Le devoir, 16 avril 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 83 / LE MARDI 16 AVRIL 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Entraves à l\u2019école à la maison?Des centaines de parents manifestent contre les nouvelles règles du ministère de l\u2019Éducation MARCO FORTIER À CHAMBLY LE DEVOIR es centaines de parents de partout au Québec ont manifesté lundi devant le bureau du ministre de l\u2019Éducation, à Chambly, pour protester contre le resserrement prévu des règles encadrant l\u2019école à la maison.Ces parents revendiquent haut et fort le « droit à la diversité » en éducation.Ils veulent faire reconnaître leurs efforts pour éduquer leurs enfants à leur manière, sans nécessairement suivre le rythme du programme « mur à mur » imposé par le ministère de l\u2019Éducation du Québec.« L\u2019école n\u2019est pas adaptée à nos enfants », ont dit des parents.« Nos enfants ne sont pas faits pour l\u2019école telle qu\u2019on la connaît », ont nuancé d\u2019autres parents.Ils ont raconté leur choix d\u2019éduquer un enfant à la maison : élève surdoué qui s\u2019ennuyait en classe, enfant en difficulté qui était triste à l\u2019école ; dans d\u2019autres cas, des parents tiennent tout simplement à transmettre une éducation sur mesure à leurs enfants.Les parents rencontrés lundi parLe Devoir détiennent pour la plupart un diplôme universitaire.Un des deux parents occupe un emploi assez payant pour permettre à l\u2019autre de rester à la maison.Aucun des parents rencontrés n\u2019a dit faire l\u2019école à la maison pour offrir un enseignement religieux.INDEX Avis légaux .B7 Culture .B1 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B8 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 LUDOVIC MARIN AGENCE FRANCE-PRESSE CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR « Je suis dévastée.Je ne peux pas imaginer qu\u2019un monument qui a traversé 850 ans soit détruit en quelques heures ! » Lorsqu\u2019elle a vu les premières flammes, Vanina Pieri a pris sa valise, son ordinateur et un dossier pour se réfugier de l\u2019autre côté de la Seine, d\u2019où elle voyait le toit brûler.Déjà, les débris Paris pleure Notre-Dame Macron promet de reconstruire la cathédrale lundi en fin d\u2019après-midi.Jusque tard en soirée, des milliers de Parisiens entassés sur les quais ont retenu leur souffle.Lorsque, vers 20h, la flèche reconstruite par Viollet-le-Duc en 1843 s\u2019est effondrée, plusieurs se sont mis à pleurer.«Oh my God», s\u2019est exclamé un touriste américain débouchant rue du Renard.Sur les quais Saint-Michel, des fidèles ont entonné Je vous salue Marie.Toute la soirée, les pompiers ont tenté, avec succès, d\u2019éviter l\u2019écroulement des ogives, des vitraux et de ces rosaces uniques au monde.La tour nord, gagnée un moment par les flammes, a aussi pu être sauvée de l\u2019effondrement qu\u2019aurait provoqué la chute des bourdons soutenus par une structure en bois.Seul le tiers du toit a cependant pu être épargné.Les 16 statues entourant la flèche étaient heureusement en réfection.L\u2019âme de la France Le feu aurait commencé vers 18 h 50 près des échafaudages installés sur le toit où des travaux étaient en cours.La charpente en bois du XIIIe siècle, surnommée « la forêt » car elle a nécessité 24 hectares de chênes, a vite été réduite en cendres.Elle était la seule au monde de cette dimension à avoir traversé huit siècles d\u2019histoire.Heureusement, aucun ouvrier n\u2019était sur place lors du sinistre.Seul un pompier a été blessé parmi les 500 hommes qui ont combattu l\u2019incendie toute la nuit en essayant de mettre à l\u2019abri le plus grand nombre d\u2019œuvres d\u2019art.Le trésor, la tunique de Saint-Louis, la couronne d\u2019épines et plusieurs tableaux ont ainsi pu être évacués à temps.Selon les premiers témoins, l\u2019autel et les parois auraient été largement préservés.« Ça fait mal ! », disait Christophe, un ethnologue qui habite juste en face sur le quai de Montebello.« J\u2019ai ce joyau sous les yeux tous les jours.C\u2019est une œuvre magnifique.Pour moi, ce n\u2019est pas nécessairement un lieu religieux, mais un lieu culturel qui fait partie de l\u2019âme de la France.C\u2019est nous, quoi ! » Les parents, certains accompagnés de leurs enfants, ont manifesté devant le bureau du ministre Jean-François Roberge, à Chambly.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Notre-Dame de Paris, c\u2019est notre histoire, notre littérature.[.] C\u2019est la cathédrale de tous les Français, même de ceux qui n\u2019y sont jamais venus.Cette histoire, c\u2019est la nôtre.EMMANUEL MACRON » et les cendres tombaient sur la petite rue du Cloître-Notre-Dame où elle habite, et qui borde la cathédrale sur son flanc nord.« Je suis stupéfaite, dit-elle.Dire que j\u2019avais ce chef-d\u2019œuvre sous les yeux tous les jours.» C\u2019est une ville sidérée et touchée au cœur qui a vu l\u2019un de ses joyaux architecturaux et le monument historique le plus visité d\u2019Europe ravagé par les flammes.Toute la nuit, les pompiers ont combattu un incendie qui s\u2019est déclaré D VOIR PAGE A 4 : ÉCOLE VOIR PAGE A 2 : INCENDIE NOTRE-DAME DE PARIS, DE 1163 À AUJOURD\u2019HUI PAGE A 2 ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 Avec l\u2019appui de : INSCRIPTION \u2022 CORIM.QC.CA \u2022 514 340-9622 Young Tae Kim Secrétaire général, Forum International des Transports, OCDE Les actions mondiales pour la mobilité de demain « Ce soir, tous les Parisiens pleurent » INCENDIE SUITE DE LA PAGE A 1 L\u2019incendie a bousculé l\u2019agenda politique du président pourtant chargé.Alors qu\u2019il devait prononcer lundi à 20 h le discours jugé le plus important de son quinquennat, Emmanuel Macron s\u2019est aussitôt rendu sur les lieux.Sa réponse aux gilets jaunes attendra, de même que la conférence de presse prévue mercredi pour la presse internationale.« Cette cathédrale, nous la rebâtirons », a déclaré le président du parvis de la cathédrale.« Notre-Dame de Paris, c\u2019est notre histoire, notre littérature, a-t-il poursuivi.C\u2019est l\u2019épicentre de notre vie, c\u2019est l\u2019étalon d\u2019où partent nos distances.C\u2019est tant de livres, de peintures.C\u2019est la cathédrale de tous les Français, même de ceux qui n\u2019y sont jamais venus.Cette histoire, c\u2019est la nôtre.» Françoise Comiti arrivait tout juste de la campagne lorsqu\u2019elle a vu les premières flammes.Elle est montée au cinquième étage de l\u2019immeuble acheté au siècle dernier par ses grands-parents, rue d\u2019Arcole.« On voyait déjà le feu lécher les tours.Il était déjà bien pris lorsque les pompiers ont commencé à déployer leurs lances », dit cette institutrice à la retraite.« Les Parisiens ont l\u2019impression qu\u2019on leur a arraché un membre, a déclaré la mairesse du 5e arrondissement, Florence Berthout.[\u2026] D\u2019autant plus dans le contexte que l\u2019on connaît, un environnement très \u201cin- sécure\u201d, où tout le monde s\u2019interroge sur les valeurs et ce qui fait notre bien commun.» Selon le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Mou- lins-Beaufort, « on va être partis pour des années de travaux ».Une collecte nationale pour la reconstruction, qui devrait prendre des années, sera lancée mardi par la Fondation du patrimoine.La dernière reconstruction de cette ampleur fut celle de la cathédrale de Reims, pratiquement rasée durant la Seconde Guerre mondiale et qui devint le lieu de la grande réconciliation entre De Gaulle et Adenauer en 1962.Un drame national À quelques jours de Pâques, plusieurs églises de France ont spontanément fait sonner leurs cloches pour inviter les fidèles à prier.Mais aussi pour manifester l\u2019attachement de tous les Français à ce monument irremplaçable et qui est le « cœur battant de la France », selon le père et historien d\u2019art Arnaud Montoux.De nombreux Parisiens ne cachaient pas leur étonnement de voir ainsi ravagé un monument qui a survécu aux incendies, à la Révolution et à toutes les guerres.Une enquête judiciaire a déjà été ouverte.Selon des responsables, la cathédrale était pourtant visitée quotidiennement par les pompiers.L\u2019enquête devra notamment expliquer la rapidité de la propagation des flammes ainsi que les causes du sinistre alors que, selon l\u2019architecte responsable des travaux de rénovation, aucun ouvrier n\u2019était sur place.Partout, on parle d\u2019un « drame national », selon les mots du secrétaire d\u2019État à l\u2019Intérieur, Laurent Nuñez.« Notre tristesse est au-delà des mots », a renchéri le premier ministre, Édouard Philippe.« Ce soir, tous les Parisiens pleurent », a aussi affirmé la mairesse de Paris, Anne Hidalgo.« C\u2019est notre lieu à tous », dit le grand rabbin de France.De Donald Trump à Angela Merkel, en passant par Barack Obama, Theresa May et le pape François, le monde entier a exprimé sa tristesse.« Les terribles images qui nous proviennent de Paris me touchent profondément, a déclaré le premier ministre québécois, François Legault.Notre-Dame de Paris est un joyau ! » Justin Trudeau n\u2019a pas été en reste.Les pompiers ont travaillé toute la nuit à refroidir la structure.Dans la nuit, de nombreuses églises de Paris ont ouvert leurs portes.« On va reconstruire et redevenir des bâtisseurs de cathédrale », a déclaré le recteur-archi- prêtre de Notre-Dame, Mgr Patrick Chauvet.JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR HISTOIRE Notre-Dame de Paris, de 1163 à aujourd\u2019hui Catastrophés, les Parisiens ont regardé les flammes ravager la célèbre cathédrale.CHRISTOPHE ENA ASSOCIATED PRESS Le grand orgue aurait fondu « A priori, l\u2019orgue a disparu.Fondu ! » La sombre prédiction, émanant de source sûre hélas, nous est arrivée peu après 16 h 30, heure de Montréal.Olivier Latry, organiste titulaire de Notre- Dame de Paris et organiste émérite de l\u2019orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique, actuellement à Dresde pour un concert, ne souhaite pas s\u2019exprimer.Tout comme l\u2019édifice qui l\u2019héberge, l\u2019orgue est chargé d\u2019histoire.Notre-Dame a eu un grand orgue dès le XIIIe siècle.Particularité unique : chaque nouvel instrument a préservé la trace des anciens.L\u2019orgue de Notre-Dame avait résisté à tout, même à la Révolution.L\u2019instrument actuel était héritier de celui d\u2019Aristide Cavaillé-Coll (1868), le grand facteur inventeur de l\u2019orgue symphonique.Il en avait retrouvé toutes les couleurs lors d\u2019une brillante restauration en 1992.Napoléon s\u2019y fit couronner empereur dans une cérémonie où il avait poussé l\u2019audace jusqu\u2019à faire déplacer le pape.Victor Hugo en fit le personnage vivant de son grand roman.Notre-Dame ?Le symbole éclatant de la chrétienté à compter du Moyen Âge.Un chef-d\u2019œu- vre de l\u2019architecture gothique.Le monument le plus visité d\u2019Europe.Sous l\u2019œil de ses gargouilles inquiétantes, l\u2019épaisseur du temps lui avait donné une patine qu\u2019aucune reconstitution ne saurait restituer.Coiffée d\u2019un toit en tuiles de plomb, la cathédrale est édifiée sur un espace voué de longue date à la religion, sur l\u2019île de la Cité.