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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-03-23, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer Lire Judith Lussier sur les social justice warriors Vivre Romanesque Roumanie Écrans HAUTS ET BAS DU DÉBAT AU QUÉBEC M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Grand angle La nouvelle émission Zone franche ramène un rare choc des idées à l\u2019écran.Danse Odile Tremblay Les flâneurs Cinéma Arts visuels Musique Jazz Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 6 5 7 18 20 35 36 8 4 24 32 27 25 42 44 46 48 50 51 53 54 Entrevue Dans son essai On peut plus rien dire, Judith Lussier tente de resituer le débat.Maya Ombasic Récit Fiction Essai Louis Cornellier Poésie Voyage Roumanie, romanesque pays d\u2019Europe de l\u2019Est où le tourisme fleurit.Société Alimentation Resto Plein air Bière Vin Jeux SOMMAIRE 28 33 34 Photo de la une du D : Valérian Mazataud Le Devoir Photo de la une Lire : Valérian Mazataud Le Devoir C U L T U R E Pour être à même de plonger dans l\u2019élaboration du personnage de Britannicus et dans la proposition du metteur en scène, Éric Robidoux s\u2019est assuré de posséder pleinement sa partition avant les répétitions.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR | 3 T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 20 MARS \u2014 13 AVRIL DENISE-PELLETIER.QC.CA THÉÂTRE DENISE-PELLETIER DE TOM SCHULMAN* TRADUCTION ?MARYSE WARDA MISE EN SCÈNE ?SÉBASTIEN DAVID AVEC MUSTAPHA ARAMIS, JEAN-FRANÇOIS CASABONNE, PATRICE DUBOIS, GÉRALD GAGNON, MAXIME GENOIS, SIMON LANDRY-DÉSY, ÉTIENNE LOU, ANGLESH MAJOR, ALICE MOREAULT, ÉMILE SCHNEIDER PRODUCTION THÉÂTRE DENISE-PELLETIER DÉJÀ PLUS DE 23 000 BILLETS VENDUS LA SOCIÉTÉ DES POÈTES DISPARUS *LA SOCIÉTÉ DES POÈTES DISPARUS BASÉ SUR LE FILM DE TOUCHSTONE PICTURES ÉCRIT PAR TOM SCHULMAN / INITIALEMENT PRODUIT PAR CLASSIC STAGE COMPANY / ARRANGEMENTS SPÉCIAUX DE ADAM ZOTOVICH / DIRECTEUR ARTISTIQUE: JOHN DOYLE / DIRECTEUR GÉNÉRAL: JEFF GRIFFIN ENTREVUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Après avoir œuvré à La Chapelle, au théâtre Prospero et au Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, Florent Siaud fait son entrée au Théâtre du Nouveau Monde avec Britannicus, une tragédie de Racine qui, tel que le stipule adroitement l\u2019équipe de création, oppose les furieux et les tendres.Pour jouer Agrippine et Néron, le plus québécois des metteurs en scène français a fait appel à Sylvie Drapeau et à Francis Ducharme.Pour incarner Junie et Britannicus, i l a choisi Évelyne Rompré et Éric Robidoux.Il s\u2019agit d\u2019une première collaboration entre Siaud et Robidoux.« Florent voulait un Britannicus guerrier, explique celui qui s\u2019est taillé une réputation d\u2019acteur physique, vigoureux, notamment en s\u2019associant à des chorégraphes comme Estelle Clareton, Dave-St-Pierre et Frédéric Gravel, mais également à un metteur en scène aussi iconoclaste que Christian Lapointe.Je pense qu\u2019il m\u2019a choisi parce qu\u2019il me savait capable d\u2019accoter l\u2019énergie des autres membres de la distribution, cette fougue et cette physicalité.C\u2019est mon premier classique, qui plus est en alexandrins, et je dois avouer que j\u2019en suis très heureux.» Au moment où débute la tragédie, Néron (Ducharme) gouverne avec sagesse.Puis la vraie nature de l\u2019empereur se révèle.Sa passion pour Ju- nie (Rompré), fiancée de Britannicus (Robidoux), le pousse à se libérer de la domination d\u2019Agrippine (Drapeau) et à assassiner son frère par alliance.« Britannicus a une candeur, une innocence, une fragilité, explique celui qui incarne le rôle-titre.Cela dit, quand la situation l\u2019incite à agir, il est capable de beaucoup de force.Il démontre qu\u2019il est brave, qu\u2019il possède une grandeur.» Jusqu\u2019à ce que Néron, qui lui a déjà ravi le trône, lui enlève Junie, Britannicus échappait à la logique du complot, à celle des tractations politiques.Pour nourrir sa colère, on peut compter sur Narcisse, son gouverneur, incarné par Marc Béland.« Narcisse incite Britannicus à la révolte, explique Robidoux.Il jette de l\u2019huile sur le feu, envenime la situation, la rend encore plus alambiquée qu\u2019elle ne l\u2019était déjà.» Ajoutez à cela les manipulations de Burrhus, le gouverneur de Néron (Maxim Gaudette), et d\u2019Albine, la confidente d\u2019Agrippine (Marie-France Lambert), et vous obtenez un mélange détonant.« Britannicus et Junie sont en quelque sorte les victimes collatérales de toute cette violence, précise le comédien.En même temps, c\u2019est grâce à la pureté et à la fragilité de leur amour que toute la pièce peut exister.» Plonger chez Racine Pour être à même de plonger dans l\u2019élaboration du personnage et dans la proposition du metteur en scène, Éric Robidoux s\u2019est assuré de posséder pleinement sa par tition avant même de commencer les répétitions.« Je n\u2019avais pas le temps de m\u2019enfar- ger dans les répliques, précise-t-il.Ce que je voulais, d\u2019abord et avant tout, c\u2019est approfondir le discours, trouver la valeur de chaque mot, le rythme qui convient, l\u2019énergie adéquate, en somme rendre le texte limpide, et ne surtout pas chanter les vers.» Le comédien estime que son metteur en scène est rigoureux, érudit, mais aussi très concret: «Il ne cesse de nous fournir de nouvelles couches de compréhension de l\u2019œuvre.On a fait un important travail sur le XVIIe siècle, sur la littérature et le théâtre, puis une grande analyse du texte, notamment sur le sens que les mots avaient à l\u2019époque, sur la pensée, le discours, mais également sur des notions plus émotionnelles, comme les larmes, la douleur, le cri\u2026» Alors que plusieurs établissements d\u2019enseignement du théâtre au Québec se font reprocher d\u2019effleurer ou même de contourner les œuvres classiques, on pourrait dire que la méthode de Florent Siaud vient en quelque sorte combler une lacune.Un théâtre des sens Tout en annonçant un spectacle qui dépoussière la tragédie classique, une esthétique qui s\u2019éloigne de la Rome antique, mais tout en l\u2019évoquant, le comédien affirme que rien dans la mise en scène ne dénature l\u2019œuvre : « On n\u2019est pas dans une relecture.On est vraiment dans le sens du texte, avec tout ce que ça implique de mots et d\u2019idées, mais aussi d\u2019af fects, d\u2019émotions fortes.On dit que les pièces de Racine font appel à l\u2019intelligence du spectateur, ce n\u2019est pas faux, mais je pense que c\u2019est d\u2019abord et avant tout un théâtre des sens.Ce qui anime les personnages, ce sont des pulsions fondamentales, des passions viscérales, des désirs qui n\u2019ont pas pris une ride, à commencer par l\u2019amour et le pouvoir.» Ainsi, en plus de retrouver dans la pièce plusieurs des archétypes qui vont nourrir la psychanalyse, à commencer par la rivalité entre frères et l\u2019épineux rapport mère-fils, on peut également y trouver des magouilles qui évoquent franchement la politique actuelle.C\u2019est ce que résume for t bien Junie en s\u2019adressant à Britannicus au dernier acte : « Je ne connais Néron et la cour que d\u2019un jour.Mais (si je l\u2019ose dire), hélas ! dans cette cour, combien tout ce qu\u2019on dit est loin de ce qu\u2019on pense ! Que la bouche et le cœur sont peu d\u2019intelligence ! Avec combien de joie on y trahit sa foi ! Quel séjour étranger et pour vous et pour moi.» « Le lien avec les politiques totalitaires et dictatoriales contemporaines saute aux yeux, reconnaît Robidoux.La pièce est remplie de jeux de coulisses, de complicités et de collusions, des manipulations qui s\u2019apparentent souvent aux fameuses fake news.Dans cet univers, le fait que Britanni- cus et Junie en viennent à considérer que leur union est la plus grande des richesses, la chose la plus précieuse qui soit, c\u2019est assez extraordinaire.» Britannicus Texte : Racine.Mise en scène: Florent Siaud.Une production du Théâtre du Nouveau Monde, en collaboration avec Les songes turbulents.Au TNM du 26 mars au 20 avril.Éric Robidoux, le cœur dans la tête Le comédien incarne un Britannicus guerrier sous la baguette de Florent Siaud L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e D a n s e 4 | TNM.QC.CA Billets à partir de 35 $ Dès mardi ! Avec Marc Béland Sylvie Drapeau Francis Ducharme Maxim Gaudette Marie-France Lambert Éric Robidoux Evelyne Rompré Assistance à la mise en scène Alexandra Sutto Production TNM en collaboration avec Les Songes turbulents, compagnie de création ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER À JOLIETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Sur l\u2019écran d\u2019un téléviseur cathodique au Musée des arts de Joliette (MAJ), tourne en boucle la vidéo du premier ballet qui marque la naissance d\u2019une tradition de danse classique au Québec.Suite canadienne de Ludmilla Chiriaeff, télédiffusée en 1958 durant L\u2019heure du concert à Radio-Canada, donne à voir des danseurs déguisés en paysans dans les décors d\u2019une ru- ralité coloniale fantasmée.Multipliant les clins d\u2019œil au folklore des rondes et de la danse en ligne, la pièce propose un portrait type du Québécois et de la Québécoise.La découverte de ce document d\u2019archives représente le point de départ du projet d\u2019Adam Kinner, artiste multidisciplinaire initié à la danse performative dont l\u2019exposition Suite canadienne, une démonstration documente sa recréation libre de l\u2019emblématique ballet.Intrigué par le fait que l\u2019essor tardif de la danse au Québec, longtemps interdite par l\u2019Église, concorde avec l\u2019arrivée de la télévision et celle de cette femme immigrante d\u2019Europe apportant avec elle son important bagage en danse (Ballets russes, Opéra de Berlin), Adam Kinner lui porte un hommage un tantinet iconoclaste en ce qu\u2019il déconstruit la chorégraphie originale et incite à une relecture critique de l\u2019histoire du ballet au Québec.« Je vois mon projet comme une célébration ser vant l\u2019héritage de Ludmilla Chiriaeff, car je la fais revenir [sous les projecteurs] et je montre la grande importance qu\u2019elle a eue pour l\u2019avènement de la danse ici.D\u2019un autre côté, je ne prétends pas qu\u2019il faut se limiter à célébrer cet héritage.Je veux l\u2019examiner et l\u2019approfondir », affirme l\u2019artiste, qui assume une approche « décoloniale » dans la recréation de la pièce de la fondatrice des Grands Ballets canadiens.Un sentiment nationaliste N\u2019étant pas formé en ballet, Adam Kinner, en danseur néophyte à la technique fragile et profane confronte les standards des codes classiques et aborde les critères normatifs qui rendent une pratique de la danse plus légitime qu\u2019une autre.Il s\u2019agit aussi pour lui de réfléchir à quels corps se trouvent marginalisés ou exclus du prestige des grandes scènes et de «remonter le temps pour regarder pourquoi nous avons privilégié et continuons de privilégier certains choix esthétiques, politiques et culturels quant aux formes qui devraient être valorisées».Reprenant le rôle féminin et le costume des paysannes du corps de ballet de Suite canadienne, dans une première étape de son travail, l\u2019artiste a filmé sa per formance solo dans des lieux publics symbolisant les pouvoirs administratifs, décisionnels et financiers.Des institutions qui ont directement et indirectement un pouvoir sur les corps au quotidien.« Mon processus m\u2019a aidé à comprendre comment la danse classique opère comme une forme politique et coloniale, et d\u2019observer comment ça s\u2019inscrit jusque dans ses mécanismes», explique l\u2019artiste, tout en rappelant qu\u2019un an après la création de Suite canadienne, Mme Chiriaeff s\u2019est vu demander de présenter sa pièce à la reine Élisabeth dans le but de représenter le Québec.« Il est intéressant de voir comment cette danseuse alors fraîchement immigrée a pris l\u2019identité québécoise comme un problème à résoudre à travers la Adam Kinner dans les archives de Ludmilla Chiriaeff La première œuvre de la fondatrice des Grands Ballets canadiens revue et remixée à Joliette danse, en performant cette identité.» Dans sa nouvelle version de Suite canadienne, un des questionnements centraux était de voir «comment défaire [unpack] cette relation que la danse entretient avec la nation et la notion d\u2019identité nationale.Et pas seulement dans le contexte du Québec, même si c\u2019est un cas intéressant à mon avis.Si l\u2019on demande aux danseurs de représenter une nation d\u2019une manière donnée, de performer une identité, alors ça donne à la danse une agenti- vité, et je suis curieux de voir jusqu\u2019où on peut aller avec cette agentivité.» Cette réflexion sur l\u2019instrumentali- sation politique de l\u2019art du ballet se matérialise dans l\u2019exposition à travers une série d\u2019archives dénichées dans le fonds de la fondatrice des Grands Ballets canadiens (GBC).Soigneusement sélectionnées, ces photographies prises dans un orphelinat où on formait de jeunes garçons au ballet \u2014 la discipline jugée à l\u2019époque trop efféminée connaissant une pénurie de danseurs masculins \u2014 sont venues alimenter le processus créatif et ouvrir de nouveaux questionnements.Loin de demeurer figées, ces archives agrémentées d\u2019une lecture personnelle portant sur la transmission, l\u2019autorité, les dynamiques en jeu, les attentes et les symboles nationalistes suivent l\u2019artiste jusque dans son travail en studio.Déjouer la discipline En résidence au MAJ, Adam Kinner a pu pousser plus loin sa recherche chorégraphique en s\u2019entourant de cinq danseurs ayant renoncé au ballet (Hanako Hoshimi-Caines, Louise Michel Jackson, Kelly Keenan, Justin de Luna et Mulu Tesfu).L\u2019objectif pour eux était de parvenir à construire une pratique de partage dénuée de hiérarchies autour du ballet.« Certains avaient de la difficulté à y retourner, car ils ont encore une relation douloureuse et parfois traumatique à cette stricte discipline.Nous avons utilisé l\u2019hypnose pour accéder à nos premières expériences de formation en danse.Ce qui nous a permis d\u2019approcher le ballet comme un genre dans lequel nous pouvions nous retrouver, avec lequel s\u2019amuser et que nous pouvions nous approprier sans nous laisser affecter négativement.» Ayant essayé d\u2019impliquer les GBC, l\u2019ar tiste se désole de ne pas avoir réussi à convaincre la compagnie du sérieux et de la légitimité de son projet.Le fait de travailler sur une lecture des archives de Chiriaef f est un moyen pour lui d\u2019aborder l\u2019histoire de l\u2019institutionnalisation de la danse sous un angle nouveau, sans vouloir pour autant se faire moralisateur ni trouver des acteurs précis à critiquer.« Travailler avec l\u2019histoire me mène à dévoiler une vérité et à montrer qu\u2019on vit tous avec cet héritage [colonial] auquel on doit faire face.Il s\u2019agit de savoir et de se demander ce qu\u2019on veut et ce qu\u2019on doit en faire maintenant.» Suite canadienne, une démonstration Exposition d\u2019Adam Kinner.Interprètes : Hanako Hoshimi-Caines, Louise Michel Jackson, Kelly Keenan, Justin de Luna, Mulu Tesfu et Adam Kinner.Au Musée d\u2019art de Joliette jusqu\u2019au 5 mai.Notre journaliste a séjourné à Joliette à l\u2019invitation du MAJ.| 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Avancer sur le fil du rasoir Les limites du tolérable changent tellement vite aujourd\u2019hui, avec effet accélérateur des réseaux sociaux, que des questions éthiques sont soulevées en cocotte-minute, sur la scène culturelle comme ailleurs, laissant bien du monde perplexe.Fallait-il annuler le concert dans un hôtel de Montréal, vendredi, de l\u2019ancien président haïtien Michel Mar- telly, chanteur sous pseudonyme de Sweet Mickey, ou le laisser se produire au nom de la liberté d\u2019expression?Ses textes misogynes et les scandales de corruption sous son règne étaient condamnés par des Québécois d\u2019origine haïtienne, opposés à sa venue, et par bien des organismes communautaires.On comprend ceux qui montraient la porte à l\u2019ancien homme fort de Port-au-Prince.Par contre, le procès du 15 avril prochain pour «productions et distribution de pornographie juvénile» de l\u2019auteur Yvan Godbout et du directeur des éditions AdA, Nycolas Doucet, à propos du roman d\u2019horreur Hansel et Gretel me donne froid dans le dos.La description crue de l\u2019agression sexuelle d\u2019une fillette par son père lui vaut la mise au ban.L\u2019écrivain a été brièvement arrêté le 14 mars, les exemplaires du livre saisis par la SQ et des accusations de production et de distribution de pornographie juvénile ont été faites à l\u2019endroit d\u2019AdA.Une pétition en ligne vole à leur secours.À bas le retour aux autodafés des régimes religieux et politiques totalitaires qui brûlaient jadis des montagnes de livres à l\u2019index! Approuver ceci.Condamner cela.Ça se déroule vite.Chaque nouvelle polémique devient un cas de conscience.Comment tracer la frontière ?Devant qui ?Devant quoi ?Où sont les guides pour éclairer les lanternes ?À telle enseigne, il est malheureux que Radio-Canada élimine bientôt de sa grille l\u2019émission hebdomadaire Second regard, en ondes depuis 45 ans.Elle avait évolué au fil des années, passant du débat religieux à des réflexions sur les enjeux éthiques, philosophiques et de spiritualité sans dogme, animée par l\u2019animateur Alain Crevier avec compétence.Les tribunes sont si rares à viser l\u2019éveil des consciences.Les clés manquent pour saisir les enjeux du jour, d\u2019où la perte de repères.Chaque camp, droite ou gauche, reste cantonné sur ses positions.On ODILE TREMBLAY l\u2019a bien vu lors des foires d\u2019empoigne autour des spectacles de Robert Lepage SL?V et Kanata, opposant les considérations d\u2019appropriation culturelle à la liberté créatrice.Il faut dire que plusieurs chroniqueurs et faiseurs d\u2019opinions (difficile d\u2019y échapper) sont à la fois juges et parties, adoptant un point de vue et demeurant sourds aux arguments contraires susceptibles d\u2019aider les gens à se faire une tête sur les débats complexes en cours.Doit-on pour autant appuyer l\u2019intimidation et les menaces de mort subies par les chroniqueurs Richard Martineau et Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal, même si on se trouve souvent en désaccord avec leurs propos?Jamais de la vie ! Les plumes de gauche reçoivent des tomates aussi.Faut-il leur dresser un gibet?Les réseaux sociaux, parfois si rassembleurs, distillent en sous-main des flots d\u2019appels au meurtre qu\u2019on ne peut avaliser sans se noircir.De vieilles dominations Penche d\u2019un côté, penche de l\u2019autre.Zip! Zap! Là où un vent de rectitude politique fait grincer des dents dans ses zones d\u2019excès, comment ne pas y voir par ailleurs une preuve d\u2019évolution sociale?Les femmes, les homosexuels et les représentants des minorités ethniques en ont assez d\u2019être bafoués.Tant mieux si les femmes se font moins traiter de «pauvres connes», les Autochtones de «maudits sauvages», les Noirs de «sales nègres» et les gais de « tapettes à mouches».Tant mieux si le harcèlement sexuel et psychologique frappe des murs.Qui se croyait progressiste se découvre oppresseur.De vieilles dominations s\u2019effritent.Reste que la vigilance face aux discriminations ne saurait justifier le bannissement éclair des œuvres de l\u2019espace public, qui mène au révisionnisme, ni certaines frilosités maladives.Sous courants contraires, les lumières de tous sont bienvenues.L\u2019essai de Judith Lussier On peut plus rien dire, publié aux Éditions Cardinal, tombe ainsi à pic.En prenant la défense des guerriers pour la justice sociale, la chroniqueuse et animatrice fait entendre un son de cloche qui mérite de résonner.Cette jeune amazone des temps modernes ne passe pas sous silence les intransigeances parfois excessives et les contradictions des militants de gauche, ses frères, mais elle a raison de rappeler les avancées énormes issues de leurs combats et d\u2019appeler au dialogue.«Plutôt que de percevoir les débats de société comme une remise en question fondamentale de notre identité, nous pourrions les envisager comme une source de richesse permettant à l\u2019ensemble de la population de tendre vers le bien commun», écrit-elle.Bien dit ! Performance de Suite canadienne, une démonstration, d\u2019Adam Kinner, au Musée d\u2019art de Joliette, février 2019 ROMAIN GUILBAULT L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e M é d i a s 6 | GRAND ANGLE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR ans un monde où la discussion publique se fait le plus souvent à coups de messages intempestifs sur les réseaux sociaux, l\u2019idée même du débat d\u2019idées mérite un peu d\u2019amour.Télé-Qué- bec va d\u2019ailleurs en ce sens en lançant dès jeudi sa nouvelle émission Zone franche, qui carbure aux tractations et aux échanges serrés sur des sujets chauds.Animée par Isabelle Maréchal et Raed Hammoud, Zone franche donne aux téléspectateurs québécois une rare occasion de s\u2019immerger dans des débats de société qui vont plus loin que le simple affrontement face à face.Sur un plateau circulaire, au moins six invités se colletaillent sous le regard attentif des deux meneurs.« Je pense qu\u2019on ne débat pas en ce moment », raconte Raed Ham- moud, que l\u2019on peut voir à l\u2019émission Dans les médias et à qui on doit le documentaire T\u2019es où Youssef ?.« Il y a des gens en vases clos qui communiquent entre eux, et chacun prêche pour sa paroisse.C\u2019est très confortable de faire ça et de prêcher au même monde, sur les mêmes sujets.Que ce soit à gauche ou à droite, je trouve les gens très paresseux.» « Mais bon sang que nous, les Québécois, avons de la misère avec le débat ! » lançait d\u2019ailleurs l\u2019animatrice et productrice Marie-France Bazzo dans une récente chronique du magazine L\u2019Actualité.Ce constat est partagé pas plusieurs, dont Isabelle Maréchal, qui elle-même mène chaque jour sur les ondes des stations de Cogeco une émission d\u2019opinion et d\u2019af faires publiques.« C\u2019est clair que la politique, la religion, la laïcité, l\u2019immigration ou le racisme, ce sont des sujets qu\u2019on aborde à Zone franche, mais qu\u2019on a de la difficulté à aborder même avec des proches, parce qu\u2019on sait que ça va faire des flammèches.Et ça ne nous tente pas, de gérer les conflits, au Québec.» Et pourquoi donc?Sophie Durocher, qu\u2019on peut lire dans Le Journal de Montréal et qui anime à Qub l\u2019émission On n\u2019est pas obligé d\u2019être d\u2019accord, y voit d\u2019abord une question d\u2019éducation.Celle qui est née en France et qui a par la suite fait son secondaire au Québec dans une école arrimée au système scolaire de l\u2019Hexagone estime que dans la tradition française « on apprend à débattre quasiment avec un biberon dans la bouche : thèse, antithèse, synthèse ».Au Québec, ajoute-t-elle, la tradition est simplement dif fé- rente, plus proche du consensus.«L\u2019idée de débattre, d\u2019argumenter, sans personnaliser le débat, c\u2019est plus récent au Québec.C\u2019est un nouvel outil, qu\u2019on n\u2019est pas capable de vraiment utiliser, explique celle qui a animé l\u2019émission de débat Open télé sur les ondes de MAtv.Je ne dis pas ça de façon condescendante, mais on apprend à courir et à marcher en même temps, et c\u2019est pour ça qu\u2019il y a des maladresses.» C\u2019est là un vieux problème, ajoute Anne-Marie Dussault, animatrice de 24/60 sur les ondes de RDI.La peur de débattre, elle est en partie là, croit celle qui a longtemps animé Droit de parole à Télé-Québec.«Mais il y a aussi une volonté de contrôler la parole.Les gens qu\u2019on invite vont dire: \u201cJe vais venir\u201d, mais ils ne veulent pas de débat.Ils veulent exprimer leur point de vue de A à Z, sans être contredits.» Selon Mme Dussault, « le tsunami d\u2019opinions a pris le relais sur les plateformes numériques, parfois au détriment des idées ».Entre quatre yeux C\u2019est là où Zone franche, une production d\u2019Urbania, peut se montrer une émission utile.Le concept, dit Raed Hammoud, « c\u2019est d\u2019avoir une vraie place pour se dire les choses, sans possibilité de quitter le plateau, de bloquer l\u2019autre.Et c\u2019est de mettre en face des gens qui sur papier, ou quand tu les suis, n\u2019ont rien pour être rapprochés».La nouvelle production télé commence toujours par une série de faits et de statistiques, et comprend un duel et un témoignage, question d\u2019incarner la discussion.Que les gens se parlent entre quatre yeux, voilà une approche que salue Anne-Marie Dussault.« La force des débats qu\u2019on a sur nos ondes, c\u2019est de mettre les gens en présence Faire avancer le débat Zone franche ramène un très rare choc des idées à l\u2019écran, on en profite pour se demander où on en est avec l\u2019art de débattre au Québec les uns des autres, dit-elle.J\u2019ai toujours pensé qu\u2019un débat qui soulève les bons enjeux, c\u2019est comme un documentaire qui se construit en direct, où les participants, sans filtre, sans montage, contribuent à l\u2019éducation d\u2019un point de vue sur un enjeu et se confrontent à ceux des autres.» Ce sont là toutes des choses qui ne peuvent pas vraiment se faire \u2014 ou alors qui se font trop peu souvent \u2014 sur les réseaux sociaux, croit Sophie Durocher.« C\u2019est des égouts à ciel ouvert, ce n\u2019est absolument pas la place pour débattre, tranche-t-elle.J\u2019ai essayé quelques fois de discuter avec des gens, mais ce n\u2019est pas un format qui permet le débat.Ça permet l\u2019insulte, l\u2019effet de toge.» D Petit guide pour un bon débat Que faut-il mettre en place pour avoir un bon débat d\u2019idées?Anne-Marie Dus- sault, la papesse québécoise du genre, a son propre petit guide en la matière.«Ça prend d\u2019abord la bonne question, qui tient compte de la perspective sociale, historique, politique, parfois économique.» Il est aussi nécessaire d\u2019avoir de la documentation à la base, des faits sur lesquels s\u2019appuyer, ajoute l\u2019animatrice.« Il faut également trouver les bons protagonistes.Des gens qui ont la plus grande profondeur possible sur un sujet, qui l\u2019ont défendu, pour qui c\u2019est la cause de leur vie.» Les intervenants doivent aussi être capables de défendre leur point de vue dans le respect, ajoute-t-elle.«C\u2019est arrivé dans le passé qu\u2019on n\u2019invite pas telle personne parce qu\u2019elle est trop dans le pointu ou dans l\u2019extrême, et que ça risque de faire déraper le débat.On veut éviter les démagogues.» | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L E S F L Â N E U RS Avec Le projet Hummingbird (The Hummingbird Project), le cinéaste québécois Kim Nguyen (Rebelle, Two Lovers and a Bear) surprend et amuse ferme en abordant un terrain de suspense et d\u2019humour qu\u2019il maîtrise à souhait.Avec à sa tête de grands acteurs investis et allumés \u2014 Jesse Eisenberg (très allenien), Alexander Skarsgärd (méconnaissable), Anton Zalesky et Salma Hayek \u2014, cette folle équipée à travers les États-Unis, sur une idée brillante et folle abordant par la bande la théorie de la relativité, décolle vraiment par-delà quelques longueurs.La danse de victoire de Skarsgärd est une pièce d\u2019anthologie.Kim Nguyen, côté humour La websérie Fourchette (Tou.tv), une adaptation à l\u2019écran du blogue Les Fourchettes de l\u2019auteure et scénariste Sarah-Maude Beauchesne (L\u2019académie), surprend agréablement.Cette chronique dans le désordre d\u2019une rupture amoureuse douloureuse du point de vue de celle qui l\u2019a provoquée et la quête d\u2019indépendance traduit à merveille ce torrent de sentiments contradictoires caractéristiques de ces tempêtes.Dans le rôle principal «autofictionnel », Sarah-Maude Beauchesne offre une première performance très juste.Chronique d\u2019une rupture Le surdoué comique britannique Ricky Gervais (The Office) vient de lancer After Life, sur Netflix, une mini- série tragicomique à la fois touchante et amusante, un tour de force où les émotions s\u2019entrechoquent du rire aux larmes.Les six courts épisodes racontent la survie pénible d\u2019un misanthrope un brin suicidaire endeuillé par la mort récente de sa femme adorée.Le récit de son errance dans sa petite ville, de la maison au boulot (il est journaliste), multiplie évidemment les situations cocasses et les malaises.C\u2019est en français que j\u2019ai découvert la voix chaude, légèrement éraillée, d\u2019Emilie Clepper, qui livre avec La grande migration son premier opus de folk francophone.La jeune femme, qui chantait jusque-là en anglais, nous revient des États-Unis et porte cette fois des textes de Sara Garneau qui collent à sa musique et lui vont comme un gant : «Je suis un oiseau migrateur, un peu au Sud, un peu au Nord.Il me manque toujours quelque part des vieux morceaux abandonnés sous l\u2019autre ciel où je suis née.» De Babylone au Désert blanc, en passant par la souffrance individuelle exprimée dans Les grands vents, La grande migration balaie l\u2019Amérique d\u2019un grand désir de liberté.En tournée au Québec jusqu\u2019à l\u2019automne.Grand vent sur l\u2019Amérique Chronique d\u2019un deuil CAROLINE MONTPETIT STÉPHANE BAILLARGEON AMÉLIE GAUDREAU ODILE TREMBLAY Raed Hammoud et Isabelle Maréchal VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Changer d\u2019idées ?Au moment où ces lignes étaient écrites, Hammoud et Maréchal avaient déjà enregistré cinq des dix débats de cette saison de Zone franche.Et si plusieurs des invités aux positions antagonistes finissent l\u2019émission en se comprenant mieux les uns les autres, voire en échangeant en coulisses leurs coordonnées, les deux animateurs avouent que les points de vue de chacun changent rarement, voire pas du tout.« Mais l\u2019idée est de servir le téléspectateur, précise Isabelle Maréchal.Et nos invités, on les utilise pour qu\u2019on comprenne mieux une situation, un sujet.» Si Sophie Durocher croit que du « choc des idées naît la lumière », Anne-Marie Dussault y voit une «plate- forme démocratique extraordinaire».«Il faut de l\u2019émotion, de la passion, de la raison, de l\u2019intelligence, de la perspective, de la connaissance, lance la journaliste d\u2019expérience.Je trouve qu\u2019un débat permet de partager la connaissance qu\u2019on a sur un sujet.» Débat ou spectacle ?Par contre, aux yeux de Mme Dussault, un bon débat dans les médias, « ce n\u2019est pas un spectacle », et ceux qu\u2019elle mène s\u2019enracinent dans une démarche journalistique.Du côté de Zone franche, il se dégage, par le décor impressionnant et par la présence d\u2019un public, un léger relent d\u2019émission de divertissement, voire de quiz du genre Le tricheur, même si le tout est plongé dans un contexte rigoureux où les animateurs maîtrisent leurs dossiers et connaissent leurs invités.Mais Raed Hammoud est catégorique, pas question ici de faire de l\u2019esbroufe pour attiser la curiosité.Le grand consommateur de médias et de télé française n\u2019est pas chaud devant l\u2019approche des émissions comme On n\u2019est pas couché.«Je préfère de loin l\u2019approche québécoise qui consiste à ne pas faire que des combats de coqs.[\u2026] Ça serait facile pour nous de réunir des gens qui n\u2019ont aucune envie de réfléchir, ça donnerait de la bonne télé et ça ferait des flammèches, mais ce n\u2019est pas le but de Zone franche.Au contraire.» Zone franche Télé-Québec, jeudi, 20h; rediffusions vendredi, 22h, samedi, 0h, dimanche, 21h, lundi, 13h et 0h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 8 | ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR ans une ville minière d\u2019Abitibi, il y a dix ans, un effondrement minier demeuré inexpliqué faucha des dizaines de vies.Kevin fut le seul à en réchapper, physiquement du moins.En fait, tout le monde ou presque dans la communauté, en perdant un parent ou un ami, vit le cours de son existence transformé par la tragédie.Marianne, elle, devint orpheline ce jour-là.Quant à Kristoff, son père avocat se battit contre la compagnie minière.Alors dans la vingtaine, Kevin, Marianne et Kristof f formaient un groupe de musique, dissous depuis.Mais voici qu\u2019à l\u2019occasion d\u2019une commémoration, Marianne rentre d\u2019Europe où elle fait désormais carrière, retrouvant non seulement ses anciens copains, mais les fantômes qu\u2019elle a fuis naguère.Dans Nous sommes Gold, son deuxième long métrage, Éric Morin creuse davantage le terreau imaginaire abitibien après Chasse au Godard d\u2019Abbittibbi.Il faut savoir qu\u2019à l\u2019origine, Éric Morin avait envisagé des personnages plus jeunes.Il avait pressenti des acteurs, mais dans son for intérieur, quelque chose clochait.Une sortie anodine changea tout cela.«Un soir que je prenais une bière avec Patrick Hivon, je me suis dit que l\u2019énergie du Pat Hivon que je connais est rarement apparente dans les personnages qu\u2019il joue », explique Éric Morin.«Tout à coup, dans son côté chien fou, \u201cnerfé\u201d, j\u2019ai vu mon Kevin.Et il ressemble beaucoup à Henry Rollins, une légende punk du groupe Black Flag.En parallèle, j\u2019avais rencontré Monia Chokri [Marianne] dans des fêtes : le courant avait passé rapidement entre nous.Emmanuel Schwartz [Kristoff] s\u2019est ajouté\u2026 Tout ce casting s\u2019est mis en place quasiment malgré moi, et j\u2019ai compris que mes personnages ne pouvaient plus avoir 25 ans.» De l\u2019avis de l\u2019auteur, les personnages, et par extension les situations, n\u2019en sont devenus que plus intéressants, la mi-trentaine correspondant souvent, dixit Éric Morin, à un point de chute existentiel.« Je l\u2019ignorais au moment de la distribution des rôles, mais les trois comédiens avaient déjà un passif ensemble, amical, professionnel.Leur chimie a été spontanée et rendait crédible leur enracinement dans cette ville minière, qui est devenue une espèce de non-lieu pour ce trio d\u2019adolescents attardés.» À cet égard, si elle se traduit par des scènes de coups pendables comiques et de beuveries complices, cette immaturité revêt un caractère mélancolique poignant.En cela qu\u2019elle est d\u2019abord un contrecoup de la tragédie : chacun à leur façon, Kevin, Marianne et Kristoff ont arrêté de vivre il y a dix ans.Le premier fait fi de sa médication, entre hallucinations et revendications, la seconde évite cet inévitable déballage avec sa sœur à qui elle abandonna autrefois la charge de leur petit frère, et le troisième demeure perpétuellement figé à couver l\u2019un et à espérer l\u2019autre.« Je n\u2019ai jamais autant travaillé un scénario, confesse Éric Morin.D\u2019habitude, c\u2019est les images, les moods qui arrivent en premier.» Ici, le cinéaste revient sur Chasse au Godard d\u2019Abbittibbi qui, à partir de l\u2019anecdote de la venue du maître de la Nouvelle Vague à Rouyn-Noranda jadis, offrait un pastiche aussi fin que romantique dudit mouvement.Or, ce film-là était, aux dires d\u2019Éric Morin, tout en ambiances et en textures.Avec Nous sommes Gold, ses visées étaient plus ouvertement narratives.« Je voulais un film davantage ancré, sur le plan émotionnel.Mettre en scène un band rock de manière réaliste, ça m\u2019était facile à cause de mon passé [Éric Morin fut autrefois du groupe Gwenwed avec notamment Philippe B., qui signe la musique du film].L\u2019idée de la tragédie m\u2019est venue quant à elle un peu avant Mégan- tic, et ces événements m\u2019ont troublé.Le fait que tout le monde est touché de près ou de loin, c\u2019est vraiment à partir de là que j\u2019y ai réfléchi.» Considérations souterraines Il est toutefois un élément de Chasse au Godard d\u2019Abbittibbi qu\u2019Éric Morin a conservé : trois personnages principaux, pour autant de points de vue alternés.Leurs destins respectifs les distinguent, puis les positionnent dans une forme de complémentarité sous tension.« Kevin, c\u2019était peut-être le beau gars bien tranquille à qui tout réussissait, mais que l\u2019accident a cassé.Marianne, elle a du succès en Europe avec son band mais elle s\u2019est construit une façade de rock star derrière laquelle elle se cache.Kristoff est pris avec son rêve rock inabouti et vit un peu sous le joug de ses parents\u2026» À ce propos, outre que le père de Kristof f a fait for tune au terme du procès qui a permis aux familles des victimes de recevoir une compensation financière, sa mère est la présidente du comité organisateur de la grande commémoration.Lors d\u2019un souper surréel, deux visions s\u2019affrontent : celle de cette dame patronnesse jamais caricaturée (Arsinée Khanjian y veille) et celle de Marianne, qui remet en cause la pertinence de l\u2019initiative.On évoque cette œuvre commandée à un artiste local, monolithe drôle à en pleurer \u2014 littéralement \u2014 qui aboutira en marge d\u2019un terrain vague.On sent Éric Morin, sourire en coin, cer tes, qui questionne plus qu\u2019il ne juge.Il ne s\u2019agit là que de l\u2019une des nombreuses considérations souter raines qui nour rissent la trame.Une autre réside dans ce questionnement lancinant connu de quiconque est originaire d\u2019une région excentrée : par tir ou rester ?Là-dessus, Marianne et sa sœur (Catherine de Léan) se jaugent chacune depuis son pôle.« J\u2019ai vécu mes 17 premières années en Abitibi, j\u2019ai passé ma vingtaine à Montréal, puis je suis retour né avec ma famille vivre au bord d\u2019un lac, près de Rouyn.Je suis Éric Morin en territoire intime Le cinéaste creuse plus profondément le terreau imaginaire abitibien dans Nous sommes Gold Éric Morin recourt à des plans aériens qui dévoilent le territoire boisé, excavé de frais ou comblé de longue date.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR D L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 revenu à Montréal depuis deux ans.Bref, je connais intimement cet enjeu.» Montrer le territoire C\u2019est d\u2019ailleurs cette expérience personnelle qui a inspiré à Éric Morin ce qui constitue sans doute le sous- texte le plus riche du film : la composante minière.