Le devoir, 11 mars 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 52 / LE LUNDI 11 MARS 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Prendre la rue pour le climat Au moins 60 000 étudiants débrayeront vendredi ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR D ans la foulée du mouvement de grève international pour le climat qui se tiendra le 15 mars, au moins 60 000 étudiants québécois devraient débrayer ce vendredi pour exiger la mise en place d\u2019un plan de lutte contre les changements climatiques nettement plus ambitieux.C\u2019est la première grève du genre dans l\u2019histoire du Québec.Selon ce que précise au Devoirun porte-parole du mouvement «La planète s\u2019invite à l\u2019université», Louis Couillard, plus de 60 000 étudiants universitaires et collégiens ont jusqu\u2019ici voté pour une journée de grève.Un chiffre qui devrait par ailleurs «augmenter au cours des prochains jours», puisque «plusieurs assemblées générales sont prévues cette semaine», en prévision de la grève du 15 mars.M.Couillard se dit d\u2019ailleurs surpris de l\u2019ampleur que le mouvement a prise au Québec en l\u2019espace d\u2019à peine quelques semaines.Il faut dire que le regroupement étudiant « La planète s\u2019invite à l\u2019université » a lancé son appel au débrayage il y a à peine un mois.«On voulait d\u2019abord lancer le débat, ce qui est fait, et non seulement dans les cégeps et les universités, mais aussi en dehors de cela.Il faut maintenant rassembler tous les acteurs de la société civile INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 Sur la route.B5 SOCIÉTÉ Dire adieu aux vêtements neufs pour la planète A 5 SUR LA ROUTE Partager sa course de taxi avec un parfait inconnu B 5 Le mouvement de grève pour le climat qui atteint Montréal s\u2019est propagé en Europe ces derniers mois.JASPER JACOBS / BELGA / AGENCE FRANCE-PRESSE VOIR PAGE A 2 : CLIMAT ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR L\u2019annulation des 18 000 dossiers de candidature en attente au ministère québécois de l\u2019Immigration fait craindre le pire à des doctorants et à des stagiaires post-doctoraux étrangers.Une situation que dénoncent des associations universitaires.Bahman Khabiri, 33 ans, a quitté l\u2019Iran en 2016 afin de faire son doctorat en génie à Sherbrooke.« Après un an, j\u2019ai trouvé que c\u2019était charmant et j\u2019ai décidé de faire ma vie ici », a-t-il raconté dans un échange de courriels cette semaine.En 2017, il s\u2019est inscrit au programme des travailleurs qualifiés du Québec pour immigrer.Il espérait obtenir son certificat de sélection sous peu quand le gouvernement a annoncé que les 18 000 dossiers en attente seraient annulés.« Ils ont ruiné ma vie », dit l\u2019étudiant, qui doute de pouvoir être reçu en s\u2019inscrivant dans le nouveau système Arrima.Il craint aussi de perdre des points en raison de son âge et parce qu\u2019il a peu travaillé depuis cinq ans, ce qui n\u2019était pas le cas quand il s\u2019est inscrit en 2017.Les recherches de Bahman portent sur des biofiltres permettant d\u2019éliminer des gaz à effet de serre (GES) comme le méthane à l\u2019aide de bactéries.« Comme vous voyez, je fais quelque chose de bien pour le Québec!», dit-il.Le Regroupement des étudiants de maîtrise et de doctorat de l\u2019Université de Sherbrooke (REMDUS) estime qu\u2019entre 10 et 25 étudiants sont touchés par le projet de loi 9.« Ce sont des étudiants en génie, en immunologie et en administration », explique le porte-parole Kevin Galipeault.Quand on lui fait remarquer que c\u2019est relativement peu sur l\u2019ensemble de la population étudiante (environ 42 000), il répond que ce sont des cas «de trop».«Surtout quand on pense à ce qu\u2019ils apportent à la société québécoise», dit-il.« Il ne faut pas oublier que c\u2019est juste pour l\u2019Université de Sherbrooke.Il y a ceux des autres universités aussi.» RÉFORME DE L\u2019IMMIGRATION Inquiétude chez les étudiants étrangers Un Boeing 737 d\u2019Ethiopian Airlines qui effectuait la liaison Addis Abeba-Nairobi s\u2019est écrasé dimanche peu après son décollage de la capitale éthiopienne.Les 157 personnes \u2014 dont 18 Canadiens \u2014 qui se trouvaient à bord ont péri dans l\u2019accident.C\u2019est la seconde fois en quelques mois qu\u2019un Boeing 737 MAX 8 s\u2019écrase quelques minutes après son décollage, ce qui soulève de nouvelles questions sur les débuts de cet appareil, essentiel pour le constructeur américain.À lire en page A 4.MICHAEL TEWELDE AGENCE FRANCE- PRESSE Écrasement d\u2019avion en Éthiopie CULTURE Faut-il renoncer à ce que Weezer retrouve ses sens ?B 8 VOIR PAGE A 2 : ÉTUDIANTS ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR// LE LUNDI 11 MARS 2019 MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le Parti québécois constituera-t-il toujours le deuxième groupe d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale au terme de la relâche parlementaire ?Rien n\u2019est moins sûr.La députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a convoqué la presse lundi avant-midi afin de « faire le point sur son avenir politique ».Les craintes de voir l\u2019élue de 26 ans prendre le chemin de l\u2019exil étaient grandes, dimanche soir, au sein de l\u2019état-major du PQ.Réunis en soirée, le chef intérimaire, Pascal Bérubé, et les autres membres de l\u2019exécutif n\u2019avaient aucune idée des intentions de Mme Fournier.Des informations selon lesquelles la jeune députée envisageait de quitter le caucus du PQ étaient parvenues aux oreilles du Devoir il y a moins d\u2019un mois.Mme Fournier avait alors assuré qu\u2019elle effectuerait tout son mandat électif de quatre ans comme membre du groupe parlementaire péquiste.Proche de l\u2019ex-chef d\u2019Option nationale, Jean-Martin Aussant, Mme Fournier a longuement réfléchi depuis la défaite historique du 1er octobre dernier à des façons de relancer \u2014 voire de refon- der \u2014 le PQ et, plus largement, le mouvement indépendantiste.À moins d\u2019un changement de programme, Jean-Martin Aussant et elle sont tous deux attendus le 31 mars prochain au restaurant La Croisée des chemins de Chambly afin de participer à un « panel sur l\u2019avenir du PQ \u2014 ou comment faire renaître nos espérances ».Le départ de Catherine Fournier du caucus péquiste pour siéger comme indépendante \u2014 aux côtés du député de Chome- dey, Guy Ouellette \u2014 transformerait le portrait du Salon bleu, au parlement.En effet, avec un député de moins, le PQ perdrait son statut de deuxième groupe d\u2019opposition au profit de Québec solidaire, qui compte dix députés.Avec neuf députés, le PQ devra mener une nouvelle bataille pour se faire reconnaître par les autres formations politiques comme groupe parlementaire.Catherine Fournier a été réélue il y a cinq mois dans la circonscription de Marie-Victorin (Longueuil) avec 705 voix de majorité sur la candidate de la Coalition avenir Québec.Elle avait fait son entrée à l\u2019Assemblée nationale après avoir obtenu l\u2019appui de 52,5 % des électeurs à la partielle du 5 décembre 2016, nécessaire en raison du départ de Bernard Drain- ville de la vie politique.Il y a un an, Catherine Fournier saluait la fin de l\u2019exil de Jean- Martin Aussant, qui avait décidé de briguer les suffrages dans la circonscription de Pointe-aux-Trembles sous la bannière du PQ.« Je suis plus qu\u2019heureuse qu\u2019il revienne au bercail pour contribuer à cette grande victoire de l\u2019élection du 1er octobre prochain, mais surtout à celle du mandat de 2022, lors duquel nous accomplirons enfin notre objectif de réaliser l\u2019indépendance du Québec.J\u2019y crois fermement.L\u2019heure est au rassemblement ! » avait-elle déclaré.POLITIQUE PQ : quel avenir pour la députée Catherine Fournier ?Sur les autres campus, les associations jointes par Le Devoir se disent, elles aussi, préoccupées par le problème, mais sont incapables de dire combien d\u2019étudiants sont touchés.«On n\u2019a pas de chiffres, on est en train d\u2019essayer de les obtenir», explique Matis Allali, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l\u2019Université de Montréal (FAECUM).«C\u2019est certain à notre avis qu\u2019on a plus de 20 personnes qui sont touchées par ça.Ça risque d\u2019être proportionnel à ce qu\u2019on voit à l\u2019Université de Sherbrooke si ce n\u2019est pas plus, parce qu\u2019on a beaucoup d\u2019étudiants qui viennent de l\u2019international.» À l\u2019Université Laval, on n\u2019a pas de chiffres non plus, soutient l\u2019Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), qui n\u2019a pas non plus reçu d\u2019appels d\u2019étudiants touchés.Quant à Concordia et l\u2019Université McGill, leurs associations étudiantes n\u2019ont pas rappelé Le Devoir cette semaine.Deux étudiantes ont également inclus leurs témoignages dans l\u2019action en justice intentée par l\u2019Association québécoise des avocats et avocates en droit de l\u2019immigration (AQAADI) contre le gouvernement.Mme Seeun Park, diplômée en soins infirmiers en Corée qui étudie le français ici pour pratiquer au Québec ainsi que Fer- nanda Pérez Gay Juárez, une étudiante en neurosciences à l\u2019Université McGill originaire du Mexique.Selon l\u2019Union étudiante du Québec (UEQ), qui regroupe huit associations étudiantes, les répercussions du projet de loi 9 sur les étudiants « sont assez floues pour l\u2019instant ».Mais son président, Guillaume Lecorps, dit suivre le dossier de près et déplore que « l\u2019empressement» du gouvernement à adopter le projet de loi les prive du temps nécessaire pour mettre tout cela au clair.Chose certaine, dit-il, cela envoie un très mauvais signal aux étudiants étrangers qui doivent déjà composer avec la déréglementation des droits de scolarité.« Encore une fois, on crée des mesures qui ont un effet dissuasif sur le processus d\u2019immigration des étudiants internationaux ».Pas pire qu\u2019avant, selon le cabinet Pour l\u2019heure, seuls les étudiants de Sherbrooke prévoient agir à court terme contre la réforme, par des rencontres avec leurs députés de locaux notamment.Le porte-parole du REMDUS a également fait une présentation en février lors d\u2019un rassemblement de Québec solidaire au Cégep Ahuntsic, à Montréal.Joint vendredi, le cabinet du ministre de l\u2019Immigration, Simon Jolin-Bar- rette, estime que les inquiétudes des étudiants sont non fondées.Ceux parmi les 18 000 qui sont au Québec (les 3700) seront traités en priorité dans Arrima, rappelle son attaché de presse, Marc-André Gosselin.« Ces personnes n\u2019auraient pas nécessairement été reçues dans l\u2019ancien système », dit-il en soulignant que le traitement des dossiers se fera plus vite dans Arrima.Relancé à ce propos, le REMDUS rétorque que le gouvernement a certes promis de traiter les dossiers en priorité, mais que seulement 400 personnes parmi les 3700 seront reçues cette année, selon une analyse récente du ministère diffusée dans les médias.Christophe Duret, conseiller politique au REMDUS, ajoute qu\u2019en soumettant une nouvelle candidature, les étudiants risquent de perdre des points pour leur âge désormais plus élevé.« Ce qui nous inquiète plus, c\u2019est l\u2019orientation générale du nouveau programme », ajoute-t-il.