Le devoir, 4 avril 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 73 / LE JEUDI 4 AVRIL 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM ENQUÊTE Croquer la mort à pleines dents Plus on mange d\u2019aliments ultratransformés, plus le risque de mortalité prématurée est élevé PAULINE GRAVEL LE DEVOIR INDEX Avis légaux .B7 Culture .B1 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B7 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Une dérive inquiétante.La chronique de Michel David.A 3 CULTURE L\u2019île du A.La chronique d\u2019Odile Tremblay.B 3 CULTURE Eddy de Pretto : à fleur de peau, mais le couteau entre les dents MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Pas moins d\u2019une personne ayant réclamé l\u2019aide médicale à mourir sur trois a été freinée ou stoppée dans les mois suivant l\u2019adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie : 830 personnes sur 2462.Pourtant, la majorité d\u2019entre elles y étaient « potentiellement admissibles », peut-on lire dans le Rapport sur la situation des soins de fin de vie au Québec (décembre 2015\u2013mars 2018).« La Commission sur les soins de fin de vie est très préoccupée par le fait que certaines personnes qui satisfont à l\u2019ensemble des critères d\u2019admissibilité prévus dans la Loi, et donc qui sont en droit de recevoir l\u2019aide médicale à mourir, éprouvent des difficultés à l\u2019obtenir », peut-on lire dans le document de 125 pages déposé à l\u2019Assem- SOCIÉTÉ L\u2019aide à mourir, un droit encore bafoué blée nationale mercredi.En deux ans et des poussières, 191 demandes d\u2019aide médicale à mourir ont été officiellement refusées puisqu\u2019elles ne répondaient pas aux conditions d\u2019admissibilité.En revanche, 235 personnes sont décédées avant l\u2019évaluation de leur demande d\u2019aide médicale à mourir ou encore l\u2019administration de celle-ci, tandis que 164 personnes ont cessé de répondre aux conditions d\u2019admissibilité \u2014 perdant, dans la très grande majorité des cas, l\u2019aptitude à consentir \u2014 avant la fin de l\u2019examen de leur requête, fait remarquer la Commission sur les soins de fin de vie.Pour obtenir l\u2019aide médicale à mourir, un individu doit notamment être en fin de vie et éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes et insupportables qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu\u2019il juge tolérables.Le président de la Commission sur les soins de fin de vie, Michel A.Bureau, a rapporté mercredi des « cas échapp[ant] à toute statistique ».Un premier : « Des personnes sont dissuadées de faire une demande d\u2019aide médicale à mourir.» Un second : « Certains établissements disent ne pas recevoir de demandes d\u2019aide médicale à mourir formelles et signées, mais ils ignorent le nombre de demandes verbales encore informelles qui restent sans suite faute d\u2019un accueil favorable ou objectif.» M.Bureau a pris soin de rappeler qu\u2019« aucune personne ne devrait être découragée de faire une demande d\u2019aide médicale à mourir ou ne devrait se faire dire qu\u2019elle n\u2019est pas admissible sans que sa demande ait été évaluée de façon formelle ».Il a montré du doigt les établissements de santé et de services sociaux où la proportion d\u2019aides médicales à MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR AGRESSIONS SEXUELLES Le diocèse de Montréal visé par une action collective GETTY IMAGES 1632 C\u2019est le nombre d\u2019aides médicales à mourir qui ont été administrées par 353 médecins dans les 2 ans et 3 mois suivant l\u2019entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie : 63 en 2015- 2016, 600 en 2016-2017 et 969 en 2017- 2018.C\u2019est 10 fois plus que prévu.VOIR PAGE A 2 : MOURIR « Je suis convaincu qu\u2019il y a plusieurs centaines de victimes », lance en entrevue Me Alain Arsenault, quelques heures après avoir déposé au palais de justice de Montréal une demande d\u2019action collective contre le diocèse de Montréal pour des agressions sexuelles commises par des prêtres depuis 1940.Si elle est acceptée, l\u2019action collective pourrait permettre aux victimes d\u2019obtenir jusqu\u2019à 600 000 $ en dommages.À l\u2019heure actuelle, une dizaine de victimes ont été identifiées, avance Me Arsenault.L\u2019avocat, qui a piloté plusieurs autres actions collectives contre des congrégations religieuses, se dit persuadé que de nombreuses autres victimes ne sont toujours pas sorties de l\u2019ombre.L\u2019aspect VOIR PAGE A 2 : DIOCÈSE U ne enquête menée en France, où la consommation d\u2019aliments ultratransformés est pourtant moins abondante que dans les autres pays industrialisés, suggère qu\u2019une proportion accrue d\u2019aliments ultratransformés dans la diète est associée à un risque plus élevé de mortalité chez les adultes d\u2019âge moyen.Une constatation qui laisse augurer le pire, alors que ces aliments prêts à chauffer ou à manger, qui sont généralement riches en sucres, en gras saturés et en sel, ainsi que pauvres en fibres, envahissent de plus en plus notre alimentation.L\u2019étude observationnelle, dénommée Nutri- Net-Santé, a porté sur 44 551 participants âgés de 45 ans et plus, dont 73 % étaient des femmes, qui ont été suivis pendant un peu plus de 7 ans, soit de mai 2009 à décembre 2017.En moyenne, les aliments transformés comptaient pour 14,4 % du poids total des boissons et aliments consommés par les participants ; ils représentaient 29 % de leur apport énergétique total, une proportion qui s\u2019avère plus faible que dans les autres pays industrialisés, précisent des chercheurs de l\u2019Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle de l\u2019Université Sorbonne Paris Cité, en France, dans l\u2019article qu\u2019ils signent dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) Internal Medicine.Les chercheurs ont remarqué que ces aliments étaient surtout consommés par les participants les plus jeunes, ceux qui avaient de faibles revenus et un niveau d\u2019éducation peu élevé, qui vivaient seuls, et dont le niveau d\u2019activité physique était inférieur à la moyenne.L\u2019analyse des résultats a montré qu\u2019une augmentation de 10 % de la proportion de produits transformés dans l\u2019alimentation des VOIR PAGE A 4 : ALIMENTATION La requête est fondée notamment sur la condamnation récente de l\u2019abbé Brian Boucher ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 Il faut éliminer l\u2019obstruction MOURIR SUITE DE LA PAGE A 1 mourir administrées est inférieure à la moyenne québécoise, les pressant de lever les « obstacles à la réception des demandes d\u2019aide médicale à mourir verbales et écrites, au cheminement de ces demandes, à l\u2019évaluation de la personne et à l\u2019administration de l\u2019aide médicale à mourir ».Le CIUSS de l\u2019Ouest-de-l\u2019île-de- Montréal a refusé ou ignoré 66 % des 41 demandes d\u2019aide médicale à mourir.Pour sa part, le CISS de Chaudière-Ap- palaches n\u2019a pas donné suite à 17 % des 130 requêtes faites, selon les données recueillies par la Commission.Douze jours La Commission a établi le délai moyen entre la signature du formulaire de demande et l\u2019administration de l\u2019aide médicale à mourir à douze jours.Dans certains cas, « chaque jour de fin de vie peut être une éternité de souffrance en soi », a souligné l\u2019auteure de la Loi concernant les soins de fin de vie, Véronique Hivon.La « résistance » d\u2019unités de soins palliatifs a certainement joué, tout comme la rareté de médecins volontaires disponibles pour administrer l\u2019aide médicale à mourir dans certains centres et la « culture de la population desservie », a fait remarquer M.Bureau.Il n\u2019y a pas de « résistance organisée » au Québec, a toutefois souligné le Dr Bureau en conférence de presse.Cependant, certains professionnels de la santé n\u2019ont qu\u2019une idée en tête : celle de « guérir leurs patients », a-t-il mentionné.« Les médecins sont tenaces.» La ministre de la Santé, Danielle McCann, souscrit à l\u2019idée d\u2019intégrer une formation sur les soins de fin de vie, incluant l\u2019aide médicale à mourir, dans la formation de « nos futurs médecins ».Elle appuie aussi la recommandation de la Commission de mettre sur pied un « guichet centralisé, connu et facilement accessible » dans chaque établissement afin d\u2019éviter, selon la ministre, qu\u2019une demande « tombe entre deux chaises ».Des « pas de géant » ont été accomplis depuis l\u2019entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie en décembre 2015, a résumé M.Bureau.D\u2019autres restent cependant à faire, selon lui.« C\u2019est fondamental qu\u2019il n\u2019y ait pas ces poches de résistance, qu\u2019il n\u2019y ait pas donc d\u2019obstruction quand il y a des demandes d\u2019aide médicale à mourir et que chaque personne puisse être accompagnée dans ce qui est un droit pour elle, si elle répond bien sûr aux critères, de pouvoir avoir l\u2019aide médicale à mourir », a déclaré la députée de Joliette, Véronique Hivon.La ministre de la Santé, Danielle McCann, a rappelé son intention de tenir des consultations sur un éventuel élargissement de l\u2019accès à l\u2019aide médicale à mourir aux personnes inaptes, comme celles atteintes d\u2019Alzheimer, au moyen de directives médicales anticipées.« Les Québécoises et les Québécois sont prêts à poursuivre les discussions », a-t-elle soutenu, attendant avec impatience le rapport du Groupe d\u2019experts sur la question de l\u2019inaptitude et de l\u2019aide médicale à mourir.Mme Hivon a invité le gouvernement caquiste à lancer un exercice semblable à celui, transpartisan et populaire, mené par la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité il y a près de dix ans.« On doit être au rendez-vous pour montrer aux gens qu\u2019on les entend et qu\u2019on va faire le plus possible pour réduire les souffrances et respecter les volontés des gens », a dit l\u2019élue péquiste.HÉLÈNE BUZZETTI MARIE VASTEL CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR Au lendemain de l\u2019expulsion de deux de ses anciennes ministres, Justin Trudeau s\u2019est fait reprocher de pratiquer un féminisme de façade.La critique ne venait cependant pas de l\u2019opposition cette fois, mais de dizaines de jeunes femmes en provenance des quatre coins du pays.Le parlement accueillait mercredi l\u2019événement « Héritières du suffrage », un rassemblement de 338 jeunes femmes représentant leur circonscription fédérale.Elles ont à tour de rôle pris la parole aux Communes.Puis, les chefs fédéraux se sont adressés à elles.Quand le premier ministre s\u2019est présenté au micro, plus d\u2019une quarantaine de femmes \u2014 pour beaucoup des Autochtones \u2014 se sont levées et lui ont tourné le dos.Une cinquantaine avaient un peu plus tôt carrément quitté la Chambre pour boycotter le discours du conservateur Andrew Scheer.Plusieurs des jeunes femmes ont déploré que la promesse libérale de réconciliation avec les peuples autochtones n\u2019eût pas été remplie.D\u2019autres ont dénoncé l\u2019expulsion de Jody Wil- son-Raybould, la première ministre autochtone.