Le devoir, 8 mai 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 101 / LE MERCREDI 8 MAI 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Sacré Moyen Âge Les études médiévales comme champ de bataille STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR INDEX Avis légaux.B6 Culture .B1 Décès .B4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo.B7 Monde .B8 Mots croisés .B7 Sports .B7 Sudoku .B7 MONDE Au Venezuela, six députés de l\u2019opposition accusés de « haute trahison » | B 8 CULTURE De Pouzza Fest à Kid Kouna, parce que le punk, c\u2019est aussi pour les tout-petits Des membres des Soldats d\u2019Odin, en Finlande MINNA RAITAVUO / LEHTIKUVA / AP MARCO BÉLAIR-CIRINO MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTS PARLEMENTAIRES À QUÉBEC LE DEVOIR Le projet de loi sur la laïcité de l\u2019État divise le milieu juridique québécois.Le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Philippe-An- dré Tessier, a durement égratigné le projet de loi sur la laïcité de l\u2019État lors de son passage à l\u2019Assemblée nationale, mardi soir.Ce ne sera toutefois pas le cas de la porte-parole des Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l\u2019État, Julie Latour, et du professeur spécialisé en droits et libertés de la personne Louis-Philippe Lampron.Au moyen du projet de loi 21, le ministre Simon Jolin-Bar- rette « baliserait de manière incorrecte la portée du droit à l\u2019égalité » en plus de restreindre indûment l\u2019exercice de la liberté de religion et la liberté de conscience, a fait valoir Me Tessier au terme de la première journée de consultations publiques sur le projet de loi controversé.L\u2019interdiction du port de signes religieux chez les agents de la paix, les procureurs, les juges et les directeurs et les enseignants LAÏCITÉ Le choc des valeurs Tandis que Charles Taylor pourfend le projet de loi, que Djemila Benhabib le défend, le milieu juridique, lui, expose ses divisions Un col romain pour Paula Kline (Église unie du Canada), un voile pour Sara Abou Bakr (Conseil national des musulmans canadiens)\u2026 et une cause commune entre les deux: dénoncer la teneur du projet de loi 21 sur la laïcité, de même que la mise à l\u2019écart des groupes religieux dans les consultations qui ont débuté mardi à Québec.Le processus est ainsi perçu comme une mascarade par les premiers concernés.PAGE A 8 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Front commun interreligieux HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Le Canada n\u2019a pas adapté sa fiscalité pour prendre acte du commerce en ligne et cette fois, c\u2019est le vérificateur général qui le dit.Ce retard fait perdre des millions de dollars en revenus à Ottawa et crée une iniquité envers les entreprises d\u2019ici qui pourraient bien en conséquence décider de s\u2019installer à l\u2019étranger.« Les pertes de recettes de la TPS sur les produits et services numériques vendus de l\u2019étranger au Canada se chiffraient à 169 millions de dollars en 2017 », conclut le rapport du vérificateur général déposé mardi.Ce laxisme à percevoir les taxes auprès des fournisseurs étrangers de services numériques crée de la « concurrence déloyale », peut-on lire.« Des entreprises canadiennes pourraient être incitées à déplacer leurs activités hors du Canada pour ne pas avoir à percevoir ni à verser la TPS/TVH sur les produits et services numériques qu\u2019elles vendent au Canada.Si les sociétés choisissent d\u2019exercer leurs activités hors des frontières canadiennes, le nombre d\u2019emplois au pays pourrait diminuer.» De même, les consommateurs « ont avantage à acheter d\u2019un fournisseur VÉRIFICATEUR GÉNÉRAL Ottawa perd des millions et crée de l\u2019iniquité fiscale En négligeant d\u2019adapter sa fiscalité au commerce en ligne, le gouvernement encourage une « concurrence déloyale » étranger qui, lui, n\u2019a pas à percevoir la TPS », a soutenu un fonctionnaire en conférence de presse.(Le vérificateur Michael Ferguson étant décédé en février, ce sont les fonctionnaires qui ont répondu aux questions des journalistes.) VOIR PAGE A 8 : CHOC LA FORCE D\u2019INERTIEL\u2019ÉDITORIAL DE MANON CORNELLIER.PAGE A 6 VOIR PAGE A 2 : BATAILLE haque époque refait son Moyen Âge.La nôtre combine un mélange d\u2019admiration pour son exotisme et d\u2019interprétation plus ou moins fantasmée.À preuve, la réaction au tragique incendie de Notre- Dame de Paris comme la passion immodérée pour la série Game of Thrones (HBO) campée dans un monde médiéval fantaisiste.Faut-il vraiment ajouter les McManoirs de nos banlieues?Les études savantes n\u2019échappent pas à la règle de la relecture, comme va encore en faire la preuve le 54e International Congress of Medieval Studies qui se réunit à compter de jeudi à l\u2019université Western de Kalamazoo, au Michigan.Le pèlerinage universitaire \u2014 les pros disent vers K\u2019zoo, tout simplement \u2014 rassemble environ 3000 étudiants et professeurs du monde entier venus participer à quelque 550 ateliers et conférences.Une dizaine de spécialistes de quatre universités québécoises (Concordia, McGill, Laval et UQAM) feront le voyage.« Le niveau est extrêmement élevé », résume Geneviève Pigeon, des études religieuses de l\u2019UQAM, qui s\u2019y rendra pour la quatrième fois.« Les salles sont pleines à craquer.C\u2019est dense, c\u2019est brillant.» C 169 millions C\u2019est la somme non perçue en 2017 pour des produits et services vendus de l\u2019étranger VOIR PAGE A 3 : INIQUITÉ ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 IL FAIT TOUJOURS BEAU QUAND ON ROULE EN SUBARU.quebecsubaru * L\u2019offre de location s\u2019applique au modèle illustré, l\u2019Impreza 2.0i Commodité 5 portes 2019 (KG1 CP), à transmission manuelle, dont le prix de détail suggéré est de 22 358 $ (taxes en sus).L\u2019offre de location comprend 208 paiements de 63 $ (taxes en sus) par semaine pour un terme de 48 mois avec un acompte de 0 $.Le premier paiement de 63 $ est requis à la signature du contrat.Le montant total exigé avant le début de la location est de 72,43 $ (taxes incluses).La location est basée sur une allocation annuelle de 20 000 km.Des frais de 0,10 $/km seront facturés pour les kilomètres excédentaires.Les frais d\u2019inscription au Registre des droits personnels et réels mobiliers, les frais de transport et de préparation, ainsi que les droits spéci?ques sur les pneus neufs sont inclus.Le permis de conduire, l\u2019immatriculation (prix varie selon le client) et les assurances sont en sus.Le concessionnaire peut louer à prix moindre.L\u2019offre et les spéci?cations techniques peuvent changer sans préavis.Le ?nancement est offert sous réserve de l\u2019approbation de crédit des Services Financiers Subaru par TCCI.L\u2019offre est en vigueur jusqu\u2019au 31 mai 2019.Certaines conditions s\u2019appliquent.1.EyeSight® est un système d\u2019assistance au conducteur qui peut ne pas fonctionner dans certaines conditions.Il incombe en tout temps au conducteur d\u2019adopter une conduite sécuritaire et prudente.L\u2019ef?cacité du système dépend de nombreux facteurs, tels que l\u2019entretien du véhicule ainsi que les conditions météorologiques et routières.Consultez le Manuel du propriétaire pour les détails de fonctionnement et les limites.2.Les cotes de sécurité sont attribuées par l\u2019Insurance Institute for Highway Safety (IIHS).Visitez le www.iihs.org pour connaître les méthodes de tests.3.ALG est la référence de l\u2019industrie en matière de valeurs résiduelles et de données de dépréciation, www.alg.com.Visitez votre concessionnaire Subaru participant pour tous les détails.Impreza et Subaru sont des marques déposées.Association des concessionnaires Subaru du Québec SUBARU SAINT-HYACINTHE Saint-Hyacinthe SUBARU REPENTIGNY Repentigny SUBARU DES SOURCES Dorval SUBARU RIVE-NORD Boisbriand JOLIETTE SUBARU Joliette SUBARU SAINTE-JULIE Sainte-Julie LACHUTE SUBARU Lachute SUBARU GRANBY Granby SUBARU MÉTROPOLITAIN Saint-Léonard SUBARU-MONTRÉAL Montréal SUBARU DE LAVAL Laval SUBARU BROSSARD Brossard SUBARU SAINTE-AGATHE Sainte-Agathe-Des-Monts 63 $* 208 paiements à partir de par semaine taxes en sus 0 $ acompte 48 Location de mois $ Transport et préparation inclus, taxes en sus Prix de détail suggéré de ® IMPREZA LA NOUVELLE 5 portes VÉHICULE À ÉMISSIONS QUASI NULLES Jean Vanier n\u2019est plus PARIS \u2014 Un grand défenseur des personnes ayant une déficience intellectuelle, Jean Vanier, est décédé dans la nuit de mardi à Paris à l\u2019âge de 90 ans, entouré de quelques proches.Il souffrait d\u2019un cancer de la thyroïde.La nouvelle est rapportée par l\u2019organisme L\u2019Arche, fondé près de Paris par M.Vanier en 1964, qui vient en aide aux handicapés intellectuels dans des dizaines de pays.Alessandro Gisotti, porte-parole du Vatican, affirme que le pape François a été informé de la mort de Jean Vanier et qu\u2019il priait pour lui et pour les gens qui l\u2019ont accompagné dans ses œuvres.Jean Vanier, né en Suisse, était le fils du Montréalais Georges Va- nier, qui a été diplomate et gouverneur général du Canada de 1959 à 1967.C\u2019est une visite dans un établissement psychiatrique qui a convaincu Jean Vanier de fonder L\u2019Arche, aujourd\u2019hui présente sur les cinq continents, qui accueille des milliers de bénéficiaires.La Presse canadienne EN BREF Rectificatif Une erreur s\u2019est glissée dans le texte d\u2019Alexis Riopel intitulé «Une chaîne humaine pour protester contre le projet de loi sur la laïcité» et publié en page A 4 de notre édition du 6 mai.Il y était écrit que le rassemblement pour la laïcité qui devait se tenir lundi était critique du projet de loi 21.Il y est plutôt favorable Deux tendances s\u2019affrontent BATAILLE SUITE DE LA PAGE A 1 Les études médiévales sont aussi de plus en plus traversées par des tensions idéologiques et théoriques très ancrées dans le présent.Le K\u2019zoo est devenu un champ de bataille.Les Vikings et l\u2019alt-right Deux tendances se démarquent.L\u2019une regrette un Moyen Âge (pour les dates, en gros, de l\u2019an 500 à 1500) supposé plus pur ; l\u2019autre ne le trouve pas assez diversifié.Dans le premier cas, des courants de l\u2019extrême droite nationaliste et raciste recommencent à détourner des symboles médiévaux à leur profit.Des néonazis ont défilé sous des runes à Charlottes- ville en 2017.Le terroriste norvégien An- ders Behring Breivik comme le tueur de Christchurch ont évoqué les croisades.Les sites de propagande de l\u2019alt-right abondent de références nostalgiques aux Vikings, aux Celtes, aux Goths.À revers, le groupe armé État islamiste veut reconstruire un califat moyenâgeux.On connaît la chanson noire.L\u2019Ah- nernerbe (héritage ancestral) des SS se passionnait déjà pour le « patrimoine de la race indo-européenne ».