Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Le devoir, 2019-05-25, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 PHILOSOPHIE Fausse conscience et femme voilée B 10 PERSPECTIVES « Laïcité : un appui ».La chronique de Michel David | B 6 MONDE Une explosion à Lyon fait une dizaine de blessés légers | B 7 evant l\u2019école Gambetta, dans le 20e arrondissement de Paris, 34 panneaux métalliques ont été dressés sur le trottoir.34 panneaux pour les 34 listes qui se présentent, en France seulement, au scrutin européen qui se déroulera dimanche.Parmi elles, on trouve une liste animaliste, une autre qui fait la promotion de l\u2019espéranto et trois listes de gilets jaunes à peu près inconnues.Certaines n\u2019ont pas même pris la peine de faire imprimer des affiches.Inutile de dire que, dans cette apparente confusion, les 400 millions d\u2019électeurs qui ont commencé à voter jeudi pour élire 751 députés (705 sans les Britanniques) le feront pour des raisons souvent très différentes.En France, après six mois de manifestation des gilets jaunes et à cause de l\u2019implication personnelle du président, la campagne a pris l\u2019allure d\u2019un plébiscite pour ou contre Emmanuel Macron.Ce dernier a beau dramatiser les enjeux du scrutin de dimanche en parlant d\u2019un rendez-vous « existentiel », la plupart des observateurs ne croient pas au grand chamboulement.À preuve, comme en 2014, la participation devrait à peine dépasser les 40 %.Lancée par une tribune publiée dans 28 pays membres de l\u2019Union et appelant à la « renaissance » européenne, la campagne du président français ne s\u2019est pas déroulée comme prévu.Il n\u2019aura fallu que quelques jours pour que la nouvelle patronne de la CDU allemande, Annegret Kramp-Karren- bauer, retoque ses principales propositions (comme un « salaire minimum européen »), allant même jusqu\u2019à remettre en question le siège du Parlement à Strasbourg.Alors qu\u2019Emmanuel Macron rêvait d\u2019un leadership au-delà des frontières, ses problèmes intérieurs l\u2019auront retenu à quai.C\u2019est plutôt le camp eurosceptique de Matteo Salvini et Marine Le Pen qui aura tenu les principaux rassemblements CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR La boîte à surprise À quoi ressemblera le prochain Parlement européen ?D GUE/NGL (52) ADLE (68) EFDD (41) ENL (37) NI (21) PPE (217) ECR (76) S&D (186) Verts/ALE (52) européens.Pour autant, malgré les déclarations alarmistes de fin de campagne, rares sont ceux qui croient que cette élection se soldera par des changements radicaux.Les modifications aux traités ne peuvent venir que des chefs d\u2019État et, si les traditionnels blocs conservateur (PPE) et socialiste (PSE) s\u2019effritent, ils demeurent respectivement crédités de 180 et 149 sièges.Reste à leurs principaux concurrents, populistes et libéraux-centristes, à décrocher le titre de « faiseurs de roi ».L\u2019immigration en tête Les nationaux-populistes peuvent au mieux espérer représenter 25 % de l\u2019assemblée, sans compter le premier ministre hongrois Victor Orban suspendu du PPE mais toujours membre.« Pas de quoi renverser la table », écrit Ivanne Trippenbach dans le quotidien L\u2019Opinion.Les eurosceptiques pourraient tout de même former le troisième groupe en importance.La raison de cette poussée populiste semble claire.Toutes les enquêtes d\u2019opinion ont montré que l\u2019immigration arrivait en tête des préoccupations des Européens.Selon un sondage YouGov réalisé dans huit pays auprès de 8000 personnes, 35 % des personnes interrogées placent l\u2019immigration en tête de leurs préoccupations contre 29 % pour l\u2019environnement.L\u2019immigration domine dans tous les pays sauf en Allemagne.Par ailleurs, 46% des Européens souhaitent que leur pays n\u2019accepte plus de réfugiés et seulement 14 % approuvent la gestion par Bruxelles de la crise migratoire.Mais il est loin d\u2019être certain que les trois groupes qui composent le camp eu- rosceptique réussiront à s\u2019unir.Les tentatives de séduction de Matteo Salvini (ENL) auprès du premier ministre hongrois, Victor Orban, se heurtent à des divergences sur l\u2019attitude à l\u2019égard de la Russie.Divergences fortement accentuées par le scandale qui vient de frapper l\u2019extrême droite autrichienne.Du côté des libéraux-centristes, les grandes manœuvres sont aussi en cours.Proche des libéraux (ALDE) de Guy Verhofstadt, Emmanuel Macron a récemment reçu le soutien du premier ministre portugais, le socialiste Antonio Costa.Udo Bullmann, président du groupe social-démocrate du Parlement européen (qui devrait perdre le plus grand nombre de députés), a ouvertement évoqué une « alliance progressiste ».Les deux camps mettent la transition écologique en tête de leurs priorités même si le sujet a été assez peu discuté dans cette campagne.En France, après six mois de manifestation des gilets jaunes et à cause de l\u2019implication personnelle du président, la campagne a pris l\u2019allure d\u2019un plébiscite pour ou contre Emmanuel Macron.FREDERICK FLORIN AGENCE FRANCE-PRESSE PERSPECTIVES Cette nouvelle alliance permettrait au PSE de sortir de la « grande coalition » avec le PPE qui a transformé durant des années le Parlement de Strasbourg en « maxi Bundestag », selon les mots de la secrétaire d\u2019État française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin.Mais le pari est loin d\u2019être gagné.Libéraux-centristes et sociaux- démocrates auront beaucoup de mal à franchir le cap des 376 députés qui forment la majorité absolue.Or, une alliance à trois avec les verts et l\u2019extrême gauche est encore plus incertaine.Les grandes manœuvres Dimanche soir marquera le début des grandes manœuvres pour savoir quelle majorité dirigera le Parlement.Les chefs d\u2019État entameront aussi une longue négociation afin de désigner celui qui succédera à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.En 2014, l\u2019Union européenne avait innové en choisissant la tête de liste, ou spit- zenkandidate, du parti arrivé premier, en l\u2019occurrence le PPE.Or, le traité de Lisbonne se contente de dire que cette nomination doit « tenir compte des résultats des élections ».Les chefs d\u2019État et de gouvernement se réuniront deux jours après le scrutin pour lancer la négociation qui devrait durer au moins jusqu\u2019au prochain Conseil européen, le 20 juin.Les différends qui se sont multipliés entre Emmanuel Macron et Angela Merkel pourraient rendre ce choix difficile.Macron a déjà annoncé qu\u2019il ne voulait pas du Bavarois Manfred Weber (PPE) issu de la CSU et peu connu hors du Parlement européen.Campé à droite, Weber a beau avoir le soutien formel de la chancelière, il a préféré faire campagne avec le premier ministre autrichien Sebastian Kurz, connu pour sa ligne ferme sur l\u2019immigration et qui appelle l\u2019Union européenne (et Emmanuel Macron) à « changer de ton » à l\u2019égard des anciens pays de l\u2019Est.Quant à l\u2019autre tête de liste, Frans Timmer- mans (PSE), il n\u2019a pratiquement aucune chance d\u2019être choisi.C\u2019est pourquoi le Français Michel Barnier, membre du PPE et négociateur respecté du Brexit, pourrait apparaître comme un compromis.En 2014, cependant, Merkel n\u2019en avait pas voulu.On évoque aussi le nom de l\u2019ancienne commissaire à la Concurrence Marga- rethe Vestager, qui s\u2019est récemment opposée à la fusion Alstom-Siemens.Un choix qui confirmerait l\u2019isolement de la France en Europe.Bref, les paris sont ouverts.Emmanuel Macron Matteo Salvini Marine Le Pen La composition du dernier Parlement européen avant le déclenchement des élections INFOGRAPHIE LE DEVOIR LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 PERSPECTIVES DOSSIER PROCHES AIDANTS B 2 Une reconnaissance du rôle Plus de reconnaissance, c\u2019est ce que méritent les proches aidants, selon Sophie Éthier, professeure à l\u2019École de travail social de l\u2019Université Laval et experte dans le domaine.Faire les repas, le ménage, administrer les médicaments, donner le bain, prodiguer des soins physiques: ils répondent à 80% des besoins de la personne aidée \u2014 souvent un parent vieillissant, un enfant handicapé ou encore un conjoint malade \u2014, contre 20 % qui est assumé par le réseau de la santé.Et pourtant, leur rôle peine à être reconnu dans la société.« On leur donne beaucoup de responsabilités, on se fie à leur bonne volonté et ils doivent donner des soins pour lesquels ils n\u2019ont même pas de formation.Mais on ne leur donne quasi aucune reconnaissance ensuite et leur parole est rarement prise en compte », déplore la professeure.Les proches aidants sont pourtant les mieux placés pour constater au quotidien les effets secondaires d\u2019un médicament, les impacts d\u2019un changement de routine ou l\u2019apparition d\u2019une nouvelle douleur ou d\u2019une difficulté.« Leur expertise doit être reconnue, leur parole doit compter davantage dans le suivi médical », poursuit Mme Éthier.Pour reconnaître ce rôle, toutefois, il faut déjà savoir définir « qui est proche aidant ».« Il faut que les gestes qu\u2019on pose soient nécessaires à la survie de la personne aidée pour être considéré comme un proche aidant.» De son côté, Francine Ducharme, l\u2019actuelle doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l\u2019Université de Montréal, qui a travaillé plus de 15 ans sur cette question, croit essentiel de s\u2019interroger sur les limites du rôle d\u2019un proche aidant.« C\u2019est un partenaire et allié du personnel soignant, mais jusqu\u2019à quel point doit-il poser certains gestes médicaux ?Les infirmières et les médecins se déchirent sur la question des actes que les uns ou les autres peuvent poser, mais on ne se questionne pas du tout sur ce que font les proches aidants, souvent sans formation », note-t-elle.ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Québec a du travail sur la planche d\u2019ici le dépôt de sa première politique nationale sur les proches aidants, en décembre prochain.Statut de reconnaissance, aide financière, dossier médical, conciliation travail-famille : les besoins sont nombreux.Des experts et acteurs du milieu, interrogés par Le Devoir, font le point sur ce que devrait prévoir une politique idéale pour soutenir les proches aidants.Des pistes pour élaborer une politique nationale Le 28 mai, Michel Cadotte, accusé d\u2019homicide involontaire sur sa conjointe Jocelyne Lizotte, atteinte de la maladie d\u2019Alzheimer, connaîtra sa sentence.Ce drame vient rappeler le difficile parcours des proches aidants, souvent miné d\u2019obstacles institutionnels.ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR « J\u2019ai été proche de commettre l\u2019irréparable pour moi tellement [le réseau de la santé] m\u2019en a fait voir de toutes les couleurs.[\u2026] Un proche aidant, il a beau tout faire, il n\u2019est rien de rien à leurs yeux, il est de la poussière », laisse tomber Dominique au bout du fil, un mélange de colère et de tristesse dans la voix.Absorbés dans leur rôle d\u2019aidant, vouant chaque minute libre à l\u2019être cher dont ils s\u2019occupent au quotidien, nombre de proches aidants finissent par s\u2019épuiser, s\u2019isoler et vivre leur peine en silence.Un fardeau d\u2019autant plus lourd quand le milieu institutionnel vient leur mettre des bâtons dans les roues.Dominique, cette Montréalaise de 68 ans, s\u2019occupe de son mari, atteint de la maladie de Parkinson depuis maintenant six ans.« Je me souviens encore quand le médecin nous a annoncé que quelque chose n\u2019allait pas, que la maladie grandissait depuis 15 ans en lui sans signe apparent.» Tranquillement, le parkinson a commencé à prendre le dessus.Dominique a « naturellement » décidé de prendre soin de son mari.Cette conseillère en sécurité financière a pu facilement réduire ses heures, s\u2019assurant une entrée de revenus pour subvenir à leurs besoins.Mais « le cauchemar » a commencé dès 2016, quand son mari a chuté dans les escaliers en voulant rattraper un panier d\u2019épicerie qu\u2019il avait échappé.Une commotion cérébrale l\u2019a conduit à l\u2019hôpital pour quelques jours.« Ça a comme propulsé d\u2019un coup sa maladie.Les médecins ont insisté pour que je le place dans un établissement de soins.J\u2019ai tenu tête et je l\u2019ai ramené chez nous.» Au banc des accusés En 2017, l\u2019homme est de nouveau hospitalisé après une pneumonie.Encore une fois, les professionnels de la santé cherchent à convaincre Dominique de le placer.« J\u2019ai eu le droit à une table ronde avec le médecin de famille, la travailleuse sociale, la psy, l\u2019infirmière.Ils m\u2019ont posé des questions pendant des heures et me disaient : \u201cVous devez signer, c\u2019est mieux pour lui.\u201d Mais mon mari était conscient et en panique absolue à l\u2019idée d\u2019être placé », se souvient-elle.« J\u2019ai fait l\u2019erreur de leur répondre, j\u2019étais à bout.Je leur ai dit : \u201cMais vous avez peur de quoi, que je le tue et que je saute par la fenêtre ?\u201d Ils l\u2019ont mal pris ; en fait, ils m\u2019ont prise au sérieux.» Craignant un cas de maltraitance, ils leur imposent plusieurs séances de thérapie, pour elle et pour lui.Leurs visites sont suspendues pendant un temps et, finalement, la psychologue lève les interdictions, réalisant que les deux tiennent le même discours, sans aucun signe d\u2019abus.Un an plus tard, son mari est réhospi- talisé, sa maladie s\u2019aggrave.« Il ne voulait plus manger ni prendre ses médicaments.» À l\u2019invitation de Dominique, les enfants de son mari \u2014 l\u2019un vivait aux États-Unis, l\u2019autre en Colombie- Britannique \u2014 viennent voir quelques jours leur père.À leur départ, Dominique est convoquée par le personnel soignant : « On m\u2019a indiqué qu\u2019un dossier de maltraitance avait été ouvert à mon nom.Sa fille a porté plainte en disant que je ne le nourrissais plus, que je ne m\u2019en occupais plus.Comme si je pouvais maltraiter mon mari.» « Harcèlement, menaces, intimidations : j\u2019ai dû batailler pendant quatre mois pour retrouver mon mari, qui allait mieux.