« Je trouve que c\u2019était extrêmement inapproprié et que cela s\u2019inscrivait dans un large schéma de violence coloniale, a soutenu Riley Yesno.Un homme blanc qui expulse une femme autochtone et qui lui retire son pouvoir ou toute forme d\u2019autonomie [\u2026] c\u2019est comme un microcosme de l\u2019histoire du Canada.» Pour Georgina Johnston, 21 ans, « l\u2019exclure, dire qu\u2019elle était perturbatrice et ne pas accepter sa voix en dit long quant à ce que M.Trudeau représente.[\u2026] Il prétend être féministe, mais j\u2019estime que le féminisme doit être intersectionnel, inclure les femmes de toutes les races et de toutes les classes sociales.» Le premier ministre ne s\u2019est pas offusqué de cette protestation.« Il y a un éventail de points de vue dans notre pays et nous devons nous assurer que ces voix sont entendues ou qu\u2019elles peuvent choisir de ne pas prendre la parole ou de ne pas écouter [la parole des autres].» Certaines de ses ministres, toutefois, estiment que ceux qui voient l\u2019expulsion de Mme Wilson-Raybould et de Jane Philpott comme un geste antifé- ministe font fausse route.« Il n\u2019y a pas de définition féminine ou masculine de la loyauté, a notamment plaidé Mélanie Joly (Tourisme).On est loyal ou on ne l\u2019est pas.Il n\u2019y a pas d\u2019enjeu de genre sur cette question-là.» M.Scheer et le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, ont profité de leur discours pour dénoncer l\u2019expulsion des deux libérales.« Ne laissez pas les évé- nements de cette semaine vous décourager », a lancé M.Scheer.« Si quelqu\u2019un laisse entendre que vous êtes difficiles parce que vous donnez l\u2019heure juste aux dirigeants, vous n\u2019êtes pas difficiles, a renchéri M.Singh.Vous êtes courageuses.» Les deux principales intéressées ont quant à elle pris le micro pour dire qu\u2019elles n\u2019avaient aucun regret.Mme Wil- son-Raybould ne s\u2019est pas excusée d\u2019avoir enregistré en secret sa conversation avec le greffier du Conseil privé.«Il n\u2019y a rien d\u2019illégal à ça.En d\u2019autres circonstances, cela aurait été inapproprié, mais je me protégeais.» Elle dit vouloir consulter ses commettants avant de spéculer sur son avenir politique.Une rumeur l\u2019envoie au Parti vert.La chef Elizabeth May écrit au Devoirque ce sont « seulement des rumeurs », mais que « bien sûr » elle serait « intéressée » à l\u2019idée de la recruter.Pour sa part, Jane Philpott ne ferme pas définitivement la porte à la politique, disant espérer qu\u2019elle puisse « prendre des mesures [\u2026] pour continuer [\u2026] Mais je ne sais pas ce que cela pourrait être.Il est trop tôt.» Elle a d\u2019ailleurs réitéré sa confiance envers M.Trudeau, à qui elle a souhaité la possibilité « de continuer son bon travail ».Des « héritières du suffrage » tournent le dos à Trudeau D\u2019autres ont carrément boycotté le discours d\u2019Andrew Scheer Une compensation pour les victimes DIOCÈSE SUITE DE LA PAGE A 1 confidentiel d\u2019une action collective pourrait les convaincre de dénoncer, croit-il.« Notre objectif, c\u2019est de permettre à l\u2019ensemble des victimes, celles qui ont encore aujourd\u2019hui de la difficulté à en parler, d\u2019entreprendre de façon confidentielle des procédures pour être dédommagées et surtout pour guérir », fait-il valoir.La demande pour autorisation d\u2019exercer une action collective, déposée par le cabinet Arsenault Dufresne Wee Avocats, précise que « toutes les personnes, de même que leurs héritiers et ayants droit, ayant été agressées sexuellement, au Québec, par tout préposé de la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Montréal ou de l\u2019Archevêque catholique romain de Montréal, durant la période comprise entre 1940 et au- jourd\u2019hui », peuvent participer à l\u2019action collective.Une victime Un homme de 33 ans, qui a été agressé sexuellement de 1995 à 1999 par l\u2019abbé Brian Boucher, alors curé de la paroisse St.John Brébeuf à LaSalle, souhaite obtenir le statut de représentant pour cette action collective.Il réclame 300 000 $ en dommages non pécuniaires, 150 000 $ en dommages pécuniaires et 150 000 $ à titre de dommages punitifs.L\u2019abbé Brian Boucher \u2014 le seul prêtre nommé dans la requête \u2014 a été condamné la semaine dernière à huit ans de prison pour des agressions commises sur cet homme, ainsi que sur une autre victime.Ce deuxième homme a été agressé de 2008 à 2011 alors qu\u2019il était servant de messe à la paroisse Our Lady of Annunciation, à Ville Mont-Royal.De 1985 à 2015, le prêtre agresseur a officié dans dix églises montréalaises et dans des églises de Dorval et Senne- ville.Il a également été aumônier à l\u2019Université McGill.Dans le document déposé à la Cour supérieure mercredi, il est spécifié que « les défenderesses [l\u2019Archevêque catholique romain de Montréal et la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Montréal] savaient ou devaient savoir que l\u2019abbé Boucher agressait sexuellement des enfants » et que « les défenderesses [\u2026] ont préféré la culture du silence ».« Le fait que l\u2019abbé Boucher ait été affecté à beaucoup de paroisses, dans une courte période de temps, c\u2019est un indice », évoque Me Arsenault, rappelant qu\u2019il a été prouvé que plusieurs organisations religieuses déplaçaient des prêtres pédophiles de paroisse en paroisse plutôt que de les dénoncer à la justice.« Je ne crois pas que le diocèse de Montréal ait été à l\u2019abri de cette technique.Ils ont été bien de leur temps », estime-t-il.Dans une déclaration écrite envoyée mercredi après-midi, l\u2019archidiocèse de Montréal dit avoir pris connaissance du dépôt de la procédure judiciaire.« Cette procédure relate uniquement les faits découlant des procédures criminelles contre Brian Boucher », pointe l\u2019organisation.« Le Diocèse de Montréal condamne vigoureusement tous les actes inappropriés affectant tant les mineurs que les adultes, et a été proactif dans la dénonciation des actes commis par Brian Boucher », poursuit le communiqué.La semaine dernière, l\u2019archidiocèse de Montréal a annoncé qu\u2019il lancerait, dès septembre, une vaste enquête interne pour établir un portrait statistique des agressions commises par ses prêtres des années 1950 jusqu\u2019à ce jour.Les archives des cinq diocèses composant l\u2019archidiocèse de Montréal seront scrutées à la loupe par l\u2019ex-juge Anne- Marie Trahan.Me Arsenault assure qu\u2019il n\u2019y a aucun lien entre l\u2019annonce de cette enquête et le dépôt mercredi d\u2019une demande d\u2019action collective.Il estime toutefois que l\u2019archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, reconnaît implicitement qu\u2019il y a un « problème majeur ».« On va les aider indirectement, re- marque-t-il.Ils vont pouvoir apprendre des choses par eux-mêmes (avec l\u2019enquête) et par nous (avec l\u2019action collective).» Actuellement, la vaste majorité des actions collectives intentées au Québec relativement au scandale planétaire de pédophilie dans l\u2019Église catholique visent des congrégations religieuses.Une autre action collective a été intentée contre un diocèse, celui de Chicoutimi.Me Arsenault espère que l\u2019archidio- cèse de Montréal acceptera de négocier, ce qui permettrait d\u2019éviter un procès.« Depuis quelque temps, on constate que beaucoup d\u2019organisations religieuses tentent de gérer ce genre de dossier par une entente [à l\u2019amiable] », souligne-t-il.Le premier ministre a livré un discours devant les « héritières du suffrage », dont certaines lui ont tourné le dos.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE La ministre de la Santé, Danielle McCann, est favorable à l\u2019idée de bonifier la formation des nouveaux médecins en ajoutant des notions sur les soins de fin de vie.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Chaque jour de fin de vie peut être une éternité de souffrance en soi VÉRONIQUE HIVON » Un homme blanc qui expulse une femme autochtone et qui lui retire son pouvoir ou toute forme d\u2019autonomie [\u2026] c\u2019est comme un microcosme de l\u2019histoire du Canada RILEY YESNO » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 Une dérive inquiétante À voir la tournure que prend le débat sur laïcité, on peut comprendre le gouvernement Legault de vouloir le clore le plus rapidement possible, mais on ne peut pas dire qu\u2019il contribue beaucoup à sa sérénité.Après un parcours sans fautes, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a bien mal choisi son moment pour se mettre les pieds dans les plats en laissant entendre que la police se chargerait de faire respecter l\u2019Interdiction du port de signes religieux.C\u2019était presque une invitation à l\u2019illégalité.Même dans leurs rêves les plus fous, les opposants au projet de loi 21 n\u2019auraient pas osé imaginer des bulletins de nouvelles diffusant aux quatre coins du monde les images d\u2019une enseignante voilée que des policiers escorteraient vers la sortie d\u2019une école.Pourquoi pas menottes aux poings, tant qu\u2019à y être ?Sa collègue de la Justice, Sonia LeBel, et le premier ministre lui-même se sont empressés de corriger le tir, mais la partie sera peut-être plus difficile qu\u2019ils le croyaient.Même si sa majorité parlementaire permettra au gouvernement de faire adopter son projet de loi avant l\u2019ajournement de la mi- juin, quitte à utiliser le bâillon, et de le mettre à l\u2019abri des contestations judiciaires en utilisant la disposition de dérogation, il lui faudra manifestement composer avec une guérilla extraparlementaire qui pourrait être très dommageable pour son image dans les mois qui vont suivre.Sachant qu\u2019elles ont l\u2019appui unanime du Canada anglais, il est très possible que les deux commissions scolaires de l\u2019île de Montréal et les municipalités anglophones de la banlieue refusent de faire appliquer la loi, sans parler des démarches auprès de l\u2019ONU que Me Julius Grey menace d\u2019entreprendre.S\u2019il peut être agaçant de voir les opposants à l\u2019interdiction des signes religieux prétendre à une certaine supériorité morale, comme le faisait Philippe Couillard, ils n\u2019en sont pas moins convaincus qu\u2019il y a là une violation des droits fondamentaux et ils ont le droit de le crier haut et fort.Cela traduit moins un mépris des valeurs québécoises qu\u2019une adhésion à celles du reste du Canada et il faudrait bien mal connaître la nature de ce pays pour s\u2019en étonner.La question est de savoir si cela justifie le recours à la désobéissance civile, même si elle a indéniablement permis de grandes avancées démocratiques dans l\u2019histoire.Dans son célèbre essai intitulé La désobéissance civile, publié en 1849, Henry David Thoreau, qui avait lui-même été jeté en prison pour avoir refusé de payer l\u2019impôt américain en guise de protestation contre l\u2019esclavage, écrivait : « Je dois faire en sorte de ne pas prêter la main à faire le mal que je condamne.» La formule est belle, mais elle ne légitime pas tout.Les comparaisons avec Gandhi ou Martin Luther King ont leurs limites.Tout comme la frustration n\u2019est pas nécessairement synonyme d\u2019injustice.En 2012, le coloré maire d\u2019Hunting- don, Stéphane Gendron, avait décidé que l\u2019obligation de correspondre uniquement en français avec ses administrés, comme l\u2019édictait la loi 101, constituait une « politique raciste et discriminatoire » qui justifiait d\u2019y contrevenir.Il avait heureusement eu la bonne idée de prendre sa retraite peu de temps après.Après une saga judiciaire qui avait duré plus de quatre ans, la Cour suprême avait finalement acquitté Gabriel Nadeau de l\u2019accusation d\u2019outrage au tribunal, dont deux jugements antérieurs l\u2019avaient reconnu coupable pour avoir encouragé les étudiants à défier une injonction leur interdisant de bloquer l\u2019accès aux salles de cours durant le Printemps érable de 2012.Le jour de son assermentation comme député de Gouin, le 6 juin 2017, il a cependant justifié le recours occasionnel à la désobéissance civile.