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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2019-05-04, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Lire Laurence Veilleux et le chant des femmes de l\u2019automne Vivre Le Key West des écrivains Michel Marc Bouchard Sur la grande scène du deuil L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Entrevue Le dramaturge Michel Marc Bouchard sur la grande scène du deuil.Odile Tremblay Cinéma Arts visuels Musique Vitrine du disque Écrans Grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 4 6 16 22 36 40 18 5 28 31 25 24 42 44 46 47 48 51 53 54 Entrevue La poète Laurence Veilleux et le chant des femmes de l\u2019automne.Retrouver Louky Bersianik Maya Ombasic Fiction Philosophie Essai Louis Cornellier Voyage Plongée dans le mythique microcosme du Key West des écrivains.Plein air Santé Société Resto Bière Vin Jeux SOMMAIRE 26 32 33 Photo de la une du D : Valérian Mazataud Le Devoir Photo de la une Lire : Alice Chiche Le Devoir C U L T U R E Prière de refouler votre Viking intérieur Conversation sur la colère, la masculinité toxique et l\u2019impact délétère de l\u2019humour à toutes les sauces avec Guillaume Wagner Si Du cœur au ventre s\u2019annonce comme le spectacle le plus féministe de Guillaume Wagner, c\u2019est surtout, paradoxalement, dans le message qu\u2019il adresse aux hommes.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR | 3 H u m o u r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 5 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.ée par sent é e pr euv ne épr U a paternité aurait transformé Guillaume Wagner, claironnent les portraits de l\u2019humoriste parus au cours des derniers mois.Ce qui n\u2019est pas tout à fait faux, mais pas complètement vrai non plus.Guillaume Wagner répétera à plusieurs reprises au cours de notre entretien être toujours animé par le même incurable cynisme dont son nom est (presque) devenu synonyme.Il a peut-être trouvé dans les yeux de son fils de nouvelles raisons de se battre contre la bêtise, mais pas forcément l\u2019espoir que l\u2019humanité se sorte du coin dans lequel elle s\u2019est peinturée.Soulignons néanmoins un changement de perspective majeur.En 2012, le cinglant satiriste concluait son premier spectacle avec un numéro d\u2019anthologie caricaturant jusqu\u2019au ridicule la grotesque superficialité de ceux que l\u2019on surnomme les douchebags.Sept ans plus tard, c\u2019est son Viking intérieur \u2014 aussi bien dire son douchebag intérieur \u2014 qu\u2019il examine sous les projecteurs de Du cœur au ventre, son troisième spectacle présenté à l\u2019occasion de la quatrième édition du Dr Mobilo Aquafest.Voilà un passage notable du doigt pointé à une forme d\u2019introspection, que lui aurait entre autres inspiré sa lecture de l\u2019essai Les barbares d\u2019Alessandro Baricco.« On a tous à l\u2019intérieur de nous un V iking qui veut prendre le contrôle du village et il faut savoir le modérer.Oui, on a la liberté d\u2019exprimer tout ce qu\u2019on veut, mais on a aussi la liberté de ne pas exprimer tous nos instincts les plus bas », ex- plique-t-il en évoquant les comportements grossiers mis en lumière par le mouvement #MoiAussi ou la ridicule obstination de certains de ses compatriotes comiques, qui souhaitent éprouver à chacun de leurs passages sur scène les limites de leur liber té d\u2019expression, sans égard à la souf france qu\u2019ils pourraient provoquer.« Oui, ultimement, t\u2019as le droit de dire qu\u2019une fille est une pute ou qu\u2019un gars est un mongole, mais est- ce que t\u2019es obligé de dire ça juste parce que t\u2019as le droit de le dire ?» Pour en finir avec le robot viril Si Du cœur au ventre s\u2019annonce comme le spectacle le plus féministe de Guillaume Wagner, c\u2019est sur tout, paradoxalement, dans le message qu\u2019il adresse aux hommes.Tout en martelant ne pas s\u2019illusionner sur son pouvoir d\u2019influence, Wagner ambitionne toujours de parler au grand public, dans ce cas-ci à tous les gars qui cherchent en eux le courage de rompre la camisole de force des stéréotypes qu\u2019ils ont appris depuis l\u2019enfance à incarner.« Je leur dis aux gars : vous pouvez être autre chose que des robots virils, vous avez plus de potentiel que ça, vous avez le droit d\u2019avoir plus que deux émotions.» Le trentenaire avoue d\u2019ailleurs volontiers que son personnage de scène des débuts, avec sa moue frondeuse, son arrogance et sa rage, le confinait à un archétype flirtant avec une forme de masculinité toxique dont il tente désormais de prendre ses distances, sans pour autant rejeter la juste indignation que nourrit en lui ce monde qui étouffe sous les injustices et les inégalités.« C\u2019est en par tie libérateur pour moi, me fâcher, et c\u2019est ça mon style, gueuler fort », rappelle l\u2019animateur du balado Wagner, qui révèle depuis septembre 2018 l\u2019envers curieux et empathique de l\u2019homme.« Je ne peux pas changer complètement, mais j\u2019ai quand même changé un peu, grâce à ma blonde, qui est une fille super positive.Elle voit le négatif dans le monde, mais elle ne l\u2019aborde pas de la même manière que moi.Elle m\u2019a permis de mieux voir que d\u2019être tout le temps pessimiste, c\u2019est moi que ça af fectait en premier.C\u2019est correct d\u2019être en colère, mais être rebelle, avoir un esprit critique, ça peut aussi être très sweet.En ce moment, être fin, gentil, aimable, solidaire, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus révolutionnaire.» Se méfier de l\u2019humour Dans Trop humain, sa seconde tournée amorcée en 2015, Guillaume Wagner tempêtait contre l\u2019aveuglement volontaire de la planète face aux allégations d\u2019agressions sexuelles pesant contre Michael Jackson, et regrettait que nous ayons été collectivement entubés par la puissance de ses tubes.Pourrait-on, dans ce monologue, remplacer le nom du roi de la pop par celui de Gilber t Rozon, lui de- mande-t-on aujourd\u2019hui ?Question délicate à laquelle Wagner répond avec aplomb et repentance, en racontant cette anecdote : à l\u2019été 2015, le jeune humoriste obtient la chance de présenter un numéro différent dans chacun des galas à l\u2019affiche au Festival Juste pour rire.Un soir, l\u2019animateur le présente en laissant entendre, avec un clin d\u2019œil, qu\u2019il a probablement offert des faveurs sexuelles au patron afin d\u2019obtenir une telle vitrine.« En arrivant sur scène, j\u2019avais improvisé une ligne pour rebondir là- dessus, quelque chose comme : « Oui, il est arrivé des trucs avec Gilbert, mais un petit 100 000 $ en dessous de la table et c\u2019était réglé.» Je me trouvais ben baveux de faire cette joke-là devant Gilber t, et il avait ri, mais il n\u2019y avait rien de drôle là -dedans, je m\u2019en rends compte maintenant.On est bons les humoristes pour enlever de l\u2019impact à un sujet grave.» À ses collègues qui se plaisent à dédouaner leurs blagues irresponsables en prétextant les rires qu\u2019elles génèrent malgré tout, Guillaume Wagner oppose donc son hypercons- cience des propriétés anesthésiantes de l\u2019humour, dont il faut se méfier.« J\u2019ai déjà moi aussi pensé que si ça riait, ça voulait automatiquement dire que c\u2019était un bon gag, et c\u2019est souvent les gags que j\u2019ai fini par regretter.Maintenant, je sais que l\u2019humour, ça sert à enlever du pouvoir à des choses qui en ont trop, mais que ça peut aussi enlever de l\u2019impact à des sujets graves, qui doivent rester graves.C\u2019est pas pour rien que l\u2019humour est aussi populaire : ça nous permet trop souvent de ne pas penser à nos vrais problèmes.» Du cœur au ventre Guillaume Wagner au théâtre Outremont, le 8 mai à 20h, et en tournée partout au Québec ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est correct d\u2019être en colère, mais être rebelle, avoir un esprit critique, ça peut aussi être très sweet.En ce moment, être fin, gentil, aimable, solidaire, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus révolutionnaire.GUILLAUME WAGNER » L L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e T h é ât r e 4 | Du 7 mai au 8 juin 2019 BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA © Julien Faugère | Design Marc Ouellette | Graphisme folio&garetti LE SCHPOUNTZ Schpountz : (n.m.) Un schpountz se croit naïvement doté d\u2019un grand talent, ce qui en fait une cible facile de moqueries.Synonymes : naïf, rêveur, ambitieux.« Il se voyait déjà en haut de l\u2019affiche\u2026 » D\u2019après un scénario de Marcel Pagnol Adaptation Emmanuel Reichenbach Mise en scène Denise Filiatrault Avec Rémi-Pierre Paquin, Stéphan Allard, Raymond Bouchard, Marilyse Bourke, Normand Carrière, Alexandra Cyr, Mathieu Lorain Dignard, Philippe Robert, Linda Sorgini Une coproduction de 9207-7569 QUÉBEC INC et rideauvert @rideauvert @rideauvertofficiel ENTREVUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Sur la grande scène du deuil Michel Marc Bouchard a imaginé une famille éprouvée, des êtres en quête de rédemption Tout en admettant que le décès de son père, il y a trois ans, a eu une influence importante sur l\u2019écriture de la pièce, Michel Marc Bouchard précise que ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019il s\u2019intéresse aux pratiques entourant la mort.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR C\u2019est un texte très touchant, reconnaît Michel Marc Bouchard.En entendant les comédiens le lire, j\u2019ai pleuré\u2026 ce qui m\u2019arrive très rarement.» Sept ans après Christine, la reine-garçon, quatre ans après La divine illusion, deux pièces qui s\u2019adressaient au présent en faisant un détour par le passé, le dramaturge renoue de manière plus directe avec son époque.Sur le point de prendre l\u2019affiche au TNM, dans une mise en scène de Serge Denoncourt, La nuit où Laurier Gaudreault s\u2019est réveillé est peut-être la pièce la plus tragique de Bouchard, sa plus bouleversante depuis Les feluettes, mais également une brillante réactivation de certains des enjeux abordés dans Les muses orphelines et Le chemin des Passes-Dange- reuses, à commencer par le mensonge et ses terribles répercussions.« Je voulais que cette pièce ait une fibre romanesque, explique l\u2019auteur.Je souhaitais qu\u2019elle évoque plus qu\u2019elle ne représente, qu\u2019elle donne à imaginer et à ressentir, mais aussi qu\u2019elle tienne du conte.» C\u2019est autour de Mireille que s\u2019articule ledit conte, autour de cette enfant insomniaque qui déjouait l\u2019ennui de ses nuits blanches en entrant dans les maisons de son voisinage pour observer les gens dormir.« De l\u2019âge de sept ans jusqu\u2019à douze ans, j\u2019ai épié chaque personne de mon quartier, explique-t- elle.La nuit, les corps sont pas juste des choses inertes, identiques, sans intérêt.Ce sont des êtres qui, dans leur plus total abandon, se révèlent sous un autre jour, des êtres débarrassés de toute forme de conscience, d\u2019a priori.» Vous comprendrez que les habitudes nocturnes de Mireille ont connu une fin abrupte\u2026 la nuit où Laurier Gaudreault s\u2019est réveillé.Cérémonie des aveux Après onze ans d\u2019absence, Mireille Larouche (Julie Le Breton) réapparaît dans la petite municipalité où elle est née.Devenue artiste de la thanato- praxie, donnant aux morts des airs de dormeurs apaisés, elle embaume les multimilliardaires, les rock stars, les rois, les dictateurs et les vedettes de cinéma.Si elle est de retour au Lac-Saint-Jean, c\u2019est pour s\u2019occuper du corps de sa mère ayant succombé au cancer, pour chercher la consolation dans l\u2019inertie de sa dépouille.Pour compl iquer les choses, mais aussi pour que s\u2019enclenche Sur une scène près de chez vous D\u2019autres occasions de savourer les mots de Michel Marc Bouchard s\u2019offrent ou s\u2019offriront bientôt à nous.Tout d\u2019abord, Christine, la reine-garçon tient l\u2019affiche de la Bordée dans une mise en scène de Marie-Josée Bastien jusqu\u2019au 11 mai.Au théâtre Sainte-Adèle, on présente à compter du 14 juin la comédie romantique Le désir dans une mise en scène de Philippe Lambert.On dit aussi que Tom na Fazenda, la relecture de Tom à la ferme par le Brésilien Rodrigo Portella, un spectacle vu au Festival TransAmériques en 2018, pourrait bien être de retour dans la métropole au cours de la prochaine saison.Finalement, le librettiste travaille en ce moment à l\u2019élaboration de deux opéras avec le compositeur Julien Bilodeau: La beauté du monde, qu\u2019on pourra découvrir en 2021, et La reine-gar- çon, qui demandera que l\u2019on patiente jusqu\u2019en 2023.La nuit où Laurier Gaudreault s\u2019est réveillé Texte : Michel Marc Bouchard.Mise en scène: Serge Denon- court.Au Théâtre du Nouveau Monde du 14 mai au 11 juin.« | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 De passage devant l\u2019exposition Yoko Ono.Liberté conquérante à la Fondation Phi en fin de semaine, je me suis demandé si le bed-in de cette artiste multidisciplinaire avec son amoureux John Lennon à Montréal, dont on célèbre le demi-siècle, pourrait avoir son équivalent aujourd\u2019hui.Et sous quelle forme ?Sur quel ton?Du 26 mai au 2 juin 1969, dans la suite 1742 de l\u2019hôtel Le Reine Elizabeth de Montréal, le couple mythique récemment marié était alors entouré de toute une faune de journalistes, d\u2019admirateurs, d\u2019amis (dont Timothy Leary et Allen Ginsberg), d\u2019adeptes d\u2019Hare Krishna en pagnes qui faisaient tinter leurs clochettes.L\u2019événement allait se voir répercuté partout, la chanson Give Peace a Chance, enregistrée puis remixée pour cause de cacophonie ambiante par André Perry, devenir un hymne international à tous les lendemains possibles.Reliée au rêve de John et Yoko de changer le monde en pleine guerre du Vietnam, l\u2019expo touche au- jourd\u2019hui les générations montantes.Ne se battent-elles pas de leur côté pour sauver une planète en perdition?Reste que l\u2019heure n\u2019est plus à s\u2019étendre sur un lit pour interpeller l\u2019avenir dans un immense coup de com.Debout, les yeux grand ouverts, leurs illusions en bandoulière, les militants pacifiques ont remisé les pyjamas blancs.Chaque décennie reprend la ballade de John et Yoko avec plus d\u2019anxiété qu\u2019hier.Du moins les millénariaux et plusieurs de leurs aînés protestent-ils toujours haut.Pour ce cinquantième anniversaire, dans le Vieux-Montréal, on ressuscite le bed-in avec des artefacts, photos, coupures de presse et documents d\u2019époque.Écouteurs aux oreilles pour entendre les entrevues de John Lennon et Yoko Ono ou les témoignages des Québécois ayant pris part à l\u2019événement, on réécoute l\u2019enregistrement de Give Peace a Chance, témoin d\u2019un moment où la métropole, deux ans après Expo 67, s\u2019était rêvée le centre du monde.Je me souviens il y a dix ans de l\u2019expo Imagine au Musée des beaux- arts de Montréal, célébrant le 40e du même bed-in.En 2009, la guerre en Irak grondait en arrière- scène.Aujourd\u2019hui, l\u2019avenir fait plus peur que jamais.Que souhaiteront les militants au 60e anniversaire de ce happening-là ?Sur quelle planète ?Dirigée par combien de dictateurs Les professions de foi de Yoko Ono une poignante cérémonie des aveux, les personnages vont surgir un à un dans la salle d\u2019embaumement : Mégane (Kim Despatis), une jeune thanatopractrice, Éliot (Mathieu Richard), le benjamin de la famille, Julien (Patrick Hivon), l\u2019aîné, Chan- tale (Magalie Lépine-Blondeau), sa conjointe, et finalement Denis (Éric Bruneau), le cadet.Tout en admettant que le décès de son père, il y a trois ans, a eu une influence importante sur l\u2019écriture de la pièce, Michel Marc Bouchard précise que ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019il s\u2019intéresse aux pratiques entourant la mort: «Les rites funéraires des Malgaches, notamment, me fascinent.Saviez-vous qu\u2019ils déterrent les os de leurs morts, les enveloppent dans des tissus, les promènent en dansant autour de la tombe, puis les enterrent à nouveau?C\u2019est quand même assez impressionnant.» Pour ne pas dire théâtral.Ainsi, les membres du clan La- rouche vont réaliser ensemble (!) les différentes étapes de la préparation du corps de la mère, de l\u2019exsanguina- tion à l\u2019embaumement, du positionnement des bras à l\u2019expression du visage, du vêtement au maquillage.C\u2019est bien entendu une manière d\u2019accomplir son deuil, de se retrouver, de renouer, mais aussi de soulever la poussière, de convoquer le passé, de faire surgir la vérité, en somme de régler des comptes dont on précisera simplement, afin de ne rien divulgâ- cher, qu\u2019ils concernent Laurier Gaudreault et qu\u2019ils sont fort douloureux.Un appel d\u2019art Les thanatologues sont des artistes, af firme Bouchard.« À partir du visage crispé de mon père, comme figé dans un appel d\u2019air des plus angoissants, ils sont parvenus à créer de la beauté et de l\u2019apaisement, ils ont donné naissance à une œuvre qui inspire la réconciliation, qui insuffle une certaine sérénité au deuil.» Ainsi, le rituel auquel Mireille se consacre est guidé par un espoir de rédemption, la sienne, mais aussi celle de ses proches.« Le pardon appor te la consolation, écrit l\u2019auteur en introduction à sa pièce.La rédemption apporte l\u2019élévation.Dans un monde ou la spiritualité se range dans les notions d\u2019un autre temps, où la morale et l\u2019éthique sont des valeurs qui s\u2019érodent chaque jour, comment parler de la quête de la rédemption?» Le travail de Mireille s\u2019accompagne d\u2019un protocole strict, d\u2019abord scientifique, bien entendu, mais aussi d\u2019une recherche de beauté qui passe notamment par la poésie \u2014 elle récite un magnifique poème d\u2019Octave Crémazie intitulé Les morts \u2014 et par la haute couture \u2014 elle destine à sa mère une robe Alexander McQueen inspirée de l\u2019art byzantin.« J\u2019avais envie de la voir dans une robe d\u2019éternité », déclare la jeune femme endeuillée.«Maintenant, elle mérite de ressembler à une vedette.Oui, avec des montagnes de fleurs ! Oui, entourée de ses enfants habillés en tenues de gala.Oui, avec une robe qui vaut deux fois plus que son ancienne maison! Juste pour ce qu\u2019elle vient de faire pour Laurier Gaudreault, elle mérite tout ça.» Une touche d\u2019humour Grâce au personnage de Julien, l\u2019aîné, la pièce comporte une virulente critique sociale.« Pas d\u2019éducation, pas d\u2019goût, un peuple de quê- teux, de chialeux, de pas éduqués, de parvenus, lance l\u2019homme en colère.Y ont toute dans\u2019 gueule pis y en veulent plusse.La responsabilité sociale, y en ont jamais entendu parler, mais les privilèges, ça y savent c\u2019que c\u2019est en crisse ! Gang de débiles qu\u2019y écoutent leu\u2019 radio de vi- deux de poubelles qui font du cash su\u2019 eux autres en les rendant encore plus débiles.» L\u2019auteur avoue que ses idées politiques s\u2019apparentent à celles de Julien: «Cela dit, il est beaucoup plus sanguin que moi.Il est tellement fâché que sa pensée part en vrille.À ce moment-là, tout y passe.Le spectateur prendra bien là-dedans ce qu\u2019il veut, mais j\u2019estime qu\u2019il y a deux ou trois affaires qui ne sont pas fausses.» Si le tragique de la pièce atteint un tel paroxysme, c\u2019est en bonne partie parce que la dérision est là pour faire levier.«Cet humour est vital, affirme Bouchard.On assiste quand même à l\u2019embaumement d\u2019un cadavre ! Dans un pareil contexte, le comique constitue une bouffée d\u2019oxygène, il est tout simplement essentiel, mais il sert aussi à apporter de la cohérence aux personnages, une humanité qui leur permet d\u2019exister pleinement, de susciter l\u2019empathie, d\u2019échapper à la caricature.À vrai dire, il n\u2019y a rien de mieux que le rire pour ancrer le drame.» Autrement dit, rien de plus efficace que des touches de lumière pour donner à voir l\u2019ampleur vertigineuse de l\u2019obscurité.ODILE TREMBLAY ou de clowns présidentiels de plus ?Reste que la métropole québécoise n\u2019a jamais oublié le séjour des amants de blanc vêtu sous leur couette.Lors de récents travaux de restauration, l\u2019hôtel Le Reine Elizabeth aura réaménagé la célèbre suite et les trois communicantes avec photos, dessins, vidéos de l\u2019événement ; alcôve pour riches nostalgiques qui la louent désormais à prix d\u2019or.«Pensez donc! Comme John Lennon et Yoko Ono\u2026» Mais l\u2019esprit de la fête s\u2019est envolé et quels jeunes pacifistes fauchés pourraient s\u2019y offrir aujourd\u2019hui des happenings de fraternité?Du moins, la Fondation PHI pour l\u2019art contemporain, philanthropique, ne demande pas de prix d\u2019entrée au public, ce qui démocratise l\u2019accès à l\u2019expo Liberté conquérante.Par-delà sa section consacrée au bed-in, dans un des deux immeubles réquisitionnés, découvrir ou redécouvrir Yoko Ono en rétrospective à travers ses installations conceptuelles, jamais tout à fait terminées pour laisser au public le pouvoir de s\u2019y greffer, aide à saisir l\u2019impact de cette visionnaire en ses années 1960.Son œuvre participative, ses instructions philosophiques à l\u2019adresse des visiteurs invités à changer leur approche du monde allaient préparer la voie aux expos interactives devenue foisonnantes.Dure et déterminée comme un samouraï, ambitieuse et directive, longtemps haïe pour avoir en partie entraîné la dissolution des Beatles, tant son lien amoureux avec John Lennon devenait exclusif et modifiait la chimie des musiciens (mais le célèbre groupe chancelait déjà), veuve à jamais du chanteur d\u2019Imagine assassiné à New York en décembre 1980, ses rêves de non-violence et d\u2019harmonie auraient pu lui rester à travers la gorge.À 86 ans, Yoko Ono, après des ennuis de santé, y croit pourtant encore, comme «l\u2019alouette au miroir» dont parlait Aragon: «Le ciel n\u2019a jamais cessé d\u2019être là pour nous», tweettait-elle le 22 avril dernier.Après tout, cette poète féministe et «performeuse» new-yorkaise d\u2019origine japonaise, décrite par Lennon comme « la plus célèbre des artistes inconnues», aura vu la terre tourner follement sur son socle.Née dans l\u2019entre-deux-guerres sous le règne de l\u2019empereur Hirohito, alors dieu vivant pour son peuple, elle avait douze ans lorsque les bombardements atomiques de Nagasaki et d\u2019Hiroshima embrasèrent son pays.On serait pacifiste pour moins que ça.« The rest is history », comme disent les Américains\u2026 Et l\u2019histoire est passée par Montréal ces jours-là, laissant dans son sillage, malgré tous les brouillards, comme un goût insensé d\u2019y croire aussi. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 6 | JULES ROMAINS DANIEL BRIÈRE SYLVIE DRAPEAU ANGELA KONRAD ANTON TCHEKHOV RENÉ RICHARD CYR FANNY BRITT ET ALEXIA BÜRGER LORRAINE PINTAL RÉJEAN DUCHARME LORRAINE PINTAL MICHEL TREMBLAY ET ANDRÉ GAGNON NORMAND CHOUINARD GRAND PARTENAIRE tnm.qc.ca ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR u dépar t, i l y avait eu le livre de Claire Lajeunie Sur la route des invisibles et son documentaire Femmes invisibles, survivre dans la rue, exploration de l\u2019univers des itinérantes françaises sautant d\u2019un centre d\u2019accueil à l\u2019autre entre leurs nuits à la belle étoile.Le cinéaste Louis-Julien Petit avait dévoré le livre et acquis les droits, avant d\u2019écrire un scénario de fiction proche de l\u2019original avec maintes scènes de vie dans la rue, puis de virer capot pour se concentrer sur l\u2019univers d\u2019un centre d\u2019accueil.Cela lui permettait de s\u2019éloigner du documentaire de Claire Lajeunie, tout en abordant l\u2019univers mal connu des travailleuses sociales auprès des itinérantes.Le réalisateur français avait déjà traité en 2014 une expérience de commerce équitable dans Discount et la détresse au travail dans Carole Matthieu l\u2019année suivante.Comédie sociale remplie d\u2019humour tournée dans le nord de la France, Les invisibles s\u2019amorce sur une décision municipale : trois mois sont donnés au centre social féminin L\u2019envol, en changement de statut, pour réinsérer ses pensionnaires sans domicile fixe.Falsifications de CV, mensonges, jeux d\u2019influence, toutes s\u2019y mettent pour trafiquer des passés pas toujours présentables.Un rôle marquant pour toutes Après 150 auditions, de véritables sans-abri ont joué leurs rôles sous des noms d\u2019emprunt, alors que les travailleuses sociales se voyaient incarnées par des actrices professionnelles, dont Corinne Masiero (grande actrice engagée ayant connu la rue), la multi-talentueuse Noémie Lvovsky et Audrey Lamy, à la prolifique carrière plus commerciale.Belle mixité sur le plateau.Les itinérantes, que les passants r e fusent souvent de r egar der, n\u2019avaient guère eu auparavant les honneurs de l\u2019Élysée.Or ce film, grand succès en salles françaises avec plus de 1,3 million d\u2019entrées, fut projeté en février 2019 à l\u2019Élysée avec son équipe devant une quarantaine de personnes, dont Emmanuel Macron et son épouse.Audrey Lamy, comédienne et humoriste très populaire en France, notamment pour son rôle durant dix ans dans la série Scènes de ménages, par-delà quelques prestations dramatiques au grand écran (Polisse, de Maïwenn), était plutôt associée au registre pure comédie, étiquette qui lui pesait.Sœur d\u2019Alexandra Lamy, elle avoue avoir eu besoin par ailleurs de se faire un prénom.« Qu\u2019est-ce qui vous fait dire oui à un film ?demande-t-elle.Un bon scénario.J\u2019ai envie de rêver, de voyager ailleurs que dans mes cordes.» Rencontrée à Par is , l \u2019actr ice évoque un tournage marquant pour elle, mais aussi pour les femmes sans abri à ses côtés.« Cer taines ont repris contact avec leur famille grâce au film.Une autre a obtenu un rôle ailleurs au cinéma.» Audrey Lamy avait pris une répétitrice et connaissait ses répliques par cœur avant d\u2019arriver sur le plateau des Invisibles, mais Louis-Julien Petit lui a demandé de tout oublier et d\u2019improviser son rôle.Cela lui a mis une pression énorme sur les épaules, mais elle a plongé.Audrey Lamy s\u2019improvise battante parmi les battantes Louis-Julien Petit offre une vibrante comédie sur les itinérantes françaises A | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Après 150 auditions, de véritables sans-abri ont joué leurs rôles sous des noms d\u2019emprunt, alors que les travailleuses sociales se voyaient incarnées par des actrices professionnelles, notamment Audrey Lamy (au centre).AZ FILMS L E S F L  N E U RS Vous avez envie d\u2019en apprendre sur le sombre passé de notre humanité en rigolant un bon coup?Même si les deux volets de cette affirmation semblent en opposition, c\u2019est pourtant ce que réussit à faire le nouveau balado Les pires moments de l\u2019Histoire.Produits par Urbania et animé par l\u2019humoriste Charles Beauchesne, ces cinq épisodes reposent sur une narration aussi désinvolte qu\u2019efficace, avec quelques effets sonores en prime.On s\u2019y penche entre autres sur Raspou- tine, sur les Vikings et sur les pires papes.Bref, c\u2019est un peu la version Ding et Dong d\u2019Aujourd\u2019hui l\u2019histoire.Sombre et drôle Histoire Si les sons du boys\u2019 band de rap américain Brockhampton vous ravissent, ou si vous n\u2019avez pas encore la grande chance de les compter dans votre rotation musicale, sachez que l\u2019une des voix principales du groupe, Kevin Abstract, a lancé récemment un 3e album solo dans la belle tradition lancée en équipe.Arizona Baby est un bel exercice de rythme, c\u2019est vite puis doux, mais aussi sensible et dansant.Mais c\u2019est surtout une incursion dans le cœur d\u2019un des artistes les plus fascinants du milieu, l\u2019un des rares rappeurs homosexuels à vivre son identité au grand jour.Avoir la Géorgie en tête Belle surprise que cette comédie dramatique Shrill (disponible sur Crave Tv depuis le 3 mai) inspirée de l\u2019essai Shrill : Notes From a Loud Woman de l\u2019humoriste et auteure américaine Lindy West, qui raconte la prise de conscience d\u2019Annie, une aspirante journaliste qui a le malheur d\u2019avoir un excès de poids qui nuit grandement à la perception que les autres ont d\u2019elle et à sa confiance en elle-même\u2026 La comédienne Aidy Bryant (Saturday Night Live) incarne à merveille cette jeune femme qui prend son destin en main.Chaque fois que Loui Mauffette livre un de ses spectacles poétiques, on y accourt.Le créateur de Poésie, sandwich et autres soirs qui penchent, à travers Chansons pour filles et garçons perdus, n\u2019a mis en scène que des œuvres québécoises au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, avec reprise à la Cinquième Salle de la Place des Arts.Et ce happening, auquel participent Marie-Jo Thériault, Pierre Le- beau et Kathleen Fortin aux côtés d\u2019une douzaine d\u2019autres interprètes, est rempli de fulgurances.Mariant entre autres L\u2019alouette en colère de Félix Leclerc, Dehors novembre de Dédé Fortin, La jeunesse du monde d\u2019Evelyne de la Chene- lière, La quête de Jean-Paul Daoust, ce spectacle est un chant, un cri.Un vote pour la poésie Au-delà des apparences PHILIPPE PAPINEAU ODILE TREMBLAY VALÉRIE DUHAIME AMÉLIE GAUDREAU «Les femmes sans abri qui jouaient dans le film, sans expérience au cinéma, ont placé la barre très haut en mettant leur personnalité et leur expérience au service du scénario, réécrit autour de leurs histoires, confie-t-elle.Au début, dans le centre d\u2019accueil, je m\u2019étais dit \u201cça va être dur\u201d, mais l\u2019autodérision tenait ces femmes debout.Une d\u2019entre elles m\u2019a fait une blague.Le rire nous a unies.» Enrichie par l\u2019expérience, Audrey Lamy aura appris humainement au contact de ses co-interprètes, qui lui ont donné envie de s\u2019impliquer socialement.« L\u2019être humain était remis au centre d\u2019un sujet que la société fuit, déclare Audrey Lamy.Louis-Julien Petit, sur un thème difficile, a réalisé un Tarantino à la française, avec du burlesque, un côté polar, une comédie touchante où les femmes prennent le pouvoir dans la solidarité sans subir passivement une situation.On a besoin de femmes battantes au cinéma.Le film est porteur d\u2019espoir, et le public a embarqué.Les travailleuses sociales étaient aussi des invisibles, dont on connaît mal l\u2019engagement et auxquelles le film rend hommage.Lors des projections en France qui avaient lieu en présence de l\u2019équipe, les gens ne nous disaient pas \u201cbravo !\u201d mais \u201cmerci !\u201d.» Cet entretien a été effectué à Paris à l\u2019invitation des rendez-vous d\u2019Unifrance.Les femmes sans abri qui jouaient dans le film, sans expérience au cinéma, ont placé la barre très haut en mettant leur personnalité et leur expérience au service du scénario, réécrit autour de leurs histoires AUDREY LAMY » était allée tourner un documentaire en 16 mm sur le printemps arabe.Des études en cinéma puis à l\u2019Institut national des langues et civilisations orientales à Paris, un court métrage de fin d\u2019étude Jennah, en nomination aux Oscar 2015 : elle n\u2019avait pas attendu son premier long métrage Sofia pour se faire remarquer.«J\u2019essaie de ne pas trouver que c\u2019est dur, d\u2019être une femme cinéaste, déclare Meryem Benm\u2019Barek.C\u2019est le problème des autres.Quand même, on est moins soutenues que les hommes, en France comme au Maroc\u2026 » Primé l\u2019an dernier au scénario à Cannes dans la section Un certain regard, Sofia est porté par des silences et de longs plans attentifs.Remarquable par son refus du manichéisme, le film est une incursion dans l\u2019univers conservateur marocain, où les relations sexuelles hors mariage demeurent passibles de prison.On y croise à travers un réseau relationnel compliqué Sofia (Maha Alemi), jeune fille en déni de grossesse, qui accouche d\u2019un enfant sans avoir la bague au doigt.L\u2019hôpital lui donne 24 heures pour trouver les papiers du père, sous peine d\u2019alerter les autorités.Et dans un monde où le mensonge devient la seule échappatoire possible, elle-même ruse et ment pour se tirer de ce mauvais pas.«Le Maroc est une société patriarcale, résume Meryem Benm\u2019Barek, et j\u2019avais besoin de faire ce film sur la représentation des femmes dans le monde arabe, en réfléchissant sur la façon dont le privé, le social et les considérations économiques s\u2019entremêlent.La jeune Sofia appartient à la classe moyenne et celle du père présumé à un milieu défavorisé.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 8 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Meryem Benm\u2019Barek, être femme au Maroc La cinéaste raconte un univers conservateur à travers le destin d\u2019une jeune fille manipulée a F r a n c o - M a r o c a i n e M e r y e m Benm\u2019Barek vit entre les deux pays de son cœur.Mais quitte-t-on jamais son berceau ?« À l\u2019âge de six ans, j\u2019ai suivi mon père, diplomate, à Bruxelles puis à La Rochelle tout en retournant plus tard vivre au Maroc, explique-t-elle.Aujourd\u2019hui, je fais la navette entre Casablanca et Paris.» Pour ses débuts au cinéma, elle L C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 514 844 3822 fta.ca Réservez maintenant Danse +Théâtre 22 mai au 4 juin 2019 PUT YOUR HEART UNDER YOUR FEET\u2026 AND WALK! Steven Cohen Johannesbourg + Lille 27 au 29 mai Usine C Un artiste radical, un choc assuré QUASI NIENTE Daria De?orian + Antonio Tagliarini Rome 23 au 25 mai Usine C Le retour des créateurs de théâtre italiens qui ont bouleversé le FTA CUTLASS SPRING Dana Michel 31 mai au 3 juin Théâtre Prospero La nouvelle création de la récipiendaire du Lion d\u2019argent de la Biennale de Venise FEAR AND GREED Frédérick Gravel 1 au 4 juin Usine C Après le grand succès de Some Hope for the Bastards, Frédérick Gravel en solo GRANMA.TROMBONES DE LA HAVANE Rimini Protokoll Berlin 28 au 30 mai Monument-National Quelles sont les utopies révolutionnaires des Cubains ?Touchant et passionnant L\u2019AFFADISSEMENT DU MERVEILLEUX Catherine Gaudet 28 au 31 mai Théâtre Rouge du Conservatoire Une reprise exceptionnelle d\u2019un spectacle sublime KALAKUTA REPUBLIK Serge Aimé Coulibaly Bobo-Dioulasso + Bruxelles 23 au 25 mai Monument-National Un hymne à la résistance avec 7 danseurs ahurissants La cinéaste ne se fait guère d\u2019illusions sur la société marocaine, qui fonctionne à ses yeux comme un jeu d\u2019échecs.« La police est corrompue, l\u2019argent est roi et entraîne une déshumanisation générale.J\u2019ai voulu avec ce film établir un constat froid et sec.» ALBERTO PIZZOLI AGENCE FRANCE-PRESSE La conduite de son héroïne est ambiguë.« C\u2019est pour montrer à quel point la réalité là-bas est complexe et remplie de zones grises.Ça m\u2019inquiète quand les gens voient les choses de façon binaire.Une société existe par ses contradictions.Cette jeune fille est un personnage manipulé.Comment un système biaisé pousse une femme au silence alors qu\u2019elle a été violée, tel est mon propos.Toutes ne peuvent libérer leur parole.Sofia joue avec les car tes qui sont sur sa table.La loi condamne l\u2019amour hors mariage, mais elle ne s\u2019applique qu\u2019aux classes moyennes et populaires.Les riches ont des visas et s\u2019en sortent.» La cinéaste ne se fait guère d\u2019illusions sur la société marocaine, qui fonctionne à ses yeux comme un jeu d\u2019échecs.« La police est corrompue, l\u2019argent est roi et entraîne une déshumanisation générale.J\u2019ai voulu avec ce film établir un constat froid et sec.Le bébé est une monnaie d\u2019échange, les futurs conjoints n\u2019ont pas vraiment leur mot à dire.Dans mon film, seule la grand-mère est humaine.Les autres calculent.Même celui qui accepte l\u2019argent pour épouser Sofia se propose de tout dépenser avec des putes.» En France, elle voit s\u2019opposer les conservateurs et les libéraux.« Au Maroc, ça se passe plutôt au niveau des intérêts de chacun, l\u2019argent, la position sociale, le regard des autres.Le film raconte ça également.» Sofia parle mal français dans un pays où cette langue est encore très pratiquée.«Le niveau du français a reculé au Maroc, explique la cinéaste.Le système public s\u2019est appauvri et il faut aller au lycée français pour le maîtriser désormais.Alors, beaucoup de jeunes ne parlent qu\u2019arabe.La fracture générationnelle et sociale s\u2019exprime aussi linguistiquement.» En France, Sofia a plu.«Au Maroc, Sofia fut bien reçu par la critique arabophone et mal par les médias en français qui ont trouvé son point de vue superficiel, souligne la cinéaste, mais le public a aimé, particulièrement les jeunes.Un film qui a connu le succès en France inspire la suspicion dans le monde arabe, où il passe pour avoir abaissé son propos afin de donner à manger aux Occidentaux.Mais j\u2019en avais justement marre des œuvres qui renforcent les stéréotypes des Européens.» Son personnage refuse son statut de victime et se montre critique d\u2019un certain féminisme occidental, pour- suit-elle.« Lena, la cousine éduquée de Sofia qui vole à son secours, porte un regard condescendant sur elle.On parle très peu au cinéma de ces clivages sociaux.» Meryem Benm\u2019Barek estime que les débats sont étouffés au Maroc malgré une révision de la loi sur la famille en cours.