Ç\u2019a été très difficile comme épreuve », raconte- t-elle, la voix tremblante.Grâce à l\u2019aide d\u2019un avocat, son dossier a été fermé, le personnel soignant n\u2019ayant jamais pu faire la preuve de la maltraitance alléguée.Et Dominique a pu repartir chez elle avec son mari.« C\u2019est déjà épuisant, le travail qu\u2019on réalise, mais de se faire traiter comme si on était des moins que rien, c\u2019est très difficile.Je fais tout : à manger, la rééducation, sa toilette, je le fais marcher.Jamais un merci de sa famille ou des médecins, jamais de reconnaissance.» Dominique déplore que, dans la société, « être proche aidant va de soi » et va de pair avec l\u2019épuisement.« \u201cC\u2019est normal\u201d, me disait mon médecin de famille quand je lui disais que j\u2019étais fatiguée.On finit par ne plus rien dire, ne plus se plaindre de notre état.Le pire : ce n\u2019est pas qu\u2019on ne nous croit pas, c\u2019est qu\u2019on s\u2019en fiche.» Manque de soutien Des témoignages comme celui-ci, la coordonnatrice générale du Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ), Mélanie Perroux, en entend presque tous les jours.Manque d\u2019accès, délais d\u2019attente, multiplication des documents justificatifs, règles compliquées : le parcours est miné d\u2019embûches, que ce soit avec les institutions bancaires, les services sociaux ou encore le milieu de travail.« Les proches aidants sont rarement écoutés, parfois même ignorés.Ils n\u2019ont pas de soutien derrière eux et manquent d\u2019informations.Et dès qu\u2019il y a un problème avec la personne aidée, c\u2019est la faute du proche aidant, c\u2019est de la maltraitance », résume-t-elle.Le problème semble particulièrement récurrent avec le milieu de la santé.Sans jeter la pierre sur le personnel soignant, Mme Perroux montre plutôt du doigt la structure de leur institution.Submergé, manquant de ressource, le milieu de la santé tend à standardiser les soins pour être plus rapide et plus efficace.« On y va à coups de dix minutes par soin, on tourne les coins ronds et on ne prend pas le temps d\u2019écouter les gens.» Le proche aidant revêt avant tout un rôle «utilitaire».«Quand on l\u2019implique, c\u2019est parce qu\u2019on va lui demander de faire un acte que le réseau n\u2019est pas capable de faire », poursuit-elle.Elle donne l\u2019exemple de la démarche du coucher du soir pour une personne lourdement handicapée.Par manque de préposés disponibles, c\u2019est le proche aidant qui va apprendre sur le tas comment procéder.La professeure à l\u2019École de travail social de l\u2019Université Laval, Sophie Éthier, abonde dans le même sens.« On exclut le proche aidant, mais son expertise est essentielle.Il connaît mieux que personne les habitudes du proche dont il s\u2019occupe, quand il ne va pas bien, ce dont il a besoin, comment il réagit.» Alors qu\u2019une personne sur quatre est proche aidante au Québec, il est « urgent » de se pencher sur cette problématique, selon Mme Éthier.« Une sur quatre, c\u2019est beaucoup ! Il n\u2019y a pas grand-chose qui touche autant de personnes à la fois, c\u2019est rendu un problème social important », conclut-elle.Se battre pour aider Manque d\u2019accès, longs délais, accusations injustifiées : le parcours des proches aidants est miné d\u2019obstacles Sadia Messaili s\u2019est occupée seule de son fils, qui a reçu un diagnostic de schizophrénie à l\u2019aube de ses 30 ans.JACQUES NADEAU LE DEVOIR C\u2019est mardi qu\u2019aura lieu le prononcé de la peine de Michel Cadotte, reconnu coupable d\u2019homicide involontaire pour avoir étouffé sa femme atteinte d\u2019alzheimer.JACQUES NADEAU LE DEVOIR LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 PERSPECTIVES B 3 Un dossier médical Au même titre que la personne aidée, l\u2019aidant devrait avoir son propre dossier médical, martèle pour sa part Mélanie Perroux, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ).Depuis plusieurs années déjà, elle répète l\u2019importance d\u2019évaluer les besoins de l\u2019aidant pour qu\u2019il mène à bien son rôle sans pour autant s\u2019oublier.Nombre de proches aidants finissent par s\u2019isoler et s\u2019épuiser, privés de l\u2019aide dont ils auraient besoin.« Ce n\u2019est pas pareil de s\u2019occuper d\u2019un jeune avec une déficience intellectuelle ou d\u2019un parent vieillissant atteint d\u2019Alzheimer, explique Mme Perroux.Le proche aidant a besoin d\u2019un soutien financier ou logistique différent, selon la personne aidée et sa propre capacité à effectuer certaines tâches.» Un suivi médical régulier, dit-elle, doit être fait plusieurs fois par année, surtout pour les aidants qui prennent soin d\u2019une personne souffrant d\u2019une maladie dégénérative.Aux yeux de Francine Ducharme, de l\u2019UdeM, il presse de leur offrir un peu de répit.« Il faut que les professionnels de la santé prennent la relève de temps en temps, pour permettre aux proches aidants de prendre soin d\u2019eux-mêmes.Pas juste entre 8 h et 4 h, mais aussi le soir, la nuit, la fin de semaine.» Il va falloir investir et embaucher davantage de professionnels, dit-elle.Le réseau ne peut répondre à cette demande à l\u2019heure actuelle, en raison des compressions subies dans les dernières années.« Si les proches aidants en font autant, c\u2019est aussi parce que le système de santé n\u2019est pas capable de s\u2019occuper de la population vieillissante.Ils doivent alors redoubler d\u2019efforts pour leur assurer une qualité de vie.» Un milieu de travail plus conciliant En dépit du temps qu\u2019implique le rôle de proche aidant, plus de la moitié d\u2019entre eux (56%) continuent de travailler, selon le RANQ.La plupart n\u2019ont pas les moyens de quitter leur emploi.Le manque de compréhension de la part des employeurs rend néanmoins difficile la conciliation entre les sphères professionnelle, familiale et les soins à donner.Certains finissent par réduire leurs heures ou par quitter leur profession, même si cela implique de vivre dans l\u2019insécurité financière.« Il faut que les employeurs soient plus sensibilisés à la réalité des proches aidants.Il y a des matins où c\u2019est plus difficile d\u2019habiller sa mère ou de la faire déjeuner, alors c\u2019est possible qu\u2019on arrive en retard au travail », souligne Sophie Éthier.Mélanie Gagnon, professeure en science de la gestion à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), abonde dans son sens.Avec sa collègue Catherine Beaudry, elles ont rencontré une quarantaine de proches aidants pour mieux comprendre leurs besoins sur le marché du travail.Mme Gagnon donne l\u2019exemple d\u2019une jeune proche aidante de 18 ans qui accompagnait sa mère souffrant d\u2019un cancer en phase terminale.«Ses employeurs ont refusé de lui accorder un congé de proche aidant.Elle a perdu son emploi, et s\u2019est retrouvée dans une situation d\u2019isolement et d\u2019appauvrissement».Les deux chercheuses ont conclu qu\u2019une modification de la Charte des droits et libertés \u2014 l\u2019article 10 précisément \u2014 s\u2019impose afin de considérer la situation familiale comme un motif de discrimination.«On a déjà changé cet article en juin 2016 pour ajouter l\u2019identité de genre comme motif discriminatoire.Rien n\u2019empêche qu\u2019on le modifie à nouveau », souligne Mme Gagnon.Cette obligation d\u2019accommodement permettrait aux proches aidants d\u2019évoquer ce motif pour s\u2019absenter du travail pour accompagner un proche à un rendez-vous médical par exemple.Une façon, aussi, de les maintenir sur le marché du travail.Une plus grande aide financière Les aidants qui sont encore sur le marché du travail perdent en moyenne 16 000$ par année en limitant le temps passé au travail pour s\u2019occuper d\u2019un proche, selon les estimations du RANQ.C\u2019est sans compter les frais de santé non couverts et ceux liés aux déplacements pour les rendez-vous médicaux notamment, estimés à 7600 $ par année en moyenne.« Le système actuel n\u2019apporte aucun soutien et ne permet pas de compenser cette perte financière considérable », critique Mélanie Perroux.Pourtant, les proches aidants sont devenus essentiels.Remplacer leur apport auprès des malades coûterait entre 4 et 10 milliards de dollars par année au gouvernement du Québec, soutient- elle.La politique à venir devrait ainsi prévoir une compensation financière, sous forme d\u2019allocation, de subvention ou encore de remboursement d\u2019impôt.S\u2019il existe déjà certains avantages fiscaux pour ceux qui aident leurs proches au Québec, peu en bénéficient.« Les critères sont trop spécifiques et complètement à côté de la réalité.Et les quelques personnes qui se qualifient reçoivent tellement peu comparativement à l\u2019ampleur de la tâche », soutient Sophie Éthier, de l\u2019Université Laval.« Pourquoi ne pas plutôt créer une allocation proche aidant, insiste-t-elle.On a bien des allocations familiales pour aider les familles à répondre à leurs obligations parentales.Qu\u2019on s\u2019occupe de son enfant ou de son père âgé, c\u2019est la même chose.» ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR «On ne choisit pas d\u2019être proche aidant, on le devient parce qu\u2019il le faut.» Sadia Messaili s\u2019est occupée seule de son fils, qui a reçu un diagnostic de schizophrénie à l\u2019aube de ses 30 ans.Une épreuve éreintante physiquement et psychologiquement, qui l\u2019a marquée à vie.En septembre 2009, un soir où elle avait décidé d\u2019apporter des viennoiseries à son fils Ferid, elle s\u2019est retrouvée face à un jeune homme de 29ans exténué, semblant complètement perdu.«Il s\u2019est mis à meparler d\u2019une mission à laquelle il devait participer, me disant qu\u2019il faisait partie d\u2019une organisation qui veut sauver notre humanité.Celle-ci se trouvant dans les mains des Illuminati.J\u2019ai compris que ça n\u2019allait pas», se souvient Mme Messaili.Ensemble, ils se rendent aux urgences ce soir-là.Verdict : Ferid est en pleine crise psychotique, il est diagnostiqué schizophrène.Après un séjour à l\u2019hôpital, Sadia Messaili installe son fils dans un appartement dans son sous-sol.«Je ne voulais pas le placer ailleurs, j\u2019étais la mieux placée pour m\u2019occuper de lui.» Comme proche aidante, elle avait l\u2019avantage sur le personnel soignant de vouer un amour inconditionnel à Ferid, de ne pas le juger, d\u2019être disponible et plus tolérante.Dans ses bons jours, Ferid était relativement autonome, sortait faire ses courses ou prendre l\u2019air.Il passait ensuite ses soirées chez sa mère pour souper et écouter un film.Mais les mauvais jours étaient nombreux, d\u2019autant plus que son état s\u2019était dégradé.« Il n\u2019arrivait pas à dormir, prenait du poids, perdait toute énergie.Il avait même de la difficulté à parler.» Inquiète, Sadia Messaili a redoublé d\u2019efforts pour aider son fils.« Je faisais à manger, je m\u2019assurais qu\u2019il prenne sa médication.Je faisais son lavage et l\u2019accompagnais pour faire ses emplettes.Je répondais au téléphone pour lui, l\u2019emmenais à ses rendez-vous médicaux, m\u2019occupais de toute la paperasse pour l\u2019aide sociale\u2026 », énumère-t-elle.C\u2019est sans compter toutes les recherches qu\u2019elle faisait pour mieux connaître sa maladie, les traitements, les médicaments et leurs effets secondaires, « simplement pour pouvoir l\u2019aider ».« Le proche aidant est loin d\u2019être un expert, mais il doit le devenir malgré lui.Par manque d\u2019informations de la part des médecins, je cherchais partout : sur Internet, à travers des associations ou des groupes communautaires.J\u2019assistais à des conférences, des ateliers d\u2019entraide.Je courais partout.» En plus de son rôle de proche aidante, Sadia Messaili était enseignante à temps plein dans une école primaire et avait encore à sa charge son deuxième fils, Adam, alors en pleine adolescence.Sa fille aînée avait déjà fondé une famille et vivait trop loin pour venir lui donner un coup de main régulièrement.« Être proche aidant, ce n\u2019est pas une carrière, même si ça en a tout l\u2019air.On doit apprendre sur le tas.» Manque de temps et de soutien Cumulant presque une double journée de travail, Mme Messaili a fini par rêver d\u2019avoir des journées de 36 heures.« Quand on manque de temps, on doit couper quelque part : sur notre temps individuel.On s\u2019isole.» Finis les loisirs personnels, finis les moments avec les amis.« De toute façon, de quoi j\u2019allais leur parler ?De mon fils ?De mes problèmes ?On se juge déjà bien assez soi- même, pas besoin que les autres fassent des commentaires », laisse-t-elle tomber d\u2019un ton ferme.Elle coupe aussi le temps accordé à ses autres enfants, visite moins souvent sa fille et s\u2019occupe moins de son plus jeune.« Quand la maladie frappe, elle n\u2019affecte pas qu\u2019un individu.Elle fait des victimes collatérales et affecte toute la vie d\u2019une famille.» Au bout de quelques mois, à son insu, la fatigue la gagne.« On devient moins patient, on manque d\u2019énergie, on pousse la personne qu\u2019on aide à se débrouiller un peu toute seule.Dans le cas de mon fils, c\u2019était inutile, sa médication lui enlevait toute motivation.Ça lui faisait juste de la peine de me voir comme ça.» Elle s\u2019estime toutefois chanceuse d\u2019avoir « eu un fils aimant, conscient de ce qu\u2019[elle] faisait pour lui ».Elle se souvient des soirées où elle était trop épuisée pour préparer le souper.« Ferid prenait la relève, même s\u2019il était juste capable de faire cuire du riz.» Consciente de perdre tranquillement pied, Mme Messaili a plusieurs fois consulté des psychologues.Mais la réponse était toujours la même : « Je me faisais dire que ce n\u2019était pas à moi de consulter, mais à mon fils qui, lui, avait une maladie mentale », relate-t-elle, découragée.Sadia devait ainsi gérer seule sa tristesse, son sentiment de culpabilité et son impression de n\u2019avoir pas fait assez pour son fils dans le passé.