« Pendant les sept années de mon retour en Abitibi, le recul que j\u2019avais, pour être parti longtemps, m\u2019a permis de voir à quel point l\u2019industrie minière est omniprésente, de façon lourde : elle est dans tout.Paradoxalement, elle est invisible parce que personne ou presque n\u2019en parle, ne la remarque.Pourtant, tout est nommé en son honneur.Prenez l\u2019aréna Iam- gold, à Rouyn [auparavant aréna Dave Keon, joueur intronisé au Temple de la renommée du hockey].T\u2019sais, dans le film, mon band s\u2019appelle Gold et leur chanson thème s\u2019intitule I Am Gold.Ça, c\u2019est parce que la phrase I Am Gold, ça appartient au rock, au hip-hop\u2026 À mon avis, une minière [IAMGOLD Corp.] ne peut pas utiliser cette phrase poétique puissante.Cette phrase appartient à l\u2019art, et j\u2019ai voulu la reprendre.» Pour autant, Éric Morin voit également du positif dans l\u2019industrie minière, précisant que tout cela relève de dilemmes complexes.«Je n\u2019essaie pas de trancher, mais j\u2019interroge.Le territoire lui-même est sculpté par les mines : c\u2019est pas banal.» D\u2019où le recours soutenu dans le film à des plans aériens qui dévoilent ledit territoire dans son ensemble tour à tour boisé, excavé de frais ou comblé de longue date.« Les plans de drones sont à la mode, mais dans ce cas-ci, ils étaient nécessaires.Le territoire, il fallait le montrer, et montrer l\u2019empreinte minière.C\u2019est là que tu constates que ce territoire est spécifique.J\u2019ai filmé des trous récents, qui représentent la tendance actuelle des mines à ciel ouvert, mais aussi des vieux, dont les restes de la mine Waite-Amulet.J\u2019y allais souvent, adolescent : il y avait des lacs et on se baignait là-dedans, je peux pas croire\u2026 » Une toile de fond S\u2019enclenche alors chez le cinéaste un flot de réminiscences sur le même thème : « Au primaire, on nous avait testés pour le plomb\u2026 J\u2019ai encore le macaron ! On était tous bien fiers, les kids, d\u2019avoir été testés pour le niveau de plomb dans notre sang.L\u2019année suivante, tous les terrassements de mon quartier ont été refaits à neuf en enlevant deux pieds de terre.Que du bonheur ! Mais en fait, c\u2019était deux pieds de sols contaminés qu\u2019on avait retirés.Ça teinte ta vision.» Éric Morin insiste néanmoins : son but n\u2019est pas de dire ce qui est bon ou mauvais.« Il reste qu\u2019au-delà du territoire, l\u2019identité aussi est sculptée par les mines\u2026 Il faudrait toujours bien en parler ?C\u2019est une toile de fond que j\u2019ai mise là : au public d\u2019en faire ce qu\u2019il veut.» Nous sommes Gold prend l\u2019affiche le 29 mars. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR n janvier dernier, deux pompiers moururent en service, rue de Trévize, dans le IXe arrondissement de Paris, après une violente explosion causée par une fuite de gaz.Deux mois plus tôt, un film de Frédéric Tellier donnant la vedette à Pierre Niney, l\u2019histoire d\u2019un sapeur- pompier blessé et défiguré lors d\u2019un incendie, avait pris l\u2019af fiche en France.Son titre, Sauver ou périr, reprenait la devise des pompiers de Paris, côtoyés au fil de la production.La réalité venait se coller à la tragédie de son récit.« J\u2019ai appelé la brigade et on a organisé une projection-bénéfice de mon film pour les familles de disparus, expliqua le cinéaste dans un entretien dans la capitale française.Sauver ou périr s\u2019est mis à résonner\u2026 » Le thème des agents tombés ou blessés après un combat contre les flammes avait été peu exploité au cinéma.La trame du film s\u2019inspirait de faits vécus.«J\u2019étais tombé sur un fait divers dans les journaux, celui d\u2019un pompier gravement accidenté et défiguré, mais depuis longtemps j\u2019avais envie d\u2019aborder la quête d\u2019identité, celle des êtres qui se reconstruisent après de terribles souf frances en parcours d\u2019épreuves.Je me suis rapproché du milieu des sapeurs-pompiers, sans rien connaître au départ ni des pompiers ni des grands brûlés.» Sauver ou périr aborde le destin brisé de Frank, chef des pompiers brûlé et défiguré après avoir sauvé ses hommes dans un bâtiment embrasé.Il doit réapprendre à vivre, à se reconstruire un visage et à séduire de nouveau son épouse (Anaïs Demoustier) et ses deux filles, desquelles son cauchemar l\u2019a éloigné.«J\u2019avais envie de mettre en scène un beau couple dans une histoire moins dramatique que Love Story, déclare le cinéaste.Pierre Niney et Anaïs De- moustier avaient très envie de travailler ensemble, et moi aussi\u2026» On devait déjà à Frédéric Tellier le polar psychologique L\u2019af faire SK1 en 2015 et des téléfilms policiers.Cinéaste discret, attiré par les parcours de vie qui basculent, il voulait dans Sauver ou périr mettre en scène une histoire d\u2019amour chez des accidentés de l\u2019ombre.Il précise avoir été construit par des films comme Clockwork Orange, Elephant Man, La Belle et la Bête, qui l\u2019ont inspiré au cours de cette aventure cinématographique, privilégiant de son côté une écriture réaliste, des mouvements amples de caméra et un investissement d\u2019acteurs dans l\u2019émotion profonde de leurs personnages.Au long du scénario, Frédéric Tel- lier s\u2019est replongé dans Le livre de Job de l\u2019Ancien Testament, se référant aussi aux gueules cassées de la Grande Guerre, figures de traumatismes et de résilience.En entrevue, il fait également référence au combat de Philippe Lançon, l \u2019auteur du Le film flamme de Frédéric Tellier Le cinéaste raconte la reconstruction d\u2019un pompier brûlé dans Sauver ou périr Franck (Pierre Niney) est un sapeur-pompier de Paris.Il sauve des gens.Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles.Et son destin se brise\u2026 AZ FILMS E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 GRANMA.TROMBONES DE LA HAVANE Une palpitante traversée de Cuba par les maîtres du théâtre documentaire TOUS DES OISEAUX « Du très grand art ! » La Terrasse Spectacle disponible seulement en forfait Faites vite ! PUT YOUR HEART UNDER YOUR FEET\u2026 AND WALK! « Hors normes, sans tabou, un immense geste d\u2019amour » Scèneweb.fr BACCHANTES - PRÉLUDE POUR UNE PURGE « Un show d\u2019inspiration dada-surréaliste drôlement libérateur » Télérama KALAKUTA REPUBLIK « Coulibaly signe sa création la plus ambitieuse.Une réussite » Les Inrocks QUASI NIENTE « Intensément humain, paradoxalement lumineux » Scèneweb.fr FEAR AND GREED Gravel en solo, sa guitare et son attitude pop L\u2019AFFADISSEMENT DU MERVEILLEUX Une ode vertigineuse à la beauté du vivant onio T nt A e?orian + D aria D li i i ome R aris P oua M ajdi W ag ar n a w Lambeau, handicapé et défiguré lors de l\u2019attentat à Charlie Hebdo, puis de retour au monde.« Ce qui m\u2019intéressait avec le personnage joué par Pierre Niney, c\u2019était d\u2019aborder un être non manichéen.Frank est heureux dans sa vie au quotidien, sympathique.Il sauve des vies, mais passe à côté de sa famille.Son parcours est une proposition de résilience et de bonheur.Il rappelle qu\u2019on peut apprendre quelque chose des épreuves de la vie.» L\u2019univers de la vie de groupe le fascinait de concert : tous ces pompiers à l\u2019entraînement, avec la discipline, le serrage de coudes.« C\u2019est comme à l\u2019armée.Ensuite, le personnage se retrouve seul avec sa souf france malgré la cohésion de ce groupe.» Frédéric Tellier a fait beaucoup de recherches en amont, a rencontré des médecins, des psychologues, des spécialistes.Sa route a croisé celle du professeur Mimoun du service des grands brûlés de l\u2019hôpital Saint-Louis à Paris, qui lui a beaucoup appris.Il a rencontré des patients aux visages bandés, puis s\u2019est rapproché de la brigade des sapeurs- pompiers de Paris.« Mon personnage de Frank est un pompier, mais il demeure avant tout un blessé de la vie, comme bien des gens.Alors, chacun peut se retrouver en lui.» Pierre Niney, il l\u2019aura approché deux ans avant le tournage.« Au- jourd\u2019hui, on ne se donne plus le temps de faire connaissance, mais j\u2019avais besoin d\u2019établir un long processus pour créer le rôle.» L\u2019acteur a pris par la suite neuf kilos de muscles à travers une préparation de quatre ou cinq mois afin de pouvoir jouer l\u2019entraînement des sapeurs- pompiers.Il les a accompagnés dans d\u2019éprouvantes interventions, avant de maigrir beaucoup après l\u2019accident au moyen d \u2019un régime sévère.«Pierre vivait son rôle.Sa sensibilité éclatait partout.» Pour le personnage d\u2019Anaïs De- moustier, le cinéaste entendait retravailler une figure d\u2019abnégation afin d\u2019atteindre sa fêlure.«Cécile est une victime collatérale de cette tragédie et trouve sa vérité en craquant.Les conjoints de grands accidentés n\u2019ont pas le choix d\u2019accompagner l\u2019autre, mais ils y laissent des plumes.J\u2019ai voulu rendre hommage aux êtres humains derrière les drames.» Un jour, un journaliste lui a dit : «On est étonnés de voir un film avec de si belles valeurs porté par un personnage qui s\u2019en sort par les sentiments.» « Ça m\u2019a choqué, évoque Frédéric Tellier.Avec le libéralisme, on s\u2019est tiré dans les pattes en se coupant de notre humanité.Il y a cinquante ans, chacun était plus proche de la guerre et de la religion.Nous vivons dans une société qui ne montre pas ses vieux, ses éclopés.C\u2019est la peur qui fait ça.Ce film aborde le regard qu\u2019on por te sur les autres, sur la beauté, sur la laideur.Derrière les grands brûlés, il y a des êtres humains magnifiques.» Sauver ou périr prend l\u2019affiche le 29 mars. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Gloria aime danser.La cinquantaine épanouie, elle fréquente un bar réservé aux célibataires matures où les œillades et les invitations ne manquent pas.Pour autant, Gloria foule volontiers la piste en solitaire.Un soir qu\u2019elle se livre à un pas de deux indif- férent avec un inconnu grisonnant, elle surprend un regard ténébreux braqué sur elle : celui d\u2019Arnold.Dans cet homme divorcé comme elle, Gloria se surprend à déceler le potentiel d\u2019un second envol amoureux.Mais est-ce bien le cas ?Et puis\u2026 est-ce réellement ce qu\u2019elle recherche?La prémisse du film Gloria Bell vous dit quelque chose ?Normal, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un remake du succès chilien Gloria, sor ti au Québec en 2014 après avoir remporté le Prix du jury et le prix d\u2019interprétation féminine à Berlin.D\u2019ailleurs, une large part de la réussite de l\u2019œuvre originale tient à la composition épatante de Pau- lina García, entre mélancolie et fureur de vivre.C\u2019est dire que la comédienne laissait à sa successeure de for ts grands souliers à chausser.Ardue, la tâche ne s\u2019avère pas impossible.En effet, c\u2019est nulle autre que Julianne Moore qui reprend le rôle.L\u2019actrice, l\u2019une des plus douées de sa génération, a coproduit le film, qu\u2019elle porte littéralement sur ses épaules, apparaissant dans chaque scène.Gloria Bell est en cela très fidèle à son modèle.Rien là d\u2019étonnant puisque Sebastián Lelio, réalisateur et coscénariste de l\u2019original, reprend ici les mêmes fonctions.Pour le compte, Gloria Bell constitue une sorte d\u2019exception (culturelle) en la matière.On le sait, historiquement, les cinéastes étrangers s\u2019étant essayés à l\u2019« auto-remake » aux États- Unis ont souvent mordu la poussière.On n\u2019a qu\u2019à penser à George Sluizer qui refit L\u2019homme qui voulait savoir sous le titre La disparue (The Vanishing) en y plaquant une fin heureuse, ou à Jean-Marie Poiré dont l\u2019immensément populaire Les visiteurs devint le bide Les visiteurs en Amérique (Just Visiting).C\u2019est tout le contraire qui survient avec Gloria Bell, production intimiste ayant la sagesse de s\u2019arrimer à sa vedette, qui livre une interprétation frémissante, extrêmement nuancée.Hors des clichés Tout entière focalisée sur Gloria, la réalisation de Sebastián Lelio évoque habilement la progression psychologique du personnage.Ces plans serrés en voiture, récurrents, sont représentatifs : Gloria chante en solo au volant et on sent son côté introverti, répétition aidant.Vers la fin, lorsqu\u2019on la retrouve à nouveau dans un tel plan après qu\u2019elle a reconduit sa fille à l\u2019aéroport, on s\u2019attend évidemment à ce qu\u2019elle pleure dans l\u2019intimité de l\u2019habitacle.Or, on est surpris de la voir rebrousser chemin afin d\u2019assister in extremis au départ de son enfant sans se soucier désormais de qui sera témoin de sa douleur (cette séquence !).Une évolution subtile et doucement poignante que celle-là.On suit ainsi Gloria dans son quotidien : seule chez elle, seule au milieu d\u2019une foule, seule face à son fils rivé à son téléphone\u2026 D\u2019où l\u2019attrait de cette quête amoureuse hésitante.Pour autant, on n\u2019est jamais en présence du cliché de la femme mûre qui renaît grâce à l\u2019amour d\u2019un homme qui daigne la remarquer.Ce serait plutôt l\u2019inverse.Cette possible relation n\u2019est du reste pas l\u2019unique enjeu abordé, le scénario s\u2019attardant aux aléas de l\u2019avancée en âge de la protagoniste, à ses insatisfactions tues mais manifestes quant aux rapports qu\u2019elle entretient \u2014 ou enfin tente d\u2019entretenir \u2014 avec ses enfants adultes (Caren Pistorius, Michael Cera)\u2026 Sans oublier sa mère inquiète (Holland Taylor), sa meilleure amie fidèle (Rita Wilson), sa collègue complice (Barbara Sukowa, alerte cinéphile!), et ce chat errant qui trouve toujours le moyen de se faufiler chez elle à son insu\u2026 À l\u2019image de l\u2019héroïne Des situations qui sonnent juste car finement observées, tant à l\u2019écriture qu\u2019à la mise en scène.Ici, Lelio se montre moins exubérant que dans son remarquable Une femme fantastique, sur une jeune femme trans- genre que la famille de son défunt amant plus âgé essaie d\u2019effacer de la vie de ce dernier posthumément, mais il affiche davantage d\u2019éclat que dans son austère et émouvant Désobéissance (Desobedience), sur la liaison entre une photographe athée et une femme juive hassidique mariée à un ami d\u2019enfance.Chaleureuse le jour, chatoyante la nuit, la direction photo de Natasha Braier (Neon Demon) est elle aussi à l\u2019image de l\u2019héroïne, une femme qui saura bien libérer ce trop-plein d\u2019incandescence.Quitte à être seule à en profiter.Et puis, une lumière à soi, pourquoi pas ?Au fond, Gloria n\u2019a pas plus besoin de quelqu\u2019un pour briller que pour danser.Gloria Bell (V.O., s.-t.f.) ?Drame de Sebastián Lelio.Avec Julianne Moore, John Turturo, Michael Cera, Caren Pistorius, Rita Wilson, Holland Taylor, Barbara Sukowa.États-Unis\u2013Chili, 2018, 102 minutes.Une lumière à soi Julianne Moore brille dans le remake du succès chilien Gloria par son auteur original Sebastián Lelio Gloria Bell est une production intimiste ayant la sagesse de s\u2019arrimer à sa vedette, qui livre une interprétation frémissante, extrêmement nuancée.VVS FILMS | 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 SI GRANDS CONTRE LE CIEL 16 FÉVRIER \u2014 21 AVRIL 2019 MANIFDART .ORG \u2014 RÉALISÉE EN COLLABORATION AVEC \u2018STORIES OF THE STREET\u2019 BY LEONARD COHEN.COPYRIGHT © 1993, LEONARD COHEN, USED BY PERMISSION OF THE WYLIE AGENCY (UK) LIMITED MANIF D\u2019ART 9 \u2014 LA BIENNALE DE QUÉBEC JONATHAN WATKINS \u2014 COMMISSAIRE INTERNATIONAL CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Vincent et Anton sont cousins, mais on pourrait les croire frères.Inséparables, ils travaillent tous deux pour une firme de Wall Street.Des milliards de dollars en transactions diverses transitent par là quotidiennement.Or, justement, Vincent a conçu un plan fou, mais réalisable : creuser un tunnel entre les États du Kansas et de New York pour y faire passer un câble de fibre optique grâce auquel une milliseconde serait gagnée à chaque transaction, ce qui représenterait en un an des centaines de millions de dollars de profits.Hormis le défi logistique inhérent à l\u2019entreprise, un nouveau code doit être inventé, et c\u2019est là le domaine d\u2019expertise d\u2019Anton.Le nom de l\u2019opération ?Le projet Hummingbird.L\u2019une des forces du nouveau film de Kim Nguyen (Rebelle) est qu\u2019en dépit de ce que l\u2019action se déroule dans le domaine des technologies de pointe, l\u2019intrigue et les enjeux au cœur de celle-ci demeurent limpides tout du long.D\u2019ailleurs, ce qui s\u2019annonce pour les deux cousins comme une course au magot sur fond de percée mathématique s\u2019avère relever, à terme, davantage de l\u2019odyssée existentielle.Pourtant, dans cette tragicomédie qu\u2019est Le projet Hummingbird (The Hummingbird Project), les motivations respectives de Vincent et d\u2019Anton, dont les tempéraments sont aux antipodes, ne sauraient être plus divergentes.Duo dépareillé Ainsi Vincent espère-t-il voir un jour son nom inscrit dans les livres d\u2019histoire, pensée prosaïque quand on y pense considérant le contexte, tandis qu\u2019Anton, un génie asocial à l\u2019aise uniquement auprès de sa famille et de son cousin, entend utiliser sa richesse pour s\u2019isoler avec les siens dans une espèce d\u2019éden sylvestre.Lui aussi, à sa façon, tente au présent de forger le futur tout en aspirant dans son for intérieur à une utopie surannée.Ce paradoxe autour duquel sont construits les deux protagonistes confère à ces derniers une part appréciable de complexité.À l\u2019image, ils forment qui plus est un beau duo dépareillé; Vincent le petit tout en bravade et en bagout, Anton le géant anxieux et timide.Jesse Eisenberg, dont la présence ici évoque Réseau social (The Social Network), et Alexander Skars- gard (Big Little Lies), méconnaissable en geek chauve et un brin ventripotent, sont impeccables et tirent le maximum du potentiel comique ou dramatique, souvent les deux en même temps, de moments clés.Leurs Vincent et Anton convainquent au surplus parce qu\u2019au-delà de leurs disparités apparentes, ils se complètent par faitement : Vincent porteur du rêve, de la vision, et Anton détenteur du savoir, de la pensée qui, une fois décryptée, permettra à ladite vision de s\u2019incarner.À ce chapitre, si l\u2019on insiste de la sor te sur la nature de ces héros « tout croches », c\u2019est parce que, comme on le suggérait, Le projet Hummingbird est d\u2019abord un récit de voyage.De fait, l\u2019objectif, la destination, se transforme en cours d\u2019aventure, un développement que l\u2019on s\u2019abstiendra d\u2019éventer venant irrémédiablement changer la donne.Le facteur humain Le tunnel se creuse avec l\u2019appor t d\u2019un brillant ingénieur (Michael Mando), donnant lieu à maintes séquences impressionnantes tant in situ que vues des airs\u2026 Lesquelles permettent au cinéaste d\u2019utiliser le tracé comme un motif à valeur symbolique : une route du progrès, une ligne du temps, une ligne de vie, etc.Kim Nguyen signe là sa mise en scène la plus ambitieuse.Idem pour son scénario, le plus dense qu\u2019il eût écrit, et qui, ceci expliquant peut-être cela, se disperse parfois au mitan.Interprétée avec panache par Salma Hayek, Eva, l\u2019ancienne patronne courroucée de Vincent et Anton, constitue en outre une antagoniste savoureuse, mais vectrice de complications narratives convenues.Il n\u2019empêche, la proposition stimule et séduit.À l\u2019instar de la plupart des films de Kim Nguyen, Le projet Hummingbird explore des avenues narratives et formelles inusitées.Dans la continuité du précédent Regard sur Juliette (Eye on Juliet), sur un opérateur d\u2019hexapode de surveillance de pipeline qui, depuis les États-Unis, aide une Nord-Africaine à fuir un mariage arrangé, Le projet Hummingbird met en présence froideur technologique et facteur humain.Le constat, ou enfin le souhait, de Kim Nguyen semblant être qu\u2019en cette ère numérique où tout s\u2019accélère, les valeurs humanistes continuent non seulement d\u2019avoir leur place : elles sont plus essentielles que jamais.Le projet Hummingbird (V.F.de The Hummingbird Project) ?1/2 Drame de Kim Nguyen.Avec Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard, Salma Hayek, Michael Mando.Canada\u2013Belgique, 2018, 111 minutes.Ligne du temps, ligne de vie Kim Nguyen transforme une course au profit sur fond de technologie de pointe en odyssée humaine Salma Hayek et Alexander Skarsgard ENTRACT FILMS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 14 | CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Lorsqu\u2019il court dans les ruelles du centre-ville de Montréal, sous le pont Jacques-Cartier, ou quémande sur les grands boulevards, Alexandre Caston- guay fait littéralement corps avec son personnage, donnant l\u2019illusion, l\u2019espace de quelques secondes, qu\u2019il s\u2019agit de Denis Lavant, celui des Amants du Pont-Neuf, film singulier de Leos Carax.On comprend alors que le réalisateur François Delisle (Deux fois une femme, Le bonheur c\u2019est une chanson triste) a misé sur le bon acteur pour nous conduire au cœur de ce drame familial.Or, Ca$h Nexus déborde largement de ce cadre, explorant à la fois les ravages psychologiques des secrets honteux, la marchandisation des échanges interpersonnels, et pas seulement sexuels, avec la toxicomanie en toile de fond.Celle qui brouille tout et qui bousille tout.Jimmy (Castonguay, dans une performance athlétique fulgurante) ratisse la ville en quête de ce qui le détruit chaque jour un peu plus, mais qu\u2019importe pour ce fils de bonne famille qui l\u2019a depuis longtemps renié.Guère présentable pour son père lui aussi en décrépitude (Guy Thauvette, la solidité du patriarche tourmenté), ignoré par son frère Nathan (François Papineau, d\u2019une arrogance convaincante), un chirurgien cardiaque à la froideur glaciale, mystérieux pour sa compagne (Evelyne Brochu, fragile derrière son élégance contrôlée), le retour de cet enfant perdu va bousculer leur existence qui semblait jusque-là lisse et immuable.Dans une volonté farouche de prendre à bras-le-corps cet univers où cohabitent misère et opulence, François Delisle s\u2019approche au plus près de ces figures déboussolées, ne détournant jamais le regard face à leurs dépendances, qu\u2019il s\u2019agisse de pratiques sexuelles déviantes ou violentes, et de ces rituels d\u2019injections qui les amènent dans une autre dimension.Approche réaliste, à haute teneur sociale, du moins en apparence : Ca$h Nexus jongle plutôt avec ces enjeux de manière souvent onirique, tout cela généré par l\u2019imagination débridée de Jimmy, la figure la plus libre, mais aussi la plus meurtrie, de ce tableau de famille d\u2019une grande noirceur.Au milieu de ses errances, de ses crises de panique ou de sevrage forcé, le mouton noir de ce clan semble capable de voir bien au-delà du réel, de faire surgir du passé, et d\u2019entre les morts, une mère disparue dans des circonstances jamais élucidées.Sous les traits de Christiane Pasquier (trop rare au cinéma), elle accompagne Jimmy tel un ange gardien, illuminant les lieux les plus sordides ou les plus anonymes, le métro devenant par sa grâce un havre de paix.Dans une série de chapitres aux titres incisifs qui esquissent quelques détails sur les personnages, mais soulignent aussi leur trajectoire chaotique, les rapports marchands, les tractations mercantiles, les signes ostentatoires de richesse et de dénuement agissent ici comme autant de symboles d\u2019une décrépitude morale inéluctable.Le constat de Ca$h Nexus apparaît aussi désolant que ceux des films précédents de François Delisle, mais avec un soupçon de fantaisie, une brèche par où pénètre une lumière que l\u2019on pourrait croire d\u2019un autre monde.C\u2019est d\u2019ailleurs une des beautés envoûtantes de ce portrait d\u2019un clan sur lequel la mort rôde sans cesse, malgré le caractère bucolique de certains décors ou l\u2019immensité de lieux désertiques où vont se perdre deux membres de cette tribu que rien ne semblait unir.Conclusion à l\u2019image d\u2019un film étonnant, déroutant, l\u2019un des plus ambitieux de son auteur, et dont le pessimisme relève d\u2019une posture morale d\u2019une grande lucidité.Ca$h Nexus ?1/2 Drame de François Delisle.Avec Alexandre Castonguay, François Papineau, Evelyne Brochu, Guy Thauvette.Québec, 2019, 139 minutes.La chanson triste du capitalisme Jimmy (Alexandre Castonguay) ratisse la ville en quête de ce qui le détruit.FRAGMENTS DISTRIBUTION CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Toujours dans les limites de ce qu\u2019il lui est permis de dire, Jia Zhang-ke scrute depuis longtemps les bouleversements qui agitent la Chine, parfois spectaculaires (The World), et leur impact sournois au sein de la population (Platform, Plaisirs inconnus).Ses films ne sont jamais des polaroïds, plutôt des méditations, cer taines prenant la forme d\u2019une chronique où le passage des années laisse des marques profondes sur ses héros, le plus souvent modestes et effacés.Ceux qui traversent Les éternels répondent parfaitement à cette définition.En apparence, ils évoluent dans les limites tapageuses du film de gangsters, mais c\u2019est mal connaître Jia Zhang-ke que de croire qu\u2019ils agissent constamment selon les codes de ce genre.Et bien que ce récit s\u2019étalant sur près de deux décennies soit parfois ponctué de bagarres, de fusillades et de magouilles orchestrées sur un ton feutré, ces artifices prennent rarement toute la place.Nous sommes devant des truands de province, mais surtout devant des êtres ballottés par les remous de l\u2019Histoire face à un régime capable de transformer la géographie du territoire, de déplacer des populations entières, d\u2019engloutir des villes sous l\u2019eau.Au printemps 2001, Qia (Zhao Tao, qui déploie ici de multiples nuances de jeu) semble parfois porter une couronne en déambulant avec arrogance dans certains quartiers un peu tristes de Datong, amoureuse de Bin (insolent Liao Fan), un petit mafioso des environs, répondant aux ordres d\u2019un chef plus puissant que lui.Lui règne en roi et maître, mais le voilà pris dans une embuscade par des rivaux, obligeant Qia à utiliser l\u2019arme de Bin pour que cesse le massacre.Détenue par les autorités, elle jure que cette arme est la sienne, protégeant ainsi l\u2019homme qu\u2019elle aime, et ce, malgré les cinq ans de prison qui l\u2019attendent.À sa sortie, Qia croit Bin capable de reconnaissance, espérant qu\u2019il a su se faire patient et fidèle.À bord d\u2019un bateau sur le fleuve Yangtze et dont les paysages, en 2006, vont bientôt disparaître sous les eaux du barrage des Trois-Gorges, cette femme meurtrie devine que plus personne ne l\u2019attend.De l\u2019insouciante d\u2019autrefois, il ne semble rester que peu de choses, forcée d\u2019user de ruse, et parfois de force, pour survivre \u2014 autant au vol de ses biens qu\u2019à diverses trahisons.Et l\u2019homme qu\u2019elle retrouvera à force de manigances la poussera une fois de plus à se réinventer, et surtout à affronter l\u2019adversité.Derrière ce duo désaccordé se profilent des enjeux plus vastes, ceux d\u2019un pays qui se transforme à une vitesse vertigineuse, et embrasse avec autant de ferveur des valeurs et des traits culturels occidentaux qui ressemblent par fois à une gref fe ratée (le tube YMCA fait ici figure de métaphore bruyante).Mais les observations de Jia Zhang-ke ne sont jamais grossières, inscrivant discrètement la trajectoire de ses personnages dans les paysages d\u2019un monde sans cesse bousculé.Des transformations souvent martelées par les sonneries caractéristiques des téléphones de plus en plus sophistiqués, ou les configurations toujours plus rutilantes des trains qui défilent \u2014 ou défigurent le territoire.Le fait qu\u2019il embrasse les codes de la jungle des gangsters ne le détourne jamais de sa démarche délicate, de ses préoccupations sociales et d\u2019un regard sensible sur un monde gangrené par la démesure et la corruption.Le sien, décrypté sans fard et sans fioritures.Les éternels (V.F.de Jiang Hu Er Nu) ?1/2 Chronique de Jia Zhang-ke.Avec Zhao Tao, Liao Fan, Feng Ziaogang.Chine\u2013France, 2018, 141 minutes.La vie comme un fleuve pas très tranquille Portrait d\u2019une Chine transformée à grande vitesse, de fond en comble, et non sans périls Nous sommes devant des êtres ballottés par les remous de l\u2019Histoire.EYESTEELFILM | 1 5 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 En reprise pour 9 ultimes représentations - En vente dès maintenant! Partenaire de saison Du 23 octobre au 2 novembre 2019 PARCE QUE LA NUIT Texte : Dany Boudreault et Brigitte Haentjens, avec la collaboration de Céline Bonnier Mise en scène : Brigitte Haentjens Musiciens sur scène : Bernard Falaise Théâtre français du Centre national des Arts BILLETTERIE : 514 845-4890 ESPACEGO.COM Marc Cassivi, Esprit critique, R-C Dessine-moi un dimanche, R-C des acteurs (dont celle de Céline Bonnier), la force des musiciens et le swing de cette lettre CRITIQUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR La finesse du cinéaste français Mi- khaël Hers (Ce sentiment de l\u2019été) atteint son paroxysme dans cette fable lumineuse et poignante sur la perte, la paternité, la responsabilité humaine.Amanda, tragédie accrochée au train fou des fureurs terroristes, avance sur un fil de lumière en refusant la charge du pathos.Son scénario de grâce aborde les beaux lendemains névralgiques avec un doigté exceptionnel sur une mise en scène de maîtrise et de pudeur.Vincent Lacoste (Les beaux gosses, Plaire, aimer et courir vite) tient ici son meilleur rôle en David, jeune Parisien léger, irresponsable et charmant forcé par la mort de sa sœur lors d\u2019un attentat terroriste de se transformer pour accueillir sa nièce de sept ans Amanda (formidable Isaure Multrier) et devenir adulte en mariant leurs blessures.En fond de décor, la ville de Paris post-attentats, avec les policiers omniprésents et la perte d\u2019innocence collective, filmée avec une tendresse attentive par Sébastien Buchmann.Ce souci du détail est mis également au service des personnages, captés patiemment au quotidien par petites touches d\u2019intimité sur musique légère et insolite d\u2019Anton Sanko.Les parcs, les arbres, le vélo du héros en traversée de métropole, Dans la lumière du Paris post-attentat Amanda de Mikhaël Hers offre son plus beau rôle à Vincent Lacoste la lumière chaude, les liens délicats et amusés qu\u2019entretiennent frère, sœur et nièce deviennent les préludes à une catastrophe filmée après coup, qui change tout, en gardant néanmoins les protagonistes en selle par-delà la tempête.Ce quelque chose d\u2019un peu maladroit et d\u2019enfantin avec ligne de fracture dégagé par Vincent Lacoste sert à merveille le rôle de David, appuyé avec aplomb par la petite Isaure Mul- trier (premier rôle de sa vie et certainement pas le dernier), à la maturité et au naturel désarmants, qui après la mort de sa mère adorée soutient son oncle dont elle sent la fragilité.Stacey Martin (Le redoutable), dans le rôle de l\u2019amoureuse bouleversée, ouvre une fenêtre chancelante de possibilité d\u2019amour tandis que Greta Scac- chi (Jefferson in Paris, Le violon rouge), en mère de David à la fois volage et touchante, expose toute l\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être dont son fils a hérité.Si la dernière partie à Londres paraît un peu plus lourde que le corps du film, le dénouement de lumière et d\u2019espoir por té par le personnage rayonnant d\u2019Amanda est un cri de résilience qui résonne dans la nuit.Amanda ?Drame de Mikhaël Hers.Avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacey Martin, Ophelia Kolb, Greta Scacchi.France, 2019, 107minutes.Vincent Lacoste sert à merveille le rôle de David, appuyé avec aplomb par la petite Isaure Multrier.MK2 MILE END L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 1 6 | Les nouveautés sont en rose Tout le monde le sait (V.F.de Todos lo saben) ?1/2 Ce qui se passe entre hommes et femmes dans les films du cinéaste iranien Asghar Farhadi (Une séparation, Le client) relève tout autant du mystère, de l\u2019angoisse que du suspense; le quotidien y est parfois vertigineux et dangereux.Après la France (Le passé), le voilà qu\u2019il débarque en Espagne dans un petit village charmant qui recèle bien des secrets et des frustrations.Elles vont d\u2019ailleurs éclater au grand jour après le kidnapping de la fille de Laura (Penélope Cruz), revenue au pays pour le mariage de sa sœur, elle qui habite en Argentine avec un homme d\u2019affaires.C\u2019est aussi l\u2019occasion de renouer avec une ancienne flamme Dérive ?À la suite du décès subit d\u2019un mari et d\u2019un père, Catherine et ses deux filles, Océane, 16 ans, et Marine, 11 ans, se sont d\u2019ores et déjà isolées en elles- mêmes lorsqu\u2019on les rencontre.Tandis qu\u2019Océane plonge dans un premier amour trouble avec un homme plus âgé, Marine refuse la réalité du décès de son papa.Sans faux-fuyant mais sans pathos non plus, la scénariste Chloé Cinq-Mars explore des espaces psychologiques et relationnels douloureux.À la mise en scène, David Uloth entre en symbiose narrative: sa caméra flotte, qu\u2019elle soit immobile face aux protagonistes paralysées par le chagrin ou qu\u2019elle s\u2019avance lentement, presque appréhensive, à l\u2019instar là encore de Catherine, Océane et Marine.On s\u2019attache d\u2019emblée à ces trois héroïnes qui, dans la tourmente, se sont éloignées les unes des autres.De ballottements en quasi-noyade, elles réapprendront à voguer de conserve, unies par une résilience et un amour plus forts que la souffrance.François Lévesque Trois visages (V.O., s.-t.f.) ?1/2 L\u2019Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence à Téhéran depuis neuf ans, a tourné sous le manteau (comme pour ses derniers films) ce Trois visages, dont le scénario a été primé à Cannes.Road movie en hommage à son mentor Abbas Kiarostami, ce film met en scène, sur accents féministes, trois actrices d\u2019âges différents, en miroir des évolutions et blocages du pays.Moins percutant que son œuvre précédente, Taxi pour Téhéran, entre drame, allégorie et poésie, dans un village d\u2019éleveurs des montagnes, ce film trouve une grâce fragile ponctuée par les beuglements des bovins et les klaxons des conducteurs à travers des lacis renvoyant aux délires de la bureaucratie iranienne.Odile Tremblay Genèse ?1/2 Il y a résolument un ton et une manière Philippe Lesage, peu importe qu\u2019il réalise des documentaires (Lay- lou, Ce cœur qui bat) ou des fictions (Les démons, Copenhague.A Love Story), s\u2019inspirant de sa propre vie.Ses univers affichent une démarche esthétique soignée, des musiques envoûtantes, le tout observé par une caméra toujours attentive.Et ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019il s\u2019intéresse aux premiers émois amoureux, aux premières ruptures et aux angoisses d\u2019une sexualité à apprivoiser.Tout cela se retrouve dans Genèse, un triptyque quelque peu atypique, dominé surtout par deux personnages d\u2019une même famille qui se croisent rarement, défendus par deux acteurs d\u2019exception, Théodore Pellerin et Noée Abita.Leurs trajectoires agitées laissent place à une conclusion quelque peu déroutante, très bucolique, n\u2019effaçant jamais le souvenir vibrant des complexes pérégrinations de ce duo vers le monde des adultes.André Lavoie Miraï, ma petite sœur (V.O., s.-t.f.) ?1/2 Jaloux de sa nouvelle petite sœur Miraï, Kan, un garçonnet de 4 ans, trouve refuge dans la cour intérieure de sa maison où lui apparaît un jour la version adolescente de Miraï.Le concept sur lequel repose le film de Mamoru Hosoda (Le garçon et la Bête) est aussi intéressant qu\u2019évocateur, avec ce lieu qui devient un «jardin secret» pour Kan, au propre comme au figuré.La connotation généalogique de l\u2019arbre qui se dresse au cœur de la propriété est développée avec le même double sens, littéral et symbolique.Le graphisme est cela dit d\u2019inégale tenue, avec arrière- plans magnifiques mais personnages d\u2019apparence plus rudimentaire.En dépit d\u2019une charge fantaisiste considérable sur le plan du récit, Miraï, ma petite sœur manque, à l\u2019image, d\u2019un brin de poésie.Il n\u2019empêche, le film demeure, visuellement, plus stimulant que la moyenne et offre, à terme, une fable fort imaginative.Laquelle pourra être appréciée avec ou sans enfant.François Lévesque Ruben Brandt, Collector ?Encore plus opulente et plus spectaculaire que la plus imposante exposition dans l\u2019un des musées les plus célèbres du monde, Ruben Brandt, Collector célèbre les œuvres des grands maîtres et des grands cinéastes de manière aussi ludique qu\u2019éblouissante.Le cinéaste d\u2019origine slovène Milorad Krstic, établi en Hongrie, nous offre une superbe fantaisie animée plongeant à la fois dans la grande histoire de l\u2019art et au plus profond de l\u2019inconscient.Tel un cordonnier mal chaussé, Ruben, un éminent thérapeute assailli de cauchemars sanglants depuis l\u2019enfance, enrôle quatre de ses patients, de véritables superhéros, pour dérober 13 tableaux majeurs signés Warhol, Renoir et Botticelli, sources de toutes ses angoisses.Un magnifique prétexte pour déambuler dans les dédales de la culture occidentale et révéler à quel point l\u2019art ne fait pas que du bien: il dévoile des pans secrets de nos angoisses les plus profondes.André Lavoie mière fois qu\u2019il présente de la société actuelle une vision pessimiste et désespérée.Il le fait cette fois avec beaucoup plus de moyens et d\u2019ambition que dans ses films précédents (Le bonheur c\u2019est une chanson triste, Chorus, Le météore), présentant la décrépitude lente et inéluctable d\u2019un clan familial.Celui-ci est dominé par un père (Guy Thauvette) au soir de sa vie, impuissant devant la haine de ses deux fils, aussi différents que le jour et la nuit: l\u2019aîné (François Papineau), chirurgien prospère, le cadet (Alexandre Castonguay), toxicomane itinérant.Tel un fantôme, Jimmy revient hanter sa famille, distillant un malaise qui prendra des proportions insoupçonnées, révélant à quel point les secrets sont toxiques, et que l\u2019argent n\u2019achète pas tout.Un constat accablant, filmé à hauteur d\u2019homme et au ras du bitume des ruelles sales, rarement traversées d\u2019espoir.André Lavoie Amanda ?Cette tragédie parisienne post-atten- tat sur la résilience est une œuvre de sensibilité et d\u2019humanité.Mikhaël Hers (Ce sentiment de l\u2019été), poète du deuil, offre ici à Vincent Lacoste (Les beaux gosses) un grand rôle de fragilité, celui d\u2019un jeune homme charmant et immature que la mort tragique de sa sœur force à élever sa nièce de sept ans.La petite Isaure Multrier éblouit par sa maturité et son naturel.Souci du détail, amour inquiet pour Paris filmé avec tendresse, Amanda, finement mis en scène, porte une émotion et une vérité.Odile Tremblay Gloria Bell (V.O., s.