« L\u2019utilisation du Moyen Âge à des fins idéologiques n\u2019est pas nouvelle », résume Michael Van Dussen, médiéviste du Département de littérature anglaise de McGill.« Les Allemands l\u2019ont fait au XIXe et au XXe siècle.Les Français, les Italiens, les Anglais, les Polonais, les Suédois ou les Danois ont aussi tenté de revitaliser leurs traditions du Moyen Âge pour appuyer leurs propagandes nationalistes.» Ces mouvements ont aussi donné des recherches philologiques exceptionnelles, l\u2019édition de textes anciens par exemple.«Comme médiévistes, nous devons vivre avec ces réalités, dit encore le professeur.Mais nous ne devons pas rester indifférents face aux nouvelles utilisations idéologiques du Moyen Âge.» La Medieval Academy et 28 groupes associés ont condamné par voie de communiqué les interprétations délirantes d\u2019une Europe moyenâgeuse « pure et blanche ».Le groupe Pharos du Vassar College documente et critique l\u2019appropriation de la culture gréco-romaine par les groupuscules haineux tout en militant pour des lectures « politiquement progressistes » de l\u2019Antiquité.Un atelier du K\u2019zoo de samedi propose un débat sur l\u2019enlèvement et le viol dans la perspective de la pureté raciale manipulée par l\u2019extrême droite (alt-right).Geneviève Pigeon, tout aussi outrée que son collègue Van Dussen par les appropriations politiques, cite l\u2019exemple du groupe québécois Les fils d\u2019Odin qui utilise aussi des runes scandinaves.« Ça me préoccupe et ça me fâche, dit- elle.Mais la réalité de ces groupes est moins présente ici.Nous avons le luxe de la distance.» Les médiévistes colorés Le tiraillement vient aussi de l\u2019interne.Dans cet autre cas, une nouvelle branche souhaite ardemment décoloniser les études du Moyen Âge, accusées de racisme structurel et d\u2019euro- péocentrisme généralisé.En présentant les tensions de ce monde scolaire, le New York Times se demandait méchamment le week-end dernier si ce monde n\u2019a pas finalement son propre problème de suprémacistes blancs.Le groupe Medievist of Color se réclame du «pouvoir de la différence», souhaite la diversification des études, active une critique constante de leur «biais» mâle et blanc.Le programme du K\u2019zoo va un peu dans le sens des nouvelles recherches souhaitées.Jeudi à 15h30, un atelier pose carrément la question des transgenres et des queers au Moyen Âge, mais aussi celle de la binarité de genre dans la chrétienté médiévale.Geneviève Pigeon avoue avoir transformé son enseignement à partir de certaines nouvelles tendances théoriques.Elle donne l\u2019exemple de l\u2019éco- critique, qui étudie la réaction de certaines sociétés d\u2019il y a 1000 ans aux transformations climatiques.Elle- même va présenter au K\u2019zoo 2019 une analyse de la mythologie scandinave dans la série d\u2019animation Trollhunters de Guillermo Del Toro.« La question des personnes racisées brasse beaucoup depuis deux ou trois ans, dit Mme Pigeon.On se demande si le Moyen Âge, ce n\u2019est que l\u2019Europe blanche chrétienne.On se pose la question de l\u2019origine du savoir.La bibliothèque d\u2019Alexandrie n\u2019était pas à Paris.On se questionne sur les rapports entre l\u2019Islam et la Chrétienté.» Le professeur Van Dussen tire une leçon générale de tout ce brouhaha intellectuel qui arrive maintenant au grand public par l\u2019entremise des médias.«Je crois que c\u2019est important de dire à nos étudiants et à nos sociétés que ce temps lointain était aussi complexe que le nôtre, mais compliqué de manière différente, dit le savant, tout à fait à jour dans ces épisodes de Game of Thrones.Il faut aussi comprendre que cette histoire n\u2019est pas terminée.Elle se poursuit sous des formes très actuelles.» Scène tirée de Game of Thrones, qui présente une vision fantasmée du Moyen Âge.HBO ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 Ottawa dit ne pas vouloir imposer une « nouvelle taxe » INIQUITÉ SUITE DE LA PAGE A 1 Cette situation s\u2019explique par le fait que le Canada s\u2019en remet à l\u2019autocoti- sation des consommateurs.Pour les services numériques (vidéo, musique) ou intangibles (hébergement temporaire), si le fournisseur est étranger, il revient au consommateur de remplir un formulaire et de payer les taxes dues au gouvernement.Sans surprise, très peu le font.Selon Statistique Canada, les deux tiers des Canadiens ont acheté des produits numériques en 2017-2018.Or, a constaté le vérificateur général, seulement 524 formulaires ont été soumis par des consommateurs pendant cette même période.À titre de comparaison, le Québec a commencé le 1er janvier dernier à percevoir sa taxe de vente sur les services vendus sur son territoire par des entreprises numériques étrangères.En trois mois, la province a recueilli pas moins de 15,5 millions de dollars.Au rythme où vont les choses, Revenu Québec récoltera 62 millions de dollars cette année, soit plus du double que les 28 millions anticipés.La ministre fédérale responsable du Revenu, Diane Lebouthillier, nie qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un problème.Certes, Ottawa se prive de 169 millions de dollars, mais l\u2019écart fiscal entre ce qui devrait être perçu en TPS et ce qui l\u2019est vraiment, dans l\u2019ensemble de l\u2019économie canadienne, se chiffre à\u2026 4,9 milliards.« On concentre nos efforts sur ce qui est le plus utile et rentable », explique la ministre, qui réitère son intention de s\u2019attaquer « aux gros poissons ».Elle répète par ailleurs le mantra de son gouvernement, à savoir : « On ne veut pas imposer des taxes de vente supplémentaires aux contribuables.» À ce sujet, les conservateurs logent à la même enseigne tandis que le NPD exhorte le gouvernement à faire appliquer sa taxe.« La TPS n\u2019est pas une nouvelle taxe, rappelle le député Pierre-Luc Dusseault.Elle existe depuis quelques décennies et elle peut être appliquée par le gouvernement du Canada.C\u2019est juste un manque de volonté politique de ne pas le faire.» Les biens physiques aussi Le problème ne concerne par ailleurs pas que les biens et services dématérialisés, selon le vérificateur général.Il touche aussi l\u2019achat en ligne de biens physiques arrivant de l\u2019étranger.À cet égard, le Canada s\u2019en remet encore à la déclaration volontaire des entreprises parce que « l\u2019Agence du revenu du Canada n\u2019a pas l\u2019autorité législative d\u2019obliger ces fournisseurs [étrangers] à s\u2019inscrire au registre de la TPS/TVH, à la percevoir et à la verser ».Selon les règles actuelles, si un bien de « faible valeur » (20 $ ou moins) est importé de l\u2019étranger, il n\u2019est pas sujet à la taxe de vente.Or, le nombre de ces biens a augmenté de manière inexpliquée.En 2017-2018, il y en a eu 16 millions.Cela représente environ le tiers des 46 millions d\u2019expéditions faites cette année-là, mais surtout, il s\u2019agit d\u2019une augmentation de 33 % par rapport à l\u2019année précédente.« L\u2019ASF n\u2019a pas analysé les causes d\u2019une telle augmentation des expéditions non taxables », lit-on dans le rapport.« Notre principale inquiétude vient du fait qu\u2019il y aurait potentiellement une tendance à sous-évaluer la valeur des paquets pour les exempter de taxes et de droits de douane », a ajouté un fonctionnaire en conférence de presse.Si le bien expédié vaut plus que 20 $, la société de messagerie qui le livre doit percevoir la taxe de vente.Or, note le vérificateur général, cela ne se fait pas de manière systématique, loin de là.C\u2019est parce que l\u2019Agence des services frontaliers (ASF) ne demande aux sociétés de messagerie que des données sommaires et non pas les factures de chacune de leurs transactions.Il est donc impossible de s\u2019assurer que toutes les transactions sont déclarées et taxées comme il se doit.« L\u2019ASF comptait sur la bonne foi des sociétés de messagerie participantes pour qu\u2019elles déclarent et versent le montant exact des taxes de vente.» Cette bonne foi n\u2019est pas au rendezvous, semble-t-il.Par exemple, en 2013- 2014, l\u2019ASF a analysé 13 515 expéditions lui apparaissant à risque.Constat : elles avaient été grandement sous-évaluées, à 800 000 $ au lieu de 13,5 millions.L\u2019ASF a aussi mené en 2016 un examen d\u2019expéditions choisies de manière aléatoire.Conclusion : 22 % des cas étaient inexacts et indiquaient une valeur inférieure du bien.«À notre avis, écrit le vérificateur général, un tel taux de non- conformité aurait dû déclencher un examen complet du programme.» Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a soutenu que l\u2019ASF était en voie de développer un plan d\u2019action pour s\u2019assurer que les biens sont taxés de manière appropriée et que « ce plan est en cours d\u2019implantation ».MARIE VASTEL À OTTAWA Correspondante parlementaire LE DEVOIR Le nombre de demandeurs d\u2019asile qui attendent toujours de connaître leur sort au Canada continue d\u2019exploser, notamment en raison de l\u2019arrivée massive de migrants depuis deux ans.Le traitement de ces demandes par le fédéral accuse un retard deux fois plus important qu\u2019en 2012, constate le vérificateur général du Canada.Un arriéré qui comptait pas moins de 71 380 demandes d\u2019asile en attente d\u2019une décision, en date de décembre dernier.« L\u2019explosion de demandes présentées en 2017 a rapidement miné la capacité du système de traiter les demandes à temps, observe le vérificateur dans son rapport printanier présenté mardi.De fait, moins de 20 % des demandeurs d\u2019asile ont obtenu une audience pour qu\u2019une décision soit rendue dans le délai prescrit de 60 jours.» L\u2019arriéré est tel que, l\u2019an dernier, la Commission de l\u2019immigration et du statut de réfugié (CISR) s\u2019est dispensée de cet objectif d\u2019échéancier.En décembre, le délai moyen de traitement d\u2019une demande atteignait ainsi désormais deux ans.À ce rythme, les demandeurs d\u2019asile pourraient devoir attendre deux fois plus longtemps d\u2019ici 2024\u2026 soit en moyenne cinq ans.Car le vérificateur général note que le Ottawa débordé par les migrants du chemin Roxham Avec 71 380 demandes d\u2019asile en attente, les délais de traitement sont actuellement de deux ans et pourraient atteindre cinq ans Les demandes d\u2019asile ont explosé en 2017, notamment en raison de l\u2019afflux de migrants irréguliers qui passent par le chemin Roxham.CHARLES KRUPA LA PRESSE CANADIENNE de services frontaliers aurait depuis procédé à des réajustements qui devraient permettre de corriger le tir, note toutefois le vérificateur.Le gouvernement a en outre ajusté le système et investi 1,18 milliard sur cinq ans dans son dernier budget afin d\u2019aider le traitement de ce nombre grandissant de demandes d\u2019asile chaque année.Le constat du vérificateur demeure néanmoins négatif.Les instances fédérales « n\u2019avaient pas traité les demandes d\u2019asile avec efficience et dans un délai convenable », statue-t-il dans son rapport printanier.