« On a détruit une ancienne église pour y ériger celle-ci », rappelle en entrevue au Devoir le médiéviste Patrick Henriet, directeur d\u2019études à l\u2019École pratique des hautes études de la Sorbonne.À l\u2019époque de sa construction, Paris devient le centre de la chrétienté.« La notoriété du bâtiment est liée à l\u2019ascension de Paris comme ville la plus peuplée du monde latin », explique Patrick Henriet.L\u2019importance accordée à ce monument, emblématique du pouvoir de la ville sur le monde de l\u2019époque, s\u2019est maintenue jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Maurice de Sully, évêque de Paris en 1160, veut créer sur l\u2019île de la Cité un bâtiment dont la mesure et le lustre doivent au moins égaler le temple de Salomon ou la Jérusalem céleste, décrits par saint Jean dans l\u2019Apocalypse.L\u2019effort architectural déployé sera à la mesure de cette volonté : des milliers d\u2019ouvriers vont y consacrer leur vie.Le pape Alexandre III en pose officiellement la première pierre en 1163.Mais il faut attendre encore près de deux siècles pour que les travaux, infléchis par des avancées architecturales, soient réputés achevés, en 1345.Notre- Dame a alors à peu près la forme qu\u2019on lui connaît désormais.« Les incendies étaient très fréquents dans ces bâtiments aux charpentes de bois », explique le médiéviste Henriet.Notre-Dame a déjà été touchée par les flammes au XIIIe siècle.Mais dans la longue durée, le bâtiment avait été presque miraculeusement épargné.La puissance d\u2019évocation En raison de sa position particulière au cœur de Paris et de la place centrale de cette ville dans l\u2019histoire du monde, du moins jusqu\u2019au XIXe siècle, ce bâtiment va connaître un destin exceptionnel, fortement rehaussé par la littérature.« Non seulement la cathédrale passe du côté de la littérature, au XIXe surtout, mais elle raconte de la sorte nombre d\u2019histoires » qui l\u2019élèvent encore, explique Isabelle Arseneau, pro- fesseure de littérature française du Moyen Âge à l\u2019université McGill.Elle inspire des peintres, des photographes, des musiciens.« Notre-Dame est bien vieille », écrit Gérard de Nerval en 1834, au temps où le bâtiment nécessite des travaux urgents.Nerval ajoute : « on la verra peut-être enterrer cependant Paris qu\u2019elle a vu naître », tout en prédisant qu\u2019un jour, hélas, cette « carcasse lourde tordra ses nerfs de fer ».« La flèche qui est tombée, avalée par l\u2019incendie, datait du XIXe siècle, au temps où l\u2019architecte Viollet-le-Duc se permit de modifier certains aspects de la cathédrale, dit l\u2019historien Henriet.On ne sait pas encore avec précision tout ce qui est touché.[\u2026] Il est certain que les grandes plaques de plomb du toit ont fondu.Sur quoi tout cela est-il tombé ?» Au cours des récents travaux de restauration, plusieurs éléments avaient été retirés.Mais il y avait encore nombre de reliques de véritables trésors à l\u2019intérieur.Que reste-t-il de ces richesses ?D\u2019imposants reliquaires, des pièces d\u2019orfèvres, des manuscrits anciens, des vitraux immenses, des tentures, des lustres, des tombeaux sculptés, que peut-on espérer encore récupérer ?Le monument avait déjà souffert : à la Révolution française, la foule croit que, sur le portail, ce sont les rois de France qui sont représentés.Ils sont décapités.Les têtes durent être remplacées par des copies.Dans quel état se trouvent au- jourd\u2019hui les tableaux de maîtres de ses chapelles ou encore sa superbe rosace, avec sa Vierge en majesté placée au centre d\u2019une sphère de verre de près de 13 mètres ?Reconstruire ?La structure de pierre reste en place, mais les dommages sont inestimables.Quel sera l\u2019avenir de ce joyau du patrimoine mondial éventré par le feu, souillé par les fumées, violé par l\u2019eau des sapeurs-pompiers ?En Angleterre, alors que Notre-Dame brûlait toujours, le journal The Guardian affirmait que « l\u2019âme de l\u2019Europe a été soudainement et violemment déchirée ».À l\u2019heure où le président Macron claironnait sa volonté de reconstruire, l\u2019UNESCO assurait déjà de son soutien.Le médiéviste Patrick Henriet rappelle que la destruction a été le lot de plusieurs grandes cathédrales : « Plusieurs ont été touchées plus durement encore que ne le sera sans doute Notre-Dame.» À Dresde et à Cologne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements ont détruit les deux cathédrales.Comme elles, l\u2019immense cathédrale de Reims, détruite pour sa part lors du conflit de 14-18, sera aussi reconstruite.Au Québec, en 1922, les basiliques de Québec et de Sainte-Anne-de-Beaupré partent en fumée.Reconstruites, elles aussi.Mais ce faisant, on n\u2019efface pas tant les drames qu\u2019on affirme une volonté conjuguée de ne pas voir les traces d\u2019un passé en partage être emportées dans l\u2019oubli.« Au-delà des religions, affirme le médiéviste Patrick Henriet, Notre-Dame appartient à tout le monde.Les monuments, il faut d\u2019abord voir à les préserver.» ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 L \u2019entourloupette que la ministre responsable de la Langue française, Nathalie Roy, a faite à l\u2019opposition vendredi dernier avait un air de déjà-vu regrettable.Interpellée par le Parti québécois, Mme Roy devait répondre pendant deux heures du « manque d\u2019engagement du gouvernement en matière de protection de la langue française ».Il ne fallait pas s\u2019attendre à ce qu\u2019elle batte sa coulpe, mais on aurait au moins espéré un peu plus de transparence qu\u2019à l\u2019époque libérale.À peine une demi-heure plus tôt, l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF) a rendu public un premier bilan complet de la situation du français depuis onze ans.Pour une fois des rares fois où ils pouvaient discuter de la question à loisir, les parlementaires n\u2019avaient pas eu le temps d\u2019en prendre connaissance.De toute évidence, on s\u2019est arrangé pour éviter à la ministre d\u2019être confrontée à des données qui auraient pu être embarrassantes.Le changement de gouvernement n\u2019a apparemment rien changé à l\u2019habitude de s\u2019ingérer dans le travail de l\u2019OQLF, qui devrait en principe être un organisme neutre.À la différence de ses prédécesseurs, qu\u2019elle accusait de nier la réalité, Mme Roy a reconnu dès sa nomination que le français est en recul dans l\u2019espace public, tout particulièrement à Montréal.Le rapport de l\u2019OQLF confirme que l\u2019anglais est également en progression dans les milieux de travail, particulièrement chez les jeunes de 18 à 34 ans.Si la ministre convient de la nécessité d\u2019un coup de barre, elle maintient cependant qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de renforcer les dispositions de la loi 101 ; il suffit de la faire appliquer avec plus de rigueur.Il est vrai que le gouvernement Legault est moins laxiste que les libéraux.Par exemple, il a imposé à l\u2019hôpital de Lachute de revenir à l\u2019affichage unilingue français, alors que l\u2019établissement avait ignoré impunément les remontrances de l\u2019OQLF pendant des années.S\u2019en tenir à une application plus stricte de la loi 101 a cependant ses limites.C\u2019est notamment le cas des entreprises de moins de 50 employés, qui ne sont pas visées par les mesures de francisation prévues dans la loi, alors que c\u2019est là que se retrouvent la grande majorité des nouveaux arrivants.Le gouvernement de Pauline Marois les avait incluses dans le projet de loi 14, mais il n\u2019a pas pu le faire adopter.La CAQ s\u2019en tient plutôt à l\u2019approche incitative proposée dans le rapport que la députée d\u2019Iberville, Claire Samson, avait présentée en novembre 2016, c\u2019est-à-dire le soutien à la francisation en entreprise, qui demeure cependant facultative.Mme Roy a une vision pour le moins idyllique de l\u2019incitation.« Ce n\u2019est pas la coercition, c\u2019est la collaboration qui nous intéresse.Il faut faire naître dans le cœur de chaque Québécois et particulièrement des néo-Québécois, des nouveaux arrivants, l\u2019amour de la langue française.Il faut faire comprendre aussi à bien des gens que la langue française, c\u2019est ce qui nous distingue, c\u2019est ce qui fait notre richesse, c\u2019est ce qui fait la beauté du Québec\u2026 », a-t-elle déclaré vendredi dernier.Certes, le français est une belle langue, qui contribue au charme du Québec et dont la connaissance ne peut qu\u2019enrichir l\u2019esprit, mais les nouveaux arrivants ont généralement des besoins plus pressants, par exemple gagner leur vie, et plusieurs semblent penser que l\u2019anglais est plus utile.Comment les en blâmer, alors qu\u2019ils voient les francophones s\u2019y mettre aussi, surtout la jeune génération, qui préfigure le Québec de demain ?Chez les francophones, ce sont les jeunes qui ont le moins d\u2019objection à travailler en anglais et à être accueillis par un Bonjour/Hi, a noté l\u2019OQLF.Attention à la poutre qu\u2019on voit dans l\u2019œil du voisin ! Pauline Marois était loin d\u2019être la seule à souhaiter que tous les élèves québécois sortent bilingues de l\u2019école.C\u2019était aussi ce qu\u2019avait recommandé la Commission des états généraux sur la langue française (2001).On ne retient aujourd\u2019hui du rapport Bouchard-Taylor que la recommandation portant sur les signes religieux, mais il consacrait plusieurs pages à la relation des Québécois francophones à la langue anglaise.« L\u2019anglais qu\u2019il faut apprendre et parler aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas celui que Lord Durham voulait imposer au Bas-Ca- nada après la répression des rébellions.C\u2019est plutôt celui qui permet d\u2019accéder à toutes les connaissances et d\u2019échanger avec tous les peuples de la terre », peut-on y lire.Ses auteurs ne croyaient pas que le progrès généralisé du bilinguisme pourrait mettre le français en péril, à la condition que les francophones en assurent individuellement la préséance dans leur quotidien et que les institutions publiques donnent l\u2019exemple.