Le devoir, 12 juin 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 130 / LE MERCREDI 12 JUIN 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Éditorial.A6 Idées.A7 Économie.B1 Décès.B3 Avis légaux.B4 Monde .B5 Sports.B6 Météo .B6 Mots croisés.B6 Sudoku .B6 Culture.B7 Grille TV.B7 ÉCONOMIE Le grand patron de SNC-Lavalin quitte l\u2019entreprise pour la retraite ACTUALITÉS Garnotte range ses crayons.Snif ! A 8 Pour suivre l'actualité en continu et lire nos critiques de spectacles, consultez nos plateformes numériques.HYDRO-QUÉBEC La remise de trop-perçus mal reçue par des experts Mais la classe politique salue une victoire des citoyens-clients- actionnaires contre la société d\u2019État MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR La guerre entre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux conservateurs s\u2019envenime.Alors que les premiers ministres de cinq provinces font front commun pour arguer que sa réforme de l\u2019évaluation environnementale menace l\u2019unité nationale, M.Trudeau les accuse de s\u2019adonner à un odieux chantage « irresponsable ».Le gouvernement Trudeau annoncera mercredi s\u2019il accepte ou non les quelque 200 amendements apportés au projet de loi C-69 par le Sénat.Les premiers ministres de l\u2019Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick ont publié une lettre lundi soir dans laquelle ils implorent les libéraux fédéraux d\u2019avaliser la totalité de ces changements.« Le gouvernement fédéral doit reconnaître le rôle exclusif des provinces et territoires sur la gestion du développement de nos ressources naturelles non renouvelables ou il risque de créer une crise constitutionnelle », scandent respectivement les premiers ministres Jason Kenney, Scott Moe, Brian Pallis- ter, Doug Ford et Blaine Higgs.S\u2019ajoute au groupe le premier ministre indépendant des Territoires du Nord-Ouest, Bob McLeod (dont le frère est le député fédéral libéral local).La réplique de Justin Trudeau n\u2019a pas tardé.Et elle a été cinglante.« Le fait que des politiciens, des premiers ministres provinciaux conservateurs soient en train de faire des menaces à l\u2019unité nationale si on ne leur donne Guerre de mots entre Trudeau et les premiers ministres conservateurs La réforme de l\u2019évaluation environnementale au cœur de la querelle La sculptrice Laurence Vallières dans les pattes de son lièvre MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR Pour certains, peu de choses sont plus drôles qu\u2019un chimpanzé qui tombe d\u2019une branche après avoir reniflé ses doigts, préalablement utilisés pour se gratter le postérieur.Pour d\u2019autres, peu d\u2019images sont plus attendrissantes que celles d\u2019un pitbull prenant soin d\u2019un bébé, sur un air de xylophone gentillet.Pourquoi ?Le philosophe français Henri Bergson affirmait qu\u2019il n\u2019y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain.C\u2019est parce que les animaux évoquent parfois les humains qu\u2019ils nous font rire ou réfléchir.Les grands satiristes l\u2019ont compris très tôt (le grand capital aussi, remarquez).ART URBAIN Laurence Vallières cartonne là où ses animaux la mènent La sculptrice gratifie le festival Mural d\u2019une œuvre géante VOIR PAGE A 2 : TROP-PERÇUS LE CADEAU DE GREC.L\u2019ÉDITORIAL DE ROBERT DUTRISAC PAGE A 6 VOIR PAGE A 5 : GUERRE MARCO BÉLAIR-CIRINO ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR 500 millions C\u2019est la somme qu\u2019Hydro- Québec remboursera à ses clients, en plus de geler ses tarifs en 2020 et de limiter les hausses au taux d\u2019inflation pour les quatre années suivantes.VOIR PAGE A 2 : MURAL Le premier ministre François Legault privera l\u2019État québécois de centaines de millions de dollars pour apaiser le mécontentement populaire à l\u2019égard des « trop-perçus » d\u2019Hydro-Québec qu\u2019il a alimenté dans l\u2019opposition.Une décision contestée par des experts.À sa demande, Hydro-Québec annoncera un gel tarifaire en 2020, puis fixera l\u2019augmentation des tarifs d\u2019électricité au niveau de l\u2019inflation au cours des quatre années suivantes.D\u2019autre part, la société d\u2019État versera d\u2019un coup des ristournes totalisant quelque 500 millions à ses clients résidentiels, commerciaux et industriels, et ce, en guise de compensation pour les «trop-perçus» qu\u2019elle a engrangés au fil des dernières années.Le ministre de l\u2019Énergie, Jonatan Julien, déposera mercredi un projet de loi visant à soustraire Hydro-Québec au processus de fixation des tarifs d\u2019électricité de la Régie de l\u2019énergie.M.Legault dit être « conscient que des gens, à cause du travail [de la Coalition avenir Québec] dans l\u2019opposition, auraient peut-être pu interpréter, ou être choqués, du fait d\u2019Hydro-Québec a augmenté ses tarifs plus que l\u2019inflation ».« Je voulais qu\u2019Hydro-Québec fasse un geste pour rembourser les Québécois qui ont subi durant les deux premières années du gouvernement libéral [2014 et 2015] des hausses supérieures à l\u2019inflation », a-t-il déclaré, à trois jours de l\u2019ajournement prévu des travaux parlementaires.« Bonbons », « ridicule » Ancien régisseur de la Régie de l\u2019énergie, François Tanguay critique sévèrement la décision annoncée du gouvernement Legault, qu\u2019il qualifie de « ridicule », dans une lettre publiée mercredi dans Le Devoir.« Cette vision courte, populiste à outrance de ce gouvernement face aux trop-perçus souligne à gros traits un manque de vision environnementale si critique pour notre avenir commun.Pourquoi ne pas piger dans cette fortune dormant dans les coffres de l\u2019État pour investir dans ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 Hydro-Québec a encaissé 1,5 milliard en trop TROP-PERÇUS SUITE DE LA PAGE A 1 l\u2019accélération de la réduction de l\u2019empreinte carbone du Québec, dans la modernisation de ses industries carbo- dépendantes ?» écrit-il.En entrevue, il cite le cas du secteur acéricole, toujours très dépendant du mazout, qui pourrait prendre un virage vers les énergies renouvelables avec un investissement avoisinant les 50 millions de dollars.Il cite aussi en exemple les 200 000 foyers québécois qui se chauffent toujours en recourant au mazout.Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l\u2019énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau qualifie de « bonbons » des mesures comme le gel prévu des tarifs en 2020.« Ce gel des tarifs est une des pires idées qu\u2019on pourrait avoir.Tout le monde s\u2019entend pour dire que notre hydroélectricité a une grande valeur et est une richesse pour le Québec.Il faut que le prix auquel on la vend reflète cette valeur.Ce gel envoie le signal qu\u2019on peut continuer à consommer sans rien changer dans nos habitudes, alors même qu\u2019on sait qu\u2019il faut réduire et optimiser notre consommation d\u2019énergie », explique-t-il.Un tel gel est selon lui « incohérent avec les objectifs mêmes du gouvernement Legault en matière d\u2019exportation et de développement économique.C\u2019est incompréhensible d\u2019un point de vue de logique énergétique et économique, et malheureusement lié à une approche électoraliste de courte vue ».Tant M.Tanguay que M.Pineau critiquent également le fait de « marginaliser » le rôle de la Régie de l\u2019énergie, en imposant le gel de 2020 et les limites au taux d\u2019inflation par la suite.« La Régie avait été créée pour rendre les tarifs Le lièvre fait trois mètres MURAL SUITE DE LA PAGE A 1 Si vous vous déplacez du côté du boulevard Saint-Laurent, ces jours-ci, pour la traditionnelle la braderie de juin, vous croiserez à l\u2019angle de Prince-Ar- thur un lièvre de trois mètres de hauteur fait de languettes de Coroplast \u2014 d\u2019anciennes pancartes électorales et des retailles d\u2019affiches mises au rebut par une firme de design, pour être plus précis.L\u2019imposant lagomorphe, produit dans le cadre du festival Mural, est signé par la Montréalaise Laurence Vallières.Habituée aux sculptures monumentales représentant des animaux souvent anthropomorphisés, Vallières est cette année l\u2019une des têtes d\u2019affiche du festival qui célèbre l\u2019art urbain sur l\u2019artère Saint-Laurent.Pour la septième édition de celui-ci, qui se déroule du 6 au 16 juin, des artistes comme la mura- liste colombienne GLeo ou encore le néerlandais Leon Keer, célèbre pour ses trompe-l\u2019œil, transforment le paysage à leur fantaisie, question de faire oublier les cônes orange et les amas d\u2019invendus que les boutiques s\u2019efforcent de liquider à bâbord et à tribord de la Main.« J\u2019ai rencontré les gens de Mural lors de leur toute première édition», précise Laurence Vallières, au téléphone, peu de temps après avoir posé pour Le Devoir aux côtés de sa première œuvre publique permanente.« Pas besoin de la protéger, celle-là », s\u2019exclame la trentenaire habituée à travailler avec des quantités phénoménales de carton recyclé pour créer des sculptures qui rappellent le travail d\u2019artistes comme Jean- Pierre Larocque, Antony Gormley, Beth Cavener, ou même Anish Kapoor, avec qui elle soutient n\u2019avoir rien en commun du point de vue plastique, mais avec qui elle partage une fascination prononcée pour l\u2019utilisation de l\u2019espace.D\u2019abord céramiste, Vallières en est arrivée à créer des pièces gigantesques lors de la Nuit blanche 2012, où elle avait investi l\u2019espace Fresh Paint sur la rue Sainte-Catherine.