«Ils fuient les questions de contraception, d\u2019avortement.La filiation, la paternité occupent le devant de la scène.Ce film pose des questions, mais ne prétend pas y répondre\u2026» Cette entrevue a été effectuée à Paris dans le cadre des rendez-vous d\u2019Unifrance.C\u2019est pour montrer à quel point la réalité là-bas est complexe et remplie de zones grises.Ça m\u2019inquiète quand les gens voient les choses de façon binaire.Une société existe par ses contradictions.Cette jeune fille est un personnage manipulé.Comment un système biaisé pousse une femme au silence alors qu\u2019elle a été violée, tel est mon propos.MERYEM BENM\u2019BAREK » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e 18 juin \u2022 MTELUS 21 juin \u2022 MTELUS TIKEN JAH FAKOLY Première partie : Clay & Friends GROOVY AARDVARK ET AMIS Premières parties : Cirrhose et Cendrier, Code 40-11 22 juin \u2022 L\u2019Astral 15 juin \u2022 L\u2019Astral THE PIROUETTES Première partie : Témé Tan LE VENT DU NORD TERRITOIRES Première partie : Eli Doyon et la Tempête PHILIPPE B & THE ALPHABET 15 juin \u2022 Théâtre Maisonneuve, PdA 20 juin \u2022 Théâtre Maisonneuve, PdA PAUL DARAÎCHE Première partie : Cindy Bédard POMME & QUATUOR À CORDES LYDIA KÉPINSKI 15 juin \u2022 Club Soda 19 juin \u2022 Club Soda LES HÔTESSES D\u2019HILAIRE VIENS AVEC MOI, L\u2019OPÉRA ROCK FLAVIEN BERGER LES GRANDS SPECTACLES en collaboration avec TENDANCES en collaboration avec LES NUITS TOUT EN CHANSON 14 - 22 JUIN Ne manquez pas la 31e édition des Francos! Billets en vente maintenant! francosmontreal.com CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Du sud au nord, une réalité toujours incontournable : ne jamais laisser désœuvrés des adolescents.Et plus encore lorsqu\u2019ils sont convaincus, à tort ou à raison, que leur avenir ne va guère au-delà de la ligne d\u2019horizon.Ceux de la petite communauté de Kugluktuk dans le Nunavut le considèrent sombre et sans issue, comme en témoigne la hausse vertigineuse du décrochage scolaire, ainsi que celui, encore plus tragique, du taux de suicide.C\u2019est ce climat que décrit Miranda de Pencier dans The Grizzlies, et dans lequel elle plonge Russ (Ben Schnetzer), un jeune professeur d\u2019histoire venant de décrocher son premier emploi, ignorant tout de cet endroi t avant d \u2019y poser les pieds.Il va vite constater que les arbres se font rares, contrairement à la violence domestique et à l\u2019ennui.Devant l\u2019insubordination de certains élèves et le je-m\u2019en-foutisme de beaucoup d\u2019autres, ce jeune homme athlétique et un brin zélé va tenter l\u2019impossible pour changer cette ambiance mortifère.La révolution qu\u2019il propose passe par le sport, plus précisément la crosse, «un sport plus ancien que le hockey » et qui pourrait les sortir tous et toutes de leur léthargie.Encore faut-il que ces élèves méfiants, à bon droit, de l\u2019homme blanc acceptent, justement, de jouer le jeu.The Grizzlies, c\u2019est d\u2019abord basé sur une histoire vraie, mais c\u2019est aussi une « grande séduction » à l\u2019envers : toute une communauté, réfractaire à l\u2019étranger bienveillant, résiste longtemps à ses tentatives de charme.Celles-ci sont d\u2019abord lourdes et laborieuses, à l\u2019image de ce blanc-bec qui saura s\u2019humaniser au contact de la misère, et surtout d\u2019une détresse morale que le sport pourrait soulager.The Grizzlies \u2014 le nom de cette équipe de crosse à la trajectoire que beaucoup croyaient improbable \u2014 affiche une forte identité canadienne, surtout avec Toronto comme point culminant de cette démarche réparatrice, mais épouse des poncifs universels, voire usés à la corde.On y retrouve d\u2019ailleurs les mêmes maladresses édifiantes d\u2019une production moralisatrice, et oscarisée, comme The Green Book : le conquérant oppresseur d\u2019autrefois devient le sauveur d\u2019aujourd\u2019hui, et après la méfiance, place à la camaraderie.Mais tout comme pour ce film surestimé, The Grizzlies sait manier les bonnes commandes pour tirer quelques larmes, dénoncer des situations tragiques et aberrantes (le récit se déroule dans un passé récent, mais les choses ont-elles vraiment changé?) et promouvoir les bienfaits d\u2019une passion pratiquée avec intensité.Ajoutez à cela les vertus du savoir comme puissant levier de libération, telle une version réactualisée, et pleine nature, de Blackboard Jungle, et vous avez là une œuvre fort édifiante, efficace dans son désir d\u2019évangélisation sociale.On pourrait même y voir une publicité déguisée pour les programmes sport-études, mais aussi un splendide aréopage de jeunes acteurs autochtones dont la ferveur n\u2019est pas seulement sportive, porte-parole des véritables protagonistes qui ont autrefois joué leur va-tout.Pour leur survie.The Grizzlies ?Drame sportif de Miranda de Pencier.Avec Ben Schnetzer, Emerald MacDonald, Paul Nutarariaq, Ricky Marty-Pahtaykan.Canada, 2018, 106 minutes.Le bonheur, c\u2019est peut-être le sport La jeunesse en déroute d\u2019une petite communauté du Nunavut sauvée par un professeur zélé The Grizzlies est d\u2019abord basé sur une histoire vraie.MÉTROPOLE FILMS | 1 1 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Secrétaire d\u2019État au parcours irréprochable, Charlotte Field reluque la présidence américaine.Brillante, ambitieuse, bûcheuse, maîtresse d\u2019elle-même, elle par t favorite : même l\u2019actuel président soutient sa candidature.Bref, tout va bien pour Charlotte.Chroniqueur dans un journal de gauche, Fred Flarsky, un type impulsif et négligé, s\u2019apprête à pointer au chômage.Plutôt que de travailler pour le magnat de droite qui vient d\u2019acheter son média, il a préféré démissionner.Bref, tout va mal pour Fred.Dissemblables au possible, voici que Charlotte et Fred se recroisent des années après qu\u2019elle eut été sa gardienne bien-aimée.S\u2019ensuit un mélange assez irrésistible de conte de fées un peu trash et de satire politique.Plusieurs facteurs expliquent le succès du film Un bon coup, titre québécois peu subtil de Long Shot.En court, cela tient toutefois à un nom : Charlize Theron.À une trame souvent tissée à grosses mailles, Theron insuffle des nuances bienvenues par la seule qualité de son jeu.Cela, en démontrant un timing comique sans faille, tant dans la livraison que dans la mimique.Actrice d\u2019exception comme elle l\u2019a prouvé dans Monster en tueuse Aileen Wuornos (avec Oscar à la clé), Mad Max.La route du chaos (Mad Max : Fury Road) en conductrice qui vole la vedette au personnage éponyme, ou encore dans Tully en mère atteinte d\u2019un post-par tum « créatif », elle n\u2019avait jusqu\u2019ici guère eu l\u2019occasion de s\u2019illustrer dans l\u2019humour.Il est des exceptions, comme Gringo, un des titres oubliables de sa filmo dont elle était justement le meilleur élément, mais Un bon coup est la première franche comédie où elle tient l\u2019un des deux rôles principaux.Une comédie romantique, de surcroît.Un Cendrillon poilu En effet, comme on l\u2019écrivait d\u2019office, l\u2019intrigue repose sur des rouages narratifs et un rapport à la vraisemblance hérités des contes de fées : c\u2019est entendu, c\u2019est assumé.Pour parer à la mièvrerie, on a adopté une approche crue, dans le verbe et parfois dans l\u2019image, et force est d\u2019admettre que le résultat fonctionne.Quoi qu\u2019il en soit, la Cendrillon dans cette itération-ci n\u2019est pas la femme, mais l\u2019homme.En l\u2019occurrence, le prototype du «gars-d\u2019à-côté»: Seth Ro- gen, qui lui est un habitué du registre comique.Il en est pour le compte à sa troisième collaboration avec Jonathan Levine, réal isateur à tout fa ire compétent, après 50/50 et La veille (The Night Before).À cet égard, s\u2019il s\u2019avère parfait en amoureux transi s\u2019estimant indigne de prétendre au cœur de sa mie, lui af fichant un physique quelconque et elle, une absolue per fection, il reste que Rogen n\u2019élargit pas son registre coutumier, contrairement à sa partenaire.En l\u2019occurrence, les protagonistes en viennent à former un couple non pas parce que Fred fait rire Charlotte, quoique ça aide, mais parce que tous deux partagent des convictions communes.Tandis qu\u2019elle envisage de dif ficiles compromis en rationalisant expertement, il agit gauchement mais sincèrement comme sa conscience.C\u2019est cette dynamique qui emporte l\u2019adhésion et distingue Un bon coup de tous ces films où un type ordinaire séduit une femme magnifique grâce à son seul sens de l\u2019humour.Charlotte, en particulier, ne se réduit pas à ce cliché-là.De manière judicieuse, le scénario de Liz Hannah, qui s\u2019est fait les dents sur Le Post (The Post) de Spielberg, et de Dan Sterling (The Office, South Park), fait de la question de la disparité esthétique un enjeu majeur, renvoyant les électeurs (et les spectateurs) à leurs a priori.Cela étant, qu\u2019un Seth Rogen puisse étaler sa ventripotence poilue et que ce soit jugé « cute » alors qu\u2019une Charlize Theron est condamnée à demeurer une déesse même lorsque décoiffée, constitue un angle mor t pour le moins ironique.En toute justice cependant, le film est truffé de remarques et de situations rappelant les iniquités et turpitudes auxquelles une femme comme Charlotte Field est confrontée au quotidien, tant du côté médiatique (parodie de FoxNews désopilante mais tristement près du modèle) que politique (président et collègues mâles évoquant d\u2019abord son sexe et/ou son physique puis \u2014 peut-être \u2014 ses compétences).Drôlement proche D\u2019ailleurs, dans son volet satirique, Un bon coup brosse un portrait certes bouf fon de ladite classe politique, mais qui souvent se rapproche, oui, drôlement de la vraie vie.On pense entre autres au premier ministre du Canada, un homme très séduisant, contrairement à Fred, avec qui la presse à potins se plaît à imaginer Charlotte.Le Suédois Alexander Skarsgård, vu récemment dans le film de Kim Nguyen Le projet Hummingbird (The Hummingbird Project), joue le personnage comme un pantin\u2026 s\u2019exprimant dans un anglais mâtiné d\u2019un accent francophone.Il est hilarant dans ses quelques scènes.À ce propos, que ce soit une comédienne sud-africaine, ce qu\u2019est Charlize Theron, et un comédien canadien, ce qu\u2019est Seth Rogen, qui se moquent de la sorte de l\u2019hégémonique politique américaine dans une production tournée dans un Montréal maquillé en Washington (l\u2019as Yves Bélanger à la photo) ne fait qu\u2019ajouter un niveau de plaisir à Un bon coup.Un titre québécois qui, aussi peu subtil soit-il, ne manque finalement pas de pertinence.Un bon coup (V.F.de Long Shot) ?1/2 Comédie romantique de Jonathan Levine.Avec Charlize Theron, Seth Rogen, O\u2019Shea Jackson Jr., June Diane Raphael.États-Unis, 2019, 125 minutes.Une improbable chimie Charlize Theron et Seth Rogen forment un duo romantique aussi mal assorti que craquant Plusieurs facteurs expliquent le succès du film Un bon coup.En court, cela tient toutefois à un nom : Charlize Theron.À une trame souvent tissée à grosses mailles, Theron insuffle des nuances bienvenues par la seule qualité de son jeu.LES FILMS SÉVILLE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | C O N C E R T D E F E R M E T U R E É P I Q U E S E N YAWA K E I J I H A I N O T H E E X @ 4 0 + D IM ANC HE 1 9 M A I fimav.qc.ca pluS D\u2019INFOS P RO G R A M M E D O U B L E 2 2 H CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR « Ici, sur le toit, on pénètre dans un autre univers et tout le reste disparaît.» Ces paroles émanent de Reynol, un sexagénaire qui, voilà quarante ans, s\u2019est aménagé un chez-soi sur la toiture d\u2019un édifice de La Havane, faute de trouver à se loger autre part.Il n\u2019était pas le premier et ne fut pas le dernier.La crise du logement : chose du présent comme du passé.De poursuivre Reynol : « Quand je compare la terre et le ciel, je suis à la frontière.» Curieux d\u2019explorer cet entre-deux, le documentariste et photographe Pedro Ruiz est allé à la rencontre d\u2019une mi- crosociété dont on ne soupçonne pas l\u2019existence depuis la rue.En est résulté un film unique et fort : Sur les toits Havane.Mosaïque humaine hétéroclite composée de portraits finement observés, Sur les toits Havane réunit une dizaine de personnes environ, hommes et femmes d\u2019âges variés, ayant accepté de se confier à Pedro Ruiz (La dérive douce d\u2019un enfant de Petit-Goâve), ce dernier toujours hors champ, consentant en outre à ce qu\u2019il les filme dans leur quotidien.Ces gestes et routines, glanés, informent et émeuvent autant que les paroles.Parfois, la combinaison des deux produits un instant de pur délice.On pense notamment à ce moment où Juan, quinquagénaire rebondi et loquace, explique tout en nourrissant un essaim de pigeons que de sa modeste demeure haut perchée, il a vu défiler « Castro, le pape et Obama».Le ton est badin, et manifestement, Juan s\u2019intéresse davantage aux volatiles qu\u2019aux puissants de ce monde.Afin de fédérer l\u2019ensemble au sein d\u2019un continuum fluide, le cinéaste a assemblé son documentaire de manière à ce que celui-ci paraisse se dérouler au gré d\u2019une seule journée, de l\u2019aurore au crépuscule.Le procédé est simple et parfaitement maîtrisé.Qui plus est, Pedro Ruiz sait maximiser le potentiel de chaque variation dans la lumière naturelle.Poésie visuelle, il y a.Photographe professionnel, Ruiz a le don de composer plan superbe après plan superbe sans que jamais sa réalisation ne cède au maniérisme ou que ce sens de l\u2019image n\u2019empiète sur les êtres humains qu\u2019il filme et écoute.Au contraire, sa caméra attentive, à l\u2019affût, les met en valeur.Maints points de vue Retranchés en surplomb de la société cubaine, les participants posent sur celle-ci un regard plein d\u2019acuité, entre mélancolie, contentement et critique.Chacun a son parcours, son histoire.Tel José, la fin quarantaine peut- être, et qui habite un monte-charge condamné coincé au sommet d\u2019un immeuble.« J\u2019habitais avec mon frère, mais je suis parti pour avoir plus d\u2019indépendance.On n\u2019a pas le même mode de vie.Il est hétérosexuel et je suis homosexuel.Ici, je suis seul.Ici, mon compagnon, c\u2019est la solitude.» Ou Lala, la quarantaine également, qui compare les résidents des toits comme elle à des « radeaux ».« On est condamnés à attendre les bateaux de touristes.Ici, les femmes se prostituent beaucoup.Il n\u2019y a pas de travail [\u2026] Je peux les voir d\u2019ici, en haut, les bateaux.C\u2019est magnifique de les voir aller et venir.Ils sont si jolis avec leurs phares et tout.Le problème, c\u2019est qu\u2019il y a des femmes et il y a des bateaux.» Et Maria, 95 ans, bientôt 96, pré- cise-t-elle, aler te et af fable, qui se souvient de «Fidel », de «Raúl » et de « Che, pauvre Che »\u2026 Et Jean, expatrié québécois que plusieurs reconnaîtront, qui rappelle que d\u2019où il se trouve, lorsqu\u2019il lève les yeux au ciel, il a le ciel et la lumière, « et la lumière, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus important dans la vie ».Et Arturo, et Tita, et Alejandro\u2026 Et Reynol, encore, qui conclut : « Sur notre toit, on trouve la paix.» Pedro Ruiz, lui, a trouvé un bien beau sujet.Sur les toits Havane ?Documentaire de Pedro Ruiz.Québec, 2019, 69 minutes.Radeaux célestes Pedro Ruiz va à la rencontre d\u2019une microsociété ayant élu domicile sur les toits de La Havane Retranchés en surplomb de la société cubaine, les participants du documentaire posent sur celle-ci un regard plein d\u2019acuité.K-FILMS AMÉRIQUE | 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 UNE PRÉSENTATION DE EN COLLABORATION AVEC UNE ŒUVRE ORIGINALE DE MICHEL MARC BOUCHARD \u2014 MISE EN SCÈNE SERGE DENONCOURT Avec ÉRIC BRUNEAU KIM DESPATIS PATRICK HIVON JULIE LE BRETON MAGALIE LÉPINE-BLONDEAU MATHIEU RICHARD TNM.QC.CA déjà des supplémentaires ! dès le 14 mai CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Héloïse a élevé essentiellement seule ses trois enfants, son ex-mari lui en ayant pour ainsi dire abandonné la responsabilité en dépit d\u2019une garde partagée.L\u2019aînée, Lola, et Théo, le benjamin, volent déjà de leurs propres ailes, mais la cadette Jade s\u2019apprête pour sa part à quitter le nid.Et à cette seule pensée, Héloïse angoisse.D\u2019autant que Jade a décidé de s\u2019exiler de Paris pour aller étudier\u2026 à Montréal.Tiraillée entre peur irraisonnée, nostalgie tendre et désir de voir Jade s\u2019épanouir, Héloïse souhaite en outre maintenir cette indéfectible complicité qui l\u2019unit à sa plus jeune, à son bébé.Sandrine Kiberlain, la toujours merveilleuse, incarne avec brio cette Maman très chère Sandrine Kiberlain brille dans un film s\u2019avérant chouette, mais en deçà de sa performance mère aux abois dans une comédie dramatique plutôt chouette, mais qui arrive en deçà de sa performance.Que l\u2019on se rassure : on n\u2019est pas en présence d\u2019un cas de figure catastrophique à la Amoureux de ma femme, de triste mémoire, tant s\u2019en faut.À nouveau, la vedette de Mademoiselle Chambon, Elle l\u2019adore et Pupille démontre un art consommé de la nuance lors de scènes parfois, justement, en mal de cela.En toute honnêteté cela dit, Mon bébé marque une nette amélioration dans la filmographie de Lisa Azuelos, derrière LOL et son terrible remake américain, ainsi que l\u2019imbuvable biographie Dalida.La réalisation est agréable à l\u2019œil dès lors qu\u2019on arrive à faire abstraction, primo, de certains effets de montage un brin cucul chargés d\u2019amener Héloïse (Sandrine Kiberlain) est mère de trois enfants, Théo (Victor Belmondo), Lola (Camille Claris) et Jade (Thaïs Alessandrin).MK2 MILE END le passé dans le présent, et, deuxio, d\u2019une musique envahissante.Surtout, le personnage d\u2019Héloïse s\u2019avère vraiment intéressant et doté d\u2019une profondeur appréciable.Là encore, beaucoup grâce à l\u2019interprétation de Kiberlain.Points de vue inégaux Restauratrice, Héloïse est la patronne de son fils Théo (Victor Belmondo), elle voit régulièrement sa plus vieille, Lola (Camille Claris), de même que son père souf frant (Patrick Ches- nais), avec qui elle entretient une belle connivence.Les verres entre copines, les mecs qui passent, tout cela traité avec une désinvolture et un naturel plaisants\u2026 Or, aucune de ces relations n\u2019approche celle, fusionnelle, qu\u2019Hé- loïse a développée avec Jade (Thaïs Alessandrin).D\u2019où le désarroi qui l\u2019assaille.À cet égard, on regrettera que la scénariste et réalisatrice eût esquivé la question quelque peu taboue de « l\u2019enfant préféré », qu\u2019elle évacue au moyen d\u2019une tirade certes drôle (il faut voir Héloïse haranguer son aînée pour finir par parler toute seule), mais laissant inexploré l\u2019un des enjeux les plus riches, considérant la prémisse.Pour le compte, Mon bébé fonctionne le mieux lorsqu\u2019il s\u2019en tient au seul point de vue d\u2019Héloïse.Du moment qu\u2019on alterne avec celui de Jade, avec le premier amour développé de manière très convenue et les fêtes entre amis répétitives, le film perd tout son zeste.C\u2019est dire, au fond, la force d\u2019attraction qu\u2019exerce Sandrine Kiberlain, actrice solaire.Mon bébé ?Comédie dramatique de Lisa Azuelos.Avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo, Patrick Chesnais, Camille Claris.France, 2019, 86 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose Ville Neuve ?Une maison sur la côte.Un homme s\u2019y est réfugié.L\u2019y rejoint, circonspecte, son ex-femme.Militants lors du référendum de 1980, ils se surprennent à rêver d\u2019une vie commune alors qu\u2019un second référendum en est à raviver maintes aspirations.Dévoilé à Venise, Ville Neuve, premier long métrage d\u2019animation de Félix Dufour-Laperrière, est une ode à l\u2019indépendance, mais pas un pamphlet.Riche, puissamment évocatrice, cette œuvre poétique transcende son contexte et atteint une dimension universelle.Car il est ici question d\u2019idéal.Un idéal qui unit jadis les amants; lui voudrait y croire encore, elle n\u2019a jamais cessé.Et les réminiscences de les assaillir tous deux au gré des marées.Omniprésente, la mer imprime rythme et manière: coule un flot noir et blanc charriant métamor- Diamantino ?1/2 Diamantino, immense star de foot, a perdu le goût du jeu.Être candide désireux de faire le bien, le voici qui adopte Rahim, un adolescent qui est en réalité une jeune femme: Aisha.Amazing Grace ?1/2 Il a fallu la ténacité du producteur Alan Elliot, ainsi que l\u2019apport des nouvelles technologies, pour sortir des voûtes la pellicule 16mm utilisée par Sydney Pollack lors de l\u2019enregistrement de l\u2019album Amazing Grace d\u2019Aretha Franklin, en janvier 1972.Le cinéaste ne maîtrisait pas l\u2019art du documentaire musical, et l\u2019impossibilité de synchroniser le son et l\u2019image a failli laisser ce film dans l\u2019oubli.Pendant deux nuits consécutives, la chanteuse, auréolée de trophées Grammy et comptant déjà plusieurs albums à succès, se lance dans l\u2019aventure du gospel, les chants de ses racines familiales (son père état pasteur baptiste) et musicales.Ce disque obtiendra un immense succès, mais le témoignage visuel de cette aventure, où la chanteuse se donne corps et âme (et transpire parfois à grosses gouttes, plans rapprochés à l\u2019appui) ajoute une pierre à cette cathédrale nommée Aretha Franklin.André Lavoie Diane (V.O.) ?1/2 Dans une petite ville de la Nouvelle-An- gleterre, Diane partage son quotidien entre l\u2019hôpital où se meurt une amie, ses bonnes œuvres et son fils toxicomane.Ce fabuleux premier film de fiction de Kent Jones offre à Mary Kay Place le rôle de sa carrière.Elle est d\u2019un naturel confondant, à l\u2019instar des échanges qui se déroulent comme dans la vraie vie lorsque des gens se connaissant de longue date se parlent: ils n\u2019ont pas à expliquer ou à mettre en contexte puisqu\u2019ils savent.Les interprètes comblant les trous d\u2019un regard, d\u2019un silence, le spectateur n\u2019y perd pas en compréhension.Le film consiste en une succession de vignettes intimistes au gré desquelles on découvre une femme pas si ordinaire que cela.À nouveau, la manière est dénuée d\u2019affectation, atteignant un réalisme parfait.À terme, c\u2019est quasi miraculeux qu\u2019un film où la mort est si présente s\u2019avère aussi vivifiant.François Lévesque Grâce à Dieu ?Avec une retenue exemplaire, François Ozon revient sur l\u2019affaire Barbarin.On suit les parcours d\u2019Alexandre, de François et d\u2019Emmanuel qui, lorsqu\u2019ils étaient enfants, furent agressés par le père Bernard Preynat, figure charismatique du diocèse de Lyon.Épousant les points de vue des trois hommes lors d\u2019autant de chapitres, le cinéaste fait subtilement coller sa réalisation aux tempéraments de chacun.À tour de rôle, on revient en arrière avec eux, brièvement.Avec un tact infini, Ozon évoque ce qui s\u2019est passé juste avant, puis laisse le spectateur imaginer ce qui s\u2019est produit juste après.Au gré des développements, son scénario révèle les nombreux mécanismes permettant au silence de prévaloir.La démonstration est éclairante.Quant aux interprètes, ils sont remarquables de vérité.Lui qui sait pourtant y mettre l\u2019effet, François Ozon maintient tout du long une approche respectueuse et sobre.Grâce à Dieu n\u2019en est que plus bouleversant.François Lévesque Agent secret, Aisha le soupçonne de blanchiment d\u2019argent.En parallèle, les sœurs chipies de Diamantino ourdissent un complot contre lui, avec à la clé de curieuses expérimentations hormonales.Décalée, cette satire poli- tico-fantaisiste primée à Cannes affiche une sensibilité résolument queer.Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt maintiennent une esthétique pop et un ton ludique en abordant des enjeux aussi variés que la fermeture des frontières, les turpitudes financières des riches, l\u2019éclatement de l\u2019Union européenne, l\u2019eugénisme et les manières diverses mais toujours fort belles à travers lesquelles l\u2019amour se manifeste.On reste ce faisant en surface, mais comment résister à un tel déploiement de chiots géants, de chatons et de barbe à papa?François Lévesque mêmes convictions.Confrontée à maints compromis, la première aime l\u2019idéalisme buté du second.C\u2019est cette dynamique qui emporte l\u2019adhésion.Le film est en outre truffé de situations rappelant les iniquités et turpitudes auxquelles une femme comme Charlotte doit faire face.Le portrait est certes bouffon, mais plein d\u2019acuité.Enfin, Seth Rogen et Charlize Theron (tout particulièrement savoureuse) partagent cette improbable chimie indispensable au succès du film.François Lévesque phoses, permutations et fulgurances en autant de nuances de gris.Le dénouement, qui hante, rappelle qu\u2019il n\u2019est jamais trop tard pour recommencer à espérer.À avoir foi en un idéal.François Lévesque UglyDolls.Le film (V.F.de UglyDolls) ?Même avec leurs défauts de fabrication, elles sont bien mignonnes, les poupées qui peuplent cet univers coloré fabriqué par le réalisateur de Shrek 2.Beaucoup moins inspiré, mais tout de même efficace, Kelly Asbury fait ici l\u2019apologie de la tolérance et de la singularité, évoquant un monde où certains jouets coulent des jours paisibles dans une cité perdue.Mais comme dans toute bonne quête initiatique, il suffit d\u2019un esprit (quelque peu) rebelle pour partir à la conquête d\u2019un nouveau monde, celui qui ouvre les portes vers l\u2019univers des enfants cajoleurs.Sans cynisme ni humour mordant, UglyDolls emprunte davantage les postures de la comédie musicale avec ses chansons accrocheuses qui s\u2019enfilent quasi sans interruption.Les voix en vedette n\u2019affichent qu\u2019un prestige limité, mais Kelly Clarkson, Janelle Monae et Nick Jonas poussent la note avec une dévotion certaine.André Lavoie Un bon coup (V.F.de Long Shot) ?1/2 Fred Flarsky, journaliste au chômage, est embauché comme scribe par Charlotte Field, secrétaire d\u2019État américaine qui fut sa gardienne bien-aimée lorsqu\u2019il avait 12 ans.S\u2019ensuit un conte de fées un peu trash mâtiné de satire politique.Mais voilà, elle est magnifique, il est quelconque, et cette disparité pourrait nuire à la future candidate à la présidence.Or, si Charlotte craque pour Fred, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il la fait rire, mais parce qu\u2019ils partagent les | 1 5 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Rafiki ?Ce quartier populaire et quelque peu anonyme de Nairobi pourrait ressembler à celui d\u2019une ville occidentale, avec ces jeunes parfois désœuvrés, parfois pleins de vie.Les deux filles de deux candidats opposés à une élection locale sont aussi différentes que leur père, ce qui ne les empêche pas de vivre un coup de foudre quasi instantané.Dans un pays où l\u2019homosexualité est un crime, leur amour leur fait courir un grand danger, d\u2019autant plus qu\u2019elles sont surveillées de toutes parts.Ce qui débute par une romance juvénile prend peu à peu la forme d\u2019une dénonciation de l\u2019intolérance, illustrant la puissance de la haine envers la différence sexuelle.Rien de très original, mais une véritable audace à l\u2019échelle africaine, où ce cinéma de la diversité sexuelle a bien du mal à exister.La cinéaste kenyane Continuer ?Changement de décor, mais pas de ton pour le cinéaste belge Joachim Lafosse (Nue propriété, À perdre la raison, L\u2019économie du couple).Cet habitué des huis clos étouffants et des règlements de compte familiaux transporte sa caméra dans les immensités désertiques du Kirghizistan (reconstitué en partie au Maroc).Au milieu de paysages arides et majestueux, une mère aux abois et un fils colérique semblent effectuer le voyage de la dernière chance, celui qui pourrait les réconcilier ou les séparer à jamais.Dans le style rigoureux et énigmatique qui est le sien, Lafosse adapte à sa manière le roman de Laurent Mauvi- gnier, et peut compter sur deux acteurs de talent, Virginie Efira et le jeune Ka- cey Mottet Klein.Ils étaient fin prêts à monter à cheval, mais aussi à défendre coûte que coûte ce récit parsemé de mystères, de silences, de remontrances et d\u2019affrontements avec les éléments.André Lavoie Dumbo ?Campée en 1919, cette mouture aux forts accents mélos en prises de vues réelles du classique de Disney possède l\u2019essence de l\u2019original, mais n\u2019en raconte guère plus, bien qu\u2019il en fasse près de deux fois la durée.Soutenu par une époustouflante direction artistique, des effets spéciaux soignés et la flamboyance de ses acteurs fétiches, Tim Burton signe de jolis numéros de cirque inspirés et d\u2019irrésistibles clins d\u2019œil à la version de 1941.Hélas ! Le scénariste joue les moralisateurs, ce qui a pour effet de plomber cette fantaisie burtonienne qui manque cruellement de magie.Manon Dumais brio des techniques immersives de Laszlo Nemes ne peut rien changer.François Lévesque Wanuri Kahiu fait preuve d\u2019un courage que l\u2019on doit saluer.André Lavoie Avengers.Phase finale (V.F.de Avengers : Endgame) ?1/2 Sorti l\u2019an dernier à pareille date, Avengers.La guerre de l\u2019Infini se sera essentiellement révélé être une mise en place de ce très attendu Avengers.Phase finale.Cet ultime opus ne perd pas de temps à plonger dans l\u2019action, ce qui est heureux puisque le film dure trois heures.Résulte de cette gageure le mélange attendu de séquences d\u2019action haletantes, d\u2019effets spéciaux époustouflants, d\u2019humour salutaire\u2026 et de moments émotionnels souvent insistants.Hélas, alors qu\u2019arrive l\u2019affrontement final, on va de reports en épilogues, étirant là où l\u2019on devrait resserrer.La conclusion de la saga de l\u2019Infinité s\u2019avère ainsi insatisfaisante, un brin opportuniste et larmoyante.François Lévesque Sunset : la fin du jour (V.O., s.-t.f.) ?1/2 Budapest, 1913.Irisz, orpheline déchue, évolue entre noblesse décadente et insurgés dans sa quête pour retrouver un frère inconnu.Sunset doit beaucoup à son prédécesseur, Le fils de Saul.Au circuit fermé d\u2019un camp de la mort se substitue l\u2019aire ouverte d\u2019une cité, mais la taille du canevas est accessoire, la mise en scène de Laszlo Nemes épousant dans les deux cas si rigoureusement le point de vue des protagonistes que l\u2019impression d\u2019un dédale physique et mental est identique.Pour ce nouveau cauchemar éveillé, Nemes récupère sa grammaire cinématographique antérieure: longue focale isolant Irisz dans un décor flou, plans-séquences dilatés et nerveux, impression croissante d\u2019une dissonance entre ce qui est vu et entendu\u2026 Mêmes procédés, mais résultat en deçà, hélas: Sunset est si désincarné qu\u2019on peine en retour à s\u2019y plonger.Une réalité à laquelle, ironiquement, le Mia et le lion blanc ?1/2 Documentariste flirtant parfois vers la fiction, Gilles de Maistre a conservé son tempérament patient dans ce plaidoyer pour la préservation des animaux sauvages, épinglant la bêtise des chasseurs sans scrupules.Au centre d\u2019une famille élevant des lions en Afrique du Sud, la jeune Mia s\u2019attache, d\u2019abord malgré elle, à un lionceau qui grandira au même rythme qu\u2019elle (le tournage s\u2019est échelonné sur quelques années pour épouser cette transformation).La complicité est si forte que la jeune fille fera tout pour le protéger des siens et du reste du monde, s\u2019engageant dans une traversée périlleuse.Rien de nouveau dans ce discours lénifiant, mais nécessaire, le tout dans une approche Walt Disney où les couleurs locales s\u2019assimilent à une esthétique de cartes postales.André Lavoie Mon bébé ?Héloïse a pratiquement élevé seule ses trois enfants.Après les plus vieux, voici que Jade, le bébé, s\u2019apprête à quitter le nid et Paris, destination Montréal.Effrayée, nostalgique mais désireuse de voir Jade s\u2019épanouir, Héloïse fait face.Sandrine Kiberlain incarne avec brio cette mère aux abois dans une comédie plutôt chouette, mais arrivant en deçà de sa performance.À nouveau, l\u2019actrice démontre un art consommé de la nuance lors de scènes parfois en mal de cela.La réalisation est agréable à l\u2019œil dès lors qu\u2019on arrive à faire abstraction de certains effets de montage cucul et d\u2019une musique envahissante.Pour le compte, Mon bébé fonctionne le mieux lorsqu\u2019il s\u2019en tient à son seul point de vue.Dès qu\u2019on alterne avec celui de Jade, avec premier amour convenu et fêtes répétitives, le film perd son zeste.C\u2019est dire la force d\u2019attraction de Sandrine Kiberlain, actrice solaire.François Lévesque The Grizzlies ?Dans cette petite communauté du Nunavut, il y a à peine quelques années, le décrochage scolaire n\u2019était rien en comparaison de tout ce qui se produisait autour: toxicomanie, violence familiale, suicides, etc.C\u2019est dans ce contexte explosif que débarque un enseignant zélé (Ben Schnetzer), et blanc, qui sauvera une bande de jeunes d\u2019un désœuvre- ment mortifère.Basée sur une histoire vraie, peuplée de bonnes intentions, cette leçon de courage à la sauce canadienne signée Miranda de Pencier en respecte toutes les étapes, tous les codes.Même s\u2019il n\u2019y a franchement rien de nouveau sous ce soleil de l\u2019Arctique, cette apologie du mieux-être par le sport apparaît comme une leçon nécessaire.Une bande de jeunes acteurs autochtones porte ce message avec beaucoup de conviction.