« Le budget de mars a donné plus de ressources, mais ce n\u2019est pas seulement une question de ressources », a en outre noté Carol McCalla du bureau du vérificateur général mardi.Une amélioration de l\u2019efficacité du processus est nécessaire.» À cela, le ministre de l\u2019Immigration Ahmed Hussen a rétorqué que le gouvernement avait justement procédé à des changements depuis la fin de l\u2019étude du vérificateur, terminée en juin 2018 : des postes vacants de juges ont notamment été pourvus à la CISR et le processus d\u2019analyse de dossiers a été rationalisé pour le rendre plus efficace.Un arriéré de 32 000 demandes d\u2019asile, qui avaient été retardées après la réforme de 2012, vient par ailleurs tout juste d\u2019être réglé.« L\u2019argent est l\u2019un des enjeux principaux », a plaidé le ministre, en blâmant ses prédécesseurs.« Nous avons hérité d\u2019un système d\u2019asile qui était sérieusement sous-financé par les conservateurs de [Stephen] Harper.Le système était inefficace et n\u2019était pas suffisamment financé pour gérer le nombre de demandes reçues, encore moins pour prévoir toute augmentation possible de ces demandes.» Une accusation qu\u2019ont aussitôt rejetée les conservateurs.Problèmes d\u2019efficacité Le vérificateur général a également fait état d\u2019une série de problèmes de partage de renseignements entre l\u2019Agence des services frontaliers, la Commission de l\u2019immigration et du statut de réfugiés et le ministère de l\u2019Immigration.Alors que certains dossiers peuvent être envoyés au ministre, lorsque les fonctionnaires constatent un problème de sécurité ou de crédibilité de la demande, dans les deux tiers de ces cas les différentes organisations ne s\u2019informaient pas de l\u2019évolution de leur évaluation de telles demandes.Les services frontaliers poursuivaient ainsi leur enquête pendant que le ministère avait terminé la sienne, observe le vérificateur, qui déplore un « dédoublement des efforts d\u2019examen ».Une situation qui semble toutefois en voie d\u2019être réglée, selon son rapport, puisque les trois organisations ont mis à l\u2019essai une pratique visant à ce qu\u2019elles s\u2019avertissent mutuellement de leurs travaux en ce sens.flux de migrants à la frontière canadienne depuis 2017 a empiré la situation.Plutôt que les 22 000 demandes de réfugiés que recevait le Canada en moyenne en 2016, ce chiffre atteint maintenant autour de 50 000 par année.Résultat, l\u2019arriéré de demandes en attente de traitement dépasse celui de 2012 \u2014 année lors de laquelle l\u2019ancien gouvernement conservateur avait procédé à une importante réforme du système afin de régler le problème.Cette réforme avait notamment prévu le traitement accéléré de certaines demandes : celles provenant d\u2019une liste de pays jugés sûrs, dont les ressortissants sont plus susceptibles, selon le gouvernement, de se qualifier pour être réfugiés au Canada.La CISR s\u2019est cependant rarement prévalue de cette possibilité, observe le vérificateur : dans seulement 25 % des cas admissibles.Et lorsque la Commission a procédé de façon accélérée, le délai moyen de traitement de ces demandes était le même que lors du processus « normal ».Les audiences ont aussi connu des délais et la majorité des retards étaient dus à des problèmes venant du gouvernement lui-même.Un commissaire n\u2019était pas disponible pour juger la demande dans 49 % des cas ; les résultats du contrôle de sécurité n\u2019étaient pas encore disponibles dans 10 % des cas ; la CISR manquait de temps pour tenir l\u2019audience dans 6 % des cas.L\u2019Agence RAPPORT DU VÉRIFICATEUR GÉNÉRAL DU CANADA L\u2019explosion de demandes présentées en 2017 a rapidement miné la capacité du système de traiter les demandes à temps LE VÉRIFICATEUR GÉNÉRAL » Des officiers du bureau du Vérificateur général du Canada lors de la séance d\u2019information à l\u2019intention des journalistes.SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 ACTUALITÉS A 4 JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Pour la première fois de son histoire, la vérificatrice générale du Québec, Guy- laine Leclerc, entend enquêter sur la gestion du patrimoine au Québec.Le bureau du Vérificateur général du Québec l\u2019a confirmé au Devoir : « Il n\u2019y a pas eu d\u2019audit sur ce même sujet dans le passé ».Ce nouvel intérêt du bureau du Vérificateur général s\u2019est construit « à partir d\u2019informations fournies par les équipes d\u2019audit et par diverses informations qui proviennent de l\u2019actualité ou de la population par le biais de dénonciations ».Dans la liste des nouveaux audits annoncés sous la rubrique des dossiers actifs de l\u2019organisme, on trouve donc désormais, depuis quelques jours, la mention « gestion du patrimoine ».Les résultats de cette enquête sont attendus pour le printemps 2020.« Tous ceux qui peuvent être concernés par la protection du patrimoine peuvent être visés par une demande d\u2019information », explique Vivianne St-Ge- lais, responsable des communications au bureau du Vérificateur.Le ministère de la Culture, les municipalités et des groupes responsables de la préservation du patrimoine pourraient être consultés par des adjoints de la vérificatrice.Ils sont d\u2019abord appelés à répondre à des questions pour comprendre comment fonctionne la protection du patrimoine sous la gouverne de l\u2019État québécois.« La vérificatrice peut décider d\u2019une enquête financière ou relative à la performance», soit de son propre chef, soit à la demande de l\u2019État.Dans ce cas, l\u2019action provient de la vérificatrice elle- même.En général, explique Vivianne St-Gelais, cela intervient après qu\u2019on ait observé des anomalies, des plaintes ou qu\u2019on ait des motifs de préoccupation.Divers groupes et spécialistes du patrimoine ont commencé à être entendus, a appris Le Devoir.Ce rapport du Vérificateur général devrait paraître au printemps prochain, mais la date de publication peut changer sans avis préalable.La gestion du patrimoine préoccupe la vérificatrice générale du Québec HÉLÈNE BUZZETTI MARIE VASTEL CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR Les deux formations politiques ayant perdu des plumes à l\u2019élection partielle de lundi soir en Colombie-Britannique au profit du Parti vert minimisent la portée du résultat : libéraux et néodé- mocrates soutiennent qu\u2019ils sauront mieux que la formation d\u2019Elizabeth May offrir cet automne, à l\u2019élection générale, un programme qui s\u2019attaque non seulement aux changements climatiques, mais aussi aux autres enjeux auxquels la société est confrontée.Mme May rayonnait mardi.« C\u2019est un très bon jour pour le Parti vert.Je suis ravie du résultat.» ÉLECTIONS Libéraux et néodémocrates minimisent la victoire des verts en Colombie-Britannique Avec l\u2019élection de Paul Manly dans Nanaimo-Ladysmith lundi soir, elle double sa députation.En 2015, le NPD avait remporté cette circonscription confortablement avec 33 % du vote.Mais la lutte s\u2019était faite à quatre, les candidats libéral (24 %), conservateur (23 %) et vert (20 %) s\u2019étant chaudement disputé la seconde place.Réactions des libéraux Cette fois, le vote de gauche ou de centre gauche s\u2019est réorganisé: le Parti conservateur est demeuré à peu près stable à 25 %, alors que le Parti libéral a perdu 13 points (à 11 %), le NPD 10 points (à 23 %) et que le Parti vert a engrangé la très grande majorité de ces pertes en obtenant 37%.Le chef libéral, Justin Trudeau, voit dans le résultat de lundi soir « un message clair que les Canadiens veulent de l\u2019action sur les changements climatiques ».Il reconnaît qu\u2019il lui faudra travailler « encore plus fort » pour s\u2019assurer que les électeurs « choisissent un gouvernement qui va pouvoir lutter contre les changements climatiques, et pas juste un parti ».La ministre Carla Qualtrough, qui représente une circonscription de la Co- lombie-Britannique, a voulu mettre en perspective le résultat.« Nous n\u2019avons pas perdu de siège.On ne devrait pas l\u2019oublier.» Son collègue Jonathan Wilkinson, lui aussi de la province, a pour sa part ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Des groupes citoyens et environnementaux, dont le Centre québécois du droit de l\u2019environnement, ont annoncé mardi avoir mis en demeure l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale pour exiger que le transport maritime associé au projet d\u2019exportation de gaz albertain Énergie Saguenay « soit pleinement considéré dans l\u2019évaluation du projet ».À l\u2019instar du projet de port pétrolier qui avait été envisagé à Cacouna, celui de GNL Québec entraînera une augmentation du trafic maritime industriel dans l\u2019habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent, principalement dans les limites du parc marin du Saguenay\u2013 Saint-Laurent.Or, l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale (ACEE) estime que cette navigation « échappe à la responsabilité et au contrôle de GNL Québec », puisque l\u2019entreprise ne sera pas responsable des navires méthaniers qui exporteront le gaz naturel.Elle n\u2019est donc pas considérée « comme faisant partie du projet aux fins de l\u2019évaluation environnementale », stipule l\u2019ACEE dans les « lignes directrices » fixées pour l\u2019étude d\u2019impact du projet, qui comprend une usine de liquéfaction et un terminal maritime.