« C\u2019était un lieu communautaire, les jeunes allaient peindre sur les murs.J\u2019ai loué l\u2019endroit pour une soirée.» Très tôt intéressée par l\u2019art urbain, la sculptrice originaire de Beauport dit avoir suivi la vague en proposant une alternative : « Il n\u2019y a pas beaucoup de sculptures dans le milieu.Les artistes travaillent généralement dans la rue ; il y a un côté \u201cvandalisme\u201d qui n\u2019est pas le mien.J\u2019ai commencé avec une galerie d\u2019art urbain.Les gars travaillent vraiment vite.Je suis aussi capable de faire ça.Et comme eux, je fais du oversize extravagant.» Invitée aux quatre coins du monde \u2014 du Clubhouse du magazine Juxtapoz, à Miami, au festival Crush Walls de Denver, en passant par le festival Pow ! Wow ! Hawaii \u2014, Vallières utilise son art collé, riveté et vissé à la manière des satiristes qu\u2019elle admire, de George Orwell à Art Spiegelman, tout en tentant de ne pas trop prémâcher le message derrière ses installations animalières : « Oui, je pense que c\u2019est toujours plus plaisant lorsqu\u2019il y a un message derrière une œuvre, mais l\u2019idée est de ne pas être patronizing.Par ailleurs, si celui-ci passe habilement, et s\u2019il y a de l\u2019humour, ça rend les œuvres intéressantes et ça leur permet de mieux vieillir », assure la femme qui a accepté un partenariat avec les magasins Little Burgundy pour soutenir la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), dans le cadre de Mural.« Ce lièvre, explique-t-elle avec humour, fait partie d\u2019un écosystème fragile.Ma sculpture n\u2019est qu\u2019un rappel de ce fait\u2026 L\u2019idée n\u2019est pas de dire aux gens : il va mourir si vous achetez un drink chez Starbucks.» d\u2019électricité plus neutres et apolitiques.On a toujours eu, malheureusement, des influences politiques dans les tarifs d\u2019électricité, mais cette décision accentue cette politisation et laisse présager des orientations très problématiques pour une gestion neutre et efficace de nos systèmes énergétiques », soutient Pierre-Olivier Pineau.Professeure titulaire à l\u2019École nationale d\u2019administration publique, Marie- Soleil Tremblay rappelle par ailleurs que les tarifs d\u2019électricité des clients résidentiels québécois sont moins élevés que dans le reste du Canada et aux États-Unis.Pour un résident de Montréal, par exemple, le coût moyen se situe à 7,1 ¢ le kilowattheure, contre 13,2 ¢ à Toronto et plus de 30 ¢ pour un résident de New York.« Clair recul » Fin mars, François Legault avait enjoint à Hydro-Québec de consentir un rabais « spécial » sur le prix d\u2019électricité en 2020 afin de calmer la « grogne » populaire, en plus de mandater M.Julien de dorénavant verser 100 % des trop-perçus effectués par Hydro-Québec.La sortie du premier ministre suivait la publication d\u2019un sondage Léger-Le Journal de Montréal indiquant que 92 % de la population québécoise souhaite voir le gouvernement caquiste indemniser, en tout ou en partie, les victimes des trop-perçus d\u2019Hydro-Québec.M.Legault écartait toutefois l\u2019idée de rembourser, par le biais d\u2019une baisse tarifaire, la totalité des trop-perçus \u2014 plus de 1,5 milliard de dollars \u2014 encaissés par la société d\u2019État.Les partis politiques d\u2019opposition se sont réjouis de la volonté du gouvernement caquiste de redonner à la clientèle d\u2019Hydro-Québec les revenus de la société d\u2019État qui n\u2019avaient pas préalablement été approuvés par la Régie de l\u2019énergie.« Il a plié sous la pression populaire », a fait valoir Gaétan Barrette dans un impromptu de presse.Cela dit, l\u2019élu libéral redoute une « hausse brutale » de la facture d\u2019électricité dans quatre ans.Entre-temps, il s\u2019inquiète de ce que les services publics fassent les frais de cette « opération politique » menée à quelques jours de la suspension des travaux de l\u2019Assemblée nationale pour la période estivale.« Il n\u2019y a pas de magie là-dedans.Hydro-Québec, c\u2019est un générateur de revenus pour le gouvernement.On baisse ce re- venu-là.Il va être compensé comment ?Une baisse de services ?» a demandé M.Barrette.Selon Gabriel Nadeau-Dubois, « le gouvernement n\u2019avait pas vraiment le choix un jour ou l\u2019autre de donner suite à cette promesse » de rembourser les trop-perçus d\u2019Hydro-Québec.« C\u2019est de l\u2019argent qui, au départ, n\u2019aurait jamais dû être prélevé chez les gens », a souligné le co-porte-parole de QS mardi.Il se réjouit que « la pression du public [ait] fonctionné ».« On ne peut pas dire que c\u2019est une mauvaise nouvelle.Mais le diable est dans les détails », a-t-il fait valoir.Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s\u2019est dit heureux de ce « gain » enregistré par les clients d\u2019Hydro -Québec.« Finalement, [M.Legault] s\u2019est rallié à nos arguments et à celui des 75 000 personnes qui ont signé une pétition », a-t-il noté.La Fédération canadienne des contribuables (FCC), qui avait lancé et déposé il y a deux semaines et demie la pétition réclamant le remboursement des trop-perçus d\u2019Hydro-Québec, a crié victoire.« Le premier ministre a prouvé au peuple qu\u2019il l\u2019écoutait », a fait valoir le directeur de la FCC pour le Québec, Renaud Brossard.JOCELYNE RICHER LA PRESSE CANADIENNE À QUÉBEC Le gouvernement Legault fait volte- face et consent finalement à définir ce que représente à ses yeux un « signe religieux » dans son projet de loi 21 sur la laïcité de l\u2019État.Depuis le dépôt du projet de loi controversé, le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette, avait toujours refusé jusqu\u2019à maintenant, malgré les pressions venant de toutes parts, de définir ce qu\u2019il entendait par l\u2019expression « signe religieux », qui est au cœur du document.Mardi, en soirée, coup de théâtre à l\u2019Assemblée nationale, où son projet de loi est passé au peigne fin : le ministre Jolin-Barrette a déposé un amendement précisant aux nombreux employés de l\u2019État visés par la loi ce qu\u2019ils n\u2019auront plus le droit de porter dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Le libellé de l\u2019amendement à l\u2019article 6 démontre l\u2019intention du gouvernement de ratisser large.Ainsi, aux yeux du gouvernement, « tout objet, notamment un vêtement, un symbole, un bijou, une parure, un accessoire ou un couvre-chef » sera considéré comme étant un « signe religieux » s\u2019il est porté « en lien avec une conviction ou une croyance religieuse », ou s\u2019il est « raisonnablement considéré comme faisant référence à une appartenance religieuse ».La taille Il n\u2019y a aucune mention visant la taille de l\u2019objet en question : minuscule ou ostentatoire, le signe religieux sera donc prohibé.Le gouvernement Legault tient mordicus à faire adopter deux de ses projets de loi avant l\u2019ajournement des travaux, prévu vendredi 14 juin : le projet de loi 9 sur l\u2019immigration et le projet de loi 21 sur la laïcité de l\u2019État.Les deux législations sont pilotées par le ministre Jolin-Barrette.Le projet de loi 21 en est rendu à l\u2019étape de l\u2019étude détaillée article par article.Il prévoit d\u2019interdire à plusieurs catégories d\u2019employés de l\u2019État \u2014 policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne, enseignants et directeurs d\u2019école des niveaux primaire et secondaire du secteur public, notamment \u2014 de porter tout signe religieux dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Les employés actuels auraient un droit acquis (« clause grand-père »).Durant la consultation menée sur le projet de loi, certains des témoins entendus avaient fait valoir que le do cument était b eau coup trop vague, sans définition précise de ce qui serait interdit ou pas, donc difficile à appliquer.LAÏCITÉ Québec définit le « signe religieux » Simon Jolin-Barrette surprend avec un amendement déposé en soirée mardi C\u2019est toujours plus plaisant lorsqu\u2019il y a un message derrière une œuvre [.] et s\u2019il y a de l\u2019humour, ça rend les œuvres intéressantes et ça leur permet de mieux vieillir LAURENCE VALLIÈRES » OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR La Régie avait été créée pour rendre les tarifs d\u2019électricité plus neutres et apolitiques PIERRE-OLIVIER PINEAU » Simon Jolin-Barrette ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Des syndicats de policiers se sont adressés à la Cour supérieure mardi pour contester les règles encadrant les enquêtes menées par le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).La Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ) et la Fraternité des policiers de Montréal font valoir qu\u2019en vertu de ces règles, les policiers n\u2019ont pas les mêmes droits que les autres citoyens, notamment en ce qui a trait à l\u2019accès à un avocat ou au droit au silence.Lorsqu\u2019une personne meurt ou est blessée sévèrement pendant une intervention policière, le BEI ouvre une enquête.Dès lors, le policier impliqué est tenu de rédiger un rapport sans en discuter avec ses collègues.Il lui est aussi interdit de consulter la « carte d\u2019appel », cette fiche dans laquelle sont rassemblées diverses informations, comme l\u2019heure de l\u2019appel, l\u2019état du suspect ou les commentaires des policiers sur le terrain au répartiteur.Il doit aussi rencontrer les enquêteurs du BEI.Comme le Bureau ne fait pas de distinction entre le statut de « policier témoin » et celui de « policier impliqué », le policier ne peut recourir à l\u2019assistance d\u2019un avocat ou bénéficier du droit au silence.