-t.f.) ?Gloria aime danser.La cinquantaine épanouie, elle fréquente un bar pour célibataires où elle foule volontiers la piste en solitaire.Julianne Moore est admirable de nuances en héroïne qui trompe son ennui dans une quête amoureuse hésitante.Pour autant, on n\u2019est jamais en présence du cliché de la femme mûre qui renaît grâce à l\u2019amour d\u2019un homme.C\u2019est plutôt l\u2019inverse qui survient dans ce très beau remake par Sebastian Lelio de son propre succès chilien.Défilent ainsi une suite de vignettes finement observées, tant à l\u2019écriture qu\u2019à la mise en scène.Focalisée sur Gloria, la réalisation se fait intimiste et feutrée, en phase avec les désirs et aspirations réprimés de la protagoniste.Concertée, la facture, tour à tour chaleureuse et chatoyante, s\u2019avère, elle aussi, à l\u2019image d\u2019une femme qui saura bien libérer ce trop-plein d\u2019incandescence.Car au fond, Gloria n\u2019a pas plus besoin de quelqu\u2019un pour briller que pour danser.François Lévesque Ca$h Nexus ?1/2 Le capitalisme serait-il une chanson triste?Sous le regard de François De- lisle, assurément, et ce n\u2019est pas la pre- Le projet Hummingbird (V.F.de The Hummingbird Project) ?1/2 Vincent a conçu un plan fou: creuser un tunnel entre le Kansas et New York et y faire passer un câble de fibre optique grâce auquel une millise- conde sera gagnée pour chaque transaction boursière.À la clé?Un profit d\u2019un demi-milliard par année.Hormis le défi logistique à surmonter, un nouveau code doit être inventé: le domaine d\u2019Anton, le cousin de Vincent.En dépit du facteur technologique prééminent, l\u2019intrigue du nouveau film de Kim Nguyen demeure limpide (voire ponctuée de complications un brin convenues).Ici, ce qui s\u2019amorce comme une course au magot s\u2019avère relever davantage de l\u2019odyssée existentielle.Entre visions futuristes et aspirations surannées, ce duo bellement dépareillé permet à Kim Nguyen de poursuivre son questionnement, après Regard sur Juliette (Eye on Juliet), sur la place des valeurs humanistes à une époque où tout s\u2019accélère et s\u2019automatise.Cela, à la faveur d\u2019une approche narrative et formelle inusitée: grande force de son cinéma.François Lévesque Les éternels (V.F.de Jiang Hu Er Nu) ?1/2 Dans les limites qui lui sont permises, et avec son habileté à les repousser discrètement, Jia Zhang-ke (Plaisirs inconnus, The World) présente depuis longtemps un visage à la fois délicat et impitoyable de la Chine.Et il le fait toujours à travers la grâce de Zhao Tao, son actrice fétiche depuis près de vingt ans.Le cinéaste couvre une période équivalente dans ce film qui s\u2019approprie quelque peu les codes du monde des gangsters, mais pour mieux épingler les dérives d\u2019un pays embrassant le progrès économique à tout prix, et à toute vitesse.Un couple de petits brigands croit dominer son patelin en 2001, mais les rivalités de clans, et les autorités, auront raison d\u2019eux.Ils traverseront les années en s\u2019imprégnant des nouvelles valeurs d\u2019une société à la moralité variable faisant table rase du passé, des paysages, et des gens qui les habitent.Une autre radiographie étonnante et mélancolique dont Jia Zhang-ke a le secret.André Lavoie Gloria Bell, drame de Sebastian Lelio VVS FILMS C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS DU MUSÉE LORETTEVILLE SAINTE-FOY VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS MODERNE « UN PETIT BIJOU » - Isabelle Hontebeyrie, Le journal de Montréal « UN EXCELLENT FILM, EMPREINT D\u2019AUTHENTICITÉ » - Marc-André Lussier, La Presse Arctique (V.F.de Arctic) ?1/2 Un des aspects distinctifs de ce drame de survie est que l\u2019on y fait fi de toute entrée en matière.Lorsqu\u2019on aperçoit le protagoniste, seul survivant d\u2019un écrasement déduit-on a posteriori, ce dernier en est à creuser un SOS géant dans le sol couvert de neige d\u2019une contrée nordique non identifiée.En une poignée de scènes brèves exemptes de dialogue, le réalisateur Joe Penna campe personnage et contexte avec une précision assez remarquable.Habitant chaque scène avec une autorité tranquille, Mads Mikkelsen offre une performance d\u2019une grande richesse dramatique en dépit de ce qu\u2019il est privé, ou presque, de parole.La seconde partie consiste en un périple difficile, et un tantinet longuet, sur fond de panorama magnifique, mais sans pitié.Un périple, qui plus est, dont on ne parvient pas à prédire si l\u2019issue sera heureuse ou malheureuse.À l\u2019instar de l\u2019absence de préambule, cette incertitude distingue elle aussi Arctique de ses prédécesseurs.François Lévesque Capitaine Marvel (V.F.de Captain Marvel) ?1/2 Ex-pilote recueillie dans des circonstances mystérieuses par un peuple extraterrestre extrêmement avancé, Carol Danvers revient sur la Terre en 1995, dotée qui plus est de pouvoirs phénoménaux, afin d\u2019en apprendre davantage sur son passé.Après onze ans d\u2019activités, le vaste Univers cinématographique Marvel offre ici son premier film solo consacré à une su- perhéroïne.Rythmé, léger, bien ancré émotionnellement, c\u2019est l\u2019un des très bons crus.En filigrane: un commentaire féministe bienvenu et une critique peu subtile mais efficace des politiques antimigratoires de l\u2019Amérique actuelle.Dans le rôle-titre, Brie Larson est formidable.Idem pour Samuel L.Jackson, savoureux dans son rôle récurrent de Nick Fury.Coréa- lisé par Anna Boden et Ryan Fleck, Capitaine Marvel n\u2019est pas «signé», mais il est en continuité visuelle avec ses prédécesseurs.Les fans y trouveront leur compte.Ah, un détail : le film donne à voir l\u2019un des chats les plus craquants de ce côté-ci de la galaxie.François Lévesque Pupille ?1/2 À travers le parcours d\u2019un nourrisson, de sa naissance jusqu\u2019à son arrivée dans les bras de sa mère adoptive, la Le parc des merveilles (V.F.de Wonder Park) ?Gentille fable d\u2019apprentissage, Le parc des merveilles raconte les tourments intérieurs d\u2019une enfant aux prises avec des angoisses qui la dépassent.On est loin de l\u2019énergie survoltée du parc d\u2019attractions traditionnel, ce dernier agissant plutôt comme une métaphore de l\u2019état d\u2019esprit de June, une fillette allumée dont le destin bascule lorsque sa mère tombe gravement malade.Le message, si candide soit-il, n\u2019en demeure pas moins empreint d\u2019une fraîcheur bienvenue dans ce monde où l\u2019anxiété mine jusqu\u2019aux plus jeunes.Ce dernier-né des studios de Paramount présente au surplus des couleurs riches, mais pas clinquantes.Le tout est soigné et de bon goût, même si la recherche visuelle ne casse rien, se moulant dans des canevas convenus là où l\u2019on aurait volontiers pris plus de libertés et d\u2019extravagances.Louise-Maude Rioux Soucy cinéaste Jeanne Herry explore l\u2019entièreté d\u2019un processus marqué par les actions de maintes intervenantes, car elles sont ici presque exclusivement femmes, chacune un personnage à développer : la mère étudiante qui accouche sous X, la «recueil- lante» qui l\u2019accompagne dès après, l\u2019assistante sociale qui évalue une candidate en parentalité divorcée, la travailleuse sociale qui confie le poupon à un assistant familial\u2026 Tous les interprètes sont d\u2019une justesse absolue.La réalisation dénuée d\u2019afféterie engendre quant à elle une impression d\u2019authenticité quasi permanente.Très fouillé, le scénario emprunte la même avenue à tendance naturaliste.Une propension au didactisme, hélas, heurte parfois le flot narratif, voire émotionnel.Au final néanmoins, Pupille demeure une œuvre profondément humaine et touchante.François Lévesque (Javier Bardem), mais derrière leurs sourires se camouflent de cruelles vérités enfouies.Ce n\u2019est pas le plus grand film de son auteur, mais avec la complicité de José Luis Alcaine, un directeur photo associé à Pedro Almo- dóvar, il sait nous happer dans un autre de ses univers où les non-dits sont cruels, et les faux pas parfois fatals.André Lavoie Astérix et le secret de la potion magique ?Peu importe sa forme (bande dessinée, film d\u2019animation ou en prises de vue réelles), le plaisir est toujours au rendez-vous devant les aventures d\u2019As- térix et Obélix.Certains albums des célèbres René Goscinny et Albert Uderzo sont tout aussi mémorables, quelques films (dont celui d\u2019Alain Cha- bat, Mission: Cléopâtre) se revoient inlassablement.Après Le domaine des dieux (2014), Alexandre Astier et Louis Clichy reprennent leurs pinceaux (numériques) pour une aventure originale\u2026 mais pas tant que cela.Car malgré cette quête pour un aspirant druide destiné à remplacer un jour Panora- mix, le parcours est bien balisé, avec des figures récurrentes et leurs postures familières.On s\u2019arrime aussi à l\u2019air du temps, parfois avec humour, parfois dans un fracas plus inutile qu\u2019assourdissant.Bref, pas vraiment de secrets ni de mystères, mais de bonnes pincées de plaisir.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 8 | Présenté par QUATUOR AROD Mardi 2 avril 19 h 30 HAYDN, BRAHMS et BARTÓK Le jeune quatuor français nous propose un programme combinant la clarté du classicisme, l\u2019exaltation du romantisme et les accents de la modernité ! sallebourgie.ca Arte Musica présente 18 19 Salle Bourgie CONCERTOS DE BACH Vendredi 29 mars 19 h 30 J.S.Bach Concerto brandebourgeois no 4, BWV 1049 Concerto pour violon, BWV 1041 Concerto pour deux clavecins, BWV 1060 Concerto pour hautbois d\u2019amour, BWV 1055 CANTATES DE BACH Dimanche 31 mars 14 h J.S.Bach Cantates BWV 12, 18 et 161 CONFÉRENCE BACH Mercredi 27 mars 17 h 30 Les cantates de Bach et la communauté : le rôle des chorals Par GEORGES LEROUX Auditorium Maxwell-Cummings du MBAM R E N D E Z - V O U S B A C H LES VIOLONS DU ROY Vendredi 5 avril 19 h 30 ANTHONY MARWOOD, chef et violon ALEKSANDAR MADŽAR, piano Mendelssohn, Britten et Chostakovitch Marwood et Madžar, un duo d\u2019exception ! ENSEMBLE ALIA MENS OLIVIER SPILMONT, clavecin et direction Deux concerts par un ensemble français spécialisé dans l\u2019interprétation de l\u2019œuvre de Bach.CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019aquarelle est un art beaucoup plus varié que ce que l\u2019on pourrait croire.Elle peut aboutir en des œuvres riches en couleurs, comme des noir et blanc.Des petits formats, comme des installations qui vont bien au-delà du cadre.Des pièces uniques, comme des variations sur un même thème.L\u2019exposition « Aquarelle » \u2014 notez les guillemets \u2014, à la galerie McClure, aborde en toute simplicité cette étendue.Dix artistes en font partie et un onzième, Michael Merrill, assume le rôle de commissaire.Selon lui, par sa transparence si caractéristique, contrairement à la gouache, opaque, l\u2019aquarelle «expose la pensée de l\u2019artiste ».Aquarelliste lui-même, Merrill a fait preuve de retenue et n\u2019expose ses idées qu\u2019à travers celles des autres.Il faut dire qu\u2019au même moment, à la galerie Lambert-Bellemare, une expo intitulée Aquarelles (sans les guillemets, et au pluriel) présente des œu- vres de Merrill aux côtés de celles d\u2019autres artistes.Sous ce si distinctif « Aquarelle », il y a l\u2019idée qu\u2019il est finalement difficile de définir cette technique.Les seuls points communs d\u2019un artiste à l\u2019autre seraient les matériaux : « Une combinaison de pigment, de gomme arabique, d\u2019eau, de suie, de colle et de papier », écrit le commissaire dans son texte de présentation.L\u2019expo s\u2019appuie sur deux plus que classiques « aquarelles sur papier », œuvres d\u2019Henri Michaux (1899- 1984) et de Goodridge Rober ts (1904-1974).Ce clin d\u2019œil historique ser t à établir les deux pôles entre lesquels naviguent les aquarellistes actuels.Michaux, c\u2019est la voie abstraite ou imaginaire, ou « vision intérieure », Roberts, le paysage réel, ou «vision extérieure ».Fluide et imprévisible Les huit artistes actifs qui forment le noyau dur de l\u2019expo titillent l\u2019une ou l\u2019autre des deux manières, voire les deux.Or, l\u2019expo ne s\u2019empêtre pas dans une démonstration fastidieuse de ces écoles de pensée.La présentation dans les deux espaces de la galerie est fluide et en même temps imprévisible, comme l\u2019aquarelle finalement.Les dessins pratiquement imperceptibles de Karilee Fuglem et les constructions pointillistes au pigment « sec » de Marie-Claire Blais se suivent, et pour tant\u2026 Ce sont deux explorations du papier totalement différentes, dont on ne nous donne à voir que deux exemples.La grande salle de la galerie réunit des séries plus longues, avec bonheur, notamment en ce qui concerne les suites narratives et hautes en couleur de Pierre Dorion et d\u2019Yves Tessier.Deux corpus bien distincts : l\u2019urbanité selon le style hyperréaliste de Dorion suit un tracé précis et frontal ; les scènes intérieures et intimes chez Tessier sont teintées d\u2019onirisme et de zones plus vagues.Si les grands panneaux de Jim Ho- lyoak et de Matt Shane se démarquent par leurs compositions uniquement en noir et en blanc, c\u2019est l\u2019ambiguïté du résultat qui vaut leur présence.Il y a un va-et-vient fascinant entre le motif de la nature et le regard introspectif, ou entre les visions extérieure et intérieure dont parlait le commissaire.Intercalés au travers ou près de Shane et de Holyoak \u2014 deux artistes qui à l\u2019occasion travaillent en duo \u2014, Sky Glabush et Catherine Bolduc mélangent aussi, à leur manière, le réel et l\u2019imaginaire, le personnel et l\u2019universel.Le portrait Précipices et l\u2019installation La femme dans la lune (la table de l\u2019explorateur), tous deux de Bolduc, terminent de manière magistrale le parcours.La touche fantastique et féministe propre à l\u2019artiste prend de l\u2019ampleur, surtout dans le cas de la seconde pièce : une étendue horizontale et un ton documentaire, cartes lunaires à l\u2019appui.Cet aspect scientifique (ou sérieux?) ne laisse pas moins ouverte la porte à l\u2019exubérance.Et la magie, telle que ces sphères vitreuses dont on ne peut deviner ni l\u2019origine ni la fonction.« Aquarelle » À la galerie McClure, 350, avenue Victoria, jusqu\u2019au 30 mars La variable aquarelliste La galerie McClure aborde en toute simplicité l\u2019étendue de cette pratique qui « expose la pensée de l\u2019artiste » Vue de l\u2019exposition « Aquarelle » GALERIE MCCLURE | 19 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Le familier et l\u2019étrange se sont toujours côtoyés chez Karine Payette.Sa prédilection pour la sculpture hyperréaliste et son souci du détail sont pour beaucoup dans ce jeu de contrastes qu\u2019elle instaure.Son exposition Espaces sans espèces, qui réunit huit modules (ou huit installations), ne fait pas exception.Il y a pour tant dans cette audacieuse mise en scène qui couvre toute la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval autre chose que le simple fait de brusquer nos habitudes, nos références.Oui, on plonge dans un univers familier, mais Karine Payette, avec le soutien de la commissaire Bénédicte Ramade, atteint ici une profondeur qu\u2019il faut saluer.C\u2019est un zoo, ou sa représentation, que l\u2019artiste nous propose.Il s\u2019agit d\u2019un monde en soi assez universel, dont n\u2019importe qui peut reconnaître les conventions.Or, petit détail non anodin, les animaux y brillent par leur absence \u2014 quoique pas tout à fait.Ceux-là mêmes qu\u2019on s\u2019attend à voir tourner comme des fous dans leurs cages n\u2019ont pas été considérés, du moins en apparence.Dans ce zoo sans fous, dans ces huit espaces sans espèces animales, il y a cependant beaucoup à voir, à entendre aussi, sursauts en sus, parfois.L\u2019inattendu, le spectaculaire, mais aussi la déception et l\u2019impression d\u2019avoir raté le spectacle font partie de la signature Payette depuis dix ans.Comme un bon polar La mise en espace contribue largement à créer une tension qui n\u2019est pas sans rappeler le polar.Il y a intrigue et on avance, découverte après découverte, un indice à la fois, sans trop savoir ce qu\u2019on cherche \u2014 si ce n\u2019est l\u2019animal fantasmé.La variété des modules, de petites cages vitrées aux immenses plateaux, est inspirée par la diversité animale et la teneur encyclopédique d\u2019un zoo.Elle permet aussi à l\u2019artiste de toucher à différents types, de la simple colonne à un complexe hexagonal, de l\u2019œuvre cinétique à la scène inerte, pour ne pas dire macabre.Au-delà de l\u2019explosion de formes, et de couleurs, à laquelle on fait face, Karine Payette nous jette en pleine figure notre rapport avec le monde animal.Les huit installations sont autant d\u2019habitats artificiels, autant de modes de vie imposés, que de visions confortables que l\u2019on se fait de la nature.Il n\u2019y a pas qu\u2019un semblant de zoo exposé.C\u2019est une réflexion sur tout ce théâtre du réel qui est suggérée.Le dispositif d\u2019éclairage ne sert pas tant l\u2019animal que la mise en spectacle.Il contribue au scénario, oriente le regard sur ce qui pourrait surgir là dans ce sable mouvant, dans cette eau visqueuse ou derrière ce socle.Il n\u2019y a pas de grande dif férence parfois entre un zoo et un théâtre, ou un musée.Dans chacun de ces lieux, les territoires du spectacle et du spectateur sont bien identifiés et font appel aux mêmes dispositifs.Une clôture ici, un cordon là, un interdit de passer versus un interdit de toucher.Notre éthique animale est douteuse.Cette expo aux airs de théâtre, ou de fête foraine avec ses multiples stations, nous la livre par fois de manière brutale.Il faut se rendre jusqu\u2019au pôle nordique pour en saisir toute la portée, bien que chaque décor, à l\u2019état d\u2019abandon, fasse déjà surgir le malaise.Dans ses projets précédents, Ka- rine Payette a souvent mis en scène la catastrophe, faisant appel au motif de la ruine ou à l\u2019image d\u2019horreur.C\u2019est un mode spectaculaire, sur lequel elle semble avoir moins misé cette fois.Le propos du désastre n\u2019a pas été exclu, mais il bénéficie d\u2019un contexte, d\u2019un long fil narratif.Ça donne du poids à son propos.À noter que l\u2019exposition n\u2019a pas l\u2019ampleur d\u2019une rétrospective, mais elle servira de plateforme de lancement pour la première monographie de l\u2019artiste.L\u2019événement aura lieu le 14 avril, le jour de la visite commentée mise au programme.Espaces sans espèces De Karine Payette.À la Maison des arts de Laval, 1395, boulevard de la Concorde Ouest, jusqu\u2019au 20 avril.Zoo sans fous Karine Payette met en scène notre fascination pour les habitats artificiels pour animaux Notre éthique animale est douteuse.Cette expo aux airs de théâtre, ou de fête foraine avec ses multiples stations, nous la livre parfois de manière brutale.Il faut se rendre jusqu\u2019au pôle nordique pour en saisir toute la portée.GUY L\u2019HEUREUX L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | REPORTAGE CHRISTOPHE HUSS À PARIS LE DEVOIR Comment, avec une exposition médiatique en pleine décroissance et un enseignement lacunaire, la musique classique pourra-t-elle renouveler son public ?Une étude réalisée durant la saison 2016-2017 par la Philharmonie de Paris donne quelques pistes intéressantes.Le Devoir en a discuté, cette semaine, avec le directeur de l\u2019institution, Laurent Bayle.« Il faut constater avec regret que les responsables de la musique classique par tagent des inquiétudes communes sur le vieillissement et la dif ficulté à élargir le public au-delà de cercles privilégiés (économique ou niveau des études).Et malgré ces inquiétudes, ce milieu a eu du mal à produire des études de peur que les résultats de celles-ci découragent les soutiens, publics ou privés », n\u2019a pas crainte d\u2019affirmer Laurent Bayle.En recueillant 38 185 questionnaires sur l\u2019ensemble d\u2019une saison, la Philharmonie de Paris peut se vanter d\u2019avoir mené une étude d\u2019une ampleur inédite.Cette enquête, le directeur de la Philharmonie l\u2019a voulue sans concessions.« Nous n\u2019avons considéré que le public payant de 16 ans et plus.Il est important de ne pas prendre tous les publics parce que nous aurions eu des résultats certes très flatteurs mais qui ne voudraient rien dire, car les plus jeunes sont des scolaires ou des jeunes qui accompagnent leurs parents.Nous ne pouvons mélanger un public qui vient de sa propre détermination et des jeunes qui viennent en groupe, poussés par les règles de l\u2019école.» Laurent Bayle considère que les résultats enjolivés «privilégient l\u2019aspect volontariste d\u2019une politique, mais ne disent rien de la santé réelle» d\u2019une institution, avant de conclure: «Nous ne sommes pas dans un exercice d\u2019au- topromotion.En la matière, chacun s\u2019est permis de dire ce qu\u2019il avait envie de dire et de faire sa promotion.» Points de comparaisons Il était très intéressant de comparer les données collectées avec deux études qui avaient précédé de peu celle-ci : l\u2019Enquête nationale sur les publics des orchestres, de l\u2019institut Aris- tat, compilant plus de 11 000 questionnaires adressés lors de 234 concerts de 13 orchestres différents, et surtout une enquête-choc du sociologue Stéphane Dorin, révélée en janvier 2015, menée auprès de 5000 spectateurs lors de 110 concerts donnés par 19 orchestres, dont on retenait la comparaison suivante: «En 1981, l\u2019âge médian de ceux qui allaient aux concerts de musique classique était de 36 ans.En 2014, il était passé à 61 ans en France, les moins de 40 ans ne représentant que 17% de l\u2019audience.» Aristat tombait sur un «âge moyen de 54 ans pour le spectateur des concer ts symphoniques », mais l\u2019« âge moyen » n\u2019est en rien l\u2019« âge médian».Ce dernier est le vrai baromètre, car il « correspond à l\u2019âge permettant de séparer les publics en deux groupes numériquement égaux ».Et là, Aristat, qui œuvrait pour l\u2019Association française des orchestres, reconnaissait que « 50 % des publics ont moins de 63 ans et 50 % des publics sont au-delà».À cette aune, les résultats de l\u2019étude de la Philharmonie sont encourageants.Certes, l\u2019institution met en avant un âge moyen de 47,9 ans pour son « public individuel adulte », soit l\u2019âge moyen de la population française.Mais on peut raffiner ce chiffre, il passe alors à 49,3 ans pour l\u2019ensemble des concerts et à 51,3 ans pour les concerts classiques.L\u2019âge médian des concerts classiques est de 54 ans.Laurent Bayle est très circonspect sur l\u2019idée de comparaison.«Je n\u2019ai pas d\u2019assurance que les deux études auxquelles vous faites référence sont irréprochables sur le plan méthodologique.Le matériau était aussi pollué par d\u2019autres éléments d\u2019autres études, je pense par exemple à une auto-étude de l\u2019Opéra de Paris.Je ne suis pas d\u2019accord avec les enquêtes où on a la réponse avant d\u2019avoir commencé, ou presque ! Par ailleurs, s\u2019il y a 30 ans l\u2019âge moyen avait été de 40 ans, je pense qu\u2019on l\u2019aurait su !» Le fait que l\u2019âge moyen de la Philharmonie est égal à celui de la population est rassurant aux yeux du directeur du lieu.En affinant l\u2019analyse, on peut pointer quelques leviers qui ne s\u2019appliquent probablement pas qu\u2019à Paris.Le premier est celui de l\u2019accessibilité à une masse critique d\u2019entrants à travers la politique de prix.Dans cette salle de 2400 places, 450 sont offertes à des tarifs très réduits (entre 15 et 30 $).« Les gens sont obnubilés par leur modèle économique.Si je baisse le prix, vais-je avoir un déficit ?Parfois, on ne regarde pas jusqu\u2019au bout.Par exemple, une institution qui remplit à 80 % n\u2019envisage pas un modèle qui la conduirait à 90% avec la même recette, mais avec un tout autre projet social par rappor t aux générations.Il y a beaucoup de frilosité, parce qu\u2019il y a le modèle économique, d\u2019une part, et de l\u2019autre, l\u2019idée que les jeunes, au fond, ils ne viendront pas.Bon nombre d\u2019institutions restent donc figées sur un modèle qui, au final, n\u2019est pas lisible pour les jeunes.» L\u2019offre entre semaine et week-end Avec les acquis des premières saisons, la Philharmonie peut ainsi faire des expériences plutôt inaccoutumées.«Il y a 15 jours, j\u2019ai rajouté un concert Debussy et Ravel en mai dirigé par Fran- çois-Xavier Roth et nous avons laissé dans un premier temps une vente ouverte sur Internet uniquement aux jeunes et en la limitant à 1500 places.Elles ont été vendues en quelques heures.» La saison prochaine, une 3e Symphonie de Mahler par Esa-Pekka Salonen sera donnée trois fois.Après avoir raisonnablement rempli les deux premières soirées, la Philharmonie mettra en vente début mai la salle du 3e soir exclusivement aux moins de 28 ans.« À mon avis, elle sera remplie en trois jours », affirme Laurent Bayle.Des moyens « de plus en plus performants sur le plan des logiciels de billetterie » permettent une communication ciblée sur les jeunes de moins de 28 ans.Et ceux-ci réagissent très vite.L\u2019autre enseignement important est celui de la différenciation de l\u2019offre Le classique en quête de nouveaux publics La Philharmonie de Paris comme creuset d\u2019étude des publics de la musique Une étude réalisée durant la saison 2016-2017 par la Philharmonie de Paris donne des pistes intéressantes pour renouveler ses publics.DOMINIQUE FAGET AGENCE FRANCE-PRESSE entre semaine et week-end.« La semaine privilégie le public parisien intra-muros.Plus vous habitez Paris, plus vous avez de liberté de sortir.Nous tendons à considérer qu\u2019il vaut mieux avoir une programmation plus conventionnelle en semaine et plus ouverte en fin de semaine, gravitant autour de l\u2019offre éducative.Et ce que nous observons alors, c\u2019est davantage de primo-entrants, plus jeunes, de niveau d\u2019étude un peu moins élevé avec une présence plus forte d\u2019un public des alentours.» Laurent Bayle confirme à ce titre une observation des études précédentes : l\u2019offre éducative attire un public dif ficile à cerner, celui du segment 25-40 ans.Il amène ses enfants, qui deviennent des moteurs de consommation culturelle même quand l\u2019adulte n\u2019a pas d\u2019intérêt particulier pour la musique.Évidemment, les 7000 ateliers musicaux ouverts aux publics de tous âges contribuent beaucoup à cet élargissement de l\u2019auditoire.Chaque cas, chaque ville présente ses particularités.Kent Nagano déclarait lors du récent lancement de la dernière saison que l\u2019OSM avait le public le plus jeune d\u2019Amérique du Nord, mais l\u2019institution n\u2019a pu fournir au Devoir de chiffres, d\u2019études et de comparatifs attestant de la validité de cette intéressante assertion.Il serait intéressant d\u2019aller en profondeur dans de telles données.Christophe Huss était l\u2019invité de la Philharmonie de Paris cette semaine, à l\u2019occasion des débuts de Charles Richard- Hamelin dans la capitale française.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Concerts de la semaine Requiem allemand.En l\u2019absence de l\u2019orchestre, toujours en tournée en Europe, le Chœur de l\u2019OSM chantera dimanche avec accompagnement d\u2019orgue Ein deutsches Requiem de Johannes Brahms sous la direction d\u2019Andrew Megill avec en solistes France Bellemare et Tomislav Lavoie.Jonathan Ryan tiendra la partie d\u2019orgue.Dimanche 24 mars à 14h30, Maison symphonique de Montréal.I Musici.L\u2019orchestre de chambre québécois, dimanche également, partagera la scène avec le violoncelliste Joshua Roman lors d\u2019un concert où sera créée Les scènes de la vie de famille du compositeur québécois Julien Bilodeau.«L\u2019œu- vre, un thème et quatre variations pour violon solo et orchestre à cordes de 34 musiciens, s\u2019inspire du concept de la famille, de ses trépidations, de ses joies, de ses inquiétudes et de ses nostalgies avec ce fort sentiment que le temps passe mais ne disparaît jamais complètement», explique Bilodeau.Le concert débutera avec Apollon Musagète de Stravinski et s\u2019achèvera avec The Protecting Veil du Britannique John Tavener.Dimanche 24 mars à 14h, salle Bourgie. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | CLASSIQUE Händel ?Sabine Devieilhe, Lea Desandre, Le concert d\u2019Astrée, Emmanuelle Haïm, Erato 2CD 0190295633622 Parmi les parutions de ce début d\u2019année, peu sont aussi enivrantes que cet exaltant album rassemblant trois cantates composées par le jeune Händel, alors très influencé par la musique italienne.Emmanuelle Haïm complète ainsi un parcours sans faute des œu- vres du compositeur (cf.son excellent Messie) et se voit associée à la stratosphérique soprano Sabine De- vieilhe.Le programme combine Aminta e Fillide, une cantate pour soprano et mezzo, Armida abbandonata pour soprano seule et La Lucrezia pour mezzo seule, ainsi qu\u2019une Sonate en trio en si mineur assurant une respiration instrumentale entre ces deux dernières.Magnifique surprise : la mezzo Lea Desandre n\u2019a rien à envier à la virtuosité vocale de Sabine Devieilhe.À côté du feu d\u2019artifice vocal, l\u2019orchestre déploie un accompagnement ardent très articulé et mordant.Seul petit bémol aux oreilles de certains: la prise de son très précise (perception nette du continuo) inscrit les voix dans l\u2019acoustique un peu trop généreuse et brillante de l\u2019église Notre-Dame-du-Liban.Christophe Huss INDIE FOLK Live in Europe ?José González & The String Theory, Mute En ce début d\u2019une nouvelle tournée de José González avec The String Theory, un collectif expérimental allemand, l\u2019étiquette du musicien suédois a fait paraître Live in Europe, tiré d\u2019une série de concerts donnés par le «duo» l\u2019an dernier.Trois albums de José González, toujours aussi magicien de la guitare et des univers de velours, sont rebrassés : Veneer (2003), In Our Nature (2007) et Vestiges & Claws (2015).Passionnante relecture : du fait de l\u2019orchestration beaucoup plus large (cordes, percussions, flûte), de multiples détails mélodiques ressortent, appuyés par le jeu inventif, quand il n\u2019est pas excentrique, des musiciens.Complicité entière.S\u2019il n\u2019y a parfois que des ajouts subtils à la manière d\u2019une enveloppe de vents (Heartbeats) ou des séquences inédites de grande ampleur (dont une transition tourbillonnante sur Let It Carry You), certains des morceaux sont brillamment transfigurés (puissante Crosses).Une plongée indispensable pour ceux qui ne seront pas au concert du 25 mars à la Maison symphonique.Geneviève Tremblay REGGAE/DANCEHALL Rapture ?1/2 Koffee, Columbia Un véritable phénomène, que cette Mikayla Simpson surnommée Koffee.Révélée il y a deux ans par l\u2019impeccable single Burning, l\u2019auteure-compositrice- interprète d\u2019à peine 19 ans secoue la scène musicale jamaïcaine et, bientôt espère-t-on, de la planète entière.Originaire de Spanish Town en banlieue de Kingston, Koffee lance un EP exsudant la confiance et l\u2019intelligence qui fait la démonstration de sa maîtrise du style singjay: voix juste et mélodieuse sur la rythmique one drop Throne, prosodie fulgurante d\u2019agilité sur l\u2019estivale Toast que l\u2019on accueille en ce début de printemps comme un retour aux températures clémentes.Influencé par le son trap américain, le EP aux rythmiques signées Upsetta et Walshy Fire (entre autres) se termine avec le clin d\u2019œil rétro de la souriante Raggamuffin, où la musicienne calque son style vocal sur celui des légendes de la scène sound- system des années 1980.De plus, Koffee se pose en rupture avec les thèmes trop souvent désinvoltes, sexuels et provocateurs du dancehall contemporain avec ses textes conscious gavés d\u2019espoir.Vivement la suite.Philippe Renaud CHANSON La lune est passée par ici ?1/2 Comme dans un film, L-A be Pour l\u2019auteure-compositrice-interprète Isabelle Blais, la fin de l\u2019aventure Caïman Fu a ouvert la voie au projet «country» Comme dans un film, qu\u2019elle copilote avec Pierre-Luc Brillant.Au premier album paru en 2016 succède aujourd\u2019hui La lune est passée par ici, référence à la chanson Le soleil aussi, l\u2019une des compositions les mieux réussies de cet album pataud dans la forme comme dans le fond.En dépit des belles guitares de Nicolas Grimard, l\u2019argument country n\u2019est ici qu\u2019esthétique; ce sont bien des chansons à l\u2019inclinaison pop-rock que l\u2019on nous propose, d\u2019où, parfois sans crier gare, surgissent des éclats de musique country, comme si la chanson se réveillait soudainement de la torpeur (sur Ami tu dors et en finale de l\u2019agréable Bestiaire).On salue l\u2019effort de faire de chaque chanson son propre petit univers \u2014 son petit film\u2026 \u2014 doté de son scénario original, des compositions aidées par des textes bien écrits, mais alourdies par des mélodies dans l\u2019ensemble nettement plus faibles.Le disque se termine par la chanson Purgatoire, qui porte bien son titre.Philippe Renaud CLASSIQUE Sibelius ?1/2 Symphonie no 1, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet- Séguin, Atma ACD2 2452 Mission suicide pour Atma et Yannick Nézet-Séguin en terre sibelienne.Alors que nous pensions que la Symphonie no 3 programmée l\u2019an prochain servirait de couplage à la Première, voilà que celle-ci sort isolément en un chiche CD de 40 minutes quelques semaines après que le monde entier se fut pâmé devant le premier disque de la nouvelle coqueluche finlandaise, Santtu-Matias Rouvali (CD Alpha), qui enrichit son programme avec les 19 minutes de En Saga.Dans une culture de l\u2019événement permanent, Rou- vali frappe fort et tous azimuts, alors que Nézet-Séguin déploie une Première lyrique, très généreusement tchaikovskienne.Il y a tout à craindre que la vraie musique du Québécois et de ses troupes n\u2019apparaisse «fade» à l\u2019heure où l\u2019esbroufe trépidante de Rouvali rallie les suffrages.Sauf qu\u2019avec Nézet-Séguin les arches dramatiques ne se consument pas avant le sommet du climax et qu\u2019à l\u2019écoute partition en main, on retrouve\u2026 la partition.Le marché international fut preneur une fois d\u2019une 1re en CD isolé.Mais c\u2019était Bernstein-Vienne! Christophe Huss ROCK Kilrush Drive ?1/2 Red Mass, Label Étiquette/No Coast Records Enfin un premier album du groupe punk kaléidoscopique multidisciplinaire montréalais Red Mass, après une décennie à balancer des singles et des EP et, surtout, à se forger une enviable réputation de bête de scène.À sa tête, l\u2019énergumène Roy Vucino, qui, sur ce disque, semble possédé par un esprit différent à chaque chanson, incarnant les personnages déviants des histoires qu\u2019il nous grommelle, beugle ou sérénade.Car le punk de Red Mass présente plusieurs visages, post- punk mélodieux sur God\u2019s House, cru et désarticulé sur l\u2019ingénieuse Crooked, plus classiquement rock sur Show Me the Money («and I\u2019ll show you the drugs», peste Vucino), cybernétique sur un titre tel que Terrorizer, folk seventies sur la hantée Dark Days\u2026 Un punk fait de couches d\u2019influences superposées rappelant tantôt la démarche de Parquet Courts, tantôt le son expansif de Titus Andronicus, parfaitement cohérent sur cet album co- réalisé par Mingo L\u2019Indien (Les Georges Leningrad, Ellemetue), l\u2019Américain Martin Bisi et Jace Lasek (The Besnard Lakes).Philippe Renaud NOISE-ROCK Mi-tronc, mi-jambe EP ?Victime, Michel Records En quelques années, Victime, trio post-punk-dance-rock de Québec qui assume pleinement son côté décousu, s\u2019est taillé une belle place sur la scène rock, à coups de guitares stridentes et de chants saccadés.Après l\u2019album La femme taupe, paru l\u2019an dernier, le groupe récidive avec un EP.Ce Mi-tronc, mi-jambe, long de six chansons, est à peu de chose près l\u2019exacte copie du EP précédent, à la différence qu\u2019il semble hoqueter encore plus.On retrouve pourtant plein d\u2019éléments intéressants dans ce cocktail musical : une parenté dans l\u2019instrumentation avec des groupes no-wave comme Liquid Liquid (Diego), une voix féminine assumée qui rappelle le riot grrrl, un joyeux chaos organisé.Victime n\u2019a pas voulu faire comme tout le monde : mission accomplie, c\u2019est tout à son honneur.Maintenant, il s\u2019agirait de ne pas chanter toujours exactement les mêmes notes de la même façon.Et on embarquerait, juré.En concert de lancement samedi au Pantoum à Québec.Sophie Chartier HIP-HOP sleepless in __________ ?Epik High, Indépendant Epik High, renommé trio hip-hop de la scène du genre en Corée du Sud, en est maintenant à 16 ans d\u2019existence avec près d\u2019une dizaine de disques à son actif.Ayant développé à travers les années un style plutôt uniforme \u2014 sans pour autant être ennuyant, ou même redondant \u2014, le groupe refait surface après s\u2019être refait une beauté.Manifestement, sleepless in __________ prouve qu\u2019un tel exploit peut encore survenir, même après des années à exploiter le même filon.Collection de sept chansons centrées autour du thème de l\u2019insomnie, l\u2019album navigue entre langues coréenne et anglaise avec facilité, cadré par une trame lo-fi tantôt envoûtante (notamment sur No Different, qui accueille la merveilleuse voix R&B de la Malaisienne Yuna au refrain), tantôt entraînante (on pense à Eternal Sunshine et à sa touche de jazz).Néanmoins, ce qui rend sleepless magique, ce sont ses textes crus, déchirants et sincères, qui touchent, peu importe la langue qui les porte.Sarah Boumedda L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 LI RE JUDITH LUSSIER Les social justice warriors, victimes ou bourreaux ?François Gravel La salvatrice curiosité d\u2019un « parkinsonné » rès de deux ans après avoir laissé sa chronique au journal Métro, Judith Lussier retourne à sa tribune avec un nouveau livre sous le bras et un objectif : réhabiliter les social justice warriors, ces guerriers progressistes 2.0 qui n\u2019hésitent pas à s\u2019exprimer sur des enjeux sociaux et que plusieurs se plaisent à «démoniser ».