« Dans l\u2019histoire des démocraties, il y a eu de nombreux moments où la désobéissance civile pacifique a été utilisée pour contrer des décisions qui étaient injustes.Pour moi, c\u2019est le genre de situation qui s\u2019évalue au cas par cas », a-t-il déclaré.De toute évidence, l\u2019interdiction des signes religieux constitue un cas où elle serait légitime aux yeux de Québec solidaire.Mardi, le député d\u2019Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a déclaré à l\u2019Assemblée nationale : « La désobéissance civile, ce n\u2019est pas un crime.C\u2019est une tactique qui existe pour contester un projet de loi ou pas.Je ne dis pas que c\u2019est la meilleure stratégie à utiliser.Les gens qui veulent la contester utiliseront cette stratégie s\u2019ils le veulent.» Il y a là une dérive inquiétante.Au conseil général de la fin de semaine dernière, les militants de QS ont eu l\u2019occasion de dire tout le mal qu\u2019ils pensaient du projet de loi 21.Les députés solidaires peuvent utiliser tous les moyens parlementaires à leur disposition pour tenter de le bloquer ou de le modifier.Ils ne sont cependant pas à l\u2019Assemblée nationale pour jouer à la révolution.Contrevenir au code vestimentaire est une chose, contester l\u2019État de droit en est une autre.C\u2019était presque une invitation à l\u2019illégalité.Même dans leurs rêves les plus fous, les opposants au projet de loi 21 n\u2019auraient pas osé imaginer des bulletins de nouvelles diffusant aux quatre coins du monde les images d\u2019une enseignante voilée que des policiers escorteraient vers la sortie d\u2019une école.Pourquoi pas menottes aux poings, tant qu\u2019à y être ?MICHEL DAVID ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR Le gouvernement du Québec se prépare à embaucher neuf régisseurs et trente préposés dans l\u2019espoir d\u2019en finir avec le temps d\u2019attente à la Régie du logement.Il s\u2019agit de l\u2019investissement le plus important à la Régie depuis que les délais posent problème.« On a évalué qu\u2019on pourrait passer de seize à deux mois d\u2019attente, parce qu\u2019il y a des causes qui ne sont pas entendues présentement », a déclaré la ministre responsable de l\u2019Habitation, Andrée Laforest, mercredi, en soulignant que le gouvernement avait prévu dans le budget des investissements supplémentaires de 24 millions sur cinq ans à la Régie, dont le nom sera modifié pour devenir le Tribunal administratif du logement.En plus des fonds et des embauches, Mme Laforest a présenté mercredi un projet de loi qui donne plus de marge de manœuvre au Tribunal.Les greffiers spéciaux auraient ainsi plus de pouvoir et les régisseurs pourraient rendre des décisions « sur dossier » en l\u2019absence d\u2019une des parties en cause, par exemple.On introduira aussi un mécanisme de conciliation et les remises d\u2019audiences seront réduites.L\u2019ajout de neuf régisseurs (les juges) fera passer leur nombre de 42 à 51, un changement majeur, au dire du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), qui est par contre un peu sceptique sur la possibilité de réduire les délais autant que le dit la ministre.Du côté des propriétaires, on rappelle à cet égard que les libéraux aussi avaient ajouté du personnel lorsqu\u2019ils étaient au pouvoir et que cela n\u2019avait pas permis de régler le problème des délais.En 2014- 2015, le ministre Pierre Moreau avait financé l\u2019embauche de huit greffiers spéciaux et Nathalie Normandeau avait fait la même chose pour huit régisseurs en 2007 lors de son passage au ministère des Affaires municipales.La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) a aussi été surprise par l\u2019optimisme de la ministre.« L\u2019assurance qu\u2019on va obtenir ces résultats-là, on en doute, mais on va assurément laisser la chance au coureur», a dit son porte-parole, Hans Brouillette.Le RCLALQ se réjouit par ailleurs de l\u2019ajout prévu de ressources en région et LOGEMENT L\u2019optimisme de la ministre suscite le scepticisme Le délai d\u2019attente à la Régie passera de 16 à 2 mois, assure Andrée Laforest salue le fait que le projet de loi permette aux personnes plus âgées ou malades de se faire accompagner lorsqu\u2019elles sont convoquées à la Régie, ce qui n\u2019est pas possible à l\u2019heure actuelle.La ministre Laforest, qui a presque calqué un projet de loi libéral sur le même sujet, en a toutefois retiré la possibilité de créer une section spéciale de la Régie pour traiter les problèmes des personnes âgées qui vivent dans des résidences privées.Un retrait plutôt bien accueilli par les propriétaires qui craignaient que les régisseurs finissent par développer un parti pris en faveur des locataires à force de traiter seulement ce type de cause, a dit M.Brouillette.Du pouvoir aux municipalités Invitée à justifier ce retrait, la ministre a contourné la question et souligné que son projet de loi permettait de régler un autre problème touchant les personnes âgées : les fermetures de petites résidences privées qui ne font plus leurs frais.« Les municipalités qui veulent garder ouvertes leurs résidences de personnes âgées, dans les plus petites municipalités de 6500 habitants et moins, vont pouvoir prendre en charge ces ré- sidences-là et maintenant s\u2019occuper de garder les aînés dans leur municipalité », a-t-elle expliqué.Le projet de loi 16 aura aussi un impact important sur les propriétaires d\u2019appartements en copropriété divise, qui représentent 12 % des résidences au Québec.Plusieurs mesures sont ainsi introduites pour forcer les propriétaires à mettre davantage de fonds chaque année dans leur fonds de prévoyance.Le projet de loi les obligerait désormais à faire faire une étude sur les travaux projetés sur 25 à 35 ans et à en faire le suivi dans un carnet auquel auront accès les nouveaux acheteurs.Le fonctionnement des assemblées de copropriétaires serait aussi revu.Enfin, le projet de loi vise à ce que la profession d\u2019inspecteur en bâtiment soit mieux encadrée afin de mieux protéger les consommateurs.Les inspecteurs devraient ainsi être certifiés par la Régie du bâtiment et obtenir une assurance professionnelle.La ministre Andrée Laforest a présenté mercredi un projet de loi qui donne plus de marge de manœuvre au Tribunal administratif du logement, la nouvelle appellation de la Régie du logement du Québec.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Des enseignants et des membres de la communauté ont formé une chaîne humaine à l\u2019extérieur d\u2019une école secondaire de Westmount, mercredi matin, pour protester contre le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault.Plusieurs des manifestants \u2014 ils étaient environ 150 \u2014 portaient fièrement la kippa ou le hidjab en solidarité avec ceux et celles qui pourraient être exclus d\u2019un futur emploi dans la fonction publique.Le projet de loi 21 du gouvernement de la Coalition avenir Québec prévoit d\u2019interdire le port de signes religieux par des employés de l\u2019État en position d\u2019autorité, afin de garantir la laïcité de l\u2019État québécois.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Manifestation contre le projet de loi 21 LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS Le personnel de centres hospitaliers, à Montréal comme dans d\u2019autres villes au Canada, a manifesté mercredi pour le bannissement de certains types d\u2019armes à feu et un meilleur contrôle des autres.Médecins et infirmières sont à même de constater tout le mal que peuvent causer ces armes.JACQUES NADEAU LE DEVOIR ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR MANIFESTATION Des médecins dans la rue contre les armes à feu De multiples effets néfastes pour la santé ALIMENTATION SUITE DE LA PAGE A 1 participants était associée à un accroissement de 14 % du risque de mortalité, toutes causes confondues.Plusieurs hypothèses Les auteurs avancent plusieurs hypothèses pouvant expliquer ces résultats : d\u2019une part les « défauts » nutritionnels de ces aliments, soit leur forte teneur en gras saturés et gras trans, en sel et en sucres ajoutés, et d\u2019autre part, les caractéristiques découlant de leur préparation.D\u2019abord, le fort contenu en sel de certains de ces aliments contribuerait à des décès par maladies cardiovasculaires et à un risque plus élevé de cancer de l\u2019estomac, car un apport élevé en sodium a été associé à ces pathologies, rappellent- ils.De même, les sucres ajoutés, que renferment les aliments ultratransfor- més et les boissons sucrées, ont aussi été associés à un risque accru de mortalité par maladies cardiovasculaires.À l\u2019inverse, les aliments ultratransformés contiennent peu de fibres, qui, elles, préviennent la mortalité.Les auteurs font également remarquer que certains modes de préparation des aliments ultratransformés entraînent la formation de nouveaux composés \u2014 appelés contaminants néoformés \u2014 susceptibles de présenter un risque pour la santé.Par exemple, les aliments constitués de sucres et d\u2019acides aminés qui sont soumis à de très hautes températures, comme les pommes de terre sautées et frites, le café, le pain et les biscuits, se voient ainsi contaminés par de l\u2019acrylamide, un composé qui a été classé comme « carcinogène probable pour les humains » par l\u2019Agence internationale de recherche sur le cancer (AIRC).Selon l\u2019AIRC, la consommation de viandes transformées est, pour les mêmes raisons, cancérogène pour les humains et augmente le risque des cancers colorectal et de l\u2019estomac.Les aliments ultratransformés se distinguent aussi par la présence dans leur composition d\u2019additifs alimentaires qui soulèvent des inquiétudes quant à leurs possibles effets sur la santé.Par exemple, le dioxyde de titanium, qui est abondamment utilisé par l\u2019industrie alimentaire, notamment dans les bonbons, biscuits et gommes à mâcher, a été associé à un risque accru d\u2019inflammation intestinale chronique et de cancer.Les émulsifiants « altéreraient la composition du microbiote intestinal », favorisant du coup « une inflammation de l\u2019intestin et l\u2019induction du cancer, voire le syndrome métabolique ».Les édulcorants artificiels seraient liés à « l\u2019apparition du diabète de type 2 et de maladies métaboliques, qui constituent des causes majeures de mortalité prématurée ».De plus, des substances présentes dans les matériaux servant à l\u2019emballage, au transport et à la conservation des aliments, telles que des perturbateurs endocriniens, migreraient dans les aliments avec lesquels ils sont en contact et augmenteraient ainsi le risque de « cancers endocriniens et de maladies métaboliques, telles que le diabète et l\u2019obésité ».