« Il serait difficilement concevable qu\u2019elles ouvrent plutôt la voie au relâchement.Une réaction énergique est peut-être de mise ici », écrivaient-ils.Cette remarque n\u2019a rien perdu de sa pertinence, mais Mme Roy compte plutôt sur l\u2019amour du français.Un pari qui n\u2019est pas sans risque.Pour l\u2019amour du français MICHEL DAVID Québec offre de rembourser aux détenteurs d\u2019un permis de taxi la somme qu\u2019ils ont payée au moment de l\u2019acquisition.JACQUES NADEAU LE DEVOIR MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Devant le mécontentement des chauffeurs de taxi, le ministre des Transports François Bonnardel bonifie son offre et propose de rembourser aux titulaires de permis la somme qu\u2019ils ont déboursée à l\u2019achat.En point de presse lundi matin à Montréal, M.Bonnardel a annoncé qu\u2019il déposera un amendement au projet de loi 17 afin de hausser de 20 à 90 sous la redevance temporaire prévue pour l\u2019ensemble des courses.Une somme de 270 millions de dollars devrait ainsi être amassée sur une période de cinq à six ans.Cette compensation supplémentaire sera donc financée par les consommateurs.La redevance est « basée sur le principe de l\u2019utilisateur-payeur », a déclaré le ministre Bonnardel.« C\u2019est une proposition responsable afin que tous les titulaires de permis puissent récupérer leurs investissements sans avoir recours à davantage de fonds publics », a-t-il fait valoir.Cette redevance temporaire permettra également d\u2019instaurer un fonds spécial de 10 millions « pour accompagner certains cas plus particuliers ».La hausse de la redevance s\u2019ajoute à l\u2019enveloppe de 500 millions déjà annoncée par Québec pour compenser la perte de la valeur des permis depuis l\u2019arrivée d\u2019Uber et aux 44 millions provenant du fonds de modernisation de l\u2019industrie du taxi, financé par les redevances payées uniquement par Uber depuis 2017.Au total, les aides financières mises en place par Québec s\u2019élèvent donc à 814 millions.Valeur marchande Selon le ministre Bonnardel, cette somme sera suffisante pour rembourser le prix payé à l\u2019achat par les individus ou les sociétés qui détiennent les quelque 7500 permis de propriétaires de taxi transférables au Québec.Cette somme ne représente toutefois pas la valeur marchande des permis de taxi, évaluée à 1,3 milliard au moment de l\u2019arrivée de Uber au Québec en 2014.« Il propose de nous compenser pour 59 % de la valeur de nos permis », s\u2019insurge en entrevue Abdallah Homsy, porte-parole de l\u2019industrie du taxi.« La proposition du ministre revient à dire que nous aurons de meilleures funérailles, mais qu\u2019il va quand même tuer l\u2019industrie du taxi pour faire plaisir à Uber.» M.Homsy estime que cette proposition est encore plus inéquitable pour ceux qui ont acheté leurs permis il y a plus d\u2019une décennie.Les permis, perçus comme des investissements, ont pris de la valeur au fil des ans.« Le ministre dit aux chauffeurs qui ont pris ce permis comme un fonds de retraite qu\u2019ils viennent de le perdre », illustre-t-il.De son côté, François Bonnardel a fait valoir qu\u2019un chauffeur qui a acheté un permis 50 000$ il y a 20 ans a pu l\u2019amortir sur quelques années, alors qu\u2019un titulaire ayant déboursé 200 000$ récemment n\u2019en a pas eu le temps.Il a également fait remarquer que « l\u2019industrie a spéculé».Avec cette nouvelle proposition, le ministre affirme qu\u2019il répond aux « inquiétudes et à l\u2019insécurité » exprimées par les propriétaires de permis de taxi depuis le dépôt du projet de loi 17 qui libéralise le marché du transport rémunéré de personnes.Nouvelle taxe Gaétan Barrette, porte-parole de l\u2019opposition officielle en matière de transports, n\u2019a pas hésité à parler d\u2019une « nouvelle taxe » qui sera imposée au consommateur.Il a toutefois convenu que la hausse de la compensation représente «un pas dans la bonne direction».À ses yeux, l\u2019abolition du régime des permis représente une expropriation.Il demande donc au gouvernement Le- gault de suivre la jurisprudence en la matière et de dédommager justement les titulaires de permis.« Les règles de l\u2019expropriation ne disent pas que, si c\u2019est un gros montant on ne le donnera pas », a-t-il fait remarquer.Pour Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire en matière des transports, la nouvelle proposition du gouvernement représente « une insulte pour les gens du taxi ».« Uber doit être mort de rire de voir que le gouvernement demande à l\u2019industrie du taxi de se compenser elle- même », a-t-elle fait remarquer, ajoutant que c\u2019est à Uber de payer pour dédommager les propriétaires de permis de taxi, et non aux contribuables.Division Tout juste avant le point de presse de lundi, François Bonnardel a rencontré les représentants de l\u2019industrie du taxi.« Il y en a qui ne veulent pas discuter.Il y en a d\u2019autres qui acceptent de discuter de la compensation et qui veulent regarder vers l\u2019avenir », a-t-il mentionné.Une déclaration qui a hérissé Abdallah Homsy.« Il mise sur la division.C\u2019est vraiment déplorable pour un ministre qui se dit ouvert au dialogue », a-t-il dit.Devant les médias, M.Bonnardel a répété être « le meilleur allié » de l\u2019industrie du taxi.Selon le ministre, sur les 50 millions de courses effectuées annuellement au Québec, seulement 10 millions échappent actuellement aux chauffeurs de taxi.Si l\u2019industrie « s\u2019unifie et travaille ensemble », M.Bonnardel s\u2019est dit prêt à travailler avec les chauffeurs « pour aller chercher encore plus de courses ».Abdallah Homsy s\u2019inquiète de ne pas savoir d\u2019où proviennent ces chiffres.« Il ne nous dit même pas sur quelle étude il se base pour dire qu\u2019on a 40 millions de courses par année.Est- ce que ça vient de l\u2019étude faite par Uber ?», demande-t-il, déplorant le manque de transparence de Québec.Au cours des prochains jours, l\u2019industrie consultera ses membres pour déterminer si de nouveaux moyens de pression seront adoptés.TRANSPORTS L\u2019offre bonifiée reste insuffisante, selon les chauffeurs de taxi François Bonnardel JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Abdallah Homsy JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Tout le monde reconnaît que le français est une bien belle langue, qui contribue au charme du Québec et dont la connaissance ne peut qu\u2019enrichir l\u2019esprit, mais les nouveaux arrivants ont généralement des besoins plus pressants, par exemple gagner leur vie, et plusieurs semblent penser que l\u2019anglais est plus utile LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS Colère de parents contre le ministre Roberge ÉCOLE SUITE DE LA PAGE A 1 « Toutes les écoles se ressemblent.L\u2019humanité a des défis énormes à relever, y a-t-il une seule approche en éducation pour préparer nos enfants au monde de demain ?», dit Matthias Doucerain, qui a interrompu son doctorat en éducation à Harvard pour faire l\u2019école à la maison à ses quatre enfants âgés de 8 ans et moins (sa fille de 15 ans fréquente l\u2019école secondaire).Des règles plus strictes Le père de famille s\u2019est déplacé à Chambly pour protester contre la décision du ministre de l\u2019Éducation, Jean- François Roberge, de resserrer les contrôles pour les parents qui font l\u2019école à la maison.Les examens ministériels deviendront obligatoires.Le nombre de matières à enseigner augmentera.Et les agents de suivi du ministère de l\u2019Éducation devront rencontrer les élèves à la maison pour s\u2019assurer qu\u2019ils ont bel et bien suivi le programme obligatoire.Le but est de donner les moyens à l\u2019État d\u2019éviter que des enfants soient privés du droit à l\u2019éducation jusqu\u2019à l\u2019âge de 16 ans, a expliqué M.Roberge le mois dernier.Le ministre estime que des centaines d\u2019enfants tombent dans les failles du système, hors de l\u2019écran radar du ministère de l\u2019Éducation.Le Devoir a révélé le mois dernier des lacunes dans l\u2019encadrement de l\u2019école à la maison : des « rencontres » entre des parents et des agents de suivi du ministère de l\u2019Éducation se font au téléphone.Des agents sont habitués à se faire raccrocher la ligne au nez.Des projets d\u2019apprentissage soumis par des parents tiennent parfois en une page griffonnée à la main.Les quelque 500 parents qui ont manifesté lundi, en tout cas, clament sans hésiter qu\u2019ils offrent une éducation exceptionnelle à leurs enfants.Ils font valoir que les nouvelles règles annoncées par le ministre leur mettent des bâtons dans les roues sans aucune raison valable.Contre les examens « Mon fils de six ans devrait être médicamenté s\u2019il allait à l\u2019école.Il fonctionne très bien sans médicament à la maison », dit Eveline Benoit, de Drum- mondville.Son fils a un diagnostic de douance hétérogène.Il apprend plus vite à la maison qu\u2019à l\u2019école.Comme presque tous les parents interrogés, la mère refuse que son enfant suive les examens du ministère, qui sont une source de stress inutile, selon elle.Sans évoquer le contexte spécifique de l\u2019école à la maison, le Conseil supérieur de l\u2019éducation a remis en question les examens ministériels (et les bulletins chiffrés traditionnels) : les enseignants font du « bourrage de crâne » dans le seul but de faire réussir les élèves dans une course aux bonnes notes.Certains parents sont du même avis.« Les examens du ministère ne mesurent pas la culture ou l\u2019intelligence des enfants.Ils évaluent la capacité à se conformer au calendrier scolaire », dit un père de famille.« On apprend les mêmes choses [que l\u2019école] à nos enfants, mais pas nécessairement dans le même ordre que le programme du ministère.Le timing peut être mauvais avec les examens du ministère», dit une mère, se présentant comme Audrey, qui fait l\u2019école à quatre de ses cinq enfants (le petit dernier a un an).Le projet de loi 144, adopté l\u2019an dernier par le gouvernement Couillard, avait déjà resserré l\u2019encadrement de l\u2019école à la maison, notent les parents.Les nouvelles règles proposées par le ministre violent carrément le droit des parents à éduquer leurs enfants comme ils l\u2019entendent, selon eux.« Avec le nouveau règlement, la maison devient carrément un local de l\u2019école publique.Le ministre détruit l\u2019esprit de l\u2019école à la maison », dit Dominique Rousseau, qui est venu porter une boîte de matériel scolaire au bureau du ministre Roberge.Le ministre est sorti pour discuter quelques minutes avec le père de famille.Il a aussi rencontré trois émissaires des manifestants.M.Rousseau dit souhaiter que le ministre revienne sur sa décision de resserrer les règles pour les parents qui font l\u2019école à la maison.ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR Le ministère de l\u2019Environnement recommande à la Ville de Québec de se pencher sur la faisabilité d\u2019un métro ou d\u2019un monorail à Québec dans le cadre du processus d\u2019évaluation du projet de tramway et de réseau structurant.