« Les social justice warriors \u2014 ou guerriers de la justice sociale \u2014, ce sont des gens qui semblent s\u2019indigner pour tout et n\u2019importe quoi sur les médias sociaux, que ce soit à propos d\u2019enjeux de justice sociale, comme le racisme, le sexisme, les minorités sexuelles et de genre, la pauvreté, ou à propos de l\u2019environnement », explique la chroniqueuse en entrevue au Devoir.Ces militants défrayent souvent la chronique.Il suffit de penser, entre autres, aux affaires SL?V et Kanata pour se rappeler ces justiciers dénonçant avec vigueur des démarches d\u2019appropriation culturelle.Avec ce livre, Judith Lussier souhaite «amener le grand public à comprendre les motivations qui portent ces guerriers, en allant au-delà de la caricature que l\u2019on peut faire d\u2019eux.On les a dé- monisés, ridiculisés\u2026 alors que leurs sources d\u2019indignation, le plus souvent, sont légitimes», poursuit-elle.Ouvrir le dialogue D\u2019après l\u2019auteure, le social justice warrior (SJW) est devenu caricatural à cause de ses revendications pointues, la plupar t du temps incomprises du grand public.« Le reste de la population peut se sentir perdu parce qu\u2019il n\u2019a pas la grille d\u2019analyse nécessaire », ajoute-t-elle.Une incompréhension dont elle estime faire les frais, comme de nombreux guerriers de la justice sociale.« Chaque fois qu\u2019on s\u2019exprime, on mesure le \u201ccoût d\u2019expression\u201d.Par exemple, je sais très bien que, lorsque j\u2019utilise le mot \u201cpatriarcat\u201d dans une chronique, ça va me coûter plusieurs courriels d\u2019insultes de gens qui ne comprennent pas ce mot comme un concept social.Ils le conçoivent comme moi qui hais les papas», illustre-t-elle d\u2019un rire un peu démuni face à ces sophismes.Victime de cyberharcèlement, Judith Lussier a délaissé sa tribune à Métro et a sombré dans la dépression.Un sentiment d\u2019épuisement qui se révèle répandu parmi les défenseurs de la justice sociale, apprendra-t-on au fil des pages.Afin de « poser les bases » pour mieux cerner la teneur du débat, son essai s\u2019agrémente de multiples références et fournit un lexique dès les premières pages.Le néophyte naviguera entre des termes plus populaires, tels que « violence », « hétéro- normativité », aux plus nébuleux, comme «tokenism», «neurodiversité» ou «pinkwashing».Dans son essai, ironiquement intitulé On peut plus rien dire \u2014 référence à la rengaine populaire qui résonne ces derniers temps dans l\u2019espace public \u2014, Judith Lussier affirme qu\u2019«au contraire, aujourd\u2019hui on peut encore tout dire .Mais quelqu\u2019un va prendre la tribune pour vous répondre ».« Grâce aux réseaux sociaux, le droit de parole est devenu hyperdé- mocratique.Les communautés marginalisées ont pu se rallier entre elles, développer des savoirs, des connaissances et des argumentations ainsi que des capacités de réponse », indique l\u2019auteure.ENTREVUE ALICE ZANETTA LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L i r e E s s a i 2 4 | Victimes ou bourreaux, les social justice warriors ?Dans son essai On peut plus rien dire, Judith Lussier tente de resituer le débat Pour Judith Lussier, le social justice warrior est devenu caricatural à cause de ses revendications pointues, la plupart du temps incomprises du grand public.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR P | 2 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 La fin d\u2019un monde Il faut, semble-t-il, atteindre un âge vénérable pour adopter la posture du sage et regarder le monde avec ce sourire narquois au coin des lèvres qui chuchote aux oreilles angoissées: la fin d\u2019un monde n\u2019est pas la fin du monde.Le grand historien français Pierre Nora, dans un récent article publié par Le Monde, mettait en garde contre toute posture apocalyptique.Le monde va mal, personne ne le nie, mais sa fin immanente marquera la fin d\u2019un monde, le nôtre, et non la fin de l\u2019être en tant que tel.Du haut de sa tour d\u2019ivoire, l\u2019historien nous presse de réfléchir sur les révolutions que l\u2019humanité a connues depuis les 40 dernières années et dont il vaut mieux être conscient si on veut mieux se préparer à la fin d\u2019une certaine idée de notre monde.Ne nommons que les plus importantes : la révolution démographique et son chiffre ahurissant de 10 milliards d\u2019individus d\u2019ici 30 ans ; la révolution écologique et climatique allant de la posture cartésienne de posséder la nature (comprendre : l\u2019exploiter) à la Terre elle-même, laquelle crie au secours face aux bouleversements qu\u2019elle n\u2019a pas connus depuis 120 000 ans ; la révolution géostraté- gique et le constat que l\u2019Occident a perdu le gouvernement du monde; puis la révolution politique avec l\u2019épuisement des systèmes démocratiques et leurs réponses inadéquates face au pluralisme des valeurs.Et enfin, la plus importante, la révolution «holiste», où le tout de la collectivité (surtout nationale) empiétera de plus en plus sur les intérêts particuliers.Faute d\u2019utopies porteuses de flamme visionnaire pour un monde commun, la révolution technologique accompagne de près la révolution holiste et marque, indubitablement, le passage d\u2019une ère à une autre.Ce que toutes ces révolutions ont fait à notre monde présent est d\u2019une préoccupation sidérante.Nous vivons en pleine perte de repères, mais surtout en plein effondrement d\u2019un socle commun, le seul garant d\u2019une humanité qui a du sens.Commençons par un fait inédit qui n\u2019a pourtant pas fait couler beaucoup d\u2019encre.En 2016, le respectable dictionnaire d\u2019Oxford introduit dans ses pages un mot sur lequel il nous faut désormais longtemps méditer: post-vérité.Le dictionnaire définit le mot comme se reportant «aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d\u2019influence sur l\u2019opinion publique que ceux qui font appel à l\u2019émotion ou aux MAYA OMBASIC croyances personnelles».Autrement dit, la distinction du vrai et du faux s\u2019efface devant la puissance de ce que l\u2019on peut « faire croire».Dans son dernier livre, La faiblesse du vrai.Ce que la post-vérité fait à notre monde commun, la philosophe française Myriam Revault d\u2019Allonnes apostrophe avec justesse le non-sens en lien avec la révolution technologique.L\u2019insignifiance surgit désormais «au premier plan de la scène du monde », accompagnée de la post-vérité, laquelle instaure « un nouveau régime d\u2019historicité ».Mais avant de comprendre de quoi il est question, il faut, pense la philosophe, essayer de répondre à ceci: à quoi la post-vérité porte-t-elle atteinte?À la vérité des faits.Dès lors disparaît l\u2019idée de vérité, avec tout ce que cela veut dire, à savoir la fin des repères communs et le début d\u2019un monde «inhumain et impartageable, car on ne peut échanger ni idées, ni sentiments, ni émotions».Autrement dit, le règne de la post-vérité et des fake news anéantit notre sens commun et notre capacité mentale qui, pour donner du sens à notre existence, exige de nous, animaux politiques, d\u2019entrer dans une communauté de langage aux horizons signifiants.Et la philosophe de conclure, malgré la chair de poule de ses lecteurs: «Le monde \u2014 qui est avant tout celui des relations entre les hommes, leur inter-esse \u2014 devient un désert dès lors que se défait le sens commun que nous avons en partage et qui nous permet d\u2019échanger les uns avec les autres, d\u2019entretenir avec le monde une relation sensible à laquelle nous pouvons nous fier.» Il manque peut-être à Pierre Nora la lucidité de Myriamn Revault d\u2019Allonnes qui pointe, sans détour ni compromis et avec une pertinence à couper le souffle, la véritable révolution en cours, celle de la post-vérité qui défait sous nos yeux, à une vitesse sidérante, les nœuds qui tissaient la toile de notre monde.C\u2019est donc à la fin de notre monde, tel que nous l\u2019avons connu, et à l\u2019avènement d\u2019une ère totalement inconnue que nous assistons en direct.Comment sera-t-elle d\u2019ici quelques décennies?Ou plutôt, de quoi seront faits nos lendemains durant le règne de la post-vérité?Un indice s\u2019impose de lui-même dont aucune sagesse ne pourra atténuer le sentiment d\u2019angoisse qu\u2019il véhicule: tout grand vide, raconte la grande dame l\u2019Histoire, avant de faire pencher le balancier de l\u2019autre côté, est nécessairement passé par les expériences totalitaires.S\u2019il faut parler d\u2019une révolution, c\u2019est bien de celle de la post-vérité que nous vivons en direct puisque jamais l\u2019humanité n\u2019avait autant effacé la distinction entre le vrai et le faux.Place à la nouvelle ère, celle des chimères et des mythologies farouchement subjectives, donc étouffantes et sans doute mortelles.ROMAN Maisons fauves ?Éléonore Goldberg, Triptyque, Montréal, 2019, 334 pages «Je n\u2019ai pas de souvenirs d\u2019enfance », commence par annoncer Georges Perec dans W ou le souvenir d\u2019enfance, avant d\u2019essayer de nous en raconter.J\u2019en ai trop, pourrait peut-être dire pour sa part Éléonore Goldberg, qui publie un premier roman dans lequel une narratrice, dont le parcours ressemble étroitement au sien, redécouvre et évacue ses souvenirs à travers les lieux qu\u2019elle a habités.Dans Maisons fauves, ainsi, une femme du nom de Greenberg entreprend de « raconter » ses maisons et d\u2019enchaîner les lieux : le Val de Loire, Kinshasa, Brazzaville, Paris, Orléans, la Normandie, Montréal.«C\u2019est difficile de se sentir chez soi quand on déménage souvent.» Au souvenir de l\u2019expérience africaine, à la fois tendue et solaire, succèdent la solitude et les persécutions de l\u2019adolescence à Orléans, l\u2019automutilation, l\u2019anorexie, la découverte de sa judéité en même temps que celle d\u2019un passé familial lié à l\u2019Holocauste.Plus tard, de sombres épisodes amoureux à Montréal ser vent de prélude à un présent plus lumineux.Le parcours classique d\u2019une re- constr uction de soi à travers un exercice de mémoire.« À repasser par mes maisons, à la recherche d\u2019indices compromettants.Je suis à la fois la détective, la criminelle, le témoin et la victime.» Inventaire de souvenirs Née en France, Éléonore Goldberg s\u2019est installée au Québec à l\u2019âge de 20 ans après avoir passé une partie de son enfance au Congo.À cet inventaire de souvenirs désordonnés, fragments épars, maisons, pièces, rencontres et émotions que dresse Maisons fauves à coups d\u2019anecdotes par fois touchantes, mais cédant à la facilité du fragment, Éléo- nore Goldberg échoue à donner un sens et une forme.Car c\u2019est aussi à quoi sert la littérature, pour peu qu\u2019elle serve à quelque chose : donner un sens au chaos de l\u2019existence à travers des histoires qui, prises une à une, n\u2019en ont pas toujours.Christian Desmeules Inventaire incomplet On peut plus rien dire Le militantisme à l\u2019ère des réseaux sociaux Judith Lussier, Cardinal, Montréal, 2019, 224 pages Ces nouvelles voix qui se sont élevées pour dénoncer des systèmes oppressifs en ont braqué plus d\u2019un se sentant « tout de suite censuré », remarque la chroniqueuse.Parfois taxée de militantisme, Judith Lussier assume pleinement son étiquette de SJW.« J\u2019incarne ces sujets sociaux personnellement : je suis une femme, je suis féministe et je suis lesbienne, donc je m\u2019intéresse aux minorités sexuelles et de genre depuis toujours.» Parsemé de témoignages, l\u2019essai nous offre les points de vue de plusieurs de ces militants nouveau genre, dont certains rejettent toutefois l\u2019acronyme, comme Aurélie Lanc- tôt ou Caroline Trottier-Gascon.« Il y a un malaise à porter cette étiquette de SJW parce que c\u2019est devenu une image négative, déplore l\u2019auteure.Mais ça n\u2019a pas toujours été le cas ! » Le célèbre militant syndicaliste Michel Char trand a lui aussi été désigné comme un guerrier de la justice sociale par le passé, s\u2019amuse-t-elle à rappeler.Au fil de la lecture, on comprend que ces justiciers ont du mal à garder le contrôle de leur image, et les journalistes ne leur faciliteraient pas la tâche.L\u2019angle choisi par les médias traduit, le plus souvent, le regard d\u2019une majorité blanche privilégiée à qui ces enjeux sociaux sont peu familiers, pense Judith Lussier.Allier pédagogie et empathie Lorsque l\u2019agressivité et l\u2019intransigeance prennent le pas sur une démarche pédagogique, il arrive que les SJW prennent à leur tour le rôle de bourreaux, nuance la journaliste.« C\u2019était important pour moi de reconnaître qu\u2019il y a des choses qui vont trop loin [de la part de ces guerriers] », concède celle qui a réservé la moitié de son essai à une démarche autocritique.Après l\u2019écriture de son livre, la chroniqueuse avoue avoir adouci son militantisme.« Avant, j\u2019étais plus baveuse, plus agressive, j\u2019avais moins d\u2019écoute, moins d\u2019empathie.Maintenant, au lieu d\u2019aborder quelqu\u2019un qui ne comprend pas un enjeu avec une attitude condescendante, je vais être davantage pédagogue et empathique.» Un compor tement salutaire sur les réseaux sociaux, où les débats peuvent prendre l\u2019allure de règlement de comptes, juge-t-elle.Alors que les militants crient leur détresse, on s\u2019offusque de leurs cris plutôt que de s\u2019inquiéter des raisons de leurs tourments.Quand nous traitons les militants comme des rabat- joie \u2014 et nous le faisons régulièrement \u2014, nous oublions que cet inconfort dans lequel ils nous plongent est d\u2019abord le leur. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L i r e 2 6 | CRITIQUE GENEVIÈVE TREMBLAY LE DEVOIR En dévoilant la vie personnelle des humanitaires, de leurs déchirements perpétuels à leurs états d\u2019âme contradictoires, Partir, revenir, mourir un peu s\u2019attarde cette fois, trois ans après Nouvelles d\u2019humanitaires, aux impacts du métier sur ceux qui l\u2019ont choisi.Cette perspective va donc au-delà des interventions elles-mêmes pour ouvrir une porte inédite, plus dérangeante, sur l\u2019expérience humaine des conditions extrêmes d\u2019un métier reconnu comme vertueux \u2014 contraste qui met au jour des imperfections, des doutes et des besoins symptomatiques d\u2019une grande usure au- delà du dévouement.Si le premier recueil laissait déjà entrevoir les dilemmes moraux vécus sur le terrain par une dizaine d\u2019humanitaires, celui-ci va au fond des choses: les récits sont plus que jamais cathartiques.Devant le constat que l\u2019accompagnement au retour des missions est peut-être insuffisant, on comprend que ce livre est aussi un cri, une manière de libérer à juste titre une parole peu sollicitée et peu entendue.Tissu complexe Dix récits dessinent ainsi le tissu complexe des paradoxes qui font la vie de l\u2019humanitaire : le besoin d\u2019adrénaline auquel s\u2019oppose un besoin de stabilité, les conditions extrêmes sur le terrain qui dégoûtent ensuite du confort, le sentiment de réalisation suivi d\u2019un vide déroutant au retour, chez soi, là où même la famille a du mal à comprendre.À force d\u2019aller et venir dans le monde sous le coup de stress énormes, les humanitaires deviennent ainsi épuisés, dévorés de questions.« Il y a souvent un \u201cpourquoi\u201d qui demeure dans la pénombre : celui qui délimite l\u2019engagement intime et personnel», note en préface Nicolas Bergeron, président de Médecins du monde Canada.Cette question est le droit fil du recueil.Que le récit se déroule au Québec, en Sierra Leone durant l\u2019épidémie d\u2019Ebola ou dans un espace-temps flou pigé dans des années de métier, des comportements récurrents apparaissent : consommation d\u2019alcool abondante pour résister au stress, culpabilité liée aux privilèges, cynisme, sentiment de ne jamais pouvoir faire autre chose\u2026 Chaque humanitaire écrit qu\u2019il est un peu brisé, finalement.Qu\u2019il ne sait plus comment justifier ses choix ni ce qui est «normal ».Territoire très intime S\u2019il faut saluer la sincérité et la résilience de ces humanitaires, qui se livrent entiers, cette entrée dans un territoire très personnel ne se fait pas sans malaise.Entre le témoignage et le journal intime, la frontière est souvent mince.En étant aussi transparents, cer tains récits s\u2019approchent de la moralisation ou glissent dans le pathos \u2014 les adresses aux proches et l\u2019amoncellement de détails sur la vie privée, notamment, ne donnent pas plus de clés pour comprendre le propos, lui-même souvent éparpillé.En fin d\u2019ouvrage, le témoignage de l\u2019humanitaire palestinien Sami Al- haw, même s\u2019il n\u2019a travaillé qu\u2019à Gaza et n\u2019a donc jamais vécu le « retour », apparaît comme le plus équilibré : son désespoir et son espoir mêlés sont plus réservés, mais non moins révélateurs.Il résume à lui seul ce que Partir, revenir, mourir un peu exprime courageusement, entre les l ignes : qu\u2019être humanitaire est un choix dif ficile, mais avec lequel on peut apprendre à vivre et à être soi, pour le meilleur et pour le pire.Les hauts et les bas d\u2019une vocation Des humanitaires livrent un récit intime de leur vie réglée par un métier de tous les extrêmes Distribution de farine par l\u2019Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient, à Rafah.SAID KHATIB AGENCE FRANCE-PRESSE Partir, revenir, mourir un peu ?Sous la direction de François Audet, Éditions Les malins, Montréal, 2019, 259 pages ROMAN À la recherche d\u2019Alice Love ?Liane Moriarty, traduit de l\u2019anglais par Béatrice Taupeau, Albin- Michel, Paris, 2019, 464 pages Le roman s\u2019appelle À la recherche d\u2019Alice Love, mais en fait, c\u2019est Alice Love qui est à la recherche d\u2019elle- même.Après une chute dans son cours de step, cette mère impliquée dans toutes sortes d\u2019activités oublie les 10 dernières années de son existence.Ses souvenirs s\u2019arrêtent ainsi à l\u2019époque où elle n\u2019était pas encore en froid avec l\u2019amour de sa vie.Pas encore cette femme irritée qui enchaîne les séances d\u2019aérobie plutôt que de s\u2019entraîner à manger du chocolat.C\u2019est en partant de cette prémisse de roman-savon que l\u2019Australienne Liane Moriar ty construit une réflexion sur ce qui arrive quand on laisse la monotonie du quotidien gagner.Quand la vie de famille devient routinière et morne, quand la pression d\u2019être une mère parfaite déforme une personnalité.Quand la seule véritable motivation se résume à entrer dans Le livre Guinness des records pour avoir confectionné «la plus grande tarte au citron meringuée du monde».L\u2019univers vous est familier ?C\u2019est qu\u2019il est imaginé par la même plume qui a signé Petits secrets, grands mensonges (Big Little Lies), transposés à la télé par Jean-Marc Vallée.C\u2019est d\u2019ailleurs le succès de la série qui a mené à la traduction de ce troisième roman, paru en anglais en 2009.Référence pour les initiés : Alice rappelle la supermaman supermotivée qu\u2019incarnait Reese Witherspoon dans l\u2019œuvre susmentionnée.Les dialogues demeurent d\u2019ailleurs une force de Moriarty, même si l\u2019amnésie du personnage principal amène forcément la répétition : « Tu ne te souviens pas que tu as trois enfants?J\u2019ai trois enfants?! Tu as trois enfants.Tu ne te souviens pas que tu as demandé le divorce?J\u2019ai demandé le divorce?! Tu as demandé le divorce.» Saupoudré d\u2019humour noir, le roman explore néanmoins avec une certaine agilité des thèmes graves.Le désir non assouvi d\u2019avoir un bébé.La façon dont l\u2019enfilade triviale des jours peut avoir raison d\u2019un mariage heureux.C\u2019est pourquoi, tandis qu\u2019Alice tente de retrouver ses souvenirs, le lecteur, lui, finit par trouver un divertissement satisfaisant et cadencé qu\u2019il ne voudra pas forcément oublier.Natalia Wysocka Grands petits oublis RÉCIT L\u2019œil soldat ?Larry Tremblay, La Peuplade, Chicoutimi, 2019, 96 pages Dans sa pièce Cantate de guerre (2009) comme dans son roman L\u2019orangeraie (2013), Larry Tremblay tente de comprendre pourquoi l\u2019humanité a encore recours à la barbarie meurtrière des armes afin de résoudre ses conflits.Comment tant de gens peuvent-ils ignorer qu\u2019il n\u2019y a pas plus ironique que de tenter de démontrer, avec un fusil, que son dieu à soi est amour ?Le dramaturge conclurait donc une sorte de triptyque sur le thème de la guerre avec L\u2019œil soldat, récit versifié traduisant la pensée d\u2019un jeune homme tyrannisé par la bestialité de ses pulsions.Après avoir pactisé avec nul autre que le Diable, le voici qui, en un clignement de paupière, peut changer de sexe, de couleur de peau et d\u2019époque, devenir esclave noir dans les champs de coton ou soldat ignorant tout des raisons pour lesquelles il se trouve au front : « Il pleut des morts / mais cette pluie / ne lave rien / n\u2019étanche rien.» Texte squelettique, moins ciselé que décharné, L\u2019œil soldat donne souvent l\u2019impression de parcourir un carnet de notes ayant mené à la création d\u2019un autre texte, plutôt que de renouer avec le poète clairvoyant de 158 fragments d\u2019un Francis Bacon explosé (Éditions du Noroît, 2012).Même aux yeux de qui ne respecte rien de plus que le droit d\u2019un créateur à ses obsessions, il y a très manifestement redite (la seconde partie du livre a d\u2019ailleurs été à l\u2019origine de l\u2019écriture de Cantate de guerre).Et s\u2019il faut bien admettre avec Larry Tremblay que la violence du monde se trouve en germes dans le vocabulaire que nous employons pour désigner l\u2019autre, plusieurs passages se contentent d\u2019orner de jolis habits des lieux communs sur l\u2019absurdité des guerres de religion : « je nous entends / dans notre peur / nous forgeons des dieux/petits comme nos yeux / et nous les prions / de nous fermer le cœur ».Il est plus que temps de se réapproprier les mots que nous ont confisqués les puissants, oui, mais prenons garde à ne pas leur substituer des sermons, tout aussi vertueux soient-ils.Dominic Tardif La guerre, la guerre | 2 7 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 saint-jeanediteur.com Wilfried Bommert et Marianne Landzettel La ?n de l\u2019alimentation CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR « L\u2019amour, écrivait Céline, c\u2019est l\u2019infini mis à la portée des caniches.» On a par fois l\u2019impression que le voyage, si facile à accomplir au- jourd\u2019hui, met lui aussi l\u2019infini à la portée du premier venu.Il suffit désormais de prendre l\u2019avion et de se gratter le nombril lorsqu\u2019on arrive à destination.Ici, une toilette bouchée dans la chambre d\u2019un hôtel d\u2019Old Orchard.Une amourette sans conséquence avec un Néerlandais rencontré sur une plage du Pérou, revu à Saint- Malo et à Amsterdam.Le souvenir doux-amer d\u2019une aventure homosexuelle d\u2019une nuit après avoir mis les pieds \u2014 et le reste \u2014 sur une plage nudiste de Zi- polite, au Mexique.Ailleurs, un homme nous fait le récit d\u2019une nuit inconfortable vécue à Calcutta, en « fucking Inde ».De la gêne, des ego meurtris, des démangeaisons.Est-ce l\u2019époque ?L\u2019air que l\u2019on respire, le climat ?La plupar t des 14 « récits de voyage » que l\u2019on retrouvera dans Avec pas une cenne, un collectif qui vient de paraître sous la direction de Mélissa Verreault (L\u2019angoisse du poisson rouge), semblent se complaire dans un nombrilisme plutôt pitoyable.Pour beaucoup, il s\u2019agira d\u2019histoires à l\u2019humour facile qui passent du coq à l\u2019âne sans jamais aller nulle par t, un simple ramassis d\u2019anecdotes \u2014 mais une accumulation d\u2019anecdotes fait-elle un récit de voyage ?Et si cer tains auteurs voyagent «avec pas une cenne », ce n\u2019est pas le cas de Jean Désy, par exemple, qui nous livre sans beaucoup d\u2019éclat le journal de son troisième voyage en Nouvelle-Zélande.Hormis deux textes en particulier, il ne faudra pas chercher de littérature ici.Dans «Gilgit hors piste », Rodolphe Lasnes, l\u2019auteur de Pinsonia 1500-2011 (Leméac, 2018), grand voyageur et écrivain, raconte avec la finesse qu\u2019on lui connaît un voyage dans le nord du Pakistan qui lui a coûté cher.Avec «Hanami, ou l\u2019art de contempler les cerisiers en fleurs », extrait d\u2019un roman encore à venir, Vincent Brault (Le cadavre de Kowalski) infuse une étrange magie dans le récit de sa nuit passée dans un love hotel de Tokyo avec une jeune femme aux «paupières rouges».Les autres récits s\u2019oublient à la même vitesse qu\u2019ils se lisent.Ni le récit de Juliana Léveillé-Trudel ni ceux d\u2019Érika Soucy, d\u2019Olivier Sylvestre ou de Mélissa Verreault ne parviennent à faire écho.Traverser la moitié de la planète, accroître son empreinte de carbone, risquer l\u2019incompréhension et les maladies tout en n\u2019ayant aucune curiosité pour l\u2019autre ou pour sa culture, aucun intérêt pour le décor et les paysages ?C\u2019est désormais possible.S\u2019il fallait à tout prix trouver des points communs à cette quinzaine de courts récits de voyage \u2014 mis à part les deux cités plus haut \u2014, ce serait leur banalité, l\u2019absence de forme, de courage ou d\u2019ambition littéraire.Les voyages déforment-ils la jeunesse ?Il n\u2019est pas vain de se le demander.L\u2019infini à portée de main Avec pas une cenne, un collectif très inégal de 14 récits de voyage Rodolphe Lasnes raconte avec la finesse qu\u2019on lui connaît un voyage dans le nord du Pakistan qui lui a coûté cher.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Avec pas une cenne ?Collectif dirigé par Mélissa Verreault, Québec Amérique, Montréal, 2019, 216 pages Les voyages déforment- ils la jeunesse ?Il n\u2019est pas vain de se le demander. L i r e F i c t i o n 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E Redéfinir l\u2019essence de l\u2019homme David Homel réfléchit avec une malice douce-amère sur une masculinité en perte de repères Avec ce huitième roman, David Homel offre, à travers les aléas de la vie quotidienne d\u2019un homme à bout de souffle, une réflexion incisive sur une masculinité qui échappe à ses propres repères.Plongeant allègrement dans les observations et les hypothèses des psychanalystes et des philosophes les plus réputés du siècle dernier, l\u2019écrivain montréalais originaire de Chicago met sa plume audacieuse et raffinée au service d\u2019un personnage dont la candeur n\u2019a d\u2019égale que la profondeur de la transformation qui s\u2019apprête à ébranler ses fondations.Portrait d\u2019un homme sur les décombres possède un goût de vraie vie, une authenticité parfois déstabilisante par sa banalité, qui s\u2019avère néanmoins un reflet exemplaire des mensonges que l\u2019on se raconte impunément à soi- même pour masquer ou expliquer ses échecs, et de l\u2019onde de choc qu\u2019ils sont à même de provoquer lorsque révélés au grand jour.Portrait d\u2019un homme sur les décombres ?1/2 David Homel, Leméac, Montréal, 2019, 272 pages D ENTREVUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR ans Portrait d\u2019un homme sur les décombres, le héros, Phil, contemple avec résignation les ruines de son existence, fouille à travers les débris dans l\u2019espoir d\u2019y trouver de quoi lui permettre d\u2019avancer, de sor tir de l\u2019impasse, d\u2019entamer un nouveau parcours.Tout comme son protagoniste, David Homel, écrivain originaire de Chicago, établi à Montréal depuis plus de 35 ans, a dû bâtir sur les vestiges d\u2019une tentative d\u2019écriture avortée pour offrir au public son huitième roman, œuvre audacieuse, critique et teintée d\u2019une malice douce-amère sur une société et une masculinité dont les repères sont condamnés à l\u2019éternel remaniement.«En 2014, j\u2019ai obtenu une résidence dans le nord de la France.L\u2019inspiration était au rendez-vous et la rédaction se déroulait à merveille, ce qui est toujours un signe que quelque chose ne tourne pas rond, raconte Homel, le regard espiègle, attablé dans un café du Mile-End.En effet, deux ans plus tard, lorsque j\u2019ai entrepris de relire le roman, je n\u2019ai pas dépassé la trentième page.C\u2019était horrible!» De ce projet infructueux subsistent une réflexion sur la fragile complicité entre un parent et un enfant ainsi que le questionnement initial « un peu saugrenu » de l\u2019auteur, indirectement inspirée de l\u2019essai Analysis Terminable and Interminable de Sigmund Freud : « Lorsqu\u2019une détresse passagère ou un trouble affectif inusité troublent temporairement l\u2019âme d\u2019une personne aimée, où se retrouvent-ils lorsque le nuage est passé ?Existe-t-il un royaume, semblable aux enfers dans lesquels s\u2019enfonce Orphée, où toutes ces af flictions se retrouvent ?» La subjectivité du deuil Phil Brenner regarde ses succès personnels et professionnels passés s\u2019évanouir avec une discrétion sournoise et une rapidité vertigineuse.Sa femme, dont il ne partage plus que platoniquement le lit, est en voie de devenir pour lui une parfaite étrangère.Sa carrière de journaliste indépendant s\u2019étiole au même rythme que les publications imprimées.Surtout, sa fille aînée, Dana, a subitement tourné le dos à son éducation universitaire pour se cloîtrer dans sa chambre et nourrir des obsessions \u2014 famine en Ukraine, animes japonais \u2014 qui paraissent aux yeux de Phil complètement dénuées de sens.« On n\u2019est jamais plus heureux que le plus malheureux de ses enfants», rappelle- t-il, citant un vieil adage.Ébranlé, il entreprend une thérapie de groupe autour du deuil afin de mieux accepter cette «perte », ce trouble indéfini qui semble lui avoir arraché à jamais sa fille.Il y rencontre Lynn qui, comme lui, tente de cicatriser les blessures laissées par le rejet de son enfant.« La Dre Sheridan, la thérapeute de Phil, est d\u2019avis que la perte et la réaction envers cette dernière sont ce qui définit l\u2019être humain.Je voulais que le lecteur perçoive toutes les situations et les autres personnages à travers le regard de Phil, à travers ses distorsions, ses préjugés, la fausse image qu\u2019il entretient de lui-même et de son entourage, en sachant, donc, qu\u2019il ne doit pas toujours le prendre au sérieux.» À travers ce prisme subjectif délimité par les failles du protagoniste s\u2019établit une véritable conversation entre Phil et le lecteur, ponctuée de souvenirs, de découvertes surprenantes sur ses proches et de discussions d\u2019apparence banale qui suscitent des réflexions bouleversantes.Observations ambivalentes Cette stratégie permet à l\u2019auteur de semer les graines d\u2019une multitude d\u2019observations ambivalentes tant sur des anecdotes quotidiennes, comme l\u2019étiolement de l\u2019amour ou son éventualité, que sur des enjeux planétaires tels que le déracinement, le choc post- traumatique et les résonances du mouvement #MoiAussi.« Comme beaucoup de gens, Phil est amené à revoir sa compréhension de la notion de consentement, résume M.Homel.Il réalise qu\u2019il a probablement eu plusieurs relations sexuelles qui n\u2019étaient pas explicitement consensuelles, peut-être même au sein de son mariage.Il va jusqu\u2019à douter de son propre consentement à certains moments.Les femmes ont investi l\u2019espace de ce débat avec raison.Mais mon personnage se rend compte que, si l\u2019on décide que l\u2019hétérosexualité existe, alors les doutes, les craintes de décevoir ressentis par les femmes peuvent aussi être vécus par les hommes.» Les nombreux raisonnements et hypothèses qui ponctuent le roman s\u2019inscrivent dans la pensée de l\u2019œuvre de Homel, qui furète régulièrement dans ses propres intérêts et ses propres expériences pour colorer son écriture.Ainsi, dans l\u2019espoir de trouver un sens à son existence, Phil acceptera de reprendre du service pour couvrir la crise des réfugiés en transit dans l\u2019est de l\u2019Europe \u2014 un voyage entrepris par l\u2019auteur lui- même, qui connaît bien cette région, il y a de cela quelques mois.«Ce périple s\u2019avère à la fois transformateur pour Phil et pour sa fille, qui y entameront tous deux leur guérison.Mais surtout, c\u2019est un prétexte pour exploiter de manière originale les nombreuses conventions qui se trouvent dans le roman.L\u2019amour, l\u2019adultère, les problèmes familiaux continueront d\u2019inspirer les auteurs pour des générations à venir.Alors, peut-on les traiter avec une certaine profondeur, les rendre étranges ou intrigants?» | 2 9 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Tu écouteras ta mémoire ?Gilles Archambault, Boréal, Montréal, 2019, 136 pages « Non mais, va-t-il un jour s\u2019arrêter de publier ?» Ce n\u2019est pas nous qui posons la question \u2014 comment ose- rions-nous ?\u2014, mais bien un des narrateurs de Tu écouteras ta mémoire, 42e livre de Gilles Archambault.Évidence pour quiconque connaît son au- todérision légendaire : c\u2019est à lui- même que s\u2019adresse le jazzophile en signant cet autopor trait détourné, comme pour signaler à ses lecteurs fidèles qu\u2019il sait trop bien qu\u2019il écrit chaque fois un peu le même livre, et qu\u2019il s\u2019en excuse.Pas que ce soit nécessaire : on lit Gilles Archambault pour l\u2019entendre égrainer les notes autour de ses thèmes de prédilection, et non dans l\u2019espoir d\u2019une transfiguration.Déprimante, cette obsession pour la mort et la décrépitude du corps du Gilles Archambault des dernières années?Pas si l\u2019on prend le parti de rire en sa compagnie de la futilité, et de la fugacité, de tout.Il y a beaucoup d\u2019humour, forcément noir, au cœur de ces 100 très courts récits, une forme ayant toujours permis à l\u2019écrivain de donner le meilleur de lui-même.En une seule page, l\u2019octogénaire parvient souvent à déballer des aphorismes pénétrants et à laisser entendre qu\u2019il n\u2019y a rien de plus ridiculement arrogant que de jouer les aphoristes.Tous les Gilles Archambault s\u2019offrent donc leur tour de piste : le sati- riste capable de subtilement épingler la suffisance d\u2019un milieu littéraire doué pour l\u2019autocongratulation (notre préféré), le grand timide dépité par le spectacle d\u2019eux-mêmes auquel s\u2019adonnent ses contemporains et l\u2019homme de lettres fièrement confidentiel, préférant minimiser l\u2019importance de son apport au monde plutôt que de risquer de passer pour vaniteux.Mais à quoi bon ajouter un autre titre à une œuvre dont son auteur ne cesse lui-même de diminuer la valeur ?Au nom de ce qui surnage au- dessus du pessimisme de façade de Gilles Archambault, chez qui l\u2019écriture permet d\u2019alléger la désolation qu\u2019inspirent le monde et le temps, mais aussi de goûter une seconde fois aux brefs instants de grâce qu\u2019il nous a procurés.Dominic Tardif Encore un livre de Gilles Archambault ?David Homel a dû bâtir sur les vestiges d\u2019une tentative d\u2019écriture avortée pour offrir au public son huitième roman.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Mon personnage réalise que si l\u2019on décide que l\u2019hétérosexualité existe, alors les doutes, les craintes de décevoir ressentis par les femmes peuvent aussi être vécus par les hommes DAVID HOMEL » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L i r e 3 0 | RÉCIT Le silence de Sandy Allen ?Isabelle Marrier, Flammarion, Paris, 2019, 288 pages En 1975, Sandy Allen a 20 ans.Du haut de ses 2,32 mètres, elle vient tout juste d\u2019être consacrée la plus grande femme du monde par le Livre Guinness des records.Paradée aux quatre coins des États-Unis, des foires aux freak shows, en passant par les grands défilés annuels, la jeune femme se prête docilement au jeu, muette, dans l\u2019espoir que son silence la réduise à l\u2019invisibilité tant escomptée.Avec Le silence de Sandy Allen, l\u2019écrivaine française Isabelle Mar- rier se por te de nouveau à la défense d\u2019une vie marginale et solitaire, offrant une voix à une femme réduite au silence, montrée du doigt, isolée par une différence qui demeure paradoxalement, aux yeux des autres, l\u2019unique légitimité de son existence.De sa vision délicate et empa- thique, l\u2019auteure effleure les mesquineries et la solitude de l\u2019enfance \u2014 le désespoir devant cette paire de patins à roulettes qu\u2019il s\u2019avère impossible d\u2019enfiler, privée de camaraderie, de prétendant, de bonheur \u2014, les regards insistants, ceux qui se détournent avec dégoût ou gêne, les innombrables questions, le déni de l\u2019intimité.« Pensez-vous qu\u2019un homme puisse vous faire l\u2019amour ?Laissez- moi deviner combien vous pesez.Et aux toilettes, vous remplissez la cuvette ?Et vous pouvez croire en Dieu en étant comme ça?» De curiosité de quartier à star du Casanova de Fellini, Sandy Allen est restreinte au regard des autres, à la pitié et à la fascination.Peu à peu, sous la plume imprégnée de tendresse d\u2019Isabelle Marrier, l\u2019incompréhension et la honte se muent en résignation et en lassitude.Cette désolation feutrée perceptible à travers les pages, plus que la colère ou le désespoir tapageurs, constitue la force de ce roman qui, malgré le conformisme du récit et la simplicité de l\u2019écriture bousculée par quelques fioritures, bouleverse et s\u2019of fre en miroir gênant d\u2019une société effrayée par la dif férence, qui s\u2019abreuve trop souvent à une désolante uniformité.