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | ENTRÉE LIBRE 176, ch.du Bord-du-Lac, Lakeshore Rd.INFO : 514 630-1254 / www.pointe-claire.ca TRAMES Myriam Dion - Surabhi Ghosh Diane Meyer - Shelley Miller Sarah Thibault Commissaires : Manel Benchabane et Céline Le Merlus Vernissage : Dimanche 5 mai, 14 h 4 MAI AU 23 JUIN 2019 Démysti?er l\u2019art Mercredi 8 mai, 10 h (en français) MAIN PATIENTE ET ŒIL INQUISITEUR avec Myriam Dion RÉSIDENCE D\u2019ARTISTE : OCCUPER L\u2019ESPACE avec Shelley Miller CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019artiste Emmanuel Galland est bien actif ces temps-ci.Et à travers tout le Québec.En mai débutera une exposition de ses photographies au Centre des arts et de la culture de Chicou- timi.Puis, du 28 juin au 18 août, en duo avec François Lalumière, il présentera l\u2019expo JE\\TU à Regart, centre d\u2019artistes en art actuel à Lévis.Mais le commissaire Emmanuel Galland n\u2019en est pas moins occupé.En 2019-2020, il sera commissaire en résidence au centre d\u2019ar tistes Le LOBE à Chicoutimi, lieu où il développera une recherche autour de l\u2019artiste Jean-Jules Soucy.Et ces jours-ci, il présente à Montréal la quatrième incarnation de son cycle d\u2019expositions sur la place du socle dans l\u2019art contemporain québécois.Rappelons que cette série d\u2019expos a débuté en février 2017 à Action Art Actuel \u2014 situé à Saint-Jean-sur-Riche- lieu \u2014 avec des œuvres réfléchissant cette question du socle, mais en se concentrant autour des notions de monumentalité et paradoxalement de ses liens avec la picturalité.Le ton était donné.Galland voulait se pencher toutes les ramifications du socle dans le domaine des arts, et pas seulement dans sa filiation avec la sculpture.Puis a suivi au printemps 2017, au centre B-312 de Montréal, une version totalement dif férente de cette présentation autour de la question bien actuelle du reenactment ou, pour tenter de traduire ce concept, de la réitération-réactivation.Par le passé, plusieurs artistes y avaient exposé des «œuvres-socles» \u2014 expression très pertinente de Galland pour décrire un pan de l\u2019art actuel.Il décide donc de remont(r)er dans l\u2019espace de la galerie, presque au même endroit où elles firent présentées, des pièces de Valérie Blass, de Chloé Desjardins, d\u2019Adam Basanta\u2026 Et finalement, à l\u2019été 2018 à la galerie d\u2019art Stewart Hall à Pointe-Claire, il offrit une version plus iconoclaste de son thème avec des œuvres sculpturales, installatives, mais aussi photographiques qui remettaient en question le socle.Artistes en dialogues Dans ce projet élaboré par Galland, l\u2019usage polysémique du socle à travers les formes d\u2019art et les décennies se trouve mis en abyme dans une expo qui elle-même est en continuelle réécriture, totalement plurivoque.Les socles y deviennent comme des poupées russes s\u2019emboîtant symboliquement les uns dans les autres, cachant toujours d\u2019autres usages et variations formelles.Une répétition de socles, qui comme dans l\u2019œuvre de Brancusi forment une sorte de colonne sans fin.Cette fois-ci, cette déclinaison du socle se fait sous l \u2019angle des répliques, notion qui donne d\u2019ailleurs son titre à l \u2019événement.Elle regroupe quatorze artistes contemporains réunis en dialogues entre eux, avec l\u2019histoire de l\u2019ar t, mais aussi plus spécifiquement avec plusieurs œuvres de la collection d\u2019ar t de l\u2019Université de Montréal.Cela donne un lieu à un échange totalement fascinant qui met le spectateur dans une situation de course aux trésors formels et intellectuels.Alfred Pellan côtoie Edmund Alleyn et Paryse Martin, Louis Comtois se rapproche de Nadia Myre ainsi que de Pierre et Marie\u2026 John Boyle-Singfield présente un Sans-titre (Coke Zero) de 2012 qui pose un regard critique sur Condensation Cube (1963-1965) de Hans Haacke, mais aussi plus généralement sur l\u2019art minimaliste.La pièce Cataracte (1995) de Marie-France Brière, sorte d\u2019installation-sculpture composée de deux éléments \u2014 qui eux-mêmes incar nent donc une forme de dialogue à l \u2019 intérieur même de l\u2019œuvre \u2014 est intelligemment placée à proximité d\u2019un tableau de Marcel Barbeau et d\u2019une gravure d\u2019Yves Gaucher.Les formes Le socle du monde de l\u2019art Emmanuel Galland élabore une autre version de son emballante exposition sur les figures du socle | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 PRÉSENTE 24 MAI AU 16 JUIN 2019 Saint-Lambert EN COLLABORATION AVEC PARTENAIRES PUBLICS CONCERTS EN SALLE ET DANS LES RUES festivalclassica.com s DeBerlioz abstraites utilisées par ceux-ci se révèlent soudainement être des colonnes revisitées.Les rectangles en à plat présents dans ces œuvres mo- der nes se montrent encore plus comme des éléments structurants, comme des bases donnant une forme de monumentalité à ces images.C\u2019est là le grand intérêt de cette version de Socle.Gal land ar r ive à a jouter des couches supplémentaires aux sens habituellement conviés par le socle, et ce, même dans des œuvres où cette forme se trouve évoquée.Autre exemple pertinent : en regardant une des pièces de Mathieu Latulippe, maquette intitulée Étude pour la réalisation d\u2019un immeuble en plastique biodégradable (2010), le visiteur saisira comment tout un pan de l\u2019architecture moderne a élaboré des bâtiments qui, dans leur forme épurée, ressemblent à de gigantesques socles.Une expo qui, avec une pointe d\u2019humour, dévoile comment le socle continue de hanter l\u2019art et le monde actuel.Répliques Statuer IV.Les figures du socle Commissaire : Emmanuel Galland.Au Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal jusqu\u2019au 14 septembre.SU R L E R A DA R Artistes à surveiller à Ignition 2019 C\u2019est la 15e édition d\u2019Ignition, événement permettant de voir le travail d\u2019étudiants de l\u2019Université Concordia ayant obtenu leur maîtrise en studio arts et leur doctorat en humanities.Bien des artistes y ayant participé se sont démarqués par la suite.Cette année, des projets réalisés par neuf artistes ont été sélectionnés par les commissaires Nicole Burisch et Michèle Thériault.Parmi les œuvres, nous avons particulièrement noté celles de Wan Yi Leung et de Sanaz Sohrabi.Depuis janvier 2018, Wan Yi Leung «documente les interactions entre des hommes dans la soixantaine» et elle, «petite femme asiatique».Dans la vidéo Action Follows, l\u2019artiste met en scène une «performance» qu\u2019elle a filmée alors qu\u2019elle frappe de ses poings couverts de gants de boxe un homme nu.Elle a rencontré cet homme, ici masqué, sur Internet et a convenu avec lui qu\u2019elle le battrait trois fois par semaine durant trois mois\u2026 On retiendra aussi la vidéo Notes on Seeing Double de Sanaz Sohrabi.L\u2019artiste se sert d\u2019une figure de style dans la langue farsi, le «temsaal» qui veut à la fois dire «décrire» ou «façonner».Elle se sert de cette expression pour parler des rapports entre l\u2019image et la construction du souvenir, autant dans le tableau La leçon d\u2019anatomie du docteur Nicolaes Tulp de Rembrandt que dans une photo de l\u2019ayatollah Khomeini prise en 1979.Avec aussi des œuvres de Swapnaa Tamhane, Kara Skylling, Kyle Alden Martens, Marie-Claude Lepiez, Paule Gilbert, Victor Arroyo et Lauren Pelc-McArthur.Ignition 15 Galerie Leonard et Bina Ellen, jusqu\u2019au 25 mai Pierre et Marie, Ici et maintenant, 2015 ÉMILIE DUMAIS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e M u s i q u e 1 8 | Crabe roule sa bosse depuis plus de 11 ans en tant que duo dynamique guitare-batterie, mais il n\u2019y a pas longtemps que le groupe foule des scènes plus « grand public ».Alors que paraît son septième album, l\u2019heure est à l\u2019apaisement et à l\u2019acceptation pour les deux musiciens.Les conflits internes de Crabe Avec Notre-Dame de la vie intérieure, le duo punk fait la paix avec ses petites bêtes ENTREVUE SOPHIE CHARTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR Avec son art-punk teinté d\u2019absurde, Crabe évolue à la frontière d\u2019une industrie musicale «boostée» aux subventions.Lui n\u2019en a jamais eu, d\u2019ailleurs («on n\u2019en a pas demandé»).Inévitablement, pour le puriste punk qui veut résister « aux institutions et au système d\u2019échelles et d\u2019ascenseurs de l\u2019industrie musicale», participer à un étalage comme Les Francouvertes (en 2018), par exemple, ne se fait pas sans une certaine dose de malaise.«Tu te demandes si tu vas être encore conséquent dans ta musique si tu le fais, explique le batteur, Gabriel Lapierre.Un concours, c\u2019est à la base un peu wak.Une compétition entre artistes, déjà c\u2019est biz.On rentre jamais en compétition avec les gens, d\u2019habitude.» Son acolyte, Martin Hoëk (guitare-voix), rétorque: «Oui, ça c\u2019était pas l\u2019fun.Tu jases avec les autres bands, tout le monde est super smatte\u2026» «Mais tu le sais que tout le monde veut gagner pareil», complète Lapierre.Partagés entre leur esprit de résistance et un désir de s\u2019af franchir de certaines tâches jugées plus ingrates (du genre, faire leur promo), les deux musiciens sont maintenant chez leurs amis de chez Pantoum Records.« Moi, j\u2019ai jamais fait ça, avoir une équipe de promo, dit Lapierre.C\u2019est un nouveau processus.» Martin attrape la balle au bond: «Avec des premières, des singles ! Je ne sais pas si ça change quelque chose à la fin.Sûrement, si les gens le font\u2026 Le meilleur côté dans tout ça, c\u2019est que maintenant il y a des gens qui s\u2019occupent des choses avec lesquelles on est moins à l\u2019aise.Pis ils sont bons, pis c\u2019est nos amis, surtout.Pis c\u2019est eux qui sont venus nous voir ! Chez Pantoum Records, il n\u2019y a pas beaucoup de [groupes] champ gauche autant que nous autres.Il y en a, mais d\u2019une autre façon\u2026 Je pense qu\u2019on \u201cs\u2019auto- mettait\u201d dans une marge.On leur a dit : \u201cVous êtes sûrs ?Me semble qu\u2019on fitte pas tant que ça !\u201d Mais ils nous ont dit : \u201cVous êtes aussi importants pour nous autres que notre meilleur vendeur.\u201d» Éviter l\u2019étang Amusant que cette baisse de la garde sur vienne au moment où paraît Notre-Dame de la vie intérieure, un septième maxi saccadé et imprévisible.Comme toujours, la guitare est coupante et les percussions, déroutantes.L\u2019ajout de sam- plings rythmés vient donner de l\u2019air à une musique sinon compacte et haletante.Ce qui frappe le plus est le thème abordé : la guérison, l\u2019acceptation.Autant en santé mentale qu\u2019en création.« L\u2019album d\u2019avant, c\u2019était un album de rupture, explique Martin, le parolier.J\u2019étais allé voir quelqu\u2019un pour m\u2019aider à me remettre les idées en place et, vers la fin des séances, la personne m\u2019avait dit de visualiser de quoi avait l\u2019air mon pattern [autodestructeur].C\u2019est exactement ce que je voyais en moi, comme sur [le visuel de] l\u2019album, un genre d\u2019étang visqueux avec la lune et une por te.» L\u2019étang représente les compor te- ments problématiques dans lesquels on s\u2019englue quand ça commence à aller mal, explique l\u2019auteur.« Dans le fond, c\u2019est de connaître le chemin qui mène à ton anxiété, pis de savoir comment travai l ler avec ça », ajoute Gabriel.Si les textes de Crabe sont en général peu perceptibles (chantés trop vite sur une musique trop forte?), l\u2019album s\u2019ouvre sur une déclamation très littérale de cette idée de la connaissance de soi.Ma réconciliation énonce ceci : « Ça y est, je le connais le chemin dans sa noirceur.Tous ces allers-re- tours m\u2019ont permis de comprendre.» C\u2019est cette vision d\u2019acceptation de nos sombres côtés qui imprègne tout le disque, faisant de ce dernier l\u2019un des plus lumineux du groupe jusqu\u2019à présent.Signe de la complicité tangible qui existe, Gabriel amène parfois la compréhension des textes à un autre niveau.«Souvent, dans les textes de Martin, je vois beaucoup de patterns de choses qui viennent contaminer tout son univers pendant un moment.Des fois, il parlait de la porte dans certaines tounes, mais il ne se rendait pas compte que c\u2019était la même por te qui menait vers l\u2019étang.C\u2019est un certain vocabulaire qui revient.Moi, je suis là pour faire les liens ! » « On est la nouvelle symbiose de Montréal », de rétorquer son collègue.Notre-Dame de la vie intérieure Crabe, Pantoum Records Le duo jouera au Distorsion Psych Fest le 10 mai.C\u2019est cette vision d\u2019acceptation de nos sombres côtés qui imprègne tout le disque, faisant de ce dernier l\u2019un des plus lumineux du groupe jusqu\u2019à présent.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR | 19 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR eux ans et demi.C\u2019est le temps séparant la sortie du premier mixtape Plateau Hess de ce nouvel album ZayZay.Le temps que FouKi a mis pour passer de l\u2019anonymat à se produire sur les plus grosses scènes du Québec.Son premier « vrai » disque, Zay, a été lancé le printemps dernier ; quelques semaines plus tard, il avait des dizaines de milliers de fans à ses pieds à la place des Festivals, chantant avec lui l\u2019air du succès de l\u2019été (et de l\u2019été précédent), Gayé.« De l\u2019adrénaline à l\u2019état pur, c\u2019était fou.Je suis monté sur scène, je ne savais même pas quoi faire\u2026 Ça a été comme une consécration.J\u2019avais ma place dans le \u201cRapkeb Allstarz\u201d ».Deux ans et demi ?Une ascension qui s\u2019est faite en un claquement de doigts.ZayZay es t o f f i c ie l lement le deuxième album de FouKi, mais la carte de pointage indiquerait plutôt quelque chose comme le troisième ou quatrième album, cer tains EP étant plus longs que d\u2019autres.«Quant à moi, c\u2019est comme mon premier », insiste le jeune MC.Dans le sens du plus abouti, précise-t-il.Le mieux travaillé, « le disque où je ne me dis pas : \u201cOh, j \u2019aurais dû mettre une chanson dans tel style\u201d, ou : \u201cAh merde, cette chanson-là, je suis moins down avec\u2026\u201d » Le rappeur, on l\u2019aura compris, est d\u2019abord une bête de studio.Son style vocal, une prosodie languissante et naturellement mélodieuse \u2014 style singjay pour reprendre l\u2019expression propre au dancehall jamaïcain qu\u2019il af fectionne tant \u2014, il l\u2019a développé entre quatre murs isolés du son, avec la complicité de son composi- teur-réalisateur attitré QuietMike.« Beaucoup d\u2019idées de chansons nous viennent dans l\u2019auto, en tournée, raconte FouKi.[Mike] commence un beat, j\u2019accroche en commençant une rime.En [tournée en] Europe aussi, on a trouvé beaucoup d\u2019idées.Parfois, c\u2019est juste moi dans le sous-sol qui commence une chanson et Mike la finit.» Surtout, il collige ses idées dans son cahier «avec des listes de sujets.Quand j\u2019ai déjà rappé un sujet, je le coche de la liste.Quand me vient un nouveau sujet en tête, je replonge dans le cahier : \u201cAh, me semble que j\u2019ai des rimes qui iraient bien avec ça\u2026\u201d» Y\u2019a du pur délire bien «gayé» sur ZayZay , à commencer par S.P.A.L.A., sur le thème de la cuisine italienne \u2014 FouKi a gagné sa vie dans une pizzeria avant de vivre de sa musique \u2014, duo avec l\u2019ami Vendou dégoulinant de clins d\u2019œil : « Les grosses tomates viennent toutes du jardin / Les fines herbes se fument tous les matins / Qu\u2019est-ce que tu fais mets plus de romarin\u2026» À l\u2019opposé, Papillon, une des chansons dont il est le plus fier : « J\u2019ai écrit sur mon adolescence déjà, mais cette chanson représente bien mon parcours à l\u2019école.Je pense que pas mal de monde va se reconnaître là-dedans\u2026 » FouKi assure être «à 100% down» avec toutes les chansons de ZayZay, un disque plus varié sur le plan des thèmes abordés, où «tout se ressemble un peu sans être pareil.Y\u2019a vraiment une vibe intéressante à catcher.Toutes les chansons forment un chilling constant.Chilling d\u2019hiver, chilling d\u2019été.» Du concentré de FouKi en dix-huit chansons.À l\u2019échelle de Drake, « ça aurait pu être un album double » auquel collaborent Koriass, le jeune collègue Vendou, les illustres collègues Obia le Chef, Jam et KNLO, Eman, Rober t Nelson et Maybe Watson d\u2019Alaclair Ensemble \u2014 c\u2019est, pour reprendre le mot de Nelson, « la troupe de théâtre 7ième Ciel», référence à la maison de disques.Le Belge Isha et le Français Lord Esperanza aussi, sur l\u2019excellente Faut c\u2019qui faut, un retour d\u2019ascenseur après la collaboration que FouKi a faite sur la chanson Audigier (SkulaBanks) de la jeune sensation Esperanza.Côté rythmiques, en plus de QuietMike, le vétéran Ruf fSound et les nouveaux talents Pops, Vince James, Kable Beatz, Kevin Figs, Xixool et Tsonky.Car FouKi, en plus d\u2019être une bête de studio, est aussi un fameux rassembleur.FouKi est le premier représentant de sa petite scène du « Plateau Hess », entraînant derrière lui le reste de la Fourmilière, ainsi que s\u2019appelle le collectif.Vendou invité sur ZayZay.Le groupe LaF, lauréat des Francouvertes en 2018 qui a récemment rejoint l\u2019étiquette 7ième Ciel et annoncé un premier album pour l\u2019automne.L\u2019Amalgame qui vient de lancer le sien, on en oublie sans doute.Tout ce monde promet de faire du bruit cet été, confirmant l\u2019ascendant du hip-hop au Québec, « la musique la plus écoutée, plus que n\u2019importe quelle autre », insiste FouKi, dont le carnet de tournée est déjà comblé jusqu\u2019au printemps 2020.« Je fais Osheaga aussi cette année, c\u2019est pas mal cool.» Pas mal chill, même.Du concentré de FouKi en 18 chansons Chilling d\u2019hiver, chilling d\u2019été, ZayZay fédère la troupe de théâtre 7ième Ciel FouKi assure être « à 100 % down » avec toutes les chansons de ZayZay, un disque plus varié sur le plan des thèmes abordés, où « tout se ressemble un peu sans être pareil.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR D ZayZay FouKi, Disques 7ième Ciel L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e 2 0 | Présenté par LA RÉSOLUTION D\u2019AIMER Mercredi 8 mai 19 h 30 NOUVEL ENSEMBLE MODERNE Mary-Elizabeth Brown, violon Lorraine Vaillancourt, chef WAGNER Siegfried-Idyll SCHOENBERG Symphonie de chambre no 1 BERG Concerto pour violon et orchestre, « À la mémoire d\u2019un ange » GABRIELA MONTERO, piano Mardi 7 mai 19 h 30 SCHUMANN Kinderszenen, op.15 CHOSTAKOVITCH Sonate no 2, op.61 C.COREA Children\u2019s Songs G.MONTERO Improvisation L\u2019extraordinaire pianiste vénézuélienne est de retour à Montréal pour clore la série Complètement piano d\u2019Arte Musica ! sallebourgie.ca Arte Musica présente 18 19 Salle Bourgie M.ET MME SCHUMANN Vendredi 10 mai 18 h 30 MUSICIENS DE L\u2019OSM Catherine Perrin, narration Clara SCHUMANN Trio pour piano, violon et violoncelle, op.17 Robert SCHUMANN Quatuor pour piano, op.47 Catherine Perrin lit des extraits de la correspondance de ce couple mythique faisant écho à leur musique empreinte d\u2019une profonde tendresse.Y2 Jeudi 9 mai 18 h Yannick Rieu, saxophone Yves Léveillé, piano Deux piliers du jazz montréalais s\u2019unissent pour un 5 à 7 jazz hors de l\u2019ordinaire.5 À 7 JAZZ Le chef d\u2019orchestre s\u2019est vu proposer plusieurs fois la Messe en si comme chef invité dans les 17 dernières années.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR C\u2019est de son écriture la plus appliquée d\u2019élève de première année du secondaire que Bernard Labadie a marqué de son nom la première page de sa partition de la Messe en si de Bach.« C\u2019est un talisman.Elle sera probablement sur mon lutrin pendant les répétitions à Québec.Je ne travaillerai pas dedans, mais cela me rappelle énormément de souvenirs.» Samedi soir et dimanche après- midi au Palais Montcalm de Québec, puis samedi prochain à la Maison symphonique de Montréal, Bernard Labadie, à la tête de La Chapelle de Québec et des Violons du Roy, reprendra cette œuvre qu\u2019il n\u2019a pas dirigée depuis 17 ans.Entre Québec et Montréal, la prestigieuse scène de Carnegie Hall attend les musiciens mardi.La par tition fétiche fera-t-elle le voyage à New York ?Pourquoi pas ?Les chefs d\u2019orchestre, aussi, ont droit à leur doudou ! C\u2019est à la nature de la doudou que l\u2019on constate qu\u2019ils ne sont pas tout à fait comme les autres.« C\u2019était le Noël de mes 12 ans, en 1975.J\u2019étais camelot pour Le Soleil à Québec et avec mon argent de camelot, je m\u2019étais acheté la partition de poche éditions Eulen- burg de la Messe en si.Je l\u2019ai toujours dans mon bureau : c\u2019est la première par tition d\u2019une œuvre chorale de Bach que j\u2019ai achetée de ma vie », se souvient Bernard Labadie.Deux disques et demi Le Noël 1975 a marqué durablement le chef, car il s\u2019agissait d\u2019assortir la partition d\u2019un support sonore.« En cadeau, j\u2019avais demandé à ma mère un enregistrement et je voulais spécifiquement celui de Nikolaus Har- noncour t, le seul sur instruments anciens à l\u2019époque.Ma mère m\u2019avait amené au magasin Sherman de Place Ste-Foy à Québec.Le vendeur d\u2019un certain âge, spécialiste de la musique classique, voulait absolument lui vendre une vieille version Deutsche Grammophon rééditée à prix réduit dans la collection \u201cResonanz\u201d.» Du haut de ses douze ans, il avait insisté pour Harnoncourt.«À l\u2019époque, la Messe en si occupait trois microsillons, mais comme Harnoncourt avait adoptait des tempos plus rapides, la 6e face du coffret Telefunken était vierge.Je ne souviens encore que l\u2019argument suprême du vendeur avait été : \u201cMadame, vous allez payer pour trois disques, mais il n\u2019y en a que deux et demi dans le coffret !\u201d Six ans plus tard, il a pris sa retraite et j\u2019ai eu son job chez Sherman.J\u2019ai vendu des disques pendant les deux ans de mes années de cégep.» La partition que Bernard Labadie a utilisée dans sa carrière est celle de l\u2019édition Peters.Ce choix est un des premiers actes interprétatifs d\u2019un musicien.L\u2019édition qui devait faire autorité et référence, celle de la Neue Bach Ausgabe (Nouvelle Édition Bach) de Bärenreiter, une maison très sérieuse, a surtout largement fait débat.Sans entrer dans les détails musi- cologiques, Bernard Labadie résume bien la problématique de cette édition (1954) du musicologue Friedrich Smend en analysant que Smend, littéralement obsédé par la reconstitution des idées originales de Bach, a ignoré des sources postérieures éclairantes alors que la Messe en si mineur a été une partition en constante évolution.Labadie puise dans ses souvenirs de la Messe en si C\u2019est avec un ami d\u2019enfance que le chef se présentera à Carnegie Hall, mardi C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 7 AU 11 AOÛT 8e ÉDITION En vente maintenant ! osm.ca *Taxes en sus EN VENTE AUSSI À HÔTE DE L\u2019ÉVÉNEMENT 31 CONCERTS À PARTIR DE 10$* Une grande programmation GRATUITE et des activités pour tous ! Sous la direction de Kent Nagano Pour les répétitions, le chef com- mence-t-il par le début ou par le noyau émotionnel de l\u2019œuvre, la succession Et incarnatus-Crucifixus-Et resurrexit?« Les répétitions commenceront par le début, plus que jamais, car le \u201cKyrie\u201d est un portique monumental qui a besoin de beaucoup de travail et l\u2019écriture à cinq voix est majoritaire dans cette œuvre.» Les problèmes tiennent notamment à « l\u2019ar ticulation, car le sujet de la fugue, très instrumental, doit être réalisé avec des voix ».Au final, Bernard Labadie compte développer une stratégie sonore durant sa préparation : « Nous travaillerons probablement tous les chœurs à cinq voix de manière à placer notre son à cinq voix avant d\u2019aborder les chœurs à quatre voix.» Chose très intéressante, lorsqu\u2019il prépare les « Passions », sa stratégie est très dif férente : « Je répète les six, sept ou huit chorals à la file, car c\u2019est un travail par ticulier.Enchaîner les chorals d\u2019emblée permet de mieux saisir ce style particulier.» Dans les dif férents choix musicaux et interprétatifs, le chef québécois se reposera sur quatre solistes : Lydia Teuscher, lestyn Davies, Robin Tritschler et Matthew Brook.« Dans un monde idéal, on en aurait cinq, mais comme on a la chance d\u2019avoir Iestyn Davies, je demanderai à Lydia Teuscher de chanter toutes les parties de soprano I et la partie de soprano II du \u201cLaudamus Te\u201d, le duo de \u201cKyrie eleison\u201d étant parfaitement chantable par le contre-ténor.» Bernard Labadie fera aussi intervenir la basse soliste dans la phrase «Et iterum venturus est » du « Credo », une phrase en général assumée par le chœur : «Le rôle de basse solo est très ingrat, car ses deux airs évoluent dans des registres très différents [un air de basse et un air de bar yton].Cette petite intervention lui permet d\u2019entretenir la voix.» Quant au continuo, Bernard Laba- die associera clavecin et orgue : le chef nous rappelle que Bach lui- même le faisait, comme en témoigne son arrangement du Stabat Mater de Pergolèse (Psaume 51 « Tilge, Höchster, meine Sünden», BWV 1083).Dernier choix et non des moindres : la Messe en si sera donnée sans pause.Et tant pis pour les pénalités financières imposées par les salles parce que l\u2019acte de piété et la logique musicale les privent des revenus de la buvette.«Au Palais Montcalm, la punition est symbolique », nous avoue Bernard Labadie.Elle l\u2019est moins ailleurs\u2026 Cela dit, «buvez-ressuscitez » n\u2019est pas une association qui habitait particulièrement Bach.La messe en si de Bach Lydia Teuscher (soprano), Iestyn Davies (contre-ténor), Robin Tritschler (ténor), Matthew Brook (baryton- basse), La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie.À Québec.Samedi 4 mai à 20h et dimanche 14h au palais Montcalm.À New York.Mardi 7 mai à 20h à Carnegie Hall.À Montréal, le 11 mai à 19h30 à la Maison symphonique.Le cas le plus flagrant est celui de « parties séparées copiées par le cercle Bach quand Bach avait envoyé le « Kyrie » et le « Gloria » en cadeau à Dresde en 1733.Ces parties, ignorées par la Neue Bach Ausgabe, présentent des articulations des phrases très dif férentes.Or, en édition, on considère en général que si des parties séparées ont été copiées par le compositeur ou sous sa supervision, il s\u2019agit d\u2019une étape plus définitive de la partition qui doit être considérée.» Il est à noter que, depuis, Bärenreiter a mis au rencar t l\u2019édition Smend et conf ié son édi t ion de « réfé - rence » de la Neue Bach Ausgabe à un nouveau musicologue.Complexité chorale Bernard Labadie s\u2019est vu proposer plusieurs fois la Messe en si comme chef invité dans les 17 dernières années.Il n\u2019y a pas donné suite.« J\u2019ai refusé, car je considère ne pas avoir assez de temps de répétition, notamment avec le chœur.La Messe en si est l\u2019œuvre chorale de Bach la plus dif ficile à plusieurs égards.Sur le plan de la structure du chœur, on a des chœurs à quatre voix, à cinq voix, un chœur à six voix et un chœur à huit voix.Comment divise-t- on le chœur ?Combien de choristes faut-il par section ?Comment par- vient-on à l\u2019équilibre ?» Rendre l\u2019ef fet de double chœur du hosanna est un défi qui devra trouver des solutions dans le positionnement des choristes sur scène, adapté à chaque salle : « Cela ne devrait pas être un problème à la Maison symphonique, mais à Carnegie Hall, je ne sais pas », nous confie le chef.Concerts de la semaine Pablo Heras-Casado.Les postulants potentiels à la succession de Kent Nagano continuent de se succéder au podium de l\u2019OSM.Cela dit, nous entrons avec Heras- Casado dans le club des moins bien lotis, qui viennent pour la première fois, alors que d\u2019autres sont déjà prévus pour un deuxième tour.Le brillant Espagnol dirigera Rêves d\u2019hiver de Tchaïkovski et Tout un monde lointain de Dutilleux, avec Edgar Moreau en soliste.Mercredi 8 et jeudi 9 mai à 20 h à la Maison symphonique.Ellis-Beethoven.Beau défi pour Nicolas Ellis, qui se voit confier Beethoven par Yannick Nézet-Séguin et l\u2019Orchestre Métropolitain, en l\u2019occurrence l\u2019ouverture Leonore III (ce n\u2019est pas un cadeau) et la 4e Symphonie.En sandwich, la création d\u2019un nouveau concerto pour trompette de la Montréalaise Stacey Brown confié à l\u2019excellent Stéphane Beaulac, trompette solo de l\u2019orchestre.Vendredi 10 mai à 19h30 à la Maison symphonique.Le 14 mai à Saint-Laurent et le 15 à Verdun. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | CLASSIQUE Jean-Philippe Collard ?Rachmaninov, Moussorgski, La Dolce Volta, LDV 45 En concert cette semaine en tant qu\u2019artiste en résidence de l\u2019OSM, Jean-Philippe Collard a démontré qu\u2019à maintenant 71 ans ses moyens pianistiques sont intacts.L\u2019auditeur peut s\u2019en délecter dans ce programme sous-titré «Plongée dans l\u2019âme russe» en écoutant le Moment musical no 2 de Rachmaninov, un allegretto qui virevolte avec une splendide légèreté.On a pu entendre ailleurs le 3e moment musical lesté de plus de densité sonore, mais cette élégante demi- heure consacrée à Rachmaninov nous rappelle la très belle intégrale des concertos pour piano enregistrée avec Michel Plasson pour EMI, étrangement sous-estimée à notre goût.Dans le présent disque, l\u2019apport interprétatif le plus personnel se trouve dans les Tableaux d\u2019une exposition, qui n\u2019y sont pas œuvres de démonstration pianistique mais véritables scènes éloquentes.La cabane sur des pattes de poules est instable, le Vieux château s\u2019écroule dans une atmosphère sombre et le mot scherzando n\u2019a pas été inventé par Usain Bolt.Bref, Jean-Philippe Collard fait de la belle musique.Christophe Huss ROCK PSYCHÉDÉLIQUE Gece ?Altin Gün, ATO Records L\u2019orchestre néerlandais Altin Gün («Âge d\u2019or» en turc) ne sonne comme personne d\u2019autre \u2014 en tout cas personne d\u2019autre en 2019, puisque ses fondateurs professent allègrement leur fascination pour la scène folk/rock psychédélique turque des années 1960 et 1970, à nouveau émulée sur ce deuxième album.Et c\u2019est du bonbon pour les oreilles et les mollets: leur rock dégoulinant plonge aisément dans le funk psychédélique, voire le disco sur le premier extrait, Süpürgesi Yoncadan, où s\u2019illustre le chanteur, claviériste et oudiste (sa version turque est un saz) Erdinç Ecevit.On préférera encore les pépites interprétées par la Stambouliote d\u2019origine Merve Dasdemir, resplendissante sur la mélancolique Leyla, endiablée sur le funk frénétique Soför Bey, spirituelle sur la ballade Derdimi Döker- sem qui souligne la dimension folk de leur répertoire.Après les avoir découverts l\u2019été dernier, au Festival international de jazz de Montréal et au Festival d\u2019été de Québec, ce sera un plaisir de les revoir avec de nouvelles chansons le 16 juillet au théâtre Fairmount.Philippe Renaud JAZZ Consecration ?1/2 Rafael Zaldivar, Effendi Donnons à Rafael Zaldivar le mérite d\u2019avoir réfléchi en profondeur le sens de son nouvel album : le titre renvoie à une « immersion spirituelle dans la pensée éternelle de la création à travers la connaissance de l\u2019énergie et sa manifestation dans la matière », le tout étant lié à la «main afro-cubaine d\u2019Orula», déesse de la religion yoruba.Voilà pour l\u2019explication métaphysique.Concrètement \u2014 musicalement, plutôt \u2014, le pianiste- claviériste cubain établi à Montréal depuis une douzaine d\u2019années offre un album aussi ambitieux qu\u2019intrigant : jazz contemporain qui revendique pleinement ses racines africaines (c\u2019est en filigrane sur plusieurs pièces, mais dit plus clairement sur Congo), qui se veut dense et aéré, qui alterne les phases de tension et de répit, qui dévoile de superbes mélodies, mais impose surtout une approche rythmique et harmonique poussée, etc.Ce qui émerge au bout de l\u2019aventure ?La valeur de ce musicien de détails et de nuances, doté d\u2019une vision précise de l\u2019art qu\u2019il développe.Guillaume Bourgault-Côté RAÏ Underground Raï Love ?Mohamed Lamouri & Groupe Mostla, La Souterraine L\u2019auteur-compositeur-interprète parisien d\u2019origine algérienne Mohamed Lamouri a lancé son premier album vendredi dernier, jour de son 37e anniversaire.Pourtant, le musicien n\u2019est pas un novice : depuis plus de 15 ans, il gagne sa vie avec ses chansons, sa voix sablonneuse et son petit clavier Casio, dans le métro de Paris, où le patron de l\u2019étiquette La Souterraine l\u2019a découvert.Se revendiquant du raï romantique à la manière du regretté Cheb Hasni dont il reprend quatre compositions (la déchirante ballade Tgoul maaraft en fin d\u2019album !), Lamouri se révèle être également un compositeur tendre et mélancolique \u2014 sans même comprendre ses mots, sa voix déchirée, presque blues par moments, exprime un torrent d\u2019émotions.Derrière lui, le Groupe Mostla propose des orchestrations électroniques, rythmes programmés parfois accompagnés de batterie et de darbouka naturelle, parfois aussi inspirés du dub et du reggae (superbe Rire anti), qui laissent toute la place au musicien extirpé des tunnels.Philippe Renaud CHANSON SURF Cannibale (ma faim de toi) ?1/2 Geneviève Binette, Mauvaise influence Oh la bonne idée qu\u2019elle a eue là, Geneviève Binette ! C\u2019est peu de dire que nous avions besoin de son mi- nialbum, qui nous éclabousse de chansons résolument surf, quinze salutaires minutes de plaisir en signe avant-coureur de l\u2019été.Joie sans âge, infiniment renouvelable.Quand le bras Bigsby de la guitare électrique vibre et que le son semble épouser les vagues, on embarque dessus et on surfe comme si c\u2019était la première et dernière fois.Et puis on recommence.La guitare redevient planche, véhicule de liberté.Et la voix, les mots et les mélodies de Geneviève, et l\u2019instrumentation idoine de Denis Ferland, nous emportent dans le mouvement.Pas pour rien que ça s\u2019intitule Cannibale (ma faim de toi) : on a envie de manger tout rond ces morceaux de choix, de boire ce Café jouissivement percolé, de répondre à l\u2019invitation de Partir (avec intro Beach Boys en guise de passeport), de danser le jerk sur la nouvelle version à gogo de Karma.Lancement le 22 mai.Surf \u2019s up ! Sylvain Cormier CLASSIQUE Clara Schumann ?1/2 Howard Shelley, Orchestre symphonique de Tasmanie, Hyperion, CDA 68240 L\u2019enregistrement du Concerto opus 7 (1833-1934), seule composition orchestrale de Clara Schumann, en la mineur comme, plus tard, le concerto de son mari Robert, s\u2019inscrit dans le cadre du projet des «Concertos pour piano romantiques» dont ce disque est le 78e volume.L\u2019intérêt est ici documentaire.Nul ne saurait prétendre que cette œuvre a été ostracisée parce qu\u2019elle était le fait d\u2019une compositrice.Le finale de 10 minutes qui surpasse nettement les deux autres en est (éventuellement) la partie à retenir.En fait, le disque vaut surtout par l\u2019ensemble du programme très cohérent autour des grands virtuoses concurrents de Clara dans les capitales européennes au milieu du XIXe siècle.Le Konzertstück op.113 de Ferdinand Hiller, le Rondo op.27 de Henri Herz et Le rêve de Friedrich Kalkbrenner, tous supérieurs à l\u2019Opus 7 de Clara, ne sont pas des partitions essentielles de la musique, mais ils intéresseront ceux qui se penchent sur cette période où l\u2019art pianistique était avant tout synonyme de légèreté et volubilité.Christophe Huss CHANSONS DIVERSES Begin Again ?Norah Jones, Blue Note / Capitol Est-ce un album?Norah Jones en parle comme d\u2019une compilation de singles enregistrés au petit bonheur.Sans plan directeur.Sans autre liant qu\u2019elle, sa voix, sa pleine liberté.Seule règle : sessions brèves.Une expérience de spontanéité, mais avec l\u2019expertise rythmique des as Chris Thomas et Brian Blade.Ce que ça donne ?Toutes les Norah Jones que vous voulez, en une petite demi- heure d\u2019éternité.Ça commence par un état des lieux, My Heart Is Full, manifeste spirituel sur lit d\u2019électro.Ça remue jazzy cool dans Begin Again.It Was You plonge dans un bain de cuivres et d\u2019orgue purificateurs d\u2019âmes.Pour la bien nommée A Song with No Name, Jeff Tweedy et Norah se la gratouillent folk indie le long des échines.Uh Oh cède à la tentation de l\u2019auto tune, saillie d\u2019étrangeté.Wintertime est du pur Norah languissant et caressant, prélude à l\u2019ambitieuse Just a Little Bit, terrain de jeu pour vocalises et contretemps déroutants.Es-ce un album ?Une aventure, ça, c\u2019est sûr.Sylvain Cormier FOLK ROCK U.F.O.F.?Big Thief, 4AD U.F.O.F.(pour «U.F.O.friend», ou «mon ami l\u2019ovni » ?), le troisième album de Big Thief était des plus attendus, après les succès Masterpiece (2016) et Capacity (2017).Le groupe mené par Adrianne Lenker retourne à son folk-rock-indie-americana- bedroom-pop avec un je-ne-sais-quoi de plus improvisé, de plus libre dans l\u2019exécution.La voix de Lenker est un secret livré à l\u2019auditeur.Cette voix, si caractéristique par ses inflexions, est elle-même plus relâchée, moins maniérée, et plus diverse (Betsy).La magie, celle qui place en pensée l\u2019auditeur au centre des quatre membres, opère elle aussi encore.Le disque donne à voir un côté plus «brun», plus rock alternatif des années 1990, plus Sonic Youth qu\u2019avant (Contact, Jenni).Le groupe dit qu\u2019il s\u2019agit de son album le plus collabo- ratif.Cela s\u2019entend dans cet abandon.Seul hic : Capacity et Masterpiece étaient dotés de pièces mélodi- quement puissantes.C\u2019est moins présent ici.Sophie Chartier L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 LI RE Philosophie La French Theory à la belge de Laurent de Sutter Laurence Veilleux Le chant des femmes de l\u2019automne 2 AU 5 MAI 2019 metropolisbleu.org l y a, dit-on, chez Nicolas Letartre- Bersianik, un bol géant en verre rempli de pièces de Scrabble, souvenir de sa mère, Louky Bersianik, qui s\u2019en servait comme d\u2019un outil de travail, en y pigeant aléatoirement des lettres afin de composer et de recomposer des mots.Voilà une anecdote attendrissante, mais pas tellement surprenante, dans la mesure où le langage aura toujours été chez la romancière, poète et essayiste une matière sur laquelle agir d\u2019abord, afin d\u2019agir sur le monde.L\u2019Euguélionne, son monumental roman de 1976 auquel une librairie féministe du centre-ville de Montréal a emprunté son nom, aura parodié et déboulonné tous les discours patriarcaux (ceux de la littérature, des mythes, de la religion, du politique) grâce à une langue savante et sagace, d\u2019une formidable fougue.« Le Petit Larousse illustré en noir et blanc de la classe était la seule arme dont disposait Sylvanie pour affronter le monde.Sa seule défense.Entre chacun des mots qui s\u2019y trouvaient, il y en avait au moins un qui était encore invisible parce que pas encore inventé », écrit dans Eremo celle qui était emportée par la maladie en 2011, à l\u2019âge de 81 ans.Roman inédit qui voyait le jour le mois dernier, le 2e tome des « Inen- fances de Sylvanie Penn », amorcées en 1997 dans Permafrost, 1937-1938 (Leméac) raconte en mode fable lucide et noire le séjour au pensionnat d\u2019Eremo de l\u2019alter ego de l\u2019écrivaine, Sylvanie Penn, de sa découverte de l\u2019arbitraire du pouvoir (ici clérical), ainsi que sa découverte de l\u2019usage que fait le pouvoir du langage, afin d\u2019infléchir le réel.