« Par conséquent, la ministre [canadienne de l\u2019Environnement] ne prendra pas de décision en vertu de la [Loi canadienne sur l\u2019évaluation environnementale de 2012] pour établir si cette navigation maritime associée au projet » est susceptible « d\u2019entraîner des effets environnementaux négatifs importants et ces activités ne seront pas assujetties aux conditions imposées au promoteur par une déclaration de décision autorisant l\u2019exécution du projet ».Respect de la loi Cette situation est jugée inacceptable par les groupes qui mettent en demeure l\u2019ACEE, dont Équiterre, Nature Québec, Greenpeace Canada, la Société pour la nature et les parcs du Canada et la Coalition Fjord.Ils exigent que le transport maritime imputable au projet d\u2019exportation de gaz albertain soit compris dans la portée du projet en vertu de la Loi canadienne sur l\u2019évaluation environnementale.ENVIRONNEMENT Énergie Saguenay : mise en demeure contre le fédéral Selon des écologistes, le trafic maritime doit faire partie de l\u2019évaluation environnementale Selon ce qu\u2019a précisé Me Marc Bishai, du CQDE, la mise en demeure s\u2019appuie d\u2019ailleurs sur une décision de 2018 de la Cour d\u2019appel fédérale du Canada dans le dossier Trans Mountain.La Cour avait alors annulé le décret du gouvernement Trudeau qui autorisait le démarrage du projet en soulignant que l\u2019Office national de l\u2019énergie avait « commis une erreur cruciale » en excluant le transport maritime du pétrole de la définition de ce projet.L\u2019ACEE a déjà déclaré au Devoir, en février dernier, que GNL Québec devait fournir « une analyse des effets environnementaux découlant de la navigation maritime associée au projet, y compris les effets sur le béluga du Saint- Laurent ».Ces informations seront prises en compte dans « l\u2019évaluation des effets environnementaux cumulatifs du projet », a indiqué l\u2019Agence, tout en refusant de préciser si cela pourrait être un motif de refus du projet.Dans son étude d\u2019impact déposée à l\u2019ACEE, l\u2019entreprise estime que « l\u2019effet cumulatif du trafic occasionné par le projet dans l\u2019habitat essentiel du béluga dans le Saint-Laurent est négligeable, étant donné la faible proportion imputable au projet par rapport à l\u2019ensemble du trafic ».Selon un avis scientifique produit par des chercheurs de Pêches et Océans Canada, le projet GNL Québec et le terminal de la minière Arianne Phosphate (déjà approuvé par Ottawa) «tripleront» le trafic maritime actuel dans le Sague- nay, ce qui augmentera significativement la pollution sonore.Dans ce contexte, « on ne peut exclure des risques élevés compte tenu de l\u2019état actuel de la population [de bélugas] en déclin pour laquelle le bruit a été identifié comme un des facteurs de risques », soulignent les chercheurs de Pêches et Océans.mis en garde contre la tentation d\u2019extrapoler les résultats de lundi à ceux à venir en octobre.« Une élection partielle est une occasion pour les gens de faire un choix en sachant qu\u2019il n\u2019affectera pas qui forme le gouvernement », dit-il.Il souligne aussi que les électeurs ont historiquement élu « les partis qui ont un programme qui touche tous les enjeux ».Réponse de Singh Le message est similaire du côté du chef du NPD.Jagmeet Singh estime que le vote dans Nanimo-Ladysmith est un vote « de protestation » parce que les électeurs « ne sont pas contents de ce gouvernement libéral qui a acheté un pipeline » \u2014 pipeline qui aboutit justement non loin de Nanaimo-Ladysmith.Il ne s\u2019inquiète pas de l\u2019apparente incapacité de son parti à canaliser ce vote de protestation.M.Singh fait valoir que le programme du NPD sera plus étendu, la lutte contre les changements climatiques ne pouvant à elle seule tenir lieu de plateforme électorale.À ces arguments, Elizabeth May réplique que les électeurs en ont soupé de se faire dire qu\u2019ils devraient voter pour un gouvernement.« Dans une élection générale, la question n\u2019est pas seulement qui va former le gouvernement, mais quelle est la façon de travailler ensemble au Parlement », dit Mme May.Elle préconise l\u2019élection d\u2019un gouvernement minoritaire « avec plusieurs députés verts », parce qu\u2019il sera plus susceptible de répondre à la crise climatique.Le nouvel élu Paul Manly était un candidat connu.Ce fils d\u2019un ancien député néodémo- crate avait voulu se présenter pour le NPD à l\u2019élection de 2015, mais avait été rejeté apparemment à cause de son militantisme entourant la cause palestinienne.Il s\u2019était alors porté candidat pour les verts.Le gaz naturel liquéfié serait exporté par des méthaniers.Ces navires devraient traverser l\u2019habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent, principalement dans les limites du parc marin du Saguenay\u2013 Saint-Laurent.KOJI SASAHARA ASSOCIATED PRESS La chef du Parti vert, Élizabeth May, était ravie mardi matin de voir sa députation doubler aux Communes.ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 ACTUALITÉS A 5 J\u2019ai la certitude que les soins palliatifs et l\u2019accompagnement dispensés à nos personnes malades à domicile leur apportent un confort et un réconfort incroyables.Les soins et services dispensés par la SSPAD sont uniques et tellement sécurisants pour les malades et les proches aidants.Ils savent apprécier notre présence de qualité.Parce que nous sommes là avec eux et pour eux.Sandrine Bernard, in?rmière Les fonds recueillis par la Fondation des soins palliatifs à domicile (FSSPAD) permettent à la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal (SSPAD) de soigner gratuitement 1 200 personnes par année en moyenne, sans attente.Depuis sa création, la SSPAD a soigné et accompagné plus de 55 000 personnes malades et leurs proches.Chaque année, elle permet à près de 60 % des personnes malades de décéder à domicile si tel est leur souhait.Faites un don de 25 $ Textez le mot DIGNITÉ au # 30333.Vous recevrez une réponse automatique.Textez OUI pour con?rmer votre don.La grande majorité des Québécois préféreraient recevoir des soins palliatifs à la maison.Malheureusement, seulement une personne sur huit est en mesure de voir son souhait se réaliser.SVP, DONNEZ.Témoignage d\u2019une infirmière www.FondationSocieteSoinsPalliatifs.com A c c o m p a g n e r l a v i e La chef de cabinet de la ministre Nathalie Roy démissionne Manon Gauthier, directrice de cabinet de la ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy, a quitté son poste mardi.Son départ « était déjà convenu », a toutefois déclaré au Devoir l\u2019attachée de presse de la ministre Roy, Brigitte Roussy.« Son mandat était de constituer le cabinet, de procéder aux embauches et de nous mener jusqu\u2019à l\u2019étude des crédits budgétaires qui étaient le 29 avril dernier.» Natalie McNeil, conseillère principale au sein du cabinet, prendra la relève de Mme Gauthier.Cette dernière a occupé de 2013 à 2017 le poste de responsable de la culture et du patrimoine au sein de l\u2019administration de l\u2019ex-maire de Montréal, Denis Coderre.En 2018, elle a tenté, en vain, de se faire élire pour la CAQ dans la circonscription de Maurice-Richard.Le Devoir Deux édifices patrimoniaux condamnés à la démolition Des citoyens de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal ont perdu leur bataille pour sauver un bâtiment patrimonial de Pointe- Claire.Le conseil municipal de Pointe-Claire a approuvé lundi soir un projet de condominiums qui entraînera la démolition du resto-bar Le Pionnier, un ancien hôtel construit en 1901.Un autre immeuble «de valeur exceptionnelle» subira le même sort à Montréal.Mercredi, le comité exécutif donnera son aval à la démolition des Appartements Riga, un édifice situé au 330, rue Christin, signé en 1914 par l\u2019architecte Joseph-Arthur Godin.En partenariat avec l\u2019Accueil Bonneau, la Société d\u2019habitation et de développement de Montréal (SHDM) construira un bâtiment de sept étages destiné à l\u2019hébergement de personnes itinérantes.Le Devoir EN BREF MIKE BLANCHFIELD LA PRESSE CANADIENNE Andrew Scheer déménagerait l\u2019ambassade du Canada en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem s\u2019il devenait premier ministre.Le chef conservateur s\u2019était déjà engagé il y a un an à reconnaître Jérusalem comme capitale de l\u2019État d\u2019Israël, mais il n\u2019avait pas précisé ce qu\u2019il adviendrait de l\u2019ambassade canadienne dans ce pays.Avec sa promesse de mardi, le Canada s\u2019alignerait sur le gouvernement de Donald Trump, qui a déjà déménagé son ambassade à Jérusalem, provoquant le courroux des Palestiniens.Jérusalem est un territoire revendiqué par les Palestiniens et par les juifs israéliens ; son statut est au cœur de tous les pourparlers de paix au Proche- Orient.« Je vais rouvrir le Bureau [fédéral] de la liberté de religion et défendre les minorités religieuses du monde entier.Et je reconnaîtrai Jérusalem comme capitale d\u2019Israël », a indiqué M.Scheer dans un important discours de politique étrangère, livré mardi après-midi à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal.À l\u2019issue de son allocution, La Presse canadienne a demandé au chef conservateur si cela impliquait le déménagement de l\u2019ambassade du Canada.M.Scheer a répondu que « cela impliquerait évidemment de s\u2019assurer que la représentation du Canada soit à Jérusalem ».Le site Internet d\u2019Affaires mondiales indique la position officielle du gouvernement: «Le Canada estime que la question du statut de Jérusalem ne peut être réglée que dans le cadre d\u2019un règlement global du conflit israélo-palestinien.Le Canada ne reconnaît pas l\u2019annexion unilatérale israélienne de Jérusalem-Est.» Le premier ministre progressiste- conservateur Joe Clark avait promis ISRAËL Scheer déplacerait à Jérusalem l\u2019ambassade du Canada en 1979 de déménager l\u2019ambassade du Canada à Jérusalem.Il avait finalement abandonné cette idée lorsqu\u2019un rapport spécial qu\u2019il avait commandé avait conclu que cette décision pourrait nuire aux perspectives de paix au Proche-Orient.« Parti nulle part » Dans son discours de mardi, M.Scheer a également appelé le Canada à se joindre au bouclier antimissile américain et à adopter une attitude plus musclée à l\u2019égard de la Chine et de la Russie.À cinq mois des élections fédérales, ce discours de M.Scheer est le premier de plusieurs énoncés majeurs de politiques que les conservateurs entendent défendre en campagne.Il s\u2019est moqué mardi du premier ministre Justin Trudeau, qui lançait il y a quatre ans: «Le Canada est de retour » sur la scène internationale.« En fait, le Canada n\u2019était parti nulle part, a lancé M.Scheer.Et la profonde arrogance de M.Trudeau laissait présager la façon dont le nouveau premier ministre dirigerait les affaires étrangères du Canada: le style plutôt que le fond.» Les libéraux ont répliqué avec leur propre déclaration avant même que M.Scheer n\u2019ait prononcé un mot \u2014 son discours avait été remis à la presse un peu avant son allocution.« Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019être en faveur du chaos né du Brexit, d\u2019afficher un scepticisme face aux changements climatiques, d\u2019user d\u2019une rhétorique corrosive sur l\u2019immigration ou de laisser planer l\u2019incertitude sur l\u2019ALENA, le plan des conservateurs porterait préjudice aux Canadiennes et aux Canadiens et nuirait à notre économie », a soutenu dans un communiqué le député mont- réalais Pablo Rodriguez, coprésident de la campagne libérale au Québec.Francophonie plus économique D\u2019autre part, M.Scheer rejoindrait le programme américain de défense antimissile balistique, une décision que les gouvernements précédents, tant libéraux que conservateurs \u2014 y compris celui de Stephen Harper \u2014, avaient refusé de prendre.Les États-Unis ont lancé le programme de bouclier antimissile sans le Canada ; il est conçu pour protéger le continent contre un missile balistique à longue portée doté d\u2019une ogive nucléaire.Pour ce qui est de la Francophonie, le chef conservateur aimerait « travailler avec les pays membres sur un défi contemporain important auquel fait face la Francophonie mondiale et les pays qui y participent, soit le manque de coordination économique ».