« C\u2019est bien de vouloir arrimer l\u2019immigration en fonction des besoins de main-d\u2019œuvre, mais le problème avec les cycles supérieurs et le post-doctorat est qu\u2019on ne peut pas quantifier la plus-value que ces personnes-là peuvent apporter au Québec.» Un mauvais signal envoyé à l\u2019étranger ÉTUDIANTS SUITE DE LA PAGE A 1 qui s\u2019intéressent à ce débat pour créer un véritable front commun », souligne Louis Couillard, étudiant au baccalauréat en études internationales à l\u2019Université de Montréal.Le regroupement, qui prévoit des manifestations dans sept villes de la province, dont Montréal et Québec, exige que les gouvernements adoptent « une loi climatique forçant l\u2019atteinte des cibles recommandées par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat».Selon le plus récent rapport du GIEC, pour limiter le réchauffement global à 1,5°C, il faudra réduire les émissions de CO2 de 45% d\u2019ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010.Il faudrait ensuite atteindre un «zéro net» d\u2019émissions de CO2 autour de 2050.Les étudiants, qui sont appuyés par des professeurs, réclament aussi la mise en place d\u2019un « programme d\u2019éducation à l\u2019écologie et de sensibilisation à la crise climatique » et demandent que les institutions d\u2019enseignement retirent leurs investissements dans les énergies fossiles.Mobilisation grandissante La directrice générale d\u2019Environnement jeunesse, Catherine Gauthier, estime qu\u2019il existe un véritable « momentum » au Québec en faveur de la lutte contre les changements climatiques.« Avec la mobilisation autour du Pacte pour la transition énergétique, la Déclaration d\u2019urgence climatique appuyée par plusieurs municipalités et le mouvement La planète s\u2019invite au Parlement, on sent que les jeunes se sont sentis inspirés et veulent se joindre au mouvement », fait-elle valoir.Des élèves du secondaire ont d\u2019ailleurs manifesté pour le climat au cours des dernières semaines, à Montréal.« Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ont grandi à l\u2019heure des changements climatiques.Ils entendent parler de catastrophe environnementale depuis leur enfance.Et c\u2019est de plus en plus évident, notamment depuis la conférence climatique de Paris et le plus récent rapport du GIEC.En même temps, les jeunes estiment que rien n\u2019est fait pour lutter contre les changements climatiques.Donc, ils veulent réagir au fait que la question n\u2019est pas traitée à la hauteur de l\u2019urgence actuelle », explique Mme Gauthier.Environnement jeunesse a d\u2019ailleurs lancé l\u2019automne dernier une action en justice qui vise directement le gouvernement canadien, accusé d\u2019avoir violé les droits fondamentaux des jeunes générations en adoptant un plan de lutte contre les changements climatiques inadéquat et dont les objectifs ne seront même pas atteints.Catherine Gauthier estime que les décisions des gouvernements, dont celui du Québec, devraient toutes être prises en tenant compte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.Dans ce contexte, elle doute notamment de la pertinence d\u2019autoriser le projet Énergie Saguenay, puisque les émissions de gaz à effet de serre liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes annuellement.Grève internationale Les étudiants québécois qui vont débrayer cette semaine s\u2019inscrivent dans la foulée d\u2019un appel international en faveur d\u2019une « grève climat » le Un élan planétaire CLIMAT SUITE DE LA PAGE A 1 15 mars.Selon les différentes informations disponibles, 500 manifestations seraient prévues, dans une cinquantaine de pays.Cet appel a été lancé à l\u2019origine par la Suédoise Greta Thunberg, âgée d\u2019à peine 16 ans, qui a lancé, l\u2019été dernier, un mouvement de grève scolaire pour exiger des actions nettement plus ambitieuses en matière de lutte contre les changements climatiques.À la suite de ces discours à la tribune de la Conférence de l\u2019ONU sur le climat (COP24) en Pologne et au forum économique mondial de Davos, elle est devenue la figure de proue de ce mouvement de jeunes qui demandent aux décideurs politiques et économiques de prendre pleinement conscience de l\u2019ampleur de la « crise » que représente le réchauffement climatique.Dans une lettre publiée le 1er mars dans le quotidien britannique The Guardian, des leaders impliqués dans le mouvement se sont dits carrément « ignorés » et « trahis » par leurs aînés.« Notre génération a grandi avec la crise climatique et nous devrons vivre avec cette crise pour le reste de notre vie.Malgré cela, la plupart d\u2019entre nous ne sont pas inclus dans les prises de décisions locales et globales.Nous sommes l\u2019avenir sans voix de l\u2019humanité », ont-ils notamment souligné.Parole aux jeunes En prévision de la journée de grève climatique prévue le vendredi 15 mars, Le Devoir a produit une série de capsules vidéo afin de donner la parole à de jeunes Québécois qui se sentent interpellés par l\u2019enjeu de la crise climatique mondiale.Ces capsules seront diffusées tout au long de la semaine sur notre site Web au www.devoir.com Le Québec a revêtu de nouveau un manteau blanc dimanche.Aujourd\u2019hui, avec des températures avoisinant le point de congélation en début de journée dans la métropole, les conditions routières poseront des défis aux automobilistes.À Montréal, les averses de neige devraient cesser en soirée, selon les prévisions d\u2019Environnement Canada.La Ville de Montréal procédera dès ce soir, à 19 h, à une sixième opération de chargement complète de la neige cet hiver, avec 2200 véhicules de déneigement impliqués.À Québec, des avertissements de neige étaient en vigueur dimanche après-midi.Une accumulation de 15 à 20 cm était prévue, avec des vents forts, causant de la poudrerie par endroits.Là aussi, les chutes se poursuivront avec une intensité réduite aujourd\u2019hui, s\u2019interrompant en fin de journée.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Une nouvelle bordée de neige Avec un député de moins, le PQ perdrait son statut de deuxième groupe d\u2019opposition au profit de Québec solidaire ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 Le cri du rat C hez le prince Constantin Radziwill, père d\u2019un de ses amis, Marcel Proust avait fait la connaissance d\u2019un valet de pied grâce à qui, si l\u2019on peut dire, il trouvera à prendre le sien.En 1913, soit quelques années après avoir rendu service à la belle société à laquelle s\u2019attachait Proust, le valet en question, Albert le Cu- ziat, se lança en affaire.Il dirigea ce qu\u2019il connaissait déjà bien : un bordel, les Bains du Ballon d\u2019Alsace.Proust fut un visiteur régulier de ce bordel.À compter de 1917, il ira jusqu\u2019à le meubler et à le financer.Dans une des chambres qu\u2019on lui réserve, l\u2019écrivain se livre à une curieuse perversion.Des rats qu\u2019on capture pour lui y sont torturés avec de longues épingles à chapeau.Dans cette liaison de la vilenie et de l\u2019érotisme, au milieu des petits cris stridents qui ponctuent l\u2019agonie des rongeurs, Proust exulte et trouve sa volupté.C\u2019est dans cette maison qu\u2019il fut surpris par un inspecteur de police avec un mineur, deux soldats et le souteneur Albert le Cuziat.Ce sont là des faits connus, évoqués dans sa biographie.Claude Simon, Prix Nobel de littérature, les reprend même dans un de ses livres.Mais on parle assez peu de cette cruauté par laquelle Proust espérait peut-être que lui soient révélées les profondeurs refoulées de son existence.Je fais mention de cela pour poser la question suivante : sachant cette cruauté, devrait-on cesser de lire Proust, un des écrivains les plus importants de tous les temps ?Convient-il de faire un lien entre La recherche du temps perdu et les douleurs des rats ?Faut-il, de la même manière, construire un pont entre une chanson de Michael Jackson et la déraison de ses rapports sexuels supposés avec de jeunes enfants ?Cesser la diffusion des chansons de Jackson sur les ondes de stations du genre de CKOI relève du même esprit qui conduisait celle-ci en particulier, à l\u2019automne 2017, à organiser un concours pour « gagner un voyage humanitaire » sur les airs de son nouveau slogan publicitaire : « Un hit à la fois pour changer le monde ».On se retrouve ici exactement devant la même logique, laquelle consiste à (faire) croire qu\u2019on peut racheter à un aussi bas prix qu\u2019une mélodie l\u2019inconscience de toute une société devant les dérives qu\u2019entraînent les adulations aveugles.Croit-on qu\u2019un monde qu\u2019on prive d\u2019esprit critique à longueur de journée se porte soudain mieux parce qu\u2019on y censure des œuvres ?Cela s\u2019apparente à une mystification vouée essentiellement à se donner bonne conscience.En liant l\u2019œuvre aux perversions de son auteur, on ajoute à la déraison.Car quelle analogie y a-t-il de possible entre les deux ?Un pédophile n\u2019est pas une chanson.Le sacré a fiché le camp de nos sociétés, mais nous voudrions tout de même y croiser des dieux alors que nous n\u2019avons toujours affaire qu\u2019à des hommes.Aux statues de plâtres des saints ont succédé les statuts privilégiés accordés à des êtres élevés à hauteur de monuments, de religions.Cette projection de la perfection qui laisse entendre que la nature humaine peut être intégralement bonne, quand allons-nous en sortir ?En 1964, Jean-Paul Sartre refusa le prix Nobel de littérature.Il s\u2019en expliqua ainsi : « Aucun artiste, aucun écrivain, aucun homme ne mérite d\u2019être consacré de son vivant, parce qu\u2019il a le pouvoir et la liberté de tout changer.» Ce sont les jurés du Nobel, notait Sartre à raison, qui avaient besoin de lui.Pas le contraire.Petit potentat, Maurice Duplessis reçut, au temps de sa grandeur, pas moins de trois doctorats honorifiques de l\u2019Université Laval, un autre de l\u2019Université de Montréal, un de McGill, un du Bishop\u2019s College, un autre de l\u2019Université de Caen.Nombre de ses ministres obtinrent, en parallèle, de pareilles marques de considération de la part de ces institutions qu\u2019on aurait bien du mal à considérer comme tout à fait désintéressées.Devant l\u2019aveuglement qui consiste à célébrer en bloc des individus comme s\u2019ils étaient des totalités de marbre immaculées, les temps sont-ils à la veille de changer ?Pour rester sur le terrain des récompenses associées à la haute institution du savoir qu\u2019est censée être l\u2019université, que signifie par exemple le fait que l\u2019Université de Sherbrooke vient d\u2019honorer, le 5 mars dernier, sous cette étiquette fourre-tout qu\u2019est devenue « la cause de l\u2019environnement », Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco ?L\u2019action d\u2019un prince qui règne au nom de l\u2019hérédité du sang est-elle si exemplaire du « développement durable » et de l\u2019avenir du genre humain ?Longtemps paradis fiscal, Monaco n\u2019aide plus autant qu\u2019avant, il est vrai, les détendeurs d\u2019actifs à l\u2019étranger à éviter le fisc chez eux par des structures et statuts légaux à la frange de la légalité.Mais si on s\u2019y fait résident, aucune autorité fiscale ne nous enquiquinera.Plusieurs riches vedettes sportives ne s\u2019y sont pas installées pour rien, comme en témoignent les Football Leaks.Le coureur automobile Jacques Villeneuve, à l\u2019exemple de son père, y a vécu.Allez d\u2019ailleurs savoir pourquoi il a si souvent choisi comme pays de résidence des paradis fiscaux : la Suisse, Andorre, les îles Vierges.La joueuse de tennis Eugenie Bouchard est pour sa part officiellement résidente des Bahamas.Et ainsi de suite.Nous continuons pourtant de porter ces gens aux nues.À les laisser jouir ainsi sans entrave, n\u2019est-ce pas la société elle-même qui finit par se trouver prise comme un rat ?JEAN- FRANÇOIS NADEAU En liant l\u2019œuvre aux perversions de son auteur, on ajoute à la déraison.Car quelle analogie y a-t-il de possible entre les deux ?Un pédophile n\u2019est pas une chanson.ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR Ottawa lancera officiellement ce lundi un processus visant à moderniser et à « renforcer » la Loi sur les langues officielles pour qu\u2019elle soit de son temps, et ce, à l\u2019heure où les minorités francophones sont victimes « d\u2019attaques frontales » dans certaines provinces.