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Est-ce mal d\u2019être grande ?JEUNESSE Mon cœur après la pluie ?Pierre Labrie, Saint-Lambert, Soulières, 2019, 96 pages 9 h 48.C\u2019est jour de classe pour les enfants et il pleut.Tellement que même les récréations auront lieu dans l\u2019école.Alors, « tout ce qui arrivera aujourd\u2019hui arrivera à l\u2019intérieur », observe en amorce le narrateur de Mon cœur après la pluie.La partie d\u2019échecs avec Émile, la beauté d\u2019Isabelle, son odeur, le sourire d\u2019Annie tout comme les commentaires désobligeants de Tristan, tout sera vécu dans la proximité qu\u2019entraîne cette journée sans soleil.Comme pour ses récits poétiques écrits pour les jeunes, Pierre Labrie livre ici une histoire dans laquelle forme et fond s\u2019unissent avec une aisance toute naturelle.Divisée en trois parties, l\u2019histoire bat au rythme du son de la cloche qui détermine les activités des écoliers.Plus encore, elles reflètent les sentiments du garçon, depuis les premiers émois ressentis pour ses deux « amireuses » jusqu\u2019à la confirmation de ses impressions, en passant par l\u2019excitation de l\u2019entre-deux.Le tout est enveloppé de l\u2019écho de la pluie qui semble épouser les battements du cœur de l\u2019enfant.Si l\u2019émotion vécue est palpable, que le bourdonnement de la classe se fait entendre comme si nous y étions, que Labrie parvient à parler d\u2019amour, d\u2019amitié et d\u2019intimidation en renouvelant sans cesse la façon de faire, le ton du narrateur reste malheureusement parfois peu crédible.Ainsi, le garçon marche sous la pluie et se «surprend à aimer / l\u2019eau fraîche qui se dépose doucement / sur [s]on visage ».Réflexion on ne peut plus étonnante pour un bambin qui a tout au plus 11 ans.Il en est ainsi pour son sens aiguisé de l\u2019organisation et des responsabilités.À 18h47, il sort de table, «prépare [son] lunch pour demain / range les aliments restants/dans le frigo / rempli[t] le lave-vaisselle / appuie sur le bouton démarrer / et / file vite dans [s]a chambre» pour faire ses devoirs.N\u2019est-ce pas là un petit adulte en miniature?Néanmoins, Mon cœur après la pluie est truffé de strophes lumineuses qui témoignent avec sensibilité et magnificence du quotidien d\u2019un gamin.Marie Fradette Poésie d\u2019un jour de classe CRITIQUE FRANÇOIS LEMAY COLLABORATEUR LE DEVOIR La jeune et insomniaque Frances Scar- land est assistante juridique dans un grand cabinet d\u2019avocats de Toronto.Elle partage son appartement avec sa meilleure amie, Vicky, une jeune actrice qui rêve d\u2019Hollywood.Voilà la prémisse du premier et attendu roman graphique du très talentueux bédéiste torontois Hartley Lin, qui reprend ici une histoire qui a été publiée en feuilletons dans trois numéros de sa populaire série Pope Hats.La réussite par la manière Si cette mise en situation peut sembler un peu convenue, à la limite de l\u2019insignifiant (le passage de deux jeunes femmes vers l\u2019âge adulte), la réussite d\u2019une telle œuvre passe par la manière.Il faut être capable de démontrer la banalité de ces instants sans tomber dans la platitude de la chose.Oui, tout jeune adulte se sent passager, à un certain point, de sa propre vie et Lin se sert de ce moment pour réfléchir sur cette intuition : que c\u2019est dans l\u2019acceptation de ne pas habiter sa propre existence que la maturité trouve son terreau pour éclore.Parce qu\u2019il est là, le grand problème de cette jeune Frances.Elle réussit à merveille, et surtout malgré elle, dans une carrière qui fait l\u2019envie de ses collègues.Pour une raison qu\u2019elle ignore (on imagine que ce détachement professionnel la rend attrayante), son grand patron, l\u2019imposant Marcel Castonguay, a décidé de la prendre sous son aile et de lui faire grimper les échelons.Évidemment que cela suscite la jalousie.Frances, qui n\u2019est même pas certaine de vouloir de ce poste, voit ses collègues perdre leur emploi pour des raisons structurelles (il faut couper !) pendant que d\u2019autres s\u2019adonnent à des jeux politiques en coulisse afin d\u2019obtenir l\u2019ultime preuve de leur importance : un plus grand bureau.Mais Frances, elle, est plus intéressée par sa relation avec sa colocataire et amie, Vicky, qui quitte leur appartement pour s\u2019installer à Hollywood, ayant obtenu un rôle dans une nouvelle série télé.Et pour cette dernière, plus carriériste que sa copine, c\u2019est plutôt la désillusion qui l\u2019attend, celle de pénétrer l\u2019antichambre d\u2019un monde qui semble, de prime abord, tout à fait fascinant avant de se révéler, lui aussi, convenu et ennuyant.Le dessin de Lin est très inspiré de la bédé traditionnelle américaine, avec une ligne claire, nette et sans compromis, qui laisse assez de place au réalisme tout en permettant des expressions faciales aisément compréhensibles.Le tout est en noir et blanc, sans nuances de gris, rendant l\u2019ensemble un peu brutal, ce qui contraste à merveille avec les nuances du propos.Une œuvre mature Alors qu\u2019il travaillait sur ce roman graphique, Lin, qui aurait confirmé sa présence au 7e Festival de BD de Montréal (24 au 26 mai), a raconté en entrevue qu\u2019il voulait saisir ce moment, dans la vingtaine, où tu dessaoules enfin et vois un peu plus clairement à quoi peut ressembler ta vie d\u2019adulte.En ce sens, Ce que font les gens normaux est tout à fait réussi et capte très bien ce moment charnière, constituant un roman graphique juste et sensible.Une œuvre mature qui nous donne déjà hâte à la suite ! Être passager de sa vie Le bédéiste torontois Hartley Lin signe enfin son premier roman graphique Le dessin de Hartley Lin, avec une ligne claire, nette et sans compromis, laisse assez de place au réalisme tout en permettant des expressions faciales aisément compréhensibles.HARTLEY LIN Ce que font les gens normaux ?1/2 Hartley Lin, traduit de l\u2019anglais par Nora Bouazzouni, Dargaud, Paris, 2019, 137 pages | 3 1 L i r e Po l a r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR En quelques années, Guillaume Mor- rissette aura réussi à se faire une place au registre plutôt mince des auteurs de polars québécois.Cet enseignant de l\u2019UQTR n\u2019a pas la fulgurance d\u2019un Bouthillette ni d\u2019un Michaud, pas la vision globale d\u2019un Pelletier ni les audaces d\u2019un Sénécal, mais il sait raconter des histoires, c\u2019est indéniable.Avec ce cinquième livre depuis L\u2019af faire Mélanie Cormier, paru en 2015 chez le même éditeur, Morris- sette semble avoir trouvé des repères intéressants.Deux enquêtes parallèles Il nous plonge ici dans une histoire non résolue (un cold case, comme disent les cousins français) mise au jour par des enfants jouant à la guerre dans un sous-bois ; l\u2019un d\u2019eux a trébuché sur un « os de chien » qui se révèle être un péroné humain.L\u2019équipe de l \u2019 inspecteur Jean- Sébastien Héroux de la police de Trois-Rivières découvre rapidement que l\u2019os est enterré là depuis près d\u2019une vingtaine d\u2019années.Pendant que les policiers mènent leur enquête, les enfants du quartier décident de « trouver le coupable » eux aussi, et l\u2019un d\u2019eux institue une sorte de tribunal.Tout le long, les deux enquêtes seront menées en parallèle à par tir d\u2019une même troublante donnée : quelqu\u2019un est allé fouiller dans le bois entre la découverte des enfants et la visite des policiers.La quête des limiers sera, évidemment, beaucoup plus approfondie ; ils identifieront vite celui qui est retourné sur le terrain boisé\u2026 et surtout le propriétaire du péroné \u2014 un certain Yan Sirois, porté disparu en 1997.Ils découvriront aussi que le jeune Sirois était un « pionnier » de l\u2019Internet et fervent utilisateur des réseaux sociaux de l\u2019époque (ICQ, MIRC).Après avoir retrouvé d\u2019autres inter- nautes de cette trempe, Héroux et ses collègues peuvent bientôt certifier la présence de Sirois à un GT (Get Together) organisé à Trois-Rivières en 1997\u2026 tout près du terrain boisé où les enfants ont trouvé le fameux os.Ajoutez à cela quelques tiraillements à l\u2019intérieur du Service de police de Trois-Rivières et vous avez le portrait global de cette «histoire non résolue » jusque-là.On savait déjà qu\u2019Héroux est un policier expérimenté, et il le démontre clairement ici : l\u2019enquête est menée de façon efficace, systématique, brillante.Tellement, d\u2019ailleurs, que l\u2019incompétence crasse de ses supérieurs est encore plus évidente.Mais c\u2019est sur un tout autre plan que Morrissette réussit à surprendre le lecteur : dans son traitement de la présence des enfants.Par moments, on aura ainsi l\u2019impression que cette histoire s\u2019adresse à un jeune public tellement la forme même des dialogues et du récit colle à la logique d\u2019une bande d\u2019enfants de neuf ou dix ans.Même que l\u2019accent sur le petit Baptiste et ses amis se fait souvent lourd et long : Morris- sette s\u2019y attarde beaucoup trop au détriment du récit.Un peu comme s\u2019il butait sur un os.À répétition\u2026 Au point de faire du tiers du livre une histoire pour préados.Ce double registre est difficilement justifiable.Quand on tombe sur un os Une histoire presque oubliée mise au jour par des enfants jouant à la guerre dans un sous-bois Avec ce cinquième livre depuis L\u2019affaire Mélanie Cormier, Guillaume Morris- sette semble avoir trouvé des repères intéressants.BUZZ PRODUCTIONS Le tribunal de la rue Quirion ?Guillaume Morrissette, Guy St-Jean éditeur, Montréal, 2019, 398 pages Par moments, on a l\u2019impression que cette histoire s\u2019adresse à un jeune public tellement la forme même des dialogues et du récit colle à la logique d\u2019une bande d\u2019enfants de neuf ou dix ans s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Mathieu Bureau Meunier WAKE UP MES BONS AMIS ! La représentation de la nation dans le cinéma de Pierre Perrault 1961-1971 CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Lorsque, pour financer son mur anti- migrants, le président américain Donald Trump se sert de son veto contre la Chambre des représentants, à majorité démocrate, et le Sénat, où le Parti républicain est pourtant majoritaire, le livre de Steven Levitsky et Daniel Zi- blatt, La mort des démocraties, devient d\u2019une brûlante actualité.Ne faut-il pas, pour ces auteurs, empêcher aux États- Unis mêmes la démocratie «de mourir de l\u2019intérieur»?Les deux politologues de Harvard estiment avec justesse que «les États- Unis, pour la première fois de leur histoire, ont élu pour président un homme sans expérience politique, sans attachement viscéral aux droits constitutionnels, mais aux tendances autoritaires évidentes».Ils n\u2019hésitent pas à se demander: «Serions-nous en train d\u2019assister au déclin et à la chute de l\u2019une des plus anciennes et des plus florissantes démocraties au monde?» Pour illustrer le caractère extravagant du populiste Trump, milliardaire de l\u2019immobilier du moins en titre, affairiste nullement étranger à la faillite mais qui garde secrète sa déclaration de revenus et vedette de la téléréalité connue du grand public, Levitsky et Ziblatt le comparent à leur compatriote l\u2019aviateur Charles Lindbergh.Le romancier américain Philip Roth (1933-2018) fait, notent- ils, du premier homme à traverser l\u2019Atlantique en avion, réel sympathisant nazi, le président républicain fictif des États-Unis en 1941 ! Roth dépeint avec prémonition Lindbergh, précisent-ils le sourire en coin, comme un Trump, «outsider à la légitimité démocratique discutable » qui « arrive au pouvoir aidé par une puissance étrangère »\u2026 Même s\u2019ils sèment le doute sur l\u2019avenir en évoquant cette hypothèse hardie, les poli- tologues espèrent que la tolérance mutuelle et la retenue qui historiquement protègent la démocratie américaine puissent avoir raison de Trump.Mais ce fair-play se heur te à un phénomène que Levitsky et Ziblatt ont le talent de mettre en évidence : l\u2019intensification de la polarisation partisane.Ils résument : « Être démocrate ou républicain ne révèle plus seulement une appar tenance politique, mais une identité.» La division, soulignent-ils, «dépasse largement le clivage progressiste-conservateur », elle devient sociale et ethnoculturelle.Ce bouleversement de l\u2019échiquier politique découle, rappellent les spécialistes, de l\u2019opposition légale (1964- 1965) du gouvernement démocrate à la ségrégation raciale.Depuis lors, les démocrates blancs enclins à la ségrégation se tournent vers le Parti républicain, qui devient «le refuge des conservateurs blancs racistes », concluent avec clairvoyance Levitsky et Ziblatt.Cela laisse entrevoir la résistance désespérée d\u2019une Amérique blanche à une Amérique multiculturelle et multiraciale déjà prête à la dominer.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L i r e 32 | La démocratie américaine en péril Deux politologues de Harvard dressent un inquiétant bilan des États-Unis sous Trump Le livre de Steven Levitsky et Daniel Ziblatt s\u2019avère d\u2019une brûlante actualité.MANUEL BALCE CENATA ASSOCIATED PRESS La mort des démocraties ?Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, traduit de l\u2019anglais par Pascale-Marie Deschamps, Calmann-Lévy, Paris, 2019, 342 pages ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR omment ça va ?La question, banale, ne l\u2019est plus pour François Gravel.En 2016, l\u2019écrivain de 67 ans recevait un diagnostic de parkinson.« Quand on me demande \u201cComment ça va?\u201d, souvent je vais répondre : \u201cEst-ce que tu veux la version courte ou la version longue ?\u201d Mais en gros, ça va bien.» Vous l \u2019auriez soumis à un jeu- questionnaire sur le parkinson il y a quelques années qu\u2019il n\u2019aurait sans doute pu évoquer que ces tremblements auxquels la maladie dégénérative se résume dans l\u2019imaginaire collectif.Pourquoi, au fait, François Gravel ne tremble-t-il pas, lui ?C\u2019est qu\u2019il y a des parkinsons, et presque autant de symptômes possibles que de personnes atteintes, apprend-on dans À vos ordres, colonel Parkinson !, le carnet de bord de son apprivoisement de la maladie, que signe celui qui préfère se dire « par- kinsonné » plutôt que d\u2019embrasser la gravité d\u2019une formule figée du genre «Je souffre de parkinson».Parti pris pour le rire On reconnaîtra dans cet amusant mot-valise son éternel parti pris pour le rire, mais aussi son dédain des tragédiens de pacotille.Comment pourrait-il indiquer qu\u2019il est souffrant alors que, pour l\u2019instant, François Gravel ne l\u2019est pas vraiment ?Si l\u2019on exclut ces quelques mots dont la prononciation manque de vernis, l\u2019homme qui nous reçoit est un sexagénaire (presque) pimpant, heureux résultat du jogging auquel il se livre quotidiennement et d\u2019une médication efficace.« C\u2019est très intéressant, ce qui m\u2019arrive », explique-t- i l dans la salle à manger de son condo du quartier Rosemont.Intéressant : voilà un adjectif que notre hôte emploiera à plusieurs reprises, un adjectif étonnamment positif, mais qui témoigne pour tant d\u2019une attitude en phase avec son œuvre, guidée par des valeurs cardinales comme la curiosité et sa cousine l\u2019émer veillement.Bonne nouvelle : malgré un bref épisode La salvatrice curiosité d\u2019un « parkinsonné » François Gravel raconte son diagnostic dans À vos ordres, colonel Parkinson !, un récit drôle et lumineux C dépressif, non seulement sa curiosité sera demeurée intacte, elle l\u2019aura préservé de l\u2019abattement.Certains chapitres d\u2019À vos ordres, colonel Parkinson ! tiennent ainsi du compte rendu (amusant) de ses recherches personnelles sur une maladie encore mystérieuse.«Quand je fais des mots croisés, il m\u2019arrive d\u2019avoir l\u2019impression de suivre un circuit dans ma tête.Je sais que je sais le mot, mais je ne sais pas comment je le sais et je sens le circuit qui s\u2019allume », raconte-t-il, les pupilles pétillantes.S\u2019il complique presque chaque geste, le parkinson réenchante aussi paradoxalement le moindre geste d\u2019ordinaire simple et naturel.Séances d\u2019orthophonie, exercices de motricité : c\u2019est de la job, être par- kinsonné, un boulot à temps plein permettant d\u2019entrer dans la pleine conscience des rouages de la machine de son corps.«Ça peut paraître nouvel âge, mais quand on reçoit un diagnostic comme celui-là, on se dit que, s\u2019il faut se sentir bien, autant que ce soit aujourd\u2019hui plutôt que demain, parce que c\u2019est sûr que demain, ça n\u2019ira pas bien, et que ça ne ser t à rien d\u2019y penser à longueur de journée.» Bilans d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui «Quand j\u2019ai eu 30 ans, je me suis mis à penser à ce que j\u2019avais fait de ma vie, au temps qui me restait à vivre », se rappelle François Gravel avec un sourire en coin, visiblement amusé par l\u2019ironie que recèle cette confidence, alors que l\u2019existence lui offre aujourd\u2019hui un prétexte à des bilans majeurs beaucoup plus costauds.Conclusion de ses remises en question : le jeune prof de cégep en économie choisira d\u2019enfin faire honneur à son rêve d\u2019adolescence : l\u2019écriture.Après quelques romans pour adultes, ses premiers livres jeunesse arrivent à la fin des années 1980 et le consacrent rapidement chouchou des gamins lecteurs.Écrire des histoires pour les enfants et les ados aura été pour lui la plus profitable des écoles de narrato- logie.Leçon principale : un roman s\u2019af faissera sur lui-même s\u2019il n\u2019est pas supporté par les piliers solides d\u2019un vrai récit.« Quand je rencontrais des enfants dans les écoles, je leur montrais un roman pour adultes et je leur demandais pourquoi il était plus épais qu\u2019un roman jeunesse », raconte celui qui affiche plus d\u2019une centaine de titres au compteur et qui lançait en février Neuro, une dystopie pour les neuf ans et plus.« Après avoir entendu leurs réponses, je leur expliquais que c\u2019est en fait parce que les adultes ne comprennent pas vite ! Les adultes, il faut tout leur expliquer.Je ne leur donne qu\u2019un squelette d\u2019histoire, aux enfants, mais j\u2019ai confiance en ce qui se passe dans leurs têtes.Lire, c\u2019est refaire un livre, et ils sont doués pour ça.Mais s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019histoire, ça ne tiendra pas, parce qu\u2019il n\u2019y a aucun snobisme chez les enfants.» Aimer vieillir Il n\u2019y en a pas non plus, de snobisme, chez cet écrivain ayant toujours préconisé une limpidité et un humour indissociables du plaisir que lui procurent toujours ses quelques heures quotidiennes de travail.« J\u2019aime ça, comprendre, quand je lis !» lance-t-il au sujet de sa méfiance envers la complaisance des tournures amidonnées.« Cer tains auteurs s\u2019ingénient à ne pas être compris, mais s\u2019il faut relire une phrase trois fois pour la comprendre, ce n\u2019est peut-être pas du génie, c\u2019est peut-être juste que la phrase est mal écrite.Moi, je suis un conteur au service de mon histoire.Ce que je sais de façon intime, c\u2019est que j\u2019éprouve une énorme satisfaction à écrire, et j\u2019ai parfois l\u2019impression que l\u2019auteur s\u2019ennuie lui-même quand je lis certains romans.» Pas d\u2019apitoiement ni de grattage de bobos dans À vos ordres, colonel Parkinson !, un livre lumineux qui, malgré les circonstances, esquisse un sobre éloge du vieillissement.« Ce serait for t de dire que je suis complètement heureux, mais j\u2019ai aimé ça, vieillir.Je me sens tellement moins niaiseux.Quand je pense à certaines choses que j\u2019ai faites à 20, 30, même 40 ans\u2026 À mon âge, on a la chance d\u2019être conscient du temps qui passe, même si là, je trouve qu\u2019il passe un peu trop vite.» | 3 3 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 La substance noire Les livres de François Gravel sont si pétillants, si fins, si pleins d\u2019entrain que je n\u2019aurais jamais imaginé que la vie du romancier puisse comporter des zones d\u2019ombre.Ce n\u2019est donc pas sans surprise que j\u2019ai lu, l\u2019an dernier, La petite fille en haut de l\u2019escalier (Québec Amérique), un récit dans lequel Gravel trace un portrait amer de sa mère, une femme frustrée, convaincue de détenir « le monopole absolu du malheur».Quoi ! Mon romancier guilleret préféré avait eu une enfance assombrie par une mère versée en lamentations incessantes?Cela explique peut-être, justement, le refus du pathétique qui caractérise l\u2019œuvre de Gravel.Sa mère, ex- plique-t-il, passait son temps à gémir à l\u2019heure des corvées ménagères.L\u2019écrivain et un de ses frères sont devenus, plus tard, des hommes mariés assumant leur part des tâches domestiques dans la bonne humeur.«Nous avons longtemps pensé, écrit Gravel, que nous agissions ainsi en raison de convictions féministes, mais il n\u2019en était rien.Nous préférions simplement nous en charger nous-mêmes plutôt que de risquer d\u2019entendre un seul début de ce qui aurait pu devenir une lamentation.» Cette allergie à la complainte n\u2019empêche pas Gravel de témoigner de son ressentiment envers sa mère.Abandonnée à l\u2019âge de quatre ans par son père veuf, cette dernière sera élevée par son oncle prêtre, un homme autoritaire, mais dont le prestigieux statut rejaillit sur sa pupille.La petite fille sera donc privée d\u2019affection familiale, mais vivra dans la ouate sur le plan matériel.Cette situation la rendra inapte au rôle de mère de famille nombreuse, ce qu\u2019elle deviendra pourtant, avec le chemin de croix qui s\u2019ensuit.La femme gardera, sa vie durant, une nostalgie pour l\u2019époque dorée où elle était fille, imposant ainsi à ses enfants le triste spectacle de l\u2019insatisfaction permanente.« Il y avait longtemps, écrit Gravel, que je savais que Martine vivait au paradis avant de nous connaître et que l\u2019enfer, c\u2019était nous autres.» Le sujet est sombre, mais le style brille par sa gracieuse légèreté.Même plongé dans la gravité, Gravel ne perd pas sa manière.Tendresse et lucidité C\u2019est cet esprit que l\u2019on retrouve dans À vos ordres, colonel Parkinson ! (Québec Amérique, 2019, 168 pages), un récit dans lequel l\u2019écrivain raconte son expérience de LOUIS CORNELLIER recrue dans le rang des personnes atteintes de cette maladie neurologique dégénérative.Qu\u2019on ne s\u2019attende donc pas à un témoignage larmoyant et narcissique.Gravel, bien conscient de la gravité de l\u2019affection, ne crâne pas ; il narre plutôt avec tendresse et lucidité son entrée dans ce territoire mystérieux et inquiétant.«À chacun, note-t-il, sa façon de traverser les épreuves.La mienne, c\u2019est de m\u2019installer devant mon ordinateur et de raconter des histoires.» Et dans cet art, Gravel est un maître, comme il l\u2019a montré avec Comment je suis devenu cannibale (Québec Amérique, 2018), une sorte de petit art du roman dans lequel l\u2019écrivain se livre à une leçon de nar- ratologie, tout en créant une histoire sous nos yeux.Aussi, même s\u2019il reconnaît son « incontestable incompétence en médecine », Gravel sait raconter sa maladie.Banale et soudaine incapacité Tout commence par une banale et soudaine incapacité de lancer un frisbee, suivie de fatigue chronique, de difficultés à calligraphier et d\u2019une démarche maladroite.Le diagnostic tombe en 2016, alors que l\u2019écrivain a 65 ans.Une dépression s\u2019ensuit \u2014 Gravel confie être déjà passé par là vingt ans plus tôt \u2014, surmontée avec quelques comprimés, l\u2019aide d\u2019une psy et de la course à pied.Les mots, ensuite, comme toujours chez cet auteur de plus de 100 livres, prennent le relais.Gravel fait la liste de ses symptômes, explore l\u2019histoire de la maladie et de son découvreur \u2014 le médecin et militant anglais James Parkinson (1755-1824) \u2014, parle de quelques personnages historiques ayant souffert du parkinson, notamment Dalí et Hitler, salue les scientifiques qui cherchent un remède à la maladie et évoque même sa mort \u2014 qui, réjouis- sons-nous, n\u2019est pas imminente \u2014 en empruntant les mots de son maître à penser, Georges Brassens.Bien que désormais vacillant à cause de sa substance noire \u2014 une partie du tronc cérébral \u2014, en panne de dopamine, l\u2019écrivain n\u2019a rien perdu de son esprit vif, capable de transformer n\u2019importe quelle expérience en un captivant récit gorgé d\u2019humanité.Pour la première fois de sa vie, Gravel, dans ce livre, réclame le droit «de se plaindre un peu».Juste assez, dit-il par exemple, pour que son amoureuse, la romancière Michèle Marineau, vienne l\u2019aider à couper des légumes.«Je saisis chaque fois l\u2019occasion de l\u2019inviter à mes côtés, confie- t-il.Je serais bien bête de ne pas en profiter.Vous en feriez autant si vous la connaissiez.» Contrairement à sa mère, Gravel sait qu\u2019un malheur doucement partagé fait moins mal.À vos ordres, colonel Parkinson ! François Gravel, Québec Amérique, Montréal, 2019, 168 pages Pour François Gravel, écrire des histoires pour les enfants et les ados aura été la plus profitable des écoles de narratologie.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L i r e Po é s i e 3 4 | CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR « Il y a quelque chose à dire en faveur de la vulnérabilité, de l\u2019amour en tant que geste radical », écrit la poète torontoise Tara-Michelle Ziniuk, et comment ne pas lui donner raison?Il faudra un jour en finir \u2014 une fois pour toutes \u2014 avec ce culte violent de l\u2019imperturbabilité qui afflige ce monde à pleurer d\u2019une bonne humeur souvent suspecte.Réjouissons- nous que la littérature of fre ces jours-ci sa résistance à la dictature du bonheur à tout prix et de la sérénité obligée.Sablons le champagne\u2026 et sanglotons ! «Et si l\u2019amour existait, mais que ton cell était éteint?Et si l\u2019amour existait, mais que t\u2019étais en mode avion ?» Exemple parmi tant d\u2019autres du sens du titre insolite \u2014 oui, oui, ça, c\u2019est le titre d\u2019un seul poème! \u2014 que déploie Tara-Michelle Ziniuk dans Whatever, un iceberg, son premier livre à paraître en français grâce à une traduction sensible de Daphné B.Portrait aussi fragmenté que nos vies en ligne d\u2019une sor te de triangle amoureux (à sens unique), ce recueil d\u2019une implacable intensité rejette et embrasse dans un même mouvement la langue du self-care et d\u2019Internet, lieu de liberté totale et d\u2019asservissement sournois.Chevillée à la fois à sa peur de mourir et au malheur d\u2019exister, Ziniuk s\u2019insinue dans le fossé séparant ses valeurs des mauvais choix qu\u2019elle ef fectue au quotidien, zone de tension où verdoie la haine de soi.Elle porte ses bobos comme des bijoux et camoufle sous un barrage de phrases cruelles envers elle-même un appel à une réelle bienveillance, que ne parviendraient pas à récupérer ni le capitalisme ni ce discours trop optimiste qui aime prétendre que la littérature sauve des vies.«À la bibliothèque, je lis d\u2019un bout à l\u2019autre un livre sur l\u2019intimité, comme si un livre pouvait m\u2019aider.Tant qu\u2019à y être, je lis aussi le guide du conducteur de moto.» À l\u2019évidence, ces longs poèmes en prose ne déploient pas beaucoup d\u2019ef for ts pour se conformer à une conception traditionnelle de la poésie, un problème qui n\u2019en est un que si vous êtes du genre à penser qu\u2019un poème ne devrait jamais ressembler à un essai, à une nouvelle ou à un tweet.En évoquant d\u2019un seul souffle inégalités sociales et santé mentale, la poète rappelle aussi que, même si l\u2019argent ne fait pas le bonheur, il existe des liens trop souvent occultés entre bonheur et condition économique.Et si les millénariaux étaient anxieux moins parce qu\u2019ils avaient été trop chouchoutés au berceau que parce qu\u2019ils vivent constamment avec la crainte que leur contrat ne soit pas renouvelé ?Tellement triste aujourd\u2019hui La poète américaine Melissa Broder crée en 2011 le compte Twitter @so- sadtoday, sur lequel elle entreprend de surjouer l\u2019archétype de la fille triste, s\u2019entichant sans cesse du mauvais gars qui ne répond jamais à ses textos.« Grande dépressive devant l\u2019Éternel », elle signe avec So Sad Today un recueil de récits intimes contemplant à la lumière d\u2019un humour impitoyable tous les remèdes délétères auxquels l\u2019on s\u2019en remet \u2014 alcool, drogues, nourriture, mauvais sexe \u2014 afin d\u2019apaiser cette lancinante impression « de ne jamais être à la hauteur ».La connaissance de soi ne prémunit pas tant que ça contre l\u2019erreur sans cesse renouvelée, plaident ces textes dans lesquelles Broder fuit le bonheur de peur qu\u2019il ne se sauve, et raconte avec une généreuse impudeur ses troubles alimentaires, ses problèmes de santé mentale et ses dépendances diverses.Mais l\u2019écrivaine célèbre également la beauté d\u2019un désir qui, sans permettre de réelle et définitive guérison, perce parfois des échappées au cœur de la tristesse chronique.D\u2019autres chapitres plus strictement satiriques opposent quant à eux à l\u2019inconvénient d\u2019être né une (auto)dérision ravageuse, qui prémunit contre le désespoir.Exemple type : cette liste lita- nique de différents scénarios sentimentaux foireux, laissant entendre implicitement que l\u2019amour est avant tout une souffrance que l\u2019on s\u2019inflige.«Aujourd\u2019hui, j\u2019ai passé cinq heures sur ta page Facebook : une histoire d\u2019amour.» «Mon passe-temps préféré consiste à imaginer que tu vas revenir : une histoire d\u2019amour.» « Ça me manque, ces histoires de cul que je prenais pour de l \u2019amour, mais dont tu savais très bien qu\u2019elles n\u2019étaient que du cul : une histoire d\u2019amour.» Malgré une traduction ca- tastrophiquement argotique, il y a dans ce livre la conviction que la vie est une tragédie absurde que l\u2019on aurait bien pu nous épargner, et la conviction que tout ça mérite quand même d\u2019être vécu.La noirceur qui fatigue les yeux Je suis célèbre dans le noir, troisième recueil de Frédéric Dumont, est rempli d\u2019images bien trouvées et de phrases bien tournées.Il n\u2019y a pourtant pas plus puissant passage que ces trois vers d\u2019une sagesse presque zen, résumant à la fois l\u2019accablement d\u2019un homme et la noblesse de ses ambitions : « je veux juste pouvoir faire mon lit / dans la plus pure tradition / de faire son lit ».« Maman j\u2019ai encore raté ma santé mentale », regrette le poète dans ce livre visiblement inspiré d\u2019une sérieuse dépression, dont le ton oscille toujours entre l\u2019hyperréalisme d\u2019un quotidien où tout pèse lourd et le surréalisme d\u2019un imaginaire qui, concrètement, ne change rien à la situation, bien qu\u2019il permette un instant de quitter la dureté du réel.Pas mort, mais pas fort, Frédéric Dumont refuse l\u2019abattement total, même s\u2019il doit quand même compter ses cennes pour se payer de quoi manger.Il faudrait trouver l\u2019énergie d\u2019apprendre la routine d\u2019une vie où l\u2019on gobe sagement ses pilules et où l\u2019on plie sagement son linge, mais le poète sait trop bien que c\u2019est précisément le présage d\u2019une pareille existence qui l\u2019a mené jusqu\u2019en psychiatrie.La tristesse pleinement vécue est donc chez lui comme une rambarde, comme une façon de ne pas céder au précipice ultime.La tristesse est chez lui une douleur trop conne pour ne pas lui offrir la plus belle des grimaces et une douleur trop sérieuse pour ne pas la tenir en respect.En résumé : la noirceur est un refuge de choix, mais vivre dans le noir, ça finit par fatiguer les yeux.Il n\u2019y a vraiment pas de honte à être malheureux Tara-Michelle Ziniuk, Melissa Broder et Frédéric Dumont opposent leur tristesse à la bonne humeur suspecte d\u2019un monde à pleurer Le recueil de Tara-Michelle Ziniuk rejette et embrasse dans un même mouvement la langue du self-care et d\u2019Internet, lieu de liberté totale et d\u2019asservissement sournois.TRIPTYQUE Whatever, un iceberg ?Tara-Michelle Ziniuk, traduit de l\u2019anglais par Daphné B., Triptyque, Montréal, 2019, 120 pages So Sad Today ?Melissa Broder, traduit de l\u2019anglais par Clément Ribes, Éditions de l\u2019Olivier, Paris, 2019, 208 pages Je suis célèbre dans le noir ?1/2 Frédéric Dumont, Éditions de l\u2019Écrou, Montréal, 2019, 125 pages | 3 5 M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C U L T U R E BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR La voix, ça vous dit, évidemment.A cappella, ça vous dit toujours?Genre The Manhattan Transfer, sans le caractère ou côté singe savant de cirque ?Si c\u2019est le cas, si tout cela vous dit comme dans Dizzy, alors Jazz Affair vous donnera son comptant de contentement.Au ras des pâquerettes , cela donne ceci : l\u2019« Af faire jazz » est un groupe fondé à Québec et rassemblant six chanteurs.Leurs noms ?Luce Bélanger, Marie-Pier Des- chênes, Camille Legault-Coulombe, Jean-François Aubin, Louis Laprise et Christian B.Poulin.Il n\u2019y a pas d\u2019instruments.Enfin, c\u2019est pas tout à fait ça.En fait d\u2019instruments, chacun d\u2019entre eux les imite à la manière d\u2019un Bobby McFerrin.Ils ne font pas les bâillements de crocodile chers, par exemple, aux trombones ou les longues plaintes prisées des saxophonistes et autres cuivres.Par contre, ils font la contrebasse et les percussions.Ils font la r ythmique sans le piano.Et ils font cela comme des cadors ou, comme disent les locaux, comme des champions.Autrement dit, quand l\u2019un et l\u2019autre chantent les paroles, les autres les ponctuent à coups de points, de virgules, mais aussi du trop négligé point-virgule.Quoi d\u2019autre ?Intitulée Wishes sur l\u2019étiquette Jazz Affair, tout simplement, cette aventure musicale est placée sous le patronage de la baronne Pannonica de Koenigswarter.Bon.D\u2019origine britannique, la baronne fut la protectrice des musiciens de jazz en général et de Charlie Parker, Thelonious Monk et Bud Powell en particulier.Aussi fantasque que généreuse, elle fut le sujet de nombreuses compositions.Cela explique ceci : le programme fixé par les membres de Jazz Af fair tourne autour de Nica, ainsi que l\u2019appelaient les musiciens dans les années 1950 et jusqu\u2019à sa mort en 1988.Notre formation propose donc : Anthropology de Parker, Nica\u2019s Dream d\u2019Horace Silver, Round Midnight et In Walked Bud de Monk, Bouncing with Bud de Powell ainsi que I Wish de Stevie Wonder, Armando\u2019s Rhumba de Chick Corea, On the Sunny Side of the Street de Jimmy Hugh, A Dream Is A Wish Your Heart Makes de David Mack, Al Hof fman et Jer r y Livingston, ainsi qu\u2019une pièce originale écrite par Jean-François Aubin et baptisée Jour heureux et un classique de la chanson française écrit par le « fou chantant » : Que reste-t - i l de nos amours ?.L\u2019album que nous proposent ces six ar t isans de la voix malaxée sous toutes les formes possibles et imaginables est une sympathique traduction musicale du charme.Renouer avec Léveillé Pour une autre année, le pianiste, compositeur et arrangeur Yves Léveillé sera l\u2019ar tiste en résidence à l\u2019Outremont au cours des trois prochains mois.Plus exactement, il a organisé quatre concerts.On aura manqué celui du 20 mars.On pourra attraper celui du 17 avril avec le saxophoniste Roberto Murray, le batteur Martin Auguste et le contrebassiste Daniel Lessard, qui y rencontreront des plus jeunes qu\u2019eux.Le 22 mai, le pianiste déclinera son nouvel album en compagnie de Yannick Rieu au saxophone ténor, Jacques Kuba-Séguin à la trompette, Guy Boisver t à la contrebasse et Kevin Warren à la batterie.Puis le 12 juin, pour clore la série, Yves Léveillé a invité le multi-instrumentiste Paul McCandless, la pianiste Eri Ya- mamoto et le batteur Ikuo Takeuchi.Chaque concert sera précédé d\u2019un « casse-croûte avec les artistes », qui se déroulera de 19 à 20h.L\u2019étonnante affaire du jazz Jazz Affair a placé son Wishes sous le patronage de la baronne Pannonica de Koenigswarter En spectacle cette semaine Samedi soir au Théâtre Rouge du Conservatoire, le tromboniste Jean-Nicolas Trottier dirigera l\u2019Orchestre national de jazz de Montréal.Au programme: une suite composée il y a plus de soixante ans de cela par Johnny Richards, intitulée Fuego Cubano.Ce dernier avait écrit la suite en question au bénéfice du big band de Stan Kenton.Le spectacle débute à 19h30.Prix du billet : 8$, 20% de réduction pour les étudiants.Jazz Affair est un groupe fondé à Québec et rassemblant six chanteurs.En fait d\u2019instruments, chacun d\u2019entre eux les imite à la manière d\u2019un Bobby McFerrin.CHARLES VO L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | En parlant d\u2019Unité 9, la reprise de Johnny Hallyday a souvent été citée.Sauf que cette fois-ci, c\u2019est vrai.Les portes du pénitencier, bientôt, vont se refermer.Bilan (télévisuel et social) des courses.Au revoir, unité d\u2019intensité Unité 9 a saisi l\u2019air du temps pour déconstruire quelques mythes et redynamiser le genre L\u2019auteure Danielle Trottier n\u2019a pas voulu invisibiliser l\u2019agression sexuelle.La scène du viol de Jeanne restera dans les mémoires.« Je pensais qu\u2019au Québec, on avait compris c\u2019était quoi, le viol, l\u2019inceste.Savez-vous quoi ?Je n\u2019ai pas fini d\u2019en parler.Ça m\u2019a vraiment étonnée, que ce soit encore si tabou.» GRAND ANGLE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR our Arnaud Granata, observateur du petit écran à Dans les médias, ce qui restera d\u2019Unité 9, c\u2019est d\u2019abord sa capacité à « sortir de la télé ».Il cite en comparaison des titres américains récents qui ont généré des discussions «à l\u2019extérieur de leur cadre de diver tissement ».Big Little Lies, qui parlait, entre autres, de violence conjugale.13 Reasons Why, de suicide.Comme ces plus grosses product ions, Unité 9 a « nommé la violence, l\u2019abus ».« Ce qui fait la force de cette série, c\u2019est sa grande humanité.Son pouvoir de soulever des questions de société.» Une idée que reprend l\u2019interprète de Marie Lamontagne, Guylaine Tremblay : « Unité 9 nous a montré que les êtres humains sont complexes.Qu\u2019il y a des couches et des couches à enlever parfois pour reconnaître le cœur de quelqu\u2019un.Mais que le cœur est toujours là.» La suprématie du cœur était là dès les premières lignes du premier épisode, le 11 septembre 2011, concentrée dans ces mots : «Ce qu\u2019on est, ça n\u2019a rien à voir avec ce qu\u2019on a fait.» La réplique était lancée par Shandy, alors jouée par Suzanne Clément, à une Marie qui s\u2019apprêtait à entrer en prison tout en n\u2019en connaissant rien.Et qui s\u2019en inquiétait.Comment sau- rait-elle à qui elle avait affaire si elle n\u2019avait pas le droit de poser des questions sur les raisons de leur incarcération aux autres détenues, comme le lui avait intimé Shandy?Sept ans plus tard, Guylaine Tremblay se souvient encore de l\u2019importance qu\u2019avaient prise ces mots pour elle.