Le devoir, 18 mars 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 58 / LE LUNDI 18 MARS 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM In situ Comment le Web a transformé les rapports aux arts Quelles répercussions ont eues l\u2019invention et le développement du Web et de la grande numérisation sur la culture ?S\u2019agit-il d\u2019une révolution tout en ruptures ou de la continuité de vieilles mutations profondes par un autre moyen technique ?INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 Sur la route.B5 SOCIÉTÉ Le sociofinancement à la rescousse de patients malades A 5 MONDE Le Devoir en Hongrie: le pays de Viktor Orbán se vide de ses forces vives CULTURE À Montréal, la naissance d\u2019un écosystème de cabarets voués au rire en français B 8 MARIE VASTEL À SOREL-TRACY LE DEVOIR BLOC QUÉBÉCOIS Une mise à jour plutôt qu\u2019une refondation Le congrès du parti souverainiste a été axé sur le « renouvellement » Une veillée à la mémoire des 50 victimes de l\u2019attentat contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande s\u2019est tenue dimanche à Montréal.Plusieurs participants ont dénoncé la montée de l\u2019intolérance et des discours haineux qui abreuvent les tueurs.Par ailleurs, alors que les obsèques se préparent à Christchurch, la police australienne a perquisitionné des logis dans le cadre de son enquête sur l\u2019attentat.À LIRE EN PAGE A 2 VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR À la mémoire des victimes de Christchurch MARCO FORTIER LE DEVOIR Des chercheurs québécois ont mis la main sur une série de manuels scolaires conçus par l\u2019État islamique durant le bref règne du groupe armé, entre les années 2014 et 2017, sur un territoire qui englobait une partie de l\u2019Irak et de la Syrie.Malgré la guerre qui faisait rage, l\u2019éducation était la priorité des combattants du groupe État islamique.Ils ont mis sur pied une réforme du régime pédagogique de façon à consacrer 70 % du temps d\u2019enseignement à la religion.Les enfants apprenaient le Coran par cœur, non seulement à l\u2019école, mais aussi à la mosquée, dont la fréquentation était obligatoire.Le programme du primaire comprenait aussi des notions d\u2019arabe classique, de sciences, de mathématiques, d\u2019histoire, de géographie et de programmation informatique.Ce système scolaire visait à inculquer aux jeunes une vision dogmatique de l\u2019islam et à former des citoyens imperméables à l\u2019influence des «mécréants» du monde entier.La formation en informatique avait pour but de contrer le « monopole occidental » en matière technologique, qui constitue une «menace à la sécurité numérique» du califat.« Le programme visait d\u2019abord à former des citoyens islamiques pouvant accéder à des fonctions d\u2019autorité dans un État religieux », dit Olivier Arvisais, professeur à la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), qui mène cette recherche sur l\u2019école de l\u2019État islamique.« L\u2019école ne formait pas d\u2019enfants- soldats à envoyer au front.La programmation informatique cherchait tout de même à former une génération de moudjahidines pour la guerre du XXIe siècle, qui est notamment numérique », précise le spécialiste de l\u2019éducation dans les zones de conflit.Incursion dans les écoles de l\u2019EI Le régime pédagogique du groupe armé État islamique consacrait 70 % du temps à la religion, a découvert une équipe de l\u2019UQAM STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR L e Web est né il y a trente ans, un lundi comme maintenant.Le 13 mars 1989 précisément, quand a été créé le premier site Internet.Ce jour-là, les trois pages «Culture et société» du Devoirproposaient un bilan du 7eFestival international du film sur l\u2019art et une critique de trois soirs de concerts symphoniques sur le thème de la mort.Un article expliquait que les ventes de disques compacts dépasseraient les 12 milliards pendant l\u2019année.Le texte expliquait qu\u2019une décennie auparavant, la cassette dominait ce marché et des éditeurs au Japon commençaient à abandonner le vinyle.Un autre article parlait d\u2019audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) où l\u2019Association des réalisateurs de la radio venait de dénoncer des compressions budgétaires qui «menaçaient de mort» Radio-Canada.Et quoi encore ?L\u2019exemplaire uniquement en papier du journal proposait aussi des horaires La grande révolution numérique amplifiée par l\u2019interconnexion du réseau des réseaux a fait basculer en ligne une bonne part des productions audiovisuelles et textuelles.SPENCER PLATT/GETTY IMAGES/AFP VOIR PAGE A 2 : ARTS VOIR PAGE A 8 : BLOC VOIR PAGE A 3 : ÉCOLE Le grand congrès de refondation du Bloc québécois s\u2019est avéré davantage le lieu d\u2019une réconciliation en vue de l\u2019élection fédérale cet automne.Car pour le reste, au terme d\u2019un an de réflexion, le Bloc québécois a choisi de conserver ses mêmes grands axes.Le Bloc 2.0 demeurera donc « une coalition d\u2019indépendantistes », un parti progressiste « vert et écologique », « féministe », qui « prône la laïcité de l\u2019État » et qui « s\u2019oppose au multicultu- ralisme », stipulent les nouveaux principes d\u2019orientation du parti qu\u2019ont adoptés 250 délégués bloquistes réunis en congrès cette fin de semaine à Sorel- Tracy.La cinquantaine de motions qu\u2019ils ont adoptées n\u2019a presque rien modifié aux positions traditionnelles de la formation.« Ça ne change rien », a admis bien candidement un député.Les jeunes militants du Bloc québécois avaient pourtant réclamé, l\u2019an dernier, une « mise à zéro de la plateforme et des statuts », dans le but de se sortir de la crise qui le déchirait sous la chefferie de Martine Ouellet.Une grande réflexion s\u2019apparentant à celle qu\u2019entamera bientôt le Parti québécois.Au fil des mois, 500 propositions ont été présentées puis synthétisées pour en faire 47 motions, qui forment le nouveau programme du parti.Toutes, à quelques exceptions près, ont été adoptées.L\u2019instigatrice de cet effort de refon- dation n\u2019est pas pour autant déçue du résultat.L\u2019idée n\u2019était pas de « réinventer pour réinventer », assure la présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois, Camille Goyette-Gingras.« Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on se donne le droit de tout changer qu\u2019on se donne l\u2019obligation de tout changer » YVES-FRANÇOIS BLANCHET » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 Révolution numérique culturels (scènes, cinéma, télévision) et plusieurs publicités pour des émissions de radio ou de télévision et pour des films aussi.Où en sommes-nous ?Ce qui est bel et bien né ce jour-là il y a trente ans a-t- il fait disparaître ce qui vivait bel et bien ce jour-là ?Oui et non.Les CD ont certes disparu, ou tout comme.La musique s\u2019écoute surtout en streaming.La grande révolution numérique amplifiée par l\u2019interconnexion du réseau des réseaux a aussi fait basculer en ligne une bonne part des productions audiovisuelles et textuelles, y compris l\u2019information maintenant multimédia.Les publicités ont largement migré vers Internet, où quelques géants monopolisent des profits stratosphériques.Des modèles commerciaux des industries de la culture et des communications parfois multicentenaires vacillent et s\u2019effondrent.En même temps, le Web avance, et la culture reste plus ou moins telle qu\u2019elle a toujours été.Des concerts, il y en a encore à la pelle à couvrir, ou pas.Il se publie plus de livres que jamais.Et Ra- dio-Canada existe toujours.Une révolution ?Ceci n\u2019a donc pas tué cela, tout en le modifiant profondément.D\u2019ailleurs comment peut-on qualifier les effets sur la culture du Web en particulier et de la grande numérisation en général ?Doit-on au fond parler de révolution ?« J\u2019ai toujours été prudent avec ce qualificatif parce que c\u2019est un lieu commun de dire qu\u2019à chaque nouveau développement technologique, on déclare une révolution », répond le professeur Christian Poirier de l\u2019Institut national de recherche scientifique (INRS), spécialiste des industries culturelles et de l\u2019environnement numérique.« Cela dit, il y a des transformations claires.La prudence demande de bien comprendre les continuités, les discontinuités et les spécificités d\u2019une avancée technologique à l\u2019autre.» Le recul de trente ans permet de prendre de la hauteur face aux mutations.Les recherches empiriques et qualitatives aussi.Or, selon M.Poirier, les enquêtes centrées sur les dynamiques individuelles permettent de nuancer le portrait du grand bouleversement.« Il y a des nuances entre l\u2019idée que tout a basculé et celle qu\u2019au fond, c\u2019est du pareil au même, dit-il.On le voit quand on constate que la plupart des opérateurs dans le Web remobilisent des stratégies classiques des industries culturelles des années 1950, 1960 ou 1970.» C\u2019est le cas de Netflix, qui adopte la très classique option de l\u2019intégration verticale : la compagnie impériale se met à faire de la production après avoir bouleversé la diffusion.Le film Roma, une production netflixienne, ça vous dit quelque chose ?Disney, inversement, va bientôt offrir sa plateforme de mise en streaming.« La question du produit demeure centrale, et le bon vieux modèle de l\u2019abonnement de la chaîne HBO ou du câble, comme chez Illico, marche encore, ajoute le spécialiste de l\u2019INRS.ITunes, c\u2019est un vidéoclub en ligne.Il faut faire attention aux effets de nouveauté.Lorsqu\u2019on creuse, on découvre des redéploiements d\u2019anciennes manières, mais sur le territoire numérique.» Une révolution ! Jean-Robert Bisaillon, lui, n\u2019a pas peur de parler de révolution.« J\u2019utilise ce terme très souvent », dit le codirecteur de Lattice, le laboratoire de recherche sur la découvrabilité et les transformations des industries culturelles à l\u2019ère du commerce électronique.Il cite des spécificités révolutionnaires du nouvel outil mondial : la bidirectionnalité, l\u2019interaction et le partage des échanges.« Tout cela signale une rupture, par rapport à l\u2019imprimerie par exemple, explique-t-il.En plus, la numérisation accroît la dématérialisation.Maintenant, quand on crée des exemplaires, théoriquement, il n\u2019y a pas de perte d\u2019information.Ce clonage, qui n\u2019est pas de la simple copie, a d\u2019énormes répercussions sur notre façon de consommer les arts et la culture, mais aussi sur la capacité de rémunérer les créateurs.» Lui-même issu du monde musical, M.Bisaillon souligne à quel point cet univers a été transformé en trois décennies.« Le livre papier résiste très bien.Les arts visuels aussi.Les arts vivants subissent la concurrence indirecte du Web et des nouveaux médias.Ils pourraient d\u2019ailleurs bien mieux utiliser ces nouveaux moyens de communication.La musique, elle, est facile à numériser et peu lourde.Elle génère des données sur les goûts des consommateurs qui permettent de profiler très finement les individus, les récepteurs.» D\u2019où la force des services comme Spotify.Cette compagnie suédoise, numéro un de l\u2019écoute de musique en ligne, vient de porter plainte contre Apple devant la Commission européenne pour concurrence déloyale.Les géants s\u2019entrechoquent et la mutation en cours se caractérise aussi par ce gonflement de mégacompagnies internationales.Netflix représente à elle seule 15 % du trafic Internet mondial et dépasse la moitié des téléchargements en soirée dans certains pays.En additionnant des chaînes YouTube ou des services comme iTunes et Amazon Prime, le streaming vidéo totalise 60 % de la bande passante.Qui sait où on en sera dans trente ans et ce qu\u2019on retrouvera dans Le Devoir, s\u2019il existe toujours, le 13 mars 2049, un samedi\u2026 Il y a cent et mille exemples de mutations par le Web.La Fabrique culturelle en est une et toute une.La plateforme purement numérique a eu cinq ans le 11 mars.La créature de Télé-Québec a été fondée à l\u2019origine pour diffuser des vidéos.Elle est maintenant alimentée par dix bureaux régionaux (le plus récent à Montréal), où de trois à cinq pros produisent du contenu multifor- mat, du texte au multimédia immersif.Les balados viennent d\u2019y arriver avec La vie secrète des libraires.La Fabrique s\u2019associe à quelque 150 partenaires à travers le Québec, dont le Festival Regards qui se terminait dimanche à Saguenay.En cinq ans, le pure player a relayé environ 9000 capsules vidéo et contenus divers, dont un bon tiers de productions maison.