« Quand une enquête du BEI est déclenchée, on nous dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une enquête administrative alors que ça ne l\u2019est pas, parce qu\u2019au bout du compte, l\u2019enquête se retrouve sur le bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui va décider s\u2019il porte ou non des accusations criminelles.Comme toutes les enquêtes sont envoyées au DPCP, on ne parle plus d\u2019enquêtes administratives, mais bien d\u2019enquêtes criminelles », estime Robin Côté, président de la FPMQ.Ailleurs au Canada Les syndicats de policiers jugent donc que ces règles contreviennent à la Charte canadienne des droits et libertés et qu\u2019elles portent atteinte à leurs droits fondamentaux.Ils demandent notamment à la Cour d\u2019invalider les articles du Règlement obligeant le policier à rédiger un compte rendu à la suite de l\u2019événement faisant l\u2019objet d\u2019une enquête et à rencontrer les enquêteurs du BEI.Le tribunal pourrait aussi déterminer que le policier impliqué peut avoir droit à un avocat et bénéficier du droit au silence, suggèrent les demandeurs.« Dans les autres provinces canadiennes, aussitôt qu\u2019une enquête indépendante est déclenchée, le policier impliqué a droit au silence et à un avocat et il n\u2019est pas obligé de remettre son rapport au bureau des enquêtes indépendantes ni à son directeur de police.L\u2019enquête suit son cours, comme une enquête criminelle », fait valoir Robin Côté.Ni le BEI ni le cabinet de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n\u2019ont voulu commenter le dossier compte tenu des procédures engagées en cour.Lorsque questionné sur la requête déposée par les syndicats, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a indiqué qu\u2019il n\u2019avait pas pu en prendre connaissance.Il a cependant soutenu que son service collaborait avec le BEI.« On s\u2019inscrit totalement dans les conditions de fonctionnement du BEI », a-t-il dit.En novembre dernier, des organismes de défense des droits de la personne avaient publié des documents démontrant que des policiers avaient bafoué les règles du BEI.Dans des lettres adressées aux directeurs de plusieurs corps policiers québécois, la directrice du BEI, Me Madeleine Giauque, avait relevé diverses lacunes, comme le fait que les policiers impliqués dans un événement n\u2019avaient pas été isolés, que la scène de l\u2019intervention policière n\u2019avait pas été protégée ou qu\u2019un policier avait refusé de répondre aux questions de l\u2019enquêteur du BEI.Le SPVM, qui était visé dans cinq dossiers, avait soutenu avoir changé ses pratiques.Les policiers demandent au tribunal de protéger leur droit au silence Des parents anglophones sont découragés par la perte annoncée de trois écoles dépeuplées que le gouvernement veut transférer à la Commission scolaire de la Pointe-de-l\u2019Île, qui a besoin de 150 locaux supplémentaires pour la rentrée de l\u2019automne prochain.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR MARCO FORTIER LE DEVOIR Malgré les risques pour la francisation des jeunes immigrants, le ministre Jean-François Roberge ouvre la porte à une cohabitation temporaire entre élèves anglophones et élèves francophones pour venir à bout du grave manque de locaux dans les écoles de l\u2019est de Montréal.La Commission scolaire English Montreal devra assurément céder des écoles à la commission scolaire francophone, dont les écoles débordent, a martelé mardi le ministre de l\u2019Éducation.En attendant une entente en bonne et due forme à cet effet, il estime que la cohabitation d\u2019élèves des deux groupes linguistiques dans des écoles anglaises à moitié vides peut permettre une sortie de crise en vue de la prochaine rentrée scolaire.«Ce ne sont pas des conditions idéales si on veut faire de la francisation de nouveaux arrivants, quand on est dans une école anglophone.Ce n\u2019est pas l\u2019idéal, mais à court terme, ça peut aider la Commission scolaire de la Pointe-de- l\u2019Île à passer à travers la crise», a affirmé le ministre Roberge, en marge des travaux de l\u2019Assemblée nationale.«C\u2019est une solution à court terme et il faut qu\u2019il y ait suffisamment de classes.S\u2019il y a seulement quelques classes dans une école, ce n\u2019est pas jouable.Imaginez une école primaire qui doit s\u2019organiser avec seulement quelques classes.Il faut avoir un service de garde distinct, une bibliothèque distincte.C\u2019est compliqué.J\u2019aimerais ça, qu\u2019il y ait quelques ententes de cohabitation, mais il faut que ce soit raisonnable.Et au bout du compte, c\u2019est certain qu\u2019il y aura des transferts d\u2019école», a-t-il précisé.Le ministre donne encore une dizaine de jours aux deux commissions scolaires pour s\u2019entendre.Après cette date ultime, le Conseil des ministres ordonnera par décret le transfert de trois écoles anglophones dépeuplées à la Commission scolaire de la Pointe-de-l\u2019Île (CSPI), a affirmé le ministre Roberge.« Très mauvaise idée » Pour la CSPI, la cohabitation est une « très mauvaise idée ».« Je ne pense pas que la communauté anglophone réalise qu\u2019on devrait prendre la moitié des écoles qu\u2019on nous propose ! C\u2019est envahissant, une cohabitation.On aurait besoin de la moitié du service de garde, de la moitié du bureau de la direction, de la moitié de tout ! Ce n\u2019est vraiment pas une bonne idée.Et ça serait seulement temporaire, il faudrait tout recommencer quelques mois plus tard », dit Miville Boudreault, président de la CSPI.« On comprend que le transfert d\u2019écoles est une mesure très forte qui bouscule les gens, mais c\u2019est notre dernière solution.On n\u2019a plus d\u2019espace.On ne peut plus agrandir nos écoles.La qualité du service éducatif se détériore dans certains secteurs.Nos élèves et notre personnel se trouvent dans des conditions inacceptables.On ne peut plus fonctionner comme ça», ajoute-t-il.À Saint-Léonard, les quatre écoles primaires et les deux écoles secondaires de langue anglaise ont de l\u2019espace libre.L\u2019école secondaire Antoine- de-Saint-Exupéry, elle, déborde déjà, avec 2400 élèves.La CSPI prévoit que le nombre d\u2019élèves bondira à 2700 à la rentrée scolaire.Les anglophones choqués De son côté, la Commission scolaire English Montreal tient à garder ses écoles.« Après avoir consulté notre communauté, on a proposé de bonne foi la cohabitation », dit Angela Mancini, présidente de la commission scolaire anglophone.La tension entre le ministre de l\u2019Éducation et la Commission scolaire English Montreal a monté d\u2019un cran mardi.M.Roberge a annoncé au micro de Paul Arcand, au 98,5 FM, en matinée, qu\u2019il forcera la commission scolaire anglophone à céder trois écoles à sa voisine francophone.Le ministre avait donné jusqu\u2019au 10 juin à English Montreal pour céder trois écoles dépeuplées à la CSPI, qui a besoin de 150 classes supplémentaires dès la rentrée d\u2019août prochain, dans deux mois et demi.Les représentants de la communauté anglophone acceptent mal la façon dont le ministre a annoncé cette nouvelle \u2014 dans une émission de radio au petit matin, sans même avoir communiqué avec la commission scolaire de langue anglaise.ÉDUCATION Le ministre Roberge ouvre la porte à la cohabitation Les écoles francophones de l\u2019est de Montréal débordent ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR L\u2019assurance que le tramway de Québec sera construit avec au moins 25 % de contenu local n\u2019a pas rassasié Bombardier, qui a réclamé mardi au Parlement qu\u2019on révise le projet de loi encadrant le projet.En commission parlementaire, des dirigeants de Bombardier ont suggéré au gouvernement d\u2019aller « au-delà » de ce qui est prévu dans le projet de loi 26 sur le tramway qui doit être adopté d\u2019ici la fin de la semaine.Contrairement au gouvernement libéral qui n\u2019avait exigé aucun contenu local dans le projet du Réseau express métropolitain (REM), la CAQ a décidé « d\u2019obliger » le fournisseur des voitures du futur tramway à confier au minimum 25 % du contrat en sous-traitance au Canada, une disposition prévue à l\u2019article 5 du projet de loi sur le tramway TRAMWAY La demande de Bombardier rejetée actuellement à l\u2019étude au Parlement.Réclamé de toute urgence par l\u2019administration Labeaume, ce projet de loi inclut aussi des dispositions sur les expropriations, lui permettant de commencer à acquérir des terrains.Mardi, seulement trois intervenants ont participé à la commission parlementaire sur ce projet de loi : la Ville, le Réseau de transport en commun de la capitale (RTC) et Bombardier Transport.L\u2019entreprise québécoise table notamment sur le projet de tramway pour relancer son usine de La Pocatière.En vertu de l\u2019Accord économique et commercial global entre le Canada et l\u2019Union européenne (AECG), il est impossible d\u2019exiger davantage que 25 % de contenu local.Or Bombardier veut se donner la possibilité d\u2019aller chercher jusqu\u2019à 50 % dans certaines circonstances, comme l\u2019absence d\u2019un concurrent européen dans l\u2019appel d\u2019offres.Devant les élus, le président du conseil d\u2019administration de Bombardier Transport, Daniel Desjardins, s\u2019est défendu de demander « un traitement de faveur », mais a souligné que l\u2019ajout d\u2019une telle disposition serait « idéal ».Bonnardel défend le projet Les députés n\u2019ont toutefois pas été convaincus par cette demande et décidé de maintenir le projet de loi tel quel en ce qui a trait au contenu canadien.