«Les proches aidants sont des êtres humains comme les autres, ils vivent beaucoup d\u2019émotions au quotidien.Je me demandais constamment pourquoi Ferid était tombé malade, lui qui était un enfant plein de vie, intelligent, entouré d\u2019amis.» D\u2019après elle, le corps médical devrait aussi considérer le proche aidant comme un patient, évaluer ses besoins et le suivre dans cette épreuve pour éviter qu\u2019il lâche prise.Le deuil En décembre 2012, l\u2019état de Ferid s\u2019est encore dégradé.« Un soir, il était persuadé qu\u2019il était Jésus, il était dans une nouvelle phase délirante.» Après quelques jours d\u2019hospitalisation, Ferid revient vivre chez sa mère, complètement affaibli et envahi de tristesse.Un soir de printemps, en avril 2013, il demande même à retourner à l\u2019hôpital.« On a attendu plus de huit heures aux urgences pour finalement se faire dire de revenir le lendemain », se souvient Mme Messaili, encore outrée du manque de « discernement » du personnel médical.Ils ne sont jamais revenus sur leurs pas le lendemain.« Ce jour-là, on a tous les deux baissé les bras.Ferid ne voulait pas y retourner et, moi, j\u2019ai pété les plombs.Je n\u2019ai pas insisté devant son éternel air passif.Je n\u2019en pouvais plus, j\u2019avais frappé un mur.» Une semaine plus tard, Ferid a mis fin à sa souffrance en s\u2019enlevant la vie.« Le deuil marque incontestablement le début d\u2019une autre vie.Mais la douleur ne nous quitte vraiment jamais.On l\u2019apprivoise simplement », souffle Mme Messaili.S\u2019il lui est difficile d\u2019affirmer qu\u2019elle s\u2019en est depuis « remise », elle assure avoir repris le contrôle de sa vie, notamment en se rapprochant de sa famille.« Adam, ç\u2019a été ma béquille.J\u2019ai pris soin de lui, j\u2019ai rattrapé le temps perdu, ça m\u2019a sauvée.» TÉMOIGNAGE Naviguer dans le système de santé et frapper un mur Son fils se suicide après avoir été refusé à l\u2019urgence Promesses électorales En pleine campagne électorale, la Coalition avenir Québec, le parti formant le gouvernement, avait promis 93 millions de dollars pour mieux « reconnaître et soutenir » le travail quotidien des proches aidants, estimé à environ 1,6 million.Cette enveloppe permettrait notamment : la création de la première politique nationale québécoise sur les proches aidants ; la bonification du crédit d\u2019impôt jusqu\u2019à hauteur de 2500 $ pour les proches aidants (le double du crédit actuel de 1176 $) ; un soutien pour construire 20 nouvelles maisons Gilles-Carle durant la prochaine décennie, à hauteur de 1,3 million de dollars pour la construction et de 4,3 millions pour le fonctionnement.Ces établissements accueillent des patients temporairement pour donner un répit à ceux qui les aident au quotidien ; la création d\u2019un observatoire de la proche aidance formé d\u2019universitaires pour conseiller le gouvernement sur la manière de soutenir les aidants ; le versement d\u2019« au moins 15 millions de dollars » par année à partir de 2021 pour assurer la survie du Fonds de soutien aux proches aidants après cette date. LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 PERSPECTIVES B 4 L\u2019art d\u2019étudier J\u2019étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier.» \u2014 Gaston Bachelard Nous voici au temps des examens \u2014 dont c\u2019est la fin ou à peu près pour beaucoup, et le commencement pour les autres.Je veux en profiter pour avancer une idée toute simple, facile à implanter et qui peut contribuer positivement à la réussite de nos élèves et de nos étudiants.Il s\u2019agit de leur apprendre à étudier.On ne le fait que trop rarement.Il existe pourtant des stratégies efficaces pour étudier, des stratégies pour certaines solidement validées, et que les enseignants gagneraient aussi à connaître pour y adapter leur enseignement.En voici quelques-unes.Il va sans dire qu\u2019elles ne valent pas nécessairement pour tous les niveaux d\u2019étude et que leur mise en œuvre demande doigté, sagesse et prise en compte des circonstances.Bref : c\u2019est aussi un art.Prendre des notes Savoir prendre de bonnes notes, surtout aux niveaux plus avancés, est très important et aide grandement à étudier.Mais on n\u2019explique pas souvent comment s\u2019y prendre.Un système de prise de notes appelé Cornell a été imaginé à l\u2019université du même nom dans les années 1950, par Walter Pauk.Il est désormais utilisé dans plusieurs universités.Cette page Web (https : //bit.ly/1WDk7PU), où on verra aussi un document type, vous dira tout ce qu\u2019il faut savoir.Ne reste plus qu\u2019à le faire connaître aux étudiants.Espacer les séances d\u2019étude On appelle bachotage ce bourrage de crâne intensif qu\u2019on pratique juste avant l\u2019examen.Cela peut permettre de passer l\u2019épreuve, mais on oubliera sans doute assez vite ce qu\u2019on aura un bref moment retenu.Ce bachotage se fait souvent en lisant le texte à étudier et en surlignant les passages jugés importants, sur lesquels on se promet de revenir.Ce n\u2019est pas très efficace.Ce qui l\u2019est, par contre, c\u2019est de multiplier et d\u2019espacer les séances d\u2019étude \u2014 ce qu\u2019on appelle la pratique échelonnée ou répartie.L\u2019idée a sa source dans des travaux sur la mémoire menés au XIXe siècle (par H.Ebbinghaus, pour ne rien vous cacher\u2026).Pour l\u2019étudiant, cela signifie s\u2019astreindre à cette multiplicité de séances.En connaître les grands avantages l\u2019incitera à le faire.Combien de séances ?Espacées comment ?Cela dépend de la date de l\u2019examen, du contenu à apprendre, de la durée de rétention désirée.Daniel Willing- ham avance qu\u2019on devrait viser des espacements représentant entre 10 % et 20 % de la durée de rétention désirée.Notez que cela implique pour l\u2019enseignant de multiplier les petits tests\u2026 L\u2019auto-questionnement / les réponses élaborées L\u2019idée de base est ici très simple : il s\u2019agit de lire en interrompant périodiquement sa lecture pour se poser à soi- même des questions (Quoi ?Qui ?Pourquoi ?Quand ?etc.) auxquelles on répond de manière élaborée, et idéalement en reliant ce dont on parle à ce qu\u2019on sait déjà.On peut aussi appliquer cette stratégie en expliquant les étapes par lesquelles on résout un problème de science ou de mathématiques.Les exercices entrelacés Pour la prochaine méthode, prenons justement un exemple en mathématiques, là où ce qui suit est particulièrement efficace.Voici ce qui est usuel : vous apprenez un concept et une stratégie pour répondre à un type de problème ; le manuel ou le cahier d\u2019exercices vous propose ensuite plusieurs problèmes que vous résolvez en appliquant cette stratégie.On parle ici d\u2019apprentissage séquentiel.Il est pourtant bien plus efficace de mélanger les exercices de manière à ce qu\u2019ils demandent d\u2019utiliser différentes stratégies.C\u2019est tout simple, ça ne coûte rien, et ça peut se faire à la maison, en classe, sur l\u2019ordinateur ou sur papier.On devine assez vite une des raisons pour lesquelles ça marche : il faut penser à la stratégie qu\u2019on va employer.Sur une note plus personnelle J\u2019utilise depuis toujours deux techniques pour apprendre et elles sont possiblement des variations sur l\u2019auto-question- nement.Je dois la première à une remarque d\u2019un de mes héros, le physicien Richard Feynman, professeur modèle s\u2019il en fut.J\u2019en ai retenu l\u2019idée d\u2019expliquer ce que je veux comprendre à une personne patiente et brillante, mais qui ne le connaît pas, ou si peu.La deuxième stratégie m\u2019a été suggérée par Aragon.Aux personnes éblouies par l\u2019érudition sur le monde arabo-mu- sulman qu\u2019il déploie dans Le fou d\u2019Elsa, Aragon avait répondu qu\u2019il avait fait ce qu\u2019il fait toujours quand il veut apprendre quelque chose : il avait écrit sur le sujet.Trucs et astuces de prof (1) Voici trois trucs (de trois enseignants) pour la gestion des cellulaires.1.« J\u2019ai une base de charge multiple où les élèves branchent leur cellulaire en début de cours.» 2.« J\u2019ai un petit panier dans lequel ils doivent les déposer.» 3.« Je laisse les élèves l\u2019utiliser pendant l\u2019accueil et les quelques minutes de préparation dont j\u2019ai besoin.Quand je suis prêt, je dis simplement : \u201c On range les téléphones.\u201d Et ça se fait à la vitesse de l\u2019éclair, parce qu\u2019ils savent qu\u2019il y aura une autre période de cinq minutes à la fin de la période.» Vous avez des trucs à partager ?Écrivez-moi : baillargeon.normand@uqam.ca Une proposition de lecture : Dans la revue Psychological Science in the Public Interest, Dunlosky, John, et al., l\u2019article « Improving Students\u2019 Learning with Effective Learning Techniques : Promising Directions from Cognitive and Educational Psychology ».C\u2019est bien plus approfondi que ce que, faute de place, j\u2019ai pu dire ici.NORMAND BAILLARGEON « Le chef de la division des produits de consommation chez Huawei, Richard Yu, lors d\u2019une présentation à Paris en mars dernier ERIC PIERMONT AGENCE FRANCE-PRESSE Jusqu\u2019où pourrait aller l\u2019impact pour les consommateurs si l\u2019escalade des sanctions se poursuit entre l\u2019Amérique de Trump et la Chine de Xi Jinping ?Nicolas Pellerin-Roy : C\u2019est clair que si la guerre s\u2019envenime, on verra le coût de certains appareils électroniques augmenter à court terme.D\u2019abord, les fournisseurs de téléphones vont devoir envisager leur avenir sans Huawei.Si la guerre s\u2019amplifie, on pourrait aussi voir des hausses de prix de plusieurs autres produits à moyen terme.Jean-François Ouellet : Depuis le début de cette guerre commerciale, les Chinois ont taxé plusieurs denrées, notamment le porc, le lait et le soja.C\u2019est clair qu\u2019ici, le prix du porc va augmenter, car les producteurs de porcs autres qu\u2019américains ne pourront répondre à cette hausse subite de la demande.Ils obtiendront un meilleur prix, mais les consommateurs, eux, vont payer plus.Les prix des produits de sociétés américaines comportant des composantes électroniques utilisées dans les objets connectés, les voitures ou les systèmes informatiques risquent de coûter plus cher aussi.Si on paie des machines à laver moins de 1000 $, c\u2019est en raison du bas prix de la main-d\u2019œuvre chinoise.Si elles sont désormais fabriquées aux États- Unis, on va revenir aux prix qui prévalaient dans les années 1980, avant la délocalisation massive de plusieurs compagnies en Chine.Quels seront les effets collatéraux de cette guerre pour les entreprises canadiennes ?N.P.-R.Plusieurs entreprises installées en Chine ont profité de la délocalisa- tion pour pousser leurs prix vers le bas.Si exporter devient trop cher en raison des tarifs imposés, certaines vont quitter la Chine, mais il ne sera pas facile de trouver la main-d\u2019œuvre avec la même expertise au même prix.Des pays de l\u2019Asie du Sud-Est pourraient prendre le relais, certains emplois pourraient revenir aux États-Unis.Et pour le gouvernement canadien ?N.P.-R.Le Canada va devoir choisir son camp, il l\u2019a déjà fait en quelque sorte en emprisonnant la dirigeante de Huawei en décembre 2018.La situation est périlleuse, car la Chine est aussi un important partenaire commercial du Canada.J.-F.O.Les Américains ont le bras long, ils ne vont pas tarder à inciter à d\u2019autres organismes et d\u2019autres pays comme le Canada à embarquer dans le train des sanctions.Est-ce que Trump a raison de sortir l\u2019artillerie lourde pour préserver l\u2019économie américaine ?N.P.-R.Huawei est une victime collatérale d\u2019une lutte entre deux géants, mais c\u2019est aussi un des fers de lance de la puissance économique chinoise.Il est clair que cette compagnie, proche du gouvernement, a un portrait peu reluisant en matière d\u2019espionnage industriel et représente un risque.Ça en faisait une cible de choix.Le Canada, qui possède des campus où se développent des savoir-faire importants, est aussi à risque.Mais l\u2019épisode Hua- wei est le symptôme d\u2019un mouvement plus profond qui vise à empêcher la Chine de devenir la première puissance commerciale.Quand on voit que la Chine prend l\u2019avantage sur le plan technologique avec ses avancées sur la 5G, ça inquiète les États- Unis et témoigne de l\u2019avance que lui confère la technologie.Des secteurs de l\u2019économie américaine perdent déjà des milliards.S\u2019agit-il vraiment d\u2019une guerre commerciale ou d\u2019une guerre politique visant à redorer le blason de Donald Trump à l\u2019approche des élections ?J.-F.O.Les Américains ont plus à perdre, notamment sur le plan politique, en raison des élections à venir.Les deux tiers des sanctions chinoises frappent des comtés remportés par les républicains.Mais pour l\u2019instant, sa base \u2014 dont les agriculteurs \u2014 demeure fidèle et continue de l\u2019appuyer.Les sanctions chinoises frappent toutefois des produits de consommation quotidiens, ce qui est moins le cas des tarifs américains imposés sur les matières premières, moins visibles pour les consommateurs.Par contre, cela pourrait entraîner des pertes d\u2019emplois dans les industries américaines qui ont besoin de ces matières premières.Doit-on vraiment craindre une récession mondiale, comme le prédisent certains économistes ?J.-F.O.Il y aura un ralentissement et manifestement une croissance prévue qui ne sera pas au rendez-vous.Cela dit, les deux pays ont des moyens et des réserves pour stimuler leurs économies intérieures, mais il est hasardeux de prédire à l\u2019heure actuelle une récession mondiale.N.P.-R.Si la Chine en venait par exemple à bannir les produits Apple, ça risquerait d\u2019avoir un très gros effet sur l\u2019économie mondiale.En matière d\u2019impacts, serait loin du dossier du bois d\u2019œuvre ! Qui sortira gagnant de ce combat de coqs et comment s\u2019ajusteront les autres économies pour la suite ?J.-F.O.Dans une guerre commerciale, tout le monde a plus à perdre qu\u2019à gagner.C\u2019est contraire à la tendance des dernières décennies dans les relations commerciales internationales, où l\u2019on cherche des solutions avantageuses pour tous.Les Américains reviennent à de vieilles tactiques des années 1960.Les grands joueurs de l\u2019économie ne négocient plus de cette façon.Mais la Chine bombe le torse elle aussi et affirme plus que jamais sa volonté, avec XI Jinping, de faire de la Chine LA puissance mondiale.N.P.