« Les pays francophones forment un potentiel de richesse incroyable, de par les ressources humaines et naturelles dont ils disposent.Il est nécessaire donc que ces pays se recentrent sur l\u2019un des objectifs historiques phares de la Francophonie mondiale lancée il y a plusieurs décennies de manière institutionnelle : il s\u2019agit du développement économique et des échanges commerciaux des membres de l\u2019OIF.» Montréal demande à ses employés de larguer les énergies fossiles Estimant que la Ville de Montréal et ses employés doivent donner l\u2019exemple en matière de lutte aux changements climatiques, l\u2019administration de Valérie Plante a invité les comités de retraite municipaux à revoir leur politique d\u2019investissement afin de se retirer des énergies fossiles.Le geste est symbolique, car ces comités, qui gèrent des fonds de 14,3 milliards de dollars, sont autonomes, a reconnu la mairesse.Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les cols bleus et les cols blancs, juge la proposition « pertinente ».Le Devoir Andrew Scheer JACQUES NADEAU LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ant pis pour les Peter Simons et Pierre Karl Péladeau qui se démènent au Québec pour tenir tête à leurs concurrents américains qui offrent en ligne des biens ou des services numériques.Le gouvernement Trudeau reste sur ses positions.Pas question d\u2019exiger des plate- formes étrangères qu\u2019elles collectent la TPS lorsqu\u2019elles vendent leurs produits au Canada.Le dernier rapport du Bureau du vérificateur général (BVG), publié mardi à Ottawa, est pourtant sans appel.Bien qu\u2019il ne puisse dicter au gouvernement sa politique fiscale en matière de commerce électronique, le BVG fait la démonstration de l\u2019iniquité de la politique actuelle pour les entreprises canadiennes et de son impact négatif sur l\u2019assiette fiscale fédérale.Selon les estimations du BVG, « les pertes de recettes de la TPS sur les produits et services numériques vendus de l\u2019étranger au Canada se chiffraient à 169 millions de dollars en 2017 ».On peut présumer que la facture est aujourd\u2019hui plus salée puisque ce genre d\u2019achats en ligne ne fait que croître.Le BVG cite le ministère fédéral des Finances qui conclut lui-même que ce régime fiscal à deux vitesses peut avoir découragé des investissements étrangers au pays et avoir incité des entreprises canadiennes à délocaliser leurs services pour ne pas avoir à percevoir la TPS.On est face à une véritable incurie et les raisons offertes pour justifier cette inaction laissent pantois.En conférence de presse, la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, a réitéré la position du « premier ministre [Justin Trudeau] et [de ses] collègues responsables du dossier » et qui s\u2019opposent à toute nouvelle taxation des achats de services numériques auprès de fournisseurs étrangers.« Nos ressources d\u2019observation à l\u2019heure actuelle sont vraiment concentrées sur ce qui est le plus rentable [pour] l\u2019Agence du revenu.Et je l\u2019ai déjà mentionné, je vais travailler beaucoup plus dans le sens de m\u2019attaquer aux gros poissons que de m\u2019attaquer aux contribuables, aux petits consommateurs », a-t-elle ajouté.Elle se réfugie aussi derrière les discussions sur l\u2019encadrement du commerce en ligne qui se poursuivent à l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).Pourtant, le rapport le dit bien.Les fonctionnaires de l\u2019ARC ont participé à l\u2019élaboration des lignes directrices de l\u2019OCDE, mais ils sont incapables de les mettre en vigueur parce que la loi actuelle ne le leur permet pas.La ministre réplique qu\u2019il faut appliquer la loi qu\u2019on a, comme si elle ne faisait pas partie d\u2019un gouvernement ayant le pouvoir de la changer.Et ces discussions, il ne suffit pas d\u2019y participer, encore faut-il y donner suite.Une enquête de l\u2019OCDE auprès de pays imposant une taxe de vente met en relief le retard du Canada en matière de taxation des achats de biens faits sur les plateformes étrangères.Sur les 60 pays qui ont répondu, seulement deux comptaient toujours sur la déclaration volontaire et le versement des taxes de vente par les consommateurs, le contraire de ce que recommande l\u2019organisation pour assurer la neutralité fiscale.On comprend pourquoi.Cela est inefficace.Au Canada, seulement 524 formulaires de ce genre ont été soumis en 2017-2018.Une farce quand on sait que, cette année-là, 46 millions de paquets de petites valeurs ont été livrés par messagerie depuis l\u2019étranger, selon Statistique Canada.Les libéraux disent vouloir s\u2019attaquer aux « gros poissons » qui évitent le fisc, mais ils laissent sans sourciller les requins étrangers accaparer une part du marché canadien sans verser un rond au trésor fédéral.Que des investissements et des emplois soient mis en péril au Canada n\u2019arrive pas, à entendre Mme Lebouthillier, à infléchir son chef et ses collègues.C\u2019est le règne de l\u2019absurde.Nous payons tous pour cet entêtement.Le Québec exige depuis le 1er janvier que les plateformes étrangères faisant affaire sur son territoire perçoivent la TPS.Cela lui a permis d\u2019engranger 15,5 millions de dollars en seulement trois mois.Imaginez ce que cela représenterait à l\u2019échelle fédérale.Mais pour éviter de perdre quelques votes \u2014 on ne voit pas d\u2019autres raisons, le gouvernement Trudeau se prive de millions en revenus, alors qu\u2019il traîne toujours un déficit, et il offre du même coup un plantureux cadeau fiscal à des entreprises qui ne contribuent pas à l\u2019économie locale.C\u2019est une honte.Marie-Michelle Poisson Montréal À tous ceux et celles qui croient à tort que les écrans sont inoffensifs, je recommande vivement la lecture du livre de Michel Desmur- get, docteur en neurosciences cognitives et directeur de recherche à l\u2019INSERM (France), intitulé TV lobotomie.Pour ce chercheur, dont l\u2019opinion est fondée sur toute une carrière consacrée à l\u2019étude de ces questions, l\u2019affaire est entendue depuis longtemps ; la télévision est un problème de santé publique.Et ce qui était vrai dans les années 1970 ou 1980 l\u2019est d\u2019autant plus aujourd\u2019hui puisque, toujours selon M.Desmurget, ce qu\u2019on appelle communément un « téléphone intelligent » n\u2019est en réalité qu\u2019une « télévision miniature portative ».En effet, la plupart des gens se servent de leur téléphone ou de leur tablette pour regarder de manière passive (et souvent compulsive) toujours et encore plus de contenus vidéo.Les principaux arguments de Michel Desmurget sont : 1.La télé (entendons les écrans) interfère sur les apprentissages essentiels dès la petite enfance en nuisant de manière sensible à l\u2019acquisition du langage et au développement de l\u2019attention soutenue, deux acquis majeurs garants de tous les autres apprentissages ultérieurs.2.La télé (entendons les écrans) nuit à la bonne condition physique en induisant un comportement passif, gage d\u2019obésité et de dysfonctions multiples.3.Enfin, Desmurget ne cesse de rappeler la grande influence de la télé (entendons les écrans) sur l\u2019ensemble des comportements à risque chez les adolescents, notamment, et pour ne mentionner que les plus évidents, l\u2019expression de la violence chez les garçons principalement et la distorsion de l\u2019image corporelle amenant des troubles alimentaires principalement chez les filles.Aux États-Unis, deux psychiatres ont publié des livres-chocs aux conclusions sans équivoque ; les écrans ont des effets extrêmement nocifs sur le développement du cerveau des enfants et des adolescents.Dans Reset Your Child\u2019s Brain, la docteure Victoria Dunckley constate que les effets de la sursti- mulation neurologique induite par les écrans (ici on parle bel et bien de la technologie lumineuse en tant que telle) « imitent » souvent des troubles psychiatriques.Par prudence, elle propose un jeûne d\u2019écran de trois semaines avant d\u2019établir un diagnostic afin d\u2019éviter de médicamenter inutilement ses jeunes patients présentant des Penser globalement et agir localement pour prévenir la maltraitance des enfants Depuis la semaine dernière, l\u2019histoire de la fillette de Granby soulève, avec raison, de l\u2019indignation, de la tristesse, des questionnements\u2026 On se demande pourquoi cela est arrivé.On cherche la, le ou les coupables, la ou les causes\u2026 À partir d\u2019informations partielles, plusieurs semblent juger négativement des individus, tout en portant un regard réducteur sur la situation.Si juger les autres et simplifier la réalité est « normal », cela n\u2019aide aucunement à comprendre cette situation complexe et, ultimement, à trouver des solutions pour qu\u2019une histoire semblable ne se reproduise pas.Au contraire, on gagnerait à aborder cette situation en tenant compte du contexte social élargi, voire sociétal.Si l\u2019on s\u2019attarde au contexte social élargi, on peut d\u2019emblée mettre en question l\u2019organisation des services en enfance/jeunesse au Québec.D\u2019abord, l\u2019organisation hyper- centralisée et sur-rationnalisée de notre système de santé et de services sociaux devrait être mise en cause.Pourquoi n\u2019offre-t-on pas davantage de services de proximité, y compris de réadaptation, pour les enfants et les familles, axés sur leurs besoins dans leurs milieux de vie ainsi que sur la collaboration interprofessionnelle et intersectorielle?D\u2019ailleurs, travailler en collaboration interprofessionnelle et intersectorielle devrait être incontournable dans des situations complexes comme celle de la fillette de Granby.Quant au milieu scolaire, pourquoi ne bénéficie-t-il pas des ressources et des services éducatifs complémentaires requis, dont l\u2019ergothérapie, pour soutenir la participation, la réussite et le bien-être des élèves, avec ou sans difficulté, et ce, en collaboration avec le personnel enseignant, les parents et les autres acteurs du milieu?On peut également se demander quelles autres mesures devraient être élaborées et mises en place pour s\u2019assurer que les droits des enfants sont respectés.De surcroît, on aurait intérêt à s\u2019interroger sur la prise en charge médicalisée des problèmes sociaux, comme la maltraitance des enfants.