«On s\u2019était dit: c\u2019est la clé de la série.Si les gens accrochent, c\u2019est parce qu\u2019ils auront compris cette phrase.» Cette idée de «présenter les femmes P Unité 9 nous a montré que les êtres humains sont complexes.Qu\u2019il y a des couches et des couches à enlever parfois pour reconnaître le cœur de quelqu\u2019un.Mais que le cœur est toujours là.GUYLAINE TREMBLAY » C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec le Club Voyage Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec OTTAWA 7 avril Concert des Petits Chanteurs de Vienne SOREL 2 juin Récital privé à la Maison de la musique Charles Richard-Hamelin et Andrew Wan OTTAWA 20 juin Ajout de places pour l\u2019exposition LES PORTRAITS DE GAUGUIN au Musée des beaux-arts du Canada QUÉBEC 6 juillet 350 ans de pratiques artistiques au musée Quelques places encore disponibles ! CÉLÉBREZ LA DERNIÈRE SAISON DE Présenté par Présentateur de saison En vente aussi à Partenaires publics Billets et abonnements en vente maintenant ! osm.ca L\u2019interprète de Marie Lamontagne, Guylaine Tremblay PHOTOS RADIO-CANADA avant de présenter leur crime», c\u2019est aussi ce qui a guidé Danielle Trottier, et ce, dès qu\u2019elle s\u2019est plongée dans ses recherches, il y a de cela 12 ans déjà.Du milieu carcéral féminin, on connaissait alors, selon l\u2019auteure, peu de choses au Québec.Si ce n\u2019est ce qu\u2019on voyait à la une des journaux.Un sensationnalisme distant.Les gros titres annonçant «Madame a tué son mari», comme elle dit.C\u2019est ce qu\u2019elle a à tout prix souhaité éviter.Pari réussi ?On se souvient encore de l\u2019émotion brute ressentie en entrant dans l\u2019univers de Lietteville.De la caméra experte de Jean-Philippe Duval placée au plus près de ces femmes que Guylaine Tremblay décrit comme «poquées par la souffrance».«C\u2019était une mise à nu totale.Il n\u2019y avait pas d\u2019embellissement.La lumière sur nous était crue.» De toute façon, jamais il n\u2019a été question d\u2019aller dans le joli.« On aurait ri de moi si ces femmes avaient été maquillées, si elles n\u2019avaient pas sacré, dit Danielle Trottier.Si tout avait été propre.» Unité d\u2019identité On le sait, la dernière décennie aura été marquée par la suprématie grandissante du titan Netflix, la vague de séries américaines.Les saisons composées de 10 ou 12 épisodes, les intrigues vite bouclées.Et pourtant.« Unité 9 est arrivée, a eu des cotes d\u2019écoute extraordinaires, et a prouvé qu\u2019il y avait encore un attachement pour la forme narrative du téléroman, que l\u2019on croyait vouée à disparaître», estime Stéfany Boisver t, chargée de cours à l\u2019École des médias de l\u2019UQAM.Selon la chercheuse, le plus grand héritage laissé par la production d\u2019Aetios sera d\u2019avoir, justement, redynamisé le genre.En rappelant « qu\u2019une des forces du téléroman, c\u2019est de se déployer dans la durée ».En « explorant des périodes de dépression».En montrant «à quel point le vécu humain peut être cyclique ».« Le personnage de Marie Lamon- tagne est exemplaire de ce côté, croit-elle.Il montre que le parcours identitaire, ce n\u2019est pas linéaire.» Quand Danielle Trottier parle de son Unité, le mot « intensité» revient d\u2019ailleurs souvent.« La prison, c\u2019est comprimé.On est constamment sur ses gardes.Il fallait le transmettre.Faire vivre l\u2019enfermement, la surveillance, le bruit.Ça demandait énormément d\u2019énergie.On n\u2019a pas lâché !» L\u2019auteure aura-t-elle eu à se battre pour faire valoir sa vision ?« Le plus grand défi, c\u2019était de courir le risque d\u2019être réaliste à une heure de grande écoute.On voulait rejoindre le grand public.Mais ce n\u2019est pas évident de parler de la souffrance des femmes.» Être femme au pluriel Au sujet de ce réalisme, Stéfany Bois- vert cite le chercheur Eric Macé, qui dit que « la télévision représente un cer tain imaginaire du moment ».« Elle n\u2019est jamais là uniquement pour refléter la réalité, croit-elle.Mais à travers ses fictions, elle présente un point de vue sur le monde.» Unité 9 aura-t-elle réussi à remplir cette mission?«C\u2019est une série dans l\u2019air du temps, qui avait clairement pour objectif de déconstruire un stéréotype.De montrer qu\u2019\u201cêtre femme\u201d, ça n\u2019a jamais pu se conjuguer au singulier.Que ça renvoie toujours à une diversité d\u2019identités, de personnalités, de sexualités.» Cer tes, remarque-t-elle, « certaines critiques ont été soulevées quant au manque de diversité culturelle de l \u2019ensemble.Mais une des forces de l\u2019œuvre aura été de « s\u2019attarder aux inégalités sociales, professionnelles, économiques.De ne pas les avoir invisibilisées».Comme Danielle Trottier n\u2019a pas voulu invisibiliser l \u2019agression sexuelle.La scène du viol de Jeanne restera dans les mémoires.« Je pensais qu\u2019au Québec, on avait compris c\u2019était quoi, le viol, l\u2019inceste.Savez- vous quoi ?Je n\u2019ai pas fini d\u2019en parler.Ça m\u2019a vraiment étonnée, que ce soit encore si tabou.C\u2019est comme si on était dépassés.Comme si on n\u2019avait pas trouvé un moyen d\u2019aider nos victimes.» Unité 9, le dernier épisode Radio-Canada, mardi, 20h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI J\u2019AI TUÉ MA MÈRE (4) Can.2009.Comédie dramatique de Xavier Dolan avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément.- Le dur passage à l\u2019âge adulte d\u2019un adolescent précieux à couteaux tirés avec sa mère, une femme un peu commune, qui l\u2019a élevé seule.ARTV 12h 306 HOLLYWOOD (4) É.-U.2018.Documentaire d\u2019Elan Bogarin.- Après la mort d\u2019une résidente du New Jersey, ses deux petits-enfants exhument les objets qu\u2019elle a amassés tout au long de sa vie.PBS (WETK) 12h HOMMES EN NOIR II (4) (Men in Black II), É.-U.2002.Comédie fantaisiste de Barry Sonnenfeld avec Tommy Lee Jones, Will Smith, Lara Flynn Boyle.- Deux agents secrets doivent protéger la Terre des manigances d\u2019une visiteuse de l\u2019espace.TVA 13h45 MOMMY (3) Can.2014.Drame psychologique de Xavier Dolan avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément.- La relation difficile d\u2019une veuve avec son adolescent hyperactif est apaisée par l\u2019irruption dans leur vie d\u2019une voisine un peu mystérieuse.ARTV 13h55 LA FILATURE (4) (Stakeout), É.-U.1987.Drame policier de John Badham avec Richard Dreyfuss, Madeleine Stowe, Emilio Estevez.- Deux policiers sont chargés de surveiller la maison de l\u2019ancienne maîtresse d\u2019un criminel dangereux qui vient de s\u2019évader.Z 14h LE CHOC DES TITANS (5) (Clash of the Titans), É.-U.2010.Drame fantastique de Louis Leterrier avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes.- Le demi-dieu Persée est amené à combattre Hadès, frère de Zeus, dont la colère s\u2019est abattue sur le peuple de Sériphos après que celui-ci eut défié l\u2019ordre divin.MP 15h RAPIDES ET DANGEREUX 5 (5) (Fast Five), É.-U.2011.Drame policier de Justin Lin avec Paul Walker, Vin Diesel, Dwayne Johnson.- À Rio de Janeiro, un ex-policier américain, un prisonnier en fuite et la sœur de ce dernier mettent au point un spectaculaire cambriolage chez un riche criminel qui les avait doublés.TVA 15h30 AUSTIN POWERS (4) (Austin Powers \u2013 International Man of Mystery), É.-U.1997.Comédie fantaisiste de Jay Roach avec Mike Myers, Elizabeth Hurley, Mimi Rogers.- Placés en état d\u2019hibernation en 1967, un espion et un criminel se réveillent en 1997 pour reprendre leur affrontement.MAX 15h30 LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE D\u2019APRÈS LEMONY SNICKET (3) (Lemony Snicket\u2019s A Series of Unfortunate Events), É.-U.2004.Comédie fantaisiste de Brad Silberling avec Jim Carrey, Emily Browning, Liam Aiken.- Après la mort tragique de leurs parents, trois enfants sont placés sous la garde d\u2019un comte sans scrupules qui convoite leur héritage.V 16h15 LA FRONTIÈRE DES TÉNÈBRES (5) (Edge of Darkness), É.-U.2010.Drame policier de Martin Campbell avec Mel Gibson, Ray Winstone, Danny Huston.- Après que sa fille eut été assassinée sous ses yeux, un détective de police met au jour un vaste complot impliquant le patron de la défunte.MAX 17h30 PLANÈTE 51 (5) (Planet 51), G.-B.2009.Film d\u2019animation de Jorge Blanco.- Sur une planète lointaine peuplée de petits êtres verts, un adolescent accepte d\u2019aider un astronaute américain atterri par mégarde dans son voisinage.TQ 18h AVENGERS.LE FILM (4) (The Avengers), É.-U.2012.Drame fantastique de Joss Whe- don avec Tom Hiddleston, Robert Downey Jr., Scarlett Johans- son.- Capitaine America, Iron Man, Hulk, Black Widow, Hawkeye et Thor s\u2019unissent pour empêcher Loki, le frère de ce dernier, de lâcher sur la planète une armée d\u2019extraterrestres.TVA 18h30 ELLE S\u2019APPELAIT SARAH (4) Fr.2010.Drame de Gilles Paquet-Brenner avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Niels Arestrup.- Une journaliste découvre que le grand-père de son mari a pris possession de l\u2019appartement familial dans la foulée de la rafle du Vél\u2019 d'Hiv\u2019.ARTV 20h ESPIONNE PAR AMOUR (5) (Charlotte Gray), G.-B.2001.Drame d\u2019espionnage de Gillian Armstrong avec Cate Blanchett, Billy Crudup, Michael Gambon.- Durant la Deuxième Guerre mondiale, une Écossaise s\u2019engage dans les services secrets britanniques pour retrouver son amant, un pilote anglais disparu en sol français.MAX 20h 306 HOLLYWOOD Voir samedi, 12h.PBS (WETK) 20h IL RESTE DU JAMBON?(5) Fr.2010.Comédie sentimentale d\u2019Anne Depetrini avec Anne Marivin, Ramzy Bedia, Marie-France Pisier.- L\u2019histoire d\u2019amour compliquée entre une journaliste télé issue de la bourgeoisie parisienne et un urgentiste maghrébin qui vit avec sa famille dans une banlieue défavorisée.TFO 21h LA LOI DU MILIEU (5) (Get Carter), É.-U.2000.Thriller de Stephen Kay avec Sylvester Stallone, Rachael Leigh Cook, Alan Cumming.- Après une longue absence, un tueur professionnel revient à Seattle pour enquêter sur la mort suspecte de son frère.V 21h LUCY (5) Fr.2014.Thriller de Luc Besson avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Amr Waked.- Une étudiante se découvre des pouvoirs surhumains après qu\u2019un sachet de drogue synthétique inséré dans son ventre par des trafiquants eut éclaté en se répandant dans son organisme.TVA 21h30 CONNIE ET CARLA (4) (Connie and Carla), É.-U.2004.Comédie dramatique de Michael Lembeck avec Nia Vardalos, Toni Collette, David Duchovny.- Pourchassées par un baron de la drogue, deux chanteuses se font passer pour des hommes et deviennent les vedettes d\u2019un bar de travestis.TQ 22h23 LA DAME DE L\u2019EAU (4) (Lady in the Water), É.-U.2006.Conte de M.Night Shyamalan avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, M.Night Shyamalan.- Avec les locataires de son immeuble, un concierge de Philadel- phie tente d\u2019aider une nymphe à retourner dans son monde.MAX 22h30 J\u2019AI TUÉ MA MÈRE Voir samedi, 12h.ARTV 23h10 IL RESTE DU JAMBON?Voir samedi, 21h.TFO 0h47 DIMANCHE UNE VIE FANTASTIQUE (4) (Captain Fantastic), É.-U.2016.Comédie dramatique de Matt Ross avec Viggo Mortensen, George Mackay, Samantha Isler.- Un adepte de la contre-culture, qui a élevé ses six enfants en forêt, cède à la pression de ces derniers, désireux d\u2019assister aux funérailles de leur mère.TVA 10h PLANÈTE 51 Voir samedi, 18h.TQ 12h MÉCHANTS PATRONS (4) (Horrible Bosses), É.-U.2011.Comédie de Seth Gordon avec Jason Bateman, Jason Sudeikis, Charlie Day.- Trois amis, dont les patrons sont respectivement un manipulateur arrogant, une obsédée sexuelle d\u2019âge mur et un noceur incompétent, font un pacte pour les éliminer.MP 13h STARDUST: LE MYSTÈRE DE L\u2019ÉTOILE (4) (Stardust), É.-U.2007.Drame fantastique de Matthew Vaughn avec Charlie Cox, Claire Danes, Michelle Pfeiffer.- Un jeune homme se rend dans un royaume enchanté pour retrouver une étoile filante qui a pris la forme d\u2019une ravissante jeune femme.TVA 13h30 L\u2019ART DE L\u2019ARNAQUE (5) (The Art of the Steal), Can.2013.Comédie policière de Jonathan Sobol avec Kurt Russell, Matt Dillon, Terence Stamp.- À sa sortie de prison, un cascadeur à moto de troisième zone et son frère mettent au point le vol d\u2019un livre rare.Z 14h BIENVENUE CHEZ LES ROBINSON (5) (Meet the Robinsons), É.-U.2007.Film d\u2019animation de Stephen J.Anderson.- Un orphelin aux talents d\u2019inventeur fait la rencontre d\u2019un gamin venu du futur qui l\u2019entraîne dans l\u2019avenir afin de neutraliser un individu aux sinistres desseins.RC 15h TERREUR SOUS LA MER (5) (Deep Blue Sea), É.-U.1999.Drame d\u2019horreur de Renny Harlin avec Saffron Burrows, Thomas Jane, LL Cool J.- Les employés d\u2019un laboratoire flottant en haute mer sont aux prises avec des requins monstrueux.MP 15h ESPIONNE PAR AMOUR Voir samedi, 20h.MAX 15h30 LES SIMPSON.LE FILM (4) (The Simpsons Movie), É.-U.2007.Film d\u2019animation de David Silverman.- Après avoir provoqué une catastrophe écologique à Springfield, Homer Simpson prend la fuite en Alaska avec sa famille.V 16h LA DAME DE L\u2019EAU Voir samedi, 22h30.MAX 18h LA PASSION D\u2019AUGUSTINE (4) Can.2015.Comédie dramatique de Léa Pool avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée.- À la fin des années 1960 au Québec, une religieuse qui enseigne la musique met tout en œuvre pour sauver son école, menacée de fermeture.ARTV 20h AUSTIN POWERS Voir samedi, 15h30.MAX 20h DOM HEMINGWAY (4) G.-B.2013.Comédie dramatique de Richard Shepard avec Jude Law, Richard E.Grant, Demian Bichir.- Après douze ans de prison, un perceur de coffres-forts réclame son dû auprès du parrain russe qu\u2019il avait refusé de balancer.V 20h LES DENTS DE LA MER 4 (5) (Jaws \u2013 The Revenge), É.-U.1987.Drame d\u2019horreur de Joseph Sargent avec Lorraine Gary, Michael Caine, Lance Guest.- Une veuve dont le fils a été tué par un requin décide d\u2019affronter seule un de ces monstres marins, convaincue que celui-ci a un compte à régler avec sa famille.V 22h MARÉCAGES (3) Can.2011.Drame de Guy Édoin avec Pascale Bussières, Gabriel Maillé, Luc Picard.- Un adolescent, qui a accidentellement causé la mort de son père agriculteur, se méfie d\u2019un étranger qui tourne autour de sa mère sous prétexte de lui venir en aide.TQ 22h30 FLORIDE (4) Fr.2014.Comédie dramatique de Philippe Le Guay avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas.- Un vieillard fantasque, dont les pertes de mémoire inquiètent sa fille aînée, décide sur un coup de tête de prendre seul l\u2019avion pour aller en Floride visiter sa cadette.TVA 22h45 MOMMY Voir samedi, 13h55.ARTV 23h 306 HOLLYWOOD Voir samedi, 12h.PBS (WCFE) 23h LES VACANCES DU PETIT NICOLAS (4) Fr.2014.Comédie de Laurent Tirard avec Mathéo Boisselier, Valérie Lemercier, Kad Merad.- En vacances à la mer, un gamin convaincu que ses parents veulent le marier de force à une étrange petite fille met tout en œuvre pour faire échouer ce projet.TFO 23h28 ET MAINTENANT ON VA OÙ?(3) Lib.2011.Comédie dramatique de Nadine Labaki avec Claude Baz Moussawbaa, Yvonne Maalouf, Nadine Labaki.- Lasses de voir leurs fils et époux périr à cause de querelles religieuses, des chrétiennes et des musulmanes s\u2019unissent pour assurer la paix dans leur village du Moyen-Orient.RC 1h33 LUNDI TOUTE BONNE CHOSE (4) (All Good Things), É.-U.2009.Drame policier d\u2019Andrew Jarecki avec Ryan Gosling, Kirsten Dunst, Frank Langella.- Dans les années 1970, les circonstances nébuleuses entourant la disparition de l\u2019épouse du riche héritier d\u2019un magnat de l\u2019immobilier new-yorkais.VIE 13h AU CŒUR DE LA TERRE (4) (The Core), É.-U.2003.Science-fiction de Jon Amiel avec Aaron Eckhart, Hilary Swank, Stanley Tucci.- Pour prévenir la fin du monde, une expédition est envoyée au centre de la Terre afin de réactiver le magma autour du noyau de la planète.MP 21h LES VACANCES DU PETIT NICOLAS Voir dimanche, 23h28.TFO 21h MARIE-FRANCINE (5) Fr.2017.Comédie de Valérie Lemercier avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent.- De retour chez ses parents en raison de problèmes conjugaux et professionnels, une quinquagénaire s\u2019éprend d\u2019un cuistot, qui lui cache qu\u2019il vit aussi chez sa mère.TFO 23h28 AU BONHEUR DES OGRES (4) Fr.2013.Comédie policière de Nicolas Bary avec Raphaël Personnaz, Bérénice Bejo, Emir Kusturica.- Un employé d\u2019un grand magasin tente de démasquer l\u2019auteur d\u2019une série d\u2019attentats à la bombe, dont les victimes ont jadis été impliquées dans une affaire d\u2019enlèvement d\u2019enfants.TVA 0h35 LES VACANCES DU PETIT NICOLAS Voir dimanche, 23h28.TFO 1h04 MARDI QUELQUE PART DANS LE TEMPS (4) (Somewhere in Time), É.-U.1980.Drame fantastique de Jeannot Szwarc avec Christopher Reeve, Jane Seymour, Christopher Plummer.- Un jeune dramaturge traverse la barrière du temps afin de rencontrer une actrice du début du XXe siècle.TVA 13h AU CŒUR DE LA TERRE (4) (The Core), É.-U.2003.Science-fiction de Jon Amiel avec Aaron Eckhart, Hilary Swank, Stanley Tucci.- Pour prévenir la fin du monde, une expédition est envoyée au centre de la Terre afin de réactiver le magma autour du noyau de la planète.MP 16h30 MARIE-FRANCINE Voir lundi, 23h28.TFO 21h LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT (2) Fr.1967.Comédie musicale de Jacques Demy avec Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Gene Kelly.- Deux sœurs jumelles font la conquête d\u2019un jeune marin et d\u2019un musicien américain.TFO 23h29 MARIE-FRANCINE Voir lundi, 23h28.TFO 1h33 MERCREDI MÈRE SUR PRISE (5) (Then She Found Me), É.-U.2007.Comédie dramatique de Helen Hunt avec Helen Hunt, Bette Midler, Colin Firth.- À l\u2019aube de la quarantaine, une enseignante new-yorkaise récemment divorcée traverse plusieurs crises sentimentales et familiales.TVA 13h L\u2019HISTOIRE DE BUDDY HOLLY (4) (The Buddy Holly Story), É.-U.1978.Drame biographique de Steve Rash avec Gary Busey, Don Stroud, Charles Martin Smith.- Évocation de la carrière d\u2019un jeune chanteur rock mort prématurément à la fin des années 1950.VIE 13h GROSSESSE SURPRISE (4) (Knocked Up), É.-U.2007.Comédie de Judd Apatow avec Seth Rogen, Katherine Heigl, Paul Rudd.- Un jeune glandeur tente maladroitement de prendre ses responsabilités auprès d\u2019une journaliste qu\u2019il a mise enceinte lors d\u2019une aventure d\u2019un soir.MP 21h LE MARI DE LA COIFFEUSE (3) Fr.1990.Comédie de mœurs de Patrice Leconte avec Jean Rochefort, Anna Galiena, Maurice Chevit.- Fasciné par les coiffeuses depuis sa tendre enfance, un homme épouse l\u2019une d\u2019entre elles et passe son temps à l\u2019observer.TFO 21h AMIS MODERNES (4) (Friends With Benefits), É.-U.2011.Comédie sentimentale de Will Gluck avec Mila Kunis, Justin Timberlake, Patricia Clark- son.- Une chasseure de tête et le directeur artistique d\u2019un magazine pour hommes entament une liaison sur la promesse que celle-ci demeurera purement sexuelle.TVA 0h35 THE APOLOGY (4) Can.2016.Documentaire de Tiffany Hsiung.- Portrait de trois aînées chinoises qui ont été exploitées comme esclaves sexuelles par l\u2019armée impériale nippone durant la guerre sino-japonaise.PBS (WETK) 1h LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT Voir mardi, 23h29.TFO 1h07 JEUDI THE APOLOGY Voir mercredi, 1h.PBS (WETK) 15h GROSSESSE SURPRISE Voir mercredi, 21h.MP 16h30 SUPERMALADES (4) (Superbad), É.-U.2007.Comédie de Greg Mottola avec Jonah Hill, Michael Cera, Christopher Mintz-Plasse.- Trois adolescents puceaux tentent de se procurer de l\u2019alcool pour impressionner des filles de leur école.MP 21h LA PASSION D\u2019AUGUSTINE Voir dimanche, 20h.ARTV 23h30 SPACE STATION 76 (5) É.-U.2014.Comédie de Jack Plotnick avec Patrick Wilson, Liv Tyler, Marisa Coughlan.- En 1976, à bord d\u2019une station spatiale, les astronautes des deux sexes vivent diverses tribulations sentimentales.TVA 1h20 VENDREDI SUPERMALADES Voir jeudi, 21h.MP 16h30 PUSH: LA DIVISION (4) (Push), É.-U.2009.Science-fiction de Paul McGuigan avec Chris Evans, Dakota Fanning, Camilla Belle.- À Hong Kong, trois expatriés américains dotés de pouvoirs psychiques tentent de mettre en échec l\u2019ambitieux projet de leur ex-organisation.VRAK 20h MAGNOLIA (2) É.-U.1999.Drame de mœurs de Paul Thomas Anderson avec John C.Reilly, Tom Cruise, Julianne Moore.- Au cours d\u2019une journée, diverses personnes habitant Los Angeles vivent des crises familiales ou professionnelles très marquantes.MAX 20h ENNEMI DE L\u2019ÉTAT (4) (Enemy of the State), É.-U.1998.Drame d\u2019espionnage de Tony Scott avec Will Smith, Gene Hackman, Jon Voight.- Un jeune avocat devient la cible de la Sécurité nationale lorsqu\u2019il est soupçonné de posséder une vidéo incriminant un haut dirigeant de l\u2019agence.MP 21h THE INVISIBLE NATION (4) (Le peuple invisible), Can.2007.Documentaire de Richard Desjardins.- L\u2019histoire déchirante des Algonquins, nation autochtone disséminée dans une dizaine de réserves à travers l\u2019Abitibi-Témiscamingue.PBS (WETK) 21h25 GANG GRIDIRON (4) (Gridiron Gang), É.-U.2006.Drame sportif de Phil Joanou avec Dwayne Johnson, Jade Yorker, Xzibit.- Dans un centre de détention pour mineurs, un conseiller forme une équipe de football avec ces jeunes, la plupart issus de gangs de rue rivaux.Z 23h MINUIT À PARIS (4) (Midnight in Paris), É.-U.2011.Comédie fantaisiste de Woody Allen avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard.- Au cours d\u2019un séjour dans la capitale française avec sa fiancée, un scénariste hollywoodien se retrouve transporté la nuit tombée dans le Paris des années 1920.ARTV 23h LA PASSION D\u2019AUGUSTINE Voir dimanche, 20h.RC 23h06 FANTÔMAS (4) Fr.1964.Comédie policière d\u2019André Hunebelle avec Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot.- Fantômas, un bandit astucieux, se paie la tête d\u2019un policier et d\u2019un journaliste.TFO 23h28 DU PLOMB DANS LA TÊTE (5) (Bullet to the Head), É.-U.2012.Drame policier de Walter Hill avec Sylvester Stallone, Sung Kan, Jason Momoa.- Afin de venger la mort de son partenaire, ourdie par son mystérieux commanditaire, un tueur à gages de la Nouvelle- Orléans forge une alliance peu orthodoxe avec un agent du FBI.TVA 23h35 FOOTNOTE (4) Isr.2011.Comédie dramatique de Joseph Cedar avec Lior Ashkenazi, Shlomo Bar-Aba, Aliza Rosen.- À la suite d\u2019une méprise, un universitaire israélien misanthrope croit avoir obtenu un prix en vérité attribué à son fils, un intellectuel réputé.TQ 0h30 L\u2019INCONNU DE LAS VEGAS (5) (Ocean\u2019s Eleven), É.-U.1960.Comédie dramatique de Lewis Milestone avec Frank Sinatra, Dean Martin, Richard Conte.- Un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale réunit d\u2019anciens compagnons d\u2019armes pour effectuer un vol audacieux à Las Vegas.RC 0h50 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 37e Festival international Montréal 37th International on Art CAMP DE JOUR MUSICAL POUR LES 13?17 ANS Renseignements et inscriptions : campdeblues.com INSCRIS?TOI AUX AUDITIONS DÈS MAINTENANT ! Date limite : 24 avril Auditions : 27 avril TD PRÉSENTE 29 juin au 5 juillet 2019 14e ÉDITION AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR La vie n\u2019est pas toujours un jeu vidéo L\u2019industrie du jeu vidéo peut être un univers riche en intrigues de fiction.La première incursion québécoise dans ce milieu, Le jeu, présentée l\u2019an dernier à TVA, n\u2019a pas été à la hauteur des attentes\u2026 La comédie aux accents romantiques lancée tout d\u2019un bloc dans l\u2019Extra de Tou.tv cette semaine, qui utilise comme toile de fond cet univers codé, n\u2019est pas un chef-d\u2019œuvre non plus, mais elle s\u2019avère tout de même amusante, efficace dans son genre (prévisible) et plutôt agréable à regarder.Le tandem d\u2019auteurs Michel Brouillette et Stéphanie Perreault raconte sans sortir des sentiers battus la rencontre improbable entre un concepteur de jeux vidéo sur le point de lancer sa première création (Charles-Alexan- dre Dubé) et une jeune avocate (Charlotte Aubin) en mal de reconnaissance de ses patrons et en peine d\u2019amour de son ex, un collègue récemment promu qui revient dans les parages.Les destins professionnels passablement mouvementés des possibles tourtereaux les font se recroiser, et pas toujours pour le pire.Cette production plutôt générique, aux trop nombreux personnages clichés et unidimensionnels et aux revirements prévisibles est heureusement pourvue d\u2019un certain charme, émanant d\u2019une réalisation qui intègre habilement les codes des jeux vidéo et du jeu nuancé de la plupart des acteurs, qui doivent composer avec des personnages assez caricaturaux.Malgré ces réserves, il ne faut pas bouder son plaisir d\u2019engloutir les dix épisodes, aussi rapidement qu\u2019on les oublie\u2026 Les bogues de la vie Extra de Tou.tv, dès mercredi SU R VOS ÉC R A N S \u2013 R E L AT I O N S C O M P L I Q U É E S Le visionnement en continu On a l\u2019habitude des séries télé qui deviennent des films, mais pas tellement de l\u2019inverse\u2026 Ce trépidant film d\u2019action nordique datant de 2011 réalisé par Joe Wright racontait la poursuite d\u2019une agente de la CIA qui tentait d\u2019attraper une fille particulièrement habile, alors interprétée par Saoirse Ronan.Le voici maintenant décliné en série, toujours avec le dramaturge David Farr à la scénarisation.Hanna Amazon Prime Video, dès vendredi La famille à distance, la suite Mani Soleymanlou poursuit sa sympathique exploration des relations familiales à distance dans la suite de cette websérie très «méta», où l\u2019on suit principalement trois membres d\u2019une même famille mais de générations différentes.Alors que, dans la première saison, le personnage de l\u2019homme de théâtre installé à Paris gardait le contact avec sa fille et sa mère (Monique Miller) grâce à la grande toile, c\u2019est au tour de ces dames d\u2019être au loin alors qu\u2019il est rentré au bercail.Une demi-douzaine d\u2019épisodes seront mis en ligne chaque semaine.Connexion en cours, saison 2 facebook.com/ConnexionEnCours- LaSerie, dès mercredi Une liaison dangereuse On vous en avait glissé mot lors de sa mise en ligne sur Amazon Prime Video.Voici une occasion d\u2019attraper «gratuitement » cette formidable mi- nisérie en quatre épisodes (à raison de deux par soir), réalisée par Stephen Frears (Les liaisons dangereuses) et inspirée d\u2019un véritable scandale politique qui a secoué le Royaume-Uni dans les années 1970 : le chef du Parti libéral britannique Jeremy Thorpe (Hugh Grant, suave à souhait) avait alors été accusé d\u2019avoir tenté de se débarrasser d\u2019un jeune ex-amant un peu trop encombrant (formidable Ben Whishaw)\u2026 A Very English Scandal CBC, jeudis 28 avril et 4 mars, dès 20h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 03/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Lâcher prise Une autre histoire Véronic DiCaire: Autrement Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas Bloopers TVA L'échappée / Jouer avec le feu Les invisibles TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Ça vaut le coût Point doc Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Mets-y le Maître du chantier L'Open Mic Scorpion Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Des huiles.pas si végétales Louvre, palais royal Jusqu'au dernier Paradis de rouille Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Affaire Structures abandonnées À la recherche de.Scénarios de fin du monde Australie: Ruée CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Vendre ou rénover Vancouver?Joue Docteur Accros au look Dre Boutons SPCA en action SPCA en action ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Oups ATP Tennis - Open de Miami (D) L'antichambre (D) Sports 30 Show de moto HISTORIA Espions parmi Espions parmi Chasseurs Chasseurs La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Extraterrestres / La conspiration des OVNIS ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran / La terreur passe Pour l'amour du country / Folk Labrecque, caméra Au-delà de l'image Luc Langevin, tours de ville EXPLORA Le refuge de l'espoir Brésil sauvage S'aime chien Repères Reconstruire l'histoire Vaincre l'expert Était humanité Z Tout s'explique! / Flop total Américars: Rapides et musclés American Chopper (v.f.) Garage d'élite Garage The Gifted (v.f.) ST: Discovery SAVOIR En mouvement 18h50 Science Réparer nature 19h50 Prof Nomade mers Découvertes 15 ans terreur 21h55 Fabrique Dactylo Publications Semaine Verte TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Conseils LES VACANCES DU PETIT NICOLAS (2014) avec Kad Merad, Valérie Lemercier.Planète Vanity Fair Confidential Caïds Story J.-C.Rufin Or maison Arts backstage Ghost Chasers (v.f.) Face au feu CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Street Legal / Homecoming CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident Magnum P.I.The Fix / Revenge CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Neighborhood Man Plan 9-1-1 / Chimney Begins Bull / Don't Say a Word Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition American Idol / Hollywood Week The Fix / Revenge News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Man Plan Magnum P.I.Bull / Don't Say a Word News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Women, War and Peace Women, War and Peace Amanpour UNIS Cochon dingue Pas plus bêtes Tournée générale Hooké Les encanteurs Une place pour eux Hors série Liberté Chez nous HBO1 17h40 Wartorn 18h50 Bill Maher 19h50 The Case Against Adnan Syed One Nation Under Stress 22h15 Veep 22h45 Veep 23h15 Veep TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball / Brewers de Milwaukee c.Blue Jays de Toronto - Entraînement du Printemps (D) Kevin Raphael Dave Morissette en direct 03/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 PôleSud TVA TVA nouvelles VLOG La Voix / Duels (Deuxième de 3 parties) 21h15 La vraie nature 22h15 TVANou.22h45 FLORIDE (2014) TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or I speak français M'entends-tu?L'heure est grave MARÉCAGES (2011) V 17h45 SOYONS FLICS (2014) Jake Johnson.DOM HEMINGWAY (V.F.) (2013) Jude Law.LES DENTS DE LA MER IV (1987) ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Champions du monde Journal/ L\u2019invité CANAL D De l'or sous la glace Mayday Cauchemar sur l'autoroute Docu-D / André le géant: Le destin du géant Ferré À la recherche CANAL VIE Vendre ou rénover au Québec Les naufragés de l'amour La vie avec des quintuplées Joue Docteur Accros au look Dre Boutons Le Club Mel RDS Sports 30 Hockey 360° LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Hurricanes de la Caroline (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Artéfacts sous la loupe Au coeur de la tempête Nos ancêtres les extraterrestres La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Chasseurs ICI ARTV C'est juste de la TV Les dieux de la danse LA PASSION D'AUGUSTINE (2015) 21h45 Lire La folle aventure des Durrell MOMMY EXPLORA S'aime chien Curiosités Animo Superpouvoirs Pharmachien Planète techno Les boucardises Découverte Vikings Z Nature sauvage BattleBots: Combats de robots Talk show Comédie Seuls et tout nus XL Semi-Pro Maripier! Expédition SAVOIR Semaine Verte 18h40 Oser Arrêt monde Publications De garde 24/7 Capsule/ Nature 36.9° Autisme Cancer 22h55 Nature Routes science TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Conseils Subito texto Les sapiens Les sapiens LA VIE DE CHÂTEAU (1965) avec Catherine Deneuve, Philippe Noiret.Planète 16h30 L'accusé À la poursuite du diamant bleu Mexique, la guerre des stups Révolutions / Le droit au plaisir Histoire de l'Amérique Sylvain Tesson CBC When Calls the Heart Heartland / Long Road Back Nature of Things / Turtle Beach The Fifth Estate CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal God Friended Me World of Dance / The Duels Two The Enemy Within National News GBL Global News Global National Best of Border Security Big Brother Canada NCIS: Los Angeles Madam Secretary Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos American Idol / Hollywood Week Shark Tank News CBS 17h00 NCAA Basketball (D) 60 Minutes God Friended Me NCIS: Los Angeles Madam Secretary News PBS (33) Bardo: Night Music Voyager Great British Baking / The Final Prince Charles at 70 Masterpiece Classic / King Charles III Midwife UNIS Les encanteurs Balade Le p'tit cabaret Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Le punch HBO1 16h30 RobinW.Flight of the Conchords: Live in London Real Time With Bill Maher The Case Against Adnan Syed 22h10 Veep 22h40 Veep 23h10 Veep TVA Sports RAW LHJMQ Hockey - Séries éliminatoires (D) Boxe Le TVA sports LNH Hockey 03/23 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie De l'Univers / Judi Richards Deuxième chance Notre vie / Réalité décevante Le Téléjournal Exil au far west TVA TVA nouvelles LES AVENGERS (2012) avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Robert Downey Jr.LUCY (V.F.) (2014) Scarlett Johansson.23h15 TVANou.TQ PLANÈTE 51 (2009) 19h40 Grizzy Cette année-là Le Festival d'été 22h25 CONNIE ET CARLA (2004) Nia Vardalos.V Cinéma G.I.JOE: LE RÉVEIL DU COBRA (2009) avec Channing Tatum, Sienna Miller.LA LOI DU MILIEU (2000) avec Rachael Leigh Cook, Sylvester Stallone.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Enquête Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Grands rep.TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 Le plus grand cabaret du monde / Thibault de Montalembert, Marie Fugain / Linda Hardy Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Affaire Douanes Douanes Harceleurs de stars Madame Lebrun Comédie Club / Mike Ward Douanes CANAL VIE SPCA en action SPCA en action Faites-nous Quais Mini-maisons sur mesure Projection Mariages Catastrophe Ouvrez, jamais Quintuplées RDS Sports 30 CH Express Panorama / 2018 ATP Tennis - Open de Miami (D) L'antichambre Sports 30 HISTORIA Temps sucres Temps sucres Shotgun Ménard Espions parmi Espions parmi Hitler déclassifié Hitler déclassifié A$ de brocante ICI ARTV Luc Langevin, tours de ville Pour l'amour du country / Folk ELLE S'APPELAIT SARAH (2010) Kristin Scott Thomas.Outlander Cinéma EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir Vikings, cap sur l'Amérique Inventer demain Stupidité Z Fallait pas essayer Rapide et mill Déroute Rat rods de Vegas Nature sauvage Le web obscur Maripier! Leftovers SAVOIR Nomade mers La bibliothèque de.Connaissance Ombre doute 20h55 Prof L'ombre d'un doute Mémoires/ Prof L'avenir de Radio-Canada TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Flip Subito texto Les sapiens Les sapiens IL RESTE DU JAMBON?(2010) avec Anne Marivin, Ramzy Bedia.Planète 17h30 Animaux Les raisins de la guerre Expédition Guyana Arctique avec Bruce Parry Meurtre au sein de la famille CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Rangers de New York c.Maple Leafs de Toronto (D) Hockey / Calgary vs Vancouver (D) CTV CTV News Montreal W5 / Taken/ A Space Odyssey Jann The Big Bang Carter / Kiki-Loki Carter / Voiceover National News GBL Global News Global National Best of Border Security Ransom / Justice Rookie Blue / Blink Rookie Blue / All by Her Selfie Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend American Idol / Auditions 20/20 News CBS 17h00 NCAA Basketball (D) NCAA Basketball - Tournoi de Division I (D) 48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Rev.Upstart Crow Doc Martin The Doctor Blake Mysteries Austin City UNIS L'académie Mira Liberté Louis la faune Mauvais karma Mauvais karma UVANGA (V.F.) (2013) avec Lukasi Forrest, Marianne Farley.L'espionne HBO1 17h55 Rock and a Hard Place 19h20 MARY AND MARTHA (2013) Sam Claflin.Barry 21h35 Barry 22h05 Barry 22h35 Barry 23h05 Barry TVA Sports 16h00 Hockey Avant-match LNH Hockey / Sabres de Buffalo c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 Boxe S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Ce documentaire n\u2019est pas reposant à regarder.Mieux vaut le savoir tout de suite.Cette incursion sur une année dans l\u2019école St-François, à Québec, qui accueille les enfants aux prises avec de graves problèmes de comportement, s\u2019avère cependant fort intéressante et pertinente.La cinéaste Sabrina Hammoum (L\u2019envol des aigles) a suivi durant toute une année scolaire quelques élèves qui fréquentent cet établissement, où les enfants rejetés par les autres écoles à cause de leur comportement trouvent en quelque sorte un refuge bienveillant.Le documentaire met en lumière le travail exigeant des enseignants et des éducateurs, patients et dévoués, toujours sur le qui-vive (ils portent des oreillettes et micros assortis en tout temps!), prêts à intervenir si un jeune « explose ».Et on comprend rapidement que ça arrive très souvent\u2026 On les suit dans leurs inter ven- tions auprès des élèves afin qu\u2019ils développent des techniques pour canaliser leur énergie, leur colère, pour contrôler dans une certaine mesure leurs comportements violents, bien souvent dirigés contre eux-mêmes, et pour gagner une estime de soi.