« Le contexte ne pourrait pas être plus propice pour démontrer la nécessité de moderniser la loi et de la renforcer », a dit la ministre canadienne du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, en entretien téléphonique au Devoir, à la veille du lancement officiel, lundi, à l\u2019Université d\u2019Ottawa, d\u2019un examen en profondeur de la loi, qui célèbre en 2019 son 50e anniversaire et qui n\u2019a pas été substantiellement mise à jour depuis plus d\u2019une trentaine d\u2019années.Promis depuis au moins l\u2019été, l\u2019exercice arrive alors que le sort des minorités francophones au Canada est revenu au-devant de la scène ces derniers mois, à la suite, notamment, de la décision du gouvernement conservateur ontarien d\u2019abolir le Commissariat aux services en français et d\u2019abandonner le projet de création de l\u2019Université de l\u2019Ontario français, puis de l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un autre gouvernement conservateur, au Nouveau-Brunswick, grâce à l\u2019appui, cette fois, des députés d\u2019un parti ouvertement hostile au bilinguisme, l\u2019Alliance des gens du Nou- veau-Brunswick.« C\u2019est sûr qu\u2019il y a eu des attaques frontales contre la francophonie canadienne, contre les minorités linguistiques », constate la ministre, qui lance au passage une flèche à l\u2019opposition conservatrice au Parlement.« Pour nous, la protection des minorités linguistiques, des francophones en situation minoritaire, passe par un leadership du fédéral et on ne peut pas se cacher derrière les juridictions provinciales comme nos collègues conservateurs le suggèrent.» Droits collectifs Le projet de réforme vise à prendre plus largement acte d\u2019une série de facteurs qui commandent des changements.On y note, entre autres, que le nombre de francophones augmente moins vite que la population canadienne dans son ensemble et que le taux de bilinguisme stagne chez la majorité des anglophones hors Québec.Le développement à Ottawa de nouveaux champs d\u2019activité, de nouveaux modes d\u2019action en collaboration avec des partenaires de la société civile et de nouveau outils technologiques de communication force aussi une adaptation de la loi.Puis, cette façon qu\u2019on avait dans le passé de tout ramener à la défense de droits individuels \u2014 d\u2019être servi dans sa langue, de travailler dans sa langue, d\u2019être éduqué dans sa langue \u2014 se révèle trop étriquée, poursuit la ministre Joly, qui voudrait que la loi se préoccupe aussi de « droits collectifs ».« Au- jourd\u2019hui, on ne peut pas penser qu\u2019on puisse vivre en français à l\u2019extérieur du Québec si on ne vit pas au sein d\u2019une communauté qui nous permet de parler chaque jour français.» Les consultations officiellement lancées cette semaine pourraient ouvrir de nouvelles pistes d\u2019action, telles que l\u2019appui aux services de la petite enfance, le recours à l\u2019immigration francophone ou encore le renforcement du mandat de Radio-Canada envers les communautés linguistiques minoritaires.On pourrait aussi être amené à revoir les pouvoirs du Commissaire aux langues officielles.Cinq forums \u2014 à Moncton, Ottawa, Sherbrooke, Edmonton et Vancouver \u2014 et plusieurs tables rondes seront organisés au cours des prochaines semaines à travers le Canada pour entendre l\u2019opinion des experts, des organisations concernées et de la population.Le tout se conclura par un grand symposium à Ottawa à la fin du mois de mai.On convient, d\u2019ores et déjà, qu\u2019il faudra attendre après la tenue des prochaines élections fédérales, à l\u2019automne, avant de pouvoir débattre et adopter une éventuelle réforme.Cette démarche continuera de se faire en parallèle avec la promotion de la diversité culturelle au Canada ainsi que d\u2019une nouvelle protection des langues autochtones, qui fait actuellement l\u2019objet d\u2019un projet de loi à Ottawa.Travail déjà en cours On n\u2019a pas attendu, à Ottawa, le lancement officiel du réexamen de la loi par le gouvernement Trudeau pour se pencher sur la forme que devrait prendre son éventuelle modernisation.Des comités permanents à la fois de la Chambre des communes et du Sénat mènent déjà des consultations sur le sujet depuis plusieurs mois alors que le Commissaire aux langues officielles a complété les siennes en mai dernier.Dans un mémoire présenté la semaine dernière au comité sénatorial permanent sur les langues officielles, la Fédération des communautés francophones et acadienne a, par exemple, réclamé une réécriture complète de la loi actuelle.On y déplorait notamment « l\u2019inefficacité du cadre de surveillance et de sanctions » actuel et on en appelait à la création d\u2019un « Tribunal des langues officielles », inspiré du Tribunal canadien des droits de la personne, qui aurait le pouvoir de trancher les allégations de violation des droits linguistiques et de rendre des ordonnances exécutoires.On y réclamait aussi la prise en charge de tout le dossier par l\u2019influent président du Conseil du Trésor, à la place du ministre du Patrimoine, que l\u2019on juge dépourvu des outils « pour obliger ses collègues à agir ».Le gouvernement Trudeau avait aussi adopté, il y a un an, un nouveau plan d\u2019action sur les langues officielles, prévoyant ajouter 500 millions sur cinq ans aux montants destinés à l\u2019aide aux communautés de langue minoritaire pour les porter de 2,2 milliards à 2,7 milliards de 2018-2023.On vise entre autres à augmenter à 4,4 % la proportion d\u2019immigrants francophones à l\u2019extérieur du Québec d\u2019ici 5 ans et à faire passer le taux de bilinguisme des anglophones hors Québec de 6,8 % à 9 % d\u2019ici 2036.« Ce n\u2019est pas un secret que le français à l\u2019extérieur du Québec a pris du recul dans les dernières années », avait alors noté Justin Trudeau.Ottawa veut renforcer la Loi sur les langues officielles Le sort des minorités francophones au Canada est revenu au-devant de la scène ces derniers mois, à la suite, notamment, de la décision du gouvernement conservateur ontarien d\u2019abolir le Commissariat aux services en français et d\u2019abandonner le projet de création de l\u2019Université de l\u2019Ontario français.GEOFF ROBINS AGENCE FRANCE-PRESSE Pour nous, la protection des minorités linguistiques, des francophones en situation minoritaire, passe par un leadership du fédéral et on ne peut pas se cacher derrière les juridictions provinciales comme nos collègues conservateurs le suggèrent MÉLANIE JOLY » On convient, d\u2019ores et déjà, qu\u2019il faudra attendre après la tenue des prochaines élections fédérales, à l\u2019automne, avant de pouvoir débattre et adopter une éventuelle réforme 9 % C\u2019est la proportion d\u2019anglophones bilingues hors Québec visée par le gouvernement fédéral d\u2019ici 2036.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 ACTUALITÉS A 4 Certains sujets ne cessent de s\u2019inviter dans les médias, mais on finit parfois par perdre le fil des enjeux au gré des articles.C\u2019est avec un adverbe, « pourquoi », que des étudiants en journalisme de l\u2019École des médias de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) ont tenté de bien expliquer différents sujets d\u2019actualité.Le Devoir commence aujourd\u2019hui la publication de trois reportages sur les questions de la nouvelle voix de la droite canadienne, de la médicalisation et des peuples isolés.Maxime Bernier, la nouvelle voix de la droite canadienne ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Au fond de l\u2019immense cratère, à 50 kilomètres de la capitale éthiopienne, les décombres ne laissent même pas deviner que c\u2019est un avion qui a écorché la terre ainsi.Cent cinquante-sept personnes \u2014 dont 18 Canadiens \u2014 ont trouvé la mort dans l\u2019écrasement d\u2019un avion d\u2019Ethiopian Airlines, dimanche matin, juste après son décollage d\u2019Ad- dis-Abeba.La tragédie soulève des doutes sur la sécurité du modèle 737 Max de Boeing, dont un autre exemplaire s\u2019était écrasé en octobre dernier.Dans les heures suivant l\u2019accident, le Parlement éthiopien a décrété pour lundi une journée de deuil national, tandis que des familles en pleurs étaient rassemblées à l\u2019aéroport de Nairobi, où devait atterrir l\u2019appareil.Les victimes de l\u2019écrasement étaient de 35 nationalités différentes, selon des chiffres provisoires de la compagnie aérienne.Au Canada, de nombreuses personnalités politiques ont offert leurs condoléances aux familles et proches touchés par l\u2019hécatombe.Dans un communiqué publié dimanche après-midi, le premier ministre Justin Trudeau s\u2019est dit « profondément attristé par le terrible écrasement d\u2019avion ».La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a quant à elle indiqué que « des agents consulaires canadiens ont été immédiatement dépêchés à l\u2019aéroport d\u2019Addis- Abeba aujourd\u2019hui et ont contacté les agences gouvernementales éthiopiennes pour vérifier les faits et veiller à ce que nous puissions fournir le soutien le plus efficace possible aux familles canadiennes en cette période difficile ».Parmi les Canadiens ayant péri dans l\u2019accident dont on connaît l\u2019identité, on compte Pius Adesanmi (un professeur à l\u2019Université Carleton), Amina Ibra- him Odowaa et sa fille, Sofia Faisal Ab- dulkadir, et Derick Lwugi (un comptable à la Ville de Calgary).Les autorités ignorent pour l\u2019instant la cause de la catastrophe.L\u2019accident n\u2019a eu lieu que six minutes après le décollage de l\u2019avion.Dans l\u2019intervalle, le pilote avait fait part de problèmes aux contrôleurs et avait demandé l\u2019autorisation pour faire demi-tour.Le Boeing 737 Max avait été livré à la compagnie aérienne nationale en novembre dernier.Ethiopian Airlines, un membre du regroupement Star Alliance, est considérée comme l\u2019une des lignes aériennes les plus sécuritaires d\u2019Afrique.Deuxième accident en six mois Le 29 octobre dernier, un Boeing 737 Max 8 de la compagnie indonésienne Lion Air s\u2019était abîmé en mer 13 minutes après son décollage, tuant 189 personnes.L\u2019analyse des boîtes noires a révélé que l\u2019appareil a piqué du nez 24 fois pendant son court vol.Les pilotes avaient réussi à redresser l\u2019appareil plusieurs fois avant l\u2019écrasement.Cet accident et celui de dimanche présentent des similarités « dérangeantes », selon Jean Lapointe, un pilote retraité et expert en aviation civile.