À vrai dire, la maltrai- tance des enfants devrait être considérée comme un véritable enjeu de société, qui nécessite des actions collectives préventives, d\u2019autant plus qu\u2019une hausse des signalements faits à la DPJ est notée.L\u2019effritement de la cohésion sociale, en raison notamment des inégalités socioéconomiques, devrait aussi être pris en compte.Si vraiment nous avons à cœur la sécurité et le bien-être des enfants, il importe d\u2019analyser leurs besoins de manière globale (et systémique), de même que d\u2019investir et d\u2019agir dans leurs milieux de vie, en mettant en place les ressources et les services requis.En d\u2019autres mots, nous devrions penser globalement et agir localement pour prévenir la maltrai- tance des enfants.Emmanuelle Jasmin, ergothérapeute et professeure Le 7 mai 2019 La multiplication des écrans doit être freinée LIBRE OPINION LETTRES COMMERCE ÉLECTRONIQUE La force d\u2019inertie ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu comportements associés au TDAH ou à l\u2019autisme.Sa pratique lui fait conclure que le retrait des écrans est toujours bénéfique, qu\u2019il y ait ou non un trouble psychiatrique chez l\u2019enfant.Dans Glow Kids, le docteur Nicholas Kardara traite de la cyber- dépendance des jeunes enfants et des adolescents.Pour lui, toutes les applications électroniques, même celles qui se veulent éducatives, sont, comme le « crack », intentionnellement programmées pour induire dès le premier usage une forte décharge d\u2019adrénaline et de dopamine, créant ainsi une dépendance instantanée.Contrairement aux adultes, les enfants n\u2019ont pas le cortex préfrontal, siège de la volonté et du contrôle des impulsions, assez développé pour résister à ces nouvelles « drogues dures ».Conséquemment, ces deux pé- dopsychiatres remettent sérieusement en cause la pertinence de la pédagogie par écran.Pour leurs jeunes patients TDAH, autistes ou cyberdépendants, ils préconisent l\u2019exemption des écrans à l\u2019école.Les démonstrations du chercheur Michel Desmurget sont fondées sur les études scientifiques validées par des pairs et publiées dans des revues scientifiques comme il se doit.Il en va de même des recommandations des docteurs Victoria Dunckley et Nicholas Kardara, qui en plus sont des praticiens d\u2019expérience.En conclusion, si la télé est déjà considérée depuis des décennies par les experts comme un problème de santé publique, la multiplication des écrans laisse entrevoir une catastrophe sanitaire d\u2019une ampleur encore insoupçonnée ; les parents doivent écouter les pédiatres qui ont sonné l\u2019alerte ; fini les écrans à l\u2019école ! MANON CORNELLIER T Les libéraux disent vouloir s\u2019attaquer aux « gros poissons » qui évitent le fisc, mais ils laissent sans sourciller les requins étrangers accaparer une part du marché canadien sans verser un rond au trésor fédéral Drame de Granby: et les médecins ?J\u2019ai tout lu à ce sujet, mais un aspect me semble oublié.Le cas de trois personnes semble relever directement de la psychiatrie, donc de la médecine.Au moins deux cas : la mère et la fillette.Qui a été consulté et quel diagnostic et quels traitements ont été suggérés ?La DPJ et les services sociaux ne remplacent pas les services de santé au premier chef.L\u2019école dirige les enfants turbulents vers une médicalisation au Ritalin dès le plus jeune âge, mais les symptômes de cette fillette étaient beaucoup plus graves, et l\u2019on a choisi de l\u2019isoler de l\u2019école seulement plutôt que de la diriger immédiatement vers des spécialistes en pédopsychiatrie.Que peut faire la DPJ avec trois personnes souffrant de problèmes mentaux aussi évidents ?La première ligne aurait été le système de santé, mais personne n\u2019en a parlé, sauf pour la mère, qui a été séparée de l\u2019enfant à la naissance.Mais qu\u2019en a-t-il été du suivi pour la mère, pour le père et pour l\u2019enfant ?Le système médical a-t-il fait ce qu\u2019il devait faire ?Sûrement pas.Ghislaine Sauvé Le 4 mai 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Texte collectif * Nous, Québécoises et Québécois de différents horizons, voulons un Québec laïque dont les quatre piliers sont : la séparation entre les institutions étatiques et les institutions religieuses ; la neutralité religieuse des institutions étatiques; la liberté de conscience et de religion et le droit à l\u2019égalité citoyenne.Nous voulons donc un modèle québécois de laïcité de l\u2019État bien équilibré dans lequel citoyennes et citoyens sont libres d\u2019adhérer ou non à des convictions de conscience (religieuses, spirituelles ou philosophiques), ainsi que de les pratiquer de manière individuelle et collective, tant en public qu\u2019en privé, dans le respect des valeurs démocratiques, de l\u2019ordre public et du bien-être général de la société québécoise.Le processus de laïcisation des institutions étatiques du Québec, amorcé durant la Révolution tranquille, n\u2019est toujours pas terminé et nécessite de revoir tous les aspects de la relation entre l\u2019État et les institutions religieuses.L\u2019avancement de ce processus dépend autant d\u2019une politique d\u2019État cohérente que d\u2019une volonté de l\u2019ensemble de la société d\u2019établir de façon définitive la laïcité globale de l\u2019État québécois.En conséquence, nous invitons les députées et députés de l\u2019Assemblée nationale à adopter une Loi sur la laïcité de l\u2019État qui affirme les 14 principes, indissociables et interdépendants, suivants: 1.La laïcité est l\u2019un des principes fondamentaux et structurants de l\u2019État, de ses institutions et de ses cérémonies.À l\u2019exception des éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec, le principe de laïcité a préséance sur la patrimonialisa- tion de coutumes, d\u2019habitudes, de mœurs ou de traditions issues de la religion en cas de litige; 2.Les agentes et agents de l\u2019État ont un devoir de réserve en matière religieuse qui s\u2019applique uniquement aux décisions prises et aux actions effectuées lors de l\u2019exercice de leurs fonctions, notamment l\u2019obligation de ne pas favoriser ou défavoriser une personne pour motifs religieux (discrimination) ni de chercher à susciter l\u2019adhésion d\u2019autres personnes à leurs convictions de conscience (prosélytisme); 3.Les agentes et agents de l\u2019État, s\u2019étant engagés à exercer leurs fonctions avec intégrité, bénéficient d\u2019une présomption d\u2019impartialité et, par conséquent, sont libres de porter des symboles religieux (vêtements, accessoires ou objets de culte) lors de l\u2019exercice de leurs fonctions.Cette liberté sera restreinte lors des situations où un symbole religieux entrave physiquement l\u2019exercice d\u2019une fonction ou exige une contrainte excessive; 4.Les citoyennes et citoyens sont libres de porter des symboles religieux (vêtements, accessoires ou objets de culte) lors de leur usage des services offerts par l\u2019État.Un motif religieux ne peut pas être invoqué par une citoyenne ou un citoyen afin de déroger à l\u2019obligation de découvrir brièvement son visage à la demande d\u2019une agente ou d\u2019un agent de l\u2019État lors de cas nécessaires de vérification d\u2019identité ou de prise de photo; 5.La décoration intérieure et extérieure de bâtiments publics avec des symboles religieux est proscrite, à l\u2019exception de symboles sécularisés posés temporairement lors de fêtes culturelles ou de symboles intégrés intrinsèquement dans l\u2019architecture du patrimoine immobilier déjà bâti.Tous les symboles religieux non exemptés doivent être retirés et donnés au Conseil du patrimoine religieux du Québec afin de servir dans divers projets de restauration du patrimoine culturel religieux; 6.L\u2019État exercera son droit de préemption en cas de vente de tout immeuble religieux ayant bénéficié par le passé de fonds issus de l\u2019impôt religieux (dîme) ou du Trésor public, afin de les acheter et des les réorienter vers des projets de musée, d\u2019action communautaire ou d\u2019innovation sociale; 7.Toute récitation de prière ou de texte à caractère religieux est proscrite lors de la séance d\u2019une assemblée délibérante nationale, régionale, municipale ou scolaire; 8.Toute forme de promotion, de financement, d\u2019organisation ou de participation officielle par les autorités publiques à des événements à caractère religieux en contradiction avec le principe de laïcité, notamment le «déjeuner de prière » et la « messe rouge », est proscrite ; 9.Toute forme de financement public pour les partis politiques religieux est proscrite; 10.Toute forme de financement public pour l\u2019éducation préscolaire et les services d\u2019enseignement dans les garderies et les établissements d\u2019enseignement à vocation religieuse, spirituelle ou confessionnelle est proscrite, tout en préservant l\u2019encadrement légal du contenu; 11.Toute forme de financement public pour les organismes de bienfaisance religieux dont les pratiques ne respectent pas la Charte des droits et libertés de la personne du Québec est proscrite; 12.Les institutions religieuses ne peuvent pas recevoir des privilèges fiscaux qui ne sont pas déjà consentis aux personnes morales sans but lucratif; 13.La cérémonie religieuse du mariage n\u2019a pas de conséquences civiles et les ministres du culte ne peuvent célébrer une cérémonie civile du mariage.La cérémonie civile est donc un préalable obligatoire à la cérémonie religieuse.Les deux cérémonies peuvent se tenir de façon concomitante, la déclaration de mariage étant assumée par une célébrante civile ou un célébrant civil, suivie de la cérémonie religieuse célébrée par une ou un ministre du culte; 14.La propriété et la gestion des cimetières privés appartenant aux fabriques sont transférées aux municipalités afin d\u2019en faire des services publics (pouvant contenir des carrés confessionnels) et de mieux préserver le patrimoine funéraire.La loi sur la laïcité de l\u2019État québécois doit contenir une disposition précisant qu\u2019elle a préséance sur toutes les lois générales ou spéciales \u2014 à l\u2019instar de la Charte québécoise des droits et libertés \u2014 et qu\u2019aucune institution étatique ou religieuse au Québec ne peut s\u2019y soustraire, à l\u2019exception des institutions autochtones.