À moins d\u2019un revirement, le projet de loi devrait être adopté sans problème d\u2019ici vendredi.En matinée, le conseiller municipal qui remplace le maire Labeaume dans plusieurs des gros dossiers à la Ville, Rémy Normand, a réitéré que le projet de loi 26 va permettre à la Ville de « procéder sans attente » et sans risque de « contestations juridiques sur le fond ».Or, selon le chef de l\u2019opposition à la Ville, Jean-François Gosselin de Québec 21, M.Normand « n\u2019a aucunement démontré l\u2019urgence » d\u2019agir avant la fin de la session.Évalué à 3,3 milliards, le réseau de transport à Québec doit voir le jour en 2026.Le ministre des Transports, François Bonnardel, a défendu le projet mardi, en soulignant qu\u2019il n\u2019incluait pas seulement un tramway, mais des trambus, deux nouveaux circuits de Métrobus, de nouvelles voies réservées, quatre pôles d\u2019échanges, des stations et des abris sécuritaires, des liens mécaniques, etc.Les règles du Bureau des enquêtes indépendantes portent atteinte à leurs droits fondamentaux, prétendent les policiers Un écosystème d\u2019a?aires montréalais international Fiers commanditaires piliers : LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 ACTUALITÉS A 5 JOCELYNE RICHER À QUÉBEC LA PRESSE CANADIENNE Les critères d\u2019admission imposés aux pays désireux de faire partie de la Francophonie sont à revoir, selon la secrétaire générale de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo.Mme Mushikiwabo propose d\u2019ailleurs de décréter un moratoire sur d\u2019éventuelles nouvelles adhésions d\u2019ici le prochain Sommet de la Francophonie, afin de mener une réflexion sérieuse sur le sujet.Elle tient à ce que cette question soit à l\u2019ordre du jour du prochain Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à Tunis, en novembre 2020, un événement au cours duquel on soulignera par ailleurs les 50 ans de cette organisation.C\u2019est ce qu\u2019elle a indiqué mardi durant une rencontre de presse tenue en marge de sa visite de quelques jours au Québec.Voilà « une question importante sur laquelle le sommet de Tunis devra se pencher », a dit Mme Mushikiwabo lorsqu\u2019elle a été invitée à dire si le temps était venu de revoir, voire de resserrer, les critères d\u2019adhésion à l\u2019organisation internationale, aux contours identi- taires encore mal définis après un demi-siècle d\u2019existence.Dans plusieurs pays membres, qu\u2019on pense à l\u2019Arménie, à l\u2019Égypte ou au Vietnam, pour ne nommer que ceux- là, la langue française n\u2019est parlée que par une fraction congrue, voire infinitésimale, de la population.L\u2019an dernier, en Arménie, lors du dernier sommet, la demande d\u2019adhésion de l\u2019Arabie saoudite, qui n\u2019a pas la réputation d\u2019afficher un attachement particulier à la langue de Molière, avait créé un malaise, aggravé par son dossier noir quant au respect des droits de la personne.Finalement, devant le tollé, Riyad avait retiré sa candidature, renonçant INTERNATIONAL Que doit devenir l\u2019Organisation internationale de la Francophonie ?L\u2019OIF doit refléter l\u2019état des lieux actuel, pas celui de 1970, affirme sa secrétaire générale Louise Mushikiwabo s\u2019intéresse à l\u2019expansion de la langue française dans l\u2019univers numérique, à la formation des enseignants, à l\u2019entrepreneuriat féminin et particulièrement à l\u2019éducation des filles en Afrique.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE pour l\u2019instant à devenir membre observateur de l\u2019OIF.N\u2019empêche.Cette histoire montre que le risque de voir la Francophonie se transformer en auberge espagnole est bien réel.« La langue française n\u2019est pas une fin en soi.C\u2019est ce qu\u2019on peut faire avec la langue française » qui compte, dit Mme Mushikiwabo, soucieuse de voir l\u2019organisation refléter l\u2019état des lieux actuel et non celui d\u2019il y a 50 ans.Priorités La nouvelle secrétaire générale revendique une Francophonie « des temps présents ».Car « la Francophonie de 1970 est très différente de la Francophonie de 2020 », selon elle.Elle s\u2019intéresse par exemple à l\u2019expansion de la langue française dans l\u2019univers numérique, à la formation des enseignants, à l\u2019entrepreneuriat féminin et particulièrement à l\u2019éducation des filles en Afrique, le continent où se jouera l\u2019avenir de la langue française.Les budgets de l\u2019OIF doivent augmenter, mais l\u2019organisation doit d\u2019abord faire le ménage dans ses états financiers avant « de demander une contribution supplémentaire » aux membres, a dit la secrétaire générale, accompagnée pour la circonstance de son bras droit, la Québécoise Catherine Cano.L\u2019an dernier, l\u2019OIF a dû puiser dans son fonds de réserve pour boucler son budget annuel.Nommée en octobre, Mme Mushiki- wabo n\u2019a toujours pas de résidence fixe.Elle dit vouloir avoir un portrait détaillé des finances de l\u2019organisation avant de décider si elle va louer ou acheter un appartement à Paris, où est situé le siège de l\u2019organisation.En matinée, la secrétaire générale s\u2019est entretenue avec le premier ministre François Legault à son cabinet.ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Pour chaque degré de réchauffement climatique, la biomasse animale des océans s\u2019amenuisera de 5 %.Les poissons seront les grandes victimes de ce coup de sabre dans la biodiversité, du fait de leur position élevée dans la chaîne alimentaire.Telles sont les conclusions d\u2019une étude internationale, la plus exhaustive menée sur ce sujet, parue mercredi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et signée par plusieurs chercheurs canadiens.Même si les émissions de gaz à effet plafonnaient dès cette année, la masse totale d\u2019invertébrés, de poissons et de mammifères marins diminuerait de 5 % d\u2019ici la fin du siècle, estiment les 35 auteurs.Dans le scénario où les émissions continuent à augmenter à bon rythme, le déclin de la biomasse animale marine se creuserait à 17 %.Ces valeurs ne prennent pas en compte les pêches, qui exercent une influence encore plus forte sur la biomasse totale de poissons dans les océans.«Les océans sont un très grand contri- buteur à l\u2019alimentation dans le monde entier.La subsistance de bien des gens dépend des produits de la pêche.Les changements climatiques sont un stress supplémentaire qu\u2019on impose à ces écosystèmes déjà éprouvés », explique en entrevue avec Le Devoir Derek Tit- tensor, un écologiste marin au Centre de surveillance de la conservation de la nature des Nations unies et l\u2019un des coauteurs de l\u2019étude.Le déclin modélisé s\u2019explique surtout par le réchauffement des eaux de surface qui, en devenant moins denses et flottant plus facilement, se retrouvent davantage isolées des eaux sous-jacentes.Cette Moins de poissons dans un océan plus chaud La biomasse animale marine pourrait diminuer d\u2019un sixième d\u2019ici la fin du siècle, selon une nouvelle étude Les poissons font les frais des manquements cumulés à tous les maillons du réseau trophique.GETTY IMAGES stratification accrue de l\u2019océan défavorise la remontée des nutriments vers la surface, où la lumière du soleil permet leur transformation en matière organique grâce à la photosynthèse.Fait remarquable, les résultats publiés mardi sont issus d\u2019un ensemble de six modèles écosystémiques marins différents, se basant chacun sur des principes distincts pour inférer la quantité d\u2019animaux marins dans des conditions climatiques données.« Cela nous procure un portrait plus robuste de la situation », fait valoir M.Tittensor, qui est également professeur à l\u2019Université Dalhousie, à Halifax.Les pôles épargnés L\u2019étude prévoit que les pertes seront plus importantes dans le haut de la chaîne alimentaire.Les poissons, qui se nourrissent de petits crustacés, qui eux-mêmes mangent du phytoplanc- ton, font les frais des manquements cumulés à tous les maillons du réseau trophique.En conséquence, le déclin devrait être plus sévère chez les grandes espèces, qui constituent l\u2019essentiel des ressources halieutiques, que chez les micro-organismes.Sur le plan géographique, des disparités sont également attendues.En fait, les régions polaires devraient voir une augmentation de la biomasse animale marine, propulsée par un accroissement de la production de matières organiques.Ce gain serait toutefois largement compensé par des pertes dans les régions plus méridionales, comme au large des côtes atlantiques canadiennes ou de l\u2019Europe, où la biomasse pourrait diminuer de moitié par endroits.« Menaces à l\u2019unité nationale » GUERRE SUITE DE LA PAGE A 1 pas ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est complètement irresponsable, a scandé le premier ministre fédéral.La responsabilité de tout premier ministre et de quiconque aspire à devenir premier ministre, c\u2019est de condamner ces attaques- là.Je les condamne.Andrew Scheer devrait faire pareil.» Le chef conservateur fédéral n\u2019était pas à Ottawa mardi et n\u2019a pas souhaité réagir par écrit.Les dirigeants provinciaux déplorent le fait que la réforme de l\u2019évaluation environnementale prévue par les libéraux fédéraux \u2014 avant d\u2019être amendée par le Sénat \u2014 créerait des obstacles insurmontables à l\u2019exportation de leurs ressources et menacerait les emplois et l\u2019économie.Les provinces s\u2019opposent également au projet de loi C-48, qui imposerait un moratoire aux navires pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique.Un comité sénatorial avait recommandé d\u2019annuler carrément ce projet de loi, mais le Sénat dans son ensemble a rejeté cette idée.Les premiers ministres provinciaux appellent le gouvernement à l\u2019abandonner malgré tout.