« D\u2019abord, ce sont les mêmes appareils, un modèle à la fine pointe de Boeing.Puis, dans les deux cas, c\u2019étaient des pilotes très bien qualifiés qui étaient aux commandes.Les deux avions n\u2019ont pas atteint l\u2019altitude qu\u2019ils auraient dû dans le temps de vol.Et les pilotes des deux appareils ont demandé à rebrousser chemin, éprouvant des problèmes techniques.» « C\u2019est très rare qu\u2019on voie autant de similitudes entre deux accidents en moins de cinq mois », a-t-il souligné.Le 737 Max est la nouvelle génération de l\u2019avion commercial le plus vendu au monde.En activité depuis 2017, il est équipé de moteurs moins gourmands en carburant que la version précédente.Les moteurs de la version Max étant cependant plus grands que ceux de l\u2019ancien modèle, ils ont dû être déplacés sur les ailes.Pour éviter que ce changement dans la répartition de la masse fasse perdre à l\u2019appareil sa portance, un système automatique pouvant réorienter l\u2019orientation du nez de l\u2019avion a été implanté.Or, à la lumière du rapport préliminaire rendu public un mois après l\u2019accident de Lion Air, une défaillance de ce système est apparue comme l\u2019hypothèse la plus plausible pour expliquer l\u2019écrasement.Les pilotes n\u2019auraient Un second Boeing 737 Max s\u2019écrase Plus de 150 personnes ont perdu la vie dans un tragique accident d\u2019avion en Éthiopie Des personnes s\u2019affairant dans les décombres de l\u2019avion qui s\u2019est écrasé quelques minutes après son décollage.MICHAEL TEWELDE AGENCE FRANCE-PRESSE LAURENT CORBEIL MICHAËL LAFOREST Les divergences conservatrices sont-elles un phénomène nouveau?En 1987, le Parti réformiste voyait le jour à la suite d\u2019un mécontentement des provinces de l\u2019Ouest à l\u2019endroit du Parti pro- gressiste-conservateur de Brian Mulroney.L\u2019histoire des conservateurs canadiens est faite de l\u2019éclatement et de la réunification de plusieurs mouvements politiques à travers les décennies.Mais en septembre dernier, un seul député, Maxime Bernier, a décidé de quitter le navire du PCC pour fonder sa propre formation, le Parti populaire du Canada (PPC).Cela pourrait faire mal au Parti conservateur lors des élections fédérales de l\u2019automne.«D\u2019anciens réformistes s\u2019identifient aux idées de Maxime Bernier, plus précisément dans l\u2019Ouest canadien», explique Thierry Giasson, professeur de science politique à l\u2019Université Laval.Ce dernier ne croit toutefois pas qu\u2019on assistera à un «exode» du vote conservateur vers le jeune parti.De son côté, Maxime Bernier estime que « le Parti libéral est devenu le nouveau NPD et que les conservateurs sont devenus un parti de centre pragmatique », le PPC serait donc le seul parti de droite au Canada.Quels votes Maxime Bernier peut-il espérer rallier ?Au-delà de sa base militante, le PPC se doit de trouver un moyen de convaincre les électeurs des autres familles politiques, s\u2019il souhaite se tailler une place au Parlement en octobre 2019.Maxime Bernier est convaincu qu\u2019il peut aller chercher bien d\u2019autres appuis au-delà de son ancienne famille politique.« Il y a des gens du NPD qui veulent me suivre parce qu\u2019on va abolir le cartel de l\u2019Union des producteurs agricoles [UPA] et cesser de subventionner les entreprises » tout en baissant leurs impôts, a-t-il déjà fait valoir.Selon lui, plusieurs anciens électeurs libéraux se tourneront vers sa nouvelle formation politique, puisqu\u2019ils sont à la recherche « d\u2019un équilibre budgétaire et d\u2019une diminution des taxes », deux éléments qu\u2019a écartés jusqu\u2019à présent le gouvernement de Justin Trudeau.Qui plus est, Maxime Bernier s\u2019appuie sur le fait que son parti « dit les choses qui doivent être dites ».Il espère ainsi rejoindre les 32 % de Canadiens qui ne se sont pas déplacés aux urnes aux dernières élections fédérales de 2015.Une percée du libertarisme est-elle possible?Réduction des taxes et des taux d\u2019imposition, abolition des subventions aux entreprises et réduction du seuil d\u2019immigration à 250 000 par année, Maxime Bernier partage beaucoup de points communs avec le Parti libertarien du Canada.Fondé en 1973, ce parti a récolté plus de 35 000 votes au dernier scrutin, le classant en sixième place, après le Parti vert.Son chef, Tim Moen, a souvent offert son poste à Maxime Bernier, mais le Beauceron a préféré poursuivre sa propre voie.Une décision judicieuse, selon Thierry Giasson, car le liberta- risme « n\u2019est pas une force qui occupe un espace important dans l\u2019arène politique canadienne ».L\u2019immigration est-elle le cheval de bataille de Maxime Bernier?Selon la firme Léger, 45 % des Canadiens croient que les 310 000 immigrants accueillis au pays en 2018 représentent une proportion trop élevée.Abaisser le seuil d\u2019immigration est justement l\u2019un des engagements phares de Maxime Bernier.Le chef du PPC se targue d\u2019avoir « des politiques qui sont basées sur des principes et des convictions clairs ».Les électeurs «sont prêts à laisser tomber les vieux partis», selon Maxime Ber- nier.La CAQ s\u2019est fait élire en promettant d\u2019abaisser le seuil d\u2019immigration, tout comme espère le faire Maxime Ber- nier aux prochaines élections fédérales, ce qui pourrait bien lui donner un avantage au Québec.Près des deux tiers de la population étaient en accord avec le parti de François Legault sur le fait de ralentir l\u2019immigration, selon un sondage de la firme CROP mené en novembre pour le compte de Radio-Canada.pas été en mesure de reprendre le contrôle de l\u2019appareil.Dans les années précédant la mise en service du 737 Max, Boeing aurait convaincu les autorités et ses clients que les pilotes aux commandes de la version remotorisée ne devaient pas être tenus de suivre de nouvelles formations \u2014 question de diminuer les coûts d\u2019adoption du nouvel appareil \u2014, selon une enquête du New York Times publiée le mois dernier.Dans la foulée de la catastrophe, plusieurs syndicats de pilotes s\u2019étaient plaints que leurs membres n\u2019avaient jamais été mis au courant de ce nouveau dispositif.Boeing a fait valoir, elle, que les protocoles déjà maîtrisés par les pilotes permettaient de réagir aux problèmes pouvant être causés par la mise à jour logicielle.Cependant, depuis l\u2019automne dernier, il est certain que tous les pilotes des 737 Max ont obtenu de l\u2019information sur ce nouveau système logiciel, et peut-être même de l\u2019entraînement supplémentaire, explique Jean Lapointe.Les pilotes du vol 302 d\u2019Ethiopian Arilines ne faisaient pas exception.Des 737 Max chez Air Canada Air Canada exploite depuis 2017 des Boeing 737 Max 8.Dans sa flotte, on compte actuellement 24 de ces appareils.Jointe dimanche, la ligne aérienne a expliqué avoir offert son aide et surveiller de près l\u2019enquête sur l\u2019écrasement du vol 302 d\u2019Ethiopian Airlines.Elle n\u2019émet pas de doutes quant à ses propres appareils 737 Max.« Leur performance est excellente autant du point de vue de la sécurité, de la fiabilité que du niveau de satisfaction de la clientèle », a écrit une porte-parole dans un courriel adressé au Devoir.« Nous suivons les recommandations et tous les avis que nous recevons des fabricants et des organismes gouvernementaux de réglementation en matière de sécurité », poursuivait-elle.Au syndicat des pilotes, on dit être « activement entrés en discussion avec Air Canada et Boeing » et « suivre la situation de très près à mesure qu\u2019elle se développe ».Avec La Presse canadienne et Agence France-Presse SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 JEAN-BENOÎT LEGAULT LA PRESSE CANADIENNE ÉTUDE Perte de poids et image corporelle : attention aux réseaux sociaux Ils peuvent être une arme à double tranchant Les filles et les jeunes femmes qui se tournent vers les réseaux sociaux pour résoudre leurs problèmes de poids ou d\u2019image corporelle ont intérêt à faire preuve de prudence, puisque aucune étude n\u2019a encore démontré que de telles interventions pouvaient être efficaces et qu\u2019il peut même s\u2019agir d\u2019une arme à double tranchant, prévient une étude réalisée à l\u2019Université Laval.La professeure Sophie Desroches, de l\u2019École de nutrition, et la doctorante en nutrition Audrée-Anne Dumas ont constaté que les médias sociaux ont surtout un effet négatif sur l\u2019image corporelle des femmes, même si, en théorie, ils représentent une plateforme intéressante pour obtenir des informations ou du soutien.Chez les adolescentes, a expliqué l\u2019université, le fait d\u2019y consacrer plus de deux heures par jour est associé à un risque plus élevé d\u2019insatisfaction par rapport à son poids et à un désir plus grand de perdre du poids.Une fréquentation assidue des médias sociaux est aussi associée à une plus grande préoccupation par rapport à la minceur.La propension à idéaliser la minceur et à se comparer aux autres exacerbe les effets négatifs des réseaux sociaux.« Grosso modo, ce qu\u2019on peut voir c\u2019est que l\u2019utilisation des réseaux sociaux serait un petit peu plus délétère, soit neutre ou délétère, en ce qui concerne l\u2019image corporelle chez les femmes », explique Mme Dumas.Opinion des pairs Chez les femmes adultes, les échanges sur l\u2019alimentation et l\u2019activité physique sur les médias sociaux semblent avoir plus d\u2019influence que les échanges faits de vive voix sur les mêmes sujets avec des proches.« L\u2019opinion des pairs de la communauté virtuelle semble avoir beaucoup d\u2019importance », a constaté Sophie Desroches par voie de communiqué.On peut aussi se demander si les réseaux sociaux sont responsables des problèmes d\u2019image corporelle des adolescentes ou des jeunes femmes, ou bien si celles qui ont d\u2019emblée des problèmes seront plus attirées par les pla- teformes sociales.« L\u2019équation ne serait pas aussi simple que \u201cj\u2019utilise les réseaux sociaux, j\u2019ai une mauvaise image corporelle, précise Audrée-Anne Dumas.Ce serait plutôt le type d\u2019activité pratiqué sur les réseaux sociaux.Si ce sont des activités comme publier des photos de soi, arranger des photos, c\u2019est très axé sur l\u2019image et ça aurait un effet différent que simplement consulter un fil d\u2019actualité Facebook.» « Il y a aussi différents traits de personnalité qui nous mettraient plus à risques, comme se comparer aux autres ou valoriser la maigreur », ajoute- t-elle.Cela étant dit, il est encore trop tôt pour trancher quant à l\u2019utilité des médias sociaux pour perdre du poids et améliorer son image corporelle.Facebook semble avoir un certain potentiel comme outil d\u2019intervention, a dit Mme Dumas, mais on ne peut vraiment pas conclure que ce serait efficace pour perdre du poids chez les femmes.En règle générale, donc, la prudence reste de mise.« Ça peut être une plate- forme très valorisante, si on est dans une démarche de perte de poids [\u2026] ça peut être valorisant, ça peut être rassurant de voir d\u2019autres gens; on est dans le même processus ensemble, ça peut être très motivant, mais ça peut aussi motiver dans le mauvais sens si on a des comportements plus à risque », a prévenu la chercheuse.Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Current Obesity Reports.SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR P ar conscience environnementale, souci d\u2019économie, esprit « Kon- Mari » ou dégoût des excès de la fast fashion, le mouvement « sans achat de vêtements neufs» prend du galon.Des clubs d\u2019échanges, des défis «une année sans acheter», des sites de ventes en ligne de trésors dénichés en friperie, les modeuses adeptes du seconde main font la preuve qu\u2019on peut cultiver son style, en évitant la cohue des centres commerciaux.Dans la file d\u2019attente de chez Zara, un jour de furie collective de magasinage, Alexandra Graveline a eu une révélation : il était temps d\u2019en finir avec le shopping compulsif.« C\u2019était le bordel.L\u2019attente pour les cabines d\u2019essayage était interminable.J\u2019avais l\u2019impression que nous étions toutes en train de faire des provisions de vêtements, en achetant le plus possible\u2026 », évoque cette professionnelle montréalaise des communications qui, en janvier 2018, a créé la page Facebook « Une année sans shopping.» « À un moment donné, je me suis rendu compte que j\u2019étais devenue une shopaholic.Je suis tombée sur un article du New York Times dans lequel la journaliste racontait qu\u2019elle avait elle- même fait le défi d\u2019une année sans shopping.Ça m\u2019a interpellée.» Vingt mois plus tard, le groupe Facebook créé par Alexandra Graveline est plus actif que jamais, avec 550 membres qui y partagent articles, conseils et trucs pour ne pas acheter.Comme elle est tombée enceinte en cours de processus, Alexandra a été forcée de déroger un peu à son plan initial de ne rien acheter du tout.Mais avant tout, elle a développé une nouvelle conscience associée à sa consommation, pour elle et son futur bébé.