« Le Web a permis cette diffusion massive, mais ce que je trouve plus intéressant, c\u2019est la possibilité de parler de contenus plus nichés », dit Jeanne Dompierre, rédactrice en chef de La Fabrique culturelle et jeune romancière (Dopamine).« On ne fait pas dans l\u2019actualité culturelle.On ne cherche pas le buzz.Nous sommes sur tout le territoire québécois pour braquer nos caméras et nos micros sur des artistes et des artisans, des créations et des joyaux du patrimoine qui ne recevraient pas normalement tant d\u2019attention médiatique.Le Web permet aussi de trouver le public pour ce contenu niché ».Certaines diffusions attirent des dizaines de milliers de curieux, d\u2019autres quelques centaines seulement.Le rayonnement déborde largement les frontières, surtout dans la francophonie.La Fabrique a évidemment sa page Facebook.« Tout le monde est en compétition avec tout le monde pour capter l\u2019attention des gens, et pas seulement sur le Web, dit la rédactrice en chef, elle-même pour ainsi dire née avec Internet.On atteint un temps de saturation.Il en reste juste un peu pour l\u2019audio, les balados.» Mme Dompierre se décrit comme quelqu\u2019un de « très nuancé ».Elle voit bien les immenses avancées positives du Web pour la culture, y compris par la démocratisation des moyens de production et de diffusion, dont la Fabrique n\u2019est qu\u2019un exemple parmi des milliers d\u2019autres.Elle sait aussi que, paradoxalement, la grande numérisation porte aussi en elle le danger d\u2019une uniformisation des contenus et d\u2019un contrôle des données.« On paye la consommation culturelle avec notre vie privée, résume- t-elle.Avec le Web, nous sommes aussi devenus le produit.» La fabrique du Web ATTENTAT DE CHRISTCHURCH Montréal exprime sa solidarité Une famille musulmane se recueillait près de l\u2019une des mosquées attaquées vendredi en Nouvelle-Zélande.MARTY MELVILLE AGENCE FRANCE-PRESSE ARTS SUITE DE LA PAGE A 1 Réunis au square Victoria pour rendre hommage aux 50 musulmans tués vendredi en Nouvelle-Zélande, quelques centaines de Montréalais ont dénoncé, dimanche après-midi, la montée de l\u2019intolérance, et plus particulièrement la hausse des discours haineux qui abreuvent les tueurs.« Il y a plusieurs politiciens et journalistes qui bâtissent leur réputation [en misant] sur la haine et l\u2019islamophobie.Ils ne sont pas loin, ils sont parmi nous et ils sont coupables par association», a lancé à la foule Alladin Abou Sharbin, l\u2019un des organisateurs du rassemblement.«Les mots peuvent être dangereux», a enchaîné l\u2019imam Hassan Guillet.«Les journalistes qui ne surveillent pas leurs mots ont du sang sur les mains, les politiciens qui ne veulent pas prendre leurs responsabilités [en faisant des gestes pour lutter contre l\u2019islamophobie] ont du sang sur les mains», a-t-il clamé.Présente au rassemblement, la mai- resse Valérie Plante a annoncé qu\u2019une surveillance policière accrue sera déployée autour des mosquées de la métropole.Les drapeaux ont été mis en berne à l\u2019hôtel de ville de Montréal, dimanche soir, et les lumières de l\u2019édifice ont été éteintes en solidarité avec les victimes de la tuerie de Christchurch.Il faut montrer «à ceux et celles qui incitent à la haine, soit par des gestes soit par des mots, que c\u2019est inacceptable.Ce n\u2019est pas le monde dont nous voulons», a-t-elle déclaré.Plusieurs ont rappelé que le nom d\u2019Alexandre Bissonnette était gravé sur l\u2019un des chargeurs du tueur.«J\u2019ai honte de voir que plutôt que d\u2019exporter nos valeurs d\u2019ouverture et de générosité, on est en train d\u2019exporter la haine et la violence», s\u2019est attristé l\u2019imam Guillet.Au milieu de la foule étaient d\u2019ailleurs déployées d\u2019immenses affiches à l\u2019effigie des six victimes de la tuerie perpétrée à la grande mosquée de Québec en janvier 2017, toutes flanquées des mots «tué par l\u2019islamopho- bie».«C\u2019est comme s\u2019ils étaient là avec nous, mais qu\u2019ils ne pouvaient pas parler, qu\u2019ils ne pouvaient pas exprimer leurs sentiments face à cette haine pour laquelle il y a des gens de tous les horizons, de toutes les origines, de toutes les religions, qui meurent», a évoqué Warda Naili.Car au-delà d\u2019un crime contre les musulmans, il s\u2019agit d\u2019une atteinte à l\u2019humanité entière, a souligné Abdel Hamid, croisé sur place.«Je n\u2019aime pas parler de communautés.Quand des hommes meurent dans des circonstances pareilles, c\u2019est l\u2019humanité tout entière qui doit bouger.» Aux côtés des nombreux musulmans rassemblés se trouvaient, entre autres, des juifs.«Nous avons besoin de nous unir et de mettre nos différences de côté», a fait valoir le rabbin Boris Dolin.Visiblement encore sous le choc, Teri Higgins, une Néo-Zélandaise qui vit à Montréal, portait, dans un mélange de tristesse et de fierté, son drapeau national sur ses épaules.«Je tenais à venir pour exprimer ma solidarité», a-t-elle expliqué.En Nouvelle-Zélande, tout comme en Australie, au Koweït et au Pakistan, entre autres, l\u2019heure était également au recueillement dimanche.À Christchurch, des montagnes de fleurs et de mots de sympathie sont apparus près des deux mosquées prises pour cible, vendredi, par un suprémaciste blanc.La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, qui a fait deux apparitions publiques, un voile noir sur ses cheveux, a annoncé dimanche que les premières dépouilles seraient restituées dimanche soir, et les dernières d\u2019ici mercredi.Des dizaines de tombes étaient en cours de préparation lundi matin au cimetière de Christchurch.Les 50 victimes sont âgées de 3 à 77 ans.Trente-quatre blessés demeurent hospitalisés.Dans tout le pays, un élan de solidarité a été observé, avec notamment des millions de dollars de dons et des achats de nourriture destinés aux victimes.Depuis le drame, plusieurs actes d\u2019héroïsme sont ressortis dans les médias.Abdul Aziz, un Australien d\u2019origine afghane, se trouvait à la mosquée de Linwood avec ses quatre enfants lorsque le tireur y a fait irruption.L\u2019homme s\u2019est emparé d\u2019un fusil vide laissé par le tueur en lui criant plusieurs fois « Viens par ici ! » dans le but de l\u2019éloigner de la mosquée.« Je voulais juste sauver autant de vies que possible, quitte à perdre la mienne », a-t-il dit à l\u2019AFP.Abdul Aziz a continué à poursuivre le tireur qui s\u2019enfuyait en voiture avant que celui-ci soit interpellé par les policiers.Avec l\u2019Agence France-Presse MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Des perquisitions en Australie La police antiterroriste australienne a annoncé avoir perquisitionné lundi matin deux habitations relativement à l\u2019attentat contre les deux mosquées.Ces habitations se trouvent dans l\u2019État de Nouvelle-Galles-du- Sud, dans les villes de Sandy Beach et de Lawrence.Elles sont situées près de Grafton, là où le suspect, Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans, a grandi, même s\u2019il a passé les dix dernières années à l\u2019étranger.« L\u2019objectif premier est d\u2019obtenir formellement des éléments pouvant aider la police néo-zélandaise dans son enquête», a expliqué la police australienne dans un communiqué.Elle n\u2019a pas fourni plus de précision sur ce qui l\u2019avait amenée là ni ce qu\u2019elle espérait y trouver.Selon la police australienne, la famille du suspect, qui a été officiellement inculpé pour meurtre samedi, «continue d\u2019aider la police dans ses recherches», et rien ne laisse craindre «une menace actuelle ou imminente».Agence France-Presse J\u2019ai honte de voir que plutôt que d\u2019exporter nos valeurs d\u2019ouverture et de générosité, on est en train d\u2019exporter la haine et la violence HASSAN GUILLET » INTERNATIONALE D\u2019EXTRÊME DROITE.UNE CHRONIQUE DE FRANÇOIS BROUSSEAU.PAGE B 1 ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 La fraise D e la Nouvelle-France jusqu\u2019au port de Saint-Malo, Jacques Cartier ramena des Naturels, comme furent appelés les premiers habitants du pays.Ils moururent.Du Canada, il rapporta aussi, semble-t-il, des plants de fraisiers.On en prit soin.Ils survécurent.Toutes les variétés de fraises, hormis celles des bois, sont issues de plants des Amériques.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019une fraise ?Pour les amateurs dont je suis, quand la fraise a le goût de la fraise, la vie a celui du bonheur.De toutes les confitures commercialisées, celles à la saveur de fraise se vendent le mieux.Je dis « saveur de fraise » parce qu\u2019allez donc savoir quelle part de fruits véritables contient pareille gelée sucrée.L\u2019industrie agro-alimentaire a savamment développé des repères.Les arômes sont décuplés par des exhausteurs de goût, des solvants ou d\u2019autres produits.Devant une odeur que l\u2019on attribue à la fraise, nous réagissons en chiens de Pavlov.Les caractéristiques synthétisées par l\u2019industrie nous ont dressés afin que nous les associions à l\u2019idée que nous nous en faisons.À l\u2019injonction d\u2019une forme, d\u2019une couleur, d\u2019une odeur, nous répondons en bavant : ceci est une fraise.Quand j\u2019ai vu, la semaine dernière, la fraise du Dr Julien se pointer dans l\u2019actualité sans que, pour une fois, elle soit étalée comme une couche de bons sentiments sucrés, je me suis dit qu\u2019on allait enfin se questionner sur ce qu\u2019on nous fait avaler depuis tant d\u2019années à son sujet.Pensez donc : un homme réputé bon se voit soudain critiqué par son personnel au point de susciter des démissions.Une quinzaine d\u2019employés et d\u2019administrateurs l\u2019ont quitté en claquant la porte.Le tout a donné lieu à des témoignages à charge plutôt troublants, recueillis et publiés par l\u2019irremplaçable Isabelle Hachey.Après avoir nié avec véhémence sa responsabilité, Gilles Julien a fini par présenter ses excuses à ses « employés présents et passés, bénévoles, partenaires et donateurs », mais sans aller jusqu\u2019à reconnaître des gestes d\u2019intimidation ou de harcèlement psychologique à leur égard.Dans l\u2019étalage des déceptions consécutif à ces révélations, on continue de considérer le Dr Julien essentiellement en fonction de sa personnalité charismatique plutôt que pour ce qu\u2019il me semble avoir toujours été : un puissant révélateur d\u2019un malaise social.Le discours du Dr Julien révèle et reflète en effet cette tendance à croire que le progrès social est désormais une coquille de noix dont il ne convient plus d\u2019espérer, sinon à travers quelques coups d\u2019épée d\u2019individus isolés qu\u2019on nous présente comme de preux chevaliers.Au milieu d\u2019une panne généralisée des grandes espérances politiques, les nouveaux agents de circulation des idées semblent avoir convenus qu\u2019il vaut mieux que chacun accepte le monde tel qu\u2019il est.Tandis que les gouvernements successifs sabraient à bras raccourcis les programmes sociaux, le bon Dr Julien restait bienveillant.Les bouchers de l\u2019État ne souhaitaient plus soutenir