«Il fallait être pr udente.Bien connaître les mots, se nourrir de la substance de quelques-uns mais ne pas prendre au sérieux la majorité d\u2019entre eux, qui étaient, soit menaçants, soit pleins d\u2019énigmes.» «Ce qui fait la force de Louky, c\u2019est son rapport au langage, parce que son féminisme passe par son rapport au langage », observe son amie Nicole Brossard, qui invitait dans les années 1980 Louky Bersianik (pseudonyme de Lucile Durand) à se joindre au groupe La théorie, un dimanche, aux côtés de Louise Cot- noir, Louise Dupré, Gail Scott et France Théoret.Jeux de mots «C\u2019est une femme qui est dans le jeu de mots constamment, ce qui va lui permettre l\u2019humour, le rire, l\u2019absurde.C\u2019est le plaisir du langage qui va permettre l\u2019enquête sur l\u2019abus de L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 2 4 | Manucure ?Denis Thériault, Leméac, Montréal, 2019, 248 pages Un cadavre au bord d\u2019une rivière, un trou dans la tempe, un pistolet de calibre .22 près de la victime.Même si tous les indices semblent pointer vers une mort volontaire, Emma refuse d\u2019admettre que sa sœur cadette, Amélie, a pu se suicider.Surtout après avoir découvert un échange de textos cryptés dans le téléphone de la victime.Persuadée que l\u2019assassin est l\u2019un des clients de sa sœur, qui était comme elle manucure, elle décide de mener sa propre enquête auprès de la clientèle en se faisant passer pour la remplaçante de la défunte.C\u2019est le point de départ de Manucure, un roman noir à la tonalité de comédie que l\u2019auteur de L\u2019iguane et du Facteur émotif (XYZ, 2001 et 2005) livre dans une écriture ciselée et un peu blême.Une jeune femme entretenue et maintenue dans une sorte d\u2019esclavage sexuel par un homme d\u2019affaires politicien en herbe et fétichiste des pieds, un richissime personnage isolé dans son domaine des Lauren- tides, une jeune femme recluse, une vieille diva de Westmount.La protagoniste de Manucure , faisant fi du danger, va leur rendre visite l\u2019un après l\u2019autre, essayant de découvrir des indices entourant la mort de sa sœur \u2014 en plus des rognures d\u2019ongles contenant des traces d\u2019ADN.Lequel d\u2019entre eux cache le plus grand secret ?Si l\u2019idée d\u2019explorer l\u2019univers de la manucure semble originale, elle apparaît aussi comme un simple vernis et aurait pu être mieux exploitée.Le récit qu\u2019a imaginé Denis Thériault pour son cinquième roman avance à coups de procédés classiques pour le genre mais s\u2019étiole vite, en poussant un peu dans tous les sens \u2014 de la manucure à l\u2019espionnage industriel, en passant par le fétichisme et la guerre en ex-Yougoslavie \u2014, tirant sa finale de sa manche comme un magicien sort une bête à plumes de son grand chapeau.Faible en calories.Christian Desmeules Le doigt dans l\u2019engrenage GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019œil triste et l\u2019œil gai de Louky Bersianik Regards sur l\u2019œuvre majeure de la défunte écrivaine à l\u2019occasion de la parution d\u2019un roman inédit, Eremo Louky Bersianik en 1961, Studio Lausanne, Montréal SOURCE NICOLAS LETARTE-BERSIANIK I Louky Bersianik refusait tous les discours autoritaires, mais elle refusait aussi la frontière entre la littérature et les autres discours, entre la vérité et la fiction VALÉRIE LEFEBVRE-FAUCHER » sens patriarcal, parce que si on ne se questionne pas sur le langage, il y a beaucoup de choses qu\u2019on ne comprendra pas.Ce sont les mots qui, une fois inscrits dans un système, une fois définis par la loi, tiennent la joie d\u2019une vie à distance.Le langage donne toujours deux choses : du plaisir et un espace de possibilités nouvelles pour interpréter le monde.» Refuser les genres Pour Valérie Lefebvre-Faucher, qui a amorcé le travail d\u2019édition d\u2019Eremo alors qu\u2019elle travaillait toujours au sein de l\u2019équipe de Remue-ménage où paraît le roman, l \u2019œuvre de Louky Bersianik n\u2019aurait pas en son temps « été reçue de façon très juste », compte tenu entre autres de son aspect protéiforme, où l\u2019essai, le roman et la poésie se conjuguent, se superposent et se contaminent, dans un esprit par faite- ment contraire à la stricte étanchéité des genres littéraires.« Il y a toute une tradition d\u2019écri- vaines féministes qui ont été sous- évaluées, pense celle qui souhaite fort que d\u2019autres textes promis de son vivant par Louky Bersianik soient publiés.Ces œuvres sont révolutionnaires sur le plan formel et politique, et c\u2019est comme si, à cause de ça, les littéraires ne savaient pas les enseigner.Je ne dis pas que c\u2019était de la censure ou de l\u2019antifémi- nisme, mais on n\u2019a pas su classer ces œuvres-là, alors qu\u2019on a trouvé une place à d\u2019autres œuvres politiques, aux œuvres indépendantistes par exemple.» Le luxe des puissants Roman de la mémoire intime autant que de la critique sociale, Eremo témoigne donc, bien que de façon moins spectaculaire que L\u2019Eugué- lionne, d\u2019une conception de la littérature ne pouvant faire l\u2019économie du politique.Imaginer des fictions complètement détachées des oppressions de l\u2019ici-maintenant aura toujours, de toute façon, été le luxe des puissants.« Louky Bersianik refusait tous les discours autoritaires, mais elle refusait aussi la frontière entre la littérature et les autres discours, entre la vérité et la fiction », explique Valérie Lefebvre-Faucher, pour qui cette œu- vre en est d\u2019abord et avant tout une d\u2019empathie.«Elle donne la parole à des personnages qui refusent de rester à leur place, qui n\u2019attendent pas qu\u2019on leur donne la parole, qui la prennent et qui prennent toutes les paroles possibles en même temps.Ce sont des personnages qui se disent : « J\u2019ai droit au théâtre grec, au cinéma populaire, à la science-fiction, à la poésie, je peux parler toutes ces langues en même temps.»» Une permission que s\u2019offre désormais, pour le meilleur, tout un pan de la jeune littérature féministe québécoise.Le personnage-titre de L\u2019Eugué- lionne avait un œil triste et un œil gai, tout comme celle qui l\u2019a imaginée, confie Nicole Brossard, en rappelant que son amie se disait « inconsolable », mais qu\u2019elle savait aussi célébrer ses soifs de « terrible vivante.» « Louky, comme bien des grands écrivains, s\u2019est créé sa propre mythologie, sa propre cosmogonie.Son œuvre cherche constamment là où se cache la vérité.» Voilà une des nombreuses raisons qui en font une guide toujours précieuse.| 2 5 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 La nostalgie de la totalité À la suite de ma dernière chronique sur la post-vérité et la fin de notre monde, plusieurs lecteurs m\u2019ont écrit pour me dire que je les avais considérablement inquiétés et déstabilisés.Ils attendent désormais de moi que je rétablisse l\u2019équilibre en parlant d\u2019ouvrages plus optimistes.Mais à part la littérature populaire sur le bien-être, le supermarché du sens n\u2019offre que très peu de produits substantiels capables de calmer mon angoisse existentielle.Ne parlons pas de ce que la maudite toute première photo du trou noir a fait à mon cœur qui passe son temps à battre la chamade\u2026 Pour répondre au sentiment d\u2019inquiétude involontairement provoqué chez mes lecteurs, je dois avouer, au risque de les décevoir, que je n\u2019ai pas de solution à l\u2019échelle collective.Même que je suis plutôt pessimiste quant à notre capacité collective de nous sortir du pétrin dans lequel nous nous sommes enfargés.Le salut se trouve à l\u2019échelle individuelle, à l\u2019intérieur des consciences soliloques et pourtant rattachées à l\u2019intersubjectivité par le simple fait que cette dernière actualise et confirme leur propre existence.Un peu comme si, sans le regard des autres, nous ne saurions jamais de quoi nous avions véritablement l\u2019air.Mais attention, tous les regards ne portent pas la même lumière.Certains sont véritablement éteints, depuis toujours ou pour de bon.Il y a trois millénaires, Diogène le cynique n\u2019avait-il pas fait le même constat lorsque, torche à la main devant le visage de ses contemporains, il répondait lorsqu\u2019on lui demandait pourquoi il allumait le visage des inconnus: «C\u2019était pour voir si quelqu\u2019un habitait derrière»?Il en va des visages comme des livres.Dans l\u2019air du temps qui est le nôtre, soit il n\u2019y a personne derrière, soit le narrateur nage dans son vomi nombriliste sans intérêt vibratoire ni note harmonieuse capable de toucher d\u2019autres cordes que les siennes.Il existe, heureusement, des êtres et des livres qui apaisent.Théodore Mo- nod, ses livres et ses écrits prennent de l\u2019âge sur les chevets de ma vie.Dans Le chercheur d\u2019Absolu, un de ses classiques, le célèbre scientifique et humaniste français scrute à la loupe le Sahara occidental dans le but de trouver dans le désert la genèse de notre planète et de montrer à l\u2019homme moderne que son instinct abusif de possessions, d\u2019accumulation et d\u2019épuisement de ressources matérielles mènera sans doute l\u2019humanité à sa perte.Durant son «baptême du désert», il a fait connaissance avec des peuples MAYA OMBASIC extraordinaires aux traditions orales qui lui ont beaucoup enseigné l\u2019art du silence.Mais c\u2019est surtout là qu\u2019il a eu l\u2019impression de vivre dans un temps proche de l\u2019infini et de se plonger dans une unité profonde dont beaucoup n\u2019ont pas conscience.J\u2019ignore si le médecin, poète et humaniste québécois Jean Désy a lu Théodore Monod, mais lorsqu\u2019on tend la torche devant leur livre-visage, ce qui vit et s\u2019écrit derrière leurs lignes respectives est fait de la même substance.Dans son dernier livre, Être et n\u2019être pas.Chronique d\u2019une crise nordique (XYZ, 2019), le médecin en mission dans le Grand Nord, malgré la détresse ambulante de la population dont il réussit à soigner les corps, mais très rarement les âmes brisées, divague, pour ne pas dire titube, derrière la transcription factuelle de ses journées lourdes de sens.Mais c\u2019est bien par-delà le récit factuel, une fois entré au cœur de sa toundra intérieure, que l\u2019on s\u2019aperçoit que tout pointe vers l\u2019authentique quête d\u2019un humaniste mystique.Le médecin-écrivain voue un véritable culte à la toundra, aux sonorités linguistiques en voie de disparition et aux mystérieux liens qui semblent unir l\u2019espace extérieur et le paysage intérieur.Puisque dans le désert du Nord, ce sont le vent et l\u2019air qui règnent sur les êtres et les choses, «tout semble en place pour le vol de l\u2019âme».Dans un univers culturel et spirituel équilibré, l\u2019âme s\u2019envole pour rejoindre la transcendance.C\u2019est son essence même.«L\u2019essentiel pour garder pied dans le Sens ne consiste-t-il pas à rester en contact avec le sacré du monde?» se demande-t-il.Mais dans la culture fragilisée inuite, l\u2019âme s\u2019envole en se suicidant pour protester contre le malaise d\u2019une transcendance qui a été éventrée de sa substance.«Or, le lien avec le sacré peut à tout moment être cassé abruptement, tel un collier.» Et dans le désert du Grand Nord, c\u2019est le déluge de perles cassées.Mais par-delà ce désarroi planétaire, fréquenter le désert, qu\u2019il soit du Nord ou du Sud, c\u2019est se rappeler que l\u2019homme est un être cosmique et que les valeurs universelles et le goût de la totalité sont inépuisables dans le désert.C\u2019est le dernier espace qui n\u2019aime pas être saisi où l\u2019horizon se dérobe sans cesse, mais où, de cette impression du monde qui s\u2019éloigne, surgissent les mirages de l\u2019espérance.Pèlerin du désert, marche vers ta douleur, chuchotent les premiers mystiques du désert.Théodore Monod, Jean Désy, un seul combat, l\u2019unique capable de me consoler.Mais il est, voyez-vous mes lecteurs inquiets, individuel et intérieur, parce que, comme disait Monod: «J\u2019ai appris à résister, me soustraire et me relier en cherchant le libre royaume de la vie intérieure, la fascination de l\u2019universel, la nostalgie de la totalité abandonnée aux poètes, aux artistes, aux mystiques.» Eremo Louky Bersianik, Éditions du Remue- ménage, Montréal, 2019, 136 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 2 6 | CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Amber Dawn n\u2019est pas encore très connue au Québec.En Colombie-Britannique, où elle réside, elle est une figure marquante de la communauté LGBTQ+, la force créatrice derrière le Festival de films queer de Vancouver, une voix cruciale dans la protection des travailleuses et travailleurs du sexe et la promotion de l\u2019art érotique post-fé- ministe.L\u2019univers noir et cruellement féerique de l\u2019auteure engagée est désormais accessible aux francophones grâce à la traduction de son premier roman (publié en 2010), Sub Rosa.Pour créer cette fiction d\u2019une brutalité émotive empreinte de réalisme magique \u2014 qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019imaginaire d\u2019une Heather O\u2019Neill, \u2014, Amber Dawn a plongé dans les souvenirs de ses années dans le milieu de la prostitution, là où les rêves se brisent avec la facilité des vagues sur le rivage, où la survie dépend de l\u2019égarement des sens, où la fantaisie fait figure de rédemption.On y fait la connaissance de Petite, adolescente en fuite au bord du gouffre.Alors qu\u2019elle s\u2019apprête à vendre sa virginité au plus offrant, elle est interrompue par Arsen, un homme d\u2019une beauté intangible qui la fait monter à bord de sa voiture avec la promesse d\u2019un avenir meilleur.Si elle se donne à lui, si elle parvient à résister aux créatures spectrales qui habitent «les ténèbres» assez longtemps pour récolter les 500$ nécessaires à sa rédemption, elle pourra accéder à Sub Rosa, paradis caché où la souffrance et la peur laissent place à la tangibilité des fantasmes, où les choux à la crème se distribuent comme des baisers, où la beauté ne s\u2019estompe jamais, où la violence ne laisse aucune trace; un endroit où, en d\u2019autres mots, les corps et les esprits brutalisés trouvent refuge pour oublier.À Sub Rosa, le désir des Splendides, ces rescapés de la misère, se conjugue à celui des hommes de la ville venus y soutirer un instant de bonheur.Le consentement, comme le plaisir, est implicite.Dès son arrivée, Petite est dorlotée, parée de bijoux extravagants et de tenues scintillantes, accueillie comme une reine dans le foyer d\u2019Ar- sen par Première, son épouse, avec qui elle partagera lit et confidences.Dans ce récit où la détresse se drape d\u2019enchantement, Dawn ne perd jamais de vue son objectif: donner une voix à ses femmes marginalisées ou disparues, prisonnières d\u2019un cercle infernal, dont l\u2019existence est réduite à l\u2019invisibilité dans l\u2019empressement et l\u2019anonymat de la ville.À un moment, alors que la surveillance policière altère le fonctionnement et la splendeur de Sub Rosa, l\u2019écrivaine semble faire de ce lieu paradisiaque une allégorie de ce que la prostitution pourrait devenir si sa pratique bénéficiait de protections légales : inclusive, sécuritaire et, surtout, volontaire.Pourtant, l\u2019impossible retour vers le passé laisse planer un doute tenace sur cette hypothèse.Avec son héroïne, dont les souvenirs d\u2019une vie passée s\u2019érigeront en premier pas vers le libre choix, elle rappelle que le mépris, la pitié ou l\u2019ignorance ne sont jamais des solutions concrètes vers le changement.Sa plume, limpide et graphique, évite les pièges de la censure et contraint le lecteur à regarder la réalité en face et à l\u2019accompagner dans sa destruction de l\u2019édifice des idées préconçues qui encouragent l\u2019immobilisme.L\u2019allégorie du gouffre Amber Dawn aborde les préjugés sur la prostitution dans un récit sombre aux allures de conte de fées L\u2019auteure engagée Amber Dawn est désormais accessible aux francophones.ARSENAL PULP PRESS Sub Rosa ?Amber Dawn, traduit de l\u2019anglais par Sophie Cardinal-Corriveau, XYZ, Montréal, 2019, 440 pages CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Dans un chalet, par une nuit d\u2019insomnie, une femme décide de mettre fin à ses éter nels ater moiements .«[J]\u2019avais depuis quelques mois déjà mon idée de roman à propos d\u2019un jeune homme qui devient fleuriste après la mort de son père, un beau récit de résilience et de courage», écrit Catherine Côté dans « Les bruits », une des dix-huit (parfois très) brèves nouvelles de son premier recueil, Les choses brisées.Que le projet de cette narratrice finisse par foirer n\u2019est sans doute pas insignifiant et fournit de bons indices sur le genre de fictions que valorise \u2014 a contrario \u2014 la jeune au- teure, pas tellement friande d\u2019histoires propres à remplir le cœur d\u2019espoirs.En auscultant la fêlure qui lézarde le quotidien d\u2019une série de jeunes femmes qui tentent de se « replacer la tête sur les épaules », celle qui signait en 2017 le recueil de poésie Outardes (Éditions du Passage) multiplie les points de vue sur le deuil, sans rejeter complètement la possibilité que le soleil rejaillisse un jour, mais sans non plus faire de promesses inconsidérées.Deuil du père, deuil d\u2019un amoureux, deuil de la présence d\u2019un enfant dont on peine à prendre soin ; l\u2019écrivaine place aussi sa loupe sur les deuils jamais banals de la vie dite banale, celui de la solidarité immuable d\u2019une amitié, de la bonté des autres (et des gars), ou d\u2019une certaine idée de soi-même.Derrière le désarroi Ses récits qui restent le plus en mémoire font d\u2019ailleurs le choix de ne pas complètement mettre en lumière ce qui se cache derrière le désarroi de leur protagoniste.Une femme se présente au boulot et se met à pleurer de façon incontrôlable.« Quelque chose en moi s\u2019était cassé.Je ne sais pas quand, exactement, mais c\u2019était sans doute entre un cours du soir, une nuit blanche, un quart de travail et une mauvaise date.» C\u2019est donc avec une palpable empathie que Catherine Côté observe ses personnages, ainsi qu\u2019avec une insatiable fascination pour l\u2019attraction qu\u2019exercent sur elles les mauvais choix dans les bras desquels e l l e s s e r é f u g i e n t , e n p l e i n e conscience des plaies qu\u2019elles aggravent en embrassant les maigres succédanés de tendresse qui leur sont disponibles.À l\u2019aide d\u2019une langue qui ménage ses effets, Les choses brisées raconte moins la fracture réelle et profonde que la petite brèche que rien ne pourra colmater et avec laquelle il faudra apprendre à vivre.Les personnages devront se réconcilier avec ce moment où la raison a cédé le pas à la souveraine force de quelque chose d\u2019autre : passion, honte, tristesse, besoin d\u2019être étreint ou désir de vengeance.Féconde conception de la fiction La fin de l\u2019innocence ne trouve certainement pas ici sa première chroniqueuse, mais le talent de Catherine Côté pour ériger une vieille tasse ou le module d\u2019un parc en symbole de l\u2019état d\u2019esprit de ces femmes \u2014 une stratégie qu\u2019elle n\u2019emploie, cela dit, pas toujours avec subtilité \u2014 jette les bases d\u2019une féconde conception de la fiction, se situant au plus près de la vie matérielle.Elle est visiblement bien instruite de l\u2019éternelle supériorité narrative de ce que l\u2019on montre plutôt que de ce que l\u2019on décrit.La brèche que rien ne colmatera jamais Catherine Côté raconte les deuils petits et grands de femmes abonnées au mauvais choix Catherine Côté multiplie les points de vue sur le deuil sans rejeter complètement la possibilité que le soleil rejaillisse, mais sans non plus faire de promesses inconsidérées.MARTINE DOYON Les choses brisées ?Catherine Côté, Québec Amérique, Montréal, 2019, 136 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Une référence incontournable à prix populaire 2 4 , 9 5 $ \u2022 4 4 8 p a g e s \u2022 E n l i b r a i r i e 2 4 , 9 5 $ \u2022 4 4 8 p a g e s \u2022 E n l i b r a i r i e B E R N A R D A N T O N L E T T R E À P O S T E R NOU VEA UTÉ O N A N T P O S T E R A N T B E R N A R D P O S T E R À B E R N A R D À L E T T R E jus ès r T « ournabl ont inc Thème « xion Ré?e B E R N A R D tic.onos pr et bilan es t superbement d\u2019hui, aujour e l de at \u2019ét l sur \u2019É » » aité.tr L E T T R E glise CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Ils se sont côtoyés un peu nonchalamment à l\u2019école secondaire.Ils se retrouvent quelques années plus tard grâce au jazz manouche et rassemblent maintenant leurs talents autour du groupe Barnatchok.De petites prestations en grands espoirs, six troubadours amoureux du swing partent sur la route du fleuve à la rencontre de « paires d\u2019oreilles prêtes à écouter, de doigts prêts à claquer et de souliers prêts à swinger».Prétexte à mettre en scène les coulisses d\u2019une tournée musicale dans le Bas-du-Fleuve, tout comme à faire connaître la musique manouche, Ça sent le swing!, écrit et illustré par Enzo Lord Mariano \u2014 dont on a pu voir le trait notamment dans Y\u2019a pas de place chez nous, album d\u2019Andrée Poulin paru chez Québec Amérique \u2014, plonge le lecteur au cœur d\u2019une franche camaraderie.Tout juste parue dans la collection «Tout-terrain» à La Bagnole, cette bande dessinée offerte sur un ton intimiste invite le lecteur à découvrir l\u2019atmosphère d\u2019une tournée improvisée.Alternant entre des planches qui témoignent du quotidien des musiciens et la présentation quasi documentaire des différents instruments joués par le groupe, cet ouvrage atypique offre une rencontre impromptue étonnante aussi enrichissante que divertissante.Le lecteur s\u2019embarque avec ces six personnages, parcourt les villages, s\u2019arrête à l\u2019auberge de jeunesse de Ta- doussac, traverse le fleuve, s\u2019accroche les pieds à Mont-Louis, admire au passage les aurores boréales, découvre le plancton lumineux, débarque à Gaspé et reprend la route, au bout de laquelle un disque voit le jour.Faire rayonner l\u2019art S\u2019insèrent dans cette traversée nombre de références à des artistes porteurs et passeurs de cette musique festive.Pour chaque instrument présenté, Enzo offre quelques suggestions de musiciens à découvrir.Depuis le maître Django Reinhardt jusqu\u2019au mandoliniste Mike Marshall en passant par le guitariste Sébastien Giniaux, la bande dessinée regorge de ce qui ressemble aux coups de cœur du musicien.Une liste de musiques de voyage figure d\u2019ailleurs en fin d\u2019ouvrage, sur laquelle se mêlent joyeusement Tom Waits et Mathieu Désy, Miles Davis et Bratsch.Tout à la fois auteur, musicien et illustrateur, Enzo Lord Mariano parvient ainsi à livrer un récit aussi rythmé que son jazz et aussi énergisant que sa mandoline.On se laisse porter par le naturel de l\u2019écriture, par le ton à la fois assumé et un brin candide, par l\u2019humilité des personnages et leur bonheur d\u2019être ensemble sur la route.La bande dessinée ne serait toutefois pas aussi fringante sans les illustrations de l\u2019artiste.La souplesse et la polyvalence de son trait nous permettent de découvrir différents instruments dans le détail et la précision, tout comme de ressentir l\u2019atmosphère d\u2019un soir de feu de camp ou encore de s\u2019amuser devant le visage caricaturé des compagnons qui viennent d\u2019avaler une soupe trop salée.Véritable immersion au cœur de l\u2019art, Ça sent le swing ! est un habile mélange de culture musicale et d\u2019amitié, le tout vécu dans un pays habité par des gens accueillants et unis par ce langage universel qu\u2019est la musique.Une traversée qui a du swing Sur fond de jazz manouche, Enzo dévoile les dessous d\u2019une tournée improvisée Détail d\u2019une illustration tirée de Ça sent le swing ! LA BAGNOLE Ça sent le swing ! Chroniques d\u2019une tournée improvisée ?Enzo, Montréal, Éditions de la Bagnole, 2019, 56 pages gressions non dénoncées en 2014.On vous croit en 2016.Moi aussi en 2017.Chaque automne, Laurence Veilleux devenait « complètement folle et très nerveuse d\u2019entendre toutes ces his- toires-là sortir en même temps ».Les deux précédents recueils de la poète rimouskoise, Chasse aux corneilles (2014) et Amélia (2016), avaient toisé de biais, grâce aux paravents de personnages, le thème du viol ou de l\u2019inceste.Il fallait enfin « enlever les personnages pour que la parole puisse vraiment prendre plus de place ».«Tous ces mouvements m\u2019ont rendue folle, parce que ça me mettait en colère qu\u2019on remette encore en question, dans les médias, la parole de ces femmes.Ça me rendait folle de voir que, malgré l\u2019impression que les digues ont été ouvertes, entre femmes, c\u2019est toujours super tabou», explique au bout du fil celle qui ne savait plus «quel maudit chant [s]\u2019offrir / pour voir le bout / de [son] propre cœur et l\u2019apaiser».Elle s\u2019en offre un aujourd\u2019hui avec Elle des chambres, mais l\u2019offre aussi à toutes celles qui cherchent les mots pour parler de leur propre expérience de l\u2019agression.Un chant porté par le « je » d\u2019une enfant connaissant les premiers jours de sa puberté, mais que la poète souhaite perméable aux « je » « de toutes les voix de femmes qui [la] traversent depuis des automnes».Dif ficile de se replonger dans ces événements néanmoins intimes et douloureux ?La question mettra rapidement en lumière notre profonde ignorance du sujet.«Ça a été plus difficile de trouver comment raconter ça.Mais de replonger là-dedans, non, parce que\u2026 » Long silence.Il y en aura quelques-uns au cours de la conversation.Laurence Veilleux veut employer les bons mots.«Disons que c\u2019est rare que je n\u2019y pense pas.» Ce qui ne signifie pas que sa mémoire avait très précisément tout consigné.« Je me suis énormément questionnée sur la mémoire.Annie Ernaux m\u2019a beaucoup aidée et j\u2019ai pu m\u2019accrocher à cette idée que \u201cje\u201d est une fiction, que je n\u2019arriverai jamais à retrouver une justesse dans les souvenirs.Mais ce qui me reste, c\u2019est mon corps et la mémoire de mon corps.» Qui finit toujours par hurler la vérité.Face à cet immense défi littéraire qui consiste à transcender le vocabulaire du témoignage pour arriver sur le territoire de la poésie, tout en évitant de «transformer le viol en poésie et d\u2019en faire quelque chose de beau », Laurence Veilleux s\u2019invente donc une langue puisant dans les mythes de l\u2019enfance qu\u2019aura nourris une compréhension encore myope, mais profondément instinctive, du monde.Une langue foudroyée par la violence de passages crus, parfois volontairement dénués d\u2019images et de métaphores.Une langue qui trouve surtout sa poésie dans la force du corps fragilisé, qui s\u2019obstine à ne pas ployer.« [D]e qui tes mains / cherchent la mor t récitée sur moi / sans odeur d\u2019urine pour commencer la chasse ?» demande la fille qui raconte dans Elle des chambres, un livre qui trace la naissance d\u2019un dégoût de soi qui s\u2019immisce sous la peau, brouille le regard, salit toute lumière.« Je ne sais habiter / que la honte / où chaque geste me ramène // je presse / la pulpe des doigts / devient blanche revient rouge // je calcule adroitement / le chemin du sang qui passe.» Une honte qui, selon Laurence Veil- leux, tient à la fois de la nature traumatique d\u2019un viol \u2014 « C\u2019est clair que, si quelqu\u2019un décide qu\u2019il a la permission de te toucher alors que tu n\u2019en as pas envie, ou que tu ne peux pas décider si tu en as envie, ton corps s\u2019imprègne de quelque chose qui est dur à L i r e F i c t i o n 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Le chant des femmes de l\u2019automne La poète Laurence Veilleux offre un livre à toutes celles qui ont vécu une agression sexuelle Certaines femmes ayant été victimes d\u2019agressions sexuelles emploient le mot « survivante ».Ce qui réjouit Laurence Veilleux, bien qu\u2019elle ne sache pas encore en faire autant.ALICE CHICHE LE DEVOIR A Je ne me considère pas encore comme complètement guérie, complètement à l\u2019extérieur de ça, et je ne pense pas non plus que le corps des femmes soit complètement en sécurité.Ça va mieux, mais\u2026 LAURENCE VEILLEUX » | 2 9 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est une soixantaine de « fictions », fragments, moments qui forment une collection d\u2019instants de vie amoureuse d\u2019une femme célibataire.On y trouve aussi quelques souvenirs plus anciens de rencontres qui scintillent encore, par leur magie ou leur pauvreté.«Quand on arrive au milieu de sa vie, on fait le bilan et on se demande \u201cai-je assez aimé?\u201d» confie un personnage de Pour cœurs appauvris.Poser la question, c\u2019est un peu aussi y répondre.Poète depuis longtemps et nouvelliste, Corinne Larochelle, 45 ans, enseigne la littérature au Collège de Maisonneuve à Montréal.Son premier roman, Le par fum de Janis (Le Cheval d\u2019août, 2015), sensible et morcelé, est l\u2019histoire d\u2019une femme qui se retrouvait à Lisbonne pour célébrer ses 40 ans et essayer de démêler les fils de son histoire familiale.Le « je » récurrent qui se raconte dans ces « fictions» est une célibataire à « l\u2019enfance r ugueuse, pleine de trous », vivant à Montréal.Tantôt chasseresse, tantôt chassée, c\u2019est une femme que les hommes qu\u2019elle rencontre semblent souvent fuir.À ses propres expériences viennent parfois s\u2019ajouter des histoires similaires qui lui ont été racontées.À l\u2019heure de la « tinderisation » de l\u2019amour, ses af faires de cœur et de corps paraissent «magnifiques et éphémères» aux yeux de ses amies.Comme si ses échecs amoureux étaient enveloppés d\u2019une sorte de beauté tragique.Arrivées, départs, absences courtes, prolongées ou définitives, attentes déçues, deuils amoureux.Une compilation d\u2019aventures avec des hommes racontées à l\u2019occasion de manière crue.Des émois pas toujours partagés vécus en Grèce ou en France au début de l\u2019âge adulte.Un flir t avec un de ses professeurs d\u2019université.Le début d\u2019une «passion tactile» qui tourne en voyage désastreux à New York.Des premiers rendez-vous sans lendemains, des sentiments qui ne sont pas au diapason.Des hommes qui ne sont pas libres, pas intéressés, pas prêts à quitter femme et enfants.Ou qui ne sont simplement pas à la hauteur.Avec tendresse et sans vraiment glisser dans l\u2019amertume, le recueil est traversé d\u2019un fantasme récurrent de « bonheur à deux » qui n\u2019arrive jamais à s\u2019incarner.« C\u2019était peut-être son ex, il avait été marié à une femme qu\u2019il avait beaucoup aimée, n\u2019avait pas accepté de voir leurs sentiments se désagréger, il pensait encore à elle.C\u2019était peut-être moi, mes seins, l\u2019angle de mon nez, que sais-je, mon job, mon signe astrologique.» Déceptions en série, absence de feu, tristesse légère, résignation lente : malgré son sujet, Pour cœurs appauvris irradie une beauté certaine.Dans ce petit livre composé avec le souci du détail au moyen d\u2019une langue simple, sans véritable structure, Corinne Larochelle tente de saisir quelque chose comme l\u2019air du temps amoureux.Mais un air du temps filtré par le regard d\u2019un poète, capable de faire résonner le silence.Pris un à un, bien sûr, ces instants pourraient laisser le lecteur sur sa faim.Mais il arrive que le résultat n\u2019égale pas la somme de ses parties.C\u2019est ici un peu le cas.Carences affectives Corinne Larochelle tente de saisir quelque chose comme l\u2019air du temps amoureux Corinne Larochelle publie un petit livre composé avec le souci du détail.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Pour cœurs appauvris ?1/2 Corinne Larochelle, Le Cheval d\u2019août, Montréal, 2019, 144 pages arracher » \u2014, mais que l\u2019on ne peut dissocier d\u2019un discours social sur les agressions sexuelles lesté d\u2019un lot d\u2019injonctions délétères.« C\u2019est comme s\u2019il fallait être une \u201cbonne\u201d violée, qu\u2019il fallait prouver qu\u2019on a mal, qu\u2019on est complètement détruite, que si on disait qu\u2019on a été violée et que, malgré tout, on a l\u2019air forte et qu\u2019on aime le sexe, ça ne pourrait pas fonctionner», regrette la poète de 24 ans, avant d\u2019évoquer sa lecture enthousiaste du récent essai de la juriste Suzanne Zaccour, La fabrique du viol (Leméac).« On ne nous a pas raconté que le viol pouvait se passer à quatre heures de l\u2019après-midi chez nous et que l\u2019agresseur pouvait ensuite nous demander comment ça allait.Alors, c\u2019est sûr que tu interroges ta mémoire, parce que tu te dis que l\u2019histoire que t\u2019as vécue n\u2019est pas conforme à ce qu\u2019on nous dit qu\u2019un viol devrait être.» Survivante « J\u2019attends / pour ouvrir la fenêtre // retrouver c\u2019est quoi / la grâce du vide // je me répète souvent // je pense que je vais mieux / je pense que je guéris // je me crie des choses / je me crie : ce n\u2019est pas grave // je me dirige vers la salle de bain / je me fais mourir par la gorge // je cesse enfin / de m\u2019entendre hurler des bêtises.» Cer taines femmes ayant été victimes d\u2019agressions sexuelles emploient le mot « survivante ».Ce qui réjouit Laurence Veilleux, bien qu\u2019elle ne sache pas encore en faire autant.« Je ne suis pas encore sortie de la violence de tout ça.Je ne me considère pas encore comme complètement guérie, complètement à l\u2019extérieur de ça, et je ne pense pas non plus que le corps des femmes soit complètement en sécurité.Ça va mieux, mais\u2026» Elle rit.On aura étonnamment beaucoup ri pendant cette entrevue.«Ça va mieux, mais ce n\u2019est pas terminé.» Impossible de se dire survivante sans l\u2019assurance d\u2019avoir bel et bien survécu.Elle des chambres Laurence Veilleux, Poètes de brousse, Montréal, 2019, 88 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 3 0 | CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Un coin reculé de la Caroline du Sud, au pied des Appalaches.On pense petits matins brumeux, suzanne-aux- yeux-noirs, pic flamboyant, lucioles.Mais on entend aussi chômage endémique, laboratoires clandestins de crystal meth, junkies aux dents rongées, pawn shops florissants.Et dans ce monde en crise, même la morale semble être en récession.Trois semaines avant de prendre sa retraite, à 51 ans après 30 ans de service dans la police, le shérif du comté est confronté à une af faire dont il aurait préféré se passer.Gerald, un vieil homme solitaire qu\u2019il connaît bien, est soupçonné par le propriétaire d\u2019un complexe touristique d\u2019avoir versé du kérosène dans l\u2019eau d\u2019une rivière qui traverse un parc régional, entraînant la mort de centaines de truites mouchetées.Une culpabilité qui semble improbable aux yeux des deux narrateurs alternants d\u2019Un silence brutal, le nouveau roman de Ron Rash (Incandescences, Le chant de la Tamassee, Seuil, 2015 et 2016), le shérif lui- même et Becky, sa compagne, une poétesse qui dirige aussi le Locust Creek Park.Lentement disséqués sous le scalpel de Ron Rash, les personnages traînent leurs blessures intimes et leurs erreurs comme de vieilles cicatrices qui leur rappellent qu\u2019hier a devancé aujourd\u2019hui \u2014 une ex-femme victime d\u2019une sur- dose, un amoureux en prison pour terrorisme écologique, un fils qui s\u2019est suicidé après son service militaire en Afghanistan.Certains jours, elles leur font encore mal.Les plus chanceux peuvent regarder cette réalité en face.D\u2019anciennes rivalités jamais enfouies, la pauvreté et les dépendances aux drogues poussent souvent les autres à faire des choix discutables.Et comme dans ce petit coin de pays tous les gens semblent rattachés entre eux, par les liens du sang, d\u2019amitié ou d\u2019hostilité, le drame privé devient vite collectif.«Dans les pires moments, le comté ressemblait à une toile gigantesque.L\u2019araignée remuait et de nombreux fils reliés les uns aux autres se mettaient à vibrer.» Avec sa manière habile et sensible, l\u2019Américain Ron Rash, qui nous rappelle qu\u2019il est aussi poète, tente ici de donner forme à la complexité de ce coin de pays qui l\u2019inspire d\u2019un livre à l\u2019autre et où il vit depuis toujours.Cet admirateur de Faulkner et de Giono a été choisi pour inaugurer la résurrection de la collection « La Noire » de Gallimard.De cet univers à la nature belle et généreuse, mais entachée par la présence et les malversations des hommes, un personnage du roman rapporte qu\u2019un pasteur pourrait dire que le paradis est « tout autour de nous ».Avec son regard de naturaliste, adepte de l\u2019équilibre et de la nuance, Ron Rash nous rappelle qu\u2019il serait possible de dire la même chose de l\u2019enfer.Ron Rash, naturaliste Avec sa manière habile et sensible, l\u2019Américain donne forme à la complexité de la Caroline du Sud Les personnages de Ron Rash traînent leurs blessures comme de vieilles cicatrices.GALLIMARD Un silence brutal ?Ron Rash, traduit de l\u2019anglais par Isabelle Reinharez, Gallimard, Paris, 2019, 272 pages CRITIQUE FRANÇOIS LEMAY COLLABORATEUR LE DEVOIR Évidemment, le nom du bédéiste québécois Leif Tande (Éric Asselin) sur la couverture est en soi un avertissement : à partir d\u2019ici, tout peut arriver, autant en ce qui concerne la forme qu\u2019en ce qui concerne le fond.Pour ce premier tome de Rédemption, une nouvelle trilogie dont les deux autres volets devraient paraître cette année, c\u2019est un sentiment d\u2019étrange familiarité qui déstabilise le lecteur.Oui, c\u2019est un western qui respecte, en partie, les conventions du genre, mais c\u2019est aussi une histoire biblique dans le plus pur sens du terme.Au milieu de tout ça, un cowboy qui s\u2019appelle Mike, qui sacre en québécois et qui erre dans un Far West version Tande, un espace qui, avant même d\u2019être l\u2019endroit métaphorique où l\u2019homme retrouve sa virginité et refait sa vie, est plutôt un lieu de déchéance où on meurt d\u2019une maladie inconnue ou assassiné par un géant autochtone sourd et muet.Et comme Mike n\u2019est pas à sa place dans cet univers où il n\u2019a pas sa raison d\u2019être, il a soif d\u2019alcool.Une soif qui lui sert à geler ce mal- être qui va le pousser au plus profond de son malaise tout en le tuant à petit feu.Telle est, en apparence, sa quête : mourir.Mais, bien sûr, les apparences sont souvent trompeuses, le lecteur le comprend bien assez vite, et il y a quelque chose de beaucoup plus profond qui empêche ce personnage de connaître la paix.Parce que si l\u2019enfer, c\u2019est de ne jamais rencontrer Dieu, perdre le privilège d\u2019être en relation directe avec Lui doit amener à un degré de souffrance supérieure.C\u2019est là qu\u2019il se situe dans sa tête, le pauvre Mike.Pour ce qui est des conventions inhérentes au genre, l\u2019auteur s\u2019abreuve ici à même le western spaghetti en ce qui a trait, entre autres, au découpage des cases.Il y a alternance entre gros plans et plans éloignés, et un étirement du temps qui fait en sor te qu\u2019une seconde peut durer deux pages.