« En diminuant mon rythme de consommation, j\u2019ai pris conscience des impacts de la mode sur l\u2019environnement.J\u2019ai économisé de l\u2019argent et aussi, j\u2019ai gagné du temps qu\u2019autrefois je passais dans les magasins.» Plus de fun, moins de fast fashion Si les conditions de travail des ouvrières du textile du Bangladesh \u2014 avec notamment l\u2019incendie qui a ravagé une usine de Dacca qui produisait pour H & M, en 2012 \u2014 ont ouvert les yeux des consommateurs sur les méfaits de la fast fashion, les impacts environnementaux de notre dépendance à la mode rapide sont aussi au cœur des préoccupations de celles qui disent non aux vêtements neufs.Le Canadien moyen envoie, selon le Conseil du recyclage de l\u2019Ontario, près de 37 kg de textiles au rebut chaque an- CONSOMMATION Dire adieu aux vêtements neufs née, alors que l\u2019ensemble des Nord- Américains jettent 9,5 millions de tonnes de vêtements chaque année dans les sites d\u2019enfouissement.Tout ce textile, faut-il le préciser, pourrait être réutilisé ou recyclé.Annette Nguyen, qui n\u2019a rien acheté de neuf depuis maintenant dix ans, n\u2019a pourtant pas perdu son amour de la mode et des beaux vêtements.Bien au contraire.« Je travaille dans une firme médias et j\u2019ai toujours eu un penchant pour la mode.Ma profession exige que je sois bien habillée.Dans les friperies, je trouve de beaux trucs, je porte du cachemire, du mérinos », exprime la fondatrice du Shwap Club, qui souligne que le souci écologique est au cœur des préoccupations des membres de ce club d\u2019échange de vêtements établi à Saint-Henri.Et ce, en intégrant le plaisir de magasiner, d\u2019essayer, d\u2019échanger et de se retrouver dans un espace collectif où l\u2019esprit festif prévaut sur l\u2019esprit de consommation compulsif.Bref, une petite dose de simplicité volontaire, sans renoncer à la frivolité ni donner dans l\u2019austérité.« En lançant notre concept le 22 avril 2018, à l\u2019occasion de la Journée de la Terre, on pensait qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un petit événement.Mais finalement, nous avons réuni 125 filles et plus de 2000 vêtements », évoque la fondatrice du Shwap Club, qui a finalement établi une boutique permanente.Le concept du club rejoint surtout de jeunes professionnels entre 25 et 35 ans: pour 12$ l\u2019entrée (ou 85$ par année, avec entrées illimitées), les filles peuvent venir échanger des vêtements en bon état.« Par exemple, si tu arrives avec dix vêtements, on trie et on valide selon nos critères de classement.Avant tout, il faut que ce soit des vêtements propres, impeccables, sans trou, tache ni poil d\u2019animaux.Dans le cas où on donne six crédits, ils peuvent tous être échangés contre des vêtements en boutique.» Les rebuts des unes\u2026 Outre les classiques, comme les magasins Renaissance, le Village des Valeurs, les sites de troc comme le Shwap Club, les bibliothèques de vêtements ou les systèmes de location, les initiatives créatives se multiplient, pour déjouer l\u2019attrait de l\u2019achat neuf.Les plus jeunes adhèrent aussi à la vague vintage.Vendredi 8 mars, Orlaith Croke- Martin et Melissa Chapin, deux étudiantes de l\u2019Université Queen\u2019s, lançaient officiellement dans un bar de Kingston, en Ontario, leur site de vente en ligne Bel Ami.Ces deux modeuses entendent utiliser Instagram, comme plateforme pour afficher les trésors qu\u2019elles trouvent lors de leurs expéditions dans les bazars ou au Village des Valeurs.« Quand j\u2019ai commencé mes études, ce n\u2019était pas très cool de s\u2019habiller \u201cseconde main\u201d.Mais là, ça commence à le devenir sérieusement», dit Melissa Chapin.Dans l\u2019esprit de populaires sites de vêtements seconde main (comme De Pop), Bel Ami adapte le prix de la manutention en fonction du lieu d\u2019où sont envoyés les vêtements.« Nous passons des heures à \u201ccreuser\u201d en quête de trucs cool et nous aimons toutes les deux suivre la mode.L\u2019idée de notre entreprise, c\u2019est de rejoindre les acheteuses qui n\u2019ont pas le temps ou le goût de faire les friperies.Nous voulons aussi offrir des choix pour tous les types de corps », résume Orlaith, qui dit trouver régulièrement des vêtements jamais portés, avec l\u2019étiquette de vente originale.Finalement, une question s\u2019impose : la vague Marie Kondo et tous ces placards purgés sont-ils de potentielles sources de joie à investiguer ?Les deux jeunes femmes s\u2019emballent.« Parfois, nos recherches au Village des Valeurs sont interrompues par l\u2019annonce d\u2019une arrivée \u201cmassive\u201d de vêtements ! » Le Canadien moyen envoie près de 37 kg de textiles au rebut chaque année.ISTOCK Melissa Chapin et Orlaith Croke-Martin, fondatrices du site de vente en ligne de vêtements vintage Bel Ami SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR Quand j\u2019ai commencé mes études, ce n\u2019était pas très cool de s\u2019habiller « seconde main ».Mais là, ça commence à le devenir sérieusement MELISSA CHAPIN » Ça peut être une plateforme très valorisante, si on est dans une démarche de perte de poids [\u2026] mais ça peut aussi motiver dans le mauvais sens si on a des comportements plus à risque AUDRÉE-ANNE DUMAS » LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin réer un régime d\u2019assurance médicaments pancanadien universel fait partie des projets que les libéraux fédéraux aimeraient bien inclure dans leur prochain programme électoral.Oseront-ils ?Il y a un an, un comité de parlementaires fédéraux publiait un premier rapport intéressant et, dans le budget 2018, le gouvernement Trudeau annonçait la création du Conseil consultatif sur la mise en œuvre d\u2019un régime national d\u2019assurance médicaments, dont le rapport provisoire préconisant la création d\u2019une agence et d\u2019une liste nationale de médicaments vient d\u2019être publié.Entre 1985 et aujourd\u2019hui, les dépenses pour les médicaments sont passées de 2,6 milliards de dollars à 34 milliards au Canada, et ce chiffre devrait atteindre 50 milliards dans dix ans.D\u2019ores et déjà, les dépenses pour médicaments occupent le deuxième rang en santé, après celles des hôpitaux, mais devant celles des médecins.Il existe 100 régimes publics et plus de 100 000 (sic) régimes privés d\u2019assurance médicaments au Canada.Malgré cela, 10 % des Canadiens n\u2019ont aucune couverture et 10 % ont une couverture insuffisante.En fait, le Canada est l\u2019un des rares pays de l\u2019OCDE dont le régime public d\u2019assurance maladie exclut les médicaments prescrits à l\u2019extérieur des hôpitaux.Cette monstrueuse courtepointe de régimes publics et privés explique en partie le fait que les Canadiens dépensent 35 % de plus par habitant pour l\u2019achat de médicaments que la moyenne des pays de l\u2019OCDE.À titre d\u2019exemple, en 2015, les Canadiens ont consacré en moyenne 1012 $ chacun à l\u2019achat de médicaments comparativement à 650 $ pour les Suédois et à 837 $ pour les Français.Certains croiront que le Québec fait exception puisqu\u2019il est la seule province à s\u2019être dotée d\u2019un régime « universel ».Erreur ! Loin d\u2019être universel, le régime public québécois ne couvre que les individus qui n\u2019ont pas d\u2019assurances privées, lesquelles sont maintenant coûteuses au point d\u2019être abandonnées ou fortement limitées dans plusieurs entreprises.Il n\u2019y a à peu près plus que les employés du gouvernement fédéral pour profiter d\u2019un régime béton presque gratuit, même une fois retraités.À cause de l\u2019incapacité et du manque de volonté des assureurs privés à négocier avec les compagnies pharmaceutiques (ils préfèrent augmenter les primes), à cause aussi des ententes alambiquées entre l\u2019État québécois, les pharmaciens propriétaires et les pharmaceutiques, la formule bâtarde adoptée par le Québec il y a vingt ans force les ménages à payer de leur poche 1495 $ par année en moyenne (y compris les primes) comparativement à 823 $ en Ontario, selon l\u2019évaluation du Directeur parlementaire du budget, à Ottawa.Pour le moment, il n\u2019y a malheureusement qu\u2019au fédéral qu\u2019on réfléchit à la possibilité d\u2019une grande réforme de ce volet inachevé des programmes de santé.Selon le mandat reçu du gouvernement Trudeau, c\u2019est en juin que le conseil consultatif présidé par un ancien ministre ontarien de la Santé, le Dr Eric Hoskins, doit présenter ses recommandations finales, lesquelles pourraient faire l\u2019objet d\u2019une promesse électorale, l\u2019automne prochain.De là à croire que les Canadiens auront droit à un régime public universel presque gratuit dans un avenir prévisible, il y a loin de la coupe aux lèvres.Plusieurs obstacles s\u2019y opposent.Tout d\u2019abord, malgré le fait qu\u2019un tel programme permettrait d\u2019économiser 4 milliards au total grâce au pouvoir de négociation d\u2019une agence centralisée, il faudrait commencer par combler le trou de 7 milliards creusé par la fin de la contribution des entreprises aux régimes privés de leurs employés.Qui paierait ?Ottawa et les provinces, mais comment ?Par une nouvelle taxe santé ?Par une taxe aux entreprises ?Deuxième obstacle : l\u2019opposition des pharmaceutiques et celle des assureurs privés, qui ne voudront pas perdre leurs 11 milliards de chiffre d\u2019affaires.Troisième obstacle : le partage des compétences entre Ottawa et les provinces.On imagine mal un gouvernement fédéral imposant une agence nationale et une liste unique de médicaments sans d\u2019âpres négociations, voire une longue bataille politique et judiciaire.Quatrième obstacle : l\u2019absence d\u2019appétit des citoyens pour des réformes d\u2019envergure en l\u2019absence d\u2019information sur les enjeux.Malgré les avantages objectifs évidents et même l\u2019urgence de créer un régime public universel d\u2019assurance médicaments dans un contexte d\u2019explosion des coûts pour l\u2019État, les individus et les entreprises, le sujet ne fait toujours pas partie des problèmes débattus dans notre société.Dommage puisque, après l\u2019accès à la première ligne, celui aux médicaments est le prochain enjeu pour nous tous.Il serait temps qu\u2019on en parle au Québec.Marc André Bodet Professeur agrégé en science politique à l\u2019Université Laval et membre du Groupe de recherche sur le fonctionnement de la démocratie L\u2019aiguille bouge depuis quelques semaines dans les intentions de vote.Le Parti libéral trébuche au profit du Parti conservateur et, dans une moindre mesure, du Nouveau Parti démocratique.Au Québec, le Bloc québécois semble être sorti de sa crise existentielle alors qu\u2019un nouveau chef et une cohésion retrouvée au sein du groupe parlementaire permettent au parti d\u2019espérer un certain succès à l\u2019élection générale.Mais quelle est cette créature unique en politique canadienne qu\u2019on nomme le Bloc québécois ?Comment le décrire et surtout comment l\u2019évaluer dans un contexte aussi incertain ?Parmi les différents qualificatifs qu\u2019on peut accoler aux partis politiques, bien peu sont appropriés pour décrire le Bloc.Ce n\u2019est pas un parti populiste, mais ce n\u2019est pas non plus un parti de gouvernement.C\u2019est un parti régionaliste peut-être, de contestation sûrement, mais pourtant respectueux des institutions parlementaires.C\u2019est un parti progressiste sur les enjeux sociaux, mais sans réel ancrage idéologique sur la dimension économique.Il a donc bien peu de cousins dans la constellation des partis politiques en