« Les alternatives comparées devraient inclure le métro et le monorail », peut-on lire dans un document transmis par le ministère le 29 mars.La Ville doit aussi « mettre l\u2019accent sur la durabilité du tramway par rapport au métro », recommande-t-on.La demande du ministère découle des nombreuses interventions de citoyens faites à ce sujet dans la première étape du processus d\u2019évaluation environnementale du projet de tramway.« Personnellement je suis à 1000000000% pour le métro car c\u2019est souterrain, ça ne bloque pas la circulation », a fait valoir l\u2019un des citoyens qui ont écrit au ministère.Un «monorail suspendu peut passer au-dessus du trafic et des bancs de neige sans enlever de voies pour la circulation», a écrit un autre.Depuis quelques mois, un collectif du nom de « J\u2019y vais en métro » fait pression pour que l\u2019idée d\u2019un métro soit étudiée avant qu\u2019on se lance dans le projet de réseau structurant/tramway.Le groupe plaide qu\u2019un métro serait plus rapide, aurait une fréquence plus intéressante et ne coûterait pas nécessairement plus cher que le projet de réseau structurant.La Ville agacée Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que cette demande dérange la Ville, dont le projet de tramway s\u2019approche de la phase des appels de proposition.Jusqu\u2019à présent, l\u2019administration Labeaume n\u2019avait pas jugé nécessaire de répondre de façon élaborée aux tenants d\u2019un projet de métro ou de monorail.Or, elle n\u2019a désormais plus le choix.Lundi, le vice-président du comité exécutif, Rémy Normand, a donc convoqué les médias pour réfuter point par point le document du collectif « Un métro à Québec».«Faux», «farfelu», «dessiné sur un coin de table »\u2026 Un tel projet ne TRANSPORT Un tramway ou un métro pour Québec ?peut pas être pris au sérieux, a-t-il fait valoir avec en main une copie du document pro-métro raturé de jaune et de rouge.Lorsque les pro-métro plaident que la durée de vie d\u2019un métro est cinq fois plus grande, la Ville rétorque que c\u2019est « faux » et que les « rails du tramway sont toujours utilisables et doivent simplement être remis à neuf, comme pour le métro ».M.Normand s\u2019est aussi moqué du fait que le groupe estime que le cœur des infrastructures du métro peut durer plus de 150 ans.« Complètement farfelu », peut-on lire dans les documents présentés par la Ville.« On ne planifie aucun projet dans le monde sur plus de 30 ans.» Les promoteurs du métro estiment qu\u2019un projet de métro amorti sur 150 ans coûterait 3,6 milliards au trésor public contre 5 milliards pour le tramway.La Ville, elle, évalue plutôt qu\u2019un métro amorti sur 50 ans, cette fois, coûterait entre 4,9 et 9,9 milliards, alors que le tramway coûterait entre 2,6 et 6 milliards sur la même période.De l\u2019aveu même de M.Normand, les chiffres présentés lundi sont préliminaires et n\u2019ont aucune valeur scientifique.Il faudra attendre quelques semaines, voire des mois avant d\u2019avoir un document plus solide.Évalué à 3 milliards, le projet d\u2019un réseau structurant inclut un réseau de tramway dans l\u2019axe nord-sud et un tram-bus dans l\u2019axe est-ouest.Né des cendres du défunt projet de Service rapide par bus, il ne serait toutefois pas relié à la rive sud et à la ville de Lévis.L\u2019échéancier prévoit qu\u2019il voit le jour en 2026.Selon l\u2019échéancier soumis par la Ville de Québec, des tramways rouleront dans les rues de la capitale nationale en 2026.VILLE DE QUÉBEC MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le réseau de la santé devra attendre avant de prendre le grand virage numérique du ministre Éric Caire, a regretté le député libéral Gaétan Barrette lundi, lors de l\u2019étude des crédits budgétaires.La révision des crédits alloués aux ressources informationnelles a mené à quelques échanges musclés en commission parlementaire entre l\u2019ex-mi- nistre de la Santé et le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.M.Barrette a accusé le ministre de ne pas s\u2019attarder à la collecte des données qui pourraient être partagées entre les réseaux de la Santé et de l\u2019Éducation.«Le problème, c\u2019est que dans l\u2019état actuel est choses, l\u2019héritage qu\u2019on a reçu, c\u2019est que même si le ministère de la Santé faisait la collecte de cette donnée-là, le ministère de l\u2019Éducation n\u2019aurait pas le droit de s\u2019en servir», s\u2019est exclamé le ministre Caire en ajoutant que la loi québécoise sur l\u2019accès à l\u2019information ne permet pas ce type d\u2019échange de renseignements.« Pire que ça, a-t-il ajouté.Deux hôpitaux d\u2019un même CIUSSS ne peuvent pas se partager de la donnée.» «Le ministre n\u2019est pas informé», a rétorqué Gaétan Barrette, en ajoutant qu\u2019il était possible pour ces hôpitaux d\u2019échanger des renseignements qui sont déjà dans le Dossier santé du Québec (DSQ).«Ce que le député de La Pinière oublie de dire, c\u2019est combien de cliniques n\u2019ont pas de dossiers cliniques capables de collecter la donnée dans le DSQ [à cause] de l\u2019héritage de scrap que vous [les libéraux] nous avez laissé», a lancé M.Caire.M.Barrette a fait valoir que la part du lion des 5,7 milliards alloués aux ressources informationnelles va à quatre ministères et organismes, soit Revenu Québec, le Conseil du trésor, le Centre des services partagés et le ministère de l\u2019Éducation.Le ministre Caire s\u2019est défendu en précisant que le réseau obtiendra 172,3 millions pour prendre ce virage.Il a réitéré son intention de réformer la loi sur l\u2019accès à l\u2019information pour permettre le partage des données d\u2019un ministère à l\u2019autre.Virage numérique : Québec néglige la Santé, dit Barrette Un monorail suspendu peut passer au-dessus du trafic et des bancs de neige sans enlever de voies pour la circulation UN CITOYEN DE QUÉBEC » Le ministre estime que des centaines d\u2019enfants tombent dans les failles du système, hors de l\u2019écran radar du ministère de l\u2019Éducation LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 5 CAMPS D\u2019ÉTÉ Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département de publicité au 514 985-3399 publicite@ledevoir.com JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Le conseil municipal de Montréal a adopté à l\u2019unanimité, lundi, une déclaration s\u2019opposant au projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault.Proposée conjointement par la mairesse, Valérie Plante, et le chef d\u2019opposition à l\u2019hôtel de ville, Lionel Perez, cette déclaration prône une « laïcité ouverte » et accorde un soutien « indéfectible » aux employés de la Ville dans ce dossier.« Montréal s\u2019est construite sur différentes vagues migratoires et continue de l\u2019être », a expliqué la mairesse lors de la séance du conseil municipal.Elle a alors invoqué les valeurs d\u2019inclusion, de solidarité et d\u2019ouverture qui, selon elle, caractérisent la métropole.Lionel Perez estime que le projet de loi brime les libertés fondamentales.Il y a un peu plus de deux semaines, il avait d\u2019ailleurs réclamé un statut particulier pour Montréal.De confession juive et portant la kippa, M.Perez a eu un moment d\u2019émotion lorsqu\u2019il a pris la parole.« Il n\u2019y a pas qu\u2019une seule façon de vivre au Québec.Moi-même, je suis né à Montréal», a-t- il dit.«Je suis Québécois autant que tout le monde.[\u2026] Ma kippa n\u2019est pas un affront à la laïcité, au contraire.C\u2019est une preuve que le Québec évolue dans le respect de sa diversité.» La déclaration qui a été adoptée sans dissidence souligne que le projet de loi 21 ne reflète pas la réalité de la société montréalaise, « qui est riche et unique en termes de culture et de diversité ».Elle réaffirme la laïcité des règlements municipaux et accorde un soutien aux employés de la Ville qui pourraient être touchés par une interdiction du port de signes religieux, comme les policiers.Cette déclaration n\u2019est pas sans rappeler celle qu\u2019avait adoptée à l\u2019unanimité le conseil municipal en août 2013 alors qu\u2019avec sa charte des valeurs, le gouvernement Marois entendait bannir les signes religieux dans la fonction publique.Valérie Plante mise sur la commission parlementaire pour convaincre le gouvernement Legault de modifier le projet de loi.«On a bien l\u2019intention d\u2019utiliser ce moment pour parler des particularités et les réalités de Montréal », a-t-elle dit.Lionel Perez estime qu\u2019il est difficile pour une institution de lancer un appel à la désobéissance civile, mais il croit que le gouvernement doit être à l\u2019écoute : « Je refuse de déclarer forfait.Je crois dans le pouvoir de la parole et dans les arguments convaincants afin de revoir le projet de loi pour qu\u2019il y ait des amendements.» Questionnée sur la position de Montréal qui tranche avec celle du reste du Québec, Valérie Plante a fait valoir que la région métropolitaine représentait quelque 4 millions de personnes, soit près de la moitié de la population du Québec.La mairesse a aussi reproché au gouvernement d\u2019avoir eu recours à la disposition de dérogation avant même qu\u2019il y ait eu un débat.La réputation de Montréal À Québec, l\u2019élue libérale Paule Robi- taille a relayé à l\u2019Assemblée nationale MONTRÉAL Laïcité : l\u2019Hôtel de Ville s\u2019unit pour dénoncer le projet de loi 21 MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le temps d\u2019attente des sinistrés pour recevoir une indemnisation du gouvernement québécois après une catastrophe naturelle sera raccourci.La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guil- bault, a annoncé lundi un nouveau programme d\u2019aide financière qui se veut « plus souple, plus efficace et surtout plus humain » alors que plusieurs rivières du Québec sont sous surveillance.Ce programme remplacera celui qui avait servi à indemniser les victimes des inondations de 2017, dont plus du quart attendent toujours la fermeture de leur dossier.Il élimine le besoin de fournir des pièces justificatives dans certains cas, ce qui ralentissait l\u2019évaluation des demandes.Elles seront requises uniquement en cas de travaux majeurs, comme la réparation des fondations d\u2019une demeure.Les sinistrés recevront un montant forfaitaire une fois qu\u2019un inspecteur aura fait l\u2019évaluation des dommages.Ils pourront, par exemple, obtenir 20$ par jour en cas d\u2019évacuation pour leur hébergement temporaire et leur nourriture.Après 100 jours, ils obtiendraient 1000$ par mois par résidence pour se loger, durant un maximum de six mois si l\u2019eau, en cas d\u2019inondation, a atteint le rez-de- chaussée ou si des travaux