Ça invite le lecteur à se perdre dans un dessin somme toute assez schématique, un genre de ligne grasse qui ne fait pas dans la finesse et qui sert très bien cette bédé.Pour ce qui est du scénario, celui- ci est d\u2019une simplicité redoutable et désarmante.Rien n\u2019est trop expliqué et Tande s\u2019amuse à parsemer le récit de références qui ser vent à bien saisir l\u2019ensemble du sous-texte de cette histoire qui en cache une autre.Donc, pas de phylactères verbeux ici, que de l\u2019ef ficacité.Le piège de trop vouloir en dire est évité.Bref, un début de trilogie bien réussi, un premier acte qui donne envie de connaître la suite des péripéties de Mike le cowboy qui n\u2019est pas un ange, et on espère sincèrement que les deux prochains tomes sauront développer ce personnage, qui a tout pour être détestable, mais qui a quand même, on le devine, quelque chose de bon en lui.Et, étant donné la qualité de l\u2019œuvre de Leif Tande, et surtout sa constance, il serait surprenant que cette histoire parte dans tous les sens.Quoi que, ça ne serait pas inintéressant ! Tous les cowboys ne vont pas au paradis La nouvelle trilogie de Leif Tande nous plonge dans une étrange familiarité déstabilisante Leif Tande signe un western qui respecte, en partie, les conventions du genre, mais c\u2019est aussi une histoire biblique dans le plus pur sens du terme.GLÉNAT QUÉBEC Rédemption Tome 1 : La maladie et la guerre ?Leif Tande, Glénat Québec, 2019, 144 pages ENTREVUE STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Le professeur Laurent de Sutter est belge et, en même temps, digne héritier de la French Theory.À preuve, son petit livre, paru il y a quelques semaines, intitulé Qu\u2019est-ce que la pop\u2019philosophie ?(PUF).Il y revient sur l\u2019invention et la signification de ce concept, au milieu des années 1970, par Gilles Deleuze, poids superlourd de cette arène intellectuelle franco- française.«J\u2019ai voulu prendre à revers à la fois les critiques et les défenseurs de cette philo populaire, dit l\u2019intellectuel, de passage à Montréal ces derniers jours.En remontant à Deleuze, on se rend compte que, pour lui, c\u2019est quelque chose de très, très rigoureux.Il s\u2019agit pour Deleuze de durcir l\u2019exigence philosophique jusqu\u2019au point où la rencontre avec toutes choses, les plus sérieuses comme les plus légères, finirait par conduire vers de nouvelles catégories de pensée.Ce qui réclame une attention fine et rigoureuse comme une méfiance vis-à- vis du bagage intellectuel reçu.» Cette pop\u2019philosophie (avec l\u2019apostrophe, comme pour la \u2019pataphysique) envisagée, rêvée, n\u2019est donc pas celle qui veut penser la pop culture et les industries culturelles.Les librairies sont remplies de ces propositions qui se demandent, par exemple, si Bart Simpson incarne la nietzschéenne « ver tu d\u2019être mauvais » ou dans quelle mesure le méchant Sheev Pal- patine (Star Wars) applique les préceptes de gouvernance de Machiavel, pour qui la fin justifie les moyens.On connaît la chanson.Ce média publie sa page Le Devoir de philo.LeD Magazine prolonge même de temps en temps sa série La philo dans l\u2019accoudoir pour juger une production télévisuelle à la lumière d\u2019une pensée philosophique (mea culpa).Le critique de cette philosophie diète a pourtant lui-même été critique rock pour des magazines et le journal Libération pendant une décennie.Est-ce une contradiction secondaire?«J\u2019avais l\u2019idée de ne pas juger les disques, cor- rige-t-il.Chaque fois, comme dans tous mes textes, j\u2019essayais de me laisser porter par la chose.» Le droit par le champ gauche Sa chose à lui est juridique.Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit à la Vrije Universiteit Brus- sel.Il est aussi éditeur aux PUF et chez Polity Press.Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues.«On me présente toujours comme un philosophe, mais, du point de vue universitaire, je suis juriste.J\u2019enseigne la théorie du droit, qui concerne la réflexion que l\u2019on peut avoir sur les paramètres de la pratique juridique: ce qu\u2019est le droit, une norme, une règle, bref l\u2019ensemble des catégories abstraites d\u2019une pratique très concrète.» Il ajoute que sa tâche consiste à rappeler aux étudiants que tout ce qu\u2019ils considèrent comme absolument naturel, les contrats ou le mariage, ne l\u2019est pas.« Je suis une sorte de combattant de l\u2019idée, dit encore le juriste des fondements.Il y a des idées par tout, mais il n\u2019y en a pas assez de structurées.Nous avons besoin de penser très, très fort, pas de réflexes identi- taires ou de positions idéologiques.Dans ce sens, je mène un combat presque politique pour la présence dans l\u2019espace public d\u2019idées qui autrement n\u2019auraient pas droit de cité.» Pourtant, la page Idées du Devoir (pour ne citer que cet exemple en toute modestie) reçoit quotidiennement des dizaines de propositions de textes remplis d\u2019idées.Le débat sur la laïcité fait déborder la boîte de cour- riels.« Pour moi, ce débat sur la laïcité, c\u2019est l\u2019archétype du faux débat, qui n\u2019a littéralement pas de sens : signe religieux ou pas, laïcité ou pas, en l\u2019occurrence, quelle différence ça fait ?demande M.de Sutter.Le combat entre les positions continue, mais le déplacement de la scène n\u2019a pas lieu, qui est acceptée une bonne fois pour toutes.Il y a les laïques, il y a les croyants, et ils vont se taper sur la gueule jusqu\u2019à la fin des temps.» Alors, on fait quoi?«On devrait au moins se demander s\u2019il est possible de changer les coordonnées de la scène.Par exemple pour se dire qu\u2019au fond, comme le dit [le sociologue des sciences] Bruno Latour, l\u2019erreur, c\u2019est de considérer que les religions ont à voir avec les croyances.Il suggère plutôt d\u2019en faire un enchaînement de paroles [et un monde de fidélité et de tradition].» La déconstruction du monde Pendant la conversation, Laurent de Sutter ne prononce pas le terme «dé- construction», si courant dans les départements des sciences molles des universités, mais c\u2019est tout comme.Le terme fondamental du très large corpus des théories philosophiques des années 1960 à 1990 made in France a eu une très forte influence dans toutes les universités du monde.La pensée 68 (selon le titre d\u2019un célèbre ouvrage sur ce magma intellectuel) des Pierre Bourdieu, Michel Foucault, Roland Barthes, Jean Baudril- lard, Jacques Derrida ou «son» Gilles Deleuze a contribué à la naissance des cultural studies dans le giron anglo- américain et irrigué sans cesse le militantisme contemporain en faveur des minorités et des opprimés en tous genres, victimes de l\u2019intersectionalité.Ce courant hétéroclite par tage quelques points d\u2019ancrage, dont la critique de la « critique » elle-même, c\u2019est-à-dire du jugement conçu dans la grande tradition philosophique allemande.À la fin du dernier siècle, ce combat dans la petite assiette intellectuelle et universitaire était parfois résumé par la formule amusante opposant les French fries aux Frank- fur ters, disons les frites françaises (ou belges\u2026) et les saucisses allemandes (dans ce cas par référence à l\u2019École de Francfort).Laurent de Sutter vient d\u2019ailleurs en même temps de diriger la publication de Postcritique (aussi aux PUF), livre qui se présente comme «le manifeste d\u2019une nouvelle génération de penseurs à l\u2019ère de l\u2019immédiateté et du tout-cri- tique».Le recueil rassemble une dizaine de textes d\u2019autant d\u2019auteurs qui prétendent prendre le contre-pied de «l\u2019âge du triomphe de la critique» bien visible dans tous les domaines avec la critique d\u2019art ou culturelle, l\u2019esprit critique ou la théorie critique, justement, celle des saucisses, quoi.«Mais sait-on vraiment ce que l\u2019on fait lorsqu\u2019on défend la critique?Sait-on d\u2019où elle vient et où elle va?Se rend-on compte, surtout, de la manière dont le discours de la critique, en saturant tout le domaine du pensable, nous rend bêtes ?» demande le livre, lui aussi dans cette idée très franco-française de toujours prétendre plonger au cœur des choses, quitte à remettre en question 2500 ans de traditions | 3 1 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 La French Theory à la belge de Laurent de Sutter L\u2019auteur décortique la pensée contemporaine entre pop\u2019philosophie et post-critique Le professeur Laurent de Sutter enseigne la théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussel.Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues.HANNAH ASSOULINE philosophiques occidentales\u2026 Qu\u2019est-ce que la pop\u2019philosophie ?Laurent de Sutter, PUF, Paris, 2019, 120 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L i r e E s s a i 32 | ENTRÉE GRATUITE DU CONSEIL DES ARTS ET des LETTRES DU QUÉBEC MICHEL RABAGLIATI CONFÉRENCE DES ARTS ET DES LETTRES VENDREDI 1O MAI 19 H GRANDE BIBLIOTHÈQUE 475 boul.de maisonneuve Est présentent CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR T raduire les propos apparemment simples de Donald Trump constitue un sport extrême.Comment restituer en français la pensée du 45e président des États-Unis, lui qui s\u2019exprime dans une langue embrouillée ?se demande la traductrice de presse Bérengère Viennot dans cet essai incisif au ton souvent mordant.L\u2019auteure rappelle que la traduction politique doit tenir compte des mots, tout autant que de la personne qui les prononce et du contexte.Or, Trump sort du mode de communication tacite lié à la fonction présidentielle et du principe érigé par Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s\u2019énonce clairement.De fait , le président t ient des propos souvent désordonnés.Son vocabulaire simplissime, son inculture manifeste, son humour agressif, ses erreurs factuelles, ses raccourcis idéologiques et ses « apparentes crises d\u2019élucubrations » narcissiques inaugurent une ère de communication politique inédite, soutient l\u2019auteure.Il ouvre aussi la voie à un «univers linguistique d\u2019une dimension nouvelle ».Un exemple parmi d\u2019autres ?Le 14 juillet 2017, Trump rencontre Brigi t te Macron.I l s \u2019exclame : «You\u2019re in such good shape!» Des médias ont alors écrit : «Vous êtes en super forme.» Quand on connaît « son machisme incrusté, on est obligé de le prendre en compte », explique Bérengère Viennot.On aurait dû considérer le message implicite, soit : «Ce que vous êtes bien conservée!» Traduire les propos du président « n\u2019est pas aussi simple que pourraient le laisser penser la pauvreté et, parfois, la grossièreté de son vocabulaire ».Ainsi, en janvier 2018, Trump parle de « shithole countries » en faisant référence aux pays d\u2019Afrique, à Haïti et au Salvador.Le quotidien Libération a opté pour « trous à rats » : bel exemple de sous-traduction.Plutôt que d\u2019atténuer ses paroles ou de les réécrire, il faut « oser traduire Trump», estime l\u2019auteure.La vulgarité des propos du milliardaire mène à la violence verbale, notamment dans les « tweets présidentiels rageurs, vengeurs, vantards ou absurdes ».La brièveté forcée de Twitter convient bien à l\u2019homme.Avec ce média de l\u2019instant lu par des millions d\u2019individus, il assène sa vérité dictée par l\u2019émotion, à coups de phrases creuses et décontextua- lisées.Il y livre un monologue qui justifie ses choix.Il y déploie une propagande qui place sa personne à l\u2019avant, remarque l\u2019auteure.Adulée ou honnie, la langue de Trump, aussi misérable soit-elle, insulte et vocifère.Elle fait éclater les codes de la parole politique.Elle constitue aussi un baromètre de l\u2019état de la société américaine.Par la bouche présidentielle, «c\u2019est l\u2019Amérique la plus violente, la plus méprisable qui parle », celle de ces petits Blancs laissés pour compte qui pourraient céder aux sirènes de l\u2019autoritarisme.Inquiétante perspective.Plutôt que de se bercer d\u2019une «supériorité morale et intellectuelle [\u2026] qui nous pousse à refuser d\u2019entrer » dans le jeu de Trump, Bérengère Viennot invite à écouter l\u2019homme, car celui-ci, loin d\u2019être un imbécile, peut devenir dangereusement contagieux.Traduction infidèle L\u2019essayiste Bérengère Viennot décortique avec mordant la rhétorique de Donald Trump Donald Trump, avec le président français Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, à l\u2019été 2018.Cette dernière est familière des manières du président américain, qui lui avait lancé l\u2019année d\u2019avant un « You\u2019re in such good shape ! » qui avait divisé les traducteurs.JIM WATSON AGENCE FRANCE-PRESSE La langue de Trump ?Bérengère Viennot, Les Arènes, Paris, 2019, 152 pages | 3 3 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Cet hiver, j\u2019ai eu un déclic.Était-ce au retour de la fête de Noël, au CHSLD de mon père, pendant laquelle j\u2019avais vu les employés et les bénévoles déployer des trésors d\u2019enthousiasme et d\u2019empathie afin de répandre la joie dans les cœurs fatigués mais vivants des bénéficiaires?Était-ce, un soir, devant le ballet des déneigeurs, qui, après une autre tempête, s\u2019activaient efficacement à rendre la ville habitable ?Ou après une journée de patin sur la rivière L\u2019Assomption?Ou en écoutant le nouveau disque de Gilles Vigneault chantant sa jeunesse à 90 ans?Je ne sais plus trop, mais je retiens le déclic : si un extraterrestre se voyait obligé de venir habiter la Terre, il choisirait, après une étude objective de la situation, le Québec.Ça vous étonne ?C\u2019est que vous prêtez trop l\u2019oreille aux râleurs ou au maire de Hampstead.Le Québec, certes, n\u2019est pas parfait.La pauvreté continue d\u2019affecter trop de ses habitants, ses hivers sont trop longs et ses urgences d\u2019hôpitaux, trop bondées.Il n\u2019empêche que, quand on fait le portrait d\u2019ensemble et qu\u2019on le compare non pas à un idéal fantasmé mais aux réalités d\u2019ailleurs, le Québec fait envie.En 2012, en se fondant sur l\u2019indice «Vivre mieux» de l\u2019OCDE, qui mesure le bien-être des populations à partir de vingt indicateurs reliés aux conditions de vie matérielle et à la qualité de vie, les chercheurs Luc Godbout et Marcelin Joanis en arrivaient à la conclusion que le Québec était l\u2019endroit qui offrait la meilleure qualité de vie au monde ! À la bonne franquette Bien des Québécois ne semblent pas en être conscients et se contentent, au mieux, de trouver la situation « pas pire ».Nous sommes un peuple généralement joyeux, mais tenté par la morosité.C\u2019est justement cette dernière que Josée Boi- leau, qui a eu un déclic semblable au mien, veut « brasser » dans J\u2019ai refait le plus beau voyage (Somme toute, 2019, 144 pages), un charmant essai antidépresseur.L\u2019ancienne rédactrice en chef du Devoir, aujourd\u2019hui chroniqueuse à Radio-Canada, à Châtelaine et au Journal de Montréal, veut dire qu\u2019elle aime le Québec et expliquer pourquoi en actualisant la grande chanson de Claude Gauthier, qui lui sert de fil conducteur.Et vous savez quoi?Elle a raison, et son livre fait du bien.Le Québec au cœur LOUIS CORNELLIER Tout, on l\u2019a dit, n\u2019est pas parfait, et chacun trouvera de bonnes raisons de chiquer la guenille, mais « reste que, écrit Boileau, il est facile de vivre au Québec», notamment parce qu\u2019on trouve, ici, «de manière générale, une légèreté dans nos structures politiques, institutionnelles et sociales qui témoigne d\u2019une société moins stratifiée » que les autres.L\u2019usage répandu du tutoiement en est une preuve.Là où certains voient une marque d\u2019irrespect \u2014 c\u2019en est une, parfois \u2014 ou une manifestation d\u2019affection, Boileau trouve plutôt l\u2019expression d\u2019un sentiment d\u2019égalité et de simplicité qu\u2019elle explique, en s\u2019inspirant d\u2019un roman du Norvégien Jo Nesbo, par l\u2019hiver ! Dans un pays où «on passe son temps à se déchausser» et à marcher en pieds de bas avec la guedille au nez et les cheveux en bataille, l\u2019humilité s\u2019impose.Vitalité culturelle Cette modestie n\u2019exclut cependant pas le sens de la fierté nationale.Le Québec, écrit Boileau, peut s\u2019enorgueillir de résister, mieux que d\u2019autres en tout cas, aux sirènes de l\u2019américanisation.Nos cégeps, dit- elle, attachés au développement d\u2019une «citoyenneté réflexive », sont «un pied de nez au culte de la très nord-américaine productivité ».Nos CPE ont su intégrer la mère au travail au modèle social québécois.Sur le plan culturel, la vitalité de notre showbiz local, une rareté internationale, constitue une autre marque de notre distinction, qui s\u2019ajoute à l\u2019indispensable Charte de la langue française.Là encore, des améliorations sont souhaitables.Notre télé, par exemple, devrait faire plus de place aux Premières Nations et aux minorités culturelles.Féministe, Boileau, sans nier que beaucoup reste à faire en ce domaine, note qu\u2019« il y a ici une facilité de rapports entre les hommes et les femmes, infiniment reposante dès lors que l\u2019on se compare à la quasi- totalité des sociétés du monde ».Sociale-démocrate, la journaliste s\u2019extasie sur la beauté de la nature et des saisons québécoises, mais elle invite l\u2019État à mieux traiter les régions, à faire preuve d\u2019audace dans la transition écologique et à placer le souci du « bien-être humain », en éducation et en santé, avant l\u2019obsession du rendement.Indépendantiste, enfin, elle dit que, pour défendre ses intérêts \u2014 protection de la langue française, sortie du pétrole, modèle agricole, immigration et liens avec l\u2019Afrique \u2014, qui ne sont pas ceux du Canada, le Québec a besoin de faire entendre sa voix dans les forums internationaux.Le livre de Josée Boileau est comme elle : vivant.Comme le Québec, aussi, quand on le regarde avec amour.CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le récent 75e anniversaire d\u2019Hydro- Québec rappelle que la société, créée en 1944 par le gouvernement libéral d\u2019Adélard Godbout, nationalisa dès lors la Montreal Light, Heat and Power et son barrage de la rivière des Prairies.Louis-Joseph et Rodolphe Forget avaient compté parmi les principaux actionnaires de cette dernière.Ils auront été ici les pionniers de langue française du courtage boursier, jadis chasse gardée des anglophones.Dans Courtiers et entrepreneurs, premier ouvrage important qui traite du «courtage financier au Québec, 1867- 1987», l\u2019historien Marc Vallières montre que Louis-Joseph Forget (1853- 1911) et son neveu Rodolphe Forget (1861-1919), tous deux nés à Terre- bonne, inaugurent par le commerce des valeurs mobilières la présence des Canadiens français dans l\u2019organisation, les fusions et la direction des grandes entreprises.Ils rivalisent même avec leurs concurrents anglo- écossais à la Bourse de Montréal.Conservateurs, même si le membre le plus connu de leur famille, la féministe Thérèse Casgrain, née Forget (1896-1981), optera pour un progressisme très modéré, l\u2019un et l\u2019autre participent comme parlementaires à la politique fédérale.Comme l\u2019indique Vallières à l\u2019aide d\u2019un tableau fouillé, leur maison de courtage financier privilégie pour eux et leurs clients l\u2019électricité, la navigation et les tramways.À leur suite, un autre conservateur de langue française, Louis de Gaspé Beaubien (1867-1939), né à Montréal, se taille une place parmi les anglophones encore omniprésents dans le courtage financier.Marié à la philanthrope Justine Lacoste, qui, issue elle aussi d\u2019une famille conservatrice, deviendra l\u2019une des fondatrices de l\u2019hôpital Sainte-Justine, il donne avec sa femme à leur fortune une portée sociale.Entre 1933 et 1945, en émettant des obligations du gouvernement québécois, derrière juste deux maisons de cour tage anglo-saxonnes concurrentes, la maison qu\u2019il a fondée contribue largement aux finances publiques.Mais Vallières a la finesse d\u2019établir que le courtier Jean-Louis Lévesque (1911-1994), qui, né d\u2019une famille modeste en Gaspésie, finançait « le plus souvent» des «entreprises familiales» canadiennes-françaises « en transition », préfigure beaucoup mieux la Révolution tranquille.Ses investissements en apparence apolitiques annoncent même, sans que l\u2019on puisse y voir une relation claire de cause à effet, l\u2019instauration en 1979 du Régime d\u2019épargne-actions (REA) par Jacques Parizeau, alors ministre péquiste des Finances.Comme le précise Vallières, il s\u2019agit notamment, dans une optique d\u2019émancipation politique bien définie, « d\u2019accumuler du capital de risque qui fait défaut au Québec, d\u2019augmenter la capitalisation en actions des petites et moyennes entreprises».La contradiction historique entre prospérité financière et langue française semblait être en voie de s\u2019effacer.Une haute finance lente à se franciser Marc Vallières dresse la première histoire globale du courtage boursier au Québec Alors ministre des Finances dans le gouvernement de René Lévesque, Jacques Parizeau va instaurer en 1979 le Régime d\u2019épargne-actions.JACQUES NADEAU ARCHIVES LE DEVOIR Courtiers et entrepreneurs Le courtage financier au Québec, 1867-1987 ?1/2 Marc Vallières, Septentrion, Québec, 2019, 442 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L i r e M é m o i r e 3 4 | ENTREVUE RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR Lisbonne, au tout début des années 1990.Une petite boutique de disques ; le genre où l\u2019on flambe sa paye en éditions pirates de Sonic Youth ou en albums métal produits au Kärcher par cette nouvelle vague de trublions nor végiens brûleurs d\u2019églises.Un jeune homme franchit la por te et s\u2019adresse à Jim, grand escogrif fe écossait qui besogne derrière le comptoir : « T\u2019es pas le chanteur de Camera Silens, toi ?» Et vlan ! Il y a des coups de savate qui font voir moins d\u2019étoiles.Jim, lui, vient de quadriller une constellation.«Qui ?Non, connais pas.» Quelque part, un coq de Barcelo voudrait casser sa céramique et chanter trois fois.Montréal, 2019.Une petite boutique de disques, rue Duluth.Un homme franchit la porte.Sur le comptoir, au milieu d\u2019un fatras de 45 tours, un bouquin rouge sang : Trente ans de cavale.Le récit autobiographique de l\u2019ancien chanteur de Camera Silens.Un petit malfrat devenu du jour au lendemain un criminel recherché par Interpol.Le nom de l\u2019auteur : Gilles Ber tin, ou si vous préférez, Dider Ballet\u2026 ou encore, Jim l\u2019Écossais.Le voici aujourd\u2019hui revenu en lui comme un homme dans une maison qui s\u2019est faite en son absence.Laissez-les au paradis, les anges\u2026 C\u2019était le 18 novembre 2016.Gilles Bertin quittait Barcelone pour Toulouse.Dans la « plus espagnole des villes françaises», celle où officiaient jadis les anarchistes des Sections carrément anti-Le Pen (SCALP), l\u2019ancien meneur de jeu de Camera Silens rencontrait son avocat, Christian Ételin.Le même juriste qui a défendu, avec sa femme, Me Marie-Christine Ételin (autrefois du Groupe d\u2019information sur les prisons, avec Michel Foucault) , des accusés comme l\u2019anarchiste catalan Puig Antich, le gangster Jacques Mesrine, l\u2019activiste José Bové ou le tristement célèbre djihadiste Mohamed Merah.Après 28 ans à se cacher au Por tugal et en Espagne, Bertin, âgé de 55 ans, désire sortir de la clandestinité et retrouver son identité.De retour en France pour la première fois depuis 1988, l\u2019ancien punk croyait retrouver la prison, un lieu où il n\u2019avait pas mis les pieds depuis le début des années 1980.À cette époque, il s\u2019était juré d\u2019arrêter l\u2019héroïne.Une dépendance en avait supplanté une autre.De la seringue aux casses.Entre- temps, une nouvelle maladie ravageait son milieu.Bertin en était porteur.Il n\u2019en aurait la confirmation qu\u2019en 1995.Non seulement le sida, mais aussi l\u2019hépatite C \u2014 «la réalité, toujours là à te faire chier », comme chantait son groupe au nom inspiré par un tract de Baader-Meinhof\u2026 Nouveau jugement En septembre 1988, Libération annonce que trois membres du groupe qui a cambriolé cinq mois plus tôt le dépôt toulousain de la Brink\u2019s, déguisés en gendarmes, et dérobé sans effusion de sang un butin de 11,7 millions de francs (3,1 millions $CAN), ont été épinglés.Les autres anarchistes ne tarderont pas à suivre, ou seront emportés par la maladie.Tous sauf un : Gilles Bertin.En novembre 2016, Libé dépêche aux assises de la Haute-Garonne son correspondant Jean-Manuel Escar- not, le regretté journaliste pour qui la mauvaise dope et la prison faisaient partie de l\u2019histoire personnelle (dixit ses anciens collègues).Bref, l\u2019homme de la situation.Il pond un papier fulgurant sur Bertin, qui accepte de se faire photographier, mais de dos.Puis le jugement est rendu.L\u2019homme, qui avait été condamné en 2004 par contumace à une peine de dix ans de prison, est jugé de nouveau.Cinq ans avec sursis.En résumé : il est libre.« Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne prendre nos mesures.Cette visite s\u2019oublie et la vie continue », disait le poète nobé- lisé Tomas Tranströmer.Bertin, lui, n\u2019a pas le temps d\u2019attendre la livraison du costume.Loin sont les années où il faisait les premières parties de Noir Désir et de Conflict, en grognant : «T\u2019es là à te branler / et le temps passe en vain.» Sur conseil d\u2019Escarnot, pour la première fois de sa vie, il amorce l\u2019écriture d\u2019un récit.La littérature étant le terrain de prédilection de sa femme, Cecilia, aussi mère de son fils âgé de sept ans, il a déjà sa première lectrice.Conclure une vie Il est 17h à Barcelone.Au bout du fil, Gilles Bertin se matérialise par une voix à la fois usée et sereine.C\u2019est un homme peu habitué au jeu des médias qui s\u2019ouvre à nous avec générosité, entre deux services au bar Tio Cuco, où il travaille : «Ce livre est une manière de conclure toute une vie.Néanmoins, je ne m\u2019étais pas préparé au travail médiatique.» Qu\u2019importe.La dif ficulté anticipée sera avant tout de s\u2019éloigner de deux pôles de comparaison : les écrivains qui ont fait de la prison et les musiciens qui ont été condamnés.Mais on ne peut éviter ces sujets, qu\u2019il s\u2019agisse de Ber trand Cantat ou de l\u2019écrivain Cesare Battisti, auteur de polars et ancien activiste d\u2019extrême gauche, récemment arrêté en Amérique du Sud puis extradé vers l\u2019Italie, où il est accusé de meurtre.Bertin réfléchit : « J\u2019ai appris son emprisonnement avec peine.Quoi qu\u2019il ait fait, il y a mort d\u2019homme.Il faut penser aux victimes.Mais est-ce raisonnable de remettre quelqu\u2019un en prison 40 ans après les faits, sur tout lorsque la personne a été réinsérée\u2026 Voilà, la question qui se pose.» Voici aussi le genre de question que Trente ans de cavale nous force à prendre en considération.Idem pour le traitement des prisonniers, ou encore la stigmatisation des porteurs du VIH.Car il y a bien l\u2019inévitable : comment parler à Bertin de sa maladie ?« Vous ne devez pas être gêné de m\u2019en parler ou avoir peur d\u2019en parler dans votre article.J\u2019ai envie de dire \u201cn\u2019en faites justement pas une maladie\u201d », explique-t-il.C\u2019est qu\u2019on le sent loin, le Gilles du récit qui avait l\u2019impression d\u2019être «une bombe à retardement biologique ».Au-delà de l\u2019aventure musicale et politique que l\u2019œuvre donne à voir, en s\u2019attardant autant aux bastonnades avec les skinheads bordelais qu\u2019aux groupes d\u2019anarchistes catalans, il y a surtout l\u2019homme que Bertin est devenu et qui se voit obligé d\u2019ouvrir la porte à celui qu\u2019il était.Celui qui avait tout prévu, sauf peut-être l\u2019essentiel : se projeter dans l\u2019avenir.Trente ans de cavale Ma vie de punk Gilles Bertin, Robert Laffont, Paris, 2019, 261 pages Hé boule de gomme, serais-tu devenu un bum ?Gilles Bertin raconte les 30 ans de clandestinité qui ont suivi le braquage auquel il a pris part en 1988 Photo prise par la police le 3 septembre 1988, de Gilles Bertin en cavale.GEORGES GOBET AGENCE FRANCE-PRESSE | 3 5 M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C U L T U R E BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR Mais d\u2019où vient-elle, cette voix ?Du South Side ou du West Side de Chicago ?Ou alors de Motown, de Detroit, mais pas de Nashville, hein ?Vous dites\u2026 De Per th-Andover, Nouveau-Brunswick ?Non ! Oui ?D\u2019accord ! Mais l\u2019autre, l\u2019encyclopédiste de tout ce qui compose ce que les jeunesses nomment l\u2019americana, il doit venir du milieu.Pas celui de l\u2019Empire, mais le milieu géographique, celui qui est situé entre Chicago et ce croisement du Mississippi où Robert Johnson a vendu son âme au diablotin.Non ?Comment ?Il vient de Toronto ?Zut alors ! Bon, reprenons au ras des tulipes.Après tout, c\u2019est de saison.Le premier, celui qui est propriétaire d\u2019une voix de cador, s\u2019appelle Matt Andersen et il nous propose un album intitulé Halfway Home by Morning sur l\u2019étiquette True North, fait uniquement de ses chansons.Juste pour ça, on dit bravo.Le deuxième, le savant, se nomme Colin Linden et nous propose, lui, un disque baptisé\u2026 Amour ! Oui, en français de Pé- zenas, là même où Molière a expiré.Amen! Si cela fait longtemps que l\u2019autre s\u2019est couché de bonne heure \u2014 le pôvre ! \u2014, cela fait longtemps-long- temps que l\u2019on aime et suit sir Linden.Donc, à lui l\u2019honneur.Au cas où on ne saurait qui est ce quidam, faisons les présentations.Ce chanteur- guitariste spécialiste de la slide a collaboré avec Bob Dylan, les frères Cohen, Lucinda Williams, The Band, T-Bone Burnett, Buddy Miller et très souvent avec sa bonne amie Emmy- lou Harris.Quoi d\u2019autre ?Il est la cheville ouvrière du meilleur groupe Canadian qui soit : Blackie and The Rodeo Kings.Son nouvel album, maître Colin l\u2019a réalisé avec celui qui est la contradiction du tire-au-flanc du blues, soit le guitariste Luther Dickinson, fils du légendaire producteur Jim Dickinson, mais surtout chanteur du North Mississippi Allstars.Enregistré à Nashville, cet album est fait de reprises de vieux jazz, de vieux rock et surtout de vieux blues, dont une interprétation à se rouler par terre de Honest I Do de ce cher Jimmy Reed.Là où Linden a été malin en diable, c\u2019est qu\u2019il a délégué à des femmes le soin de chanter les mots écrits par des tiers.Ces dames ont de ces voix à faire damner le\u2026 diable en personne ! C\u2019est pas des blagues.Bonté divine, ces voix qui forment les Tennessee Valentines ! Ce n\u2019est pas qu\u2019elles sont justes.Les Canucks à l\u2019assaut du blues Zoom sur deux pointures pour en apprécier les contours : Matt Andersen et Colin Linden Colin Linden avec Luther Dickinson.À droite : celui qui est propriétaire d\u2019une voix de cador, Matt Andersen.STONY PLAIN RECORDS / SCOTT DOUBT Elles sont tout bêtement, tout simplement, belles.Belles à faire chavirer les vieilles pleureuses méditerranéennes.Amen (bis) ! Ajoutons à cela ceci : la production, la manière de jouer, a ce quelque chose de cru, de profond, qui donne à l\u2019ensemble une authenticité de plus en plus rare en cette époque numérisée par Google.Grrrr\u2026 Bon, Colin Linden est un artiste remarquable, car à chaque album qu\u2019il propose il augmente l\u2019admiration qu\u2019on lui porte.C\u2019est dire ! À quand le prochain Blanchie and The Rodeo Kings! On se demande encore comment Matt Andersen est parvenu à réussir le prodige suivant : fondre les accents chers à The Band, les intonations de Marvin Gaye, les arrangements de brass qui ont fait la réputation de Memphis, les mots du juste et du sensible.Comment donc ?On ne le sait pas.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019on se régale.Halfway Home by Morning / Amour Matt Andersen, True North / Colin Linden, Stony Plain Records En concert cette semaine Samedi soir à L\u2019Astral, le trompettiste et arrangeur Richard Gillis, qui est également le fondateur du Winnipeg Jazz Orchestra, dirigera l\u2019Orchestre national de jazz.Au programme: une composition intitulée Suite 150.En fait, la suite en question est faite de pièces écrites par différents artistes à qui Gillis avait commandé des morceaux ayant pour dénominateur commun l\u2019identité canadienne.Réservations : ?514 871-1881 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | Les cinq épisodes de Chernobyl font le décompte des heures suivant l\u2019accident en montrant juste ce qu\u2019il faut, en laissant les scènes parler.PHOTOS HBO CANADA Chernobyl HBO et CraveTv, lundi, 21h.En version française à Super Écran dès le 6 juin, 22h.Surtout à Kiev, où « il n\u2019y a pas une famille où quelqu\u2019un n\u2019a pas été liquidateur ».« Mais les gens n\u2019aiment pas en parler.C\u2019est comme si c\u2019était une superstition.Mieux vaut ne pas toucher à ça, vous voyez?» À l\u2019écran, le spectateur, lui, verra Valery Legasov, scientifique ayant réellement existé, qui a tenté de prévenir que « non, ces radiations ne sont pas équivalentes à une simple radiographie du thorax, mais à quatre millions d\u2019entre elles ! » Un homme qui s\u2019est suicidé au lendemain du deuxième anniversaire de la catastrophe, marqué et démoli de ne pas avoir été entendu, incarné ici avec justesse par l\u2019acteur britannique Jared Harris.La série donne ainsi lieu à une série d\u2019af frontements entre lui et le vice-premier ministre soviétique Boris Shcherbina, joué pour sa part par le Suédois Stellan Skarsgård.On les suit notamment en hélicoptère, alors que Legasov pointe la lueur au-dessus du réacteur : « C\u2019est de la radiation ! », uniquement pour se faire répondre : «Ce que nous ne voyons pas, nous ne savons pas.» Galia Ackerman, elle, a vu la ville abandonnée de Prypiat.« Il y a une aura autour de cette zone, car elle est mystérieuse.Il y a une végétation énorme, des animaux sauvages, des invasions de sangliers et cet immense radar abandonné, avec un enchevêtrement de métal.Ça crée un endroit unique, qui fait en sorte que beaucoup d\u2019artistes s\u2019intéressent à Tchernobyl.» Tout comme la télévision américaine et les touristes, ajoute-t-elle.D\u2019ailleurs, la dernière fois qu\u2019elle y a été, en 2017, elle a appris que des Occidentaux y célébraient leur mariage, i l\u2019idée d\u2019une minisérie sur l\u2019une des pires catastrophes nucléaires de l\u2019histoire peut laisser dubitatif, les premières minutes de visionnement de Chernobyl dissipent les inquiétudes.Pas de sensationnalisme, pas de vedettes à la Ben Affleck qui débarquent pour sauver la mise.L\u2019esthétique, l\u2019époque, l\u2019événement, tout semble soigneusement recréé.Des panneaux de contrôle soviétiques jusqu\u2019aux costumes aux tons de beige ou aux coif fures du temps.Certes, il faut accepter que tout le monde parle avec un accent britannique.N\u2019empêche, la plongée dans les événements du 26 avril 1986, de même que son déni par les autorités, est faite avec sensibilité.La série montre ainsi des travailleurs des mines de charbon forcés de risquer leur vie pour le régime.Des badauds obser vant les émissions de radiation comme on regarderait un feu d\u2019ar tifice, des amoureux s\u2019embrassant sous la lueur.« C\u2019est beau, non ?» Tournés en Lituanie, à Vilnius, et à la centrale nucléaire fermée d\u2019Igna- lina (surnommé « la sœur jumelle de Tchernobyl »), les cinq épisodes co- produits par HBO et la chaîne britannique Sky font le décompte des heures suivant l\u2019accident en montrant juste ce qu\u2019il faut, laissant les scènes parler.Comme ce gros plan sur les vêtements contaminés des sapeurs-pompiers jetés en pile, pêle- mêle, par le personnel infirmier.Ou ces séquences montrant hommes et femmes courant dans l\u2019hôpital, pris de panique et d\u2019incompréhension.C\u2019est avec un mélange de fascination et d\u2019indignation que Galia Acker- man a pour sa part étudié la catastrophe.L\u2019écrivaine et historienne franco-russe s\u2019est plongée pour la première fois pleinement dans le sujet il y a plus de 20 ans, lorsqu\u2019elle a traduit Tchernobyl, chroniques du monde après l\u2019apocalypse de la Prix Nobel Svetlana Aleksievitch.Spécialiste du monde ex-soviétique, Galia Ackerman a à son tour publié deux livres, dont Traverser Tchernobyl en 2016.« C\u2019est un événement qui fascine, nous dit-elle.Et plus le temps passe, plus il devient mythique.Surtout pour l\u2019Occident.» Car en Ukraine, confie la journaliste, Tchernobyl fait par tie « d\u2019un passé qu\u2019il vaut mieux oublier».«Vous savez, c\u2019est comme pour toutes les personnes ayant vécu des événements traumatiques.Les soldats qui ont fait la Seconde Guerre mondiale, les militaires américains qui ont été en Irak ou au Vietnam, les gens qui ont fait les camps soviétiques\u2026 Il faut du temps pour que la parole se libère.» GRAND ANGLE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR Au cœur de la catastrophe nucléaire Trente-trois ans après les faits, l\u2019accident de Tchernobyl devient minisérie.Voyeurisme ou intérêt réel ?S C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Partenaires du Centre d\u2019art Diane-Dufresne CENTRE D\u2019ART DIANE-DUFRESNE, 11, allée de la Création, Repentigny , Québec J6A 0C2 Mardi au vendredi : 13 h à 17 h / Samedi et dimanche : 10 h à 17 h ENTRÉE LIBRE / 450 470-3010 / ville.repentigny.qc.ca/cadd J o r d i B o n e t .A n g e .C o l l e c t i o n L u n e R o u g e .© S u c c e s s i o n J o r d i B o n e t / S O C A N ( 2 0 1 9 ) ELLIPSES Jordi Bonet Huguette Bouchard-Bonet et Laurent Bonet Robert Bernier, commissaire 25 avril au 2 juin 2019 qu\u2019ils s\u2019y rendaient en voyages de noces.