l\u2019universalité, mais une initiative privée comme la sienne était en quelque sorte priée de le masquer.Le Dr Julien pouvait donc demeurer confiant et annoncer à répétition « de bonnes nouvelles » pour son organisme.La vertu qui lui était accordée ne cessait ainsi de servir les intérêts de ceux qui s\u2019employaient à la souligner.Mais le Dr Julien, s\u2019il avait été le moindrement conséquent avec ses prétentions d\u2019aider la société, aurait très vivement dénoncé toute cette boucherie présentée comme de la « ré- ingénierie sociale ».Or ce fut le contraire qui se produisit.Encore en janvier 2018, dans un de ses nombreux billets relayés dans La Presse, Gilles Julien continuait de parler d\u2019un « État providence au trop plein pouvoir », tout en continuant de se nourrir de sa dépouille.En matière d\u2019équité sociale, le Dr Julien plaide pour un statu quo maquillé de vœux pieux.Alors que les disparités ne cessent de croître, l\u2019instauration de modalités pour assurer une meilleure redistribution des avantages sociaux n\u2019est pas son affaire, dit-il.Le 30 décembre 2015, il écrit : « ce serait subversif et pas très amical de ma part ».Pourquoi critique- rait-il les structures économiques et sociales ?Voyez-vous, poursuit-il, « j\u2019estime trop mes amis pour me lancer dans cette aventure ».D\u2019ailleurs, « on peut penser que nos amis privilégiés s\u2019impliquent dans un changement majeur ».Mais peut-on sérieusement penser que ses « amis privilégiés » arriveront soudain, comme par enchantement, « à se rapprocher des autres de différentes façons pour non seulement influencer la santé de chaque individu mais aussi celle de la société tout entière » ?Les âmes charitables qui doivent leur éclat aux projecteurs des médias et à la renommée que confère la richesse nous éblouissent.On en oublie alors la valeur inestimable du travail quotidien, souvent ingrat, de toutes ses âmes anonymes dont les actions bonnes auront toujours ce défaut d\u2019être le fait du simple quotidien.Les enseignantes, exténuées, qui œuvrent au milieu de quartiers défavorisés, les travailleurs sociaux oubliés des CLSC, les infirmières et les médecins dévoués qui défendent le système de santé, les acteurs des groupes communautaires, payés avec des piécettes des fonds des tiroirs de l\u2019État, toutes ces personnes, dont le souci des autres repose sur l\u2019action régulière et constante, sur la volonté d\u2019agir pour la société, sont en quelque sorte comme ces fraises que j\u2019aime : ils rendent la vie bonne.Cela sera toujours difficile à accepter pour ceux et celles qui ont les deux mains dans les pots de confitures, fussent-elles artificielles.JEAN- FRANÇOIS NADEAU Un élève de l\u2019école Irénée- Lussier, dans le quartier d\u2019Hochelaga- Maisonneuve JACQUES NADEAU LE DEVOIR MARCO FORTIER JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR L\u2019impasse budgétaire entourant la construction d\u2019une nouvelle école pour élèves handicapés dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve n\u2019est pas près de se résorber.Le ministre de l\u2019Éducation estime que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) doit refaire ses devoirs pour combler le manque à gagner de 9,4 millions de dollars en vue d\u2019aménager cet ambitieux projet d\u2019école pour élèves ayant une déficience intellectuelle.Ceux qui souhaitaient une solution rapide au manque de financement de la nouvelle école Irénée-Lussier devront s\u2019armer de patience.La Coalition avenir Québec a beau avoir promis de doter le Québec des « plus belles écoles du monde », le ministre Jean-François Roberge prévient qu\u2019il est hors de question de combler le trou financier à même le premier budget du gouvernement Legault, qui sera déposé jeudi.« La CSDM a modifié sa demande initiale autorisée par le ministère, d\u2019où l\u2019écart entre la somme accordée et celle que la commission scolaire juge nécessaire », a indiqué au Devoir Francis Bouchard, attaché de presse du ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.« Le dossier suit son cours, et des échanges ont lieu entre le ministère et la commission scolaire à ce sujet.Le dossier révisé n\u2019est pas encore sur le bureau du ministre, il est donc prématuré de se prononcer à ce stade-ci.Celui-ci l\u2019étudiera avec attention le temps venu », a-t-il précisé.Un projet hors de l\u2019ordinaire La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, souhaite que le gouvernement approuve au plus vite la construction d\u2019un nouveau bâtiment pour l\u2019école Irénée-Lussier.L\u2019ancien ministre libéral de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, était venu annoncer en grande pompe le projet, en décembre 2016, mais depuis, les coûts ont explosé : le Conseil du trésor a autorisé un budget de 41,05 millions de dollars, mais la facture s\u2019élève désormais à 50,5 millions.La plus grande commission scolaire du Québec attribue cette augmentation à la surchauffe de l\u2019industrie de la construction à Montréal et à la complexité du projet.Une école comme celle-là, conçue pour 250 élèves atteints de déficience intellectuelle moyenne ou profonde (dont la moitié a aussi un trouble du spectre de l\u2019autisme), nécessite des aménagements hors de l\u2019ordinaire : espaces élargis pour permettre au personnel de soutien de jouer son rôle auprès des enfants, ascenseur, air climatisé, cuisine professionnelle pour offrir la formation aux élèves plus âgés\u2026 L\u2019aménagement d\u2019un gymnase, qui pourrait profiter à toute la population montréalaise, et non aux seuls élèves de l\u2019établissement, fait partie du projet.La présidente de la CSDM imagine un partenariat avec la Ville de Montréal pour partager les coûts, mais la mai- resse Valérie Plante affirme que la Ville n\u2019en a pas les moyens.« Je ne veux pas minimiser l\u2019importance d\u2019une école, mais la Ville de Montréal a énormément de responsabilités avec des ressources et des revenus somme toute très limités.De prime abord, j\u2019inviterais la commission scolaire à trouver des solutions avec le ministre de l\u2019Éducation.Je pense que c\u2019est là que la clé se trouve », a-t-elle indiqué au Devoir.ÉDUCATION Québec renvoie la CSDM à la planche à dessin Les coûts du projet pour la nouvelle école Irénée-Lussier pour élèves handicapés a explosé de plus de 9 millions de dollars en deux ans Compter des pommes.et des roquettes ÉCOLE SUITE DE LA PAGE A 1 Terrorisme et éducation Le groupe armé État islamique a régné durant trois ans sur un large territoire situé à cheval sur l\u2019Irak et la Syrie.Le « califat » est désormais pratiquement dissous sous la pression de la coalition militaire internationale, dont fait partie le Canada, qui a chassé les combattants islamistes du pouvoir.Le groupe EI, qui a revendiqué des attentats partout dans le monde, est considéré comme terroriste par le Canada, les États-Unis, l\u2019Union européenne, les Nations unies et la Ligue arabe.Dès le début du règne du groupe EI, à l\u2019été 2014, le régime a créé un ministère de l\u2019Éducation inspiré de son projet politique.« Ça s\u2019est fait dans l\u2019urgence, mais ils ont quand même pris soin d\u2019écrire aux parents pour annoncer le nouveau parcours scolaire et justifier leurs choix pédagogiques », explique Olivier Arvisais.Le ministère a recruté 400 enseignants de religion, qu\u2019il a chargés de rédiger les manuels scolaires du nouveau régime.Dans cette « théocratie totalitaire », tous les enseignants ont dû se « repentir » (ils avaient travaillé pour un système d\u2019éducation mécréant) et faisaient l\u2019objet d\u2019une surveillance par leurs proches.« La question demeure : qu\u2019est-ce qui s\u2019est passé à l\u2019échelle de la classe quand la porte était fermée ?À quel point les enseignants ont-ils résisté ?Ont-ils continué d\u2019enseigner en catimini le programme officiel ?[en vigueur dans le reste du pays et sur le territoire du califat avant la prise du pouvoir par le groupe EI] », explique Olivier Arvisais.Pommes, pizzas, kalachnikov L\u2019enseignement de la programmation se faisait à l\u2019aide de l\u2019outil pédagogique Scratch, développé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT).Les animations montrent des soldats protégeant des puits de pétrole contre l\u2019envahisseur américain.Les manuels de mathématiques enseignaient aux enfants à compter des pommes, des pizzas, mais aussi des balles de fusil, des roquettes, des chargeurs de kalachnikov ou des prisonniers de guerre.En sciences, chaque chapitre s\u2019ouvre sur une sourate du Coran.Olivier Arvisais souligne que tous les visages d\u2019humains et d\u2019animaux sont brouillés, conformément à une vision rigoriste de l\u2019islam.Le système prévoyait des écoles non mixtes, mais tout indique que les filles ont eu peu accès à l\u2019éducation, souligne le chercheur.Contre la radicalisation Le professeur Arvisais a été mis sur la piste de l\u2019enseignement dans les écoles du groupe EI par ses contacts dans les milieux diplomatique et humanitaire.De fil en aiguille, lui et son équipe de l\u2019UQAM ont reçu par la poste des centaines de documents scolaires produits par le califat : manuels didactiques, examens, notes de formation des directeurs d\u2019école.Ils ont constaté par la suite que presque tout le programme pédagogique du groupe EI se trouvait en ligne.Des collègues de l\u2019Université Paris 8 ont contribué au projet en menant des entrevues avec des enseignants syriens et irakiens qui ont trouvé refuge en Europe.Des directeurs d\u2019école qui sont toujours dans la zone de conflit ont aussi accepté de contribuer aux recherches.Olivier Arvisais compte aller en Irak au cours des prochains mois.« Le fait d\u2019avoir une connaissance fine de la doctrine de l\u2019État islamique peut aider à construire des contre-nar- ratifs efficaces contre la radicalisation violente.On veut aider les Irakiens et les Syriens à retrouver un système d\u2019éducation qui ne fait pas la promotion de la haine, de l\u2019exclusion ou de l\u2019intolérance.» Les âmes charitables qui doivent leur éclat aux projecteurs des médias et à la renommée que confère la richesse nous éblouissent Le fait d\u2019avoir une connaissance fine de la doctrine de l\u2019État islamique peut aider à construire des contre- narratifs efficaces contre la radicalisation violente OLIVIER ARVISAIS » LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 ACTUALITÉS A 4 CHRIS STEIN À ADDIS-ABEBA AGENCE FRANCE-PRESSE Les données des boîtes noires du Boeing 737 Max 8 qui s\u2019est écrasé le 10 mars en Éthiopie, faisant 157 morts de 35 nationalités, ont mis en évidence des « similarités claires » avec l\u2019écrasement en octobre d\u2019un appareil du même type au large de l\u2019Indonésie, a annoncé dimanche la ministre éthiopienne des Transports.Des centaines de personnes ont rendu hommage le même jour aux victimes éthiopiennes de l\u2019accident lors d\u2019une cérémonie en la cathédrale d\u2019Ad- dis-Abeba.Dix-sept cercueils recouverts du drapeau éthiopien \u2014 huit membres d\u2019équipage et neuf passagers \u2014 ont été transportés à travers les rues de la capitale, suscitant une vive émotion chez les proches des victimes.L\u2019accident en Éthiopie est le second en moins de cinq mois pour le modèle Boeing 737 Max 8, désormais cloué au sol dans de très nombreux pays, dont les États-Unis, sur fond d\u2019interrogations sur les causes de cette catastrophe.