Le devoir, 19 mars 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 59 / LE MARDI 19 MARS 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM SANTÉ Le mal américain La multiplication des tests préventifs causerait plus de tort que de bien, selon une étude PAULINE GRAVEL LE DEVOIR INDEX Éditorial.A6 Idées.A7 Culture .B1 Grille TV.B2 Économie.B4 Décès .B4 Sports.B6 Météo .B6 Mots croisés.B6 Sudoku .B6 Monde .B7 Avis légaux .B7 ACTUALITÉS Qu\u2019attendent Québec et les entreprises du budget fédéral ?A 3 et B 5 CULTURE Radio-Canada et son quartier, d\u2019hier à aujourd\u2019hui B 1 ACTUALITÉS Coup d\u2019œil sur un exercice des Forces armées canadiennes à Resolute, au Nunavut A 8 HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Alors que l\u2019affaire SNC-Lavalin paraissait s\u2019essouffler, elle a repris de plus belle lundi, alimentée par le départ du greffier du Conseil privé, Michael Wer- nick, et la décision de Justin Trudeau de demander à une ancienne ministre libérale de le conseiller sur les améliorations à apporter aux façons de faire de son gouvernement.Loin d\u2019apaiser l\u2019opposition, cette nomination n\u2019a que ravivé les railleries.Le premier ministre a annoncé à la période de questions qu\u2019il nommait Anne McLellan pour étudier les « questions soulevées » par l\u2019affaire SNC-Lavalin.Mme McLellan devra déterminer s\u2019il est encore approprié de faire occuper par une seule et même personne les postes de ministre de la Justice et de procureur général.L\u2019une de ces fonctions est politique alors que l\u2019autre exige une stricte neutralité afin de protéger l\u2019indépendance judiciaire.Mme McLellan analysera aussi les pratiques en vigueur en matière d\u2019interactions entre ce ministre bicéphale et le personnel politique et les fonctionnaires.Mme McLellan a été ministre sous les premiers ministres libéraux Jean Chrétien et Paul Martin de 1993 à 2006, notamment à la Sécurité publique, à la Santé et à la Justice.Femme de confiance à la réputation solide, elle a même servi comme vice-première ministre.C\u2019est à elle que le gouvernement de Justin Trudeau avait confié la tâche de faire des recommandations sur la légalisation de la marijuana.Mais l\u2019opposition a jugé cette nomination comme étant hautement partisane.Des hauts cris et des rires sarcastiques ont fusé dès que M.Trudeau en a eu fait l\u2019annonce.« Et voilà ! Des libéraux enquêteront sur des libéraux pour aller au fond de cette affaire », s\u2019est exclamé le chef conservateur, Andrew Scheer.« Sheila Copps n\u2019était pas disponible ?» AFFAIRE SNC-LAVALIN Un autre départ dans l\u2019entourage de Trudeau Le départ à la retraite du greffier du Conseil privé et la nomination d\u2019une ancienne ministre libérale soulèvent les sarcasmes de l\u2019opposition AMÉLI PINEDA LE DEVOIR Pour redonner confiance envers le système de justice aux victimes de violences sexuelles, Québec a mandaté lundi un comité d\u2019experts chargé de trouver des solutions pour mieux les accompagner.« Si des victimes se sont tournées vers les réseaux sociaux ou vers les médias pour dénoncer, c\u2019est parce qu\u2019il y a un problème [\u2026] il y a un déficit de confiance envers le système », souligne la ministre de la Justice, Sonia LeBel.Deux ans après le mouvement de dénonciation #MoiAussi, Québec a formé un comité d\u2019experts sur l\u2019accompagnement des victimes d\u2019agression sexuelle et de violence conjugale.Questionnée à savoir si le regain de confiance du public passera par davantage d\u2019accusations et de condamnations, la ministre LeBel demeure prudente, rappelant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un problème complexe, avec de nombreux facteurs à prendre en compte.«Je ne sais pas si la perception ou le sentiment de confiance doit passer par plus d\u2019accusations [\u2026] C\u2019est sûr que si la victime a plus confiance, il va sûrement découler plus de dénonciations et si elle est mieux préparée, qu\u2019elle n\u2019a pas, à titre d\u2019exemple, et je ne parle pas d\u2019une cause particulière, multiplié les déclarations dans les médias, c\u2019est sûr que les chances de condamnation sont probablement meilleures», indique la ministre.Le gouvernement provincial donne un an à ce nouveau groupe pour proposer des solutions, a-t-il annoncé lundi lors d\u2019une rare conférence transpartisane, où étaient présentes des députées des quatre partis de l\u2019Assemblée nationale.Le comité regroupera notamment Elizabeth Corte, ex-juge en chef à la Cour du Québec, Michel Dorais, chercheur et professeur en criminologie à l\u2019Université Laval, Hélène Cadrin, spécialiste en VIOLENCES SEXUELLES Québec s\u2019en remet à un comité d\u2019experts Le premier ministre, Justin Trudeau, et le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, à la sortie d\u2019une réunion du Conseil des ministres, lundi SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE VOIR PAGE A 2 : MAL n Amérique du Nord, les directives de pratique clinique établies par les associations de spécialistes ont tendance à recommander un recours plus fréquent aux services de soins de santé que les directives européennes et que celles publiées par des organismes indépendants.Selon un article publié lundi dans le Journal de l\u2019Association médicale canadienne (JAMC), cette situation s\u2019avérerait globalement néfaste, compte tenu du fait que chaque test médical, chaque procédure et chaque traitement comportent des risques.L\u2019ensemble de ces interventions ferait au bout du compte plus de mal que de bien et monopoliserait des ressources qui pourraient être utilisées à meilleur escient.Les auteurs donnent en exemple l\u2019Association canadienne des radiologistes (ACR) qui, en 2016, diffusait une directive recommandant aux femmes ayant un risque moyen de cancer du sein de commencer le dépistage par mammographie à l\u2019âge de 40 ans.Le Groupe d\u2019étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP) ainsi que plusieurs E SPENCER PLATT GETTY IMAGES VOIR PAGE A 2 : DÉPART VOIR PAGE A 5 : EXPERTS ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 Avec l\u2019appui de : INSCRIPTION \u2022 CORIM.QC.CA \u2022 514 340-9622 Suzanne Fortier Principale et vice-chancelière, Université McGill Le rôle des universités dans un monde en profond changement Après son allocution, Mme Fortier s\u2019entretiendra avec : Alain Dubuc Économiste et chroniqueur Biais de spécialité et conflits d\u2019intérêts MAL SUITE DE LA PAGE A 1 organisations européennes, dont la European Society for Medical Oncology, préconisaient plutôt de commencer un tel dépistage à 50 ans.Les données probantes de la recherche confirment la plus grande pertinence des dernières recommandations puisque le taux de mortalité par cancer du sein aux États-Unis, où la mammographie de dépistage est recommandée à partir de 40 ans, est le même que celui observé en Europe de l\u2019Ouest où le dépistage débute à 50 ans.Ces données montrent donc qu\u2019un dépistage plus précoce n\u2019accroît pas la survie des patients.Les auteurs imputent l\u2019écart entre les deux recommandations au « biais de spécialité », à des conflits d\u2019intérêts lorsque les médecins sont rémunérés à l\u2019acte, ou à un mélange des deux.Le « biais de spécialité » est le fait que « les médecins prescrivent des procédures et des traitements qu\u2019ils ont été formés à faire et à offrir », explique le premier auteur, le Dr Ismail Jatoi, professeur d\u2019oncologie chirurgicale à l\u2019University of Texas Health, à San Antonio.Bien évidemment, ce biais est plus présent au sein du comité de l\u2019Association canadienne des radiologistes chargé de formuler des directives, dont sept membres sur huit sont des radiologistes, qu\u2019au sein du GECSSP, qui ne compte aucun radiologiste, et de la European Society for Medical Oncology, dont un seul radiologiste figure parmi les huit panélistes.Autre exemple, le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) aux États-Unis \u2014 une alliance de centres spécialisés en cancer \u2014, dont le comité qui détermine les lignes directrices en matière de dépistage du cancer de la prostate comprend 25 urologues sur 32, recommande de commencer le dépistage par un test de l\u2019antigène spécifique de la prostate (APS) à l\u2019âge de 45 ans et de le prolonger au-delà de 75 ans chez les hommes pourtant en bonne santé.Pour sa part, le GECSSP, dont le comité responsable des directives pour ce cancer ne compte aucun urologue parmi ses 9 membres, ainsi que la European Society for Medical Oncology, qui ne comprend qu\u2019un urologue parmi ses quatre panélistes, ne suggère aucun dépistage par APS pour les hommes de tous les âges.Compte tenu du fait qu\u2019un résultat positif à un test de l\u2019APS entraîne une série d\u2019interventions plus invasives, les auteurs de l\u2019article attribuent les recommandations plus actives du NCCN à un biais de spécialité, aux conflits d\u2019intérêts, ainsi qu\u2019à la « culture américaine plus litigieuse ».Selon les auteurs de l\u2019article, les di- Un lien de confiance a été rompu DÉPART SUITE DE LA PAGE A 1 a-t-il raillé.Son député Mark Strahl est allé plus loin en rappelant que Mme McLellan avait servi dans le même cabinet que Ralph Goodale, Dominic LeBlanc et Lawrence MacAulay, qui sont tous encore au cabinet aujourd\u2019hui.«Elle a été ministre pendant le scandale libéral des commandites.Ça fera disparaître cette histoire ?» Le chef du NPD, Jagmeet Singh, qui faisait son entrée à la Chambre des communes lundi, a lui aussi utilisé cette ligne d\u2019attaque.