-R.La Chine ne voudra plus voir son économie ébranlée par sa dépendance aux composantes technologiques américaines, et deviendra plus autonome.La Chine n\u2019est pas prête non plus à démordre de sa position.Ce sera une lutte sans merci, ponctuée de tensions économiques.On a deux concurrents pour qui la haute technologie se trouve au cœur d\u2019une lutte pour occuper le premier rang économique mondial.Des zones économiques risquent de se développer en parallèle, notamment avec l\u2019Europe où des pays, comme l\u2019Allemagne, sont pris entre deux chaises.Il y a des dilemmes en vue.Après les sanctions imposées au géant des téléphones intelligents Huawei, la Chine et les États-Unis n\u2019en finissent plus de rouler des mécaniques, laissant craindre un impact majeur sur l\u2019économie mondiale.Quel sera le prix à payer pour les consommateurs et le Canada, pour cette bataille entre deux titans ?Le Devoir s\u2019est entretenu avec Nicolas Pellerin-Roy, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l\u2019UQAM, et Jean-François Ouellet, professeur agrégé au Département d\u2019entrepreunariat et d\u2019innovation à HEC Montréal.Propos recueillis par Isabelle Paré.Affaire Huawei : un combat de coqs entre Trump et Xi Les consommateurs paieront-ils la note de cette guerre commerciale ?Q&R Huawei est une victime collatérale d\u2019une lutte entre deux géants, mais c\u2019est aussi un des fers de lance de la puissance économique chinoise NICOLAS PELLERIN-ROY » Cesser d\u2019alimenter la guerre au Yémen 24 millions de personnes ont besoin d\u2019une aide d\u2019urgence 17,8 millions de personnes n\u2019ont pas accès à une source d\u2019eau propre 3 millions de yéménites ont fui les combats et les bombardements Toutes les 8 h, une personne est tuée Les violences contre les femmes et les filles sont en hausse de 63 % c\u2019est nourrir l\u2019espoir de 14 millions de personnes affamées.Oxfam a porté assistance à 3 millions de personnes grâce à des programmes de travail rémunéré afin que les familles aient une source de revenus et en fournissant de l\u2019eau potable et des services sanitaires de base dans les zones difficiles d\u2019accès.Oxfam plaide pour cesser-le-feu national et un processus de paix qui inclut les femmes et la société civile yéménite.LE CANADA CONTINUE D\u2019ALIMENTER LA GUERRE AU YÉMEN.Il vend des armes à l\u2019Arabie saoudite.L\u2019Arabie saoudite les utilise contre la population yéménite.Shadi (nom fictif), 5 ans, a perdu sa jambe et a besoin d\u2019une prothèse.Sa jeune sœur a été mariée afin d\u2019obtenir l\u2019argent nécessaire pour son traitement et pour que sa famille puisse rembourser ses dettes.LE CANADA doit cesser de venrde des armes oxfam.qc.ca/PetitionYemen oxfamquebec @OxfamQuebec oxfamquebec oxfamquebec2 LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 PERSPECTIVES B 6 LAÏCITÉ Un appui gênant A insi donc, le Comité des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU est « préoccupé » par les dispositions du projet de loi 21 sur la laïcité, notamment l\u2019interdiction du port de signes religieux et l\u2019obligation d\u2019avoir le visage découvert pour livrer les services publics ou, dans certains cas, en bénéficier.Il y voit une porte ouverte à la « discrimination raciale ».Ce sont là des préoccupations que plusieurs partagent, que ce soit la Commission des droits et libertés de la personne du Québec ou encore le Barreau du Canada.Malgré le recours à la disposition de dérogation, il semble inévitable que la future loi soit contestée devant les tribunaux et que la Cour suprême doive trancher.Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019une loi québécoise fait l\u2019objet d\u2019une plainte au Comité des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU.En mars 1993, celui-ci avait jugé que la loi 178, que le gouvernement Bourassa avait fait adopter cinq ans plus tôt pour maintenir l\u2019unilinguisme français dans l\u2019affichage commercial, à l\u2019encontre d\u2019un jugement de la Cour suprême, constituait une « violation » du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.Coïncidence, trois mois plus tard, la loi 178 avait été remplacée par la loi 86, qui changeait la règle de l\u2019unilinguisme français par celle de la « nette prédominance ».Les propriétaires d\u2019un magasin d\u2019antiquités de l\u2019Estrie s\u2019étaient également plaints de cette loi, mais le Comité avait refusé de se saisir de la question.Il est tout à fait légitime de s\u2019adresser à l\u2019ONU quand on s\u2019estime injustement traité, et les experts dont les services sont retenus par le Comité des droits de l\u2019homme sont sans doute des gens compétents, même si la lettre des trois « rapporteurs » assignés au dossier ressemble davantage à un assemblage de données qu\u2019à une analyse en profondeur.II est vrai qu\u2019en invoquant la disposition de dérogation pour soustraire le projet de loi 21 aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, le gouvernement Legault leur a grandement facilité la tâche.De la lecture de la lettre, on peut conclure que même une interdiction limitée aux agents de l\u2019État détenant un « pouvoir de coercition », comme le recommandait le rapport Bouchard-Taylor, serait jugée inacceptable.Tout comme la loi 62 que le gouvernement Couillard avait fait adopter pour imposer la livraison et la réception des services à visage découvert.La porte-parole libérale Hélène David y a toutefois vu la confirmation du bien-fondé des inquiétudes de son parti.Son collègue de Québec solidaire Sol Zanetti a invité le gouvernement Legault à « sortir de sa bulle provinciale ».La trajectoire de l\u2019ancien chef d\u2019Option nationale au cours de la dernière année est fascinante.On comprend qu\u2019il a dû changer sa position sur les signes religieux en passant à QS, mais on croirait maintenant entendre Justin Trudeau, sinon son père.L\u2019intervention du Comité des droits de l\u2019homme n\u2019en constitue pas moins un appui passablement gênant pour les opposants au projet de loi 21.Plutôt que de semer un doute dans les esprits, elle risque de consolider l\u2019appui dont le gouvernement Legault bénéficie déjà dans la population.Par définition, les droits collectifs et le vivre ensemble ne font pas partie des préoccupations du Comité, mais il demeure agaçant, pour ne pas dire insultant, de se faire périodiquement donner des leçons par un organisme qui inclut des États qui violent systématiquement les droits de leurs citoyens, quand ils ne les assassinent pas purement et simplement.Se recommander de ces gens-là risque d\u2019être du plus mauvais effet.L\u2019Arabie saoudite, la Chine, l\u2019Égypte, le Pakistan, pour ne nommer que ceux-là, ne sont certainement pas des exemples de tolérance, religieuse ou autre.Dans chaque cas, la lecture du plus récent rapport d\u2019Amnistie internationale fait dresser les cheveux sur la tête.On peut très bien contester les dispositions du projet de loi 21, mais la poutre est vraiment trop grosse pour se cacher derrière la paille.Cela peut aussi être embarrassant pour le gouvernement Trudeau.Le Québec n\u2019étant pas membre de l\u2019ONU, c\u2019est à Ottawa que la lettre du Comité a été adressée.Il est assez cocasse de demander au gouvernement canadien de présenter les motifs pouvant justifier des restrictions à la liberté de religion qu\u2019il réprouve totalement.Le ministre du Patrimoine canadien et du Multicultura- lisme, Pablo Rodriguez, a assuré qu\u2019il continuerait de suivre la situation de très près.À quelques mois d\u2019une élection qui pourrait se décider en bonne partie au Québec, on peut cependant penser que les libéraux préféreraient parler d\u2019autre chose.Si besoin était, le deuxième volet du sondage Léger commandé par l\u2019Association d\u2019études canadiennes indique clairement que la clientèle anglophone et allophone du PLC s\u2019oppose aussi massivement au projet de loi 21 que la majorité des francophones l\u2019appuient.Le problème est qu\u2019il a besoin des votes des uns et des autres.MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Les conservateurs ont beau avoir dé- monisé les déficits engendrés par les libéraux de Justin Trudeau depuis trois ans, leur chef Andrew Scheer en affichera malgré tout plus longtemps que prévu.Car un gouvernement conservateur renouera finalement avec l\u2019équilibre budgétaire en cinq ans, plutôt qu\u2019en deux ans comme promis.Andrew Scheer se défend en martelant que c\u2019est la faute de Justin Trudeau.Le retour de déficits au fédéral avait suscité moult débats lors de la campagne électorale de 2015.Et le sujet promettait d\u2019en alimenter à nouveau, cet automne.Les libéraux n\u2019ont pas encore fixé de date de retour à l\u2019encre noire.Les conservateurs le leur reprochent quotidiennement.Les troupes de Justin Trudeau rétorquent à chaque occasion que, s\u2019il est élu en octobre, un gouvernement conservateur sabrera les dépenses publiques pour atteindre l\u2019équilibre budgétaire à tout prix.Or, Andrew Scheer a revu son échéancier vendredi.« Même les scénarios les plus optimistes ne prévoient pas que les libéraux équilibreront le budget avant 20 ans », a fait valoir le chef conservateur, lors d\u2019un discours devant le Canadian Club de Vancouver.« Nous allons équilibrer le budget quatre fois plus vite», a-t-il annoncé.Une promesse qui le mène au-delà d\u2019un premier mandat.Promesses électorales M.Scheer avait promis l\u2019équilibre budgétaire en deux ans lors de la course à la chefferie du Parti conservateur en 2017.Or, depuis, le gouvernement libéral a décaissé près de 80 milliards en nouvelles dépenses, argue-t-il pour expliquer son changement de cap.« Cela a rendu impossible pour quiconque d\u2019équilibrer le budget immédiatement et de façon responsable », a-t-il plaidé.Ces dépenses semblent cependant financées par de nouveaux revenus, selon les documents budgétaires du gouvernement.Et les déficits prévus sont moins importants que ceux qui étaient budgétés en 2017, lorsque M.Scheer a fait sa promesse (19,8 milliards pour l\u2019année en cours selon le budget 2019, contre un déficit prévu de 23,4 milliards pour 2019-2020 dans le budget 2017).La réplique libérale n\u2019a pas tardé.« Il change encore sa promesse au- jourd\u2019hui.Il improvise son plan pour l\u2019économie.Il n\u2019a pas de plan crédible », a lancé le ministre des Finances, Bill Morneau, à l\u2019endroit d\u2019Andrew Scheer.Les troupes de Justin Trudeau préparaient déjà le terrain électoral depuis plusieurs mois, en affirmant qu\u2019un gouvernement Scheer ferait d\u2019importantes compressions comme le gouvernement Stephen Harper l\u2019avait fait avant lui.L\u2019élection de Doug Ford en Ontario leur a fourni de nouvelles munitions, le premier ministre progressiste-conservateur ayant procédé à d\u2019importantes compressions.Des ministres libéraux avaient pris le micro dès le lendemain du dépôt du budget Ford, mi-avril, en le qualifiant de « cruel ».« C\u2019est typique des gouvernements conservateurs.Le gouvernement Ford a présenté un budget de coupes, coupes, coupes.Il est évident qu\u2019Andrew Scheer adopterait exactement la même tactique », scandait la ministre de l\u2019Emploi, Patty Hajdu.Les libéraux prédisaient que les conservateurs auraient à retrancher 55 milliards sur cinq ans pour retrouver l\u2019équilibre budgétaire en deux ans.«Il va faire des compressions.Ils vont causer du tort aux gens», plaidait le ministre Morneau encore la semaine dernière.Dans ce contexte, le report d\u2019horizon pour l\u2019équilibre budgétaire est une « sage décision », selon l\u2019ex-stratège conservatrice Rachel Curran.« C\u2019est bénéfique, d\u2019un point de vue stratégique, de dire qu\u2019il n\u2019y aura pas de grosses compressions dans la première ou la seconde année d\u2019un mandat », explique la présidente de la firme de lobbying Wellington Advocacy.« Je ne m\u2019attends pas à ce que les libéraux cessent de marteler ce message pour autant.C\u2019est un message efficace, de faire peur aux gens en leur faisant croire qu\u2019il y aura d\u2019importantes réductions de programmes sous un gouvernement conservateur.Mais ça aide les conservateurs d\u2019avoir une réplique.» Les libéraux n\u2019ont pas pour autant l\u2019intention de reculer.Andrew Scheer vient de confirmer, selon eux, qu\u2019il n\u2019y a rien de dramatique à afficher des déficits puisqu\u2019il en accusera à son tour s\u2019il est élu.Le contraste libéral-conser- vateur en la matière ne tient donc plus.« On est dans les teintes de gris, plutôt que dans le noir et blanc », fait valoir une source libérale.L\u2019adéquation entre Andrew Scheer et Doug Ford tient en outre toujours, de l\u2019avis des libéraux, car M.Ford avait promis des compressions modestes qui se sont néanmoins traduites par des réductions de programmes et de services sociaux.« Ces coupes tranquilles entraînent quand même des coupes de services importantes qui ont des effets réels sur la vie des gens », insiste ce stratège libéral.Tirés vers le bas par Doug Ford À quelques mois de l\u2019élection fédérale, Luc Fortin, de la firme de sondage Mainstreet, note que l\u2019impopularité de Doug Ford et de ses compressions pourrait entraîner les conservateurs fédéraux vers le bas.« Historiquement, en Ontario, les gens associent beaucoup plus qu\u2019au Québec les partis provincial et fédéral de même couleur.» Or, les progressistes-conservateurs de Doug Ford sont en chute dans les sondages.Le dernier coup de sonde Mainstreet, publié jeudi, les place troisièmes, à 22 %, derrière les libéraux à 40 % et les néodémocrates à 24 %.Et Doug Ford récolte 73 % d\u2019avis défavorables à son endroit \u2014 un résultat pire que le score de 59 % qu\u2019avait réalisé l\u2019ex-première ministre libérale Kathleen Wynne avant de perdre son élection l\u2019an dernier.