« Lors de l\u2019enquête sur l\u2019enregistreur des paramètres [FDR \u2014 Flight Data Recorder], des similarités claires ont été notées entre le vol 302 d\u2019Ethiopian Airlines et le vol 610 de Lion Air », a déclaré la ministre Dagmawit Moges au cours d\u2019une conférence de presse.Ces parallèles doivent « faire l\u2019objet d\u2019une étude plus approfondie ».Similarités inconnues La ministre, interrogée à plusieurs reprises par des journalistes sur la question, n\u2019a pas précisé quelles étaient ces similarités.Elle a en revanche indiqué que le rapport préliminaire sur les causes de l\u2019écrasement serait publié dans 30 jours.Les boîtes noires retrouvées sur le lieu de l\u2019écrasement \u2014 le FDR ainsi que l\u2019enregistreur des discussions dans le cockpit \u2014 avaient été envoyées en France pour analyse.Dimanche, le Bureau d\u2019enquêtes et d\u2019analyses français a annoncé que « les données contenues Des « similarités claires » entre l\u2019écrasement des deux Boeing 737 Max 8 Les parallèles entre les accidents des compagnies Lion Air et Ethiopian Airlines doivent être approfondis MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Source intarissable d\u2019énergie verte, les éoliennes sont aujourd\u2019hui cantonnées aux grands espaces, là où les vents soufflent plus fort.Mais Ted Statho- poulos, lui, rêve d\u2019implanter cette technologie verte en milieu urbain.« L\u2019intérêt d\u2019installer des éoliennes dans les villes, c\u2019est que ça nous permet de produire l\u2019énergie directement là où elle est utilisée », fait remarquer le professeur du Département de génie du bâtiment, civil et environnemental de l\u2019Université Concordia.Rencontré au Laboratoire d\u2019aérodynamique des bâtiments avec soufflerie, situé au sous-sol de l\u2019EV Building de l\u2019Université Concordia, Ted Statho- poulos parle avec passion de ses études menées sur le vent.« Le vent est généralement notre ennemi, mais lorsqu\u2019on parle de la dispersion des polluants ou encore de l\u2019énergie éolienne, le vent devient notre ami.Il nous aide à assainir l\u2019air et à produire de l\u2019énergie », note le chercheur.Le vent, qui fait tourner les turbines, n\u2019a toutefois pas la même vigueur en milieu urbain qu\u2019en milieu rural.Pour améliorer la performance des éoliennes installées dans les villes, Ted Stathopoulos et son équipe cherchent donc à déterminer les formes optimales que devraient prendre les éoliennes et les meilleurs endroits pour les installer sur les toits des édifices.C\u2019est à ce moment que la soufflerie à couche limite, située au cœur du Laboratoire d\u2019aérodynamique des bâtiments de Concordia, revêt toute son importance.Dans cet immense tunnel qui génère du vent, le chercheur installe, sur un plateau rotatif, une panoplie de maquettes, représentant des édifices de toutes sortes et sur lesquelles sont ancrées des éoliennes de différentes formes.« Ça nous permet de simuler la manière dont le vent interagit avec les édifices et les autres structures pour déterminer quel type d\u2019éoliennes est le plus efficace et où il faut les placer », explique M.Stathopoulos.Actuellement, aucune éolienne n\u2019est en activité à Montréal.Mais bientôt, un modèle expérimental sera installé sur le toit de l\u2019agrandissement du pavillon des sciences appliquées du campus Loyola de l\u2019Université Concordia, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.Un projet qui sera rendu possible grâce à une subvention de la Fondation canadienne pour l\u2019innovation.«On va pouvoir mettre les éoliennes à différents endroits sur le toit de l\u2019édifice pour vraiment étudier leur performance, sur le terrain, avec du vrai vent», ex- Des éoliennes en milieu urbain ?Un modèle expérimental sera bientôt installé à l\u2019Université Concordia RECHERCHE ET INNOVATION Le traditionnel défilé de la Saint-Patrick a débuté dimanche à midi, à Montréal, sur la rue Sainte-Catherine à la hauteur de la rue du Fort.Environ 2500 figurants ont participé à cette 196e édition, le tout sous un soleil frisquet de fin d\u2019hiver.Le défilé, qui s\u2019est terminé près de la rue Metcalfe au cours de l\u2019après-midi, comptait une vingtaine de chars allégoriques et une quinzaine de fanfares.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Montréal revêt son manteau vert plique le chercheur avec enthousiasme.« On va pouvoir récolter beaucoup de données.Ça va vraiment nous permettre de faire progresser nos recherches.» Pour l\u2019instant, les éoliennes en milieu urbain ne sont pas prêtes à être commercialisées.« Mais je suis sûr qu\u2019on va les voir un jour à Montréal », soutient Ted Stathopoulos.Déjà, des modèles expérimentaux ont été installés à Londres et d\u2019autres à Dubaï, dans les tours du Bahrain World Trade Center.« On s\u2019en va dans cette direction.Ça va arriver.Je ne sais pas quand, mais en poursuivant nos recherches, ça va nous permettre d\u2019atteindre un point où ce sera financièrement viable.J\u2019en suis convaincu.» Multiples applications Loin d\u2019être limitée aux recherches sur les éoliennes, la soufflerie à couche limite de l\u2019Université Concordia \u2014 la seule du genre au Québec \u2014 permet à Ted Stathopoulos et à son équipe d\u2019effectuer une multitude de simulations pour évaluer les effets du vent sur les édifices et, de manière plus générale, sur les villes.Quel type de pression est exercée par le vent sur les tours de bureaux ?Comment la forme des édifices influe-t-elle sur cette pression ?Qu\u2019arrive-t-il si une fenêtre vole en éclats ?Quel effet a le vent sur les accumulations et la dispersion de la neige dans la ville ?Comment éviter les bourrasques entre les bâtiments ou dans les stationnements ?Au-delà de la recherche universitaire, l\u2019équipe de Ted Stathopoulos offre également son expertise à des clients externes.Il y a quelques années, lorsque des étudiants de l\u2019Université McGill ont perdu connaissance, en plusieurs occasions, au Pavillon McIntyre des sciences médicales, l\u2019institution s\u2019est tournée vers l\u2019équipe d\u2019ingénieurs.Ceux-ci ont alors réalisé une maquette de l\u2019édifice et de ses alentours pour vérifier plusieurs hypothèses.«On s\u2019est rendu compte que, certaines journées, selon la direction des vents et avec l\u2019effet du mont Royal juste à côté, les substances toxiques qui étaient déversées vers l\u2019extérieur par le système de ventilation retournaient dans l\u2019édifice par l\u2019entremise des conduits de climatisation », causant les malaises, explique M.Stathopoulos.D\u2019immenses filtres ont donc été ajoutés aux conduits pour assainir l\u2019air dans l\u2019édifice.La preuve, s\u2019il en fallait une, que le vent peut autant être un allié qu\u2019un ennemi à combattre.Ce contenu est réalisé en collaboration avec l\u2019Université Concordia.Selon Ted Stathopoulos, l\u2019implantation d\u2019éoliennes sur le toit de l\u2019Université Concordia dans Notre-Dame-de-Grâce va faire progresser les recherches en permettant d\u2019étudier les performances des éoliennes en situation réelle.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR [dans les boîtes noires] avaient été télé- chargées avec succès » et « remises à l\u2019équipe d\u2019enquête éthiopienne ».Depuis l\u2019écrasement du 10 mars, de nombreux experts et responsables ont évoqué des similarités entre l\u2019accident d\u2019Ethiopian Airlines et celui de l\u2019avion de la compagnie indonésienne Lion Air, qui s\u2019était abîmé en mer en octobre au large de l\u2019Indonésie (189 morts).Comme dans le cas de Lion Air, la chute du Boeing d\u2019Ethiopian Airlines a eu lieu peu de temps après le décollage.Les deux appareils ont connu des montées et des descentes irrégulières juste après avoir décollé.Profils similaires Selon le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, des « experts ont comparé le profil [du vol Ethiopian Airlines] avec le profil de Lion Air » et « il y a des parallèles » dans leurs trajectoires et leurs « variations ».L\u2019enquête sur l\u2019accident de Lion Air a pour le moment mis en cause un dysfonctionnement dans le système de stabilisation en vol destiné à éviter un décrochage de l\u2019avion, le MCAS (Manoeuvering Characteristics Augmentation System).Le MCAS, conçu spécialement pour les 737 Max en raison de moteurs plus gros et plus lourds que ceux équipant les 737 d\u2019ancienne génération, met l\u2019avion en « piqué » lorsque l\u2019appareil est en décrochage afin de regagner de la vitesse \u2014 sur la base d\u2019une appréciation erronée dans ce cas.Le New York Times a rapporté jeudi que le pilote aux commandes du Boeing 737 Max 8 d\u2019Ethiopian Airlines avait rencontré une situation d\u2019urgence immédiatement après le décollage, demandant d\u2019une «voix paniquée» un retour alors que la vitesse de l\u2019avion augmentait dangereusement.Des sources proches du dossier ont indiqué vendredi à l\u2019AFP que Boeing devrait modifier dans une dizaine de jours le système MCAS mis en cause dans l\u2019accident de Lion Air, tout en spécifiant que cette modification ne présageait pas des causes de l\u2019accident d\u2019Ethiopian Airlines.Comme dans le cas de Lion Air, la chute du Boeing d\u2019Ethiopian Airlines a eu lieu peu de temps après le décollage.Les deux appareils ont connu des montées et des descentes irrégulières juste après avoir décollé. SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 ien connues des artistes et des entrepreneurs, les campagnes de sociofi- nancement gagnent en popularité auprès de patients québécois n\u2019ayant les moyens de payer des traitements coûteux pour améliorer leur quotidien, voire sauver leur vie.La méthode fait ses preuves, mais témoigne d\u2019une faille dans le système public de santé, aux yeux des principaux concernés et des experts.50 000 $.C\u2019est la somme dont Charles Plourde, 36 ans, atteint d\u2019un cancer du cerveau de niveau quatre, a besoin pour se payer un médicament recommandé par son médecin, remboursé ni par ses assurances ni par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ).Il a donc lancé il y a dix jours une collecte de fonds sur Facebook, suivant le conseil de son médecin.«Comme mon objectif est de vivre le plus longtemps possible avec mes enfants et mon amoureuse, je vous demande, bien humblement, de m\u2019aider à payer ce truc que l\u2019on nomme Avastin.Merci de considérer cette demande, qui n\u2019est vraiment pas facile à faire pour moi\u2026» À peine 12 heures après sa publication, l\u2019objectif était déjà atteint grâce à la générosité de plus d\u2019un millier de personnes : amis, famille, collègues, connaissances, abonnés Facebook ou même de parfaits inconnus.La somme récoltée a même doublé depuis, et il reste encore une quinzaine de jours à sa campagne de sociofinancement.À la mode Une méthode par laquelle est aussi passé Simon Jodoin, un ancien joueur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, en janvier dernier.Souffrant de sévères symptômes de commotions cérébrales, il aimerait bénéficier du système PoNs, un traitement prometteur récemment approuvé par Santé Canada mais qui n\u2019est pas remboursé par la RAMQ.Il lui aura suffi d\u2019une demi-journée pour atteindre son objectif de 30 000 $ \u2014 soit le coût du traitement de 14 semaines \u2014 et même le dépasser.« Les plateformes sur Internet, créées essentiellement pour permettre de faire des dons, sont populaires.C\u2019est dans l\u2019air du temps ! » souligne Jonathan Deschênes, professeur de marketing à HEC Montréal.Autrefois, les donateurs passaient par un tiers, tels des organismes caritatifs, pour soutenir une cause.Au- jourd\u2019hui, les réseaux sociaux et autres plateformes de sociofinancement permettent un soutien direct à une personne dans le besoin.« Ça rapproche le donateur de sa bonne action et ça donne l\u2019idée qu\u2019on a un impact réel sur la vie de quelqu\u2019un, surtout quand on connaît la personne qu\u2019on veut aider, ce qui est généralement le cas », explique le professeur.Les collectes de dons dans le domaine de la santé ont aussi la particularité de ramener « la pureté du geste », selon lui.