« Dans l\u2019état actuel des choses, le gouvernement fédéral semble indifférent face aux défis économiques que vivent les provinces et territoires, stipule leur missive.Des gestes immédiats pour améliorer ou éliminer ces projets de loi sont nécessaires, afin d\u2019éviter d\u2019exacerber l\u2019aliénation des provinces, des territoires et de leurs citoyens et de se concentrer sur l\u2019unité du pays.» Surenchère verbale Le Parti conservateur a attrapé la balle au bond, aux Communes.La chef adjointe Lisa Raitt a enjoint au gouvernement de « prendre les préoccupations des premiers ministres provinciaux au sérieux ».Justin Trudeau n\u2019a toutefois pas adouci le ton.« Nous croyons aux relations constructives.Malheureusement, nous ne considérons pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une relation constructive lorsque les premiers ministres provinciaux brandissent des menaces à l\u2019unité nationale lorsqu\u2019ils n\u2019ont pas ce qu\u2019ils veulent », a-t-il déclaré.Ce qui a mené Jason Kenney à en rajouter à son tour, sur Twitter, en défendant une lettre « respectueuse » qui s\u2019inscrivait « dans la tradition du fédéralisme d\u2019ouverture ».« Nous demandions simplement à être entendus et cette réponse méprisante du gouvernement fédéral est une réelle menace à l\u2019économie nationale et à l\u2019unité nationale », a-t-il renchéri.De passage à Ottawa le mois dernier, le premier ministre albertain avait menacé de contester les projets de loi C-69 et C-48 devant les tribunaux s\u2019ils n\u2019étaient pas tempérés.Il avait en outre martelé que tous deux alimentent l\u2019aliénation de sa province.Le Québec a cependant lui aussi critiqué le projet de loi C-69 ce printemps.Le ministre de l\u2019Environnement de la CAQ , Benoit Charette, a réclamé des amendements pour protéger le champ de compétence provincial en matière d\u2019évaluation de projets intra- provinciaux.Le député conservateur Alain Rayes a fait valoir, au Parlement, que ces premiers ministres provinciaux qui dénoncent les réformes environnementales du fédéral « ont été élus de façon démocratique ».« Le premier ministre impose les règles, met à risque aussi les futurs développements d\u2019exploitation de ressources naturelles et minières.Ce n\u2019est sûrement pas avec cette façon de se comporter, en étant paternaliste et centralisateur au lieu de travailler en partenariat avec les premiers ministres provinciaux, que l\u2019on va travailler à l\u2019unité nationale », a affirmé M.Rayes.La sortie de Jason Kenney s\u2019inscrit toutefois dans son souhait plus large de défaire le gouvernement Trudeau.M.Kenney a promis de faire campagne contre lui lors de l\u2019élection fédérale cet automne.Son gouvernement publie d\u2019ailleurs ces jours-ci des publicités pleine page dans les quotidiens du Canada anglais pour inviter Ottawa à approuver le projet d\u2019expansion de l\u2019oléoduc Trans Mountain la semaine prochaine.Avec Hélène Buzzetti LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin était une épine dans le pied de François Legault.Quand il était dans l\u2019opposition, son parti avait réclamé avec véhémence le remboursement de 1,5 milliard en trop-perçus encaissés par Hydro-Québec depuis 2005.C\u2019étaient des « taxes déguisées », voire du « vol », déclarait-il.Mais une fois arrivé au pouvoir, le premier ministre a répété que ce remboursement ne faisait pas partie du cadre financier de son programme électoral \u2014 il ne l\u2019avait donc pas promis \u2014 et que cette somme serait versée sous d\u2019autres formes, soit une baisse des taxes scolaires et des tarifs de garderie, et une hausse des allocations familiales.Il s\u2019engageait à remettre à l\u2019avenir la totalité des trop-perçus \u2014 ce qu\u2019on appelle des « écarts de rendement », dans le langage de la Régie de l\u2019énergie \u2014 aux consommateurs.Mais pas à effacer l\u2019ardoise.Or l\u2019image de ces trop-perçus pesait sans doute trop lourd pour un gouvernement qui a promis d\u2019être à l\u2019écoute de la population et surtout de respecter tous ses engagements électoraux, même les moins réfléchis.L\u2019image d\u2019Hydro-Québec, accusée de surfactura- tion, en prenait pour son rhume.Un sondage publié en mars indiquait que 92 % des Québécois estimaient que ces trop-perçus devaient être remboursés aux consommateurs.Il faut croire aussi que bon nombre des électeurs caquistes étaient convaincus que ce remboursement faisait partie du programme électoral de la Coalition avenir Québec.Mercredi, le ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, déposera à l\u2019Assemblée nationale un projet de loi visant à simplifier le processus d\u2019établissement des tarifs de distribution d\u2019électricité.Pour le simplifier, il le simplifie : il retirera tout bonnement à la Régie de l\u2019énergie la responsabilité de fixer les tarifs d\u2019Hydro-Québec Distribution.Selon La Presse, le gouvernement remboursera l\u2019équivalent de 1,5 milliard aux consommateurs.Une première tranche de 500 millions sera accordée dès le début de 2020 sous la forme d\u2019une réduction de leur facture d\u2019électricité.La ristourne sera fonction de leur consommation d\u2019électricité et s\u2019appliquera à tous les clients d\u2019Hydro-Québec Distribution, qu\u2019ils soient résidentiels, commerciaux, industriels ou institutionnels.Cette somme de 500 millions représente les trop-perçus courants qui devaient normalement réduire les tarifs au cours des cinq prochaines années.À compter du 1er avril 2020, le gouvernement décrète un gel des tarifs pour l\u2019année.Il calcule \u2014 trop généreusement, sans doute \u2014 que ce gel se traduira par des économies d\u2019un milliard sur une période de cinq ans.Pour les quatre années suivantes, de 2021 à 2024, la Régie de l\u2019énergie sera également écartée et les augmentations de tarifs s\u2019aligneront sur l\u2019indice des prix à la consommation (IPC).Au terme de ces cinq ans, Hydro- Québec et la Régie de l\u2019énergie procéderont à une réévaluation des bases tarifaires.Nous arrivons donc à un gros chiffre rond : 1,5 milliard.Sur le plan de la communication politique, c\u2019est l\u2019objectif du gouvernement Legault.On peut toutefois douter que les consommateurs sortent gagnants de cet exercice de prestidigitation.Il est vrai que, dès 2020, ils toucheront d\u2019un coup 500 millions plutôt que de voir cette somme répartie sur cinq ans.Il faut ensuite présumer que le gel de tarif, pour arriver à la rondelette somme de 1 milliard, efface une augmentation qui aurait été de 2 % en 2020.Or, la dernière hausse des tarifs autorisée par la Régie de l\u2019énergie pour Hydro- Québec, en 2019, s\u2019élevait à 0,9 %, soit deux fois moins que l\u2019IPC.Si on peut affirmer que les tarifs d\u2019Hydro-Québec ont augmenté au rythme de l\u2019inflation depuis 15 ans, c\u2019est que le rattrapage, rendu nécessaire en 2003- 2004 à la suite d\u2019années de gel, et, plus récemment, les surcoûts imposés par les éoliennes ont poussé les tarifs à la hausse.Sans ces facteurs, qui sont dus à l\u2019intervention du gouvernement d\u2019ailleurs, les hausses de tarifs d\u2019Hy- dro-Québec auraient été en deçà de l\u2019inflation.Il en découle que l\u2019engagement de river à l\u2019IPC la hausse des tarifs d\u2019électricité, même en tenant compte du gel de 2020, n\u2019est pas une si bonne affaire pour les consommateurs.N\u2019en doutons pas : les bonzes du ministère des Finances ont fait leurs calculs et se sont assurés qu\u2019Hydro-Québec et son unique actionnaire ne perdront pas au change.Bien au contraire.Ce tour de passe-passe de 1,5 milliard est avant tout une opération politique.C\u2019est la direction d\u2019Hydro-Québec qui doit être satisfaite, elle qui se débarrasse d\u2019un enquiquineur, la Régie de l\u2019énergie.Or l\u2019organisme réglementaire permettait de déterminer objectivement les tarifs du monopole d\u2019État au lieu que ceux-ci fluctuent selon les humeurs du pouvoir politique.Nadine Girault Ministère des Relations internationales et de la Francophonie, Québec La nouvelle secrétaire générale de la Francophonie, Son Excellence madame Louise Mushiki- wabo, est arrivée au Québec le 9 juin dernier.Membre de plein droit depuis 1971 de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF), mais présent à Niamey lors de la fondation, le gouvernement du Québec a su s\u2019affirmer très tôt et contribuer activement au succès de la Francophonie.Cinquième bailleur de fonds de l\u2019OIF, il n\u2019est pas question en 2019 qu\u2019il soit moins audacieux face aux nombreux défis actuels de la langue française à l\u2019échelle internationale.Et ce, surtout au moment où les priorités du nouveau gouvernement du Québec sont directement en phase avec celles de la secrétaire générale de la Francophonie.Tous les deux fraîchement élus, la secrétaire générale Mushiki- wabo et le premier ministre François Legault ont échangé lors du XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan sur la nécessité de moderniser ensemble l\u2019OIF, afin qu\u2019elle soit plus pertinente et plus efficace aux yeux des populations.Le Québec préside d\u2019ailleurs un groupe de travail de l\u2019OIF sur cette question.L\u2019éducation, la formation professionnelle, la jeunesse et