«Chez Mainstreet, on n\u2019a jamais vu un premier ministre en fonction avoir autant d\u2019opinions défavorables.Et rapidement, en plus, après seulement un an», observe M.Fortin.La firme Ipsos place les partis à égalité, avec les libéraux à 32%, les troupes de Doug Ford à 30% et les néodémocrates à 29%.L\u2019entourage d\u2019Andrew Scheer assure que sa révision budgétaire ne découle pas des problèmes du collègue onta- rien.Les conservateurs fédéraux s\u2019attendaient depuis longtemps à être accusés de préparer des compressions.« On est tout aussi décidés à équilibrer le budget.Mais il faut le faire de façon responsable », martèle-t-on.Rachel Curran estime qu\u2019à l\u2019approche de la campagne électorale, les stratèges d\u2019Andrew Scheer ont décortiqué plus attentivement les chiffres et réalisé que la promesse de 2017 n\u2019était pas réaliste et qu\u2019elle entraînerait des compressions trop draconiennes et impopulaires.Reste que le rajustement s\u2019est fait à cinq mois de l\u2019élection fédérale\u2026 et avant de passer des semaines à être accusés de préparer un régime d\u2019austérité en pleine campagne électorale.Querelle électorale sur la lutte contre les déficits Le chef conservateur Andrew Scheer renie sa promesse d\u2019équilibrer le budget en deux ans et rejette le blâme sur le gouvernement libéral Les conservateurs d\u2019Andrew Scheer promettent maintenant d\u2019éliminer le déficit budgétaire en cinq ans s\u2019ils sont élus en octobre.JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE MICHEL DAVID L\u2019intervention de l\u2019ONU n\u2019en constitue pas moins un appui gênant pour les opposants au projet de loi 21.Plutôt que de semer un doute dans les esprits, elle risque de consolider l\u2019appui dont le gouvernement Legault bénéficie déjà dans la population.Même les scénarios les plus optimistes ne prévoient pas que les libéraux équilibreront le budget avant 20 ans.LE CHEF CONSERVATEUR ANDREW SCHEER » B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 E N B R E F La justice kényane refuse de décriminaliser l\u2019homosexualité NAIROBI \u2014 La Haute Cour du Kenya a refusé vendredi d\u2019abroger les lois criminalisant l\u2019homosexualité.Les plaignants, des associations de défense des droits des homosexuels, espéraient que le Kenya emprunterait la voie choisie par certains pays africains qui l\u2019ont décriminalisée.Vingt-huit pays sur qurante-neuf en Afrique subsaharienne ont des lois pénalisant les relations homosexuelles, selon Human Rights Watch.La peine de mort est même prévue en Mauritanie, au Soudan et dans le nord du Nigeria, même si aucune exécution n\u2019a été officiellement enregistrée ces dernières années.L\u2019Angola, le Mozambique et les Seychelles ont abrogé des lois pénalisant l\u2019homosexualité ces dernières années.Agence France-Presse Trump annonce des ventes d\u2019armes à l\u2019Arabie saoudite WASHINGTON \u2014 Le gouvernement américain de Donald Trump a «formellement informé le Congrès» de nouvelles ventes d\u2019armes à l\u2019Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis en contournant la possibilité dont disposent normalement les parlementaires de bloquer ce type de contrat, a déploré le démocrate Bob Menendez, numéro deux de la Commission des affaires étrangères du Sénat, dans un communiqué.Il dit redouter son impact sur les civils au Yémen, où l\u2019Arabie saoudite et les Émirats dirigent une coalition militaire contre les rebelles houthis soutenus par l\u2019Iran.Le Congrès américain avait adopté en avril une résolution exigeant du président «le retrait des forces armées américaines des hostilités» au Yémen, à l\u2019exception des opérations visant al- Qaïda.Donald Trump y a mis son veto.Agence France-Presse Les troupes russes sont au Venezuela pour contrer la « menace » américaine MOSCOU \u2014 Les troupes russes arrivées au Venezuela en mars aident l\u2019armée du régime chaviste à se préparer quant aux menaces américaines « d\u2019usage de la force », a déclaré vendredi à l\u2019AFP l\u2019ambassadeur russe au Venezuela, qui juge toutefois que « la voie du dialogue » doit l\u2019emporter.Alliée du président véné- zuélien Nicolás Maduro, la Russie a envoyé en mars une centaine de soldats dans le pays sud-américain, aux prises avec une profonde crise politique depuis l\u2019autoproclamation de Juan Guaidó comme président par intérim.L\u2019ambassadeur a nié tout rôle de la Russie dans le maintien au pouvoir de Nicolás Maduro lors de la tentative ratée de soulèvement menée le 30 avril par Juan Guaidó.Agence France-Presse CHRISTIAN RIOUX À MUNICH LE DEVOIR À 48 heures du scrutin, la chancelière Angela Merkel a décidé de peser dans l\u2019élection européenne qui renouvellera dès dimanche les 751 députés du parlement de Strasbourg.Alors que la vague eurosceptique et populiste n\u2019a jamais été aussi forte et pourrait rafler plus de 25 % des sièges et former le troisième groupe parlementaire, la chancelière est sortie du mutisme qu\u2019elle observait jusque-là pour lancer un appel à une « Europe de la responsabilité ».« Dimanche, c\u2019est à propos de l\u2019Europe que nous irons voter, mais aussi à propos du chemin qu\u2019elle doit emprunter », a déclaré la chancelière, qui parle d\u2019une Europe qui assume ses responsabilités et défend la liberté de la presse et l\u2019État de droit.« Ces valeurs sont aujourd\u2019hui attaquées, dit- elle.Elles ne peuvent pas être tenues pour acquises.Le nationalisme est un affront à ces valeurs.Cela n\u2019a pas sa place en Europe.» À quelques heures de l\u2019annonce de la démission de la première ministre britannique, Theresa May, Merkel a semblé émettre quelques regrets sur le Brexit.« Ça nous a motivés pour rester ami de la Grande-Bretagne, dit-elle.[\u2026] Nous devons construire une Europe où chacun peut jouer son rôle.» La Bavière, région stratégique Pour clore cette campagne européenne, Angela Merkel avait choisi Munich, capitale de la Bavière, et fief de Manfred Weber, le candidat des conservateurs du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne.Mais, la Bavière est aussi la région où Angela Merkel a eu le plus de fil à retordre depuis la crise des migrants et où son allié, la CSU, est souvent passé près de réclamer sa tête.Cette réunion européenne en est aussi une de « réconciliation », a ironisé le secrétaire général de la CSU, Markus Blume.« C\u2019était peut-être ma dernière chance de voir Angela Merkel », disait Adeilheid Stenzel, une enseignante à la retraite, pendant qu\u2019un orchestre traditionnel bavarois battait la mesure.« Après 35 ans chez les socialistes, j\u2019ai décidé d\u2019adhérer à la CSU.Je pense qu\u2019il faut garder son calme dans cette élection.La gauche n\u2019arrête pas de nous dire qu\u2019Hitler est de retour.J\u2019en ai assez de cette propagande.Il ne s\u2019agit pas de ça.» Les conservateurs allemands n\u2019avaient pas lésiné sur les invités d\u2019honneur.Du premier ministre bulgare, Boyko Borissov, qui a réclamé une « immigration illégale zéro », à Andrej Plenkovic, premier ministre de la Croatie, dernière venue dans l\u2019Union européenne.Retenu dans son pays pour cause de crise politique depuis la démission de ses ministres d\u2019extrême droite, le premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, a envoyé un message.Celui-ci, qui menait jusqu\u2019à tout récemment une politique en alliance avec l\u2019extrême droite, aura d\u2019ailleurs été la vedette des conservateurs dans cette campagne.Mais l\u2019in- vité-surprise fut Lech Walesa.Pour l\u2019ancien leader de Solidarnosc et ex- président de la Pologne aujourd\u2019hui âgé de 76 ans, « il ne faut pas laisser les démagogues et les populistes détruire notre maison européenne ».Confrontations avec la France Les participants n\u2019ont pas hésité au passage à écorcher le président français, Emmanuel Macron, qui « veut changer le système des partis, de manière qu\u2019on n\u2019ait plus le choix qu\u2019entre lui et les populistes.Ce n\u2019est pas l\u2019Europe que nous voulons », a lancé le président du PPE, Joseph Daul.Depuis quelques mois, les points de friction se sont multipliés entre la chancelière et le président français.Cela va de la taxe ÉLECTIONS EUROPÉENNES Merkel entre dans la course La chancelière allemande est sortie de son mutisme face à la vague eurosceptique FRANCE Explosion d\u2019un colis piégé à Lyon sur les géants du Web (GAFA) dont la France se veut le champion au report de l\u2019échéance du Brexit dont Macron ne voulait rien savoir.Sans oublier la reprise des négociations de libre- échange avec les États-Unis qui a été enclenchée malgré le refus français.Même Angela Merkel n\u2019a pas hésité à parler de « confrontations » dans sa dernière entrevue à la Suddeutsche Zeitung.« Pas question de Manfred Weber » à la présidence de la Commission européenne, aurait déclaré le président.Le député bavarois à peu près inconnu hors d\u2019Allemagne a néanmoins été adoubé par l\u2019actuel président, Jean-Claude Juncker.Selon une enquête YouGov, il ne pourrait être identifié que par 36 % des Allemands.Il faut dire qu\u2019en Allemagne, l\u2019élection européenne n\u2019attire pas plus les foules qu\u2019ailleurs.Un sondage réalisé le 14 mai dernier a révélé que les électeurs ne faisaient pas toujours la différence entre les programmes du SPD et de la CDU.On s\u2019attend néanmoins à ce que dimanche, l\u2019extrême droite (AFD) connaisse une légère progression alors que les verts pourraient même arriver deuxièmes, les sociaux-démocrates poursuivant leur descente aux enfers amorcée depuis des années.Quatre députés indépendantistes catalans suspendus MADRID \u2014 La Chambre basse du Parlement espagnol a suspendu vendredi quatre députés indépendantistes catalans, jugés pour la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 et qui avaient été élus depuis leur prison aux législatives d\u2019avril.La suspension d\u2019Oriol Junqueras, Jordi Turull, Josep Rull et Jordi Sanchez pourrait avoir de lourdes conséquences pour le chef du gouvernement socialiste sortant, Pedro Sanchez, vainqueur des élections de fin avril, mais sans majorité absolue.Les quatre députés sont accusés de rébellion pour avoir organisé un référendum d\u2019autodétermination en dépit de son interdiction par la justice, avant l\u2019éphémère déclaration d\u2019indépendance d\u2019une des régions les plus riches d\u2019Espagne en octobre 2017.Agence France-Presse PIERRE PRATABUY À LYON AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019explosion d\u2019un colis piégé dans une rue très fréquentée de Lyon vendredi en fin d\u2019après-midi, qualifiée d\u2019« attaque » par le président français, a fait une dizaine de blessés légers, dont une fillette, à deux jours des élections européennes.Ce sac ou ce colis, qui contenait des vis, des clous ou des boulons selon des sources policières, a été déposé devant une boulangerie d\u2019une rue piétonne et très commerçante proche de la place Bellecour, au cœur de cette ville, l\u2019une des principales de France.Un homme de 30 à 35 ans circulant à vélo et aperçu à proximité des lieux au moment des faits était activement recherché par la police en soirée, selon une source proche du dossier.Le secteur a été évacué et bouclé par les forces de l\u2019ordre.En début de soirée des rubans rouges avec la mention « danger de mort » barraient le passage vers la scène de l\u2019explosion.Des véhicules de pompiers s\u2019entassaient avec quelques voitures de police banalisées.Aucune piste n\u2019a été privilégiée pour cette explosion.« À ce stade, il n\u2019y a pas de victime », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, en soirée.De son côté, le ministre de l\u2019Intérieur, Christophe Castaner, a demandé le renforcement de « la sécurité des sites accueillant du public et des événements sportifs et culturels » dans le pays, dans un message sur Twitter.La section antiterroriste du parquet de Paris s\u2019est saisie de l\u2019enquête.Le dernier bilan fourni par les autorités régionales a fait état de « huit blessés légers ».Sept d\u2019entre eux ont été pris en charge par les secours et transportés vers un hôpital voisin sur les quais du Rhône.Une autre source évoque un bilan de dix blessés légers.« Une petite fille de 8 ans a été blessée [\u2026].On est plutôt rassurés puisque visiblement, il n\u2019y a pas de blessés graves, mais en revanche, on a une certitude, c\u2019était un engin explosif », a déclaré sur place Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement de Lyon, ajoutant que le suspect avait pu être filmé par les caméras de vidéosurveillance.« On s\u2019oriente effectivement vers un colis piégé », avait confirmé à l\u2019AFP une porte-parole du parquet de Lyon peu après l\u2019annonce de l\u2019explosion.La France s\u2019apprête à voter dimanche pour élire ses députés européens.Le scrutin a commencé dans plusieurs États membres depuis jeudi, dont le Royaume-Uni.À Munich, capitale de la région de Bavière, la chancelière Angela Merkel a lancé un appel, à 48 heures du scrutin allemand des élections européennes, à une « Europe de la responsabilité ».CHRISTOF STACHE AGENCE FRANCE-PRESSE Dimanche, c\u2019est à propos de l\u2019Europe que nous irons voter, mais aussi à propos du chemin qu\u2019elle doit emprunter ANGELA MERKEL » LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ominic Champagne se pointera samedi au premier conseil général de la CAQ avec dans son baluchon de militant \u2014 convaincu et convaincant \u2014 non seulement sa carte du parti, mais aussi une bonne dose de l\u2019urgence d\u2019agir qu\u2019il espère transmettre au parterre ca- quiste réuni pour causer « économie verte ».L\u2019instigateur du Pacte pour la transition carbure encore à la vertu et à l\u2019espérance mais, las d\u2019attendre encore et toujours les gestes porteurs, sa flamme vacille.Toutefois, l\u2019économie verte, est-ce que cela s\u2019accorde véritablement avec l\u2019urgence climatique ?