« C\u2019est un don du cœur sans rien attendre en retour, note M.Deschênes.On voit moins ça avec les collectes de fonds pour lancer son entreprise ou sa carrière artistique.Le bénéficiaire des dons, s\u2019il atteint son objectif, va souvent offrir quelque chose en retour à ses donateurs.On entre alors dans la logique du don et contre-don.» Grand défenseur des organismes de bienfaisance, M.Deschênes reconnaît toutefois qu\u2019appeler à la charité sur les réseaux sociaux semble efficace et bien plus rapide pour atteindre son objectif.Pour l\u2019instant du moins\u2026 « Si tout le monde s\u2019y met, pas sûr que ça marchera autant dans dix ans.» Mais il n\u2019est pas donné à tout le monde d\u2019avoir recours à une telle méthode.Selon Bryn Williams-Jones, du Centre de recherche en éthique (CRE), cela crée de grandes iniquités puisque seules les personnes à l\u2019aise avec Internet et les réseaux sociaux \u2014 ayant idéalement une histoire touchante \u2014 peuvent recueillir une importante quantité de dons si facilement.« Si tu es une vieille madame avec une maladie chronique, qui ne connaît rien à Internet, tant pis, tu ne vas jamais bénéficier de ça, illustre-t-il.Pourtant, cette madame a besoin d\u2019être soignée et a le droit de l\u2019être, comme tout citoyen.» Un point également soulevé par l\u2019ex-joueur de hockey Simon Jodoin.« J\u2019ai été agréablement surpris d\u2019amasser autant d\u2019argent, en même temps, je sais que je suis privilégié avec mon réseau, étant une personnalité publique.» Souffrant depuis des années d\u2019insuffisance rénale, Michel Savard, comédien et directeur d\u2019audition, est sous dialyse depuis fin 2017 et attend une greffe de rein.Le mois dernier, à bout de souffle, il a appelé à la générosité de ses contacts sur les réseaux sociaux.Lui aussi concède que son réseau d\u2019amis, de connaissances dans le milieu et d\u2019abonnés sur Facebook, l\u2019a grandement aidé à récolter les 20 000 $ dont il avait besoin.«En attente d\u2019une greffe que j\u2019espère imminente, les ressources s\u2019amenuisent.Dans cette situation, il m\u2019est impossible de travailler.Il me manque toujours des sous pour vivre décemment et avec le temps, les dettes s\u2019accumulent.Le temps n\u2019est donc plus à l\u2019orgueil, j\u2019ai besoin de votre aide», avait-il écrit.L\u2019homme de 45 ans a bien essayé de retourner quelques mois au travail, mais « ç\u2019a été une catastrophe », sa condition lui a même fait perdre certains contrats.« Je suis tombé deux fois très malade en pleine journée de travail, raconte-t-il.Quand je dirige une audition, j\u2019ai plus de 100 personnes à voir par jour, je ne peux pas m\u2019arrêter en plein milieu.» « Je n\u2019ai pas l\u2019impression de le mériter cet argent, mais en même temps, j\u2019en ai tellement besoin », poursuit le comédien, encore mal à l\u2019aise avec la situation.Car en tant que travailleur autonome, ses assurances privées lui offrent à peine 300 dollars par semaine pour vivre, ce qui rend le quotidien plus que difficile.Un système défaillant « Si on est rendu à devoir se faire soutenir par notre entourage et à laisser les gens dans une situation aussi précaire se débrouiller, c\u2019est que le système n\u2019est plus vraiment public », critique M.Savard.Le professeur Bryn Williams-Jones abonde dans ce sens.« L\u2019État a la responsabilité de protéger les gens dans le besoin et d\u2019assurer à tous des soins de santé de qualité.Chacun de nous paye des impôts pour que ce système public fonctionne, mais quand vient le temps d\u2019être la personne qui a besoin d\u2019aide, ce n\u2019est plus si simple », s\u2019offusque-t-il.Et faire individuellement appel à la charité pour se soigner ou survivre n\u2019est pas une solution, à ses yeux, mais plutôt un symptôme du problème.«Comme État, on a trop investi dans la protection de l\u2019intérêt économique au lieu de prioriser l\u2019intérêt public, comme avoir accès à des soins de santé.» Un avis partagé par Damien Contan- driopoulos, professeur à l\u2019École de sciences infirmières de l\u2019Université de Victoria, qui rappelle que la « maladie est une malchance » et peut arriver à n\u2019importe qui, entraînant des difficultés tant de santé que financières.Il nuance toutefois ses propos, indiquant que le sujet est difficile à aborder lorsqu\u2019il s\u2019agit de distinguer ce qui est scientifiquement valable de ce qui ne l\u2019est pas.Certains malades sont tellement désespérés qu\u2019ils finissent par croire à des solutions miracles et vont demander de grosses sommes d\u2019argent pour des médicaments ou des traitements dont l\u2019efficacité n\u2019a pas été prouvée.« Je comprends les gens de vouloir aller jusqu\u2019au bout des possibilités pour guérir, mais parfois, c\u2019est justifié que le gouvernement ne rembourse pas certains types de traitements ou de médicaments.On ne va pas payer avec de l\u2019argent public des charlatans sous prétexte que des gens sont désespérés », laisse-t-il tomber.Financer sa fécondation in vitro, se payer un médicament contre le cancer ou une opération hors de prix : de plus en plus de Québécois en appellent à la générosité de leur entourage et de parfaits inconnus en lançant une collecte de fonds sur les réseaux sociaux.ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR SANTÉ Patients malades cherchent âmes charitables La multiplication des campagnes de sociofinancement témoigne d\u2019une faille dans le système de santé public, selon des experts Charles Plourde, 36 ans, atteint d\u2019un cancer du cerveau de niveau quatre, a lancé une collecte de fonds sur Facebook pour se payer un médicament recommandé par son médecin SAISIE D\u2019ÉCRAN FACEBOOK B Souffrant depuis des années d\u2019insuffisance rénale, Michel Savard, comédien et directeur d\u2019audition, est sous dialyse depuis fin 2017 et attend une greffe de rein.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Ça rapproche le donateur de sa bonne action et ça donne l\u2019idée qu\u2019on a un impact réel sur la vie de quelqu\u2019un, surtout quand on connaît la personne qu\u2019on veut aider, ce qui est généralement le cas JONATHAN DESCHÊNES » LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ls étaient plusieurs dizaines de milliers à manifester pour le climat à Montréal et des milliers d\u2019autres à Québec, Gatineau, Sherbrooke ou Sept-Îles.Des élèves du primaire et du secondaire, des cégépiens, des étudiants, des professeurs, des parents et autres citoyens.On rapporte que la manifestation issue de ce mouvement mondial de grève étudiante pour le climat a réuni 30 000 personnes à Paris.C\u2019est donc dire l\u2019envergure relative des mouvements qui ont eu lieu au Québec.Vendredi, quelque 2000 villes dans plus de 100 pays ont été le théâtre de semblables rassemblements dont l\u2019importance était variable.Mais au Québec, plus qu\u2019ailleurs, peut-on observer, la lutte contre les changements climatiques est un enjeu qui mobilise fortement les jeunes.Et les moins jeunes, doit-on convenir.Il est bon de rappeler la portée politique du message que la jeune Suédoise Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans, a lancé à la face des dirigeants réunis en décembre dernier à la 24e Conférence de l\u2019ONU sur le climat (COP24) : « Vous dites que vous aimez vos enfants [\u2026], mais vous détruisez leur avenir devant leurs yeux », a- t-elle déclaré.La militante ne veut pas de l\u2019« espoir » que serinent aux jeunes les acteurs politiques.« Je veux que vous paniquiez.Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours.» Sur fond d\u2019angoisse écologiste, alimentée par la détérioration de la vie sur terre, réelle menace pour l\u2019espèce humaine, Greta Thunberg s\u2019en prend à l\u2019apathie de la classe politique, à sa crainte de devenir impopulaire, à sa propension à mettre la tête dans le sable.Malgré la sévérité de son constat, la jeune militante comprend instinctivement que des solutions existent et que leur application dépend du pouvoir politique.Certes, la menace est planétaire, mais c\u2019est aux nations d\u2019agir.La passivité des uns ne justifie pas l\u2019inaction des autres.Le gouvernement Legault devrait en prendre bonne note.Il ne peut se réfugier derrière le fait que nombre de manifestants n\u2019avaient pas l\u2019âge de voter, encore que les jeunes qui en ont l\u2019âge exercent peu leur droit de vote.Il ne s\u2019agit pas de sa réélection dans quatre ans, mais d\u2019un enjeu qui dépasse les considérations politiques habituelles.Les manifestations de vendredi ne sont qu\u2019un exemple parmi d\u2019autres d\u2019un mouvement qui prend de l\u2019ampleur.En novembre dernier, une marche pour le climat a réuni à Montréal quelques dizaines de milliers de personnes, et le Pacte pour la transition, une initiative de Dominic Champagne et consorts, a recueilli au dernier décompte plus de 250 000 signatures.En outre, quelque 300 municipalités ont appuyé la « Déclaration citoyenne universelle d\u2019urgence climatique » qui en appelle à une réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre (GES).Certains trouveront que ces appels sont alarmistes.Or, à mesure que les années passent, les conséquences du réchauffement climatique se vérifient.Les climatosceptiques sont confondus : ils n\u2019ont pas plus de crédibilité aujourd\u2019hui que les créationnistes.Dans ce contexte, le gouvernement Legault est à la traîne.Non seulement la Coalition avenir Québec n\u2019a presque pas parlé d\u2019environnement lors de la campagne électorale, une lacune que François Legault a reconnue, mais son gouvernement, presque six mois après sa victoire, semble pris au dépourvu.Il n\u2019a élaboré aucun plan d\u2019ensemble et n\u2019a proposé jusqu\u2019ici qu\u2019une mesure nécessaire mais limitée, celle de mieux gérer le Fonds vert, avançant à tâtons à la faveur d\u2019une approche à la pièce encore bien floue et poursuivant des objectifs souvent incompatibles avec la réduction des GES.Le projet du troisième lien à Québec est un des exemples de cette contradiction caquiste.Déposé jeudi de cette semaine, le premier budget du gouvernement Le- gault donnera une indication de l\u2019importance qu\u2019il entend accorder à la mission environnementale.Le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) et son nouveau titulaire, Benoit Charette, seront-ils cantonnés dans un rôle étriqué, sorte de facilitateurs pour leur clientèle que sont les promoteurs privés ?Se verront- ils confier au contraire une mission transversale pour donner l\u2019heure juste sur les impacts des projets et pour en promouvoir d\u2019autres, que ce soit en matière d\u2019étalement urbain et de transport, d\u2019agriculture ou de développement économique ?Dans un contexte de changements climatiques, mais aussi en raison des menaces qui pèsent sur la biodiversité, la production alimentaire, la santé publique et la création de richesse à long terme, la protection de l\u2019environnement n\u2019a rien d\u2019accessoire : elle doit conditionner l\u2019action du gouvernement.Denis Trudel Comédien Un autre branle-bas de combat dont le mouvement indépendantiste a le secret cette semaine.Une députée quitte le Parti québécois disant ne plus croire à la capacité du parti de rassembler.Elle considère (comme bien d\u2019autres) que le PQ n\u2019est plus le véhicule privilégié pour amener le Québec vers l\u2019indépendance.Triste constat.Vraiment.Le PQ vit une réalité un peu schizophrène, car il est de loin le parti avec la base la plus nombreuse (autour de 75 000 membres) et une des plus dynamiques.D\u2019un autre côté, malgré une campagne solide, un communicateur hors pair à sa tête et un programme pragmatique, les résultats de la dernière élection ont été catastrophiques.Que