« Présentement, les données indiquent que les aliments ultratransfor- més ont de multiples effets [néfastes] sur le corps.Des études ont en effet montré des liens entre la consommation de ces aliments et l\u2019obésité, le diabète, le syndrome métabolique, l\u2019hypertension, l\u2019inflammation de l\u2019intestin, le cancer, et maintenant la mortalité.Cela est probablement lié au fait que leur composition et leur préparation présentent plusieurs problèmes.Ils ont tendance à être riches en sucres, en sel ou en gras trans saturés et à contenir des additifs qui incitent les gens à consommer au-delà de leurs besoins », souligne Jean-Claude Mouba- rac, professeur au Département de nutrition de l\u2019Université de Montréal.Autres facteurs « Mais au-delà du contenu élevé en sucre, en gras et en sel, il faut s\u2019interroger sur les autres ingrédients et les autres facteurs qui influencent notre comportement alimentaire et de consommateur.Les aliments ultratransformés sont attrayants par leur forme, leur emballage, le marketing qui les met en valeur, leur coût abordable, leur accessibilité et leur longue durée de vie.Toutes ces caractéristiques ne sont pas toujours présentes pour les fruits et les légumes », renchérit-il.En vertu du principe de précaution, la France a introduit dans sa politique nutritionnelle de santé publique 2018-2022 l\u2019objectif de réduire de 20% la consommation d\u2019aliments ultratransformés entre 2018 et 2021, soulignent les auteurs de l\u2019article.«Ici, Santé Canada considère que nous ne disposons pas d\u2019assez de données probantes pour [condamner] les aliments ultratransformés sans nous attirer des poursuites judiciaires par l\u2019industrie agroalimentaire », explique M.Moubarac avant d\u2019ajouter que, pour le moment, le nouveau Guide alimentaire canadien se limite à recommander aux citoyens «de cuisiner» au lieu d\u2019acheter des aliments déjà préparés.AMÉLI PINEDA LE DEVOIR L\u2019objectif du « Journal de Mourréal » est de faire sourire ses lecteurs et non qu\u2019ils le confondent avec Le Journal de Montréal pour en accaparer de l\u2019achalandage afin d\u2019en tirer profit, a soutenu mercredi un de ses cofondateurs.«Le Journal de Mourréal est une parodie du Journal de Montréal, qui reproduit, de manière plus marquée et avec des méthodes outrancières, l\u2019original, non pas avec l\u2019intention de dénigrer ou de nuire, mais bien avec l\u2019intention de produire un effet comique.C\u2019est simplement ça », a fait valoir Janick Murray- Hall, qui a entamé mercredi sa défense au procès qui l\u2019oppose à MédiaQMI.Tandis que la filiale de Québécor Média lui réclame les revenus générés sur son site Internet satirique, M.Murray- Hall a assuré que les profits tirés du journaldemourreal.com sont modestes.Il a d\u2019ailleurs déposé ses états financiers, qui révèlent que c\u2019est son site anglophone World News Daily Report qui a été lucratif dans les dernières années.Les quatre derniers mois de l\u2019année JOURNAL DE MOURRÉAL La défense du droit à la parodie Janick Murray-Hall plaide pour la liberté d\u2019expression 2018, celui- ci a généré plus de 73 000 $, comparativement à quelque 1200 $ pour Le Journal de Mourréal.« Je prends des risques parce que je suis une personne intègre.C\u2019est un plaidoyer pour la liberté d\u2019expression, pour la parodie et la satire.Si j\u2019ai à en subir les conséquences, je les subirai », a-t-il fait valoir.On a interrogé M.Murray-Hall sur des enregistrements de plusieurs entrevues accordées après que Mé- diaQMI eut déposé sa poursuite par l\u2019avocat Me Marek Nitoslawski.Dans ceux-ci, M.Murray-Hall admettait que certains internautes confondaient ses nouvelles satiriques avec de véritables articles.« On parle de confusion, mais il y a quelque chose qu\u2019on semble complètement outrepasser depuis le début du procès, et c\u2019est la notion de parodie.Pour qu\u2019on puisse considérer que quelque chose est une parodie, il faut que ça imite une œuvre existante et qu\u2019on y ajoute une intention humoristique », a-t-il fait valoir.Le procès se poursuivra jeudi avec les plaidoiries finales.Médecins, infirmières, urgentologues et chirurgiens sont descendus mercredi dans les rues d\u2019une quinzaine de villes canadiennes, dont Montréal, pour réclamer un contrôle plus strict des armes à feu.« On reçoit des personnes blessées par balles chaque semaine [à l\u2019Hôpital général de Montréal].Chaque fois, ce sont des actes violents qui auraient pu être évités.Il faut que le gouvernement prenne des mesures », s\u2019est indigné le chirurgien traumatologue Jeremy Grushka, qui assistait au rassemblement dans la métropole québécoise.Les participants se sont réunis à l\u2019Hôpital général de Montréal avant de se mettre en marche vers la Faculté de médecine de l\u2019Université McGill.Cette journée d\u2019action nationale est organisée par la coalition Médecins canadiens pour une protection contre les armes à feu, qui s\u2019est formée en février et réunit divers professionnels de la santé.Ces derniers pressent le gouvernement fédéral d\u2019adopter le projet de loi C-71, qui renforce l\u2019encadrement de la commercialisation et de la possession des armes à feu.Les manifestants vont toutefois plus loin et réclament une interdiction des armes de poing et des armes d\u2019assaut.Cette journée de mobilisation à travers le pays a lieu alors que le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense se penche sur le projet de loi C-71.Le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, a d\u2019ailleurs indiqué mercredi avoir terminé sa consultation sur le resserrement du contrôle des armes à feu.Il devrait faire des recommandations au cabinet et au premier ministre Justin Trudeau d\u2019ici la fin de la session parlementaire en juin.« Crise de santé publique » Premiers témoins des ravages physiques et moraux occasionnés par les armes à feu \u2014 alors que de plus en plus de patients touchés par balles se retrouvent dans leurs salles d\u2019opération \u2014, les professionnels de la santé dénoncent «une crise de santé publique».« Il faut se questionner collectivement sur la présence des fusils et qu\u2019on réalise qu\u2019ils tuent de nombreuses personnes.Environ 20 % des patients décèdent de leurs blessures par balle, malgré tous nos efforts pour les sauver », indique de son côté le chef de traumatologie au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Tarek Razek.Il rappelle que le nombre de crimes violents par arme à feu a augmenté de 42 % entre 2013 et 2017 au Canada.Pour qu\u2019on puisse considérer que quelque chose est une parodie, il faut que ça imite une œuvre existante et qu\u2019on y ajoute une intention humoristique JANICK MURRAY-HALL » Environ 20 % des patients décèdent de leurs blessures par balles, malgré tous nos efforts pour les sauver TAREK RAZEK » LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 5 ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Même si le caribou forestier est considéré comme étant menacé de disparition depuis plus de 15 ans et que l\u2019espèce poursuit son déclin, le gouvernement de François Legault a décidé de reporter à 2022 l\u2019élaboration d\u2019une «stratégie » pour éviter la disparition du cer- vidé en sol québécois.Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a dévoilé mercredi « les étapes visant à poursuivre les travaux devant mener au dépôt de la stratégie pour les caribous forestiers et montagnards », prévu pour dans trois ans.« Je suis persuadé que nous trouverons ensemble le juste équilibre entre la protection de cette espèce et le maintien de la vitalité économique du Québec et de ses régions », a-t-il résumé, par voie de communiqué.En vertu de la « vision » du gouvernement de la Coalition avenir Québec, il est en effet prévu que le ministre prenne acte des travaux qui ont déjà permis de déterminer «l\u2019habitat préférentiel» des caribous, tout en promettant que cela soit « sans impact sur l\u2019industrie forestière et ses travailleurs ».Québec entamera donc un « processus de consultation » impliquant l\u2019industrie forestière, mais aussi « les communautés autochtones concernées ».Le gouvernement promet aussi de tenir compte de la « tendance des populations » de cette espèce très vulnérable à la « perturbation » de son habitat, notamment en raison des coupes forestières ou de l\u2019exploitation minière.Finalement, le gouvernement Le- gault promet de présenter une « stratégie » pour tenter de freiner le déclin du caribou d\u2019ici 2022.Un budget de 61,5 millions de dollars sur quatre ans a d\u2019ailleurs été inscrit dans le premier budget caquiste, notamment pour la « gestion » des populations de caribous et pour « soutenir les entreprises qui pourraient être touchées » par les mesures de protection des cervidés.Pourquoi attendre à 2022 pour présenter un plan pour éviter la disparition du caribou forestier au Québec ?Le cabinet du ministre Pierre Dufour n\u2019avait pas répondu aux questions du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.Délais supplémentaires Pour la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), ces nouveaux délais sont inacceptables, « compte tenu de l\u2019urgence d\u2019agir pour la protection de cette espèce en péril et des ENVIRONNEMENT Le caribou forestier demeurera sans protection Le gouvernement Legault reporte à 2022 l\u2019élaboration d\u2019un plan de protection de l\u2019espèce nombreux rapports et plans déjà parus ».Selon l\u2019organisme, la mise en œuvre de la stratégie provinciale dans plus de quatre ans « paraît beaucoup trop tardive ».