À lire le cahier de propositions qui sert de prélude aux discussions de la CAQ ayant lieu cette fin de semaine à Montréal, il semble bien que non.Dans ce préambule aux échanges, affublé bien maladroitement d\u2019une étiquette promettant « le changement en action », on ne retrouve là rien qui porte une signature audacieuse, ambitieuse, pas le moindre signe d\u2019un changement de cap radical pour permettre d\u2019espérer atteindre les objectifs synonymes de survie de la planète.Il eût été de bon augure, pour donner le ton, de s\u2019arrimer aux conclusions dramatiques du dernier rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) d\u2019octobre dernier, qui en somme rappelait aux occupants de la Terre que les cibles de réduction de GES de l\u2019Accord de Paris ne sont plus suffisamment élevées pour empêcher la catastrophe.Mais la CAQ en est restée aux objectifs de 2015.Pour le reste, ce n\u2019est pas que les propositions qui seront discutées cette fin de semaine n\u2019aient pas d\u2019intérêt, car dans l\u2019ensemble elles en ont toutes un brin, c\u2019est qu\u2019elles manquent de coffre, n\u2019ont pas de lustre, n\u2019atteignent pas le début du commencement d\u2019un plan de match destiné à faire la révolution climatique.Virage vert, vous disiez ?Mirage, plutôt.Tous les dirigeants se targuent de vouloir faire mieux et plus pour éviter de laisser une planète en rade à leurs héritiers, et pourtant, lesdits héritiers l\u2019ont scandé dans la rue tous les vendredis pendant ces trois mois où ils ont séché les cours : ils veulent un changement de cap, ils espèrent un coup de barre, radical, courageux.Après avoir subi l\u2019opprobre pour avoir quasi oublié les priorités environnementales en campagne électorale, le premier ministre François Legault s\u2019est engagé à reverdir son aura.Mais c\u2019est la loi du petit pas depuis, et malheureusement, le règne des incohérences.Comment décoder la moindre sincérité dans la sauvegarde de la planète chez un gouvernement qui pratique la valse-hésitation autour d\u2019un projet de ligne de métro additionnelle et qui vogue allégrement vers une absurdité nommée troisième lien à Québec pour unir les deux rives, et ce, pour environ 21 000 personnes empruntant ce passage chaque jour ?C\u2019est à n\u2019y rien comprendre.Tant à Québec qu\u2019à Ottawa, où le premier ministre Trudeau veut tenir un vote déclarant le Canada en « situation d\u2019urgence climatique nationale » tout en faisant l\u2019acquisition d\u2019un pipeline, les gestes ne s\u2019allient pas à la parole.Les auteurs du GIEC l\u2019ont pourtant souligné à grands traits : le coup de barre radical que commande l\u2019urgence climatique rime avec quatre champs d\u2019action magistraux : laisser les énergies fossiles dans le sol, réformer le secteur des transports, préserver les milieux naturels et changer l\u2019alimentation.Le programme de cette fin de semaine explore chacune de ces sphères, mais toujours en surface, sans mesure coercitive, trop souvent sur le mode de la suggestion plutôt que sur celui de l\u2019interdiction.La Norvège, que la CAQ cite en exemple un peu maladroitement, n\u2019a pas procédé par « mesurettes », mais a inscrit l\u2019environnement comme un axe fondateur politique autour duquel l\u2019économie et les actions sociales se sont développées.« Les propositions ne sont pas à la hauteur de la crise », déplorait en mars dernier Léa Ilardo, du collectif La planète s\u2019invite à l\u2019université, au moment où des milliers de manifestants inondaient les rues de Montréal.Partout sur la planète, portée par des conclusions scientifiques accablantes, la société civile implore les politiques de pratiquer une gouvernance durable, en préservant l\u2019immédiat mais en agissant surtout pour le futur.Le dramaturge Dominic Champagne a choisi d\u2019incarner le pont et le dialogue entre ces citoyens espérant un commandement plus vert et les gouvernants abonnés aux promesses.Espérons qu\u2019au terme de la fin de semaine, il repartira le baluchon rempli d\u2019engagements sincères.Pénélope Barnabé Élève à l\u2019École internationale de Montréal, autrice lauréate du prix Le Devoir dans le cadre du concours Héros \u2013 La grande rédaction, organisé par la Fédération autonome de l\u2019enseignement Au cours des dernières années, le mouvement contre les vaccins, ou « antivax », a pris beaucoup d\u2019ampleur sur les médias sociaux, mais son influence va bien au-delà de l\u2019Internet.D\u2019après le magazine Time, on a pu assister au retour de maladies que l\u2019on croyait éradiquées, comme la rougeole et le virus des oreillons à cause de ce groupe.Pourtant, les mensonges que propagent les activistes anti- vaccin, tels que la croyance selon laquelle l\u2019autisme est causé par les vaccins, peuvent facilement être démentis avec une recherche plus approfondie qui se base sur des sources fiables.Pourquoi, alors, tellement de personnes tombent- elles dans le piège du mouvement antivaccin ?Si c\u2019est en partie à cause des informations propagées par les activistes antivaccin que des parents inquiets et naïfs prennent position contre l\u2019industrie pharmaceutique, on doit aussi assigner une part de responsabilité aux algorithmes des réseaux sociaux, qui isolent et nourrissent les adeptes de cette doctrine avec des mèmes, des histoires « vécues » et des articles pseudo-scientifiques.En effet, le format des réseaux sociaux et leur fonctionnement sont des obstacles dans la quête de l\u2019information, notamment à cause de la personnalisation du contenu aperçu et de la manière dont le format du réseau social nous présente l\u2019information.Tout d\u2019abord, les algorithmes des médias sociaux compilent constamment de l\u2019information sur leurs utilisateurs afin de déterminer quels types de personnes ils sont et trient l\u2019information sur leur plateforme afin de leur présenter le contenu qu\u2019eux et les personnes dans leur groupe idéologique aiment, comme l\u2019explique Jaron Lanier, chercheur en informatique, dans son livre Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now.Les nouvelles et articles qui nous sont suggérés ont L\u2019industrie pétrolière « sur le BS » Je suis outré d\u2019apprendre que le promoteur du projet d\u2019exportation de gaz albertain GNL Québec a le culot de quémander de l\u2019argent aux contribuables québécois, et ce, non seulement parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un plan hypothétique et n\u2019ayant obtenu aucun feu vert environnemental, et encore moins l\u2019acceptation sociale, mais surtout parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une entreprise naviguant complètement à contre-courant du gros bon sens et de la lutte contre les GES.On essaie de nous faire avaler des couleuvres en affirmant que le gaz naturel est une étape de transition louable dans la lutte contre les changements climatiques, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une énergie fossile traditionnelles simplement moins noires et moins gluantes, mais tout aussi émettrices de GES.Ce projet ne devrait pas voir le jour, un point c\u2019est tout.Le Québec doit s\u2019affirmer énergiquement contre tout passage d\u2019oléoducs ou de gazoducs sur son territoire, et mettre les bouchées doubles à l\u2019électrification complète du transport et du chauffage pour rapidement s\u2019affranchir des énergies fossiles.Ce n\u2019est ni dans cinq ans ni dans dix ans, mais bien aujourd\u2019hui que doivent se prendre les décisions courageuses qui nous permettront de garder la tête haute lorsque nous léguerons notre environnement aux futures générations.Puisque ces mots sont désormais admis dans le nouveau Larousse, cessons de nous faire enfirouaper et chialons haut et fort ! Marc-André Blain Sutton, le 15 mai 201 À force de compromis Le problème avec les atermoiements et les compromis, c\u2019est qu\u2019ils deviennent trop vite des compromissions soutirées par le chant des lobbys.Tous les politiciens qui ont appliqué des mesures mi-figues mi-raisins se sont retrouvés le bec à l\u2019eau.Plus crû- ment écrit : un parti de gauche n\u2019a rien à gagner à copier les mesures des partis de droite.Car à opter entre celui qui applique des politiques de droite et un parti de gauche qui les imite, on choisira le premier.Si j\u2019ai à choisir entre l\u2019imitation et l\u2019original, je vais prendre l\u2019original.Si Valérie Plante continue à soutenir certaines des lubies des promoteurs en tout genre, comme le faisait allègrement son prédécesseur, les citoyens ne vont pas opter pour la contrefaçon, mais revenir à l\u2019original.Me semble que c\u2019est fa- Un vaccin contre les « fausses informations » ?LIBRE OPINION LETTRES ENVIRONNEMENT Virage ou mirage vert ?D ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu sée en propagande qui consiste à répéter l\u2019information jusqu\u2019à ce qu\u2019on y croie, expliquent le Dr Dio- nysis Panos, la Dre Eleni Kyza et le Dr Evangelos Karapanos de l\u2019Université de technologie Cyprus sur le site de Co-inform, un projet luttant contre la désinformation.En effet, les participants des chambres d\u2019écho sont exposés aux mêmes informations et articles de nombreuses fois lors de leur temps sur les médias sociaux, ce qui augmente leur crédibilité et fait baisser la garde de leurs lecteurs.En conclusion, les réseaux sociaux ne sont pas des sources fiables pour s\u2019informer en raison du filtrage qui expose principalement les utilisateurs à des informations partiales en accord avec leurs opinions et de leur tendance à augmenter aux yeux de leurs utilisateurs la crédibilité d\u2019informations fausses.Mais dans cette situation de désinformation, qui est vraiment responsable?Les personnes imprudentes et trop naïves qui devraient savoir qu\u2019on doit s\u2019informer à partir de sources plus fiables ou les grandes compagnies qui profitent de ses utilisateurs inconscients ?été filtrés afin que l\u2019on ne voie que ceux qui s\u2019alignent avec nos opinions, ou enfin, ce que la plate- forme utilisée croit être nos opinions en analysant le contenu que nous consommons en ligne.En comparaison, si l\u2019on s\u2019informe en lisant un journal (en ligne ou papier), il est plus difficile d\u2019ignorer les articles qui remettent en question nos opinions et nous apprennent de nouvelles informations qui pourraient changer notre point de vue.« Chambre d\u2019écho médiatique » Ensuite, la manière dont les médias sociaux fonctionnent permet l\u2019existence d\u2019un phénomène appelé « chambre d\u2019écho médiatique », des espaces dans lesquels tous les utilisateurs qui interagissent entre eux partagent des opinions similaires.Cela s\u2019explique par les fonctions qui filtrent les contenus consommés sur les médias sociaux et créent ces chambres d\u2019écho où tous les participants sont exposés et partagent les mêmes informations.Un des effets des chambres d\u2019écho est celui de vérité illusoire, technique utili- Les réseaux sociaux ne sont pas des sources fiables pour s\u2019informer en raison du filtrage qui expose principalement les utilisateurs à des informations partiales en accord avec leurs opinions et de leur tendance à augmenter aux yeux de leurs utilisateurs la crédibilité d\u2019informations fausses Le grand Jean Vanier Jean Vanier, fondateur de L\u2019Arche et d\u2019autres mouvements, a récemment quitté ce monde.Il nous laisse ceux-ci et ses nombreux écrits.Ce grand homme a fait beaucoup pour les handicapés mentaux et leurs aidants.Grâce à cet homme de foi, très humble, l\u2019humanité a grandi.Mais Jean Vanier ne se faisait pas d\u2019illusions : il reste tant à faire pour en arriver à un monde de fraternité et de paix.Merci, Jean Vanier.Michel Lebel Entrelacs, le 8 mai 2019 cile à comprendre.C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019agissait pas ainsi que Luc Ferran- dez a vu sa popularité auprès des électeurs du Plateau passer de 42 % à 54 %, puis à 65 %.Il était congruent avec ses idées et les mettait en application, sans concessions devant les chialages de la droite.L\u2019administration Plante-Dorais semble répéter l\u2019erreur de bien des partis progressistes qui, une fois au pouvoir, ne savent plus reconnaître les intérêts des leurs et reculent sur les engagements qu\u2019ils doivent prendre\u2026 avec pour résultat qu\u2019ils déçoivent leur base électorale.Celle-ci se réfugiant alors dans l\u2019abstention, ils finissent par se faire battre.Pierre-Alain Cotnoir Montréal, le 16 mai 2019 MARIE-ANDRÉE CHOUINARD B 9 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Patrice Garant Professeur émérite de droit public, Université Laval L\u2019interdiction du port de signes religieux est censée se fonder, selon la jurisprudence, sur le critère du prosélytisme ou de l\u2019endoctrinement et de la coercition.