faire maintenant ?Jean- Martin Aussant est arrivé à peu près à ces constats il y a quelques années.Il a décidé de fonder un nouveau parti.Sans moyens et avec un idéalisme et une fougue admirables, les quelques milliers de jeunes (et moins jeunes) qui l\u2019ont suivi sont allés chercher une maigre, mais tout de même spectaculaire, proportion de 2 % du vote.Ce parti est désormais parti chez\u2026 QS.De plus, relancer l\u2019aventure d\u2019un nouveau parti suppose que, dans les premières années, les ennemis à abattre seraient nos frères, sur les terres desquels il faudrait d\u2019abord chasser : le PQ d\u2019abord et QS ensuite.Voulons-nous vraiment perdre les deux prochaines élections en guerre fratricide sous les regards amusés de nos vrais ennemis ?Qu\u2019est-ce qui a changé depuis 2012 qui nous laisserait espérer un résultat différent ?Rien, évidemment ! Alors quoi ?Le maître mot en cette période devrait être l\u2019unité.Pas trois partis évidemment.Pas deux non plus.Un seul, et il existe déjà.Je pense que la meilleure stratégie pour espérer continuer à rêver à court terme au pays est de se joindre à Québec solidaire.J\u2019entends déjà les commentaires : ils ne sont même pas indépendantistes et leur plate-forme est loufoque ! Peut-être, mais imaginez un peu l\u2019impact que pourrait avoir sur ce parti l\u2019arrivée massive de 75 000 indépendantistes (les membres du PQ qui achèteraient une carte de membre de QS) en plus des 9 députés prêts à gommer les quelques irritants du programme de QS.Le PQ a une plus grosse armée que QS, utilisons-la ! Évidemment, cela demanderait de la discipline et un plan de match solide.Mais de toute façon, QS, en se rapprochant du pouvoir, va probablement opérer une migration vers le centre de l\u2019échiquier politique de manière naturelle.Cette opération contribuerait seulement à accélérer un processus politique presque inéluctable.«Oui, mais la moitié de leur électorat n\u2019est pas indépendantiste»! Et alors?Ils sont progressistes.Nous aussi.On peut se comprendre.Et voici un électorat «prenable».De toute façon, pour arriver au pays, il faudra en convaincre quelques centaines de milliers d\u2019autres.Commençons par les plus «sensibles» à la cause.En fait, les grands objectifs de Q S ( p l u s d\u2019é g a l i t é h o m m e - femme, plus d\u2019environnement, moins de pauvreté, meilleur accès aux services de santé, plus de culture) sont partagés par tous les péquistes et par une bonne partie de la population du Québec d\u2019ailleurs.Reste à déterminer les moyens\u2026 Mais parlons-nous ! Québec solidaire est désormais le dépositaire du rêve et en politique aussi (et même surtout), le rêve est essentiel.Et pour ma part, je crois à la foi indépendantiste des leaders de ce parti.Et je pense que le problème le plus fondamental est d\u2019accepter que, désormais, le parti qui peut le plus nous amener au pays est un parti pour lequel ce n\u2019est pas la priorité.Évidemment, cela demandera du doigté, une sensibilité, de l\u2019abnégation et de la diplomatie.Mais l\u2019enjeu est à ce prix.Mais rappelons-nous que l\u2019indépendance n\u2019appartient à personne.C\u2019est une valeur en soi.Et c\u2019est une valeur progressiste.Maintenant , autant je suis convaincu que c\u2019est la solution la plus simple, la plus rapide et la plus réalisable, autant je suis convaincu que, pour toutes sortes de mauvaises raisons, ce n\u2019est pas ce qui va arriver au Québec dans les prochaines années.Mais je serai de tout cœur aux côtés de toute initiative un peu crédible.Car il y a urgence.Unité, s\u2019il vous plaît ! Trudeau : pas à une contradiction près Une photo publiée dans Le Devoir de vendredi, le jour même où des milliers de jeunes se mobilisaient pour le climat, a de quoi faire sourciller.On y voit la ministre canadienne de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, poser en compagnie de Steven Guilbeault, qui, après avoir appuyé l\u2019ancien premier ministre Jean Charest, est devenu officiellement «conseiller spécial» du gouvernement Trudeau! La rencontre avait pour but de discuter d\u2019un supposé «plan climatique» fédéral.Mais le texte ne dit pas s\u2019il a été question du fait que pour soutenir l\u2019exploitation des sables bitumineux, les Canadiens sont devenus propriétaires d\u2019un pipeline qui, en fin de compte, leur coûtera au moins sept milliards de dollars\u2026 Sur son site Web, le même jour, Le Devoir diffusait une autre photo beaucoup plus éloquente mettant en vedette une jeune manifestante tenant une affiche sur laquelle était écrit : « Les calottes sont cuites ».Michel Préville Montréal, le 15 mars 2019 Le parti pour l\u2019unité existe déjà LIBRE OPINION LETTRES CONSCIENCE CLIMATIQUE Au gouvernement Legault de s\u2019amender I ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Les grands objectifs de QS sont partagés par tous les péquistes et par une bonne partie de la population du Québec d\u2019ailleurs.Reste à déterminer les moyens\u2026 Mais parlons-nous ! ROBERT DUTRISAC sants, n\u2019en a abordé que superficiellement le thème.Dommage, le sujet est certainement pertinent.En art visuel, les vernissages accueillent nombre d\u2019artistes, quelques parents et amis, mais très peu de public.À l\u2019heure où l\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019attitude du public à trouver trop normale la culture gratuite, on devrait aussi se demander si on ne l\u2019a pas trop endormi en lui laissant croire qu\u2019une brillante élite veillait au grain pour répartir les budgets vers les individus et les projets les plus méritants, et ce, sans jamais lui demander son avis.Si on espère voir revenir le public dans la culture, il faudra lui faire confiance, l\u2019inviter au débat, le laisser choisir et l\u2019intégrer aux jurys qui octroient les budgets.François Hudon Le 15 mars 2019 refuser de reconnaître ses peurs, ses doutes, son manque de confiance, sa peur de faire peur, ses tendances victimaires, voire sa honte.Au lieu de se regarder lui- même dans le miroir, il a cherché un sauveur.Tout s\u2019est passé comme s\u2019il avait souhaité l\u2019émancipation de son peuple sans passer lui-même par l\u2019étape incontournable, essentielle, de sa propre émancipation.On ne se décolonise pas en faisant semblant d\u2019être au-dessus de cette condition.On la reconnaît, on l\u2019assume; on va à la racine de son propre mal, et on le dépasse.C\u2019est la grande différence entre les souverainistes d\u2019ici et ceux d\u2019ailleurs: les souverainistes catalans, écossais et autres ont entrepris leur émancipation intérieure, ils ont une maturité qui fait défaut ici.Quand j\u2019ai vu l\u2019effondrement du PQ aux dernières élections, moi qui ai pourtant voté pour ce parti, j\u2019ai senti un soulagement: enfin, l\u2019agonie était finie, le parti qui devait incarner la fierté québécoise, mais qui est devenu le miroir insupportablement fidèle de tous les complexes du Canadien français, sortait de scène.On ne peut alors blâmer certains indépendantistes décomplexés (et fatigués) de vouloir repartir à neuf.Comme on a refusé le courageux examen de conscience ou la thérapie, il n\u2019y a pas eu de guérison.Sans guérison, il y a mort certaine.Comme on dit en France, il faut repartir sur de nouvelles bases\u2026 saines.Benoît LeBlanc Brossard, le 15 mars 2019 Inclure le public J\u2019étais ce soir [jeudi] au débat du Devoir «Art vivant, public absent?» qui, même s\u2019il était bien intentionné avec des panélistes forts intéres- Le déni Si le Parti québécois ne doit pas disparaître \u2014 ça semble être le souhait du Devoir \u2014, alors le pé- quisme, lui, doit certainement mourir car il est la cause première de son propre déclin depuis un bon moment déjà.Catherine Fournier l\u2019a très bien compris.Et le pé- quisme se résume en un seul mot: le déni.Le PQ a raté toutes les occasions depuis bientôt 24 ans de se faire face, c\u2019est-à-dire de reconnaître les raisons profondes qui l\u2019empêchent de défendre son option.C\u2019est avec un mélange d\u2019incrédulité, de désarroi et de profonde frustration que j\u2019ai observé ce parti A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Me Marco Laverdière Avocat, et chercheur associé de la Chaire de recherche du Canada sur la culture collaborative en droit et politiques de la santé de l\u2019Université de Montréal L\u2019échange de correspondance des derniers mois entre la ministre fédérale de la Santé, Mme Ginette Petitpas Taylor, et son homologue du Québec, Mme Danielle McCann, concernant les examens diagnostiques facturés aux patients dans le secteur privé, est une énième escarmouche entre Ottawa et Québec concernant le financement et la couverture des services de santé.Et malheureusement, c\u2019est un débat bien mal engagé sur le plan juridique, mais peut-être aussi sur le plan politique.D\u2019abord, suivant ce qui a été rapporté de la lettre de la ministre McCann, on peut noter que le fait que le Québec ne reconnaisse pas la « légitimité » de la Loi canadienne sur la santé (LCS) ne change pas grand-chose au fait que celle-ci s\u2019est appliquée et devrait continuer de s\u2019appliquer, malgré tout, aux fins des transferts fédéraux en santé, dont le Québec ne peut manifestement se passer.Par ailleurs, rien n\u2019indique que les Québécois n\u2019adhèrent pas à l\u2019objectif de la LCS, soit le maintien d\u2019un système public permettant à chacun d\u2019obtenir des services de santé en fonction de ses besoins plutôt qu\u2019en fonction de sa capacité de payer.Cet objectif se trouve d\u2019ailleurs inscrit, de différentes façons, dans les lois québécoises concernant le financement et l\u2019organisation des services de santé.Du reste, on a pu observer que l\u2019adhésion de la population à cet objectif s\u2019est manifestée au cours des dernières années, dans le dossier des frais accessoires.Sous la pression d\u2019Ottawa et d\u2019une menace d\u2019actions judiciaires fondées sur la LCS, mais sans doute aussi en tenant compte de l\u2019humeur de l\u2019électorat reflété par les positions exprimées par les différents partis politiques représentés à l\u2019Assemblée nationale, le gouvernement du Québec a décidé de corriger le tir et de mettre fin, pour l\u2019essentiel, aux frais accessoires facturés par des médecins et par d\u2019autres professionnels participant au régime public.Or, ce qui était vrai dans le cas des frais accessoires aux termes de la LCS, ne l\u2019est pas nécessairement dans le cas des examens diagnostiques rendus au privé et facturés aux patients.Dans ce dernier cas, c\u2019est la position exprimée par la ministre Petitpas Taylor, dans sa lettre d\u2019août 2018, qui laisse perplexe.Ainsi, son affirmation selon laquelle «tous les frais imposés aux patients pour ces services contreviennent à la Loi canadienne sur la santé» n\u2019apparaît pas compatible avec le texte même de la LCS, ni avec l\u2019interprétation que pourraient en faire les tribunaux, si on considère les propos suivants que tenait en 2005 la juge Marie Deschamps, de la Cour suprême du Canada, dans la désormais célèbre affaire Chaoulli (2005 CSC 35, par.16 et 17): « La Loi canadienne sur la santé ne prohibe pas les services de santé privés, pas plus qu\u2019elle ne fixe de balises quant à la durée de l\u2019attente susceptible d\u2019être jugée compatible avec les principes qu\u2019elle énonce, particulièrement celui de l\u2019accessibilité réelle.[\u2026] La Loi canadienne sur la santé ne constitue donc qu\u2019un cadre général, qui laisse une large marge de manœuvre aux provinces.