« Des parents australiens y avaient même offert un voyage à leur fils pour ses 18 ans !» Un reflet, croit-elle, de la fascination actuelle pour l\u2019industriel, les ruines.«On a assez vu tous les musées, toutes les belles choses.Maintenant, on veut voir le laid, l\u2019extraordinaire.» Et elle, de quel œil voit-elle cet intérêt récent du petit écran?Une série, c\u2019est bien.Mais pour le reste\u2026 « Je n\u2019aime pas trop l\u2019idée de transformer ce lieu en un Disneyland de la catastrophe nucléaire.À moins que ce soit fait pour instruire sur ses dangers.» Sans fin «Les gens qui habitent dans les environs sont fatigués d\u2019en parler.Pendant des années, ils ont tenté d\u2019attirer l\u2019attention sur leurs problèmes.Mais ils ont été traités de fermiers idiots, de phobiques de la radiation.Comme ils n\u2019avaient rien à manger, ils se nourrissaient de ce qu\u2019ils produisaient.Ils ont alors été qualifiés de fatalistes, parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas pris de meilleures précautions.» La Dre Kate Brown, professeure de science, technologie et société à l\u2019Institut de technologie du Massachusetts, a commencé à voyager autour de la zone condamnée en 1994.Elle ne compte plus le nombre de fois où elle s\u2019est depuis rendue à Tchernobyl, fouillant dans les archives médicales, suivant une équipe de biologistes dans leurs expéditions pour étudier l\u2019état des petites créatures, souris, oiseaux, insectes, plantes.« À chaque roche que l\u2019on retourne, on trouve du dommage.C\u2019est bouleversant », dit-elle.Ayant publié le mois dernier Manual for Survival: A Chernobyl Guide to the Future, la Dre Brown se réjouit que l\u2019événement, longtemps drapé du secret soviétique, trouve sa place dans la culture populaire.D\u2019abord dans le jeu vidéo Stalker, puis désormais dans cette série.« Je trouve super que beaucoup de jeunes s\u2019y intéressent ! lance-t-elle.Quand c\u2019est bien fait, une fiction basée sur des faits historiques peut nous aider à nous mettre à la place de ceux qui l\u2019ont vécue.» Dans ce cas: «À la place de ces pompiers, de ces exploitants de centrale nucléaire et de ces infirmières qui devaient faire face à cette situation, sans savoir ce qui allait arriver.À leur famille, à eux-mêmes, à leur santé.» Si elle a une crainte par rappor t Chernobyl, l\u2019émission télévisée, c\u2019est qu\u2019on ne la voie que sous la lorgnette « de l\u2019accident comme narration ».Plus précisément, que la série se résume à « une introduction dramatique, des secondes qui s\u2019écoulent, la centrale qui explose, beaucoup de drame, des gens qui accourent pour régler le problème.Puis, fin.» Et c\u2019est cette fin qui implique que « la tragédie est terminée » qui la travaille.« S\u2019il y a une résolution, on oublie que ça pourrait se reproduire, on oublie que ça continue d\u2019être un problème.» Ainsi, que les gens s\u2019intéressent à la catastrophe de Tchernobyl ?Absolument.Qu\u2019une minisérie y soit consacrée ?Totalement.Mais que des jeunes y fassent leur enterrement de vie de garçon ou y célèbrent leur lune de miel?«Honnêtement, ça mérite un prix Darwin [octroyé à des gens ayant posé un geste d\u2019une stupidité abyssale].Tchernobyl, ça reste un lieu de destruction et de contamination.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 3 8 | SAMEDI OSS 117: LE CAIRE.NID D\u2019ESPIONS (4) Fr.2006.Comédie d\u2019espionnage de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin, Berenice Bejo, Aura Atika.- En 1955, un agent des services secrets français est envoyé en Égypte afin de découvrir l\u2019identité des auteurs du meurtre de son prédécesseur.ARTV 12h SUPERMALADES (4) (Superbad), É.-U.2007.Comédie de Greg Mottola avec Jonah Hill, Michael Cera, Christopher Mintz-Plasse.- Trois adolescents puceaux tentent de se procurer de l\u2019alcool pour impressionner des filles de leur école.MP 12h APRÈS LA FIN (4) (Z for Zachariah), É.-U.2015.Drame de Craig Zobel avec Margot Robbie, Chris Pine, Chiwetel Ejiofor.- Dans une ferme isolée, la jeune survivante d\u2019une catastrophe nucléaire ramène à la santé un étranger affaibli par une forte exposition aux radiations.TVA 13h30 ET MAINTENANT ON VA OÙ ?(3) Lib.2011.Comédie dramatique de Nadine Labaki avec Claude Baz Moussawbaa, Yvonne Maalouf, Nadine Labaki.- Lasses de voir leurs fils et époux périr à cause de querelles religieuses, des chrétiennes et des musulmanes s\u2019unissent pour assurer la paix dans leur village du Moyen-Orient.ARTV 13h53 LES GUERRIERS DE LA NUIT (4) (The Warriors), É.-U.1979.Drame social de Walter Hill avec Michael Beck, Deborah Van Valkenburgh, James Remar.- Tenus responsables du meurtre d\u2019un chef de bande, des adolescents ont à faire un trajet éprouvant pour rentrer dans leur quartier.Z 14h BELLE (4) G.-B.2013.Drame biographique d\u2019Amma Asante avec Gugu Mbatha-Raw, Tom Wilkinson, Sam Reid.- Dans l\u2019Angleterre esclavagiste du XVIIIe siècle, une jeune mulâtre élevée dans la maison du plus haut magistrat du pays s\u2019efforce de faire un bon mariage.V 14h IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d\u2019armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MP 14h30 DIVERGENCE (5) (Divergent), É.-U.2014.Science-fiction de Neil Burger avec Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet.- Dans un Chicago post-apocalyptique, une adolescente découvre qu\u2019elle n\u2019appartient à aucune des cinq factions qui composent la nouvelle société hyper-réglementée.TVA 15h15 LOIN DES YEUX (4) (Going the Distance), É.-U.2010.Comédie sentimentale de Nanette Burstein avec Drew Barrymore, Justin Long, Charlie Day.- Une aspirante journaliste de San Francisco et un employé d\u2019une maison de disques de New York font le pari de la relation amoureuse à distance.V 16h15 DES GARÇONS ÉPATANTS (4) (Wonder Boys), É.-U.2000.Comédie dramatique de Curtis Hanson avec Michael Douglas, Tobey Maguire, Frances McDor- mand.- Un écrivain qui éprouve de la difficulté à terminer son nouveau roman a des ennuis avec son éditeur, sa maîtresse et un étudiant dépressif.MAX 17h30 LE RÊVEUR : INSPIRÉ D\u2019UNE HISTOIRE VRAIE (5) (Dreamer: Inspired by a True Story), É.-U.2005.Drame sportif de John Gatins avec Kurt Russell, Dakota Fanning, Kris Kristofferson.- Grâce aux soins d\u2019une fillette, une pouliche blessée à une patte se rétablit et se montre prête à participer aux plus importantes compétitions.TQ 18h GODZILLA (4) É.-U.2014.Science-fiction de Gareth Edwards avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe.- Accidentellement réveillé et alimenté par des substances radioactives, un monstre préhistorique géant sème la terreur et la destruction au Japon et à San Francisco.TVA 18h30 LE CŒUR RÉGULIER (4) Fr.2016.Drame psychologique de Vanja d\u2019Alcantara avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider.- En crise existentielle, une mère de famille française part pour le Japon, à la recherche du villageois qui avait sauvé du suicide son frère cadet, entre-temps mort accidentellement.ARTV 20h LA SOCIÉTÉ DES POÈTES DISPARUS (3) (Dead Poets Society), É.-U.1989.Comédie dramatique de Peter Weir avec Robin Williams, Robert Sean Leonard, Ethan Hawke.- En 1959, dans un collège aux principes ultraconser- vateurs, sept adolescents voient leur vie transformée par les enseignements de leur professeur de littérature.MAX 20h PARKER (5) É.-U.2013.Thriller de Taylor Hackford avec Jason Statham, Jennifer Lopez, Nick Nolte.- Un habile cambrioleur trahi et laissé pour mort par ses complices remonte leur piste jusqu\u2019en Floride où il met au point son projet de vengeance.TVA 20h54 DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES (4) Can.2009.Drame biographique de Jean-Philippe Duval avec Sébastien Ricard, Joseph Mesiano, Dimitri Storoge.- Les faits marquants de la vie et de la carrière d\u2019André «Dédé» Fortin, leader du groupe de rock Les Colocs, qui s\u2019est enlevé la vie le 8 mai 2000.TQ 21h SUPERMALADES Voir samedi, 12h.MP 21h HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN (3) Fr.2000.Thriller de Dominik Moll avec Laurent Lucas, Sergi Lopez, Mathilde Seigner.- Un père de famille en vacances renoue avec un ancien copain de lycée dont l\u2019extrême bienveillance finit par devenir inquiétante.TFO 21h TRANSE (4) (Trance), G.-B.2013.Thriller de Danny Boyle avec James McAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson.- Ayant oublié, à la suite d\u2019un coup à la tête, l\u2019endroit où il a caché un tableau volé, un commissaire-priseur est soumis par ses complices aux traitements d\u2019une hypnothérapeute.V 21h45 OSS 117: LE CAIRE.NID D\u2019ESPIONS Voir samedi, 12h.ARTV 23h10 L\u2019EFFRONTÉE (3) Fr.1985.Comédie dramatique de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Philippe Ecoffey.- Les désarrois d\u2019une gamine de treize ans, gauche et malheureuse, qui est fascinée par une pianiste prodige de son âge.TFO 23h28 FURY (4) É.-U.2014.Drame de guerre de David Ayer avec Brad Pitt, Logan Lerman, Shia LaBeouf.- En avril 1945, un sergent aguerri de l\u2019armée américaine et ses quatre soldats traversent l\u2019Allemagne nazie à bord d\u2019un tank.TVA 23h34 DÉMOLITION (4) (Demolition), É.-U.2015.Comédie dramatique de Jean-Marc Vallée avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Heather Lind.- Prisonnier d\u2019un état second à la suite de la mort subite de son épouse, un homme d\u2019affaires développe un goût pour la destruction de biens matériels.RC 1h HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN Voir samedi, 21h.TFO 1h30 DIMANCHE LE RÊVEUR: INSPIRÉ D\u2019UNE HISTOIRE VRAIE Voir samedi, 18h.TQ 12h L\u2019INCROYABLE HULK (4) (The Incredible Hulk), É.-U.2008.Science-fiction de Louis Leterrier avec Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth.- Un scientifique qui se mue en géant violent lorsque son pouls s\u2019accélère tente d\u2019échapper à l\u2019armée américaine qui veut l\u2019utiliser comme arme guerrière.MP 12h THE CORPSE BRIDE (2) É.-U.2005.Film d\u2019animation de Tim Burton.- À la suite d\u2019un malentendu, un jeune homme se retrouve malgré lui fiancé à un spectre féminin qui l\u2019emmène dans l\u2019au-delà.FOX (WUTV) 12h ARRÊTEZ-MOI (5) Fr.2012.Drame psychologique de Jean-Paul Lilienfeld avec Sophie Marceau, Miou-Miou, Marc Barbé.- Une ouvrière qui s\u2019accuse du meurtre de son mari agresseur, survenu quelques années plus tôt, implore une commissaire de police de procéder à son arrestation.TV5 13h NACHO LIBRE (4) É.-U.2006.Comédie de Jared Hess avec Jack Black, Hector Jimenez, Ana de la Reguera.- Un moine cuisinier participe à des combats de lutte afin d\u2019amasser des fonds pour les orphelins vivant dans son monastère.Z 14h LA PRINCESSE BOUTON D\u2019OR (4) (The Princess Bride), É.-U.1987.Comédie fantaisiste de Rob Reiner avec Robin Wright, Cary Elwes, Mandy Patinkin.- Un grand-père raconte à son petit-fils malade l\u2019histoire d\u2019une princesse qui est délivrée des griffes d\u2019un prince infâme par son chevalier bien-aimé.TVA 14h MIDNIGHT RUN (4) É.-U.1988.Comédie policière de Martin Brest avec Robert De Niro, Charles Grodin, Yaphet Kotto.- Un chasseur de primes doit ramener de New York à Los Angeles un comptable qui a volé des millions de dollars à son patron mafioso.V 14h ENNEMI DE L\u2019ÉTAT (4) (Enemy of the State), É.-U.1998.Drame d\u2019espionnage de Tony Scott avec Will Smith, Gene Hackman, Jon Voight.- Un jeune avocat devient la cible de la Sécurité nationale lorsqu\u2019il est soupçonné de posséder une vidéo incriminant un haut dirigeant de l\u2019agence.MP 14h30 ALEXANDRE ET SA JOURNÉE ÉPOUVANTABLEMENT TERRIBLE, HORRIBLE ET AFFREUSE (4) (Alexander and the Terrible, Horrible, No Good, Very Bad Day), É.-U.2014.Comédie de Miguel Arteta avec Ed Oxenbould, Steve Carell, Jennifer Garner.- La veille de son anniversaire, un garçon de 12 ans en mal d\u2019attention jette un mauvais sort aux membres de sa famille.RC 15h LA SOCIÉTÉ DES POÈTES DISPARUS Voir samedi, 20h.MAX 15h30 LE JOURNAL D\u2019AURÉLIE LAFLAMME (5) Can.2010.Comédie dramatique de Christian Laurence avec Marianne Verville, Geneviève Chartrand, Aliocha Schneider.- Orpheline de père, une adolescente à l\u2019imagination fertile soupçonne sa mère d\u2019entretenir une liaison avec le directeur de son école.TVA 16h ET TOMBENT LES FILLES (5) (Kiss the Girls), É.-U.1997.Drame policier de Gary Fleder avec Morgan Freeman, Ashley Judd, Cary Elwes.- Un flic aux trousses d\u2019un kidnappeur de femmes obtient l\u2019aide d\u2019une des victimes qui a réussi à s\u2019évader.V 19h30 LE PROJET OMERTÀ (5) (Omertà) Can.2012.Drame policier de Luc Dionne avec Patrick Huard, Michel Côté, Rachelle Lefevre.- Une agente d\u2019une compagnie de sécurité montréalaise infiltre l\u2019entourage d\u2019un restaurateur soupçonné par la police de blanchir l\u2019argent de la mafia.RC 20h LÉOLO (3) Can.1992.Chronique de Jean-Claude Lauzon avec Maxime Collin, Ginette Reno, Julien Guiomar.- Un jeune garçon qui vit dans un quartier populaire de Montréal tente d\u2019oublier sa dure réalité familiale en cultivant son goût pour le rêve.ARTV 20h SWEET HOME ALABAMA (5) É.-U.2002.Comédie sentimentale d\u2019Andy Tennant avec Reese Witherspoon, Josh Lucas, Patrick Dempsey.- Fiancée au fils de la mairesse de New York, une jeune designer de mode doit se rendre dans son Alabama natal pour divorcer de son premier mari.MAX 20h LE PASSAGE (4) (Holes), É.-U.2003.Comédie dramatique d\u2019Andrew Davis avec Shia LaBeouf, Sigourney Weaver, Jon Voight.- Dans un camp de travail pour délinquants situé en plein désert, un garçon apprend que la directrice recherche activement un trésor.MP 21h L\u2019EFFRONTÉE (3) Fr.1985.Comédie dramatique de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Philippe Ecoffey.- Les désarrois d\u2019une gamine de treize ans, gauche et malheureuse, qui est fascinée par une pianiste prodige de son âge.TFO 21h GANDHI (2) G.-B.1982.Drame biographique de Richard Attenborough avec Ben Kingsley, Rohini Hattangady, Roshan Seth.- Évocation de la vie de l\u2019apôtre hindou de la non-violence.TQ 22h HOSTILES ET ARMÉS (5) (Free Fire), Fr.2016.Drame de mœurs de Ben Wheatley avec Armie Hammer, Cillian Murphy, Brie Larson.- À Boston en 1978, une transaction d\u2019armes à feu entre truands anglais et trafiquants américains vire à l\u2019affrontement.V 22h ALIBI.COM (5) Fr.2017.Comédie de Philippe Lacheau avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Julien Arruti.- Le fondateur d\u2019une agence spécialisée en création d\u2019alibis s\u2019éprend d\u2019une femme qui déteste les menteurs, et dont le père se révèle être un de ses clients.TVA 22h45 ET MAINTENANT ON VA OÙ?Voir samedi, 13h53.ARTV 23h30 PETIT PAYSAN (3) Fr.2017.Drame de Hubert Charuel avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Isabelle Candelier.- Le propriétaire d\u2019une petite exploitation laitière prend des moyens extrêmes pour empêcher l\u2019abattage de ses vaches, atteintes d\u2019une fièvre hémorragique contagieuse.RC 23h35 L\u2019AMOUR ET LES AUTRES DROGUES (4) (Love and Other Drugs), É.-U.2010.Drame sentimental de Edward Zwick avec Jake Gyllenhaal, Anne Hathaway, Oliver Platt.- Le représentant d\u2019une compagnie pharmaceutique qui s\u2019apprête à commercialiser le Viagra tombe amoureux d\u2019une anticonformiste atteinte de la maladie de Parkinson.RC 1h05 L\u2019EFFRONTÉE Voir samedi, 21h.TFO 1h30 LUNDI ENNEMI DE L\u2019ÉTAT Voir dimanche, 14h30.MP 16h30 DIPLOMATIE (4) Fr.2014.Drame historique de Volker Schlondorff avec André Dussollier, Niels Arestrup, Burghart Klaussner.- En août 1944, un consul suédois tente de convaincre un général allemand de ne pas exécuter l\u2019ordre d\u2019Hitler de faire sauter tous les ponts et monuments de Paris.TQ 21h VUE SUR MER (5) (By the Sea), É.-U.2015.Drame sentimental de Angelina Jolie avec Brad Pitt, Angelina Jolie, Mélanie Laurent.- La crise conjugale de deux Américains en vacances au bord de la mer est envenimée par le bonheur apparent d\u2019un couple français en voyage de noces, descendu au même hôtel.TVA 23h35 MARDI LA FOLIE DES GRANDEURS (4) Fr.1971.Comédie de Gérard Oury avec Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch.- Chassé de la cour d\u2019Espagne, un noble décide de préparer sa vengeance en faisant passer son valet pour un neveu de retour d\u2019Amérique.TFO 23h30 GET ON UP.LA VIE DE JAMES BROWN (4) (Get On Up), É.-U.2014.Drame biographique de Tate Taylor avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis, Dan Aykroyd.- La vie tumultueuse et la carrière flamboyante de James Brown, Afro- Américain issu des sous-bois de la Caroline du Sud, devenu le « parrain » de la musique soul.TVA 23h35 MERCREDI OPÉRATION ANTHROPOID (3) (Anthropoid), Tch.2016.Drame historique de Sean Ellis avec Cillian Murphy, Jamie Dornan, Charlotte Le Bon.- En 1942, deux exilés tchèques sont parachutés à quelques kilomètres de Prague pour mener à bien une mission secrète: éliminer le général SS Reinhard Heydrich.TQ 21h LA LÉGENDE DES GARDIENS.LE ROYAUME DE GA\u2019HOOLE (3) (Legend of the Guardians \u2013 The Owls of Ga\u2019Hoole), É.-U.2010.Film d\u2019animation de Zack Snyder.- Après qu\u2019un jeune hibou aventureux les a prévenus du danger, de sages Stri- gidae partent au combat contre une caste de hiboux aux desseins machiavéliques.MP 21h LA FOLIE DES GRANDEURS (4) Fr.1971.Comédie de Gérard Oury avec Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch.- Chassé de la cour d\u2019Espagne, un noble décide de préparer sa vengeance en faisant passer son valet pour un neveu de retour d\u2019Amérique.TFO 21h SICARIO (4) É.-U.2015.Drame policier de Denis Villeneuve avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin.- Une agente du FBI rejoint une unité secrète qui traque un baron de la drogue mexicain dans une dangereuse ville frontalière.TVA 23h35 JEUDI AU-DELÀ (4) (Hereafter), É.-U.2010.Thriller de Clint Eastwood avec Matt Damon, Cécile de France, Frankie McLaren.- Les trajectoires parallèles d\u2019un médium américain en crise, d\u2019une journaliste française revenue d\u2019entre les morts et d\u2019un enfant anglais en deuil de son frère jumeau.TQ 21h L\u2019IMPACT (5) (Deep Impact), É.-U.1998.Film catastrophe de Mimi Leder avec Tea Leoni, Robert Duvall, Elijah Wood.- Les Américains se préparent à faire face à un terrible cataclysme lorsqu\u2019une comète géante se dirige vers la Terre.Z 23h LÉOLO Voir dimanche, 20h.ARTV 23h30 LA FOLIE DES GRANDEURS Voir mercredi, 21h.TFO 23h30 HUNGER GAMES.LE FILM (4) (The Hunger Games), É.-U.2012.Science-fiction de Gary Ross avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth.- Dans un futur proche, une adolescente participe à la place de sa petite sœur à une téléréalité meurtrière orchestrée par leur gouvernement totalitaire.TVA 23h35 VENDREDI BON COP BAD COP 2 (4) Can.2017.Comédie policière de Alain DesRochers avec Patrick Huard, Colm Feore, Mariana Mazza.- Un détective de la SQ et un confrère anglophone de la GRC unissent leurs forces pour démanteler un réseau terroriste spécialisé dans le trafic de voitures.RC 20h NEUF SEMAINES ET DEMI (5) (9 1/2 Weeks), É.-U.1985.Drame psychologique d\u2019Adrian Lyne avec Kim Basinger, Mickey Rourke, Margaret Whitton.- Une divorcée fait la rencontre d\u2019un homme d\u2019allure mystérieuse qui l\u2019entraîne progressivement dans ses fantasmes sexuels.MAX 20h LE CŒUR A SES RAISONS (3) Isr.2012.Drame de Rama Burshtein avec Hadas Yaron, Yiftach Klein, Irit Sheleg.- Une jeune femme issue de la communauté hassidique de Tel-Aviv subit la pression de sa mère afin qu\u2019elle épouse son beau-frère endeuillé.TFO 21h LE FEU DE LA DANSE (5) (Flashdance), É.-U.1983.Drame musical d\u2019Adrian Lyne avec Jennifer Beals, Michael Nouri, Sunny Johnson.- Une jeune fille de Pittsburgh, qui exerce le métier de soudeur, rêve de devenir ballerine.MAX 22h30 INVINCIBLE (4) É.-U.2006.Drame sportif d\u2019Ericson Core avec Mark Wahlberg, Greg Kinnear, Elizabeth Banks.- En 1976, un barman de 30 ans doué pour le football rejoint les Eagles de Philadelphie, galvanisant une population durement touchée par le chômage.Z 23h ATTILA MARCEL (4) Fr.2013.Comédie fantaisiste de Sylvain Chomet avec Guillaume Gouix, Anne Le Ny, Bernadette Lafont.- Grâce aux pouvoirs magiques de la tisane d\u2019une voisine musicothérapeute, un pianiste muet fait remonter à sa mémoire les traumatismes de son enfance.ARTV 23h LÉOLO Voir dimanche, 20h.RC 23h05 LE REFUGE (4) (Safe House), É.-U.2012.Thriller de Daniel Espinosa avec Ryan Reynolds, Denzel Washington, Vera Farmiga.- À Cape Town, un jeune agent de la C.I.A.devient fugitif en compagnie d\u2019un dangereux espion, détenteur d\u2019un dossier compromettant pour l\u2019agence de renseignement.TVA 23h35 ACCROS AU SEXE (4) (Thanks For Sharing), É.-U.2012.Comédie dramatique de Stuart Blumberg avec Tim Robbins, Mark Ruffalo, Josh Gad.- À New York, un entrepreneur en construction, un consultant en environnement et un urgentologue luttent tant bien que mal contre leur dépendance au sexe.RC 0h52 LE CŒUR A SES RAISONS Voir vendredi, 21h.TFO 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 HÉRITAGE DISPARU.E.S LES HARDINGS LES ENFANTS FUN HOME ALBUM DE FAMILLE L\u2019ORIGINE DE MES ESPÈCES AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Un siècle de maternité À quelques jours de la célébration aux relents commerciaux de toutes les mamans du monde (ou presque\u2026), la diffusion de ce documentaire sur la (trop lente) évolution du droit des Françaises de choisir si elles deviendront mères de 1918 à nos jours s\u2019avère fort à propos.C\u2019est que cette chronologie des événe- ments politiques, sociaux et économiques qui ont eu une influence sur ce droit, qui est en fait tout récent, suscite immanquablement une réflexion sur le rôle des femmes dans la civilisation occidentale au XXe siècle, bien au-delà des frontières de l\u2019Hexagone : celui de mère semble prendre le dessus sur tous les autres jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Les nombreux extraits d\u2019archives, dont ceux qui témoignent de la réalité de deux lignées de femmes- mères sur plusieurs générations, montrent que le chemin parcouru par les femmes pour reprendre le contrôle de leur corps des mains de l\u2019État (et de ses politiques natalistes) et en dépit du conservatisme patriarcal ambiant a été particulièrement ardu.Et il l\u2019est encore aujourd\u2019hui.Tu seras mère ma fille TV5, lundi, 20h SUR VOS ÉCRANS \u2013 MATERNITÉ ET AUTRES « MODERNITÉS » Le visionnement en continu Les séries dramatiques adolescentes qui empruntent à l\u2019esthétique de Twin Peaks et qui se distinguent par des intrigues savonneuses et des revirements irréalistes sont en voie de devenir un genre en soi sur les plateformes de visionnement.On n\u2019a qu\u2019à penser aux très populaires adaptations de l\u2019univers de la bande dessinée Archie, Riverdale et Les nouvelles aventures de Sabrina.En voici une autre à classer dans cette catégorie : une relecture moderne de Sa Majesté des mouches.Les jeunes gens de cette série se retrouvent mystérieusement dans une version expurgée de parents de leur ville cossue de Nouvelle-Angleterre.The Society Netflix, vendredi Plaque tournante mondiale Cette enquête du journaliste Maxime Bergeron met en lumière une réalité peu connue: Montréal est la ville d\u2019où sont gérés quelques-uns des plus importants sites pornos au monde.Le journaliste de La Presse, que l\u2019on suit dans ses tentatives d\u2019interroger devant la caméra des dirigeants de certaines entreprises qui s\u2019occupent du volet technique de ces sites et dans certaines entrevues à visage caché, s\u2019intéresse également au développement de la réalité virtuelle dans cette industrie toujours lucrative, mais beaucoup moins qu\u2019avant, la «gratuité» étant le maître mot sur le Web\u2026 On sort un peu déçu de ce documentaire qui met un peu trop en scène le journaliste dans ses recherches « terrain » et qui aborde plusieurs angles qui auraient mérité un traitement plus en profondeur.Montréal XXX Radio-Canada, samedi, 22h30 Les nazis, « amis » des animaux ?En ce jour anniversaire de la capitulation de l\u2019armée allemande en 1945, Télé-Québec diffuse un documentaire français qui fouille un aspect peu connu du régime nazi des débuts : l\u2019instauration de législations très avant-gardistes à l\u2019époque, qui interdisaient la cruauté et la maltrai- tance envers les animaux.Ce documentaire au ton sensationnaliste (avec raison\u2026) prend pour prétexte cet «amour » des animaux de la part des nazis pour s\u2019intéresser aux expériences de modifications génétiques et comportementales qu\u2019ils ont conduites sur des bêtes pour les poursuivre sur des êtres humains.39-45 : les expériences interdites Télé-Québec, mercredi, 20h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Court, c\u2019est parfois mieux en matière de fiction télévisée.C\u2019est du moins ce que démontre cette nouvelle comédie dramatique qui boucle sa boucle en dix épisodes d\u2019une dizaine de minutes, sans laisser le téléspectateur sur sa faim ou l\u2019avoir ennuyé.À condition d\u2019avoir un penchant pour les querelles conjugales en apparence anodines qui témoignent d\u2019un malaise (ou d\u2019un confort) plus important, et pour les scènes verbeuses bien tournées.Le réalisateur britannique Stephen Frears a fait équipe avec son compatriote le scénariste et romancier Nick Hornby, dont il avait d\u2019ailleurs mis en image le roman High Fidelity en 2000, pour créer ces dix rencontres d\u2019un couple à la dérive dans la quarantaine, Tom et Louise (Chris O\u2019Dowd et Rosamund Pike), qui se donne rendez-vous au pub juste avant ses séances de thérapie conjugale.Elle est la pourvoyeuse de la famille, a commis une infidélité et veut que son mari «ennuyeux», un journaliste musical au chômage depuis des mois, reste lui-même mais change un peu, tandis que lui\u2026 veut que tout aille mieux.Leurs conversations, à la fois acrimonieuses, tendres et parfois très drôles sur l\u2019usure du couple, sa genèse, sur les moyens de panser les plaies, sont merveilleusement interprétées par les deux acteurs et nous ramènent continuellement à nos propres interrogations sur ce vaste sujet.Et c\u2019est là que l\u2019on comprend l\u2019avantage de ces courts épisodes diffusés quotidiennement (sur deux semaines) : le téléspectateur peut prendre le temps de réfléchir à tout ça\u2026 State of the Union Sundance TV, du lundi au vendredi, 22h SU R VOS ÉC R A N S Dompter le monstre Derrière le monument Shoah, film-fleuve de Claude Lanzmann, il y a le grand art de Ziva Postec, monteuse de génie qui consacrera six ans de sa vie à dompter ce projet titanesque.La cinéaste Catherine Hébert braque la lumière sur cette femme de l\u2019ombre qui a donné sans compter pour mener à terme une œuvre ayant habité son quotidien jusqu\u2019à l\u2019obsession.Son incursion révèle une figure forte traversée par l\u2019un des chapitres les plus sombres de l\u2019histoire, résolument déterminée à donner une voix aux rescapés de l\u2019Holocauste, quitte à en ressortir marquée à jamais.Une magnifique leçon de cinéma.Ziva Postec TV5, lundi, 22h 05/06 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes Les Morissette Les chefs! Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Liar TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Campagne Chicago Fire / La mutation Combien vaut cette maison?TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! National Geographic DIPLOMATIE (2014) André Dussollier.22h35 Deux hommes en or V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Mets-y le Total Knock Out GAMER (V.F.) (2009) avec Amber Valletta, Gerard Butler.911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Déménagement Tu seras mère ma fille Ziva Postec Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Affaire Structures / Époques révolues Le côté sombre du Soleil Un tout nouveau monde Australie: Ruée CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Vendre ou rénover Vancouver?Nombreux et heureux Une greffe pour la vie Dog Tales ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre (D) LMB Baseball (D) Sports 30 HISTORIA Braqueurs Braqueurs L'enfer des profondeurs La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Extraterrestres / L'Égypte, station terrestre ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Pour l'amour du country Véronic DiCaire: Autrement La librairie francophone Pour emporter / Patrick Lagacé EXPLORA Le refuge de l'espoir Planète bleue / Le grand bleu SOS équipage en détresse SOS équipage en détresse L'or bionique Secret Reich Z Des jobs de fous Harley et les Davidson Lowrider Garage The Gifted (v.f.) / eXploités T'es pas game sav-media Journal musée Journal musée Couple nerds Saviez-vous L'ère robots Encore plus Réparer nature 21h50 Nature Électron Le grand Ombre doute TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Conseils LES ARDENNES (2015) Kevin Janssens.Compte 23h25 ONFR+ Planète Devoir d'enquête Sur la scène du crime Paris interdit Devoir d'enquête Face au feu C'est vrai CBC CBCNews JFL: Gags LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident MasterChef Canada The Fix / Queen for a Day CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore Man Plan 9-1-1 Bull / When the Rains Came Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Bachelorette Reunion The Fix / Queen for a Day News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Man Plan The Code / 1st Civ Div Bull / When the Rains Came News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow Independent Lens / Out of State Amanpour UNIS Cochon dingue Bizarroscope Tournée générale Sel et Diesel Chars L'esprit des ours Un homme sage-femme Hors série HBO1 18h20 Bill Maher 19h20 BREXIT (2019) Benedict Cumberbatch.Chernobyl Gentleman Jack Thrones TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) 05/05 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque OMERTÀ (2012) avec Rachelle Lefevre, Michel Côté.Le Téléjournal 22h35 Valdragu Pêcheurs TVA TVA nouvelles VLOG La Voix / La grande finale 21h15 Arrêter le temps 22h15 TVANou.22h45 ALIBI.COM (2017) TQ Un chef à la cabane Deux hommes en or L'héritier Zone franche GANDHI (V.F.) (1982) Ben Kingsley.V 16h45 ÇA VA CLENCHER! (1997) ET TOMBENT LES FILLES (1997) avec Ashley Judd, Morgan Freeman.HOSTILES ET ARMÉS (2016) Sharlto Copley.ICI RDI Le Téléjournal Vocation Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Champions du monde Journal/ L'invité CANAL D De l'or sous la glace Mayday / Manoeuvre mortelle Cauchemar sur l'autoroute Docu-D / Louis! Louis! Louis! A.P.Agents Bismarck CANAL VIE Vendre ou rénover au Québec Généalogie V.I.P.Josée Boudreault Nombreux et heureux Dre Boutons / Adieu, Popeye! Le Club Mel RDS Au 19e Sports 30 LMB Baseball / Cardinals de St.Louis c.Cubs de Chicago (D) Sports 30 Sports 30 PGA Golf HISTORIA Trésors décodés L'Enquêteur L'Enquêteur Extraterrestres / La Zone 52 La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Profondeurs ICI ARTV Karaoké 18h25 Avudo Pour emporter / Patrick Lagacé LÉOLO (1992) avec Ginette Reno, Maxime Collin.Victoria / La poupée EXPLORA L'an un million L'an un million Pharmachien Planète techno Champions de tous les temps Découverte Alex+Tyler, éco Z Nature sauvage Les stupéfiants Maripier! Comédie Seuls et tout nu Semi-Pro Maripier! Rodéo Québec sav-media Le cancer: Empereur Journal musée Journal musée Civilisations Couple nerds Couple nerds Couple nerds Couple nerds Conférences TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Conseils Subito texto Les sapiens Les sapiens L'EFFRONTÉE (1985) Charlotte Gainsbourg.ONFR+/ ONFR+ Bout compte Planète 17h00 L'accusé Waterloo, 200 ans après Extraordinaires humains Aliments: Rien ne Histoire de l'Amérique Traces andalouses CBC When Calls the Heart LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal Mary's Kitchen The Big Bang World of Dance / World Final The Enemy Within / Chigorin National News GBL Global News Global National BorderSecur Security Big Brother Canada The Code / Maggie's Drawers NCIS: Los Angeles Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos American Idol Shark Tank News CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes The Red Line The Red Line NCIS: Los Angeles News PBS (33) World Dancesport G.Great British Baking / Bread Call the Midwife Masterpiece Classic 22h05 Masterpiece Classic Midwife UNIS Un homme sage-femme La galère Degrassi Degrassi Galaxie près Galaxie près D'un rire à l'autre Trait d'humour HBO1 16h35Mom.Gen.18h25 I Am Richard Pryor Real Time With Bill Maher Game of Thrones 22h20 Barry 22h50 Veep TVA Sports Le TVA sports Kevin Raphael Avant-match LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Kevin Raphael RAW 05/04 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal À la valdrague Les enfants de la télé Faire oeuvre utile Notre vie / Le grand jour Le Téléjournal Montréal XXX TVA TVA nouvelles GODZILLA (V.F.) (2014) Aaron Taylor-Johnson.20h45 PARKER (V.F.) (2013) avec Jennifer Lopez, Jason Statham.23h15 TVANou.TQ LE RÊVEUR: INSPIRÉ D'UNE HISTOIRE VRAIE (2005) SOS sages-femmes DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES (2009) avec Joseph Mesiano, Sébastien Ricard.V Cinéma 2012 (V.F.) (2009) avec Amanda Peet, Chiwetel Ejiofor, John Cusack.21h45 TRANSE (2013) avec Rosario Dawson, James McAvoy.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Les grands reportages Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Grands rep.TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 300 choeurs: les stars chantent leurs idoles Journal/ L'invité CANAL D Enchères Affaire Douanes Douanes Harceleurs de stars / Madonna Michel Barrette Festival Grand Rire Douanes CANAL VIE Dog Tales Dog Tales Faites-nous Quais Pas le choix Pas le choix Projection Mariages Catastrophe 22h35 Ouvrez Boudreault RDS Sports 30 Sports 30 Mobil 1 Grid NASCAR Course automobile - Allied Steel Buildings 200 Série Xfinity Sports 30 Sports 30 PGA Golf HISTORIA Alaska: haute tension / L'ours Braqueurs Braqueurs Braqueurs Braqueurs Les grandes évasions A$ de brocante ICI ARTV Pour emporter / Patrick Lagacé Pour l'amour du country LE COEUR RÉGULIER (2016) avec Jun Kunimura, Isabelle Carré.Outlander Cinéma EXPLORA Recréer l'arche de Noé Dossiers IIIe Reich La Semaine verte Big History: Une nouvelle histoire de l'humanité 22h50 Ailes Pharmachien Z Trop fou pour être vrai?Rapide et mill Déroute Rat rods de Vegas Nature sauvage Le web obscur Maripier! Leftovers sav-media Demain, l'école 18h55 Lexique Les conférences du Savoir Journal musée Kebec/ Gardiste Le cancer: Empereur De garde 24/7 22h45 Pensées 36.9° TFO Interdit/ S.O.S.! Amélie Flip Subito texto Les sapiens Les sapiens HARRY: UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN (2000) Petites failles Planète Extraordinaires humains Rosé, une révolution de palais L'air du temps / France Dans le secret des villes Juin 1940: Le grand chaos CBC CBCNews TBA LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) LNH Hockey (D) CTV CTV News Montreal W5 / Kim's Korea/ The Outsider DARROW & DARROW: IN THE KEY OF MURDER (2018) The Big Bang The Big Bang National News GBL Global News Global National BorderSecur Security Rookie Blue / Open Windows Ransom / Unfit First Dates First Dates Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend NBA Countdwn NBA Basketball - Séries éliminatoires (D) News CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight Million Dollar Mile Ransom / Unfit 48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Rev.Upstart Crow Doc Martin / Departure Death in Paradise Austin City UNIS À plein gaz Filles de moto Chez nous File d'attente Mauvais karma LA CHASSE AU COLLET (2016) avec Julianne Côté, Paul Doucet.L'espionne HBO1 Asp.R Us Asp.R Us Asp.R Us Asp.R Us Asp.R Us Asp.R Us At the Heart of Gold 22h35 Game of Thrones TVA Sports 17h00 Soccer / N.Y.C./MTL LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) S A M E D I L U N D I D I M A N C H E Courtes scènes de la vie conjugale Le duo Frears-Hornby encapsule brillamment une crise conjugale en dix petits épisodes SUNDANCE TV | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 CRITIQUE ANDRÉANNE CHEVALIER LE DEVOIR C\u2019est un projet excitant, pour de jeunes Québécoises adeptes de balle-molle, que d\u2019aller transmettre la joie du sport, mais surtout la force de l\u2019amitié féminine, à de jeunes filles en Inde.C\u2019est un exercice troublant, aussi, vu le décalage entre les réalités d\u2019ici et celles des rues, là- bas.Les Princes à Calcutta convie le téléspectateur à assister au cheminement de ce projet humanitaire de courte durée.Après une quatrième saison à réunir quelque 100 jeunes femmes âgées de 20 à 35 ans sur le diamant, l\u2019instigatrice des Princes \u2014 une ligue de balle-molle féminine montréa- laise, poussée par une philosophie «girl power» et une soif de redonner à son prochain, notamment en organisant des tournois où l\u2019argent amassé est donné à des organismes caritatifs \u2014, Léa Vinson a voulu pousser plus loin son approche d\u2019empowerment en organisant une mission en Inde.Elle est aidée sur place de Rachel Lapierre, qui soigne depuis des années les plus démunis dans les rues de Calcutta.La série documentaire de dix épisodes fait une très grande place aux histoires personnelles, riches en émotions, des 16 jeunes femmes qui participent au voyage.La motivation des joueuses, leur force et leur volonté de donner au suivant sont inébranlables.Mais une question nous titille alors que Le Devoir n\u2019a pu écouter que trois épisodes parmi les quatre premiers : qui, de celles que l\u2019on a voulu aider ou de celles venues aider, aura le plus bénéficié de l\u2019expérience ?Les Princes à Calcutta TV5, mardi, 20h30 Balle-molle et « girl power » Quand le sport sert d\u2019aiguillon pour donner aux suivantes TV5 M A R D I 05/10 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy L'effet Wow BON COP BAD COP 2 (2017) avec Patrick Huard, Colm Feore.Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Tout le monde aime Du talent à revendre La liste noire Partie 1 de 2 TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Cuisine futée, Mc$ween De garde 24/7 Banc public Deux hommes en or Zone franche Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Ambulances Ambulances Pure (v.f.) Gotham / Amis ou ennemis SQ ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Partir Autrement en famille Les petits meurtres d'Agatha Christie / Drame en trois actes Le sexe autour du monde Journal/ C à dire CANAL D Australie: La ruée vers l'or Amour fatal / Gatlin Patrouille Patrouille Marche à l'ombre Palais Cauchemar CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Mariages Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Généalogie V.I.P./ Lisa Kudrow Nombreux et heureux ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° IIHF Hockey / Finlande c.Canada - Championnat mondial Tournoi à la ronde L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Belles ordures Dieux du ciel Moyen Âge Québec Les montagnards Les montagnards Les montagnards Haute tension ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Anne Pour emporter / Frédéric Lenoir Karaoké / Le spectacle Les grandes entrevues Cinéma EXPLORA Les corbeaux Planète bleue / Les coulisses La parole aux arbres Corps humain / Survivre Stupidité Stupidité Stupidité Z Rodéo Québec Rodéo Québec Week-end Lowrider Harley et les Davidson Infiltration Maripier! INVINCIBLE sav-media De garde 24/7 18h45 Pensées Grand chapitre Biblioth Kebec Journal musée L'écran roi 21h50 Lexique CORIM CORIM Civilisations TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Subito texto C'est WOW Doc junior Mosquée LE COEUR A SES RAISONS (2012) 22h35 Magasin Failles/ ONFR+ Planète Supernature / Adhérence Jurassic Fight Club (v.f.) Face au feu Topoï: L'époque Extraordinaires humains Rosé CBC CBCNews JFL: Gags LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Marvel's Agents of S.H.I.E.L.D.Blindspot Blue Bloods / Something Blue CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 / Hewa Ka Lima The Blacklist Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Marvel's Agents of S.H.I.E.L.D.What Would You Do?20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 / Hewa Ka Lima Blue Bloods / Something Blue News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line Live From Lincoln Center Live From Lincoln Center Amanpour UNIS Chair de poule Chair de poule Degrassi Degrassi Galaxie près Galaxie près D'un rire à l'autre / Le premier gala Chars HBO1 17h40 Swiped 19h10 MY DINNER WITH HERVÉ (2018) Peter Dinklage.The Knick / There Are Rules Real Time With Bill Maher Warrior TVA Sports 17h00 JiC Avant-match (D) LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Dave Morissette en direct 05/09 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes Lâcher prise Magnifiques Le grand rire Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Réelle TVA TVA nouvelles Le Tricheur Coeur et bras Rêvons mais.UN CHOIX (2016) avec Teresa Palmer, Benjamin Walker.TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Conseils Génial! Zone franche AU-DELÀ (2010) avec Cécile De France, Matt Damon.23h25 Cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Tu m'aimes, tu mens Taxi payant Imposteurs Rire et délire 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 2 de 2 Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Champions Les Princes Des racines et des ailes / Le Morbihan, entre terre et océan Nina / Qui trop embrasse Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Cauchemar Cauchemar Docu-D Harceleurs de stars Docu-D / Dans l'ombre des Shafia CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?TDAH: Réussir autrement Dog Tales Dog Tales Catastrophe Faites-nous Quais ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° ATP Tennis - Omnium de Madrid L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Truck non stop Truck non stop Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Belles ordures ICI ARTV 17h30 Downton Abbey Défier la magie Moi et l'autre Lumière sur./ Edgar Fruitier The White Princess / Trahisons 22h10 The White Princess (v.f.) EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Planète bleue Alex+Tyler, éco Alex+Tyler, éco Pharmachien Gros labo Planète bleue Planète bleue Z Des jobs de fous Seuls et tout nu Les stupéfiants Maripier! Comédie T'es pas game T'es pas game L'IMPACT sav-media Archi branchés Publications Question santé 36.9° 36.9° De garde 24/7 21h15 Pensées TDAH Revenir les bras vides Maîtres TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Flip Amélie Les sapiens Motel Monstre MADAME HYDE (2018) Isabelle Huppert.22h35 Compte Petites failles Planète Paris interdit Devoir d'enquête Dans le secret du SAS Hitler, les secrets Les oubliés Ranthambhore CBC CBCNews JFL: Gags LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Station 19 Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother Canada S.W.A.T./ Tigger Creep Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Station 19 For the People Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Life in Pieces S.W.A.T./ Tigger Creep News PBS (33) PBS NewsHour Modified John Denver: Country Boy Yellowstone Symphony Amanpour UNIS Cochon dingue Mission Verte Bouffe en cavale Les fermiers / Les défis de l'été Jenny/ Jenny File d'attente Web Thérapie Web Thérapie Peaky Blinders HBO1 18h20 JANE FONDA IN FIVE ACTS (2018) 20h35 StatPlay Cinéma 21h45 Game of Thrones Deadwood TVA Sports 17h00 JiC L'Impact LMB Baseball / Pirates de Pittsburgh c.Cardinals de St.Louis (D) Dave Morissette en direct 05/08 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes L'Épicerie Dans l'oeil du dragon Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or La Voix: Extra La recrue Fugueuse / En manque TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! Point doc OPÉRATION ANTHROPOID (2016) Jamie Dornan.23h15 Cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Pompiers Ces gars-là Taxi payant APB: Alerte d'urgence Rire et délire 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Des camions et des hommes Cash Investigation Caméléon Journal/ C à dire CANAL D Structures / Époques révolues Douanes Fous bateaux Australie: La ruée vers l'or Ambulanciers de nuit Hommes des bois Grand Rire CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Dépendance Projection Généalogie V.I.P./ Lisa Kudrow Vendre ou rénover Vancouver?Design V.I.P.À vos marques ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LMB Baseball (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Révoltes barbares De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu Homme de toi ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Moi et l'autre Mission X / Tenir bon Mission X / Au-delà des limites Mission X / Cavale sans issue Mission X EXPLORA Superpouvoirs Curiosités Planète bleue / Les littoraux L'an un million L'an un million Planète techno Gagner Champions de Z Des jobs de fous Nature sauvage Rodéo Québec Rodéo Québec Week-end Déroute Chasseurs Maripier! Prêt sur gage sav-media Génie d'ici L'ère robots Archi branchés Cinéma québecois / Luc Sicard Publications Maîtres peinture / Rembrandt Publications Rature et lit 15 ans terreur TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Citoyen monde LA FOLIE DES GRANDEURS (1971) Louis de Funès.L'empreinte Planète L'air du temps / France Dans le secret des villes Vanity Fair Confidential (v.f.) Sur la scène du crime Arts backstage Opérations spéciales CBC CBCNews JFL: Gags LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Grey's Anatomy The Amazing Race Whiskey Cavalier CTV National GBL Global National Global News Big Brother Canada Survivor: Edge of Extinction Chicago Fire Chicago P.D.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Whiskey Cavalier News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Edge of Extinction The Amazing Race SEAL Team / My Life For Yours News PBS (33) PBS NewsHour Crossroads Outdoor Nature Nova / Inside the Megafire Breakthrough / The Car Amanpour UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Web Thérapie Web Thérapie La galère Mauvais karma Tournée générale Un vrai selfie HBO1 17h00 Foster Chernobyl Gentleman Jack Barry Veep Game of Thrones Deadwood TVA Sports 17h00 JiC Le top LNH Avant-match LMS Soccer / Montreal Impact c.Red Bulls de New York (D) D.Morissette 22h45 RAW 05/07 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes S'aime chien Conséquences Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Durrell TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition / Finale mondiale L'arme fatale / Le gros lot TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! Point doc House of Cards (v.f.) House of Cards (v.f.) Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Tout s'embellit Les jeux fous d'Ellen Taxi payant Le dernier navire Rire et délire 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chiens et chats Partir Autrement en famille Les Princes Le sexe autour du monde Tandem Journal/ C à dire CANAL D Le côté sombre du Soleil Texas Chrome Cauchemar sur l'autoroute Mayday / Au coeur de l'hiver Cauchemar Cauchemar Michel Barrette CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Quais Faites-nous Pas le choix Pas le choix Vendre ou rénover au Québec Projection Mariages ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° ATP Tennis - Omnium de Madrid L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA L'Enquêteur L'Enquêteur Les grandes évasions Les grandes évasions Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Quelle famille! The White Princess (v.f.) 21h10 The White Princess (v.f.) / Le prétendant Outlander EXPLORA Animo S'aime chien Planète bleue / Les mers vertes Pharmachien Gros labo Corps humain / Grandir Alex+Tyler, éco Alex+Tyler, éco Extinctions Z Des jobs de fous Face Off / Corps célestes Docu-D Killjoys / Sporemageddon Les Vrais Vikings Leftovers sav-media CORIM CORIM Génie d'ici L'ère robots Saviez-vous FutureMag En mouvement MatChi.Petits génies 22h50 Prof 15 ans terreur TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens C'est WOW NAPOLÉON EN APPARTE 22h20 Le déni ONFR+/ ONFR+ Failles/ ONFR+ Planète Si loin, si proche Expédition Guyana Supernature / Adhérence Jurassic Fight Club (v.f.) Médicaments: Effets L'air du temps CBC CBCNews JFL: Gags LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Village The Voice The Big Bang The Big Bang CTV National GBL Global National Global News NCIS: New Orleans NCIS / .and Executioner FBI / Appearances New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Kids-Alright Black-ish Bless-Mess 1969 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / .and Executioner FBI / Appearances NCIS: New Orleans News PBS (33) PBS NewsHour Born to Expl Yankee Finding Your Roots American Experience Frontline / Trump's Trade War Amanpour UNIS Cochon dingue Devenir adulte Un vrai selfie Chez nous TOKYO FIANCÉE (2014) avec Taichi Inoue, Pauline Étienne.Ciné tout court Rire à l'autre HBO1 16h55 LEAP! State of Play Real Time With Bill Maher Foster Barry Veep Deadwood TVA Sports 17h00 JiC LHJMQ Hockey - Coupe du Président Finale 3e Match (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Kevin Raphael J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I le située à l\u2019extrémité sud de la Floride, Key West a toujours été balancée entre les influences caribéennes et continentales.Longtemps isolée et quelque peu oubliée, elle a constamment attiré les marginaux, les insoumis, les homosexuels et les artistes, qui y ont trouvé un refuge de liberté, à l\u2019orée de l\u2019empire.Mais ce sont les écrivains, américains et québécois, qui ont transformé cette minuscule contrée en une capitale littéraire où ont été rédigés de nombreux chefs- d\u2019œuvre.Plongée dans ce mythique microcosme du bout du monde.De Miami ou de Fort Lauderdale, il vous faudra franchir les 42 ponts qui relient, tel un chapelet, le millier d\u2019îles qui forment l\u2019archipel des Keys.Et là, tout au bout, après 250 kilomètres d\u2019une folle envolée routière, tenu en équilibre sur cette fine ligne d\u2019asphalte perdue au milieu des eaux turquoise, d iv isant le gol fe du Mexique et l\u2019océan Atlantique, vous aboutirez à Key West, dernière terre américaine avant le grand bleu et Cuba.C\u2019est au coin des rues Fleming et Whitehead, très précisément, que s\u2019arrête la mythique US Highway 1, qui parcourt l\u2019entièreté de la côte est du pays et prend sa source à plus de 3813 kilomètres de là, à Fort Kent, dans le Maine.De quoi vraiment se sentir arriver au bout de la route.En continuant quelques mètres, vous trouvez également la célèbre borne L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 REPORTAGE GABRIEL ANCTIL À KEY WEST COLLABORATEUR LE DEVOIR Le Key West des écrivains Plongée dans le mythique microcosme du bout du monde qui a vu naître tant de chefs-d\u2019œuvre Î V I V R E multicolore qui indique le point le plus méridional des États-Unis.Après cette grande traversée, un sentiment de solitude et de calme risque fort de vous envahir.Vous serez peut-être même enclin à imaginer à quel point ce minuscule îlot de 19km2 pouvait être isolé du reste du monde avant d\u2019y être relié par un chemin de fer en 1912, puis par une route en 1938.Avant la construction de ceux-ci, seuls les bateaux pouvaient la rejoindre.Pas étonnant que les pê- cheurs et les pirates en aient été ses premiers habitants.Ce n\u2019est qu\u2019au début du XIXe siècle que les premiers colons américains s\u2019y installent.Ils cultiveront l\u2019ananas et la Key lime, une petite lime jaune avec laquelle est confectionnée la fameuse Key lime pie, que l\u2019on trouve sur le menu d\u2019à peu près tous les restaurants de l\u2019archipel.Plus tard, Key West deviendra un centre de production de cigares, puis, après la Seconde Guerre mondiale, se tournera vers le tourisme.Depuis une quinzaine d\u2019années, la petite ville de 25 000 habitants a adapté ses infrastructures navales afin d\u2019accueillir d\u2019immenses bateaux de croisière, qui y déposent chaque jour des milliers de vacanciers.Les prix des maisons ont par conséquent explosé et fait fuir les jeunes et les artistes.Cette situation a également transformé la rue principale, la rue Duval, où s\u2019alignent de très nombreuses boutiques de souvenirs et de t-shirts, alors qu\u2019elle fut pendant longtemps le repaire des écrivains, qui y cherchaient l\u2019inspiration et de quoi boire.Mais l\u2019événement qui a cristallisé comme aucun autre l\u2019indépendance d\u2019esprit des Conchs, nom d\u2019un mollusque de la région qui est devenu celui des habitants de Key West, a eu lieu en avril 1982, sous le règne du très conservateur Ronald Reagan.En pleine guerre contre la drogue, des policiers fédéraux érigèrent un barrage sur la seule route donnant accès à Key West, où ils fouillaient systématiquement les véhicules qui s\u2019y présentaient, sous prétexte de traquer des immigrants illégaux.Cette obstruction de la circulation créa d\u2019immenses embouteillages, fit fuir les touristes en plus de choquer profondément citoyens et élus.Ceux-ci décidèrent de répliquer en ne déclarant rien de moins que la guerre aux États-Unis et l\u2019indépendance de leur île, qui devint la Conch Republic.La capitulation du nouveau pays fut finalement décrétée\u2026 une minute plus tard, dans la bonne humeur générale.Mais le coup d\u2019éclat se retrouva néanmoins en première page des journaux nationaux, ce qui eut pour conséquence de rapidement faire lever le barrage.Cette grande victoire est fêtée annuellement le 23 avril dans les rues de la ville et le drapeau de la très brève république continue de flotter fièrement aux quatre coins de la municipalité.Sur les traces d\u2019Hemingway C\u2019est peut-être ce sentiment d\u2019être à l\u2019écart de l\u2019empire, jumelé à un décor paradisiaque et à une température des plus clémentes, qui a séduit tant d\u2019écrivains états-uniens.Tennessee Williams, John Hersey, Robert Frost, Jim Harrison et Elizabeth Bishop y ont tous vécu et écrit.Mais l\u2019auteur le plus célèbre à y avoir séjourné est sans aucun doute Ernest Hemingway, le légendaire journaliste et globe-trotteur.C\u2019est aussi celui qui y a laissé le plus de traces de son passage.Il est ainsi possible de visiter l\u2019immense maison qu\u2019il a habitée de 1931 à 1939, dans laquelle il a écrit une grande partie de son œuvre.C\u2019est dans son bureau que furent couchés sur papier ses romans ou récits A Farewell to Arms (L\u2019adieu aux armes), Death in the Afternoon (Mort dans l\u2019après-midi), Green Hills of Africa (Les vertes collines d\u2019Afrique), For Whom the Bell Tolls (Pour qui sonne le glas) ou encore To Have and Have Not (En avoir ou pas), qui se déroule à Key West pendant la Grande Dépression.Des textes qui eurent un profond impact sur la société américaine.Le mobilier d\u2019origine y est toujours à sa place, de même que des machines à écrire ainsi que de nombreux objets ayant appartenu au pê- cheur et boxeur nobélisé.La résidence est également habitée par pas moins de 54 chats, qui seraient les descendants de Snow White, un félin à six doigts qu\u2019affectionnait particulièrement le génie barbu.Sloppy Joe\u2019s Bar, situé dans la rue Duval, est une autre adresse où Hemingway avait ses habitudes.Aujourd\u2019hui très touristique, l\u2019établissement a tout de même conservé son cachet et il est facile d\u2019y imaginer Hemingway accoté au comptoir, en train de siroter un mojito ou un daïquiri.La filière francophone Pour beaucoup de Québécois, Key West est avant tout synonyme de Michel Tremblay et de Marie-Claire Blais, deux de nos plus grands écrivains, qui fréquentent les lieux depuis des décennies.Tremblay y habite six mois par année depuis 1991.C\u2019est là qu\u2019il a écrit 95 % de son impressionnante production des 28 dernières années, loin des distractions et des sollicitations de son pays natal.Dans son œuvre, l\u2019île n\u2019est présente que dans son roman Le cœur éclaté, qui raconte la peine d\u2019amour de Jean- Marc, son alter ego, et sa découverte de l\u2019endroit, qui agira comme un baume pour le dramaturge.Marie-Claire Blais, quant à elle, y a élu domicile à la fin des années 1970 et y réside toute l\u2019année depuis trois décennies.Son monumental cycle romanesque entamé avec Soifs, en 1995, et qui comprend dix romans, y est visiblement situé, sans que la localité soit jamais nommée.Est-ce les magnifiques couchers de soleil de Key West qui inspirent tant les écrivains?Ou son isolement, qui donne l\u2019impression de vivre en dehors du continent et du temps ?Toujours est-il que ce microcosme a fait chavirer le cœur de tant de visiteurs et de grands artistes qu\u2019il faut espérer que ce petit paradis ne perdra jamais son âme bohème.Gabriel Anctil était l\u2019invité de l\u2019organisme Florida Keys and Key West.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 La machine à écrire portable qu\u2019Ernest Hemingway traînait en voyage.En haut : la borne qui indique le point le plus méridional des États-Unis.PHOTOS GABRIEL ANCTIL Ce sont les écrivains, américains et québécois, qui ont transformé cette minuscule contrée en une capitale littéraire où ont été rédigés de nombreux chefs-d\u2019œuvre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Vi v r e 4 4 | REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Quand on aime l\u2019eau vive, on attend généralement les crues printanières avec une certaine fébrilité.C\u2019est le moment où, durant quelques semaines seulement, certaines rivières du Québec constituent un incroyable terrain de jeu; la communauté internationale de l\u2019eau vive en sait quelque chose.Et pour le commun des amateurs de sport nautique, c\u2019est le moment de sortir son canot, de le dépoussiérer, d\u2019en vérifier l\u2019étanchéité en attendant des conditions plus faciles pour une belle sortie du dimanche.D\u2019ailleurs, le canot, ça fait un peu partie de la culture québécoise, c\u2019est inscrit dans les gènes, entend-on souvent, surtout chez ceux qui habitent près d\u2019un plan d\u2019eau.Certes, ramer ou pagayer sur une eau calme, par une belle journée sans vent, est à la hauteur de beaucoup d\u2019entre nous.Mais dans des rapides, même modestes, ou en condition maritime, l\u2019expérience peut tourner au vinaigre.Car l\u2019eau vive, c\u2019est comme la haute montagne: c\u2019est magnifique, mais ça ne pardonne pas.Les règles non écrites «En eau froide, première recommandation : un équipement adéquat, souligne Marie-Christine Lessard, directrice générale de Canot kayak Québec.Un dry-suit [une combinaison étanche] plutôt qu\u2019un wet-suit [une combinaison isotherme] est tout désigné au début de la saison, où les risques d\u2019hypothermie sont réels.» Et porter son vêtement de flottaison individuel (VFI) sur soi peut tout simplement vous sauver la vie.« La réglementation de Transport Canada impose d\u2019avoir un VFI sur ou dans l\u2019embarcation, mais pas forcément de la porter, explique Marie- Christine Lessard.Ceci est un peu le fléau du canot kayak !» Car si l\u2019amateur d\u2019eau vive sait qu\u2019il est impératif de porter son VFI, quelles que soient les conditions, le néophyte, lui, peut le négliger, sûr de savoir nager.Rien de très surprenant : la plupart des accidents qui surviennent en plein air sont liés à la simple méconnaissance.Un petit kayak en plastique à 200$ acheté à la va-vite dans un grand magasin, et voilà un nouveau pagayeur lancé dans la nature sans conscience du danger.Selon les statistiques du magazine canadien Canoeroots, la pratique du canot récréatif est en hausse de 20% au pays.Quant au kayak de mer, sa pratique est plutôt stable.Une raison de plus pour insister sur la sécurité.«Savoir lire une rivière, un courant, une carte, connaître les procédures de base est indispensable pour une bonne pratique, ajoute Marie-Christine Lessard.L\u2019apprentissage de certaines techniques est donc nécessaire.» La formation Pagaie pour tous (trois Pagayer sans ramer Deux ou trois choses à savoir avant d\u2019embarquer dans la saison des sports nautiques non motorisés L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Au revoir, Facebook Populaires avant l\u2019arrivée du Web 2.0, les flux RSS sont rapidement tombés dans l\u2019oubli, les médias sociaux devenant une méthode plus facile de recevoir des suggestions de lecture.Mais avec l\u2019apparition du phénomène des bulles d\u2019information, la toxicité des débats en ligne et les problèmes de vie privée associés aux réseaux sociaux, le flux RSS renaît, accompagné d\u2019une certaine résurgence d\u2019applications de lectures de flux de nouvelles.Pour ajouter un flux RSS à l\u2019une de ces applications, il suffit de lui donner l\u2019adresse du site Internet de votre choix, comme celui du Devoir.L\u2019application se chargera ensuite du reste.Multiplateforme Deux services gratuits se font concurrence pour combler le vide laissé par la disparition de Google Reader.L\u2019application multiplate- forme Feedly est la plus intuitive et la plus facile d\u2019utilisation.Pour les bidouilleurs friands de fonctionnalités supplémentaires, Inoreader vient à la rescousse.Feedly DevHD, offerte pour iOS et Android Inoreader Innologica, offerte pour iOS et Android Pour iOS L\u2019application Cappuccino offre une expérience de lecture semblable à celle d\u2019un magazine et utilise iCloud pour se synchroniser.Pour ceux qui désirent aller aller plus loin, Unread, une application payante, vaut le détour pour une expérience de lecture personnali- sable, confortable et élégante.Celle-ci utilise des services tiers pour télécharger vos articles et est donc plus difficile à configurer.Cappuccino Nebula SRL, offerte pour iOS Unread Golden Hill Software, offerte pour iOS Olivier Sylvestre OLIVIER SYLVESTRE LE DEVOIR heures), par la fédération Canot kayak Québec, s\u2019adresse aux néophytes qui désirent se mettre à l\u2019une ou l\u2019autre de ces activités avant même d\u2019acheter leur embarcationpuisqu\u2019on y parle aussi du choix du bateau selon la pratique envisagée.Ceux qui veulent aller plus loin ont accès à des formations homologuées, de niveau 1 à 4 selon le niveau de pratique, données par des organismes accrédités.Le nouvel adepte y apprend à «comprendre» son embarcation (canot récréatif ou kayak de mer) pour par venir à la maîtriser même en conditions soutenues.Même si on déplore très peu d\u2019accidents mortels en eau vive au Québec, il reste qu\u2019à l\u2019instar de la haute montagne, ce milieu est parsemé de dangers.« D\u2019où la nécessité d\u2019intégrer aussi un volet sécurité à sa formation », explique Patrick Lévesque, maître formateur pour toutes les fédérations canadiennes de canot-kayak et expert incontesté de l\u2019eau vive.Tout pagayeur qui se respecte devrait, selon lui, suivre une formation de sauvetage en eau vive, y compris les propriétaires d\u2019une maison située au bord d\u2019une rivière.Les fédérations, ainsi que la Société de sauvetage, donnent cette formation (de niveau 1 à 3) pour apprendre à pagayer en sécurité et en autonomie.«Au Québec, où la nature n\u2019est jamais très éloignée de la ville, on entretient un rapport familier mais trompeur avec la nature.N\u2019importe qui peut se promener sur un lac, mais sa connaissance n\u2019est pas toujours suffisante pour le faire de façon sécuritaire.Mettre sa vie en danger, c\u2019est aussi mettre la vie des sauveteurs en danger», dit Patrick Lévesque, aussi pompier volontaire.SUP et surf Il y a moins de dix ans, le stand-up paddle (SUP, ou planche à pagaie en français) a déferlé au Québec et ailleurs, séduisant les nouveaux adeptes par l\u2019accessibilité de l\u2019équipement (la planche se glissant facilement dans une auto), mais aussi par sa simplicité technique.«Bon an mal an, une vingtaine de nouveaux clubs naissent au Québec », af firme Julie Crépeau- Boisvert, directrice d\u2019Eau vive Québec.Et les nouveaux guides ou instructeurs qui suivent un programme de cer tification excèdent 5000 chaque année ! Au bout du compte, ça fait beaucoup de nouveaux initiés qui recourent à une entreprise spécialisée ou qui s\u2019initient par eux-mêmes en observant les autres.Là encore, aucun règlement n\u2019impose de suivre un cours avant de se lancer à l\u2019eau, mais Eau vive Québec le recommande, surtout sur des plans d\u2019eau plus techniques.Une mise en garde partagée par tous les organismes consacrés aux activités nautiques non motorisées : Surf Canada, Canot kayak Canada et Pagaie Canada.Quant au port du VFI, il semble plutôt bien intégré, sans doute sous l\u2019influence des producteurs en tourisme d\u2019aventure qui l\u2019imposent à leurs clients.Plutôt difficile à faire avaler aux surfeurs, en revanche, épris de liberté et d\u2019un certain minimalisme.«La culture du surf, c\u2019est un peu l\u2019image de la fille en bikini les cheveux au vent.Pourtant, là aussi, les accidents peuvent arriver », prévient Patrick Lé- vesque.Et un accident, même bénin, ça change tout entre un très bon souvenir et un qu\u2019on aimerait mieux oublier.| 4 5 Vi v r e P l e i n a i r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec le Club Voyage Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec L\u2019EXPOSITION DE L\u2019ÉTÉ! OTTAWA 20 JUIN LES PORTRAITS DE GAUGUIN au Musée des beaux-arts du Canada C\u2019est par l\u2019univers coloré de Paul Gauguin qu\u2019on accède à sa modernité.PORTLAND au MAINE Mozart au Festival d\u2019Opéra du Maine \u2013 Portland Museum of Art \u2013 Colby Museum of Art \u2013 visites commentées : Tate House \u2013 Manoir Victoria\u2026 23-26 JUILLET Ville d\u2019ef?uves maritimes et d\u2019horizons déployés, ?orilège de culture\u2026 cuisine ta ville Quand l\u2019art passe à l\u2019 actIon atsa.qc.ca 9-12 MAI 2019 PLACE DES FESTIVALS À gauche : pagayer en toute quiétude sur la rivière du Sud-Ouest, à l\u2019entrée du parc national du Bic PIERRE MARQUIS À droite : descente en kayak sur la rivière Rouge, dans les Hautes- Laurentides ÉRIC MANCE Jeunes pagayeurs pour la vie Parce que tout commence souvent dans l\u2019enfance, ce programme, mandaté par le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur et mis sur pied par Eau vive Québec, équipe et finance des projets pour former les enseignants au kayak et à la sécurité nautique.Par ricochet, ceux-ci initient les enfants dans le cadre scolaire.Deux programmes sont offerts aux professeurs, mais aussi aux sauveteurs, parents et moniteurs, sur deux jours.Un petit plus qui peut avoir un grand impact.?514 252-3000 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Vi v r e S a n t é 4 6 | ENTREVUE LAURIE NOREAU COLLABORATRICE LE DEVOIR Cela semble si facile pour les enfants de s\u2019abandonner au jeu.Leur imagination foisonnante est facilement stimulée par des intersections du trottoir ou n\u2019importe quel objet.Pourquoi est-ce plus ardu de s\u2019y prêter une fois l\u2019âge adulte atteint ?N\u2019ayez crainte : votre cœur d\u2019enfant n\u2019est pas aussi loin que vous le croyiez.Difficile de ne pas envier la légèreté avec laquelle les enfants se prêtent au jeu.Pendant leurs premières années de vie, jouer assouvit leur curiosité insatiable.Ils apprivoisent l\u2019inconnu et explorent avec tous leurs sens.C\u2019est aussi une formidable façon d\u2019apprendre.En effet, jouer avec les autres permet de maîtriser certains comportements à adopter en société et comprendre l\u2019importance de la coopération.Il permet l\u2019apprentissage de l\u2019autonomie, la démocratie et le sens moral.Une fois ces rudiments sociaux maîtrisés, le jeu perd-il de sa nécessité ?Pas nécessairement.«L\u2019art, par exemple, développe la dimension sociale de jouer avec l\u2019autre.En musique ou en art dramatique, on recherche cette capacité d\u2019empathie et d\u2019écoute de l\u2019autre afin de s\u2019ajuster », explique le psychologue et art-théra- peute Pierre Plante.La maturité vient aussi avec son lot de responsabilités et d\u2019obligations.Est-ce pour mieux assumer ces nombreux devoirs que la notion de jeu s\u2019évacue de notre vie au fil du temps ?La raison serait surtout culturelle, remarque Pierre Plante.Pour bien des communautés, l\u2019ar t et les loisirs continuent d\u2019occuper une grande place, et ce, à tous les âges ; du berceau au tombeau.On n\u2019a qu\u2019à penser aux chants de gorge inuits ou aux jeux de voix de certains peuples asiatiques.Historiquement, le jeu a façonné des peuples.Des compétitions sportives dans les arènes au théâtre chez les Grecs, les adultes accordaient un temps précieux aux loisirs.De nos jours, nous laissons pourtant peu de place aux jeux et au plaisir.«C\u2019est un effet des valeurs de notre société », estime le psychologue, qui est aussi professeur de psychologie à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).«On survalorise tout ce qui est intellectuel et rationnel.La pensée logique que l\u2019on apprend à l\u2019école ne laisse pas beaucoup de place à la créativité », avance-t-il.Pour tant, tout indique que les adultes aussi aiment jouer.La multiplication des jeux d\u2019évasion, des jeux immersifs ou des espaces pour découvrir des jeux de société le prouve.Repenser le jeu Dans une société obsédée par la performance, le loisir est perçu comme contre-productif et devient donc un synonyme de récréation et de paresse.C\u2019est d\u2019ailleurs la première sphère qui sera sacrifiée par manque de temps.Pour la plupart des gens, le jeu et les défis de création doivent être isolés du monde du travail.C\u2019est une erreur.C\u2019est du moins l\u2019avis du philosophe Ian Bogost.«Nous avons mal compris la notion de jeu en l\u2019associant au plaisir sans ef for t, re- marque-t-il, dans son livre Play Anything.Ce n\u2019est pas la notion de plaisir qui caractérise le jeu, mais celle de contraintes.Ce sont les règles et les limites qui rendent le soccer ou le jeu Tetris si plaisant.Quand on accepte ces limitations, c\u2019est là où le jeu devient intéressant.Pourquoi ne pas utiliser les contraintes dans les autres sphères de notre vie pour les aborder comme un jeu?» questionne-t-il.Par exemple, le cadre restrictif imposé dans un milieu de travail peut être abordé comme un véritable terrain de jeu.En prenant conscience de toutes les contraintes, c\u2019est là où on s\u2019amuse à trouver des idées qui respectent les règles établies.« Jouer ne signifie pas faire ce qu\u2019on veut, nuance-t-il.C\u2019est plutôt de faire ce qu\u2019on peut avec ce qu\u2019on a, citant en exemple la pratique de la guitare.On ne peut pas faire n\u2019importe quoi avec une guitare, mais même si on ne sait pas en jouer, il est possible de s\u2019amuser à créer des sons.» Une fois adulte, le résultat final prend parfois tellement de place que le chemin pour y par venir semble trop pénible pour s\u2019y aventurer.On replace donc sagement la guitare dans son étui en réalisant qu\u2019apprendre une mélodie se révèle une tâche trop fastidieuse.« La finalité devient très importante, confirme Pierre Plante.On a des attentes tellement élevées envers nous-mêmes.Tant qu\u2019à ne pas réussir, certaines personnes préfèrent ne pas tenter le coup.» Il est dif ficile d\u2019évacuer de notre cerveau ce réflexe de réussite et de performance à tout prix.« Il faut se rappeler qu\u2019en art, nous sommes plutôt dans un mode d\u2019expérimentation pour voir ce qui va en ressor tir.Créer, c\u2019est se mettre en position de vulnérabilité.Il faut tolérer cette sensation de perdre le contrôle sur les choses», soutient Pierre Plante.Comment retrouver cette légèreté enfantine associée au jeu ?Le fondateur du National Institute for Play en Californie, Stuart Brown, suggère de réfléchir à ce que vous faisiez pour vous amuser lorsque vous étiez enfant.Il suffit ensuite d\u2019adapter cette activité à son âge.Comme des enfants qui jouent Pour bien des communautés, l\u2019art et les loisirs continuent d\u2019occuper une grande place, du berceau au tombeau Dans une société obsédée par la performance, le loisir est perçu comme contre- productif et devient donc un synonyme de récréation et de paresse.C\u2019est d\u2019ailleurs la première sphère qui sera sacrifiée par manque de temps.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Quand la thérapie stimule la création Outre sa dimension sociale, l\u2019art a aussi un rôle thérapeutique.En effet, en psychothérapie, les mots ne suffisent pas toujours pour exprimer les pensées qui nous assaillent.C\u2019est là qu\u2019entre en jeu l\u2019art-thérapie, où l\u2019art devient un mode d\u2019expression au même titre que la parole, et ce, sans censure.«Les adultes ont tendance à aborder les problèmes à distance et à privilégier la pensée logique.L\u2019art-thérapie vise à les ramener à une dimension sensorielle.On s\u2019amuse et on génère de nouvelles possibilités assez inattendues qui peuvent nous inspirer dans la vie.C\u2019est là où la thérapie devient intéressante.Nous explorons d\u2019une autre manière, avec une pensée divergente.» L\u2019art-thérapie peut entraîner un effet secondaire non négligeable : il peut stimuler la création.« Les gens peuvent retrouver le plaisir de créer sans attentes.On redémarre alors leur capacité à jouer et à prendre plaisir à le faire.Tout le monde a une capacité créative, assure Pierre Plante.Ça fait partie de l\u2019être humain.C\u2019est notre façon de nous adapter à notre environnement et de le transformer.» | 47 Vi v r e S o c i é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 ENTREVUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR Quand Anselme Selosse parle de vin, c\u2019est comme s\u2019il récitait un poème.Il ne dresse pas de liste d\u2019arômes, ne s\u2019épanche pas sur la fermentation malolactique, ne rend pas compte du pourcentage alcoolique.À quoi bon?« Si on me donne le taux de masse grasse d\u2019une personne ou son taux de cholestérol, ça ne me dit rien sur sa personnalité ! » dit-il en rigolant.C\u2019est en 1979 que le Champenois établi à Avize, dans la côte des Blancs, a repris le domaine de son père, Jacques Selosse.Sa reconnaissance, éclatante et internationale, n\u2019est venue que 20 ans plus tard.Ses premières bouteilles?Celles de la récolte 1974?«Elles se sont vendues en novembre 1979, avec dif ficulté, à 23 francs français, soit 3 euros et demi! Vous savez, il n\u2019est pas toujours de bon ton d\u2019être précurseur\u2026 » Peut-être pas sur le moment.Reste qu\u2019aujourd\u2019hui, pour se procurer une bouteille de sa cuvée Substance, il faut ajouter deux zéros après le 3.Car Anselme Selosse crée de grands vins.En fait, non.Il ne crée pas, il fait.Car, selon lui, un grand vin, ce n\u2019est pas une création, « c\u2019est une évidence ».