« Je ne comprends pas comment les libéraux peuvent penser qu\u2019il soit sensé de nommer une ministre de l\u2019époque du scandale des commandites pour gérer le scandale actuel.Je ne sais pas qui fait leur stratégie de communication.» Il estime que ce rôle devrait revenir à un juriste indépendant, par exemple un ancien juge, pas quelqu\u2019un « qui tient un cocktail de financement» pour le Parti libéral.L\u2019opposition a profité de l\u2019occasion pour réitérer sa demande voulant que l\u2019ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould comparaisse à nouveau en comité parlementaire.Le comité traitera cette demande mardi, alors que les projecteurs seront plutôt braqués sur le dépôt du budget.Mme Wilson-Raybould a déjà livré un témoignage de plus de trois heures et demie, et c\u2019est elle-même qui a suggéré d\u2019y mettre un terme en constatant le côté répétitif des questions des députés.Mais l\u2019opposition estime que le décret l\u2019autorisant à parler est trop restrictif, car il ne lui permet pas de discuter de ce qui est survenu après qu\u2019elle a perdu le poste de ministre de la Justice.En coulisses, le gouvernement fait valoir que cela n\u2019est pas pertinent puisqu\u2019elle n\u2019était plus en position de décider.Mme Wilson-Raybould a refusé de parler de la conversation qu\u2019elle a eue avec M.Trudeau avant sa rétrogradation, une information qui permettrait peut-être de comprendre pourquoi elle a accepté de demeurer au cabinet.Le décret l\u2019autorise pourtant à en parler.Mme Wilson-Raybould a allégué avoir fait l\u2019objet, l\u2019automne dernier, de pressions « inappropriées » de la part de l\u2019entourage de M.Trudeau et du greffier du Conseil privé afin qu\u2019elle intervienne pour que la directrice des poursuites pénales (DPP) suspende les accusations criminelles de corruption contre SNC- Lavalin et négocie plutôt une entente de réparation.Mme Wilson-Raybould a toutefois soutenu qu\u2019aucun geste illégal n\u2019avait été commis.Les accords de poursuite suspendue sont permis en droit canadien depuis septembre et la Loi sur le directeur des poursuites pénales, rédigée par les conservateurs en 2006, permet au ministre de donner des instructions au DPP.Un autre départ Le greffier du Conseil privé a pour sa part causé la surprise en annonçant son départ hâtif à la retraite.Michael Wernick rappelle qu\u2019en vertu de la nouvelle loi visant à contrer l\u2019interférence étrangère en période électorale, il aurait eu un rôle de surveillance à jouer cet automne.« Il est maintenant apparent qu\u2019il m\u2019est impossible d\u2019avoir une relation de confiance et de respect mutuel avec les chefs des partis d\u2019opposition », écrit Michael Wernick dans sa lettre adressée au premier ministre.« Il est essentiel que durant la période électorale, le greffier soit considéré par tous les partis politiques comme étant impartial, surtout dans un contexte où de l\u2019interférence étrangère aurait eu lieu.» M.Wernick a comparu à deux reprises en comité parlementaire concernant l\u2019affaire SNC-Lavalin.Il a soutenu n\u2019avoir eu aucun geste déplacé à l\u2019endroit de Mme Wilson-Raybould.« Je n\u2019ai pas tenté de l\u2019influencer [\u2026], je n\u2019ai suggéré aucune conséquence pour elle et je n\u2019ai fait aucune menace.» Cependant, il a fait des digressions étonnantes \u2014 en soutenant par exemple que l\u2019acrimonie du débat politique actuel au Canada était telle qu\u2019elle pourrait conduire à un assassinat pendant l\u2019élection \u2014 qui ont amené l\u2019opposition à l\u2019étiqueter comme partisan.Il s\u2019en est défendu en rappelant avoir servi cinq premiers ministres de deux formations politiques différentes, mais rien n\u2019y a fait.Selon l\u2019opposition, son départ prouve que l\u2019affaire SNC-Lavalin est plus grosse encore.« C\u2019est le quatrième départ dans la foulée de cette affaire-là.Il se passe vraiment quelque chose de gros au cabinet du premier ministre », a soutenu le député conservateur Luc Berthold.rectives les plus fiables sont celles qui sont déterminées par des « comités multidisciplinaires » comprenant des individus dotés « d\u2019une expertise en épidémiologie, en biostatistiques et dans la méthodologie des essais cliniques », et qui sont « indépendants des organes de gouvernance des sociétés de spécialistes ».« Le recours à une procédure particulière de dépistage ou de traitement doit se fonder sur des preuves scientifiques (provenant d\u2019essais cliniques randomisés) démontrant les bénéfices qu\u2019elle apporte, et non pas reposer sur notre intuition, déclare le Dr Jatoi.Si on procède au dépistage d\u2019une population alors qu\u2019il n\u2019y a pas de preuves de bénéfices de ce dépistage, il y a un risque que l\u2019on fasse plus de tort que de bien.En plus, il s\u2019agit d\u2019une dépense inutile de ressources qui auraient pu être mieux utilisées.» Selon le Dr Hugo Viens, président de l\u2019Association médicale canadienne (AMQ), ce que décrivent les auteurs dans le JAMCest très probablement représentatif de la réalité.« C\u2019est intéressant de réaliser que cet écart existe entre les associations de spécialistes et les organismes qui ont plus de recul, qui ont une vue d\u2019ensemble.» Le Dr Viens est en accord avec la plupart des hypothèses avancées pour expliquer ce phénomène.Il doute toutefois que des conflits d\u2019intérêts constituent vraiment un élément de biais.« Il se peut que, par exemple, certains gas- tro-entérologues aient tendance à faire plus de coloscopies que ce qui serait nécessaire.Mais de là à affirmer que les groupes d\u2019experts de la spécialité vont publier des directives parce qu\u2019ils sont influencés par l\u2019argent, je ne crois pas », dit-il.Le Dr Viens voit plutôt l\u2019effet d\u2019un biais de perspective.« Le médecin est plus face à l\u2019arbre et voit moins la forêt derrière.Le médecin qui est face à son patient veut détecter un cancer.Mais quand on prend du recul et qu\u2019on passe de l\u2019intérêt d\u2019une personne à celui de la population, on se rend compte que, pour sauver un individu, on a dû soumettre inutilement des milliers de personnes à un test de dépistage comportant souvent des risques de complications et de souffrance.De plus, quand les ressources sont limitées, c\u2019est de l\u2019argent qu\u2019on ne met pas sur des aspects sur lesquels on pourrait avoir encore plus d\u2019impact sur la santé», fait-il remarquer.Ainsi, « toutes les fois que le résultat d\u2019un test de dépistage de l\u2019APS est un peu élevé, on soumet le patient à des biopsies ayant des risques de complication.Pour sauver un patient, on rend 10 000 hommes stressés par un possible diagnostic de cancer de la prostate qui auront des saignements et des douleurs, qui manqueront des journées de travail et qui consommeront des ressources du système de santé ».Pour son troisième remaniement ministériel en trois mois, Justin Trudeau a opté pour la simplicité : il a fait accéder au cabinet la députée Joyce Murray en remplacement de la démissionnaire Jane Philpott au Conseil du Trésor, évitant ainsi tout nouveau jeu de chaises musicales.Mme Murray a été ministre provinciale en Colombie-Britannique de 2001 à 2005.Elle s\u2019était auparavant fait connaître grâce à une entreprise de reboisement (Brinkman and Associates Reforestation) qu\u2019elle et ses amis ont fondée et qui est devenue incontournable dans la province.Mme Murray est entrée à la Chambre des communes en 2008.En 2012, elle s\u2019était présentée à la chefferie du Parti libéral du Canada et était arrivée en deuxième place, très loin derrière M.Trudeau, avec à peine 10 % des voix.L\u2019arrivée de Mme Murray rétablit la parité au Conseil des ministres, qui compte maintenant 17 femmes et autant d\u2019hommes, auxquels s\u2019ajoute M.Trudeau.Joyce Murray au Conseil du Trésor Joyce Murray, une députée de la Colombie-Britannique, remplace Jane Philpott au Conseil du Trésor.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Si on procède au dépistage d\u2019une population alors qu\u2019il n\u2019y a pas de preuves de bénéfices de ce dépistage, il y a un risque que l\u2019on fasse plus de tort que de bien.En plus, il s\u2019agit d\u2019une dépense inutile de ressources qui auraient pu être mieux utilisées.DR ISMAIL JATOI » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 D epuis son élection, la députée de Saint-Lau- rent, Marwah Rizqy, n\u2019a pas eu peur d\u2019aller à contre-courant des positions traditionnelles de sa famille politique, au risque de se faire rabrouer.Il lui fallait une certaine audace pour suggérer à son parti de présenter des excuses pour les inconvénients que les politiques d\u2019austérité du gouvernement Couillard ont causés à la population.Sans surprise, elle s\u2019est heurtée à un mur.Au cours des dernières années, le PLQ a largement prouvé qu\u2019il pouvait se montrer obtus.Ceux qui suggéraient un ralliement au « consensus » du rapport Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux, pour se rapprocher de la majorité francophone, ont été aussitôt rembarrés.À la fin de février, Marwah Rizqy a déclaré que le PLQ pourrait revoir sa position sur la réforme du mode de scrutin, à laquelle le gouvernement Couillard était catégoriquement opposé.« Sur cette proposition, non, il n\u2019y a pas de discussion à avoir parce que ça nuit aux régions », avait répété le premier ministre une semaine avant l\u2019élection du 1er octobre dernier.Avant que sa maladresse finisse par lui coûter son poste, l\u2019ancienne ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, avait cependant renforcé l\u2019idée qu\u2019il s\u2019agissait surtout de maintenir un mode de scrutin qui avait bien servi les libéraux.Le PLQ n\u2019a encore donné aucun signe de l\u2019ouverture évoquée par Mme Rizqy.Les résultats du dernier sondage Léger devraient cependant le faire réfléchir aux avantages qu\u2019il pourrait tirer de l\u2019introduction d\u2019un élément de proportionnelle dans le système.Au lendemain de l\u2019élection du 30 novembre 1998, que les libéraux avaient perdue même s\u2019ils avaient obtenu 27 618 voix de plus que le PQ, Jean Charest était devenu un ardent partisan d\u2019une réforme du mode de scrutin.Après la victoire d\u2019avril 2003, son gouvernement avait présenté un avant-projet de loi qui prévoyait un système proportionnel mixte à compensation régionale, et une commission spéciale composée de députés et de citoyens avait mené des consultations dans 16 villes du Québec.La réforme promise a cependant été placée très vite sur une voie de garage.Les distorsions qui avaient provoqué tant de lamentations ont été soudainement oubliées.Les libéraux ont plutôt redécouvert les mérites du système qui les avait ramenés au pouvoir.La plus grande stabilité gouvernementale qu\u2019il favorise est soudainement une vertu cardinale à leurs yeux.Le dernier sondage Léger laisse maintenant entrevoir le risque que le PLQ fasse longtemps les frais de cette stabilité.Les 44 % d\u2019intentions de vote dont la CAQ est créditée pourraient lui valoir jusqu\u2019à 96 sièges, selon les projections du site Too Close To Call.Du jamais vu depuis plus de 30 ans.Avec 21 %, le PLQ n\u2019en compterait plus que 19.Avec 15 % chacun, le PQ et QS feraient élire 3 et 7 députés respectivement.Bien sûr, il s\u2019agit de projections très aléatoires, et bien des choses risquent de changer en trois ans et demi, mais la faiblesse des libéraux dans l\u2019électorat francophone a de quoi l\u2019inquiéter sérieusement.Avec un appui de seulement 10 % chez les francophones, le PLQ serait cantonné dans les circonscriptions à majorité non francophone de l\u2019île de