À cet égard, le droit canadien est assez semblable au droit américain.Cela nous renvoie aux problèmes qu\u2019ont affrontés plusieurs pays européens soumis au Pacte relatif aux droits civils et politiques, que le Québec a aussi ratifié en 1976 ; il est alors affecté par les avis du Comité des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU.Ce Comité des droits de l\u2019homme a statué que, pour interdire le port d\u2019un signe religieux, il faut une raison majeure, tels la sécurité des personnes ou le maintien de l\u2019ordre public, de la morale.Le Comité a estimé en août 2018, dans l\u2019affaire française Baby-Loup, que « le port d\u2019un foulard ne saurait en soi être considéré comme constitutif d\u2019un acte de prosélytisme » et que la restriction imposée par la garderie Baby- Loup « n\u2019est donc pas une mesure proportionnée à l\u2019objectif recherché ».Il souligne que la justice française n\u2019a pas démontré dans cette affaire en quoi « le port d\u2019un foulard par une éducatrice de la crèche porterait une atteinte aux libertés et droits fondamentaux des enfants et des parents la fréquentant ».En 2012, le Comité avait aussi considéré « que l\u2019État partie (la France) n\u2019a pas donné de preuves convaincantes qu\u2019en portant son keski (turban) l\u2019auteur aurait présenté une menace pour les droits et libertés des autres élèves ou pour l\u2019ordre au sein de l\u2019établissement scolaire » ; en outre, le Comité « estime qu\u2019il n\u2019a pas été démontré que le sacrifice des droits de ces personnes était nécessaire ou proportionné aux buts visés ».Certes, antérieurement, dans l\u2019affaire Dahlab c.Suisse en 2008, lorsque fut congédiée une enseignante voilée, la Cour européenne de Strasbourg « admet qu\u2019il est bien difficile d\u2019apprécier l\u2019impact qu\u2019un signe extérieur fort tel que le port du foulard peut avoir sur la liberté de conscience et de religion d\u2019enfants en bas âge ».Comment, dès lors, selon la Cour, « pourrait-on dans ces circonstances dénier de prime abord tout effet prosélytique que peut avoir le port du foulard ».Il s\u2018agit de ce que certains auteurs ont appelé le « prosélytisme passif ».Dans sa jurisprudence antérieure, la Cour avait estimé que la manifestation de sa religion est, en principe, autorisée tant qu\u2019elle reste « passive ».Quant au prosélytisme, la Cour a pu le qualifier tantôt de « passif », tantôt d\u2019« actif », et a jugé qu\u2019il était condamnable lorsqu\u2019il est « abusif » (Kokkinakis c.Grèce, 25 mai 1993) ou « de mauvais aloi » (La- rissis c.Grèce, 24 février 1998).La Cour attribue au signe religieux une portée prosélytique indépendamment d\u2019un comportement de cette nature de la part de celui qui porte le signe.La Cour européenne réitéra cette position, en 2005 et 2006, confirmant le caractère de « signe extérieur fort » du foulard ainsi que son « effet prosély- tique » (10 novembre 2005, Leyla Sa- hin c.Turquie ; 24 janvier 2006, Kurtul- mus c.Turquie).Un arrêt instructif Toutefois, en ce qui concerne le caractère passif d\u2019une manifestation ou d\u2019un signe, la Cour a rendu en 2011 un arrêt assez instructif à propos du crucifix aux murs d\u2019écoles publiques en Italie.La Cour insiste sur « la circonstance qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus européen sur la question de la présence de symboles religieux dans les écoles publiques ».Affirmant ensuite que « le crucifix apposé sur un mur est un symbole essentiellement passif », la Cour considère qu\u2019il n\u2019est pas possible de « lui attribuer une influence sur les élèves comparable à celle que peut avoir un discours didactique ou la participation à des activités religieuses ».Il est manifeste, selon moi, que l\u2019avis du Comité dans l\u2019affaire française Baby-Loup de 2018 opère un revirement assez spectaculaire qu\u2019on ne peut ignorer au Québec.En France, cet avis du Comité a semé un certain émoi ; plusieurs, y compris le président de la Cour de cassation, se sont demandé si la France devrait revoir sa conception de la laïcité.De la même façon, je ne serais pas surpris que le Comité déclare que le projet de loi 21 ne respecte pas le Pacte international, que le Québec a ratifié en 1976, rappelant ainsi que le droit international a priorité sur le droit national.Par ailleurs, le projet de loi québécois de 2019 contient ce qu\u2019on appelle une « disposition de dérogation », qui a pour effet possible de suspendre le contrôle judiciaire ; ainsi, personne ne pourrait pendant cinq ans contester la validité constitutionnelle de ladite loi.Or, selon le Pacte international de 1976, « les États parties au présent Pacte s\u2019engagent à : a) garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans le présent Pacte auront été violés disposera d\u2019un recours utile [\u2026] ; b) garantir que l\u2019autorité compétente, judiciaire, administrative ou législative, ou toute autre autorité compétente selon la législation de l\u2019État, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et développera les possibilités de recours juridictionnel ».ONU La laïcité devant le Comité des droits de l\u2019homme Mario Polèse Professeur émérite à l\u2019INRS Je comprends le sentiment de déprime de mes amis souverainistes.La liberté politique du Québec ne préoccupe plus les jeunes Québécois, bien assis sur leur confort, indifférents au sort du français, anesthésiés par la loi 101.La quête de la liberté individuelle a triomphé \u2014 voir, par exemple, l\u2019éditorial du Devoir « Un grand parti pour la souveraineté » du 15 mars 2019.Or, ce n\u2019est pas ma lecture.Les Québécois sont un peuple politiquement mature, parfaitement conscients de ce qui est dans leur intérêt collectif, pas moins nationalistes aujourd\u2019hui qu\u2019hier.Le déclin du souverainisme est le résultat, c\u2019est ma lecture, d\u2019une transformation collective qui a vu la fin du sentiment d\u2019infériorité des Canadiens français (beaucoup ont déjà écrit là- dessus), mais aussi d\u2019un cheminement qui, au fil des années, a modifié notre perception des enjeux.Le temps est révolu où nous, peuple colonisé en quête de liberté, pouvions compter sur la sympathie du monde extérieur.La réalité a évolué avec, pour résultat, un regard moins passionné, plus froid, sur le choix souveraineté-fédéralisme.Dans les prochains paragraphes, je propose quatre raisons qui militent pour le maintien du lien fédéral, avec lequel tout projet souverainiste devra composer.Je m\u2019excuse du caractère parfois brutal de mon analyse.L\u2019intégrité du territoire La souveraineté est d\u2019abord une question militaire.Pour qu\u2019elle soit réelle, l\u2019État doit être en mesure d\u2019imposer sa loi sur l\u2019ensemble du territoire.Le cas de la Crimée, annexée illégalement par la Russie en 2014, pour ne prendre que cet exemple, nous apprend qu\u2019un territoire peut se perdre peu importe le droit international, si l\u2019État n\u2019a ni l\u2019appui de la population locale ni la force militaire pour s\u2019imposer.Le territoire du Québec n\u2019est pas eth- niquement homogène.Je pense surtout aux peuples autochtones, notamment aux Cris et aux Inuits, dont les territoires couvrent la moitié du Québec.Eux aussi ont évolué et tant mieux.Je ne vois pas un Québec souverain imposer sa loi sur des populations qui auraient, le cas échéant, choisi de rester sous autorité canadienne.Peut- être choisiront-ils de rester dans le Québec ; mais peut-être pas.Dit plus froidement, seule l\u2019union fédérale donne l\u2019assurance du maintien du Québec dans ses frontières actuelles.Des frontières ouvertes Que le maintien d\u2019une frontière ouverte (absence de douaniers ou agents d\u2019immigration) avec nos provinces voisines soit dans notre intérêt est une évidence, pour des raisons tant économiques qu\u2019affectives.Qui veut voir des contrôles d\u2019immigration entre l\u2019Acadie et le Québec ?Ici, l\u2019expérience de l\u2019Union européenne (UE) est instructive, dont la saga interminable du Brexit.L\u2019imbroglio autour de la frontière irlandaise est un rappel à l\u2019ordre utile que le maintien d\u2019une frontière ouverte exige au minimum une union douanière, qui limite à la liberté politique des États, raison pour laquelle les brexiteers les plus ardents s\u2019y opposent.Les tensions à l\u2019intérieur de l\u2019UE nous apprennent aussi qu\u2019une union économique entre États souverains ne mettra pas forcément fin aux chicanes Ot- tawa-Québec.L\u2019avenir nous dira si l\u2019UE survivra comme telle ou se transformera en union fédérale.Une union économique interdit en principe aux partenaires d\u2019ériger des contrôles.Mais l\u2019expérience récente nous apprend que ce beau principe n\u2019est pas toujours respecté dans la pratique.Devant la montée des flux migratoires, plusieurs pays ont réintroduit des contrôles, le cas hongrois étant le plus flagrant.Peut- être un Canada séparé jugera-t-il nécessaire, un jour, pour toutes sortes de raisons, d\u2019imposer des contrôles ; qui sait ?Là encore, seule une union fédérale nous donne l\u2019assurance de frontières ouvertes.Le français hors Québec Beaucoup ont écrit sur le sort des francophones hors Québec, sur lequel il n\u2019est pas nécessaire de revenir.Toutefois, leur sort, comparé à celui des Franco-Américains, est une leçon utile de la différence entre une relation fédérale et une relation internationale.Un Québec souverain récupérera les pleins pouvoirs en matière linguistique ; un gain, en somme, de liberté politique.Ottawa n\u2019aura plus aucun droit d\u2019intervention en matière de langue.Mais la relation vaut aussi en Le vrai défi des souverainistes : leçons du Brexit sens inverse.Les Québécois, par l\u2019intermédiaire des élus, des cours, ou autrement, n\u2019auront plus aucun moyen pour peser sur les politiques linguistiques du Canada.L\u2019expérience récente du gouvernement Ford en Ontario est révélatrice de ce qui risque de se passer dans un Canada amputé du Québec.Il suffit d\u2019un simple regard de l\u2019autre côté de la frontière internationale, où des Tremblay et des Gagnon du Vermont vivant à quelques minutes du Québec ne parlent plus un mot de français, pour comprendre l\u2019avenir du français en l\u2019absence d\u2019un lien politique.Là encore, seul un lien fédéral donne l\u2019assurance que le français continue à jouir d\u2019une protection politique et juridique dans les autres provinces, aussi imparfaite soit-elle.Réconcilier nos identités Rien n\u2019est plus potentiellement explosif que la question identitaire.Le « nous » des Québécois francophones n\u2019est pas univoque, legs de notre histoire, raison pour laquelle il continue à faire l\u2019objet de débats.Comme francophones (de naissance ou d\u2019adoption), le « nous » ne s\u2019arrête pas au Québec ; les autres francophones du pays en font aussi partie.Pour beaucoup de « nous », le Canada fait partie aussi de leur identité, sans parler de nos concitoyens anglophones, pour qui il constitue souvent la première ancre identi- taire.On n\u2019efface pas facilement quatre siècles d\u2019histoire.Pourquoi s\u2019infliger des affrontements identitaires acrimonieux, raison pour laquelle les Québécois demeurent majoritairement réfractaires à un nouveau référendum ?Seule l\u2019union fédérale nous permet, en somme, de ménager les différentes identités qui font partie du « nous » : la réponse à une réalité identitaire complexe, une réponse, il faut quand même l\u2019admettre, qui n\u2019a pas uniquement donné de mauvais résultats.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être en amour avec le fédéralisme canadien (peu de Québécois le sont) pour reconnaître la valeur du lien fédéral.Le vrai défi des souverainistes n\u2019est pas de séduire les jeunes Québécois avec un « projet de pays » (qu\u2019on voudrait plus écologique, plus généreux, plus français, etc.) mais de proposer un substitut crédible à l\u2019union fédérale.Le vrai défi des souverainistes n\u2019est pas de séduire les jeunes Québécois avec un « projet de pays » (qu\u2019on voudrait plus écologique, plus généreux, plus français. etc\u2026) mais de proposer un substitut crédible à l\u2019union fédérale.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être en amour avec le fédéralisme canadien (peu de Québécois le sont) pour reconnaître la valeur du lien fédéral, selon l\u2019auteur du texte.SIDHARTHA BANERJEE LA PRESSE CANADIENNE Je ne serais pas surpris que le Comité déclare que le projet de loi 21 ne respecte pas le Pacte international, que le Québec a ratifié en 1976, rappelant ainsi que le droit international a priorité sur le droit national LA CHRONIQUE DE KONRAD YAKABUSKI FAIT RELÂCHE CETTE SEMAINE. Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.JEAN-BAPTISTE LAMARCHE Historien n sait les réactions collectives viscérales que suscite ces jours- ci la simple mention du voile porté par certaines femmes musulmanes.Il est souvent présenté comme une pratique qui leur est imposée.Le démenti des principales intéressées \u2014 « non, je porte le voile par choix » \u2014 ne désarçonne pas les critiques, qui rétorquent couramment que les femmes voilées, parce que leur esprit a été aliéné par l\u2019islam, ne sont pas capables d\u2019exercer un libre choix.Par exemple, Lise Payette déclarait en 2008: «Une femme conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance, élevée avec l\u2019idée qu\u2019il vaut mieux porter le hidjab, peut-elle exercer un choix vraiment libre?» Plus récemment, Caroline Beauchamp écrivait que l\u2019interdiction du voile, au fond, donne aux femmes musulmanes «un choix véritable».Payette et Beauchamp recourent ainsi à la théorie de la fausse conscience, théorie qui prétend expliquer les actions irrationnelles d\u2019une personne par la contrainte qu\u2019exerce une domination sur sa pensée, ses sentiments et sa volonté.Les réflexions du sociologue Raymond Boudon (1934-2013) sur cette théorie, dont il se méfiait farouchement, peuvent en tout cas nous aider à voir qu\u2019elle n\u2019explique pas tous les gestes qu\u2019elle semble expliquer et que, bien qu\u2019elle se présente avec des allures libératrices \u2014 dévoiler l\u2019action de la domination, n\u2019est-ce pas le premier pas vers son renversement ?