l\u2019économie, notamment dans le contexte du numérique, sont également des priorités au cœur du programme mixte du gouvernement du Québec et de l\u2019OIF.Il faut oser et mettre plus que jamais l\u2019expertise et la créativité québécoises au service des intérêts de la valorisation de la langue française.C\u2019est pourquoi j\u2019ai reçu dès le premier soir de son arrivée Mme Mushikiwabo avec mon collègue le ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, à l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec pour présenter un visage renouvelé de la Francophonie québécoise.Je n\u2019ai pas manqué de souligner aussi que le Québec est bien conscient que l\u2019avenir de la Francophonie passe également par le continent africain.Il y aura 500 millions de locuteurs francophones d\u2019ici 2048 et près de 60 % de ceux-ci se trouveront en Afrique, majoritairement au Lockout à l\u2019Aluminerie de Bécancour Le lockout qui persiste depuis presque 18 mois à l\u2019Aluminerie de Bécancour entre Alcoa et le syndicat des Métallos vient de franchir une nouvelle étape, à savoir que le syndicat a déposé une plainte à l\u2019Organisation internationale du travail contre le gouvernement, alléguant que certaines déclarations du premier ministre François Legault vont à l\u2019encontre de la convention de l\u2019organisation.Aux dires du président du syndicat, les interventions du premier ministre ont privilégié la partie patronale au détriment des syndiqués, une position qui va à l\u2019encontre du rôle d\u2019un chef d\u2019État, qui doit plutôt mettre l\u2019accent sur la bonne marche des négociations entre les parties.À cet effet, le président retient cette déclaration : « Honnêtement, je le dis, je crois que le syndicat des Métallos exagère dans ses négociations.Il devrait faire plus de compromis.» À mes yeux, en s\u2019exprimant en ces termes, François Legault s\u2019ingère indûment dans le conflit.Au fur et à mesure que le temps passe eu égard à son rôle de médiateur, le pragmatisme de l\u2019homme d\u2019affaires de carrière refait surface au grand dam du rassembleur que se doit d\u2019incarner un véritable chef d\u2019État\u2026 Une attitude gênante, voire inopportune, dont devra se débarrasser le premier ministre ! Henri Marineau Québec, le 11 juin 2019 LIBRE OPINION LETTRES TROP-PERÇUS D\u2019HYDRO-QUÉBEC Le cadeau de Grec ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu ROBERT DUTRISAC sein des 32 États membres de l\u2019OIF.C\u2019est dans ce contexte que le Québec souhaite s\u2019intéresser davantage à l\u2019Afrique et développer une toute nouvelle relation avec ce continent.L\u2019objectif est de faire évoluer l\u2019approche de solidarité et de coopération traditionnelle vers une approche axée davantage sur la complicité et un nouveau partenariat profitable pour tous.L\u2019Afrique s\u2019est transformée, il est donc impératif de s\u2019ajuster à sa nouvelle réalité.Ce continent, devenu une voix forte, réclame un traitement d\u2019égal à égal.Ces défis auront une portée mondiale : les jeunes, la formation, la sécurité et l\u2019environnement.À la veille du 50e anniversaire de l\u2019OIF en 2020, le Québec veut jouer un rôle central quant à l\u2019avenir de la Francophonie, indissociable de celui du continent africain.Avec la venue d\u2019une femme de vision, originaire du Rwanda, il y a là une occasion unique en faveur de la Francophonie.Il faut faire preuve d\u2019audace et miser davantage sur la jeunesse.C\u2019est pourquoi j\u2019ai réuni à l\u2019Assemblée nationale du Québec près de 200 jeunes pour clôturer la visite de la secrétaire générale, ceci afin de souligner notre désir, comme leader, non seulement d\u2019intervenir en faveur de la jeunesse, mais aussi de la mettre en valeur et de la mobiliser encore plus pour l\u2019avenir.Au Québec et en Afrique, comme dans tous les États et gouvernements membres de l\u2019OIF, la jeunesse est l\u2019espoir de la langue française ! Son audace, sa créativité et sa volonté de dépassement sont une occasion unique pour la Francophonie de se renouveler.Qui sait ce que l\u2019espace francophone nous réserve en matière d\u2019avancées économiques sous l\u2019impulsion de cette nouvelle génération ?Rap- pelons-nous qu\u2019avec la jeunesse, tout devient possible ! Vers une Francophonie propulsée par sa jeunesse L\u2019Afrique s\u2019est transformée, il est donc impératif de s\u2019ajuster à sa nouvelle réalité.Ce continent, devenu une voix forte, réclame un traitement d\u2019égal à égal.Ces défis auront une portée mondiale : les jeunes, la formation, la sécurité et l\u2019environnement.Somme toute, La Malbaie méritait mieux ! Le constat n\u2019est guère reluisant un an plus tard.Le passage du G7 à La Malbaie les 8 et 9 juin 2018 n\u2019aura laissé que des miettes à la population locale.Pourtant, on lui avait promis mer et monde.On parlait de grandes retombées économiques pour les années à venir.Certes, lors de ce G7, on affichait complet partout dans les hôtels et les restaurants puisque, entre autres, dignitaires, journalistes et policiers étaient sur place.Tellement qu\u2019il n\u2019y avait plus de place pour le moindre touriste.Mais je serais donc ici porté à croire qu\u2019on a manqué le bateau, qui ne s\u2019est jamais véritablement arrêté pour la peine sur un des quais de La Malbaie \u2014 si je peux me permettre ici cette image.Lors de cet événement fort médiatisé à la grandeur du globe, on n\u2019a pas réussi \u2014 qui plus est \u2014 à faire découvrir pour la peine ce magnifique havre de beauté qu\u2019est La Malbaie, ainsi que toute la région de Charle- voix.L\u2019un des plus beaux coins en Amérique du Nord en belle saison.Véritable oasis où nos plus grands peintres ont séjourné pour y créer de grandes œuvres.On n\u2019a pas réussi à vendre ce coin de pays au reste du monde lors dudit G7 2018.Et c\u2019est là, selon moi, qu\u2019on a manqué de vision : c\u2019est là que le bât blesse.On a laissé les sept chefs d\u2019État déblatérer en vase clos dans le chic Manoir Richelieu, et les médias du monde n\u2019en ont eu au final que pour le fameux boycottage de Donald Trump, qui a quitté ce drôle de G7 avant terme.L\u2019événement a donc été un échec sur presque toute la ligne.Voilà ce qui a marqué la presse internationale.Reste à savoir si La Malbaie connaîtra une belle saison touristique cet été.Reste à voir si, oui ou non, ce semblant de G7 2018 aura eu un effet auprès des touristes de la planète.Je le souhaite, mais je demeure sceptique.En tout cas, pour le moment, l\u2019effet est lent à se faire sentir ! Somme toute, La Malbaie méritait mieux.La population, les hôteliers et les restaurateurs étaient en droit de s\u2019attendre à beaucoup plus de ce G7, qui aura coûté plus de 600 millions.Ce qui, au final, constitue ironiquement le seul véritable legs de cet événement.Yvan Giguère, ex-travailleur en hôtellerie à La Malbaie Saguenay, le 10 juin 2019 C\u2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Marco Micone Écrivain Avec la marginalisation du Parti québécois et le remplacement du Parti libéral par la CAQ, nous assistons à un cycle politique caractérisé par l\u2019alternance sans réelle alternative, en conformité avec l\u2019ordre néolibéral.Ce gouvernement nationaliste de droite élu par 25 % de l\u2019électorat, si l\u2019on tient compte des abstentions, a recours à une recette éprouvée pour, à la fois, consolider et légitimer son pouvoir : détermination d\u2019un problème réel ou imaginaire (la laïcité), élaboration d\u2019une rhétorique alarmiste (retour du religieux) et désignation des responsables du problème (les musulmans).Les stratèges de François Legault n\u2019ont rien inventé.Il y a une cinquantaine d\u2019années, le mouvement nationaliste de l\u2019époque s\u2019est servi de la même recette mais avec d\u2019autres ingrédients : la langue française, l\u2019anglicisa- tion et les italophones.Il a fallu près d\u2019une décennie pour que le psychodrame linguistique, se déroulant aux dépens des Québécois d\u2019origine italienne, se dénoue enfin par l\u2019adoption de la loi 101.Les relations entre ces derniers et les francophones se détériorèrent à tel point, et pendant si longtemps, que la méfiance et le ressentiment eurent raison de Giuseppe Sciortino, candidat péquiste dans Mercier, lors de l\u2019élection précédant le dernier référendum.Il fut obligé, in extremis, de céder la place à un francophone d\u2019ascendance canadienne-française à la suite de ma- nœuvres douteuses.Récemment, Michel David, chroniqueur au Devoir, écrivait que la présence de Sciortino, avocat éminemment ministrable au sein du futur gouvernement Parizeau, aurait probablement apporté au camp souverai- niste les 45 000 voix qui lui manquaient pour remporter le référendum de 1995.Le nationalisme mesquin et revanchard est parfois suicidaire.Aujourd\u2019hui, ce sont les musulmans, en particulier les musulmanes, qui ont le mauvais rôle.Pourtant, il y a une vingtaine d\u2019années, près des deux tiers des Québécois étaient contre l\u2019interdiction du voile islamique.Selon un sondage récent, ils sont maintenant au moins autant à vouloir l\u2019interdire.Pourquoi ce revirement ?Nul besoin d\u2019être un exégète de Gramsci pour savoir que l\u2019adhésion à un projet politique ou de société (ou perçu comme tel) est précédée par une longue période de propagation des idées et d\u2019imprégnation des esprits auxquelles contribuent, consciemment ou non, de nombreux acteurs sociaux.En France (source d\u2019inspiration pour certains Québécois) comme