* Ce texte a été cosigné par plus de 150 citoyens.La liste se trouve sur nos plate- formes numériques.LAÏCITÉ Une solution de rechange équilibrée au projet de loi 21 Chantal Ringuet Auteure et docteure en lettres Le 8 mai 1984, par une matinée ensoleillée, nous étions plusieurs centaines d\u2019élèves à franchir les portes de l\u2019École des Ursulines sans pouvoir imaginer que nos vies d\u2019écolières seraient marquées par l\u2019émergence d\u2019un événement traumatique dans l\u2019histoire du Québec : la fusillade à l\u2019Assemblée nationale par le caporal Denis Lortie.Vêtues de notre uniforme scolaire, nous avons gravi les escaliers menant à nos salles de classe et les cours ont débuté normalement.Peu après, quand notre professeure nous a annoncé qu\u2019un événement majeur, inattendu et grave, se déroulait à proximité, nous avons été dans le plus grand désarroi.Très vite, on nous a rassurées : nous n\u2019étions pas en danger, car l\u2019incident se déroulait « à une certaine distance » du monastère.Cependant, il fallait évacuer les lieux.Et c\u2019est ainsi que nous avons tenu nos rangs dans la cour extérieure de l\u2019école située au 4, rue du Parloir, à moins d\u2019un kilomètre du Parlement de Québec, là où se jouait le drame.L\u2019histoire de la capitale prenait un tour nouveau et effroyable pour quiconque fréquentait l\u2019École des Ursulines, le premier établissement d\u2019enseignement pour jeunes filles en Amérique du Nord.Fondée par Marie de l\u2019Incarnation en 1639 à l\u2019intérieur de la ville fortifiée, notre école n\u2019avait-elle pas résisté à toutes les attaques, depuis celles des Iroquois au XVIIe siècle jusqu\u2019à celles des Anglais au XVIIIe siècle?Pour les écolières que nous étions, tous les scénarios \u2014 sauf celui d\u2019un incendie, rapidement écarté \u2014 étaient plausibles.Mystère, crainte et excitation étaient au rendez-vous, notre imaginaire était sollicité de manière inédite.Mais nous étions confiantes, car la direction de l\u2019école prenait les choses en main.Or, sans le savoir, nous étions exposées au danger : dans l\u2019affolement, la direction avait utilisé le plan d\u2019alerte en cas d\u2019incendie, le seul plan de gestion de crise envisagé, jusqu\u2019alors, face à un éventuel péril au monastère.Comme nous l\u2019apprîmes plus tard, ce matin-là, le caporal Lortie avait fait irruption à l\u2019Assemblée nationale avec l\u2019intention de « tuer le gouvernement du Québec », qui avait, selon lui, « le visage de [s]on père».Le militaire s\u2019était immiscé dans l\u2019édifice peu surveillé, il avait couru dans les couloirs et tiré à l\u2019arme automatique sur tous ceux qu\u2019il croisait.Deux heures plus tard, il avait été neutralisé après avoir tué trois personnes et en avoir blessé treize autres.De Lortie à Lépine Si par malheur le caporal Lortie était sorti indemne du Parlement en prenant la fuite du côté de la Vieille Ville, et s\u2019il avait emprunté la ruelle des Ursulines pour échapper aux autorités, il serait tombé sur une foule de petites filles vêtues de leur uniforme et alignées dans la cour extérieure.Des cibles de choix pour un tueur de masse, si son délire psychotique s\u2019était articulé à un autre motif que celui de parricide, comme l\u2019a bien montré le psychanalyste français Pierre Legendre dans l\u2019ouvrage qu\u2019il lui a consacré.Bien sûr, cela fait beaucoup de « si » et nous savons que rien de tel n\u2019est arrivé.Malheureusement, il ne s\u2019agit pas que de conjectures : il aura fallu que survienne cinq ans plus tard un autre crime de masse, la tristement célèbre attaque de Marc Lépine contre les étudiantes de l\u2019École polytechnique de l\u2019Université de Montréal, pour que l\u2019on prenne davantage conscience de la nécessité d\u2019accroître la sécurité dans les établissements d\u2019enseignement au Québec.Car, en un sens, Lortie avait ouvert la voie à Lépine : dans la lettre d\u2019adieu que ce dernier a rédigée avant d\u2019ouvrir le feu sur vingt-huit personnes en 1989 \u2014 tuant quatorze femmes et blessant quatorze individus \u2014, il cite non sans admiration le crime de son prédécesseur.Trente-cinq ans plus tard, il m\u2019apparaît crucial de rappeler cette date anniversaire à tous les Québécois.Contre l\u2019idée récurrente d\u2019après laquelle il faudrait ranger une partie de notre histoire dans le placard sous prétexte qu\u2019elle réveille une mémoire douloureuse, j\u2019estime qu\u2019il est de notre responsabilité de nous souvenir, de façon responsable et juste, des événe- ments pénibles et traumatiques qui ont façonné notre histoire collective.Renier la mémoire, dans ce cas précis, cela reviendrait à annuler le sacrifice des vies qui ont été enlevées tragiquement le 8 mai 1984, de même que les conditions ayant permis la fusillade à l\u2019Assemblée nationale.De plus, cela reviendrait à taire les nombreuses questions que fait surgir cet incident à propos de la filiation et de ses résonances dans le présent contexte so- ciohistorique et culturel.En réalité, l\u2019exemple du caporal Lor- tie semble révélateur de certaines impasses qui méritent aujourd\u2019hui de faire l\u2019objet d\u2019une réflexion approfondie.Au Canada, pays en retrait des grands conflits géopolitiques, la tentation est parfois grande de nous sentir protégés contre les actes de violence et les crimes contre les masses.Il faut pourtant insister sur le caractère imprévisible de ce genre d\u2019actes meurtriers et sur leur potentiel de répétition à court et à moyen terme, de manière à agir collectivement pour la prévention de la violence dans les institutions publiques et privées.En ce sens, il importe de restreindre au maximum le droit au port des armes à feu et de planifier la gestion de situations de crise de ce type afin d\u2019assurer la sécurité des élèves qui fréquentent nos établissements d\u2019enseignement.Il y a 35 ans, la fusillade à l\u2019Assemblée nationale Quelques joueurs en moins Les policiers et le Barreau du Québec boudent la consultation sur le projet de loi 21», annonçait-on la semaine dernière.Nous voilà à la pleine croisée des chemins sur la laïcité, un débat qui fait pâlir ceux sur l\u2019indépendance, le libre-échange, la prostitution, l\u2019environnement ou même l\u2019appropriation culturelle, les couteaux n\u2019ayant jamais été aussi aiguisés ni la polarisation aussi forte, et, pourtant, ni le Barreau du Québec ni la majorité des corps policiers seront présents.Si les absents ont toujours tort, que dire d\u2019organismes voués à la « protection du public » et à la « primauté du droit » qui hésitent à venir discuter d\u2019une législation qui, non seulement les concerne directement, mais risque de créer des remous ?Serait-ce la peur de faire davantage de vagues ?D\u2019indisposer un gouvernement nouvellement élu ?Le manque de temps ?Ou simplement le fait qu\u2019à l\u2019intérieur de leurs propres rangs, il est impossible d\u2019y voir clair ?La difficulté d\u2019obtenir un consensus explique d\u2019ailleurs l\u2019absence de deux autres invités, la Fédération des travailleurs du Québec et la Fédération des directions d\u2019établissement d\u2019enseignement qui, à l\u2019instar des Québécois eux- mêmes, se retrouvent parfaitement divisées.« Nous n\u2019avons pas de position sur le port des signes religieux, explique Atïm Léon, conseiller politique de la FTQ.Il a été impossible de nous entendre.» Au Barreau du Québec, on m\u2019assure qu\u2019il « n\u2019y a pas de malaise », mais en refusant par ailleurs toute discussion sur le sujet.« Il n\u2019y aura pas d\u2019autres commentaires », dit Hélène Bisson, directrice du service des communications.L\u2019organisme considère avoir déjà fait son chemin de croix une première fois au moment de la commission parlementaire sur le projet de loi no 60 (Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l\u2019État ainsi que d\u2019égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d\u2019accommodement), en décembre 2013 ; et une seconde fois au moment du dépôt du projet de loi 62 (Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l\u2019État et visant notamment à encadrer les demandes d\u2019accommodements religieux dans certains organismes), en 2016.Dans la lettre envoyée à la Commission des institutions expliquant son refus de comparaître, le Barreau du Québec renvoie au mémoire et à une lettre produits à ces occasions, en s\u2019en tenant à quelques observations byzantines sur des questions de droit.La liberté de conscience et de religion comporte deux aspects interreliés, écrit-on d\u2019entrée de jeu, « l\u2019un positif et l\u2019autre négatif ».Le droit pour un individu de « professer ouvertement ses croyances » (positif ) et, parallèlement, le droit de « ne pas se voir contraint par l\u2019État d\u2019adhérer à une religion particulière » (négatif ).Est-ce vraiment crucial à souligner ou simplement une façon de souffler le chaud et le froid sur une question controversée ?La question se pose.Les deux autres notions soulignées dans la lettre du Barreau démontrent aussi le même penchant à aborder la question avec de grosses pincettes.On mentionne le fait que « la liberté de conscience et de religion n\u2019est pas un droit absolu ».On peut le restreindre, en d\u2019autres mots, donnant ici raison au gouvernement Legault, tout en ajoutant que celui-ci doit pouvoir justifier un tel geste.Finalement, le Barreau mentionne l\u2019utilisation des dispositions de dérogation en précisant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un « choix politique » qu\u2019il incombe au gouvernement, encore une fois, d\u2019expliquer.L\u2019aspect juridique d\u2019une telle manœu- vre est complètement passé sous silence.Pourtant, la lettre dit également : « L\u2019interdiction des signes religieux telle que décrite dans le projet de loi no 21 est, à notre avis, une atteinte aux droits et libertés fondamentales des chartes canadienne et québécoise.» C\u2019est la petite bombe déposée, mine de rien et sans explication plus avant, parmi quelques paragraphes passablement plus ambigus.Pourquoi le Barreau ne se sent-il pas le même devoir qu\u2019il y a cinq ans, face à la charte des valeurs du gouvernement Marois ?Le mémoire déposé à cette occasion se voulait une défense minutieuse et sans ambiguïté des libertés fondamentales.Pourquoi ne pas venir expliquer, au moment justement où une loi nous pend au bout du nez (ce n\u2019était pas le cas en 2013), les dérapages possibles d\u2019une telle législation ?Pourquoi le Barreau abdique-t-il le rôle qu\u2019il revendique pourtant dans sa lettre, celui de promoteur de la primauté de droit ?Mystère.En ce qui concerne les quatre corps policiers qui ne se présenteront pas devant la commission parlementaire, le mystère est moins opaque.Selon ceux à qui j\u2019ai réussi à poser des questions, la Fédération des policiers municipaux et le Syndicat des constables spéciaux du gouvernement québécois notamment, les policiers sont largement d\u2019accord « avec la position Bouchard-Taylor ».En d\u2019autres mots, ils sont déjà disposés à la neutralité vestimentaire et ne se sentent pas particulièrement concernés par le projet de loi 21.À l\u2019Association des directeurs de police, on souligne par ailleurs certaines contradictions dans l\u2019actuel projet de loi, dont l\u2019exemption de l\u2019École de police de l\u2019interdiction des signes religieux.Après l\u2019exemption des écoles privées, voilà une autre incongruité de taille.On sait combien le gouvernement Legault est pressé d\u2019en finir avec la laïcité.Mais devant autant d\u2019absences et d\u2019approximations, pense-t-on vraiment clore le débat de sitôt ?FRANCINE PELLETIER On sait combien le gouvernement Legault est pressé d\u2019en finir avec la laïcité.Mais devant autant d\u2019absences et d\u2019approximations, pense-t-on vraiment clore le débat de sitôt ?» LEDEVOIR // LE MERCREDI 8 MAI 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.Taylor surpris par les mouvements de haine CHOC SUITE DE LA PAGE A 1 des écoles primaires et secondaires publiques ainsi que l\u2019obligation d\u2019offrir et de recevoir des services à visage découvert « risquent d\u2019entraîner des effets discriminatoires pour des personnes appartenant à certains groupes minoritaires de la population québécoise et qui sont, pour plusieurs d\u2019entre elles, déjà victimes de préjugés et d\u2019exclusion », estime la CDPDJ.Il s\u2019agit d\u2019une interprétation du droit figée, selon les Juristes pour la laïcité de l\u2019État, parce qu\u2019elle ignore l\u2019évolution de la Cour suprême sur la question religieuse depuis 2007.Le regroupement sera représenté en commission parlementaire jeudi par l\u2019ex-bâtonnière du Barreau de Montréal, Julie Latour.