\u2014, elle contribue parfois à accabler ceux-là mêmes qu\u2019elle prétend vouloir libérer.Son analyse critique minutieuse, surtout développée dans L\u2019idéologie, ou l\u2019origine des idées reçues, démontre que, dans bien des cas, le recours à cette théorie en dit plus sur la personne qui l\u2019utilise que sur celle dont on prétend expliquer l\u2019action.C\u2019est très clair, nous semble-t-il, dans le cas du portrait de l\u2019amateur de jazz par Theodor W.Adorno.Ce philosophe, grand amateur de musique classique, s\u2019étonnait que l\u2019on puisse aimer le jazz, qui l\u2019irritait.Or, il était aussi un penseur révolutionnaire, qui cherchait à débusquer l\u2019emprise du capitalisme sur les esprits.Il en vint à se dire que ceux qui écoutaient du jazz le faisaient parce que leur sensibilité avait été étouffée par le système capitaliste, victimes qu\u2019ils étaient d\u2019une forme de fausse conscience.Boudon note qu\u2019on trouve bien souvent, au départ du processus qui mène à l\u2019attribution d\u2019une fausse conscience, un témoin embarrassé par une action qui lui semble étrange.Il ne parvient pas à cerner les raisons de l\u2019observé ou à se mettre à sa place.Alors, « l\u2019observateur prend une position égocentrique » : il mesure cet agir à partir de celui que lui-même adopterait et conclut très naturellement à l\u2019irrationalité de l\u2019observé.Si Adorno ne trouvait pas de plaisir au jazz, comment les autres le pouvaient-ils ?La fausse conscience, dans un tel cas, « désigne moins un type de comportement qu\u2019elle ne se fonde sur un type de relation entre l\u2019observateur et l\u2019observé ».C\u2019est un tel diagnostic qui suscite le besoin d\u2019expliquer l\u2019irrationalité du geste, ce que semble permettre la théorie de la fausse conscience : l\u2019observé serait traversé par une dispute intérieure, entre sa voix authentique et la voix intériorisée de la contrainte extérieure, et B 10 LE DEVOIR DE PHILO LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 M A R I O M E R O L A R é a l i s a t i o n s 1 9 4 8 - 2 0 1 9 5 1 4 - 3 8 1 - 6 3 3 8 | w w w .m a r i o m e r o l a .n e t P a r t i c i p a t i o n , B i e n n a l e d e V e n i s e , 2 0 1 1 S a b l e d \u2019 O k a , H u i l e 2 0 1 8 Le sociologue Raymond Boudon note qu\u2019on trouve bien souvent, au départ du processus qui mène à l\u2019attribution d\u2019une fausse conscience, un témoin embarrassé par une action qui lui semble étrange.Il ne parvient pas à cerner les raisons de l\u2019observé ou à se mettre à sa place.ILLUSTRATION TIFFET Jean-Baptiste Lamarche O Fausse conscience et femme voilée Le sociologue Boudon aurait critiqué ceux qui doutent du libre arbitre de la femme qui porte le voile cette dernière serait parvenue à prendre le dessus et à imposer des décisions.Cette hypothèse d\u2019une fausse conscience porte tout autant la marque de l\u2019égocentrisme de l\u2019observateur que le diagnostic d\u2019irrationalité auquel elle semble fournir une explication : si la pensée et la volonté de l\u2019observé n\u2019avaient pas été contraintes, il aurait pensé et voulu comme le fait l\u2019observateur.Ce dernier ne parvient donc qu\u2019à « décrire [éventuellement à son insu] ses propres croyances et passions sous couleur d\u2019analyser une réalité sociale qui en fait lui échappe ».On le voit: la critique boudonienne est radicale.L\u2019irrationalité que prétend expliquer la théorie de la fausse conscience n\u2019existe que dans l\u2019œil de l\u2019observateur.Au fond, en attribuant une fausse conscience à l\u2019obsevé, un tel observateur transpose à l\u2019intérieur de celui qu\u2019il observe le différend (virtuel ou déclaré) qui les oppose.Car le désaccord intérieur supposé des voix, dans l\u2019esprit de l\u2019observé, est une copie conforme du différend entre les deux personnes : la fausse conscience « caractérise d\u2019abord \u2014 de manière négative \u2014 une relation entre l\u2019observateur et l\u2019observé ».Par ailleurs, la voix censée être la plus authentique et libre, celle qui ne parviendrait pas à se rendre jusqu\u2019aux lèvres de l\u2019observé, est précisément celle que fait entendre l\u2019observateur ; par exemple, celui qui à première vue croit apprécier le jazz, en réalité, au fond de son être, aimerait la même musique qu\u2019Adorno.Ce qui revient à dire que celui qui attribue une fausse conscience à quelqu\u2019un fait valoir une prétention : celle de parler au nom de celui dont il dit expliquer l\u2019action.Celui qui se fait attribuer cette fausse conscience se trouve par le fait même dépossédé de la capacité de dire ce qu\u2019il pense, sent et veut réellement.Un observateur est davantage porté à suivre cette stratégie explicative « égocentrique » lorsqu\u2019il pense qu\u2019il offre lui-même une mesure de comparaison universelle.Ainsi, Adorno affirmait que, chez des intellectuels comme lui, on rencontrait une authenticité profonde, ce qu\u2019il appelait « la simultanéité de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur ».On le voit : l\u2019égocentrisme d\u2019Adorno s\u2019enracine dans un sociocentrisme, la conviction d\u2019une différence en valeur entre « eux » et « nous ».C\u2019est là un socio- centrisme indirect : au lieu de soutenir simplement la supériorité de son groupe, Adorno affirme que ce groupe est plus immédiatement humain que les autres groupes, qui, au contraire, exerceraient une répression de la nature intérieure de leurs membres.Ce sociocentrisme se présente donc comme une forme d\u2019universalisme.Lorsqu\u2019il contemple son reflet dans le miroir, celui qui adhère à une telle idée aperçoit un individu fidèle à sa nature profonde.En comparaison, l\u2019étranger qu\u2019il observe au travers des lunettes de la théorie de la fausse conscience lui apparaît étouffé par le poids de son éducation et de sa culture, qui l\u2019empêcherait d\u2019exprimer sa voix première.Théorie populaire La fausse conscience, dans le Québec actuel, est fréquemment attribuée aux femmes musulmanes.L\u2019analyse par Boudon permet notamment de comprendre pourquoi cette théorie, en apparence si savante \u2014 on la retrouve chez des penseurs réputés, comme Freud ou Adorno \u2014, peut tout de même devenir populaire: celui qui est placé devant une action qui le déconcerte, pour produire une telle théorie, n\u2019a qu\u2019à suivre sa pente naturelle.Il est en effet exigeant, face à une telle action, d\u2019écouter les principaux intéressés et de reconstruire le contexte au sein duquel elle peut avoir du sens.Il est beaucoup plus intuitif d\u2019y réagir en partant de l\u2019action que l\u2019on poserait soi-même.Comme l\u2019avouait candidement Guy Debord, un écrivain qui expliquait une vaste variété d\u2019actions par la fausse conscience : « Rien n\u2019est plus naturel que de considérer toutes choses à partir de soi, choisi comme centre du monde; on se trouve par là capable de condamner le monde sans même vouloir entendre ses discours trompeurs.» Partir de soi : le choix vraiment libre que la femme musulmane ne parvient pas à faire, selon Payette et Beauchamp, c\u2019est évidemment leur choix à elles.Et lorsque Payette dit que cette femme a été « conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance », elle implique qu\u2019elle-même a grandi dans un monde situé au-delà du conditionnement social.Voilà pourquoi ses décisions seraient celles que choisirait tout esprit parvenu à se libérer du carcan de son milieu.En tenant ce discours, elle assimile la culture québécoise à la culture universelle.Lorsqu\u2019on s\u2019arrête au contexte au sein duquel ces déclarations ont été lancées, on aperçoit clairement les conséquences politiques potentiellement néfastes de la démarche égocentrique analysée par Boudon.Depuis la crise des accommodements raisonnables, une rumeur anonyme répète inlassablement que les musulmans, comme d\u2019autres minorités religieuses du reste, seraient enclins au fanatisme, que leurs demandes seraient insatiables, qu\u2019ils voudraient au fond nous imposer leur loi.Cette rumeur obsédante, qui alimente la peur et la colère, puis se nourrit d\u2019elles en retour, en pousse plusieurs, rendus méfiants, à refuser de prêter davantage l\u2019oreille à ces minorités et à les sommer de se plier à nos manières.Ce faisant, ils redéfinissent le « nous » québécois contre ces minorités.Assurément, les esprits féministes émancipateurs qui expliquent le choix des femmes par la fausse conscience sont loin de s\u2019inscrire dans ce mouvement de repli identitaire.Et pourtant, l\u2019explication qu\u2019ils mettent en avant tend curieusement à les en rapprocher.Lorsque j\u2019attribue une fausse conscience aux femmes voilées, je suis porté à ne pas vouloir entendre leurs discours trompeurs, ce qui contribue à les exclure de la conversation démocratique.Par ailleurs, dans la mesure où l\u2019explication que je mets alors en avant traite implicitement mon mode de vie comme un modèle universel, où le portrait de l\u2019humain libéré que cette explication implique est mon portrait, l\u2019exhortation que j\u2019adresse à ces femmes \u2014 « soyez libres ! » \u2014 tend à se confondre, dans la pratique, avec l\u2019exigence des tenants du repli identitaire \u2014 « soyez comme nous ! » La théorie de la fausse conscience ne confère-t-elle pas ainsi une aura humaniste à une réaction qui ne la mérite pas ?Des suggestions ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutri- sac@ledevoir.c om.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo : www.ledevoir.com/societe/ le-devoir-de- philo-histoire. LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 B 11 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R Outremont 1 175 000 $ 582 Davaar Outremont adjacent 699 000 $ 5586 Woodbury CDN 639 000 $ 4976 Victoria Outremont 1 855 000 $ 367 Wiseman Mile-End 629 000 $ 5217 De Gaspé app.5 Plateau 539 000 $ 4705A Garnier Villeray 649 000 $ 7709-7711 Chateaubriand Outremont 1 025 000 $ 734 Wiseman realta.ca | 514 789 2889 courtier immobilier agréé ÉQUIPE FRANÇOIS BISSONNETTE J\u2019ai fondé REALTA en janvier 2008 sur une promesse : faire du courtage immobilier de façon différente, résolument moderne.Pour nos clients.En faisant de la satisfaction de leurs exigences notre raison d\u2019être.C\u2019est notre image de marque et le fondement de notre succès.C\u2019est une question de valeurs.S U R R E N D E Z - V O U S c o n t a c t e z - n o u s ! À L O U E R à v o i r ! VENDU PAR REALTA NO UVE AU TÉ V I S I T E L I B R E d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h NO UVE AU TÉ NO UVE AU TÉ NO UVE AU TÉ Savoir compter & écouter D E P R E S T I G E c o n t a c t e z - n o u s ! S U R R E N D E Z - V O U S 59 Springgrove Outremont 541-543 Outremont Outremont 2 995 000 $ 1 595 000 $ 3288-3290 Bellechasse Rosemont 7125-7129A Christophe-Colomb Petite-Patrie 699 000 $ 769 000 $ d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h V I S I T E L I B R E S U R R E N D E Z - V O U S 4707 Garnier Plateau 7792-7794 Querbes Parc-Extension 429 000$ 635 000$ 2301 Hampton NDG 409 000 $ 6803 Heywood app.303 Côte-St-Luc 489 000 $ d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h V I S I T E L I B R E 66 Pointe-à-Gagnon Sacré-Coeur 5260 Lakeview Pierrefonds 7 775 000 $ 135 des Cervidés Morin-Heights 1 140 000 $ 145 000 $ erdier Chemin des V St-Adolphe 390 000 $ 5049 Lanaudière Plateau 299 000 $ an Horne 1163 V Outremont à v o i r ! À L O U E R 1 743 $ / mois 828 Querbes app.300 Outremont 3950 St-Joseph E.app.5 Rosemont 2 750 $ / mois 1 800 $ / mois 6780 de Lorimier 1 700 $ / mois Rosemont LEDEVOIR // LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2019 B 12 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R GEORGES BARDAGI courtier immobilier agréé DIMANCHE 26 MAI 13H30 \u2013 14H30 DIMANCHE 26 MAI 15H00 \u2013 16H00 TOUT PRÈS DU MÉTRO OUTREMONT 1010 1240 DUPLEX AVEC JARDIN 3 NIVEAUX / ARCHITECTURE UNIQUE 1780 PRÈS DE FLEURY O.1900 GRAND TERRAIN DE 6300 PI2 1070 FINITIONS HAUT DE GAMME 2070 MAGNIFIQUES RÉNOVATIONS 2040 PRÈS DU MÉTRO MONT-ROYAL 1070 TOUT PRÈS DU PARC CONNAUGHT 2990 MAGNIFIQUE DEMEURE DE 3000 PI2 2590 FACE AU PARC LA FONTAINE 1620 MAGNIFIQUE JARDIN PAYSAGÉ 2110 VUE SUR LE MONT ROYAL 1140 LES VISITES LIBRES Consultez les ?ches détaillées au Bardagi.com/[code de 4 chiffres] PROPRIÉTÉS UNIQUES VOUS ATTENDENT CE DIMANCHE DES Contactez-nous : 514 700-2237 | Bardagi.com | BOLTON-OUEST SUTTON LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Au Sommet, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com 104-A Rue de Grandmont, SAINT-AUGUSTIN-DE-DESMAURES 80, ch.des Faucons, STONEHAM-ET-TEWKESBURY VISITEZ NOS PROPRIÉTÉS WWW.MARCBONENFANT.COM ST-JEAN DE L\u2019ÎLE D\u2019ORLÉANS ST-LAURENT DE L\u2019ÎLE D\u2019ORLÉANS MAURICE HOULE 418-580-9120 - mhoule@viacapitale.com COURTIER IMMOBILIER, VIA CAPITALE ÉLITE (AGENCE IMMOBILIÈRE) D E P R E S T I G E e-Catherine e-St t ô C ch.205 OUTREMONT #1001 agman c Fr ourtier: Mar 9 000$ \u2014 c 44 .Ducharme v 1585A a OUTREMONT se alérie Lacas ourtier: V 9 000$ \u2014 c 7 4 ott yle Shapc ourtier: K 995 000$ \u2014 c eenoch .Gr v 483 a AL Y -RO MONT yle Shapc ourtier: K 2 999 500$ \u2014 c .Lazar v 108 a AL Y -RO MONT ourtier: James Morris 2 195 000$ \u2014 c .Carlyle v 331 a AL Y -RO MONT ott d ourtier: Daniel Beauchemin 818 000$ \u2014 c Arthur #301 e- 315 rue Princ U TEA PLA ourtier: James Morris 2 895 000$ \u2014 c w .Maple v 155 a -OUTREMONT UT HA igen Endinian ourtier: V 1 129 000$ \u2014 c .Portland v 7 a 14 AL Y -RO MONT ood ourtier: Pierr 9 000$ \u2014 c 8 7 4283 rue St-Hubert U TEA PLA e es Lamarr v Y e- es Lamarr v Y e- ourtier: Pierr 319 000$ \u2014 c y #201 angua 10680 rue T SIC AHUNT igen Endinian ourtier: V 9 000$ \u2014 c 46 cadie A 9 boul.De l\u2019 7 -82 77 82 Y A VILLER e ourtier: Daniel Beauchemin 29 000$ \u2014 c 7 c La F .du par v 3844 a U TEA PLA ourtier: Mar 98 000$ \u2014 c 2 4 .Stans v 236 a AL Y -RO MONT ontaine agman c Fr ead t u C X d A M / E R d , M 0 0 u 1 a e r u , b t s e u d O r a n r e e B u n , ave 0 9 2 r 1 e i t r a é d n é i s i h c n a r , f e r è i l i b o m m e i c n e g .A B r G e i t r a u C 9 V V 1 2 c H e b é u , Q l a é r t n o e e d m o n to u t a t e n a d n e p lac privé, écurie, forêt, champs.1868, pièces vastes, cuisine de chef.202 acres, maison d\u2019invités, patrimoine des Cantons de l\u2019Est.Superbe demeure en briques de la terre, de la vie campagnarde, du \u2019AMOUR POUR L 1 800 000$.À découvrir revenu de location.Faites vites.125 000$ Meublé, équipé, seulement , avec balcon.Piscine creusée, sentiers de randonné.et cosy au pied des pentes de ski.PIED À TERRE rès bon potentiel de .T Condo 2 càc, compact POUR ANNONCER ANS CE D REGROUPEMENT ontact C Dominik 514 985- er a Zimmermann 3319 mls 25525455 $ 999 900 mls 21088510 $ 849 000 dzimmermann@lede om c .oir v Rivière Rouge + Pistes de randonnée Micro-maisons, 2 à 3 CAC, 2 Lacs + À partir de 319 000 $   PROJET CHIC SHACK .un des plus beaux terrains bord de l?eau.Construire la maison de vos rêves sur VIER LAC XA rénovée, orientée Sud, avec garage Magnifique unité moderne et complètement estmount Square app.201 - 675 000 $ 2 Rue W WESTMOUNT accès direct au métro\u2026 +++  vues panoramiques.Chambre fermée, garage, Super loft au coeur du Quartier International avec iger O., app.3107 - 469 000$ .V v A 495 VILLE-MARIE CENTRIS # : 18058837 Domaine de rêve.V 849 000 $ | ue sur le Fleuve à l\u2019année.CENTRIS # : 23686466 Situé en haut de la falaise (loin du chemin), ce domaine comprend : Côté sud de l\u2019île d\u2019Orléans, fermette avec vue par 564 500 $ | tielle sur le Fleuve."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.