Montréal, où il ne tire aucun profit de ses écrasantes majorités.Un mode de scrutin proportionnel lui offrirait une certaine compensation.Même si la CAQ profite à son tour des distorsions du système, le gouvernement Legault maintient officiellement le cap sur la réforme promise.Le 26 février, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a réitéré qu\u2019un projet de loi serait présenté à l\u2019Assemblée nationale avant le 1er octobre 2019 et qu\u2019elle entendait le faire adopter.Le passé invite sans doute à la méfiance, mais il faut se fier à sa parole.Même si la tradition veut que les lois touchant le processus électoral soient adoptées à l\u2019unanimité et que le gouvernement souhaite modifier le mode de scrutin de façon « consensuelle et non partisane », le « pacte » qui a été signé l\u2019an dernier par la CAQ, le PQ et QS les engage à procéder malgré les objections des libéraux.Il va de soi que l\u2019opération serait grandement facilitée si le PLQ donnait son accord.Même si les autres partis s\u2019entendent, l\u2019opposition officielle dispose d\u2019un pouvoir de blocage considérable.Il y aura déjà suffisamment de modalités à discuter sans cela.Si jamais les libéraux se ravisent, tout le monde comprendra qu\u2019ils le font davantage par intérêt que par vertu, mais cela n\u2019a rien d\u2019exceptionnel en politique.On a même souvent l\u2019impression que l\u2019intérêt commande la vertu.Depuis un quart de siècle, le PLQ n\u2019a pas fait grand-chose pour contribuer à l\u2019affirmation de la « société distincte ».La réforme du mode de scrutin lui offre une occasion de se rattraper un peu.La vertu par intérêt MICHEL DAVID MARCO BÉLAIR-CIRINO MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTS PARLEMENTAIRES À QUÉBEC LE DEVOIR Le premier ministre François Legault compte trouver des milliards de dollars destinés au Québec dans l\u2019ultime budget Morneau avant les élections fédérales.Il demande au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, de confirmer une fois pour toutes la participation d\u2019Ottawa dans des projets d\u2019infrastructures.Il l\u2019exhorte à mettre de côté 2,6 milliards de dollars du programme « Transport en commun » du plan fédéral d\u2019investissements dans les infrastructures « Investir dans le Canada », et ce, pour seulement deux projets : 1,4 milliard de dollars pour prolonger la ligne bleue du métro de Montréal et 1,2 milliard pour aménager un réseau de transport structurant à Québec.Le Parti québécois soutient les demandes du gouvernement caquiste.Il s\u2019attend à ce « que toutes les sommes nécessaires et dues au Québec soient au rendez-vous » mardi.« Le fédéral fait des belles annonces, nous annonce des intentions, mais malheureusement à chaque fois, le chèque n\u2019est pas dans la \u201cmalle\u201d », a dénoncé son porte-parole en matière de finances, Martin Ouellet.« Alors, M.Legault va trouver le Parti québécois à ses côtés pour faire pression.L\u2019argent, on le veut.Les projets sont présents.» Le député s\u2019attend à ce que le ministre Morneau ait prévu le financement nécessaire pour lancer le projet de tramway à Québec.Il espère également que les régions éloignées ne seront pas oubliées et que le budget fédéral contiendra des sommes pour accélérer le déploiement d\u2019Internet à haute vitesse et à la téléphonie cellulaire.Six mois après la conclusion du nouvel Accord Canada-États-Unis- Mexique (ACEUM), le gouvernement québécois prie l\u2019équipe de Justin Trudeau de « préciser le niveau et la nature des compensations promises aux producteurs laitiers » pour la brèche dans le système de gestion de l\u2019offre.Les producteurs de lait n\u2019exigent pas moins que « quelques milliards de dollars » pour les dédommager des « concessions de marché » qu\u2019ils ont été forcés de faire.« Une fois que l\u2019accord a été signé avec les États-Unis et le Mexique et que l\u2019aide a été promise, je pense que la moindre des choses, c\u2019est de la rendre publique et de faire connaître les paramètres », a remarqué l\u2019ex-ministre et porte-parole libéral en matière de finances, Carlos Leitão, qui s\u2019attend à plus de clarté de la part d\u2019Ottawa.Selon le gouvernement Legault, il est aussi temps de déployer les stratégies visant à maintenir la vitalité de l\u2019industrie laitière élaborée par les groupes de travail formés, par le fédéral, d\u2019agriculteurs et de transformateurs laitiers notamment.Le gouvernement caquiste s\u2019attend aussi à voir le fédéral « appuyer » les entreprises qui font les frais « depuis plusieurs mois » des hausses tarifaires imposées par le gouvernement Trump sur l\u2019aluminium et l\u2019acier.M.Legault espère en outre voir Ottawa régler la note assumée par l\u2019État québécois pour la prise en charge de demandeurs d\u2019asile provenant des États- Unis.Il réclame 294 millions seulement pour les dépenses effectuées en 2017- 2018.Ottawa a jusqu\u2019à maintenant offert 164,7 millions aux provinces les plus touchées, soit celles du Québec, de l\u2019Ontario et du Manitoba.Il s\u2019agit d\u2019un autre point à clarifier dans le budget Morneau, selon Carlos Leitão tout en appelant, lui aussi, celui qui était autrefois son homologue à « faire preuve de plus de flexibilité » dans les critères de ses programmes d\u2019infrastructure pour le tramway de Québec.« Au-delà de ces demandes, le premier ministre François Legault souhaite que Justin Trudeau passe de la parole aux actes dans plusieurs dossiers afin que nos gouvernements puissent, ensemble, livrer des résultats rapidement pour les Québécois », a affirmé un membre de la garde rapprochée de M.Legault à la veille du dépôt du qua- trièmebudget Morneau.Seul parti à avoir «peu d\u2019attentes» envers le budget Morneau, Québec solidaire désire seulement que « l\u2019argent des Québécois et Québécoises soit mieux géré qu\u2019avec l\u2019achat d\u2019un pipeline ».C\u2019est plutôt le gouvernement Le- gault qu\u2019il surveille pour qu\u2019il « donne un coup de barre à l\u2019environnement » lors de son budget de jeudi.BUDGET FÉDÉRAL Legault espère des milliards d\u2019Ottawa Le Québec veut des investissements dans les infrastructures et des compensations pour les producteurs laitiers MARCO FORTIER LE DEVOIR Plus de 35 000 étudiants de sept régions du Québec ont déclenché une grève à compter de lundi pour réclamer la rémunération de tous les stages.Des associations étudiantes de six universités et de trois cégeps ont entamé cette grève en affirmant qu\u2019ils n\u2019ont plus de patience, après trois années de mobilisation pour faire rémunérer leur travail.Les étudiants réclament des investissements dans le premier budget du gouvernement Legault, qui sera déposé jeudi.Le ministre de l\u2019Éducation, Jean- François Roberge, a jeté une douche froide sur le mouvement étudiant en déclarant que les mesures promises par le gouvernement ne seraient pas dans le budget dévoilé cette semaine.Le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur travaille sur une série de scénarios pour rémunérer les stages, mais ces hypothèses seront prêtes le mois prochain.« C\u2019est difficile d\u2019aller voir le ministre des Finances et de lui demander de mettre de l\u2019argent de côté alors que les scénarios ne sont pas encore préparés », a indiqué le ministre Roberge au Journal de Québec.Le seul scénario qui est exclu est le statu quo, a-t-il précisé.Le gouvernement agira tel que promis, selon lui.Les étudiants en grève réclament une rencontre avec le ministre du Travail, Jean Boulet, dans l\u2019espoir d\u2019enchâsser les conditions de stage dans la Loi sur les normes du travail.Le mouvement de grève est organisé par le Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE), qui regroupe des associations dans les régions.La grève touche l\u2019Université de Montréal, l\u2019Université du Québec à Montréal, l\u2019Université Concordia, l\u2019Université Laval, l\u2019Université de Sherbrooke, l\u2019Université du Québec en Outaouais et les cégeps de Victoriaville, Marie-Victorin et le Collège Ahuntsic.35 000 étudiants en grève pour la rémunération des stages Même si la CAQ profite à son tour des distorsions du système, le gouvernement Legault maintient officiellement le cap sur la réforme promise.Le 26 février, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a réitéré qu\u2019un projet de loi serait présenté à l\u2019Assemblée nationale avant le 1er octobre 2019 et qu\u2019elle entendait le faire adopter.Le passé invite sans doute à la méfiance, mais il faut se fier à sa parole.La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors de l\u2019annonce du prolongement de la ligne bleue du métro VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 ACTUALITÉS A 4 CAMPS D\u2019ÉTÉ Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département de publicité au 514 985-3399 publicite@ledevoir.com MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Un homme a été arrêté lundi à Utrecht, aux Pays-Bas, après avoir ouvert le feu dans un tramway, faisant trois morts et cinq blessés.L\u2019attaque a rapidement été qualifiée de terroriste par les autorités, avant que celles-ci évoquent aussi la possibilité qu\u2019une dispute familiale soit à l\u2019origine du drame.Pendant près de huit heures, lundi, une véritable chasse à l\u2019homme s\u2019est déroulée dans le centre d\u2019Utrecht, une ville de 340 000 habitants, la quatrième en importance du pays.Des policiers lourdement armés et des chiens pisteurs ont pris part à l\u2019opération.Le suspect, un homme d\u2019origine turque, avait pris la fuite en matinée après avoir mené l\u2019attaque dans un tramway qui circulait sur la place du 24 Octobre.En début d\u2019après-midi, les autorités ont rendu publique la photo du suspect, tirée d\u2019une caméra de vidéosur- veillance du tramway.« La police recherche Gokmen Tanis, 37 ans, né en Turquie, relativement à l\u2019incident de ce matin », avait indiqué la police d\u2019Utrecht sur Twitter, enjoignant au public de « ne pas l\u2019approcher ».Toute la journée, la sécurité dans les aéroports et dans plusieurs bâtiments du pays, dont les mosquées, a été renforcée.La municipalité d\u2019Utrecht a demandé aux écoles de garder les enfants à l\u2019intérieur des bâtiments et a conseillé aux habitants de rester chez eux.En après-midi, des dizaines de policiers armés ont encerclé un immeuble à quelques centaines de mètres du lieu de la fusillade.Un chien policier portant une veste avec une caméra a également été aperçu à l\u2019extérieur du bâtiment.En fin d\u2019après-midi, le chef de la police d\u2019Utrecht, Rob van Bree, a annoncé l\u2019arrestation du suspect.Piste terroriste ?Au moment où ces lignes étaient écrites, les autorités disaient toujours privilégier la piste terroriste sans toutefois exclure d\u2019autres mobiles potentiels, comme celui d\u2019un différend familial.Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a déclaré qu\u2019«un motif terroriste n\u2019est pas exclu» et que l\u2019attaque avait été accueillie dans tout le pays avec « un mélange d\u2019incrédulité et de dégoût».« S\u2019il s\u2019agit d\u2019une attaque terroriste, alors nous n\u2019avons qu\u2019une réponse : notre nation, la démocratie, doit être plus forte que le fanatisme et la violence », a-t-il ajouté.Dans la foulée de l\u2019interpellation du suspect, le niveau de menace terroriste à Utrecht, qui avait été porté à cinq dans la journée, son plus haut niveau, a été abaissé, a confirmé le directeur de l\u2019agence nationale pour la sécurité et le contre-terrorisme, Pie- ter-Jaap Aalbersberg.Lundi, tous les partis politiques néerlandais ont suspendu leur campagne en vue des élections provinciales prévues mercredi.Ces élections détermineront la composition du Sénat.Sur Twitter, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Free- land, a affirmé que le «Canada condamnait fermement cet acte de violence horrible ».« Mes pensées vont au peuple des Pays-Bas, aux victimes de l\u2019attaque brutale d\u2019aujourd\u2019hui à Utrecht, et à toutes les personnes touchées», a-t-elle ajouté.Une femme ciblée Selon des témoins cités par plusieurs médias, le tireur aurait pris pour cible une femme et ensuite tiré sur des personnes qui tentaient d\u2019aider celle-ci.Un témoin interviewé par le quotidien néerlandais Algemeen Dagblad a déclaré avoir vu la femme ramper au sol pour tenter de fuir son assaillant.« D\u2019autres personnes ont tenté de la secourir et lorsqu\u2019ils ont fait cela, [le suspect] a commencé à tirer sur eux », a rapporté un homme prénommé Niels.Selon la chaîne publique NOS, Gok- men Tanis a comparu en cour le 4 mars pour être inculpé de viol.Des témoignages recueillis auprès de proches de l\u2019assaillant convergent également vers la thèse d\u2019un « différend familial », a indiqué l\u2019agence de presse étatique turque Anadolu.Le président Recep Tayyip Erdogan a assuré que les services de renseignement turcs étaient à pied d\u2019œuvre pour réunir toutes les informations pertinentes concernant la tuerie.Avec l\u2019Agence France-Presse et Associated Press PAYS-BAS Trois morts dans une attaque à Utrecht LA PRESSE CANADIENNE À OTTAWA AGENCE FRANCE-PRESSE À CHRISTCHURCH Ralph Goodale, le ministre de la Sécurité publique canadienne, laisse entendre que l\u2019attentat meurtrier survenu en Nouvelle-Zélande amènera les parlementaires à réexaminer les lois canadiennes sur les armes à feu.Le ministre a déclaré lundi que le drame qui a fait 50 morts à Christchurch avait semé l\u2019inquiétude dans le monde, ce qui incitera les politiciens canadiens à prendre des décisions en conséquence.M.Goodale a souligné que son collègue Bill Blair offrirait ses recommandations bientôt, après avoir mené une étude sur la possibilité d\u2019interdire complètement les armes de poing et les armes d\u2019assaut au Canada.Quant à elle, la Nouvelle-Zélande s\u2019interroge sur sa législation sur les armes à feu, entre des autorités qui veulent durcir un dispositif libéral ayant permis au tueur des mosquées de se doter d\u2019un arsenal sans le moindre problème, et ceux qui refusent de renoncer au droit de s\u2019armer.«On ne peut ignorer le fait troublant» que le suprémaciste blanc australien qui a tué cinquante fidèles musulmans vendredi « est venu en Nouvelle-Zélande pour acheter des armes à feu qu\u2019il n\u2019aurait pu obtenir en Australie », a déclaré Chris Cahill, président de l\u2019Association de la police néo-zélandaise.La première ministre, Jacinda Ar- dern, a annoncé que des mesures restreignant l\u2019accès aux armes seraient annoncées d\u2019ici une semaine.Elles pourraient comprendre l\u2019interdiction de certains fusils semi-automatiques et un programme de rachat des armes.Actuellement, toute personne de plus de 16 ans jugée « compétente et convenable » peut obtenir un port d\u2019armes standard de catégorie A, qui permet d\u2019acheter des fusils d\u2019assaut comme le AR-15 dont se serait servi le tueur de Christchurch.Absence de registre Selon les dernières statistiques, la police a approuvé 99,6 % des près de 45 000 demandes de port d\u2019armes déposées en 2017, l\u2019année où le tueur a obtenu le sien.M.Cahill a exigé l\u2019interdiction des armes semi-automatiques aisément modifiables et la création d\u2019un registre national des armes à feu.« Aujourd\u2019hui, on n\u2019a aucune idée de qui achète des armes, où ils les conservent, et combien ils en ont en Nou- velle-Zélande », déplore-t-il.David Tipple, directeur général de Gun City, qui a fourni quatre armes à l\u2019extrémiste australien, souligne que cette vente n\u2019avait rien d\u2019illégal.Brenton Tarrant était « un client tout neuf avec un permis tout neuf.C\u2019était une vente ordinaire », a-t-il dit.Et comme on lui demandait s\u2019il ressentait de la culpabilité, il a répondu : « non, pas du tout ».L\u2019armurier a ajouté qu\u2019il continuerait de vendre des armes à toute personne disposant des mêmes papiers.La dernière réforme d\u2019importance de la législation date d\u2019une fusillade à Ara- moana, près de Dunedin, sur l\u2019île du Sud, en 1990, qui avait fait 13 morts à la suite d\u2019une querelle de voisinage.Les lois avaient été durcies, mais les tentatives suivantes, en 2005, 2012 et 2017, échouèrent.La publicité montrée du doigt Désormais, même la publicité est remise en cause.De nombreux habitants ne décolèrent pas face à une pancarte de Gun City installée en bordure d\u2019autoroute et qui montre un homme en train d\u2019apprendre à tirer à deux enfants.« Je suis totalement stupéfait qu\u2019on puisse avoir un panneau comme ça » explique Richard Griffiths, dont le cabinet médical est situé non loin de la mosquée de Linwood, où sept personnes ont été tuées.Les défenseurs des armes semi-automatiques arguent qu\u2019elles servent à abattre les animaux nuisibles dans les zones où ils sont en surnombre.Andrew Taylor, propriétaire de Shooters Supplies dans la banlieue de Christchurch, vend généralement des armes s emi-automatiqu es à des « types qui tirent sur des nuisibles, des cerfs ou des chèvres sauvages, depuis des hélicoptères ».Mais il a fermé son commerce pour le week-end après le carnage des mosquées, et a aussi retiré des étagères les chargeurs à grande capacité, les AR-15 et les armes comparables.Dans ce pays de moins de cinq millions d\u2019habitants, environ 250 000 personnes possèdent un port d\u2019armes.Il y aurait 1,5 million d\u2019armes en circulation, selon les estimations basses.Cela revient à trois armes pour dix habitants, soit moins que la moyenne américaine de plus d\u2019une par personne, mais plus que dans l\u2019Australie voisine, qui a durci ses lois après une tuerie survenue en 1996.Le Canada réexaminera les lois sur les armes à feu Cette annonce a été faite à la suite de l\u2019attentat de Christchurch Lundi soir, le lieu de l\u2019attaque était toujours surveillé par un policier.JOHN THYS AGENCE FRANCE-PRESSE M. Goodale a souligné que son collègue du cabinet Bill Blair offrirait ses recommandations bientôt, après avoir mené une étude sur la possibilité d\u2019interdire complètement les armes de poing et les armes d\u2019assaut au Canada LA HAINE VIRALE LA CHRONIQUE DE PIERRE TRUDEL EN PAGE A 7 Selon des témoins cités par plusieurs médias, le tireur aurait pris pour cible une femme et ensuite tiré sur des personnes qui tentaient d\u2019aider celle-ci LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 ACTUALITÉS A 5 E N B R E F Brian Mulroney « regrette » d\u2019avoir qualifié Amanda Simard de « p\u2019tite fille » L\u2019ex-premier ministre Brian Mulroney a exprimé lundi ses « sincères regrets » pour avoir désigné la députée indépendante ontarienne Amanda Si- mard comme « la p\u2019tite fille », sur le plateau de Tout le monde en parle.En début de journée lundi, Mme Simard écrivait sur Twitter que M.Mulroney avait tenté de défendre sa fille qui, à son avis, a complètement laissé tomber les Franco-Ontariens.Elle a ajouté que l\u2019ancien premier ministre avait fait de grandes choses pour le Canada, mais que ses propos appartenaient à une autre époque et qu\u2019ils n\u2019avaient pas leur place dans une société respectueuse et égalitaire.La Presse canadienne Le processus d\u2019enquête sur les agents du métro pourrait être revu La mairesse Valérie Plante se dit ouverte à l\u2019idée de revoir le processus d\u2019enquête afin de traiter les plaintes visant les inspecteurs du métro de Montréal à la suite d\u2019une intervention musclée survenue le 7 mars dernier à la station Villa-Maria.Ce jour-là, deux inspecteurs du métro ont utilisé un bâton télescopique pour tenter de maîtriser un homme noir sur le quai du métro.Les images prises par un témoin ont été relayées sur les réseaux sociaux.Jeudi matin, des organismes, parmi lesquels le Centre de recherche- action sur les relations raciales, ont dénoncé la violence de l\u2019intervention et réclamé la tenue d\u2019une enquête indépendante sur l\u2019incident.Ils ont aussi demandé la création d\u2019un organisme de surveillance indépendant.Le Devoir Le Canada prolonge ses missions militaires en Ukraine et contre Daech OTTAWA \u2014 La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et son collègue de la Défense nationale, Harjit Sajjan, ont annoncé la prolongation des missions ukrainienne et irakienne, qui devaient se terminer à la fin du mois.Le Canada veut ainsi continuer de contribuer à la lutte contre l\u2019agression russe en Europe de l\u2019Est et au combat contre les djihadistes au Moyen-Orient.L\u2019Ukraine se prépare à faire face à l\u2019ingérence de la Russie lors de la prochaine élection présidentielle du 31 mars et, selon MmeFreeland, cette menace aura des implications pour les élections fédérales canadiennes.Le Canada prolongera également la contribution des soldats canadiens à la coalition internationale contre Daech en Irak jusqu\u2019à la fin du mois de mars 2021.La Presse canadienne L\u2019ancien premier ministre canadien Brian Mulroney SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE KARL RETTINO-PARAZELLI LE DEVOIR La Ville de Québec passe de la parole aux actes: à partir du 1er juin, les citoyens pourront louer leur résidence principale par l\u2019entremise de sites comme Airbnb sur tout le territoire pour un maximum de 90 jours par année, à certaines conditions.Huit mois après le dépôt des recommandations d\u2019un groupe de travail auxquelles elle a immédiatement adhéré, la Ville de Québec a dévoilé lundi son plan d\u2019action pour encadrer l\u2019hébergement touristique offert sur des plate- formes en ligne comme Airbnb.Les citoyens qui louent leur résidence principale pendant moins de 31 jours à la fois, pour un maximum de 90 jours par année, entrent dans la catégorie de l\u2019hébergement « collaboratif ».