démocratie, sinon peut-être en Écosse.Capteur de légitimité Le Bloc avait été imaginé au départ comme un capteur de légitimité.Les forces nationalistes québécoises voulaient à tout prix éviter qu\u2019une députation fédéraliste à la Chambre des communes offre de nouveau une voix discordante en cas d\u2019un conflit constitutionnel.En ce sens, le parti était, au départ en tout cas, essentiellement une stratégie d\u2019occupation du territoire électoral.Ce n\u2019est que plus tard, avec le référendum perdu de 1995 et les difficultés du mouvement indépendantiste, que le parti a dû tenter de se redéfinir pour demeurer pertinent.Les aléas de l\u2019actualité ont retardé la crise pendant longtemps, mais le Bloc était struc- SNC-Lavalin et la justice supérieure L\u2019indignation ressentie à l\u2019égard du « gouvernement des juges » est l\u2019indice que le juridique ne doit pas avoir le dernier mot et avoir ultimement préséance sur le politique.Le juridique ne doit pas l\u2019emporter sur le bien commun, dont la charge revient aux représentants politiques dûment élus.La prédominance du politique sur le juridique est également admise par le fait de reconnaître au chef d\u2019État, lors de circonstances spéciales, le pouvoir de faire montre de clémence à l\u2019égard de qui a été reconnu coupable par les instances judiciaires.La subordination du juridique au politique permet de suspendre l\u2019application stricte de la loi quand son application intégrale ferait plus de mal que de bien.Cette perspective visant le bien commun en circonstances particulières justifie que le législateur canadien, comme ceux d\u2019autres pays, ait conçu l\u2019accord de réparation, dont le recours épargnerait la perte de milliers d\u2019emplois chez SNC-Lavalin.Le refus systématique d\u2019utiliser cette clause s\u2019apparente à une vision légaliste et manichéenne insensible aux dommages humains.Le nouveau ministre de la Justice doit avoir la hauteur de vues et le courage de s\u2019élever au-dessus de l\u2019animosité et de la mesquinerie d\u2019une frange importante du Canada anglais.Gérard Lévesque Le 8 mars 2019 Cette créature qu\u2019on nomme le Bloc québécois LIBRE OPINION LETTRES ASSURANCE MÉDICAMENTS Un régime archaïque C ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu JEAN-ROBERT SANSFAÇON turellement condamné à connaître une remise en question.Il est en effet essentiel de comprendre que le Bloc n\u2019est pas maître de son destin.Cela est d\u2019ailleurs assez paradoxal pour un parti qui demande plus d\u2019autonomie pour le Québec.Il est en effet une sorte de valeur refuge lorsque les autres partis s\u2019affaiblissent et que les frustrations envers le projet canadien refont surface.Le Bloc ne peut pas remporter une élection, il peut au mieux profiter du vide laissé par les autres et se faufiler.Lors de certaines élections générales, l\u2019espace est insuffisant pour manœuvrer.Ce fut le cas en 2011 et 2015.Mais à d\u2019autres moments, les astres s\u2019alignent, et notre mode de scrutin majoritaire fait le reste.Cela nous mène donc à l\u2019élection générale de cet automne.L\u2019électorat québécois est particulièrement volatil depuis dix ans, ce qui rend toute prédiction hasardeuse.Pourtant, il demeure que le ciel pourrait sérieusement s\u2019éclaircir pour le Bloc québécois.En effet, le parti pourra chasser à la fois sur les terres des néodémocrates et sur celles des libéraux.Si on exclut environ vingt-cinq circonscriptions qui restent hostiles aux sirènes blo- quistes, car trop anglophones ou trop conservatrices, le potentiel de croissance du Bloc est à son plus haut niveau depuis dix ans.Il n\u2019y a pourtant rien de mécanique pour Yves-François Blanchet et son équipe.Le Parti libéral conserve une longueur d\u2019avance, le Parti conservateur demeure une force à considérer et les luttes à trois ou quatre rendent l\u2019issue incertaine.Mais le potentiel est là pour permettre à cette créature politique unique de renaître encore une fois.Il ne faut jamais tenir un parti politique pour mort trop vite.Le Bloc en est une preuve flagrante.Retour des Canadiens de Daech Le Canada fait face à un défi de taille au regard d\u2019un retour éventuel des djihadistes de Daech emprisonnés en Syrie, de citoyenneté canadienne.Il faut prendre conscience de cela : bien plus que des personnes radicalisées, ces hommes et ces femmes partis en Syrie sont des fanatiques, des soldats barbares, des combattants sanguinaires.Actuellement prisonniers, ils sont «en mode survie» et adoptent les postures et attitudes adéquates pour engendrer chez les Canadiens des sentiments d\u2019empathie et de compassion.Mais ils demeurent des fanatiques convaincus, empreints d\u2019une vision inconditionnelle, prêts à tuer pour soumettre les «mécréants» que représentent, à leurs yeux, toute société démocratique et sa culture.Les faire revenir au Canada, c\u2019est mettre la population canadienne face à un danger d\u2019une extrême dangerosité.Même si ces atrocités ont été commises sur une terre étrangère, le Canada ne peut se permettre de ne pas considérer leurs actes comme des crimes contre l\u2019humanité.Des procès pour crimes contre l\u2019humanité (loi 1994) ont déjà eu lieu au Canada.Le Rwandais Désiré Munyaneza a été la première personne condamnée.Jacques Mungwarere a également été arrêté et accusé en 2009, comme le criminel de guerre présumé Cris- tobal Gonzalez-Ramirez.La justice canadienne a les outils appropriés pour juger les acteurs de ces barbaries, même si les crimes ne sont pas perpétrés sur son sol.La loi sur les crimes contre l\u2019humanité est une loi internationale.Et de fait, le Canada doit l\u2019appliquer en tout et pour tout, à n\u2019importe quel prix, contre ses ressortissants canadiens ayant rejoint Daech.Emmanuel Bévia Le 9 mars 2019 Faire les bons choix à l\u2019élection d\u2019octobre 2019 Les changements climatiques et le besoin de continuer de nous approvisionner en pétrole ; l\u2019accueil et la formation des migrants et des réfugiés ; le maintien et le renforcement de notre système de santé ; le recrutement et la formation de gestionnaires et de politiciens honnêtes et compétents voués au bien commun ; la lutte contre la corruption et l\u2019évasion fiscale ; la sauvegarde et la promotion du caractère bilingue de notre pays non seulement dans les institutions fédérales, mais également parmi les villes et provinces, ainsi que parmi les grandes entreprises, constituent, selon moi, les principaux enjeux de l\u2019année politique et économique qui vient.La grande question : les électeurs sauront-ils y voir clair et faire les bons choix ?Gilles Marleau, Orléans Le 10 mars 2019 Si on exclut environ vingt-cinq circonscriptions qui restent hostiles aux sirènes bloquistes, car trop anglophones ou trop conservatrices, le potentiel de croissance du Bloc est à son plus haut niveau depuis dix ans A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Alibis américains E n dépit du président Trump qui s\u2019enfonce et qui en inspire bon nombre à aller ailleurs qu\u2019aux États-Unis pour les vacances, je prends activement part cette année à la vague migratoire québécoise vers la Floride.Une « relâche » prolongée dans le Sunshine State, où l\u2019on estime qu\u2019un million de nos compatriotes séjournent annuellement.C\u2019est un choix qui peut faire sourciller.S\u2019il ne s\u2019agissait que du strict intérêt économique du Québec, nous ferions collectivement mieux de rester davantage à la maison.Parce que nous sommes plus nombreux à quitter nos contrées enneigées qu\u2019à les faire découvrir à des touristes internationaux, le déficit touristique du Québec est astronomique.Nous dépensons chaque année près de 5 milliards de dollars de plus à l\u2019étranger que ce que laissent chez nous les visiteurs.Bye, bye, les devises ! Au ministère du Tourisme, d\u2019ailleurs, on vous dira toujours qu\u2019il s\u2019agirait que les Québécois convertissent en séjour au Québec un seul de leur week-end à l\u2019étranger pour que la situation soit corrigée.Beau défi ! Les médias ont été prompts à se demander s\u2019il y avait un effet Trump sur le tourisme.Au premier trimestre de 2017, la baisse de 4,2 % par rapport à l\u2019année précédente laissait croire que oui, même si on pouvait également évoquer la dégradation de l\u2019image du pays dans l\u2019opinion internationale, les tueries par arme à feu ou le dollar en hausse.Puis, l\u2019année s\u2019était terminée sur une hausse, de 0,7 %.Assez ordinaire dans le contexte où l\u2019Organisation mondiale du tourisme évalue que le nombre de touristes internationaux augmente de 3,3 % chaque année et qu\u2019il en sera ainsi pour au moins les 10 prochaines années.Cela, au moment où, déjà en tête du palmarès des destinations internationales, la France et l\u2019Espagne enregistraient, elles, des hausses respectives de 5,6 % et de 8,6 %.Pour ma part, j\u2019ai quand même choisi d\u2019établir mon « campement » d\u2019hiver ici, dans ce territoire républicain, mais dans une ville démocrate, celle de Key West, la seule du comté de Monroe qui a choisi Hillary Clinton en 2016 ; dans un État qui vient de voter, à l\u2019élection sénatoriale de mi-mandat, à 50,05 % pour le républicain Rick Scott après une lutte très serrée qui a nécessité un recomptage manuel.De quoi donner raison à ceux qui parlent désormais des « Divided States of America ».Il existe bien une autre Amérique que celle du président actuel, mais aussi l\u2019espoir que son élection ne sera un jour vue que comme une erreur de parcours puisque, rappelons- le, la candidate démocrate à la présidentielle a obtenu deux points de plus que son adversaire au suffrage populaire.L\u2019arrivée d\u2019une majorité démocrate à la Chambre des représentants, qui se sert pleinement de ses pouvoirs, laisse entrevoir un peu de lumière, alors que s\u2019amorce de ce côté de la Chambre une fascinante course pour l\u2019investiture.Comme d\u2019autres candidats de l\u2019aile la plus à gauche, Bernie Sanders propose l\u2019assurance maladie pour tous, la gratuité scolaire et universitaire dans les établissements publics et le salaire minimum à 15 $, mais c\u2019est la déclaration suivante, à des années-lumière de celles de notre gauche autoproclamée à nous, NPD et QS, qui a de quoi me réjouir.« Vous savez, nous devons considérer les candidats non pas en fonction de la couleur de leur peau, de leur orientation sexuelle, de leur genre ou de leur âge », a-t-il dit.« Je crois que nous devons essayer de progresser vers une société non discriminatoire, qui considère les gens selon leurs capacités, selon leurs convictions.» Pour l\u2019emporter, la gauche ne doit-elle pas, en effet, redevenir altermondialiste, internationaliste et universaliste, agir en fonction du bien commun, c\u2019est-à-dire prendre en compte tout autant les droits collectifs que les droits individuels, alors que cette « nouvelle » gauche, au Québec et ailleurs, a plutôt fait du communautarisme et du multiculturalisme sa chapelle ?Enfin, on peut se demander si les démocrates oseront cette fois choisir le « socialiste » assumé qu\u2019est Sanders, face à une candidature plus consensuelle et conventionnelle, comme celle, peut-être à venir, de l\u2019ancien vice-président Joe Biden.L\u2019élection de 2020 sera-t-elle une lutte sans merci entre trois septuagénaires ?