Évidemment qu\u2019au contact d\u2019un tel vigneron-poète, notre perspective sur les choses risque de changer.C\u2019est ce qui est arrivé au romancier et critique littéraire Sébastien La- paque, qui, en le côtoyant, a compris que « le champagne, ce ne sont pas seulement des bulles et un goût de brioche, c\u2019est du vin».Les deux hommes se sont rencontrés le 8 novembre 2005.Ce jour-là, Anselme Selosse est allé chercher l\u2019écrivain à la gare d\u2019Epernay.Il ne le connaissait pas, mais il avait lu l\u2019hommage que Sébastien Lapaque avait rendu au regretté vigneron du Beaujolais Marcel Lapierre, paru chez Stock en 2004.« Sébastien était un tpetit peu\u2026 particulier.Dès qu\u2019il est descendu du train, il m\u2019a dit : \u201cAh là là, votre prénom est extraordinaire.Vous savez que saint Anselme était théologien\u2026\u201d Enfin, il m\u2019a un peu suffoqué!» raconte Anselme Selosse, s\u2019esclaffant à ce souvenir.Comme quoi il faut laisser la chance au coureur, et à l\u2019auteur, car cette rencontre a été suivie d\u2019une deuxième, puis d\u2019une troisième, puis soudain, ils étaient amis.Cette anecdote de saint Anselme a même fini par se retrouver dans le livre que Sébastien Lapaque a consacré au vigneron, Théorie de la bulle carrée, un livre qu\u2019il aura mis 13 ans à écrire.Théorie de quoi?Ah, ça, c\u2019est une de ces idées imagées dont M.Selosse a le secret.Et qu\u2019il a notamment mentionnée lors d\u2019une présentation de ses champagnes à Londres : « J\u2019aime quand le champagne a des bulles carrées, croquantes sous la dent.» Quelle ne fut pas sa surprise de voir les convives lever leur verre et plisser les yeux pour évaluer l\u2019état géométrique de ladite bulle.« J\u2019étais un peu\u2026 confus.Déconvenu.Je ne savais plus si la dégustation d\u2019un vin devait être un déclenchement d\u2019imaginaire ou une description de sensations objectives.» Il dit qu\u2019il ne le savait plus, mais dans le fond, il l\u2019a toujours su: «Déguster un vin, c\u2019est contempler.Déguster, c\u2019est garder ses yeux d\u2019enfant.» Et puis, tant qu\u2019à y être, «déguster de façon non technique, les yeux [d\u2019enfant] fermés, c\u2019est vraiment l\u2019idéal», parce que «déguster un vin, c\u2019est une façon de remonter le temps».Ce temps qui se grave différemment dans notre esprit quand on est vigneron.«Tenez, si vous me dites \u201c1985\u201d, je peux vous dire qu\u2019on a eu une gelée le 21 avril de cette année-là », lance M.Selosse.Et si on parle de l\u2019année de la naissance de son fils, Guillaume?« 1989 ?C\u2019est une année où le printemps s\u2019est pointé brutalement.La vigne s\u2019est mise à pousser sans s\u2019arrêter.On a commencé à domestiquer les pampres le 15 mai.» Sans oublier tous ces souvenirs indissociables de l\u2019arrivée de son nouveau-né.«On était dans une période chaude.Le biberon, il le prenait froid, on n\u2019avait pas besoin de le recouvrir\u2026 Voilà.Notre vie est intimement liée à celle de la vigne.» Les mots du vin C\u2019est la beauté et la clarté de la parole que l\u2019on note en écoutant M.Selosse que Sébastien Lapaque admire tant.« Il aime bien que, aux choses, les mots soient accordés avec une précision totale, précise l\u2019auteur à son tour.Vous savez, le problème du discours sur le vin aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019il est devenu extrêmement technique.Froid, sec, sans émotions.» Lançant alors, comme dans son livre, quelques piques à l\u2019éminent critique américain Robert Parker, « ce Yankee du Maryland», Sébastien La- paque souligne l\u2019importance de « réinventer une façon ancienne de parler du vin, comme celle des romanciers du XIXe siècle, Alexandre Dumas, Balzac».Une manière littéraire, poétique, philosophique.Qui irait à l\u2019encontre de «cette façon descriptive et clinique prisée par notre époque».« C\u2019est un peu \u201ctue l\u2019amour\u201d.Je ne sais pas si vous comprenez, en québécois, l\u2019expression \u201ctue l\u2019amour\u201d?» On comprend.Et on comprend également que qualifier un vin de «bon», c\u2019est un peu fade.«C\u2019est comme dire: \u201cC\u2019est un bon homme\u201d, lance Anselme Selosse.Un bon homme ! Le vocabulaire du français est si riche.Pas besoin de refaire la tirade du nez de Cyrano de Bergerac, mais on peut quand même utiliser des qualificatifs qui vont au-delà du mot \u201cbon\u201d!» Il propose cet exemple : « Ce vin me fait penser à l\u2019automne avec ses couleurs chatoyantes tout en nuances chaudes.» Bon, d\u2019accord, avoue-t-il, « au premier degré, ça ne veut pas dire grand-chose.Mais ça nous permet de comprendre l\u2019univers dans lequel ce vin s\u2019exprime, plutôt que de seulement en apprendre sur son cépage et sur sa vinification en fût ou non ».D\u2019ailleurs, lui, pour parler du chardonnay, il dit « le raisin qui a le don d\u2019apporter de la lumière ».Si ce n\u2019est pas beau, ça?«Car il a la capacité de retranscrire une roche très particulière, la craie, qui devient éblouissante, crissante, stridente.» On le comprend : Anselme Selosse aime son métier.« J\u2019ai le culte de la nature.Et lorsqu\u2019on a le culte, on est le serviteur.On se met à la disposition du vin pour qu\u2019il s\u2019élève là où il veut aller.» Dans sa route, plusieurs personnes l\u2019ont mené à «approfondir les notions de sérénité, de justesse, d\u2019équilibre ».Comme son comparse Aubert de Villaine, du célèbre domaine de la Romanée-Conti.Ou cet architecte qui lui a suggéré un jour de cesser de « faire son œuvre ».« Il m\u2019a dit : \u201cArrête de prendre la nature comme un élément modelable.Essaie de regarder comment cette nature est née et dit lui \u2018welcome\u2019.Dis-lui \u2018bienvenue\u2019.» Merci, Anselme.Théorie de la bulle carrée Sébastien Lapaque, Actes Sud, France, 2019, 144 pages Soif de poésie Sébastien Lapaque plonge le lecteur dans une bulle de bonheur avec son hommage au vigneron Anselme Selosse Selon Anselme Selosse, un grand vin, ce n\u2019est pas une création, « c\u2019est une évidence ».MARIANA MIKHAILOVA GETTY IMAGES L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Vi v r e R e s t o 4 8 | CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Ça prend parfois peu de choses pour passer une excellente soirée à table.Un lecteur qui mentionne une bonne adresse.Une lectrice de Rimouski qui, de passage en ville, s\u2019étonne de ne pas avoir lu de critique de cette petite maison où elle semble avoir pris un repas mémorable.Le Devoir avait publié un petit billet plutôt élogieux peu de temps après l\u2019ouverture de ce resto en septembre 2017, mais pas de critique à proprement parler.Rendu là, intrigué, on se dit que l\u2019on devrait sans doute revenir voir de quoi il en retourne.Je suis donc allé au Bloomfield.Le Bloomfield est une création de Caroline Dumas, qui s\u2019était fait beaucoup d\u2019amis en ville en ouvrant Sou- pesoup il y a quelques années, et causé autant de déceptions en vendant à des gens moins, disons, enthousiasmants.Elle a repris ici le local occupé autrefois par le Bistingo, un bijou de microrestaurant de quartier, avenue Van Horne, dans sa section décontractée d\u2019Outremont.Écrire « elle a repris » ne rend pas justice à son travail ici.En fait, elle a tout arraché et rebâti un intérieur donnant plus de place à la cuisine et offrant un décor coquet à la clientèle.Avec sa trentaine de places assises, son ser vice attentif, ses assiettes aussi bonnes que belles et sa carte des vins très intelligemment montée \u2014 dont un champagne à moins de 100 $ qui fera frémir mon collègue et néanmoins ami Jean Au- bry \u2014, le tout complété par une addition très raisonnable, Bloomfield est une petite maison qui offre plusieurs prestations savoureuses.Tout ceci explique le succès de cette petite maison un peu trop discrète.Le chef Philippe Gougeon propose des assiettes très réussies, une cuisine très soignée, sans esbroufe et mettant en avant les produits.Sur les sept plats choisis pour goûter à ce dont il est capable, pas un seul bémol.Sans doute la came- rise en accompagnement de la pieuvre aurait-elle pu être plus discrète, mais, ce petit détail mis à part, que du bonheur.Pour les yeux d\u2019abord, tant ces assiettes sont élégantes, montées avec délicatesse et un art certain ; pour les papilles ensuite, avec des textures et des saveurs intelligemment équilibrées.En entrées : une première assiette de ces petites crevettes fraîchement débarquées en ville, labneh, céleri et, en diadème, de longs filaments de panais à peine frits ; puis, une seconde présentant trois généreux raviolis farcis de chair de crabe, navet, brins d\u2019aneth, mini-dés de pommes de terre et une sauce crémeuse soutenant le tout et donnant à l\u2019ensemble un élan particulier.En plats principaux : des taglia- telles dans une sauce délicieuse, avec traces de bœuf, de tomates, copeaux de parmesan, crème fumée et, sur le dessus, une quenelle de crème très à propos, le tout suivi d\u2019une belle assiette de pieuvre Le charme discret d\u2019une bonne table Le Bloomfield est une petite maison qui offre plusieurs prestations savoureuses En entrées?: une première assiette de ces petites crevettes fraîchement débarquées en ville, labneh, céleri et, en diadème, de longs filaments de panais à peine frits ; puis, une seconde présentant trois généreux raviolis farcis de chair de crabe, navet, brins d\u2019aneth, mini-dés de pommes de terre et une sauce crémeuse.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR | 4 9 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R /L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 L A R EC E T T E D U C H E F M I C H A E L TOZ Z I Granola végane Voici une recette de granola végane à servir avec un pouding au chia à la noix de coco comme nous le faisons au Dandy, ou avec du yogourt et des fruits de votre choix.Ingrédients 500g de flocons d\u2019avoine 250g d\u2019amandes entières 250g de noix de Grenoble (demi-morceaux) 150g de gros flocons de noix de coco nature 25g de graines de tournesol 25g de graines de citrouille 25g de quinoa soufflé 75ml d\u2019huile végétale 315ml de sirop d\u2019érable 1 c.à thé de sel kasher Préparation Dans un grand bol, bien mélanger tous les ingrédients.Étaler le mélange sur une plaque à pâtisserie recouverte de papier parchemin.Cuire à 300°F dans un four à convection pendant environ 30 minutes, ou jusqu\u2019à ce que le mélange soit doré et croustillant.Laisser refroidir et voilà ! Le tout se conserve dans un contenant hermétique pendant environ deux semaines.Michael Tozzi est le chef du Dandy, 244, rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal MICKAEL A.BANDASSAK Le Bloomfield est une création de Caroline Dumas (à gauche).Dans le local occupé autrefois par le Bistingo, elle a tout arraché et rebâti un intérieur donnant plus de place à la cuisine et offrant un décor coquet à la clientèle.tendre, goûteuse, presque parfaite.La maison propose trois desserts.Laissez-vous tenter et prenez-les tous les trois ; ce sont de petites portions, mais suf fisamment riches pour finir le repas dans la bonne humeur.Caroline Dumas a acquis une réputation planétaire avec sa version du pouding chômeur.Vous pourrez constater par vous-même pourquoi jusqu\u2019au Zimbabwe on se bouscule pour avoir une portion de ce gâteau blanc, sirop d\u2019érable et crème.Les deux autres desserts, un renversé à la poire et aux amandes et un simple gâteau au miel, yogour t et thym, sont tout aussi succulents et possèdent également cette qualité de modestie \u2014 généralement dans la colonne de droite sur les menus (8 $, 10 $ et 10 $ dans ce cas-ci) \u2014 qui rend les plats si sympathiques.Au ser vice, Michelle s\u2019est excusée, en rougissant, du beau jaune dont sont teints ses doigts, qu\u2019elle tente de cacher ; pour prendre une commande, c\u2019est un peu compliqué.« C\u2019est du curcuma », explique-t-elle.Son travail ayant été irréprochable de l\u2019entrée jusqu\u2019aux desserts, on ne lui en tient aucune rigueur.En sortant du Bloomfield, sur ce qui sera certainement très bientôt une jolie terrasse où venir souper les soirs de beau temps, on entend le brouhaha d\u2019un excellent grand restaurant syrien de l\u2019autre côté de la rue.Tout en se réjouissant pour eux, on se dit que, parfois, l\u2019excellence se trouve, comme ici, dans de petits restaurants un peu trop discrets.Bloomfield ?1/2 $$ 1199, avenue Van Horne ?514 277-1001 \u2013 Ouvert en soirée, du mercredi au samedi, et pour le brunch (très couru) de fin de semaine de 10h à 15h. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 BON VOYAGE +1 (888) 285-8384 .www.eurocartt.com * M i n i m u m 1 8 a n s , c e r t a i n e s c o n d i t i o n s s \u2019 a p p l i q u e n t .L\u2019ACHAT-RACHAT CITROËN LOCATION DE VOITURE NEUVE ENTRE 21 ET 175 JOURS Véhicule neuf GPS intégré sur toute la gamme 2019 Kilométrage illimité Assurance multirisque sans franchise (bris de glace, pneus, etc.) Possibilité de prendre et remettre votre véhicule dans des pays différents Formule « Clés en main » : Aucuns frais cachés et aucune charge à destination Assistance 24 h/24 et 7 j/7 Plus de 40 pays couverts Aucuns frais « Jeune Conducteur » ou « Conducteur Additionnel »* Service dédié & réservation effectuée entièrement à Montréal EN MAI, ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 200 $ sur les modèles automatiques ! 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Du 25 août au 13 septembre 2019 GRAND TOUR DES ÎLES BRITANNIQUES Du 6 au 30 septembre 2019 TERRES D'ESPAGNE, PAYS DES TROIS CULTURES Du 15 septembre au 6 octobre 2019 PLACES 4 PLACES 2 PLACES 2 Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com POUR DES VOYAGES PAS COMME LES AUTRES ! 7 PLACES 8 PLACES 6 PLACES 4 PLACES 6 PLACES 8 PLACES Splendeurs de l\u2019Italie - 20jrs Départ 12 sept au 1er octobre 6445 $ Les Perles de Balkans \u2013 20jrs Croatie- Slovenie \u2013 Montenegro 6545 $ POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com enez le temps de visiter ous pr V es voyages d\u2019exceptions axés sur la D , on couche à l\u2019intérie & l\u2019HI TURE CUL ur des villes .RE I STO e qui fait tout une dif C e Départ 5 septembr NI U - AUME ROY DU E IN MO I R AT P emande de partage femme.D e-ville, 4* centr epas, hôtels 2 nts, 37 r Pompei, Golfe Naples one, Pise, C Vér 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bière» la nuit, les week-ends et pendant les vacances : Martin Thibault, coauteur du réputé ouvrage Les saveurs gastronomiques de la bière, lancera la semaine prochaine un nouveau livre consacré aux traditions fermières de la bière.Richement détaillé, Le goût de la bière fermière, publié chez Druide, s\u2019adresse autant aux « curieux de l\u2019univers de la bière qu\u2019aux gens intéressés par l\u2019achat local et l\u2019écores- ponsabilité », assure le pédagogue.De bières dites fermières, on reconnaît d\u2019abord les appellations de saison ou grisette belge, de kellerbier allemande ou encore de farmhouse ale à l\u2019anglaise.Or, ce qui nous frappe à la lecture de ce nouveau livre, c\u2019est l\u2019étendue des styles de bière, aussi différents les uns que les autres, que Thibault identifie comme des bières fermières : gueuze, lambic, rouge des Flandres belges, la bière fumée allemande rauchbier, la bière de garde française, les wild ales du Nouveau Monde, la méconnue sahti finlandaise, la chicha quechua latino-américaine, et on en passe.Que sont les bières fermières?Thibault les classe en trois catégories.D\u2019abord, il y a les bières dont les profils gustatifs évoquent cet idéal du terroir qu\u2019est une ferme agricole.«En y réfléchissant, j\u2019ai constaté que le consommateur est un peu mêlé par rapport à toutes ces appellations: par exemple, certains considéraient la bière fermière simplement comme une bière dont les saveurs rappellent la ferme \u2014 paille, foin, bois, terre humide.» Ensuite, il y a les bières dont les origines peuvent provenir de cultures agricoles locales révolues, mais récupérées par les brasseries contemporaines.«Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a plus de véritable ferme dans le sud de la Belgique qui brasse la saison.Mais c\u2019est un style documenté, reproduit par des microbrasseries industrielles, par des brasseurs qui ne font pas eux-mêmes pousser leurs céréales et qui ne cultivent pas leur propre houblon», mais qui honorent la tradition et les saveurs de leurs recettes.Enfin, il y a ces traditions brassi- coles transmises d\u2019une génération de cultivateurs à l\u2019autre, brassées de manière purement artisanale.Car, à travers cet ouvrage, Martin Thibault voulait «que les milliers de nouveaux amateurs de bière comprennent ce qu\u2019est la bière fermière \u2014 autant les styles qui sont produits depuis longtemps, en Belgique ou dans le nord de la France, par exemple, que des styles pratiquement éteints aujourd\u2019hui, mais qui font des émules parmi les brasseurs occidentaux».«Or, ajoute-t-il, je veux expliquer aussi qu\u2019il y a plein d\u2019autres cultures sur la planète qui font d\u2019authentiques bières fermières\u2026» Des cultures dont il est allé à la rencontre pour écrire Le goût de la bière fermière.De la tradition à l\u2019innovation locale et écoresponsable, en librairie le 8 mai.Celui qui se décrit comme un «chercheur en bière» plutôt que biéro- logue \u2014 «Il n\u2019existe pas de diplôme attestant de la biérologie.On utilise ce terme parce qu\u2019on n\u2019en a pas de meilleur\u2026» \u2014 a voyagé de la cordillère des Andes jusqu\u2019au pied de l\u2019Himalaya, de l\u2019Afrique subsaharienne jusqu\u2019en Scandinavie, en passant par la Bavière et les îles estoniennes, en quête de ces cultures authentiquement fermières.Autant de récits de voyage, de rencontres et de découvertes que l\u2019Indiana Jones de la bonne bière détaille dans ce passionnant livre.Par contre, Martin Thibault n\u2019oppose pas la tradition purement fermière \u2014 ces brasseurs qui concoctent leurs propres recettes à partir des grains et des aromates qu\u2019ils cultivent eux-mêmes \u2014 aux recettes héritées des traditions fermières et revitalisées par les microbrasseries qui s\u2019approvisionnent dans des malteries et des houblonnières.«En conclusion du livre, j\u2019aborde cette idée que la spécialisation [de la culture et de la fabrication des ingrédients de la bière] engendrerait davantage de grands crus.Je crois qu\u2019il y a beaucoup d\u2019avantages à reprendre les idées des recettes fermières traditionnelles pour les améliorer», ce que rendent possible les nouveaux cultivars de houblons, le travail précis des malteries et la domestication en laboratoire de levures.« Les cultivars de houblons avec lesquels les brasseurs travaillent au- jourd\u2019hui sont différents \u2014 peut-être plus parfumés \u2014 de ceux qu\u2019on cultivait il y a cent ans.C\u2019est sûr qu\u2019en contrôlant tous ces paramètres, qu\u2019en utilisant les connaissances et les techniques dont on dispose aujourd\u2019hui, il y a plus de chances que cela se solde par des produits exceptionnels.» | 5 1 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Martin Thibault, l\u2019Indiana Jones de la bière Voyage en compagnie d\u2019un « chercheur en bière » sur les traces des cultures fermières Trois bières fermières québécoises exceptionnelles suggérées par Martin Thibault La Cuvée Western, assemblage de fermentations sauvages et spontanées, 5 % alc/vol, Microbrasserie À la fût, Saint-Tite.«Cette bière est d\u2019inspiration lambic.On a ici des saveurs fermières typiques \u2014 la paille, le foin \u2014, tout ça juxtaposé à une acidité citronnée, une petite pointe herbacée.On est vraiment dans les champs.Ce qui est bien aussi, c\u2019est qu\u2019ils font des efforts pour travailler avec des ferments locaux.Cette bière utilise un procédé de fermentation spontanée, donc pas d\u2019ajout de levure issue de laboratoires, ce qui est l\u2019une des définitions des bières fermières que je donne.Un produit d\u2019exception.» Éloge de la lenteur, saison, 5 % alc/vol, Microbrasserie Champ libre, Mercier.«Le nom de la brasserie fait référence à la ferme puisque, derrière la brasserie, ils ont commencé à cultiver leurs propres céréales et aromates.Il s\u2019agit d\u2019une saison traditionnelle, avec une belle céréale qui fait penser à la boulangerie, un houblon herbacé rappelant les fines herbes, un corps douillet.Il existe des versions brassées avec des fruits locaux.» Bière de table, ale belge, 4,3 % alc/vol, Microbrasserie Dunham, Dunham.«Non seulement cette bière s\u2019inscrit dans les traditions fermières, il s\u2019agit aussi d\u2019un hommage à ce qu\u2019on buvait jadis dans les fermes.Souvent, aujourd\u2019hui, les saisons sont des bières qui ont jusqu\u2019à 6 ou 7% d\u2019alcool, mais à l\u2019époque, dans les fermes, elles étaient plus faibles \u2014 on s\u2019entend que, si les ouvriers buvaient durant leur journée de travail, la bière ne pouvait pas être trop forte\u2026 La Bière de table rappelle donc les saveurs de la tradition fermière du sud de la Belgique: une bière de soif bien conçue.» Martin Thibault lancera la semaine prochaine Le goût de la bière fermière.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR P Le goût de la bière fermière Martin Thibault, avec la collaboration de David Lévesque Gendron, Druide, Montréal, 2019, 280 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com DISPONIBLE DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com POUR DES VOYAGES PAS COMME LES AUTRES ! 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L\u2019ALSACE (groupe 8 personnes) Du 6 au 19 septembre 2019 Présentation, mercredi 15 mai à 18h30 LA CORSE (groupe 8 personnes) Du 19 septembre au 3 octobre 2019 Présentation, mercredi 22 mai à 18h30 À TRAVERS LE DÉSERT D\u2019ATACAMA (Argentine et Chili du nord) Du 23 novembre au 12 décembre 2019 SÉJOUR DÉTENTE AU COSTA RICA Du 8 au 18 décembre 2019 Présentation, mercredi 5 juin à 18h30 NOËL DANS LES ROCHEUSES Du 18 au 26 décembre 2019 AVEC Serge Fréchette AVEC Lily Champagne AVEC Serge Fréchette AVEC Yves Petit AVEC Yves Petit AVEC Yves Petit 514 351-5814 450 581-8080 PRÉSENTATIONS À LA LIBRAIRIE RAFFIN PLACE VERSAILLES S.V.P.CONFIRMER VOTRE PRÉSENCE Courriel : ana@legroupevip.com Tél.: 514.844.3616 ou 1 877.887.7843 sans frais Adresse : 2055 rue Peel, Suite 525, Montréal (QC).Suivez-nous sur Facebook www.facebook.com/legroupevip LEGROUPEVIP.COM permis du Québec 20 NUITS PRIX PAR PERSONNE 6599$ * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides experts et circuits captivants.Philadelphie vous fera découvrir l\u2019histoire de la révolution américaine et son ouverture sur le monde.En pays Amish à Lancaster, vous vivrez dans une autre époque et pro?terez d\u2019un moment de calme et de liberté.Berceau emblématique de la liberté P h o t o : D a v i d s 2 0 0 1 PHILADELPHIE Classée réserve de la biosphère par l\u2019Unesco Départs : 18 juillet, 1er et 15 août, 19 septembre À partir de 399 $* 4 JOURS Départs : 28 juin et 27 septembre 3 JOURS À partir de 516 $* Départs : tous les vendredis À partir de 205 $* CHARLEVOIX NEW YORK ÉLUE Meilleure agence spécialisée au Québec p ce qui fait toute la dif Nous couchons à l\u2019intérieur des villes, où près des sites, Pas de kilométrage inutile, nous pr es résenta D ence de nos cir fér enons le tem es de nos c tions clair $ 8513 83 cuits.ps de visiter ! cuits ir $ 13 oir tout le cir V Chaussée des Géants, d, ILE DE MAN ( Oxfor es chef anglais.dîner à Londr Dégustations Guinness, whisky incluant soirée écossaise, cr epas 59 r ir France départ de Québec & A ol V cuit en détail pour les villes visitées.ublin 2 nts D dimbourg 3 nts E ose, ), Melr , Stonehenge, Bath, , Windsor es 4 nts ondr L fee.Souper avec danse irlandaise, , irish cof e sur la T oisièr ontréal.22 nuits en hôtels 4* & 3* M , Belfast, amise.P e r m i s d u Q u é b e c | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Moins de 16 $ The 2018 Grinder, chenin blanc, Afrique du Sud (12,40$ \u2013 13487372) L\u2019étiquette aux allures de bande dessinée qui habille cette bouteille traduit à merveille son contenu.Et fait du coup sauter les préjugés, car le vin est bon.Il s\u2019agit bien ici de pêches ou d\u2019abricots pressés en jus de fruit pour être fermentés.C\u2019est net, sec, frais et simple d\u2019expression, avec une jolie rondeur à la clé.Fera fureur côté piscine ! (5) ?La surprise Pouilly-Vinzelles 2016 «Les Quarts», Comtesse de Vazeilles, Bourgogne, France (44,50$ \u2013 13989903) L\u2019œnologue Alexandra de Vazeilles a des doigts de fée.Et une sensibilité réelle à traduire cette parcelle déjà adoubée pour sa subtile minéralité.C\u2019est délicat, modulé tel un chant d\u2019oiseau à la barre du jour, frais et salin, à la sève friande, longue et joliment soutenue par une touche boisée des plus exquise.Un vin bio de rêve.(5+) © ?Le blanc Vetiver 2014, Rioja, Espagne (16,10$ \u2013 13265972) Le cépage viura trouve ici à s\u2019arrondir et à ajouter à sa trame aromatique et gustative une touche de grillé et de boisé que certains confondront avec de la noix de coco fraîchement râpée.Pour le reste, un blanc sec expressif et vigoureux, au fruité substantiel de melon et de brugnon, le tout ponctué d\u2019une allonge crédible.Tempura de crevettes?(5) ?1/2 Le rouge Embocadero 2014, Ribera del Duero, Espagne (17,60$ \u2014 13396286) La Ribera del Duero livre une version chaude, puissante, animale et étoffée du tempranillo local.Pays rude où les contrastes sont éloquents, structurant des vins dont les couleurs sont d\u2019encre et les étoffes consistantes et tissées serrées.Cette coopérative en livre ici, à prix d\u2019exception, un vin de corps, d\u2019une exceptionnelle fraîcheur.(5+) © ?Le bio Aglianico Biorganic del Molise 2014, Di Majo Norante, Italie (20,20$ \u2013 12476591) Derrière une robe à vous couper toute envie de vous enfoncer dans la nuit se profilent des parfums bruts et aromatiques de thym broyé entre deux pierres froides.Voilà pour l\u2019ambiance.Le reste demeure une aventure unique où des tanins denses, bien frais et savoureux parlent de réglisse et d\u2019olives noires.L\u2019osso buco a tenu le coup ici ! (5+) © ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019eau est incolore, inodore et sans saveur, c\u2019est bien connu; pas de quoi en faire un plat.Un étalon de mesure des plus neutres qui soient.Tout le contraire de votre verre de vin.Heureusement d\u2019ailleurs.Encore faut-il qu\u2019il préserve, à l\u2019image virginale de l\u2019eau claire, une intégrité sur le plan organoleptique que ne semble pas près de lui concéder le traitement que lui accorde l\u2019agriculture traditionnelle.C\u2019est du moins ce que mettait en lumière il y a plus d\u2019un an maintenant le livre Le goût des pesticides dans le vin (Actes Sud) du cuisinier français Jérôme Douzelet et du scientifique Gilles-Éric Séralini, des auteurs qui, vous vous en doutez bien, se sont rapidement fait des amis du côté du puissant lobby de l\u2019industrie chimique.Le truc derrière la patente ?La perception de ce cocktail moléculaire résiduel de glyphosate, de fen- hexamide, d\u2019arsenic, de folpet, de py- ridinecarboxamide (j\u2019en passe de bien plus arides encore !) généré par l\u2019agriculture traditionnelle et transposé, aux mêmes doses, lors d\u2019une dégustation, dans de l\u2019eau.Les résultats ont eu l\u2019effet d\u2019une bombe et le livre, lui, est toujours d\u2019une brûlante actualité aujourd\u2019hui, même si l\u2019agriculture bio et biodynamique gagne du terrain.La revue du vin de France en avait d\u2019ailleurs fait mention dans de nombreux articles sur le sujet.Le véritable goût du vin Je suis toujours embêté lorsqu\u2019on me demande ce qui fait la différence lors d\u2019une dégustation entre un vin « bio » et un autre vin issu de l\u2019agriculture traditionnelle.La différence existe, même si elle est subtile.Et ça ne se passe pas que dans la tête.Sans protocole scientifique précis lors d\u2019une dégustation à l\u2019aveugle, il me semble percevoir, pour le bio, une approche plus franche, plus riche, sans assèchement et sans aigreur, avec un point d\u2019équilibre naturel dans les flaveurs, comme si celles-ci prenaient le temps de s\u2019installer et de convaincre.Sans compter cette impression de digestibilité accrue après le boire.Alors, forcément, comme le démontrent les auteurs lorsqu\u2019ils prêtent volontairement leur corps à la science, l\u2019ajout de 293 microgrammes de pesticides par litre de vin traditionnel à de l\u2019eau aura nécessairement sur cette dernière un impact gustatif certain.Surtout lorsqu\u2019on réalise que cet enrichissement aux pesticides correspond à 2930 fois la dose maximale autorisée dans\u2026 l\u2019eau potable ! Mais avant de mettre du vin dans son eau, mettons tout de même un peu d\u2019eau dans notre vin.La démonstration du tandem Douzelet-Séralini apparaîtra sans doute excessive et sans risques toxicologiques à long terme \u2014 à moins d\u2019écluser 25 litres par jour de pinard, jours fériés y compris \u2014, mais il apparaît tout de même que le vin est au final dé-na- tu-ré, en ce sens qu\u2019il s\u2019éloigne de sa nature même.À l\u2019image des produits alimentaires transformés qui ne sont plus que l\u2019ombre d\u2019eux-mêmes, à des années-lumière de leurs molécules protéiques originelles.Et le véritable goût du vin dans tout ça?On dit qu\u2019en dégustation, on s\u2019habitue aux défauts comme aux qualités.Vous vous trouvez dans un chai humide en Bourgogne, par exemple, et voilà que votre cer veau « éliminera» les effluves de terre battue, de champignons et de bois mouillé, bref, retranchera de votre perception « tout ce qui n\u2019est pas odeur de vin » pour se concentrer sur ce fruité que vous voulez «voir».Les études ont tout de même démontré qu\u2019une agriculture biologique et biodynamique scrupuleusement appliquée livre des vins exempts de ces résiduels chimiques présents dans les techniques traditionnelles.En tant qu\u2019évaluateur de vin, dois-je retrancher ici et ajouter là selon les types d\u2019agriculture pour vous livrer une vision parfaitement objective du paysage?Voilà une question délicate à laquelle je n\u2019ai pas encore de réponse.Inutile de vous dire que je vis dangereusement, mes amis ! Buveurs de vin, vivez-vous dangereusement ?Mettre du vin dans son eau : ce n\u2019est peut- être pas une bonne idée ! JEAN AUBRY guideaubry @gmail.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement Solution du n° 449 MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Épreuve de révision Antidote | O I R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V e à h c u a e g a d r i l e i s u n q o i t a t i e c n u r e m r o e à f r è i n a m e , d s a u b s d e s a c s e s l n a e d l l i r a g e l d us s s e d - u a s ne n o ol c s e s l n a s d e u n e t n o c s e r t t le s le z e lac P 777 1 .r e g n a h c t n e v eu p ts n e c c a e r p o r s p m o s n e .L s n o i t i n i f é d e m u q a h e c s d e r t t e s l e r è i n r e d s à p t o e m e d n î a h e c n z u e m r o F O C H A I N E É D I T I O N D U D E V A N S L A P R U T I O N P U B L I É E D O L S .e t i ro d I I I s e t l s e i m r e t p n o s s s e e d d i a \u2019 t à l t e o s i o r s t e r d i t r a 777 1 I I I 6 7 5 4 3 2 1 2 1 1 1 0 1 9 8 i h c é l f rré I 7.r u f d d n e c s e e d l l E .6 e t l a b s ay P .5 t fû t i t Pe .4 u e s r u e d i a v u l A e .3 e i t n e s s s e e l i u s h e L .2 en i s i r pa en i d i t o u Q .1 IX IV X I I V I V V V r u œ a s e l u d e o r è ! r e v i t h e , c s r i to t ro s t e r l e s a a b t l n o n s s e e l l I I I e é u q a h e à c r t t e e l l u e e s n u \u2019 u q e i n r e e d t l r e e i m e r e p e l r t n E i c n i o s b è r u t d , m s i a l g n e a g a m ro F 0.1 e s cè o i D .9 le p ci s i D .8 I f A .c m m o s o c a F c n a r I D .I I c a y o r s i m é A é m r l a p s e \u2019 b c n o P t n i o d e v é n t i u P s e r a L\u2019 i a t é l l i t u o j , a t n e m e g n a h c e ( p a t t n a e g n a h e c n n t e , e t o r m 777 1 i s s u t a i a n f n e s o i a rv IV fl e l a t n e m q a t t A .1 e s n o c é r y P s e d r i o t a r O \u2019 l i l i h P n U P .r o \u2019 l e d s n e s s o n i a v u a m .4 .t i u r b r i a t i l i m r u o j u o t i l è T j e l r u o j e r è i m u l 0 1 .t a l p à t n e i v e d l i s n o i t c u d é r e d e c r o m u m i x a m u a t i u d é R .I I .n u e d s e n i e R .n o i t a m m o s n .s r u e l l i a \u2019 d t e e r r e t e l g n A \u2019 d , e u e P .e l u e u g é b e r n e g u u d i t r o s e n i e p A .s e l b .e r i r c é à s i m t s e \u2019 s l i , e r i a n e d e p o r u E ' L .V .e l a d o é f e e L .é v u o r p p a e r t ê a r r u o P .e c .I V .u o r t u a r e l l a r u o p e t p m o n o s é c n e m m o c A .l e n n o s r e P .a l d n e t t A .I I V .t n e m e p p o l .s e m m o h s e l e r i u d é s r u o p .s t n a t t o u e p n U .I I I V .x u e s n e s o d s o r g e l t n o F .X I .n d t S X l t î F u q o v o r p e r t n o c n e r a S .2 .t e e u q i m o n o c é e u e s i M .s p m e t u d e n g i S .9 .r e r u o p d u a h c e d p u o C .s e é n e é l l a V .8 .t u o t e u q o l B .e e d r u e t a d n o f e p p .7 .e u q i m é d a c a u e p n o r t a t u a V .t a i d é m m i \u2019 l s n a D .6 .à s e l b a é r g A .5 .e g a n é m s t i a F .e n i a t n o F a L e d u a e \u2019 L u d t i a f e r u t p u r a l d n a u Q .e e u q i s u M .3 .c o h c n u s e é t i .2 1 .e g a s s a p e l e t i l i c a F .r u o u a e r i o t s i h \u2019 l t n e v i r c E .1 1 .e d u e p n U .e t r e n I .a , m s i m r e t p n o s s t n e c c s a e L v u o r , t ) e r t t e e l n u \u2019 t d i a r t e u r o E E T R O A NTR O M II rv II H i r o I é D .M .I Ne V T .M m a i R d i s é v .e u r t n .e r p o r m p o n n u c u s a i .s e r i a i d é m r e t n s i t o s m e z l e II IX t n e m e l a t n o z .a s l E .s u b i n m O .I I .r u e t e u q i h c .V .e l l i r D .l I .V I .r e i l B .e i c n i .s a C .t e l m a H .I V .s C .s e s u e .e n L .s o E .I V .i M .e s r E .s è r .X .e i l o E .t â l u l U .m i s s i r a R .e l I .e i l E .8 .e r è s I .m e d i b I h R .n n C i m o D .1 a c i t r e V .s l e i t n e m s r s n a e v u o r e r e .e p p a .n i o s e b d n a r g s è i u p u D e p p i l i h P .s e .2 1 .l i a m a C .é s U .1 1 .0 1 .i o m E .s l l e T .9 .i E .s t e l B .s U .7 .e t n e l u r é u Q .6 .d a L .5 .i L .s a V .c i H .4 .s u s é .3 .e l ô R .e l i m E .2 .r u e t a n t n e m e l s .e q u n i t n o t c n e m e l p m i t s i a l l a l f  ; i té i d r u o s re é d a l é h \u2019 l a b a l l e j n d e e m m o h \u2019 s l i a m o f é .L h c s i h c a e h s d o l i x k i d s e u q l e u a \u2019 l au e d a b n , u k u o u s t d i t r o l s i \u2019 u s q è D 5 o n .r e n r u o t e e r s s n a r s e h c r a r à m e n o c l e u e q n r u e l u m i e s e d l b i s s o p m .I f e h c , u d n e t n n e e i r r i o av \u2019 e n t d i n g i e a s o p o r i p u t l a e t s o c c e u q T O M 0 5 4 ° N E M È L B O R P S É S I O R C S Philippe Dupuis est également l\u2019auteur Monde oisés du des mots-cr ser é s r oit ous dr .T ormatique inc 9 Druide inf 01 © 2 c i f i t c e s r e r l a e p é d n a m m o c e e r i h p a r G t a u e p h sc i h c a h m o e n \u2014 L que r a m e R t d i a .F .f \u2014 n é t di r ou s * n o t n , e té i d r u s .u a e v u o e n d V .[ v d \u2014 a f e h c e ér d * n o t n , e f e h ec er d e é ( r i p s a h e \u2014 L a l é \u2019h *l n o t n , e a l é e h l n a e ; d r b m o n n r u e i f i d o r m u o s p e r t u a r e v d a \u2019 \u2014 L s e qu l e qu * n o t n , e que quel .e u a r e l e d l c a t c e p e s r d n i o m r u e n â l .F \u2014 n u a ade b * n o t n , e d au d ba s.é v .h hic c a h : e h p a r g o h t r o \u2019 e l s d n o i t a c a h u o h hic c s a h , h c s i h c s a h e r i r c é \u2019 i s s s u .d r u o e s r t ê \u2019 s?; i o e f d n o c e e s n ] U u n e t u o S u [ ] o x u e i .n o i s i l é \u2019 t l i d r e t n i la é h e ) d t e u n m o t n .n?» o r i v n e «?e i f i n g i l s , i i o l p m t e e s c r t n e e s i l i t u \u2019 n l .O s s  n a t s i r c é \u2019 s e qu l e qu e b u e a d r a t t a \u2019 i s u r q u e n e m o r , p t n a s s a , p arx arl M K ormer ansf le tr ons maintenant à v nous a éter le monde interpr qu\u2019 s philosophe e L ANCHE BL GRILLE 6 7 17 X JEU .  h hic e CHÉS FLÉ S T MO ., ait ont f \u2019 s n US FÉR DES GRILLE ROSS B C CR CRISE CERISE S -BRA À - FIER \u2022 ÉDIFIE \u2022 CREDI MER \u2022 GERMER \u2022 ONGER R \u2022 ON ONR R \u2022 ON NÉR \u2022 TERMINER \u2022 TER O SIR \u2022 MOISIR \u2022 E E ROSS OISE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A I / 2 0 1 9 19 20 9e saison SALLE BO U R G I E .C A 514-285-2000, option 4 DU MUSÉ E DE S BE AU X-A R T S DE MON T R É A L S A L L E B O U R G I E Louis Lortie Karina Gauvin The Tallis Scholars Jean-Guihen Queyras Marie-Nicole Lemieux Charles Richard-Hamelin Danish String Quartet Philippe Jaroussky Russian Renaissance Quatuor Brentano Janina Fialkowska Marie-Josée Lord Concerto Italiano Angèle Dubeau Pepe Romero Présenté par Billets et abonnements en vente maintenant ! 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