À partir du 1er juin, ils devront obtenir un permis annuel de la Ville au coût de 50 $, fournir une preuve de résidence principale et publier le numéro du permis sur l\u2019offre d\u2019hébergement.Les citoyens qui louent un lieu qui n\u2019est pas leur résidence principale pendant moins de 31 jours à la fois entrent pour leur part dans la catégorie de l\u2019hébergement « commercial ».Ils devront obtenir une attestation de classification provinciale et une attestation de résidence de tourisme délivrée par la Ville de Québec.Cette dernière maintiendra cependant le moratoire sur les résidences de tourisme en vigueur depuis septembre 2017 jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait pu modifier un règlement de zonage.La Ville réalisera par ailleurs une étude de marché pour évaluer « le potentiel de croissance » de l\u2019hébergement touristique commercial sur son territoire et devrait procéder à des modifications réglementaires l\u2019automne prochain.Le porte-parole du Bureau d\u2019animation et information logement du Québec métropolitain (BAIL), Jonathan Carmichael, appuie l\u2019idée de restreindre l\u2019hébergement « collaboratif » à la résidence principale, mais il estime que la limite de 90 jours de location est trop élevée.Son groupe voulait fixer le plafond à 15 jours.« On parle quand même de trois mois de location.Je pense qu\u2019on dépasse le revenu d\u2019appoint.Ça peut devenir une VILLE DE QUÉBEC Feu vert à la location Airbnb dans la résidence principale À court terme, le Code criminel ne sera pas réformé, selon Sonia LeBel EXPERTS SUITE DE LA PAGE A 1 matière de violence conjugale, Sylvain Guertin, enquêteur spécialisé en matière d\u2019agressions sexuelles, ainsi que des représentants des CALACS (Centres d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) et des CAVAC (Centres d\u2019aide aux victimes d\u2019actes criminels), des organismes qui viennent justement en aide à ces victimes.« Ce sont des gens de tous les horizons qui sont connectés sur le terrain et chacun présent dans l\u2019une des différentes étapes [de la dénonciation par une victime] », explique Mme LeBel.La ministre réitére ne pas avoir l\u2019intention à court terme de demander une réforme du Code criminel, comme certains l\u2019ont suggéré, pour renverser le fardeau de la preuve dans les cas d\u2019agression sexuelle.« Il n\u2019est pas question pour moi de penser à faire une coche dans la présomption d\u2019innocence, je pense qu\u2019on doit continuer à la chérir.On est dans le sentiment de confiance et l\u2019accompagnement des victimes.[\u2026] [L] es droits des accusés ne sont pas mis en cause ou contestés », dit-elle.« Le Québec peut faire énormément pour changer les choses » dans son champ de compétence, a insisté lundi la députée péquiste Véronique Hivon.Elle a d\u2019ailleurs fait un parallèle avec l\u2019aide médicale à mourir, rappelant que lorsqu\u2019elle avait lancé son projet, plusieurs lui disaient que c\u2019était de compétence fédérale et que le Québec n\u2019y pouvait pas grand-chose.Sur la bonne voie Parmi les membres du nouveau comité, on compte également Patricia Tulasne, une des présumées victimes de Gilbert Rozon, qui tout comme douze autres femmes a vu son dossier rejeté en décembre dernier.Elle avait à l\u2019époque raconté le « chemin de croix » vécu par les victimes d\u2019agression sexuelle.« Je suis contente de voir qu\u2019on a décidé de prendre le problème au sérieux.Lorsque ma plainte a été rejetée, j\u2019ai eu le sentiment que j\u2019avais tout fait ça pour rien.Aujourd\u2019hui, je trouve ça réconfortant qu\u2019on veuille trouver des solutions », dit-elle.Mme Tulasne alléguait avoir été agressée sexuellement en 1994 par le fondateur de Juste pour rire après une soirée donnée pour célébrer la dernière représentation d\u2019une pièce produite par M.Rozon.« Le fait que ma plainte n\u2019ait pas été retenue devient maintenant accessoire [\u2026] Je suis vraiment dans l\u2019action.Je me suis dit : il faut faire quelque chose, parce ça fait trop longtemps qu\u2019on dit que les statistiques sur le nombre de victimes d\u2019agression sexuelle sont alarmantes, que certaines victimes ne dénoncent pas par peur et qu\u2019il y a peu d\u2019accusations qui se soldent par des condamnations », explique-t-elle.Mme Tulasne est également membre des Courageuses, un groupe d\u2019une vingtaine de présumées victimes de M.Ro- zon qui lui réclament 10 millions de dollars en dommages punitifs seulement dans le cadre d\u2019une action collective.Financement des groupes d\u2019aide Parmi les solutions inévitables, disent plusieurs organismes, doit figurer un financement accru des organismes qui accompagnent les victimes.« Nous espérons qu\u2019effectivement, quand on parle d\u2019accompagnement des victimes, on fera en sorte que les groupes qui sont spécialisés auprès des victimes d\u2019agression sexuelle et de violence conjugale auront les moyens de faire leur travail.À l\u2019heure actuelle, il n\u2019y a pas eu de rehaussement suffisant depuis plusieurs années », a commenté Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d\u2019hébergement pour femmes, renchérit, affirmant qu\u2019en fin de compte, il faudra « assurer un meilleur soutien de nos groupes afin qu\u2019on puisse mieux soutenir les femmes quand elles sont dans le processus judiciaire ».L\u2019an dernier, quelque 9800 demandes d\u2019hébergement ont dû être refusées, faute de places et de budget, avait souligné Mme Monastesse à l\u2019occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.Une maison d\u2019hébergement de 12 places reçoit une somme de 600 000$ par année.Avec La Presse canadienne activité assez lucrative et, en plus, pour ce qui est du voisinage, ça reste dérangeant », dit-il.Règlements à la pièce Le nouveau plan d\u2019action de la Ville de Québec s\u2019ajoute aux nombreux règlements adoptés à la pièce pour encadrer la location d\u2019hébergement touristique de type Airbnb.À Montréal, l\u2019arrondissement de Ville-Marie a restreint l\u2019implantation des nouvelles résidences de tourisme (qui nécessitent une attestation de classification provinciale) à un segment de trois kilomètres sur la rue Sainte-Catherine, puis le Plateau Mont- Royal a limité l\u2019usage des résidences de tourisme à deux secteurs commerciaux du boulevard Saint-Laurent et de la rue Saint-Denis.Le gouvernement du Québec a décidé d\u2019encadrer Airbnb avec la loi 67, entrée en vigueur en avril 2016.Le règlement qui l\u2019accompagne prévoit que toute personne qui loue un logement pour une période de moins d\u2019un mois et «sur une base régulière » doit obtenir une attestation de classification, comme n\u2019importe quel établissement d\u2019hébergement touristique.Québec n\u2019a cependant pas clarifié la notion de « base régulière » en établissant par exemple un nombre de jours de location maximal, ce qui a donné lieu à plusieurs interprétations et à une courtepointe de règlements municipaux.Au moment d\u2019écrire ces lignes, le cabinet de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, n\u2019avait pas indiqué si les changements promis par le précédent gouvernement étaient toujours au menu.Depuis l\u2019été dernier, Revenu Québec est responsable des inspections et les enquêtes concernant l\u2019hébergement touristique illégal.Entre juin 2018 et le 31 janvier 2019, l\u2019organisation a réalisé près de 3900 inspections, a donné plus de 1100 avertissements, mais n\u2019a imposé aucune amende.« L\u2019objectif premier de ces activités d\u2019inspection n\u2019est pas de remettre des constats d\u2019infraction, mais bien de s\u2019assurer que les exploitants comprennent leurs obligations et les respectent.Nous effectuons des suivis après avoir remis des avertissements, et nous sévirons si les exploitants ne se conforment pas », affirme la porte-parole de Revenu Québec Geneviève Laurier.La Ville de Québec a dévoilé lundi son plan d\u2019action pour encadrer l\u2019hébergement touristique offert sur des plateformes en ligne comme Airbnb.DENISSE LEON UNSPLASH Les citoyens qui louent leur résidence principale pendant moins de 31 jours à la fois, pour un maximum de 90 jours par année, entrent dans la catégorie de l\u2019hébergement « colla- boratif » La ministre de la Justice, Sonia LeBel (au centre), était accompagnée d\u2019Hélène David, du Parti libéral du Québec, de Christine Labrie, de Québec solidaire, et de Véronique Hivon, du Parti québécois, lors de l\u2019annonce transpartisane de la mise en place d\u2019un comité d\u2019experts.JACQUES NADEAU LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin vec les scènes sidérantes de saccage qui se sont produites samedi sur les Champs-Élysées sans que les forces de l\u2019ordre, qui ne sont pourtant pas dépourvues de moyens, arrivent à les prévenir, le gouvernement Macron se trouve plongé dans un grand désarroi.Les casseurs ont atteint leur but en fin de semaine.Le président français croyait avoir repris le contrôle de la situation avec son « grand débat national » élaboré en réponse au mouvement des « gilets jaunes », né il y a quatre mois de l\u2019annonce de la hausse du prix du diesel.Le gouvernement a du reste mis trop de temps, par nonchalance sinon par mépris, à prendre la mesure du sens et de la résilience de ce mouvement.Les violences du week-end viennent dangereusement déranger un plan de sortie de crise fondé sur un exercice de dialogue national qui, aussi pertinent soit-il, a tout de même été reçu par une partie de l\u2019opinion publique avec une bonne dose de scepticisme.Les casseurs sont par définition des pilleurs de cause.Samedi, ils ont superposé leur violence essentiellement nuisible au ras-le-bol parfaitement justifié des gilets jaunes.Lundi, des mesures ont été prises pour éviter de nouveaux troubles, et le préfet de police de Paris a été limogé, mais il ne faudrait surtout pas que les enjeux de sécurité publique, par ailleurs importants, soulevés par une minorité violente qui a réussi à prendre le contrôle du terrain fassent perdre de vue le fond du problème \u2014 à savoir que la « révolte des ronds-points » est avant tout le symptôme d\u2019un immense mécontentement social et populaire face à des élites déconnectées.Le fait est qu\u2019à force de très mal ou de trop peu écouter, ces élites finissent par légitimer l\u2019idée de désobéissance civile ou, du moins, à la rendre plus ou moins défendable.La France, qui n\u2019est pourtant pas aux dernières nouvelles une dictature, semble avoir franchi un seuil dans cette logique.Pendant d\u2019ailleurs qu\u2019en Algérie, pays autrement moins démocratique, on manifeste depuis des semaines très pacifiquement pour faire tomber le « système » Bouteflika\u2026 Si donc les casseurs qui croient utile et porteur d\u2019aller mettre le feu aux boutiques de luxe sont loin de représenter l\u2019ensemble des gilets jaunes, il reste que les deux mouvances se recoupent maintenant en partie.Il faut lire la presse française des derniers jours pour comprendre que l\u2019indignation générale suscitée par les saccages n\u2019annule pas la colère contre le gouvernement, loin de là : « C\u2019est la violence d\u2019État la première violence, celle qui me donne la rage », a dit Isabelle, une « gilet jaune » de 60 ans, au journal Le Monde.Tandis que d\u2019autres faisaient des égoportraits devant le Fou- quet\u2019s vandalisé.