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui marque quand on s\u2019attarde aux propos d\u2019élèves lors des moments de crise : une tendance à se trouver «pas bons».Cette chronologie d\u2019une année scolaire a l\u2019avantage de montrer le chemin parcouru par ces « bons enfants, mais qui ont des problèmes », comme l\u2019explique une des enseignantes, mais elle passe malheureusement un peu trop vite pour qu\u2019on s\u2019attache réellement à ces jeunes au parcours tortueux.Une place pour eux Unis, lundi, 21h, rediffusion mercredi, 12h30 Le refuge Un an dans une école pas ordinaire qui accueille les enfants qui n\u2019ont pas trouvé leur place ailleurs SU R VOS ÉC R A N S Shakespeare féminin La metteure en scène et réalisatrice anglaise Phyllida Lloyd (The Iron Lady, Mamma Mia!) a monté depuis 2012 pour un théâtre londonien quelques pièces du répertoire shakespearien avec des distributions entièrement féminines et resituées à notre époque.Voici une occasion de voir sa version de Julius Caesar, sise dans une prison.Great Performances : Julius Caesar PBS, vendredi, 21h UNIS | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 M A R D I 03/29 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Prière de ne pas Guillemets Les Poilus Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Leland Bray TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus Format familial Un chef à la cabane Deux hommes en or Zone franche Festival d'été V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Ambulances Les effaceurs Haute sécurité Code 111 Gotham Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands report Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR On n'a pas fait le / Mongolie Nordik / Turquie: Kaçkar Échappées belles / Marrakech l'impériale Journal/ C à dire CANAL D Australie: La ruée vers l'or Amour fatal En prison Patrouille Marche à l'ombre Palais Outback CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Mariages Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Généalogie V.I.P.Joue Docteur Accros au look ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° ATP Tennis - Open de Miami Demi-finale (D) Images/sec.L'antichambre (D) Sports 30 MLB 2019 HISTORIA Belles ordures Dieux du ciel Moyen Âge Québec Les montagnards Les montagnards Les montagnards Temps sucres ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Anne Luc Langevin, tours de ville C'est juste de la TV L'effet Wow Cinéma EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Pharmachien Superpouvoirs O5 Stupidité Stupidité Cerveau Z Expédition extrême Week-end Garage d'élite Américars: Rapides et musclés American Chopper (v.f.) Infiltration Maripier! RÉDEMPTION SAVOIR Prof/ Prof L'écran roi 19h20 Prof 36.9° Autisme Routes science Prof/ Prof Encore plus Électrons Découvertes En mouvement TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Subito texto C'est WOW Doc/ Je dors Mosquée NAPOLÉON EN APPARTE (2018) avec Joëlle Bond, Jean-Michel Girouard.Planète Si l'évolution m'était contée Blaireaux Ghost Chasers (v.f.) / Belgique Face au feu Animaux médecins Raisins guerre CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.marketplace Management CBC Docs POV / Modified CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Goldbergs The Big Bang Am.Housewife Kids-Alright Criminal Minds CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight The Blacklist The Blacklist Chicago Med Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Fresh Off-Boat Speechless 20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.NCAA Basketball - Tournoi de Division I (D) NCAA Basketball - Tournoi de Division I (D) PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line Great Performances / Julius Caesar Amanpour UNIS Chair de poule Chair de poule Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Balade Le punch Les encanteurs HBO1 17h35 I Am Evidence 19h05 THE TRUTH ABOUT KILLER ROBOTS Hot Coffee Real Time With Bill Maher Strike Back TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Predators de Nashville c.Penguins de Pittsburgh (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports CollXtion 03/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 1res fois Enquête Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur LOL :-) Rêvons mais.Le bon docteur Philippe Bond II Partie 1 de 2 TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween Zone franche Dans les médias House of Cards 22h55 House of Cards (v.f.) V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire L'amour est dans le pré L'Open Mic Chicago Police / La traque Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands report Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Champions 13h15 Alerte enlèvement / Alexandre Criminels 2.0 / Mark Karpelès Munch / Cold case Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Routiers de l'Outback De l'or sous la glace Harceleurs de stars Docu-D Docu-D CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?La vie avec des quintuplées SPCA en action SPCA en action Catastrophe Ouvrez, jamais Faites-nous Quais ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Blue Jackets de Columbus (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA De l'acier et du feu Mordus Mordus Fous des bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Belles ordures ICI ARTV 17h30 Downton Downton Abbey Moi et l'autre Esprit critique The White Queen / La tempête 22h15 The White Queen / La méchante reine EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Oiseaux coureurs La vérité sur l'alcool Les génies de Stephen Hawking Repères Hackers Z Tout s'explique! Seuls et tout nus XL BattleBots / Bagarres ultimes Talk show Comédie Star Trek: Discovery Cinéma SAVOIR 17h30 Ombre L'ombre d'un doute Semaine Verte Savoir/ Prof Publications Dactylo 15 ans de terreur Arrêt monde Réparer nature TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Flip Amélie Les sapiens Motel Monstre LEUR MORALE.ET LA NÔTRE (2008) avec Victoria Abril, André Dussollier.Planète J.-C.Rufin Or maison Arts backstage L'Antiquité Histoire de l'Amérique Les oubliés Si l'évolution / Le venin CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.A Very English Scandal A Very English Scandal CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang The Big Bang Station 19 / Baby Boom Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News Ent.Tonight E.T.Canada Big Brother Canada Will & Grace Abby's SEAL Team Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Station 19 / Baby Boom For the People News CBS Channel 3 News at 6 p.m.NCAA Basketball - Tournoi de Division I (D) NCAA Basketball - Tournoi de Division I (D) PBS (33) PBS NewsHour License to Remember Joe Bonamassa: British Blues Explosion Live Brit Floyd: Space and Time Live in Amsterdam Amanpour UNIS Cochon dingue Échappe Fous animaux L'académie Mira Chez nous Liberté Louis la faune Louis la faune Balade Tor.Peaky Blinders HBO1 17h15 RUMBLE: THE INDI.Fight Game Rock and a Hard Place Veep Veep Veep Veep Veep TVA Sports 17h00 JiC L'Impact Début MLB Boxe WTA Tennis Demi-finale #2 (D) Le TVA sports 03/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Réellement sur scène Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or La Voix: Extra La recrue / Premier pas Fugueuse / Le jour le plus long TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Format familial Les grands documentaires / Génération Trans Format familial Kebec De garde 24/7 V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Phil s'invite L'Open Mic SEAL Team / Le prix à payer Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Nordik Envoyé spécial Caméléon / Caméléon Journal/ C à dire CANAL D Structures abandonnées Douanes Fous bateaux Australie: La ruée vers l'or Ambulanciers de nuit Hommes des bois / Collapse Comédie Club CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Amour aveugle Projection Généalogie V.I.P.Vendre ou rénover Vancouver?Design V.I.P.À vos marques ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 LAH Hockey / Devils de Binghamton c.Rocket de Laval (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Les armuriers Les armuriers De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu Homme de toi ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Moi et l'autre Olivier Olivier Olivier Olivier EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco Brésil sauvage La Semaine verte Pharmachien Pharmachien Mon cerveau au banc Vaincre Z Tout s'explique! Nature sauvage Expédition extrême Week-end Déroute Les Riders Maripier! Prêt sur gage SAVOIR Encore plus Between Pages Rature et lit Connaissance La bibliothèque de.Arrêt monde Publications Semaine Verte 22h35 Savoir Montcalm.TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Citoyen monde LE MARI DE LA COIFFEUSE (1990) avec Anna Galiena, Jean Rochefort.Planète Expédition Guyana Arctique avec Bruce Parry Vanity Fair Confidential Caïds Story Ukraine à feu et à sang CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Diggstown / Delroy Nelson Ordeal by Innocence / Part Four CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Goldbergs Jann Grey's Anatomy Whiskey Cavalier CTV National GBL Global National Global News Big Brother Canada Survivor: Edge of Extinction Chicago Fire Chicago P.D.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Whiskey Cavalier News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Edge of Extinction Million Dollar Mile SEAL Team News PBS (33) PBS NewsHour Crossroads Outdoor Nature / The Cheetah Children Nova Secrets of the Dead Amanpour UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les encanteurs Balade Le punch Mauvais karma Mauvais karma Mauvais karma Tournée générale Mira HBO1 17h50 Andre the Giant 19h20 Rush: Time Stands Still Veep Veep Veep Veep Veep TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Flyers de Philadelphie (D) D.Morissette 22h15 RAW 23h15 Kevin 03/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Unité 9 5e rang Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition O' / Ainsi va la vie.L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Kebec National Geographic Voir autrement / Police ou psy?L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Tout s'embellit Je suis chef L'Open Mic NCIS: Los Angeles Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les plus beaux treks Les pouvoirs extraordinaires du corps humain Tandem / Le monde du silence Journal/ C à dire CANAL D À la recherche de.Texas Chrome Cauchemar sur l'autoroute Mayday / Espace aérien mortel Routiers de l'Outback Mme Lebrun CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Quais Faites-nous Pas le choix Pas le choix Vendre ou rénover au Québec Projection Mariages ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Panthers de la Floride c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Au coeur de la tempête Hitler déclassifié Hitler déclassifié Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran / Le secret de Bella Quelle famille! The White Queen (v.f.) 21h15 The White Queen / Le prix du pouvoir Outlander EXPLORA Yellowstone / L'été meurtrier Brésil sauvage / Terre de pluies Découverte Mégastructures nazies Inventer demain Concevoir Z Tout s'explique! Face Off / Savants fous Les vampires originels Killjoys The Strain Leftovers SAVOIR 18h20 Prof 36.9° Autisme La boîte noire CORIM Routes science Prof/ Prof Découverte 22h10 Oser Électrons Le grand TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens C'est WOW MARIE-FRANCINE (2016) avec Patrick Timsit, Valérie Lermercier.Planète USA, 100 ans d'automobile Tout savoir.Si l'évolution m'était contée Blaireaux Choc continents / L'Eurasie Toits des villes CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Kim's Still Standing Schitt's Creek Catastrophe CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal The Village Ellen's Game of Games This Is Us The Rookie CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Silent Service FBI / Apex NCIS: New Orleans / Reckoning Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Kids-Alright Black-ish Splitting Up The Rookie / The Shake Up News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Silent Service FBI / Apex NCIS: New Orleans / Reckoning News PBS (33) PBS NewsHour Bardo: Night Bardo: Night Finding Your Roots Women, War and Peace Women, War and Peace Amanpour UNIS Cochon dingue Ouache/ Ouache Louis la faune Vu intérieur HÉLIOSOLS (2013) avec Yann Lacoste, Janique Freynet-Gagné.Ciné tout court Hooké HBO1 18h15 Fight 18h45 Courtside NBA Finals 19h45 One Nation Under Stress Veep Veep Veep Veep Veep TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball / Brewers de Milwaukee c.Blue Jays de Toronto - Entraînement du Printemps (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR L\u2019histoire de l\u2019or n\u2019est pas faite que de doux serments, d\u2019extraction miraculeuse, de stratégies boursières et de batailles juridiques.Elle flirte aussi avec le banditisme, la dépossession forcée, le désastre écologique, voire la mort de sa main-d\u2019œuvre la plus précaire sans qu\u2019on note le moindre essoufflement à sa quête insatiable.Denis Delestrac, Robert Lang et Sally Blake explorent les dessous de cette ruée dans La rage de l\u2019or, un documentaire d\u2019Arte France en deux volets repiqué ici par DL\u2019or est un métal incorruptible à la connotation totémique, d\u2019où sa valeur refuge inébranlable.Et pas que pour les banquiers et les particuliers.Même les barons de la drogue du Pérou ou de la Colombie y ont désormais recours pour «sécuriser» leurs affaires.Le premier chapitre braque les projecteurs sur les barons, légaux et illégaux, de cette industrie florissante qui ne connaît pas de repos.Entre 2004 et 2011, le prix de l\u2019or a quadruplé, alimentant l\u2019avidité des uns, non sans précipiter le malheur des autres.Le second chapitre appartient aux forçats du secteur aurifère et met spécialement en exergue l\u2019extraction artisanale de ce métal qui fait vivre 50 millions de personnes sur la planète, soit 90% de la main-d\u2019œuvre, ne laissant que 10% aux grandes minières.Présenté en rafale, le tout est journalistiquement solide: riche en faits et en témoignages de qualité exploités sans angles morts.La formule reste très verbeuse.À vrai dire, elle serait même franchement ennuyeuse si la matière n\u2019était pas si explosive et aussi bien étayée.La rage de l\u2019or Canal D, jeudi, dès 22h L\u2019or, côté barons, côté forçats Le point sur notre infatigable ruée vers ce métal précieux qui attise les convoitises CANAL D out ne va pas pour le mieux au pays d\u2019Emil Cioran, de Constantin Bran- cusi et d\u2019Elie Wiesel.Mais qu\u2019à cela ne tienne : les villes médiévales sont à hurler de beauté, les bleds sont aussi peinturlurés que joliment décatis et les châteaux féeriques sont parfois sortis de l\u2019imaginaire d\u2019architectes si allumés qu\u2019ils devaient s\u2019imbiber de tuica, le puissant tord-boyaux local.Le coût de la vie y est ridiculement bas, les gens sont plutôt francophiles, tantôt francophones \u2014 voire les deux \u2014, les meules de foin sont si hautes qu\u2019elles portent presque ombrage aux portails de bois finement ciselés, et l\u2019esprit tordu de Ceausescu enserre encore villes et villages de ceintures d\u2019immeubles staliniens, froids et austères comme son idéologie.De temps en temps, sur les routes étroites et souvent embouteillées, il faut négocier son passage avec charrettes et attelages d\u2019un autre âge, tandis que s\u2019élance sur les éperons rocheux un énième village fortifié.Ailleurs, on se surprend à traverser un village fantôme et des chemins inquiétants s\u2019enfoncent dans la touffeur noire des Carpates.Mais attention : non loin de l\u2019indécent palais du Parlement de Bucarest et sur les terrasses bondées de la pétulante Cluj-Napoca, la jeunesse vibre d\u2019espoir et de techno fraîche, fournissant une fourmillante main-d\u2019œuvre qualifiée aux grands noms du numérique.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019ils ont la foi : en dix ans, la Roumanie a perdu 5 de ses 21 millions d\u2019habitants, partis voir ailleurs s\u2019ils y travaillaient.Restent les promesses d\u2019un tourisme ici naissant, là florissant, grâce au foisonnant patrimoine de ce ravissant pays d\u2019Europe de l\u2019Est.Des sites iconiques En revenant du monastère de Nicula, réputé pour la joliesse de ses icônes sur verre, je fais monter dans ma voiture un brave bougre bigrement bourru qui faisait le planton la mine basse et le pouce levé.J\u2019entame la conversation, mais en lieu et place de réponses, l\u2019homme se signe sans ménagement en balbutiant quelque prière devant chaque édifice religieux, chaque cimetière et chaque croix de chemin, comme s\u2019il récitait un mantra halluciné, les yeux vissés dans les cieux de plomb.Il refera son manège quinze fois avant de me signaler qu\u2019il est arrivé à destination.«Dans un pays où les gens ne sont pas éduqués \u2014 nous avons les pires écoles d\u2019Europe \u2014, il est normal que la religion soit si importante», m\u2019expliquera plus tard Anton Cupcea, un Bucarestois qui prie surtout pour le salut de son pays.Une chose est sûre, c\u2019est qu\u2019on ne se fait pas prier pour s\u2019intéresser au patrimoine religieux quand on débarque en Roumanie.À Curtea de Arges, en Valachie, les clochers torsadés de l\u2019élégantissime monastère de Saint-Nicolas semblent s\u2019envriller dans le ciel enivré de bleu.Dans l\u2019est du pays, les murs des monastères de Bucovine (Sucevita, Mol- dovita, Voronet\u2026) servent de canevas à des fresques où se tutoient le merveilleux et le divin, des exemples uniques classés sur la Liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO.Dans le Maramures voisin, cœur battant de la Roumanie profonde, les églises en bois aux longs clochers graciles pullulent, plusieurs d\u2019entre elles étant aussi encensées par l\u2019UNESCO.Érigées dans un style go- thico-byzantin, coif fées de hautes flèches, elles trônent au cœur de cimetières fleuris, eux-mêmes plantés dans la région la plus bucolique de Roumanie, aux portes de l\u2019Ukraine.À Sapanta, ce n\u2019est pas tant l\u2019église multicolore qui attise l\u2019intérêt que le « cimetière joyeux » où elle s\u2019élève.Depuis 1935, 800 tombes y ont été ornées d\u2019un bas-relief naïf par un sculpteur qui ne l\u2019était vraiment pas, Stan Patras, et qui y a dépeint cer tains traits de caractère \u2014 pas toujours les plus reluisants \u2014 des défunts.Le boucher dépeçant sa viande, mais aussi le pochetron cuvant sa gnôle.La fileuse de laine et le paysan sur son tracteur, mais aussi le truand et le coureur de jupons.Après le décès de Patras en 1977, son apprenti a repris le flambeau et perpétue son œu- vre\u2026 autour de la tombe du maître.Des hôtes royaux À Viscri, l\u2019église n\u2019est pas une église, c\u2019est une forteresse.Achevé en 1225, le site en jette vraiment, avec ses fortifications chaulées et élevées sur un plan ovale, et flanquées de bastions qui se dressent entre des toitures d\u2019ardoise gondolées par les siècles.Une merveille médiévale du haut de laquelle on toise l\u2019essentiel du village de 400 âmes qu\u2019elle domine, et où les façades saxonnes s\u2019alignent le long d\u2019une grande artère en terre battue où habite notamment\u2026 le prince Charles.En 1998, le fils d\u2019Élizabeth II, qui s\u2019est lié d\u2019amitié avec le comte roumain Tibor Kalnoky, tombe en pâmoison en Transylvanie ; il achète L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 V I V R E Parti sur un coup de tête en Roumanie, notre collaborateur y a avalé 1700 kilomètres de bitume l\u2019automne dernier.Morceaux choisis glanés au fil des routes cabossées et enchanteresses de l\u2019un des pays les plus rustiquement pittoresques d\u2019Europe.REPORTAGE GARY LAWRENCE EN ROUMANIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Romanesque Roumanie Un ravissant pays d\u2019Europe de l\u2019Est où le tourisme fleurit grâce à son patrimoine foisonnant En vrac Y aller.Depuis l\u2019été dernier, Air Canada Rouge relie Montréal à Bucarest sans escale, deux fois par semaine (trois fois entre juin et octobre).Wifi (payant) à bord de tous les appareils et 100 heures de films et d\u2019émissions diffusées directement sur tablettes et téléphones, en té- léchargeant une appli aircanada.ca et voyagezrouge.com.Sécurité.Contrairement aux rumeurs, Roumanie ne rime pas avec rapines.«Quand les frontières se sont ouvertes après l\u2019adhésion de la Roumanie à l\u2019Union européenne en 2007, les voleurs furent les premiers à partir.C\u2019est pour ça que le pays est si sûr : ils sont tous en Allemagne ou ailleurs\u2026», dit Anton Cupcea sur le ton de la plaisanterie.Dormir.En Roumanie, l\u2019hébergement est vraiment modique, et on n\u2019a pas besoin de réserver à l\u2019avance, sauf parfois en haute saison: il suffit de se munir d\u2019un bon guide, comme le Routard ou le Lonely Planet.Les petites pensions sont particulièrement sympas : à Sibiel, à la Pensione Luca, j\u2019ai eu droit à une chambre proprette avec salle de bain attenante, à un bon repas du soir avec une grosse bière et un quart de litre de tuica, puis à un p\u2019tit déj\u2019 le matin, le tout pour 100 lei (32$).T bientôt une propriété qu\u2019il transforme en pied-à-terre et en maison d\u2019hôte.Quand le royal propriétaire n\u2019est pas là, quiconque allonge 90euros (et réserve une chambre à l\u2019avance) peut séjourner dans ses augustes (mais modestes) appartements \u2014 ce qu\u2019il est aussi possible de faire dans l\u2019autre propriété du prince, à Zalanpatak, dans les Carpates.C\u2019est à un autre monarque que l\u2019on doit l\u2019un des chefs-d\u2019œuvre incontestés de la Roumanie : le château de Peles.Bien plus fascinant que le château de Bran (alias « le château de Dracula »), ce féerique patchwork de tours et de styles a été commandé par Carol Ier, premier roi de Roumanie, auprès des meilleurs architectes de l\u2019époque.Originaire d\u2019Allemagne, le monarque a voulu faire germer en Transylvanie le grain de folie de Louis II de Bavière, à qui l\u2019on doit le château de Neuschwanstein (le «château de Walt Disney »).L\u2019esprit de Vienne Mais la royauté se fait tout autant sentir à Sibiu, gracieuse cité fortifiée sur laquelle plane l\u2019esprit de Vienne \u2014 dont elle s\u2019inspire \u2014 et celui de l\u2019Empire austro-hongrois.Entièrement restaurée en 2007 avant sa reconnaissance comme capitale culturelle européenne, Sibiu est d\u2019une lumineuse splendeur.Mi-bohème, mi-aristocrate, elle nargue les contreforts enneigés des monts Fagaras, qui ferment l\u2019horizon.Quant à Sighisoara, c\u2019est le comte Dracula qu\u2019elle évoque puisque c\u2019est là que serait né en 1431 Vlad Tepes, qui a inspiré à Bram Stoker son sinistre personnage friand d\u2019hémoglobine.La maison natale, où une mise en scène \u2014 un lit-cercueil drapé de rouge dans une pièce sombre \u2014 est d\u2019un kitschissime ridicule, n\u2019est pas un arrêt obligé.De fait, il y a bien d\u2019autres raisons d\u2019arpenter cette grisante cité féodale, un ancien castr um romain plus saxon que roumain, devenue ville fortifiée admirablement bien conservée : glaner les remparts, admirer les toits ondoyants depuis le bef froi de la tour de l\u2019Horloge, longer les demeures aux murs boursouflés par les suintements du temps\u2026 J\u2019y ai marché trois heures, j\u2019aurais bien pris trois jours, tout comme j\u2019aurais bien pris trois semaines pour investir tout le pays.Un pays rustique, authentique, quasi intact et à l\u2019état brut, où tout ne va pas pour le mieux, mais d\u2019où l\u2019on revient réjoui de s\u2019être aussi bien empli les yeux.L\u2019auteur était l\u2019invité d\u2019Air Canada Rouge.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 À Viscri, l\u2019église n\u2019est pas une église, c\u2019est une forteresse.Photo du haut : de hautes meules de foin à Maramures.PHOTOS GARY LAWRENCE C\u2019est le comte Dracula qu\u2019évoque Sighisoara puisque c\u2019est là que serait né en 1431 Vlad Tepes, qui a inspiré à Bram Stoker son sinistre personnage friand d\u2019hémoglobine L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Vi v r e 4 4 | L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Le kit du travailleur autonome Être travailleur autonome a ses hauts et ses bas.Oui, nous n\u2019avons pas de patron, mais, d\u2019un autre côté, c\u2019est à nous de faire notre propre comptabilité.Ces deux applications, gratuites et multiplate- formes, nous permettent de garder un petit robot-comptable dans nos poches.Enregistrer chaque minute Lesquelles de vos tâches quotidiennes sont les plus rentables, et lesquelles rapportent le moins?Combien de minutes avez-vous réellement mises sur ce dernier projet?Avez-vous bien facturé cet appel de consultation?L\u2019application Toggl, gratuite pour les travailleurs autonomes, permet de comptabiliser facilement chaque minute passée à œuvrer sur ses affaires.Le logiciel a une interface soignée et intuitive, mais on regrette qu\u2019il ne soit proposé qu\u2019en anglais.Toggl Offert pour toutes les plateformes Facturer en quelques secondes Existe-t-il un moment plus satisfaisant dans la vie du pigiste que celui de facturer son dur labeur à ses clients?Je ne crois pas.Mais jongler avec des logiciels lourds comme Microsoft Excel seulement pour créer une facture à l\u2019allure professionnelle, c\u2019est un peu moins plaisant.Le service de comptabilité virtuel Freshbooks offre un outil gratuit, tout simple, pour générer et transmettre des factures depuis son téléphone.Adaptée au contexte québécois, z documents en français ou en anglais en quelques minutes.Ne reste plus qu\u2019à attendre les chèques.Invoice Creator Offert sur iOS seulement Olivier Sylvestre REPORTAGE CAROLYNE PARENT COLLABORATRICE LE DEVOIR «Ne prends que des photos; ne laisse que tes empreintes.» Il y a belle lurette que le féru de plein air et le voyageur écoresponsable ont intégré cette consigne pro-environnementale ! Or voilà que le puriste pourrait y ajouter une proposition coordonnée : « et autant que possible, ne loge que dans des structures éphémères».L\u2019idée ne convient certainement pas à tous, mais elle tombe sous le sens alors que notre planète souffre de surtourisme.Faut-il le rappeler, notre seule présence, puis affluence, dans une destination donnée y encourage la création d\u2019infrastructures touristiques qui, immanquablement, finissent par polluer le panorama qu\u2019on était venu admirer.À Montréal, Jad Haddad, directeur pour le Canada de Terres d\u2019aventure, spécialiste du voyage à pied aux quatre coins du monde, rappor te que sa boîte ne propose plus le célèbre trek de l\u2019Inca, menant au Machu Picchu, au Pérou.Pourquoi ?«Parce qu\u2019il y a pratiquement des dépanneurs en bordure du sentier ! » dit-il.Désirer poser le pied en des lieux encore vierges, à tout le moins ob- ser ver quelque chose au-delà du déjà-vu, est le propre du voyageur.C\u2019est d\u2019ailleurs à cette fin qu\u2019il plante sa tente au sommet du mont Ham, dans les Cantons-de-l\u2019Est, les rares fois où les autorités du parc régional l\u2019y invitent.Ou qu\u2019il passe une nuit dans une cabane sur skis, tractée par une motoneige jusqu\u2019à l\u2019extrémité nord de la Laponie finlandaise, histoire de contempler des aurores boréales \u2014 une irrésistible proposition hivernale de l\u2019agence anglaise Of f the Map Travel.Il n\u2019y a pas si longtemps, dans le secteur du tourisme urbain, on disait : « Build it and they will come.» Traduction : demandez à un starchi- tecte de construire un musée et les touristes viendront.En Espagne, Bilbao doit sa renaissance au Guggenheim de Frank Gehry.Dans le créneau du tourisme d\u2019aventure, le nouveau mot d\u2019ordre semble être : proposez des séjours en pleine nature dans des environnements normalement inaccessibles, sans infrastructures permanentes et à faible impact écologique, et ils accourront.De nouvelles aventures pour voyager vert Une offre touristique pour amateurs de plein air porte plus loin encore les notions d\u2019aventure et d\u2019écorespect : les camps pop-up hors Google Map OLIVIER SYLVESTRE Des aurores boréales rien que pour soi, observées depuis une cabane sur skis en Laponie OFF THE MAP TRAVEL | 4 5 Vi v r e S o c i é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 AGENCE SPÉCIALISÉE MAROC Tél.: 450-984-2585 www.experienceberberetours.com No permis de l\u2019OPC : 702865 Nous sommes spécialistes Maroc - Circuit 19 juin au 2 juillet 2019 - Circuit 22 octobre au 3 novembre 2019 CONFÉRENCES VOYAGES Réserver au 514-351-5814 CIRCUITS COUP DE CŒUR AU QUÉBEC ET AU CANADA Mercredi 27 mars à 18h30 avec Groupes Voyages Québec UN PRINTEMPS JAPONAIS 2020 Mercredi 3 avril à 18h30 avec Yves Petit VOYAGES ACTIFS ET RANDONNÉES PÉDESTRES Mercredi 10 avril à 18h30 Lieu: Librairie Raffin Place Versailles, Montréal Départs de groupes: LES GRANDS LACS D\u2019AMÉRIQUE DU NORD, du 26 août au 9 septembre 2019 Plus que 4 places disponibles À TRAVERS LE DÉSERT D\u2019ATACAMA (Argentine et Chili du nord) du 23 novembre au 12 décembre 2019 Plus que 6 places disponibles NOËL DANS LES ROCHEUSES du 18 au 26 décembre 2019 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3399 ON S RADIS Des camps pop-up Parmi les agences qui donnent dans cette éco-escapade d\u2019un genre nouveau, il y a Natural Habitat Adventures (NHA).Établie au Colorado, elle organise des expéditions en petits groupes de tout au plus neuf participants dans des endroits reculés du genre à gauche du troisième baobab, à droite de la masse de glace.En Tanzanie et au Kenya, NHA monte ses tentes dans les parages des flux migratoires des bêtes sauvages.Au Groenland, sur les rives du Sermi- lik, un fjord peuplé de baleines et de phoques, elle installe un campement pour la brève saison des randonnées et des sorties en kayak de mer, qu\u2019elle démantèle aussitôt l\u2019hiver venu.Dans l\u2019Arctique canadien, un chalet mobile, sorte de petit train sur roues, permet l\u2019observation des ours polaires sur les rives de la baie d\u2019Hudson.« Tous ces hébergements of frent un confort absolu, un faible impact environnemental, ainsi qu\u2019une proximité sans pareille avec la faune, ce que recherchent passionnément nos clients», explique le président fondateur Ben Bressler.Upscape, une agence établie à Santiago du Chili et spécialiste du tourisme expérientiel en Amérique du Sud depuis 15 ans, vient d\u2019ajouter un Outpost à son offre chilienne afin de satisfaire la demande de séjours au diable vert.Qu\u2019est-ce que l\u2019Outpost ?C\u2019est un campement provisoire pour un maximum de 16 personnes qui peut être érigé dans le désert d\u2019Atacama comme en Patagonie, en passant par la vallée de l\u2019Elquí.« Nous nous installons sur des terres privées pour lesquelles nous avons des contrats d\u2019exclusivité \u2014 ce qui veut dire que nos clients ne sont pas cernés par d\u2019autres touristes croquant des images destinées à Instagram », note Brian Pearson, président d\u2019Upscape.L\u2019accès exclusif à des destinations hors piste, en compagnie de guides naturalistes incollables, a bien sûr son prix.D\u2019ailleurs, moins on est prêt à sacrifier son confort au nom de l\u2019aventure, plus le coût est élevé.Par exemple, camper cinq jours dans un Outpost de l\u2019agence Upscape pour assister à l\u2019éclipse solaire totale, en juillet prochain, au Chili, va chercher dans les 6450 $US, hors vols internationaux.« Une moyenne de deux employés par client et des tentes de 400 pieds carrés aménagées comme un hôtel de luxe, cela implique toute une logistique ! » dit Brian Pearson.Vers le voyage « zéro déchet » Une offre de voyage à empreinte écologique minimale devrait être assortie d\u2019un engagement pro-environnemental concret.C\u2019est le cas de NHA.En 2007, le partenaire de World Wildlife Fund af f i r mait être le premier voyagiste carboneutre au monde.Cela signifie qu\u2019il finance divers projets de reboisement pour compenser les émissions de carbone qu\u2019engendrent non seulement ses activités touristiques, mais également ses activités commerciales quotidiennes.En juillet prochain, au parc national Yellowstone, aux États-Unis, NHA lancera une « mission zéro déchet ».« Réutilisation, recyclage, surcyclage [récupération ayant pour finalité la création d\u2019un produit de meilleure qualité ou utilité que celui d\u2019origine], compostage : nous allons détourner au moins 99 % des déchets produits lors de notre séjour.Ce faisant, nous allons apprendre comment éviter les flux de déchets à l\u2019avenir et, espérons-le, inspirer l\u2019industrie du tourisme à en faire autant », souligne Ben Bressler.Cette question du voyage « zéro déchet » interpelle déjà Jad Haddad et Terres d\u2019aventure, une agence également carboneutre qui organise des séjours sous la tente en montagne comme dans le désert.« Récemment, nous avons réuni nos partenaires d\u2019une centaine de pays pour réfléchir ensemble à des façons d\u2019aller encore plus loin dans notre gestion des déchets à destination.» Au premier chef, régler leur compte aux bouteilles de plastique, un usage dont ses clients s\u2019inquiètent de plus en plus.Un bon plan ?« Nous leur donnons des gourdes et étudions la possibilité d\u2019y intégrer des filtres pour ces endroits dans le monde où il n\u2019est pas recommandé de boire l\u2019eau du robinet », dit-il.«En tant \u201cqu\u2019invités\u201d à l\u2019étranger, il nous faut être respectueux des populations comme des paysages », pour- suit-il.D\u2019autant plus quand la nature est notre terrain de jeux.Le campement provisoire de Natural Habitat Adventures au Groenland RALPH LEE HOPKINS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | REPORTAGE CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATRICE LE DEVOIR n jour, il est chef de cuisine au prestigieux restaurant Noma de René Redzepi à Copenhague, au Danemark.Le suivant, il passe du côté des cafétérias scolaires aux États-Unis.C\u2019est l\u2019histoire du chef américain Dan Giusti, fondateur de l\u2019entreprise de gastronomie sociale Brigaid.De passage à Montréal dans le cadre du festival Montréal en lumière en février dernier, Dan Giusti participait à une table ronde sur la gastronomie sociale, en compagnie notamment de Jean-François Archambault, de La Tablée des chefs, ainsi que d\u2019Adelle Tarzibachi et Josette Gauthier, cofon- datrices du service traiteur Les Filles Fattoush, dont la mission est d\u2019offrir une première occasion de travail aux réfugiées syriennes.Changement de cap Venant d\u2019une famille d\u2019origine italienne, Dan Giusti voit dans les repas scolaires une occasion de se rassembler en grand nombre autour de la table.En ce sens, il racontait récemment au magazine The New Yorker le moment où il a eu envie de changer sa façon de travailler [traduction libre] : « Chez Noma, nous étions 45 personnes pour nourrir 45 personnes.J\u2019ai réalisé que je voulais nourrir plusieurs personnes tous les jours.» Les cafétérias scolaires lui ont paru comme l\u2019endroit idéal, malgré les restrictions budgétaires de celles- ci.Par-dessus tout, il ne voulait pas que ce projet soit une œuvre caritative.Il voulait plutôt que son modèle d\u2019af faires puisse se multiplier à l\u2019échelle nationale, afin de métamorphoser le menu des cafétérias scolaires au complet.Pour y parvenir, il devait donc s\u2019assurer que son concept soit rentable à long terme, au l ieu d\u2019être soutenu par des banques alimentaires ou des bénévoles, par exemple.De là est née Brigaid en 2016, une entreprise à vocation sociale, sans être un organisme à but non lucratif.« Pour changer les choses, il faut aussi être prêt à changer sa propre vision de l\u2019alimentation», raconte-t-il.Ce faisant, il a dû ajuster ses attentes et faire preuve de patience.«J\u2019ai compris que je devais commencer par offrir des plats que les jeunes connaissent et qu\u2019ils aiment tout en respectant les réalités budgétaires de l\u2019école, dit-il.Mais si on sert de la pizza, la pâte et la sauce sont maison.» Cela est déjà un bon départ pour initier les jeunes au vrai goût des aliments plutôt qu\u2019à celui des produits alimentaires ultratransformés que la plupar t d\u2019entre eux consomment quotidiennement.Plus rapidement que prévu, les élèves ont élargi leur éventail de préférences culinaires.Or, aujourd\u2019hui, lorsque la salade César à base de chou vert frisé est au menu, les élèves se ruent vers le comptoir à salades à la cafétéria.Comme quoi, éveiller le goût est possible, pourvu que cela soit fait dans une optique de découverte et de plaisir, comme un jeu d\u2019enfants finalement.Avant même de convaincre les enfants, il faut d\u2019abord et avant tout amener les commissions scolaires et les instances gouvernementales à ouvrir leurs portes à une firme de consultants comme Brigaid.Étant donné la réalité de la plupart des cafétérias scolaires aux États-Unis, l\u2019équipe de Brigaid a dû réfléchir autrement à la faisabilité d\u2019un tel projet et à la manière d\u2019approcher les commissions scolaires.Évidemment, présenter un budget idéal de ce que devrait coûter chaque repas pour que la qualité et la quantité alimentaires soient optimales n\u2019a rien de très invitant pour les gestionnaires des cafétérias scolaires ou autres établissements.L\u2019approche de Dan Giusti est tout autre.Il présente d\u2019abord les façons dont l\u2019école peut économiser, par exemple en réduisant le plus possible le gaspillage alimentaire et en optant pour des ingrédients de base, plutôt que pour des aliments ultratransformés prêt-à-manger.Au bout du compte, le budget demeure sensiblement le même, puisqu\u2019il Place à la gastronomie sociale Quand un chef passe d\u2019un des meilleurs restaurants du monde aux cafétérias scolaires L\u2019entreprise Brigaid vise à métamorphoser les cafétérias scolaires aux États-Unis.WINTER CAPLANSON U | 47 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 L A R EC E T T E D U C H E F O L I V I E R P E R R E T Déclinaison de betteraves, cromesquis de Louis d\u2019Or, poire et balsamique Pour 4 personnes Ingrédients 4 betteraves rouges 3 betteraves jaunes 1 échalote française 10ml de vinaigre balsamique rouge 10ml d\u2019huile d\u2019olive vierge extra 2 poires mûres 10ml de vinaigre balsamique blanc 120g de fromage Louis d\u2019Or 10g de farine 2 œufs 100g de chapelure de pain Préparation Morceaux de betteraves Cuire 3 betteraves rouges et 3 betteraves jaunes séparément dans de l\u2019eau salée (commencer la cuisson dans l\u2019eau froide).