doivent être effectués sur la structure de la maison.Une indemnité de 125 $ par jour par résidence ou de 75 $ par logement est également prévue pour rembourser les mesures de protection préventives et temporaires, jusqu\u2019à concurrence de 5000 $.Le programme dédommagerait également les propriétaires pour les travaux à effectuer selon le niveau de l\u2019eau qui a inondé leur maison.Les dommages causés par ce type de catastrophe naturelle ne sont toutefois pas couverts par le programme d\u2019indemnisation puisqu\u2019ils le sont déjà par les compagnies d\u2019assurances.L\u2019aide gouvernementale en est une de dernier recours en cas de dommages non assurables, a rappelé le porte-parole du ministère, Patrick Harvey.Bon an, mal an, la majorité des réclamations concernent des inondations.Deux ans après les crues printanières de 2017, qui avaient touché 15 des 17 régions administratives du Québec, 1750 des 6174 dossiers de réclamation n\u2019ont pas encore été fermés, selon le ministère de la Sécurité publique.Le ministère attend soit la fin des travaux de rénovation ou de reconstruction, soit la réception des pièces justificatives.Soixante-quinze pour cent des sinistrés auraient eu leur dédommagement rapidement si le nouveau programme avait été en vigueur à l\u2019époque.L\u2019autre 25 % aurait tout de même attendu puisqu\u2019il s\u2019agit de cas plus complexes impliquant des bris de fondation et des expropriations hors de zones inondables.INONDATIONS Dédommagement plus rapide pour les sinistrés La mairesse Valérie Plante et le chef de l\u2019opposition, Lionel Perez, ont fait une déclaration commune, lundi, en réaction au projet de loi 21.Cette déclaration prône une « laïcité ouverte » et accorde un soutien « indéfectible » aux employés de la Ville à ce chapitre.JACQUES NADEAU LE DEVOIR les inquiétudes de la mairesse Plante quant aux répercussions du projet de loi sur la réputation internationale de Montréal.« Une réputation prend du temps à s\u2019établir, mais bien peu à s\u2019effilocher », a-t-elle souligné, après avoir énuméré des publications internationales dans lesquelles le projet de loi 21 a eu « mauvaise presse ».La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, a reproché à son adversaire libérale de mener une «campagne de peur et de salissage ».« On a toujours été vus comme une société accueillante et diversifiée.Je ne pense pas que ça va changer.Je ne suis pas inquiète », a-t-elle déclaré en commission parlementaire.Avec Marco Bélair-Cirino MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR L\u2019avenir des trois émissaires dépêchés par l\u2019ex-premier ministre Philippe Couillard sur la scène internationale est incertain.La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, s\u2019interroge sur leur rôle dans le ballet diplomatique.«Je veux juste m\u2019assurer que le travail qu\u2019ils font non seulement est porteur, mais qu\u2019on bénéficie de l\u2019argent que les Québécois mettent dans ces postes [et] qu\u2019on bénéficie au maximum des compétences de ces gens-là», a-t-elle indiqué en commission parlementaire lundi.Après le dévoilement de la Politique internationale du Québec 2017-2027, M.Couillard a recruté : un émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques, un émissaire en matière de mobilité internationale et un émissaire aux droits et libertés de la personne.« Ces personnes contribueront à la promotion des positions et à l\u2019avancement des intérêts du Québec dans des domaines d\u2019actions prioritaires », avait fait valoir M.Couillard en avril 2017.Or, le poste d\u2019émissaire aux droits et libertés de la personne est vacant depuis le départ de sa première titulaire, Julie Mi- ville-Dechêne, pour la chambre haute du Parlement fédéral, en juin dernier.Mme Girault y pourvoira seulement après avoir repensé la politique internationale du Québec léguée par le pré- cédent gouvernement.« Est-ce qu\u2019ils font actuellement ce qu\u2019on aimerait qu\u2019ils fassent ?Est-ce que je veux qu\u2019ils fassent plus ?Est-ce que je veux qu\u2019ils couvrent plus large ?Peut-être.Est-ce que ça va s\u2019appeler «émissaires des droits de la personne»?Peut-être pas.Est-ce qu\u2019il va y avoir un émissaire?Fort probablement», a déclaré la chef de la diplomatie québécoise.Le Parti libéral du Québec soupçonne le gouvernement caquiste de ne pas vouloir recruter un nouvel émissaire aux droits et libertés de la personne avant l\u2019adoption du projet de loi sur la laïcité de l\u2019État, qui interdit à des employés du secteur public d\u2019arborer des signes religieux.« Ce que doit défendre l\u2019émissaire aux droits de la personne ne va-t-il pas à l\u2019encontre du projet de loi 21 ?» a demandé Paule Robitaille.L\u2019avenir des émissaires du Québec incertain La déclaration souligne que le projet de loi 21 ne reflète pas la réalité de la société montréa- laise, « qui est riche et unique en termes de culture et de diversité » LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin nze ans après le dernier rapport complet sur la situation linguistique au Québec, qui doit être produit en principe tous les cinq ans, l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF) a publié finalement son dernier opus sous la pression de la ministre responsable de la langue française, Nathalie Roy.Le gouvernement libéral a tout fait pour gommer la réalité linguistique au Québec, ne retenant que les aspects positifs et édulcorant les données moins reluisantes, avec le concours complaisant de l\u2019OQLF.Au moins, il y a un véritable rapport, comme l\u2019exige la Charte de la langue française, qui a été rendu public.Certes, ce rapport quinquennal doit être remis au ministre en titre, mais il est dommage que le titulaire puisse décider à sa guise s\u2019il doit être rendu public ou non et quand il doit l\u2019être, le cas échéant.Dans son communiqué, l\u2019OQLF présente un bilan partagé \u2014 le verre à moitié plein ou à moitié vide \u2014, en énumérant huit améliorations et autant de points négatifs décrits comme des « chantiers pour que le français continue d\u2019être la langue commune au Québec ».Parmi les éléments positifs, on note que 94 % des Québécois se disent capables de soutenir une conversation en français.C\u2019est une donnée déjà connue, mais elle reflète le principal succès de la loi 101, c\u2019est-à-dire la scolarisation en français des enfants d\u2019immigrants, ainsi que la progression du bilinguisme chez les anglophones.En vingt ans, le pourcentage des Québécois de langue anglaise qui maîtrisent le français est passé de 69 à 77 %, et celui des Québécois de langue tierce, de 63 à 70 %.Si on regarde les substitutions linguistiques \u2014 environ le tiers des immigrants allophones parlent le plus souvent le français ou l\u2019anglais à la maison plutôt que leur langue maternelle \u2014, elles vont davantage, toutes proportions gardées, vers l\u2019anglais, mais moins qu\u2019avant.De ce tiers, plus de 75 % choisissent le français ; c\u2019est moins que les 80 % de Québécois qui parlent français à la maison.En ce qui concerne la langue d\u2019usage dans l\u2019espace public, 26,5 % des al- lophones qui parlent leur langue maternelle à la maison ne parlent qu\u2019anglais dans l\u2019espace public et 16,7 % utilisent à la fois le français et l\u2019anglais.Au travail, on note une croissance du pourcentage de personnes qui, tout en travaillant principalement en français, utilisent régulièrement l\u2019anglais.Sur l\u2019île de Montréal, c\u2019est le cas de près de la moitié d\u2019entre elles.Quant aux allophones, 27 % utilisaient l\u2019anglais au travail.De manière globale, on assiste à une bilinguisation des milieux de travail, mais, en parallèle, plus d\u2019anglophones que d\u2019allophones travaillent régulièrement en français.Le rapport contient une étude sur la langue d\u2019accueil dans les commerces : elle est éclairante en ce sens qu\u2019elle montre ce qui se passe sur le plancher des vaches.On note une forte augmentation de l\u2019accueil en anglais seulement, particulièrement dans l\u2019ouest et le nord de l\u2019île de Montréal, ou encore en « bilingue ».Or il semble que cette pratique est de plus en plus acceptée par les francophones, en particulier par les jeunes de 18-34 ans : la question indiffère une majorité d\u2019entre eux, une proportion en nette hausse ces dernières années.Si on doit se réjouir qu\u2019une très grande majorité de Québécois parlent français, l\u2019avenir de la langue française, du moins à long terme, n\u2019est pas pour autant assuré.Les enfants d\u2019immigrants parlent le français puisqu\u2019ils sont dans l\u2019obligation de fréquenter l\u2019école française.Mais encore un trop grand nombre d\u2019allophones adoptent l\u2019anglais à la maison ou dans l\u2019espace public, et un trop grand nombre d\u2019entre eux travaillent en anglais.On peut très bien connaître une langue et en utiliser une autre.Et on peut très bien parler le français sans pour autant se nourrir de culture québécoise.Selon une projection de Houle et Corbeil citée par l\u2019OQLF, peu importe les scénarios envisagés, le pourcentage de Québécois qui parlent le français le plus souvent à la maison se situera entre 75 et 77 % en 2036, alors qu\u2019il était de 82 % en 1996.Ce sera essentiellement le fait des immigrants, qui parleront leur langue maternelle tierce à la maison.La question est de savoir dans quelle langue, du français ou de l\u2019anglais, ils choisiront de vivre, dans quelle langue ils travailleront, particulièrement dans la grande région de Montréal.Pour faire en sorte que ce lent déclin ne soit pas inéluctable, le gouvernement doit agir, notamment en renforçant la loi 101 pour que le droit de travailler en français soit respecté.Mais comme langue et culture sont indissociables, il doit aussi faire en sorte que l\u2019école joue son rôle pour transmettre la culture québécoise, non seulement aux enfants d\u2019immigrants mais aussi aux enfants de langue maternelle française.Marc Simard Historien Le débat qui fait rage autour du projet de loi 21 révèle une profonde mésentente entre ses partisans et ses adversaires sur deux points : la nature même de la laïcité et le sens du symbolisme vestimentaire religieux.Pour ses adversaires, ce projet de loi n\u2019a que peu à faire avec la laïcité, qui n\u2019a nul besoin de la proscription des signes religieux pour exister puisqu\u2019elle repose sur des entités abstraites : l\u2019État, dont on doit s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019intervient pas dans les affaires religieuses, et les institutions religieuses (Églises), qui doivent faire de même pour les affaires publiques.En ce sens, que des individus travaillant dans la fonction publique arborent des signes religieux n\u2019enfreint pas la laïcité de l\u2019État.Si la commission Bouchard-Tay- lor avait abouti à sa fameuse proposition sur les personnes détenant un pouvoir de coercition, c\u2019était tant pour apaiser les tensions sociales que pour assurer une apparence d\u2019impartialité, donc pour une question de ressenti des citoyens, et non parce que la laïcité était bafouée par les symboles religieux.D\u2019ailleurs, la laïcité à laquelle nous convie la CAQ est bancale, même avec le retrait du crucifix de l\u2019Assemblée nationale : des écoles privées religieuses continuent d\u2019être subventionnées, les Églises continuent à bénéficier de privilèges fiscaux, etc.En fait, ce projet de loi ne vise pas à promouvoir la laïcité, mais à apaiser les inquiétudes, réelles mais largement infondées (surtout en ce qui concerne les enseignantes), d\u2019une majorité de Québécois francophones, en réglementant la tenue vestimentaire des employés de l\u2019État pour préserver l\u2019apparence de neutralité religieuse de celui-ci et respecter « les valeurs des Québécois ».Première mésintelligence.Deuxièmement, ce projet de loi procède d\u2019un préjugé défavorable envers les religions fortement ritualisées, basé sur une formidable méconnaissance de l\u2019importance des rites.L\u2019islam et le sikhisme, par exemple, sont des religions fondées sur le respect de rituels complexes, exigeants et sophisti- Les grands esprits Le bien commun n\u2019est pas dans le communautarisme religieux, ni dans une loi matraque pour protéger une base électorale.