Œil pour œil, dent pour dent.« Et puis, il n\u2019y a que comme cela que les médias et Macron nous entendent », affirmait une autre, dans un cri du cœur qui est celui d\u2019une France rurale et périurbaine voyant ses services publics disparaître dans l\u2019indifférence du pouvoir.Ce qui n\u2019arrange rien pour M.Macron, à l\u2019issue de ce nouvel épisode, c\u2019est qu\u2019au mouvement des gilets jaunes \u2014 qui, certes, a faibli en nombre, mais qui se perpétue en ferveur \u2014 se sont conjuguées les amples manifestations de vendredi et de samedi contre l\u2019inaction des gouvernements dans la lutte contre le réchauffement de la planète, rassemblant seulement en France des centaines de milliers de personnes.À moins que Paris n\u2019agisse de façon décisive, c\u2019est au demeurant une mobilisation qui risque forcément de prendre de l\u2019ampleur, comme il faudra nécessairement qu\u2019elle s\u2019amplifie à l\u2019échelle mondiale pour faire bouger les gouvernements et la grande entreprise.Il s\u2019agit de deux forces citoyennes qui ne se rejoignent guère à première vue, la colère des gilets jaunes reposant au départ sur celle des petits travailleurs de la France périphérique contre la décision du gouvernement Macron de financer la transition écologique en augmentant le prix du carburant.Mais elles finissent par se toucher en ce sens que l\u2019une et l\u2019autre considèrent que la façon dont les gouvernements occidentaux en général et celui de M.Macron en particulier veulent s\u2019y prendre pour s\u2019attaquer au réchauffement climatique sans rien changer aux dynamiques du capitalisme soulève de graves problèmes d\u2019injustice sociale.Son grand débat national, qui s\u2019est achevé vendredi dernier, est loin d\u2019avoir été vide.Plus de 10 300 réunions ont été tenues à travers le pays ; 1,4 million de rapports et de propositions ont été déposés sur le site du débat.Pour M.Macron, dont il est prévu qu\u2019il en tire des conclusions à la mi- avril, il y a exigence impérative de résultats durables.Louis Fournier Journaliste et syndicaliste retraité Le Parti québécois est « le vaisseau amiral du projet d\u2019indépendance », écrit Catherine Fournier dans un bon livre, plein de fougue, publié il y a un an à peine, à la fin de 2017.Elle ajoute : « Je dis toujours que la politique est un sport d\u2019équipe, qu\u2019on ne peut rien accomplir seul.» Hélas ! l\u2019ex-dépu- tée du PQ rame désormais seule dans sa petite chaloupe, de marque Verchères sans doute, meilleure à son avis que la « vieille marque » du PQ.Dans son livre intitulé Millé- niaux, ayons l\u2019audace d\u2019agir, Catherine Fournier s\u2019adresse surtout aux jeunes de sa génération, nés entre 1985 et 2004.C\u2019est l\u2019ouvrage d\u2019une indépendantiste passionnée, fière et ambitieuse, qui nous explique pourquoi, au fond, il faut adhérer et militer au Parti québécois.Il y a deux ans à peine, le 5 décembre 2016, Catherine Fournier était élue députée de la circonscription de Marie-Victorin, lors d\u2019une élection complémentaire.« Je suis si fière de représenter cette formation politique qui a toujours été et qui demeure pour moi le parti des aspirations collectives et des grandes réformes », écrivait-elle.Pourquoi donc ?Pourquoi donc Mme Fournier a-t- elle quitté le bateau si vite et si brusquement sans même prévenir ses collègues ?Est-ce seulement l\u2019impatience de la jeunesse ?Ou l\u2019incapacité de jouer vraiment en équipe ?Mais n\u2019est- ce pas aussi la marque typique des milléniaux qu\u2019elle veut représenter : l\u2019individualisme, l\u2019égocentrisme, le narcissisme ?Je n\u2019ai pas de réponses sûres à toutes ces questions.Comme le disait avec humour le grand écrivain Oscar Wilde, « je ne suis pas assez jeune pour tout savoir ».Mais ce que je sais avec certitude, c\u2019est que Catherine Fournier et moi avons le même idéal.Nous portons déjà le même nom, celui de nos ancêtres français venus de Normandie pour s\u2019établir en Nou- velle-France au XVIIe siècle.Nous avons aussi les mêmes espoirs : faire du Québec un pays indépendant, de langue française, vert, prospère et épris de justice sociale, accueillant et ouvert sur le monde.En ai-je oublié ?Mme Fournier veut « rassembler les indépendantistes» à l\u2019extérieur du PQ.Étoile montante devenue étoile filante, elle n\u2019a pourtant passé Bon courage, Catherine Fournier ! Combien de fois le Parti québécois (PQ) a-t-il souhaité s\u2019améliorer, faire autrement, oser changer\u2026?Combien de fois des souverai- nistes ont-ils désiré s\u2019unir pour former un seul parti ?Combien d\u2019écrits et de discours a-t-on mis en avant pour procéder à ces changements ?Catherine Fournier, ma députée de Marie-Victorin, décide de foncer en privilégiant la création d\u2019un mouvement souverainiste.Son idée n\u2019est certes pas nouvelle, mais à la suite des dernières élections, il faut avoir l\u2019audace d\u2019agir.C\u2019est peut-être le bon moment ! Je lui souhaite bonne chance.Je crois que certains leaders et bons penseurs devraient s\u2019unir maintenant pour réfléchir à cette possibilité de regrouper tous les souverainistes québécois en une seule équipe d\u2019ici les prochaines élections.Je ne tire pas sur le PQ, pour lequel j\u2019ai milité près de 50 ans.Mais j\u2019engage celles et ceux qui semblent plus tenir à leur parti (à QS aussi) qu\u2019au fait de se regrouper pour l\u2019indépendance du Québec.Ne dit-on pas que l\u2019union fait la force ?Ouvrons les bras, au lieu de se tourner le dos ! À Catherine Fournier et à celles et ceux qui travailleront à rassembler les souverainistes : bon courage et merci ! André Therrien Longueuil, le 17 mars 2019 LIBRE OPINION LETTRES FRANCE Un hiver de grande colère A ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu GUY TAILLEFER que bien peu de temps au sein du parti.Je crois qu\u2019elle a manqué de patience, une grande qualité en politique.C\u2019est bien de vouloir lancer un nouveau mouvement politique indépendantiste (encore un !) et d\u2019en devenir la fière porte-parole sous les feux des médias, mais seul un parti peut conquérir le pouvoir et aider à réaliser nos rêves.Marcher ensemble Je suis persuadé que le PQ est toujours la meilleure force politique pour nous rassembler.J\u2019en suis membre depuis longtemps et j\u2019ai pu admirer sa résilience à plusieurs reprises.Aujourd\u2019hui, bien sûr, l\u2019heure est grave.Le parti doit être refondé et recentré sur sa raison d\u2019être : faire du Québec un pays.Il vient d\u2019entreprendre ce grand chantier de refondation qui l\u2019amènera peut-être à se donner un nouveau nom, on verra bien.Il accomplit toute cette démarche démocratique avec franchise et honnêteté.En conclusion de son livre, Mme Fournier cite cette pensée magnifique de notre barde national Fred Pellerin: «Marcher ensemble est d\u2019une puissance hallucinante.» Ensemble donc, rassemblés dans un grand parti enraciné et aguerri, qui peut compter sur le militantisme de ses milliers membres (65 000 en 2018) et sur un noyau d\u2019électeurs qui lui sont toujours fidèles malgré tout (687 995 en 2018).«Nous sommes une génération d\u2019entrepreneurs, de bâtisseurs», écrit Catherine Fournier à propos des milléniaux.Nous l\u2019étions, nous aussi, quand nous avons créé en 1983 le Fonds de solidarité FTQ, une immense réussite collective qui appartient aux Québécois.Mme Fournier se dit pragmatique, d\u2019où notamment son rejet de Québec solidaire, un parti d\u2019extrême gauche dont la majorité des électeurs ne sont pas indépendantistes.Je fais donc appel à son pragmatisme et je l\u2019invite à réexaminer sa décision trop hâtive de quitter le PQ.Elle pourra toujours revenir un jour dans ce grand parti qui porte nos espoirs de liberté pour le Québec.Catherine Fournier, l\u2019étoile montante puis filante du Parti québécois Terrien sans terre Tels étaient les mots gravés sur la pancarte de Marguerite Théberge, 13 ans, à l\u2019occasion de la manifestation contre les changements climatiques qui a mobilisé des millions de jeunes dans plus de 2000 villes à travers le monde.Et pourtant, combien de fois avons-nous entendu des critiques blessantes envers les jeunes eu égard à leur apathie et leur individualisme! Eh bien, en ce vendredi 15 mars 2019, les jeunes ont fait mentir catégoriquement leurs détracteurs.Cette manifestation monstre aura eu raison de leur réputation, avouons-le, peu enviable.Toutefois, par-delà ces considérations, il faudra retenir leur inquiétude manifeste envers les changements climatiques en revendiquant une mobilisation urgente des décideurs dans le but de pallier la crise climatique que nous annoncent pourtant les scientifiques depuis plus de 20 ans.La lutte contre les changements climatiques, nous disent cette pléiade de jeunes, n\u2019est plus un vague vœu pieux.Les phénomènes atmosphériques apocalyptiques détruisent tout sur leur passage.Des millions d\u2019êtres humains meurent chaque année des suites de phénomènes naturels dévastateurs.Ces jeunes nous lancent un cri d\u2019alarme\u2026 Prenons-en acte pour la survie de notre planète! Henri Marineau Québec, le 18 mars 2019 Lettre à Greta Thunberg Vous qui avez livré un impressionnant et convaincant discours à la Conférence de l\u2019ONU sur les changements climatiques de Katowice en décembre 2018.Vous qui avez, semaine après semaine, fait la grève et manifesté, parfois seule, afin de