« À une telle date, cela fera 20 ans que le caribou aura été désigné espèce menacée au Canada », a précisé son porte- parole, le biologiste Pier-Olivier Bou- dreault.Qui plus est, des coupes forestières sont actuellement prévues dans des secteurs désignés comme étant importants pour la survie du caribou.Presque trois années ont passé depuis la publication du « plan d\u2019action » provincial pour le caribou.Le ministre libéral de l\u2019époque avait pourtant annoncé la livraison de la stratégie à long terme « dans les prochains mois, voire d\u2019ici un an ou deux », lors d\u2019une conférence de presse en avril 2016.En 2017, Environnement Canada a d\u2019ailleurs conclu sans détour que les provinces, dont le Québec, ont failli à Quant au caribou « montagnard », sa situation est tout simplement critique.Le cheptel de Val-d\u2019Or (que le gouvernement Couillard voulait déménager au Zoo de Saint-Félicien) dépasse à peine la dizaine de bêtes et celui de la Gaspésie se résume aujourd\u2019hui à moins de 75 individus.Soulagement Le syndicat Unifor, qui représente des travailleurs de l\u2019industrie forestière, a accueilli « avec soulagement » le report d\u2019une stratégie de protection du caribou forestier.« Globalement, nous sommes soulagés de constater l\u2019angle adopté par ce gouvernement alors qu\u2019on recherche un équilibre entre protection de l\u2019espèce et économie », a commenté Renaud Gagné, directeur québécois du syndicat.Le Conseil de l\u2019industrie forestière du Québec a en outre un mandat de lobbying actif qui prévoit des « représentations afin que les mesures de protection du caribou forestier puissent se mettre en place en minimisant les impacts sur l\u2019approvisionnement en bois des usines de transformation, notamment par la réalisation d\u2019études d\u2019impacts socio-économiques ».JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR À Berthierville, au bord du fleuve, un monastère jugé exceptionnel, réalisé l\u2019École des beaux-arts de Montréal, sera néanmoins démoli dans les prochains jours.La municipalité a accordé un permis de démolition au nouveau propriétaire, bien que la MRC jugeât que l\u2019ensemble méritait d\u2019être préservé.Visiblement agacée par les questions du Devoir au sujet de cette démolition, Sylvie Dubois, directrice générale à Berthierville, s\u2019est contentée de dire que le bâtiment a été vendu vendredi dernier et que la municipalité a accordé un permis de démolition lundi.La MRC, pour sa part, avait rendu une « recommandation de sauvegarde » pour ce bâtiment.Selon la MRC de D\u2019Autray, « un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice.Il devrait également être assujetti à un règlement de PIIA [plans d\u2019implantation et d\u2019intégration architecturale] spécifique au patrimoine bâti.La municipalité devrait en outre interdire sa démolition.» « Le permis de démolition a été accordé en accord avec les règlements de la Ville », s\u2019est bornée à répéter la directrice générale de la municipalité, tout en refusant à plusieurs reprises de répondre aux autres questions du Devoir.« Un communiqué sera diffusé pour PATRIMOINE Un monastère jugé exceptionnel bientôt démoli à Berthierville tous les médias en même temps », a-t- elle répété.Mais qu\u2019est-ce qui, en attendant, empêche Berthierville de répondre aux questions qui lui sont posées ?Pour toute réponse : un lourd silence de la directrice générale.Malgré les recommandations de la MRC, dénonce Action patrimoine dans une lettre publique, aucune réglementation n\u2019a été mise en place par Berthierville : « Ni citation, ni plan d\u2019implantation et d\u2019intégration architecturale (PIIA), ni même de règlement de démolition.L\u2019octroi du permis de démolition ne va donc à l\u2019encontre d\u2019aucun règlement, parce qu\u2019ils sont inexistants.» André St-Martin, un entrepreneur de longue date, est le nouveau propriétaire de cet édifice conventuel de style néoroman dessiné en 1934 par Régi- nald Lussier.En entrevue au Devoir, il affirme que l\u2019ensemble n\u2019a aucune valeur patrimoniale.« Tout est en loi.Ça a été vérifié.Il y a de petits groupes qui partent des nouvelles.[\u2026] Ça n\u2019a aucune valeur de patrimoine.» Qu\u2019est-ce qui sera construit en lieu et place de ce bâtiment qui fait face au fleuve Saint-Laurent ?« Je suis propriétaire de tous les terrains autour.On va démolir dans les prochaines semaines.Je ne sais pas quand.Ce ne sont pas des appartements qui vont être là en tout cas, mais un dévelop- collaboration de la Ville dans ce dossier.« Son intérêt patrimonial est évident.C\u2019est une vraie catastrophe pour l\u2019histoire et le patrimoine de la région que cette démolition.» Selon la MRC de D\u2019Autray, le bâtiment a une excellente valeur d\u2019authenticité.Il est construit dans un environnement jugé « supérieur ».La MRC souligne aussi la haute valeur architecturale et la rareté très importante de l\u2019ensemble, pour conclure à la valeur patrimoniale « exceptionnelle ».La loi québécoise laisse cependant aux municipalités plutôt qu\u2019aux MRC la responsabilité de protéger les bâtiments jugés importants pour l\u2019histoire de la collectivité et voir du même souffle à leur mise en valeur, dans l\u2019intérêt commun.La portion principale du bâtiment touché par un avis de démolition date de 1934.Des agrandissements successifs ont été réalisés en 1941, 1950 et 1960, « dans le respect du style architectural original ».On trouve là une chapelle, un cloître d\u2019hiver, ainsi qu\u2019un vaste terrain aménagé avec des jardins thématiques.La ville de Berthierville a refusé d\u2019expliquer au Devoir en quoi la démolition de cet ensemble devait être réalisée.Appelé par Le Devoir à réagir, le ministère de la Culture et des Communications a fait savoir, par la voix de Brigitte Soucy, attachée de presse au cabinet de la ministre, qu\u2019ils venaient « d\u2019être saisis de ce dossier très préoccupant » et qu\u2019ils évaluaient leurs « options pour répondre adéquatement à cet enjeu dans les meilleurs délais ».Les Moniales de Berthierville avaient annoncé en 2012 qu\u2019elles quittaient la région, après y avoir été présentes pendant près d\u2019un siècle.Il s\u2019agissait de la seule communauté francophone de Moniales dominicaines en Amérique du Nord.Le bâtiment était devenu trop grand pour ses besoins.Québec a failli à son devoir de protéger le caribou forestier, selon Ottawa.JEAN-SIMON BÉGIN Selon la MRC de D\u2019Autray, le monastère a une excellente valeur d\u2019authenticité.Il est construit dans un environnement jugé « supérieur » LE DEVOIR pement, je ne sais pas encore.La machinerie qui est là en attendant, c\u2019est pour réparer des problèmes.» Intérêt supérieur du bâtiment « Je suis sous le choc », dit Maryse St- Amand, la directrice générale de la Corporation du patrimoine de Ber- thierville.Elle affirme être catastrophée devant cette décision qu\u2019elle juge intempestive et regrette le manque de 11 000 La population de caribous forestiers au Québec est évaluée entre 6000 et 8500 bêtes.L\u2019objectif du Plan de rétablissement est d\u2019atteindre au moins 11 000 caribous.leur devoir de protéger le caribou forestier.« La population globale de l\u2019espèce continue son déclin à cause de l\u2019augmentation des perturbations de son habitat », notait alors le gouvernement fédéral. LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ntendu que la promotion de la démocratie vénézué- lienne et la détresse généralisée dans laquelle s\u2019enfonce la population sont le cadet des soucis de Donald Trump.Encore que l\u2019autoritaire président Nico- lás Maduro n\u2019a pas de leçons à lui donner, capable qu\u2019il est de nier l\u2019existence même de la crise humanitaire et de réduire tout ce qui va mal aux machinations américaines.Avec le résultat qu\u2019un rapport de l\u2019Agence des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO) indiquait mardi que le Venezuela était au bord d\u2019une « crise alimentaire aiguë ».Et que, selon un autre rapport onusien publié jeudi dernier, le quart de la population, soit 7 millions de personnes, avait d\u2019urgence besoin d\u2019aide alimentaire.L\u2019ONU cite des chiffres effarants, d\u2019après lesquels 94 % des gens vivent au- jourd\u2019hui dans la pauvreté.Les médicaments et l\u2019eau potable manquent, les hôpitaux ne fonctionnent plus, 3,5 millions de Vénézuéliens se sont exilés, errant dans les pays voisins.On avait scénarisé que l\u2019opposant Juan Guaidó, s\u2019autoproclamant en janvier dernier président intérimaire sur la base de larges appuis intérieurs et extérieurs \u2014 ceux de la rue vénézuélienne et d\u2019une cinquantaine de capitales occidentales et latino-américaines emmenées par les États-Unis \u2014, réussirait à faire plier le régime et à faire basculer l\u2019armée, de manière à sortir le pays de l\u2019impasse.Peine perdue.Fort du soutien de la Chine et de la Russie, qui protègent leurs investissements, Maduro tient bon.Les promesses d\u2019amnistie de M.Guaidó n\u2019ont pas convaincu l\u2019armée de courir le risque de perdre la maîtrise des leviers économiques \u2014 contrôle des exportations de pétrole et des importations de denrées alimentaires \u2014 que le cha- visme lui a confiés.Les États-Unis ne s\u2019arrêteront pas en si bon chemin, puisqu\u2019ils n\u2019ont jamais cherché qu\u2019à faire tomber feu Hugo Chávez du moment qu\u2019il est arrivé au pouvoir en 1999, suivant la vieille et nuisible doctrine Monroe ; et puisqu\u2019ils n\u2019ont jamais même envisagé l\u2019idée d\u2019une cohabitation avec ce régime de gauche, cubanophile de surcroît, l\u2019envisageant d\u2019autant moins que son influence est assise sur des réserves de pétrole sensationnelles.Les sanctions américaines imposées à l\u2019été 2017, bloquant l\u2019accès du Venezuela au système financier international, ont peut-être marqué un tournant.Il aurait encore été possible avant cela pour le pays de financer sa remise sur pied ; la corruption du régime et les erreurs de gestion économique ont fait le reste.Aussi, Washington n\u2019a objectivement aucun intérêt à se lancer dans l\u2019aventure d\u2019une intervention militaire.À défaut de parvenir à ses fins avec le projet de « transition démocratique » incarné par Juan Guaidó, que les chavistes s\u2019emploient à disqualifier par tous les moyens, la stratégie américaine consiste à continuer de faire mourir le régime Maduro à petit feu.C\u2019est une guerre d\u2019attrition.