«Le futur citoyen finira probablement par prendre position, sans doute fermement.Il connaît la différence entre une adhésion inconditionnelle à Laïcité et symboles religieux : l\u2019incompréhension LIBRE OPINION LETTRES SITUATION LINGUISTIQUE Pour contrer le lent déclin ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Pour un nouveau mode de scrutin La décision des députés libéraux d\u2019adopter l\u2019idée d\u2019une réforme du mode de scrutin pour y inclure la proportionnelle a été un grand soulagement pour moi.Bien sûr, nous avons tous et toutes à gagner à ce que tous nos votes comptent réellement lors du prochain scrutin.Mais au-delà de cela, j\u2019y vois l\u2019expression d\u2019une maturité de nos représentants, qui sont capables de prendre en compte l\u2019intérêt collectif avant l\u2019intérêt partisan.Je souhaite vivement que, dans les prochains débats autour de la loi qui modifiera le mode de scrutin, cette maturité politique continue de s\u2019exprimer.Je suis absolument persuadé que nous avons tous à y gagner.Je ne reviendrai pas sur les distorsions dans la représentation à l\u2019Assemblée nationale que notre mode de scrutin actuel a maintes fois démontrées.Le mode proportionnel mixte avec compensation permettra non seulement l\u2019expression plus vaste de toutes les idées qui émergent dans notre société, mais aussi une meilleure représentation de toutes les régions.En effet, non seulement nous pourrons compter sur notre député de circonscription, comme c\u2019est le cas maintenant, mais nous pourrons aussi compter sur les députés de liste qui partageront nos intérêts et nos opinions pour faire avancer les différents dossiers qui sont majeurs pour le développement de chacune de nos régions.Encore une fois merci, chers députés.Je vous souhaite le courage de continuer votre bon travail au-delà de toute partisanerie dans le plus grand intérêt de notre démocratie.Yv Bonnier Viger Gaspé, le 14 avril 2019 qués (vêtements, prières, etc.).Par contre, le christianisme est peu ritualisé : les catholiques peuvent être en paix avec leur dieu en assistant à la messe de temps à autre et même en ne communiant pratiquement jamais.Choisir de proscrire les signes religieux est par conséquent discriminatoire à sa face même, puisque les chrétiens, majoritaires au Québec, ne sont plus tenus au symbolisme, vestimentaire ou autre, depuis la Révolution tranquille.C\u2019est sans compter les signes religieux dont les porteurs ne seront pas sanctionnés, comme le crucifix ou le scapulaire porté sous les vêtements, ou encore la croix tatouée.En fait, la mésentente sur le symbolisme vestimentaire religieux est totale : d\u2019un côté, les défenseurs du droit de porter des symboles religieux associent celui-ci à la liberté de religion et refusent pour la plupart tout compromis, y compris Bouchard-Tay- lor ; de l\u2019autre, les partisans de la proscription semblent incapables de comprendre la gravité de ce symbolisme pour nombre de croyants des religions ritualisées, et ravalent ces signes religieux au rang de fantaisies de garde-robe ou d\u2019instruments de prosélytisme.Le projet de loi de M.Jolin-Barrette solidifiera certes la base électorale de la CAQ et rassurera les nationalistes identitaires et les citoyens frileux.Mais il ne réglera en rien la question des symboles religieux, qui se transportera devant les tribunaux, ne fera aucunement progresser la laïcité de l\u2019État, qui est déjà neutre, et il aggravera le clivage entre les tenants de la liberté de religion et les défenseurs des «valeurs québécoises».Comme aurait dit Mme Roland, «laïcité, que de crimes on commet en ton nom».Amalgames La mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui se dit préoccupée par le projet de loi sur la laïcité, a affirmé : « À Montréal, on vit très bien avec toute cette diversité.» Qui a dit qu\u2019il y avait un problème là ?Le projet de loi sur la laïcité est applicable pour certains employés de l\u2019État, durant leurs heures de travail.Point.Cela n\u2019a rien à voir avec « la diversité de Montréal »\u2026 On dit qu\u2019il faut éviter les amalgames et les généralisations, mais ça serait intéressant que les leaders politiques de toutes les idéologies et de tous les ordres, y compris municipal, montrent l\u2019exemple.David Doyon Québec, le 15 avril 2019 Prosélytisme passif S\u2019il est vrai, comme le dit le M.Khadiyatoulah Fall (Le Devoir, 15 avril), que le voile « apparaît maintenant comme le moyen de se construire en tant que sujet autonome et comme acteur de la propre existence », quelle jeune élève, à l\u2019âge influençable de 14 ou 15 ans, devant sa professeure voilée dont elle admire les idées et la personnalité, ne serait pas tentée de suivre un tel programme ?C\u2019est ce que j\u2019appelle un « prosélytisme passif », que semblent bien passer sous silence les défenseurs de droits fondamentaux\u2026 des pro- fesseures.Danielle Villeneuve Laval, le 15 avril 2019 une doctrine [\u2026] et une conviction solide, sans doute, mais en droit révisable.» Normand Baillargeon, chroniqueur au Devoir.« L\u2019identité dans les sociétés postmodernes est complexe.Elle est mouvante, éclatée, en reconfiguration perpétuelle.Elle ne peut se résumer à cet immuable ensemble de caractéristiques et d\u2019expériences communes sur lequel fantasment les tenants du conservatisme identitaire.» Brian Myles, directeur du Devoir.Quand au hasard des éditions d\u2019un journal, les grands esprits se rencontrent, pour recomplexer l\u2019ignorance, l\u2019intolérance et l\u2019obscurantisme, c\u2019est l\u2019ensemble de la société qui est prise à témoin.Marcel Lapointe Jonquière, le 15 avril 2019 ROBERT DUTRISAC O Le projet de loi solidifiera la base électorale de la CAQ et rassurera les nationalistes identitaires, mais il ne réglera pas la question des symboles religieux A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet L\u2019éthique à deux vitesses L \u2019Association canadienne des professeures et professeurs d\u2019université constatait il y a quelques jours que la lourdeur bureaucratique associée à la réglementation sur l\u2019éthique de la recherche est en voie de miner la liberté de recherche universitaire.Illustrant le caractère parfois absurde des exigences, le journaliste du Devoir Marco Fortier donne l\u2019exemple de ces professeurs qui ont été forcés d\u2019exiger que des personnes analphabètes de Dakar, au Sénégal, signent un formulaire de consentement avant de répondre (oralement) à un questionnaire.Une de mes collègues, professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal, qui entamait une enquête sur les pratiques des banques dans leurs relations avec les consommateurs, s\u2019est fait dire qu\u2019une méthode de collecte d\u2019information pourtant admise dans les enquêtes portant sur des matières d\u2019intérêt public était de nature à porter préjudice aux banques ! Les histoires absurdes au sujet de la malrégle- mentation de l\u2019éthique de la recherche s\u2019accumulent depuis des années.Au départ, la réglementation de la recherche se fonde sur une noble intention.Au cours du XXe siècle, il y a eu plusieurs scandales impliquant des universitaires.Des chercheurs qui ont triché ou, pire, ont fait fi de la dignité humaine et de la santé des populations en menant des recherches pour le compte de bailleurs de fonds comme les fabricants de produits du tabac ou les producteurs d\u2019amiante.Ces dérives ont motivé les organismes qui financent les recherches de même que les institutions universitaires à mettre en place un cortège de règles destinées à garantir le déroulement des recherches selon de hauts standards éthiques.C\u2019est ainsi que, dans les universités, le moindre projet de recherche comportant des impacts sur des sujets humains ou des animaux doit faire l\u2019objet d\u2019un examen par des comités d\u2019éthique à la recherche.Sans certificat émanant de ces comités, impossible de lancer une recherche.En théorie, ces exigences permettent de garantir un équilibre entre les bienfaits espérés d\u2019une démarche de recherche et les risques auxquels elle pourrait exposer des personnes vulnérables.Mais les réglementations de l\u2019éthique de la recherche vont souvent bien au-delà du souci de protéger la dignité humaine.Les universités ont choisi de jouer le jeu de la réglementation de l\u2019éthique de la recherche en imposant aux chercheurs des pesanteurs bureaucratiques.Elles ont souvent multiplié les formalités au point de retarder le déroulement des projets et de décourager les chercheurs d\u2019aborder des sujets susceptibles de heurter les bureaucraties qui se sont au- todésignées comme gardiennes de l\u2019orthodoxie.Deux poids deux mesures Quel contraste avec le laisser-aller caractérisant les démarches de recherche censées garantir la sécurité des produits révélé par l\u2019agronome Louis Robert.M.Robert est ce lanceur d\u2019alerte auquel le ministère de l\u2019Agriculture reproche d\u2019avoir porté à l\u2019attention du public les préoccupations éthiques associées à l\u2019ingérence du privé dans la recherche scientifique en agroenvironnement au sein d\u2019un centre de recherche financé en