Éplucher puis tailler 2 betteraves jaunes et 2 betteraves rouges en petits quartiers.Réserver.Purée de betteraves Éplucher et émincer finement l\u2019échalote et les betteraves cuites restantes.Faire suer le tout dans une casserole environ 5 minutes.Mélanger ensuite dans un mixeur en incorporant le vinaigre et l\u2019huile d\u2019olive.Rectifier l\u2019assaisonnement au besoin.Chips de betteraves Éplucher et trancher finement à l\u2019aide d\u2019une mandoline la dernière betterave rouge (crue).Faire frire à 350°F.Déposer les chips sur du papier absorbant et assaisonner de sel.Purée de poires Éplucher et tailler grossièrement les poires.Faire suer dans une casserole de 2 à 3 minutes et déglacer au vinaigre balsamique blanc.Réduire à sec et mélanger dans un mixeur jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019une purée lisse.Cromesquis de Louis d\u2019Or Tailler 12 morceaux d\u2019environ 10 g de Louis d\u2019Or.Paner deux fois à l\u2019anglaise ; passer d\u2019abord les morceaux de fromage dans la farine, puis dans l\u2019œuf et ensuite dans la chapelure.Renouveler l\u2019opération en passant le fromage dans l\u2019œuf, puis dans la chapelure.Faire frire à 350°F jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019une belle coloration dorée.Suggestion de présentation : Ajouter quelques jeunes feuilles d\u2019épinard et des copeaux de betterave crue.Olivier Perret est chef du Renoir à l\u2019hôtel Sofitel de Montréal.RENOIR SOFITEL Dan Giusti a été chef de cuisine au prestigieux restaurant Noma de René Redzepi à Copenhague.DAVID ZILBER faut plus de personnel pour cuisiner ces ingrédients de base.Mais cela ne fait que le bonheur et la fierté de la brigade, qui peut désormais cuisiner au lieu d\u2019assembler des produits alimentaires ultratransformés.Au-delà de la cafétéria Pendant la table ronde à Montréal en lumière, les propos de Jean- François Archambault de La Tablée des chefs illustraient bien la réalité des cours de cuisine dans le milieu scolaire au Québec, un autre aspect impor tant de la gastronomie sociale.Leur programme de cours de cuisine dans les écoles secondaires de la province, les Brigades culinaires, est désormais présent dans 125 écoles de 17 régions différentes, touchant 3000 jeunes.L\u2019objectif pour la prochaine rentrée scolaire est de franchir le cap des 150 écoles.C\u2019est extraordinaire ! Mais il rappelle que cela s\u2019approche de la limite du nombre d\u2019écoles qui possèdent encore une cuisine fonctionnelle depuis que les cours d\u2019économie familiale ont été retirés du cursus scolaire en 2009.En attendant que les écoles se J\u2019ai compris que je devais commencer par offrir des plats que les jeunes connaissent et qu\u2019ils aiment tout en respectant les réalités budgétaires de l\u2019école.Mais si on sert de la pizza, la pâte et la sauce sont maison.DAN GIUSTI » transforment et s\u2019adaptent à cet inspirant retour des cours de cuisine en classe, La Tablée des chefs peaufine son programme en y ajoutant des éléments clés pour approfondir la discussion sur l\u2019alimentation.Il est certainement pertinent d\u2019apprendre à cuisiner pour éviter que nos jeunes dépendent des aliments ultratransformés.Il l\u2019est tout autant de connaître d\u2019où proviennent nos aliments, comment ils poussent ou comment ils sont élevés.Il est aussi essentiel de comprendre la réalité des producteurs agricoles au Québec.C\u2019est pourquoi des agriculteurs locaux présentent leur travail aux participants des Brigades culinaires aux quatre coins de la province.Puisque la gastronomie se définit par la connaissance de tout ce qui se rapporte à la cuisine, à la préparation des repas, à l\u2019art de déguster et d\u2019apprécier les mets, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elle ait autant sa place dans le milieu scolaire.Si l\u2019acte de manger est fondamentalement un acte social, cuisiner, manger et parler d\u2019alimentation à l\u2019école correspondent à l \u2019essence même de la gastronomie sociale. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Vi v r e R e s t o 4 8 | Incroyable érable ?Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Éditions de Mortagne, Boucherville, 2019, 223 pages Saviez-vous que le Québec était « le premier producteur mondial de sirop d\u2019érable » et qu\u2019il en assurait «72 % de la production mondiale »?C\u2019est le genre de choses que vous apprendrez en parcourant ce livre fourre- tout aux photos alléchantes où l\u2019on retrace la grande histoire de « l\u2019or blond», va à la rencontre d\u2019acéricul- teurs passionnés et fait découvrir les vertus gastronomiques du précieux sirop et ses délicieux dérivés grâce à 12 chefs amoureux dudit nectar bien de chez nous, l\u2019enthousiaste Philippe Mollé en tête.Parmi la soixantaine de recettes qu\u2019ils proposent, on se promet de tester le bol poke de ta- taki de saumon de l\u2019Atlantique au sésame et à l\u2019érable d\u2019Olivier Perret, les carottes et panais glacés au cumin et à l\u2019érable d\u2019Éthné de Vienne et le millefeuille à l\u2019érable de Martin Falardeau.Un livre pour gourmets gourmands qui donne envie de cuisiner avec plus d\u2019audace en se tournant vers les produits de l\u2019érable, dont certains demeurent méconnus, et ainsi faire fi du sucre blanc.Manon Dumais Cuisine botanique ?Stéphanie Audet, Les Éditions du Journal, Montréal, 2019, 232 pages La grande tendance culinaire du moment est de manger moins de viande et d\u2019accorder plus d\u2019importance aux aliments provenant des plantes.La cuisine botanique fait lentement mais sûrement sa place dans nos habitudes alimentaires.Stéphanie Au- det est une spécialiste de la gastronomie végétale, de la fermentation et de la germination.Ce n\u2019était qu\u2019une question de temps avant que la renommée chef du restaurant LOV nous offre un livre abondamment illustré de 80 recettes végétales, où les légumes, les fruits, les grains et les feuilles sont en vedette, magnifiés par les photos de Valeria Bismar.Vous avez dit légumes marinés au kombucha, avoine nue et caramel au maca, riz au thé genmaicha et aux prunes umeboshis, salade de farro et fruits, gnocchis à la livèche, moka de chaga, tacos de jacquier, burger au lupin?Pour Stéphanie Audet, ce livre «célèbre l\u2019abondance de la nature et les bienfaits des produits qu\u2019elle nous offre ».Pour le lecteur, c\u2019est la découverte de sa façon unique de cuisiner les plantes et les légumes en une combinaison de saveurs originale et inventive.Julie Carpentier CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Les temps changent.Cette méduse échouée dans le Vieux-Montréal, par exemple, a de quoi surprendre.Le mot « méduse » évoque pour les uns de terribles irritations cutanées, pour les autres d\u2019émouvants souvenirs du film L\u2019année des méduses et, plus particulièrement, de Bernard Giraudeau et Valérie Kaprisky ; dif férentes piqûres.La méduse qui nous intéresse est un beau restaurant baptisé Jellyfish, moins urticant et délicieux.Parfois, j\u2019écris tout de suite.Parfois, je laisse mijoter.Cette critique- ci a mijoté longtemps.La soirée en compagnie de Georges et Ron, délaissés eux aussi par des épouses chantantes, avait pourtant été parfaite.Le 1er février, Natacha était au service.Elle est un exemple de précision et d\u2019élégance retenue, toutes qualités appréciées par la clientèle.Le décor, puisqu\u2019il faut en parler lorsqu\u2019il joue comme ici un rôle important, est très soigné, chic, sans ostentation.En soirée, il contribue à faire régner une belle ambiance, propice aux repas réussis.Carte équilibrée et intelligemment construite; on sent que quelqu\u2019un en cuisine prend son travail à cœur; le chef Mathieu Masson-Duceppe en l\u2019occurrence.L\u2019exécution est elle aussi très soignée, signe que sa brigade est réveillée.Trois entrées, dont deux dignes de mention : Tomates Heirloom, soulignée d\u2019une soyeuse émulsion miso- gingembre et d\u2019un peu de panko épicé ; et Gravlax de saumon, un beau pavé de poisson accompagné de betteraves, d\u2019un surprenant kimchi d\u2019oignons verts, d\u2019une délicate salsa de pomme verte au yuzu et de quelques touches de gel de courge.Je ne vous bassinerai pas trop avec la troisième, une proposition de pieuvre en tempura.Malgré les efforts de la cuisine pour rendre la chose intéressante à grand renfort de confiture de bacon, d\u2019aïoli et de houmous citronné, celle- ci ne passera pas à l\u2019histoire.Un seul petit bémol pour un repas par ailleurs savoureux.J\u2019essaie de ne vous parler que de choses intéressantes.Par contre, cette morue d\u2019Islande, où la cuisson au charbon de bois avait laissé quelques notes, était superbe.Grillée et habillée d\u2019un impeccable beurre blanc au miso, elle était accompagnée de caviar de mulet et Très savoureuse méduse Baptisé Jellyfish, ce beau restaurant du Vieux-Montréal a de quoi surprendre\u2026 Au Jellyfish, le décor est très soigné, chic, sans ostentation.En soirée, il contribue à faire régner une belle ambiance.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Une entrée digne de mention : Tomates Heirloom, soulignée d\u2019une soyeuse émulsion miso-gingembre et d\u2019un peu de panko épicé. Viv r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 couronnée de petit pois très frais.En cette saison, des petits pois très frais, soit parfaitement congelés et décongelés, sont un baume.Le menu annonçait laconiquement « Poulet ».En fait, il s\u2019agit d\u2019un gros demi-poulet grillé, une assiette hallucinante par la quantité et impressionnante par la qualité.Volaille bien choisie et cuisson très réussie, la présence de beurre au miso donnant à la peau une texture juste croustillante et la farce au fromage blanc venant ajouter à la tendreté de la viande.Le féroce coup de fourchette de Monsieur Béarnaise, qui avait commandé la chose, était lui aussi saisissant.Monsieur Trompette s\u2019est concentré afin de ne rien laisser paraître de son enthousiasme pourtant évident dès la première bouchée de son onglet de bœuf.Il faut dire qu\u2019en bon Italien qu\u2019il est, il fait preuve d\u2019un emballement systématique dès que le mot « parmesan » apparaît dans un menu, et celui-ci se trouvait parmi les accompagnements assez emballants de cette assiette.La cuisson de la viande était exactement telle qu\u2019elle avait été demandée et, apport du chi- michurri asiatique, la viande fleurait le gingembre, le combava et la citronnelle.Ici encore, la cuisson au charbon de bois ajoutait une note agréable.Natacha nous avait parlé de « La pièce, Choix du chef», un tomahawk de 45 à 52 oz (!) Nous nous sommes gardé une petite gêne.Les desserts étaient raisonnables, mais je ne peux vous en parler car ils étaient offerts.Revenu quelques jours plus tard pour un lunch rapide afin de valider, je validais et confirme aujourd\u2019hui que le midi est à l\u2019image du soir à cette adresse, cuisine et service.La sommelière Gabrielle Boland accomplit du très bon travail et semble être à l\u2019écoute, non seulement des tendances, mais également de sa clientèle.Comme elle écoute aussi les porte-monnaie sensibles, on lui octroie une excellente appréciation.Jellyfish ?$$$ 1/2 626, rue Marguerite d\u2019Youville, Montréal?514 303-0908 Ouvert à midi du mercredi au vendredi et en soirée, du lundi au samedi.Menu du midi pour une vingtaine de dollars, mais si vous péchez, ce sera plutôt une trentaine ou plus ; en soirée, vous pécherez, donc apportez votre tirelire.Service de voiturier disponible en soirée les jeudis, vendredis et samedis.Pour annoncer dans ce regroupement.Contacter la publicité au 514 985-3454 LES ÉRABLIÈRES \u2022 Site en montagne.\u2022 110 pers max.\u2022 2 salles.\u2022 Sentier pédestre.\u2022 Tire sur neige.\u2022 Cuisine maison de grande qualité à volonté.Apportez votre vin.Sur réservation.www.cabanedupicbois.com 1468 rue Gaspé Brigham, (Bromont) (450) 263-6060 Petite cabane à sucre traditionnelle.45 minutes de Mtl MEDAILLE D\u2019OR \u201cLa Commanderie de l\u2019Érable\u201d Forfait Art & Culture .s é n n o i s s a p s t o n i l e d a m s n a s i t r a s e l ec v a s d u l n p , e t r a \u2019 s d e i r e l a t g s e e é s u x m u e r b m o e n d u t & C r A t i a f r o e f , l s e l x Î u r a u o j é e s r t o e v s d r o L b a r pa om c n i mer en e g a y o v n u r u o p , e l a vi vi on c d e n i s i u c e eus r ou v a s a l , x eu r eu l a h c l i e u c ac \u2019 l t n a m r a h c re t o N .l a ré t on M à t emen u q r ba em e l z e t t e m s u o v , A M T C s e r è i s i o r C s e l c e v A m ê nt m a v s a e l s Î e z l e r nt o c n e R r e g n a h c é \u2019 t d r e e r t n o c n e e r r i r v ou c é d a r fe ous v e r u t l .e l e anc i b am e n u t e s e l Î s e romet p s u o v e pag i u q é e r t o v s è d s e l Î x u a d e i p r e v i r r y a \u2019 e d Le Devoir, rigoureux de nature Pour soutenir la couverture environnementale du Devoir, abonnez-vous?! www.ledevoir.com/promo-environnement Grillée et habillée d\u2019un impeccable beurre blanc au miso, la morue d\u2019Islande est accompagnée de caviar de mulet et de petit pois très frais.Le demi-poulet grillé, une assiette hallucinante par la quantité et impressionnante par la qualité. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Vi v r e P l e i n a i r 5 0 | REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR n mars, on fait du plein air ! C\u2019est du moins ce que recommande Équiterre dans le cadre de son Geste du mois.Cette campagne de sensibilisation invite tout un chacun à contribuer à la sauvegarde de la planète par de petites actions du quotidien.« Cette idée de Geste du mois relève aussi d\u2019un élan de reconnexion à la nature, précise Ryan Worms, directeur des communications chez Équiterre.Car faire du plein air, c\u2019est assister à la beauté du monde et partager l\u2019envie de la protéger.» Donc, en mars, on fait du plein air pour rétablir notre lien avec la nature, pour profiter encore des joies de l\u2019hiver qui s\u2019achève et pour se retrouver, en groupe, dans une ambiance joyeuse et ludique.Oui, le plein air, c\u2019est aussi parfois une école de l\u2019humour, quand on ne se prend pas trop au sérieux et qu\u2019on sait rire de soi-même.La preuve en quatre événements et activités un peu plus drôles que la moyenne.Cantons-de-l\u2019Est Cela fait 12 ans que la fameuse station de ski Sutton propose cet événement participatif de ski de printemps qui rassemble chaque année de très nombreux visiteurs.D\u2019abord parce que ceux qui se frottent au défi doivent être de sacrés descendeurs en ski ou en planche à neige, mais aussi parce que cette compétition amicale se fait dans une ambiance franchement loufoque.La course consiste à glisser le plus longtemps possible sur un lac artificiel de 30 mètres, situé au pied d\u2019une pente.C\u2019est la vitesse gagnée en descente qui permet aux skieurs de surfer sur l\u2019eau jusqu\u2019au bout du lac.« Parfois, certains finissent par caler et goûter à l\u2019eau glacée, raconte Clothilde Mondor, coordonnatrice à Mont-Sutton.Mais le lac est peu profond, car des bâches de rétention permettent de limiter la profondeur à environ un mètre.Et une équipe de plongeurs est là pour secourir les participants le plus vite possible.» Si cette course amicale s\u2019avère résolument cocasse, c\u2019est parce que les concurrents por tent des déguisements insolites et, disons-le, dont l\u2019excentricité jure avec le sérieux qui accompagne d\u2019ordinaire les compétitions de ski.On voit dévaler ainsi de drôles d\u2019oiseaux colorés, de petits hommes verts et d\u2019autres créatures indéfinies.Les 120 participants inscrits sont jugés selon des critères techniques, mais aussi pour l\u2019originalité de leur costume.Pour l\u2019occasion, un petit village est dressé au pied des pistes avec barbecue, DJ invité et après-ski au bar.Afin de rire de l\u2019hiver encore un peu.Infos pratiques : Snow on the Beach a lieu le 6 avril, de 13 h à 16 h, au chalet principal de la station Mont- Sutton.Tarif : 10 $, en plus de l\u2019accès à la station (20 $ pour la zone famille ou 68 $ pour le laissez-passer de jour).Inscription le matin de 9 h à 12 h.?1 866 538-2545 Mauricie : Graphineige Voilà une drôle d\u2019activité au croisement du plein air et de l\u2019art éphémère.Depuis quatre ans, les raquetteurs aguerris peuvent se lancer en groupe dans l\u2019exécution d\u2019une œuvre sur la surface de l\u2019un des deux lacs mis à leur disposition \u2014 lac aux Chevaux et lac Solitaire \u2014 dans le parc national de la Mauricie.«L\u2019activité consiste à reproduire un dessin fourni par le parc, ou au gré de sa propre inspiration, en s\u2019aidant d\u2019une boussole pour se déplacer et reproduire le dessin à grande échelle», explique Julie Dumont, de Parcs Canada.Ainsi les traces des raquettes dévoilent les contours d\u2019un vélo, d\u2019un castor, ou encore d\u2019une feuille d\u2019érable ou d\u2019une araignée.Après l\u2019exécution, qui dure généralement de deux à trois heures, les artistes grimpent au sommet d\u2019un belvédère à proximité pour admirer leur œuvre graphique.L\u2019activité Graphineige a lieu le samedi et le dimanche et sur réservation uniquement, météo oblige.C\u2019est amusant, inédit et néanmoins sportif.Infos pratiques : L\u2019activité de fin de semaine est of fer te jusqu\u2019à la fin mars.Tarif : 7,80 $, le prix de l\u2019accès au parc en raquettes (gratuit pour les 17 ans et moins).?819 538-3232 Chaudière-Appalaches Dans cette course de traîneau à trois skis, qui a lieu sur le mont Adstock, il n\u2019y a ni gagnants ni perdants, juste beaucoup de vitesse et une sacrée bonne ambiance.L\u2019idée (un peu folle) est de dévaler la piste L\u2019Express en trois-skis et d\u2019avaler ses 150m le plus rapidement possible.Le Grand Prix 3-skis, qui a lieu à proximité de Thet- ford Mines, s\u2019adresse à tous, même aux enfants à partir de six ans.Deux conditions cependant pour avoir le droit de participer: «Porter un casque et choisir un costume déjanté pour en faire un événement encore plus \u201cflyé\u201d : personnage de Star Wars, de cow-boy.On peut même recycler son costume de père Noël ! »,ajoute Mathieu Desmarais, directeur général de la station récréotouristique du Mont-Adstock.Musique et bar extérieur sont aussi de la partie.Infos pratiques : Le Grand Prix 3-skis a lieu cette année le 30 mars de 9 h à 16 h.L\u2019inscription se fait sur place au prix de 10 $.?418 422-2242 Charlevoix Le Massif : son domaine skiable unique, ses points de vue inoubliables sur le fleuve, son enneigement fabuleux et\u2026 son Splash annuel dans la mare aux canards ! Pour la cinquantaine de participants, l\u2019objectif de cet événement festif est de descendre à ski ou en planche à neige l\u2019une des pistes de la Grande Pointe, dans le parc à neige.La chose s\u2019achève généralement sur la surface d\u2019un bassin \u2014 ou dedans, dans le pire des cas.Là aussi, on invite les participants, adultes et enfants, à opter pour un one- piece façon années 1980 ou un morph- suit en lycra.Toute autre idée de costume est la bienvenue.Cette course a lieu le dernier week-end d\u2019opération de la station et se déroule sur fond sonore de reggae avec la prestation du groupe reconnu Jah and I, présent sur place.De la glisse folle, l\u2019ambiance en plus.Infos pratiques : Le Splach à la Montagne a lieu cette année le 20 avril.Le départ de la descente se fait du sommet de la montagne, après 15 minutes de marche.L\u2019inscription a lieu le matin et la participation est gratuite, sans obligation d\u2019achat d\u2019un laissez-passer journalier.?1 877 536-2774 Rire de la neige qui perdure Profiter des derniers jours de mars pour se reconnecter joyeusement à la nature Pour l\u2019activité Graphineige : les raquet- teurs aguerris peuvent se lancer en groupe dans l\u2019exécution d\u2019une œuvre sur la surface de l\u2019un des deux lacs mis à leur disposition dans le parc national de la Mauricie.PARCS CANADA E | 5 1 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 REPORTAGE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Qu\u2019est-ce qui se brasse dans le nord?La région laurentienne héberge depuis longtemps des entreprises bras- sicoles d\u2019importance telles que les Brasseurs du Nord (Boréal) à Blain- ville, Simple Malt/Brasseurs illimités à Saint-Eustache et Dieu du Ciel ! et ses installations de Saint-Jérôme.Dans l\u2019ombre de ces géants de la micro, une nouvelle scène du houblon émerge enfin des Hautes-Lauren- tides.Rencontre avec les artisans du Baril roulant de Val-David et du Camp de Base de Saint-Adolphe-d\u2019Howard.Camp de Base «Pendant longtemps, il y a eu effectivement un vide », acquiesce Alexandre Sirois, maître brasseur et cofon- dateur de la microbrasserie Camp de Base.« T\u2019arrivais dans la grande région des Laurentides, tu trouvais Boréal, Dieu du Ciel !, ensuite à Mont- Tremblant la brasserie St-Arnould, Le Diable dans la montagne et Le Lièvre à Mont-Laurier.Aujourd\u2019hui, de nouvelles brasseries se sont enfin installées », ajoute-t-il en soulignant le travail des artisans de La Veillée (Sainte-Agathe-des-Monts) et du sympathique pub La Maison du brasseur, où l\u2019on aspire bientôt à brasser sur place, dans le secteur Saint-Jovite de Mont-Tremblant.Après avoir appris son métier en travaillant pour quelques entreprises, Alexandre Sirois a démarré en novembre 2017 le Camp de Base, qualifié de « brasserie éducative » : « C\u2019est un lieu de production combiné à une salle de formation, puisque j\u2019ai été formateur en milieu brassicole », explique-t-il.La formation est d\u2019abord destinée aux entreprises en démarrage.« Autrement, poursuit-il, je donne des ateliers ponctuels pour démystifier le métier de brasseur.Essentiellement, j\u2019ai mis sur pied ce que je recherchais à mes débuts comme brasseur, il y a 15 ans.» Moins d\u2019une dizaine de recettes sont embouteillées sur place, dont cette V9 IPA des Laurentides, une india pale ale à 6,5 % d\u2019alcool conçue dans le style des IPA de la côte Ouest américaine.Elle allie une bonne base maltée à l\u2019amer tume relevée des houblons.« J\u2019ai voyagé dans à peu près tous les pays possédant une tradition brassicole digne de ce nom », explique Sirois en évoquant ce style américain d\u2019IPA dégusté durant un séjour de trois mois en Californie, il y a neuf ou dix ans.«J\u2019ai connu les IPA comme ça, avec des bières très amères \u2013 et claires », contrairement à la tendance des bières juteuses et voilées arrivées avec les NEIPA (North Eastern India Pale Ale).«J\u2019aime laisser à la bière le temps qu\u2019il faut pour qu\u2019elle refroidisse, une bonne semaine disons, ça lui laisse le temps de se clarifier.Ma bière n\u2019est pas filtrée, mais elle est claire quand même.Je trouve que ce style de bière s\u2019est perdu avec l\u2019arrivée des NEIPA, alors que nos classiques du genre, la Yakima du Castor ou la Moralité de Dieu du Ciel !, sont plutôt de cette tendance.J\u2019avais envie de faire ce genre de bière qui m\u2019a marqué et qu\u2019aujourd\u2019hui on cherche sur les tablettes.» Partant d\u2019une base d\u2019orge malté, de blé caramélisé et de f locons d\u2019avoine, le maître brasseur dit s\u2019inspirer de son environnement lauren- tien pour cette recette mettant en valeur les saveurs résineuses, sapinières, des houblons sélectionnés.« J\u2019aime beaucoup les houblons qui dégagent des notes de conifères, comme le Columbus.J\u2019ajoute aussi du Simcoe, que je mets à la fin de l\u2019ébullition parce que j\u2019aime bien les arômes qu\u2019il dégage lorsqu\u2019il chauffe un peu.Ensuite, en fermenteur pour un houblonnage à froid, j\u2019ajoute toujours du Citra avec le Columbus.» Le Baril roulant Patrick Watson a développé ses talents de brasseurs pendant quelques années chez Brasseurs illimités avant de dénicher son petit coin de paradis il y a sept ans, en plein cœur du village de Val-David.Le pub rapidement devenu trop petit, l\u2019auberge- restaurant à trois coins de rue de là a été ensuite acquise, puis l\u2019usine de production, ouverte depuis trois ans.Quelques-unes des recettes en canettes sont distribuées jusqu\u2019à Montréal, mais l\u2019essentiel de la production est dégusté dans la région.« Nous, on a une stratégie locale : encourager les gens à nous visiter au pub, vendre nos produits dans les marchés du coin, suivant l\u2019optique: si tu veux du pain, tu te rends chez le boulanger, alors si tu veux de la bière, tu vas la chercher à la brasserie !» « Lorsqu\u2019on a débuté, de Saint- Jérôme à Mont-Tremblant, y avait pas de microbrasseries», rappelle Watson, aussi l\u2019un des instigateurs d\u2019une coopérative de brasseurs artisanaux des Laurentides travaillant, entre autres projets, à la création d\u2019un circuit bras- sicole touristique.«Aujourd\u2019hui, y a plus de micros et on entend parler de plusieurs projets en branle; ça va bouger ici dans les prochaines années.» Son partenaire d\u2019affaires, David Va- chon, brasseur qui tripe sur les bières houblonnées, jette son dévolu sur les bières richement maltées, comme cette ale brune belge baptisée Jabak.« J\u2019aime les styles belges, les scotch ales aussi, des bières rondes, costaudes.» Son ale brune belge, à 7 % d\u2019alcool, a été infusée dans du thé du labrador.« [Cet ingrédient] apporte des arômes un peu floraux et fruités.Cette bière, la première fois que je l\u2019ai brassée, c\u2019était chez Kruhnen [la mi- crobrasserie], alors que j\u2019étais encore un brasseur itinérant », explique Vachon à propos de cette expérimentation datant d\u2019avant l\u2019inauguration de ses propres installations.« J\u2019aime les bières goûteuses ; j\u2019ajoute à cette bière du gingembre, mais de manière très subtile, seulement pour soutenir le thé du labrador et lui donner une petite pointe d\u2019épices».Les brasseurs belges ajoutent du sucre candi à leurs brunes ; Patrick Watson le remplace par du miel de sarrasin.Les houblons Nugget et Cascade sont employés pour leur amertume, histoire de trancher dans le sucre tout en donnant un doux parfum floral.Boire et savourer les Laurentides Des microbrasseurs émergent enfin des Pays d\u2019en haut Dans l\u2019ombre de ces géants de la microbrasserie, une nouvelle scène du houblon émerge des Hautes-Laurentides.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Nous, on a une stratégie locale : encourager les gens à nous visiter au pub, vendre nos produits dans les marchés du coin, suivant l\u2019optique : si tu veux du pain, tu te rends chez le boulanger, alors si tu veux de la bière, tu vas la chercher à la brasserie ! PATRICK WATSON » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Courriel : angie@legroupevip.com Tél.: 514.844.3616 ou 1 877.887.7843 sans frais Adresse : 2055 rue Peel, Suite 525, Montréal (QC).Suivez-nous sur Facebook www.facebook.com/legroupevip LEGROUPEVIP.COM permis du Québec LES CHARMES DE L\u2019INDE DU NORD ET DU RAJASTHAN Comprend : Ne comprend pas : INDE DÉPART DE GROUPE 2019 5 449 $ par personne en occupation double 5 649 $ Tarif Promotionnel par personne si réservé avant le 30 avril et payé par chèque.200 $ de rabais ÉLUE Meilleure agence spécialisée au Québec ÉVÈNEMENT SPÉCIAL PRÉSENTATIONS CONFÉRENCES Réservez au 1 800 650 0424 Email : voyages.sbrouty@videotron.ca POUR DES VOYAGES PAS COMME LES AUTRES Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com 2 dates de présentations conférences vous seront présentées : 1ÈRE CONFÉRENCE RÉSERVEZ! 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Pourboires aux guides, chauffeurs et personnel hôtelier vices non mentionnés dans le programme, T Frais de visa pour l\u2019Inde, Ser , Frais V , Assurances voyage, Contribution FICA outes les dépenses personnel pour cameras photos et vidéos à certains sites les, Boissons lors des repas p Inscri tion Notre égyptologue, conférencier venant d\u2019Égypte, Mr Ihab Shaarawy Extension Jordanie (P Guide e visualiser notre circuit, croisière et démystifier vos craintes d\u2019aller en Égypte.us invite à s o V ortugal Madère - 22 jrs 14h00 Circuit P ans erles des Balk 13h00 Les P 10h00 Magnifique Égypte Pharaonique - 19 jrs g p obli atoire Nombre de laces limitée y g y y o p V etra, Mer Morte, Amman et ses environs) xclusif our les a es S mone Brout S 2019 \u2013 2020 ART YPTE DÉP G conférence E a S E 31 MAR CH AN M I : D oulevard Décarie, Montréal 655, B 7 U L R - HÔTE 13h00 Circuit Espagne, P 12h00 Splendeurs de L ngleterre Ecosse Irlande - 24 jrs 10h00 A - 20 jrs s OO\u2019S F Y B ortugal - 25 jrs \u2019Italie - 20 jrs : D GR T UMEN C O D DE REMISE I e i n o g a t a P , e n i t n e g r A 0 0 h 4 1 p m E s d n a r G s e d e d n I \u2019 L 0 0 h 3 1 a h P e t p y g É e u q i f i n g a M 0 0 h 0 1 7 ésors de la Grèce - 20 jrs r 14h00 T L I R V E 7 A CH AN M I ésors de la Grèce - 20 jrs r 14h00 T 13h00 Circuit Espagne, P d s r u e d n e l p S 0 0 h 2 1 c E e r r e t e l g n A 0 0 h 0 1 E C È g s r j 2 2 - u ç a u s r j 9 2 - s e r i s r j 9 1 - e u q i n o a r l a é r t n o M t, s E e k o o r b r e h S e u R 0 0 2 L VE A Y O L R - HÔTE ortugal - 25 jrs s r j 0 2 - e i l a t I \u2019 L e s r j 4 2 - e d n a l r I e s s o S LLE SAI R | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Moins de 16 $ Tokaji Sec 2016, Château Dereszla, Hongrie (15,80$ \u2014 13479639) Il est tout de même fascinant de penser que ce tokaji est, dans sa version aszù, l\u2019un des grands moelleux de ce monde.Et il n\u2019est pas moins pertinent non plus de saisir, dans sa version en sec, l\u2019expression fort originale du cépage furmint livré ici avec une jolie vitalité derrière ses notes florales et finement miellées.À découvrir ! ?1/2 La surprise Riesling Muenchberg 2016, Domaine Ostertag (68$ \u2014 739821) Dois-je vous présenter Mister Ostertag?Un homme de peu de mots, mais qui sait à l\u2019occasion les multiplier sous le feu de sa propre passion.Quant au riesling, il brûle à même sa propre passion minérale tout en permettant à ce grand terroir de ventiler à la verticale une sève forte, intense, saline et d\u2019une abyssale longueur en bouche.Pas reposant l\u2019aristocrate ! (10+) ?1/2 Le blanc Dao Reserva 2016, Alvaro Castro, Portugal (25,65$ \u2014 11895364) Cette région intérieure fraîche la nuit, mais chauffant ses sols granitiques le jour offre des rouges bien cadrés tout comme des blancs salins de caractère.Encruzado, cer- ceal et bical constituent ici un ensemble original, d\u2019une remarquable densité, mais surtout pourvu d\u2019une expression « froide » et saline d\u2019un impact assuré.Un vin de lieu.(5+) © ?1/2 Le rouge Château de la Grave «Caractère» 2015, Côtes de Bourg (22,70$ \u2014 13868183) La rive droite de la Garonne et ses sous-sols spécifiques du côté de l\u2019appellation Côtes de Bourg se revérifient rapidement ici, avec cette «emprise» de bouche qui donne l\u2019impression de sucer un morceau d\u2019argile.Mais contentez- vous du vin ! De beaux merlots mûrs pourvus de tanins frais et compacts pour une longue finale harmonieuse.(5) © ?Le bio Château Le Puy «Émilien» 2016, Francs Côtes de Bordeaux (28,85$ \u2014 709469) Ce 2016 plus «frais» suit dans la foulée d\u2019un 2015 radieux avec cette signature maison rapidement identifiable, toujours très fiable.Encore une fois, la liberté est ici totale, mais parfaitement encadrée.Le merlot y respire et s\u2019y diffuse en douceur, transpirant le terroir tel un souffle venu du fond des âges.Inspirant.À méditer longuement.(10+) © ?1/2 (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Il existe une gamme de cépages trop peu connus ou simplement hors mode avec lesquels on ne sait pas exactement sur quel pied danser.Va pour le chardonnay, le sauvignon blanc, le merlot, la syrah ou le cabernet sauvignon.Mais qu\u2019en est-il, par exemple, de ces petits mansengs, sa- vagnins, mauzacs ou autres chenins blancs ?La ritournelle prend ici une autre sonorité, le pas de danse devient hésitant et trouve difficilement ses marques tant le tempo organo- leptique semble bousculer des horizons de certitudes.C\u2019est le cas du chenin blanc.À l\u2019écouter, nous sommes dans un univers qui s\u2019apparente plus aux œuvres d\u2019un Edgard Varèse ou d\u2019un Claude Vivier que d\u2019un Michael Jackson ou d\u2019un Daniel Bélanger.C\u2019est comme si ce grand cépage ligérien se foutait éperdument de se faire aimer, trop occupé à gérer à la fois ses fréquences acides et amères, sa pointe d\u2019austérité naturelle, sa part de mystère et cette espèce d\u2019imprévisibilité qui lui donnent des airs de caméléon absorbé à gérer son déficit d\u2019attention.Il est en revanche d\u2019une insoutenable polyvalence à traduire le terroir, véritable «éponge» offrant aux schistes, tuffeaux jaunes, spilites, sables et autres craies argileuses la possibilité de transpirer, en toute transparence, toute la salinité voulue.Qu\u2019il soit vinifié en mousseux, sec, sec-tendre, doux, moelleux ou liquoreux, le chenin blanc permet de plus de séduisantes perspectives gastronomiques tout en se bonifiant, dans le meilleur des cas, sur plusieurs décennies en bouteille.Les Amis du vin du Devoir se frottaient récemment à quelques candidats vinifiés en sec.Haute voltige! Vouvray brut 2017, Sébastien Brunet, Loire, France (25,65 $ \u2014 12846441).Cette bulle bio ruisselle et file avec légèreté tout en suggérant sa forte empreinte vouvrillonne.Un brumisateur terroir.(5) ?.Moyenne du groupe : ?Vouvray sec 2017 Épaulé Jeté Cuvée La Dilettante, Loire, France (24,05 $ \u2014 12103411).À ce prix et à cette qualité, ce blanc sec capte à la fois les sens et l\u2019esprit du grand terroir local.Harmonie, précision, tension, mais aussi délicatesse.Un sec jubilatoire.(5) ?.Moyenne du groupe : ?Anjou Blanc 2015, Thibaud Boudi- gnon, Loire, France (50 $ \u2014 I.P.info@rezin.com).Je ne connais pas Thibaud, mais quel grand sec bio de caractère il nous offre ici ! Grande lisibilité pour un fruité sain et bien mûr, offrant fougue et délicatesse sur un ensemble long et percutant.Très racé.(10+) © ?.Moyenne du groupe : ?1/2 Saumur 2015 Clos des Guichaux « Monopole Bizay », Domaine Guiber- teau, Loire, France (37 $ \u2014 11461099).Intrigant, captivant, mais aussi secret que ce chenin sec bio au profil complexe et profond, aux effluves de truffe, de pierre chaude, de citron et de safran.Attendre.(5+) © ?.Moyenne du groupe : ?Jasnières 2016, Domaine de la Roche bleue, Loire, France (30,25 $ \u2014 12856228).Ce sec bio emporte tout sur son passage et révèle, en raison d\u2019un tandem acidité-salinité tenace, une impression de mordre sans se lasser dans un citron Meyer.Subtil, floral et aérien.Une appellation sur le Loir, au nord de Vouvray, à découvrir ! (10+) ?1/2.Moyenne du groupe : ?Chenin Blanc 2017, De Trafford, Stel- lenbosch, Afrique du Sud (33$ \u2014 11659273).Moins acide mais plus riche, compact et substantiel que ses confrères ligériens, ce «pirate» a rapidement été débusqué.Contraste trop important ici?Ce blanc ne manquait pourtant pas de profondeur, de textures, de longueur\u2026 (5+) © ?1/2.Moyenne du groupe : ?1/2 Savennières 2015 Clos des Perrières, Château Soucherie, Loire, France (40 $ \u2014 13591102).Le chenin blanc devient impérial sur la rive droite de la Loire, à quelques kilomètres au sud-ouest de la ville d\u2019Angers.Berceau de blancs secs épurés, dramatiques de tension et de verticalité, le voilà qui souffle à la fois le chaud et le froid, se musclant au passage avec délicatesse et style.Longue finale fumée et minérale.(10+) © ?1/2.Moyenne du groupe : ?L\u2019énigmatique chenin blanc Ce vin d\u2019une insoutenable polyvalence permet de séduisantes perspectives gastronomiques Le chenin blanc : à l\u2019écouter, nous sommes dans un univers qui s\u2019apparente plus aux œuvres d\u2019un Edgard Varèse ou d\u2019un Claude Vivier que d\u2019un Michael Jackson ou d\u2019un Daniel Bélanger.JEAN AUBRY guideaubry @gmail.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.ENTAMOR 1.2.MÉFOLER A 1.2.SLIFUSTE 1.2.GÉRONAS 1.2.ANLÉDOSIT 1771 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 443 Horizontalement I.Approximatif.II.Baratin.Lama.III.Store.Fourbu.IV.Orme.Ali.Tus.V.Loufoqueries.VI.Uu.Igue.On.VII.Tibère.Tiédi.VIII.Ile.Eudes.Or.IX.Olen (Léon).Son.Ode.X.Nestlé.Dahus.Verticalement 1.Absolution.2.Patrouille.3.Promu.Bées.4.Raréfié.Nt.5.Oté.Ogre.6.Xi.Aqueuse.7.Influe.Do.8.Oie.Tend.9.Alu.Rois.10.Tartine.Oh.11.Imbue.Dodu.12.Faussaires.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 444 1.Armoire pour déplacer les armoires.2.Un rien peut l\u2019ébranler.Spectacle en jaune.3.Possessif.Porteur de pommes.4.Mal disposé.5.Label rassurant pour le consommateur.Bonne voie.6.Gros fumeur.Bretonne ronde et plate.7.Sur la portée.Dépression.Quitte le Jura pour le Rhône.8.Reste après barattage.9.Maisons closes en principe.Grand quand ça va mal.10.Personnel.Métal.Cube chiffré.11.Supprimai.Pourra être approuvé.Nouveau à chaque tour.12.Remplirait des pages et des pages.I.Examen avant toute prise de décision.II.A beaucoup pratiqué avant de prendre sa retraite.Assez grave pour une dame.III.Le mieux serait de ne pas s\u2019en faire.Descendu.Paresse sous les tropiques.IV.Auxiliaire.Avance bonne à prendre.V.Négation.Pour un grade.Ouverture sur les côtes bretonnes.VI.Que l\u2019on pourra reconnaître.Mesure en jaune.VII.La première à sortir du Chaos.Travaille la sauce.Solide.VIII.Ecumeuse.IX.Rapprochée.Entendra comme avant.Vient d\u2019avoir.X.Douce manifestation de plaisir.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE Mieux vaut rester silencieux et passer pour un imbécile que parler et n\u2019en laisser aucun doute.Abraham Lincoln MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE SIÈGE PIÈGE PIGE FIGE FIGUE LES ANAGRAMMES \u2022 CADAVÉRISE \\ CAVIARDÉES \u2022 AIGRISSENT \\ ASTREIGNIS \u2022 BRUTALISE \\ BURALISTE \u2022 BATRACIEN \\ CABRAIENT \u2022 REGROUPAIT \\ PURGATOIRE \\ GROUPERAIT JEUX 1770 1771 1771 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1771 1.Flingue (familier) 2.Célèbre reine athénienne 3.Consomme beaucoup d\u2019énergie 4.Accueillant pour une tête rêveuse 5.Petit rongeur 6.La meilleure amie du beurre d\u2019arachide 7.Personne extérieure à un groupe 8.Petite erse 9.Alcool de poire 10.Intouché \u2022 MARMELADE \u2022 ADEPTE \u2022 PTÉRODACTYLES \u2022 LEST \u2022 ESTOMAC \u2022 MACADAM \u2022 DAMAS \u2022 MASSACRE \u2022 CRÉDIT \u2022 DITHYRAMBIQUE CRIBLE AILE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R 3. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 M A R S / 2 0 1 9 "]
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