Électoralement, sa stratégie permet à M.Trump de faire le plein de votes auprès de la petite communauté vénézuélienne de l\u2019État clé de la Floride en vue de la prochaine présidentielle, pendant qu\u2019au Venezuela, la répression appliquée par le régime achève de boucher toutes les avenues de dialogue.La crise s\u2019internationalisant, l\u2019espace dont dispose le Venezuela dans l\u2019exercice de sa souveraineté nationale se rétrécit.L\u2019affaire prend la forme d\u2019un affrontement Est-Ouest à la cubaine, et c\u2019est comme si l\u2019histoire ne nous apprenait jamais rien.Ces dernières semaines auront en tout cas démonté l\u2019argument humanitaire.Les considérations démocratiques et humanistes qui ont justifié l\u2019arrimage de pays comme le Canada aux intérêts américains n\u2019ont rien donné.Caroline Senneville Vice-présidente de la CSN Plus de vingt ans après l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019équité salariale, la lutte pour mettre un terme définitif aux discriminations salariales envers les femmes doit malheureusement encore être menée.Parfois à coups d\u2019interminables discussions avec les employeurs, ou encore par le biais de longues démarches judiciaires.Ce combat sans fin se déplace présentement à l\u2019Assemblée nationale, où est débattu le projet de loi 10 visant à modifier la Loi sur l\u2019équité salariale.Des modifications devenaient nécessaires depuis que la Cour suprême a rendu, en mai dernier, un jugement invalidant certains articles de la loi, forçant ainsi le gouvernement québécois à la réviser.Principal enjeu: les correctifs salariaux doivent être rétroactifs, estime la Cour suprême, au moment où une discrimination est apparue \u2014 par l\u2019entremise d\u2019une modification aux tâches ou aux exigences d\u2019un titre d\u2019emploi, par exemple \u2014 plutôt qu\u2019au moment où l\u2019exercice de maintien de l\u2019équité est effectué.Le gouvernement du Québec disposait d\u2019un an pour modifier sa loi.Le ministre Boulet avait déjà affirmé que la réforme en profondeur de la loi, annoncée par le précédent gouvernement, devrait attendre.Pourtant, le présent projet de loi introduit d\u2019importantes mesures d\u2019exception qui ne permettent pas de mettre un terme aux injustices.En effet, le projet de loi ne s\u2019appliquerait que pour les plaintes déposées\u2026 après son adoption à l\u2019Assemblée nationale.Or, il ne faut pas oublier qu\u2019en tant que principal employeur au Québec, le gouvernement est lui-même assujetti à sa propre Loi sur l\u2019équité salariale.Comme tout employeur, celui- ci a l\u2019obligation de procéder, tous les cinq ans, à une évaluation de son programme d\u2019équité salariale pour s\u2019assurer qu\u2019aucune nouvelle discrimination ne s\u2019y est introduite.L\u2019exercice de maintien de l\u2019équité salariale du secteur public réalisé en 2010 a été l\u2019objet de milliers de plaintes le contestant, déposées tant par des salariées que par des organisations syndicales \u2014 tout comme l\u2019exercice de 2015, par ailleurs.Malgré les efforts de conciliation, aucune entente n\u2019a été possible avec le Conseil du trésor pour régler ces litiges.La Commission sur les normes, l\u2019équité et la santé et sécurité au travail (CNESST) n\u2019a toujours pas rendu une décision sur ces plaintes.Et le gouvernement affirme aujourd\u2019hui que, malgré l\u2019inconstitutionnalité de sa loi, les modifications apportées aux paramètres de rétroactivité ne s\u2019appliqueraient que pour le futur?C\u2019est d\u2019un total mépris envers les femmes, qui représentent plus de 75% du personnel du secteur public.Cette mesure d\u2019exception s\u2019appliquerait tout autant aux employeurs du secteur privé.Par son projet de loi, le gouvernement vient en quelque sorte cautionner leur laxisme des dernières années.Il était pour le moins insultant, lors des travaux en commission parlementaire, d\u2019entendre le patronat affirmer qu\u2019ils ne sont pas contre l\u2019équité salariale, mais qu\u2019il faudrait que ce soit plus simple et que ça ne coûte pas trop cher.Certaines organisations patronales sont allées jusqu\u2019à déclarer que les « bons » employeurs ne devraient pas être punis à cause du comportement des « mauvais » employeurs.Désolée, chers employeurs, mais l\u2019équité salariale, ça ne se fait pas à moitié.Ni à rabais: des économies ont été faites sur notre dos pendant des années, il serait temps qu\u2019on mette définitivement un terme aux injustices envers les femmes et qu\u2019on puisse faire autre chose que d\u2019avoir à se battre constamment pour que l\u2019esprit de la loi soit enfin respecté.Pendant que la planète se réchauffe À l\u2019heure où la planète a de plus en plus de mal à respirer, on apprenait cette semaine, selon un rapport scientifique sans équivoque d\u2019Environnement Canada, que notre beau pays se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste de la planète.Il y a urgence d\u2019agir, le gouvernement fédéral doit passer de la parole aux actes, en commençant par sa plus grande société d\u2019État, Postes Canada.Postes Canada possède la deuxième plus importante flotte publique de véhicules au pays.Il s\u2019agit de plus de 13 000 véhicules qui parcourent au-delà de 96millions de kilomètres l\u2019an.En matière de pollution, selon le Rapport sur la responsabilité sociale de Postes Canada de 2017, on parle de 843700 kilotonnes d\u2019émissions de CO2 annuellement.Le gouvernement et la société d\u2019État doivent prendre leurs responsabilités et agir en conséquence.La flotte de véhicules de Postes Canada doit impérativement être modifiée par des véhicules aux énergies entièrement renouvelables, comme l\u2019a fait la Deutsche Post en Allemagne.Le service postal allemand a non seulement transformé sa flotte de véhicules par des véhicules électriques, mais c\u2019est la Deutsche Post elle-même qui conçoit et fabrique ses propres véhicules.[\u2026] Les infrastructures et le réseau logistique de Postes Canada pourraient être mis à contribution; pensons à l\u2019installation de bornes de recharge électriques dans les bureaux de poste, qui serviraient non seulement aux véhicules de livraison, mais qui pourraient également être mis à la disposition de l\u2019ensemble de la population.Il suffit d\u2019une volonté politique.J\u2019invite le gouvernement, ainsi que l\u2019ensemble de la classe politique, à prendre publiquement position sur le rôle que pourrait et devrait jouer la Société canadienne des postes en matière de transition juste et de développement social.Magali Giroux, factrice et citoyenne soucieuse de l\u2019environnement Le 2 avril 2019 Équité salariale: quand Québec fait fi de la Cour suprême LIBRE OPINION LETTRES VENEZUELA Guerre d\u2019usure PROJET DE LOI SUR LA LAÏCITÉ Désobéissance partitionniste l y avait quelque chose de franchement surréaliste à entendre la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, avancer que si la loi sur la laïcité de l\u2019État n\u2019était pas respectée, on n\u2019aurait qu\u2019à recourir aux forces policières.Venant de la ministre responsable de la police, la gaffe prenait une saveur bien particulière.Évidemment, cette bourde témoigne de sa méconnaissance de certains principes de droit.Comme quoi personne n\u2019est parfait, pas même cette brillante recrue dont le sens de la communication est indéniable, ce qui ne la met toutefois pas à l\u2019abri des dérapages.Heureusement, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, dont on ne peut douter des solides connaissances en droit, est venue rectifier le tir.Si une administration publique refusait de respecter la loi, le procureur général pourrait demander une injonction à la Cour.Les municipalités ou les commissions scolaires qui n\u2019obtempéreraient pas commettraient un outrage au tribunal.Ce serait alors au gouvernement d\u2019exercer son autorité.Or, il se dessine un mouvement de désobéissance civile, dont l\u2019avocat Julius Grey se fait le défenseur.L\u2019Association des municipalités de banlieue, qui réunit 15 municipalités de l\u2019Ouest-de-l\u2019Île, ainsi que les commissions scolaires English Montreal et Lester B.Pearson menacent de défier la loi sur la laïcité.Les commissions scolaires, qui embauchent les enseignants, sont directement visées par la loi 21.Dans le cas de ces municipalités toutefois, nous ne savons pas à quoi elles s\u2019opposent au juste : leurs services policiers sont assurés par le Service de police de la ville de Montréal (SPVM), et aucune d\u2019entre elles n\u2019avait protesté contre l\u2019obligation faite aux employés municipaux de donner des services à visage découvert, ce qu\u2019édicte déjà la loi 62 du gouvernement Couillard.S\u2019il se concrétisait, ce mouvement de désobéissance civile, lancé par des administrations publiques, rappelons-le, conduirait à une forme de partition du territoire québécois.Que l\u2019on soit pour ou contre le projet de loi 21 \u2014 et l\u2019opposition peut être viscérale \u2014, la question est de savoir si le Québec peut choisir un modèle de laïcité de l\u2019État qui diffère du modèle canadien \u2014 et plus largement américain \u2014 et qui se rapproche d\u2019une conception qui a cours dans nombre de pays européens.« Au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit », a déclaré François Legault.Or, de proclamer ces tenants de la désobéissance civile : « Non, nous sommes au Canada.» À leurs yeux, la Constitution de 1982 aurait dû mettre un point final à ce type de velléités.I ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu GUY TAILLEFER E ROBERT DUTRISAC Big Brother est là Quand l\u2019État harmonise ses politiques à l\u2019aune de la modernité techno, il est victime de l\u2019influence insidieuse de Big Brother.Quand l\u2019État révoque les permis des taxis en les déclarant périmés, obsolètes, il réduit à néant le périmètre de liberté des travailleurs.Quand l\u2019État distribue une indemnisation minimale pour acheter la paix, il invite les dépossédés à accepter et à aimer, contre nature, la décision de l\u2019arbitre qui crée cette injustice.Quand les hérauts de la démocratie se perdent en circonvolutions pour vendre un projet venu d\u2019ailleurs, ils se complaisent dans l\u2019image euphorisante du nirvana engendré par l\u2019usage des métaux rares transformés.Quand les objecteurs de conscience se lèvent et, contre vents et courants, refusent de relayer le message dominant de la classe dominante, je dis, enfin, il était temps de mettre fin à ce cirque de la pensée où triomphent les oxymorons.Jacques Marquis Le 2 avril 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Ce qui se passe au Québec comme ailleurs est grave L a province chinoise du Xinjiang abrite une minorité ethnique, les Ouïghours, suspectés à cause de leur foi musulmane de ne pas être de bons communistes et de poser une menace à l\u2019unité nationale.Plus d\u2019un million de personnes sont actuellement prisonnières de camps de concentration dans la région, et reléguées aux travaux forcés.Officiellement, la Chine présente ses camps et programmes de rééducation comme un plan de lutte contre l\u2019islam radical et le terrorisme.Ceux qui fuient le pays et avancent un autre discours depuis l\u2019étranger voient leur famille restée derrière « disparaître ».Les Ouïghours ne sont pas les seuls musulmans à lutter pour leur survie en tant que peuple.Les Rohingyas du Myanmar ont aussi fait l\u2019objet d\u2019un génocide \u2014 l\u2019ONU a convenu d\u2019appeler ça ainsi \u2014, il y a un peu plus d\u2019un an.Les Yémé- nites souffrent d\u2019une guerre et d\u2019une famine qui ont déjà tué plus de 85 000 enfants de moins de 5 ans.Et le peuple syrien est maintenant dispersé un peu partout dans le monde, en quête d\u2019asile (plus de la moitié en exil ou déplacé).Si la guerre et la violence d\u2019État touchent toutes sortes de populations sur différents continents, une condition particulière semble s\u2019attacher à certaines victimes : l\u2019indé- sirabilité.De nos jours, celles qui sont musulmanes sont présentées comme dangereuses, menaçantes pour le tissu national du potentiel pays d\u2019accueil, intégrables qu\u2019au prix d\u2019une rupture totale et absurde avec leurs identités.Il s\u2019agirait en fait de fausses victimes, complices sournoises de leur sort, porteuses du bacille de la violence.