conscientiser votre peuple, puis le monde sur l\u2019importance d\u2019agir pour freiner les bouleversements climatiques.Vous qui avez su inspirer des millions de jeunes à se réunir pour amener nos gouvernements à agir en faveur du climat.Vous êtes une inspiration pour la jeunesse.Vous êtes tout aussi inspirante pour tous les citoyens de notre fragile planète, tous groupes d\u2019âges confondus.Par votre ténacité, par votre exceptionnelle détermination, du haut de vos 16 ans, vous réussissez doucement et inexorablement à changer le monde.Greta Thunberg, vous êtes sûrement ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler, une grande femme.Robert Poulin Québec, le 17 mars 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.La haine virale I l a fallu dix-sept minutes à Facebook pour retirer, à la demande de la police, la vidéo diffusée en direct des meurtres dans les mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.C\u2019est long, assez long pour ceux qui veulent répandre le virus haineux dans le cyberespace.Les réseaux sociaux ont été développés selon un modèle de « plateforme », une configuration conçue comme un espace virtuel dans lequel les usagers ont la liberté de mettre en ligne ce que bon leur semble.Par contraste, les médias fonctionnent sur le postulat que les informations destinées à être publiées doivent être validées par une personne ayant autorité, un rédacteur en chef qui, aux termes de la loi, est responsable des contenus fautifs.Les réseaux sociaux sont conçus à partir de l\u2019idée que l\u2019usager est le maître de ce qu\u2019il va voir et de ce qu\u2019il va « partager ».Pour extraire des revenus, ces plateformes proposant leurs services sans frais directs aux individus ont développé des technologies fondées sur le calcul et la valorisation de l\u2019attention que les internautes consacrent aux différents contenus disponibles.Il en résulte un environnement en grande partie automatisé dans lequel les informations ne sont pas diffusées en fonction d\u2019une évaluation de l\u2019intérêt qu\u2019elles peuvent présenter pour la collectivité, mais plutôt en fonction de l\u2019attention qu\u2019elles génèrent.Un environnement rêvé pour ceux qui ont de la haine à promouvoir\u2026 Un cadre juridique favorable aux plateformes Le cadre juridique qui prévaut aux États-Unis y est pour quelque chose.Dans ce pays où sont nés les premiers réseaux sociaux, la loi considère ces plateformes comme des lieux d\u2019échange qui ne sont pas responsables des messages et autres contenus mis en ligne par les usagers.Ainsi protégés contre les conséquences légales de la diffusion de propos dommageables, les réseaux sociaux se sont développés sans réelle incitation à mettre en place des configurations minimisant les risques forcément associés à un environnement où tout le monde se trouve à détenir la faculté de mettre du contenu en ligne.En généralisant ainsi les possibilités de diffuser à la grandeur de la planète des contenus sans devoir détenir de grands moyens, le Web a ouvert de remarquables possibilités de discussions et de sursauts démocratiques.Les gens peuvent être en contact, échanger et se parler avec une facilité inédite dans l\u2019histoire humaine.En revers de la médaille, il y a les groupes aux intentions moins nobles, animés par la haine, obsédés par les fantasmes racistes qui se sont retrouvés à bénéficier de vecteurs de diffusion d\u2019une morbide efficacité.Cette faculté conférée aux extrémistes de diffuser du matériel dégradant est une caractéristique inhérente aux réseaux sociaux actuels.Ce sont des plateformes qui sont conçues pour permettre le partage massif de millions d\u2019unités d\u2019information à la seconde.Ce ne sont pas des environnements configurés en fonction d\u2019un modèle éditorial où la plateforme serait tenue de prévenir les dérives et d\u2019y répondre.Dans ces environnements de réseaux sociaux, il y a peu d\u2019examen a priori des documents mis en ligne.Le modèle repose sur le postulat que le premier responsable est l\u2019usager qui met le contenu en ligne.L\u2019examen de la teneur des documents a lieu a posteriori lorsqu\u2019on en signale qui présentent des problèmes.À l\u2019origine, les lois limitant ainsi la responsabilité des pla- teformes répondaient à un souci de protéger les libertés expressives.On estimait qu\u2019imposer aux plateformes intermédiaires comme les médias sociaux une responsabilité analogue à celle des journaux, des radios ou des télévisions reviendrait à les contraindre à l\u2019exercice d\u2019un contrôle par lequel ils auraient à examiner a priori tous les contenus avant leur mise en ligne.Le modèle fondamental de ces intermédiaires d\u2019Internet postule qu\u2019ils ne sont tenus qu\u2019à faire des efforts raisonnables pour écarter les contenus préjudiciables.C\u2019est généralement pour répondre à des situations de crises engendrées par des pratiques déviantes que ces plateformes en sont venues \u2014 pour répondre aux exaspérations des décideurs politiques \u2014 à renforcer leurs pratiques d\u2019examen des contenus.Des lois à mettre en place À la suite des dérapages incarnés par les diffusions d\u2019informations trompeuses ou de contenus extrêmes, comme les vidéos de meurtres en direct et autres obscénités, les autorités de certains pays ont commencé à bricoler des mesures destinées à reconnaître des devoirs plus contraignants aux exploitants de plateformes en ligne.La croyance en l\u2019impossibilité de réguler ce qui se passe en ligne est en train de perdre du terrain.Mais il y a un grand retard dans le développement de lois reflétant les enjeux de la diffusion virale caractéristique d\u2019Internet.Dans un cyberespace où les informations circulent à très grande vitesse, les pouvoirs publics doivent développer des cadres régulateurs visant les processus fondés sur les algorithmes et les technologies d\u2019intelligence artificielle.Internet procure des possibilités fabuleuses d\u2019expression légitime.Mais il expose à des risques considérables.D\u2019où la nécessité de lois protégeant aussi bien la dignité humaine que la liberté de parole.PIERRE TRUDEL Camil Bouchard Professeur retraité, Département de psychologie, UQAM Dans un rapport récemment publié par le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) sur l\u2019enjeu de la mixité sociale et scolaire, les auteurs font le constat maintes fois évoqué de l\u2019iniquité du système scolaire québécois.Les auteurs font état des études concernant l\u2019impact de la migration des élèves les plus talentueux, les mieux nantis et les moins vulnérables dans un réseau privé qui leur est réservé sur les élèves les plus vulnérables demeurés au secteur public.Devant ce phénomène, ils font la recommandation suivante : « Rendre le financement du secteur privé conditionnel à la démonstration de son engagement à contribuer à l\u2019équité en fonction des indicateurs de mixité sociale et scolaire.» La recommandation du CTREQ rejoint la demande maintes fois exprimée par des groupes de la société civile de réviser le mode de financement des établissements d\u2019enseignement privés.L\u2019opérationnalisation de cette révision du financement des écoles privées emprunte habituellement deux voies.L\u2019une, radicale, exige la fin pure et simple des subventions aux établissements privés.L\u2019autre voie, empruntée par le CTREQ , propose plutôt un financement à géométrie variable selon l\u2019ouverture des établissements privés aux élèves plus vulnérables et, sans doute aussi, leur capacité de rétention de ces élèves.La première voie condamne à la faillite de très nombreux établissements, ce qui créerait un exode des élèves vers le système public et par conséquent des coûts très importants d\u2019infrastructures et de fonctionnement, sans compter les enjeux d\u2019intégration professionnelle et syndicale des enseignants.La deuxième voie présente des défis d\u2019une très grande complexité bureaucratique à la fois quant à la définition des critères d\u2019évaluation de la mixité visée dans la population de l\u2019école et quant à la reddition de comptes elle-même.Elle ne règle pas non plus directement la sélection imposée à l\u2019entrée même de l\u2019école privée : les frais d\u2019admission.Une troisième voie Pour éviter les écueils associés à ces deux approches, je propose une troisième voie : le financement complet des établissements scolaires privés par l\u2019État.Selon ce nouveau mode de financement, un établissement privé aurait droit aux mêmes subventions que les écoles publiques à condition que les élèves y soient admis gratuitement, sans sélection, et à condition que la composition de la population des élèves fréquentant l\u2019établissement privé reflète la mixité sociale de son territoire administratif.Les écoles privées qui accepteraient ce mode de financement seraient liées au secteur public en tant qu\u2019écoles associées.Les commissions scolaires (CS) deviennent dans ce contexte responsables d\u2019assurer la mixité sociale des élèves dans ces écoles associées.À cette fin, elles adoptent un protocole d\u2019inscription des élèves dans ces écoles à partir du bassin d\u2019écoles publiques de leur territoire.Dans ce modèle de financement, les écoles associées du secteur privé signent une convention avec la CS de leur territoire.Cette convention détermine les responsabilités assumées respectivement par les écoles et par la CS, notamment en ce qui a trait au partage solidaire des ressources scolaires du territoire.Ces ententes reconduisent le modèle de gouvernance actuel des écoles privées qui demeurent des OBNL régis par leur conseil d\u2019administration.Les accréditations syndicales demeurent les mêmes.Afin d\u2019éviter une rupture dans le cheminement scolaire et social de milliers d\u2019élèves déjà inscrits dans les établissements privés, la nouvelle règle de financement des écoles associées s\u2019appliquerait graduellement sur les nouvelles cohortes.Les règles antérieures de financement continueraient de s\u2019appliquer pour les élèves inscrits avant l\u2019adoption de ce nouveau mode de financement.Les établissements privés qui n\u2019accepteraient pas ces nouvelles conditions de financement, il y en aura, perdraient leur subvention graduellement sur les nouvelles cohortes d\u2019inscriptions.