyé aux États-Unis avec la collaboration du gouvernement du Canada, en 1842.On dit d\u2019ailleurs que les fugitifs chantaient de joie en arrivant au Canada, malgré la discrimination qui pouvait encore les y attendre.Des cas d\u2019esclavage à Philipsburg Saint-Armand n\u2019a d\u2019ailleurs pas toujours été un paradis pour les esclaves.La ferme des Luke y aurait abrité l\u2019un des rares cas d\u2019esclavage industriel répertorié au Canada, avant l\u2019abolition de l\u2019esclavage par l\u2019Angleterre, en 1830.Dans son livre The Blacks in Canada : A History, Robin Winks écrit que le colonel Philip Luke est arrivé à Saint-Ar- mand, en provenance de New Yor avec des esclaves en 1782.L\u2019histoire orale locale veut d\u2019ailleurs que ces esclaves aient été enterrés près d\u2019un rocher qu\u2019on appelait « Nigger Rock » jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit renommé Rocher du repos des Noirs par la commission de toponymie du Québec, en 2016 «Quand j\u2019étais petite, mon père me disait: \u201cNe marche pas à six pieds du Nigger Rock, il y a des personnes enterrées en dessous\u201d, poursuit Mme Symington.Il disait aussi: \u201cDe graves injustices ont été commises contre ces gens.\u201d» Plusieurs voix s\u2019étaient élevées contre le changement de nom du rocher Nigger Rock en 2016.« J\u2019étais contre le changement de nom, dit Mme Syming- ton.Ça ne servait à rien, le mal était déjà fait.» Peg Leg Joe Le vaccin contre le VPH a démontré son efficacité au Canada Dix ans après l\u2019implantation du programme de vaccination contre les virus du papillome humain (VPH) dans les écoles primaires, le vaccin a démontré son efficacité dans les dernières années au Canada, selon une recension de plusieurs études menées à travers le pays.La recherche publiée récemment dans le Journal d\u2019obstétrique et gynécologie du Canada indique que le vaccin a contribué à diminuer les infections au virus, les verrues anogé- nitales et les lésions du col de l\u2019utérus qui peuvent causer un cancer.Les risques d\u2019infection ont décru de 45 % dans certaines cohortes et les risques d\u2019apparition de lésions sur le col de l\u2019utérus ont chuté de 86 % dans certains cas.Depuis plus de dix ans, le vaccin est offert aux filles de 4e année du primaire, et depuis 2016, les garçons du même âge le reçoivent également.La Presse canadienne Les histoires familiales veulent [que Joseph Saint- Laurent, dit Peg Leg Joe], ait rapporté au nord plus que de l\u2019argile.Il emmenait aussi des esclaves qu\u2019il cachait dans sa grange.MARGARET THEORET » "]
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