À cause de leur foi.Sans approuver les crimes du gouvernement chinois, nombreux sont ceux qui font écho au discours qui les sous-tend.Au mieux, on accepte les réfugiés au compte-gouttes en se congratulant pour son « ouverture ».Mais de plus en plus, les frontières se ferment.Et lorsque la haine envers une population, ou ne serait-ce que la méfiance, atteint des proportions internationales, un régime sanguinaire peut en faire ce qu\u2019il veut à l\u2019intérieur de ses frontières : elle est prise au piège.C\u2019est ainsi que, dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt parle de l\u2019indésirabilité mondiale des Juifs comme condition nécessaire de l\u2019Holocauste.Le Canada et ses alliés peuvent donc se faire complices de la haine qui sévit ailleurs en empêchant les victimes de fuir, par conviction idéologique ou simple calcul électoraliste.Le racisme et la xénophobie ne pourraient mener au même genre d\u2019horreur ici même, se dit-on toutefois, puisque les droits de la personne sont garantis par les institutions nationales et protégés juridiquement des humeurs populaires.La réalité est plus complexe.Notre histoire est ponctuée d\u2019exceptions légalisées aux libertés fondamentales.Le génocide envers les peuples autochtones a notamment été permis par la Loi sur les Indiens \u2014 toujours en place \u2014, créée pour exclure les Premières Nations de la définition légale de « personne ».De nombreuses politiques, toutes adoptées démocratiquement, ont longtemps rendu illégal l\u2019enseignement du français en Ontario, au Manitoba et dans l\u2019Ouest.La Loi sur les mesures de guerre a permis l\u2019internement systématique des Canadiens d\u2019origines japonaise, allemande et italienne durant la Deuxième Guerre mondiale, l\u2019arrestation arbitraire de sou- verainistes lors de la crise d\u2019Octobre, et l\u2019incarcération des militants mohawks après la crise d\u2019Oka.Ce genre d\u2019initiatives s\u2019appuient souvent sur un racisme qui reste tacite.Quand, au début du XXe siècle, Wilfrid Laurier a décidé de bloquer l\u2019immigration noire, il parlait d\u2019incompatibilité avec les hivers canadiens.Lorsqu\u2019on a voulu se protéger du « péril jaune », on a adopté une loi empêchant les navires de faire escale avant d\u2019arriver au pays \u2014 un trajet rarement possible, sauf à partir d\u2019Europe.Le gouvernement du Canada a l\u2019habitude de s\u2019excuser solennellement, quelques décennies plus tard, pour ses errances passées.Puis de recommencer.En 2015, Ottawa a adopté une loi antiterroriste (C-51), avec sa liste arbitraire d\u2019interdiction de vol.Aujourd\u2019hui, le projet de loi sur les signes religieux au Québec cible aussi des citoyens ordinaires, pour la plupart des femmes musulmanes.Deux législations populaires qui, comme jadis, passent sous silence toute forme d\u2019intolérance.Soyons clairs.La loi déposée la semaine dernière à l\u2019Assemblée nationale ne « clôt » aucun débat.L\u2019histoire montre plutôt que lorsqu\u2019on justifie un état d\u2019exception et suspend les droits d\u2019un groupe de citoyens, d\u2019autres lois discriminatoires sont encore proposées par ceux qui veulent « aller plus loin ».Voyez la France depuis 2004.Ces lois s\u2019inscrivent habituellement dans un contexte international qui s\u2019envenime, d\u2019autant plus que se ferment les frontières.Jusqu\u2019à ce que le vent politique finisse par tourner.Trop tard.Une pléthore de textes et de discours applaudis en 2019 \u2014 incluant les défenses de « compromis raisonnables » \u2014 risquent de très mal vieillir.Pour le comprendre vraiment, il faut de la perspective.Mais le Québec est une société tranquille.Concevoir que ce qui se passe ici puisse être d\u2019une quelconque gravité équivaut, pour plusieurs, à enfreindre les appels au calme de Le- gault.L\u2019engrenage dans lequel on met le doigt s\u2019inscrit pourtant dans une dynamique internationale qui mine la démocratie, déshumanise, prend des populations en souricière et exacerbe la violence et les préjugés.ÉMILIE NICOLAS François Côté Avocat spécialisé en droit civil, théorie du droit et libertés fondamentales Au-delà d\u2019une légitime affirmation de la laïcité civiliste québécoise, le projet de loi 21 sur la laïcité de l\u2019État révèle aussi une remise en question formelle faite par l\u2019Assemblée nationale de la suprématie de la culture des accommodements raisonnables issue de la tendance jurisprudentielle lourde de la Cour suprême du Canada à considérer qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule interprétation possible des droits fondamentaux : celle du multiculturalisme canadien.Il n\u2019est pas exagéré d\u2019y voir une réplique législative à la cause Multani c.Commission scolaire Marguerite- Bourgeoys, la célèbre « affaire du kir- pan », qui n\u2019a jamais été socialement acceptée au Québec.Société distincte Derrière le combat pour la laïcité, quête légitime en elle-même, s\u2019en cacherait ainsi un autre, tout aussi sinon plus important : la lutte de la société québécoise pour la reconnaissance de son caractère distinct et de la validité de son modèle social différent au sein de la fédération canadienne.En ayant recours aux dispositions de dérogation pour protéger le projet de loi 21 de la censure judiciaire, le ministre Jolin-Barrette ne concède pas, ni de près ni de loin, une quelconque forme d\u2019aveu d\u2019odieux derrière son entreprise législative.Il faut plutôt voir ce recours aux dispositions de dérogation pour ce qu\u2019il est réellement : une reconnaissance qu\u2019il est à peu près certain que l\u2019appareil judiciaire canadien, jugeant selon le seul spectre des valeurs de la Charte canadienne, résolument ancré dans une méthodologie analytique d\u2019individualisme subjectif, n\u2019admettrait pas que le Québec affirme sa distinction sociale sur cette question d\u2019une manière qui le distancierait de l\u2019hégémonie d\u2019un multiculturalisme libéral qui conditionne la seule et unique manière dont la Charte canadienne (et, sous sa coupe, la Charte québécoise) est interprétée au Canada.Même s\u2019il est évident et manifeste \u2014 un simple regard à l\u2019échelle internationale suffit pour s\u2019en convaincre \u2014 que diverses sociétés ailleurs dans le monde peuvent avoir tout à fait valablement différentes manières de concevoir la portée et l\u2019application de la notion de « droits fondamentaux ».Pour ce faire, le gouvernement Le- gault utilise le cadre fédératif lui- même, le texte même des chartes, qui permettent justement de telles dérogations pour assurer un dernier mot dans le débat démocratique au législateur élu par-devant les juges non élus.Québec joue ici de manière tout à fait régulière et permise par le cadre constitutionnel.Ce recours aux dispositions de dérogation n\u2019a d\u2019ailleurs rien d\u2019exceptionnel : au cours des 40 dernières années, le Québec y a eu recours pas moins de 106 fois.On est loin du jamais vu ou de l\u2019amateurisme.Pourtant, pour certaines franges du discours public, cette remise en question du dogme multiculturaliste, de « la » manière de comprendre comment doivent nécessairement fonctionner les droits fondamentaux, serait absolument inacceptable et le recours aux dispositions de dérogation, même fait de manière scrupuleusement conforme au texte des chartes, devrait être déclaré inconstitutionnel.Au Canada, il ne pourrait y avoir qu\u2019une seule et unique manière de comprendre ce que signifie « liberté de religion » et il serait justifié de réinterpréter rétroactivement les balises de la Constitution canadienne pour la faire primer.Même si, il y a plus de trente ans, la Cour suprême du Canada concédait elle- même dans l\u2019arrêt Ford c.Québec que le judiciaire ne peut se pencher ni sur le mérite ni sur les conséquences du recours aux dispositions de dérogation sans pour autant violer le principe de séparation des pouvoirs, il faudrait, selon certains, jeter ce principe aux orties.D\u2019autres font carrément appel au pouvoir fédéral de désaveu du gouverneur général (un relent colonial désuet) pour invalider la loi.Il faudrait, coûte que coûte, briser cette loi : quitte à changer les règles du jeu rétroactivement pour éviter un résultat que l\u2019on ne saurait admettre.Rectitude politique Or, on doit le rappeler, ce projet de loi a été adopté de manière démocratique, par un gouvernement élu agissant dans le cadre constitutionnel défini sur la question.Prétendre nier après coup la validité de la démarche, même faite de manière scrupuleusement conforme aux règles du jeu, ne serait rien de moins qu\u2019une négation de l\u2019État de droit au profit de la rectitude politique.Nous serions face à une rupture manifeste du pacte fédératif qui enverrait un message limpide au Québec : celui que son existence même en tant que société distincte est inacceptable au sein du Canada, quitte à tricher pour l\u2019empêcher de respirer par lui-même.Dès lors, une mise en garde s\u2019impose quant aux conséquences plus que probables de cette voie : nier le recours aux dispositions de dérogation déclenchera à coup sûr une crise constitutionnelle sans précédent, dont l\u2019ampleur dépasserait sans doute de loin celle du lac Meech.Et celle-ci pourrait très bien, cette fois, être la dernière que connaîtrait le Canada\u2026 PROJET DE LOI SUR LA LAÏCITÉ Dispositions de dérogation ou crise constitutionnelle Texte collectif* M.le Premier Ministre du Québec, Nous applaudissons la récente décision du gouvernement d\u2019élaborer un nouveau plan d\u2019action communautaire afin d\u2019offrir «un meilleur soutien et une plus grande reconnaissance à ces organismes qui répondent à une multitude de besoins non couverts par les réseaux publics », comme annoncé par monsieur Boulet dans une lettre du 18 février adressée au Réseau québécois de l\u2019action communautaire autonome.Nous espérons que cette volonté se traduira par l\u2019accessibilité de la vérification des antécédents judiciaires des bénévoles, effectuée par la Sûreté du Québec, et ce, afin d\u2019assurer la sécurité des personnes bénéficiant des services des centaines d\u2019organismes communautaires, dont les 107 centres d\u2019action bénévole (CAB) membres de la FCABQ.En effet, jusqu\u2019en 2015, la vérification des antécédents judiciaires était faite gratuitement par la Sûreté du Québec.Depuis, à moins d\u2019attester de facteurs confirmant la vulnérabilité des bénéficiaires de services bénévoles, ce sont des firmes privées qui l\u2019effectuent.Ainsi, tout organisme n\u2019ayant pas réussi à démontrer le niveau de vulnérabilité d\u2019un bénéficiaire doit débourser de 45 $ à 80 $ lorsqu\u2019il juge une telle vérification nécessaire, et ce, même si les clientèles desservies présentent les caractéristiques établies par l\u2019article 6.3 de la Loi sur le casier judiciaire : « Au présent article, personne vulnérable s\u2019entend d\u2019une personne qui, en raison de son âge, d\u2019une déficience ou d\u2019autres circonstances temporaires ou permanentes : a) soit est en position de dépendance par rapport à d\u2019autres personnes ; b) soit court un risque d\u2019abus ou d\u2019agression plus élevé que la population en général de la part d\u2019une personne en situation d\u2019autorité ou de confiance vis-à-vis d\u2019elle.» La quasi-totalité des bénéficiaires de services bénévoles est touchée par une problématique sérieuse (isolement, anxiété, perte d\u2019autonomie, trouble cognitif, déficience ou autre incapacité), ce qui démontre qu\u2019ils sont en situation de vulnérabilité au moment de recevoir les services demandés.Qu\u2019ils soient considérés comme vulnérables ou non, il n\u2019en reste pas moins que des mesures doivent être prises pour assurer leur sécurité.Ne pas reconnaître systématiquement ces personnes comme vulnérables engendre des coûts importants pour les organismes devant procéder à la vérification des antécédents judiciaires des bénévoles.