« En effet, si la Cour suprême du Canada a initialement donné une interprétation large et libérale à la dimension individuelle de la liberté de religion, elle a ensuite requis un lien entre la croyance alléguée et les préceptes religieux », peut-on lire dans le mémoire du collectif.Le groupe cite quatre arrêts du plus haut tribunal du pays, dont celui de 2015 qui invalidait le règlement municipal sur la prière à l\u2019Hôtel de Ville de Sague- nay et qui « a déjà tracé la voie d\u2019une neutralité religieuse de l\u2019État ».Selon ces juristes, le projet de loi 21 ne produira pas « d\u2019effets disproportionnés sur la liberté de religion comprise dans son entièreté » puisque l\u2019interdiction du port de signes religieux ne s\u2019appliquerait qu\u2019« au seul moment de l\u2019exercice d\u2019une fonction publique ».« [Nous] soumettons qu\u2019il n\u2019est pas absolument nécessaire pour un croyant de porter les signes religieux, en tout temps et en tous lieux, surtout s\u2019il incarne la mission de l\u2019État », ajoutent- ils.Ils s\u2019appuient sur un jugement de la Cour suprême rendu en juin 2018 qui reconnaissait le droit du barreau de la Colombie-Britannique de refuser l\u2019accréditation d\u2019une faculté de droit en raison des pratiques discriminatoires de l\u2019université chrétienne Trinity Western.L\u2019institution voulait obliger les étudiants à signer un engagement permettant uniquement l\u2019intimité sexuelle entre un homme et une femme mariés, portant ainsi atteinte aux lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers qui auraient souhaité y étudier.Esquisse de compromis Le professeur de droit Louis-Phi- lippe Lampron esquisse une position de compromis.Il se range derrière le rapport Bouchard-Taylor qui préconisait l\u2019interdiction du port de signes religieux pour les employés de l\u2019État en position coercitive \u2014 pas les enseignants.Ce compromis « aurait des chances raisonnables d\u2019être jugé conforme » à la Charte canadienne des droits et libertés et à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, écrit- il dans le mémoire qu\u2019il présentera en commission parlementaire mercredi.Non seulement le projet de loi 21 ouvre-t-il la porte à la discrimination des enseignantes qui portent le foulard, mais il sera difficile à appliquer à « un corps d\u2019agent de l\u2019État qui n\u2019a pas l\u2019obligation de porter un uniforme », selon lui.Les signes ostensibles comme le turban sikh, le hidjab musulman ou la kippa juive sont plus faciles à reconnaître, mais que dire des « des pièces de vêtements ou des médaillons de tailles et de motifs variés » ?Comment distinguer les « éléments qu\u2019un individu porte pour des motifs esthétiques et ce qu\u2019il porte pour des motifs religieux » ?«La question de l\u2019uniforme est donc une raison de plus qui rend possible de croire que le \u201ccompromis Bouchard-Tay- lor\u201d pourrait passer le test des Chartes, contrairement à l\u2019interdiction mal définie qu\u2019on retrouve dans le [projet de loi] 21 », mentionne M.Lampron.Taylor dit avoir fait erreur S\u2019inscrivant dans une « laïcité carrément antireligieuse », le projet de loi 21 « encourage un anti-islam absolument stupide et dangereux », a averti Charles Taylor à l\u2019occasion de son passage au Parlement mardi soir.« On encourage certains préjugés » en plus de « casser la carrière de certaines gens », a-t-il déploré devant les membres de la commission des institutions.Prônant un « État neutre » et des « individus libres », M.Taylor a aussi dit avoir erré en recommandant dans le rapport Bouchard-Taylor une interdiction de symboles religieux chez les agents de l\u2019État assumant des fonctions coercitives.Il croyait que la proposition aurait été « tellement choquante pour les gens » que les partis politiques l\u2019auraient vue comme un « rempart où ils doivent s\u2019arrêter » et non comme un « tremplin pour aller plus loin ».« J\u2019ai été très naïf », a-t-il laissé tomber dans le Salon rouge.« Ce dont j\u2019étais complément inconscient \u2014 je l\u2019admets \u2014 c\u2019était les différents mouvements de haine et d\u2019opposition qui ont lieu et qui existent dans notre société [occidentale « Des intégristes » À l\u2019extérieur, une soixantaine de membres de La Meute d\u2019un peu partout au Québec faisait du bruit devant l\u2019Hôtel du Parlement pour manifester leur appui au projet de loi caquiste.Ce sont les porte-parole du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDF) puis celles du Collectif citoyen pour l\u2019égalité et la laïcité qui ont amorcé les consultations sur le projet de loi 21.Elles ont salué mardi avant-midi l\u2019« avancée » pour la laïcité que propose de faire le gouvernement caquiste.Elles lui ont toutefois demandé, tant qu\u2019à y être, d\u2019étendre l\u2019obligation de neutralité à toute l\u2019équipe-école et aux éducateurs en service de garde, à défaut de quoi « l\u2019État va être partiellement laïque ».« Les femmes qui portent le hidjab et [\u2026] qui exercent un certain chantage émotif, en disant : \u201cNon, je n\u2019enlèverai pas mon hidjab !\u201d, eh bien, celles-ci, oui, je considère qu\u2019elles sont intégristes », a lancé la militante Djemila Benhabib, demandant du même souffle à M.Jolin-Barrette de ne pas « céder un pouce de nos institutions étatiques aux pressions des intégristes ».GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR Une mascarade, une «consultation de façade» et une «occasion manquée»: des représentants de plusieurs groupes religieux ont dénoncé mardi leur mise à l\u2019écart de l\u2019étude du projet de loi 21.Le refus du gouvernement d\u2019entendre les personnes visées par la future Loi sur la laïcité de l\u2019État trahit selon eux le «manque d\u2019intérêt» de Québec à leur égard.« Notre communauté sera frappée de plein fouet par ce projet de loi, mais elle ne pourra pas le dire aux élus », a fait remarquer Samaa Elibyari, du Conseil canadien des femmes musulmanes, lors d\u2019une conférence de presse inter- confessionnelle tenue dans une église de Montréal.Des représentants de quatre groupes musulmans, de l\u2019Organisation mondiale sikhe du Canada, de la Conférence des rabbins de Montréal et de l\u2019Église unie du Canada (protestante) étaient présents pour réitérer leur opposition au projet de loi déposé par le gouvernement Legault.Mais ils voulaient surtout souligner l\u2019incongruité Les exclus dénoncent une mascarade Plusieurs groupes religieux auraient voulu se faire entendre aux consultations publiques à Québec PROJET DE LOI SUR LA LAÏCITÉ DE L\u2019ÉTAT de se voir exclus des consultations qui débutaient au même moment.« Je trouve vraiment décevant et malheureux que les groupes religieux n\u2019aient pas été invités et écoutés », a indiqué Paula Kline au Devoir.La porte-parole de l\u2019Église unie du Canada se demande comment il est possible « d\u2019adopter une loi qui aura un impact sur la vie des gens des communautés religieuses sans même les entendre.Mme Kline, qui portait un col romain pour l\u2019occasion, a rappelé que les chrétiens sont moins visibles que d\u2019autres croyants dans l\u2019espace public.«Je suis ici en solidarité avec tous ceux pour qui les vêtements et les symboles religieux font partie de ce qu\u2019ils sont et de comment ils pratiquent leur religion», a-t-elle dit « Un fait accompli » Pour Avi Finegold, porte-parole du Conseil des rabbins, l\u2019attitude du gouvernement autour des consultations montre qu\u2019il considère « comme un fait accompli » l\u2019adoption de la loi.« On dirait qu\u2019ils essaient simplement de masquer le tout avec quelques journées de consultations, pour une loi aussi majeure », a-t-il indiqué.Sara Abou Bakr, du Conseil national des musulmans canadiens, croit que les témoins qui seront entendus à Québec « ne représentent pas la société québécoise au complet.» «?Le gouvernement s\u2019est dit : \u201cJe vais inviter quelques personnes contre, mais on va mettre l\u2019accent sur ceux qui sont pour.Ce sont eux qu\u2019on veut écouter\u201d ».Dans les faits, au moins une quinzaine des 36 intervenants qui s\u2019exprimeront dans le cadre des consultations sont opposés au projet de loi.Mais Mme Abou- Bakr rappelle que « cette loi est là pour enlever les symboles religieux.Ç\u2019aurait été bien d\u2019entendre ceux qui les portent dire ce qu\u2019ils en pensent ».La jeune femme remarque d\u2019ailleurs qu\u2019on « parle toujours en [son] nom.» «?On donne une explication du voile sans demander à celles qui le portent, comme moi, ce qu\u2019elles en pensent.On raconte une histoire pour moi, sans me demander si je le porte par choix.Et la réponse est oui.Mais c\u2019est comme si on aimait le stéréotype qui voudrait que non, et qu\u2019on faisait tout pour le garder comme ça ».Dire quoi ?Si elle avait pu témoigner à Québec, Sa- maa Elibyari aurait fait valoir que le projet de loi « n\u2019est pas une façon de promouvoir l\u2019égalité des hommes et des femmes.Parce que si vous limitez les aspirations des jeunes, si vous barrez la route des promotions aux femmes déjà sur le marché du travail [la clause de droit acquis ne s\u2019applique que pour le poste occupé présentement], vous marginalisez les femmes, mais aussi toute une communauté ».Sara Abou-Bakr aurait quant à elle affirmé que « le fait de porter un symbole religieux tout en travaillant pour le gouvernement mettrait l\u2019accent sur le fait qu\u2019on vit dans un Québec inclusif ».Dans l\u2019immédiat, Paula Kline suggère au gouvernement de prolonger la période de consultation pour « écouter plus de voix » (ce qui n\u2019est pas envisagé à Québec).Autrement, pense-t-elle, le débat public sur la question risque de rester longtemps bloqué sur « une forte polarisation ».Le sociologue Charles Taylor a été accueilli mardi dans le Salon rouge par le ministre Simon Jolin- Barrette.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE On donne une explication du voile sans demander à celles qui le portent, comme moi, ce qu\u2019elles en pensent SARA ABOU BAKR » "]
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