À cet âge vénérable, dois-je ajouter en terminant, le besoin de fuir le rude et froid hiver québécois s\u2019est fait, pour moi, cette année, plus fort que celui de boycotter un pays qui n\u2019a pas voté du bon bord.Ce sera mon dernier alibi.Pour compenser, je passerai l\u2019été, comme d\u2019habitude, dans Charlevoix.LOUISE BEAUDOIN Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Jonathan Durand Folco Professeur à l\u2019École d\u2019innovation sociale de l\u2019Université Saint-Paul et auteur du livre À nous la ville ! Traité de municipalisme (Écosociété, 2017) La Ville de Montréal a récemment renoncé à imposer un moratoire sur le mé- gaprojet Royalmount, préférant opter pour la création d\u2019un comité de travail sur la mobilité dans le secteur Namur- De la Savane.Alors qu\u2019une grève mondiale pour le climat aura lieu le 15 mars prochain, l\u2019administration Plante semble donc reculer devant les pressions du promoteur Carbonleo et son projet tout droit sorti d\u2019un mauvais rêve du XXe siècle.Au lieu de miser sur un compromis ou une amélioration du projet à la marge, nous croyons que la mairesse devrait suivre les recommandations du rapport de la Commission sur le développement économique et urbain et l\u2019habitation de janvier 2019, qui demande de prendre un « temps d\u2019arrêt » pour revoir le projet en profondeur.Rappelons que ce rapport d\u2019étude accablant montre que le projet Royal- mount contribuera à la « détérioration considérable des conditions de circulation dans ce secteur [où] les temps de transit pourraient être allongés de 10 à 30 minutes» à la jonction des autoroutes 40 et 15, soit la zone la plus congestionnée au Québec ! À cela s\u2019ajoutent l\u2019érosion commerciale pour les centres commerciaux environnants et le centre-ville, l\u2019augmentation des gaz à effet de serre et l\u2019absence d\u2019acceptabilité sociale pour la vaste majorité des documents déposés à la Commission.Certes, les taxes foncières pourraient amener 25,8 millions de revenus annuels pour Montréal, mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?Pour détourner la formule de Pierre-Yves McSween, avons-nous vraiment besoin de cinq hôtels, de 160 commerces, de 75 restaurants, de tours de bureaux, d\u2019un parc aquatique, d\u2019un aquarium, d\u2019un cinéma et de deux salles de spectacle supplémentaires, avec une poignée de logements pour pimenter le tout?Face au promoteur et à Mont-Royal qui privilégient leurs intérêts privés, Montréal doit affirmer son autorité et défendre l\u2019intérêt général de l\u2019agglomération.La mairesse Plante doit se tenir debout, comme elle le fait déjà en résistant dignem ent à la poursuite-bâillon des dirigeants de l\u2019ancienne Formule E.Si jamais le projet Royalmount se concrétise, cet éléphant blanc aura un impact négatif irréversible en plein cœur de la métropole.Nous pouvons déjà prévoir que les révisions à la marge du projet ne pourront pas « offrir une réponse adéquate aux besoins de la population montréa- laise ».De plus, ce n\u2019est pas seulement à la mairesse d\u2019agir, mais à l\u2019ensemble des citoyens, qui sont tout aussi concernés que les parties prenantes immédiates du projet.Nous devrons utiliser tous les outils légaux et actions collectives à notre disposition pour imposer la suspension du Royalmount : manifestations, pressions sur les élus, occupations, organisation d\u2019une « zone à défendre », etc.Comme nous serons sans doute accusés d\u2019être des « immobilistes » opposés au progrès et au développement économique, il faut rappeler que les immobilistes du XXIe siècle sont les grands promoteurs qui proposent des projets urbains dignes de l\u2019obsolescence programmée, qui érodent les bases pratiques pour construire une ville inclusive, démocratique et résiliente.Pour revitaliser le secteur Namur-De la Savane, pourquoi ne pas envisager une stratégie d\u2019urbanisme transitoire, à l\u2019instar de l\u2019expérience des Grands Voisins à Paris?Nous pouvons aussi penser à l\u2019ancien aéroport Tempelhof à Berlin qui a été transformé en gigantesque espace public mi-bétonné mi-gazonné, rempli de jardins communautaires, pour des activités culturelles, des évé- nements sportifs, des biergarten, etc.Plus que jamais, il est nécessaire de s\u2019opposer au modèle vétuste de la ville néolibérale qui contribue à la privatisation des espaces et à la marchandisation de nos existences.Nous devons plutôt favoriser l\u2019appropriation citoyenne des milieux et la création d\u2019espaces collectifs de résonance basés sur les principes du commun, de la coopération, du partage, de l\u2019espace public ouvert et convivial.Pour ce faire, allons d\u2019abord rejoindre la manifestation étudiante pour le climat le 15 mars, tout en articulant une revendication globale, la justice climatique, à un enjeu local très concret : bloquer un grand projet inutile.Si l\u2019administration Plante ne met pas en place un moratoire, nous devrons organiser une vaste lutte urbaine pour arrêter ce projet aberrant destiné à enrichir une poignée de super-riches.Nous devrons bâtir une coalition large de comités citoyens, syndicats, groupes communautaires et écologistes, acteurs de l\u2019économie sociale et autres mouvements sociaux pour bloquer le projet Royalmount et coconstruire un projet alternatif digne de notre époque.Comme le disait Jefferson, « le prix de la liberté, c\u2019est la vigilance éternelle ».Il est temps de réinvestir le palier municipal pour qu\u2019il devienne le véritable tremplin du pouvoir populaire et de la transition écologique.Citoyens et citoyennes de Montréal, unissez-vous ! Sauvons le climat, et soyons conséquents : bloquons le Royalmount ! Ce texte a été cosigné par une centaine de Montréalais de tous les horizons.URBANISME David Cohen Haut fonctionnaire à la retraite À près d\u2019un mois des élections générales en Israël, le procureur général a déposé des accusations de fraude, d\u2019abus de confiance et de corruption contre le premier ministre, Benjamin Nétanyahou, chef du parti Likoud et de la coalition gouvernementale de droite.Ces accusations sont sujettes à des audiences permettant à Nétanyahou de les réfuter.Pour la première fois depuis plusieurs années, des sondages prévoient une courte victoire du centre gauche contre la droite-extrême droite et une nette victoire du parti du centre Bleu et blanc contre le Likoud.Les deux partis sont au coude-à-coude en matière de popularité.Un parti religieux ultranationa- liste, une coalition des partis Foyer juif et Puissance juive, un parti qui adhère à l\u2019idéologie raciste de l\u2019ancien parti Kach interdit en Israël, s\u2019ajouterait à la coalition dirigée par Nétanyahou.Le parti Bleu et blanc résulte de la fusion de deux partis centristes, Résilience Israël, dirigé par Benny Gantz, ancien chef d\u2019état-major de Tsahal, et Yesh Atid, fondé par Yair Lapid, ancien ministre des Finances dans le précé- dent gouvernement Nétanyahou.Si Gantz réussissait à former une coalition majoritaire, il en serait le leader pendant la première moitié du mandat alors que Lapid le remplacerait durant la seconde moitié.La plupart des partis de droite ou d\u2019extrême droite affirment vouloir appuyer une coalition dirigée par Nétanyahou, même si les accusations étaient maintenues après une procédure d\u2019audiences qui prendrait un an.Leur appui serait toutefois retiré si Nétanyahou était incriminé par une cour de justice, ce qui pourrait prendre plusieurs années.Gantz a déclaré qu\u2019il accepterait de participer à une coalition dirigée par le Li- koud, mais sans Nétanyahou.La loi israélienne n\u2019oblige pas le premier ministre à démissionner tant qu\u2019il n\u2019a pas été déclaré coupable.À la suite des accusations portées contre lui, Nétanyahou a accusé les élites, les gauchistes (sous-entendu : ceux qui appuient la solution à deux États), les médias, la police et la justice d\u2019avoir monté un coup contre sa personne pour faire entrer la gauche et les partis arabes (tous non sionistes) au gouvernement, une accusation populiste sans fondement.Gantz a déclaré que sa coalition n\u2019accepterait que des partis sionistes (ce qui exclut les partis arabes) et donc cela accroîtrait les chances d\u2019un gouvernement d\u2019unité nationale centre-droite.Gantz a renforcé son parti sur les questions de sécurité, un enjeu constant, en attirant deux autres anciens chefs d\u2019état- major, Gaby Ashkenazi et Moshé Ya\u2019llon, ancien ministre de la Défense, même si les questions d\u2019économie et de logement sont la grande priorité des électeurs.Le parti est fermement uni pour mettre fin au règne de Nétanyahou.Pour le reste, l\u2019idéologie de ses membres est disparate, en particulier sur la question palestinienne.C\u2019est pour cela qu\u2019il offre très peu de détails sur son programme.La question palestinienne Le parti Bleu et blanc reste vague sur la question tout en demeurant ouvert à des accommodements, comme la recherche d\u2019un accord avec les Palestiniens et le renforcement du gros bloc de colonies près de la frontière de 1967.Il compte maintenir l\u2019annexion de Jé- rusalem-Est, le Golan et conserver le contrôle militaire israélien de la frontière entre la Cisjordanie et la Jordanie tout en maintenant une « liberté d\u2019action pour Tsahal partout ».Sur la question du retour des réfugiés en Israël, c\u2019est un non catégorique.Quant à la solution à deux États, le programme demeure flou.Au total, les positions du parti Bleu et blanc et de Né- tanyahou sont proches, sauf pour l\u2019avenir des colonies isolées dont le statut n\u2019est pas clair.Notons que ce programme se situe aux antipodes de ce que réclament les Palestiniens et les États arabes soi-disant «amis» d\u2019Israël.Le second dossier concerne la loi sur l\u2019État-nation adoptée par la Knesset, mais à laquelle tous les partis d\u2019opposition s\u2019opposent, en raison de son caractère discriminatoire à l\u2019endroit des Arabes israéliens.Gantz s\u2019engage à modifier la loi pour la rendre plus respectueuse du droit des minorités.Nétanyahou réélu ?Quelles sont les chances que Nétanya- hou demeure au pouvoir après les élections du mois prochain ?S\u2019il réussissait à créer une coalition de droite encore plus extrémiste, il pourrait tant bien que mal gouverner pendant un an, jusqu\u2019à la fin des audiences concernant les accusations qui sont portées contre lui.Si les accusations du procureur étaient maintenues au terme de ces audiences, ce qui est hautement probable, ses jours seraient comptés.D\u2019autant que le procureur général a agi avec grande prudence avant de porter ses accusations, en écartant par exemple certaines accusations de corruption de la police contre Nétanyahou.Le petit parti de droite modéré Nous tous a indiqué qu\u2019il refuserait de l\u2019appuyer si les accusations étaient maintenues.À plus ou moins brève échéance, si Né- tanyahou devenait un boulet politique pour son parti et la coalition, ses amis le pousseraient eux-mêmes vers la sortie.Est-ce la fin du règne Nétanyahou en Israël ?Les accusations contre le politicien pourraient peser lourd dans la balance Debout Montréal, bloquons Royalmount ! S\u2019il réussissait à créer une coalition de droite encore plus extrémiste, il pourrait tant bien que mal gouverner pendant un an, jusqu\u2019à la fin des audiences concernant les accusations qui sont portées contre lui Il existe bien une autre Amérique que celle du président actuel, mais aussi l\u2019espoir que son élection ne sera un jour vue que comme une erreur de parcours puisque, rappelons-le, la candidate démocrate à la présidentielle a obtenu deux points de plus que son adversaire au suffrage populaire LEDEVOIR // LE LUNDI 11 MARS 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel 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Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.AGENCE FRANCE-PRESSE À ALGER Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a regagné dimanche l\u2019Algérie, où il fait face à une contestation inédite en 20 ans de pouvoir, à l\u2019issue de deux semaines d\u2019hospitalisation en Suisse pour des « examens médicaux ».Son retour \u2014 que laissait supposer l\u2019atterrissage sur une base militaire au sud d\u2019Alger d\u2019un appareil aux couleurs algériennes ayant décollé de Genève \u2014 a été confirmé officiellement par la présidence algérienne.Dimanche, des milliers de lycéens ont à leur tour défilé à travers le pays contre la candidature à un 5emandat que brigue M.Bouteflika, le 18 avril, et une partie du pays a suivi un appel à la grève générale lancé sur les réseaux sociaux.L\u2019armée et le peuple algériens partagent les « mêmes valeurs » et ont « une vision commune » de l\u2019avenir, a assuré dimanche le général Ahmed Gaïd Salah, chef d\u2019état-major de l\u2019armée algérienne et vice-ministre de la Défense, dans un discours apparemment plus conciliant que ceux prononcés depuis le début d\u2019une contestation inédite contre le président Abdelaziz Bouteflika.