ici, politiques, chroniqueurs et essayistes se sont employés avec autant de ferveur que de constance à élaborer une rhétorique hostile à l\u2019immigration et à la diversité culturelle \u2014 assimilée au multicultura- lisme trudeauiste pour mieux la dénoncer \u2014 tout en souscrivant au mythe du choc des civilisations : une idéologie servant, entre autres, à dénigrer l\u2019islam.Partout en Occident, l\u2019islam est devenu l\u2019ennemi à abattre.Le Québec ne fait pas exception.Il faut être d\u2019une grande naïveté pour croire que le projet de loi 21 existerait sans la présence des musulmans.Nationalistes conservateurs Ce discours n\u2019aurait pas eu autant de succès sans la contribution, depuis le tournant du millénaire, de nationalistes conservateurs, défenseurs d\u2019une nation ethnoculturelle qui, craignant sans raison valable « la tyrannie des minorités » et « le reniement de soi », poursuivent, tout en le niant, la chimère d\u2019un Québec assimilationniste et homogène.Il y a de cela aussi dans l\u2019interdiction du port du foulard musulman.Ces hérauts d\u2019un temps révolu, aux accents groulciens, doivent nous expliquer pourquoi l\u2019assimilation que les francophones d\u2019Amérique ont combattue avec autant de détermination serait souhaitable pour les immigrants.Mais pourquoi la laïcité est-elle devenue la priorité de ce gouvernement, auquel on a dû rappeler l\u2019importance de l\u2019environnement, alors que deux millions et demi de Québécois ont un revenu inférieur à 25 000 $, que le système scolaire est le plus inégalitaire au Canada en raison de sa double ségrégation sociale et ethnique, et que les Québécois francophones sont sous-scolari- sés par rapport aux immigrants (21 % contre 39 % de diplômés universitaires) et aux anglophones?L\u2019hégémonie néo- libérale est telle, en Occident, que les partis de gouvernement, et non pas les formations politiques marginales, ne se distinguent presque plus sur les questions fondamentales et cherchent à tout prix à se différencier sur des questions secondaires ou fallacieuses, comme la laïcité ici ou l\u2019islamisation et d\u2019autres mythes ailleurs.C\u2019est l\u2019alternance sans véritable alternative.Ceux qui doutent de l\u2019emprise, sur ce gouvernement, de cette rationalité mortifère, fondée principalement sur la concurrence généralisée, n\u2019ont qu\u2019à penser à la mise en concurrence de l\u2019industrie du taxi avec Uber, aux immigrants réguliers avec les travailleurs temporaires et aux maternelles quatre ans avec les CPE.Mais, au-delà de ce qui précède, il y a une réponse très simple à cette question : la laïcité est devenue une priorité parce que s\u2019en prendre aux immigrants est politiquement rentable, comme partout en Occident.Le psychodrame d\u2019il y a cinquante ans nous a peut-être coûté la souveraineté.Quel prix paierons-nous pour celui qui se déroule maintenant aux dépens des musulmans ?LAÏCITÉ Hier les italophones, aujourd\u2019hui les musulmans Les yeux grands ouverts I l faudrait pouvoir mourir comme on a vécu.Comme un être humain plutôt que comme une loque humaine, la tête encore fière à défaut d\u2019encore haute.C\u2019est ce que Michel Cadotte voulait pour sa femme, ce que Jocelyne Lizotte voulait également pour elle-même, ce que la grande majorité des gens souhaite aussi.Si la vieillesse et la maladie existent pour nous aider à lâcher prise, pour nous forcer à contempler notre mortalité dans le blanc des yeux, pourquoi faudrait-il payer l\u2019ultime passage à coups de supplices et d\u2019humiliations quotidiennes ?Pourquoi faudrait-il mourir en ne sachant plus ce qu\u2019on est devenus ?J\u2019ai eu le bonheur de voir ma mère mourir les yeux grands ouverts.Sans l\u2019aide médicale à mourir, car c\u2019était bien avant sa légalisation, mais elle savait pertinemment qu\u2019elle « s\u2019en allait », je dirais même qu\u2019elle l\u2019accueillait, les yeux braqués devant l\u2019Éternel.Ce qui m\u2019effrayait beaucoup \u2014 la mort de celle qui m\u2019a donné la vie \u2014 s\u2019est finalement avéré un immense cadeau.C\u2019est très réconfortant de voir quelqu\u2019un se tenir droit devant la mort, une réalité dont on n\u2019entend d\u2019ailleurs plus parler.Maintenant que la religion a fait son temps et que, pour la plupart d\u2019entre nous, il n\u2019y a que le Néant, de sûr, qui nous attend, maintenant que la mort est devenue, comme le sexe jadis, l\u2019affaire dont on parle du bout des lèvres, comment ne pas frémir à son approche ?La mort de ma mère m\u2019a permis de démystifier la chose la plus opaque, la plus insaisissable de l\u2019existence.Un peu comme si j\u2019avais assisté à un plongeon triple saut arrière de 50 mètres, je suis sortie de là en me disant : O.K., c\u2019est concevable.Mourir se peut.Ma mère avait réussi le grand virage ; j\u2019y arriverais, moi aussi, le jour venu.Depuis, j\u2019encourage tout le monde à se précipiter au chevet de gens qui meurent « bien », qui meurent en étant encore eux-mêmes, pour mieux se vacciner contre la peur et l\u2019inconnu.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi j\u2019applaudis aux recommandations du groupe d\u2019experts chargé d\u2019étudier l\u2019élargissement de l\u2019aide médicale à mourir.Le comité propose qu\u2019on permette désormais l\u2019euthanasie assistée aux personnes inaptes ayant «préalablement exprimé leur volonté en ce sens».Précisément le cas de Jocelyne Lizotte, épouse de Michel Cadotte, dont la demande d\u2019aide médicale à mourir a été refusée parce qu\u2019elle n\u2019était plus capable de dire «oui, je le veux» le moment venu.On connaît la suite: M.Cadotte a été condamné à deux ans de prison moins un jour pour l\u2019homicide involontaire de sa femme atteinte d\u2019alzheimer.«J\u2019ai craqué, écrivait-il sur sa page Facebook peu de temps après avoir étouffé sa femme.J\u2019ai consenti à son aide médicale à mourir.J\u2019attends les policiers.» Comme en 2014, au moment de la commission Mourir dans la dignité, les experts chargés du dossier sont ici très prudents.Une demande anticipée deviendrait donc possible, mais seulement à la suite d\u2019un « diagnostic d\u2019une maladie grave et incurable ».Il faut également faire la demande devant deux témoins ou sous forme notariée, une façon d\u2019établir le « plein consentement ».Un deuxième médecin doit confirmer que la fin est, sinon imminente, du moins inéluctable.Finalement, un tiers doit être chargé de faire la demande au moment convenu.C\u2019est l\u2019intégration d\u2019une tierce personne dans le processus de l\u2019aide médicale à mourir qui est certainement l\u2019aspect le plus délicat ici.À ce jour, ce sont les médecins et les infirmières qui se chargent de tout l\u2019échafaudage vers l\u2019au-delà.Un rôle qui ne leur est pas étranger étant donné la nature de leur profession.Or, on constate que, même pour eux, la chose ne va pas toujours de soi.Pas moins du tiers des demandes d\u2019aide médicale à mourir ont été freinées ou refusées dans les mois suivant l\u2019adoption de la loi en 2015.« Guérir le patient » serait la seule chose que certains médecins auraient le goût de pratiquer.La résistance est considérable.Alors, imaginez un peu le dilemme pour un proche.Décider que la vie s\u2019arrête là, maintenant, pour une personne qu\u2019on aime est, moralement et émotivement, déchirant.Pour bien des gens, un tel geste demeurera toujours tabou.Penser pouvoir influencer le processus de vie et de mort était, encore tout récemment, impensable.Les lois divines, d\u2019abord, étatiques, ensuite, s\u2019arrogeaient ce contrôle.Même si les dérapages seront toujours à craindre et certaines balises, par conséquent, toujours de mise, il faut voir cette évolution non pas comme une perte de sens, encore moins comme un nihilisme cherchant à se « débarrasser des petits vieux », mais, au contraire, comme une affirmation de la condition humaine.C\u2019est notre capacité de choisir, après tout, notre talent pour le libre arbitre qui nous distingue des autres animaux à quatre pattes.L\u2019histoire tragique de Michel Cadotte et Jocelyne Lizotte est là pour nous le rappeler: faciliter la mort dans des conditions optimales plutôt qu\u2019attendre en enfer que ça se passe est un geste d\u2019humanité.Un geste qu\u2019on pose au nom de la vie qu\u2019on veut vivre bien plus qu\u2019au nom de la mort qu\u2019on souhaite.FRANCINE PELLETIER François Tanguay Régisseur à la Régie de l\u2019énergie (1997 à 2007), consultant stratégies énergétiques L\u2019annonce par le gouvernement de la CAQ qu\u2019il déposera un projet de loi qui imposerait un gel des tarifs d\u2019Hydro- Québec à la Régie de l\u2019énergie et le retour des trop-perçus de presque 1,5 milliard versé par Hydro-Québec à l\u2019État sous forme d\u2019un chèque à chaque client tient du ridicule.Attaquer la neutralité d\u2019un tribunal comme la Régie de l\u2019énergie, dont la mission est de protéger les intérêts de tous, producteurs, distributeurs et clients, équivaut à une forme d\u2019outrage au tribunal.Le plus fou dans ce gel annoncé et le plafond des augmentations limitées à l\u2019inflation, c\u2019est que c\u2019est déjà le cas ! Ce gel n\u2019affectera en rien les revenus d\u2019Hydro-Québec.Faux problème ! Politique de bas étage.Cette vision courte, populiste à outrance de ce gouvernement quant aux trop-perçus souligne à gros traits un manque de vision environnementale si critique pour notre avenir commun.Pourquoi ne pas piger dans cette fortune dormant dans les coffres de l\u2019État