À la fin du processus, la clientèle des établissements non subventionnés devrait représenter 5 % des élèves, comme en Ontario.Cette proposition, loin de détruire un réseau éducatif de qualité construit, soutenu et administré par les parents au fil des ans, associe pleinement ce réseau aux écoles publiques afin que les enfants de tous les horizons sociaux aient une chance d\u2019en profiter.Cette approche permet d\u2019éviter une crise institutionnelle insoutenable associée à la fermeture des écoles privées.Cette fermeture nous priverait aussi d\u2019institutions dont le modèle de gouvernance, semblable à celui des CPE d\u2019ailleurs, engage la responsabilité des communautés dans l\u2019administration et la gestion de leur école.Cette proposition ne règle pas tout en matière d\u2019équité et de démocratisation de l\u2019école.Demeure toute la question des écoles publiques à projets particuliers qui, pour concurrencer les établissements privés, ont adopté elles aussi un mode de sélection à l\u2019entrée et demandent des frais importants aux parents dans certains programmes.Le prochain billet abordera cette question et celui de la gouvernance des écoles publiques.ÉDUCATION Pour régler l\u2019iniquité scolaire, il faut financer les écoles privées Matthieu Dugal Animateur et chroniqueur Il y a environ 450 000 ans, dans une grotte de Zhoukoudian, en Chine, une bande d\u2019homo erectus pose les jalons d\u2019une pratique qui allait constituer un formidable accélérateur de l\u2019histoire.Ils mangent de la viande cuite, autour d\u2019un feu délimité par des pierres.Homo erectus ne le sait pas, mais le feu ne le protège pas seulement des fauves, il dénature aussi par sa chaleur les protéines des muscles animaux, les rendant plus facilement assimilables par l\u2019organisme.Cette prédigestion calorique contribuera grandement au développement du cerveau et donnera à homo erectus, puis à nos ancêtres, un avantage évolutif dont les répercussions se font encore sentir.Et si le jardin d\u2019Éden était après tout un jardin de la technique ?Un demi-million d\u2019années plus tard, dans un laboratoire de la jeune pousse californienne Just, des scientifiques regardent au microscope, ébahis, quelques cellules musculaires de bœuf croître dans une boîte de Petri.Si cette technique se raffine et que ses coûts sont réduits, ces cellules seront bientôt destinées à la consommation humaine.[\u2026] Cet événement marquera-t-il notre histoire au même titre que la maîtrise du feu ou l\u2019invention de l\u2019agriculture ?Le choix d\u2019une telle avenue n\u2019est-il pas devenu inévitable, à l\u2019heure de la crise écologique ?Ou alors la production de viande sans animal doit-elle être considérée comme un autre abandon collectif devant une technoscience qui prétend pouvoir résoudre tous les problèmes?[\u2026] Quatorze mille ans après l\u2019apparition de l\u2019agriculture, serions-nous arrivés aux limites d\u2019une des pratiques les plus fondamentales issues de son héritage, soit l\u2019élevage des animaux ?Au moment de la domestication des premières espèces, au néolithique, on estime que la population d\u2019homo sapiens comptait entre 5 et 8 millions d\u2019individus.Dans moins de 30 ans, nous atteindrons les 10 milliards.Or selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), la production de viande génère autant de gaz à effet de serre que l\u2019ensemble du secteur du transport, et représente environ 15 % des émissions totales.Quant aux terres occupées pour faire grandir les bêtes et les nourrir, elles représentent 80 % de toutes les terres agricoles du monde, et ne produisent que 18 % des calories consommées par les humains.En 2012, l\u2019alimentation carnée représentait 37 % de l\u2019utilisation totale de l\u2019eau utilisée dans l\u2019alimentation des Américains, selon la revue Proceedings of the National Economy of Sciences.Le dernier rapport annuel de l\u2019ONU sur la sécurité alimentaire soulignait que le réchauffement climatique pourrait faire augmenter considérablement cette proportion, vu l\u2019aggravation probable des sécheresses dans plusieurs endroits où l\u2019on élève du bétail.Et si certains voient le salut dans la viande biologique, plusieurs scientifiques soulignent que si elle peut, à certains égards, être moins néfaste pour les sols, son empreinte environnementale est plus importante que la viande industrielle, puisqu\u2019un animal « bio » grandit moins vite et a besoin de plus d\u2019espace et de davantage de nourriture pour croître.[\u2026] Chose certaine, l\u2019agriculture et l\u2019élevage constituent un point névralgique de la lutte contre les changements climatiques.On tend à voir la viande synthétique comme une solution intéressante pour réduire l\u2019empreinte écologique des activités agricoles, mais s\u2019agit-il simplement d\u2019une chimère techno-scientifique si l\u2019on néglige de revoir aussi la nécessité de la consommation de protéines animales et l\u2019organisation de la production agricole?[\u2026] Une étude publiée dans le magazine Science en juin dernier concluait que si nous décidions collectivement d\u2019adopter une alimentation végétale, 76% de la superficie agricole actuelle dans le monde pourrait être remise en jachère.Mais comme beaucoup d\u2019indicateurs laissent penser que ce n\u2019est pas pour demain, de nombreuses jeunes pousses s\u2019activent à « dépasser » le paradigme actuel en élevage.Or il n\u2019est ici pas tellement question de reconfigurer l\u2019industrie que de miser sur l\u2019amélioration de l\u2019efficacité énergétique de la production de viande.La solution jugée la plus efficace passerait donc par l\u2019élimination non pas de la viande de l\u2019alimentation, mais de l\u2019animal.Voilà ce que nous propose l\u2019agriculture cellulaire: une viande dite propre, sans souffrance\u2026 mais de la viande quand même.[\u2026] Les défenseurs du bien-être animal prennent parfois le parti de l\u2019élevage cellulaire, soulignant le fossé séparant les troupeaux de cochons sauvages domestiqués il y a 5000 ans et les conditions de vie des animaux d\u2019élevage qui naissent et meurent confinés dans des enclos à peine plus grands qu\u2019eux.Mais «nous avons tendance à oublier comment, à la base, la production de nourriture est une technologie.Tout ce que nous ingérons a été élevé ou produit pour répondre à des caractéristiques très précises», souligne Sarah Lohman, historienne des aliments et auteure du livre Eight Flavors: The Untold Story of American Cuisine.[\u2026] Qu\u2019est- ce qui est donc naturel?La viande élevée sans animal n\u2019est-elle qu\u2019une autre sophistication des technologies de culture, une continuité dans l\u2019évolution des pratiques agraires, qui au fond ne reconfigu- rent pas radicalement le système qui prévaut depuis des millénaires?Or, peut-être n\u2019aurons-nous bientôt plus le luxe de poser ces questions sémantiques.Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.L\u2019avènement de la viande sans animal Des Idées en revues Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru dans la revue Liberté, printemps 2019, no 323. LEDEVOIR // LE MARDI 19 MARS 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.PHOTOREPORTAGE Résolument arctique Coup d\u2019œil sur un exercice des Forces armées canadiennes à Resolute, au Nunavut Le photojournaliste Renaud Philippe, collaborateur régulier du Devoir, s\u2019est envolé pour le Grand Nord il y a quelques jours afin de photographier un exercice militaire à Resolute (ou Qausuittuq, en inuktitut : « là où il n\u2019y a pas d\u2019aube »), au Nunavut.En 2013, un centre de formation des Forces armées canadiennes y a été établi pour que les militaires apprennent à évoluer dans ce milieu hostile, mais surtout pour accroître la présence du pays en Extrême-Arctique.« L\u2019armée doit disposer d\u2019une solide préparation pour travailler là-bas, remarque Renaud Philippe.Les températures chutent régulièrement sous les -50 °C, sans compter les vents.» Voyage en images.PHOTOS : RENAUD PHILIPPE À RESOLUTE TEXTE : ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR 1.Déjà, se rendre au 74e parallèle nord n\u2019est pas de tout repos.De Québec, en passant par Fredericton, puis Goose Bay, il faut presque une journée entière pour rejoindre le village de 200 personnes.Le dernier segment s\u2019est fait à bord d\u2019un C-130 Hercules, un robuste avion militaire conçu dans les années 1950.2.Les membres des Forces armées sur place participaient à un exercice militaire reproduisant l\u2019écrasement d\u2019un satellite dans le Grand Nord, explique Renaud Philippe.Pour se déplacer rapidement sur la banquise, les militaires, chaussés de skis et encordés, sont tirés par des motoneiges.Dans le cadre de la simulation, ils étaient à la recherche de débris pouvant indiquer la position du satellite écrasé.3.Dans un petit avion de la taille d\u2019un Cessna, le photographe et d\u2019autres visiteurs sont ensuite partis de la base aérienne pour être déposés sur la banquise, où l\u2019exercice avait lieu.Les militaires avaient piqué quelques tentes en bordure de l\u2019île Devon \u2014 la plus grande au monde qui soit complètement inhabitée \u2014, voisine de celle de Cornwallis où se trouve Resolute.Au pied d\u2019un plateau rocheux érodé typique de l\u2019Arctique, ils avaient bâti des murs de neige pour couper leur campement du vent glacial.4.Du 30 avril au 13 août, le soleil ne se couche jamais sur Resolute.Et du 7 novembre au 4 février, il ne se lève jamais.Malgré les conditions, les militaires de l\u2019armée canadienne s\u2019y exercent toute l\u2019année.5.Avant que le gouvernement canadien ne décide d\u2019y établir une présence, personne ne vivait dans la baie de Resolute.En 1947, Ottawa y installe une station météorologique.Deux ans plus tard, l\u2019Aviation royale canadienne y fonde une base.À l\u2019époque, seuls quelques employés provenant du sud habitent périodiquement dans le hameau, mais le gouvernement souhaite y établir des résidents permanents afin de consolider sa présence en Arctique.En 1953, l\u2019État procède au déplacement forcé vers Resolute de 23 Inuits d\u2019Inukjuak, au Québec, et de Pond Inlet, aujourd\u2019hui au Nunavut.En 1955, 34 personnes supplémentaires provenant des mêmes villages y sont installées sans qu\u2019on leur demande leur avis.La chasse et la pêche sont considérablement plus difficiles dans ce territoire inhospitalier.En août 2010, le gouvernement de Stephen Harper a présenté des excuses officielles aux personnes déplacées dans les années 1950 vers Resolute et Grise Fiord, un autre hameau à 400 km au nord-est.Elles ont été arrachées à leur collectivité d\u2019origine ; on ne leur a pas fourni les logements et les fournitures dont elles avaient besoin ; et on ne leur a pas expliqué en quoi leur nouveau village serait différent de leur village d\u2019origine, statue notamment le gouvernement.1 2 3 4 5 "]
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