[Il] existe plusieurs façons d\u2019aborder la dynamique secteur public/secteur privé sans recourir à une prohibition.» Concrètement donc, pour se conformer à la LCS et bénéficier des transferts fédéraux en santé, le Québec doit assurer un accès satisfaisant à une gamme de services diagnostiques et thérapeutiques médicalement nécessaires, sans frais accessoires ou modérateurs, soit notamment les services hospitaliers et les services médicaux couverts par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ).De fait, la LCS ne prévoit pas vraiment d\u2019interdiction ou de restriction quant à l\u2019existence d\u2019une offre parallèle de services privés, aux frais des patients.Par exemple, depuis la création du système de santé québécois, au début des années 1970, la Loi sur l\u2019assurance maladie prévoit la possibilité pour des médecins de prendre le statut de « non participants » au régime public d\u2019assurance maladie, leur permettant ainsi de rendre des services médicaux aux frais du patient, sans possibilité de remboursement auprès de la RAMQ.Alors qu\u2019il s\u2019est agi d\u2019un phénomène plutôt marginal pendant plusieurs années, le nombre de médecins non participants connaît une certaine croissance ces dernières années.Or, à ce jour, personne n\u2019a laissé entendre que la LCS faisait immédiatement obstacle à ce phénomène et on comprendrait donc mal pourquoi ce serait diffé- rent dans le cas des examens diagnostiques offerts à l\u2019extérieur du système public, aux frais des patients.Finalement, pour éviter un nouveau débat stérile avec, au pire, d\u2019éventuelles contestations judiciaires contre-pro- ductives, et afin de tenir compte d\u2019une adhésion assez large dans la population aux principes d\u2019universalité et d\u2019accessibilité qui sont inscrits dans la législation fédérale et québécoise en matière de santé, on peut souhaiter que l\u2019énergie et les ressources d\u2019Ottawa et de Québec soient orientées vers le rehaussement de l\u2019accessibilité aux services diagnostiques financés par le système public, de façon à ce que toute la population puisse en bénéficier.Ainsi, si la « deuxième vitesse » en cette matière devait continuer à exister, il y aurait alors plus de chances qu\u2019elle demeure un phénomène marginal.SANTÉ Un autre débat mal engagé entre Ottawa et Québec Les ressources doivent viser l\u2019accessibilité aux services diagnostiques du système public Tony Dean Sénateur indépendant depuis novembre 2016 Le Sénat joue un rôle déterminant dans l\u2019élaboration des politiques publiques qui façonnent notre pays.Pourtant, plusieurs projets de loi d\u2019initiative parlementaire subissent le contrecoup du théâtre politique de l\u2019année électorale.Ces derniers mois, il est clair que certains collègues ont affiché leurs couleurs en retardant stratégiquement l\u2019adoption par le Sénat de projets de loi mûrement réfléchis, visiblement pour que ceux-ci meurent au feuilleton à la dissolution du Parlement plus tard cette année.À l\u2019heure actuelle, il est difficile de nous assurer que les textes législatifs sont tous étudiés en profondeur.D\u2019ailleurs, certains projets de loi \u2014 notamment ceux émanant du gouvernement qui visent à modifier la réglementation de l\u2019énergie et la réglementation des armes à feu \u2014 accusent des retards à la Chambre des communes et en comité.D\u2019autres, qui ont parfois déjà fait l\u2019objet d\u2019un examen pointu, sont la cible de discours partisans de plus en plus enflammés.Le projet de loi S-228 en est un parfait exemple.Déposé en septembre 2016 par l\u2019ancienne sénatrice conservatrice Nancy Greene Raine, il vise à protéger nos enfants en restreignant la publicité alimentaire qui les cible.Ce projet de loi est déterminant puisque les aliments et les boissons à teneur élevée en sucre, en sel et en gras saturés sont largement responsables de la crise sanitaire que connaît le pays.Plusieurs ayant passé leur vie à consommer des produits hautement transformés, nos enfants sont particulièrement vulnérables à des types de publicité.Les enfants sont bombardés de publicités de produits de faible qualité nutritive, et ce, sur divers fronts.Le texte de ALIMENTATION ET PUBLICITÉ Projet de loi S-228 : un vote qui tarde Le Sénat doit accélérer le processus.Nos enfants et nos familles le méritent.Pierre Karl Péladeau Président et chef de la direction de Québecor TÉLÉVISION Nos chaînes spécialisées sont en danger L\u2019autorité réglementaire ne souhaite pas encourager l\u2019innovation et la concurrence Que l\u2019on pense à TVA Sports, à LCN, à addikTV ou à CASA, l\u2019énorme intérêt des Québécois pour les chaînes télé spécialisées de Groupe TVA ne se dément pas.Nous sommes fiers d\u2019y proposer des contenus spécialement choisis et créés pour les téléspectateurs, en fonction de leurs goûts et de leurs attentes.Cependant, comme partout ailleurs, la révolution numérique et la mondialisation vul- nérabilisent une réalité déjà fragile, marquée par de profondes iniquités entre les joueurs de l\u2019industrie, encore assujettie à une réglementation de plus en plus obsolète.Aujourd\u2019hui, l\u2019avenir de nos chaînes est en péril.Il faut d\u2019abord comprendre que, pour se financer, toutes les chaînes spécialisées reçoivent des revenus d\u2019abonnements provenant des différents télédistribu- teurs, comme Telus, Bell ou Vidéotron.Or, la réglementation fait en sorte que ces revenus d\u2019abonnements ne correspondent plus à la valeur de nos chaînes, mais favorisent malencontreusement un seul joueur dominant, Bell, qui reçoit 49% de la part des revenus d\u2019abonnements payés par l\u2019ensemble des télédistributeurs.Comment en sommes-nous arrivés là ?Les chaînes spécialisées que Bell détient aujourd\u2019hui \u2014 d\u2019ailleurs acquises en grande partie à la suite de la transaction controversée avec Astral \u2014 ont fait leur apparition dans le paysage télévisuel canadien il y a plus de trente ans.Ces chaînes bénéficiaient alors d\u2019un monopole et de protections réglementaires leur conférant des avantages concurrentiels et tarifaires.Au tournant des années 2000, TVA a innové en créant de nouvelles chaînes spécialisées, apportant un vent de changement et de diversité dans l\u2019industrie.Depuis, leur popularité ne cesse de croître.En revanche, les parts d\u2019écoute et le nombre d\u2019abonnés des chaînes de Bell sont en décroissance.Malgré ces faits, malgré ces chiffres, les revenus d\u2019abonnements de Bell augmentent, et ce, en raison d\u2019un héritage monopolistique qui n\u2019a plus raison d\u2019être aujourd\u2019hui.Plus concrètement, comment expliquer les augmentations des tarifs de distribution de Bell alors que ses parts d\u2019écoute, au Québec, ont chuté de 6 parts de 2014 à 2018?Au contraire, pour la même période, comment comprendre que la croissance de 5 parts pour les chaînes spécialisées de Groupe TVA ne se traduit pas par un ajustement significatif des revenus d\u2019abonnements versés par les télédistributeurs?Comment expliquer qu\u2019avec des investissements comparables à RDS, TVA Sports reçoit près de 40% moins de revenus d\u2019abonnements?Comment aussi expliquer que LCN, la chaîne spécialisée la plus regardée au Québec avec 2,1 parts de marché de plus que RDI, obtient un tarif inférieur?La réponse est tristement claire : l\u2019autorité réglementaire ne souhaite pas encourager l\u2019innovation et la concurrence, mais préfère protéger les privilèges historiques des anciens monopoles.Et ces iniquités ont des conséquences néfastes sur la pérennité de nos chaînes et de nos contenus.Il est impératif de rééquilibrer les tarifs de distribution de l\u2019ensemble des chaînes spécialisées, non pas en se basant sur les tarifs historiques, mais en fonction de la juste valeur marchande de chaque chaîne, établie selon des critères objectifs tels que la popularité des services.Ainsi, il faut baisser les tarifs des chaînes qui ne sont pas ou peu regardées par les téléspectateurs et récompenser les chaînes les plus performantes.Le consommateur n\u2019a pas à payer plus cher pour ses chaînes, c\u2019est à l\u2019industrie de s\u2019adapter.Avant d\u2019atteindre le point de rupture, nous lançons aujourd\u2019hui un signal d\u2019alarme, par le biais d\u2019une vaste campagne d\u2019information (justevaleur.ca).Le système de radiodiffusion est brisé, et la situation doit changer.C\u2019est la survie de notre identité culturelle qui est en jeu, affectant par le fait même notre capacité à produire du contenu qui nous ressemble et qui nous rassemble.Il y a urgence à agir ! Le système de radiodiffusion est brisé, et la situation doit changer.C\u2019est la survie de notre identité culturelle qui est en jeu.Ce projet de loi vise à protéger nos enfants en restreignant la publicité alimentaire qui les cible.ISTOCK loi, qui attend l\u2019approbation du Sénat, réglementera la publicité destinée aux enfants de 12 ans et moins \u2014 les commandites sportives n\u2019étant pas touchées.En l\u2019espace de deux ans et demi, le projet de loi S-228 a été étudié, débattu et approuvé par le Sénat et la Chambre des communes.Il a aussi fait l\u2019objet d\u2019un examen à deux reprises en comité \u2014 j\u2019y ai moi-même participé alors que j\u2019étais membre du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.Après d\u2019importants amendements, le projet de loi est maintenant de retour au Sénat pour approbation finale.Comme il est largement appuyé, on s\u2019attendait à ce que le vote définitif soit imminent.Or cela n\u2019a pas été le cas.Il est entre les mains du Sénat depuis cinq mois, et les deux premières semaines de séances se sont écoulées sans qu\u2019on mentionne la tenue d\u2019un vote avant l\u2019ajournement préélectoral.Si le Sénat est un acteur moderne et important de notre processus législatif, il se doit de fonctionner efficacement en consacrant le temps nécessaire pour améliorer d\u2019importantes lois et en adoptant rapidement les projets qui ont franchi toutes les étapes nécessaires, comme le S-228.Cette bonne gérance, nos enfants et nos familles la méritent.En juin 2016, le projet de loi C-14 sur l\u2019aide médicale à mourir a perturbé les pratiques habituelles du Sénat et a ainsi inspiré, à son avantage, une planification judicieuse des débats.C\u2019était avant ma nomination, mais j\u2019ai suivi les débats de près, comme des millions de personnes.Ce projet historique et fructueux a mis en lumière la capacité des sénateurs à collaborer efficacement pour protéger les intérêts de la population.De même, l\u2019an passé, j\u2019ai milité pour qu\u2019un processus semblable soit appliqué aux débats concernant le projet de loi C-45 sur la légalisation et la réglementation strictes du cannabis.Les dirigeants se sont entendus sur des échéanciers précis, et les débats, organisés autour de thèmes, donnaient amplement l\u2019occasion aux sénateurs d\u2019étayer leurs points.Plutôt que d\u2019être limités, les amendements étaient regroupés par sujet.Cette approche était transparente et efficace.À l\u2019approche de mai, le Sénat devrait songer à adopter à nouveau ce processus moderne avant la prochaine campagne électorale.À tout le moins, les sénateurs devraient fixer les échéanciers des votes de lois qui ont déjà été examinées à fond et approuvées \u2014 des projets de loi importants, déterminants et non partisans qui amélioreront considérablement la santé publique, comme le S-228. LEDEVOIR // LE LUNDI 18 MARS 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La renaissance du Bloc québécois Le chef, Yves-François Blanchet, rejette lui aussi l\u2019idée que la refondation n\u2019ait accouché que d\u2019une souris, puisque les priorités du parti restent les mêmes.« Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on se donne le droit de tout changer qu\u2019on se donne l\u2019obligation de tout changer », a-t-il fait valoir en point de presse au terme du congrès dimanche.Le chef préfère, lui, parler de « renouvellement ».