« Se rejoignent [\u2026] entre le peuple et son armée [\u2026] tous les fondements d\u2019une vision unique du futur de l\u2019Algérie », a assuré le général Gaïd Salah, considéré comme un membre du premier cercle du chef de l\u2019État.L\u2019Algérie et l\u2019armée « sont certainement chanceuses d\u2019avoir ce peuple », a également estimé dimanche le général.Fin février, ce dernier avait vu dans les appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux « des appels anonymes douteux, prétendument en faveur de la démocratie » et visant à « pousser les Algériens vers l\u2019inconnu ».Depuis le 22 février, les Algériens descendent massivement dans la rue pour demander au chef de l\u2019État, qui a fêté ses 82 ans durant son séjour suisse, de renoncer à briguer un 5emandat.Les séquelles d\u2019un AVC ont empêché M.Bouteflika de s\u2019adresser de vive voix à ses concitoyens depuis 2013 et ont rendu rares ses apparitions publiques.Mobilisation totale Dimanche, dans le centre d\u2019Alger, où les klaxons \u2014 expression de contestation \u2014 ont résonné toute la journée, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou, se sont rassemblés durant plusieurs heures, scandant notamment « Hé, Bouteflika, pas de 5e mandat », avant de se disperser dans le calme en fin d\u2019après-midi.Des défilés lycéens ont été signalés dans divers quartiers de la capitale et dans plusieurs villes du pays, où de nombreux lycées étaient fermés dimanche, premier jour de semaine en Algérie.Étudiants et enseignants occupent également plusieurs universités du pays, refusant de se plier à la décision des autorités, la veille, d\u2019avancer d\u2019une dizaine de jours les vacances universitaires et de les allonger de fait d\u2019autant.Les étudiants sont en grève dans plusieurs universités depuis plusieurs jours.Une décision de fermer les cités universitaires durant ces vacances avancées \u2014 ce qui aurait contraint les étudiants, nombreux dans les manifestations contre le 5emandat, à rentrer chez eux \u2014 a été rapidement annulée face au tollé.Une nouvelle marche estudiantine est prévue mardi pour la 3esemaine d\u2019affilée.L\u2019appel à la grève générale a été diversement suivi dans le pays et dans la capitale.À Alger, aucun train \u2014 de banlieue ou grande ligne \u2014 ne partait des gares et aucun métro, tramway ou bus ne circulait.Une majorité de magasins du centre commerçant de la capitale n\u2019ont pas ouvert.Le marché Reda Houhou, ex-Clauzel, dans le centre, a fonctionné, mais une partie des commerçants n\u2019ont pas rejoint leur étal.De nombreuses boutiques des quartiers populaires de Bab el Oued ou de Zéralda, en banlieue, sont aussi restées fermées, ont témoigné des habitants.Dans le quartier de Belouizdad, à cinq kilomètres du centre- ville, quelques magasins de l\u2019artère principale sont restés fermés, mais les supérettes, cafés et boulangeries étaient ouverts, selon un habitant.La situation était similaire à Saoula, dans la banlieue sud d\u2019Alger.La plupart des administrations ont semblé fonctionner, de même que les entreprises privées.En revanche, « tout le monde » s\u2019est mis « en grève » au siège de la Société nationale des véhicules industriels, dans la banlieue est d\u2019Alger, selon un des 6000 employés de cette entreprise publique de fabrication de camions, bus, véhicules de secours, etc.Les employés du fournisseur national d\u2019électricité et de gaz, Sonelgaz, ont fait grève une heure dans la matinée et recommenceront toute la semaine, a indiqué un salarié.Aucun vol de la compagnie aérienne nationale Air Algérie n\u2019était en revanche annulé.Bouteflika de retour au pays La contestation ne faiblit pas dans les rues SARAH BOUMEDDA LE DEVOIR C\u2019est devenu une sorte de rituel : le vendredi, de façon hebdomadaire désormais, des centaines de milliers d\u2019Algériens prennent la rue pour manifester leur colère envers le président Abdela- ziz Bouteflika et son régime.Ce rituel manifestant trouve son écho à Montréal où, tous les dimanches depuis le 24 février dernier, la diaspora algérienne se mobilise également pour manifester à l\u2019entrée du Consulat général d\u2019Algérie, à l\u2019angle des rues Sherbrooke et Saint-Urbain.Pourquoi un tel élan, de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique ?« Au début, c\u2019était un mouvement de soutien, admet Nasser Bensefia, Algérien d\u2019origine, infirmier de profession et l\u2019un des organisateurs de ces rassemblements hebdomadaires du dimanche.On soutenait nos frères et sœurs en Algérie.Mais le discours politique et le slogan se sont développés.Maintenant, c\u2019est le changement de tout le système politique que les gens veulent.» L\u2019élément déclencheur de cette contestation remonte au 10 février, lorsque le président Bouteflika a annoncé son désir de briguer un cinquième mandat à la tête du pays malgré son état de santé qui le laisse gravement affaibli.M.Bensefia, lui, situe plutôt le moment décisif de la cause au 22 février, en raison des manifestations d\u2019envergure ayant balayé le pays ce jour-là, mettant en branle la mobilisation massive que l\u2019on a remarquée ces dernières semaines.Depuis, le discours du peuple ne tient pas juste à ce cinquième mandat contesté : on dénonce la corruption du système et son manque de transparence, mais aussi l\u2019économie chancelante du pays, son système d\u2019éducation affaibli, la mauvaise gestion des ressources\u2026 Ce système politique, par son inefficacité, a poussé plusieurs à émigrer, selon M.Bensefia.« On est impliqués, directement.Ce n\u2019est pas juste du soutien, là.On est dedans », ajoute-t-il.Jihed Halami, lui aussi organisateur de ce mouvement, affirme qu\u2019il était impossible aux Québécois d\u2019origine algérienne de ne pas réagir aux événe- ments se déroulant dans leur pays d\u2019origine, malgré leur vie ici.« On n\u2019a pas démissionné de notre rôle de citoyen algérien juste en débarquant ici.On est toujours des citoyens à part entière, on a des devoirs envers notre na- Une mobilisation qui trouve son écho au Québec Nouveau dimanche de manifestation devant le consulat algérien à Montréal, où membres de la diaspora et Québécois d\u2019origine algérienne se sont mobilisés contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR tion.Cet appel-là, on ne l\u2019a pas raté.» Il tient à souligner, d\u2019ailleurs, la place de leur société d\u2019accueil dans leurs motivations.« Aujourd\u2019hui, au Québec, on vit dans le fruit du militantisme des générations de Québécois qui nous ont précédés, la Révolution tranquille, re- marque-t-il.On apprécie ça, et on essaie d\u2019être le pont entre notre société d\u2019accueil, et notre terre natale, pour leur dire : « voilà des valeurs desquelles on peut s\u2019inspirer\u201d.» Responsabilité de s\u2019exprimer Ce rôle de la diaspora en temps de crise est loin d\u2019être inédit.« Les diasporas de tous les pays arabes, en crise, en conflit, ou en blocage politique, ont toujours joué un rôle symbolique important : celui de pouvoir s\u2019exprimer et de faire caisse de résonance dans des pays où les libertés et les droits d\u2019expression sont totaux », explique Sébastien Boussois, chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient à l\u2019Université du Québec à Montréal.Il remarqu e aussi qu\u2019une for te conscience politique ainsi qu\u2019un sentiment de culpabilité d\u2019avoir quitté le pays \u2014 par choix ou par obligation \u2014 peuvent motiver cette ambition d\u2019amélioration des conditions dans leur pays d\u2019origine.D\u2019après lui, c\u2019est ce qui se passe au Canada et en France, bien que ces mobilisations de diasporas diffèrent selon leur nombre et leur importance, souligne-t-il.Ce sentiment de responsabilité face à la mère patrie est familier à Lamine Foura, ingénieur chez Bombardier et journaliste au sein de plusieurs médias communautaires maghrébins de Montréal, qui habite au Québec depuis une vingtaine d\u2019années.« On vit un déchirement, on vit un choc culturel, et on établit un lien assez nostalgique avec le pays d\u2019origine, ad- met-il.On a été formés par l\u2019Algérie, et on a quitté l\u2019Algérie pour des raisons diverses, mais en fin de compte, on a failli à notre responsabilité de faire sortir l\u2019Algérie de sa situation, que ce soit au niveau économique, scientifique, ou politique.» La contestation des derniers jours est donc un moyen de remédier à cet échec, pense-t-il, tout en montrant son soutien à la réelle locomotive du mouvement : la jeunesse algérienne.« Je pense que cette jeunesse est en train de donner une leçon à notre génération.Je pense que la diaspora, aussi, voit ça comme étant un rattrapage de notre responsabilité vis-à-vis de ce qu\u2019il se passe au pays.» Nasser Bensefia partage cet avis.«L\u2019Algérie va être sauvée par ses jeunes, qui n\u2019ont pas connu la décennie noire.C\u2019est ce qui se passe présentement.» Il insiste aussi sur un aspect de ces manifestations, ici comme au bercail, qu\u2019il juge impressionnant : leur pacifisme incontesté.« Les gens manifestent avec des sacs en plastique; quand ils finissent, ils nettoient.C\u2019est du jamais vu.» « On vit un moment historique, ré- sume-t-il.C\u2019est après qu\u2019on va vraiment s\u2019en apercevoir.On ne peut pas le rater.Il faut embarquer.» Jeunes militants d\u2019ici Il n\u2019y a pas que les jeunes en Algérie qui prennent la rue : leurs compatriotes québécois sont tout aussi impliqués au sein du mouvement de mobilisation à Montréal, bien qu\u2019ils aient vécu une grande majorité de leur vie dans la métropole.«Il est temps pour nous, en tant que jeunes, de lancer un mouvement collectif pour une Algérie démocratique, jeune, plurielle et ambitieuse », déclare Sarah El Ouazzani, étudiante en architecture à l\u2019Université de Montréal d\u2019origine algérienne.Arrivée au Canada à 3 ans, elle garde toujours un attachement très fort à son pays d\u2019origine.À son avis, habiter outre-mer n\u2019empêche pas la jeunesse d\u2019origine algérienne d\u2019espérer, un jour, être fière de son pays et de participer à son développement.« Nous sommes la future génération qui prendra le flambeau de ce pays, souligne-t-elle.C\u2019est la jeunesse qui peut avoir un grand impact sur la vie de tous les Algériens et Algériennes \u2014 dans son sens large \u2014 et faire démarrer le développement à son plein potentiel.» Le modèle de ces jeunes ?La métropole dans laquelle ils ont grandi.« Nous sommes des jeunes qui ont encore l\u2019espoir que leur pays puisse devenir un moteur économique, touristique et technologique, tout comme à Montréal », dit-elle.MANIFESTATIONS EN ALGÉRIE L\u2019appel à la grève générale a été diversement suivi dans le pays et dans la capitale "]
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