À titre d\u2019exemple, pour les centres d\u2019action bénévole dont la clientèle est composée à 80 % d\u2019aînés, cela peut représenter des frais annuels allant jusqu\u2019à 4000 $, une somme prohibitive qui force plusieurs organismes à refuser des demandes de services.Heureusement, le gouvernement du Québec semble sensible à cette question.Nous espérons qu\u2019une réelle ouverture soit démontrée en offrant aux organismes qui le souhaitent la gratuité de la vérification des antécédents judiciaires des bénévoles afin de mieux protéger les bénéficiaires considérés comme vulnérables.Ceci démontrerait non seulement le souci du gouvernement du Québec envers les personnes vulnérables, mais confirmerait également la reconnaissance du travail essentiel accompli par les organismes et les bénévoles.* Ce texte est cosigné par une dizaine de représentants de regroupements d\u2019action bénévole.La liste des signataires est publiée sur nos plateformes numériques.JUSTICE La vérification des antécédents des bénévoles doit rester gratuite Le premier ministre François Legault JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Notre histoire est ponctuée d\u2019exceptions légalisées aux libertés fondamentales LEDEVOIR // LE JEUDI 4 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR MÉDIAS Second round contre les « radios-poubelles » L\u2019ex-journaliste Dominique Payette s\u2019inquiète de ces « vecteurs non pas d\u2019information, mais de propagande » E N B R E F La condamnation de Michel Cadotte ne sera pas portée en appel La condamnation d\u2019homicide involontaire de Michel Cadotte, qui a étouffé son épouse atteinte d\u2019alzheimer, ne sera pas portée en appel par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).«Après un examen du dossier, le DPCP ne portera pas en appel la condamnation de Michel Cadotte», a indiqué Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP.Michel Cadotte avait été reconnu coupable d\u2019homicide involontaire en février.La Couronne réclamait une condamnation de meurtre au deuxième degré, mais le jury s\u2019est rangé du côté de la défense, qui a plaidé que l\u2019état d\u2019esprit de M.Cadotte était perturbé par une dépression majeure lorsqu\u2019il a mis fin aux jours de Jocelyne Lizotte.La juge Hélène Di Salvo doit rendre sa sentence le 28 mai prochain.Le Devoir Recherche en agriculture : le gouvernement Legault annonce un ménage QUÉBEC \u2014 Le gouvernement Legault a annoncé mercredi un ménage dans la direction des organismes de recherche financés par le ministère de l\u2019Agriculture et une nouvelle politique de recherche pour garantir l\u2019indépendance des chercheurs.« Ça sent l\u2019improvisation », et le gouvernement est à la remorque, riposte l\u2019opposition péquiste, qui avait justement, la fin de la semaine dernière, demandé officiellement à une commission parlementaire de se pencher sur l\u2019indépendance des chercheurs.Dans la foulée de l\u2019affaire de l\u2019agronome Louis Robert, le ministre de l\u2019Agriculture, André Lamontagne, a donc fait savoir mercredi en Chambre qu\u2019il voulait « une nouvelle gouvernance des organismes » à compter de la fin d\u2019avril.La Presse canadienne Le gouvernement du Manitoba conteste lui aussi en cour la « taxe carbone » WINNIPEG \u2014 Le gouvernement pro- gressiste-conservateur du Manitoba conteste lui aussi devant les tribunaux la constitutionnalité de la « taxe sur le carbone » du gouvernement fédéral.La Saskatchewan et l\u2019Ontario contestent déjà la validité de la tarification du carbone imposée par Ottawa aux provinces qui n\u2019avaient pas déjà fixé un juste prix aux émissions de gaz à effet de serre.Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a soutenu mercredi qu\u2019Ottawa n\u2019avait pas le pouvoir d\u2019imposer une taxe sur le carbone aux provinces qui s\u2019étaient pourtant dotées, selon lui, d\u2019un plan crédible de réduction des émissions de gaz à effet de serre.La Presse canadienne Michel Cadotte JACQUES NADEAU LE DEVOIR ême si elle a «reçu une volée de bois vert la dernière fois» qu\u2019elle s\u2019est penchée sur les débordements de certaines radios privées de Québec, la professeure, sociologue et ancienne journaliste Dominique Payette tire à nouveau la sonnette d\u2019alarme sur les « radios-poubelles ».Dans l\u2019essai Les brutes et la punaise à paraître jeudi, elle s\u2019inquiète de voir ces diffuseurs être «des vecteurs non pas d\u2019information, mais de propagande », qui distillent la peur.En 2015, Mme Payette avait fait paraître le rapport L\u2019information à Québec, un enjeu capital, qui parlait d\u2019un « régime de peur » créé par certains animateurs de la capitale nationale.Le document avait alors reçu un accueil pour le moins froid de la part de la classe politique québécoise, et encore plus froid de la part des auditeurs de ces « radios de confrontation », comme les qualifie l\u2019auteure.Mais Dominique Payette estimait que le sujet méritait de s\u2019y attarder de nouveau, comme peuvent le prouver a posteriori les récents tirs croisés entre la députée de Québec solidaire Catherine Dorion et l\u2019animateur Éric Duhaime.L\u2019auteure voulait d\u2019abord livrer ses constats dans une approche plus grand public, moins universitaire.Puis la pro- fesseure à l\u2019Université Laval estimait aussi que la situation avait si peu changé.« Ce sont maintenant des radios qui prennent des positions politiques très importantes, et qui le font sans tenir compte du tout de la diversité des points de vue, ou de la diversité sur tous les dossiers, explique Mme Payette, évoquant entre autres le troisième lien.Il n\u2019y a toujours qu\u2019un seul point de vue et c\u2019est le leur, et ils le martèlent à longueur de journée.On est dans une situation de propagande, et pas une situation d\u2019information.Je ne vois pas du tout pourquoi on tolère quelque chose de pareil.» Omertà Les brutes et la punaise, publié chez Lux, couche sur environ 150 pages une série de témoignages de personnes ayant goûté à la méthode dure de certains animateurs, en plus d\u2019être pavé d\u2019exemples de propos tenus par ceux-ci.Au cœur de l\u2019ouvrage se trouve donc le travail de deux stations en particulier, le FM 93 et Radio X.Pourquoi ramener ce sujet si son premier rapport avait plongé Mme Payette dans un tourbillon de critiques, parfois violentes, qui ont mené au titre du livre?«C\u2019est un phénomène sociologique extrêmement intéressant, lance-t-elle simplement.Je pense qu\u2019il y a une espèce d\u2019omertà.Le mot est très important.» Si certaines personnes ont accepté de témoigner à visage découvert, plusieurs ont préféré conserver leur anonymat, explique Dominique Payette, qui estime que les élus sont « extrêmement mal à l\u2019aise » avec l\u2019enjeu des radios de confrontation de Québec.Mais celle qui a passé trente ans à travailler à la radio de Radio-Canada dit ne pas avoir peur.« C\u2019est drôle, plein de gens me disent : \u201cTu es courageuse.\u201d Mais pour utiliser l\u2019expression anglophone, it makes the point.C\u2019est-à-dire que si je fais une étude universitaire que je veux grand public dans laquelle je traite d\u2019un sujet qui est tout à fait normal dans mon secteur, et que je suis obligée d\u2019avoir du courage, c\u2019est qu\u2019il y a quelque chose qui ne marche pas.» Pas de contrepoids Dominique Payette insiste pour dire qu\u2019elle ne veut pas que ces radios ferment leurs portes.Mais elle souligne que ces animateurs, qu\u2019elle estime être des journalistes d\u2019opinion selon les règles du Conseil de presse du Québec, devraient faire preuve de plus de rigueur.L\u2019auteure s\u2019inquiète aussi de ne voir pratiquement aucune institution «faire contrepoids au pouvoir des radios-pou- belles», soulignant la frilosité des deux ordres de gouvernement \u2014 la radio est de juridiction fédérale \u2014 et des organismes réglementaires comme le CRTC et le Conseil canadien des normes de ra- diotélévision (CCNR).Ces postes de radio « sont très puissants et il n\u2019y a rien en face.Et pour citer Montesquieu \u2014 qui disait que quelqu\u2019un qui a du pouvoir va l\u2019utiliser jusqu\u2019à ce qu\u2019il rencontre quelqu\u2019un en face de lui \u2014, et bien en face des radios il n\u2019y a rien, il n\u2019y a personne.» Pour le livre, Dominique Payette n\u2019a pas demandé de commentaires ou d\u2019explications des patrons ou des animateurs de Radio X ou du FM93.« Ce n\u2019était pas mon propos, de un.Et de deux, ça fait des années que je dis que dans certains cas, ça n\u2019a aucun sens comment ils traitent leurs interviewés.Je ne me vois pas aller me mettre la tête sur le billot, explique-t-elle.C\u2019est pas des interviews, c\u2019est des casiers à homard.Vous rentrez là-dedans, et vous êtes complètement ficelé, vous ne pouvez pas ressortir [\u2026] C\u2019est profondément malhonnête.» Au final, la professeure n\u2019a « pas de solutions simples à ce problème complexe », mais elle estime qu\u2019il y a « quelque chose à faire là, parce que la démocratie dans la région est entachée par ça et ce déséquilibre structurel dans l\u2019information.Ça serait déjà une victoire qu\u2019on en parle de manière un peu plus dégagée ».Les brutes et la punaise Les radios-poubelles, la liberté d\u2019expression et le commerce des injures Dominique Payette, Lux Éditeur, Montréal, 152 pages M Dominique Payette Certaines radios de la capitale ont été mises en cause dans la tuerie à la grande mosquée de Québec en raison des opinions de leurs animateurs contre l\u2019immigration arabe.ANNICK MH DE CARUFEL LE DEVOIR "]
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