pour investir dans l\u2019accélération de la réduction de l\u2019empreinte carbone du Québec, dans la modernisation de ses industries carbodépendantes ?On pourrait, avec des bribes de cette somme folle, financer d\u2019un seul coup la sortie hors pétrole de l\u2019acériculture et du chauffage au mazout.Pétrole et sirop d\u2019érable Avec plus de 43 millions d\u2019entailles, de la Montérégie au Témiscouata, environ 6500 entreprises acéricoles récoltent, bon an, mal an, environ 100 millions de livres de sirop, plus de 200 000 barils d\u2019or blond.Mais ce que le public ne sait pas, c\u2019est que pour produire cette manne, il faut du pétrole, beaucoup de pétrole.En effet, plus de 22 millions d\u2019entailles sont branchées à des réseaux de production où la chauffe des bouilloires dépend du pétrole.Selon une étude du Club d\u2019encadrement technique en acériculture de l\u2019Est-du-Québec (regroupement de producteurs du Bas-Saint-Laurent qui exploite plus de huit millions d\u2019entailles), on utilise en moyenne plus d\u2019un demi-litre de pétrole par litre de sirop produit.L\u2019ajout récent de quatre millions d\u2019entailles aux quotas existants ne va qu\u2019augmenter la part du pétrole.Il faudrait à peine 50 millions pour opérer une transition complète en quelques années.On pourrait profiter de cette manne pour attaquer de plein fouet la sortie du chauffage au mazout dont dépendent encore plus de 200 000 foyers.Il faut travailler avec Biomasse Québec, Hy- dro-Québec et les distributeurs de mazout pour créer un réseau de distribution de biomasse solide et fiable pour ceux qui le désirent, ou une transition au chauffage électrique en douceur pour les autres.Il faut augmenter la part de financement des coûts de transition de fournaises au mazout vers d\u2019autres sources, les 1275 $ offerts à Montréal étant bien insuffisants.Un nouveau système peut coûter jusqu\u2019à 10 000 $.Après tout, on subventionne à coups de millions l\u2019arrivée de l\u2019automobile électrique, action qui n\u2019a aucun effet notable sur la congestion routière ! La liste de ce type d\u2019initiatives réductrices de GES pourrait s\u2019allonger.Envoyer un chèque aux électeurs ne créera pas un seul emploi bien payé ! Réveillez-vous, Monsieur Legault, on est 2019 ! HYDRO-QUÉBEC Attaquer la Régie de l\u2019énergie, un mauvais choix Selon une étude, on utilise en moyenne plus d\u2019un demi-litre de pétrole par litre de sirop produit Aujourd\u2019hui, ce sont les musulmans et les musulmanes qui ont le mauvais rôle.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR L\u2019histoire tragique de Michel Cadotte et Jocelyne Lizotte est là pour nous le rappeler : faciliter la mort dans des conditions optimales plutôt qu\u2019attendre en enfer que ça se passe est un geste d\u2019humanité LEDEVOIR // LE MERCREDI 12 JUIN 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.ISABELLE PARÉ LE DEVOIR MÉDIAS Garnotte pose son crayon Le caricaturiste du Devoir, qui se plaisait dans son rôle de caillou dans le soulier, se retire après 23 ans de loyaux sévices l était le caillou dans le soulier de plusieurs politiciens, le coup de crayon qui éveillait nos zygomatiques au réveil et le rendez-vous obligé de petits et grands enfants devenus de fidèles lecteurs du Devoir.Garnotte, cet éternel trublion du crayon, quitte nos pages et plateformes numériques après 23 années de bons et loyaux sévices graphiques.Son coup de crayon s\u2019était fait déjà plus rare depuis trois ans, après que Gar- notte eut ralenti la cadence au terme de 20 années bien remplies de cases drolatiques en page éditoriale.Qui croirait aujourd\u2019hui que sa griffe désopilante, tout droit inspirée des Goscinny, Gotlib, Franquin et autres stars de la bédé française, s\u2019est développée sur le tas (dans les marges de ses cahiers scolaires !), sans même que Garnotte pose ses fesses sur les bancs d\u2019une école d\u2019art.« Les magazines Pilote et Mad ont été mon école, j\u2019ai fait mes classes avec ça!» Si c\u2019est en géographie que Michel Garneau a fait ses « vraies » classes, le mordu de bédé a rapidement délaissé les cartes officielles pour la carte blanche et la table à dessin, signant ses premiers croquis dans les magazines comme Balloune, Mainmise, Zone libre, Graffiti ou Le Temps fou.C\u2019est au magazine humoristique Croc, dans les années 1980, qu\u2019il a aiguisé son crayon caustique et son sens de la répartie.Après la mort du magazine satirique, ses illustrations ont ensuite rempli les pages du TV Hedbo, de Proté- gez-vous, et surtout du magazine pour enfants Les Petits Débrouillards.Illustrateur attitré des Nouvelles CSN pendant de nombreuses années, il a fait son entrée au Devoir en 1996, et a signé une caricature presque quotidienne pendant 20 ans.Griffe unique En vingt ans, la griffe de Garnotte s\u2019est affûtée, soulignant à grands traits la couardise et les contradictions de la gent et du monde politique.Jamais carrément méchant, toujours pertinent, le nom de plume adopté par le caricaturiste incarne parfaitement sa vision du métier.« Comme il y avait déjà un Michel Garneau, le poète, très connu, Garnotte, ça ressemblait à mon nom, mais pour moi, ça voulait aussi dire le petit caillou qui agace, qui dérange.C\u2019est comme ça que je vois mon métier.L\u2019intention, c\u2019est pas de blesser, juste de lancer une petite garnotte ! » Au fil du temps, il a excellé dans l\u2019art de télescoper en une seule image plusieurs événements d\u2019actualité pour en faire magnifier l\u2019absurdité.C\u2019est toujours le pas peinard et l\u2019air zen qu\u2019il a traversé la salle de rédaction pour rejoindre son antre créatif, tapissé de croquis et de photos d\u2019hommes politiques, larguant quelques blagues au passage.Fiduciaire de l\u2019humour dans ce journal, son enthousiasme indécrottable, son humilité et sa bonhomie n\u2019ont jamais porté ombrage à son sens critique cinglant, doublé d\u2019un humanisme touchant.Pour Cartooning for Peace, un regroupement de caricaturistes qui se consacre à la promotion de la paix par la caricature, il est allé dans les classes expliquer aux élèves l\u2019importance de la caricature politique et le b.a.ba du métier.Comme Charlie En près de 40 ans passés derrière la table à dessin, Garnotte estime avoir vécu ses moments les plus mémorables lors des attentats à Charlie Hedbo.« Comme tous les autres caricaturistes, et tous ceux qui ont à cœur la liberté d\u2019expression, Charlie Hebdo, ça m\u2019a marqué.On était soudain devenus des cibles potentielles.» Parmi ces coups de crayon mémorables, on retiendra d\u2019ailleurs celui titrant « Charlie Hebdo, les couvertures auxquelles vous n\u2019avez pas échappé», montrant les corps des caricaturistes abattus couverts d\u2019un drap.Marquant aussi, celui campant Mahomet brandissant le célèbre « Je suis Charlie ».Un éclair qui sera repris par Luz à la une du premier Charlie Hebdo post-attentat, publié\u2026 quatre jours après celle du Devoir.«C\u2019est incroyable, on était sur la même longueur d\u2019onde.On pourra dire que j\u2019ai été prophète une fois dans ma vie ! » Garnotte, qui se juge peu doué en dessin, affirme que c\u2019est le flash, l\u2019idée qui fait le bon caricaturiste, et les fortes personnalités les meilleures victimes.« Je ne suis pas un artiste.Mon dessin sert d\u2019abord à porter une blague.Pour moi, un dessin trop précis peut même détourner l\u2019attention du lecteur.» Particulièrement inspiré par les tempéraments bouillants de Lucien Bou- chard ou de Jean Chrétien, le croqueur de politiciens juge que le chef politique beige et insipide peut donner beaucoup de fils, ou disons, beaucoup mines à aiguiser, au meilleur des portraitistes.Mais sous la férule de Garnotte, même Gérald Tremblay et Stephen Harper sont devenus de puissantes machines à gags.« Ne rien savoir sur rien, ou vouer un amour inconditionnel à la reine, ça m\u2019a permis quand même de faire pas mal de millage avec ces deux personnages », dit-il.Alors que le New York Times annonçait lundi mettre fin aux caricatures dans son édition internationale, Gar- notte s\u2019inquiète des reculs entraînés par une certaine forme de rectitude politique.« S\u2019il n\u2019y a pas plus de caricatures dans les journaux, quel avenir reste-t-il pour les caricaturistes ?Ce n\u2019est pas sur les réseaux sociaux, sans droits d\u2019auteur, que les dessinateurs vont trouver de quoi vivre.» S\u2019il tire définitivement un trait sur la caricature politique, Garnotte n\u2019entend pas poser complètement son crayon.À l\u2019instar de Franquin et de Goscinny qui adoraient dessiner félins malins et mouettes ricaneuses, les nouvelles têtes de Turc de Garnotte seront maintenant les écureuils et les ratons laveurs de son coin de campagne.Il adorait d\u2019ailleurs agrémenter ses dessins de bestioles.« Parfois, j\u2019en rajoutais juste pour détendre l\u2019atmosphère ! » Grâce à sa patte comique, le journal a toujours eu bonne mine.Il nous manquera tout de même, ce sympathique petit caillou quotidien.À LIRE SAMEDI : HOMMAGE À GARNOTTE I Le métier de caricaturiste n\u2019est pas sans danger, a rappelé Garnotte en 2015 dans la foulée de l\u2019attaque à Charlie Hebdo.GARNOTTE LE DEVOIR Michel Garneau, alias Garnotte, sur le toit de l\u2019ancien édifice du Devoir en 2017 LE DEVOIR Je ne suis pas un artiste.Mon dessin sert d\u2019abord à porter une blague.Pour moi, un dessin trop précis peut même détourner l\u2019attention du lecteur.GARNOTTE » "]
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