« C\u2019est du nouveau monde, des nouvelles idées, sans renier ce qui appartenait au passé.» Et en invitant tous les militants à participer à cette refonte des principes du parti, le Bloc a changé sa façon de concevoir son programme pour qu\u2019il vienne de la base.Une victoire en soi, souligne Camille Goyette-Gingras.Cap sur la souveraineté Une nouveauté s\u2019inscrit toutefois au programme du Bloc : un chapitre entier porte sur les positions qu\u2019adopterait le Québec s\u2019il devenait un pays.Près de la moitié des résolutions établissent ainsi qu\u2019un Québec souverain aurait un système politique républicain ; il renierait le serment à la reine et la monarchie ; il hausserait le salaire minimum, instaurerait la gratuité scolaire en enseignement supérieur, restaurerait un tarif unique minime aux centres de la petite enfance ; et Télé-Qué- bec remplacerait Radio-Canada comme diffuseur national, muni d\u2019une chaîne d\u2019information continue et de bureaux régionaux.Les bloquistes ont également appuyé la création d\u2019un État palestinien.Cette feuille de route pour un Québec indépendant a été conçue en guise de « compromis » pour les bloquistes qui réclamaient une promotion plus affirmée de l\u2019indépendance, a- t-on expliqué en coulisses.La semaine dernière, quelques militants affirmaient justement au Devoir qu\u2019ils travaillaient à la création d\u2019un nouveau parti indépendantiste transparlemen- taire, déçus du manque de mordant du Bloc à l\u2019heure actuelle.Dans la salle du congrès, cependant, une poignée de délégués étaient mal à l\u2019aise de voir le parti se prononcer de façon si détaillée.« C\u2019est enlever la légitimité au processus d\u2019assemblée constituante », a notamment déploré un délégué de Portneuf.« On est bien conscients qu\u2019on ne dictera jamais à Québec quoi faire », a rétorqué le président du parti, Yves Perron.« Ce sont des suggestions.C\u2019est un outil pour faire la promotion de l\u2019indépendance tout le temps, sur toutes les tribunes, comme les membres de notre parti nous l\u2019ont demandé au printemps dernier », a-t-il argué, en évoquant le débat qui avait sévi sous la direction de Martine Ouellet.La chef et ses partisans voulaient une promotion plus affirmée de la souveraineté, tandis qu\u2019une majorité des députés et un pan des militants préféraient que le Bloc fasse aussi la défense des intérêts du Québec pour ainsi convaincre du bien-fondé de son projet de société.Le ralliement après la chicane Cette volonté de réconcilier les deux factions du Bloc québécois était bien visible, tout au long de la fin de semaine.Le discours d\u2019ouverture du chef était en outre résolument indépendantiste, pour donner le ton et ainsi couper l\u2019herbe sous le pied de militants qui auraient pu vouloir prendre le micro pour critiquer la direction du parti, a avoué un stratège.Yves-François Blanchet a ainsi assuré que, d\u2019ici à ce que le Québec tienne un nouveau référendum, les bloquistes feront la pédagogie du projet.« Nous allons porter le ballon et le protéger.Nous appellerons à la patience.Et le moment venu, ce ballon, il va de nouveau être entre vos mains à Québec pour le dernier mètre, le dernier but : la victoire, a-t-il fait valoir samedi.Le Québec se portait mieux quand sa voix à Ottawa était indépendantiste.Elle va le redevenir.» Les bloquistes ont même eu droit à une visite surprise de Gilles Duceppe, venu fouetter les troupes à son tour, à sept mois des élections.Au terme de deux jours de débats, le Bloc québécois clamait mission accomplie.« Nous avons réussi ! Le Bloc vient de quitter définitivement les chroniques nécrologiques », s\u2019est réjoui M.Blanchet, qui a assisté à toutes les délibérations.La convergence attendra Bien qu\u2019ils aient semblé se réconcilier quant au double mandat de leur parti, les bloquistes ne sont pas pour autant entendus pour prôner la convergence des troupes indépendantistes.Le « principe de neutralité et de réserve » lors d\u2019élections provinciales a été rejeté à deux reprises.Camille Goyette- Gingras avait pourtant reçu de gros applaudissements en martelant que le « véritable adversaire » n\u2019est pas le nationaliste qui a voté pour la Coalition avenir Québec ou Québec solidaire.Patrice Vachon, de l\u2019exécutif de Québec, qui avait appuyé Québec solidaire en octobre dernier, a quant à lui livré un vibrant plaidoyer en disant s\u2019être senti « trahi » chaque fois que le Bloc appuyait le PQ.Mais en vain.La majorité des blo- quistes ont préféré laisser le soin aux péquistes et aux solidaires de régler cette question.BLOC SUITE DE LA PAGE A 1 Avant son arrivée au pouvoir, la CAQ avait une position ambiguë dans ce dossier.En juin 2016, 7 des 20 députés caquistes s\u2019étaient opposés à l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019immatriculation des armes à feu.JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Quel bilan dresser des premiers mois du gouvernement de la CAQ ?Est-il à l\u2019image de ce que ses partisans espéraient ?Le Devoir est allé à la rencontre de sa base d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. Dernier d\u2019une série de trois textes.150 JOURS DE GOUVERNEMENT CAQUISTE À la droite de la CAQ La CAQ « appliquée » est bien loin de la CAQ espérée par les électeurs, selon la vice-présidente du parti conservateur du Québec, Jessie Mc Nicoll ISABELLE PORTER MARCO BÉLAIR-CIRINO À QUÉBEC LE DEVOIR Si la Coalition avenir Québec (CAQ) continue de gouverner plus au centre qu\u2019à droite, comment ses partisans les plus conservateurs réagiront-ils ?À qui cela pourrait-il profiter ?Aux dernières élections, le Parti conservateur du Québec (PCQ) n\u2019a obtenu que 1,46 % des votes, derrière le Parti vert et à des années-lumière de la Coalition avenir Québec.Une partie des gens qui ont voté CAQ se sont « fait avoir », soutient le chef du PCQ, Adrien Pouliot, 150 jours après la formation du Conseil des ministres ca- quiste.« Il y a des gens qui ne voulaient pas juste un changement de visages, mais du changement dans la façon de gérer, dans le rôle de l\u2019État, dans le poids de la fonction publique, le poids des impôts, de la réglementation\u2026 », avance-t-il.Son parti défend l\u2019idée d\u2019un « vrai gouvernement de droite », qui réduirait les impôts, mais mettrait aussi la hache dans les subventions aux entreprises privées.Or ses partisans les plus visibles et audibles, depuis quelques mois, ne parlent pas d\u2019économie, mais d\u2019un tout autre dossier : le registre des armes à feu.La vice-présidente du parti, Jessie Mc Nicoll milite activement dans le collectif « Tous contre un registre québécois des armes à feu ».Son conjoint, Guy Morin, qui s\u2019est porté candidat dans Portneuf lors des dernières élections générales, est aussi l\u2019une des figures de proue du mouvement anti-re- gistre au Québec.Dans une vidéo diffusée sur la page Facebook du groupe, Mme Mc Nicoll enjoignait récemment aux chasseurs de participer au prochain congrès du PCQ, à la fin avril.« Le flou que la CAQ a laissé en campagne électorale face au registre des armes à feu a suscité beaucoup d\u2019espoir chez un grand nombre d\u2019électeurs, principalement en région», souligne Mme Mc Nicoll dans un bref échange écrit avec Le Devoir.« Je m\u2019implique tant avec Tous contre un registre qu\u2019avec le PCQ.La grogne est palpable, et j\u2019en profite pour faire connaître la position de notre Parti sur la question », précise-t-elle.Avant son arrivée au pouvoir, la CAQ avait une position ambiguë dans ce dossier.En juin 2016, 7 des 20 députés caquistes s\u2019étaient opposés à l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019immatriculation des armes à feu : Éric Caire (La Peltrie), Sébastien Schneeberger (Drummond\u2013Bois-Francs), André La- montagne (Johnson), Chantal Soucy (Saint-Hyacinthe), André Spénard (Beauce-Nord), Marc Picard (Chutes- de-la-Chaudière) et François Paradis (Lévis).L\u2019ex-députée adéquiste et ca- quiste Sylvie Roy (Arthabaska) était aussi du nombre.« Personnellement, je pense qu\u2019un gouvernement caquiste était la meilleure chose qui pouvait arriver au PCQ.La CAQ \u201cappliquée\u201d est bien loin de la CAQ espérée par les électeurs», avance aussi Mme Mc Nicoll.Chroniqueur radio M.Pouliot voit d\u2019un bon œil la mobilisation contre le registre qui se poursuit.« Il y a vraiment beaucoup de gens qui sont contre ce registre-là », dit-il, tout en mentionnant qu\u2019un grand nombre de municipalités ont adopté des résolutions pour signifier leur désaccord avec le registre (on en recense 200 à ce jour).« C\u2019est une autre preuve dans l\u2019esprit de bien des gens que la CAQ c\u2019est un parti comme le Parti libéral.» Malgré tout, M.Pouliot n\u2019est pas prêt à passer à l\u2019offensive, en fédérant tous les déçus du gouvernement Legault de droite.« Je pense qu\u2019il faut être honnête puis donner la chance au coureur », dit-il.Il est « un peu tôt » à son avis pour que la déception à l\u2019endroit de la CAQ se traduise par des gains notables pour sa formation politique.En attendant, il jouit d\u2019une précieuse tribune pour faire connaître ses idées à CHOI-Radio X, qui lui a offert une chronique hebdomadaire.La journée de notre entretien, il y avait dénoncé la position du gouvernement sur les trop- perçus d\u2019Hydro-Québec.Il n\u2019y a pas si longtemps, le politicien à s\u2019y faire entendre le plus souvent était le député caquiste Éric Caire, qui se trouve désormais du côté du gouvernement.Malgré cet apparent changement d\u2019allégeance, les fameuses radios de Québec ne sont pas particulièrement mobilisées contre le gouvernement caquiste.À part peut-être l\u2019animateur Éric Duhaime, qui laissait entendre récemment sur les réseaux sociaux que François Legault « s\u2019éloignait de sa base [\u2026] afin de plaire aux bobos du Plateau Mont-Royal ».La CAQ pourrait-elle être affaiblie par cette droite décomplexée ?Pas du tout, croit Christian Lévesque, ancien député adéquiste devenu conseiller en relations publiques.Cela demeure un courant très « marginal », selon lui.Lors de la fusion de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) avec la CAQ en 2011, un mouvement du genre avait émergé, mais « ils n\u2019avaient pas réussi à garder de l\u2019intérêt », dit cet ancien défenseur du projet de fusion.«Quand on a fait le vote pour se joindre à la Coalition, on avait eu pas loin de 75 % des gens qui étaient prêts à aller de l\u2019avant», insiste-t-il.Youri Rivest, consultant et analyste stratégique pour la CAQ durant la campagne électorale, doute, lui aussi, qu\u2019un tel mouvement puisse s\u2019imposer.« Je ne crois pas qu\u2019il y ait au Québec un marché pour un parti conservateur qui n\u2019est pas nationaliste.La seule droite qui marche au Québec, c\u2019est la droite nationaliste », soutient-il.« Il y aurait peut-être un danger s\u2019il y avait un parti conservateur fort au niveau provincial, un parti de droite qui pourrait ramasser cet électorat-là.Mais en ce moment, il n\u2019y a personne.Donc la CAQ peut vraiment ratisser très large.» Je ne crois pas qu\u2019il y ait au Québec un marché pour un parti conservateur qui n\u2019est pas nationaliste.La seule droite qui marche au Québec, c\u2019est la droite nationaliste [.] Il y aurait peut-être un danger s\u2019il y avait un parti conservateur fort au niveau provincial, un parti de droite qui pourrait ramasser cet électorat-là.Mais en ce moment, il n\u2019y a personne.Donc la CAQ peut vraiment ratisser très large.YOURI RIVEST » Au terme de deux jours de débats, le Bloc québécois clamait mission accomplie.« Nous avons réussi ! Le Bloc vient de quitter définitivement les chroniques nécrologiques », s\u2019est réjoui M. Blanchet, qui a assisté à toutes les délibérations."]
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