majorité par l\u2019État québécois.L\u2019expert a révélé une situation troublante dans laquelle la santé du public était en cause.Mais au sein de certains organismes gouvernementaux, la sécurité des êtres vivants passe après l\u2019obligation de loyauté à la hiérarchie administrative.Il y a pourtant là de quoi tenir occupés plein de comités d\u2019éthique qui, pour l\u2019heure, consacrent plutôt leur énergie à chercher des raisons de retarder les projets de recherche des universitaires ! Ces politiques de deux poids deux mesures à l\u2019égard de l\u2019éthique de la recherche indiquent que le souci de protéger le public est à géométrie variable.Lorsqu\u2019il s\u2019agit des universitaires, les autorités imposent des contraintes, même à des chercheurs qui réalisent des travaux présentant peu de risques de porter atteinte à la dignité et à la sécurité des personnes.Par contre, des entreprises qui mettent en circulation des produits potentiellement mortels peuvent se justifier en s\u2019appuyant sur des études qu\u2019elles gardent confidentielles souvent réalisées par des chercheurs en conflit d\u2019intérêts.Mais rien de cela ne semble allumer les réflexes éthiques des décideurs ! Vrais enjeux éthiques Ce qui cloche avec la réglementation de la recherche universitaire, c\u2019est que les véritables enjeux éthiques posés par la recherche ne sont pas évalués.Certes, on examine à la loupe les choix méthodologiques des chercheurs.Mais les présupposés sur lesquels reposent les politiques de financement de la recherche qui favorisent de plus en plus les travaux orientés vers les intérêts du secteur privé ne sont pas évalués.Pour être légitimes, les instances de réglementation de la recherche universitaire devraient délaisser les contrôles tatillons et réserver leur énergie pour poser un œil critique sur les effets concrets des politiques de financement de la recherche universitaire.PIERRE TRUDEL Ces politiques de deux poids deux mesures à l\u2019égard de l\u2019éthique de la recherche indiquent que le souci de protéger le public est à géométrie variable Me François Crépeau* Professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université McGill et directeur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique La Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ) refuse d\u2019admettre au régime public d\u2019assurance maladie les enfants de parents migrants si ceux-ci n\u2019y sont pas admissibles, même lorsque ces enfants sont nés au Québec et sont donc des citoyens canadiens.Selon la RAMQ , la résidence ou le domicile de ces enfants est identique à celui de leurs parents.Plusieurs migrants ont des enfants vivant sur le territoire québécois, qui ne sont pas considérés comme étant domiciliés ou résidents au Québec en raison de leur statut d\u2019immigration.Par conséquent, la RAMQ refuse la couverture à leurs enfants.Pour les enfants nés au Québec, dont plusieurs n\u2019ont jamais habité ailleurs, cette façon de faire est contraire à la Loi sur l\u2019assurance maladie (la Loi) et au Règlement sur l\u2019admissibilité et l\u2019inscription des personnes auprès de la RAMQ (le Règlement).Ces deux textes législatifs ont été modifiés en 2001 pour justement assurer que les enfants nés et établis au Québec soient admissibles au régime d\u2019assurance maladie du Québec, et ce, indépendamment du domicile ou résidence de leurs parents.Le refus de la RAMQ de reconnaître l\u2019admissibilité de ces enfants au régime d\u2019assurance maladie du Québec est non seulement contraire à l\u2019intention législative, mais a de graves conséquences : de nombreux enfants résidant régulièrement sur le sol québécois sont tout simplement exclus du système de santé ! Le gouvernement québécois doit donner effet à la Loi et au Règlement qui prévoient clairement que les enfants mineurs nés et établis au Québec sont admissibles au régime d\u2019assurance maladie, nonobstant le statut de leurs parents.Le cas suivant permet d\u2019illustrer les graves injustices que vivent ces enfants et leurs parents.Un couple vient au Canada pour y suivre des études doctorales hyperspécialisées.Deux enfants naissent au Québec (ils sont donc citoyens canadiens).Les parents présentent une demande d\u2019admissibilité à la RAMQ pour leurs deux enfants.La RAMQ décline cette demande au motif que l\u2019admissibilité des enfants dépend de celle de leurs parents ; ces derniers ne remplissant pas les conditions d\u2019admissibilité, a fortiori, leurs enfants non plus.Ces enfants sont aujourd\u2019hui âgés de trois et cinq ans, ils ont toujours vécu au Québec, ils vont à l\u2019école québécoise, ne parlent qu\u2019une seule langue, le français.Et pourtant, depuis leur naissance, on leur refuse systématiquement le droit à la couverture d\u2019assurance maladie universelle ! Outre les conséquences gravissimes que cela peut entraîner sur le plan de leur santé, il y en a d\u2019autres, plus insidieuses : dès lors qu\u2019ils vont à la garderie ou à l\u2019école, ces enfants sont souvent privés de sortie scolaire ou de participation à des activités sportives, faute d\u2019assurance maladie.Cette situation freine leur accès à des activités et espaces de socialisation pourtant essentiels à leur épanouissement et à leur intégration au sein de la société québécoise.Le gouvernement doit donc s\u2019assurer que la RAMQ respecte l\u2019intention du législateur au moment de la modification de la Loi et de son Règlement en 2001 en admettant ces enfants à l\u2019assurance maladie du Québec.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que recommande le Protecteur du citoyen dans son rapport de mai 2018.Ce refus systématique de la RAMQ est aussi contraire au droit international.Le Québec est en effet lié par la Convention internationale relative aux droits de l\u2019enfant, dont l\u2019article 24 prévoit : « Les États parties reconnaissent le droit de l\u2019enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation.Ils s\u2019efforcent de garantir qu\u2019aucun enfant ne soit privé du droit d\u2019avoir accès à ces services.» Le Québec viole tout simplement ses propres engagements.Pour respecter ses obligations envers tous les enfants, le gouvernement québécois doit donc dissocier le statut migratoire des enfants de celui de leurs parents aux fins de l\u2019admissibilité à la RAMQ afin de faire en sorte que tous les enfants résidant au Québec aient accès aux mêmes soins de santé, sans discrimination.* Cette lettre est cosignée par plusieurs avocats.La liste complète des signataires peut être consultée sur notre site Web.SOINS DE SANTÉ Des enfants de parents migrants victimes de discrimination Georges Schwartz Éditorialiste de Québec Soccer La MLS (Ligue majeure de soccer) est une ligue à nulle autre pareille.Les conditions dans lesquelles elle a vu le jour lui ont imposé une structure paradoxale, soit un système socialiste rigide au pays phare du capitalisme.Il fallait des instigateurs puissants pour réussir ce tour de force, et ils l\u2019étaient.L\u2019hostilité du richissime marché sportif américain, un président de la FIFA (Fédération internationale de football association) corrompu et les dirigeants, aussi inquiets que mal renseignés, des grandes nations du football ont concouru à la naissance de cette excentricité.Tous contre la NASL Malgré des débuts chancelants, la North American Soccer League (NASL) réussit en 1975 à établir sa crédibilité en recrutant Pelé, le meilleur joueur du monde, tout juste retraité.Devant ce coup de maître ayant fait le tour de la planète, les médias américains furent obligés de rompre l\u2019anonymat dans lequel ils gardaient ce soccer détesté.S\u2019ils cédèrent de l\u2019espace dans la presse écrite, la télévision conserva son mutisme dévastateur en dépit du renfort de nombreuses grandes vedettes tentées par le défi.L\u2019obligation de jouer dans d\u2019inconfortables stades de baseball ou de football américain et l\u2019absence des juteux droits de télévision réservés aux sports « nationaux » desservirent la NASL.Aussi ses dirigeants placèrent-ils leurs espoirs dans les candidatures américaine et canadienne à l\u2019organisation de la Coupe du monde 1986.Hélas Tele- visa, riche chaîne de télévision mexicaine, acheta le président de la FIFA, Joao Havelange qui, en dupant son comité exécutif pour octroyer le Mondial au Mexique, signa l\u2019arrêt de mort de la NASL.C\u2019était un aboutissement convenant aux dirigeants des grandes puissances du football, qui craignaient la concurrence des milliardaires américains, au lieu de souhaiter la survie de cette ligue et l\u2019expansion prévisible de l\u2019élite professionnelle.Quand, huit ans après, la FIFA reconnut son erreur et attribua le Mondial 1994 aux États- Unis, elle eut l\u2019effronterie de poser comme condition que le pays se dote d\u2019un championnat national ! Éviter les erreurs de la NASL C\u2019était le credo des fondateurs de la MLS \u2014 éviter les erreurs de la NASL \u2014 et ils n\u2019avaient pas entièrement tort.À une époque où triomphait le catenaccio défensif italien, la NASL choisit de dénaturer les règles du football afin de favoriser l\u2019offensive.Une louable intention à ne pas suivre, tout comme l\u2019expansion malavisée de 18 à 24 clubs en 1978, ou encore le manque d\u2019intérêt pour les joueurs américains.C\u2019est pourtant d\u2019avoir foulé le même terrain que Pelé, Beckenbauer, Cruyff, Carlos Alberto, Chinaglia, Best, etc., qui permit au Canada de se qualifier pour la phase finale du Mondial 1986 avec 22 ex-joueurs de la NASL.Et en plus de ses stars, la NASL avait attiré Rinus Mi- chels, sacré entraîneur FIFA du XXe siècle, qui avait révolutionné le jeu avec son « football total » pratiqué avec succès à l\u2019Ajax d\u2019Amsterdam et au FC Barcelone.Il avait ouvert la voie du football moderne de Pep Guardiola.Non, la NASL n\u2019a pas commis que des erreurs.Se libérer d\u2019un carcan étouffant Si la MLS est une ligue fermée dont les franchises s\u2019achètent, sur le modèle des principales ligues professionnelles américaines (NFL, MLB, NBA, LNH), elle est la seule à être propriétaire de tous les joueurs de ses clubs.C\u2019est un régime ressemblant au socialisme autoritaire chinois, qui a sans aucun doute assuré sa survie dans un contexte où les médias ont ironiquement complété sa devise « Le soccer est le sport de l\u2019avenir » par « et il le restera ».La stratégie actuelle du commissaire Don Garber paraît reposer sur l\u2019expansion des 24 clubs atteints cette saison, plus que les principales ligues européennes ; il envisage déjà d\u2019en accueillir 4 autres.Or, ce n\u2019est pas de quantité mais de qualité que sa ligue a besoin.Ainsi, ni les États-Unis ni le Canada, qui y investissent leurs meilleurs joueurs, n\u2019ont pu participer au Mondial 2018, et, jugement sans appel, avec 90 millions de dollars américains annuels de droits de télévision, le produit MLS se situe encore au-dessous de l\u2019indigente LNH, qui stagne à 200 millions.Des vétilles quand la NFL perçoit 4,5 milliards par an, la NBA 2,5 milliards et la MLB 1,3 milliard.Seule l\u2019arrivée de véritables stars, que l\u2019ancienne NASL avait su appâter, peut à la fois relever le niveau de jeu de la ligue et lui assurer une considération médiatique.Il faut pour cela délier les cordons de la bourse et attirer plus que des noms.Zlatan Ibrahimovic, David Villa, trop âgés et fragiles, n\u2019ont que de beaux restes à offrir, comme Marco Di Vaio, Alessandro Nesta et Didier Drogba avec l\u2019Impact.Il faut réaliser un coup à la Pelé ou à la David Beck- ham, pour marquer les esprits, non seulement ici en Amérique du Nord, mais sur toute la planète football.Alors, qui de Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar Jr, Eden Hazard, Mohamed Salah ou au moins Paul Pogba sera sur la liste des recruteurs de la MLS ?Ou Zinedine Zidane comme entraîneur ?Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.SOCCER La MLS doit délier les cordons de sa bourse Des Idées en revues Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue Québec Soccer, avril 2019, volume 41.JACQUES NADEAU LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MARDI 16 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans 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les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.E N B R E F Dix jours de grève pour 1600 chargés de cours à l\u2019Université Laval QUÉBEC \u2014 Des journées de grève des quelque 1600 chargés de cours de l\u2019Université Laval se profilent, les syndiqués ayant voté à plus de 86% pour un mandat de dix jours à utiliser au moment opportun.Cette décision a été prise en assemblée générale par les membres du Syndicat des chargés de cours de l\u2019Université Laval, affilié à la CSN, après 53 rencontres de négociation en deux ans.Pour l\u2019instant, aucune journée de grève n\u2019a été annoncée.Les chargés de cours demandent notamment un rattrapage salarial de 6,75% afin, disent-ils, d\u2019amoindrir l\u2019écart avec les autres universités du Québec.Le comité syndical de négociation dénonce la lenteur du processus, qui a débuté il y a 23 mois.Parmi les 1600 membres du syndicat, 700 sont actuellement sous contrat.La Presse canadienne Le juge Clément Gascon quitte la Cour suprême OTTAWA \u2014 Un des trois juges québécois à la Cour suprême tire sa révérence.Clément Gascon a annoncé lundi qu\u2019il quitterait ses fonctions le 15 septembre prochain pour «des raisons personnelles et familiales».Il s\u2019agit d\u2019un départ hâtif : le juge Gascon n\u2019aura siégé que cinq ans au plus haut tribunal du pays alors qu\u2019il aurait pu rester en poste 15 ans de plus, jusqu\u2019à son 75e anniversaire de naissance.Il faut remonter à Louise Arbour (septembre 1999 à juin 2004) pour trouver un magistrat dont le passage à la Cour suprême a été aussi bref.M.Gascon a été nommé par Stephen Harper en 2014 après l\u2019invalidation de la candidature de Marc Nadon.Le bureau de Justin Trudeau indique qu\u2019il a l\u2019intention de nommer un remplaçant avant l\u2019élection afin que le siège ne reste pas vacant trop longtemps.Le Devoir Hydro-Québec mise encore sur l\u2019Ontario QUÉBEC \u2014 Hydro-Québec mise encore sur l\u2019Ontario, malgré la rebuffade infligée au premier ministre François Le- gault par son homologue Doug Ford.La société d\u2019État espère pouvoir alimenter la province voisine pendant qu\u2019elle rénovera ses centrales nucléaires.En commission parlementaire lundi à Québec, le président-directeur général d\u2019Hydro-Québec, Éric Martel, a indiqué que des discussions sont en cours pour suppléer à la demande on- tarienne au cours de la période de rénovation des centrales.Quant à l\u2019offre de M.Legault de carrément remplacer les centrales ontariennes par l\u2019hydro- électricité québécoise, M.Martel a laissé entendre que c\u2019était un enjeu délicat pour le voisin ontarien, puisque l\u2019industrie nucléaire y emploie pas moins de 18 000 personnes.La Presse canadienne Clément Gascon ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR CULTURE La santé de la librairie et du livre d\u2019ici s\u2019améliore Les ventes en librairie sont à la hausse pour une quatrième année de suite la directrice générale de l\u2019Association de libraires du Québec (ALQ), Katherine Fafard, données du Syndicat de la Librairie française et de l\u2019American Booksellers Association à l\u2019appui.Bref, la librairie et le livre d\u2019ici vont mieux.Beaucoup mieux.Ils sont poussés par les achats faits par les bibliothèques \u2014 dites « ventes aux collectivités ».Depuis 2014, celles- ci affichent une croissance annuelle moyenne de + 5,5 %, peut-on lire dans le Bilan.La catégorie jeunesse est la grande gagnante, effet de levier, de cette tangente.Elle regagne cette année la première place des ventes par catégorie, avec 24,4 % des ventes annuelles, contre 21,3 % pour la littérature.Le livre pratique conserve sa troisième place : 11,7 % du poids total des ventes.Le tournant d\u2019un 12 août Qu\u2019est-ce qui explique ce regain d\u2019intérêt pour l\u2019achat de livres, et pour l\u2019édition québécoise \u2014 car celle-ci obtient de meilleures performances, depuis trois ans, que l\u2019édition étrangère ?À la BTLF, Christian Reeves y voit des conséquences directes de l\u2019initiative spontanée Le 12 août, j\u2019achète un livre québécois, ainsi que du Plan d\u2019action sur le livre lancé en 2015 par la ministre Hélène David.« L\u2019année 2014 a été la dernière à exposer un résultat de ventes négatif.À partir du premier 12 août, en 2014, il semble y avoir eu une redécouverte des librairies indépendantes», explique-t-il.L\u2019ALQ remarque de son côté qu\u2019en 2013, « l\u2019industrie du livre a fait beaucoup de démarches pour que le gouvernement soutienne le livre, la lecture et les librairies.Ce fut le cas avec la demande consensuelle pour le prix réglementé, que nous n\u2019avons pas obtenu ».Le Plan d\u2019action a suivi, « qui a bonifié les budgets d\u2019acquisition par les collectivités, augmenté les aides financières aux librairies agréées et mis en avant, dans une publicité, l\u2019acte de lire, poursuit Katherine Fafard.Tout ça est bénéfique.Ajoutons le retour à l\u2019achat local, éthique et responsable, qui favorise les librairies de quartier.» Le réinvestissement du gouvernement de quelque 7 millions en 2018- 2019 pour l\u2019achat de livres jeunesse en classe a aussi aidé, ajoute la directrice.Fait étonnant en 2018: le livre scolaire fait un bond spectaculaire de 27,6 %.«Le début de ce mouvement semble dater de l\u2019année 2016, où la catégorie avait [\u2026] fait un bond de +11,3% sur 2015», lit- on dans le Bilan.«La tendance s\u2019était répétée l\u2019an dernier, quoique de manière moins importante: +5,8%.» Selon la Loi, rappelle Christian Reeves, le livre scolaire peut être acheté directement chez les éditeurs.Cette hausse des ventes semble indiquer que les écoles, ou certaines d\u2019entre elles, choisissent d\u2019effectuer désormais leurs achats en librairie par sensibilité pour la santé de ce maillon de la chaîne du livre.Autres données remarquables: la poésie fait cette année un beau petit saut de 50 %, passant de ventes de 346 159 $ à 517 753 $.En outre, la parité est pratiquement atteinte aux palmarès.Depuis 2014, grosso modo, autant d\u2019auteures que d\u2019auteurs se partagent les rangs, indique M.Reeves.Le Québec outre frontière L\u2019Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) attribue de son côté ce bon vent au Plan d\u2019action sur le livre « hormis les culs-de-sac de révision de la loi 51 », précise le directeur général Richard Prieur.« Il n\u2019y avait pas nécessairement grand-chose pour le livre québécois dans ce Plan, mais je crois que les discours ont porté leurs fruits.La ministre Marie Montpetit annonçait en novembre 2017 un investissement de 800 000$ pour l\u2019achat de livres imprimés, édités au Québec.Ça ne change pas le monde, mais ça envoie un signal plus fort pour l\u2019acquisition d\u2019ouvrages d\u2019ici.Enfin, la couverture médiatique pour le livre d\u2019ici contribue [à l\u2019élan].» M.Prieur mentionne que « le livre canadien en français \u201cperforme\u201d drôlement mieux à l\u2019exportation que le livre canadien de langue anglaise».Il y a des raisons liées à la présence de gros joueurs mondiaux qui ravissent les auteurs canadians, mais aussi un dynamisme évident du côté francophone avec les ventes de droits, les fellowships d\u2019éditeurs et de libraires, les invitations d\u2019honneur faites au Québec (Bruxelles, Genève, Marché de la poésie à Paris, etc.).Selon l\u2019ANEL, les ventes de livres canadiens à l\u2019exportation (droits et produits finis) n\u2019ont pas cessé d\u2019augmenter depuis 2014, passant de près de 105 millions à 129 millions en 2018.Si on totalise les cinq dernières années, les ventes de livres canadiens en français représentent 50,5 % des exportations canadiennes en livres.» De bonnes nouvelles ?Certes.Mais si les librairies indépendantes vont mieux, beaucoup mieux en général, le nombre de fermetures reste supérieur au nombre d\u2019ouvertures.L\u2019ALQ compte 57 fermetures pour 37 ouvertures de 2001 à 2018.Et depuis 2014, 23 fermetures contre 17 ouvertures.Les librairies Renaud-Bray et Ar- chambault ne participent pas aux palmarès Gaspard ; les chaînes d\u2019ici ne font donc pas partie de ces données.La littérature vient au second rang des ventes au Québec en 2018, derrière le livre jeunesse et devant le livre pratique.PEDRO RUIZ LE DEVOIR ne augmentation de 5,3 % des ventes de livres en français ?C\u2019est ce qu\u2019annonce le bilan Gaspard du marché du livre au Québec 2018.« Après trois ans consécutifs de hausse, on peut vraiment parler d\u2019une tendance », souligne Christian Reeves, directeur ventes et développement à la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF), qui gère les palmarès Gaspard détaillant chaque année les performances des librairies indépendantes.« Cette année, c\u2019est la troisième à 5 % d\u2019augmentation.C\u2019est assez exceptionnel.» Le signe d\u2019une solidification du milieu du livre québécois ?Oui, répondent séparément différents joueurs du milieu.« Ça fait 15 % d\u2019augmentation dans les ventes en librairie pour les trois dernières années ! », se réjouit M.Reeves.Des chiffres que n\u2019atteignent ni la France (+ 0,6%) ni les États-Unis (+1,7%), selon U "]
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